Assurance et Réassurance : Concepts Clés
Assurance et Réassurance : Concepts Clés
Organisation :
- Cours : Jeudi de 13h à 16h du 22 sept. au 24 nov. (cf. ficher « Agenda »).
- Cotation : Exam écrit 100%, cahier fermé (ne pas retenir les formules trop complexes
mais savoir les utiliser et les expliquer) + Travail en Excel.
- Matière : ce qui est dit au cours.
- Livre de référence : « La réassurance », Jean-François Walhin
1. Intro
Les gens aiment acheter des contrats d’assurance afin de se protéger du risque pour diverses
raisons :
- Ils sont averses au risque, c’est à dire qu’ils ont une peur du risque. Dès lors ils
préfèrent échanger une perte aléatoire (= le risque) contre une somme certaine (= la
prime d’assurance).
- Leur richesse est concentrée (une seule maison, une seule voiture, un seul job) et donc
la perte d’un de ces éléments serait très grave. Par conséquent, ils ne peuvent non plus
diversifier le risque (car le principe même de la diversification consiste en en
rassemblement de divers éléments). Dès lors, le contrat d’assurance va permettre de
regrouper différents assurés et de mutualiser les risques.
Ce sont les raisons pour lesquelles l’individu est prêt à payer des sommes élevées pour se
protéger du risque. On remarque même dans la plupart des cas qu’il est prêt à payer des
sommes beaucoup plus élevées que le risque moyen. Exemple :
- Prime = 300 €
- Coût moyen des prestation = 120 €
- Delta = 180 € qui sert à
o Payer les charges salariales
1
o Payer les taxes
o Payer les charges diverses (informatique, bâtiments, parc automobile)
o Rémunérer les actionnaires (dividende = return de leur investissement)
Autrement dit, les gens seraient « heureux » d’acheter des polices d’assurance. Bien souvent,
cela tient également au fait que le particulier ne sait pas réellement ce qu’il achète (en effet,
tout le monde n’a pas fait des études d’actuariat) et fait confiance en son assureur. Ainsi, il
demandera en retour une parfaite solidité de l’établissement chez qui il s’est assuré (=
solvabilité de la compagnie d’assurance).
On comprend que si l’individu fait appel à une compagnie d’assurance c’est pour se délester
du risque et ne pas en retrouver un nouveau en retour, à savoir le risque que le débiteur, la
compagnie d’assurance, fasse défaut. Une solution serait alors de diversifier ce risque de
défaut en s’assurant auprès de divers établissements. On parlerait de « coassurance ».
Néanmoins, en scindant la prime de 300€ auprès de 10 établissements différents, ceux-ci
auraient du mal à constituer une réserve suffisamment solide pour assumer des grosses
déviations de la sinistralité par rapport à la loi des grands nombres. Egalement, elles seraient
incapables de rentrer dans leurs frais puisqu’elles auraient toutes la même charge travail d’un
point de vue de la gestion (même nombre de clients, même nombre de sinistres) mais des
rentrées d’argent diminuées.
Ce système est donc ingérable. C’est la raison pour laquelle il sera implicitement exigé que la
compagnie soit suffisamment solide, c’est à dire dispose de suffisamment de fonds propre.
Ainsi, il existe une relation de confiance entre l’assureur et l’assuré :
2
- L’assuré s’engage à révéler à la compagnie toute l’information dont il dispose à
propos du risque intrinsèque qu’il représente.
- L’assureur s’engage à mettre en fonds propres suffisamment d’argent pour être en
mesure d’assurer ses prestations.
Remarque : si cette relation de confiance est déséquilibrée, on parle d’asymétrie de
l’information.
Formellement, cette exigence de la part des individus s’est formulée par un traité en réponse
aux problèmes soulevés par la crise financière de 2008. Il s’agit du traité de Solvency II.
Notamment, ce traité impose un quantile à 99,5% pour le calcul de la VAR : la compagnie
d’assurance ne fait face à des prestations excédant les fonds propres que dans 0,5% des cas,
autrement dit elle ne peut se retrouver dans une situation inconfortable qu’une fois tous les
200 ans.
Selon cette notion de solvabilité, le rôle des agences de notation sera d’accorder aux
compagnies d’assurance une note de fiabilité afin que les parties prenantes soient
correctement informée (tant les investisseurs que les clients, le personnels, etc.) quant à la
santé financière de la société.
Toutes les entreprises dans le monde se couvrent contre le risque (ex : le vol, les dégâts
naturels, la perte d’exploitation, etc.). Bien que cela semble logique, en pratique cette manière
de fonctionner est discutable. On se pose la question : est-ce logique que les PDG souscrivent
des polices d’assurance pour leur société ?
3
𝐸 𝑟! = 𝑟! + 𝛽! . (𝐸 𝑟! − 𝑟! )
Cette théorie est donc fondée sur la notion de diversification. L’investisseur intelligent
diversifie ses placements et au plus il intègre un nombre important de titre au sein de son
portefeuille d’investissement au plus il réduit le risque diversifiable. Autrement dit, il
diversifie le risque individuel propre à chaque entreprise. Dès lors, au plus il diversifie et au
plus le rendement du portefeuille de marché tend vers le rendement sans risque ce qui a pour
conséquence de faire tendre la prime de risque vers 0. In fine, il ne conserve que le risque de
marché c’est à dire le risque systématique (non-diversifiable).
Une théorie corolaire consiste à dire que les actionnaires ayant parfaitement diversifié leur
portefeuille ne se sentent pas concerné par le risque propre à chaque entreprise dont ils ont su
se débarrasser. Dès lors, ils estiment que les contrats d’assurance visant à protéger la société
d’un risque donné sont inutiles. En effet, pour eux ces contrats ne réduisent pas le risque de
manière effective (puisqu’ils l’ont déjà réduit via la diversification) et viennent en plus grever
le résultat comptable (les primes payées la compagnies viennent en déduction du résultat
comptable) détériorant ainsi le ROE dont ils pourraient bénéficier (return on equity :
rendement des fonds apportés par les actionnaires).
Pour conclure, dans l’optique des actionnaires, les contrats d’assurance détruisent de la valeur
(idée libérale mais théorie intéressante). Pourquoi alors en pratique, les PDG souscrivent
quand même des polices d’assurance ? à Car si la société ne souscrit pas de police elle risque
de faire faillite. Bien que les actionnaires ont déjà intégré ce risque dans leur portefeuille
diversifié (ex : si leur portefeuille est constitué de 30 titre et que l’un d’entre eux s’écroule, les
29 autres devraient bien se porter) le fait qu’une entreprise puisse faire faillite installe un
4
climat dangereux où l’on constaterait de nombreux départs de la clientèle et du personnels.
Dans des cas plus particuliers (ex : le marché de l’emploi à la City de Londres où l’employé
peut négocier son salaire), cet environnement instable donnerait lieu à une hausse de la charge
salariale sous forme de primes de risque (les employés exigent une compensation financière)
ce qui occasionnerait ainsi une détérioration du ROE. Pour résumer, le PDG fait face à un
dilemme :
- Souscrire une police d’assurance, protéger son entreprise, instaurer un environnement
de travail sain, mais grever leur résultat comptable et ainsi détériorer le ROE des
actionnaires.
- Ne pas souscrire de police d’assurance, instaurer un environnement de travail instable
mais satisfaire les actionnaires.
Ce problème met en évidence le conflit d’intérêt qu’il peut exister entre les Shareholders (les
actionnaires) et les Stakeholders (les parties prenantes : les employés, les clients, les
manageurs, les fournisseurs, etc.) en lien avec la souscription ou non d’une police
d’assurance. Pour répondre à ce dilemme, la question à se poser est donc : Le coût en police
d’assurance est-il plus ou moins élevé que le coût nécessaire pour satisfaire les différentes
parties prenantes ?
2. La réassurance, définition
La réassurance est un contrat souscrit par une compagnie d’assurance auprès d’un autre
compagnie située au dessus d’elle afin de se protéger elle-même contre le risque qu’elle a
reçu de sa clientèle. Notons que cette assurance secondaire ne peut exister sans l’étape
préliminaire de transfert de risque que représente l’assurance primaire.
En pratique, la réassurance peut être vue comme une alternative à la détention de capital.
En effet, afin de garantir à sa clientèle une bonne solvabilité lui permettant d’assurance les
prestations pour lesquelles elle s’est engagée, une compagnie d’assurance peut détenir un
capital suffisant en réserve (solidité des fonds propres) mais elle peut également céder une
partie du risque qu’elle supporte afin d’alléger ses réserves.
Remarque : il est faux de dire que la réassurance est un moyen de protéger la richesse des
actionnaires de la compagnie. En effet, comme nous l’avons vu, les actionnaires ont
parfaitement diversifié le risque individuel (leur richesse est déjà assurée via la
diversification, pas besoin de la protéger via un contrat de réassurance). Cette remarque
pourrait être vraie si l’actionnaire n’est présent qu’au sein d’une seule compagnie et qu’il ne
5
s’est pas diversifié. Puisqu’il a mis tous ses œufs dans le même panier, il est bien sûr
préférable pour lui de souscrire de la réassurance afin de protéger son patrimoine. Mais en
règle générale, la réassurance n’est qu’une alternative à la détention de capital et non une
protection. Dans cette logique, on retombe sur le même dilemme : les actionnaires sont-ils
intéressés par de la réassurance ? Ici les parties prenantes qu’il convient de satisfaire sont les
clients qui ont accordé leur confiance en la compagnie.
3. Typologie
On distingue plusieurs branches et sous-branches dans la réassurance (vie, IARD, RC, etc.)
qui se déclinent en trois grands types ou modes de réassurance (obligatoire, facultatives et
facultative-obligatoire) qui peuvent eux-mêmes se conjuguer sous quatre grandes formes de
contrats de réassurance (quote-part, excédent de plein, excédent de perte, excédent stop loss)
Le tableau suivant résume les 4 formes théoriques de réassurance selon cette première
distinction :
6
Réassureur
7
Traité :
- Le cédant propose tout son portefeuille à un réassureur qui l’accepte (ou non) dans son
intégralité.
- Concrètement on définit un périmètre de risque au sein de la compagnie d’assurance
(ex : toutes les polices du département vie, du département incendie) et l’ensemble des
polices appartement à ce périmètre sont automatiquement cédées au réassureur sans
discussion. Il n’y a donc aucune sélection au détail. La procédure est beaucoup plus
simple
- Dans la pratique : Une fois par an (fin d’année), la compagnie tire une statistique de
son portefeuille, l’envoie au réassureur qui l’analyse et ensuite donne son prix. Après
les négociations ils signent le contrat pour sa totalité avant le 31 déc. et c’est reparti
pour 1 an. Et pendant l’année, si sinistre il y a, la cédante appelle le réassureur qui
rembourse alors la valeur des prestations.
- Ce type de contrat est adapté pour les petits risques puisque les frais de gestion sont
allégés et que le contrat est beaucoup plus facile à gérer.
Facob : Le cédant propose certains risques de manière facultative et le réassureur est obligé
de tous accepter (ou non). Ce cas est naturellement beaucoup plus rare car économiquement
c’est un non-sens total. En effet, ce genre de contrat découlerait sur un phénomène d’anti-
sélection en présence d’asymétrie d’information : si la cédante connaît mieux son portefeuille
de risque que le réassureur avec qui elle conclu le contrat, elle lui refilera tous les mauvais
risques que le réassureur sera obligé d’accepter et gardera tous les bons risques.
Ob-Fac : Le cédant propose tout son portefeuille à un réassureur qui en accepte certains de
manière facultative. Cette forme n’existe pas dans la pratique car irait à l’encontre du principe
même de la réassurance. En effet, si le réassureur peut choisir n’importe quel risque parmi le
portefeuille global de l’assureur, il n’en choisira que les très bon et l’assureur ne parviendrait
pas à se débarrasser des moins bons.
8
o L’assureur encaisse P et cède α.P au réassureur. En net, il encaisse (1-α).P.
o Le réassureur encaisse α.P
o Lors d’un sinistre, l’assureur décaisse S, se retourne contre le réassureur et
réclame α.S. En net il décaisse (1-α).S.
o Lors d’un sinistre, l’assureur décaisse α.S.
Remarque : il ne s’agit pas ici de coassurance (qui consiste à contracter conjointement
avec plusieurs assureurs) puisqu’ici il n’y a aucune solidarité entre les différents
assureurs : le client est totalement dédommagé par son assureur qui se retourne ensuite
sur son réassureur pour la quantité α.
- Réassurance non-proportionnelle : On définit la responsabilité du réassureur comme
un excédent au delà d’une certaine priorité avec dans certains cas une capacité
maximum offerte par le réassureur.
Selon que la réassurance est de type proportionnelle ou non, elle peut se décliner en 4 grands
types de contrats : La quote-part, l’excédent de plein, l’excédent de perte et l’excédent stop
loss.
Contrat de
réassurance
9
4. La réassurance proportionnelle
a. La quote-part (Quota-share)
Notons qu’on peut scinder les risques selon leur nature (ex : risque industriel, risque
commerciaux, risque simples) afin de constituer des sous-portefeuilles auxquels on applique
une quote-part individuelle (ex : α = 80% pour RI, α = 50% pour RC et α = 10% pour RS).
Ce taux dépend de l’ampleur du risque : au plus c’est risqué, au plus on cède un taux élevé
(ex : si les risques commerciaux sont moins volatils on applique un taux de cession plus
faible). On parle alors de quote-part variable.
Le graphique suivant nous montre une quote-part avec α = 60% pour l’ensemble du
portefeuille. La rétention en bleu est donc de 40% pour chacun des 10 risques.
D’un point de vue de la gestion du risque, cette méthode n’apporte aucun avantage puisque le
portefeuille de rétention (en bleu : portefeuille net de réassurance) est tout aussi hétérogène
que le portefeuille originel (en bleu + rouge : portefeuille brut de réassurance). L’amplitude
des différences de risques est certes plus petite en valeur absolue, mais tout aussi grande en
10
valeurs relatives. En effet, on est dans le cadre d’un contrat proportionnel où tous les sinistres
ont simplement été divisés par un même pourcentage. Par conséquent, la volatilité du
portefeuille n’a pas changé suite au contrat de réassurance.
D’un point de vue de la gestion administrative, cette méthode est clairement plus avantageuse
car repose sur un concept très simple (proportionnalité, même % de cession pour tous les
risques, calculs effectués en fin d’année sur la totalité des primes et des sinsitres).
Lien entre la quote-part et la gestion des fonds propres :
- P est le montant total des primes originelles
- u est le capital initial de la compagnie
- S est la somme des N sinistres (N connu ou aléatoire) : S = X1 + X2 + … + XN
- ε est la probabilité de ruine : ε = Pr (S > u + P)
- α est le taux de cession, (1-α) le taux de rétention
- Snet est la sinistralité totale nette de réassurance :
Snet = (1-α).X1+ … + (1-α).XN = (1-α).S
- εnet est la probabilité de ruine avec réassurance :
εnet = Pr ((1-α).S > u + (1-α).P) = Pr (S > u/(1-α) + P)
Or, comme (1-α) < 1 à u/(1-α) > u à εnet < ε
à On en conclu que la probabilité de ruine diminue grâce à la réassurance. La
réassurance a donc le même effet que l’augmentation de capital (u). On revient sur
l’idée que la réassurance est une alternative à la détention de capital économique.
Effet de la quote-part sur les résultats : Sur certains marchés très compétitifs (comme la RC
auto en Angleterre), on remarque typiquement une évolution cyclique du résultat comptable
au cours du temps (cf. graph suivant). Par ailleurs, avec des contrats de type « quote-part » on
remarque que le phénomène a tendance s’estomper. Cette baisse de volatilité s’explique par le
fait que la réassurance peut être interprétée par les marchés financiers (les marchés boursiers
notamment) comme une forme de protection. Cette raison peut être suffisante pour motiver
les compagnies à pratiquer de la réassurance.
11
Existe-il d’autres raisons qui justifieraient l’achet de quote-part ?
- Financer les coûts de gestion et d’acquisition au moyen de la commission. Lors de
la signature d’un contrat de réassurance de type proportionnel, le réassureur s’engage
à reverser à la compagnie une commission (calculée comme un % des primes
souscrites) qui est censée refléter son intervention dans les frais de gestion du
portefeuille de la compagnie (cf. infra). Ainsi, il s’agit d’une manière de financer la
gestion d’un portefeuille sans faire appel à des fonds de tiers ou des fonds propres. Ce
fut le cas il y a quelques années en assurance vie (avec des produits mixtes complexes
très peu rentables à court terme) lorsque les banquiers ont refusé de financer les
compagnies d’assurances pour leur gestion (à juste titre les banquiers ne voulaient pas
s’engager dans un business faiblement viable à première vue). Les compagnies se sont
alors tournées vers les réassureur qui ont pris en charge une partie des frais de gestion
à travers cette commission même si d’un point de vue de la gestion du risque la
réassurance à proprement parler n’avait pas d’intérêt. Les premières années la
commission de réassurance était anormalement élevée afin de financer la croissance
du projet, puis elle devint anormalement basse en compensation. On appelait ce
montage de la « quote-part de financement » puisqu’elle peut être vue comme un prêt
(commission anormalement élevée) suivi d’un remboursement (commission
anormalement basse).
- Partager de nouveaux risques. Lorsqu’un assureur fait face à un risque niveau dont
il ne connaît pas trop les causes, les conséquences, etc.. (ex : les drones accessibles au
public), il aime souvent les partager avec un réassureur. Le principe de la quote-part
prend ici du sens car le contrat est de type « traité » autrement dit obligatoire-
obligatoire. Or, aucune des deux parties ne sait exactement à quoi s’attendre avec ce
type de risque
12
- Réduire la marge de solvabilité. Le fait d’acheter une quote-part diminuer le capital
requis exigé par le régulateur pour maintenir une même probabilité de ruine.
- Compenser les balances négatives : Dans de nombreux cas, le réassureur perd de
l’argent avec les traités (notamment car ils sont mal tarifés). Dès lors, ce dernier peut-
être tenté de proposer en parallèle à son client (la compagnie d’assurance) des quotes-
parts particulières où il serait bénéficiaire, ce qui aurait pour effet de compenser les
autres contrats déficitaires. Ainsi le réassureur pourrait être motivés à continuer
d’offrir des conditions folles tant qu’il souscrit d’autres contrats très rentables pour
compenser. Bien que assez rare aujourd’hui, cet exemple illustre bien les négociations
commerciales qui peut y avoir sur les marchés financiers des assureurs-réassureurs.
Avantages de la quote-part :
- Procédures administratives simplifiées. En effet, on ne travaille pas risque par
risque mais on cumule plutôt le total des primes sur l’année dont on cède α % au
réassureur. Idem pour les sinistres : on calcul le total des prestations sur l’année et on
réclame α % en fin d’année.
- Calculs simplifiés
- Diminution de l’exposition totale du portefeuille : on réduit de α % le montant des
prestations. Cette réduction est néanmoins limitée puisqu’on travaille en termes de
pourcentages et que dès lors la compagnie garde (1-α) % à sa charge, ce qui peut être
beaucoup dans certains cas. La quote-part est donc inadéquate en cas de très gros
sinistre.
- Augmentation de la capacité de souscription de la compagnie d’assurance. Une
petite compagnie qui serait limitée dans la souscription de nouvelles polices (au regard
de la valeur de ses réserves existantes) pourrait grâce à la réassurance débloquer de
nouveaux contrats dont elle cèderait α % à un réassureur afin de respecter les mesures
prudentielles imposées par le régulateur. En fonctionnant de la sorte, les petites
compagnies ne disposant que de peu de capital peuvent concurrencer avec les grosses
compagnies très fortement capitalisée et ainsi casser le monopole sur les marchés (et
donc par extension cela permet de casser les prix des contrats : avantage pour la
clientèle). On retrouve ici la notion d’alternative à la détention de capital. Cet
avantage n’est donc pas propre à la quote-part mais à la réassurance en général.
Notons également que cet avantage est à nouveau limité puisqu’on travail toujours en
termes de pourcentages.
- Limitation de l’aléa moral. Puisque la compagnie conserve un certain pourcentage
du risque (contrairement à une méthode non-proportionnelle où elle conserve un
13
montant absolu du risque), celle-ci est dissuadée de souscrire de très gros contrats dont
le risque est démesuré. En effet, si le risque venait à se matérialiser, elle en paierait
également les conséquences, et ce au plus le risque est grand. Ce type de contrat limite
donc l’ « exubérance irrationnelle » des compagnie en matière de gestion prudentielle.
Inconvénients de la quote-part :
- Capacité de souscription limitée (cf. supra).
- Augmentation de la capacité de souscription limitée (conséquence directe le
l’inconvénient n°1).
- Inadéquat contre les gros sinistres (cf. supra).
- Inadéquat contre l’accumulation de petits sinistres. En effet, il se peut que la
fréquence des petits sinistres dévie de manière problématique. Or, en présence d’une
multitude de petits sinistres, la somme des (1-α) % de chaque petit sinistre gardé en
rétention peut se révéler importante.
- Niveau élevé des primes cédées. La compagnie cède α % des primes totales et
réclame α % de la charge totale de sinistres. Mais ce pourcentage ne permet de piloter
que la gestion du risque. Or, toute la gestion administrative reste à charge de la
compagnie puisqu’elle est l’interlocuteur direct du client lorsqu’il y a sinistre. En
effet, le client traite directement avec la compagnie qui gère tout le dossier (ou c’est
un courtier qui s’en charge mais elle paie alors des commissions) puis se retourne sur
son réassureur pour récupérer α % des déboires. Il serait donc normal que celle-ci
réclame également des commissions ou alors diminue le taux de cessions des primes α
pour un taux de cession des prestations inchangé.
- Réassurance des petits risques. Dans la plupart des cas, le portefeuille cédé dans sa
totalité (rappel : la quote-part est un traité donc on cède tout le portefeuille de manière
obligatoire dans le chef des deux parties) contient une large quantité de petites polices
(qui dit petites polices dit petits risques). Or, les petits risques (notion subjective : les
risques en deçà d’un certain niveau) n’ont pas besoin d’être réassurés. Par conséquent
la quote-part semble intéressante pour des portefeuilles majoritairement constitués de
petits risques.
- Pas d’amélioration au niveau de l’homogénéité du portefeuille (cf. supra).
Remarque : En Belgique, la quote-part n’existe plus depuis très longtemps car sur le marché
la plupart des contrats de réassurance fonctionnent de manière non-proportionnelle
(particularité du marché). Néanmoins, les petites compagnies d’assurance (ex : les caisses
communes d’assures, les mutualités, les compagnies mono-lines c’est-à-dire celles qui ne
14
souscrivent qu’une seule branche d’assurance) restent séduite par la quote-part qui leur
permet d’améliorer leur solvabilité et/ou d’augmenter leur capacité de souscription (et donc
de prétendre à une meilleure croissance) tout en maintenant constante leur exposition au
risque. En effet, ce genre de petites compagnies ont un accès difficile aux marchés financiers
et ne disposent pas d’actionnaires, ce qui les pousse à se diriger vers des quotes-parts telles
une alternative à la détention de capital. Pour conclure, ce type de réassurance offre donc une
meilleure compétitivité aux petits organismes qui cohabitent sur le marché avec les très
grosses compagnies fortement capitalisées disposant de plus d’opportunités de
diversifications.
On en conclu qu’un excédent de plein est de l’assurance proportionnelle mais pour laquelle le
taux de cession va varier risque par risque.
Remarque : Lorsque SI = 10 < R = 25 alors le taux de cession est mécaniquement négatif. Or,
cela ne peut être possible. Dès lors, on définit le taux de cession de la manière suivante :
𝑅
𝜏 = max (0 ; 1 − )
𝑆𝐼
Application :
- SI = 100
- R = 25 à τ = 75%
- Prime originelle = 1 à Prime de réassurance = 0,75 (car réassurance proportionnelle :
on partage la prime)
- Sinistre 1 = 40 à Sinistre 1 réassuré = 30 (car réassurance proportionnelle : on
partage les prestations)
15
- Sinistre 2 = 10 à Sinistre 2 réassuré = 7,5 (car réassurance proportionnelle : on
partage les prestations malgré le fait que le sinistre soit plus petit que le plein et que
par conséquent l’assureur n’a pas besoin du réassureur).
à Conclusion : dans n’importe quel cas, les primes ainsi que les prestations sont partagées de
manière proportionnelle (25% / 75%).
Cas extrême : dans le cas d’un sinistre total (sinistre dont le montant s’élevé à la somme
assurée), on s’assure que la compagnie ne paiera jamais plus que le niveau de rétention R :
(1 - τ) . SI = R/SI . SI = R = prestation maximale de la compagnie d’assurance.
Le graphique suivant nous montre le même portefeuille qui celui présenté plus haut mais
soumis ici à un contrat de réassurance caractérisé par 2 excédents de plein. En effet, il est
possible de limiter la capacité de l’excédent de plein à un certain nombre de fois le plein.
16
On a un plein qui vaut 2 millions € et :
- Un premier excédent de plein dont la capacité s’élève à 4 fois le plein (c’est à dire à 8
millions €) à 2 + 8 = 10 millions €.
- Un deuxième excédent de plein dont la capacité s’élève à 8 fois le plein (c’est à dire à
16 millions € de réassurance en plus). Remarque : la capacité du second excédent de
plein se calcule à partir du premier. à 10 + 16 = 26 millions €.
Concrètement, on obtient trois fourchettes :
- Une première fourchette entre 0 et 2 millions € (le plein) à charge de la compagnie.
- Une deuxième fourchette entre 2 millions € (le plein) et 10 millions € (le premier
excédent).
- Une troisième fourchette entre 10 millions € (le premier excédent) et 26 millions € (le
deuxième excédent)
Autrement dit, la compagnie d’assurance ne prend en charge que les montants des sinistres en
deçà du plein (en bleu) et au dessus du second excédent de plein. Le réassureur quant à lui
garanti la couverture du premier excédent de plein (en vert) et du deuxième (en blanc).
Remarque : En règle générale un contrat d’assurance prévoit une limite aux prestations. Mais
dans de rares cas, comme pour les RC autos, la loi prévoit une garantie illimitée pour les
dégâts corporels. La compagnie d’assurance s’expose dès lors à des sinistres illimités alors
que le réassureur peut quant à lui prévoir une capacité maximale. Ainsi, la compagnie
conserve le risque en dessous du plein mais également au dessus l’excédent de plein. Ici, le
plus gros sinistre s’élève à 25 millions et ne dépasse pas le second excédent. Mais si on avait
eu un sinistre de 30 millions, la compagnie aurait couvert 2 millions (le plein) + 4 millions
(30 – 26) c’est à dire 6 millions au total.
