Chapitre 1
Eléments de logique
Le contenu de ce chapitre n’est pas un cours de logique. La logique a
pour objet d’étude les processus de la pensée, elle ne montre à proprement
parler aucun résultat, elle décrit ce qu’est un raisonnement valide et ex-
plique pourquoi un raisonnement donné est valide. Elle est sous-jacente à
toute construction mathématique mais aussi à toute construction théorique.
Il existe plusieurs forme de logique, logique du premier ordre , logique multi-
valuée, différente forme de logique ”floue”. Nous présentons ici simplement
quelque ”élément” de logique du premier ordre qui est la forme de la logique
la plus utilisée en mathématique.
1.1 Les deux différents types d’énoncés
Il y a en mathématique deux grandes catégories d’énoncés, les énoncés
qui représentent ou désignent les objets étudiés et les énoncés qui affirment
une propriété qu’ont (ou n’ont pas) les objets étudiés.
Exemples
- Homer, Bart, Lisa.
- Homer est gros.
- Bart est un lapin.
- L’ensemble des entiers naturels.
- L’application à valeur réelle de la variable réelle f : x 7→ sin(x) est
continue sur R.
- Les fonctions polynômiales sont des fonctions croissantes sur R.
Les énoncés 1 et 4 désignent des objets. Les énoncés 2, 3, 5 et 6 sont des
affirmations.
1
2 CHAPITRE 1. LOGIQUE
Concernant les énoncés désignant des objets, les concepts de vrai ou faux
n’ont aucun sens, en revanche un énoncé qui est une affirmation peut être
vrai ou faux on dit qu’il admet une véracité ou une valeur de vérité.
Exemples
- Dire ou écrire ”la fonction sinus est fausse” ou ”le lapin est vrai” sont
des énoncés qui n’ont pas sens.
- ”L’application f : R → R; x 7→ sin(x) est continue sur R”
est une affirmation vraie.
-” Les fonctions polynômiales sont des fonctions croissantes sur R”
est une affirmation fausse.
Exercice 1. Parmi les énoncés suivants lesquels ont un sens ? lesquels
désignent un objet ? une affirmation ? lesquels admettent une véracité ? (tiré
d’un poème de [Link])
- Une fourmi de dix-huit mètres ça n’existe pas !
- Une fourmi parlant français, parlant latin et javanais.
- Cette fourmi est fausse.
- Une vraie fourmi.
1.2 Idées générales sur la construction axio-
matique
Les mathématiques sont une juxtaposition de constructions appelées
théories, ce qu’est exactement une théorie ne se dégage avec précision qu’au
fur et à mesure de l’histoire de la pensée scientifique et mathématique en
particulier. Les premiers textes dans lesquels on distingue clairement ce qu’est
une théorie sont des textes écrits vers la fin de l’époque hellenistique (-300,
100), l’un des plus célèbres est Les éléments d’Euclide.
Composé de 13 livres traitant de différents thèmes, géométrie plane et
arithmétique . La structure globale du texte est en trois parties :
- Une première partie fixe et donne un nom aux objets qui vont être étudiés,
points, droites, cercles,...
- Une deuxième partie est une liste d’affirmations faites sur les objets décrits
en première partie. Ces affirmations sont les axiomes de la théorie, elles sont
affublée d’office d’une valeur de vérité ”vraie”.
- La troisième partie est également une liste d’affirmations faites sur les objets
décrits dans la première partie, mais contrairement aux axiomes énoncés
dans la seconde partie, ces affirmations sont déduites des axiomes, elles sont
1.2. IDÉES GÉNÉRALES SUR LA CONSTRUCTION AXIOMATIQUE 3
appelées propositions ou théorèmes. Chacune de ces affirmations est suivie
d’un texte (la démonstration) : partant des valeurs de vérités (déjà connues)
de certaines affirmations et en appliquant des règles de déduction (les règles
de la logique) la démonstration établit que l’énoncé proposé admet une valeur
de vérité ”vraie”.
1.2.1 Termes
Les objets étudiés sont représentés par des lettres appelés des termes. Par
exemple dans la phrase ” les points A, B et C sont alignés” Les lettres A, B
et C sont des termes (chacun d’eux représente un objet appelé ”point”). Un
terme peut prendre une valeur, par exemple dans les phrases ”Soit x un réel
alors ex est un réel positif” et ” si on suppose que le réel x vaut 1 alors
x + 2 = 3” la lettre x est un terme elle représente un objet, dans les deux cas
cet objet est un réel, dans la première phrase le réel représenté par le terme
x n’est pas précisé, dans la seconde on affecte au terme x une valeur précise.
Il arrive souvent qu’on rencontre des objets d’un ”type” nouveau, dans
ce cas on décrit précisément quelle est la nature de ces objets grâce à une
définition et on fixe très souvent une notation.
Exemples
- Définition : On appelle nombre premier tout entier naturel différent
de 1 qui n’est divisible que par 1 et par lui-même.
Cette définition permet par exemple d’écrire
”Soit p un nombre permier”
au lieu de
”Soit p un entier naturel différent de 1 et qui n’est divisible que par 1
et par lui-même.”
- Notation : L’ensemble des entiers naturels est noté N.
Cela permet dans un texte de substituer la notation N à la phrase
”l’ensemble des entiers naturels”.
- Définition et notation : Une sphère est l’ensemble des points de
l’espace équidistants d’un même point appelé centre de la sphère,
la distance commune entre chaque point de la sphère et son centre est
appelé rayon de la sphère. La sphère de centre C et rayon ϱ
est notée S(C, ϱ).
Il peut arriver qu’aucun objet n’entre dans le cadre d’une définition donnée.
Exemples
- Définition : Une Drôle de fonction est une fonction réelle de la variable
réelle continue et admettant une limite égale à +∞ en 0.
4 CHAPITRE 1. LOGIQUE
Il n’existe aucune ”drôle de fonction”. On dit que cette définition
est ”vide”.
1.2.2 Assertions
Une assertion est la représentation d’une affirmation. On a déjà dit qu’une
affirmation peut être vraie ou fausse, les axiomes sont des assertions dont on
décide arbitrairement qu’elles sont vraies.
Exemples
- ”Par un point hors d’une droite donnée du plan passe une et une seule
droite parallèlle ”
C’est un des axiomes d’Euclide.
Un axiome ne se démontre pas, il est vrai a priori. C’est sur la collection des
axiomes que repose l’ensemble de la théorie :
Après s’être donné une liste d’axiome on applique des règles de déduction
(que nous étudierons plus tard) pour trouver de nouvelles assertions vraies.
Ces nouvelles assertions sont appelées théorèmes, lemmes, ou corollaires. La
distinctions entre ces trois types d’assertion est plutôt de nature culturelle
voire émotionnelle, les théorèmes sont les assertions qui semblent les plus
importantes, les lemmes sont des assertions préparatoires aux théorèmes, les
corollaires sont des conséquences de théorèmes.
Ce qu’on exige de la collection initiale d’axiome est qu’ils ne soient pas
contradictoires .
Les théorèmes, lemmes et corollaires sont accompagnés d’un texte appelé
démonstration ce texte établit la véracité de l’énoncé.
Un type particulier d’assertions sont les égalités : si a et b sont deux
termes, lorqu’ils désignent le ”même” objet on dit que a égale b et on écrit
a = b.
Exemples
-”5 = 3 + 3”, ”7 = 4 + 3” sont des assertions, la première est fausse,
la seconde est vraie.
Le symbole ”=” ne peut être écrit qu’entre deux termes !
Par exemple,”(x + 4 = 0) = (x = −4)” n’a pas de sens puisque (x + 4 = 0)
est une assertion et non un terme.
1.3. RÈGLES ET SYMBOLES LOGIQUES 5
1.3 Règles et symboles logiques
Les symboles logiques sont des symboles qui permettent d’écrire de nou-
velles assertions à partir d’assertions déjà écrites, ils obéı̈ssent à des règles de
syntaxe précises qui doivent être respectées. Les règles logiques établissent
les valeurs de vérité des assertions écrites à l’aide des symboles logiques et
d’assertions de valeur de vérité connues .
† La négation
Syntaxe : Soit A une assertion. En écrivant à gauche de A le symbole
”NON”, on obtient une assertion ”NON (A)”.
Exemple
Si A est l’assertion ”la fonction cosinus est continue”. On obtient une nou-
velle assertion en écrivant ”NON (la fonction cosinus est continue)” dans
l’usage courant on utilisera bien entendu plutôt la phrase La fonction cosinus
n’est pas continue”.
L’assertion ”NON (A)” est appelée la négation de A.
Règle logique : La véracité d’une négation s’obtient par application de la
règle suivante donnée sous forme d’un tableau de vérité.
A NON A
V F
F V
On dit qu’une famille d’axiome est non contradictoire lorsqu’on ne peut
pas en déduire d’assertions qui soient à la fois vraie et fausse.
† La disjonction
Syntaxe : Soit A et B deux assertions. Une nouvelle assertion est obtenue
en écrivant AouB.
L’assertion ”A ou B” est appelée la disjonction de A et de B.
Règle logique : La véracité d’une disjonction s’obtient par application de
la règle suivante donnée sous forme d’un tableau de vérité.
A B A ou B
V V V
V F V
F V V
F F F
La négation N ON et la disjonction ou sont deux symboles logiques à par-
tir desquels on peut définir tous les autres symboles logiques, les symboles
suivants peuvent donc être vus comme de simple abbréviations destinées à
alléger les textes.
6 CHAPITRE 1. LOGIQUE
† L’implication logique
Syntaxe : Soit A et B deux assertions. L’assertion (N ON A) ou B est
notée A ⇒ B.
L’assertion ”A ⇒ B” est appelée l’implication de B par A.
Règle logique : La véracité d’une implication s’obtient par application de
la règle suivante donnée sous forme d’un tableau de vérité.
A B A⇒B
V V V
V F F
F V V
F F V
Exercice 2.
a) Vérifier cette règle.
b) Que peut-on dire de la véracité de B sachant que A ⇒ B est vraie,
dans le cas où l’on sait que A est vraie ? dans le cas où l’on sait que A est
fausse ?
† La conjonction
Syntaxe : Soit A et B deux assertions.
L’assertion N ON ((N ON A) ou (N ON B)) est notée A et B.
L’assertion ”A et B” est appelée la conjonction de B et de A.
Règle logique : La véracité d’une conjonction s’obtient par application de
la règle suivante donnée sous forme d’un tableau de vérité.
A B A et B
V V V
V F F
F V F
F F F
† L’équivalence logique
Syntaxe : Soit A et B deux assertions. L’assertion (A ⇒ B) et (B ⇒ A)
est notée A ⇐⇒ B.
L’assertion ”A ⇐⇒ B” est appelée la équivalence logique de B et de A.
Règle logique : La véracité d’une équivalence logique s’obtient par appli-
cation de la règle suivante donnée sous forme d’un tableau de vérité.
A B A ⇐⇒ B
V V V
V F F
F V F
F F V
1.3. RÈGLES ET SYMBOLES LOGIQUES 7
Exercice 3.
Les lettres minuscules désignant des termes et les lettres majuscules des
assertions, parmi les énoncés suivants quels sont ceux qui respectent la syn-
taxe (donc ont un sens) ?
a) a ⇒ B.
b) a = B.
c) A = B.
d) (a = b) ⇐⇒ N ON (a = b).
† Autres règles logiques
Les ”règles” présentées dans ce paragraphe sont des conséquences des
règles déjà vues.
1) Transitivité de l’implication logique ( )
Soit A, B et C trois assertions. L’assertion (A ⇒ B) et (B ⇒ C) ⇒ (A ⇒
C) est vraie en toutes circonstances. En effet, on a le tableau de vérité
( )
A B C A⇒B B⇒C (A⇒B)et(B⇒C) A⇒C (A⇒B)et(B⇒C) ⇒(A⇒C)
V V V V V V V V
V V F V F F F V
V F V F V F V V
V F F F V F F V
F V V V V V V V
F V F V F F V V
F F V V V V V V
F F F V V V V V
2) Règles de Morgan
Soit A et B deux assertions. Les assertions
( )
N ON (A ou B) ⇐⇒ (N ON A) et (N ON B)
( )
N ON (A et B) ⇐⇒ (N ON A) ou (N ON B)
sont vraies en toutes circonstances.
3) Double négation
Soit A une assertion. L’assertion N ON (N ON A) ⇐⇒ A est toujours vraie.
8 CHAPITRE 1. LOGIQUE
4) Associativité de la disjonction et de la conjonction
Soit A, B et C trois assertions. Les assertions
[A et (B et C) ⇐⇒ (A et B) et C] et [A ou (B ou C) ⇐⇒ (A ou B) ou C]
sont toujours vraies.
Exercice 4.
Vérifier les règles 2), 3) et 4)
5) Discussion
Soit A, B( et C des assertions. )
L’assertion (A ou B) et (A ⇒ C) et (B ⇒ C) ⇒ C est toujours
vraie.
En effet, on a le tableau
( de vérité suivant )
( D note l’assertion (AouB)et(A ⇒ C)et(B ⇒ C) )
A B C AouB A⇒C B⇒C (A ou B) et (A⇒C) et (B⇒C) D⇒C
V V V V V V V V
V V F V F F F V
V F V V V V V V
V F F V F V F V
F V V V V V V V
F V F V V F F V
F F V F V V F V
F F F F V V F V
Cette règle est le fondement des raisonnement par discussion.
Exemples
”Si n est un entier naturel alors n(n+3)
2
est un entier”
Un entier naturel n est pair ou impair.
- Si n est pair alors n2 est un entier, on a n(n+3)
2
= n2 (n + 3) est
donc le produit de deux entiers : c’est un entier.
- Si n est impair alors n + 3 est la somme de deux entiers impairs donc
est pair, donc n+3
2
est un entier, on a n(n+3)
2
= n+3
2
n
c’est donc le produit de deux entiers : c’est un entier.
La structure du raisonnement est visible :
Notons H l’assertion ”n est un entier”, A l’assertion ”n est pair”,
B l’assertion ”n est impair”, et C l’assertion ” n(n+3)
2
est un entier”.
- Lorsque H est vraie on a AouB
- Si A alors C
- Si B alors C
donc C est toujours vrai.
1.3. RÈGLES ET SYMBOLES LOGIQUES 9
6) Contraposition
Soit A et B deux assertions.
L’assertion (A ⇒ B) ⇐⇒ (N ON B ⇒ N ON A) est toujours vraie.
Exercice 5.
1) Montrer cette règle.
2) Supposons qu’on veuille montrer que
”Tout point M du plan situé sur le cercle d’équation x2 + y 2 = 1 forme
avec les points A = (−1, 0) et B = (+1, 0) un triangle rectangle en M ”.
On suppose qu’on sait qu’un triangle (A, B, C) est rectangle en C si et
seulement si la formule de Pythagore est satisfaite.
a) Donner une démonstration directe du résultat.
b) Donner une démonstration par contraposition du résultat.
7) Règle du raisonnement par l’absurde
Soit A une assertion. S’il existe une assertion B telle que
(N ON A ⇒ B) et (N ON A ⇒ N ON B)
est vraie, alors A est vraie.
Exercice 6.
Etablir une table de vérité montrant l’équivalence
de A et de [(N ON A ⇒ B) et (N ON A ⇒ N ON B)].
Exemples
On veut montrer que lorsque n est un entier naturel, n2 + 1 n’est pas le
carré d’un entier naturel non nul.
Soit n un entier naturel.
Si n2 + 1 est le carré d’un entier naturel non nul a, alors n2 + 1 = a2 , donc
(n + a)(n − a) = 1. Or le produit de deux entiers vaut 1 si et seulement si
ces deux entiers valent simultanément 1 ou valent simultanément −1, donc
- ou bien n + a = 1 et n − a = 1 ce qui entraı̂ne que a = 0.
- ou alors n + a = −1 et n − a = −1 ce qui entraı̂ne que a = 0.
Exercice 7.
Identifier la nature de ce raisonnement.
10 CHAPITRE 1. LOGIQUE
1.4 Quantificateurs
Soit A l’assertion ”n est un entier pair”
- Si on fait n = π cette assertion est fausse (π n’est pas un entier donc
encore moins un entier pair).
- Si on fait n = 18 cette assertion est vraie.
On voit donc que la valeur de vérité d’une assertion donnée peut dépendre
de la valeur donnée à un terme (n dans notre exemple), en fait même si ce
n’est pas systématique c’est la plupart du temps le cas. Lorsque la valeur
de vérité d’une assertion A dépend de la valeur donnée à un terme x on la
notera A(x).
Dans l’exemple qui précède on notera donc A(n) l’assertion ”n est un
entier pair”.
- Si n = π ( ou 21) A(n) est fausse
- Si n = 16, A(n) est vraie.
- Pour exprimer qu’il arrive qu’une assertion A(x) dont la valeur de vérité
dépend du choix de la valeur du terme x soit vraie, on écrit
∃x/A(x)
qui se lit ”il existe x tel que A(x)”.
- Pour exprimer qu’une assertion A(x) dont la valeur de vérité dépend du
choix de la valeur du terme x est vraie pour n’importe quelle valeur donnée
de x, on écrit
∀x, A(x)
qui se lit ”pour tout x, A(x)”.
Les énoncés
∃x/A(x) et ∀x, A(x)
sont des assertions ils peuvent être vrais ou faux.
Exemples
”∃n/n est un entier pair” est vraie.
”∃x/x est un réel et ex est un réel négatif” est fausse.
”∀n, si n est un entier c’est un entier pair” est fausse.
”∀x, si x est un réel x2 est un réel positif ou nul” est vraie.
1.4. QUANTIFICATEURS 11
† Règles concernant les quantificateurs
1) Quantificateurs et négation
N ON (∃x/A(x)) ⇐⇒ ∀x, N ON (A(x))
N ON (∀x, A(x)) ⇐⇒ ∃x/N ON (A(x))
2) Quantificateurs, disjonction et conjonction
(∀x, A(x) et B(x)) ⇐⇒ (∀x, A(x)) et (∀x, B(x))
(∀x, A(x) ou B(x)) ⇐= (∀x, A(x)) ou (∀x, B(x))
(∃x/A(x) et B(x)) =⇒ (∃x/A(x)) et (∃x/B(x))
(∃x/A(x) ou B(x)) ⇐⇒ (∃x/A(x)) ou (∃x/B(x))
Exercice 8.
Trouver un exemple de deux assertions dépendant d’un terme x sur les-
quelles on constate que les implications
(∀x, A(x) ou B(x)) ⇒ (∀x, A(x)) ou (∀x, B(x))
(∃x/A(x) et B(x)) ⇐ (∃x, A(x)) et (∀x, B(x))
sont fausses.
Exercice 9.
1) Ecrire des assertions équivalentes aux négations des assertions
∀x, ∃y/B(y) ⇒ A(x)
∃x/∀y, N ON (A(x) et B(y))
En n’utilisant le symbole ’NON’ qu’éventuellement appliqué à A ou B.
2) Comparer du point de vue de l’implication logique les assertions
∃x/∀y, A(x, y) et ∀y, ∃x/A(x, y).
I.5 Compléments : lettres muettes, lettres parlantes
L’utilisation des quantificateurs pose un problème concernant les noms
donnés aux termes :
- Lorsqu’on écrit ∀x, A(x) ou ∃x/A(x) on peut changer le nom du terme x
sans pour autant changer le sens de l’assertion ni sa valeur de vérité.
Ainsi
∀x, A(x) ⇐⇒ ∀y, A(y).
On dit que dans l’assertion ∀x, A(x) la lettre x est muette.
- Dans d’autre cas le nom donné à un terme a une véritable importance
Les deux assertions
∀x, A(x) ⇒ B(x, y) et ∀x, A(x) ⇒ B(x, z)
12 CHAPITRE 1. LOGIQUE
n’ont pas la même signification la première affirme que le terme y a une
certaine propriété la seconde que c’est le terme z qui l’a ! ici les lettres y et
z sont parlantes.
1.4. QUANTIFICATEURS 13
I.6 Application pratique des tableaux de vérité : algèbre de Boole,
un des fondements de l’informatique
Il s’agit ici d’une applications des mathématiques à électronique. Les aspects
électroniques ne sont pas un détails mais n’ont pas leur place dans ce cours.
1) Variable Booléenne, fonction booléenne et simultation électronique :
Un terme qui peut prendre deux valeurs est un Booléen, par exemple
une assertion peut être vue comme un booléen. Etant donné deux Booléens
indépendants, il existe exactement 4 situations données par le tableau
A B
V V
V F
F V
F F
- Il existe exactement 16 tableaux de trois colonnes ayant les colonnes du
tableau précédent pour premières colonnes à savoir
A B A B A(Ou)B A B A⇐B A B A⇒B
V V V V V V V V V V V V
(1) V F V (2) V F V (3) V F V (4) V F F
F V V F V V F V F F V V
F F V F F F F F V F F V
A B A(Nand)B A B A B A B A⇔B
V V F V V V V V V V V V
(5) V F V (6) V F V (7) V F F (8) V F F
F V V F V F F V V F V F
F F V F F F F F F F F V
A B A(Xor)B A B A B A B A(Et)B
V V F V V F V V F V V V
(9) V F V (10) V F V (11) V F F (12) V F F
F V V F V F F V V F V F
F F F F F V F F V F F F
A B A B A B A(Nor)B A B
V V F V V F V V F V V F
(13) V F V (14) V F F (15) V F F (16) V F F
F V F F V V F V F F V F
F F F F F F F F V F F F
14 CHAPITRE 1. LOGIQUE
Il est d’usage de noter ”0” au lieu de ”F” et ”1” au lieu de ”V”, c’est ce que
nous ferons désormais.
Chacun de ces tableaux est un ”opérateur” logique, les tableaux (2), (4), (8)
et (12) correspondent respectivement au ”Ou”, à ”implication logique”, à
”l’équivalence logique” et au ”Et” étudiés dans le cours. Les tableaux (5),
(9) et (15) représentent les opérateurs Nand , Xor et Nor, ils n’ont pas été
étudiés car on ne les utilise que très rarement en mathématiques.
Une fonction booléenne de k variables booléenne est une application de
{0, 1}k vers {0, 1}. On peut représenter une fonction booléenne de k variables
boolénnes par une table de vérité à k + 1 colonnes, les k premières colonnes
représentent le k variables (il y a 2k situations différentes) la dernière colonne
donnant la valeur de la fonction selon les valeurs données aux variables.
• L’opérateur ”Nand” est particulièrement important. L’intéret de cet opé-
rateur est double : D’une part toute fonction booléenne peut être définie ex-
clusivement à l’aide de cet opérateur et d’autre part il existe des systèmes
électroniques simples simulant cet opérateur.
† Concernant le premier point on se contentera de donner deux exemples,
si A est un booléen N ON (A) (l’application A 7→ N ON (A) est une fonction
booléenne d’une variable booléenne) est équivalente à A(N and)A puisque
A NON(A) A(Nand)A
1 0 0
0 1 1
Si A et B sont deux booléens, A ⇒ B (l’application (A, B) 7→ A ⇒ B
est une fonction booléenne de deux variables booléennes) est équivalente à
A(N and)[B(N and)B] puisque
A B A⇒B B(Nand)B A(Nand)[B(Nand)B]
1 1 1 0 1
1 0 0 1 0
0 1 1 0 1
0 0 1 1 1
Il existe une technique simple, la méthode des ”diagrammes de Karnaugh”,
permettant d’obtenir une expression de toute fonction booléenne de k va-
riables booléennes n’utilisant que l’opérateur ”Nand”.
† D’autre part, pour simuler électroniquement une variable booléenne on
utilise sur un composant une tension faible (de 0 à 0,8 V) qui simule un ”0”
ou une tension forte (de 2,5 à 2,8 V) qui simule un ”1”.
Il existe des systèmes electroniques relativement simples et faciles à fabri-
quer, appelés ”portes Nand”, ayant deux entrées et une sortie pour lesquels
1.4. QUANTIFICATEURS 15
l’état de la sortie est donnée par le tableau suivant
E1 E2 S
1 1 0
1 0 1
0 1 1
0 0 1
(Le nom de ”portes Nand” provient evidemment de l’anglais)
Un circuit électronique composé de portes Nand pourra donc simuler n’im-
porte quel opérateur.
Si on représente une porte Nand par le schéma
#
-
N and -
-
" !
Le circuit électronique
#
A -
N and -
" !
7
#
1
BP N and
PPP
q
" !
simulera A(N and)[B(N and)B] qui n’est autre que A ⇒ B.
Chaque circuit de porte Nand représentant un opérateur logique (à deux
entrée) sera représenté par un schéma
#
-
Nom de l’opérateur -
-
" !
par exemple le circuit précédent sera représenté par le schéma
16 CHAPITRE 1. LOGIQUE
#
-
⇒ -
-
" !
2) Système de numération binaire :
Le deuxième ingrédient est de nature plus mathématique. Tous les
nombres entiers peuvent être représentés par une succession de chiffre, dans
le cas de l’écriture décimale - celle avec laquelle on est en général le plus
familier - on dispose de 10 chiffres : 0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8 et 9. Une
succession de chiffres s’interprète comme un nombre entier :
Le nombre N s’écrivant Ck . . . C2 C1 C0 où C0 , C1 , . . . , Ck sont des chiffres
vaut
C0 + C1 .10 + C2 .102 + · · · + Ck .10k .
La succession Ck . . . C2 C1 C0 est la représentation décimale de N .
On peut utiliser un nombre quelconque de symboles c’est-à-dire un nombre
de chiffres différents de 10. Historiquement, en Mésopotamie par exemple on
utilisait, un système similaire mais comportant 60 chiffres (on parle alors de
représentation sexagégimale). Lorsque le nombre de symboles utilisés vaut 2
on parle de système binaire. On utilise usuellement les chiffres 0 et 1.
Le nombre N s’écrivant Ck . . . C2 C1 C0 où C0 , C1 , . . . , Ck sont des chiffres
(donc dans ce système des 0 ou des 1) vaut
C0 + C1 .2 + C2 .22 + · · · + Ck .2k .
La succession Ck . . . C2 C1 C0 est la représentation binairede N .
Par exemple, le nombre onze (qui s’écrit 11 dans le système décimal)
s’écrit 1011 dans le système binaire puisque 11 = 1 + 1.2 + 0.22 + 1.23 .
La représentation binaire des entiers permet de simuler un nombre faci-
lement de manière électronique.
Pour représenter concrètement un entier dont la représentation binaire
est Ck . . . C2 C1 C0 on considérera k fils ( numérotés de 1 à k, par exemple )
une tension faible ou forte étant appliquée à chaque fils selon que Cj vaut 0
ou 1.
• On peut maintenant réaliser un ”circuit additionneur”
Par exemple un ”additionneur” de deux nombres ayant une représentation
binaire comportant chacun au plus 5 chiffres ( donc valant au maximum
11111binaire = 1 + 2 + 4 + 8 + 16 = 31decimal ) peut être vue comme une
machine ayant 10 ”entrées” disons A1 , . . . , A5 , B1 , . . . , B5 et 6 ”sorties” di-
1.4. QUANTIFICATEURS 17
sons R1 , . . . , R6 (le résultat de l’addition ne peut dépasser 62 donc admet une
représentation binaire d’au plus 6 chiffres).
Les entrées A1 à A5 et B1 à B5 permetront de simuler les deux nombres
à additionner, le circuit doit être tel que les tensions des sorties R1 à R6
représentent la somme.
† Commençons par un ”additionneur” de deux nombres N1 et N2 ayant
une représentation binaire à un chiffre ces deux nombres valent chacun 0 ou
1 donc le résultat peut valoir 0, 1 ou 2 et donc le résultat nécéssite peut être
deux chiffres pour être représenté.
La représentation binaire de la somme N1 + N2 est donnée par le tableau
N1 N2 N1 + N2
1 1 10
1 0 01
0 1 01
0 0 00
Donc si on nomme S la sortie représentant le ”chiffre des unités” et R celui
des ”deuzaines” (la retenue). Il nous faudra réaliser deux circuits
Un premier circuit donnant un résultat suivant le tableau
N1 N2 S
1 1 0
1 0 1
0 1 1
0 0 0
un deuxième suivant le tableau
N1 N2 R
1 1 1
1 0 0
0 1 0
0 0 0
On constate que S équivaut à N1 XorN2 et R à N1 etN2
Le circuit électronique
#
suivant fourni une réponse concrète.
-
Xor -
-
" !
??
#
Et
"!
-
18 CHAPITRE 1. LOGIQUE
La réalisation d’additionneurs pour des nombres de valeurs plus élevées né-
céssite de considérer des additions de trois nombres N1 , N2 et N3 ayant une
représentation binaire à un chiffre, cette nécéssité est due à la présence
éventuelle de retenue, ces trois nombres valent chacun 0 ou 1 donc leur
somme peut valoir 0, 1, 2 ou 3 et donc le résultat nécéssite peut être deux
chiffres pour être représenté (c’est une chance !).
La représentation binaire de la somme N1 +N2 +N3 est donnée par le tableau
N1 N2 N3 N1 + N2 + N3
1 1 1 11
1 1 0 10
1 0 1 10
1 0 0 01
0 1 1 10
0 1 0 01
0 0 1 01
0 0 0 00
Donc si on nomme S la sortie représentant le ”chiffre des unités” et R celui
des ”deuzaines” (la retenue). Il nous faudra réaliser deux circuits
Un premier circuit donnant un résultat suivant le tableau
N1 N2 N3 S
1 1 1 1
1 1 0 0
1 0 1 0
1 0 0 1
0 1 1 0
0 1 0 1
0 0 1 1
0 0 0 0
un deuxième suivant le tableau
N1 N2 N3 R
1 1 1 1
1 1 0 1
1 0 1 1
1 0 0 0
0 1 1 1
0 1 0 0
0 0 1 0
0 0 0 0
1.4. QUANTIFICATEURS 19
Exercice
1) Exprimer S et R à l’aide de N1 , N2 et N3 et d’opérateurs logiques.
2) Donner un circuit électronique simulant l’addition de deux entiers quel-
conques dont la représentation binaire nécéssite au plus trois chiffres.
20 CHAPITRE 1. LOGIQUE
Exercices du chapitre I
1. Compléter par l’un des symboles logiques ⇐⇒ ou ⇒ les assertions
suivantes de manière à ce que l’assertion obtenue soit vraie :
- Pour un réel x : x3 = 8 . . . . . . x = 2
- Pour un réel x : x2 = 9 . . . . . . x = 3
2. Pour f une fonction réelle de la variable réelle définie sur R. Ecrire
formellement (avec quantificateur si nécessaire)
- f est croissante sur R.
- f est monotone sur R.
- f est bornée sur R.
- f est paire.
Ecrire formellement les négations.
3. Parmi les ”déductions” suivantes lesquelles respectent les règles lo-
giques ?
- Si les vaches volaient les poules auraient des dents !
