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Orange Mécanique

Ce document analyse le film Orange mécanique de Stanley Kubrick. Il décrit brièvement l'intrigue du film et examine les thèmes de la violence et de la société moderne qu'il aborde.

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Les reprises Réalisé en 1971, Orange mécanique pr~édisait l'avè-


nement d'un monde voué au sexe et à la violence. Si
de 1'été. l'on e fie au témoignage des films les plus récents,

•••
sa prophétie se réalise tous les jours. Et le succès
d'Orange mécanique ne se dément pas non plus.

Une cure de violence


pour guérir ·la violence
• Un film de Stanley Kubrick,
dont on a bea ucou p parlé, dont
on parle encore : Oran ge mé-
canique, tec·hniquement, com-
merc iale ment, une opération
réussie. Depuis sa spectaculaire
première exclusivité dans un e
salle unique des Champs-Ely-
sées, sa seco nd e carrière écla-
tée sur d 'autres écran s, l'œuvre
circu le, vu e el revue par les
générations montantes, dissé-
quée par les app re ntis sociolo-
gues que nous sommes. L'in-
terdiction aux moins de dix-huit
ans, ne l'ou blions pas, libère
chaque année une réserve de
jeu nes spectateurs plus ou
moins impatients de croquer
le fruit défendu.

Les deux mamelles


du vice contemporain
C'est un film choc et choquant.
Il divise l'opinion en deux blocs.
D'un côté ceux qui, quelles Un jeune dilettante cynique fait !ration pénitentiaire méthodique
qu'en soient les raisons, n'ad- au spectateur le récit de sa vie et cruelle. Il se montre alors
mettent pas qu 'un film fasse un de voyou . Avec trois disciples sournoisement docile, se porte
tel éta lage de sadisme et auss i désœuvrés que lui, aussi volontaire pour une expérience
d'obscénités. De l'autre, ceux amoraux, il s'amuse à terroriser qui doit ·faire de l_ui un citoyen
qui pensent qu 'une démonstra- pour le plaisir les femmes et normal, scientifiquement débar-
tion de cette nature, pour être les vieillards des environs de rassé de son " mal .. . Le patient
probante. doit se f ai re en ter- Londres. Viols, agressions , pas- fa it une cure de cinéma obl iga-
(nes crus. La violence édulco· sage à tabac, insultes, humilia- toire dont le programme est
rée. l'érotisme suggéré dénatu- tions diverses font les délices établi par les savants : films
reraient - di sent-ils - le pro· quasi quotidiens de ces mal- atroces, saturés de violence et
pos, suppri me raient, au nom de frats soph istiqués qu i portent d'érotisme, les deux mamelles
la pudeur, les vraies données l'uniforme blanc et - bizarre- du vice contemporain . Impossi-
du problème. On a même re- ment - le chapeau melon de ble de se soustraire à ces spec-
proché à Stanley Kubrick une la ,, gentry .. londonienne. A tacles débilitants ; le cobaye en
forme bien connue de duplicité i'issue d'une expédition de rou- est bombardé jusqu'à l'écœure-
qui consiste à dénoncer les tine, un meurtre est commis. ment. Et cette nausée morale
mœurs tout en donnant à cette Ses complices ayant pris la est le signe de sa guérison. Des
démonstration suffisamment fuite, le narrateur (chef de la expériences de contrôle prou-
d'exemples scandaleux pour bande) est arrêté, incarcéré, vent le succès du traitement :
contribuer à les entretenir. pris en charge par une adminis- la sensibilité du voyou-voyeur
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effets de style ou à des com-
plaisances gratuites qu 'à une
volonté de placer le spectateur
dans un univers fabriqué, irres-
pirable, régi par des loi dépour-
vues de toute chaleur affective.
Bien évidemment, ce malaise,
cet inconfort que nous éprou-
vons sont destinés à provpquer
une réaction passionnelle. Le
spectateur devrait se reconnaî-
tre - déjà - dans cet univers
d 'antic ipation à comt terme. Et
s'indigner.