La première observation qu’on peut tirer de ce graphique est que ce portefeuille est beaucoup
plus homogène d’un point de vue de la gestion des risques suite à la réassurance. En effet, les
amplitudes des écarts entre les différents risques conservés par la compagnie (en bleu) ont été
« gommées » grâce au fait que le montant maximum qu’elle s’est engagé à conserver est un
montant absolu et non plus un montant relatif. La seule hétérogénéité qui persiste provient du
fait que certains risque sont inférieurs à l’excédent de plein de 2 millions. D’un point de vue
purement actuariel, l’excédent de plein fait donc nettement mieux que la quote-part en terme
d’homogénéité.
17
Avantage de l’excédent de plein :
- Limitation de l’exposition maximale. Puisqu’ici la somme maximale payée par
l’assureur est un montant en valeur absolue (et non plus un montant relatif), son
exposition au risque est limitée. Cet argument est toutefois à nuancer lorsque
l’excédent de plein dispose d’une capacité maximale, auquel cas la compagnie sera
également exposée au delà de la couverture du réassureur.
- Augmentation de la capacité de souscription (et nettement mieux qu’avec une
quote-part puisque l’exposition au risque est limitée en valeur absolue).
- Amélioration au niveau de l’homogénéité du portefeuille (cf. supra).
18
Conclusion : On choisira une méthode proportionnelle de type excédent de plein (>< quote-
part) lorsque :
- Le portefeuille de base est hétérogène (point de vue actuariel)
- La compagnie est une grosse compagnie multi-line fortement capitalisée (point de vue
prudentiel et financier)
Commission de réassurance : Il s’agit d’un montant calculé comme un pourcentage sur base
des primes versées par la compagnie à son réassureur que ce dernier s’engage alors à reverser
à la compagnie. Ce montant garantit que le deal soit équitable entre les deux parties et permet
notamment de rémunérer l’assureur pour la gestion du portefeuille (souscriptions, gestion des
sinistres) qui demeure à sa charge. Autrement dit, la commission de réassurance représente
l’intervention du réassureur dans les frais de gestion de la compagnie. On comprend que c’est
cette commission qui est au cœur des débats lors de la signature d’un contrat de réassurance et
qui forme le prix du contrat. Notons que ces débats ne sont pas évident puisque les
informations dont devrait disposer le réassureur sur la compagnie (par exemple, les frais de
gestion du département Incendie) pour déterminer un montant « juste » sont des informations
privées (elles n’apparaissent pas dans les comptes annuels).
Exemple :
- Primes souscrites : P = 100 mio €
- Taux de cession en quote-part : α = 40%
- Prime de réassurance : Pr = 40 mio €
- Taux de commission : τcom = 30%
à Commission de réassurance = 30% x 40 mio = 12 mio €
à Net de la commission de réassurance, la compagnie versera 28 mio au réassureur et
conservera 72 mio €.
Remarque : malgré le fait que le réassureur ne touche que 28% des primes souscrites, il
s’engage néanmoins à intervenir à hauteur de 40% des sinistres (taux de cession).
19
sinistres = bon business). On s’éloigne ici du concept originel de commission telle une
intervention du réassureur dans les frais de gestion de la compagnie et on se dirige vers un
nouvel argument de négociations lors de la souscription d’un contrat de réassurance.
Remarque : puisque la commission dépend ici des résultats qu’on ne connaît qu’à la clôture
de l’exercice, une commission prévisionnelle sera versée sur base d’estimations et sera
ensuite compensée en positif ou en négatifs lorsque les résultats seront connus.
Participations bénéficiaires : Il s’agit d’un mécanisme prévu dans les contrats de type
proportionnel qui permet de rémunérer la compagnie d’assurance pour les bons résultats
qu’elle procure à son réassureur. Autrement dit, lorsque le réassureur fait du chiffre grâce aux
contrats apportés par la compagnie, alors il peut lui en faire profiter au travers une
participation au bénéfice. Pour ce faire on calcule un compte de résultat du traité et on y
applique un certain pourcentage convenu à l’avance lorsque les conditions (convenues
également à l’avance) sont réunies. Le compte de résultat se calcule comme suit :
Si le total de ce CR est négatif, aucune PB ne peut être envisagée. En revanche, si il est positif
(et éventuellement dépasse un certain seuil) alors une PB peut être accordée (selon un % du
compte de résultat). Ce taux de PB peut varier entre 20% et 100% (!!).
Le report de perte d’une année précédente est une disposition prévue par le réassureur pour
faire en sorte qu’aucune PB ne soit versée lorsqu’il a connu antérieurement un exercice
déficitaire. Concrètement, si le compte de résultat de l’année N est négatif, aucune PB ne sera
distribuée et par ailleurs la perte pourra être reportée à l’exercice N+1 afin de venir grever le
CR.
Sans ce report de perte, le réassureur devrait céder une partie de son résultat quand tout va
bien et assumerait seul la perte lorsque ça va mal, ce qui créerait naturellement un
déséquilibre entre les deux parties. On comprend donc que cette disposition permet de rétablir
une certaine équité entre la compagnie et le réassureur en permettant à ce dernier de
compenser les taux de PB incroyablement élevés exigés par les compagnies. Néanmoins, en
pratique, il est toujours envisageable pour la compagnie d’assurance dont le réassureur aurait
l’intention de reporter une perte, de résilier le contrat afin d’en signer un nouveau chez un
20
réassureur concurrent (à condition que la résiliation soit prévue dans les termes du contrat, ce
qui est souvent le cas), d’autant plus que la concurrence est rude et donc que les opportunité
de réassurance sont nombreuses pour la compagnie. Dans cette optique, la compagnie serait
alors en position de force pour renégocier un contrat sans report de perte. Cet avantage
théorique pour le réassureur n’en est donc pas un en réalité. Notons que historiquement,
jusqu’au début des années 90, les contrats de réassurance étaient considérés comme des
contrats à très long terme dont les conditions n’étaient renégociées que tous les 20 ou 30 ans,
mais qu’aujourd’hui ils ont tendance à devenir de plus en plus éphémères en raison du rapport
de force de plus en plus déséquilibré entre les parties et de la concurrence sur les marché
poussée à son paroxysme. D’ailleurs aujourd’hui, les renégociations des conditions de base
sont tellement brutales que certaines dispositions particulières telles que le report de perte
tendent à disparaître dans les contrats de type proportionnel.
Ce report peut s’appliquer de manière illimitée dans le temps c’est à dire que la perte peut être
reportée un nombre illimité de fois tant que l’assureur et le réassureur sont liés par le contrat
de réassurance. Mais le plus souvent le contrat sera assorti d’une clause précisant le nombre
d’année pendant lesquelles la perte pourra être reportée (typiquement 1, 3 ou 5 ans). Cette
clause limite alors l’avantage que représente pour le réassureur le report de perte. Il s’agit ici
d’un nouvel argument au cœur des négociations lors de la souscription d’un nouveau contrat.
Remarque : Dans le même ordre d’idée que le report de perte, les PB peuvent être multi-année
(calculée sur le résultat cumulé après plusieurs années) ou s’appliquer à plusieurs traités. Il
s’agit à nouveau d’une manière pour le réassureur de compenser les résultats positifs par des
résultats négatifs afin de grever le compte de résultat et de limiter ainsi les PB.
21
Définitions préalables :
- Prime émise : Prime ayant fait l’objet d’une émission
o En non-vie : prime au comptant ou prime à terme.
o En vie : prime unique, prime périodique ou encore versements libres.
- Prime acquise et non émise (PANE) : Prime afférentes à l’exercice courant mais
n’ayant pas pu être émises (ex : en raison d’un retard du service émission). C’est en
quelque sorte des produits non-encore facturé (en comptabilité on parle de produit à
imputer, compte 491).
- Prime non acquise (PNA) : Fraction des primes émises ou des primes acquises et non
émises qui concerne le ou les exercices(s) suivant(s). C’est en quelques sorte un
produit déjà facturé mais afférent à un exercice ultérieur (en comptabilité on parle de
produit à reporter, compte 493).
§ Pour les primes (produits pour la compagnie) : on considère l’ensemble des primes
acquises devant être rattachées à l’exercice comptable N, c’est à dire qu’on prend les
primes émises en N auxquelles on ajoute les primes non acquises relatives à l’exercice
précédent N-1 (c’est à dire la fraction qui en N-1 avait du être reportée en N) et on
retire enfin les primes non acquises relatives à l’exercice considéré (c’est à dire la
fraction qui en N doit être reportée en N+1). Ainsi on ne tient compte que des primes
(ou des fractions de prime) afférentes à l’exercice comptable considéré. En synthèse :
§ Pour les sinistres (charges pour la compagnie) : On prend en compte l’ensemble des
sinistres ayant du être payés en cours d’année comptable peu importe la date à laquelle
le sinistre est survenu. On déduit ensuite la provision pour sinistres à régler qui a dû
22
être constituée au 31 décembre de l’année N-1. Enfin on ajoute la provision pour
sinistres à régler qui est constituée au 31 décembre de l’année N. Autrement dit on
considère tous les sinistres payés en cours d’année et on y ajoute le delta positif de
provision constitué au cours de cette même période. En synthèse :
Ce mode de fonctionnement est très confortable pour la compagnie d’assurance puisque les
primes cédées ainsi que les sinistres réassurés suivront parfaitement la comptabilité de la
compagnie. Néanmoins, cela n’est envisageable que pour des sinistres dits « à développement
court » (short tail business) c’est à dire qui ne s’étalent que sur un lapse de temps réduit, en
général inférieur à 1 an (par exemple en incendie, le règlement s’effectue typiquement dans
les 30 jours). En effet, pour un portefeuille de type « développement long » la comptabilité de
la compagnie ne reflète pas correctement son activité « au jour le jour » dans la mesure où les
règlements de sinistres s’étalent sur plusieurs exercices (par exemple en RC auto, le règlement
peut durer 20 ans).
La réassurance par année de souscription : Un tel contrat couvre les sinistres survenus dans
le cadre de polices d’assurance sous-jacentes ayant été souscrites au cours de la période de
couverture définie dans les termes dudit contrat. Concrètement, le référentiel est le suivant :
§ Les primes sont rattachées à l’année de souscription.
§ Les sinistres sont développés pour connaître l’ensemble des Cash-Flows jusqu’à
l’extinction du dossier et sont ensuite ramené à l’année de souscription par
actualisation.
Typiquement, on appliquera ce genre de méthode pour les branches particulières comme le
crédit, l’aviation, la construction, etc. où la police fera référence à un projet qui s’étalera sur
plusieurs années c’est à dire pouvant donner lieu à des sinistres de type « développement
long ». Par exemple, si un projet débute en 2015 et s’achèvera en 2025 et que la prime totale
s’élève à 10.000€ avec un étalement sur 10 ans (1.000€ annuellement), alors toutes ces primes
seront rattachées à l’exercice 2015 où le contrat d’assurance a été souscrit, de même que
l’ensemble des prestations assurées par la compagnie peu importe la date de survenance du
sinistre entre 2015 et 2025. Notons que pour le développement des primes, il est facile de tout
ramener à l’année de souscription et ce dès que le contrat de réassurance commence à courir
puisque ces primes sont de nature certaines. En revanche, pour le développement des sinistres
il faudra attendre l’extinction du contrat de réassurance pour tout ramener à l’année de
23
souscription puisque les déboires de la compagnie sont de nature stochastique (la compagnie
devra-t-elle assurer des prestations ? si oui, pour quel montant ?) et par conséquent ne seront
connus qu’à cette date. C’est la raison pour laquelle cette méthode de travail s’avère plus
fastidieuse que la précédente, bien qu’elle soit plus adéquate dans le cadre de portefeuilles de
type « développement long ».
La réassurance par année d’accident (ou par année de surveillance) : Un tel contrat
couvre les sinistres dont la date de survenance appartient à la période de couverture définie
dans les termes dudit contrat. Concrètement, le référentiel est le suivant :
§ Les primes de référence sont les primes acquises (comme dans le cadre de la
réassurance par année comptable : cf. supra).
§ Les sinistres sont définis comme les accidents survenus au cours de la période de
couverture, peu importe l’année à laquelle on les paie (en prime unique ou en prime
étalée). A nouveau les sinistres seront développé pour connaître l’ensemble des Cash-
Flows jusqu’à l’extinction du dossier et seront ensuite ramené à l’année de survenance
par actualisation
Typiquement, ce genre de méthode est utilisé en RC auto ainsi que pour la majorité des
portefeuilles de type « développement long » (rem : cette méthode est largement plus utilisée
que la précédente). En effet, lorsque le sinistre s’étale sur plusieurs années, la compagnie
procède à un échelonnement des prestations qu’elle rend possible grâce à la constitution d’une
provision. Or, si elle provisionne mal, et plus particulièrement si elle provisionne de trop au
début (par exemple car ses prévisions sont mauvaise et qu’elle fait preuve d’un trop grand
pessimisme quant ‘à l’amplitude de ses déboires futurs), alors le réassureur réaliserait des
pertes au début (puisqu’il devrait financer la réserve) et ensuite la compagnie dégonflerait ses
provisions, ce qui se traduirait alors par du bénéfice qui indirectement aurait été financé par le
réassureur. Autrement dit, comme les décaissements sont « pilotés » par la compagnie via la
constitution de cette provision, ils ne résultent plus d’un aléa qui caractérise tout contrat
d’assurance. On comprend que pour éviter tout risque de manipulation comptable, le
réassureur préfèrera donc une méthode qui préserve l’aléa financier et écarte l’aléa moral. Un
moyen d’y parvenir est de rattacher ses prestations à l’année de survenance du sinistre qui est
par nature aléatoire.
Dans un autre contexte, la réassurance par année d’accident est également souvent utilisée
pour les risques de type « catastrophe naturelle », encore faut-il définir rigoureusement ce
qu’est un « événement » (quand a-t-il débuté ?).
24
5. La réassurance non-proportionnelle
Intro : Comme nous allons le voir, la réassurance proportionnelle a beaucoup plus de sens
d’un point de vue mathématique. De plus, il s’agit de la forme la plus courante à l’heure
actuelle sur les marchés financiers les plus matures comme en Belgique.
Rappel :
- En réassurance proportionnelle, l’assureur cède une fraction du risque. Cette fraction
s’applique alors aux primes souscrites ainsi qu’aux sinistres payés par la compagnie.
- En réassurance non-proportionnelle, l’assureur paie une prime de réassurance
forfaitaire afin de cèder un montant absolu du risque qui excède un certain seuil de
priorité que l’on appelle le seuil de rétention. Ainsi, ce qui se passe en dessous de ce
seuil de rétention reste à charge de la compagnie (la rétention) et ce qui se passe au
dessus de ce seuil est transféré au réassureur (éventuellement jusqu’à une certaine
capacité maximale).
Notations : Le réassureur offre une capacité C (montant qu’il prend en charge) en excess
d’une priorité P (rétention de la compagnie). La limite du contrat s’élève donc à la somme des
deux tranches (P + C) et ce qui se passe au delà de cette limite retombe donc dans la rétention
de la compagnie.
Contrat : C xs P
P + C = Limit (L)
25
Le graphique suivant présente un portefeuille de 10 sinistres soumis à un contrat constitué
d’une seule tranche de réassurance 10 xs 10 :
26
Ce type de contrat permet de scinder la tranche réassurée (entre 10 et 20 comme le premier
contrat) en différentes sous-tranches qui seront allouées à différents réassureurs. Cette
méthode permet de recourir à différents assureurs selon leur compétences respectives
(certains assureur sont plus compétitifs sur les tranches basses, d’autres sur les tranches
hautes). Ainsi, on appelle un réassureur à couvrir la tranche sur laquelle il est le plus
performant ce qui permet d’optimiser le coût du contrat global.
Ce partage vertical que l’on applique à chaque sinistre nécessite préalablement de définir ce
qu’on entend par sinistre. On différencie :
- L’excédent de perte par risque : on analyse les risques un par un et pour chacun d’eu
on applique le seuil ainsi que le plafond afin de définir la fourchette du réassureur.
- L’excédent de perte par événement : on regroupe différents risques au sein d’un
même évènement. Typiquement, on procède ainsi pour les catastrophes naturelles
(dégâts des eaux, tempêtes, tremblements). En effet, dans une telle situation, il n’est
souvent pas intéressant de se réassurer pour un risque en particulier car il est trop
faible mais lorsqu’on fait la somme de tous les sinistres qui sont liés par un événement
27
commun alors le montant global est suffisant pour faire l’objet d’une réassurance. On
comprends que cette notion d’ « événement » peut être assez floue (quand
l’événement a-t-il commencé ? dans quelle zone s’est-il produit ?).
- L’excédent de perte par année : On agrège tous les sinistres survenu au cours d’une
période de 365 jours (souvent définie entre le 1er janvier et le 31 décembre). On parle
alors d’ « excédent stop loss » (cf. infra).
28
où le risque infini serait pris en charge par le réassureur est l’excédent de perte
(possible sur le marché belge).
29
- Procédures administratives très simples. Non seulement la couverture concerne des
événements dont la probabilité d’occurrence est très faible, mais en plus le fait
d’agréger différentes polices réduit le nombre de transactions entre la compagnie et le
réassureur.
- Adéquat contre l’accumulation de petits sinistres. En effet, les événements étant
très rares et très graves par natures, ils ne peuvent donner lieu à de petites prestations.
Conclusion : l’excédent de perte est un contrat qui permet de couper les pointes de chaque
risque sans céder trop de prime au réassureur. Ils sont techniquement adéquats pour les gros
risques et offrent une bonne homogénéité au portefeuille. D’un point de vue actuariel, ils
semblent donc plus efficaces que la réassurance proportionnelle. De plus ils sont faciles à
gérer d’un point de vue administratif. Néanmoins, ils sont délicats à évaluer et leur prix est
fort volatil. En conclusion, ce genre de contrat se prête parfaitement pour des événements
rares de grande ampleur.
30
Etude de cas : Catastrophe naturelle de 1999 en France (2 tempêtes : Lothar et Martin)
La première observation qui saute aux yeux est la volatilité dans leurs comportements
d’achats qui sont fondamentalement divergents. Par exemple, la compagnie N qui garde 2%
en rétention et se couvre jusqu’à 12% fait preuve de beaucoup trop d’optimisme et de manque
de prudence, alors que la compagnie H qui garde 2% en rétention et se couvre jusqu’à 120%
(soit presque 60 fois sa rétention) fait preuve de bcp de pessimisme (mais relativement moins
que F) mais d’une grande prudence (elle envisage un scénario vraiment extrême).
La raison de ce phénomène vient du fait que le marché français est, en large partie, constitué
de petites mutuelles (encore aujourd’hui) fortement concentrées géographiquement. Par
conséquent, comme elles souscrivent dans un périmètre restreint et que le territoire français
31
est vaste, on observe une grande hétérogénéité dans les risques auxquels elles sont soumises.
Par exemples, les mutuelles basées en Bretagnes seront très impactées par les risques liés aux
vents alors que les mutuelles basées en Alsace (ou à la Côte d’Azure) ne seront que très
faiblement impactées par les catastrophes naturelles. Ainsi, puisqu’elles sont soumises à des
aléas fondamentalement indépendants, leurs comportements face au risque (et plus
particulièrement leur comportement d’achat en réassurance) est fondamentalement différent.
Le graphique suivant montre le même portefeuille qui a été touché par les deux tempêtes
(Lothar). Pour chaque compagnie, le bâtonnet de gauche fait référence à la première tempête
(Lothar) et le bâtonnet de droit fait référence à la deuxième tempête (Martin). La partie bleue
au delà de la limite (Priorité en vert + Capacité en rose) correspond au montant non couvert
par leurs contrats de réassurance et qui par conséquent retombent dans la rétention.
32
portefeuille a certainement été touché par la catastrophe sur un nombre important de polices et
le taux de prime en rétention trop important s’est traduit par des pertes colossales en valeur
absolue qui n’ont pu être compensées par ses fonds propres. D’autres compagnies ont été
touchées par le phénomène, dans une moindre mesure mais tout de même de manière
importante (B, D, E, G, I, L, M, N, O). Notons enfin que le problème a par ailleurs été
amplifié d’une part en raison du fait que le pouvoir collectif en France a mis la pression sur
les compagnies pour qu’elles dédommagent vite et bien les habitants lésés (rappelons que le
contrat habitation est le contrat typique où le règlement des sinistres se faire presque
directement >< RC dommage corporel) et d’autre part en raison d’un aléas moral de masse
selon lequel les assurés faiblement lésés ont profité de l’événement pour exagérer les
dommages subits. Les assureurs ont alors ouvert les vannes en pensant que les réassureurs
seraient derrière en couverture sauf que leurs calculs se sont avérés erronés et leurs fonds
propres ont vite été totalement liquidés.
Cette étude de cas met en lumière la difficulté de prévoir un événement de cette taille et de se
couvrir en conséquence.
On pourrait penser qu’un traité de réassurance orchestre les relations commerciales entre deux
parties compétentes (l’assureur et le réassureur) qui sont des professionnels du métier. Mais
en règle générale, ce n’est pas toujours le cas. Comme le montre l’étude de cas précédente, les
assureurs peuvent être animés d’un aléas moral. En effet, ils ont ouvert les vannes alors qu’ils
ne l’auraient pas fait de manière si brutale s’ils n’avaient pas été réassurés. Ce problème est
typique des contrats de réassurance non-proportionnelle et plus particulièrement des
excédents de perte, où les prestations de la compagnie sont plafonnées de telle sorte que tout
le risque de la tranche supérieur soit transféré, surtout dans le cadre des RC avec dommage
corporels (dernière tranche ouverte).
Or, cet aléa moral est susceptible d’occasionner des distorsions ou des déséquilibres dans les
relations commerciales entre les parties et par extension d’occasionner des erreurs dans le
pricing des contrats. C’est la raison pour laquelle les contrats sont la plupart du temps assortis
de clauses visant à réduire cet aléas moral, c’est à dire visant à réduire la probabilité que
l’assureur se comporte différemment que si il n’avait pas été réassuré. Ainsi, ces clauses
rétablissent un certain équilibre entre les parties et procure une relation commerciale saine. En
voici une liste non-exhaustive :
33
1) Clause de stabilité (Index Clause)
L’estimation des compensations offertes par la compagnie d’assurance se base sur le fait que
le sinistre sera réglé dans un délai jugé « raisonnable ». Or en pratique, et plus
particulièrement lorsqu’il y a dommage corporel, le dossier peut trainer des années, voir
même des dizaines d’années. Dans ce contexte, on comprend que le montant estimé à
l’origine représentera à l’échéance du règlement un montant final largement supérieur. En
effet, il convient de considérer trois éléments :
- Le montant estimé est soumis au taux sans risque. Mais en règle générale on en tient
compte par capitalisation au taux sans risque jusqu’à l’échéance.
- Selon la conjoncture, ce montant perd de la valeur dans le temps en raison de
l’inflation. Néanmoins, afin de ne pas léser la personne dédommagée, il est possible de
compenser ce phénomène en capitalisant le montant estimé à l’origine à un taux qui
intègre cette composante supplémentaire (Rappel de l’équation de Fisher : i = r + πe
où i le taux d’intérêt nominal, r est le taux d’intérêt réel observé sur le marché, et πe le
taux d’inflation attendu).
- Dans le jargon de la réassurance, ce montant est même soumis à de la « super
inflation ». Il s’agit du phénomène selon lequel le montant estimé se dégrade en valeur
dans le temps en raison d’une tendance grandissante des assureurs à accorder de plus
en plus de compensations aux victimes. Remarque : les compensations sont de plus en
plus importantes car il s’agit d’une part d’un argument contre la concurrence (une
compagnie qui offre plus de compensations est plus compétitive sur le marché) et
d’autre part les juges et les avocats tendent à protéger de plus en plus les victimes.
Cette troisième composante est la seule qui ne peut être prise en compte mathématiquement
dans le calcul de la somme qui sera dédommagée à l’échéance. Autrement dit, la super
inflation échappe aux calculs actuariels de telle sorte que le montant estimé représente à
l’échéance un montant inférieur à ce qu’il devrait si on avait tenu compte de ce phénomène.
Par ailleurs, on observe un aléa moral chez les assureurs qui, par un jeu d’avocats et de
procédures judiciaires fastidieuses, essaient de faire trainer le dossier le plus longtemps
possible pour deux raisons. Premièrement, au plus on avance dans le temps et au plus la
34
compensation perd de la valeur. Autrement dit, pour la compagnie, payer X € dans 20 ans est
plus intéressant que de payer X € aujourd’hui. Néanmoins, cette composante est généralement
intégrée dans le calcul des taux d’intérêt. Deuxièmement, la compagnie espère que la victime
décède avant l’échéance de telle sorte à décliner ses prestations.
Ce phénomène découle du fait que le réassureur offre une garantie illimitée (en RC auto par
exemple) expliquant pourquoi la compagnie ne se sent pas concernée par la capitalisation du
montant estimé à l’origine (taux d’intérêt + inflation). Elle se dit qu’au pire, si le dossier
traîne trop longtemps et donne lieu à des intérêts monstres, ce n’est pas elle qui les prendra en
charge. De plus, l’inflation future responsable de l’érosion du capital serait également
assumée intégralement par le réassureur.
En théorie, le réassureur n’y verrait aucun inconvénient dans la mesure où il place son argent
durant la période de règlement afin de le faire fructifier Mais en pratique, la composante
« super inflation » lui échappe. Dès lors, au cours de la période de règlement, le réassureur
place son capital à un taux trop faible. Par conséquent, au plus le dossier traîne et au plus le
montant du dédommagement qu’il s’expose à payer à l’échéance grandit, sans pour autant
qu’il ne puisse être compensé par un taux d’intérêt plus important intégrant le phénomène de
super inflation. En synthèse, au plus le dossier traîne et au plus le réassureur perd de l’argent.
On est donc en présence d’un conflit d’intérêt : d’une part l’assureur désire faire trainer le
dossier le plus longtemps possible et d’autre part le réassureur désirer le régler dans les plus
brefs délais. En conclusion, la date de règlement du sinistre peut dans certains cas ne plus
résulter d’un aléa mais de manipulations juridiques orchestrées par la compagnies. C’est
pourquoi, afin d’éviter cette situation inconfortable, le réassureur rédigera une clause dans le
contrat de réassurance en excèdent de sinistre stipulant que la priorité du contrat sera indexée
dans le temps en fonction de l’évolution du dossier. Ainsi, lorsque la procédure traîne,
l’exposition au risque de la compagnie d’assurance est réévaluée à la hausse de telle sorte à ce
qu’elle soit motivée à clôturer le dossier le plus rapidement possible. Techniquement, cela a
pour effet de partager la super inflation future entre l’assureur et le réassureur. Le partage se
réalise au prorata de la participation de chaque partie dans le principal (c’est à dire le montant
total des déboires en l’absence de super inflation, c’est à dire du montant total des prestations
désindexées au cours de la période de règlement du sinistre).