- Si les vaches volaient, les poules pondraient des oeufs !
- Si les vaches ne volent pas alors les poules ont des dents.
- Si les vaches ne volent pas alors les poules pondent des oeufs.
(On rappelle qu’il est faux de dire que les vaches volent, que les poules n’ont
pas de dents mais qu’elles pondent des oeufs !)
4. A(x) et B(x) étant deux assertions dépendant de la donnée du terme
x.
1)Comparez du point de vue de l’implication les assertions suivantes
a) ∀x, A(x) ⇒ B(x) et ∀x, A(x) ⇒ ∀x, B(x)
b) ∃x/A(x) ⇒ B(x) et ∃x/A(x) ⇒ ∃x/B(x)
Pour chaque implication, on donnera soit une démonstration soit un contre
exemple.
2) A-t’on [∀x, A(x) ⇐⇒ B(x)] ⇐⇒ [∀x, A(x) ⇐⇒ ∀x, B(x)] ?
Chapitre 2
Ensembles
Les ensembles, relations binaires et applications sont les notions de base
de toutes les mathématiques. On présente ici l’essentiel des notions et du
vocabulaire les concernant.
2.1 Ensembles
Il est très difficile de définir exactement ce qu’est un ensemble. On se
contentera d’une approximation, un ensemble est ”une collection d’objet”
cette collection doit être décrite de manière à ce que l’on puisse dire sans
aucune équivoque si un objet donné fait partie ou non de cette collection.
Définition 1 Soit E un ensemble. Soit x un terme. Lorsque x est un membre
de la collection représentée par E, on dit que
x est un élément de E.
On note x ∈ E, ce qui se lit ”x appartient à E ”
ou encore ”x est un élément de E”.
Lorsque x n’est pas un membre de la collection on note
x∈/ E qui se lit ”x n’appartient pas à E”.
Le symbole ∈ est le symbole d’appartenance.
La négation de l’assertion x ∈ E, N ON (x ∈ E) peut donc s’écrire x ∈
/ E.
Exemples
- π ∈ R se lit ”π appartient à R (cette assertion est vraie).
- π ∈ N se lit ”π appartient à N (cette assertion est fausse).
21
22 CHAPITRE 2. ENSEMBLES
† Comment écrire un ensemble ?
1) Ecriture extensive, ensembles donnés par liste
Si la liste des éléments d’un ensemble E peut être écrite (c’est le cas
uniquement si la collection est ”finie”) une manière d’écrire l’ensemble en
question est d’écrire la liste, sans répétition, entre deux accolades.
Exemple
- P S = {Homer, M arge}
est l’ensemble des ”Parents Simpson” donné par liste.
Les limitations d’une écriture de ce type sont immédiates : si la liste est
infinie il est impossible de l’écrire, donc, en toute rigueur, une écriture de la
forme 2N = {0, 2, 4, 6, 8, 10, . . .} pour l’ensemble des entiers naturels pairs
n’est pas licite.
2) Ensembles donnés par une propriété ”collectivisante”
Il est aussi possible, très classique et commode, de se donner un ensemble
par une assertion A(x) dont la valeur de vérité dépend de la valeur donnée
au terme x.
Alors x ∈ E si et seulement si A(x) est vraie.
On écrit alors E = {x/A(x)} ce qui se lit ”E est l’ensemble des x tels que la
propriété A(x) est vraie”.
Exemple
- 2N = {x/x ∈ N et le reste de la division de x par 2 vaut 0}
est l’ensemble des entiers naturels pairs donné par propriété collectivisante.
† Exemples fondamentaux d’ensembles
- Il existe un ensemble ne possédant aucun élément c’est l’ensemble vide il
est noté ∅.
- Les entiers naturels 0, 1, 2, 3, . . . forment un ensemble noté N .
- A partir de l’ensemble des entiers naturels, on construit d’autres ensembles
de nombres : Z l’ensemble des entiers relatifs ou entiers signés, Q l’ensemble
des nombres rationnels, R l’ensemble de nombres réels, C l’ensemble des
nombres complexes. Nous verrons comment Z et Q sont construits dans un
chapitre ultérieur, la construction de R est plus délicate elle sera donnée en
annexe, l’ensemble C sera étudié au cours du chapitre III.
2.2. ENSEMBLE DES PARTIES D’UN ENSEMBLE 23
2.2 Ensemble des parties d’un ensemble
Définition 2 Soit E et F deux ensembles. Lorque tout élément de F est un
élément de E on dit que ”F est inclus dans E” ou ”F est
une partie de E” ou encore ”E contient F .
On note alors F ⊂ E.
Le symbole ⊂ est le symbole d’inclusion.
Autrement dit
(F ⊂ E) ⇐⇒ (∀x, x ∈ F ⇒ x ∈ E)
On'
peut visualiser cette situation
$ grâce à un diagramme de ”patate” :
' $
F
E & %
& %
Exemple
- Soit E = {a, b, c} alors ∅ , {b, c} sont des parties de E : ∅ ⊂ E et {b, c} ⊂ E.
- N est une partie de Z.
Remarque : Lorsqu’une inclusion est fausse on utilise aussi le symbole ̸⊂.
Propriété 1 Soit E, F et G trois ensembles.
i) (E ⊂ F et F ⊂ G) ⇒ E ⊂ G.
ii) (E ⊂ F et F ⊂ E) ⇐⇒ E = F .
Démonstration
Soit E ,F et G trois ensembles.
i) Si E ⊂ F et F ⊂ G alors ∀x ∈ E, x ∈ F et ∀x ∈ F, x ∈ G donc
∀x ∈ E, x ∈ G ce qui signifie que E ⊂ G.
ii) Si E ⊂ F et F ⊂ E alors ∀x ∈ E, x ∈ F et ∀x ∈ F, x ∈ E donc
x ∈ E ⇐⇒ x ∈ F ce qui signifie que E = F .
Définition 3 Soit E un ensemble. Les parties de E forment un ensemble
appelé ensemble des parties de E et noté P(E).
Exemple
- P(∅) = {∅}, attention : c’est l’ensemble contenant un seul élément égal à ∅.
- P({∅}) = {∅, {∅}} : c’est un ensemble contenant deux éléments.
-Si E = {a, b, c} alors P(E) = {∅, {a}, {b}, {c}, {a, b}, {a, c}, {b, c}, {a, b, c}}.
Remarque : Le fait que l’ensemble des partie d’un ensemble est un ensemble
est un axiome.
24 CHAPITRE 2. ENSEMBLES
† Opérations sur les parties d’un ensemble
Dans tous ce paragraphe E est un ensemble et P(E) est l’ensemble
de ses parties.
1) Complémentation
Définition 4 Soit A ∈ P(E), on pose CE A = {x ∈ E/x ∈ / A}.
L’ensemble CE A est une partie de E appelée complémentaire
dans E de A, on le note également Ac .
On peut visualiser cette situation grâce à un diagramme de ”patate” :
' $
' $
A
Ac & %
& %
Exemple
- Soit E = {a, b, c} alors CE ∅ = E, CE E = ∅, CE {a, b} = {c}.
Propriété 2 Soit A ∈ P(E) on a CE (CE A) = A.
Démonstration
Soit A ∈ P(E). Soit x ∈ E, on a x ∈ CE (CE A) ⇐⇒ x ∈
/ CE A et x ∈
CE A ⇐⇒ x ∈ / A, donc x ∈
/ CE A ⇐⇒ x ∈ A.
2) Intersection
Définition 5 Soit A et B des parties de E,
on pose A ∩ B = {x ∈ E/x ∈ A et x ∈ B}.
L’ensemble A ∩ B est appelé intersection de A et de B.
On peut visualiser cette situation grâce à un diagramme de ”patate” :
' $
' $
' $
A
A∩B
& %B
& %
& %
2.2. ENSEMBLE DES PARTIES D’UN ENSEMBLE 25
Propriété 3 Soit A, B et C trois parties de E.
i) A ∩ B = B ∩ A
ii) A ∩ (B ∩ C) = (A ∩ B) ∩ C.
iii) A ∩ ∅ = ∅.
iv) A ∩ E = A.
v) A ⊂ B ⇐⇒ A ∩ B = A
Démonstration
i) On a (x ∈ A) et (x ∈ B) ⇐⇒ (x ∈ B) et (x ∈ A).
ii)
( On a ) ( )
(x ∈ A) et [(x ∈ B) et (x ∈ C)] ⇐⇒ [(x ∈ A) et (x ∈ B)] et (x ∈ C) .
iii) et iv) De manière plus générale on a A ∩ B ⊂ A.
En particulier on a donc A ∩ ∅ ⊂ ∅ donc A ∩ ∅ = ∅.
Et aussi A ∩ E ⊂ A
v) Si A ⊂ B alors x ∈ A ⇒ x ∈ B donc (x ∈ A) ⇐⇒ (x ∈ A) et (x ∈ B),
autrement dit A = A ∩ B.
Réciproquement, si A = A ∩ B alors x ∈ A ⇐⇒ (x ∈ A) et (x ∈ B)
donc x ∈ A ⇒ x ∈ B et donc A ⊂ B.
3) Réunion
Définition 6 Soit A et B des parties de E,
on pose A ∪ B = {x ∈ E/x ∈ A ou x ∈ B}.
L’ensemble A ∪ B est appelé réunion de A et de B.
On peut visualiser cette situation grâce à un diagramme de ”patate” :
' $
' $
' $
A
& B
%
A∪B& %
& %
Propriété 4 Soit A, B et C trois parties de E
i) A ∪ B = B ∪ A
ii) A ∪ (B ∪ C) = (A ∪ B) ∪ C.
iii) A ∪ ∅ = A.
iv) A ∪ E = E.
v) A ⊂ B ⇐⇒ A ∪ B = B
26 CHAPITRE 2. ENSEMBLES
Exercice 1. Démontrer ces propriétés.
4) Comportements relatifs de la complémentation, de l’intersection et de la
réunion
Propriété 5 Soit A, B et C trois parties de E.
i) CE (A ∩ B) = CE A ∪ CE B , CE (A ∪ B) = CE A ∩ CE B.
ii) A ∩ (B ∪ C) = (A ∩ B) ∪ (A ∩ C).
iii) A ∪ (B ∩ C) = (A ∪ B) ∩ (A ∪ C).
Exercice 2. Démontrer ces résultats.
Exercice 3. Montrer que pour deux parties A et B de E on a
A ∩ B = A ∪ B ⇒ A = B.
Exercice 4. Soient A, B et C trois parties d’un ensemble donné E.
Parmi les assertions suivantes lesquelles sont vraies en toutes
circonstances ? Pour celles qui ne seraient pas toujours vraies
pouvez-vous donner une condition nécessaire et suffisante sur
la partie A pour qu’elles le deviennent ?
a) (C ∩ CE A = ∅ et C ∩ CE B = ∅) ⇒ (C ⊂ A ∩ B).
b) (A (∩ B ̸= ∅ et )A ∩ C ̸= ∅) ⇒ A ∩ (B ∩ C) ̸= ∅.
c) CA (B ∪ C) ∩ A) = CE (B ∪ C).
Exercice 5. Soit A, B et C trois parties d’un ensemble E donné.
Comparer pour l’inclusion
CA (A ∩ B) ∪ CA (A ∩ C) et CE (CE A ∪ B ∪ C).
2.3. PRODUIT CARTÉSIEN 27
2.3 Produit cartésien
Soit a et b deux termes, le couple (a, b) est un nouveau terme. Attention
(a, b) n’est pas un ensemble, il s’agit d’un objet consistant en la donnée des
deux termes a et b dans cet ordre. En particulier le couple (a, b) n’est pas
égal (sauf si a = b) au couple (b, a).
Exemples
- (∅, N) est un couple d’ensemble.
- (2.36, π) est un couple de réel.
- (4, 156) est un couple d’entiers naturels.
Définition 7 - Soit E et F deux ensembles. Les couples (e, f ) où e est un
élément de E et f est un élément de F forment un ensemble
que l’on note E×F et appelé produit cartésien de E par F .
E × F = {(e, f )/e ∈ E, f ∈ F }
-Dans un couple (e, f ), e est appelé premier terme, et f
est le second terme.
Exemple
- Soit E = {a, b, c} et F = {x, y}.
On a E × F = {(a, x), (a, y), (b, x), (b, y), (c, x), (c, y)}.
Exercice 6. Soit E et F deux ensembles. Soit A une partie de E et B une
partie de F . Comparer
a) E × CF B et CE×F E × B.
b) CE A × CF B et CE×F (A × B).
† Graphe
Définition 8 Soit E et F deux ensembles. Un graphe de E vers F est une
partie du produit cartésien E × F .
Exemple
- Les deux schémas suivants représentent des graphes.
Le premier shéma représente le graphe G = {(a, x), (a, z), (c, y)} de
E = {a, b, c, d} vers F = {x, y, z}.
Exercice 7. Quel est le graphe représenté par le second shéma ?
28 CHAPITRE 2. ENSEMBLES
Les graphes peuvent s’interpreter essentiellement de deux manières. La pre-
mière est d’interpréter un graphe de E vers E comme une relation binaire
sur E. La seconde, est d’interpréter un graphe comme celui d’une applica-
tion.
† Relations binaires
Définition 9 Soit E un ensemble. Une relation binaire sur E consiste en
la donnée d’un graphe R de E vers E.
Pour (a, b) ∈ E × E si (a, b) ∈ R on note aRb sinon
on note a ̸ Rb.
Les relations binaires sont omniprésentes. Par exemple ”⊂” est une rela-
tion binaire sur l’ensemble des parties d’un ensemble, ”≤” est une relation
binaire sur R, sur l’ensemble des triangles du plan ”est semblable” est une re-
lation binaire, sur l’ensemble des applications réelles de la variable réelle ”est
une primitive de” est une relation binaire. Lorsqu’on a une relation binaire
sur un ensemble fini une manière agréable de visualisation est un ”diagramme
sagittal”.
Exemple
Pour E = {a, b, c, d, e} et R = {(a, a), (a, c), (b, a), (b, d), (d, b)}
on a aRa, aRc, bRa, bRd et dRb, le diagramme sagittal correspondant
consiste à tracer dessiner une ”patate” représentant E et une flèche entre
deux éléments x et y lorsque xRy.
Exercice 8. Soit E = {a, b, c, d}, donner le diagramme saggital de la relation
binaire sur E, R = {(a, a), (b, d), (d, c)}
† Fonctions et applications
Définition 10 Soit E et F deux ensembles (il peut arriver que ce soit deux
fois le même ensemble). Une correspondance f de E vers
F consiste en la donnée d’un graphe Gf de E vers F .
- Parmi les correspondances de E vers F celles qui satisfont
”si pour tout élément x de E il existe au plus un élément y
de F tel que (x, y) est dans le graphe”
sont appelées des fonctions.
- Parmi les correspondances de E vers F celles qui satisfont
”si pour tout élément x de E il existe exactement un
élément y de F tel que (x, y) est dans le graphe”
sont appelées des applications.
2.4. RELATIONS BINAIRES 29
L’usage est de noter les fonctions et les applications par
f : E → F
x 7→ f (x)
où f (x) est l’unique élément de F (s’il existe) tel que (x, f (x)) est dans le
graphe.
Les fonctions et les applications sont aussi des objets très courants en
mathématique. Par exemple, les ”fonctions classiques” de terminale sont
des fonctions de R dans R, il existe aussi des exemples plus exotiques : la
”dérivation” peut être vue comme une fonction de l’ensemble des fonctions
réelles de la variable réelle vers lui même, la complémentation peut être vue
comme une application de l’ensemble P(E) dans lui-même.
Dans les deux paragraphes suivants on étudiera plus en détail les notions
concernant les relations binaires et les applications.
2.4 Relations binaires
Définition 11 Soit R une relation binaire sur un ensemble E.
On dit que R est
i) Réflexive lorsque ∀x ∈ E, xRx.
ii) Symétrique lorsque ∀x, y ∈ E, xRy ⇒ yRx.
iii) Transitive lorsque ∀x, y, z ∈ E, (xRy et yRz) ⇒ xRz.
iv) Antisymétrique lorsque
∀x, y ∈ E, (xRy et yRx) ⇒ x = y.
Exemple
- On muni N∗ (l’ensemble des entiers naturels non nuls) de la relation a|b
lorsque a est un diviseur de b, autrement dit le graphe de cette relation
est G = {(a, b) ∈ N∗ × N∗ /∃k ∈ N/b = ka}.
- Soit a ∈ N∗ , on a a = 1.a donc a|a, ceci est vrai pour n’importe quel
entier a donc | est une relation refléxive.
- Soit a et b dans N∗ si on a a|b on n’a pas forcément b|a comme le montre
l’exemple 2|4 et 4 ̸ |2, donc la relation | n’est pas symétrique.
- Soit a, b et c dans N∗ si on a a|b et b|c alors a|c, donc la relation | est
transitive.
- Soit a et b dans N∗ si on a a|b et b|a alors on a a = b, en effet comme
a|b on trouve un entier k tel que b = k.a et comme b|a on trouve un
entier ℓ tel que a = ℓ.b donc a = ℓ.(k.b) = (ℓ.k).a, donc ℓ.k = 1 comme
ℓ et k sont des entiers positifs on a ℓ = k = 1 donc a = b, la relation | est
antisymétrique.
30 CHAPITRE 2. ENSEMBLES
Exercice 9. Que ce passe-t’il si on considère la relation | non pas sur N∗
mais sur Z∗ ?
- Soit E un ensemble. La relation binaire ⊂ sur P(E) est reflexive, tran-
sitive, antisymétrique, mais n’est pas symétrique.
Exercice 10. Pour E = {a, b, c} donner le graphe de la relation ⊂ sur
P(E).
Exercice 11. Quelles sont les propriétés des relations binaires sur R définies
par
a) xRy ⇐⇒ sin(x) − sin(y) = 0 ?
b) xQy ⇐⇒ x.y ≤ 0 ?
† Relations d’équivalence
Définition 12 Soit E un ensemble. Une relation binaire sur E est une
relation d’équivalencelorsque elle est reflexive, symétrique
et transitive.
La notion de relation d’équivalence est extrémement importante. C’est un
outil utilisé pour la fabrication d’objets nouveaux, nous rencontrerons de
nombreuses relations d’équivalence dans les développements ultérieurs.
Définition 13 Soit E un ensemble et ≃ une relation d’équivalence sur E.
- Soit x ∈ E, la classe d’équivalence de x est l’ensemble
des éléments de E qui sont en relation avec x, il est fréquent
de noter x̄ la classe d’équivalence de x,
x = {y ∈ E/x ≃ x}.
- Soit x ∈ E, un élément de la classe d’équivalence de x est
appelé un représentant de cette classe, autrement dit y est
un représentant de x signifie simplement que y ∈ x.
- Les classes d’équivalences sont des parties de E, elles
forment un ensemble (qui est une partie de P(E)) appelé en-
semble quotient de E par ≃ et noté E/≃ .
Exemple
- Soit E = {Homer, M arge, Lisa, Bart}. Soit ≃ la relation binaire
définie sur E par
x ≃ y ⇐⇒ x et y sont du même sexe .
Cette relation est une relation d’équivalence (cela est facile a vérifier).
On a Homer = {Homer, Bart}(= Bart)
et M arge = {M arge, Lisa}(= Lisa),
Il y a deux classes d’équivalence : Homer et Lisa.
L’ensemble quotient est E/≃ = {Homer, M arge}.
2.4. RELATIONS BINAIRES 31
- Soit ≃ la relation binaire sur R∗ définie par x ≃ y ⇐⇒ xy > 0.
C’est une relation d’équivalence. En effet,
- Soit x ∈ R∗ on a xx = x2 > 0 donc x ≃ x : la relation est donc
réflexive.
- Soit x, y ∈ R∗ si on suppose que x ≃ y alors x.y > 0 donc on a
y.x > 0 c’est-à-dire y ≃ x : la relation est donc symétrique.
- Soit x, y et z dans R∗ , si on suppose que x ≃ y et que y ≃ z
alors x.y > 0 et y.z > 0 alors x.y.y.z > 0 mais y.y > 0 quelle
que soit la valeur donnée à y donc x.z > 0 c’est-à- dire x ≃ z :
La relation est donc transitive.
Soit x ∈ R∗ la classe de x est x = {y ∈ R∗ /y ≃ x}.
- Si x > 0 on a y ≃ x ⇐⇒ x.y > 0 ⇐⇒ y > 0,
- Si x < 0 alors y ≃ x{⇐⇒ x.y > 0 ⇐⇒ y < 0.
R∗+ si x > 0
Donc finalement x = .
R∗− si x < 0
Il y a deux éléments dans l’ensemble quotient, R∗ /≃ = {R∗+ , R∗− }.
Sur les deux exemples on remarque que deux classes d’équivalences dis-
tinctes sont disjointes (c’est-à-dire d’intersection vide) et que la réunion des
classes d’équivalence vaut E. C’est un fait général que nous allons montrer.
Définition 14 Soit E un ensemble. Soit (Ai )ı∈I une famille de partie de E.
On dit que cette famille forme une partition de E lorsque
i) aucune des parties Ai n’est vide,
ii) deux parties distinctes Ai et Aj sont disjointes,
iii) la réunion de ces parties vaut E.
Exemple
- Soit E = {Homer, M arge, Lisa, Bart}.
A1 = {Homer, Bart}, A2 = {M arge, Lisa} est une partition de E
(en deux parties).
- Les parties de R∗ , A1 = R∗+ et A2 = R∗− forment une partition de R∗ .
(en deux parties également).
- Il peut y avoir plus d’une partie dans une partition et même une infinité.
Par exemple, si pour k ∈ Z on pose Ak = [k, k + 1[, on obtient une
partition de R puisque aucune des parties Ak n’est vide, si elles sont
distinctes les deux parties Ak et Al sont disjointes et que leur réunion
vaut R.
32 CHAPITRE 2. ENSEMBLES
Propriété 6 Soit E un ensemble et ≃ une relation d’équivalence sur E.
Les classes d’équivalences forment une partition de E.
Démonstration
Soit C une classe d’équivalence, c’est la classe d’un élément x de E donc
C = x comme ≃ est refléxive x ≃ x donc x ∈ x = C et C est donc non vide.
Soit C et D deux classes d’équivalence, soit x et y des représentants de
ces classes. Si elles ne sont pas dijointes, alors on trouve z ∈ C ∩ D = x ∩ y
donc on a z ≃ x et z ≃ y. Soit t ∈ C = x, on a t ≃ x, compte tenu du
fait que ≃ est symétrique et transitive on a x ≃ z donc t ≃ z et comme
z ≃ y on a t ≃ y donc t ∈ y = D : donc C ⊂ D. On montre de même que
D ⊂ C. Finalement, C = D. On a montré que si elles ne sont pas disjointes
alors les classes d’équivalence C et D sont égales. (ceci est un exemple de
raisonnement par contraposition).
Soit x ∈ E, alors x ∈ x donc x est dans la réunion des classes d’équi-
∪
valence, autrement dit E ⊂ C∈E/≃ C.
Propriété 7 Soit (Ai )i∈I une partition d’un ensemble E. Alors il existe
une unique relation d’équivalence sur E dont les Ai sont
les classes d’équivalence.
Démonstration
Soit (Ai )i∈I une partition d’un ensemble E. Pour x et y dans E, posons
x ≃ y lorsqu’il existe i ∈ I tel que x ∈ Ai et y ∈ Ai . Cela définit une relation
binaire ≃ sur E.
Soit x ∈ E, comme les Ai forment une partition de E, leur réunion vaut
E, donc x est au moins dans l’une des parties Ai , disons dans la partie Ai0 .
On a x ∈ Ai0 ( et x ∈ Ai0 ) donc x ≃ x : La relation ≃ est donc reflexive.
Soit x et y dans E. Si on suppose que x ≃ y alors on trouve i dans I tel
que x ∈ Ai et y ∈ Ai , donc on a y ∈ Ai et x ∈ Ai c’est-à-dire y ≃ x : La
relation ≃ est symétrique.
Soit x, y et z dans E si on suppose que x ≃ y et y ≃ z alors on trouve
i ∈ I tel que x ∈ Ai et y ∈ Ai et on trouve j ∈ I tel que y ∈ Aj et z ∈ Aj (ce
n’est pas a priori la même partie ”A” qui contient x et y et qui contient y et
z). On a alors y ∈ Ai ∩ Aj donc les parties Ai et Aj ne sont pas disjointes,
elles sont donc égales donc x ≃ z : la relation ≃ est donc transitive.
Finalement ≃ est une relation d’équivalence sur E.
Soit x ∈ E, comme les Ai forment une partition de E il existe un et un
seul i ∈ I tel que x ∈ Ai disons Ai0 , alors
x = {y ∈ E/y ≃ x} = {y ∈ E/∃i ∈ I/x ∈ Ai et y ∈ Ai } = Ai0 .
La classe d’équivalence de x est l’unique partie Ai0 qui le contient !
2.4. RELATIONS BINAIRES 33
Exercice 12. Soit R la relation binaire sur E = {a, b, c, d, e} représentée
par le diagramme saggital
Quel est le graphe de cette relation ? est-ce une relation d’équivalence ? si oui
quelles sont les classes d’équivalence ? Donner l’ensemble quotient.
Exercice 13. Soit ≃ une relation d’équivalence sur un ensemble E. Soit F
une partie de E, pour x, y ∈ F on pose x ≃F y lorsque x ≃ y.
a) Montrer que ≃F est une relation d’équivalence sur F
b) Soit x ∈ F donner en fonction de la classe d’équivalence de x pour ≃
et de F la classe d’équivalence de x pour ≃F .
c) Donner une condition nécessaire et suffisante sur F pour que les classes
d’équivalence pour ≃F soient toutes des classes d’équivalence pour ≃.
Exercice 14.
Soit ≡ et ≃ deux relations déquivalence sur un même ensemble E.
On suppose que ∀x, y ∈ E, x ≡ y ⇒ x ≃ y.
a) Comparer les graphes de ≃ et de ≡
b) Montrer que toute classe d’équivalence relative à ≡ est contenue
dans une classe d’équivalence relative à ≃.
c) Montrer que toute classe d’équivalence relative à ≃ est une réunion de
classes d’équivalence relatives à ≡.
† Relations d’ordre
Définition 15 - Soit E un ensemble. Une relation binaire sur E est une
relation d’ordre sur E lorsqu’elle est reflexive, transitive et
antisymétrique.
- Un ensemble E muni d’une relation d’ordre ≤ est un
ensemble ordonné.
Les exemples de relation d’ordre sont également très nombreux. ≤ est une
relation d’ordre sur N ( mais aussi sur Z, Q et R). l’inclusion est une relation
d’ordre sur l’ensemble des parties d’un ensemble.
34 CHAPITRE 2. ENSEMBLES
Définition 16 - Soit (E, ≤) un ensemble ordonné, soit {x, y} une paire
d’élément de E on dit qu’ils sont une paire d’éléments
comparables pour ≤ si on a x ≤ y ou y ≤ x.
- Si toute paire d’éléments de E est une paire d’éléments
comparables on dit que ≤ est un ordre total sur E.
Définition 17 Soit (E, ≤) un ensemble ordonné. Soit A une partie de E
et x un élément de E.
- x est un majorant de A si ∀a ∈ A, a ≤ x
x est un minorant de A si ∀a ∈ A, x ≤ a.
- x est un plus grand élémentde A
si x ∈ A et ∀a ∈ A, si a ̸= x alors x ̸≤ a,
x est un plus petit élément de A
si x ∈ A et ∀a ∈ A, si a ̸= x alors a ̸≤ x.
- Une borne supérieure de A est un plus petit majorant
de A,
une borne inférieure est un plus grand minorant
de A.
Exercice 15.
a) Pour chacune des parties suivantes de R muni de l’ordre naturel ≤,
donner si cela existe un exemple de majorant, de minorant, de plus grand
élément, de plus petit élément, de borne supérieure, de borne inférieure.
A = [0, 1[, B = [0, 1], C =]0, +∞[, D = N, E = Z.
b) Soit E = {a, b, c, d, e}, on muni P(E) de l’inclusion. Est-ce un ensemble
totalement ordonné ? Pour chacune des parties suivantes de P(E)
donner si cela existe un exemple de majorant, de minorant, de plus grand
élément de plus petit élément, de borne supérieure, de borne inférieure.
A = {∅, {a, c}, {b, c, d}}
B = {{a}, {a, c}, {a, c, f }}.
Exercice 16. Soit (E, ≤) un ensemble totalement ordonné. Soit A une
partie non vide de E. Montrer que A possède au plus un plus grand élément et
que s’il existe ce plus grand élément est également l’unique borne supérieure
de A.
2.4. RELATIONS BINAIRES 35
Un exemple extrémement important d’ensemble totalement ordonné est
(N, ≤).
Axiome de récurrence.
Soit Pn une assertion dont la valeur de vérité dépend de la valeur donnée
à l’entier naturel n.
Si
- P0 est vraie.
- ∀n ∈ N, Pn ⇒ Pn+1
Alors
∀n ∈ N, Pn est vraie.
Exemple
On veut montrer que ∀n ∈ N∗ , 1 + 2 + 3 + . . . n = n(n+1)
2
Notons Pn l’assertion 1 + 2 + · · · + n = n(n+1)
2
.
- L’assertion P1 signifie 1 = 1×2
2
qui est manifestement vraie.
- Supposons que pour n ∈ N∗ donné Pn soit vraie, alors on a
n(n + 1)
1 + 2 + ··· + n = .
2
Alors, on a
1 + 2 + · · · + (n + 1) = (1 + 2 + · · · + n) + (n + 1)
n(n+1)
= 2
+ (n + 1)
n(n+1)+2(n+1)
= 2
(n+1)(n+2)
= 2
donc Pn+1 est vraie.
Une application de l’axiome de récurrence donne ∀n ∈ N∗ , Pn est vraie.
Exercice 17. Trouver et démontrer une formule similaire à la formule précé-
dente donnant l’expression de la somme
12 + 22 + 32 + · · · + n2 .
36 CHAPITRE 2. ENSEMBLES
2.5 Fonctions et applications
Définition 18 1. Soit E et F deux ensembles et Gf un graphe de E vers F .
On dit qu’il s’agit d’un graphe fonctionnel lorsque
∀x ∈ E Il existe au plus un élément y ∈ F/(x, y) ∈ Gf
Dans ce cas on dit aussi que Gf est le graphe d’une fonction
f de E vers F que l’on note
f : E → F
x 7→ y = f (x)
Où y est l’unique élément, si il existe, de F tel que (x, y) ∈ Gf
2. Soit E et F deux ensembles et Gf un graphe de E vers F .
On dit qu’il s’agit du graphe d’une application lorsque
∀x ∈ E Il existe exactement un élément y ∈ F/(x, y) ∈ Gf
Dans ce cas on dit aussi que Gf est le graphe d’une
application f que l’on note
f : E → F
x 7→ y = f (x)
Où y est l’unique élément de F tel que (x, y) ∈ Gf
3. Si f est une fonction (ou une application) de E vers F on
dit que E est l’ensemble de départ de f et que F est son
ensemble d’arrivée.