Condit ionnés, inervés,


décervelés, mortifiés
Parall èlement (et plus subtile-
ment) le f ilm de Kubrick est une
réfl ex ion en forme de fable sur ...
le cin éma lui-même. En nous
proposant une œuvre aussi sa-
turée d'atrocités, le cin éaste
nous met dans la position de
Alex IIMad.com est morte et ses instincts agres- men t concerné . Il s' agit seule- son héros lors de sa << cure de
McDowell) sifs en allés. On le rel âche ment des lendemains qu i dé- désintoxication par l'audio-vi-
vient d'être suel "· Comme lui , nous som-
désintoxiqué , inoffensif et timoré dans la jun- c hantent.
saturé gle des villes , terrorisé par tou t mes contraints d'assister à des
De même, aucun personnage
de violence ce qui touche au sexe et à la spectacles plus ou · moins répu-
et d' éT&tismt>, n'est sympathique, pas même
violence. Une ruine , une larve. gnants, comme lui, nous som-
deveDJU attachant. Victim es et bourreaux
Comme dans la fable de l'arro- mes consentants, comme lui,
inoffensif, 866 se présentent comme des curio-
seur arrosé, ses anciennes vic- nous subissons une sorte de
ranciennes
victimes seront times , dès lors, deviennent ses
sités plus ou mo ins monstrueu-
traitement (physique, psychique,
ses bour·r~u . ses. L'opposition agresseurs-
nouveaux bourreaux. Et tout psychanalytique ... ) dont il serait
agressés est - nous l'avons vu
porte à croire que le quadrille intéressant d:étudier les effets.
- réversible.
du vice et de la vertu, de l'op- Et cet étrange phénomène con-
Le cœur du spectateur étant cerne non seulement Orange
pression et de la soumission, ainsi déconnecté, son esprit
se perpétuera allègrement dans mécanique, mais tous les films
peut se plonger librement dans sado-maso-pornos qui prolifè-
les siècles des siècles.
les excitantes propositions du rent sur les écrans. Les simula-
On s'est plu à saluer dans ce conte philosophique. A savoir cres cinématographiques, lors-
Des malfn1t.s film le brio de sa forme et la que notre civilisation ayant
sophistiqués qu'ils sont absorbés à haute
richesse de son contenu . C'est perdu - définitivement semble-
qui tuent dose, ne constituent-ils pas une
avec ~l.élices une composition mi-kitsch mi- t-il - tout sens moral, elle zone . d'évasion assez équivo-
les femmes •tot design, pleine de coquetteries cherche à se survivre en sup-
les vieillards que?
artistiques, avec effets d'opti- primant scientifiquement les
dans des que, ralentissement et accéléra- Certes, la démonstration faite
ex:pédi ti on~ effets désagréables de la vio-
de routine. tions de tempo , décors, maquil- lence. (Les causes, elles, ne par Stanley Kubrick est d'une
lage et costumes légèrement sont pas expliquées.) nature un peu différente. Elle
futuristes. Le tout couleur mode, suppose qu'une série d'agres-
Les maîtres du jeu social se sions audiovisuelles malsaines,
entre le modern-style et le néo- contentent de réduire les incon -
pop. Et, situé demain, c'est un jointe aux effets d'un vomjtif,
vénients de l'anarchie et du provoque artificiellement le dé-
film d'anticipation qu.i donne à désordre en dévitalisant la par-
penser sur un monde dont on goût de la violence et l'horreur
tie _malade. Ce faisant, ils « jet- du sexe, réduisant le. specta-
peut seulement deviner l'avène- tent le bébé avec l'eau du
ment. teur-cobaye . à l'état de mollus-
bain ''· Ils détruisent, certes , que.
l'instinct de violence, la volonté
de puissance , l'élan érotique En transposant à peine, on peut
Les lendemains des individus dangereux. Mais en déduire que le goût des si-
qui déchantent cette intervention médicale, tuations extrêmes, la contempla-
techniquement réussie, se solde tion passive des domaines pro-
par une mutilation totale des hibés, risquent de crétiniser
On veut sans doute nous faire irrémé.diablement les amateurs
sentir par là qu'li ne s'agit pas facultés primaires qui font qu'un
homme est un homme. C'est la de ce genre de spectacles. Les
d 'une tranche de vie bien sai- exploits fictifs des surhommes
gnante mais d'une spéculation bonne vieille méthode par la-
quelle la société (mais quelle de cinéma préparent une géné-
intellectuelle, d'une sorte de ration de sous-hommes condi-
rêve di rigé qu 'on nous demande société ?) se défend.
tionnés, décervelés, inervés,
de regarder sans émotion, com- La rigueur techni·que, ici la sé- mortifiés, en un mot inaptes à
me pour couper court à toute cheresse du récit, voire l'accu- la vraie vie.
possibilité d' identification . Le mulation d'artifices de mise en
spectateur n'est pas physique- scène ressemblent moins à des Gllbe.r t SALACHAS • .

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