Remarque : Le phénomène décrit ci-dessus est théorique mais difficile à capter en pratique car
il n’existe aucun organise neutre capable d’évaluer cette « super inflation » (idée ayant
35
été proposée par les réassureurs et refusée par les compagnies : prendre l’inflation simple
selon l’IPC et y ajouter un additionnel). C’est la raison pour laquelle le réassureur en fera
souvent cadeau à la compagnie. Néanmoins, le raisonnement peut être transposé à la notion
d’inflation simple dans un contexte où celle-ci ne serait pas intégrée dans les taux d’intérêt, ce
qui est souvent le cas en raison du fait que l’inflation future se base sur des prévisions
délicates (cf. équation de Fisher : le taux nominal correspondrait alors au taux réel et il y
aurait un manque à gagner à hauteur de πe).
Cette clause propre à certains marchés où existe la notion d’intérêts légaux (Belgique, Pays-
Bas, Portugal) est semblable à la clause de stabilité quant à son principe (ici on compense la
charge d’intérêt et non plus la charge d’inflation).
Intérêt légaux : Intérêts additionnels imposés par le juge lorsqu’un dossier traîne trop
longtemps. Le taux défini s’applique alors aux montants accordés en dédommagement
conjointement au taux de base.
Ainsi, les intérêts légaux imposés par le juge pour inciter la compagnie à clôturer le dossier le
plus vite possible seront répartis entre la compagnie et le réassureur au même titre que
l’inflation. Comme pour la clause de stabilité, le partage se fait au prorata de la participation
de chaque partie dans le principal (c’est à dire le montant total des déboires en l’absence
d’intérêts légaux).
3) Clause du partage des frais d’avocats (Allocated Loss Ajustment Expense Clause :
ALAE)
36
sinistres, ils jouent un rôle très important. Le client s’étant procuré un bon avocat, la
compagnie fait de même. Deux issues sont alors envisageables : soit la compagnie obtient
gain de cause et la partie averse rembourse les frais d’avocat et les prestations de la
compagnie tombent à 0 (elle décline ses prestations et s’en sort royalement gagnante), soit la
compagnie perd et les frais d’avocats venant en addition du coût de base du sinistre sont pris
en charge par le réassureur. Dans les deux cas, les prestations maximales de la compagnie
s’élèvent à 1 million, son seuil de rétention. Elle pourrait alors être tentée de faire des
investissements démesurés en frais de justice pour tirer son épingle du jeu, ce qu’elle n’aurait
pas faits si elle avait du financer elle-même le procès. C’est pourquoi la clause ALAE prévoit
le partage des frais d’avocats entre la compagnie et le réassureur afin d’éviter tout aléa moral.
Cette clause stipule un niveau annuel de sinistres normalement à charge du réassureur en deçà
duquel il n’interviendra pas, en plus du niveau de rétention initialement fixé dans le contrat.
Comme tout système de franchise, cette clause a pour avantage de diminuer la valeur du
contrat. En effet, comme la couverture est réduite, la prime de réassurance l’est également.
Cette clause est donc très utile lorsqu’on désire conserver un contrat tout en diminuant son
coût (par exemple suite à une réévaluation à la hausse en raison d’une dégradation de la
sinistralité).
1 10 5 5 5 0
2 15 5 10 5 5
3 8 5 3 0 3
4 10 5 5 0 5
TOTAL 43 20 23 10 13
37
Remarque : Dans la pratique, il n’est pas impératif de travailler sinistre par sinistre comme
montré ci-dessus. Il suffit de regarde la sinistralité annuel à charge du réassureur et d’en
déduire la franchise annuelle qui retombe alors dans la rétention de la compagnie.
5) Clause de reconstitution
Notation : dans l’absolu, lorsqu’on écrit « C xs P » c’est un excédent de sinistre qui s’applique
à chaque nouveau sinistre et ce de manière illimitée horizontalement. Lorsqu’on écrit « C xs P
(n rec) », on précise le nombre de reconstitutions envisagées dans le contrat.
Cas 2 : Une « 10 xs 5 avec une seule reconstitution » stipule que l’exposition totale annuelle
du réassureur s’élève à 2 x 10 = 20 millions au delà des 5 premiers millions de chaque
sinistre :
38
- Si il y a 1 sinistre de 15, il paie 10 mais à ce moment, la première capacité est déjà
intégralement consommée et il n’y a plus de couverture pour les sinistre à venir s’il
n’y avait pas eu de reconstitution.
- Si il y a 4 sinistres de 10, il paie 4 x 5 = 20.
- Si il y a 5 sinistres de 10, il paie 4 x 5 = 20 et le 5ème sinistre est intégralement
supporté par la compagnie.
- Si il y a 21 sinistres de 6, il paie 20 x 1 = 20 et le 21ème sinistre est intégralement
supporté par la compagnie.
Capacité totale 2 x 10 = 20 1 x 20 = 20
Conclusion : Lorsqu’on a à faire à divers petits sinistres, les deux méthodes se valent car pour
chacun d’eux on reste en dessous du plafond de réassurance et la capacité totale est
consommée petit à petit. En revanche, lorsqu’on a à faire à un gros sinistre qui transverse le
plafond de réassurance, un certain montant retombe dans la rétention de la compagnie et sa
couverture verticale n’est pas optimale. Dans ce cas, la reconstitution ne sert à rien et il est
préférable d’augmenter la capacité max du contrat.
Remarque : une autre différence entre les deux contrats présentés ci-dessus repose sur le fait
que chaque reconstitution est payante (cf. infra). On comprend que pour lors d’une bonne
année (sinistralité faible) le coût de la couverture sera moindre pour une compagnie qui
dispose d’un contrat de base « léger » (c’est à dire avec une capacité initiale faible) prévoyant
une reconstitution (car elle ne devra pas reconstituer la capacité initiale) en comparaison à une
compagnie qui dispose d’une contrat de base « solide » (c’est à dire avec une capacité initiale
élevé) ne prévoyant aucune reconstitution (car la capacité excessive est inutile). Dans cet
ordre d’idée, il a été mis au point des produits offrant une première reconstitution gratuite
ainsi que plusieurs autres dont le prix augmente avec le nombre de sinistres. On part du
principe selon lequel il est de moins en moins probable d’observer un sinistre (et donc de
39
reconstituer) à mesure que l’on se rapproche de l’échéance du contrat. Autrement dit, la
première reconstitution coûte X€, la deuxième qui est moins susceptible d’être utilisée coûte
Y€ > X, la troisième qui est encore moins susceptible d’être utilisée coûte Z€ > Y, etc.
40
Exemple : Si le premier sinistre arrive au 1er février et qu’une reconstitution est
prévue, il convient de repayer 11/12 de la prime de base.
Notons que la reconstitution n’est pas une option et que chaque sinistre donne lieu à une
reconstitution immédiate assortie d’une nouvelle prime (la prime de reconstitution). La raison
à ce mode de fonctionnement est double. Premièrement pour des raisons d’aléa moral. En
effet, une compagnie qui enregistrerait un sinistre au 31 décembre à 23h59 pourrait être tentée
de ne pas reconstituer la capacité maximale afin de ne pas payer une prime additionnelle,
pensant être protégée du risque pour la minute qui reste à courir sur la période de couverture.
Deuxièmement pour des raisons prudentielles. En reconstituant systématiquement la garantie
après chaque sinistre, la compagnie dispose devant elle de la capacité maximale et la
réassurance est ainsi optimale en cas de nouveau sinistre qui traverserait toute la tranche (ex :
la compagnie a un contrat « 10 excess 5 », elle subit un premier sinistre de 10 pris en charge à
5 par elle-même et réassuré à 5. Si elle ne reconstitue pas directement, il ne lui resterait à
l’issue de ce premier sinistre plus qu’un « 5 excess 5 » avec derrière une reconstitution à
100% non encore utilisée. Mais si elle subit un second sinistre de 15, elle prendrait en charge
5, serait réassurée pour 5 et les 5 derniers retomberaient dans la rétention).
Par ailleurs, le fait que la compagnie paie systématiquement une prime de reconstitution à
chaque fois qu’elle reconstitue la capacité de réassurance permet à nouveau d’éviter tout aléa
moral. L’idée est que toute couverture supplémentaire est un service payant, dissuadant ainsi
la compagnie d’offrir des prestations excessives à ses assurés. Concrètement, lorsque le
réassureur intervient dans ses prestations, il reconstitue immédiatement la capacité du contrat
si ce dernier en prévoit une, et réclame en retour une prime qui sera soit retournée à postériori
soit directement déduite de ses prestations (ex : le réassureur intervient pour 2 millions,
reconstitue 2 millions, la prime de reconstitution s’élève à 150.000, il n’intervient donc en net
que pour 1.850.000). Ainsi, le réassureur moralise en quelques sortes la compagnie en lui
faisant payer les nouveaux risques qui viennent s’ajouter au fur et à mesure de la
reconstitution du contrat de base.
Remarque : en RC auto avec dommages corporels, la reconstitution n’est bien sûr pas
envisageable puisque la dernière tranche de couverture est ouverte. Ex : avec une « ∞ xs 5 »,
la prime de reconstitution pro rata capita serait nulle (car mathématiquement, diviser par
l’infini = 0). On peut néanmoins scinder la tranche du réassureur en sous-tranches qui
pourraient alors être assurées avec une ou des reconstitutions (souvent gratuites d’ailleurs). A
ce sujet, comparons 2 méthodes :
41
Contrat n°1 : « ∞ xs 1 » Contrat n°2 : « ∞ xs 1 »
Tranche n°1 :
Tranche n°2 : Une seule tranche :
« 4 xs 1 » avec Y
« ∞ xs 5 » sans rec. « ∞ xs 1 » sans rec.
rec. gratuites
Prime 1 3 4
Couverture verticale ∞ ∞
Conclusion : la prime des deux contrats est la même et leurs couvertures semblent à première
vue identique. Il est vrai qu’au niveau de la couverture verticale, les deux contrats se valent
(car on sait difficilement faire mieux que l’infini). Néanmoins, le premier contrat qui offre
une première tranche avec possibilité de reconstitution est moins avantageux car il offre
seulement Y reconstitutions pour les sinistres compris entre 1 et 5 millions. Autrement dit, si
le contrat prévoit Y reconstitutions, il prévoit (1+Y) * 4 millions de limite annuelle (pour les
sinistres compris entre 1 et 5 millions). Par exemple, supposons le contrat n°1 avec 10
reconstitutions et supposons 15 sinistres de 5 millions. Dans ce cas, il couvrirait 11 sinistres
(car on reconstitue 10 fois la capacité initiale, ce qui offre 11 capacités) et déclinerait les 4
restant comme les 10 reconstitutions ont été épuisées. En revanche, le contrat n°2 aurait
couvert les 15 sinistres puisqu’il n’y a pas de limite horizontale. Pour conclure, la couverture
horizontale du contrat n°1 est limitée contrairement à celle du contrat n°2. Il est donc plus
intéressant pour la compagnie de disposer d’un contrat sans tranche inférieure limitée.
A l’issue des négociations, lorsque les parties ne se mettent pas d’accord sur un montant de
prime, alors elles négocient un montant min et un montant max de prime en fonction de la
sinistralité de la compagnie sur base d’une étude rétrospective de ses performances passées.
Ces deux niveaux forment alors une fourchette dans laquelle la prime va pouvoir varier. La
prime est donc dans ce contexte une fonction de S : P = f(S). Autrement dit, la prime devient
une variable aléatoire de S, au même titre que la prime de reconstitution.
42
Concrètement, on commence par effectuer une estimation de la sinistralité future en chargeant
de manière forfaitaire la sinistralité passée à un coefficient de chargement arbitraire de l’ordre
de 100/80 en règle générale (il peut varier entre 100/90 et 100/70).
Sinistralité
=S
Prime de réassurance
P = f(S)
Sinistralité chargée
= S . 100/80
43
Exemple :
- PI = 10.000.000 €
- En taux de prime de réassurance : Min = 4%, Max = 9%,
- Coefficient de chargement = 100/80
Observations :
- Le taux de prime compris entre 4 et 9% dépend de la sinistralité S/P.
- Pour tout ratio S/P chargé inférieur à 4%, la prime s’élève à 400.000 € minimum et
pour tout ratio S/P chargé supérieur à 9%, la prime s’élève à 900.000€ maximum.
Entre ces deux valeurs, la prime évolue de manière positive proportionnelle.
- En dessous de 4%, au plus la sinistralité augmente et au moins le réassureur fait de
bénéfice, ce qui est logique. Il en va de même au delà de 9%. Mais paradoxalement,
entre 4 et 9%, au plus la sinistralité augmente et au plus le réassureur fait du bénéfice
comme le montre le tableau suivant :
44
Bénef du
S S/P S/P * 100/80 Taux de prime Prime
réass.
Conclusion : Cette méthode de fonctionnement est susceptible de donner lieu à un aléa moral.
En effet, la compagnie d’assurance pourrait être tentée de ne pas déclarer au fur et à mesure
les sinistres lorsque le taux de sinistralité ajusté est compris entre 4 et 9% et ensuite de tout
déclarer en une fois lorsque ce taux excèderait les 9%. En procédant ainsi, elle empêcherait le
réassureur de s’enrichir à mesure que les sinistres apparaissent, craignant ne jamais passer au
delà de la barre des 9% à partir de laquelle la réassurance deviendrait bénéfique pour elle.
C’est pourquoi le contrat est également assorti d’une clause stipulant que les sinistres doivent
être déclarés au réassureur au moment où elle en prend connaissance et ce, de manière
immédiate. Remarque : ici, la prime est par hypothèse définit comme une fonction linéaire par
morceau de S mais pourrait considérer une fonction mathématique plus complexe pour palier
à ce risque d’aléa moral.
Illustration : En Grèce les compagnies d’assurance on pendant tout un temps été animées de
cet aléa moral. De là est née la « Sunset clause » qui stipule que tout sinistre non déclaré dans
les 2 ans n’est plus réassurable.
45
7) Clause de rétention parallèle
Cette clause hypothétique n’existe pas en réalité mais l’idée sous-jacente reste non moins
intéressante. Il s’agirait d’une méthode permettant de limiter l’aléa moral de la compagnie en
lui imposant de garder en rétention (en plus de la rétention classique en deçà du seuil) une
fraction de la couverture du risque. Par exemple, sur une « 9 excess 1 », elle garderait 1 + X%
des 9 millions à charge du réassureur. Ainsi, on retomberait dans un fonctionnement
semblable à de la réassurance proportionnelle qui limite l’aléa moral et plus particulièrement
le risque que la compagnie s’engage dans souscriptions abusives.
Dans cet ordre d’idée, on pourrait envisager une prime plus faible lorsque la compagnie
accepte de s’engager dans une rétention parallèle. En effet, elle serait dans ce cas
« moralisée » et donc moins sujet à de « l’exubérance irrationnelle ».
Néanmoins, en pratique, ce genre de clause reste assez rare dans la mesure où typiquement, la
réassurance non-proportionnelle implique une prime de réassurance faible et une exposition
élevée au risque pour le réassureur. La marge du réassureur est donc suffisamment limitée
pour qu’il soit motivé à conserver la totalité de son résultat. L’octroi de PB et autres formes
de commissions est donc typique des contrats proportionnels qui sont mieux équilibrés.
9) Bonus en cas de sinistralité vierge (No Claim Bonus Clause : NCB clause)
Le déséquilibre entre les deux parties à travers un contrat non-proportionnel provient du fait
que le ROL (Rate on Line = Prime / Couverture) est souvent faible ce qui implique que le
46
réassureur ne reçoit que des montants très faibles de la part de la compagnie mais lorsqu’il
doit intervenir doit débourser des montants démesurés.
Afin d’octroyer une commission sans accentuer ce déséquilibre, une méthode consiste à
reverser à la compagnie une partie du résultat lorsqu’elle ne recense aucun sinistre au cours de
la période de couverture (ce qui est très rare). Ici le fonctionnement est binaire (soit on verse
une commission soit non), alors que pour les PB une commission peut être calculée sur une
fraction infime du résultat positif.
Cette clause peut aussi s’accompagner d’un alinéa précisant son montant minimum (on parle
alors de « Mindep »). Ainsi, le réassureur se protège contre le fait que le montant total de
primes puisse se révélé inférieur aux prévisions faites en début d’année ce qui serait
synonyme d’un manque à gagner en raison d’une diversification appauvrie. Autrement dit, si
le réassureur s’était attendu à un montant de prime plus faible, il aurait exigé un taux de prime
plus élevé afin de maintenir sa marge bénéficiaire. La prime déposée minimum permet alors
de compenser cet écart.
47
c. L’excédent de perte annuelle (Stop Loss)
Il s’agit d’une forme particulière de l’excédent de perte où l’on agrège tous les sinistres
survenus entre le 1er janvier et le 31 décembre. D’ailleurs on parle de réassurance en
« excédent de perte annuelle ».
Remarque : lorsque le contrat est libellé en unités monétaires (c’est à dire en €) et non en
terme de pourcentages de l’encaissement, les anglo-saxons ont pour habitude de désigner le
contrat par les termes : « aggregate excess of loss ».
Chaque bâtonnet représente le S/P annuel, lequel se partage verticalement entre la compagnie
(en orange) et le réassureur (en vert). Par exemple, les années 4 et 5 ont été bonnes puisque le
S/P est faible et par conséquent le risque reste dans la rétention. En revanche, l’année 6 a été
très mauvaise puisqu’elle s’est soldée par un S/P de 120% dont les 80% de la première
tranche restent à charge de la compagnie, ainsi que la dernière tranche de 10% au delà de
110% qui retombent dans la rétention.
48
Malgré que le contrat stipule une limite qui est la priorité + la capacité (prestations maximale
du réassureur) formulée en termes de pourcentage de l’encaissement, le contrat peut
également prévoir une limite max en valeur absolue afin de protéger le réassureur en cas de
déviance significative de l’encaissement. En effet, si l’encaissement augmente, non seulement
ses calculs actuariels ne sont plus corrects, mais en plus le potentiel sinistre maximum est plus
élevé (cf. infra notion de MPL : Maximum Probable Loss) ce qui bouleverse sa gestion
prudentielle (par exemple, son capital peut s’avérer insuffisant compte tenu de la Value at
Risk). De plus, une hausse observée de l’encaissement peut être synonyme d’une
« exubérance irrationnelle » au niveau des souscriptions de la compagnie d’assurance, ce qui
pourrait cacher un problème sous-jacent plus grave à savoir de l’aléa moral. Autrement dit, on
pourrait expliquer la hausse des primes par une politique commerciale d’envergure menée par
la compagnie qui a alors souscrit à tort des grosses quantités de nouveaux contrats, peut-être à
n’importe quel prix. Or, les primes évoluant dans une moins large proportion que les sinistres
(car les nouveaux contrats seraient toxiques), cela aurait pour conséquence d’augmenter
mécaniquement le S/P qui est un indicateur de rentabilité de son business. Cette limite max en
valeurs absolues permet donc de moraliser la compagnie en rendant indépendants les
prestations maximales du réassureur d’une part et la politique de souscription de la cédante
d’autre part.
Aussi, le contrat qui stipule une priorité (prestations minimales du réassureur) formulée en
termes de pourcentage de l’encaissement, peut également prévoir une priorité en valeur
absolue afin de garantir au réassureur une intervention minimale indépendante de
l’encaissement en deçà duquel le portefeuille deviendrait trop dangereux en raison d’une
sous-diversification (car moins d’encaissement = portefeuille plus petit = portefeuille moins
diversifié = portefeuille plus risqué). Rappel : Selon la théorie de la diversification de
Markowitz, une manière de réduire le risque global est de constituer un portefeuille dont les
titres sont le moins corrélés possible, c’est à dire dont le coeff de corrélation est le plus proche
possible de -1, afin de réduire la volatilité globale. Techniquement, cela ne peut être rendu
possible qu’en augmentant la taille du portefeuille.
Exemple : « 30% xs 80% » c’est à dire l = 30% et p = 80% avec L = 40.000 € et P = 70.000 €.
49
Typiquement, les contrats Stop loss sont utiles pour 2 raisons. Premièrement, grâce au fait
qu’ils résultent de l’agrégation d’une série de sinistres, les contrats Stop loss permettent de
palier au problème de déviation de la fréquence des petits sinistres qu’on a rencontré
précédemment. Deuxièmement, ils offrent une solution à la formulation délicate de la notion
d’événement.
D’un point de vue de la comptabilité, un contrat Stop loss peut s’articuler selon 2 types de
référentiels. Soit il s’exprime en année d’accident, soit en année comptable (cf. supra). Pour la
compagnie, il est naturellement préférable d’exprimer son contrat en année comptable afin
que le produit colle parfaitement avec sa comptabilité. Néanmoins, pour le réassureur, il est
préférable de l’exprimer en année d’accident, car un Stop loss en année comptable est risqué
d’un point de vue de l’aléa moral puisque la compagnie pourrait « maquiller » ses comptes et
par conséquent fausser la sinistralité (par exemple via la constitution de réserves surévaluées
comme on a vu précédemment). En conclusion, un contrat Stop loss est un contrat
excessivement rare, d’autant plus s’il s’agit d’un contrat exprimé en année comptable.
50
Clause : Le contrat Stop loss peut prévoir un taux de prime qui varie en fonction de la
sinistralité : au plus le ratio S/P est grand au plus le taux de prime est élevé (même principe
que précédemment).
Les clauses qui sont présentées dans ce chapitre ne sont pas propres à un type de contrat
particulier mais s’appliquent aux contrats de réassurance en général. Elles n’ont donc aucun
impact direct sur la tarification contrairement à celles qu’on a vues précédemment.
La réassurance est un contrat conclu entre « gentlemans ». Autrement dit, les parties
contractantes sont des professionnels du métier, ce qui implique une relation commerciale
saine et de (très) long terme, du moins en théorie car en pratique ce n’est pas toujours le cas.
En effet, si les parties viennent à rentrer en conflit, la clause d’arbitrage stipule que le litige
doit faire l’objet d’une procédure judiciaire particulière et indépendante de la procédure
classique, laquelle est animée par un tribunal d’arbitrage constitué d’arbitre qui sont des
experts en la matière (ex : des anciens directeurs de compagnie d’assurance). Chaque partie
en litige désigne alors un arbitre pour la représenter, et un troisième arbitre neutre entre en
jeux pour « arbitrer » le conflit et concilier les intérêts de chacun. Lorsqu’une décision du
conseil d’arbitrage tombe, les parties doivent s’exécuter et la décision des arbitres est sans
appels. Cette procédure particulière est une manière de contenir le différend le plus
confidentiel possible.
Cette clause permet d’éclaircir la notion de « sinistre » en précisant ce qui peut être couvert
ou non par le contrat de réassurance. Autrement dit, elle définit ce qui peut être considéré
dans le calcul du coût total du sinistre réassuré. On y intègre naturellement la compensation
accordée à la victime mais quid des « frais annexes » acceptables tels que les salaires des
experts, des avocats et des employés de la compagnie qui se sont chargés du règlement du
sinistre ? Typiquement en Europe, seuls les déboires purement financiers sous-jacents aux
prestations de la compagnie peuvent être pris en charge par le réassureur. Egalement, les frais
51
d’expert peuvent éventuellement être comptabilisés. Mais les frais de personnels sont exclus
de manière incontestable afin d’éviter toute forme d’abus.
Dans la mesure où les calculs actuariels de risque réalisés par la compagnie d’assurance sont
directement fonctions de sa politique de souscription (ex : le risque d’un portefeuille RC auto
dépend de l’âge des assurés qui peut être volontairement limité inférieurement, la compagnie
excluant les conducteurs de moins de 23 ans), tout changement dans cette-dite politique est
susceptible de faire évoluer le niveau de risque et donc le tarif élaboré par le réassureur. C’est
pourquoi, lorsque la compagnie change sa politique de souscription, elle se doit d’en informer
préalablement son réassureur. On comprend que cette clause constitue ainsi une contrainte
pour une compagnie d’assurance réassurée, qui dès lors ne peut plus piloter sa stratégie
commerciale sans l’accord de son réassureur.
Comme on en a déjà parlé précédemment, lorsqu’une compagnie est touchée par un sinistre
susceptible de faire intervenir la réassurance, elle se doit d’en informer immédiatement le
réassureur dès qu’elle en prend connaissance. Cela permet d’éviter tout aléa moral résultant
d’une asymétrie d’information. Concrètement, la règle stipule d’une part que tout sinistre à
hauteur de 50% ou 75% de la priorité doit être déclaré sans délai et d’autre part que toute
évolution de ce sinistre (ex : le coût du sinistre croît en raison du recours d’un tiers) doit
également faire l’objet d’une déclaration.
Lorsque plusieurs assureurs cohabitent au sein d’un même contrat de réassurance (ex : un
portefeuille « catastrophes naturelles » est souvent couvert conjointement par différents
réassureurs), il convient de définir dans les termes du contrat un réassureur leader (=
réassureur apériteur) chargé de la coordination des relations commerciales entre tous les
agents commerciaux. Ce réassureur leader sera souvent celui qui couvre la plus grosse tranche
du contrat. Il va jouer le rôle de « porte-parole » de l’ensemble des réassureurs et la
compagnie ne traitera qu’avec lui. Tout accord conclu avec cet apériteur deviendra donc liant
pour tous les réassureurs suiveurs.
52
Typiquement, lorsque les termes du contrat de réassurance doivent être revus, c’est le leader
qui discutera directement avec la compagnie, ce qui est naturellement plus confortable en
termes de relations commerciales. Egalement, les acceptations spéciales font appel à cette
méthode de fonctionnement. Il s’agit de risques proposés par la compagnie qui sortent du
cadre légal prévu par le contrat de réassurance (ex : certains risques pharmaceutiques
particuliers) mais qui peuvent néanmoins être accepté de manière exceptionnelle par le
réassureur leader.
Cette clause est souvent implicite dans les termes du contrat et ne doit pas faire l’objet d’une
section particulière. Il est néanmoins parfois utile de la préciser. Elle stipule que tous les
déboires de la compagnie doivent être assumés conjointement par les deux parties
cocontractantes. Autrement dit, lorsque le portefeuille se porte mal, les deux parties sont
concernées selon les termes du contrat qui les lie. Par exemple, le réassureur ne peut décliner
son engagement suite à un sinistre touchant le portefeuille.
53
la trésorerie nécessaire pour dédommager la partie lésée, la compagnie peut faire valoir la
clause du sinistre au comptant qui stipule qu’elle peut réclamer du réassureur qu’il assure ses
prestations dans les mêmes délais (si ce n’est de manière plus rapide) que ceux offerts au
client assuré. Ainsi elle réconcilie son problème de décalage de trésorerie à court terme.
Cette clause a pour objet de protéger les réassureurs contre les changements de loi qui
pourraient leur être préjudiciable. Elle stipule que le réassureur peut se désolidariser du
contrat en déclinant ses prestations lorsque la loi change et entre en conflit avec les termes du
contrat. C’est le résultat d’une tentative des réassureurs de résorber le déséquilibre grandissant
entre assureurs et réassureurs.