4. Soit f : E → F une fonction. La partie de E formée des
éléments pour lesquels f (x) existe est appelé l’ ensemble
de définition de f . On note cette partie Deff ou Def (f ).
Exemple
- cos : R → R est une application de R dans R.
- f : R → R; x 7→ x1 est une fonction dont l’ensemble de définition
est R∗ .
- g : R∗ → R; x 7→ x1 est une application.
Il faut remarquer que f et g ne sont pas le même objet ! !
2.5. FONCTIONS ET APPLICATIONS 37
† Injections, surjections et bijections
Dans tout ce paragraphe on considère des applications f, g, h, ...
d’un ensemble E vers un ensemble F .
Définition 19 Soit y ∈ F , un antécédant de y pour f est un élément x de
E tel que f (x) = y.
Il y a trois cas de figure : L’élément y de F peut admettre plusieurs anté-
cédants, un unique antécédant ou aucun antécédant.
Définition 20 On dit que f est une
- Injection de E vers F lorsque tout élément de F admet
au plus un antécédant.
- Surjection de E vers F lorsque tout élément de F admet
au moins un antécédant.
- Bijection de E vers F lorsque tout élément de F admet
exactement un antécédant,
autrement dit une bijection est une application qui est simul-
tanément injective et surjective.
Exemple
-Le graphe représenté par le premier diagramme est une application qui
n’est ni injective ni surjective, le diagramme 2 représente une injection
qui n’est pas surjective, le diagramme 3 une surjection qui n’est pas in-
jective, le diagramme 4 une bijection.
Les applications représentées par les diagrammes ci-dessus peuvent aussi
être représentées par les diagrammes sagitaux suivants
38 CHAPITRE 2. ENSEMBLES
- Soit E un ensemble et R une relation d’équivalence sur E l’application
ΠR de E vers E/R définie par x 7→ x est une surjection appelée surjection
canonique de E sur son quotient E/R .
- Soit A une partie d’un ensemble E. L’application
iA : A → E : x 7→ x
est une injection appelée injection canonique de A dans E.
† Composition des applications
Définition 21 Soit f et g deux applications respectivement, d’un ensemble
E vers un ensemble F et de F vers un ensemble G.
On appelle composée de f et de g l’application notée g ◦ f
de E vers G définie par g ◦ f (x) = g(f (x)) pour tout élément
de E.
Attention à la notation : Si on voit les applications f et g comme des ”trans-
formations” la ”transformation” g ◦ f consiste en la transformation f suivie
de la transformation g.
Définition 22 Soit E un ensemble on appelle identité de E et on note IdE
l’application
IdE : E → E
x 7→ IdE (x) = x
Pour tout ensemble E l’identité de E est de manière évidente une bijection
de E dans E.
Propriété 8 a) La composée de deux surjections est une surjection.
b) La composée de deux injections est une injection.
c) La composée de deux bijections est une bijection.
Démonstration
f g
Soit E → F → G deux applications.
a) Si f et g sont surjectives alors
(∀z ∈ G, ∃y ∈ F/g(y) = z) et (∀y ∈ F, ∃x ∈ E/f (x) = y)
donc
∀z ∈ G, ∃x ∈ E/g(f (x)) = z.
Autrement dit g ◦ f est surjective.
b) Si f et g sont injectives alors soit x et x′ deux éléments de E si on
suppose que g ◦ f (x) = g ◦ f (x′ ) alors g(f (x)) = g(f (x′ ), comme g est une
injection on a donc f (x) = f (x′ ) et comme f est aussi une injection on a
x = x′ donc g ◦ f est une injection.
c) est une conséquence directe de a) et b).
2.5. FONCTIONS ET APPLICATIONS 39
f g
Propriété 9 Soit E → F → G deux applications.
a) Si g ◦ f est injective alors f est injective.
b) Si g ◦ f est surjective alors g est surjective.
Démonstration
a) Supposons que f ne soit pas une injection alors on trouve un élément
de F qui possède plus d’un antécédant par f : donc deux éléments distincts
dans E, x et x′ tels que f (x) = f (x′ ), on a alors g ◦ f (x) = g ◦ f (x′ ) donc
g ◦ f n’est pas injective.
b) Supposons que g ◦ f soit surjective, soit z ∈ G, z admet un antécédant
par g ◦ f autrement dit on trouve x ∈ E tel que g ◦ f (x) = z alors on a
g(f (x)) = z donc f (x) est un antécédant de z pour g, g est donc surjective.
Exercice 18. Pour chacune des correspondances suivantes déterminer
si ce sont des fonctions (dans ce cas en donner le domaine de définition),
si ce sont des applications et dans ce cas déterminer si ce sont des
injections, des surjections, des bijections.
a) cos : R → R; x 7→ cos(x)
b) cos : R → [−1, +1]; x 7→ cos(x)
c) tg : R → R; x 7→ tg(x)
d) cos :] −π , π [→ R; x 7→ tg(x)
2 2
e) f : R → R; x 7→ x+1 1
f) g : R \ {−2} → R; x 7→ x+2 x
g) h : R+∗ → R+∗ ; x 7→ x1
Exercice 19.
Soit E et F deux ensembles et f une application de E vers F .
a) Donner une condition nécessaire et suffisante sur f
pour qu’il existe une application g de F vers E telle que f ◦ g = IdF .
b) Donner une condition nécessaire et suffisante sur f pour
qu’il existe une application g de F vers E telle que g ◦ f = IdE .
40 CHAPITRE 2. ENSEMBLES
† Applications et relations d’équivalence
Soit f une application d’un ensemble E vers un ensemble F et R une
relation
d’équivalence sur E, soit Π la projection canonique de E sur l’ensemble quo-
tient E/R . On a un diagramme d’application
f
E → F
Π↓
E/R
Le problème que l’on se propose de résoudre est celui de l’existence d’une
application f de l’ensemble quotient vers f telle que f ◦ Π = f , autrement
dit de pouvoir compléter le diagramme précédent en un ”triangle” :
f
E → F
Π↓ ↗f
E/R
Supposons que l’application f existe alors on a nécessairement
∀x ∈ E, f (x) = f (Π(x)) = f (x).
Par conséquent, si x, x′ ∈ E sont tels que xRx′ on a x = x′ donc f (x) = f (x′ ).
Donc on doit avoir ∀x, x′ ∈ E, xRx′ =⇒ f (x) = f (x′ ).
Réciproquement, si ∀x, x′ ∈ E, xRx′ =⇒ f (x) = f (x′ ) alors la formule
f (x) = f (x) définit une application (et non une correspondance) dont on
vérifie facilement qu’elle répond au problème posé.
Définition 23 Une relation d’équivalence R sur un ensemble E et une
application d’ensemble de départ E sont dits compatibles
lorsque ∀x, x′ ∈ E, xRx′ =⇒ f (x) = f (x′ ).
On a démontré la propriété suivante
Si une relation d’équivalence R et une application f définies sur E sont
compatibles alors il existe une application f définie sur E/R telle que
f ◦ Π = f.
2.6. BIJECTIONS, CARDINALITÉ 41
2.6 Bijections, cardinalité
Définition 24 Soit E et F deux ensembles. On dit qu’ils ont même cardi-
nalité lorsqu’il existe une bijection de E vers F .
Propriété 10 S’il existe une bijection f d’un ensemble E vers un ensemble
F alors il existe aussi une bijection de F vers E.
Précisément, il existe une unique bijection que l’on note usuel-
lement f −1 et appelée bijection réciproque de f de F vers
E telle que
f ◦ f −1 = IdF et f −1 ◦ f = IdE .
Réciproquement, une application f de E vers F étant donnée,
s’il existe une application g de F vers E telle que
f ◦ g = IdF et g ◦ f = IdE alors
l’application g est unique, f est une bijection et g est la bijec-
tion réciproque de f .
Démonstration
Soit E et F deux ensembles et f : E → F une bijection. Alors la formule
y 7→ xy où xy est l’unique antécédant de y pour f définit une application
de F vers E, cette application est une bijection satisfaisant les conditions
imposées.
Une application f de E vers F étant donnée, supposons qu’il existe une
application g de F vers E telle que f ◦ g = IdF et g ◦ f = IdE .
- L’application IdF est injective et surjective (puisqu’elle est bijective) donc
si f ◦ g = IdF alors d’une part g est surjective et d’autre part f est injective.
- L’application IdE est injective et surjective (puisqu’elle est bijective) donc
si g ◦ f = IdE alors d’une part g est injective et d’autre part f est surjective.
Donc f et g sont bijectives et g est la bijection réciproque de f .
Terminologie :
- Lorsqu’un ensemble a même cardinalité que l’ensemble N∗n = {1, 2, . . . , n}
on dit qu’il est fini de cardinal n.
- Lorsqu’un ensemble n’est pas de cardinal fini (c’est-à-dire n’est en bijection
avec aucun des ensembles N∗n pour n ∈ N) on dit que c’est un ensemble
infini.
- Parmi les ensemble infini ceux qui ont même cardinalité que N sont dit
infinis dénombrables.
- Il existe des ensembles infinis non dénombrables.
42 CHAPITRE 2. ENSEMBLES
Exemple
- L’ensemble Z est infini dénombrable :
Une bijection de N vers Z est par exemple
{ n
si n est pair
f : N → Z : n 7→ 2
− 2 si n est impair
n+1
- L’ensemble R est infini non dénombrable :
Il est manifeste que R n’est pas fini puisqu’il contient N.
Supposons que ce soit un ensemble dénombrable, alors on trouverait une
bijection f de N vers R.
Supposons que la partie ”après la virgule” du développement décimal de
f (n) soit
0, dn1 dn2 dn3 . . . dnk . . .
(les dnk sont donc des chiffres) considérons alors le réel de développement
décimal
0, c1 c2 . . . ck . . .
où cj = 5 si djj ̸= 5 et cj = 0 sinon.
Ce réel n’est pas dans la suite des réels f (n) !
Donc l’application f ne peut être une bijection.
Principe des tiroirs : Soit E et F deux ensembles finis de même cardinal
et soit f une application de E vers F alors
f injective ⇐⇒ f surjective ⇐⇒ f bijective
Attention si on n’a pas l’hypothèse que E et F sont finis (même s’ils
sont de même cardinal) les équivalences deviennent fausses par exemple il
est évident que f : N → N; n 7→ n + 1 est injective mais ce n’est pas une
surjection puisque 0 n’admet pas d’antécédant.
2.7 Applications image réciproque et image
directe
† Application image directe
Définition 25 Soit f : E → F une application, soit A une partie de E.
On pose f (A) = {y ∈ F/∃x ∈ A/f (x) = y},
f (A) est la partie de F formée des images par f des éléments
de A et s’appelle image directe de A par f .
2.7. APPLICATIONS IMAGE RÉCIPROQUE ET IMAGE DIRECTE 43
Cela définit une application de P(E) vers P(F ) que l’on note f , cette
notation a priori ambiguë, puisque f note à la fois l’application initiale de
E vers F et l’application image directe associée de P(E) vers P(F ), ne l’est
pas en pratique puisque si A est une partie de E, dans l’expression f (A), ”f ”
note nécessairement l’application image directe et si x est un élément de E
dans l’expression f (x), ”f ” note l’application initiale.
Propriété 11 Soit f : E → F une application. Soit A1 et A2 deux
parties de E.
a) f (A1 ∩ A2 ) ⊂ f (A1 ) ∩ f (A2 ).
b) f (A1 ∪ A2 ) = f (A1 ) ∪ f (A2 ).
Démonstration
a) Soit y ∈ f (A1 ∩ A2 ), alors on trouve x ∈ A1 ∩ A2 tel que y = f (x)
cet élément x de E est dans A1 donc f (x) ∈ f (A1 ) il est également dans A2
donc f (x) ∈ f (A2 ) finalement y = f (x) ∈ f (A1 ) ∩ f (A2 ).
L’inclusion réciproque est fausse de manière générale comme on peut le
constater sur le diagramme
( b) Soit y ∈ F)on a ( )
y ∈ f (A1 ∪ A2 ) ⇐⇒ ∃x ∈ A1 ∪ A2 /f (x) = y
( )
⇐⇒ ∃x ∈ A1 ou ∃x ∈ A2 /y = f (x)
( )
⇐⇒ y ∈ f (A1 ) ou y ∈ f (A2 )
⇐⇒ y ∈ f (A1 ) ∪ f (A2 )
† Application image réciproque
Définition 26 Soit f : E → F une application, soit B une partie de F .
On pose f −1 (B) = {x ∈ E/∃f (x) ∈ B},
f −1 (B) est la partie de E formée des antécédants par f des
éléments de B et s’appelle image réciproque de B par f .
Cela définit une application de P(F ) vers P(E) que l’on note f −1 , cette
notation a priori ambiguë, puisque dans le cas où f est une bijection f −1
note à la fois la bijection réciproque de f (de F vers E) et l’application
image image réciproque associée à f de P(F ) vers P(E), ne l’est pas en
pratique puisque si B est une partie de F , dans l’expression f −1 (B), ”f −1 ”
44 CHAPITRE 2. ENSEMBLES
note nécessairement l’application image réciproque et si y est un élément
de F dans l’expression f −1 (y), ”f −1 ” note la bijection réciproque de f (qui
n’existe que si f est bijective).
Propriété 12 Soit f : E → F une application. Soit B1 et B2 deux parties
de F .
a) f −1 (B1 ∩ B2 ) = f −1 (B1 ) ∩ f −1 (B2 ).
b) f −1 (B1 ∪ B2 ) = f −1 (B1 ) ∪ f −1 (B2 ).
Démonstration
a) Soit x ∈ E, on a
x ∈ f −1 (B1 ∩ B2 ) ⇐⇒
( f (x) ∈ B1 ∩ B2 )
⇐⇒ f (x) ∈ B1 et f (x) ∈ B2
( )
⇐⇒ x ∈ f −1 (B1 ) et x ∈ f −1 (B2 )
⇐⇒ x ∈ f −1 (B1 ) ∩ f −1 (B2 ).
b) Soit x ∈ E on a
x ∈ f −1 (B1 ∪ B2 ) ⇐⇒
( f (x) ∈ B1 ∪ B2 )
⇐⇒ f (x) ∈ B1 ou f (x) ∈ B2
( )
⇐⇒ x ∈ f −1 (B1 ) ou x ∈ f −1 (B2 )
⇐⇒ x ∈ f −1 (B1 ) ∪ f −1 (B2 ).
Exercice 20. Soit f : E → F une application.
a) Soit A une partie de E comparer f −1 (f (A)) et A.
Pouvez vous donner une condition nécessaire sur f et suffisante pour que
ces deux parties de E soient toujours égales ?
a) Soit B une partie de F comparer f (f −1 (B)) et B.
Pouvez vous donner une condition nécessaire sur f et suffisante pour que
ces deux parties de F soient toujours égales ?
Exercice 21. Soit E un ensemble.
L’application C : P(E) → P(E); A 7→ CE A est elle injective ? surjective ?
bijective ?
Exercice 22. Soit E un ensemble, soit {0, 1}E l’ensemble des applications
de E vers {0, 1}. On pose 1 : P(E) → {0, 1}E ; A 7→ 1A où
{
0 si x ∈/A
1A est définie par 1A : E → {0, 1}; x 7→
1 si x ∈ A.
L’application 1A est la fonction indicatrice de A.
a) Montrer que 1 est une bijection.
b) Soit A et B deux parties de E exprimer 1A∩B et 1A∪B à l’aide de 1A et
1B .
2.7. APPLICATIONS IMAGE RÉCIPROQUE ET IMAGE DIRECTE 45
Exercices du chapitre II
1. Dans tout l’exercice E et F sont des ensembles, A et B sont des
assertions.
a) Ecrire une assertion équivalente sans utiliser le symbole N ON les négations
des assertions
∀x ∈ E, ∃y ∈ F/N ON A(x) =⇒ B(y)
∃x, y ∈ E/∀z ∈ F, A(x) ⇐⇒ B(y, z)
b) Les assertions suivantes sont elles équivalentes ?
∀x ∈ E, ∃y ∈ E/A(x) =⇒ B(y) et ∀y ∈ E, ∃x ∈ E/A(y) =⇒ B(x)
∀x ∈ E, ∃y ∈ E/A(x) =⇒ B(y) et ∃y ∈ E, ∀x ∈ E/A(x) =⇒ B(y)
∀x ∈ E, ∃y ∈ E/A(x) =⇒ B(y) et ∀y ∈ E, ∃x ∈ E/N ON B(y) =⇒ N ON A(x)
2. Soit E, F et G trois ensembles et f : E → F, g : F → G et h : G → E
trois applications.
On suppose que h ◦ g ◦ f est surjective et que g ◦ f ◦ h et f ◦ h ◦ g sont
injectives.
a) Montrer que h est bijective.
b) Montrer f et g sont bijectives.
3. Soit f : R2 → R2 ; (x, y) 7→ (2x + 3y, x + y)
L’application f est elle injective ? surjective ? bijective ?
4. Soit f : E → F une application. Soit A une partie de E.
Comparer f (f −1 (f (A))) et A.
5.
a) Soit A(x) et B(x) deux assertions quelconques dont la valeur de vérité
dépend de la valeur du terme x.
Montrer que l’implication
[ ] [ ]
∀x, (A(x) =⇒ B(x)) =⇒ (∀x, A(x)) =⇒ (∀x, B(x))
est vraie.
b) Donner un exemple explicite d’assertions A(x) et B(x) montrant que l’im-
plication réciproque est fausse.
46 CHAPITRE 2. ENSEMBLES
6.
a) Soit E un ensemble de cardinal fini n, Soit {A, B} une paire de parties de
E formant une partition de E. On pose
φ : P(A) × P(B) → P(E)
(X, Y ) 7→ X ∪ Y
Montrer que φ est une bijection.
b) Soit p ≤ r ≤ q trois entiers naturels. Montrer la formule
(p + q ) ∑p ( )(
p q )
= .
k j=0
j k − j
(On pourra utiliser la question a) même si cette question n’a pas été traitée.)
7. a) Soit A(x) et B(x) deux assertions quelconques dont la véracité
dépend de la valeur
du terme x.
Montrer que l’implication
[ ] [ ]
(∃x, A(x)) =⇒ (∃x, B(x)) =⇒ ∃x, (A(x) =⇒ B(x))
est vraie.
b) Donner un exemple explicite d’assertions A(x) et B(x) montrant que
l’implication réciproque est fausse.
Chapitre 3
Nombres complexes
L’existence de l’ensemble N des entiers naturels est un axiome. A partir
de cet ensemble on construit, cela sera vu par la suite, les ensembles des
entiers rationnels, Z, des nombres rationnels , Q. On construit également
l’ensemble des nombres réels, qui ne sera pas construit dans ce cours, mais
avec lequels vous êtes déjà familier, les connaissances sur les réels acquises
dans le secondaire, sont suffisantes pour aborder la construction de l’ensemble
des nombres complexes.
3.1 Construction de l’ensemble des nombres
complexes
Définition 27 Un nombre complexe est un couple de nombre réel. Autre-
ment dit l’ensemble des nombres complexe est le produit carté-
sien de R par lui-même.
Notation : L’ensemble des nombres complexes est noté C.
Nous allons d’une part définir deux lois de composition internes sur l’en-
semble des nombres complexes, autrement dit dans le langage naı̈f deux
”opérations” et étudier leurs propriétés, d’autre part nous profiterons du
fait que l’ensemble des nombres complexes s’identifie au plan géométrique
pour étudier grâce à eux quelque aspects de la géométrie planne.
Définition 28 Soit (a, b) et (a′ , b′ ) deux nombres complexes, on pose :
(a, b) + (a′ , b′ ) = (a + a′ , b + b′ )
(a, b).(a′ , b′ ) = (aa′ − bb′ , ab′ + a′ b)
47
48 CHAPITRE 3. NOMBRES COMPLEXES
Ces deux formules définissent deux lois de composition internes sur l’en-
semble des nombres complexes, autrement dit elles définissent deux manière
de calculer un nombre complexe à partir de la donnée de deux d’entre eux
(exactement comme l’addition ou la multiplication ordinaires permettent de
calculer un réel à partir de la donnée de deux d’entre eux). Le fait qu’on
utilise les symboles + et . ne doit pas masquer le fait que les deux lois de
composition internes ainsi définies sont nouvelles + et . désignent donc simul-
tanément l’addition des complexes et la multiplication des complexes mais
aussi celles des réels.
Propriété 13 Soit z = (a, b), z ′ = (a′ , b′ ) et z ′′ = (a′′ , b′′ ) trois nombres
complexes, on a
A) 1) z + z ′ = z ′ + z
(commutativité de l’addition des complexes).
2) z + (z ′ + z ′′ ) = (z + z ′ ) + z ′′
(associativité de l’addition des complexes).
3) (0, 0) + z = z + (0, 0) = z
((0, 0) est élément neutre pour l’addition des complexes).
4) z + (−a, −b) = (−a, −b) + z = (0, 0)
(tout complexe admet un symétrique pour l’addition
des complexes, le symétrique de (a, b) est (−a, −b).
Le symétrique d’un nombre complexe pour l’addition est
appelé son opposé).
B) 1) z.z ′ = z ′ .z
(commutativité de la multiplication des complexes).
2) z.(z ′ .z ′′ ) = (z.z ′ ).z ′′
(associativité de la multiplication des complexes).
3) (1, 0).z = z.(1, 0) = z
((1, 0) est élément neutre pour la multiplication des com-
plexes).
4) Si z = (a, b) ̸= (0, 0) alors
z.( √a2a+b2 , √a−b √ a
2 +b2 ) = ( a2 +b2 ,
√ −b ).z = (1, 0)
a2 +b2
(tout complexe différent de (0, 0) admet un symétrique
pour la multiplication des complexes et le symétrique de
a −b
(a, b) est ( a2 +b 2 , a2 +b2 ).
Le symétrique d’un complexe pour la multiplication est
appelé son inverse).
Exercice 1.
Démontrer ces propriétés.
3.2. PLONGEMENT DE R DANS C. 49
Remarque : On dit que l’ensemble des nombres complexes muni de ces deux
lois de composition internes est un corps. Nous reviendrons sur la notion de
corps dans le chapitre 4.
3.2 Plongement de R dans C.
Soit z = (a, b) un nombre complexe. On a
z = (a, b) = (a, 0) + (0, b) = (a, 0) + (0, 1).(b, 0)
On remarque également que l’application de R dans C qui associe le complexe
(a, 0) au réel a est une injection, ceci permet de considérer (identifier) R
comme une partie de C et sur cette partie l’addition et la multiplication des
complexes s’identifie à celle des réels, en effet si a et b sont deux réels alors
le complexe s’identifiant à a + b est la somme des complexes s’identifiant
respectivement à a et b ( (a + b, 0) = (a, 0) + (b, 0)), le complexe s’identifiant
au produit a.b est le produit des complexes s’identifiant respectivement à
a et b ( (a.b, 0) = (a, 0).(b, 0)). Cette identification de R avec la partie de
l’ensemble des complexes de la forme (a, 0) est ce qu’on appelle le plongement
de R dans C. Le complexe (a, 0) sera désormais noté a.
Compte tenu de cette nouvelle notation on a
z = (a, b) = a + (0, 1)b
Notez également que l’élément neutre de la multiplication complexe (1, 0)
s’identifie à l’élément neutre de la multiplication des réel 1.
On a (0, 1).(0, 1) = (−1, 0) = −1, le complexe (1, 0) sera noté i, ainsi tout
complexe s’écrit z = (a, b) = a + ib et i2 = −1.
3.3 Module et argument d’un nombre com-
plexe
Définition 29 Soit a et b deux réels et soit z = a + ib. On appelle conjugué
de z le complexe z = a − ib.
Propriété 14 Soit z et z ′ deux nombres complexes, on a
1) z + z ′ = z + z ′
2) z.z ′ = z.z ′
3) z = z.
50 CHAPITRE 3. NOMBRES COMPLEXES
Exercice 2. Démontrer ces résultats.
Propriété 15 Soit a et b deux réels et soit z = a + ib. On a
z+z z+z
a= et b =
2 2i
Démonstration
z+z (a + ib) + (a − ib) 2a
On a = = = a.
2 2 2
z+z (a + ib) − (a − ib) 2ib
On a = = = b.
2 2 2i
Définition 30 Soit z un complexe on appelle partie réelle et partie imagi-
naire de z les réels
z+z z−z
Re(z) = et Im(z) = .
2 2i
Propriété 16 Soit z un nombre complexe on a z = Re(z) + iIm(z).
Définition 31 Soit z un nombre complexe. Lorsque la partie imaginaire
de z est nulle on dit que z est réel, (il s’agit de fait d’un
nombre complexe s’identifiant à un réel). Lorsque la partie
réelle de z est nulle on dit que z est un complexe imaginaire
pur.
Propriété 17 Pour tout complexe on a
z ∈ R ⇐⇒ Im(z) = 0 ⇐⇒ z = z̄.
z imaginaire pur ⇐⇒ iz ∈ R ⇐⇒ Re(z) = 0 ⇐⇒ z = −z̄.
Propriété 18 Soit z ∈ C, le√complexe z.z̄ est réel positif.
On pose |z| = z.z̄ ce réel est le module de z.
Démonstration
Soit z = a + ib un complexe (a et b sont donc des réels) on a
z.z̄ = (a + ib).(a − ib) = a2 + b2
c’est donc un réel positif puisque
√ c’est la somme de deux carrés de nombres
réels. Ceci montre que |z| = z.z̄ est effectivement bien défini.
Propriété 19 Soient z et z ′ deux nombres complexes, on a
1) |z|2 = z.z̄ = z̄.z.
2) |z̄| = |z| et | − z| = |z|.
3) |z.z ′ | = |z|.|z ′ |.
4) z = 0 ⇐⇒ |z| = 0.
z̄
5) z ̸= 0 =⇒ z −1 existe et z −1 = 2 .
|z|
3.3. MODULE ET ARGUMENT D’UN NOMBRE COMPLEXE 51
Exercice 3. Vérifier ces formules.
Exercice 4. Exprimer à l’aide de la partie réelle de la partie imaginaire
et du module du nombre complexe z différent de 1 la partie réelle, la partie
imaginaire et le module de z ′ = 2z+1
z−1
.
Définition 32 Les nombres complexes de module égal à 1 sont dit unitaire,
on note l’ensemble des nombres complexes unitaire U.
- Soit z un nombre complexe non nul, alors son module est un réel non nul
z
on a donc z = |z|. , on a | |z| z
| = |z|
z z̄
. |z| = 1. Donc tout nombre complexe
|z|
non nul s’écrit comme le produit d’une réel strictement positif (|z|) et d’un
z
nombre complexe unitaire ( |z| ).
- Soit u un nombre complexe unitaire si u = a + ib avec a et b des réels alors
on a a2 + b2 = 1, il existe donc des réels θ tels que a = cosθ et b = sinθ, ces
réels θ sont tous égaux à 2kπ près avec k un entier, donc l’un unique d’entre
eux est dans l’intervalle [0, 2π[ il est appelé la détermination principale de
l’argument de z , les autres valeurs possibles de θ sont des déterminations
de l’argument.
En résumé
Propriété 20 - Soit z un nombre complexe non nul, il existe un unique
réel θ de l’intervalle [0, 2π[ tel que
z = |z|(cosθ + isinθ)
ce nombre est appelé détermination principale de l’argument
de z et est noté Arg(z).
- Il existe une infinité de réels θ tels que
z = |z|(cosθ + isinθ)
tous ces réels sont de la forme θ = arg(z) + 2kπ avec k un
entier relatif (signé).
- Tout nombre complexe non nul peut étre écrit sous la forme
z = ϱ(cosθ + isinθ)
avec ϱ un réel strictement positif (le module) et θ un réel
(un argument). On dit alors que le complexe z est écrit sous
forme trigonométrique.
52 CHAPITRE 3. NOMBRES COMPLEXES
Propriété 21 Soit z, z ′ ∈ C⋆ , à 2kπ-près (k ∈ Z) on a
Arg(z.z ′ ) = Argz + Argz ′ et Arg(z −1 ) = −Arg(z).
Démonstration
Soit z et z ′ deux nombres complexes écrit sous forme trigonométrique,
z = ϱ(cosθ + isinθ) et z ′ = ϱ′ (cosθ′ + isinθ′ ),
on a
z.z ′ = ϱ(cosθ ′ ′ ′ ′
( + isinθ)ϱ (cosθ + isinθ ) = ϱϱ (cosθ + isinθ)(cosθ
′ ′
) + isinθ )
= ϱϱ′ (cosθcosθ′ − sinθsinθ′ ) + i(sinθcosθ′ + cosθsinθ′ )
( )
= ϱϱ′ cos(θ + θ′ ) + isin(θ + θ′ ) .
On a également, ( )
z̄ 1 1( )
z −1 = 2 = cosθ − isinθ = cos(−θ) + isin(−θ) .
|z| |z| |z|
Définition 33 Soit θ un réel, on pose eiθ = cosθ + isinθ.
Soit z = a + ib un nombre complexe ( a et b sont des réels)
on pose ez = ea+ib = ea eib .
Propriété 22 Soit z et z ′ deux nombres complexes alors
′ ′
ez+z = ez .ez .
Démonstration
Supposons que z = a + ib et z ′ = a′ + ib′ avec a, b, a′ et b′ des réels, alors
′ ′ ′ ′ ′
ez+z = e(a+a )+i(b+b ) = ea+a ei(b+b )
′ ′
On a ea+a = ea .ea (résultat de terminale).
On a par ailleurs,
′
ei(b+b ) = cos(b + b′ ) + isin(b + b′ )
= (cosbcosb′ − sinbsinb′ ) + i(cosbsinb′ + sinbcosb′ )
′
= (cosb + isinb)(cosb′ + isinb′ ) = eib .eib .
′ ′ ′ ′
Donc finalement ez+z = ea ea eib eib = ez ez .
Propriété 23 L’application partant de R et arrivant dans C qui associe eib
au réel b est 2π-périodique.
De plus, son image est U.
Démonstration
La périodicité de l’application découle des périodicités des fonctions trigo-
nométriques. √
Soit b ∈ R alors |eib | = |cosb + isinb| = cos2 b + sin2 b = 1.
3.4. INTERPRÉTATION GÉOMÉTRIQUE 53
Définition 34 Tout nombre complexe z s’écrit sous la forme z = |z|eiθ
cette forme est appelé la forme exponentielle de z.
Exercice 5. Calculer le module, donner la détermination principale de
l’argument et écrire sous forme trigonométrique puis sous forme exponentielle
les nombres complexes suivants √
i, 2 + i2, 1 − i 3, −i, −4.