Notons que cette clause sujette à interprétation peut entrer en conflit avec la clause du partage
du sort dans la mesure où tout changement dans la loi préjudiciable à la compagnie doit
théoriquement être également préjudiciable au réassureur. Elle est par ailleurs très difficile à
mettre en œuvre puisqu’elle implique de devoir comparer la loi avant et après le changement
et de devoir quantifier ce changement en réalisant un calculs rétroactif sur ce qu’aurait coûté
le sinistre selon l’ancienne loi.
Cette clause stipule que la compagnie et le réassureur doivent travailler main dans la main
dans la gestion du règlement du sinistre. Elle permet ainsi d’éviter tout conflit d’intérêt. Cette
manière de fonctionner est naturellement très contraignante pour la compagnie qui voit son
pouvoir discrétionnaire réduit considérablement. Or, c’est la compagnie qui est responsable
du règlement et qui traite directement avec la partie lésée alors que le rôle du réassureur est
censé se limiter à une intervention financière. On comprend que cette clause sera donc très
rarement acceptée par la compagnie dans les termes du contrat (sauf dans les contrats
extrêmes de type « quote-part à 95% » où le business appartient majoritairement au
réassureur).
54
7. Le fonctionnement d’une compagnie de réassurance
55
Courtier, agents d’assurance, Le souscripteur (account
délégués commerciaux, etc. manager) = personne
Ils ont une fonction purement responsable de signer les
Fonction commerciale commerciale contrats. Il joue le rôle de
clé (personne chargée commercial, de manageur, de
d’amener du business) représentant, de porte-parole,
d’actuaire, etc… Il est donc
polyvalent et essentiel au sein
de l’entité
8. La réassurance non-vie
La priorité pour un tel type de contrat est d’acheter une couverture illimité puisque dans 4
pays au moins (le Grand-duché, la Belgique, la France et l’Angleterre), la loi prévoit des
garanties illimitées dans le chef des compagnies d’assurances en dommages corporels. Par
ailleurs, en pratique, toutes les compagnies en Europe (du moins au sein de la zone où
s’applique le principe de carte verte, càd 44 pays) achètent de la garantie illimitée en raison de
la libre circulation des personnes. En effet, lorsqu’un assuré Hongrois se déplace en Belgique,
il est susceptible de commettre un accident sur un sol soumis à la règle de la garantie illimité
en dommages corporels. Dès lors, toute compagnie s’expose à des sinistres illimités et par
conséquent désire s’en protéger.
Le contrat RC le plus simple est la RC familiale (= RC vie privée = Private Liability) qui
couvre tout dommage causé par l’assuré (qui est reconnu responsable) sur le patrimoine ou la
56
santé d’un tiers (ex : l’assuré brise une vitre chez le voisin, l’enfant de l’assuré dont il est le
responsable casse quelque chose lorsqu’il est invité chez des amis, etc.). Pour ce type de
contrat, la loi stipule que la couverture maximale de la compagnie est de l’ordre des 25 à 30
millions d’euros, ce qui est déjà énorme. Bien que ce montant soit très rarement atteint, il
n’est pas pour autant improbable. De plus, il se peut que le sinistre soit causé par 3 personnes
responsables assurées au sein de la même compagnie, de telle sorte que le sinistre global
s’élève à un montant qui explose la limite assurée (ex : trois enfants assurés chez l’assureur X
jettent des pierres sur un train en passage, le train freine brusquement et déraille, des dizaines
de personnes sont tuées). C’est la raison pour laquelle les compagnies désirent acheter des
limites qui excédent parfois 3 fois la somme maximale assurée de 25 millions.
Une manière de palier au problème décrit ci-dessus serait de structurer les contrats de
réassurance de manière à agréger le portefeuille de RC auto celui de RC familiale. Ainsi la
réassurance du portefeuille RC familiale pourrait également bénéficier d’une capacité
illimitée au même titre que le portefeuille RCA. En pratique, les réassureurs sont néanmoins
réticents à ce genre de méthode, c’est pourquoi ils proposent d’agréger les deux portefeuilles
en fixant une sous-limite pour le portefeuille RCG et acceptent tout de même d’offrir une
garantie très haute de l’ordre de 100 millions par sinistre et 200 millions par année. On
pourrait alors penser que l’agrégation n’a dans ce contexte aucun sens mais le fait d’élaborer
un seul contrat de réassurance permet à la compagnie d’être soumise à une seule prime qui est
généralement plus faible que la somme des deux primes individuelles (si les portefeuilles
étaient maintenus séparer) grâce au principe de mutualisation des risques.
D’un point de vue du partage vertical du risque, la structure optimale pour la compagnie serait
un contrat prévoyant une seule tranche de risque (par exemple une « ∞ xs 1 ») plutôt qu’un
contrat prévoyant la superposition de plusieurs tranches (par exemple une « 4 xs 1 » avec une
: « ∞ xs 5 »), et ce afin d’éviter la problématique des reconstitutions sur les tranches limitées
(cf. supra). En effet, rappelons qu’avec une seule tranche, il n’y a pas de limitation
horizontale. Par exemple, supposons que le réassureur impose une limitation horizontale sur
les tranches limitées verticalement de la manière suivante :
- « 1 xs 1 » avec 10 reconstitutions
- « 3 xs 2 » avec 4 reconstitutions
- « ∞ xs 5 »
Avec une telle structure, la limite horizontale serait de 11 sinistres compris entre 1 et 2
millions, 5 sinistres compris entre 2 et 5 millions et aucune limite pour les sinistres au delà de
57
5 millions. La compagnie pourrait alors éviter ce problème de limite en achetant directement
un « ∞ xs 1 » qui serait optimal.
Comme il a déjà été expliqué précédemment, les contrats de réassurance en matière de RCA
et RCG sont assortis d’une clause de stabilité ainsi que d’une clause de partage des intérêts.
Par ailleurs, la cédante réclame souvent une clause de dépôt des sinistres réassurés dont on
n’a pas encore parlé. Il s’agit d’une modalité du contrat de réassurance envisageable sur les
marchés matures (Belgique, France, Grand-duché) qui permet à la compagnie de se prémunir
du risque de crédit vis-à-vis du réassureur, c’est à dire le risque que ce dernier fasse défaut
avant que le sinistre ne soit clôturé (car souvent en RC les sinistres sont de type
« développement long »). En effet, dans une telle situation, la compagnie ne récupèrerait pas à
l’échéance du règlement du sinistre la totalité de l’argent dont elle a besoin pour dédommager
complètement la partie lésée sans entamer sa propre solvabilité. Or, elle a naturellement le
droit de prétendre à la totalité de sa couverture en vertu du contrat qu’elle a acheté. Elle
dispose en quelque sorte d’une créance vis-à-vis du réassureur. Par conséquent, pour ne pas
perdre cette créance (en cas de faillite du débiteur : le réassureur), elle peut exiger via cette
clause de dépôt des sinistres réassurés que le réassureur provisionne le montant estimé des
déboires futurs qu’il s’est engagé à couvrir sous forme d’un dépôt dans les comptes de la
compagnie (généralement en espèces). Ce dépôt constitue ainsi un collatéral pour la
compagnie d’assurance qui lui évite un chargement en capital en guise de mesure prudentielle
imposée par Solvency II. Autrement dit, si aucun dépôt n‘a été prévu, la compagnie
s’exposerait alors à un plus grand risque de crédit ce qui aurait pour effet de gonfler les fonds
propres imposés par Solvency II. En conclusion, cette clause de dépôts des sinistres réassurés
permet à la compagnie de limiter son exposition au risque de crédit sans pour autant exiger un
58
gonflement de ses fonds propres (et donc un appels de fonds aux marchés financiers). Notons
que comme le réassureur dépose de l’argent dans les livres de la cédante, il est naturellement
en droit de réclamer que cette dernière rémunère le capital au même titre que n’importe quel
placement financier. Le type de rémunération est de manière classique un certain pourcentage
de l’OLO en vigueur (taux de rendement des obligations linéaires sur le marché secondaire).
Or, au vu de la conjoncture, ce taux OLO est souvent négatif en raison du très bon rating
AAA de l’Etat belge. En conséquence, on comprend pourquoi les réassureurs ne sont pas
séduits par cette méthode qui leur couterait de l’argent au lieu de leur en rapporter. C’est la
raison pour laquelle ils préfèrent une autre méthode de fonctionnement qui consiste à déposer
l’argent sous forme de titres (qui procurent un rendement plus décent que le taux OLO) sur un
compte dépositaire bloqué qui resterait alors en la possession du réassureur mais qui, sous
directive du curateur, retomberait dans les livres de la compagnie en cas de faillite de celui-ci.
Cette seconde procédure est naturellement plus confortable pour le réassureur mais beaucoup
moins pour la compagnie qui désire disposer de l’argent le plus rapidement possible.
Historiquement, les traités qui réassuraient les contrats incendie étaient structurés en excédent
de plein. Cette forme de réassurance permettait de couper les pointes tout en assurant un
volume de primes cédé au réassureur confortable pour ce dernier. Habituellement, la rétention
de l’excédent de plein était elle-même protégée par un contrat en excédent de sinistre.
Néanmoins, comme ce type de contrat ne prévoyait pas un coût de couverture optimale pour
la compagnie (notamment en raison de l’aspect proportionnel des transactions : lorsqu’elle
faisait du bon business elle cédait une trop grosse quantité de primes), la structure des traités
incendies a progressivement évolué dès la fin de la seconde guerre mondiale. En Belgique, les
deux dernier contrats en excédent de plein sont morts au cours des deux dernières années. Au
grand regret des réassureurs, en ne trouve aujourd’hui sur les marchés plus que des contrats en
excédent de sinistre qui offrent un rapport coût/couverture plus faible.
59
Typiquement, une compagnie qui dispose d’une limite de souscription de 30 millions achètera
un contrat en excédent de sinistre qui s’articule comme suit :
- 1 million xs 1 million xs 1 million avec 5 reconstitutions gratuites c’est à dire un 1
million xs 1 million avec une franchise annuelle (AAD) de 1 million.
- 5 millions xs 2 millions avec 3 reconstitutions payantes
- 25 millions xs 5 millions avec 1 reconstitutions payante
- Eventuellement : 30 millions xs 30 millions avec 1 reconstitution payante (car le
sinistre peut s’avérer deux fois plus important que la somme assurée en raison du
recours des voisins ou des erreurs de calculs actuariels en matière de PML)
c. Le property Cat
Le contrat d’assurance originel couvre les dommages incorporels (et corporels ?) causés par
la liste non-exhaustives des événements suivants : les inondations, les inondations, les coulées
de boue, les tempêtes, les tremblements de terre.
Concrètement, un contrat de réassurance en Property Cat est une couverture par événement.
La rétention est relativement élevée, de l’ordre des 50 millions, en raison du caractère très peu
probable des événements sous-jacents, mais également pour limiter le coût de ce type de
contrat qui est habituellement très élevé (en raison de la PML gigantesque que ces
évènements peuvent occasionner). La rétention choisie par la cédante est donc fonction de son
aversion au risque. Par ailleurs, la limite offerte par le réassureur correspond généralement à
l’événement bicentenaire, c’est à dire la perte engendrée par un événement qui n’est censé se
produire qu’une fois tous les 200 ans (càd avec une probabilité de 0,5%), qui est de l’ordre
des 500 millions d’euros. Egalement, la conflagration sera généralement couverte, et si une
60
partie est déjà couverte « par risque » avec un contrat de type incendie, elle sera couverte ici
en continuation. Enfin, le contrat peut prévoir une reconstitution par tranche qui seront toutes
payantes en raison du caractère exceptionnel des événements couverts (en général pas besoin
de reconstituer puisque le sinistre ne survient que très rarement) et aussi dans le but de réduire
le prix de base du contrat qui est suffisamment élevé. Néanmoins, le marché étant très soft, il
est souvent possible d’obtenir 2 reconstitutions par tranche qui plus est seront gratuites.
Typiquement, la structure d’un tel contrat s’articulera autour de 2 ou 3 tranches. Pour une
grosse compagnie on aura :
- Tranche 1 : 50 millions xs 50 millions avec 1 reconstitution payante
- Tranche 2 : 150 millions xs 100 millions avec 1 reconstitution payante
- Tranche 3 : 250 millions xs 250 millions avec 1 reconstitution payante
Et pour une petite compagnie :
- Tranche 1 : 7 millions xs 3 millions avec 1 reconstitution payante
- Tranche 2 : 20 millions xs 10 millions avec 1 reconstitution payante
Remarque : la rétention du contrat en excédent de sinistre peut par ailleurs être elle-même
couverte par un contrat Stop loss ou plus particulièrement un aggregate excess of loss (par
ex : 10 xs 3 sur base annuelle).
En pratique, la compagnie décidera d’agréger son portefeuille Cat Nat et son portefeuille auto
dans la mesure où ces deux portefeuilles sont dépendants de manière stochastique. Autrement
dit, les catastrophes naturelles impactant les habitations sur son portefeuille Cat Nat sont
également susceptibles de toucher les véhicules des assurés dans une même zone
géographique.
Prix : Normalement, un contrat de réassurance coûte au moins 2% de ROL. Mais en Cat Nat,
le marché est tellement soft qu’il n’est pas rare de rencontrer des contrats comme celui
présenté ci-dessus (pour une couverture max de 250 millions) pour un coût compris entre 3 et
3,5 millions (càd un ROL compris entre 1,2% et 1,4%). On est donc passé sous la frontière
psychologique qui régnait précédemment sur les marchés.
61
9. La réassurance vie
Les branches en assurance qui peuvent faire l’objet d’une réassurance et qui nous intéressent
tout particulièrement dans ce chapitre sont celles dont le péril concerne la vie ou le décès de
l’assuré ainsi que les garanties annexes (ex : invalidité). Il s’agit donc des branches 21 et 23.
Pour rappel, ces deux branches constituent l’ensemble des produits d’épargne de type
« assurance » (>< produits bancaires) mais la première offre un capital ainsi qu’un rendement
garanti alors que ce n’est pas le cas de la deuxième qui n’offre que le capital garanti (le taux
de rendement n’est pas garanti car le fond est investi sur les marchés financiers).
Par ailleurs, l’accident et le revenu garanti sont deux classes de risques (branche 1 et 2)
cataloguées en non-vie mais qui peuvent également faire l’objet d’une réassurance dans le
cadre de ce chapitre.
Principalement, les cédantes seront les compagnies d’assurance proposant des produits
d’assurance vie, mais les réassureurs peuvent également traiter avec les fonds de pension qui
sont des organismes de types « bancaire » (ex : ils proposent l’épargne-pension qui est
l’analogue bancaire des produits des branches 21 et 23). La loi prévoit ainsi que ces
organismes peuvent faire appel tant à de l’assurance que de la réassurance.
Comme il a déjà été dit, les sinistres concernent la vie ou le décès de l’assuré ainsi que les
garanties annexes. Plus particulièrement, les périls visés sont :
- Le décès
- Le décès accidentel (y compris les couvertures de type « non-vie » comme le PA).
- L’invalidité (y compris lorsqu’il est souscrit en « non-vie »)
- Dans une moindre mesure :
o Les maladies redoutées (ce risque concerne les couvertures décès qui prévoient
une avance sur le paiement du capital décès en cas maladie grave)
o La dépendance (risque lié à l’incapacité des personnes âgées)
o La longévité : Il s’agit du risque de voir l’espérance de vie s’allonger de
manière non-déterministe et par conséquent que l’assureur voit ses prestations
62
augmenter. Supposons un produit de type épargne qui prévoit à la pension le
versement d’une rente si l’assuré est toujours en vie. Lorsque l’espérance de
vie augmente, les déboires de la compagnie augmentent considérablement
puisqu’elle devra verser la rente sur une plus longue période. Néanmoins en
Belgique, la sortie sous forme de rente du capital constitué à l’échéance (càd à
la pension) est fiscalement pénalisée. De plus, culturellement, le belge préfère
toucher son capital one shot. Le péril lié à la longévité ne concerne donc que
très peu les assureurs en Belgique. Notons que ce n’est pas le cas en Angleterre
par exemple, où les compagnies se retrouvent avec des passifs gigantesques
destinés à honorer les rentes futures, et qui plus est sont très probablement
sous-estimés en raison de l’amélioration des tables de mortalité.
Premièrement, la réassurance vie permet de couper les pointes sur certains risques
particulièrement élevés. Par exemple, lorsqu’un assuré pèse des millions d’euros alors que la
moyenne du portefeuille est de 50.000 euros par tête, il peut être intéressant pour la
compagnie de céder une partie de ce risque afin d’homogénéiser son portefeuille et de ne pas
s’exposer à un risque excessif sur une seule tête.
Deuxièmement, la réassurance vie peut s’opérer dans le but de structurer l’achat d’un contrat
de type Cat Vie (Catastrophe vie) sur la rétention. Autrement dit, la compagnie peut réassurer
son portefeuille de clientèle « par risque » (càd par tête ou par police : cf. infra) et par ailleurs
couvrir également la rétention « par événement » (comme pour la réassurance Cat Nat). En
effet, tout portefeuille est exposé au risque qu’un événement peu probable soit responsable du
décès de plusieurs tête (ou de plusieurs polices), ce qui représenterait un sinistre considérable
pour la compagnie. Prenons l’exemple d’un accident d’avion dans lequel 50 passagers étaient
clients chez le même assureur. Il est important de noter que les réassureurs seront rarement
disposés à proposer une couverture « Cat vie » si le portefeuille n’est initialement couvert par
aucun contrat « par risque » qui coupe préalablement les pointes. C’est la raison pour laquelle
la réassurance « par risque » s’opère dans le but de réassurer la rétention « par événement ».
63
d’information n’est susceptible de tronquer les probabilités sur lesquelles il se base pour
calculer le risque.
Prenons l’exemple d’un assuré dont la mortalité est aggravée en raison d’un mauvais état de
santé. La compagnie désire naturellement quantifier cette aggravation de la table de mortalité
afin d’adapter le tarif de base (car aucune table de mortalité prenant en compte ce facteur
n’existe à l’échelle de la Belgique). Elle doit donc mettre en œuvre une procédure de tests
fastidieuse et couteuse, mais ne dispose pas des moyens suffisant pour le faire. Dans ce cas,
elle pourrait envisager de réassurer ce risque qui sera alors inspecté en détails par le
réassureur via une batterie de tests médicaux. De plus, le réassureur peut dans certains cas
disposer de tables de mortalités aggravées qui prennent en compte certains facteurs comme
une maladie grave (puisque lui travaille à l’échelle internationale et donc a une plus grosse
base de données).
Remarque : En raison du nombre de refus croissant des assureurs à assurer des risques
aggravés, est née la loi Partyka qui stipule notamment que toute compagnie doit explicitement
et en détails faire un compte rendu de ses motivations lorsqu’elle refuse un client. Cette loi
vise ainsi à protéger les clients de manière à ce que chacun puisse profiter d’une assurance
malgré son état de santé (ex : il souffre de diabète) ou son activité professionnelle (ex : il
travail en contact avec de l’amiante). On comprend alors que la réassurance prend ici une
dimension toute particulière puisqu’elle permet de palier à cette contrainte à laquelle sont
désormais soumises les compagnies d’assurance.
Prenons un second exemple, celui d’une personne dont la mort imminente l’a conduit à
constituer une donation dans le but d’éviter les frais de succession. La loi ayant néanmoins
évolué afin d’éviter ce genre de manipulations, il faut savoir que cette donation est soumise à
une lourde taxation (équivalente aux frais de succession) lorsque le décès survient dans les
trois ans qui suivent la constitution de la donation. C’est pourquoi le client potentiel désire
assurer le montant des droits de succession pendant ces trois années. Pour ce faire, il va
s’adresser à une compagnie qui va relayer le dossier à un réassureur. Lorsque ce dernier aura
mené sa petite enquête et donné son accord, la compagnie sera assurée qu’aucune asymétrie
d’information ne persiste entre elle et son client potentiel.
64
Rappels : la réassurance proportionnelle en excédent de plein est telle que la cédante ne
conserve, par sinistre, pas plus qu’un montant appelé le « plein ». On note SIi la somme
assurée de la police i, R le plein de rétention et τi le taux de cession :
𝑅
𝜏 = max (0 ; 1 − )
𝑆𝐼
65
Pour les contrats « décès toutes causes », le capital réassuré ne correspond pas à celui qui a
été assuré initialement, on considère plutôt le capital sous-risque, c’est à dire le capital décès
diminué de la réserve mathématique. En effet, pour des raisons prudentielles imposées par
Solvency II, une réserve doit légalement être constituée par la compagnie selon les
probabilités données par la table de mortalité. Le risque est que celle-ci peut s’avérer inférieur
au capital décès en raison d’une déviation par rapport à la loi des grands nombres (par
exemple la table prévoyait le décès de l’assuré dans 5 ans mais il est décédé plus vite que
prévu, années durant lesquelles il aurait du financer ce capital). Dès lors, si la réserve n’est
pas suffisante, le delta avec le capital décès est soumis à un contrat de réassurance. Par
exemple : une assurance groupe prévoit le versement de 400.000 euros en cas de vie à l’âge
de la pension ainsi qu’un versement de 200.000 en cas de décès avant. Lorsque l’employé
décède avant d’être pensionné et qu’il a constitué à ce moment 150.000 pour le capital décès,
la montant réassuré ne s’élève qu’à 50.000 (le delta) et non à la totalité des 200.000 assurés
initialement.
Pour les contrats « décès accidentel » (>< mort de vieille), il en va de même sur le plan
technique. Néanmoins, en pratique, la probabilité que l’assuré décède avant l’échéance étant
tellement faible, on n’impose pas la constitution d’une réserve en cours de vie du contrat. Dès
lors, la somme réassurée correspond généralement à la somme initialement assurée.
Pour les contrats mixtes de type « décès + décès accidentels », l’utilisation de cette méthode
peut porter à confusion. L’exemple typique est l’ACRA (Assurance complémentaire pour
risque d’accident) qui prévoit le versement d’un capital en cas de décès (pour cause de
vieillesse) ainsi qu’un capital complémentaire si ce décès résulte d’une accident. Dans un tel
cas de figure, plusieurs méthodes sont envisageables :
66
Remarque : On est dans le cadre d’un contrat en excédent de plein, pourtant ces notations
ressemblent à un contrat en excédent de sinistre. Cela s’explique par le fait que ces deux
méthodes sont équivalente lorsqu’on considère un péril « binaire » c’est à dire dont les issues
possibles sont au nombre de 2 : le décès survient ou ne survient pas. Explication plus précise ?
Cette méthode n’est pas intéressante pour la compagnie d’assurance car dans l’éventualité où
le décès serait de cause accidentelle, elle serait soumise à 2 pleins de rétentions et conserverait
donc à sa charge un montant plus important du sinistre.
67
𝐶𝐷
𝐶𝐷! = max (0 ; 𝐶𝐷 − ∗ 𝑃𝑙𝑒𝑖𝑛)
𝐶𝐷 + 𝐶𝐷𝐴
𝐶𝐷𝐴
𝐶𝐷𝐴! = max (0 ; 𝐶𝐷𝐴 − ∗ 𝑃𝑙𝑒𝑖𝑛)
𝐶𝐷 + 𝐶𝐷𝐴
Pour les contrats « invalidité », les calculs sont plus complexes car la garantie ne représente
que très rarement un capital fixé à l’avance. Il s’agit en effet dans la majorité des cas d’une
rente : lorsque l’assuré tombe en invalidité, la compagnie s’engage à lui verser
périodiquement un certain montant jusqu’à sa mort. Or, sur le plan actuariel, la valeur d’une
rente est beaucoup plus compliquée à estimer dans la mesure où on ne connaît pas encore
l’âge du décès de l’assuré (et donc le nombre de rentes qui seront versées : l’assuré vivra-t-il
encore 1 an ou 20 ans ?). Le montant total offert en garantie par la compagnie est
stochastique. Dès lors, il convient d’adapter le calcul du taux de cession afin d’optimiser la
réassurance. Il existe en théorie 2 manières de fonctionner :
68
Méthode 1 : On calcule le taux de cession sur base d’un plein converti sous forme de rente
(cf. cours d’assurance-vie I : calculs d’annuités).
Exemple : Si la rente annuelle s’élève à 50.000 et que le plein exprimé en rente à 10.000,
alors le taux de cession vaut (1 – 10/50) = 80%.
Cette première méthode reste néanmoins très peu convaincante sur le plan actuariel comme
nous le verrons.
Méthode 2 : On calcule le taux de cession sur base d’un plein exprimé en capital constitutif.
Pour illustrer avec un exemple numérique la différence entre ces deux méthodes, voici un
tableau qui compare 3 têtes d’âges différents :
Age 25 40 55
Sexe H H H
Capital constitutif
1.482.533 1.019.738 454.433
Brut = Rente * äxn
69
Conclusion : Le contrat d’assurance est potentiellement plus dangereux pour le premier
individu car il est plus jeune (et donc que son äxn est plus grand). En effet, son capital
constitutif brut de réassurance est plus élevé. Autrement dit, si il rentre tout de suite en
invalidité, les déboires futurs de la compagnie seront plus importants.
Supposons dans un premier temps que la compagnie se réassure en excédent de plein avec un
plein exprimé en rente (40.000). Le taux de cession est donc identique pour tout le monde et
vaut 20% (car la rente est la même pour tout le monde). On voit que le capital constitutif en
rétention reste plus important pour la personne la plus jeune. Autrement dit, net de
réassurance, le contrat pour la personne la plus jeune risque toujours de coûter plus cher dans
le futur. La réassurance ne joue pas ici pleinement son rôle.
Supposons dans un second temps que la compagnie se réassure en excédent de plein avec
cette fois un plein exprimé capital constitutif (500.000). Comme ici le capital constitutif brut
(calculé sur base du äxn) évolue en fonction de l’âge, le taux de cession n’est pas identique
pour tout le monde. On remarque qu’au plus l’âge de l’assuré est faible, au plus le taux de
cession est élevé. La méthode permet effectivement de mieux capter le risque : au plus
l’assuré est jeune, au plus il est risqué pour les raison développées précédemment, et donc au
plus la compagnie va vouloir céder du risque à son réassureur. Au final, le portefeuille de la
compagnie net de réassurance est beaucoup plus homogène. Dans tous les cas, le risque
maximum est limité à 500.000 euros (il n’est même pas nécessaire de réassuré la troisième
tête) qui correspond au plein exprimé sous forme de capital constitutif.
Pour rappel, la prime commerciale d’un contrat d’assurance correspond à la prime pure
(calculée souvent comment l’espérance mathématique du risque : cf. cours d’assurance non-
vie I) augmentée d’une part du chargement (pour financer les frais d’acquisitions, les frais
d’encaissement, les frais de gestion, etc.) et d’autre part de la marge bénéficiaire de la
compagnie.
70
D’un point de vue des cash-flows, cette commission vient donc en déduction de la prime
cédée. C’est généralement pour cette option que l’on opte en assurance invalidité.
Exemple numérique :
Rente 75.000
Taux de prime 2,50%
Prime commerciale 1.875
Annuité 29,65066
Capital constitutif 2.223.800
La réassurance à la prime de risque va quant à elle fonctionner sur base d’une prime qui es
plus proche du risque, du moins qui va être déconnectée de la tarification originale de
l’assureur. Autrement dit, le réassureur ne se fie pas à la prime commerciale qui est une
interprétation du risque selon la compagnie, mais va définir lui-même le prix de la couverture
selon sa vision personnelle du risque. Il va abandonner la notion de prime commerciale et va
calculer une « prime de risque ».
Cette seconde méthode est typiquement utilisée en assurance décès en raison de la divergence
d’opinions entre les assureurs et les réassureurs quant à l’exactitude des tables de mortalité sur
lesquelles se basent les compagnies pour définir leurs tarifs. L’idée sous-jacente de la
méthode est d’élaborer un tarif de réassurance sur base d’un pourcentage inférieur à 100%
d’une table de mortalité publiée (par exemple ils prennent 40% de la MK/FK’). En procédant
ainsi, les réassureurs pourraient atténuer les probabilités déduites des tables de mortalité qu’ils
jugent beaucoup trop favorables aux compagnies en raison de l’amélioration croissante de
l’espérance de vie. Car si l’espérance de vie augmente, cela revient à dire que la probabilité de
71
décès diminue. Or, si les tables ne sont pas revues régulièrement (c’est le cas de la table
MK/FK’ qui date de 1992), les probabilités réelles deviennent inférieures au probabilités
utilisées dans les calculs de l’assureur. Par conséquent, le tarif de l’assureur est exagérément
élevé et comme les gens meurent moins vite que prévu, ils cotisent plus et plus longtemps
alors que les prestations de la compagnie n’évoluent pas (le capital à l’échéance reste celui
défini dans les termes du contrats d’assurance). C’est le jackpot pour la compagnie. Mais le
réassureur qui désire racheter en réassurance une fraction du portefeuille d’assurance,
n’acceptera que pour un montant inférieur à la valeur définie selon les tables erronées étant
donné que le risque qui avait été acheté initialement par la compagnie a perdu de la valeur
depuis la souscription du contrat original.
La méthode consiste à réassurer régulièrement (ex : tous les mois) le capital sous-risque c’est
à dire la différence entre la somme garantie en cas de décès définie dans les termes du contrat
et la valeur de rachat (autrement dit la réserve mathématique du contrat qui tient compte des
probabilités mises à jour) lorsque cette valeur de rachat est inférieure à la garantie plancher
(autrement dit le montant minimum tel que les prestations ne soient jamais inférieures aux
sommes versées par l’assuré). Lorsque les probabilités de décès chutent (amélioration de
l’espérance de vie), la réserve diminue mécaniquement puisque la compagnie est plus
optimiste quant à la longévité de l’assuré. Et si les probabilités de décès chutent à tel point
que la valeur de rachat passe sous la valeur plancher de la garantie, alors la différence positive
72
avec la garantie offerte est réassurée. On applique ensuite la probabilité de mortalité
périodique en vigueur (ex : mensuelle) sur cette différence.
Par ailleurs, étant donné que les taux ne cessent de chuter sur les marchés, le réassureur qui
craint de garantir un taux trop élevé peut reconsidérer le taux d’intérêts technique utilisé dans
ses calculs actuariels en fonction de la conjoncture. Ce taux peut être annuellement
renouvelable et également n’être garanti que sur une période donnée. Notons que la baisse de
ce taux aura naturellement un impact direct sur la valeur des engagements.
Egalement, les surprimes (càd les suppléments de prime qui justifient l’aggravation de la
probabilité de décès, ex : un malade) peuvent également être réassurées. Pour ce faire, on
applique les surprimes sur la prime de risque définie précédemment. On obtient alors la prime
de risque totale.
Enfin, pour connaître la prime cédée au réassureur on applique comme d’habitude le taux de
cession (calculé par exemple sur base d’un plein exprimé en capital constitutif) sur la prime
du contrat d’assurance prise en considération, ici la « prime risque totale ».
Age 40
Sexe H
73
Plein en CC (méthode 2) 200.000
Taux de cession 80%
Prime cédée 1.348
Faisons le point sur cette méthode seconde méthode : elle est évidemment parfaite sur le plan
actuariel mais est très contraignante pour la cédante qui voit le coût de la réassurance
considérablement augmenter (car la valeur de rachat s’avère en général bien inférieur à la
garantie en cas de décès). De plus, elle nécessite de gros efforts en terme de gestion.
Cette méthode est typique à l’assurance décès. Mais dans la mesure où elle vise à protéger le
réassureur en cas d’amélioration de l’espérance de vie, elle peut également être utilisée dans
le cadre des assurances invalidité où le réassureur craint de devoir verser une rente sur un
délai plus long que prévu.
Néanmoins, ce cas de figure est très rare et on préfère travailler de deux manières : soit le
réassureur compense la différence de tarif en exigeant que la compagnie lui reverse un certain
pourcentage des arrérages de la rente qu’elle verse à son assuré et ce peu importe les
caractéristique de la police, soit il fait de même après avoir définit un tarif détaillé selon les
caractéristiques de la police (l’âge de l’assuré, le sexe, l’échéance, le délai de carence, le taux
d’indexation, etc.). Une troisième méthode visant à déconnecter le tarif du réassureur au tarif
de base consisterait pour le réassureur à se désolidariser des conditions originales de la police.
Par exemple, il pourrait spécifier que la réassurance ne s’applique qu’à partir un certain délai
de carence (ex : au delà de 12 mois d’invalidité). Ce raisonnement est logique étant donné
qu’une grande partie des invalidités ne s’étalent que sur quelques mois tout au plus. On évite
ainsi de petits Cash-flows inutiles.
La réassurance par génération (ou en expiration naturelle) consiste à couvrir jusqu’à son
extinction le portefeuille construit par la compagnie. Le réassureur suit toutes les polices du
portefeuille jusqu’à ce qu’elles se soient toutes éteintes. Notons que pour qu’une police sorte
du portefeuille, on peut avoir deux cas de figure : soit la personne décède soit le contrat arrive
à échéance (ex : assurance temporaire décès).
74
Cette manière de fonctionner était très populaire dans les années 50’ mais on a vite commencé
à parler de l’amélioration des tables de mortalité et de la chute des taux d’intérêt. Or, comme
les tarifs étaient fixés sur une table à l’origine (sûrement sous-estimée) et que les taux étaient
garantis par la compagnie, les réassureurs sont devenus de moins en moins friands de la
réassurance par expiration naturelle car ils ne voulaient plus s’engager dans des contrats de
long (voir très long) terme dans de telles conditions. Il n’est d’ailleurs pas rare de rencontrer
des compagnies d’assurance prisonnières de leur portefeuille (qui selon cette méthode est
toujours en vie à l’heure actuelle) :
- Elles ont accordé à l’époque des contrats d’assurance très avantageux lorsque la
conjoncture était bonne. Elles ont garanti des taux élevés alors qu’aujourd’hui ils sont
quasi nuls.
- Elles doivent payer des primes de réassurance démesurée car celles-ci ont été
calculées à l’origine du contrat de réassurance alors qu’aujourd’hui la mortalité s’est
améliorée (si le contrat de réassurance devait être recalculé, il coûterait moins cher).
Elle ne peut par ailleurs pas résilier le contrat car le réassureur exigerait alors qu’elle règle la
différence de valeur. La compagnie est réellement prisonnière de cette situation. On peut
même dire que le portefeuille appartient au réassureur.
Sans parler du fait que le risque de contrepartie (risque que le réassureur fasse faillite en cours
de route) augmente avec la durée du contrat, le fait d’avoir souscrit des contrats à long terme a
mis à l’époque les compagnies dans une position très inconfortable, qu’elles subissent encore
actuellement. La réassurance par génération ne semble donc pas être une bonne méthode au
vu de l’évolution rapide et instable des marchés.
75
g. La réassurance par police vs. par tête
La réassurance par police consiste à appliquer le plein police par police (indépendamment du
nombre de tête sur la police) alors que la réassurance par tête consiste à appliquer le plein tête
par tête (indépendamment du nombre de police dont la tête est titulaire).
Il est courant de rencontrer des assurés titulaires de plusieurs polices (ex : Mr. X a souscrit 4
contrats différents d’épargne-pension). En revanche, une police repose en général sur une tête
même s’il existe toutefois des polices avec plusieurs titulaires (ex : une SDR sur les deux têtes
du couple). De là découle un avantage à se réassurer par tête (et donc un inconvénient à se
réassurer par police) :
Remarque : Avec la réassurance par tête, puisque l’idée est d’agréger les têtes titulaires de
plusieurs polices, il conviendrait de les identifier en début d’année car si le plein s’applique
sur la valeur agrégée des contrats, il serait logique que la prime de réassurance se calcule
également sur un montant agrégé. Or, en début d’année, il n’est pas toujours facile d’identifier
ces têtes en portefeuille. Dès lors, il peut être convenu avec le réassureur que la prime de
réassurance payée en début d’année se calcule sur base des primes distinctes des différentes
polices et que des ajustements s’effectueront en cours d’année lorsque les têtes décèderont (et
donc qu’elles seront plus facilement identifiables).
76
Exemple numérique : Supposons un contrat de réassurance par tête à la prime de risque. Ce
contrat prévoit un délai de carence de 12 mois (et deçà desquels aucune prestation du
réassureur ne sera engagée). Le tarif de réassurance s’élève à 1,55% des rentes réassurées (il
s’agit du chargement du réassureur définit de manière conventionnelle). Le plein exprimé en
capital constitutif vaut 200.000 € (ce plein a été calculé sur base d’un taux technique de 1,5%
et de la table MR/FR, avec par hypothèse : la rente est annuelle et on prend l’âge entier le plus
proche, on considère un versement anticipatif (délai de carence = 0) et enfin on envisage une
indexation de la rente). Regardons ce qui se passe sur une seule tête :
- Femme née le 30/06/1970
- 01/01/2015 : Souscription du contrat d’assurance. Le terme est le 30/06/2035. La rente
assurée est évaluée à 120.000 € et payable mensuellement, avec une indexation
(géométrique) de 2% par an après sinistre. Le délai de carence est de 3 mois. Le
contrat prévoit en outre une exonération de prime de 6.000 € (payable
mensuellement). Sur ce contrat s’applique néanmoins une surprime de 25%.
Remarque : L’exonération permet à l’employeur de se décharger des primes qu’il
aurait du payer durant la période d’invalidité (par exemple, dans le cadre d’une
assurance groupe ou d’une pension). La compagnie couvre donc d’une part le capital
lié à l’invalidité mais également le montant des primes durant cette période.
- 01/04/2015 : Survenance du sinistre. La rente est, à ce moment, évaluée à 132.000 € et
l’exonération passe 6.600 € (par exemple car en cours d’année l’assuré a reçu une
augmentation de 10%). L’invalidité est estimée à 50% jusqu’au 01/07/2016.
Remarque : L’invalidité peut varier entre 25% (en dessous l’assureur décline ses
prestations) et 66% (invalidité totale). Ce taux est évalué par les experts.
- 01/01/2016 (soit un an après la souscription) : La rente est toujours évaluée à 132.000
€ et l’exonération à 6.600 €.
77
Calculons ensuite la prime cédée sur base de la prime de risque (à 2 moments : au premier
janvier de chaque année).
Prime cédée
Date Prime de risque
= Prime de risque * taux de cession
78
TOTAL Taux de Intervention
Date Rente Exonération
prestations cession du réassureur
30/04/2015 0€
30/06/2015 0€
30/09/2015 Carence de 0€
12 mois
31/10/2015 0€
30/11/2015 0€
31/12/2015 0€
31/01/2016 0€
28/02/2016 0€
31/03/2016 0€
30/06/2016 5.468 €
D’abord, soulignons qu’il convient de faire ici la distinction entre un excédent de plein
(méthode proportionnelle) et un excédent de sinsitre (méthode non-proportionnelle) car en
invalidité les déboires sont stochastiques.
79
Pour une garantie liée au décès, un excédent de plein correspond sur le plan technique à un
excédent de sinsitre puisque le processus est binaire : soit on accorde un capital fixe au
moment du décès, soit on accorde rien. Autrement dit, en décès, il n’existe pas de sinsitre
partiel.
Exemple : Supposons un capital assuré de 400.000 € et conjointement un excédent de plein
dont le plein est de 150.000 € ainsi qu’un excédent de sinsitre avec une rétention de 150.000€.
Lorsque la personne décès, le sinsitre s’élève à 400.000 € et dans les deux cas, la réassurance
opérera à concurrence de 250.000 €.
Mais pour une garantie invalidité, ce n’est pas le cas puisque le montant du sinistre va
dépendre de la durée et de l’ampleur de l’invalidité. Au plus la tête est invalide pour une
longue période, au plus les déboires seront importants. De plus, l’invalidité peut être partielle
(X% du sinsitre est alors assuré) ou totale (à partir de 66% d’invalidité 100% du sinistre est
assuré).
Exemple : Supposons comme ci-dessus un capital assuré de 400.000 € et conjointement un
excédent de plein dont le plein est de 150.000 € ainsi qu’un excédent de sinsitre avec une
rétention de 150.000€. Lorsque la personne entre en invalidité, admettons à 25%, le sinsitre
s’élève à 100.000 €. Alors qu’on tombe sous la rétention de l’excédent de sinistre (il n’y a
donc pas de réassurance), l’excédent de plein peut fonctionner puisque la méthode est
proportionnelle. La réassurance en excédent de plein s’élève donc à (car le taux de cession
vaut 1-R/SI = 62,5%) 62.500 €. Dans ce contexte, l’excédent de plein semble avantageux.
Malgré cet avantage de taille, l’invalidité qui s’assure en règle générale en excédent de plein
(comme présenté jusqu’ici), peut également s’assurer en excédent de sinsitre.
80
rétention. Par ailleurs, lorsque le contrat prévoit des reconstitutions, la couverture
horizontale est clairement limitée.
De plus, ce genre de contrat ne prévoit pas habituellement de PB. Notons également que les
contrats de nature non-proportionnelle sont très difficiles à élaborer sur le plan du calcul de la
prime de réassurance et des méthodologies employées.
Ce sont les raisons pour lesquelles la réassurance invalidité en excédent de sinsitre n’est pas la
norme sur le marché belge. Néanmoins, si la compagnie est incapable de fournir une
photographie de son portefeuille au 1er janvier et au 31 décembre (pour le calcul des primes
de réassurance notamment) alors il est impossible de travailler autrement et l’excédent de
sinsitre semble être la solution (et c’est valable également en décès).
En outre, le réassureur peut introduire un report de perte pour éviter que le résultat négatif des
mauvaises années soit totalement à sa charge et que le résultat positif des bonnes années soit
atténué par un versement de PB. Dès lors :
Dans le même ordre d’idée, le réassureur peut également mutualiser ses pertes en prévoyant
un calcul de PB sur base de 3 ans, ce qui donne :
81
PB = 75% * max(0 ; P1 + P2 + P3 – S1 – S2 – S3 – FG)
Exemple numérique :
PB (85%) 520.625
Un portefeuille d’assurance décès (et dans une moindre mesure en invalidité) peut également
être couvert par un contrat de réassurance par événement (sous réserve qu’il soit déjà réassuré
par risque : cf. infra). La motivation d’une telle méthode est qu’un portefeuille, bien qu’il soit
déjà couvert, pourrait être touché gravement par un événement impliquant simultanément
plusieurs têtes en rétention.
Dans la mesure où les évènements visés peuvent causer des décès mais également des
invalidités, il est dans l’intérêt de la compagnie de couvrir ces deux périls à travers son contrat
de réassurance Cat Vie.
Qu’entend-t-on par « événement » ? En Belgique, les cas de figure susceptibles de justifier les
prestations du réassureur en Cat Vie par événement peuvent être :
- Une catastrophe dans un même bâtiment (incendie)
- Une catastrophe dans un train, un avion, etc.
- Une catastrophe dans une gare à l’heure de pointe
- Une catastrophe naturelle (tremblement de terre, inondation, glissement de terrain)
82
A titre d’exemple, on peut citer les divers événements suivant :
- Le Tsunami ayant frappé la Thaïlande en 2004 a impacté les portefeuilles suédois car
de nombreux touristes y étaient présents.
- Le sinistre Swissair du vol NY-Genève en 1998 a concerné plusieurs hommes
d’affaire très fortunés assurés au sein de la même compagnie.
- Le crash d’un charter norvégien en 1989 a impliqué 55 passagers de la même société,
lesquels étaient assurés chez le même assureur via l’assurance groupe unique de
l’employeur.
- Le crash d’un vol aérien avec toute l’équipe de Zambie à bord (1993).
Remarque : le terrorisme n’est pas considéré comme un événement car il existe un « pool
terrorisme » auquel participent toutes les compagnies. Ce fond de calamité fait donc déjà
office de mutualisation des risques et ce de manière obligatoire. Le risque d’attentat n’as donc
plus besoin d’être assuré.
83
l. Tentative de modélisation du risque Cat Vie
On commence par définir la quantité A(x) qui est le nombre de décès causés par des accidents
impliquant au minimum x victimes. Ce nombre s’exprime par million d’habitants et par année
(la réassurance jour par année, donc il faut travailler par année). Strickler formule cette
quantité comme suit :
𝐴 𝑥 = 𝑎 . 100!/! . 𝑥 !!
Où :
- a est le paramètre qui gouverne la mortalité accidentelle. Selon ses données, Strickler
trouve le nombre de décès occasionnées par des accidents impliquant au moins 1
victime (par million d’habitant et par année) : A(1) = 800 (donc a = 8).
Par conséquent, 800 / 1 million = 0,8 pm = 0,08% qui correspond au taux de décès
accidentel.
Remarque : De nos jours on tourne autour de 0,35 pm en raison de tous les moyens de
sécurité mis en place. Le taux est donc ici énorme car il correspond au taux de décès
accidentel de la population assurée. Or ce taux est en règle générale inférieur au taux
de décès de la population totale (sauf en présence d’anti-sélection négative :
lorsqu’une personne assurée elle plus susceptible de décéder donnait droit ainsi au
capital assuré, le décès pouvant être occasionné par un suicide par exemple, auquel cas
la compagnie n’avait pas connaissance de la probabilité la mortalité aggravée).
- b est le paramètre qui gouverne la queue de la distribution : au plus b est petit (au plus
x-b est grand) au plus on donne de l’importance au accident avec beaucoup de
victimes.
!
𝐴 𝑥 = 8 . 100!/! . 𝑥 ! !
84
Comme le montre le graphique suivant, le A(x) chute très rapidement à mesure que x
augmente. Autrement dit, au plus les accidents impliquent un nombre important de victimes,
au moins il y en a.
On définit ensuite le nombre de décès causés par des accidents impliquant exactement x
victimes : A(x) – A(x+1). Ce nombre s’exprime toujours par million d’habitants et par année.
Notons que ce nombre total de décès causés par les accidents avec x victimes correspond au
nombre d’accident avec x victimes que l’on multiplie par le nombre de victimes par accident
(càd x). Dès lors, si l’on divise notre quantité A(x) – A(x+1) par le nombre de victimes x, on
obtient une quantité fort intéressante pour l’actuaire qui est le nombre d’accident avec x
victimes (en millions d’habitants et par année) :
𝐴 𝑥 − 𝐴(𝑥 + 1)
𝐻 𝑥 =
𝑥
Lorsqu’on additionne les H(x) sur tous les x possibles, on trouve le nombre total d’accidents
(en million d’habitants et par année). Afin de limiter ses calculs (et plus particulièrement de
réduire le nombre d’éléments à sommer), Strickler a néanmoins posé comme
hypothèse H(x)=0 lorsque x > 1.500. Autrement dit il suppose qu’il n’existe aucun accident
impliquant plus de 1.500 victimes. Ce qui lui a permis de calculer numériquement :
!"##
𝐻 𝑥 = 760,8974
!!!
85
Lorsqu’on multiplie H(x) par le nombre de victime x on retombe sur le nombre de décès
causés par les accidents avec x victimes et si on somme sur tous les x possibles on retrouve le
nombre total de décès par accident (toujours en million d’habitants et par année) :
𝑥. 𝐻 𝑥 = 𝐴 1 = 800
!!!
Etant donné qu’on limite la somme à x = 1.500, il convient de prendre en compte un terme
d’erreur ce qui donne :
!"##
𝑥. 𝐻 𝑥 = 𝐴 1 − 𝐴 1.500 = 799,2991
!!!
Il a également étendu ses calculs en posant que H(x) > 0 lorsque x > 3.000 puis x > 6.000 :
!"""
𝑥. 𝐻 𝑥 = 𝐴 1 − 𝐴 3.000 = 799,445
!!!
!"""
𝑥. 𝐻 𝑥 = 𝐴 1 − 𝐴 6.000 = 799,5594
!!!
On remarque une convergence très lente vers A(1) = 800 à mesure qu’on augmente le nombre
maximum de décès que l’on envisage par accident (de 1.500 à 3.000 puis 6.000).
On définit maintenant la fonction de densité d’un accident avec x décès (sachant qu’il y a
un accident) :
𝐻(𝑥)
ℎ 𝑥 = !"##
!!! 𝐻(𝑥)
86
Supposons à présent un portefeuille avec NI assurés et que la taille de la population totale soit
N. On dénote TSI : la somme totale assurée (net de la réassurance par tête). On peut
facilement définir la somme moyenne assurée en rétention :
𝑇𝑆𝐼
𝐴𝑆𝐼 =
𝑁!
Par convention, on va admettre à partir d’ici que ASI = 1 afin de simplifier les notations. Il
suffira alors de multiplier le résultat final du raisonnement par ASI.
Strickler propose dans le seul but d’alléger ses calculs (car dans les années 60 il n’y a pas
encore des machines puissantes comme aujourd’hui) que la somme assurée pour une police
donnée est distribuée selon une loi exponentielle négative de moyenne lamda = 1. La densité
s’écrit comme :
𝑝(!) 𝑧 = 𝑒 !! ; 𝑧 > 0
(!) !!
𝑧 !!!
𝑝 𝑧 = 𝑒 ;𝑧 > 0
𝑥−1 !
87
zM = 0 pour les
!!!
accidents faisant
𝑓!! 0 = ℎ(𝑥)
moins de M
!!!
victimes
zM = z pour les
!
accidents faisant !
𝑓!! (𝑧) = ℎ 𝑥 .𝑝 𝑧 ;𝑧 > 0
au moins M !!!
victimes
La prime de réassurance est donnée par l’espérance du risque sur la tranche du réassureur
c’est à dire de max (0 ; sinistre – priorité) :
𝐸!,! = E [max 0 ; 𝑧! − 𝑃 ]
! !
!
!!
𝑃 !!! 𝑃!
𝐸!,! = 𝑧 − 𝑃 . 𝑓!! 𝑧 𝑑𝑧 = 𝑒 . ℎ 𝑥 + (𝑥 − 𝑃)
! 𝑥! 𝑗!
!!! !!!
88
Par ailleurs, la variance du risque est donnée par :
!
𝑉!,! = (𝑧 − 𝑃)! . 𝑓!! 𝑧 𝑑𝑧 − (𝐸!,! )!
!
! !
!!
𝑃 !!! 𝑃!
= 𝑒 . ℎ 𝑥 (𝑥 − 𝑃) + (𝑥 + 𝑥 − 𝑃 ! ) − (𝐸!,! )!
𝑥! 𝑗!
!!! !!!
Exemple numérique :
89
selon la sévérité de l’hypothèse choisie. En revanche, au niveau de la déviation standard,
l’erreur n’est pas négligeable. Au plus le nombre maximum de victime que l’on autorise par
accident augmente, au plus la déviation standard augmente. Lorsque H(x) = 0 pour x > 1.500,
l’erreur est inférieure à 1. Mais dès qu’on envisage H(x) = 0 pour x > 6.000, l’erreur devient
dramatique. Ce constat montre la fragilité du modèle pour les événements situés dans la queue
de la distribution (et on ne regarde ici que la déviation standard qui est une mesure de risque
peu satisfaisante ; la conclusion serait davantage intéressante si on regardait par exemple la
TVaR). Lorsque P = 102, les conclusions sont identiques. Notons toutefois que à ce niveau le
M choisi importe peu car pour un sinistre atteignant un niveau pareil, le nombre de victimes
impliquée sera d’office élevé (et donc supérieur au seuil imposé par le contrat pour qu’il soit
applicable).
Afin de répondre à ce problème d’erreur de calcul, apportons une amélioration au modèle. On
a supposé dans le calcule précédent de de E et V que la somme était infinie, autrement dit que
le réassureur offrait une tranche « illimité xs P ». Or, en pratique, ce n’est pas le cas. En effet,
il offrira souvent une « C xs P ». Posons alors une borne supérieure à l’intégrale qui
correspond à la limite du contrat de réassurance (P + C).
90
Exemple numérique : Les calculs ci-dessus (avec P = 102) ont été refais avec cette contrainte
supplémentaire. Les résultats sont les suivants.
Conclusion : L’erreur de calcul devient très faible tant au niveau de l’espérance du risque que
de sa déviation standard. Cela s’explique par le fait que la déviation standard s’explique en
très grande partie par ce qui se passe dans la queue de la distribution et non par ce qui se passe
entre 2 et 102. Ce constat est interpellant. En effet, on est en droit de se dire qu’en gardant en
rétention les sinistres au delà de 102, la compagnie conserve la plus large partie de la
volatilité du risque (bien que la masse de probabilité associée aux événements extrême est très
faible). Autrement dire, la compagnie se réassure mais conserve néanmoins la partie du risque
la plus dangereuse.
On a supposé jusqu’ici par soucis de facilité que la compagnie d’assurance était unique sur le
marché (car Strickler ne disposait d’aucune donnée sur la concurrence) et que la totalité de la
population était cliente chez cet unique assuré (car il ne disposait que de la base de données
de Net Life relative à l’ensemble de la population). Or ces hypothèses de travail semblent trop
simplistes car aujourd’hui :
- De nombreuses compagnies cohabitent sur un même marché et la clientèle totale est
donc éparpillée parmi ces différentes compagnies.
- Dans la population générale certaines personnes ne sont pas assurées.
Ce problème est connu sous le nom d’ « effet de dilution ».
Cherchons donc à complexifier un peu le modèle en supposant qu’au cours d’un accident, les
personnes impliquées peuvent être soit clientes de la compagnie que l’on étudie soit d’une
compagnie concurrente ou encore n’être assurées auprès d’aucune compagnie.
91
étudiée c’est à dire des clients du portefeuille de taille NI. Rappelons que la densité de
probabilité d’une telle loi est une hypergéométrique, ce qui nous donne :
𝑁! 𝑁 − 𝑁!
.
𝑥 𝑗
𝑃 𝑋=𝑥 = ; 𝑥 = 0, 1, … , 𝑁!