3.4 Interprétation géométrique
On a vu que l’ensemble de nombre complexe est R2 , si on muni le plan
réel affine (P) d’un repère orthonormé (O,⃗i, ⃗j) on obtient une bijection de
C vers (P) en envoyant z = (a + ib) = (a, b) sur le point Mz de coordonnées
(a, b) dans le repère considéré. Le point Mz est appelé l’ affixe de z. Cette
bijection est appelée la représentation d’Argan des complexes.
Exemples :
† Interprétation géométrique du conjugué et de l’opposé d’un nombre com-
plexe.
Soit M l’affixe d’un nombre complexe z, alors l’affixe de z̄ est le symétrique
de M par rapport à la droite (O⃗i) parallèlement à la droite (O⃗j), l’affixe de
−z est le symétrique de M par rapport à O.
† Interprétation géométrique de l’addition, de la partie réelle et de la partie
imaginaire
Soit z et z ′ deux nombres complexes et soit Mz et Mz′ leurs affixes. Alors le
quadrilatère (O, Mz , Mz+z′ , Mz′ ) est un parallélogramme.
En effet supposons que Mz et Mz′ soient les points de coordonées (a, b) et
(a′ , b′ ) ( c’est-à-dire que z = a+ib et z ′ = a′ +ib′ ) alors z+z ′ = (a+a′ )+i(b+b′ )
54 CHAPITRE 3. NOMBRES COMPLEXES
donc l’affixe de Mz+z′ est le point de coordonnées (a + a′ , b + b′ ) on vérifie
facilement que les vecteurs OM ⃗ z et Mz′ M
⃗ z+z′ sont égaux.
Une autre manière de formuler ce fait est que pour un nombre complexe
z donné, l’application ζ 7→ z + ζ de C dans lui même correspond dans la
représentation d’Argan à la translation de vecteur OM ⃗ z.
Les formules donnant les parties réelles et imaginaires d’un nombre complexe
s’interprétent simplement :
Les affixes Mz et Mz̄′ étant symétriques l’un de l’autre par rapport à la
droite (O⃗i) parallèlement à (O⃗j) le parallélogramme (O, Mz , Mz+z̄ , Mz̄ ) est
un losange de centre le point de coordonnées (a, 0) où a est l’abscisse de Mz ,
c’est-à-dire la partie réelle de z.
† Interprétation géométrique du module et de l’argument
- Soit z = a√+ ib un nombre complexe et Mz de coordonnée (a, b) son affixe.
on a |z| = a2 + b2 = d(O, Mz ) la distance euclidienne de l’origine à l’affixe
de z.
On a vu que l’addition d’un complexe z donné s’interprete comme la transla-
tion de vecteur OM ⃗ z , or les translation conserve la distance euclidienne donc
′
si z est un nombre complexe, on a
d(O, Mz+z′ ) ≤ d(O, Mz ) + d(Mz , Mz+z′ ) =≤ d(O, Mz ) + d(O, Mz′ )
la dernière égalité s’obtenant en faisant agir à translation de vecteur M⃗z O.
Finalement, en terme de nombre complexe on obtient
|z + z ′ | ≤ |z| + |z ′ |.
- Soit z et z ′ deux nombres complexes. On a z = (z − z ′ ) + z ′ donc |z| ≤
|z − z ′ | + |z ′ |, d’où |z| − |z ′ | ≤ |z − z ′ |. on obtient de la même manière en
3.4. INTERPRÉTATION GÉOMÉTRIQUE 55
échangeant les rôle de z et z ′ l’inégalité |z ′ | − |z ′ | ≤ |z ′ − z|. Finalement
||z| − |z ′ || ≤ |z − z ′ |
Le sens géométrique de cette inégalité est très simple : soit deux points (les
affixes de z et z ′ ) soit C et C ′ les cercles de centre O passant par ces points
ils sont respectivement de rayon |z| et |z ′ | la distance entre les deux points
initialement donnée ne peut être strictement inférieure à la différence des
rayons.
- Soit z un nombre complexe et Mz son affixe, écrit sous forme trigono-
métrique z = |z|(cosθ + isinθ), z a donc même argument que cosθ + isinθ
dont l’affixe est un point du cercle trigonométrique ( puisqu’à une distance
1 de l’origine).l’argment de z est donc l’angle des vecteurs OI ⃗ et OM ⃗ z où I
est le point des coordonnées (1, 0) c’est-à-dire l’affixe de 1.
† Interprétation géométrique de la multiplication
Soit u ∈ U et z ∈ C supposons que sous forme exponentielle u = eiα et
z = |z|eiθ alors uz = |z|ei(α+θ) donc l’affixe de uz est l’imagede l’affixe de z
par la rotation de centre O et d’angle α.
Soit λ un réel positif. on a λz = λ|z|eiθ donc l’affixe de λz est l’image de
l’affixe z par l’homothétie de centre O et de rapport λ.
Finalement, si on regroupe ces deux résultats
L’affixe de z ′ z est l’image de l’affixe de z par la composition de la rotation
de centre O et d’angle Arg(z ′ ) et de l’homothétie de centre O de rapport
|z ′ |. En particulier cela entraı̂ne que les triangles (O, I, Mz ) et (O, Mz′ , Mz.z′ )
sont des triangles semblables.
56 CHAPITRE 3. NOMBRES COMPLEXES
3.5 Application et formules usuelles
† Formule d’Euler
Soit θ ∈ R, on a
eiθ + e−iθ eiθ − e−iθ
cosθ = et sinθ =
2 2i
{
eiθ = cosθ + isinθ
En effet, on a par addition de ces deux relations on
e−iθ = cosθ − isinθ
obtient la première formule d’Euler et par soustraction la deuxième. Il s’agit
de fait d’un cas particulier de la formule donnant la partie réelle et la parte
imaginaire d’un nombre complexe z appliquée à z = eiθ .
† Formule de Moivre
Soit θ ∈ R soit n un entier naturel, on
(cosθ + isinθ)n = cosn θ + isinn θ
En effet, si on écrit sous forme exponentielle le complexe cosθ + isinθ,
on a (cosθ + isinθ)n = (eiθ )n = einθ = cosnθ + isinnθ.
On peut utiliser la formule de Moivre pour ”linéariser” les puissances de
fonction
trigonométrique, par exemple :
- On a d’une part
cos3θ + isin3θ = (cosθ + isinθ)3 (formule de Moivre),
- D’autre part
(cosθ + isinθ)3 = cos3 θ + 3icos2 θsinθ − 3cosθsin2 θ − isin3 θ
= (cos3 θ − 3cosθsin2 θ) + i(3cos2 θsinθ − sin3 θ).
{
cos3θ = cos3 θ − 3cosθsin2 θ
Donc
sin3θ = 3cos2 θsinθ − sin3 θ
En {utilisant la formule cos2 θ + sin2 θ = 1, on obtient finalement
cos3θ = 4cos3 θ − 3cosθ
sin3θ = 3sinθ − 4sin3 θ
† Racines carrées d’un nombre complexe
Soit z un nombre complexe. Une racine carrée de z est un nombre complexe
ζ qui satisfait ζ 2 = z. Supposons que z = |z|eiθ soit la forme exponentielle
{ ζ = |ζ|e
iα
de z cherchons ζ sous forme exponentielle alors la relation ζ 2 = z
|ζ|2 = |z|
devient |ζ|2 e2iα = |z|eiθ qui équivaut à
∃k ∈ Z/2α = θ + 2kπ
la deuxième équation provient du fait que la fonction exponentielle est 2π-
périodique.
3.5. APPLICATION ET FORMULES USUELLES 57
On a
{ { √
|ζ|2 = |z| |ζ| = |z|
⇐⇒
∃k ∈ Z/2α = θ + 2kπ ∃k ∈ Z/α = 2θ + kπ
√ θ √ θ
⇐⇒ ∃k ∈ Z/ζ = |z|ei 2 +kπ = |z|ei 2 eikπ
Mais eikπ = 1 où−1 selon √ que k est√pair ou impair, il y a donc finalement
i θ2 θ
deux valeurs pour ζ , |z|e et − |z|ei 2 , dans le cas où z = 0 ces deux
valeurs sont confondues et valent 0.
En résumé :
Le nombre complexe z admet
√ Arg(z) √ Arg(z)
- s’il est non nul, deux racines carrées |z|ei 2 et − |z|ei 2
-s’il vaut 0, une racine carrée qui vaut 0.
Exercice 6. Calculer et écrire sous forme algébrique ( c’est-à-dire sous la
forme a + ib avec a et b réels ) les racines carrées des nombres complexes
3 + 2i et 1 + i
Exercice 7. Résoudre dans C l’équation z 2 + (1 + i)z + 12 = 0
Exercice 8. Soit z un nombre complexe non nul montrer que z admet trois
racines cubiques et que celles-ci ont des affixes formant un triangle équilatéral.
Exercice 9. Montrer que si le nombre complexe z satisfait a0 + a1 z + a2 z 2 +
. . . an z n = 0 avec
a0 , a1 , . . . an des réels alors son conjugué également.
Exercice 10. Soit
f: C → C
z 7→ 2z+1z−2
a) Exprimer les parties réelles et imaginaires de f (z) à l’aide des parties
réelle, imaginaires et du module de z.
b) Calculer le domaine de définition Df de f ainsi que f (Df ).
c) Soit h : Df → f (Df ) définie par h(z) = f (z).
Montrer que h est une bijection et calculer sa bijection réciproque h−1 .
d) Soit Γ = {z ∈ C \ {2}/|z − 2| = 1}, calculer h(Γ) et h−1 (Γ).
e) Donner sur un même schéma les lieux des affixes de Γ, h(Γ) et h−1 (Γ).
58 CHAPITRE 3. NOMBRES COMPLEXES
Chapitre 4
Anneaux
4.1 Définitions et propriétés élémentaires
Définition 35 Une loi de composition interne sur un ensemble E est
une
application du produit cartésien E × E vers E.
L’usage est de noter les lois de composition internes comme des ”opérations”
c’est-à-dire que, par exemple, l’addition des réels est une loi de composition
interne sur R que l’on note :
+ : R × R → R; (x, y) 7→ x + y ( et non (x, y) 7→ +(x, y)).
Définition 36 Soit ⋄ une loi de composition interne sur un ensemble E.
On dit que
- ⋄ est associative lorsque ∀x, y, z ∈ E, (x⋄y)⋄z = x⋄(y⋄z).
- e ∈ E est neutre pour ⋄ lorsque ∀x ∈ E, e ⋄ x = x ⋄ e = x.
- Si ⋄ admet un élément neutre e, un élément x ∈ E admet
un symétrique x′ lorsque x ⋄ x′ = x′ ⋄ x = e.
- ⋄ est commutative lorsque ∀x, y ∈ E, x ⋄ y = y ⋄ x.
Exercice 1. Quelles sont les propriétés de la loi de composition interne sur
R définie par
x ⋄ x = x + y − xy
Exercice 2. Montrer qu’une loi de composition interne sur un ensemble E
admet au plus un élément neutre.
59
60 CHAPITRE 4. ANNEAUX
Définition 37 Un anneau est un ensemble muni de deux lois de composi-
tion
internes (notées en général + et · ), satisfaisant les trois pro-
priétés suivantes :
1) (A, +) est un groupe commutatif ;
C’est-à-dire que la loi + est associative, commutative, admet
un élément neutre (noté 0A ). Tout élément de A admet un
symétrique.
(Le symétrique de l’élément a de A est appelé son opposé il
est noté −a).
2) La loi · est associative, admet un élément neutre (noté 1A ).
3) La loi · est distributive par rapport à la loi + ; c’est-à-dire
∀a, b, c ∈ A, (a + b) · c = a · c + b · c et a · (b + c) = a · b + a · c.
Lorsque la loi · est de plus commutative, (A, +, · ) est un
anneau commutatif.
Notation : Lorsque (A, +, ·) est un anneau, on note A⋆ l’ensemble A privé
de 0A .
Exercice 3. (N, ·, +) , (Z, ·, +), (Z, +, ·) , (P(E), ∩, ∪) et (P(E), ∪, ∩) sont-
ils des anneaux ?
Nous n’étudierons en détail que trois exemples d’anneaux :
L’anneau des entiers relatifs Z, les anneaux des polynômes réels et complexes
R[X], et C[X].
Propriété 24 Soit (A, +, ·) un anneau.
L’élément neutre de l’addition 0A est absorbant pour la mul-
tiplication. c’est-à-dire
∀a ∈ A, A · 0A = 0A · a = 0A .
Démonstration :
Soit a ∈ A, on a
0A + a = a = 1A · a = (0A + 1A ) · a
= 0A · a + 1A · a = 0A · a + a.
Donc 0A + a = 0A · a + a en rajoutant l’opposé de a aux deux membres de
cette égalité il vient, 0A = 0A · a.
- Une conséquence importante est que ∀a ∈ A, on a (−1A ) · a = −a.
En effet, 0A · a = 0A donc
0A · a = (1A + (−1A )) · a = 1A · a + (−1A ) · a = a + (−1A ) · a = 0A .
4.1. DÉFINITIONS ET PROPRIÉTÉS ÉLÉMENTAIRES 61
Définition 38 Soit (A, +, ·) un anneau. Soit u ∈ A on dit que u est
inversible s’il admet un symétrique pour la multiplication.
Le symétrique de u pour la multiplication est noté u−1 et ap-
pelé inverse de u.
L’ensemble des inversibles de A est noté A× .
Définition 39 Soit (A, +, ·) un anneau. On dit que c’est un corps lorsque
tous ses éléments excepté 0A sont des inversibles, autrement
dit lorsque A× = A⋆ .
Propriété 25 Soit (A, +, ·) un anneau. La multiplication détermine une loi
de composition interne sur A× et (A× , ·) est un groupe.
Démonstration
- La multiplication est une loi de composition interne sur A× :
Soit u et u′ deux inversibles de l’anneau (A, +, .).
On a
(u.u′ ).(u′−1 .u1 ) = u.(u′ .u′−1 ).u−1 = u.1A .u−1 = u.u−1 = 1A .
Le produit u.u′ est donc inversible et son inverse est (u.u′ )−1 = u′−1 .u−1 .
- A× ̸= ∅. En effet, 1A est toujours un inversible.
- La loi · est associative sur A donc a fortiori sur A× .
- L’élément 1A est neutre pour la loi · sur A donc a fortiori sur A× .
- Tout élément u de A× posséde un symétrique pour la loi ·.
(A× , ·) est donc un groupe.
Notons que si A est un anneau commutatif le groupe des inversibles de A est
un groupe commutatif.
Propriété 26 (formule du binôme de Newton) :
Soit (A, +, ·) un anneau commutatif.
Soient a, b deux éléments de A alors
pour tout entier n supérieur ou égal à 2, on a
( ) ( ) ( )
(a + b)n = an + n1 an−1 · b + n2 an−2 · b2 + · · · + n−1
n
a1 · bn−1 + bn
∑n ( )
= n
k=0 k a
n−k
· bk .
(n) n!
où on a posé = pour k différent de 0 et de n
(n) (n)k (n − k)!k!
et = = 1.
0 n
62 CHAPITRE 4. ANNEAUX
Démonstration :
On se donne a et b dans un anneau commutatif A. Pour un entier naturel
n ≤ 2 on pose (P )n : ” la formule proposée est vraie.”
- Montrons que (P )2 est vraie :
(a + b)2 = (a
( +) b).(a(+)b) = a.a
( +
2
) a.b + b.a + b.b = a + 2a.b + b
2
= 20 a2 + 21 ab + 22 b2 .
- Soit n ≤ 2 un entier naturel donné. Supposons que (P )n soit vraie.
∑ n ( )
n n−k k
Alors (a + b)n = a ·b
k=0
k
On a n ( )
∑ n n−k k
(a + b) n+1 n
= (a + b) .(a + b) = a · b (a + b)
k=0
k
∑n ( ) ∑ n ( )
n n−k k n n−k k
= a ·b ·a+ a ·b ·b
k=0
k k=0
k
n ( )
∑ n n−k+1 k ∑ ( n ) n−k k+1
n
= a ·b + a ·b
k=0
k k=0
k
n ( )
∑ n (n+1)−k k ∑ ( n ) (n+1)−(k+1) k+1
n
= a ·b + a ·b
k=0
k k=0
k
n ( )
∑ n (n+1)−k k ∑ ( n ) (n+1)−(k+1) k+1
n−1
= a ·b + a ·b
k=0 ( )
k k=0
k
n (n+1)−(n+1) n+1
+ a b
n
Dans la seconde somme posons ℓ = k + 1 (donc k = ℓ − 1 et quand k parcourt
0, 1, ..., n − 1, ℓ parcourt 1, 2, ..., n). Il vient
n ( )
∑ n (n+1)−k k ∑ ( n ) (n+1)−ℓ ℓ
n
(a + b) n+1
= a ·b + a ·b
k=0 ( )
k ℓ=1
ℓ − 1
n (n+1)−(n+1) n+1
+ a b
n
(n) ∑ n ( )
n (n+1)−k k
= a (n+1)−0
·b +
0
a ·b
0 k=1
k
n (
∑ n ) (n+1)−ℓ l ( n ) (n+1)−(n+1) n+1
+ a ·b + a b
ℓ=1
ℓ−1 n
On réunit les deux sommes,
( n ) (on utilise les relations
n + 1) (n) (n + 1)
= et =
0 0 n n+1
4.2. L’ANNEAU Z 63
pour obtenir :
(n + 1) ∑n (( )
n ( n ))
(a + b)n+1
= a (n+1)−0
·b +
0
+ a(n+1)−k · bk
0 k k − 1
(n + 1) k=1
+ a(n+1)−(n+1) bn+1
n + 1( ) (
n n ) (n + 1)
Enfin on a la relation + =
k k−1 k
Donc finalement,
n+1
(n + 1) (n+1)−0 0 ∑ n (
n + 1) (n+1)−k k (n + 1) (n+1)−(n+1) n+1
(a+b) = a ·b + a ·b + a b
0 k=1
k n+1
Donc (P )n+1 est vraie.
Exercice 4.
a) On pose
Z[i] = {a + ib, a, b ∈ Z}
montrer que muni de l’addition et de la multiplication des entiers c’est un
anneau commutatif (anneau des entiers de Gauss). Calculer son groupe des
inversibles.
b) Pour n un entier naturel non nul, on pose
√ √
Q[ n] = {a + b n, a, b ∈ Q}
montrer que muni de l’addition et de la multiplication des réel c’est un an-
neau. Calculer son groupe des inversibles, est-ce un corps ?
Exercice 5.∑ ( )
a) Calculer nk=0 nk
b) Soit E un ensemble de cardinal égal à n. Quel est le nombre de parties de
E de cardinal k ( 0 ≤ k ≤ n)) ?
c) En déduire le nombre de parties de E.
4.2 L’anneau Z
(Z, +, ·) est un anneau commutatif, son élément neutre pour + est 0 ; son
élément neutre pour · est 1. Tous les éléments différents de 0 sont simplifiables
pour la multiplication. Les inversibles sont 1 et -1. Z× = {1, −1}.
Division Euclidienne de Z
Propriété 27 Soit a ∈ Z et b ∈ N\{0}, il existe un unique couple d’entier
(q, r) tel que
a = bq + r et 0 ≤ r < b.
64 CHAPITRE 4. ANNEAUX
Démonstration
- Unicité du couple (q, r) :
Soit a ∈ Z et b ∈ N \ {0}. Supposons que (q, r) et (q ′ , r′ ) soient deux couples
d’entier satisfaisant
a = bq + r, a = bq ′ + r′ et 0 ≤ r, r′ < b.
Alors on a
b(q ′ − q) = r′ − r
et si q ′ ̸= q on a |q ′ − q| ≥ 1 donc |r′ − r| ≥ b.
Comme r, r′ ∈ {0, 1, ...b − 1} on a r′ − r ∈ {−(b − 1), ..., −1, 0, 1, ..., (b − 1)} ce
qui est en contradiction avec la condition précédente, donc l’hypothèse q ̸= q ′
doit être rejetée, par conséquent q = q ′ et r = r′ .
- Existence du couple (q, r) :
Soit a ∈ Z et b ∈ N \ {0}. - Si a = 0 le couple (0, 0) convient.
- Si a > 0 la suite un = b · n est strictement croissante et tend vers +∞
donc il existe un entier q tel que
uq = b · q ≤ a < uq+1 = b · (q + 1).
On a alors a = b · q + (a − b · q) et le couple (q, a − b · q) convient.
- Si a < 0 alors −a > 0 on trouve un couple (q, r) tel que a = b · q + r
et 0 ≤ r < b. On constate que a = b(−q − 1) + (b − r) :
Le couple (−q − 1, b − r) convient.
L’existence de cette division euclidienne est une des propriétés de Z les
plus importantes, nous verrons dans le chapitre suivant certaines de ses
conséquences.
4.3. L’ANNEAU DES POLYNÔMES 65
4.3 L’anneau des polynômes
Construction de l’anneau des polynômes
Soit (an )n∈N une suite réelle ou complexe, on dit qu’elle est nulle à partir
d’un certain rang s’il existe N ∈ N tel que si n > N , alors an = 0.
La suite dont les premiers termes sont a0 , a1 , . . . , aN et dont les termes sui-
vants valent tous 0 sera notée (a0 , a1 , . . . , aN , 0 →).
On note R[X] l’ensemble des suites réelles nulles à partir d’un certain rang
et C[X] l’ensemble des suites complexes nulles à partir d’un certain rang.
Dans toute la suite de ce chapitre K désignera R ou C
Remarque : On a vu que le corps des réels R est inclus dans celui des
complexes C, donc on a
R[X] ⊂ C[X].
Définition 40 Si P = (a0 , ..., an , 0 →) ∈ K[X], ak est appelé le k-ième
coefficient de P . La suite (an )n∈N est aussi appelée la suite
des coefficients de P , le coefficient a0 est aussi appelé
coefficient constantde P .
- Structures algébriques sur l’ensemble des polynômes :
On muni maintenant K[X] de deux lois de compositions internes :
1) Soit P et Q ∈ K[X]. Si P = (an )n∈N et Q = (bn )n∈N , on pose
P + Q = (sn )n∈N où n ∈ N, sn = an + bn .
Comme les deux suites (an )n∈N et (bn )n∈N sont nulles à partir d’un certain
rang la suite (sn )n∈N également, plus précisément, si (an )n∈N est nulle à partir
du rang N et (bn )n∈N à partir du rang M , la suite (sn )n∈N est nulle au moins
à partir du rang M ax(N, M ) (car il peut y avoir des annulations de la somme
ak + bk avant le rang M ax(N, M )). La loi + est donc une loi de composition
interne sur K[X].
On déduit des propriétés de l’addition des réels et des complexes que + est
associative, commutative, que la suite constante égale à 0 est élément neutre
(on notera ce polynôme 0), que tout polynôme P admet un symétrique,
la suite des coefficients du symétrique de P est la suite des opposés des
coefficients de P , il est noté −P .
Finalement,
(K[X], +) est un groupe commutatif .
66 CHAPITRE 4. ANNEAUX
2) Soit P et Q ∈ K[X] . Si P = (an )n∈N et Q = (bn )n∈N , on pose
P × Q = (pn )n∈N
où ∀n ∈ N , pn = an · b0 + an−1 · b1 + an−2 · b2 + ... + a0 · bn
∑ ∑
= nk=0 an−k · bk = nk=0 ak · bn−k .
Soit P = (an )n∈N et Q = (bn )n∈N . Supposons que la suite des coefficients
de P , (an )n∈N soit nulle à partir du rang N et que la suite des coefficients
de Q, (bn )n∈N soit nulle à partir du rang M . Autrement dit, ak = 0 dès que
k > N et bℓ = 0 dès que ℓ > M .
Alors pour n ≥ N + M + 1 on a
∑
n ∑
M ∑
n
pn = an−k · bk = an−k · bk + an−k · bk .
k=0 k=0 k=M +1
- Dans la deuxième somme l’indice k court de M + 1 à n, donc reste toujours
plus grand que M donc bk = 0. Cette somme est donc nulle.
- Dans la première somme l’indice k court de 0 à M , donc n − k court de n à
n − M comme n > N + M on a n − M + > N ,donc n − k donc en permanence
plus grand que N donc an−k = 0. Cette somme est nulle.
Finalement, pn = 0. La suite (pn ) est nulle à partir du rang N + M donc
P × Q est un polynôme. Donc,
i) La loi × est une loi de composition interne sur K[X].
ii) Le polynôme 1 = (1, 0, ..., 0 →) est élément neutre de (K[X]∗ , ×) :
En effet,
Soit Q = (bn )n∈N un polynôme, 1 × Q = (pn )n∈N
avec pn = 1 · bn + 0 · bn−1 + ... + 0 · b0 = bn
donc les suites (pn )n∈N et (bn )n∈N sont les mêmes.
Donc 1 × Q = Q, de même Q × 1 = Q.
iii) La loi × est associative : Nous avons ∑besoin d’un résultat de technique
de calcul sur l’échange de deux signes ” ”.
Soit uk,ℓ une quantité réelle ou complexe dépendant de deux indices entiers
k et ℓ. Soit n un entier naturel fixé.
On a
∑
n ∑
n−ℓ ∑
n ∑
n−ℓ
uk,ℓ = uk,ℓ .
ℓ=0 k=0 k=0 k=0
On peut visualiser ce résultat en imaginant que les réels uk,ℓ sont posés aux
points de coordonnées (k, ℓ), les deux doubles-sommes correspondent à la
somme des réels déposés dans un triangle : elle peut être obtenue en sommant
4.3. L’ANNEAU DES POLYNÔMES 67
d’abord selon les ”verticales” puis en sommant ces résultats, ou en sommant
d’abord selon les ”horizontales” et en sommant ensuite ces résultats.
Soit P = (an )n∈N , Q = (bn )n∈N et ∑
R = (cn )n∈N trois polynômes.
On a P × Q = (pn )n∈N avec pn = nk=0 ak · bn−k .
Donc (P × Q) × R = (sn )n∈N avec
∑
n ∑
n ∑
n−l
sn = pn−l · cl = (ak · bn−l−k ) · cl .
l=0 l=0 k=0
∑n
Par ailleurs, Q × R = (qn )n∈N avec qn = l=0 bn−l · cl .
et P × (Q × R) = (tn )n∈N avec
∑
n ∑
n ∑
n−k
tn = ak · qn−k = ak · (bn−l−k · cl ).
k=0 k=0 l=0
Donc ∀n, sn = tn , d’où (P × Q) × R = P × (Q × R).
- La distributivité ne présente aucune difficulté particulière.
- On peut aussi remarquer que la multiplication est commutative.
Finalement :
(K[X], +, ×) est un anneau commutatif.
3) On considère également la loi à opérateur externe :
Soit λ ∈ K et P ∈ K[X], si P = (an )n∈N on pose λ · P = (λ · an )n∈N .
On vérifie facilement que
- ∀P ∈ K[X], 1.P = P .
-∀λ, µ ∈ K, ∀P, Q ∈ K[X], (λ + µ).P = λ.P + µ.P
(λ.µ).P = λ.(µ.P )
λ.(P + Q) = λ.P + λ.Q
En résumé : on dit que
(K[X], +, .) est un espace vectoriel sur le corps K.
Les polynômes sont un exemple important d’espace vectoriel, la notion d’es-
pace vectoriel sera étudiée dans d’autres modules.
On a de plus, ∀λ ∈ K, ∀P, Q ∈ K[X], λ.(P · Q) = (λ.P ) · Q. On dit que
(K[X], +, ·, .) est une algèbre réelle ou complexe
68 CHAPITRE 4. ANNEAUX
- Qui est X ?
Soit P = (an )n∈N = (a0 , a1 , ..., aN , 0 →) un polynôme.
On a P = (a0 , 0, 0 →) + (0, a1 , 0, 0 →) + ... + (0, ..., aN , 0, 0 →)
= a0 .(1, 0, 0 →) + a1 .(0, 1, 0, 0 →) + ... + aN .(0, ..., 1, 0, 0 →).
Notons
X = (0, 1, 0, 0 →).
Montrons que pour n entier on a
| · X{z
Xn = X · ... · X} = (0, 0, ...0, 1, 0, 0 →)
n-fois le ”1 ↑” est en position cor-
respondant à l’indice n
Pour n = 1 ceci est vrai par définition de X.
Supposons avoir montré cela pour un n donné.
Alors,
X n+1 = X · X n = (0 , 1 , 0, 0 →) · (0 , . . . , 0 , 1 , 0 , 0 →)
a0 ↑, a1 ↑, a2 ↑ b0 ↑, ..., bn−1 ↑, bn ↑, bn+1 ↑, ...
n+1
On a donc X = (c0 , ..., ck , ...) avec
ck = a0 .bk + a1 .bk−1 + a2 .bk−2 + ... + ak .b0
- Tous les ai sont nuls sauf a1 qui vaut 1 donc dans cette somme ne subsiste
que le terme a1 .bk−1 = bk−1 ,
- bk−1 vaut toujours 0 sauf lorsque k − 1 = n.
Finalement, ck vaut toujours 0 sauf lorsque k = n + 1.
Donc X n+1 = (0, ..., 0, 1, 0, ...) avec le ”1” à la position qui correspond à
l’indice n + 1.
Par conséquent, avec cette nouvelle notation on a
P = (a0 , 0, ...) + (0, a1 , 0...) + ... + (0, ..., aN , 0, ...)
= a0 .(1, 0, ...) + a1 .(0, 1, 0...) + ... + aN .(0, ..., 1, 0, ...)
= a0 .1 + a1 .X + ... + aN .X N .
Très souvent on omet d’écrire 1, et on écrit plutôt P = a0 +a1 .X +...+aN .X N .
Mais en aucun cas la lettre X ne représente une ”variable”, nous allons
maintenant voir comment les polynômes peuvent s’”interpreter” comme des
fonctions.
4.3. L’ANNEAU DES POLYNÔMES 69
Fonctions polynomiales
Dans le secondaire les polynômes sont seulement abordés du point de vue
des fonctions polynômiales, la construction que nous vennons d’étudier en
fait des objets algébriques, les polynômes sont un type d’objet en eux-même
et non un type particulier de fonction. Il n’y a plus de confusions possibles
entre x qui désigne dans le secondaire la variable réelle et X qui désigne
un polynôme. Ce point de vue abstrait sera fondamental dans toutes sorte
de problème : problèmes arithmétiques, géométriques, algébriques, mais bien
sur aussi en analyse. Le fait qu’à un polynôme est associée une fonction se
généralise à d’autre type de fonction que les fonctions réelles de la variable
réelle.
- Soit (A, +, ·, .) une algèbre réelle ou complexe.
c’est-à-dire que (A, +, ·) est un anneau commutatif,
(A, +, .) est un K-espace vectoriel (avec K = R ou C) et
∀λ ∈ K, ∀a, b ∈ A, λ.(a · b) = (λ.a) · b).