𝑁
𝑥+𝑗
Lorsque N et NI sont gigantesques, cette probabilité qui semble triviale est néanmoins très
difficile à calculer (over flow). On utilise alors la propriété très intéressante selon laquelle une
hypergéométrique peut être approximée par une binomiale pour un N tendant vers l’infini. Et
la probabilité que x victimes parmi les x + j soient assurées auprès de notre assureur devient :
𝑥+𝑗
𝑃 𝑋=𝑥 = . 𝑣 ! . (1 − 𝑣)! ; 𝑥 = 0, 1, … , 𝑁!
𝑥
𝑁
Où 𝑣 = ! 𝑁
On peut donc calculer la probabilité que x têtes assurées dans le portefeuille de la compagnie
décèdent dans un accident touchant la population générale. Il s’agit de la somme sur tous les j
des h(x+j) qui concerne la population générale, pondérée par la binomiale décrite ci-dessus :
!
! 𝑥+𝑗
ℎ (𝑥) = . 𝑣 ! . (1 − 𝑣)! . ℎ(𝑥 + 𝑗)
𝑥
!!!
Exemple numérique (avec v = 3% et H(x) = 0 pour x > 1.500) : La première colonne présente
les résultats selon le modèle de base où l’on considérait que toute la population était assurée
auprès de la même compagnie. La seconde colonne présente les résultats en tenant compte
que seulement v % de la population est assurée auprès de notre compagnie.
92
Conclusion : On observe que la fonction de densité a été en quelques sorte translatée de x = 1
vers x = 0 car selon ce contexte, la probabilité que le portefeuille de la compagnie soit touché
par des accidents ayant causé 0 victime est nettement revue à la hausse puisque l’échantillon
d’assurés est considérablement restreint. En revanche, h(x) = 0 pour x = 0 au niveau de la
population générale, ce qui reste logique.
Remarque : v = 3% ne signie pas que notre compagnie détient 3% des parts de marchés
puisque une large partie de la population n’est pas assurée. Ce pourcentage correspond plutôt
à la part relative du nombre d’assuré auprès de la même compagnie par rapport à la
population totale (v = NI/N).
Un effet de contagion peut également être investigué. Il s’agit du phénomène selon lequel un
même événement peut impacter au niveau d’une même tête plusieurs compagnies différentes
dû au fait que le client était assuré auprès de chacune d’elle. Autrement dit, lorsqu’une tête
décède, elle peut provoquer un sinistre décuplé chez différents assureurs. Toutefois, ce
problème semble fort difficile à résoudre dans le cadre de ce modèle.
93
Jusqu’à présent, on s’est concentré sur la prime pure et la variance de la sinistralité articulée
autour de la probabilité h(x) relative à un seul évènement. Mais qu’en est-il lorsque
surviennent plusieurs catastrophe. Agrégeons les événements. Définissons S comme la
somme des k événements de taille Xi. Le sinistre total réassuré s’écrit comme :
𝑆 = 𝑋! + 𝑋! + ⋯ + 𝑋!
On va considérer que K est aléatoire et on retombe alors dans le modèle collectif de risque.
Si la taille de la population est de N têtes, alors, le nombre attendu de catastrophes est donné
par le nombre total d’accidents par habitant (on divise par 1 million car Σ H(x) s’exprime par
million) que multiplie le nombre d’habitants N, c’est à dire :
! 𝐻(𝑥)
𝐸𝐾 = .𝑁
1.000.000
Si on suppose que K est indépendant de X alors le modèle collectif de risque nous donne :
𝐸 𝑆 = 𝐸 𝐾 . 𝐸[𝑋]
𝑉𝑎𝑟 𝑆 = 𝐸 𝐾 . 𝑉𝑎𝑟 𝑋 + (𝐸 𝑋 )! . 𝑉𝑎𝑟[𝐾]
Si par ailleurs on suppose que K suit comme loi de comptage une poisson (c’est à dire que
E[K] = Var[K] = λ) alors la sinistralité S est distribuée selon une Poisson composée avec :
𝑉𝑎𝑟 𝑆 = 𝐸 𝐾 . 𝐸[𝑋 ! ]
𝑉𝑎𝑟 𝑆 = 𝐾 . 𝑉𝑎𝑟[𝑋]
94
Exemple numérique : Voici les hypothèses :
- Taux de décès par accident : 0,5pm
- N = 10 millions
- NI = 300.000
- V = 300.000/ / 10 mio = 3%
- TSI (net de réass.) = 22,5 milliards €
- Prime pure = TSI * taux de décès par accident = 22,5 * 0,5pm = 11.250.000 €
- ASI (net de réass.) = TSI / NI = 75.000 €
- Réassurance 1 : Excédent de plein par tête avec plein = 100.000 €
- Réassurance 2 : Excédent de sinsitre par événement : « 10 mio xs 200.000 », M =3
- P = 200.000 / ASI = 2,666
- C = 10 mio / ASI = 136
- a=5
- b = 1/3
Pour rappel : D’abord on fait les calculs pour une « illimité xs P ». Ensuite on considère une
« illimité xs P+C ». Ensuite, on trouve une « C xs P » en déduisant la seconde à la première.
95
Conclusions :
- Pour un « illimité xs P » : Pour M = 1, la prime pure calculée selon le modèle de
Strickler s’avère très élevée (802.246) bien qu’elle reste inférieur à la prime pure
théorique (11.250.000). On explique cela par le fait que M=1 n’est pas intéressant en
raison d’un trop grand nombre d’accidents mortels ne faisant qu’une seule victime. En
revanche, lorsqu’on relève le seuil du nombre minimum de personne par accident, on
remarque que la prime pure de réassurance devient ridicule (ex : EP = 14.009 € pour M
= 5) en regard des 10 millions réassurées. On obtient un ROL extrêmement bas de
0,14% (avec x < 1.500) et on en conclu que si on envisage une reconstitution payante
au contrat, son impact serait clairement marginal.
Remarque : théoriquement, on ne saurait calculer le ROL car la tranche est illimitée,
mais il est néanmoins calculé ici sur 10 millions comme si on avait un « C xs P » (afin
de pouvoir le comparer avec les résultats suivants).
- Pour un « illimité xs P+C » : Comme le niveau de priorité es très haut, le modèle
montre qu’il ne reste plus de risque dans la tranche du réassureur, sauf si on considère
H(x) = 0 pour x < 6.000, auquel cas la prime pure serait dérisoire et vaudrait 93 €.
- « C xs P » : En raison des résultats proches de 0 pour le « illimité xs P+C », les erreurs
de calculs pour le « illimité xs P » n’était que très faibles, et par conséquent on
retombe sur des résultats forts similaires.
Comme la compagnie encaisse en prime pure 11.250.000 € et qu’elle achète son « 10 million
xs 200.000 » avec M=3 pour 14.245 € (si x < 1.500), le taux de cession vaut 0,126%.
96
On peut également calculer la déviation standard. Voici les résultats :
Conclusion : Que l’on suppose que N suit une loi de Poisson ou que N soit déterministe, les
résultats sont identiques. La raison à cela est que la majeure partie de la volatilité du risque
selon ce modèle vient de la sévérité des sinsitre (qui est captée par la queue de la distribution)
et non du nombre de catastrophe qui va survenir.
97
Pour terminer faisons un peu d’analyse de sensibilité en changeant la valeur des paramètres.
1) Si on donne plus d’importance aux accidents de grande ampleur : b = 1/5 (au lieu de
1/3) :
Conclusion : Du à une plus grande probabilité d’avoir des grands sinistres, la couverture coute
plus cher.
98
2) Si on restreint la couverture : plein = 500.000 (au lieu de 100.000), ASI 150.000 (au
lieu de 75.000) et la tranche de réassurance = « 50 mio xs 1 mio » (au lieu de « 10 mio
xs 200.000 ») :
Conclusion : Le ROL qui était déjà très bas, est ici presque négligeable. Le contrat de
réassurance offrirait 50 millions de capacité pour seulement 30.000 € approximativement.
Cela est dû au fait qu’on a rehaussé la priorité du contrat et que le modèle a du mal à prendre
en compte les événements extrêmes.
99
3) Si on diminue la taille relative de la compagnie : N = 20 millions (au lieu de 10) et
donc v = 1,5% (au lieu de 3) :
Conclusion générale : le modèle est très intéressant et mérite d’exister mais comme nous
venons de le voir il regorge d’anomalies. Notamment, le modèle abouti dans un large éventail
de situation à une prime pure ridiculement basse en regard de la couverture offerte. C’est
pourquoi en pratique, le réassureur demandera un montant minimum qu’il juge
« acceptable ». Typiquement, ce prix minimum pour un « 10 millions xs 200.00 » se chiffre à
0,5% de ROL approximativement (c’est à dire 50.000 €), peut importe la compagnie ou la
branche ciblée.
Sur le plan théorique, il serait naturellement donc judicieux d’améliorer ce modèle mais
malheureusement la littérature scientifique est très pauvre à ce sujet.
100
m. L’excédent de perte annuelle
Après avoir réassuré son portefeuille vie en excédent de plein, la compagnie peut également
envisager une seconde couverture de réassurance en excédent de perte annuelle afin de se
protéger contre une éventuelle déviation passagère de sa sinistralité sur l’année en cours. On
comprend que typiquement, le but de la manœuvre est de se protéger d’un risque de
pandémie.
Notons que les réassureurs n’aiment ce genre de contrat car ils englobent un risque trop large.
En effet, beaucoup de choses peuvent survenir en cours d’année et causer une déviation de la
sinistralité annuelle. C’est pourquoi ils assortissent souvent les contrats d’excédent de perte
annuelle par une clause qui stipule que le contrat ne couvre que le risque de pandémie. Il en
découle un nouveau problème : Comment définir la pandémie ?
a. Le Burning Cost
Au niveau d’une tranche de réassurance, le Burning Cost (BC) correspond aux sinistres
observés dans la tranche par unité de l’encaissement de prime de la compagnie. Cette mesure
reflète donc le risque intrinsèque de la tranche.
101
𝑂𝑏𝑠𝑒𝑟𝑣𝑒𝑑 𝑋𝐿 𝐿𝑜𝑠𝑠𝑒𝑠
𝐵𝐶 =
𝑃𝑟𝑒𝑚𝑖𝑢𝑚 𝐼𝑛𝑐𝑜𝑚𝑒
Primes Réassurance
Année Sinistres BC
d’assurance (XL)
100.000 5.000 0
15.000 5.000
110.000 8.000 0
2013 0%
8.000 0
7.000 0
130.000 5.000 0
2015 5,4%
17.000 7.000
Un BC moyen de 6,3% signifie que sur une fenêtre d’observation de 4 ans, les primes de
réassurance ont permis de couvrir 6,3% de l’encaissement. Au plus ce pourcentage est élevé,
au plus il montre l’efficacité de la couverture de réassurance.
A travers ce tableau, on voit que l’actuaire étudie le BC d’une année à l’autre afin de se
rendre compte comme le risque évolue au sein de la tranche XL. Sur base de ses observations,
il va alors réaliser des extrapolations afin de « prédire » comment le risque va se comporter à
l’avenir.
102
Avantages du BC :
- Facilité de calcul
- Aucune hypothèse requise (notamment en ce qui concerne la distribution de la
sinistralité)
- Bonne estimation : le BC offre une première idée de ce que va couter la réassurance
pour une « working layer », une tranche travaillante (c’est à dire une tranche dans
laquelle des sinistres ont été recensés).
Inconvénient du BC :
- Négligence de données : Toutes les données dont dispose la compagnie ne sont pas
utilisées car :
o Certaines tranches ne sont pas travaillantes dû au fait qu’aucun sinistre
n’atteint la priorité (ex : supposons un « 10 xs 10 » et le sinsitre le plus
important qui a été recensé historiquement vaut 4).
o Le BC n’intègre pas la notion d’exposition au risque de la compagnie.
- Distorsion du résultat causé par un sinsitre « exceptionnel » : Lorsque la compagnie
observe un sinsitre exceptionnellement élevé, le BC va considérablement augmenter
ce qui va indiquer qu’une hausse des primes de réassurance est conseillée. Or, cette
déviation ne renvoie pas de manière fidèle la réelle évolution du risque de la
compagnie. Exemple : la compagnie observe au cours de la décennie l’événement
bicentenaire, c’est à dire l’événement avec 0,5% de probabilité d’occurrence selon
Solvency II. Dans ce cas de figure, le BC reflèterait une hausse du risque considérable.
Pourtant la compagnie n’est fondamentalement pas plus risquée, cela est juste le
résultat d’un « manque de chance »).
- Impossibilité de prendre en compte certains éléments particuliers en raison de la
simplicité du calcul. Or ces éléments peuvent avoir un impact indirect sur le niveau de
risque de la compagnie.
o Les clauses spéciales : Echelle de prime, reconstitutions payantes, PB, NCB,
etc.
o Le profil du portefeuille (ex : quel est le risque du business de base ?)
o La politique de souscription (ex : si la compagnie accepte trop de contrats,
c’est peut-être au détriment d’une analyse approfondie du risque de sa
clientèle).
o Les contrats sous-jacents (ex : si la tranche XL s’applique sur la rétention d’un
excédent de plein, le risque n’est en réalité que le « risque résiduel »).
- Impossibilité de tarifier une tranche d’assurance qui n’a jamais été touchée
103
En raison de tous ces inconvénients, l’actuaire ne se contente pas du BC et recours à des
modèles mathématiques plus complexes.
L’objectif de l’actuaire est de connaître la distribution de SRE afin d’en calculer l’espérance
(prime pure de réassurance) mais également d’autres quantiles intéressants. Pour ce faire on
s’intéresse dans un premier temps à la distribution de S (et donc de celle de N et X).
Concernant N, on ne dispose bien souvent que des statistiques des 10 dernières années. Or, le
contrat de réassurance en excédent de sinsitre n’ayant probablement donné lieu qu’à de rares
interventions du réassureur au cours de cette période, la quantité de données est très maigre,
raison pour laquelle on applique le principe de parcimonie selon lequel on préfère une loi de
Poisson qui nécessite d’estimer un seul paramètre plutôt qu’une autre loi de comptage plus
complexe (ex : une binomiale négative avec deux paramètres).
104
distribution (cf. infra). Les petits sinistres quant à eux ne se comportent pas comme une
Pareto, mais ils ne nous intéressent pas dans ce cadre.
𝜆!
𝑃 𝑁 = 𝑛 = 𝑒 !!
𝑛!
!
𝐴
𝑃 𝑋>𝑥 =
𝑥
Exemples :
105
Remarque : Dans une loi de Pareto, le paramètre alpha gouverne la queue à droite de la
distribution. Au plus il est petit, au plus la queue à droite est épaisse et donc au plus la
distribution accorde de l’importance aux événements extrêmes.
106
c. La transformation de données
Afin de répondre aux critiques adressées au BC et aux modèles mathématiques, il est souvent
impératif d’adapter les données avant d’utiliser une quelconque méthode de tarification.
L’actuaire peut par ailleurs extrapoler l’indice à 2016 en fonction de son évolution entre 2010
et 2015.
107
Exemple : Indexation des sinistres et des salaires
En RC, on indexera souvent les sinistres en fonction de l’indexation des salaires car
typiquement la RC couvre notamment la perte de revenu et par conséquent, l’inflation des
salaires est supposée avoir une conséquence directe sur l’inflation des sinistres.
Remarque : Sur le graphique précédent, le différentiel entre l’inflation des salaires (en rouge)
et l’inflation des sinistres (en bleu) peut s’interpréter comme la super inflation.
𝐼𝑛𝑑𝑖𝑐𝑒 𝑇
𝑆𝑖𝑛𝑖𝑠𝑡𝑟𝑒! = 𝑆𝑖𝑛𝑖𝑠𝑡𝑟𝑒! ∗ ; 𝑎𝑣𝑒𝑐 𝑇 > 𝑡
𝐼𝑛𝑑𝑖𝑐𝑒 𝑡
Chaque montant historique (ex : un sinsitre survenu en 2006) sera inflaté afin d’être exprimé
en situation « as if » (ex : comme s’il avait été réglé en 2016).
108
Par exemple :
Ainsi, sur base d’un triangle de règlement de sinistre original (avec les montants réellement
payés dans le passé à différents instants), on peut déduire les règlements futurs « as if » à la
date d’aujourd’hui par projection de chaque montant historique selon le taux d’indexation.
Triangle original
Année 1 2 3 4 5 6 7
2010 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016
2011 2011 2012 2013 2014 2015 2016
2012 2012 2013 2014 2015 2016
2013 2013 2014 2015 2016
2014 2014 2015 2016
2015 2015 2016
2016 2016
109
Projection
Année 1 2 3 4 5 6 7
2016 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022
2016 2016 2017 2018 2019 2020 2021
2016 2016 2017 2018 2019 2020
2016 2016 2017 2018 2019
2016 2016 2017 2018
2016 2016 2017
2016 2016
Grâce à cette projection, on sait plus ou moins prédire ce que va coûter au total un sinsitre
survenu en 2016 et qui sera clôturé dans le futur, dès lors qu’on connaît le nombre d’années
de développement (ex : si on sait que le sinistre survenu en 2016 sera réglé en 2018, on
indexe les montants historiques à 2016, 2017, 2018 selon la formule ci-dessus et on calcule
ensuite la somme des déboires sur l’ensemble de la durée de ce développement en 3 ans).
Remarque : cette méthode suppose que le temps de règlement de sinistre n’évolue pas d’une
année à l’autre. Or, ce n’est pas le cas en réalité en raison du contexte socio-économique
(exemple 1 : à cause d’une hausse attendue de l’inflation, les juges peuvent être tentés
d’accorder les compensations le plus rapidement possible, exemple 2 : la compagnie peut
opter pour une politique de règlement de sinistre plus agressive). Il est néanmoins très
difficile de tenir compte de cette composante dans les prévisions de la compagnie.
Lorsqu’il s’agit de manipuler avec précaution les données qui serviront à la tarification du
réassureur, il convient d’identifier les IBNR et les IBNER.
IBNR (Incurred But Not Reported) : Il s’agit des sinistres qui sont déjà survenus mais qui
n’ont pas encore été rapportés par l ‘assurée à la compagnie, et donc encore mois par la
compagnie au réassureur. Ces IBNR constituent un réel problème pour la tarification dans la
mesure où la réassurance ne concerne que les gros sinistres qui traversent la priorité (rappel :
on considère un excédent de sinistre). Or, si la compagnie ne rapporte pas un petit sinistre et
que celui-ci se développe au fil du temps devenant par la suite un gros sinistre, il ne sera alors
rapporté au réassureur que tardivement, au moment là où il traverse la priorité. Or, dans une
110
telle situation, le sinistre réassuré venant d’être déclaré serait tarifé selon un contrat convenu à
une année antérieure dont le coût avait été déterminé sur base des informations dont disposait
le réassureur à l’époque. Autrement dit, la tarification serait tronquée. C’est pourquoi nous
devons corriger le triangle de règlement de sinsitre.
Typiquement, pour régler ce problème, il est préférable d’avoir une idée à chaque instant de
ce que vont couter dans le futurs les sinistres connu à l’heure actuelle. Ainsi, il devient facile
de déterminer si ou ou non il convient de les rapporter aujourd’hui. Pour ce faire, on utilise la
méthodologie de Chain Ladder dont l’idée est de compléter le triangle des règlements de
sinistres (cf. Assurance Non-vie II),
Le triangle peut soit être complété en termes de montants prévisionnels calculés sur base des
montants connus (utile dans le chef de la compagnie) soit être complété en termes de nombre
de sinistres attendus (utile pour le réassureur). Comme on s’intéresse aux IBNR, concentrons
nous ici sur le deuxième cas.
111
Exemple numérique : On se situe en 2015. Les données en vert sont connues à ce moment là,
mais celles en bleu sont des prévisions.
Développement
Accidents 1 2 3 4 5
2011 2 5 6 6 6
2012 1 5 5 6 6,00
2016
Coeff. de
3,80 1,15 1,09 1,00
développement
Explications :
- Supposons qu’ en 2011, 2 sinistres seulement soient connus du réassureur (on regarde
la 1ère ligne du tableau). Mais dès la 2ème année de développement (en 2012 donc), 3
nouveaux sinistres viennent se rajouter (portant le nombre total à 5), puis un 6ème en
2013. In fine, après 5 ans de développements à partir de 2011, le réassureur recense 6
sinistres au total.
- Supposons à présent qu’en 2012 (on regarde maintenant la 2ème ligne du tableau), un
seul sinistre est connu et qu’in fine, après 4 ans de développement (de 2012 à 2015), le
nombre total s’élève à 6. Pour savoir si de nouveaux sinistres sont attendus pour la
5ème année de règlement (pour 2016), on calcule le coefficient de développement entre
les colonnes 4 et 5, autrement dit on regarde le taux d’accroissement entre la 4ème
année de développement et la 5ème selon les stats dont on dispose (c’est à dire tout le
développement de 2011). Il s’agit de 6 / 6 = 100% (on ne dispose que des stats de la
première ligne). On multiplie alors ce taux par le nombre de sinistres recensés après 4
ans à partir de 2012 et on obtient 6 * 100% = 6.
112
- Supposons enfin qu’en 2015 (on regarde la 5ème ligne du tableau), 2 sinistres sont
rapportés. Pour savoir si de nouveaux sinistres sont attendus pour la 2ème année de
règlement (pour 2016), on calcule le coefficient de développement entre les colonnes
1 et 2 : (5+5+3+6) / (2+1+0+2) = 380% (on dispose ici des stats des 4 première ligne
puisqu’on a 4 années de développement avant 2015). On multiplie alors ce taux par le
nombre de sinistres recensés dés la première année de développement à partir de 2015
et on obtient 2 % 380% = 7,6 sinistres attendus en 2016. Pour savoir si de nouveaux
sinistres sont attendus pour la 3ème année de règlement (pour 2017) et pour les
suivantes, on répète l’opération pour passer successivement d’une année à l’autre. In
fine, on s’attend à 9,57 sinistres sur base du développement de 2015.
Grâce au tableau ci-dessus, on connaît la valeur de 5 sinistralités ultimes estimées sur base de
5 développements différentes (6,00 ; 6,00 ; 4,36 ; 7,55 ; 9,57). Lorsqu’on désirer coter 2016, il
convient de connaître le nombre de sinistres moments. On ne peut se contenter de prendre la
moyenne arithmétique de ces 5 nombres car il est essentiel de tenir compte de l’exposition de
chacune de années. En effet, la taille du portefeuille est susceptible d’évoluer d’une année à
l’autres, et donc dans l’absolu ces nombres ne sont pas comparables. C’est pourquoi on va
définir chaque Ni sur base d’un modèle de poisson (= loi de comptage classique) qui tient
compte de l’exposition au risque.
𝑁! ~ 𝑃𝑜𝑖(𝜆! )
𝜆! !!
𝑃 𝑁! = 𝑥 = .𝑒
𝑥!
113
En intégrant la mesure d’exposition au risque ei propre au développement i, on a que :
!!!!
(𝜆𝑒! )!
𝑁! = 𝑃𝑜 𝜆𝑒! . 𝑃 𝑁! = 𝑥 = 𝑒 .
𝑥!
On peut par ailleurs estimer le Lamda selon la méthode du maximum de vraisemblance tel
que :
𝑥!
𝜆=
𝑒!
Exemple numérique (cf. slides) : On calcule le Lambda qui est un taux, il vaut 0,000582. On
le multiplie ensuite par l’exposition en 2016 de 14.000 € et on obtient un nombre attendu de
sinistres de 8,15 pour 2016.
IBNER (Incurred But Not Enough Reserved) : Il s’agit des sinistres qui sont déjà survenus
mais qui n’ont pas été suffisamment réservé. Ce phénomène est comparable à celui des IBNR.
114
Exemple numérique : On considère un seuil de statistique (montant à partir duquel on
considère un sinsitre) de 100.000. Dès qu’un sinsitre passe au dessus de ce seuil, il est raporté
au réassureur.
Développement
Sinistres 1 2 3
Coeff. de
1,07 1,18
développement
Explications :
- En bleu, ce sont les sinistres qui sont pris en compte en tant que IBNER.
- En 2011
o Les 50.000 € ne sont pas considérés comme IBNR car sont sous le seuil de
statistique. Dès qu’ils passent le seuil (120.000 puis 150.000) ils sont
requalifiés de IBNER avec les yeux de la compagnie, mais attention, selon le
réassureur il s’agit toujours d’un IBNR. Par conséquent, le passage de 50.000 à
120.000 ne sera pas compté en tant que IBNER. Néanmoins, le passage de
120.000 à 150.000 sera requalifié de IBNER car le sinsitre et les 2 montants
sont pris en compte.
o Les 110.000 € sont au dessus du seuil de statistique et le sinsitre s’aggrave au
cours des 3 ans de développement. Il s’agit d’un problème d’IBNR.
115
o Les 60.000 € s’aggravent mais in fine le sinsitre s’élève à 80.000, il ne faut
donc pas le prendre en compte dans les statistiques.
- En 2012 :
o Les 50.000 € s’aggravent mais restent en dessous des 100.000.
o Les 120.000 € ‘aggravent et passent à 130.000, le sinsitre est donc qualifié
d’IBNR et les 2 montants sont pris en compte
o Idem
- En 2013 :
o On a des stats que pour l’année 1 donc on ne sait pas comment le sinsitre va
évoluer. On ne le prends donc pas en compte
- En italique souligné, ce sont les prévisions réalisées sur base des coefficients de
développement (comme pour les IBNR). Ces coefficients sont calculés en ne tenant
comptes que des montants qualifiés de IBNER (en bleu). Par ailleurs, on ne peut
considérer que les sinsitres qui sont qualifiés de IBNER pour les 2 années que l’on
comparer.
o Entre l’année 1 et 2 : (130+130+105) / (120+110+120) = 1,07
o Entre l’année 2 et 3 : (150+145) / (120+130) = 1,18
Remarque : on ne développe pas les 90.000 au taux 1,07 car 90.000 * 1,07 < seuil de
statistique. Et si un jour il doit rentrer dans la stat, ça sera en tant que IBNR.
Un autre élément essentiel à prendre en compte lorsqu’on manipule les données statistiques
est la vitesse de paiement de la compagnie. En effet, comme nous l’avons vu dans le cadre de
la clause stabilité, la valeur des sinsitres va directement être conditionnée par la vitesse à
laquelle la compagnie dédommage ses clients (surtout lorsque les taux étaient élevés). Il paraît
donc essentiel d’intégrer cette dimension. Pour ce faire, on somme tous les paiements
cumulés effectués au terme d’une année de développement et on compare cette somme à la
somme des paiements ultimes correspondants qui seront effectués en fin de règlement (sur
base des prévisions précédentes).
116
Exemple numérique : On reprends les sinistres ci-dessus et voici comment ils sont régler au
cours du temps :
Développement
Paiements 1 2 3 Ultimes
0 0 80.000 80.000
0 20.000 118.000
0 60.000 123.900
20.000 164.679
2013
0
Remarque : ces calculs supposent que tous les sinistres sont définitivement réglés en 3ème
année de développement.