- Soit P ∈ K[X], P = c0 + c1 X + ... + cn X n .
On pose
fP,A : A → A; a 7→ c0 .1A + c1 .a + ... + cn .an
où ak = a · a · ... · a (k-fois).
L’application fP,A est appelée
Application polynômiale de A vers A associée au polynôme P .
Exemples :
- L’exemple le plus connu est celui des fonctions polynômiales réelles ou
complexes :
†(R, +, ·, .) est une algèbre réelle. Soit P = c0 + c1 X + ... + cn X n ∈ R[X].
On a
fP,R : R → R; x 7→ c0 + c1 x + ... + cn xn
†(C, +, ·, .) est aussi une algèbre réelle, on peut donc associer à un
polynôme réel une fonction complexe de la variable complexe :
fP,C : C → C; z 7→ c0 + c1 z + ... + cn z n
- (C, +, ·, .) est aussi une algèbre complexe, on peut donc associer à un po-
lynôme complexe une fonction complexe de la variable complexe.
70 CHAPITRE 4. ANNEAUX
- Fonctions polynômiales de fonctions :
Soit C(R, R)) l’ensemble des fonctions réelles de la variable réelle, on pose
- ”+” l’addition des fonctions définie comme suit :
Si f et g sont deux fonctions réelles de la variables réelles on pose f + g
le fonction qui associe f (x) + g(x) au réel x.
- ”×” la multiplication des fonctions définie comme suit :
Si f et g sont deux fonctions réelles de la variables réelles on pose f × g
la fonction qui associe f (x).g(x) au réel x.
- ”·” la multiplication des fonctions par un scalaire réel :
Si f est une fonction réelle de la variable réelle et λ un réel,
on pose λ · f la fonction qui associe λ.f (x) au réel x.
Il est facile de vérifier que (C(R, R), +, ×, ·) est une algèbre réelle.
Soit P = c0 + c1 X + ... + cn X n un polynôme à coefficient réel, on a
fP,C(R,R) : C(R, R) → C(R, R); f 7→ c0 + c1 .f + ...cn .f n .
Propriété 28 Soit P et Q deux polynômes à coefficients réels . Alors
P = Q ⇐⇒ fP,R = fQ,R .
Démonstration :
L’implication directe est évidente.
Réciproquement,
soit
P = a0 + ... + an X n avec an ̸= 0,
Q = b0 + ... + bp X p avec bp ̸= 0
deux polynômes.
Supposons que fP,R = fQ,R , alors
∀x ∈ R si x est non nul on a x1n fP,R (x) = x1n fQ,R (x).
Donc
1 1
limx→+∞ n fP,R (x) = limx→+∞ n fQ,R (x).
x x
1 1
Or limx→+∞ xn fP,R (x) = an donc limx→+∞ xn fQ,R (x) = an ce qui impose que
n = p et an = bp .
On applique le même raisonement aux polynômes P1 = a0 + ... + an−1 X n−1
et Q1 = b0 + ... + bn−1 X n−1 , jusqu’à épuisement.
Remarque : Contrairement à ce qu’on peut penser ce résultat n’est nulle-
ment une évidence, on utilise très fortement des propriétés de R.
Il existe des cas où l’égalité des fonctions polynômiales n’entraine pas l’égalité
des polynômes. Nous verrons un exemple en exercice.
4.3. L’ANNEAU DES POLYNÔMES 71
Propriété 29 Soit P et Q deux polynômes à coefficients complexes . Alors
P = Q ⇐⇒ fP,C = fQ,C .
Exercice 5. Démontrer cette propriété.
Définition 41 Soit P, Q ∈ K[X], on pose P ◦ Q = fP,K[X] (Q), autrement
dit
si P = a0 + a1 X + · · · + an X n , on a
P ◦ Q = a0 + a1 Q + · · · + an Qn .
Degré et valuation
Définition 42 Soit P un polynôme non nul à coefficients réels
(ou complexes).
- On appelle degré de P et on note d◦ P le plus grand indice
correspondant à un coefficient non nul dans la suite des coef-
ficients de P .
Pour un polynôme non nul, le coefficient du terme de plus
haut degré est appelé coefficient dominant.
Lorsque le coefficient dominant du polynôme P vaut 1, on dit
que P est un polynôme unitaire.
- On appelle 0-valuation de P et on note V al0 P le plus petit
indice correspondant à un coefficient non nul dans la suite
des coefficients de P .
Par convention d◦ 0 = −∞ et V al0 0 = +∞.
Exemples
- Soient P = 3X + 5X 4 + 6X 7 et Q = 1 + X + X 2 .
On a d◦ P = 7 et d◦ Q = 2.
Le coefficient dominant de P est 6 celui de Q est 1,donc Q est unitaire.
Enfin V al0 P = 1 et V al0 Q = 0.
Exercice 6 . Calculer le degré et la 0-valuation des polynômes P ◦ Q, P × Q
et P + Q.
72 CHAPITRE 4. ANNEAUX
Propriété 30 (Comportement du degré relativement aux lois de composi-
tion)
a) Soient P et Q deux polynômes réels ou complexes,
on a
d◦ (P + Q) ≤ M ax(d◦ P, d◦ Q).
- Lorsque d◦ P ̸= d◦ Q on a une égalité.
- Lorsque d circP = d◦ Q il peut arriver qu’on ait une égalité
mais aussi que l’inégalité soit stricte.
b) Soient P et Q deux polynômes réels ou complexes, on a
d◦ (P · Q) = d◦ P + d◦ Q.
(avec la convention −∞ + n = −∞)
c) Soit P un polynôme réel ou complexe et λ un réel ou un
complexe. On a
si λ ̸= 0 alors d◦ (λ.P ) = d◦ P
si λ = 0 alors d◦ (λ.P ) = −∞.
d) Soient P et Q deux polynômes réels ou complexes.
On a
d◦ (P ◦ Q) = d◦ P.d◦ Q.
Démonstration :
Soit
P = a0 + ... + an X n avec an ̸= 0
Q = b0 + ... + bp X p avec bp ̸= 0
deux polynômes réels ou complexes.
a) Alors
- Si n < p (le cas p < n se traite de la même manière,
on a
P + Q = (a0 + b0 ) + ... + (an + bn )X n + bn+1 xn+1 + ... + bp X p
est de degré p(= M ax(n, p)) ;
- Si on a n = p alors
P + Q = (a0 + b0 ) + ... + (an + bn )X n
alors il est possible que an +bn = 0 donc que d◦ (P +Q) ≤ n(= M ax(n, p)).
b) On a P · Q = a0 b0 + (a0 b1 + a1 b0 )X + ... + an bp X n+p ,
comme ni an ni bp ne sont nuls an bp est non nul donc P · Q est de degré n + p.
c) est une évidence.
4.3. L’ANNEAU DES POLYNÔMES 73
d) On a P ◦ Q = a0 + a1 Q + · · · + an Qn .
Par application de b) on a d◦ Qk = kd◦ Q,
par application de c) on a d◦ ak Qk = 0 ou d◦ q k selon que ak est nul ou non.
Donc finalement, une application de a) donne d◦ P ◦ Q = nd◦ Q.
Le cas non traité P = 0 est trivial.
Exemples
- Si P = X + X 2 , Q = 1 + X − X 2 ,
on a
P + Q = 1 + 2X et P · Q = X + 2X 2 − X 4
donc
d◦ (P + Q) = 1 < M ax(d◦ P, d◦ Q) = M ax(2, 2) = 2
et
d◦ (P · Q) = 4 = d◦ P + d◦ Q = 2 + 2.
On a aussi
P ◦Q = Q+Q2 = (1+X −X 2 )+(1+X −X 2 )2 = 2+3X −2X 2 −2X 3 +X 4
donc d◦ (P ◦ Q) = 4 = d◦ P.d◦ Q.
- Si P = X + X2, Q = X2,
on a P + Q = X + 2X 2 et P · Q = X 3 + X 4 donc
d◦ (P + Q) = 2 = M ax(d◦ P, d◦ Q) = M ax(2, 2) = 2
et
d◦ (P · Q) = 4 = d◦ P + d ◦ Q = 2 + 2.
Corollaire 31 Les inversibles de K[X] sont les polynômes constants non
nuls. Autrement dit
K[X]× = { polynômes de degré 0}.
Démonstration :
Soit P un polynôme, si P est inversible on trouve un polynôme Q tel que
P · Q = 1. On a donc d◦ P + d◦ Q = d◦ 1 = 0 donc d◦ P = d◦ Q = 0.
Exercice 7. Soit P et Q deux polynômes réels.
a) Montrer que parmi les deux inégalités
d◦ (P + Q) ≤ M ax(d◦ P, d◦ Q)
d◦ (P − Q) ≤ M ax(d◦ P, d◦ Q)
l’une au moins est une égalité.
b) Montrer que si P + Q et P − Q sont des polynômes constants non nuls
alors P et Q sont des polynômes constants non nuls.
74 CHAPITRE 4. ANNEAUX
Propriété 32 (Comportement de la 0-valuation relativement aux lois de
composition)
a) Soient P et Q deux polynômes réels ou complexes, on a
V al0 (P + Q) ≥ M in(V al0 P, V al0 Q).
- Lorsque V al0 P ̸= V al0 Q On a une égalité.
- Lorsque V al0 P = V al0 Q il peut arriver qu’on ait une
égalité mais aussi que l’inégalité soit stricte.
b) Soient P et Q deux polynômes réels ou complexes, on a
V al0 (P · Q) = V al0 P + V al0 Q.
(avec la convention +∞ + n = +∞)
c) Soit P un polynôme réel ou complexe et λ un réel ou un
complexe. On a
si λ ̸= 0 alors V al0 (λ.P ) = V al0 P
si λ = 0 alors V al0 (λ.P ) = +∞
Exercice 8. Démontrer de ces trois propriétés.
Exercice 9. Trouver et démontrer une formule donnant la valuation en 0
de la composée de deux polynômes.
Exemples
- P = X + X 2, Q = 1 + X − X 2
on a
P + Q = 1 + 2X et P · Q = X + 2X 2 − X 4
Donc
V al0 (P + Q) = 0 = M in(V al0 P, V al0 Q) = M in(1, 0) = 0
et
V al0 (P · Q) = 1 = V al0 P + V al0 Q = 1 + 0.
- P = X + X2, Q = X,
on a
P + Q = 2X + X 2 et P · Q = X 2 + X 3
donc
V al0 (P + Q) = 1 = M in(V al0 P, V al0 Q) = M in(1, 1) = 1
et
V al0 (P · Q) = 2 = V al0 P + V al0 Q = 1 + 1.
4.3. L’ANNEAU DES POLYNÔMES 75
Exercice 10.
Soit P = a0 + a1 X + · · · + an xn un polynôme réel. Soit r un réel.
a) Montrer qu’il existe un unique n + 1-uplet (c0 , c1 , . . . , cn ) de réels
tels que P = c0 + c1 (X − r) + · · · + cn (X − r)n .
b) Montrer que le degré du polynôme Q = c0 + c1 X + · · · + cn X n est le
même que celui de P .
c) Peut-on lier la valuation en zero de Q et celle de P ?
La valuation en 0 de Q s’appelle la valuation en r de P .
Division Euclidienne des polynômes
Propriété 33 Soient A et B ∈ K[X], on suppose que B n’est pas le
polynôme nul.
Alors, il existe un unique couple (Q, R) de polynômes dans
K[X] tels que
(1) A = BQ + R
(2) d◦ R < d ◦ B
Le polynôme Q est appelé quotient euclidien de A par B.
Le polynôme R est le reste de la division Euclidienne.
La relation (1) est la division euclidienne de A par B.
Démonstration
Soient A et B deux polynômes avec B ̸= 0.
Unicité :
Supposons que (Q1 , R1 ) et (Q2 , R2 ) soient deux couples de polynômes satis-
faisant
A = BQ1 + R1 , d◦ R1 < d◦ B et A = BQ2 + R2 , d◦ R2 < d◦ B
Alors on a BQ1 + R1 = BQ2 + R2 , donc
B(Q1 − Q2 ) = R2 − R1 .
Si on avait Q1 ̸= Q2 alors Q1 − Q2 ̸= 0 donc
d◦ (Q1 − Q2 ) ≥ 0 et d◦ (B(Q1 − Q2 )) ≥ d◦ B.
D’autre part d◦ (B(Q1 − Q2 )) = d◦ (R2 − R1 ) donc d◦ (R2 − R1 ) ≥ d◦ B.
Or, d◦ R1 < d◦ B et d◦ R2 < d◦ B, donc d◦ (R2 − R1 ) < d◦ B.
On obtient donc une contradiction : l’hypothèse Q1 ̸= Q2 doit être rejettée :
On a Q1 = Q2 et par suite R1 = R2 .
76 CHAPITRE 4. ANNEAUX
Existence :
- Si A = 0 le couple (Q, R) = (0, 0) convient.
- Si A ̸= 0 alors d◦ A = n ∈ N.
On va procéder par récurrence sur le degré de A :
- Soit Pn la propriété :
Soit A un polynôme de degré au plus n et B un polynôme non
nul, alors il existe un couple de polynômes (Q, R) tel que
(1) A = BQ + R
(2) d◦ R < d◦ B
Montrons P0 : Si d◦ A = 0 , alors A = a0 ̸= 0.
- Si B = b0 ̸= 0 :
Alors B est aussi de degré 0 alors on a A = a0 = b0 . ab00 + 0 donc
le couple (Q, R) = ( ab00 , 0) convient.
- Si B est de degré au moins égal à 1 :
Alors A = a0 = B.0 + a0 donc le couple (Q, R) = (0, a0 ) convient.
Supposons que pour une valeur donnée de l’entier n on ait montré Pn−1 .
Soit A un polynôme de degré n. Soit B un polynôme non nul. Soit p le
degré de B.
- Si p > n :
Alors A = B.0 + A et le couple (Q, R) = (0, A) convient.
- Si p ≤ n :
Soit an X n et bp X p les termes de plus haut degré de A et de B (on a bp ̸= 0
et an ̸= 0).
On a
A = an X n + A′
avec A′ de degré au plus n − 1.
Et,
B = bp X p + B ′
avec B ′ de degré au plus p − 1.
On a
an an an
an X n = (bp X p ).( X n−p ) = (bp X p + B ′ )( X n−p ) − B ′ .( X n−p )
bp bp bp
an n−p ′ an
= B.( X ) − B .( X ). n−p
bp bp
′ an
Le degré de B .( bp X ) vaut au plus n − 1, on peut donc appliquer à ce
n−p
polynôme l’hypothèse de récurrence.
4.3. L’ANNEAU DES POLYNÔMES 77
Il existe un couple (Q1 , R1 ) tel que
B ′ .( abpn X n−p ) = BQ1 + R1 et d◦ R1 < d◦ B.
On obtient finalement :
an an
an X n = B.( X n−p ) − (BQ1 + R1 ) = B.( X n−p − Q1 ) − R1 .
bp bp
A′ est aussi de degré au plus n − 1 donc l’hypothèse de récurrence s’applique
aussi à A′ :
Il existe un couple (Q2 , R2 ) tel que A′ = BQ2 + R2 et d◦ R2 < d◦ B.
Donc ( an )
A = an X n + A′ = B.( X n−p − Q1 ) − R1 + (BQ2 + R2 )
bp
an n−p
= B.( X − Q1 + Q2 ) + (R2 − R1 ).
bp
On a d◦ (R2 − R1 ) ≤ M ax(d◦ R2 , d◦ R1 ) < d◦ B.
Donc le couple (Q, R) = ( abpn X n−p − Q1 + Q2 , R2 − R1 ) convient.
Donc Pn est vraie.
Une application du principe de récurrence montre que Pn est vraie pour toute
valeur de l’entier n.
Exercice 11. Effectuer les divisions euclidiennes de A par B pour
1) A = X 5 + X + 1, B = X 2 + X + 1.
2) A = X 4 + 4X 3 + X 2 − 16, B = X 3 + 3X 2 − 3X + 4.
Une application de la notion de division euclidienne : Racines d’un
polynôme
Soit P = a0 + a1 X + ... + an X n ∈ K[X].
Que K vaille R ou C il est toujours possible de considérer la fonction po-
lynômiale complexe associée :
fP,C : C → C; z 7→ a0 + a1 z + ... + an z n .
Soit z0 un complexe, on dit que z0 est une racine de P lorsque fP,C (z0 ) = 0.
Lorsque z0 est un complexe non réel on dit que z0 est une racine imaginaire,
s’il se trouve que z0 est réel on dit que c’est une racine réelle.
Propriété 34 Soit r ∈ K et P ∈ K[X]. Les deux propriétés suivantes sont
équivalentes
(a) r est une racine dans K de P .
(b) Il existe un polyôme Q à coefficients dans K tel que
P = (X − r)Q.
78 CHAPITRE 4. ANNEAUX
Démonstration
(a) =⇒ (b) :
Supposons que r soit une racine dans K du polynôme P à coefficients dans
K.
Ecrivons la division euclidienne de P par (X − r) :
P = (X − r)Q + R avec d◦ R < d◦ (X − r) = 1.
Donc R est un polynôme constant (nul ou non).
- Si R était une constante non nulle on aurait
fP,C (r) = (r − r)fQ,C (r) + fR,C (r) = fR,C (r) ̸= 0
ce qui contredirait r racine de P .
- Donc R est nul et P = (X − r)Q.
(b) =⇒ (a) :
Supposons qu’il existe un polynôme Q tel que P = (X − r)Q alors
fP,C (r) = (r − r)fQ,C (r) = 0
donc r est une racine de P .
Racines multiples d’un polynôme.
Définition 43 Soit P = a0 + a1 X + ... + ak X k + ... + an X n ∈ K[X].
On pose P ′ = a1 + 2a2 X + ... + kak X k−1 + ... + nan X n−1 .
Le polynôme P ′ est appelé polynôme dérivé de P .
Remarquons que la fonction polynômiale réelle associée au polynôme dérivé
d’un polynôme réel coı̈ncide avec la fonction dérivée de la fonction polyômiale
réelle associée au polynôme. Autrement dit
fP ′ ,R = (fP,R )′ .
Propriété 35 Soit P, Q deux polynômes à coefficients dans K et λ ∈ K.
Alors
(a) (P + Q)′ = P ′ + Q′
(b) (P.Q)′ = P ′ .Q + P.Q′
(c) (λP )′ = λP ′
Démonstration
Les propriétés (a) et (c) sont quasiment immédiates.
(b) Commençons par traiter le cas d’un produit de deux ”monômes” :
Soit P = an X n et Q = bp X p alors on a
(P.Q)′ = (an bp X n+p )′ = an bp (n + p)X n+p−1
4.3. L’ANNEAU DES POLYNÔMES 79
P ′ = nan X n−1 et Q′ = pbp X p−1 .
Donc P ′ .Q + P.Q′ = nan X n−1 bp X p + pbp X p−1 .an X n
= (nan bp + pbp an )X n+p−1 = (n + p)an bp xn+p−1
= (P.Q)′
Passons maintenant
∑ au cas général
∑ :
Soit P = ∑nk=1 ak X k et Q =∑ pℓ=1 bℓ X ℓ . Notons Pk∑= ak∑ X k et Qℓ = bℓ X ℓ .
n n n
On a P = k=0 Pk et Q = ℓ=0 Qℓ , donc P.Q = k=0 pℓ=0 Pk .Qℓ .
On a donc( )′
∑n ∑p
(P.Q)′ = P Q
k l
∑n k=0
∑p ℓ=0 ∑ ∑
= ∑k=0 ∑ℓ=0 (Pk Qℓ )′ =∑ nk=0∑ pℓ=0 Pk′ .Qℓ + Pk .Q′ℓ )
= nk=0 pℓ=0 Pk′ .Qℓ + nk=0 pℓ=0 Pk .Q′ℓ = P ′ .Q + P.Q′ .
Propriété 36 (Formule de Leibniz)
Soient P et Q deux polynômes à coefficients dans K. Alors
∑
n
(n)
(P.Q)(n) = P (i) .Q(n−i) .
i=0
i
(n) n!
Ici P (k) désigne la dérivée k-ième de P et i
= i!(n−i)!
.
Démonstration
On montre cela par récurrence sur l’ordre de dérivation :
Soit Pn :
∑n
( n ) (i) (n−i)
∀P, Q ∈ K[X], (P.Q) = (n)
P .Q .
i=0
i
′
∑1 ( 1 ) (i) (1−i)
- La propriété P1 est satisfaite : (P.Q) = i=0 i P Q = P.Q′ + P ′ .Q.
- Supposons que Pn soit vraie pour un n entier donné. Alors
(P.Q)(n+1) = ((P.Q)′ )(n) = (P ′ .Q + P.Q′ )(n) = (P ′ .Q)(n) + (P.Q′ )(n) .
On applique Pn , il vient :
∑ n
( n ) (i+1) (n−i) ∑ n
( n ) (i) (n−i+1)
(P.Q)(n+1) = P .Q + P .Q
i=0
i i=0
i
Dans la première
∑n+1 ( n ) (ℓ) (n+1−ℓ) ∑n d’indice
somme on fait le changement ( n ) (i) ℓ = i + 1 il vient
(n+1) (n−i+1)
(P.Q) = ℓ=1 ( ℓ−1) P .Q + ( )i=0 i P .Q ( )
∑n n
= ℓ=1 ℓ−1( P) .Q (ℓ) (n+1−ℓ)
+ n P (n+1) Q(0) + n0 P (0) Q(n+1)
∑n n (i) (n−i+1) n
+ (i=1 )i P .Q
∑
= n+1 i=0
n+1
i
P (i) .Q(n+1−i) .
Donc Pn+1 ) est satisfaite.
Une application du principe de récurrence donne la conclusion.
80 CHAPITRE 4. ANNEAUX
Propriété 37 Soit P un polynôme. Alors
- Si P n’est pas une constante d◦ P ′ = d◦ P − 1.
- Si P est une constante (nulle ou non) alors P ′ = 0 est de
degré −∞.
Définition 44 Soit P ∈ K[X], on dit que le complexe z0 est une racine
d’ordre exactement k de P lorsque on a
fP,C (z0 ) = fP ′ ,C (z0 ) = ... = fP (k−1) ,C (z0 ) = 0
et
fP (k) ,C (z0 ) ̸= 0.
Propriété 38 Soit r ∈ K, P ∈ K[X] et k ∈ N avec k ≤ d◦ P .
Alors les deux propositions suivantes sont équivalentes.
(a) r est une racine d’ordre exactement k de P .
(b) Il existe un polynôme Q ∈ K[X] tel que P = (X − r)k .Q
et r n’est pas racine de Q.
Démonstration
Soit r ∈ C, P ∈ K[X] et k ∈ N avec k ≤ d◦ P .
(a) =⇒ (b) : On montre par récurrence sur k que Pk :
- Si r est racine d’ordre au moins k d’un polynôme P alors
le polynôme P se factorise sous la forme P = (X − r)k .H.
- Si r est d’ordre exatement k alors P se factorise sous la forme
P = (X − r)k .Q avec Q un polynôme dont r n’est pas racine -
P1 est satisfaite :
On a déjà vu que si r est racine de P alors P se factorise sous la forme
P = (X − r).Q reste à vérifier que si r est d’ordre exactement 1 alors r n’est
pas racine de Q.
On a P ′ = Q + (X − r)Q′ donc fP (r) = fQ (r).
Par conséquent si r n’est pas racine de P ′ alors r n’est pas non plus racine
de Q.
- Supposons pour un entier k donné que Pk soit vraie. Supposons que r soit
racine d’ordre exactement k + 1 d’un polynôme P . Alors r est une racine
d’ordre au moins k donc P se factorise sous la forme P = (X − r)k .H.
Appliquons la formule de Leibniz pour le calcul de la dérivée k-ième :
∑
k
(k )
P (k)
= [(X − r)k ](i) H (k−i) .
i=0
i
On a [(X − r) ]
k (i)
= k!
(k−i)!
(X − r)k−i .
4.3. L’ANNEAU DES POLYNÔMES 81
Donc
∑
k
(k ) k!
P (k)
= (X − r)k−i H (k−i) .
i=0
i (k − i)!
Pour i = 0, ..., k − 1 on a f(X−r)k−i ,K (r) = 0 et f(X−r)k−k ,K (r) = 1.
Donc 0 = fP (k) ,K (r) = fH,K (r). Par conséquent r est une racine de H .
Le polynôme H se factorise donc H = (X − r)Q.
Donc P = (X − r)k+1 .Q.
Comme plus haut on a
∑
k+1
( k + 1 ) (k + 1)!
P (k+1) = (X − r)k+1−i Q(k+1−i) .
i=0
i (k + 1 − i)!
Donc 0 = fP k+1 ,K (r) = fQ,K (r), r n’est donc pas racine de Q.
La propriété k+1 est donc vraie.
On conclut par une application du principe de récurrence.
(b) =⇒ (a) : Supposons qu’il existe un polynôme Q ∈ R[X] tel que r ne soit
pas racine de Q et P = (X − r)k .Q. ∑ℓ ( ℓ ) k!
Soit ℓ ∈ {0, 1, ..., k − 1}, on a P (ℓ) = i=0 i (k−i)! (X − r)
k−i
.Q(ℓ−i) .
Lorsque i parcourt {0, 1, ..., l}, k − i parcourt {k, k − 1, ...k − ℓ} donc reste
supérieur
∑kà 1( kdonc
) k! r est unek−iracine de (X − r)k−i et donc de P (ℓ) . On a
P = i=0 i (k−i)! (X − r) Q
(k) (k−i)
.
Donc fP (k) ,K (r) = fQ,K (r) = 0.
Donc r est racine d’ordre exactement k de P .
Exercice 12. Soit P et Q deux polynômes. On suppose que r est une racine
commune de P et Q. Montrer qu’alors r est une racine du reste de la Division
Euclidienne de P par Q. Que pensez vous de la réciproque ?
Exercice 13. Soit a et b deux entiers relatifs non nuls. On suppose que le
reste de la division euclidienne de a par b vaut 1. Soit k un entier naturel
différent de 1 on suppose que k est un diviseur de a c’est-à-dire que a = k.ℓ
pour un certain entier relatif ℓ, k peut-il être un diviseur de b ?
Exercice 14. Quelles sont les racines réelles et les racines complexes du
polynôme P = X 4 + X 2 + 1 ?
82 CHAPITRE 4. ANNEAUX
Chapitre 5
Arithmétique de Z, de R[X] et
C[X]
5.1 Généralités sur la divisibilité
Dans tout ce paragraphe (A, +, ·) est un anneau commutatif.
Définition 45 Soient a, b ∈ A on dit que a divise b et on note a|b lorsqu’il
existe k ∈ A tel que
b = k · a,
on dit aussi dans ce cas que b est un multiple de a.
Notation : Soit a ∈ A.
- L’ensemble des multiples de a est noté M ult(a).
Autrement dit
M ult(a) = {k · a tel que k ∈ A}.
- L’ensemble des diviseurs de a est noté Div(a).
Autrement dit
Div(a) = {d ∈ A tel que d|a}.
Exemple
- Dans l’anneau (Z, +, ·) :
On a 4|8, 2| − 16 et 3 ̸ |7.
On a Div(6) = {−6, −3, −2, −1, 1, 2, 3, 6}
83
84 CHAPITRE 5. ARITHMÉTIQUE
- Dans l’anneau (R, +, ·) :
On a 4|π , 3|7. (de fait dans un corps la théorie de la divisibilité est
particulièrement inintéressante car tout élément non nul divise tous les
autres éléments et 0 ne divise aucun élément non nul)
- Dans l’anneau (R[X], +, ·) :
On a X − 1|2X 2 − 2X + 1.
Propriété 39 La relation binaire ·|· sur A est réflexive et transitive,
elle n’est en général ni symétrique ni antisymétrique.
Démonstration
Soit a ∈ A, on a a = 1A · a donc a|a la relation est donc refléxive.
Soit a, b et c dans A. Si on a a|b et b|c, alors on trouve k et ℓ dans A tels que
b = k · a et c = ℓ · b,
donc c=ℓ·k·a
donc a|c. La relation est donc transitive.
Des contre-exemples pour la symétrie et l’antisymétrie sont donnés par 2 et
4 dans Z et par 4 et −4 dans Z.
Propriété 40 Soit a, b et c dans A, si on a a|b et a|c alors a|b + c.
Exercice 1. Démontrer ce résultat.
5.2 Divisibilité et intégrité
Définition 46 L’anneau (A, +, ·) est dit intègre lorsque
∀a, b ∈ A, si a · b = 0A , alors a = 0A ou b = 0A .
Propriété 41 Les anneaux (Z, +, ·) et (K(X], +, ·) (pour K = R ou C )
sont
des anneaux intègres.
5.2. DIVISIBILITÉ ET INTÉGRITÉ 85
Démonstration
Dans le cas de Z le résultat est trivial.
Dans le cas des anneaux de polynôme : Supposons que P, Q ∈ K[X] soient
tels que P ·Q = 0 alors d◦ (P ·Q) = −∞ donc d◦ P +d◦ Q = −∞ par conséquent
l’un des deux degrés vaut −∞, c’est-à-dire que l’un des deux polynômes est
nul. ( )
a b
Exercice 2. Soit M at2,2 (R) = { ; a, b, c, d ∈ R} on muni cet
c d
ensemble des deux lois de composition internes définies par
( ) ( ′ ′ ) ( )
a b a b a + a′ b + b′
+ =
c d c′ d′ c + c′ d + d′
et ( ) ( ′ ′ ) ( ′ )
a b a b aa + bc′ ab′ + bd′
· =
c d c′ d ′ ca′ + dc′ cb′ + dd′
1) Vérifier que c’est un anneau (non commutatif).
2) Vérifier que cet anneau n’est pas intègre.
Propriété 42 Soit (A, +, ·) un anneau commutatif intègre, alors
∀a, b ∈ A∗ , a|b =⇒ b = k · a admet exactement une solution.
Démonstration
Supposons que a|b et que k1 , k2 soient des solutions de l’équation b = k · a.
Alors, b = k1 · a et b = k2 · a donc (k1 − k2 ) · a = 0 donc comme l’anneau est
intègre on a k1 = k2 ou sinon a = 0 ce qui n’est pas.
Définition 47 Soit (A, +, ·) un anneau commutatif, un élément a de A est
dit simplifiable lorsque
∀b, c ∈ A, a · b = a · c =⇒ b = c.
Propriété 43 Soit (A, +, ·) un anneau commutatif, alors
A est intègre
⇐⇒
tous les éléments non nuls sont simplifiables.
Démonstration
Supposons que l’anneau commutatif A soit intègre, alors soit a ̸= 0 dans A.
Supposons que l’on ait pour b, c ∈ A, a · b = a · c alors a · (b − c) = 0 donc
b − c = 0 car a est non nul.
Réciproquement, si on suppose que tous les éléments non nuls sont simpli-
fiables, alors soit a et b tels que a · b = 0A alors si a ̸= 0 on a a · b = a · 0A
donc par simplification b = 0A .
86 CHAPITRE 5. ARITHMÉTIQUE
5.3 Inversibilité et divisibilité
Propriété 44 Soit (A, +, ·) un anneau commutatif.
- Soit a ∈ A, a ̸= 0 alors
× ×
A ∪ a · A = {u ∈ A/ u est inversible } ∪ {a · u ∈ A/ u est inversible }
⊂ Div(a).
- Div(0A ) = A.
Démonstration
Soit a ∈ A, a ̸= 0. Soit u ∈ A× alors
a = u · (u−1 · a) = u−1 · (u · a)
donc u ∈ Div(a) et u · a ∈ Div(a).
Soit A ∈ a on a 0A = a · 0A donc a ∈ Div(0A ).
Exemples et remarques :
- Cela ne signifie absolument pas que les inversibles et les éléments de la
forme u · a sont les diviseurs de a, mais seulement que ce sont toujours des
diviseurs de a.
- Dans l’anneau (Z, +, ·) :
On a vu que Z× = {1, −1} donc pour tout entiers relatif a on a 1, −1, a
et −a sont des diviseurs de a.
Pour a = 13 on a Div(13) = {1, −1, 13, −13}.
Pour a = 6 on a Div(6) = {1, −1, 2, −2, 3, −3, 6, −6}.
- Dans l’anneau (R[X], +, ·) :
On a R[X]× = {P ∈ R[X] tels que d◦ P = 0} donc pour tout polynôme
P tous les polynômes de la forme λP avec λ ∈ R∗ et tous les polynômes
constants non nuls sont des diviseurs de P .
Pour P = X + 12 on a Div(P ) = {λ · (X + 12) avec λ ∈ R∗ } ∪ R[X]× .
Pour P = X 2 − 1, les diviseurs sont les polynômes de la forme
λ, λ · (X − 1), λ · (X + 1) et λ · (X 2 − 1) avec λ un réel non nul.
Propriété 45 Soit (A, +, ·) un anneau commutatif. Soit a ∈ A, a ̸= 0. On
a
∀u ∈ A× , Div(a) = Div(u · a).
Démonstration
Soit b un diviseur de a. On trouve k ∈ A tel que a = k · b, alors pour u ∈ A× ,
on a
u · a = (u · k) · a
donc b divise u · a.
5.4. FACTORISATION EN PRODUIT D’IRRÉDUCTIBLES 87
Soit u ∈ A× et b un diviseur de u · a alors on trouve ℓ ∈ A tel que u · a = ℓ · b,
donc a = u−1 · u · a = u−1 · ℓ · b, donc b divise a.
Propriété 46 Soit (A, +, ·) un anneau commutatif intègre et a, b ∈ A tous
les deux non nuls, alors
[(a|b)et(b|a)] =⇒ ∃u ∈ A× tel que a = u · b.
Démonstration
Supposons qu’on ait a|b et b|a alors on trouve k et ℓ dans A tels que
b = k · a et a = ℓ · b.
Donc b = (k · ℓ) · b. Comme b ̸= 0 et que l’anneau est intègre b est simplifiable
donc k · ℓ = 1. Les éléments k et ℓ sont donc des inversibles (ils sont inverses
l’un de l’autre). Finalement on a bien a qui vaut le produit d’un inversible
par b.
Remarque : L’implication réciproque est trivialement vraie.
Exercice 3. Soit (A, +, ·) un anneau commutatif.
Pour a et a′ dans A on pose a ≃ a′ lorsque ∃u ∈ A× /a′ = u · a.
1) Montrer que ≃ est une relation d’équivalence sur A.
Dans le cas où A = Z montrer que l’ensemble quotient est en bijection avec
N.
Dans le cas où A = K[X] montrer qu’il est en bijection avec l’ensemble des
polynômes unitaires à coefficients dans K.
2) Pour a et b deux éléments de l’ensemble quotient A/≃ on pose a|b si a|b
(a et b étant des représentants quelconques des classes d’équivalences a et b).
Etudier les propriétés de cette relation binaire sur A/≃ .
Dans toute la suite du chapitre A est l’un des anneaux Z, R[X] ou
C[X].
5.4 Factorisation en produit d’irréductibles
Définition 48 Un élément non nul, i, de A est un irréductible de A lorsque
/ A× ).
- i n’est pas un inversible de A ( i ∈
- Ses seuls diviseurs sont les inversibles de A et les produits
d’un inversible par lui-même. ( Div(i) = A× ∪ i · A× )
Exemples :
- 2, −7, 13 sont des irréductibles de Z,
- −6, 21 ne sont pas des irréductibles de Z (car, par exemple, 3, qui n’est ni
un inversible de Z ni de la forme u · (−6) avec u un inversible de Z, est un
diviseur de −6).
88 CHAPITRE 5. ARITHMÉTIQUE
- X − 1, X 2 + 2 sont des irréductibles de R[X].
X − 1 est un irréductible de C[X], mais X 2 + 2 n’est pas un irréductible de
C[X] (Pourquoi ?)
Notation : L’ensemble de irréductibles de A sera noté Irr(A).
Propriété 47 Soit i ∈ Irr(A) et u ∈ A× alors u · i ∈ Irr(A).
Démonstration
Soit i ∈ Irr(A) et u ∈ A× , alors i ∈ / A× donc u · i ∈ / A× , puisque sinon on
trouverait v ∈ A tel que v · (u · i) = 1A , mais alors 1A = (v · u) · i, donc i serait
un inversible.
On a vu que Div(i) = Div(u · i) donc Div(u · i) = A× ∪ i · A× .
On a, de plus, i · A× = (u · i) · A× donc Div(u · i) = A× ∪ (u · i) · A× .
Finalement u · i ∈ Irr(A).
Cas de Z
Définition 49 Un entier naturel est un nombre premier lorsqu’il est
dans Irr(Z).
Propriété 48 Les irréductibles de Z sont les nombres premiers et leurs
opposés.
Démonstration
Soit p un entier premier, on a vu que −p est un irréductible de Z puisqu’il
est de la forme u.p avec u un inversible (−1) et p irréductible.
Tout entier relatif i non nul est ou bien un entier naturel ou bien l’opposé d’un
entier naturel. Si i est un irréductible s’il est dans N alors c’est par définition
un entier premier sinon son opposé est dans N et est un irréductible donc i
est l’opposé d’un entier premier.
Cas de K[X]
On note UK[X] l’ensemble des polynômes unitaires de K[X] (ceux dont le
coefficient dominant vaut 1).
Propriété 49 Tout polynôme irréductible est le produit d’un irréductible
unitaire et d’un polynôme constant non nul.
Démonstration
Soit P est un polynôme irréductible unitaire, tout produit λ.P où λ est
une constante non nulle l’est aussi puisque c’est le produit d’un polynôme
constant non nul (c’est-à-dire un polynôme inversible) par un irréductible.
Tout polynôme non nul P peut être écrit de manière unique sous la forme λ.U
où λ est un polynôme constant non nul et U est un polynôme unitaire. En
5.4. FACTORISATION EN PRODUIT D’IRRÉDUCTIBLES 89
effet, comme P ̸= 0, P = a0 +a1 X +· · ·+an X n avec n ∈ N et an ∈ K, an ̸= 0,
donc P = an ·( aan0 + aan1 X +· · ·+X n ). Soit I un polynôme irréductible, soit a son
coefficient dominant, alors U = a1 I est un polynôme irrréductible unitaire.
Cas de Z
Propriété 50 Soit n ∈ N∗ et non inversible (donc n ≥ 2) alors le plus
petit diviseur supérieur à 1 de n est un nombre premier.
Démonstration
Soit n ∈ N, n ≥ 2. Soit p son plus petit diviseur plus grand que 1 (ce
nombre existe puisque n ≥ 2 et n est un diviseur de n).
Si p n’est pas un nombre premier alors ce n’est pas un irréductible de Z donc
on trouve un diviseur d de p dans {2, 3, . . . , p − 1}, on a d|p et p|n donc d|p,
donc d est un diviseur de n plus grand que 1 et strictement plus petit que p,
ceci contredit le fait que p est le plus petit diviseur de n plus grand que 1,
donc l’hypothèse ”p n’est pas un nombre premier” doit être rejetée.
Cas de K[X]
Propriété 51 Soit N ∈ UK[X] et non inversible (donc d◦ N ≥ 1) alors si
P est un diviseur unitaire non constant de N de degré mini-
mal, P est un irréductible unitaire de K[X].
Démonstration
Soit N ∈ UK[X] avec d◦ N ≥ 1. Soit P un diviseur unitaire non constant
de N de degré minimal (un tel diviseur de N existe car N est unitaire non
constant et est un diviseur de N ).
Si P n’est pas un irréductible unitaire de K[X] alors il admet un diviseur D
qui n’est ni constant ni de la forme λ · P avec λ ∈ K∗ .
Donc d◦ D < d◦ P , on peut supposer que D est unitaire (si ce n’est pas déjà
le cas il suffit de multiplier D par l’inverse de son coefficient dominant). Ceci
est en contradiction avec la minimalité du degré de P , l’hypothèse que P
n’est pas irréductible doit donc être rejetée.
Cas de Z
Théorème 52 (Thm fondamental de l’arithmétique)
Soit a ∈ Z∗ , a s’écrit de manière unique sous la forme
a = uΠnj=1 pj .
où u ∈ Z× = {1, −1} et (pj )j=1,...,n est une famille de
nombres premiers telle que p1 ≤ p2 ≤ · · · ≤ pn .
90 CHAPITRE 5. ARITHMÉTIQUE
Démonstration
Soit a ∈ Z∗ .
- Si a ∈ N∗ : Posons Pa la propriété
”Il existe une unique famille (dépendant
de a) de nombres premiers
p1 (a) ≤ p2 (a) ≤ · · · ≤ pk(a) (a) telle que”
a = p1 (a) · p2 (a) · · · · · pk(a) (a).
† Pour a = 1 : Le résultat est évident (un produit vide vaut 1 et tout
produit non vide d’entier premier vaut au moins 2 donc l’unique famille
de nombre premier telle que 1 = p1 · p2 · · · · · pk est la famille vide).
† Pour a = 2 : 2 est un nombre premier et 2 = 2.
Donc la famille de nombre premier réduite à p1 = 2 satisfait 2 = p1 .
Aucune autre famille de nombre premier ne convient de manière évidente.
† Soit a ≥ 2 fixé.
On suppose que
P(b) est vraie pour toute valeur de b dans {1, 2, . . . , a}.
L’entier a + 1 est un entier naturel supérieur à 2.
Soit p1 son plus petit diviseur plus grand que 1, on sait que
- p1 est un nombre premier.
- Il existe b dans {1, 2, . . . , a + 1} tel que a + 1 = p1 · b.
Si b = 1 alors a + 1 = p1 et donc la famille réduite à p1 convient.
Si b > 1 alors b ∈ {2, 3, . . . , a}, on applique à b l’hypothèse de récurrence :
Il existe une unique famille de nombre premier
p1 (b) ≤ p2 (b) ≤ · · · ≤ pk(b) (b)
telle que
b = p1 (b) · p2 (b) · · · · · pk(b) (b)
donc
a + 1 = p1 · p1 (b) · p2 (b) · · · · · pk(b) (b)
On a p1 ≤ p1 (b) car sinon p1 (b) serait un diviseur de a + 1 supérieur à 1
et strictement plus petit que p1 , donc la famille
p1 ≤ p1 (b) ≤ p2 (b) ≤ · · · ≤ pk(b) (b)
est l’unique famille (classée) satisfaisant l’égalité demandée.
- Si a < 0 : alors −a ∈ N∗ le résultat est donc acquis pour −a.
On a a = (−1)(−a) ce qui permet de conclure.
5.4. FACTORISATION EN PRODUIT D’IRRÉDUCTIBLES 91
Cas de K[X]
Théorème 53 (Thm fondamental de l’arithmétique)
Soit A ∈ K[X]∗ , à commutativité prés A s’écrit de manière
unique sous la forme
A = U Πnj=1 Pj .
où U ∈ K[X]× = {λ ∈ K∗ } et (Pj )j=1,...,n est une famille de
polynômes irréductibles unitaires.
Démonstration
On ne montrera pas ici l’unicité de la famille des Pj , ce fait sera
démontré indépendament dans un paragraphe ultérieur.
Soit A ∈ K[X]∗ .
- Si A ∈ UK[X]∗ :
Soit n ∈ N posons Pn la propriété
Pour tout polynôme unitaire A de degré inférieur
ou égal à n, il existe une famille de polynômes
irréductibles unitaires (dépendant de A)
P1 , P2 , . . . , Pk telle que
A = P1 · P2 · · · · · Pk .
† Pour n = 0 : Le résultat est évident, il n’existe qu’un seul polynôme
unitaire de degré 0 : Le polynôme constant égal à 1.
Un produit vide vaut 1. Par ailleurs, tout polynôme unitaire irréductible
est non inversible donc non constant, un produit non vide de tels
polynômes est donc au moins de degré égal à 1, donc l’unique famille
de polynômes irréductibles unitaires telle que 1 = P1 · P2 · · · · · Pk est
la famille vide.
† Pour n = 1 : Soit A un polynôme unitaire de degré 1 c’est un polynôme
irréductible. Donc la famille de polynôme irréductible réduite à A satisfait
A = A. Aucune autre famille de polynômes irréductibles unitaires ne
convient.
† Soit n ≤ 1 fixé, on suppose que P(n) est vraie.
Soit A est un polynôme unitaire de degré n+1. Soit P1 un diviseur unitaire
non constant de A de degré minimal (donc P1 est un irréductible unitaire).
Il existe B dont le degré est dans {1, 2, . . . , n} tel que A = P1 · B.
92 CHAPITRE 5. ARITHMÉTIQUE
On applique à B l’hypothèse de récurrence : il existe une famille de po-
lynômes unitaires irréductibles Q1 , Q2 , . . . , Qk telle que
B = Q1 · Q2 · · · · · Qk donc
A = P1 · Q1 · Q2 · · · · · Qk .
- Si A ∈ K[X]∗ : Alors on trouve un polynôme constant non nul U (prendre
U égal à l’inverse du coefficient dominant de A) tel que U · A ∈ K[X]∗ .
Le résultat est donc acquis pour U · A. On a a = U −1 · (U · A) ce qui
permet de conclure.
5.5 Irréductibles
Cas de Z
Les irréductibles de Z sont les nombres premiers et leurs opposés.
Propriété 54 Il existe une infinité de nombres premiers.
Démonstration
Supposons qu’il n’existe qu’un nombre fini de nombre premier, soit alors
p1 < p2 < · · · < pK
leur liste classées.
On considère
N = (p1 · p2 · · · · · pK ) + 1.
On a N > p1 > 2 et donc N admet un facteur premier p, qui est donc
nécéssairement dans la liste p1 < p2 < · · · < pK .
D’une part, on a p | N et d’autre part p | p1 p2 . . . pK .
Donc p |(N − p1 p2 . . . pK ). Or N − p1 p2 . . . pK = 1, donc p divise 1, ce qui
est impossible pour un nombre premier p. Donc l’hypothèse de finitude de
l’ensemble des entiers premiers mène à une contradiction, elle doit donc être
rejettée.
La détermination de la liste des nombres premiers n’est pas un problème
résolu, on dispose cependant de tests de primalité et de résultat sur la den-
sité des nombres premiers c’est-à-dire le nombre de nombres permiers parmi
{2, 3, . . . , N }. On peut déterminer le début de la liste des nombres premiers
en utilisant le crible d’Erathostène :
Si on veut obtenir la liste des nombres premiers inférieurs ou égaux à
l’entier naturel N , on écrit la liste de tous ces entiers à partir de 2, on biffe
ensuite tout les entiers multiple de 2, le premier nombre non biffé est 3 : c’est
5.5. IRRÉDUCTIBLES 93
le second nombre premier, on biffe ensuite tous les multiples de 3, le premier
nombre non biffé est 5 : c’est le troisième nombre premier, on continue le
procédé.
Exercice 4. Expliquer pourquoi le crible d’Erathostène fournit effective-
ment les nombres premiers inférieur à N .
Exercice 5. Soit n un entier naturel, montrer que s’il ne possède pas de
diviseur inférieur ou égaux à sa racine carrée il est premier.
Cas de C[X]
On admet le théorème de d’Alembert, ce théorème sera démontré dans un
autre module.
Théorème 55 Tout polynôme complexe non constant admet au moins une
racine complexe.
Corollaire 56 Soit P ∈ C[X], si P ̸= 0 alors la somme des ordres
de multiplicité des racines de P vaut le degré de P .
Démonstration
Soit n ∈ N on pose Pn :
”La somme des ordres de multiplicité des racines d’un
polynôme complexe de degré n vaut n”
- P0 est vraie, en effet soit P un polynôme de degré 0, alors P est un polynôme
constant non nul, il n’admet pas de racine, la somme des ordres de multiplicité
de ses racines est une somme vide : elle vaut 0.
- Soit n ∈ N un entier naturel donné, supposons que Pn soit vraie. Soit P un
polynôme de degré n + 1. Une application du théorème de d’Alembert donne
l’existence d’au moins une racine puisque n + 1 ≥ 1 donc P est non constant.
Soit α une racine de P , il existe un polynôme Q tel que P = (X − α) · Q. On
a n + 1 = d◦ P = d◦ (X − α) + d◦ Q, donc d◦ Q = n donc la somme des ordres
de multiplicité des racines de Q vaut n.
- Si α n’est pas une racine de Q alors sont ordre de multiplicité en tant
que racine de P vaut 1 et la somme des ordres de multiplicité des raci-
nes de P vaut donc celle des racines de Q augmentée de 1 donc vaut
n + 1.
- Si α est une racine de Q d’ordre k son ordre de multiplicité en tant que
racine de P vaut k +1 donc la somme des ordre de multiplicité des racines
de P vaut encore celle de Q augmentée de 1 elle vaut n + 1.
Dans tous les cas la somme des ordres de multiplicité des racines de P vaut
n + 1 : Pn+1 est vraie.
- Une application du principe de récurrence donne ∀n ∈ N, Pn est vraie.
94 CHAPITRE 5. ARITHMÉTIQUE
Corollaire 57 Les polynômes irréductibles de C[X] sont les polynômes de
la forme
aX + b avec a ̸= 0, b ∈ C.
Démonstration
Soit P un polynôme de C[X].
- Si d◦ P ≥ 2 alors P est non constant donc admet une racine il existe donc
une factorisation P = (X − r) · Q et comme d◦ Q = d◦ P − 1 ≥ 1, Q est non
constant donc n’est pas un inversible de C[X], par conséquent P n’est pas
un irréductible de C[X].
- Si d◦ P = 1 alors si P = F1 · F2 est une factorisation de P en produit de
deux polynômes alors d◦ F1 + d◦ F2 = 1 donc l’un des deux polynômes F1 ou
F2 est de degré 0 : c’est une constante non nulle, donc P est un irréductible
de C[X].
- Si d◦ P = 0 alors P est une constante non nulle donc un inversible de C[X],
ce n’est pas un irréductible de C[X].
- Si d◦ P = −∞ alors P est le polynôme nul, ce n’est pas un irréductible de
C[X].
Cas de R[X]
Corollaire 58 Les polynômes irréductibles de R[X] sont
1) Les polynômes de degré 1, c’est-à-dire de la forme
aX + b avec a ̸= 0, b ∈ R.
2) Les polynômes de degré 2 sans racines réelles, c’est-à-
dire de la forme
aX 2 + bX + c
a ̸= 0, b, c ∈ R et b2 − 4ac < 0.
Démonstration
Soit P un polynôme de R[X].
- Si d◦ P ≥ 3 alors si on l’envisage comme un polynôme à coefficient complexe
il admet une racine complexe ϱ.
- Si ϱ est réel alors P n’est pas un irréductible de R[X] puisqu’il
existe une factorisation P = (X − ϱ) · Q avec Q ∈ R[X] de degré d◦ P − 1.
5.5. IRRÉDUCTIBLES 95
- Si ϱ est un complexe non réel, alors si P = an X n + an−1 X n−1 + · · · + a0
on a
an ϱn + an−1 ϱn−1 + · · · + a0 = 0.
donc le conjugué est également nul :
an ϱn + an−1 ϱn−1 + · · · + a0 = 0.
comme les coefficients ak sont tous des réels on a
an ϱn + an−1 ϱn−1 + · · · + a0 = an ϱ̄n + an−1 ϱ̄n−1 + · · · + a0
par conséquent ϱ̄ est aussi une racine (complexe non réelle) de P , donc il
existe une factorisation de P de la forme
P = (X − ϱ) · (X − ϱ̄) · Q.
On a (X −ϱ)·(X − ϱ̄) = X 2 −(ϱ+ ϱ̄)X +ϱϱ̄ = X 2 −2Re(ϱ)X +|ϱ|2 ∈ R[X]
donc P = (X 2 − 2Re(ϱ)X + |ϱ|2 ) · Q est une factorisation de P en produit
de deux polynômes réels dont aucun n’est un inversible,
donc P n’est pas un irréductible de R[X].
- Si d◦ P = 2 alors il est de la forme aX 2 + bX + c avec a ̸= 0.
- Si P admet une racine réelle r (c’est-à-dire si b2 −4ac ≥ 0), P se factorise
sous la forme P = (X − r)Q avec r la (l’une des) racine et Q de degré 1
(de fait Q est aussi de la forme (X − r′ ) avec r′ une racine réelle).
Donc P n’est pas irréductible.
-Si P n’admet pas de racine réelle. Dans ce cas si P n’était pas un
irréductible de R[X], on trouverait une factorisation de P sous la forme
P = Q1 · Q2
avec Q1 et Q2 non constants donc tous deux de degré 1, chacun d’entre
eux admet alors une racine réelle qui serait aussi une racine de P ce qui
contredit le fait que P n’admet pas de racine réelle.
L’hypothèse que P n’est pas irréductible doit être rejettée.
- Si d◦ P = 1 le même raisonement que dans le cas complexe donne P
irréductible
- Si d◦ P = 0 ou −∞, P est un inversible ou nul donc n’est pas un irréductible
de R[X].
Exercice 6. Donner la factorisation en produit de polynômes irréductibles
de R[X] et de C[X] de P1 = X 5 + 1 et de P2 = X 4 + 1.
96 CHAPITRE 5. ARITHMÉTIQUE
Exercice 7. Déterminer tous les polynômes P de degré 2 à coefficients
complexes tels que P divise P ◦ X 2 .
Exercice 8. Déterminer tous les polynômes à coefficients complexes de la
forme X 6 − 5X 4 + aX 2 + bX + c qui admettent une racine d’ordre 4 ou plus.
5.6 Notion de PPCM et de PGCD
Soit a un élément quelconque d’un anneau commutatif A. L’ensemble des
multiples de a, M ult(a) = {k · a/k ∈ A} satisfait de manière évidente les
trois propriétés :
(i) M ult(a) ̸= ∅.
(ii) Si m et m′ sont dans M ult(a).
(iii) Si m est dans M ult(a) et x est un élément quelconque de A
alors m · x est dans M ult(a).
Réciproquement,
- Dans le cas de Z
Soit M une partie de Z satisfaisant les trois propriétés précédentes.
Posons M + = M ∩ N∗ .
- Si M + = ∅ alors M = {0} car sinon, comme M est non vide, on
trouverait m ∈ M non nul, donc m > 0 ou alors −m = 0 − m > 0 et
M + serait non vide.
- Sinon, soit a le plus petit élément de M + . Comme M satisfait (iii) tous
les multiples de a sont dans M .
Si M contenait d’autres éléments, soit b l’un d’entre eux. On a b ̸= 0
puisque 0 est un multiple de a.
On a d’après (ii) :
−b = 0 − b ∈ M
donc parmi b et −b l’un est positif donc dans M + , autrement dit |b| ∈ M + .
Effectuons la division euclidienne de |b| par a, il vient
|b| = aq + r avec r ∈ {0, 1, . . . , a − 1}.
On a r = |b| − aq, comme |b| ∈ M et aq ∈ M d’après (iii) on a
r ∈ M.
Si r > 0 alors r serait dans M + et plus petit que a ce qui contredit que
a est le plus petit élément de M + , donc on a nécéssairement r = 0, par
conséquent |b| est un multiple de a ce qui est en contradiction avec le fait
que b n’est pas un multiple de a. Donc M = M ult(a).
5.6. NOTION DE PPCM ET DE PGCD 97
- Dans le cas de R[X] et C[X]
Soit M une partie de K[X] satisfaisant les trois propriétés précédentes.
Posons M U l’ensemble des polynômes unitaires de M .
- Si M U = ∅ alors M = {0} car sinon, comme M est non vide, on
trouverait m ∈ M non nul, mais alors si on multiplie m par l’inverse de
son coefficient dominant on obtient un polynôme unitaire dans M et M U
serait non vide.
- Sinon, soit P un polynôme de M U de degré minimal. Comme M sa-
tisfait (iii) tous les multiples de P sont dans M .
Si M contenait d’autres éléments, soit B l’un d’entre eux. On a
B ̸= 0 puisque 0 est un multiple de P . En multipliant B par l’inverse de
son coefficient dominant on obtient un polynôme unitaire B U qui est
encore dans M autrement dit B U est dans M U .
Effectuons la division euclidienne de B U par P , il vient
BU = P Q + R
avec d◦ R ∈ {−∞, 0, 1, . . . , d◦ P − 1}.
On a R = B U − P Q comme B U ∈ M et P Q ∈ M d’après (iii) on a
R ∈ M.
Si d◦ R > −∞ alors si on le multiplie par l’inverse de son coefficient
dominant on trouve un polynôme RU de M U de degré plus petit que
celui de P ce qui contredit que P est de degré minimal dans M U , donc
on a nécéssairement R = 0 et par conséquent B U est un multiple de
P ce qui est en contradiction avec B n’est pas un multiple de P . Donc
M = M ult(P ).
En résumé,
Pour A = Z ou K[X] avec K = C ou R Soit M une partie de A, Alors
∃a ∈ A tel que M = M ult(a)
⇐⇒
M satisfait les propriétés (i), (ii) et (iii).
Propriété 59 Soit a et b dans A alors
1) ∃m ∈ A/M ult(a) ∩ M ult(b) = M ult(m).
2) ∃d ∈ A/M ult(a) + M ult(b) = {k · a + ℓ · b/k, ℓ ∈ A} = M ult(d).
Démonstration
1) Soit a et b dans A.
- 0 est un multiple de a et de b donc est dans M ult(a) ∩ M ult(b) qui
est donc non vide.
- Si m et m′ sont dans M ult(a)∩M ult(b) alors m et m′ sont dans M ult(a)
98 CHAPITRE 5. ARITHMÉTIQUE
et dans M ult(b) donc m − m′ également.
- Si m est dans M ult(a) ∩ M ult(b) et x est un élément quelconque de A
alors x · m est dans M ult(a) puisque m est dans M ult(a) de même
x · m est dans M ult(b). Donc x · m ∈ M ult(a) ∩ M ult(b).
La partie M ult(a) ∩ M ult(b) de A satisfait donc les propriétés (i), (ii) et (iii),
il existe donc un élément m tel que M ult(a) ∩ M ult(b) = M ult(m).
2) Soit a et b dans A.
- M ult(a) et M ult(b) sont non vide donc il existe des éléments de A qui
sont somme d’un élément de M ult(a) et d’un élément de M ult(b).
Donc M ult(a) + M ult(b) est non vide.
- Si m et m′ sont dans M ult(a) + M ult(b) alors
∃k, ℓ, k ′ , ℓ′ ∈ A tels que m = k · a + ℓ · b et m′ = k ′ · a + ℓ′ · b
donc m − m′ = (k − k ′ ) · a + (ℓ − ℓ′ ) · b ∈ M ult(a) + M ult(b).
- Si m est dans M ult(a) + M ult(b) et x est un élément quelconque de A
alors ∃k, ℓ ∈ A tels que m = k · a + ℓ · b
donc x · m = (k · x) · a + (ℓ · x) · b ∈ M ult(a) + M ult(b).
La partie M ult(a) + M ult(b) de A satisfait donc les propriétés (i), (ii) et (iii),
il existe donc un élément d tel que M ult(a) ∩ M ult(b) = M ult(d).
Définition 50 Soit a, b ∈ A tous les deux non nuls.
1) On dit que m ∈ A est un PPCM (plus petit commun multiple)
de a et de b lorsque
M ult(m) = M ult(a) ∩ M ult(b).
2) On dit que d ∈ A est un PGCD (plus grand commun diviseur)
de a et de b lorsque
M ult(d) = M ult(a) + M ult(b).
Pourquoi cette terminologie ?
Propriété 60 Soit a et b deux éléments non nuls de A alors
M ult(a) ⊂ M ult(b) ⇐⇒ b|a.
Démonstration
Soit a et b deux éléments non nuls de A.
- Si on suppose que M ult(a) ⊂ M ult(b), comme a est un multiple de a c’est
aussi un multiple de b, donc b|a.
- Si on suppose que b|a alors on trouve k ∈ A tel que a = k · b. Soit M un
multiple de a on trouve ℓ ∈ A tel que M = ℓ · a donc M = (ℓ · k) · b donc M
est un multiple de b.
5.6. NOTION DE PPCM ET DE PGCD 99
† Ceci explique une partie de la terminologie ’commun multiple’ et ’commun
diviseur’ :
- Si on suppose que M ult(m) = M ult(a) ∩ M ult(b), alors
M ult(m) ⊂ M ult(a) et M ult(m) ⊂ M ult(b)
donc a|m et b|m donc m est un multiple commun de a et de b.
- Si on suppose que M ult(d) = M ult(a) + M ult(b), alors comme 0 est un
multiple de a tous les multiples de b sont dans M ult(a) + M ult(b), donc
M ult(b) ⊂ M ult(a) + M ult(b) = M ult(d)
de même, M ult(a) ⊂ M ult(a) + M ult(b) = M ult(d)
donc d|b et d|a : d est un diviseur commun à a et à b.
† L’explication de l’autre partie de la terminologie ’plus petit ’ et ’plus
grand ’ est la suivante :
- Supposons que m soit un PPCM de a et de b et que µ soit un multiple
commun de a et de b, alors µ ∈ M ult(a) et µ ∈ M ult(b) donc µinM ult(m)
autrement dit m|µ
- Supposons que d soit un PGCD de a et de b et que δ soit un diviseur
commun de a et de b, alors M ult(a) ⊂ M ult(δ) et M ult(b) ⊂ M ult(δ) donc
comme la somme de deux multiple de δ est encore un multiple de δ on a
M ult(d) = M ult(a) + M ult(b) ⊂ M ult(δ) et par conséquent δ|d.
† Enfin pour ’un’ ?
Il y a effectivement plusieurs PPCM et PGCD :
Propriété 61 Soit a et b non nuls dans A.