On peut également tenir compte de la manière avec laquelle une compagnie réserve ses
sinistres. En effet, on sait que les compagnies ont tendance à sur-réserver (surtout pour les
petits sinistres) afin d’alourdir les prestations du réassureur qui finance ces réserves (cf.
supra : problématique de la close de dépôt), quitte a les dégonfler pas la suite, ce qui en plus
lui permettrait de réaliser du bénéfice additionnel. Or, ce mécanisme a également pour effet
de tronquer la tarification. C’est pourquoi il paraît essentiel pour le réassureur d’en tenir
compte.
In fine, une fois que l’on a appliqué toutes ces modifications dans le but de corriger les
données statistiques, on peut alors ajuster la distribution de probabilité sur base des sinistres
ultimes estimés. A ce sujet, on remarque que la loi de Pareto semble bien se comporter pour
117
les grands sinistres (cf. infra). Le problème à ce niveau c’est que le seuil à partir duquel on
peut considérer qu’un sinsitre est « grand » selon Pareto, ne correspond pas forcément au seuil
statistique retenu pour le filtrage des données. L’actuaire peut alors modéliser la loi des
sinsitres par morceau, par exemple en choisissant une exponentielle en deça d’un certain
seuil, et une Pareto au delà. A nouveau, ce choix montre l’importance de l’ « expert
judgement » dans la manipulation des données.
d. Le modèle de Cash-Flows
Jusqu’au terme de la section précédente, le réassureur s’est contenté de modéliser les grands
sinistres après avoir corrigé les données statistiques dont il dispose comme si il était la
compagnie d’assurance. Mais il ne s’est pas encore intéressé à la réassurance à proprement
parler. Introduisons à présent les notions de priorité, de limite, et de clause de réassurance
(notamment la clause de stabilité) et regardons quels vont être les Cash-flows qui vont être
pris en charge par le réassureur dans le futur en fonction de ces notions et de la modélisation
du risque des sinsitres qui ressort de toute la démarche préliminaire que l’on a décrite à la
section précédente.
Pour chacune des années de développement i, on va pouvoir estimer ce qui tombe à charge du
réassureur par l’espérance de la sinistralité réassurée. On va également pourvoir calculer la
déviance de cette prime pure. Puisqu’on est dans le modèle collectif, ces quantités se calculent
simplement comme :
𝐸 𝑆𝑅! = 𝐸 𝑁! . 𝐸[𝑅! ]
118
On peut également définir la fonction de densité de probabilité relative à la sinistralité agrégée
à charge du réassureur. Pour ce faire, on utilise le fait que N suit une loi de Poisson. Or, la loi
de Poisson appartient à la famille de Panjer (cf. cours assurance non-vie I). Par conséquent, on
définit l’algorithme suivant :
Remarque : Si on a choisi une loi de Pareto pour modéliser les Ri, il est essentiel de les
discrétiser pour pouvoir appliquer l’algorithme de Panjer.
Comme on a par ailleurs 𝑅! = min (𝐿; max (0, 𝑋! − 𝑃), on peut définir simplement la prime
pure de réassurance comme :
On comprend que pour calculer cette quantité, il est indispensable de connaître la distribution
de SR.
119
b) Avec des reconstitutions
Le deuxième élément à prendre en compte ici est le fait que la compagnie paiera une prime
initiale 𝑃!é!"" !"#$ mais également des primes de reconstitution 𝑃!é!"" !"# définies comme
(cf. supra notion de prime de rec) :
!
!"# 𝑃!é!"" !"#$
𝑃!é!"" = . 𝑐! min (𝐿; max 0; 𝑆𝑅 − 𝑖 − 1 𝐿 )
𝐿
!!!
On voit que pour calculer la prime de reconstitution qui est aléatoire (logique car les
reconstitutions vont dépendre de la sinistralité), il est à nouveau impératif de connaître la
distribution de SR.
Pour connaître la valeur de la prime pure initiale, on part du principe selon lequel pour être à
l’équilibre, la somme de la prime pure initiale et des primes de reconstitutions doivent
égaliser la valeur espérée des prestations annuelles offertes par le réassureur.
!
!"#$ 𝑃!é!"" !"#$
𝑃!é!"" + . 𝑐! 𝐸 min (𝐿; max 0; 𝑆𝑅 − 𝑖 − 1 𝐿 ) = 𝐸[min 𝑆𝑅; 𝑘 + 1 𝐿 ]
𝐿
!!!
On a donc :
𝐸[min 𝑆𝑅; 𝐾 + 1 𝐿 ]
𝑃!é!"" !"#$ = 𝑐
! !
1+ !!! 𝐿 𝐸 min (𝐿; max 0; 𝑆𝑅 − 𝑖 − 1 𝐿 )
120
Remarque : Si le prix des recontactions (ci) augmente, alors la prime initiale diminue, ce qui
est logique car en augmentant le coût des reconstitutions, au augmente les recettes du
réassureur en cas de sinistralité, ce qui lui permet de diminuer son exposition au risque et
celui-ci peut donc proposer une prime initiale allégée.
Prime de réassurance
Sinistralité chargée
𝑃!é!"" = 𝑓(𝑆𝑅)
𝑓 . 𝑆𝑅 < 𝑓! 𝑃!é!"" = 𝑓!
𝑓 . 𝑆𝑅 > 𝑓! 𝑃!é!"" = 𝑓!
On suppose que la prime initiale correspond au minimum de l’échelle f1, et que la prime totale
de réassurance correspond à la somme de la prime initiale et d’une prime aléatoire qui suit le
barème suivant :
Où
Complément de prime de
Sinistralité chargée réassurance
𝑃!é!"" !"#$ = 𝑓(𝑆𝑅)
𝑓 . 𝑆𝑅 > 𝑓! 𝑃!é!"" = 𝑓! − 𝑓!
121
La sinistralité nette à charge du réassureur peut donc s’exprimer comme sa sinistralité agrégée
SR diminuée de la prime de réassurance aléatoire qu’il va toucher :
Remarque : cette dernière équation n’est pas du tout une trivialité à résoudre car la 𝑃!é!"" !"#$
apparaît dans les deux membres.
122
Donc :
𝐸[𝑆𝑅]
𝑃!é!"" !"#$ =
1 − 𝛼 . 𝑃(𝑆𝑅 = 0)
Dès lors qu’on connaît la distribution de SR, il est plus facile de résoudre cette expression que
la précédente.
a. Introduction
Mais cette méthodologie a comme inconvénient majeur de ne pas prendre en compte les
changements dans l’exposition au risque de la compagnie, et plus particulièrement les
évolutions dans son portefeuille d’assurance et dans sa politique de risque. Or, lorsque ces
éléments varient de manière défavorable, la compagnie d’assurance devient intrinsèquement
plus risquée et il paraît naturel qu’elle doive payer une prime de réassurance plus élevée
même si sa sinistralité reste constante. Par exemple, si la compagnie décide de modifier sa
politique de souscription et qu’elle accepte à l’avenir d’assurer en RC auto les moins de 23
123
ans (càd la catégorie de conducteurs la plus risquée), alors son exposition au risque devrait
augmenter et les statistiques du passé deviendraient moins représentatives du risque réel à
venir. Il conviendrait dès lors de tarifier les contrats de réassurance à l’exposition.
0 – 99 500 25
300 - 499 50 20
500 – 1.000 8 6
TOTAL = 161
Admettons maintenant que ce même portefeuille se présente comme suit pour l’année à venir
selon les prévisions :
0 – 99 280 14
500 – 1.000 16 12
TOTAL = 161
On voit clairement à travers cet exemple que notre portefeuille considéré à des moments
différents renferme un risque différent puisque la structure de la sinistralité semble évoluer,
124
autrement dit les différentes tranches de risque au sein du portefeuille ne sont pas les mêmes.
En effet, en ce qui concerne l’année prochaine, les prévisions indiquent 100 risques entre 300
et 499 alors qu’il n’y en a actuellement que 50. Les prévisions indiquent également 16 risques
entre 500 et 1.000 alors qu’il n’y en a actuellement que 8. Autrement dit, les prévisions
indiquent que l’exposition au risque du portefeuille devrait augmenter en raison d’un plus
grand nombre de gros sinsitres. On en conclu que si le contrat de réassurance se porte sur les
tranches élevées (par exemple un « 700 xs 300 »), la tarification doit en toute logique tenir
compte du fait que la structure du risque évolue de manière défavorable. La tarification à
l’exposition préconisera alors une prime de réassurance plus élevée pour l’année à venir car le
portefeuille s’annonce intrinsèquement plus risqué sur les tranches élevées, alors qu’une
tarification à l’expérience aurait préconisé une prime de réassurance inchangée en raison de
l’encaissement constant (161 pour les deux années).
b. Le modèle
Selon cette approche, l’agrégation des différents risques n’est plus envisageable car même
s’ils sont indépendants (hypothèse fondamentale du modèle collectif), il est important de
souligner qu’ils ont tous des sommes assurées différentes. L’idée est donc de ne pas
directement modéliser la loi des montants de sinsitre Ci mais de modéliser la loi d’une
variable Xi que l’on appelle « degré de dommage » et qui serait indépendante des montants
Mi. Autrement dit, on va modéliser les Xi que l’on obtient par normalisation des Ci :
125
𝐶!
𝑋! =
𝑀!
En faisant comme hypothèse que les sinsitres ne peuvent coûter plus que la somme assurée,
c’est à dire que Ci < Mi, alors les Xi sont compris entre 0 et 1. Notons que cette hypothèse est
discutable, surtout dans le cadre de l’assurance incendie, car les sinsitres peuvent excéder la
somme assurée notamment en raison de la clause de recours des voisins (si l’incendie dont
l’assuré est responsable se propage à la maison mitoyenne, alors la compagnie d’assurance
devra prendre en charge les dommages chez son assuré mais également chez le voisin de
l’assuré).
Au même titre que les Ci, on peut supposer que les Xi sont indépendamment distribués. On
fait par ailleurs l’hypothèse qu’ils sont également identiquement distribués, c’est à dire que le
degré de dommage offre la même distribution de probabilité pour toutes les polices en
portefeuille. Cette seconde hypothèse est plus intuitive ici puisqu’on a normalisé les
statistiques par la variable Mi qui pouvait diverger d’une police à l’autre. Autrement dit, la
propension à occasionner un certain degré de dommage est supposé la même pour deux coûts
de sinsitre identiques, peu importe que la police soit petite ou grande. En pratique, cette
conception peut s’avérer erronée car on remarque que les très grandes polices ont tendance à
provoquer des degrés de dommage très faible (Xi proche de 0), ou du moins à provoquer des
haut degrés de dommage mais avec une probabilité très faible, et ce en raison du fait que
seulement une petite partie de la somme assurée ne peut être sinistrée (par exemple, un
entrepôt de 10 millions d’euros ne peu pas partir totalement en fumée, et généralement 5 ou
10% seront détruits). D’un autre côté, les petites polices, et particulièrement en RC auto,
occasionnent souvent des sinsitres totaux (Xi proche de 1). Mais sur le plan théorique,
l’hypothèse de distribution identique des Xi permet une modélisation plus facile.
126
La fonction de répartition des degrés de dommage se présente comme suit :
On voit clairement que le degré de dommage X varie entre 0 et 1 selon une probabilité
cumulée F(x). On remarque par ailleurs une discontinuité en X = 1 qui laisserait sous-
entendre une masse de probabilité pour Ci = Mi. Autrement dit, il existerait une probabilité
non-négligeable (différente de 0) de faire un sinistre total.
Grâce à notre variable Xi, on peut s’intéresser au degré de dommage moyen : E[Xi]
Et par conséquent au coût de sinistre moyen dont la somme assurée est Mi : E[Xi] . Mi
𝑑= 𝐷 𝑀
!
𝐿 𝑑 = 𝐸[min 𝑑, 𝑋 ]
127
Et donc le sinsitre moyen en dessous de la priorité : L(d) . Mi
Cette quantité peut s’interpréter comme la prime pure nécessaire pour couvrir en moyenne les
risques en dessous de la priorité.
In fine, l’idée consiste à partager la prime relative au risque en question entre la partie en
dessous de la priorité et celle au dessus de la priorité (qui concerne alors la réassurance). On
calcule ainsi le ratio de rétention, c’est à dire le rapport entre la prime pure relative à la
partie en dessous de D et celle du risque total :
𝐿 𝑑 . 𝑀! 𝐿(𝑑)
=
𝐿 1 . 𝑀! 𝐿(1)
Soulignons que ce ratio ne dépend pas de la somme assurée, ce qui est particulièrement
intéressant dans ce contexte.
c. La courbe d’exposition
𝐿(𝑑)
𝐺 𝑑 =
𝐿(1)
Or, pour une variable positive, on peut formuler l’espérance mathématique comme
l’intégration de la fonction excess. On a que :
!
𝐸𝑋 = 𝐿 1 = 1 − 𝐹 𝑥 𝑑𝑥
!
Par conséquent :
! !
!
1 − 𝐹 𝑥 𝑑𝑥 !
1 − 𝐹 𝑥 𝑑𝑥
𝐺 𝑑 = ! =
1 − 𝐹 𝑥 𝑑𝑥 𝐸[𝑋]
!
128
Propriété : G(d) est toujours croissante et toujours concave.
Au même titre que F(x), G(x) varie entre 0 et 1, ce qui est logique car on traite à nouveau des
données relatives (normalisées par les Mi).
Interprétation de G(x) : une priorité relative de 0,2 correspondant à une prime relative en
rétention de 0,4 signifie qu’il faut garder 40% de la prime pure pour payer tous les sinsitres
qui sont inférieures à 20% de la somme assurée. Naturellement, pour couvrir tous les sinsitres
qui atteignent une priorité valant 100% de la valeur assurée (c’est à dire si il n’y a pas de
réassurance), il convient de garder en rétention la totalité des primes pures encaissées.
La concavité de cette courbe implique que pour des petits sinsitres il faut garder en rétention
une part relative plus importante de la prime pure que pour les grands sinsitres et qu’à mesure
que la rétention relative augmente, l’accroissement de prime pure qu’il convient de garder en
rétention pour couvrir les sinistres en deçà de cette rétention relative diminue.
129
Le tableau suivant permet d’illustrer ce phénomène (concavité, pente décroissante) :
d F(d) F(d) / d
Cette interprétation appuie un concept important en assurance qui consiste à dire que ce sont
les premiers sinsitres qui coutent le plus cher. Autrement dit, la majorité du montant de
primes servira à couvrir les petits dommages et les grands dommages consommeront
proportionnellement moins de prime car ils seront plus rares.
Cette courbe G(x) met en lumière la quantité relative de prime pure qu’il convient de garder
en rétention pour être mesure de couvrir toute la sinistralité en fonction du niveau relatif du
seuil. Par complémentarité, on peut donc s’intéresser aux quantités relatives qui concernent la
réassurance.
A ce stade, nous savons sur le plan théorique que cette courbe d’exposition peut être
construite, mais nous ne connaissons pas sa formulation explicite. Pour palier à cette lacune,
Bernegger (Swiss Re) proposa de dériver un modèle paramétrique simple ne faisant intervenir
qu’un seul paramètre c. Il a défini cette courbe (NBBEFD) de la manière suivante :
𝑔 − 1 𝑏 + 1 − 𝑔𝑏 . 𝑏 !
𝑙𝑛 1−𝑏
𝐺! ! ,! ! 𝑥 =
ln (𝑔𝑏)
où :
- 𝑏 𝑐 = 𝐸𝑥𝑝[3,1 − 0,15 1 + 𝑐 𝑐]
- 𝑔 𝑐 = 𝐸𝑥𝑝 (0,78 + 0,12𝑐 𝑐]
130
Remarque : il a obtenu une estimation des paramètres b(c) et g(c) sur base des données de
marché dont il disposait.
Grâce à cette forme paramétrique, on peut à présent avoir une représentation graphique de
l’exposition au risque du portefeuille. Mais il reste encore à ajuster cette courbe, c’est à dire à
définir la valeur que l’on donne à c, selon le type de contrat d’assurance que l’on modélise.
En effet, chaque type de contrat est caractérisé par une exposition bien particulière. On
remarque qu’au plus la police est grande (en termes de somme assurée), au plus l’exposition
est petite car le sinsitre total est moins probable. Une manière de tenir compte de cet élément
est de choisir une valeur faible de c pour les polices fortement exposée c’est à dire qui sont
caractérisées par une probabilité non marginale de donner lieu à un sinistre total (ex : 1,5 pour
du risque simple en incendie) et une valeur élevée pour les polices faiblement exposées (ex : 4
pour les risques industriels et les grands risques commerciaux). Swiss Re propose les courbes
d’exposition empiriques suivantes qui correspondent à la courbe de Bernegger pour
différentes valeurs de c.
131
Exemple numérique : Pour les différentes valeur de c de Swiss Re, on peut s’intéresser au
degré de dommage moyen E[Xi] et à la probabilité de sinistre total P :
c E[X] P
0 1 1
2 0,226 0,130
3 0,087 0,032
4 0,032 0,006
5 0,012 0,001
On remarque qu’au plus on accorde une valeur élevée à c, au plus le degré de dommage
moyen est faible et la probabilité de rencontrer un sinsitre total est faible.
Maintenant que l’on dispose d’une courbe d’exposition qui nous renseigne sur le risque
intrinsèque du portefeuille, voyons comment tarifer la réassurance.
132
Supposons d’abord l’exemple numérique suivant concernant les différentes tranches de
risques présentes au sein du portefeuille :
Grâce à ces données, nous pouvons alors calculer le coût de réassurance d’un contrat par
exemple de la forme « illimité xs 15 millions » (qui se résume ici à un « 25 xs 15 ») en
travaillant tranche par tranche.
133
Tranche Mean SI Priorité Coeff. Cession TOTAL TOTAL
= Tot. SI / # relative d’exp. = 1 – Coeff. Prime ass. Primes
risques = Prior. / d’exp. réass.
Mean SI
Remarque : pour la deuxième tranche, l’actuaire fait comme si toutes les polices au sein de
cette tranche avaient une somme assurée de 15 millions (ce qui correspond à la moyenne de la
tranche) car il ne connaît pas le détail des différentes polices qui composent la tranche. Il est
naturellement probable que certaines polices aient une somme assurée supérieure à la
moyenne de la tranche, auquel cas elles seraient alors réassurables (puisque la priorité du
contrat est de 15 millions). L’actuaire sous-estime donc les primes de réassurance mais sans le
détail de chaque tranche il est impossible de travailler autrement.
Puisque la prime de réassurance est souvent exprimée comme un taux de prime ajustable, on
calcule : Taux de prime de réassurance = 52.310 / 447.000 = 11,7 %.
Enfin, notons que ce taux est calculé sur base des primes commerciales. Il comprend donc les
chargements de la compagnie. Or ceux-ci diffèrent de ceux du réassureur car celui-ci engage
moins de personnel, a moins de frais de gestion et les exigences de l’actionnariat sont
différentes. Par conséquent, il convient de déduire ces chargements du taux de prime calculé
précédemment afin d’obtenir le taux de prime pure, auquel on pourra alors appliquer les
chargements propres au réassureur. En supposant que le ratio sinsitre à prime soit de 60 %
(c’est à dire que 60 % des primes pures de la compagnie servent à couvrir la sinistralité et que
40 % servent à payer le personnel, les charges diverses et les actionnaires), on calcule :
Taux de prime pure de réassurance = 11,7 % * 60 % = 7,02 %.
134
e. La tarification à l’exposition en pratique
Dans le calcul de la section précédente, on a supposé que le loss ratio était de 60 %. Or, ce
ratio correspond au S/P global alors que le coût de la réassurance est défini ici tranche par
tranche et ne concerne que la sinistralité qui dépasse la priorité de 15 millions. C’est
pourquoi, il serait plus rigoureux de définir un S/P propre à chaque tranche réassurable (dans
l’exemple précédent les tranches 3 et 4).
On est en effet en droit de se demander si le S/P des grosses polices ne serait pas plus
important que celui des petites polices (qui ne sont pas réassurée), et ce pour deux raisons.
Premièrement, la majorité des frais de gestion assumés par la compagnie concernent le
règlement des petits dossiers qui sont nombreux. Deuxièmement, les petites polices ne sont
presque pas négociées sur le marché alors que la signature des très grosses polices (qui seront
réassurées) donne souvent lieu à un jeu de négociation entre le client et la compagnie pouvant
aboutir à une réduction de la marge prévue par la compagnie. Pour résumer, les grosses
polices nécessiteraient moins de chargements, c’est à dire qu’une plus large partie des primes
encaissées servirait à la couverture de la sinistralité et qu’une moins large partie servirait à
assumer les frais de gestion ainsi que la rémunération des actionnaires.
Si tel est le cas, le S/P réel qu’il convient d’utiliser pour tarifer la réassurance devrait être
réévalué à la hausse, ce qui aurait pour effet d’augmenter mécaniquement la prime pure de
réassurance.
Néanmoins il est impossible pour le réassureur de tenir compte de cet aspect car le détail de
chaque tranche est une information que les compagnies désirent garder confidentiel.
De plus, il n’a que très peu d’expérience sur les tranches supérieures en raison d’un manque
de statistiques sur la sinistralité (par définition les tranches élevées sont très rarement
touchées).
Enfin, on pourrait envisager un loss ratio qui puisse dépendre de la qualité du risque et/ou de
la stratégie de souscription. Mais une fois encore, ces aspects sont très difficiles à intégrer
dans les calculs en raison d’un manque d’information.
135
On comprend que pour toutes ces raisons, le réassureur est frappé d’une incertitude plus ou
moins problématique quant au S/P adéquat à appliquer au taux de prime.
C’est pourquoi, en pratique, l’actuaire opte pour une méthodologie mixte axée à la fois sur
une tarification à l’expérience et une tarification à l’exposition selon l’aptitude de l’une ou
l’autre méthode à combler certaines de ses lacunes. Concrètement, là où l’actuaire a de
l’expérience, il utilisera une approche à l’expérience, et là où il n’en a pas, il utilisera une
approche à l’exposition qui aura été calibrée sur base de ce qu’il connaît (notamment sur les
tranches basses). Typiquement, il procède comme suit :
1) Il calcule un Burning Cost sur base de ce qu’il sait, c’est à dire :
o jusqu’au plus gros sinistre observé
o sur une tranche travaillante
2) Il choisi une courbe d’exposition selon les montants assurés.
3) Il calibre le taux d’exposition sur le taux à l’expérience. Concrètement, il fixe le ratio
S/P (qu’il ne connaît pas) de telle sorte que le taux à l’expérience soit égal au taux à
l’exposition. Autrement dit, il se base sur ce qu’il connaît (sur les tranches basses)
pour calibrer un taux d’exposition sur ce qu’il ne connaît pas. L’actuaire ne base donc
pas sa méthodologie sur la connaissance de ce ratio S/P qui devient alors en quelques
sortes une variable d’ajustement pour la calibration c’est à dire pour forcer l’égalité
entre le taux à l’exposition et le taux à l’expérience.
4) Il extrapole la tarification sur les tranches hautes grâce au taux d’exposition
préalablement calibré.
Avantages :
- On peut prendre en compte une éventuelle réassurance sous-jacente (par exemple, si
on désire tarifer un excédent de sinsitre portant sur la rétention d’un excédent de
plein).
- On peut prendre en compte la dernière situation du portefeuille.
- On peut appliquer la méthode pour tarifier une fac (par exemple un risque spécifique
comme un « 80 millions xs 20 millions » avec très peu de matériel statistique).
Inconvénients :
- La méthode nécessite de connaître la courbe d’exposition, ce qui implique de
connaître :
136
o Le paramètre c
o Le ratio S/P par tranche
- Il est très difficile de prendre en compte les différentes clauses pouvant assortir les
contrats de réassurance.
12. Pareto
13. La non-assurance
Néanmoins, dans certains cas, la victime peut se retrouver dans une situation inconfortable
lorsqu’elle est dans l’impossibilité de s'adresser à l'assurance RC auto de l'autre partie (la
partie responsable). Par exemple c’est le cas lorsque que celle personne responsable est
inconnue (en cas de délit de fuite par exemple) ou parce que celle-ci n'a pas assuré sa voiture
en Responsabilité Civile (en cas contrat par en ordre par exemple : contrat résilié
antérieurement, prime non payée, etc.). Le Fonds Commun de Garantie Belge offre alors une
solution (il existe un fond de garantie pour chaque pays). Ce fond indemnise les victimes qui
auraient été remboursées par l'assurance RC auto de l'autre partie dans une situation normale
mais qui, dans ce contexte, ne savent pas à qui s'adresser.
137
Marché belge de l'assurance en RC auto
A
10%
B
30%
C
60%
A « illimité xs 1 million »
B « illimité xs 2 million »
C « illimité xs 5 million »
Supposons à présent un très gros sinsitre de 20 millions qui survient sur le marché, dont le
responsable n’est pas couvert par un contrat RC auto. La question classique : « qui paie
quoi ? ». Dans l’absolu c’est le fond de garantie, mais indirectement qui va supporter les
déboires et en quelle proportion ? Il existe en Belgique, plusieurs manières de fonctionner :
Cas n°1 : On fait l’hypothèse que le Fond de Garantie n’est pas financé de manière
anticipative et que quand un sinsitre se présente à lui il se retourne sur ses membres (c’est à
dire sur A, B et C) et chacun prend le sinsitre en charge selon sa part de marché. Les sinistres
que chaque compagnie assume peuvent par ailleurs être représentés au réassureur. En effet,
elles précisent dans leurs contrats de réassurance, que le réassureur couvre tous les sinsitres
occasionnées par les assurés de la cédante, mais également sa part de marché dans le fond de
garantie. On a donc :
138
Rétention : 1
Compagnie A : 2
Réassurance : 1
Sinistre du FG Rétention : 2
Compagnie B : 6
= 20 millions Réassurance : 4
Rétention : 5
Compagnie C : 12
Réassurance : 7
Dans ce premier cas de figure, la réassurance s’élève à 13 millions et est dispersées entre
divers réassureurs du marché.
Cas n°2 : Supposons que le FG se protège lui-même directement en réassurance (ex : avec un
« illimité xs 5 ») et présente ensuite le sinsitre net de réassurance à ses membres selon les
différentes parts de marché de chacun. Typiquement, on retrouve cette manière de fonction en
Hollande, en Irlande et en Suisse notamment. La réparation du sinistre est la alors suivante :
Compagnie A : 0,5
Remarque : les montants dont hérite chaque compagnie sont suffisamment faibles pour
tomber sous le seuil de rétention. Pour des plus gros sinsitres, on pourrait néanmoins
envisager que ces sinsitres ayant déjà été réassuré une première fois (par le FG) puisse être
présenté à nouveau aux réassureurs respectifs de chaque compagnie.
Cas n°3 : Il ne faut pas négliger la possibilité que les contrats de réassurance ne couvrent pas
la part de marché des assureurs dans le Fond de Garantie et que ce dernier ne se réassure pas.
Dans ce cas extrême, le sinsitre ne serait pas du tout couvert, à aucun niveau, ce qui est
139
naturellement très dangereux surtout en RC auto où les dommages corporels peuvent être
illimités.
Cas n°4 : Supposons que le sinsitre est causé par une personne reconnue responsable qui a un
contrat d’assurance en ordre, mais que son assureur (admettons la compagnie C) tombe en
faillite et par conséquent que les dommages ne peuvent être réclamés. Dans ce cas, c’est à
nouveau le Fond de Garantie qui intervient, comme si la personne responsable n’avait pas été
assurée. Concrètement, les autres compagnies du FG prennent le sinsitre en charge comme
expliqué ci-dessus mais à présent selon leur parts de marché recalculées (c’est à dire A = 25%
et B = 75%).
Rétention : 1
Compagnie A : 5
Sinistre du FG Réassurance : 4
= 20 millions Rétention : 2
Compagnie B : 15
Réassurance : 13
Cas n°5 : Supposons le cas de figure précédent où C disparaît et que le marché se réduise à 2
compagnies mais que le FG se réassure lui-même directement. Dans ce cas :
Ass. A : 1,25
Rétention du
FG : 5 Rétention : 3
Sinistre du FG
Ass. B : 3,75
= 20 millions Réass. : 0,75
Réass. : 15
Cas n°6 : Dans le raisonnement précédent, on a supposé que la totalité des 20 millions du
sinsitre étaient présenté au FG. Or, la compagnie C qui fait défaut avait souscrit un contrat de
réassurance avec une priorité de 5 millions. Par conséquent, si le curateur (le liquidateur) de C
140
parvient à récupérer jusqu’à 15 millions auprès de ses réassureurs, il serait logique de
présenter au FG seulement 5 millions et les 15 millions restants aux réassureurs.
A : 1,25
Rétention Sinsitre du
de C : 5 FG : 5 Rétention : 3
Sinistre B : 3,75
= 20 millions Réass. : 0,75
Réass. de
C : 15
Cas n° 7 : Supposons enfin que la personne responsable soit solvable et donc que la
compagnie C puisse se retourner sur elle afin de récupérer jusqu’à 5 millions de sa rétention.
Dans ce cas, il serait logique de ne présenter au FG que le montant qu’elle n’est pas en
mesure d’assumer. Par exemple, si C fait valoir son droit de recours et que cela lui permet
récupérer 2 millions, alors sur les 20 millions de sinsitre, 15 seront assumés par ses
réassureurs, 2 par elle-même et les 3 restants seront présentés au FG.
Cas n°8 : Envisageons le cas d’une personne non-assurée non pas par insolvabilité (car en
général si on est pas assuré c’est parce qu’on est insolvable), mais par nonchalance. Alors, le
FG interviendrait également pour le sinsitre non-assuré, à concurrence du montant qui ne peut
pas être récupéré chez la personne responsable. Notons qu’en pratique, le droit de recours
permet en moyenne d’aller chercher chez la personne responsable 15% du total du sinsitre. Si
par ailleurs, le FG est lui-même réassuré, le recours profitera toujours en premier au
réassureur dans un contrat non-proportionnel. C’est à dire que si après recours le sinsitre non-
assuré passe sous la poiroté du FG (ex : de 20 à 4 millions), alors le FG prendra quand même
en charge la totalité de la priorité (c’est à dire 5 millions) car les montants récupérés (ici 16
millions) profiteront d’abord au réassureur, et le FG gardera en rétention la différence (qu’elle
présentera alors à ses membres selon le schéma classique).
141
fonctionner est en quelques sortes comparable à celle d’une compagnie d’assurance classique
dont les primes correspondraient aux cotisations de ses membres.
15. La titrisation
a. Origine
En 1992, l’ouragan Andrew dont les dommages se sont élevés à 15,5 milliards de dollars a
provoqué une contraction du marché mondial de la réassurance, ce qui a eu pour effet de
donner naissance à des formes alternatives de couverture. Le premier cat bond (cf. infra) a vu
le jour peu de temps après, en 1994, pour un montant de 85 millions de dollars. Il fut émis par
Hannover Re, un des plus grands réassureurs à l’heure actuelle connu pour sa gestion du
risque est très prudente.
b. Introduction
La titrisation est une opération financière complexe, permettant de transformer des créances
illiquides en titres liquides et négociables. Le mécanisme de titrisation tel que celui étudié
dans le cadre de la crise des subprimes consiste à mettre en pool des crédits individuels
accordés en vue d’acquérir un bien immobilier (crédits subprimes) et de créer en contrepartie
des titres, qui sont émis sur le marché à l’intention des investisseurs par le biais d’une entité
ad hoc. Cette restructuration modifie les caractéristiques de l’actif sous-jacent comme la
maturité, la structure de risque, etc. afin de répondre aux besoins des investisseurs et de
permettre aux institutions de gérer au mieux leur bilan et leur exposition au risque. Dans ce
contexte, le risque qui est transféré à l’investisseur est donc le risque de défaillance lié à la
créance sous-jacente, c’est à dire le risque que le débiteur (à savoir le particulier qui emprunte
de l’argent pour acheter un bien immobilier) fasse défaut. C’est d’ailleurs la titrisation qui fut
la quintessence de la crise de 2008. En effet, lorsque la bulle immobilière a éclaté, les
marchés financiers ont essuyés des pertes colossales sur les actifs sous-jacents douteux (les
créances subprimes). Rappelons que les subprimes avaient été souscrits avec des taux
variables et de manière totalement abusives, c’est à dire sans limite (les particuliers
142
disposaient parfois de 10 maisons en parallèles achetées à crédit) et sans aucune vérification
de la solvabilité du débiteur. Lorsque Greenspan a relevé les taux directeurs, les particuliers se
sont retrouvés dans l’impossibilité d’honorer leurs dettes et la valeur de ces subprimes a
dégringolé. Le fait que les banques vendaient les hypothèques pour récupérer leurs garanties a
par ailleurs accéléré l’explosion de la bulle par le simple jeu de l’offre et de la demande.
Enfin, le rôle que la titrisation a joué au cœur de cette débâcle est d’avoir propagé le risque, et
donc les pertes, car le mécanisme décrit ci-dessus a permis aux banques de sortir le risque
sous-jacent de leur bilan et de le céder aux investisseurs aux quatre coins du monde.
Dans un contexte plus général, le risque pouvant être cédé à l’investisseur par ce mécanisme
de titrisation peut être de diverses natures. Comme nous allons le voir, en réassurance, la
cession peut concerner par exemple le risque Cat Nat, difficilement réassurable de manière
classique.
Exemple : une compagnie d’assurance qui désire emprunter de l’argent peut émettre une dette
titrisée sur le marché dont le remboursement et/ou la rémunération sera conditionnée par le
risque sous-jacent de son portefeuille Cat Nat. Notons que lorsque le risque sous-jacent
concerne un événement qualifié de « catastrophe » (c’est à dire rare et de grande ampleur
potentiellement) du type Cat Nat, on parlera de « Cat Bond ». Ainsi, l’investisseur qui désire
investir en Cat Nat va acheter ces titres « Cat Bond ». La compagnie disposera alors des
liquidités dont elle a besoin et elle remboursera l’investisseur à l’échéance (avec des intérêts
et éventuellement une prime de risque) à condition qu’aucune catastrophe naturelle n’aie
frappé le portefeuille en cours de vie du contrat. Si en revanche, c’est le cas, l’investisseur qui
avait pris le risque Cat Nat ne se verra jamais remboursé (du principal) et/ou rémunéré (par
les intérêts).
Pour faire l’analogie avec le mécanisme qui était utilisé dans le cadre de la crise des
subprimes, soulignons le fait que la dette était émise à la base, non pas par l’institution
financière elle-même, mais à un niveau plus bas par des particuliers. Cette dette, qui était
alors une créance pour la banque, se voyait ensuite transférée par titrisation à une troisième
143
entité : l’investisseur. On vient de mettre le doigt sur un autre problème responsable de la
crise : les investisseurs qui avaient confiance en l’institution financière jouant le rôle
d’intermédiaire n’avaient aucune idée du risque de base réel qu’ils achetaient. En effet, les
investisseurs qui héritaient in fine du risque de contrepartie ne se seraient jamais doutés que
les banques avaient signé des sommes monstrueuses de crédits subprimes à des particuliers
insolvables.
c. Fonctionnement
Le schéma suivant résume bien les relations commerciales entre les différents agents de la
transaction :
Supposons que la compagnie d’assurance désire émettre du papier (de la dette) vers le marché
financier, c’est à dire les investisseurs. Cette transaction ne sera pas envisageable directement
dans la mesure où l’investisseur qui désire acheter un certain risque (ex : le risque Cat Nat)
refusera d’hériter de tous les autres risques auxquels est soumis l’entité émettrice. En effet,
celle-ci est susceptible de faire faillite pour une multitude d’autres raisons que celle liée à la
survenance d’une catastrophe naturelle (ex : produits Cat Nat mal tarifés, investissements
toxiques, fraude, risque opérationnel, crise financière, etc.). C’est la raison pour laquelle la
transaction sera structurée de telle sorte à déconnecter le risque Cat Nat des autres risques.
Cela peut être rendu possible par l’intermédiaire d’une tierce entité (un SPV : Special Purpose
Vehicle) qui a alors pour fonction de céder le risque Cat Nat à l’investisseur et de prendre en
144
charge les autres aléas, principalement le risque de contrepartie (risque que la compagnie
fasse défaut).
A la base, les cat bonds étaient structurés à l’aide d’un TRS (Total Return Swap) grâce auquel
une contrepartie garantissait au SPV un return minimum équivalent au Libor qui lui
permettait ensuite de rémunèrer l’investisseur.
145
Mais durant la crise de 2008, Lehman Brothers qui était une des banques d’affaires les plus
puissantes de Wall Street, jouait par ailleurs le rôle de contrepartie TRS dans quatre des
produits cat bonds les plus répandus sur le marché. On comprend que lorsque le
gouvernement Bush a décidé de ne pas sauver Lehman Brothers (afin de briser le sentiment
de « too big too fail » qui régnait sur les marchés), les milliers d’investisseurs qui avaient
investi dans les titres dont la rémunération était garantie (indirectement via le SWAP) par
cette banque d’affaire, ont bu le bouillon. Jamais personne n’aurait envisagé à l’époque
qu’une banque comme Lehman Brothers puisse faire faillite.
Le fait que ces obligations aient pu faire défaut pour une raison étrangère au risque Cat Nat
pour lequel les investisseurs avaient initialement souscrit, a mis le doigt sur la problématique
du risque de contrepartie des autres entités prenant part à la transaction. Alors que le
mécanisme décrit jusqu’ici intègre parfaitement le risque de contrepartie afférent à la
compagnie d’assurance, il n’envisage pas la possibilité que la banque d’affaire qui assure le
SWAP puisse elle aussi faire faillite. C’est pourquoi après la crise de 2008, le mécanisme de
titrisation a évolué de la manière suivante :
146
La structure de la transaction a été simplifiée et assainie. Plutôt que d’investir le principal
dans un fonds d’investissement dont la rémunération aléatoire permettrait l’achat de SWAP
auprès d’une tierce entité, le SPV organise à présent sa gestion du risque par un
investissement unique dans des produits à moyen-terme très peu risqués (ex : des bons du
Trésor à 6 mois) dont les revenus faible mais moins volatils devraient permettre à coup sûr de
rémunérer l’investisseurs au taux Libor (toujours aléatoire mais historiquement très bas).
Cette mécanique repose sur l’hypothèse que la contrepartie à laquelle le SPV fait appel, le
Money Market Fund, ne puisse faire défaut. A nouveau il existe un risque de contrepartie,
mais celui-ci est beaucoup plus raisonnable qu’avant la crise. En effet, pour que le montage
financier se fragilise il faudrait que l’Etat souverain auquel le SPV achète de la dette (les bons
du Trésor) fasse défaut, ce qui est très peu probable (les Etats sont souvent notés AAA).
147
peut clairement pas influencer le risque Cat Nat, l’inverse n’est pas toujours vrai car
on pourrait se dire qu’une catastrophe naturelle de grande ampleur est susceptible de
paralyser l’économie et par extension d’affecter indirectement les rendements
boursiers qui sont un indicateur intéressant de la santé économique. On remarque en
pratique une certaine dépendance stochastique.
- Couverture collatéralisée : Rappelons qu’acheter de l’assurance (de la réassurance)
revient à acheter une promesse de la compagnie (du réassureur) quant à sa solvabilité
future. Or, rien n’est moins sûr puisque celle-ci est susceptible de faire faillite en cours
e vie du contrat ce qui la mettrait dans l’impossibilité d’honorer ses prestations. En
revanche, lorsque la compagnie achète de la couverture via un cat bon, elle jouit de la
garantie d’être toujours couverte à tout moment. En effet, les investisseurs débloquent
directement tout le capital nécessaire à la couverture lors de l’achat qui reste dans les
comptes du SPV durant toute la vie du contrat. Le SPV est alors en mesure de
dédommager la compagnie en cas de catastrophe naturelle à n’importe quel moment.
- Asymétrie d’information et aléa moral : Un investisseur désireux d’offrir une
couverture Cat Nat pourrait envisager de devenir actionnaire d’une compagnie
d’assurance. Néanmoins, il serait victime d’une asymétrie d’information qui le
déconnecterait de la gestion du risque orchestrée par les managers étant susceptibles
d’être animés d’un aléa moral. En effet, les managers pourraient exposer la compagnie
à divers risques pour lesquels l’actionnaire n’a pas souscrit. Par exemple, ils
pourraient être tentés d’investir les primes dans des produits toxiques, ce qui fut
notamment le cas lors de la crise financière. C’est pourquoi, l’investisseur qui désire
rester à l’écart de ce problème préfèrera acheter des cat bonds afin de souscrire
essentiellement du risque Cat Nat.
- Couverture multi-année : Alors que les réassureurs offrent des couvertures annuelles
leur permettant de pouvoir renégocier fréquemment les contrats, les investisseurs sont
disposés à bloquer leur argent plus longtemps. Ainsi, lorsque la compagnie a émis des
cat bonds à des conditions particulièrement avantageuses, et qu’elle s’attend à une
hausse prochaine des prix sur le marché, elle peut profiter de sa couverture pour une
plus longue période.
148
sur base de cette différence que le réassureur fixe son tarif. Or, comme nous en avons
déjà parlé, la compagnie peut être tentée de ne pas déclarer les premiers sinsitres
réassurables lorsque le contrat est par exemple assorti d’une clause d’échelle de prime.
La valeur des indemnités accordées est donc tronquée aux yeux du réassureur, ce qui
fausse sa tarification. C’est la raison pour laquelle, pour un cat bond, le mode de
fonctionnement est plus complexe ; car les investisseurs veulent que la valeur de leur
placement soit indépendante de la manière avec laquelle la compagnie gère ses
sinistres. Ils exigent par conséquent que les coupons soient calculés sur une base non-
indemnitaire, par exemple sur base d’autres paramètres comme l’amplitude du
tremblement de terre (peu importe les sommes qui sont réellement indemnisées). Alors
que cette manière de fonctionner est naturellement plus avantageuse pour
l’investisseur, elle constitue un défit pour la compagnie en terme de gestion des
risques et réduit son pouvoir discrétionnaire (elle ne peut plus gérer sa sinistralité
comme elle l’entend).
- Complexité : Le montage à travers un SPV et un Money Market Fund est
techniquement plus complexe à mettre en œuvre qu’un contrat classique de
réassurance en termes de transactions commerciales. De plus, émettre un cat bon c’est
émettre de la dette. Or, émettre de la dette nécessite de respecter des procédures
juridiques plus fastidieuses. Enfin, la tarification sur base paramétrique (non-
indemnitaire) nécessite une modélisation du risque plus pointue.
- Coût de la couverture : En pratique les cat bonds coûtent plus cher que la
réassurance classique en raison des primes de risques démesurées exigées par les
investisseurs malgré leur facilité à diversifier leurs placements, en théorie.
- Volume minimum : Puisque la procédure est plus lourde d’un point de vue
administratif (plusieurs entités à coordonner, multitudes de transactions commerciales,
procédures juridiques contraignantes, etc.), les coûts fixes sont plus importants. Une
manière de rentabiliser ces coûts fixes, c’est à dire de réduire la part des coûts fixes
dans les coûts totaux, c’est d’augmenter les volumes de transactions. C’est pourquoi,
l’émission de cat bonds ne sera envisagé que pour un volume minimum à réassurer.
- Nature du business sous-jacent : En raison de la lourdeur des procédures, le recours
au marché financier ne peut être envisagé que pour des business à développement
court. En effet, l’investisseur sera rarement disposé à bloquer son argent pour de
longues périodes comme c’est typiquement le cas en RC auto (développement long).
149
g. Pourquoi acheter des cat bonds ?
Pour la compagnie :
- Couverture collatéralisée (car risque de contrepartie du réassureur)
- Capacité additionnelle de réassurance
- Source alternative de réassurance
- Couverture multi-année
Pour l’investisseur :
- Diversification des placements
- Investissement non-corrélé au reste du marché
- Rendements intéressants et ajustés au risque élevé (modélisation du risque sur base
paramétrique)
- Faible volatilité (par rapport aux autres produits du marché)
- Collatéral fiable (investissement dans le Money Market Fund)
- Volume élevé de transactions
- Liquidité du produit (présence d’un marché secondaire)
En 2005, Axa a émis une obligation dont le sous-jacent était un portefeuille RC auto. Il s’agit
d’un cas isolé, car comme nous l’avons dit, la RC auto qui est typiquement à développement
long, ne se prête pas du tout à être titrisée.
2) Créance de réassurance
En 2007, Hannover Re a émis une obligation dont le sous-jacent était une créance de
réassurance. Par « créance de réassurance », on entend les créances détenues par le réassureur
150
à l’actif de son bilan, qui résulte des prestations engagées par un organisme de rétrocession
(réassurance des réassureurs) mais qui n’ont pas encore été payées. Notons qu’Hannover Re
est reconnu pour sa gestion très prudente du risque et son recours massif à la rétrocession.
C’est pourquoi ce réassureur qui disposait de très grandes quantités de créance de réassurance
non collatéralisées, a décidé de les titriser afin de les couvrir (en cas de défaillance de du
rétrocessionnaire). Le remboursement du principal et des coupons liés était conditionné par la
pérennité (la non-mise en faillite) de ses rétrocessionnaires. Autrement dit, les investisseurs
achetaient des obligations titrisées d’Hanover Re et se voyaient remboursés uniquement dans
le cas où les rétrocessionnaires étaient en mesure d’assurer leurs prestations.
Le but de la démarche était d’émettre un produit financier sur le marché qui devait alors être
noté par une agence de notation, en l’occurrence Standard & Poors. Cette dernière a accordé
la note AAA à la tranche 25 millions xs 130 millions qui avait été émise, ce qui a permis au
régulateur d’avoir un avis objectif quant à la valeur de ces créances de réassurance
qu’Hannover Re détenait à l’actif et plus particulièrement quant au risque de perte de valeur
sur ces actifs. In fine, le régulateur, rassuré par la note AAA, a revu à la baisse son niveau
d’exigence et a permis à Hannover Re d’augmenter sa capacité de souscription.
Remarque : l’obligation titrisée était tarifée de manière paramétrique c’est à dire qu’elle
n’était pas indexée sur le risque de faillite des rétrocessionnaires d’Hannover Re mais plutôt
sur un panel synthétique de rétrocessionnaires présents sur le marché.
En 2005, OCIL (Oil Casuality Insurance Ltd) a émis une obligation dont le sous-jacent était
un portefeuille RC générale. Cette obligation titrisée s’articulait en 3 tranches de la manière
suivante (avec une rétention de 10% du portefeuille réassuré pour des raisons d’aléas moral) :
151
Où PD est la probabilité de défaut, ED la perte moyenne (expected loss) et PE la probabilité
de sortir de la tranche.
On voit que pour l’investisseur, la tranche C qui offrait une prime de risque de 7,75% pour
une perte espérée de 2,21% était très rentable, et la classe A qui offrait une prime de risque de
2,125% pour une perte espérée de 0,06% était incroyablement rentable (soit 35 fois plus !).
Il est important de noter que ce ne sont pas toujours des assureurs (ou des réassureurs) qui
émettent des Cat bonds. On retrouve également des entreprises et des Etats dans différents
exemples suffisamment gros pour avoir recours directement à de la titrisation sans devoir
passer par un réassureur :
5) XXX / AXXX
152
7) Rachat d’assurance vie (Life settlement)
Le risque transféré est ici celui de voir la table de mortalité s’améliorer. Dans une telle
situation, les compagnies ayant accordé des capitaux à la pension sous forme de rente
verraient leurs prestations considérablement exploser (surtout en angleterre).
1) De manière indemnitaire
L’inconvénient majeur d’une telle méthode est le risque d’asymétrie d’information et d’aléa
moral : l’investisseur ne sait contrôler la manière avec laquelle la compagnie gère les
indemnités qu’elle accorde à ses clients.
L’investisseur aligne ses prestations non pas sur celles de la compagnie mais sur celles d’un
portefeuille de compagnie. Ainsi l’investisseur suit la tendance du marché et se déconnecte
des prestations propre à la compagnie. C’est une manière de répondre à la critique adressée à
la méthode précédente.
153
3) De manière paramétrique
D’un point de vue de l’investisseur c’est très facile à mettre en œuvre et il n’y a aucun aléa
moral. D’un point de vue de l’émetteur c’est plus délicat en raison du risque de base : une
différence peut naître entre ce que la compagnie accorde réellement comme indemnité et ce
qu’elle va récupérer de l’investisseur.
On calcule les prestations sur base d’un paramètre comme décrit ci-dessus en déterminant le
paramètre comme un indice calculé par pondération de différents paramètres relatifs à
différents contextes. Par exemple si le paramètre utilisé est la vitesse du vent (ex :
remboursement du principal si la vitesse du vent est inférieure à 75km/h) on évalue ce
paramètre à différents endroits de la zone sinistrée et on en fait une moyenne pondérée.
A nouveau on réduit le risque d’aléa moral pour l’investisseur mais on augmente le risque de
base.
154
j. Le marché du cat bond en chiffres
Les cat bonds liés au risque de mortalité et de longévité (mortality bond, longevity bond)
155
Les investisseurs par pays
156
La structure du collatéral
157
Les risques couverts
158
16. L’histoire de la réassurance
159
Cat Bonds allow insurance companies to transfer risks traditionally hard to cover, like natural catastrophes, to capital markets, effectively tapping into a broader investor base for risk dispersion. The structure ensures that insurance companies receive immediate liquidity following an event, given predefined trigger conditions, thus reducing dependency on traditional reinsurers who might be risk-averse or undercapitalized during massive disasters. This financial instrument diversifies risk exposure beyond the reinsurance industry, providing more flexibility, especially for large-scale disasters that could systematically affect all traditional reinsurers simultaneously .
Opting for a 'stop loss' reinsurance model allows an insurance company to cap its total loss exposure over a certain period, thereby enhancing financial stability by preventing extreme losses from impacting financial health . Economically, this reduces the variability in net earnings and helps in maintaining reserves. The premium costs for 'stop loss' contracts can be high because they provide broader coverage against aggregate losses rather than individual claims, which might lead to considerable expenses particularly when high claims frequency is anticipated .
Actuarial science assesses the probability and impact of different loss scenarios to determine the optimal mix of reinsurance. Through advanced statistical models and historical data analysis, actuaries evaluate the risk exposure and the expected loss distribution of a portfolio. They calculate the cost-efficiency of various reinsurance structures, ensuring that the chosen mix minimizes the insurer's risk exposure while considering premium costs and capital efficiency. Actuaries leverage tools like Burning Cost assessments and exposure curves to adjust the balance between keeping high-frequency, low-severity risks proportionally reinsured and high-severity, low-frequency risks non-proportionally reinsured .
Proportional reinsurance contracts involve a fixed percentage of risk and premiums shared between the insurer and the reinsurer. They are triggered by all claims, which makes administrative processes more complex due to the higher volume of claims processed. Non-proportional contracts, on the other hand, only activate when claims exceed a certain threshold, simplifying administration as fewer claims surpass this threshold . Additionally, proportional contracts result in premiums being split similarly to risks, whereas non-proportional contracts involve more negotiation in premium calculation due to the rarity and unpredictability of large claims .
Reinsurance provides additional capital resources to insurance companies, allowing them to absorb the financial shock of catastrophic events without reaching insolvency. By transferring a portion of the risk exposure to reinsurers, the primary insurer can mitigate large losses, maintain solvency margins, and continue operations unabated even after significant claims events . Furthermore, specific reinsurance contracts like Cat Bonds distribute the financial risk across global investors, reducing the direct burden on the insurer .
Inaccurate risk prediction in treaty reinsurance for catastrophic events can have severe repercussions, including underestimating needed capital reserves, mispricing reinsurance premiums, and ultimately exposing the company to potentially unmanageable losses. When catastrophic risks are inadequately modeled, insurers may face solvency issues as they might pay more in claims than anticipated, leading to financial instability. This predisposes the insurer to a higher likelihood of default, inviting regulatory scrutiny, degradation of credit ratings, and loss of market competitiveness . It is crucial for insurers to employ robust statistical models and continuously update their risk assessments to counter the unpredictability of such risks.
'Excess of loss' reinsurance protects insurers by covering claims that exceed the insurer's retention limit, thereby safeguarding them from infrequent but severe losses. It is particularly suitable for rare events where claims can greatly surpass premium income, such as in catastrophic events . The challenges in pricing these contracts stem from the infrequency of such events, which results in limited historical data for accurate risk assessment, complicating negotiations between insurers and reinsurers as each party may have different perceptions of the risk involved .
Insurers might prefer experience rating in non-proportional reinsurance because it focuses on historical claims data to understand past loss experience and evaluate risks more precisely. Using experience rating allows insurers to estimate future claims with a reasonable confidence level, especially when past loss patterns are reliable indicators of future risks . This approach can be more advantageous when historical data provides a clear risk trajectory, aiding in accurate loss modeling and pricing .
A 'Sunset clause' mandates that a primary insurer can only claim reinsurance coverage for a fixed period after an event has occurred. This prevents insurers from delaying claim notifications to accrue larger benefits, thereby addressing moral hazard by incentivizing timely claim reporting . This helps ensure that both the insurer and reinsurer are accurate and honest in their dealings, preventing the insurer from exploiting temporal delays for potential financial gains .
Quota-share reinsurance is preferred when the insurer seeks simplicity in operations, as it involves a consistent percentage for premium and loss sharing across all policy classes. It is beneficial when an insurer wants to manage cash flow predictability and have significant reinsurance coverage proportionate to exposure . However, the disadvantage is that quota-share reinsurance does not effectively reduce risk specific to individual policy types, as the same retention is applied uniformly, leaving the insurer with a heterogeneous retention portfolio that mirrors the original risk exposure .