- Si m et m′ sont des PPCM de a et de b alors il existe un
inversible u de A tel que m′ = u · m.
Si m est un PPCM de a et de b et u ∈ A×
alors u · m est un PPCM de a et de b.
- Si d et d′ sont des PGCD de a et de b alors il existe un
inversible u de A tel que d′ = u · d.
Si d est un PGCD de a et de b et u ∈ A×
alors u · d est un PGCD de a et de b.
Démonstration
Si x et x′ sont deux PPCM (ou deux PGCD) de a et de b alors
M ult(x) = M ult(x′ )
donc on a simultanément x|x′ et x′ |x donc ∃u ∈ A× tel que x′ = u · x.
Pour x ∈ A et u ∈ A× on a M ult(x) = M ult(u · x).
100 CHAPITRE 5. ARITHMÉTIQUE
Cas de Z
On sait que Z× = {−1, 1} donc un couple d’entier admet toujours deux
PPCM qui sont opposés et deux PGCD qui sont opposés. Le PPCM positif
est souvent appelé ”LE” PPCM, de même le PGCD positif est souvent appelé
”LE” PGCD.
Cas de R[X] et C[X]
On sait que K[X]× est l’ensemble des polynômes constants non nuls. Donc
un couple de polynôme admet toujours une infinité de PPCM et une infinité
de PGCD, mais deux PPCM (ou deux PGCD) sont égaux à une constante
multiplicative près. Parmi les PPCM un seul est unitaire parmi les PGCD
également, souvent le PPCM unitaire est appelé ”LE” PPCM et le PGCD
unitaire est appelé ”LE” PGCD.
Propriété 62 (théorème de Bezout) : Soit a et b non nuls dans A. Alors
d est un PGCD de a et de b =⇒ ∃u, v ∈ A/d = a · u + b · v.
Démonstration
On a
(d est un PGCD de a et b) ⇐⇒ M ult(d) = M ult(a) + M ult(b)
comme d est un multiple de lui-même d ∈ M ult(a) + M ult(b) donc
∃u, v ∈ A/d = u · a + v · b.
Réciproquement, soit D ∈ A, si ∃u, v ∈ A/D = u · a + v · b alors D est la
somme d’un multiple de a et d’un multiple de b donc est un multiple d’un
PGCD de a et de b.
Dans le cas très particulier où D est un inversible de A en multipliant la
relation D = u · a + v · b par D−1 il vient 1A = u′ · a + v ′ · b, avec u′ = D−1 · u et
v ′ = D−1 ·v, donc 1A est un multiple d’un PGCD de a et de b. Par conséquent
les PGCD de a et de b sont les inversibles de A en particulier D est un PGCD
de a et de b.
Définition 51 Soit a et b non nuls dans A. On dit que a et b sont premiers
entre eux ou qu’ils sont étrangers lorsque 1A est un PGCD de
a et de b.
Compte tenu des deux propriétés précédentes, deux éléments a et b sont
premiers entre eux si et seulement si il existe u et v dans A tels que
1A = u · a + v · b.
5.6. NOTION DE PPCM ET DE PGCD 101
Propriété 63 Soit a et b non nuls dans A. Alors si
- si d est un PGCD de a et de b
- si a′ et b′ ∈ A sont tels que a = d · a′ et b = d · b′
on a a′ et b′ premiers entre eux.
Démonstration
L’existence de a′ et b′ est immédiate : a est un multiple de d donc il existe un
unique élément a′ de A tel que a = d · a′ (même argument pour l’existence
et l’unicité de b′ ).
Appliquons le théorème de Bezout à a et b :
∃u, v ∈ A tel que d = u · a + v · b
donc d = d · u · a + d · v · b′ on simplifie par d, il vient 1A = u · a′ + v · b′ donc
′
a′ et de b′ sont premiers entre eux.
Théorème 64 (Gauss-Euclide) : Soit a, b et c non nuls dans A.
Alors si a|b · c et si a et b sont premiers entres eux alors a|c.
Démonstration
Comme a et b sont premiers entre eux on trouve u, v ∈ A tels que
1A = u · a + v · b.
En multipliant chaque membre par c il vient c = c · u · a + c · v · b.
De plus, a|b · c donc ∃ℓ ∈ A tel que a · ℓ = b · c.
D’où c = c · u · a + a · ℓ · v = (c · u + ℓ · v) · a autrement dit a|c.
Exercice 9. Soit A l’anneau des entiers relatifs, ou celui des polynômes à
coefficients réels (ou complexes). Soit a, b et c trois éléments non nuls de A.
Montrer que
1) P P CM (a, P P CM (b, c)) = P P CM (P P CM (a, b), c)
2) P P CM (ab, ac) = aP P CM (b, c)
3) P GCD(ab, ac) = aP GCD(b, c)
4) P GCD(a + b, P P CM (a, b)) = P GCD(a, b)
Exercice 10. Soit a, b, c et d quatres entiers relatifs. On suppose que a et
b sont premiers entre eux, montrer que
1) Si c|a et d|b alors c et b sont premiers entre eux.
2) Si c|(a + b) alors a et c sont premiers entre eux.
2)P GCD(ac, b) = P GCD(c, b).
Exercice 11. Soit une feuille rectangulaire quadrillée par n lignes hori-
zontales et m lignes verticales régulièrement espacées, par combien de points
intersection d’une horizontale et d’une verticale passe une diagonale de cette
feuille ?
102 CHAPITRE 5. ARITHMÉTIQUE
Exercice 12. Montrer que si un polynôme P est premiers avec (X − 1)2 et
avec (X + 1)2 alors il est premier avec (X 2 − 1)2 .
Exercice [Link] P et Q deux polynômes premiers entre eux, montrer que
si α est une racine double de P 2 + Q2 , alors c’est une racine de P ′2 + Q′2 .
que pensez-vous de la réciproque ?
Exercice 14. Soit A un polynôme réel non constant. A quelle condition
existe-t’il un couple de polynôme (P, Q) tel que P GCD(P, Q) = P − Q et
P P CM (P, Q) = A. Quels sont les couples (P, Q) solution de ce problème
lorsque A = 2x3 − 5X 2 − 5X + 6 ?
Techniques de calcul des PGCD et PPCM
Il reste une partie du théorème fondamental de l’arithmétique des polynômes
à démontrer.
On rappelle
Théorème (Thm fondamental de l’arithmétique)
Soit A ∈ K[X]∗ , à commutativité prés A s’écrit de manière unique sous
la forme
A = U Πnj=1 Pj .
où U ∈ K[X]× = {λ ∈ K∗ } et (Pj )j=1,...,n est une famille de
polynômes irréductibles unitaires.
L’existence de la décomposition a déjà été démontrée, reste à montrer l’uni-
cité, celle-ci doit bien sûr, être comprise à commutativité près.
Supposons que P soit un polynôme unitaire et qu’il se décompose de deux
manières en produit d’irréductibles unitaires :
P = U1 · U2 · · · Uk et P = V1 · V2 · · · Vℓ
- Si U et V sont deux polynômes irréductibles unitaires distincts ils sont
premiers entre eux.
En effet, comme U et V sont irréductibles, on a
Div(U ) = {λ, λU, avec λ ∈ K∗ }
Div(V ) = {λ, λV, avec λ ∈ K∗ }
comme U ̸= V , les seuls divideurs communs sont les polynômes constants
non nuls λ qui sont les inversibles de l’anneau K[X] donc un inversible est
PGCD de U et V qui sont donc premiers entre eux.
- On a U1 |P donc U1 n’est pas premier avec tout les polynômes Vj (sinon
le théorème de Gauss-Euclide serait érroné) donc U1 n’est pas premier avec
au moins l’un des polynômes Vj quitte à les réindexer on peut supposer que
U1 n’est pas premier avec V1 , compte tenu de la remarque précédente on a
V1 = U1 . Donc U2 · · · Uk = V2 · · · Vℓ . On réitère le raisonnement précédent
5.6. NOTION DE PPCM ET DE PGCD 103
jusqu’à épuisement d’un des deux membres, si k ̸= ℓ on obtient alors une
relation de la forme 1 égale un produit d’irréductibles ce qui n’est pas possible
puisque par définition les irréductibles ne sont pas des inversibles, donc on a
nécéssairement k = ℓ. Les deux décompositions sont donc les mêmes à l’ordre
des facteurs près.
Remarque : Dans les deux théorèmes fondamentaux de l’arithmétique des
entiers et des polynômes, si on regroupe les facteurs irréductibles identiques,
on obtient des décompositions de la forme
a = upα1 1 · pα2 2 · · · pαk k
avec p1 , p2 , . . . , pk des entiers premiers distincts, α1 , α2 , . . . αk des entiers stric-
tement positifs et u = ±1
et
A = λP1α1 · P2α2 · · · Pkαk
avec P1 , P2 , . . . , Pk des polynômes unitaire irréductibles distincts, α1 , α2 , . . . ,
et αk des entiers strictement positifs et λ un polynôme constant non nul.
Première méthode :
Pour calculer un PGCD et un PPCM de deux éléments a et b de A on peut
utiliser les décompositions en produit d’irréductibles de a et de b.
Supposons que
a = u · I1n1 · I2n2 · · · Iknk et b = v · J1m1 · J2m2 · · · Jℓmℓ
soient les décompositions de a et b en produit d’irréductibles de A, u et v
sont des inversibles de A, I1 , . . . , Ik , J1 , . . . Jℓ sont des irréductibles de A et
n1 , . . . , nk , m1 , . . . , mℓ des entiers naturels non nuls.
Quitte à rajouter dans la décomposition de a des facteurs de la forme Jj0
et dans celle de b des facteurs de la forme Ii0 on peut supposer que ce sont
les mêmes irréductibles qui interviennent dans les deux décompositions.
On supposera donc que a = u·I1n1 ·I2n2 · · · Iknk et b = v·I1m1 ·I2m2 · · · Ikmk avec
u, v des inversibles, I1 , I2 , . . . , Ik des irréductibles et n1 , . . . nk , m1 , . . . , mk des
entiers naturels (dont certains peuvent être nuls).
Soit d1 et d2 ∈ A. Supposons que d1 · d2 = a alors une conséquence de
l’unicité de la décomposition de a est que dans les décompositions de d1
et d2 les seuls irréductibles susceptibles d’apparaitrent sont ceux qui appa-
raissent dans la décomposition de a. Par conséquent les diviseurs de a sont
les éléments dont la décomposition est de la forme
d = u′ · I1s1 · · · Iksk avec ∀i ∈ {1, . . . , k}, 0 ≤ si ≤ n1
104 CHAPITRE 5. ARITHMÉTIQUE
Donc
min(n1 ,m1 ) min(nk ,mk )
I1 · · · Ik
est un diviseur commun de a et de b et est maximal : c’est un PGCD
et
max(n1 ,m1 ) max(nk ,mk )
I1 · · · Ik
est un multiple commun de a et de b et est minimal : c’est un PPCM.
Propriété 65 Soit a, b ∈ A a et b non nuls.
Alors à la multiplication par un inversible près on a
a · b = P P CM (a, b) · P GCD(a, b)
Seconde méthode
On peut aussi utiliser l’algorithme d’Euclide.
Propriété 66 Soit a, b ∈ A tous les deux non nuls.
Soit a = b · q + r la division euclidienne de a par b.
Alors a et b ont les mêmes PGCD que b et r.
Démonstration
Soit m ∈ M ult(a) + M ult(b), alors il existe k et ℓ dans A tels que
m = k · a + ℓ · b.
Donc
m = k · (b · q + r) + ℓ · b = (k · q + ℓ) · b + k · r ∈ M ult(b) + M ult(r).
Par conséquent, M ult(a) + M ult(b) ⊂ M ult(b) + M ult(r).
Réciproquement, Soit m ∈ M ult(b) + M ult(r), il existe k et ℓ dans A tels
que
m = k · b + ℓ · r.
Donc
m = k · b + ℓ · (a − b · q) = (k − ℓ · q) · b + ℓ · a ∈ M ult(b) + M ult(a).
Donc finalement,
M ult(a) + M ult(b) = M ult(b) + M ult(r).
5.6. NOTION DE PPCM ET DE PGCD 105
Corollaire 67 Soit a et b deux éléments non nuls de A. La suite itérée
des divisions euclidiennes de a par b
a = b · q1 + r1 , b = q1 · q2 + r2 , q1 = q2 · q3 + r3 , . . .
finit par donner un reste nul, et le dernier reste non nul est
un PGCD de a et b.
Démonstration
- Le fait que la suite des divisions euclidiennes finit par donner un reste nul
est une conséquence immédiate du fait que
- Dans Z : |b| > r1 > r2 > · · · ≥ 0.
- Dans K[X] ; d◦ B > d◦ R1 > · · · ≥ −∞.
- Lorsque a = b · q + r on a M ult(a) + M ult(b) = M ult(b) + M ult(r) donc
par une récurrence immédiate on a
M ult(a) + M ult(b) = M ult(rk−1 ) + M ult(rk ).
où rk est le dernier reste non nul dans la suite des divisions euclidiennes
itérées.
On a par ailleurs,
rk−1 = rk · qk+1 + 0
donc rk−1 est un multiple de rk , ce qui entraı̂ne que M ult(rk−1 ) ⊂ M ult(rk )
et par suite M ult(rk−1 ) + M ult(rk ) = M ult(rk ), on a finalement M ult(a) +
M ult(b) = M ult(rk ).
Remarque : La suite des divisions euclidiennes itérées permet de résoudre le
problème de Bezout.
Le problème de Bezout consiste à trouver tous les couples (u, v) solutions de
D =u·a+v·b
lorsque a, b et D sont donnés.
- On a déjà vu que si D n’est pas un multiple d’un PGCD de a et b alors
ce problème n’admet pas de solution.
- Si D est un multiple d’un PGCD de a et b.
Supposons que D = k · d avec d un PGCD de a et b.
Il existe a′ et b′ dans A tels que a = a′ · d et b = b′ · d et a′ et b′ sont premiers
entre eux.
Comme D = d · k, l’équation D = u · a + v · b équivaut à
k = u · a′ + v · b′ .
106 CHAPITRE 5. ARITHMÉTIQUE
Remarque : Soit (u0 , v0 ) une solution de 1 = u · a′ + v · b′
alors (k · u0 , k · v0 ) est une solution de k = u · a′ + v · b′ , c’est donc aussi une
solution de
D = u · a + v · b.
Il suffit donc de trouver une solution de l’équation 1 = u · a′ + v · b′ pour
obtenir une solution de D = u · a + v · b,
Soit a′ et b′ non nuls dans A et premiers entre eux.
La suite des divisions euclidiennes itérées de a′ par b′ est de la forme
a′ = b′ · q1 + r1 , b′ = r1 · q2 + r2 , r1 = r2 · q3 + r3 , . . . , ri−1 = ri · qi+1 + ri+1
avec ri+1 le premier reste nul. Comme a′ et b′ sont premiers entre eux le
dernier reste non nul ri = 1, on peut ré-écrire
r1 = a′ − b′ · q1 , r2 = b′ − r1 · q2 , r3 = r1 − r2 · q3 , . . . , ri = 1 = ri−2 − ri−1 · qi .
En substituant dans la dernière relation l’expression de ri−1 donnée par
l’avant dernière relation on obtient la relation
1 = ri−2 − (ri−3 − ri−2 · qi−1 ) · qi = (1 − qi−1 · qi ) · ri−2 + qi · ri−3
On continue les substitutions en remontant les relations exprimant un reste
à l’aide des deux restes qui le précèdent jusqu’à l’obtention d’une relation de
la forme 1 = u0 · a′ + v0 · b′ où u0 et v0 sont des expressions dépendant des
quotients q1 , q2 , . . . , qi .
De cette solution (u0 , v0 ) de 1 = u · a′ + v · b′ on déduit ( en multipliant
par k chaque terme un solution de D = u · a + v · b.
Soit (U0 , V0 ) une solution de D = u·a+v·b. Supposons que (U, V ) soit une
(autre) solution de D = u · a + v · b alors on a simultanément D = U0 · a + V0 · a
et D = U · a + V · b donc par différence
(U0 − U ) · a = (V − V0 ) · b
D’où en simplifiant par k :
(U0 − U ) · a′ = (V − V0 ) · b′
On a donc a′ |(V − V0 ) · b′ mais comme a′ et b′ sont premiers entre eux le
théorème de Gauss-Euclide entraı̂ne que a′ |(V − V0 ) donc il existe ℓ ∈ A tel
que V − V0 = ℓ · a′ ( autrement dit V = V0 + ℓ · a′ . On a par substitution
(U0 − U ) · a′ = ℓ · a′ · b′
5.6. NOTION DE PPCM ET DE PGCD 107
puis en simplifiant pas a′ :
(U0 − U ) = ℓ · b′
donc U = U0 − ℓ · b′ .
Les couples solution de D = u · a + v · b sont donc nécéssairement de la
forme (U0 − ℓ · b′ , V0 + ℓ · a′ ) avec ℓ dans A.
Réciproquement, un couple de cette forme est une solution de D = u ·
a + v · b puisque pour ℓ dans A on a
(U0 − ℓ · b′ ) · a + (V0 + ℓ · b′ ) · a = (U0 · a + V0 · b) + ℓ · (a · b′ − a′ · b)
= D + (a′ · b′ · d − b′ · a′ · d = D.
En conclusion les couples solutions de D = u · a + v · a sont les couples
de la forme (U0 − ℓ · b′ , V0 + ℓ · a′ ) avec ℓ ∈ A.
Exercice 15.
1) Calculer P GCD(10672, 4147)
a) En utilisant les décompositions en produit de facteurs irréductibles.
b) En utilisant l’algorithme d’Euclide
2) Trouver les couples d’entiers (u, v) tels que
58 = u · 10672 + v · 4147
Exercice 16. Soit A et B les polynômes réels
A = X 4 + X 3 + 2X 2 + X + 1 et B = X 5 − 2X 4 + 3X 3 − 6X 2 + 2X − 4.
1) Calculer P GCD(A, B).
2) Résoudre le problème de Bezout D = U · A + V · B où D est le PGCD de
A et B.
3) A et B ont-ils des racines communes ?
Exercice [Link]́composer sur C[X] puis sur R(X] les polynômes
1) X 8 + 1.
2) X 4 + X 2 + 3.
108 CHAPITRE 5. ARITHMÉTIQUE
Chapitre 6
Congruences
6.1 Définitions
Définition 52 Soit a et b deux entiers relatifs et n un entier naturel non
nul.
On dit que a est congru à b modulo n lorsque n est un diviseur
de a − b. On note ceci
a ≡ b[n]
Propriété 68 Soient a et b deux entiers relatifs et n un entier naturel
non nul. Alors
a ≡ b[n]
⇐⇒
Les restes des divisions euclidiennes de a et de b par n
sont les mêmes.
Démonstration
Soient a et b deux entiers relatifs et n un entier naturel non nul. On a
a ≡ b[n] ⇐⇒ n|(a − b) ⇐⇒ ∃ℓ ∈ Z/ a − b = ℓ · n.
Supposons que
a = q · n + r et b = s · n + p
soient les divisions euclidiennes de a par n et de b par n, alors on a
a − b = (q − s) · n + (r − p), donc n|(a − b) ⇐⇒ n|(r − p)).
Comme r et p sont dans {0, 1, . . . , n − 1} on a
r − p ∈ {−(n − 1), . . . , −1, 0, 1, . . . , (n − 1)} donc n|(r − p) ⇐⇒ r = p.
109
110 CHAPITRE 6. CONGRUENCES
Propriété 69 La relation de congruence modulo n est une relation
d’équivalence sur Z.
Démonstration :
Soit n un entier naturel non nul.
Soit f l’application de Z vers {0, 1, . . . , n−1} qui à un entier rationnel associe
le reste de sa division euclidienne par n.
On vient de voir que a ≡ b[n] ⇐⇒ f (a) = f (b).
Par conséquent la relation de congruence modulo n est une relation d’équiva-
lence sur Z (celle associée à l’application f ).
Notation
- 1. Soit n un entier naturel non nul. Soit a ∈ Z la classe d’équivalence de
a pour la relation de congruence est appelée classe résiduelle de a modulo n
et est noté an .
- 2. L’ensemble des classes résiduelles modulo n est noté Z/nZ
Propriété 70 Soit n un entier naturel non nul et a ∈ Z alors
1) an = {a + ℓ · n/ℓ ∈ Z}.
n n n
2) Z/nZ = {0 , 1 , . . . , (n − 1) }.
Démonstration
- Soit n un entier naturel non nul et a ∈ Z alors, par définition
an = {b ∈ Z/a ≡ b[n]}
mais on a a ≡ b[n] ⇐⇒ n|(b − a) ⇐⇒ ∃ℓ ∈ Z/b − a = ℓ · n donc
an = {a + ℓ · n/ℓ ∈ Z}.
- Soit n un entier naturel non nul. Soit a un entier relatif il est congru
modulo n à son reste, ra , dans sa division euclidienne par n donc an = ra n
n n n
et ra ∈ {0, 1, . . . , (n − 1)} donc an ∈ {0 , 1 , . . . , (n − 1) }. Donc
n n n
Z/nZ ⊂ {0 , 1 , . . . , (n − 1) }
n n n
Les classes résiduelles de la liste 0 , 1 , . . . , (n − 1) sont deux à deux dis-
tinctes donc l’inclusion réciproque est immédiate.
6.2. L’ANNEAU Z/N Z 111
6.2 L’anneau Z/nZ
Pour A et B dans Z/nZ (donc A et B sont des classes résiduelles modulo n)
n n
on pose A+B = a + b et A·B = a · b où a et b sont des représentants de A
et de B.
- Ces deux formules définissent A+B et A·B de manière univoque. Cela n’est
pas immédiat : en effet on pourrait imaginer que le ”résultat” de A+B, par
exemple, dépende des représentants choisis pour mener le calcul, il n’en est
rien :
Supposons que a et a′ soient deux représentants de A et que b et b′ soient
deux représentants de B, alors a + b et a′ + b′ représentent la même classe
résiduelle modulo n et a · b et a′ · b′ représentent la même classe résiduelle
modulo n. En effet,
- Si a et a′ représentent A et b et b′ représentent B alors
∃ℓ, k ∈ Z/a′ = a + ℓ · n et b′ = b + k · n,
donc
a′ + b′ = (a + b) + (ℓ + k) · n,
a′ · b′ = (a + ℓ · n) · (b + k · n) = (a · b) + (ℓ · b + a · k + ℓ · k) · n
donc a′ + b′ et a + b sont congrus modulo n (donc représentent une même
classe résiduelle notée A+B) et a′ · b′ et a · b représentent une même classe
résiduelle ( A·B).
En résumé, + et · sont deux lois de compositions internes définie sur Z/nZ .
Propriété 71 Muni des lois + et · l’ensemble Z/nZ est un anneau commu-
tatif.
Démonstration
L’ensemble des axiomes à vérifier se déduisent de manière quasi-immédiate
des propriétés de l’addition et de la multiplication de Z. Nous ne montrerons
en détail que certains d’entre eux.
- L’addition + est associative : Soit A, B et C dans Z/nZ , soit a, b et c
des représentants de A, B et C, alors
(A+B)+C = (a + b)+c = (a + b) + c = a + (b + c) = A+(B+C)
n
- + admet 0 pour élément neutre.
- L’opposé au sens de + de A ∈ Z/nZ est la classe résiduelle de l’opposé
d’un représentant de A.
- + est commutative.
n
- La multiplication · est associative, admet 1 pour élément neutre, est
commutative.
- L’addition est distributive par rapport à la multiplication.
112 CHAPITRE 6. CONGRUENCES
Inversibles de Z/nZ
Soit A ∈ Z/nZ , A est un inversible de Z/nZ si et seulement si on peut trouver
n
A′ dans Z/nZ tel que A·A′ = 1 , autrement dit si a est un représentant de A on
peut trouver a′ dans Z tel que a·a′ ≡ 1[n] ou encore ∃a′ , ℓ ∈ Z/ a·a′ −n·ℓ = 1
ce qui équivaut d’après le théorème de Bezout à a et n sont premiers entre
eux.
En résumé
Théorème 72 Soit n un entier naturel non nul. Les classes résiduelles mo-
dulo n qui sont des inversibles de Z/nZ sont les classes repré-
sentées par des entiers relatifs premiers avec n.
Corollaire 73 L’anneau (Z/nZ , +, ·) est un corps si et seulement si
l’entier n est premier.
Démonstration
Si n est un entier premier, alors tout entier de {2, 3, . . . , (n − 1)} est premier
avec n donc représente une classe résiduelle inversible.
n n n n n
Soit A ∈ Z/nZ = {0 , 1 , 2 , . . . , (n − 1) }, A est un inversible sauf si A = 0
n
donc (Z/nZ )× = Z/nZ \ {0 }.
Réciproquement si Z/nZ est un corps alors toute les classes résiduelles mo-
dulo n sauf celle de 0 sont des inversibles de Z/nZ donc tous les entiers de
{1, 2, . . . , (n − 1)} sont premiers avec n ce qui entraı̂ne que n est premier.
Exercice 1.
Donner les ”tables” d’additions et de multiplications de Z/nZ
a) Dans le cas où n = 6.
b) Dans le cas où n = 7.
c) Constater sur les tables de multiplication que Z/6Z n’est pas un corps et
que Z/7Z est un corps.
d) L’anneau Z/6Z est-il intègre ?
e) Montrer de manière générale que l’anneau Z/nZ est intègre équivaut à n
est un entier premier.
Remarque sur les notations : Lorsque cela n’est pas ambigu on omettra les
”barres” au dessus des opérations + et · on omettra également l’indice n dans
an lorsqu’aucune confusion n’est possible.
6.3. APPLICATION DE LA NOTION DE CONGRUENCE 113
6.3 Application de la notion de congruence
† Problèmes Diophantiens.
Une équation diophantienne est une équation ou un système d’équation
où n’interviennent que des entiers rationnels, l’addition et la multiplication
des entiers. On recherche les solutions entières de ces équations.
Exemples
- L’équation n2 − 21np = 19 admet-elle des solutions (n, p) où n et p sont
des entiers ? Est un problème Diophantien.
- L’équation n2 + p2 = q 2 admet-elle des solutions (n, p, q) avec n, p et q
des entiers ? Est un problème Diophantien.
Les problèmes Diophantiens peuvent être terriblement difficiles à résoudre.
Les congruences peuvent être un outil interessant dans certains cas, facile
d’utilisation dans le cas d’une réponse négative.
Précisement soit
(P D) : F (n1 , n2 , . . . , nk ) = 0
une équation Diophantienne (c’est-à-dire que F est une expression ne fai-
sant intervenir que des entiers et les opérations + et ·, les inconnues sont
n1 , . . . , nk ).
Alors soit q un entier naturel non nul. Supposons que
(P D) : F (n1 , n2 , . . . , nk ) = 0
q q
alors par réduction modulo q on a F (n1 , n2 , . . . , nk ) = 0 ce qui équivaut à
q q q q
(P D)q : F (n1 , n2 , . . . , nk ) = 0 où F est la même expression que F où tous
les coefficients c ont été remplacés par cq toutes les additions par + et toutes
les multiplications par ·.
D’où le théorème :
Si une équation diophantienne (P D) admet une solution alors
toutes les équations réduites modulo q, (P D)q admettent aussi des solu-
tions.
La réciproque est en général fausse sauf pour certain type d’équation.
Les réponses obtenues par utilisation de ce théorème sont donc en général
négatives, typiquement si on trouve q tel que (P D)q n’admet pas de solution
alors (P D) n’admet pas de solution.
Exemple
Soit (P D) l’équation n2 − 21np = 19.
Par réduction modulo 7 on obtient l’équation (E)7 : (n)2 − 21np = 19,
mais 21 = 0 et 19 = 5 donc (E)7 ⇐⇒ (n)2 = 5. Une recherche dans la
table de multiplication de Z/7Z montre que 5 n’est pas un carré... donc (E)7
n’admet pas de solution, il en est de même de (E).
114 CHAPITRE 6. CONGRUENCES
Résolution de quelques types d’équation de congruence
Equations du premier degré
Soit q un entier naturel non nul. Une équation du premier degré dans
Z/qZ est une équation de la forme
q q
(E1) : aq xq + b = 0
où a et b sont des entiers donnés et xq est l’inconnue.
q
On a (E1) ⇐⇒ aq · xq = −b
† Premier type : La classe résiduelle aq est inversible
On calcule la classe inverse de aq ( par exemple en utilisant l’algorithme
d’Euclide) et xq = (aq )−1 b est l’unique solution de (E1).
q
† Second type : La classe résiduelle aq n’est pas inversible
Alors a et q ne sont pas premiers entre eux, ils ont donc un PGCD d
différent de 1.
Il existe a′ et q ′ premier entre eux tels que a = ad et q = q ′ d.
On a xq solution de (E1) ⇐⇒ ∃ℓ ∈ Z/ax+b = ℓq ⇐⇒ ∃ℓ ∈ Z/a′ dx+b = ℓq ′ d
donc si (E1) admet des solutions, on a nécéssairement ∃ℓ ∈ Z/b = (ℓq ′ −a′ x)d
donc d|b.
- Si d ne divise pas b alors (E1) n’admet pas de solution.
- Si d divise b, alors on trouve b′ tel que b = b′ d.
par conséquent,
xq solution de (E1)
⇐⇒ ∃ℓ ∈ Z/a′ dx + b′ d = ℓq ′ d
⇐⇒ ∃ℓ ∈ Z/a′ x + b′ = ℓq ′
q′ ′ q′ q′
⇐⇒ a′ xq + b′ = 0 .
On s’est ramené ainsi à la résolution d’un équation du premier degré du
premier type.
Exercice 2. Résoudre les équations
a) 5x + 16 = 0 dans Z/8Z
b) 6x + 9 = 0 dans Z/15Z
6.3. APPLICATION DE LA NOTION DE CONGRUENCE 115
Equations du second degré
Soit q un entier naturel non nul, on suppose de plus que q est un nombre
premier donc que tout élément non nul de Z/qZ est inversible. Une équation
du second degré dans Z/qZ est une équation de la forme
(E2) : a · (x)2 + b · x + c = 0
où a, b et c sont des entiers donnés et x est l’inconnue.
- Si a = 0 (autrement dit si a est un multiple de q), alors l’équation (E2) est
de fait une équation du premier degré.
- Sinon, a est inversible donc en multipliant les deux membres de (E2) par
son inverse on obtient une équation équivalente de la forme
x2 + β · x + γ = 0
où β = (a)−1 b et γ = (a)−1 c.
† Dans le cas où q > 2, on a 2 inversible ( si q = 2 alors 2 = 0 !)
−1 −1 2
x2 + β · x + γ = 0 ⇐⇒ (x + 2 β)2 − (2 )2 β + γ = 0
On obtient ainsi une équation de la forme (x + B)2 − C = 0.
−1 −1 −1 2 −1 2
avec B = 2 β = 2 a−1 b et C = (2 )2 β − γ = (2 )2 a−2 [b − 4ac]
Deux cas peuvent se présenter
1) C n’est pas un carré dans Z/qZ , alors l’équation (E2) n’admet pas de
solution.
2) C est un carré. Alors les solutions de (E2) sont les éléments de la forme
2
R − B où R = C.
Remarques (sans justification)
1) Savoir si C est ou non un carré n’est pas un problème facile en général,
en pratique il suffit (mais cela peut être fastidieux) d’inspecter la diagonale
de la table de multiplication de Z/qZ : Si C est présent sur cette diagonale
c’est un carré.
2) Lorsque C est un carré alors si C ̸= 0 il y a toujours deux éléments R
dont le carré vaut C ces deux éléments sont toujours opposés. Dans le cas où
C = 0 seul 0 a un carré égal à 0.
3) Dans cas où q = 2 : On a pour tout élément de Z/2Z on a x2 = x donc toute
équation du second degré se ramène à une équation du premier degré (en fait
ce cas n’est vraiment pas interessant puisqu’il n’y a que deux éléments dans
Z/2Z ).
116 CHAPITRE 6. CONGRUENCES
Exercice 3. Résoudre dans Z/qZ les équations
a) x2 + 4x + 6 = 0 (q = 7)
b) 3x2 + x + 2 = 0(q = 11)
Système d’équation
Propriété 74 (lemme chinois)
Soit n et p deux entiers supérieurs ou égaux à 2 et premiers
entre eux. Alors
{
x ≡ a[n]
∀a, b ∈ Z, le système (S) :
x ≡ b[p]
admet des solutions entières.
Démonstration
Comme n et p sont des entiers premiers entre eux, il existe des entiers u et v
tels que un{+ vp = 1 {
u · n ≡ 1[p] b · u · n ≡ b[p]
On a donc , d’où
v · p ≡ 1[n] a · v · p ≡ a[n]
{ {
u · n ≡ 0[n] b · u · n ≡ 0[n]
Par ailleurs, on a , par conséquent
v · p ≡ 0[p] a · v · p ≡ 0[p]
{
b · u · n + a · v · p ≡ a[n]
En sommant on obtient
b · u · n + a · v · p ≡ b[p]
Le système (S) admet donc au moins une solution ( x0 = b · u · n + a · v · p).
On peut obtenir toutes les solutions du système (S) à partir de la solution
x0 :
Supposons que x soit{une solution de (S){alors on a simultanément
x ≡ a[n] x0 ≡ a[n]
et
x ≡ b[p] x0 ≡ b[p]
{
x − x0 ≡ 0[n]
Par différence on obtient .
x − x0 ≡ 0[p]
Donc x − x0 doit être un multiple commun de n et p donc multiple du PPCM
de n et p, comme n et p sont premier entre eux le produit np est un PPCM,
finalement x − x0 doit être multiple de np.
Réciproquement, supposons que x − x0 soit un multiple de np alors
on trouve un entier k tel que x = x0 + knp.
On a knp ≡ 0[n] et knp ≡ 0[p] donc x ≡ x0 [n] et x ≡ x0 [p] donc x est une
solution de (S).
En résumé, les solutions de (S) sont les entiers de la forme
x = bun + avp + knp avec k ∈ Z.
6.3. APPLICATION DE LA NOTION DE CONGRUENCE 117
Note historique : Ce résultat porte le nom de Lemme chinois car il était utilisé
dès l’antiquité chinoise pour compter les soldats : on demandait aux soldats
de se ranger en rang de deux manières différentes Une première fois en rang
par n (n varie selon les documents) on comptait alors combien de soldat
comptait le dernier rang ( autrement dit le reste a du nombre de soldats
divisé par n)
Une seconde fois en rang par p on comptait le nombre de soldads du
dernier rang (on obtient le reste b du nombre de soldats divisé par p)
Le nombre total de soldats satisfait donc un système du type (S), Il est
donc connu à un multiple de np près (si p et n sont premier entre eux, c’est
de cette manière que les chinois choisissaient la taille des rangs) si np est
assez grand (ce qui était le cas) la différence entre deux solutions successives
était assez importante pour pouvoir décider parmi les différentes solutions
laquelle était le nombre effectif de soldats.
Supposons maintenant que l’on veuille résoudre le système
{
x ≡ a[n]
(S) :
x ≡ b[p]
mais que l’on n’a plus l’hypothèse que n et p sont premiers entre eux.
Soit d ̸= 1 le PGCD de n et p, il existe deux entiers premiers entre eux n′ et
p′ tels que n = {n′ · d et p = p′ · d. {
∃ℓ ∈ Z/x = ℓ · n + a ∃ℓ ∈ Z/x = ℓ · n′ · d + a
Alors (S) ⇐⇒ ⇐⇒
{ ∃k ∈ Z/x = k · p + b ∃k ∈ Z/x = k · p′ · d + b
x ≡ a[d]
=⇒
x ≡ b[d]
L’existence d’une solution nécéssite donc que a − b ≡ 0[d].
- Si a − b n’est pas multiple de d alors (S) n’admet pas de solution.
- Si a − b est un multiple de d, alors on peut agir comme dans le cas du
lemme chinois.
Soit u et v deux entiers tels que un + vp = d, alors u · n′ + v · p′ = 1.
Par conséquent, x0 = a · p′ · v + b · n′ · u est congru à a modulo n et à b
modulo p.
En effet, il existe ℓ ∈ Z tel que a − b = ℓ · d donc b = a − ℓ · d,
donc x0 = a·p′ ·v+(a−ℓ·d)·n′ ·v = a(p′ ·v+n′ ·v)−ℓ·d·n′ = a−ℓ·n ≡ a[n].
On montre de même que x0 ≡ b[p].
Les autres solutions de (S) sont de la forme x = x0 + k · n′ · p′ .
Exercice 4. {
n ≡ 36[25]
Résoudre le système de congruence
n ≡ 96[77]
118 CHAPITRE 6. CONGRUENCES
† Critère de divisibilité
Il s’agit de critères permettant de savoir ”d’un coup d’œil” sur le dévelop-
pement décimal d’un entier donné s’il s’agit d’un multiple de 2, 3 4,..... Le
développement décimal d’un entier est une succession de chiffre (les symboles
de 0 à 9), le chiffre le plus à droite étant celui des unités le suivant celui des
dizaines, etc.
La succession de chiffres ck . . . c2 c1 c0 est le développement décimal de
l’entier naturel N signifie donc que
N = c0 + c1 · 10 + c2 · 102 + · · · + ck · 10k .
- Critère de divisibilité par 2.
On a 10 ≡ 0[2] donc
N = c0 + c1 · 10 + c2 · 102 + · · · + ck · 10k ≡ c0 [2].
Par conséquent N a la même classe résiduelle modulo 2 que le chiffre des
unités dans son développement décimal. Si le développement décimal d’un
entier fini par 0,2,4,6 ou 8 cet entier est pair, sinon il est impair.
- Critère de divisibilité par 3
On a 10 ≡ 1[3] donc pour tout entier ℓ, on a 10ℓ ≡ 1[3].
Par conséquent,
N = c0 + c1 · 10 + c2 · 102 + · · · + ck · 10k ≡ c0 + c1 + · · · + ck [3].
Si la somme des chiffres du développement décimal de l’entier N est multiple
de 3, alors N est multiple de 3.
- Critère de divisibilité par 11
On a 10 ≡ (−1)[11] donc pour tout entier ℓ on a 10ℓ ≡ (−1)ℓ[11].
Par conséquent,
N = c0 + c1 · 10 + c2 · 102 + · · · + ck · 10k ≡ c0 − c1 + c2 − · · · + (−1)k ck [11].
Un entier est multiple de 11 lorsque la somme ”alternée” des chiffres de son
développement décimal est multiple de 11.
Exercice 5. Trouver un critère de divisibilité par 7
6.3. APPLICATION DE LA NOTION DE CONGRUENCE 119
Petit Théorème de Fermat
Propriété 75 Soit p un entier premier, alors
p
∀k ∈ {1, 2, . . . , k − 1}, p est un diviseur de ( ).
k
Démonstration
On a la relation p! = ( kp )k!(p − k)!. Comme p est un entier premier aucun
entier de {2, 3, p − 1} n’est un diviseur de p donc tous les facteurs de k! et
tous les facteurs de (p − k)! sont premier avec p, une application du théorème
de Gauss-Euclide donne p|( kp ).
Corollaire 76 ( ”petit” théorème de Fermat)
Soit p un entier premier, alors
∀n ∈ Z/np ≡ n[p]
Démonstration
Soit p un entier premier donné.
Posons Pn la propriété : ”np ≡ n[p]”.
- La propriété P0 est immédiate : 0p = 0 ≡ 0[p].
∑ donné, supposons que Pn∑
- Soit n un entier naturel soit vraie.
On a (n + 1)p = pk=0 ( kp )nk donc (n + 1)p ≡ pk=0 ( kp )nk [p] Mais pour
tout 0 < k < p on a p|( kp ) donc tous les termes de la somme sont congrus à
0 modulo p, on a donc (n + 1)p ≡ ( p0 )n0 + ( pp )np [p] autrement dit
(n + 1)p ≡ 1 + n[p].
- Une application du principe de récurrence montre que Pn est vraie pour
toute valeur de n.
Exercice 6.
a) Quelle est la classe résiduelle modulo 11 de 742444 ?
b) Quelle est la classe résiduelle modulo 7 de 7584534525 ?
Exercice 7.
a) (Nombres de Mersenne) Montrer que si 2n − 1 est un entier premier, alors
n est un entier premier.
b) (Nombres de Fermat) Montrer que si 2n + 1 est un entier premier, alors n
est un entier de la forme n = 2k .
120 CHAPITRE 6. CONGRUENCES
Chapitre 7
Corps de fraction, Q et K(X)
L’objet de ce chapitre est la construction de deux corps classiques : Le
corps des entiers rationnels et les corps des fractions rationnelles sur R et C.
Dans tout le chapitre A désignera Z ou K[X] avec K = R ou C.
7.1 Constructions
† Construction de l’ensemble F r(A)
Soit A∗ = A \ {0A , on a A∗ = Z∗ (dans le cas où A = Z) et A∗ est l’ensemble
des polynômes non nuls (dans le cas où A = K[X]).
Soit F = A × A∗ . On muni F de la relation binaire
(a, b) ≃ (a′ , b′ ) lorsque a · b′ = a′ · b.
† La relation ≃ est une relation d’équivalence sur F .
En effet,
- Soit (a, b) ∈ F on a a · b = a · b (bien sur) donc (a, b) ≃ (a, b) et
donc ≃ est une relation réflexive.
- Soit (a, b) et (a′ , b′ ) deux éléments de F , si on a (a, b) ≃ (a′ , b′ )
alors a · b′ = a′ · b donc a′ · b = a · b′ et (a′ , b′ ) ≃ (a, b), la relation ≃ est
donc symétrique.
- Soit (a, b), (a′ , b′ ) et (a′′ , b′′ ) trois éléments de F , si on a (a, b) ≃ (a′ , b′ )
et (a′ , b′ ) ≃ (a′′ , b′′ ) alors a · b′ = a′ · b et a′ · b′′ = a′′ · b′ , si on multiplie
chaque membre de la première égalité par b′′ il vient (a · b′ ) · b′′ = (a′ · b) · b′′
en utilisant l’associativité et la commutativité de · ainsi que l’égalité
a′ · b′′ = a′′ · b′ on obtient (a · b′′ ) · b′ = (a′′ · b) · b′ .
Enfin, l’anneau A est intègre et b′ ̸= 0 donc est simplifiable il vient
a·b′′ = a′′ ·b et par suite (a, b) ≃ (a′′ , b′′ ). La relation ≃ est donc transitive.
121
122 CHAPITRE 7. CORPS DE FRACTION
Définition 53 L’ensemble quotient F/≃ est appelé ensemble des fractions
de
A il est noté Q dans le cas où A = Z et K(X) dans le cas où
A = K[X].
- La classe d’équivalence de (a, b) ∈ F sera notée (a/b) ou ab .
† Structure de corps sur F r(A).
Soit X et X ′ dans F r(A). On pose
X·X ′ = (a · a′ , b · b′ ) et X+X ′ = (a · b′ + a′ · b, b · b′ )
Où (a, b) et (a′ , b′ ) sont deux éléments de F représentant respectivement X
et X ′ .
1) Les deux formules proposées définissent bien des lois de composition in-
ternes, en effet, les classes (a · a′ , b · b′ ) et (a · b′ + a′ · b, b · b′ ) ne dépendent
aucunement du choix des représentants (a, b) et (a′ , b′ ) de X et de X ′ :
Soit (a, b) et (α, β) deux représentants de X et soit (a′ , b′ ) et (α′ , β ′ )
deux représentants de Y .
Alors on a
a · β = α · b et a′ · β ′ = α′ · b′ .
- On a (a · b′ + a′ · b, b · b′ ) ≃ (α · β ′ + α′ · β, β · β ′ ) puisque
(a·b′ +a′ ·b)·β·β ′ = (a·b′ )·(β·β ′ )+(a′ ·b)·(β·β ′ ) = (a·β)·(b′ ·β ′ )+(a′ ·β ′ )·(b·β)
= (α · b) · (b′ · β ′ ) + (α′ · b′ ) · (b · β) = (α · β ′ + α′ · β) · b · b′ .
- On a (a · a′ , b · b′ ) ≃ (α · α′ , β · β ′ ) puisque
(a · a′ ) · (β · β ′ ) = (a · β) · (a′ · β ′ ) = (α · b) · (α′ · b′ ) = (α · α′ ) · (b · b′ ).
2) L’addition + est associative, commutative, admet (0, 1) pour élément
neutre, la classe de (−a, b) est symétrique de celle de (a, b).
3) La multiplication est associative, commutative, admet (1, 1) pour élément
neutre, et si (a, b) ̸= (0, 1) alors (a, b) est inversible et son inverse est (b, a).
Seul le dernier point n’est pas immédiat. En effet, si (a, b) ̸= (0, 1) alors
(a, b) ̸≃ (0, 1) donc a · 1 ̸= b · 0 = 0 donc a ̸= 0 donc (b, a) est bien dans
A × A∗ , vérifier ensuite que a/b·b/a est aisé.
4) La multiplication est distributive par rapport à l’addition.
Avec les notations introduites plus haut les lois de composition internes + et
· sont données par les formules :
(a/b)+(a′ /b′ ) = (a · b′ + a′ · b)/b · b′ et (a/b)·(a′ /b′ ) = (a · a′ /b · b′ )
Finalement, on a montré que (F r(A), +, ·) est un corps, ce corps est appelé
le corps des fractions de A. Dans le cas de Q on parle de corps de ”nombres
rationnels” dans celui de K(X) de corps des ”fractions rationnelles”.
7.1. CONSTRUCTIONS 123
† Plongement de A dans F r(A).
L’application I : A → F r(A); a 7→ (a, 1) est une injection.
En effet, si a ̸= a′ alors (a, 1) et (a′ , 1) définissent des classes distinctes.
Donc I : A → A = {(a, 1), a ∈ A} ⊂ F r(A) elle est une bijection.
Les lois de composition internes de F r(A) ”prolongent” les lois de composi-
tion internes de A.
Soit a, a′ ∈ A on a
I(a + a′ ) = (a + a′ , 1) = (a, 1)(a′ , 1) = I(a) + I(a′ )
I(a · a′ ) = I(a)I(a′ )
Autrement dit nous avons une bijection I entre A et une partie A de F r(A)
et cette bijection est telle que les lois de F r(A) coı̈ncident avec celle de A
lorsqu’elles sont restreintes à A.
On note dans la suite par a l’élément I(a) de A, et l’ensemble A lui-même
sera noté A. L’inclusion canonique A ⊂ F r(A) peut alors s’écrire A ⊂ F r(A).
† Représentant réduit.
Propriété 77 - Soit a/b ∈ F r(Z), il existe unique couple (α, β)
avec α ∈ Z, β ∈ N et α et β premiers entre eux.
- Soit A/B ∈ F r(K[X]), il existe unique couple (α, β)
avec α un polynôme quleconque et β un polynôme unitaire et
α et β premiers entre eux.
Démonstration
- Dans le cas A = Z
Soit a ∈ Z et b ∈ Z∗ alors
Existence
- On a a · (−b) = (−a) · b donc a/b = (−a)/(−b), donc il est toujours
possible de trouver un représentant a′ /b′ avec b′ > 0.
- Soit d le PGCD de a′ et b′ , on a a′ = α · d et b′ = β · d avec α et β
premiers entre eux, on a a′ · β = (α · d) · β = α · b donc a′ /b′ = α/β.
Il est donc toujours possible de trouver un représentant de (a/b) de
la forme α/β avec β positif et α et β premier entre eux.
Unicité
Si (α, β) et(α′ , β ′ ) sont des couples tels que β, β ′ ∈ N et α et β
premiers entre eux et α′ et β ′ premiers entre eux satisfaisant α/β = α′ /β ′ ,
alors on a α · β ′ = α′ · β une application du théorème de Gauss-Euclide
donne α|α′ et α|α′ donc α et α′ sont égaux ou opposés, mais par ailleurs
β et β ′ sont positifs donc α et α′ sont du même signe, ils sont donc égaux
et par suite β et β ′ également.
124 CHAPITRE 7. CORPS DE FRACTION
- Dans le cas A = K[X]
Soit A ∈ K[X] et B ∈ (K[X])∗ alors
- Existence
Comme B n’est pas le polynôme nul, son coefficient dominant, qu’on no-
tera λ, est non nul.
On a ( λ1 A) · ( λ1 B) = A · B donc A/B = ( λ1 A)/( λ1 B).
Le polynôme β = λ1 B est unitaire, donc il est toujours possible de trouver
un représentant α/β de A/B avec β un polynôme unitaire.
Soit D le PGCD de A et B on suppose maintenant que B est unitaire,
on a A = A′ · D et B = B ′ · D avec A′ et B ′ premiers entre eux, on a de
plus B ′ unitaire puisque B et D le sont. On a A · B ′ = (A′ · D) · B ′ = A′ · B
donc A′ /B ′ = A/B.
Il est toujours possible de trouver un représentant de (A/B) de la forme
A′ /B ′ avec B ′ unitaire et A′ et B ′ premiers entre eux.
- Unicité
Si (A′ , B ′ ) et(A′′ , B ′′ ) sont des couples de polynômes tels que B ′ et B ′′
sont unitaires, A′ et B ′ premiers entre eux et A′′ et B ′′ premiers entre eux
si, de plus A′ /B ′ = A′′ /B ′′ alors on a A′ · B ′′ = A′′ · B ′ . Une application
du théorème de Gauss-Euclide donne A′ |A′′ et A′′ |A′ donc A′ et A′′ sont
égaux à la multiplication par une constante non nulle près, mais par
ailleurs B ′ et B ′′ sont unitaires donc A′ et A′′ ont le même coefficient
dominant, ils sont donc égaux et par suite B ′ et B ′′ également.
7.2 Ordres
Une des propriétés très importante de Z est que Z est ”naturellement” tota-
lement ordonné, cet ordre se prolonge de manière unique à Q :
def
Soit a/b ∈ Q on pose 0 ≼ a/b ⇐⇒ 0 ≤ a · b.
Pour a/b et a′ /b′ ∈ Q, on pose a/b ≼ a′ /b′ lorsque a/b − a′ /b′ ≼ 0.
Exercice 1. Vérifier que ≼ est une relation d’ordre total sur Q et que pour
a, b ∈ Z, on a a ≤ b ⇐⇒ I(a) ≼ I(b).
7.3. PREMIÈRE DÉCOMPOSITION 125
Un outil très important pour l’étude de K[X] est le degré, on va prolonger
cette notion à K(X).
Pour A/B ∈ K(X) on pose
D◦ (A/B) = d◦ A − d◦ B.
Cette formule définit de manière univoque D◦ , puisque si A′ /B ′ représente
la même fraction rationnelle que A/B alors A · B ′ = A′ · B donc d◦ a + d◦ B ′ =
d◦ A′ + d◦ B ′ , d’où d◦ A − d◦ B = d◦ A′ − d◦ B ′ .
Si A/B s’identifie à un polynôme P alors d◦ P = D◦ (A/B), en effet dans
ce cas A/B est représentable par P/1 et donc D◦ (A/B) = d◦ P − d◦ 1 = d◦ P .
Les formules valables pour le degré des polynômes restent vraies dans le
cas des fractions rationnelles.
Notations : L’ordre que l’on vient de définir sur Q est usuellement noté ≤,
le degré d’une fraction rationnelle est usuellement noté d◦ et non D◦ .
7.3 Première décomposition
On a vu, aussi bien dans le cas de Z que dans celui des anneaux de polynômes
K[X] l’existence d’un ”division Euclidienne” :
Soit a ∈ A et b ∈ A∗ .
Avec b > 0 dans le cas de Z, b unitaire dans le cas de K[X].
Supposons que
a=b·q+r
soit la division euclidienne de a par b.
Donc dans le cas de Z , r ∈ {0, 1, 2, . . . , b − 1}
et dans le cas de K[X], d◦ R ∈ {−∞, 0, 1, . . . , d◦ B − 1}).
Alors
a/b = (b · q + r)/b,
or q/1 + (r/b) = (b · q + r)/b donc
a/b = q + r/b.
Terminologie :
- Dans le cas de Z , q est appelé la partie entière de (a/b) et r/b sa partie
fractionnaire. La partie fractionnaire est un nombre rationnel positif ou
nul inférieur à 1.
- Dans le cas de K[X) q est la partie polynômale et r/b la partie frac-
tionnaire de (a/b). La partie fractionnaire et une fraction rationnelle est
de degré négatif.
126 CHAPITRE 7. CORPS DE FRACTION
- La partie entière d’un rationnel q est l’unique entier relatif n tel que
n ≤ q < n + 1.
- La partie polynômiale d’une fraction rationnelle Q est l’unique polynôme
P tel que
d◦ P = d◦ Q et d◦ (P − Q) < 0.
L’existence vient d’être vue, seule l’unicité est à démontrer :
Le cas de Z est immédiat.
Cas de K[X] : Soit Q une fraction rationnelle, si P ∈ K[X] est un polynôme
tel que
d◦ P = d◦ Q et d◦ (P − Q) < 0
alors supposons que la forme réduite de Q soit Q = A/B alors on a
A = P · B + (A − P · B).
Cette relation est nécéssairement la division euclidienne de A par B, en effet,
d◦ (Q − P ) = d◦ ( B
A
− P ) < 0 donc d◦ (A − P · B) = d◦ ( B
A
− P ) + d◦ B < d◦ B.
Donc P est le quotient euclidien de A par B il est unique.
Exercice 2. Donner la première décomposition des rationnels 17/4 et 45/4.
Donner la première décomposition de la fraction rationnelle (X 5 + X 4 + X 3 +
X 2 + X + 1)/(X 4 + X 3 + X 2 + X + 1)
Exercice 3. Soit F un fonction fraction rationnelle réelle (donc l’expression
de F (x) est le rapport de deux expressions polynômiales en x). Montrer
que cette fonction a le même comportement asymptotique que la fonction
polynômiale associée à sa partie polynômiale en +∞ et en −∞.
7.4. DÉCOMPOSITION EN ÉLÉMENTS SIMPLES 127
7.4 Décomposition en éléments simples
On ne s’interresse ici qu’au corps K(X)
Soit F une fraction rationnelle non nulle dont la partie polynômiale est nulle,
alors sous forme réduite F = λ B A
avec λ ∈ K∗ , A B des polynômes unitaires
◦ ◦
non nuls et d B < d A.
1) Supposons que B se factorise en B = P ·Q avec P et Q deux polynômes
premiers entre eux.
Le théorème de Bezout donne l’existence de deux entiers U0 et V0 tels que
U0 · P + V0 · Q = 1 donc U0 · A · P + V0 · A · Q = A et finalement
A U0 · A · P + V0 · A · Q (U · A V · A)
0 0
F =λ =λ =λ + .
B PQ Q P
Soit U , Ru et V , Rv les quotients et les restes des divisions euclidiennes
de (U0 · A) par Q et de (V0 · A) par P . On a
( Ru Rv )
F =λ U+ +V + .
Q P
On a d◦ ( RQu ) < 0 car d◦ Ru < d◦ Q, de même d◦ ( RPv ) < 0, donc
d◦ [ RQu + RPv ] < 0, par ailleurs d◦ [U + V] ≥ 0. Le polynôme U + V est donc
la partie polynômiale de F donc est nul et finalement,
Ru Rv
F = + .
Q P
Un raisonement par réccurence facile montre que si B = P1α1 · · · Pkαk est
la décomposition de B en produit de polynômes irreductibles unitaires
alors on a (R
1 Rk )
F = λ α1 + · · · + αk
P1 Pk
avec R1 , . . . Rk des polynômes dont les degrés sont respectivement infé-
rieurs aux degrés des polynômes P1α1 , . . . , Pkαk .
R
2) Soit maintenant une fraction rationnelle de la forme Pα
.
Soit
R = Qα · P + Aα
Q α = Q α−1 · P + Aα−1
Qα−1 = Qα−2 · P + Aα−2
.. ..
. .
Q
α−(α−2) = Q ·
α−(α−1) P + Aα−α
Les divisions euclidiennes de R par P et des quotients successifs par P .
128 CHAPITRE 7. CORPS DE FRACTION
On a R
= Qα + APα
P
Qα
P
= Qα−1 + Aα−1
P
Qα−1
P
= Qα−2 + Aα−2
P
.. ..
. .
Qα−(α−2) Aα−α
P
= Qα−(α−1) + P
R A1 Aα−2 Aα−1 Aα
Donc α
= Q1 + 1 + · · · + α−2 + α−1 + α
P P P P P
Pour k = 0, . . . , α − 1 on a d◦ Qα−k = d◦ R − (k + 1)d◦ P
donc d◦ Q2 = d◦ Qα−(α−2) = d◦ R − (α − 1)d◦ P donc on a Q1 = 0.
Finalement, on a une décomposition
R A1 A2 Aα
= + + · · · +
Pα P P2 Pα
avec chaque polynôme Ak de degré strictement inférieur à celui de P .
Définition 54 Un élément simple de K(X) est une fraction rationnelle
A
de la forme n où P est un irréductible unitaire et A un
P
polynôme de degré strictement inférieur à celui de P .
Remarque : Dans le cas de K = C il n’y a qu’un seul type d’élément
irréductible unitaire : les polynômes X + a, donc un seul type déléments
λ
simples. Dans C(X) les fractions rationnelles de la forme (avec λ
(X + a)n
et a des nombres complexes).
Dans le cas de K = R il y a deux types d’irréductibles unitaires, les po-
lynômes de la forme X + a et ceux de la forme X 2 + cX + d sans racines
réelles, il y a donc deux types d’éléments simples, d’une part les fractions
λ
rationnelles de la forme (avec λ et a des nombres réels), qu’on ap-
(X + a)n
pelle quelque fois éléments de première espèce et les fractions rationnelles de
λX + γ
la forme avec λ, γ, c et d des réels et c2 − 4d < 0), on appelle
(X + cX + d)n
2
quelquefois ces fractions éléments de seconde espèce.
En regroupant les deux résultats précédents il vient
Propriété 78 Soit F une fraction rationnelle réelle ou complexe de degré
négatif alors il existe une décomposition de F en somme d’élé-
ments simples.
7.4. DÉCOMPOSITION EN ÉLÉMENTS SIMPLES 129
L’interêt théorique de cette décomposition est pour nous assez limité,
cette décomposition sert essentiellement au calcul de primitive des fonctions
fractions rationnelles.
En pratique lorsqu’on veut calculer une primitive d’une fonction frac-
tion rationnelle F on commence par écrire la première décomposition puis la
décomposition en élément simple de sa partie fractionnaire.
Quelques ”astuces” sont classiques et à connaitre pour le calcul des différents
coefficients.
- Méthode des ”Pôles simples” :
X5 + X4 + X2 + X + 2
Exemple : Décomposition de F =
X 3 − 6X 2 + 11X + 6
1) La division euclidienne de X + X 4 + X 2 + X + 2 par
5
X 3 − 6X 2 + 11X + 6 est
X 5+X 4+X 2+X+2 = (X 3−6X 2+11X−6)(X 2+7X+33)+(−128X 2−405X−196).
−128X 2 − 405X − 196
Donc F = (X 2 + 7X + 33) +
X 3 − 6X 2 + 11X − 6
est la première décomposition de F .
Le dénominateur de la partie fractionnaire se factorise en
X 3 − 6X 2 + 11X − 6 = (X − 1)(X − 2)(X − 3).
Donc la forme de sa décomposition en éléments simples est
−128X 2 −405X −196 −128X 2 −405X −196 a b c
= = + + .
X 3 −6X 2 +11X −6 (X −1)(X −2)(X −3) X −1 X −2 X −3
- Si on multiplie les deux derniers membres de cette égalité par le polynôme
X − 1 il vient
−128X 2 − 405X − 196 b(X − 1) c(X − 1)
=a+ + .
(X − 2)(X − 3) X −2 X −3
Donc on a égalité des fonctions réelles associées et si on spécialise cette égalité
en x = 1 (ce qui est licite puisque 1 est dans le domaine de définition) il vient
−128.12 − 405.1 − 196 b(1 − 1) c(1 − 1)
=a+ +
(1 − 2)(1 − 3) 1−2 1−3
c’est-à-dire
−128 − 405 − 196 −729
a= = .
2 2
130 CHAPITRE 7. CORPS DE FRACTION
- Si on multiplie les deux derniers membres de cette égalité par le po-
lynôme X − 2 il vient
−128X 2 − 405X − 196 a(X − 2) c(X − 2)
= +b+ .
(X − 1)(X − 3) X −1 X −3
Donc on a égalité des fonctions réelles associées, si on spécialise en x = 2, on
obtient la valeur de b. On agit de même pour obtenir la valeur de c.
Attention, cette astuce ne permet d’obtenir tous les coefficients lorsque la
décomposition contient des éléments simples dont le dénominateur est une
puissance supérieures à 1 d’un irréductible.
Exercice 4. Donner les décomposition en éléments simples de C(X) et de
R(X) des fractions rationnelles suivantes :
X4
1) (X−1)(X−5)(X−4) .
4
X +X2
2) (X−1) 2 (X+1)
X
3) X 4 +X 2
Nous avons vu l’existence d’une décomposition en éléments simples de toute
fraction rationnelle, il y a aussi unicité de cette décompostion, autrement dit
Propriété 79 Soit F une fraction rationnelle réelle ou complexe de degré
négatif alors il existe une unique décomposition de F en som-
me d’éléments simples.
Démonstration
Cette dernière propriété justifie que l’on peut ”passer” par les complexes
pour trouver certaine décomposition.