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Pollution Industrielle de L'eau: Caractérisation, Classification, Mesure

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Pollution industrielle de l’eau

Caractérisation, classification, mesure


par Jean-Claude BOEGLIN
Ingénieur chimiste, Docteur ès sciences
Président d’honneur de l’Institut de recherches hydrologiques (IRH)-environnement, Nancy
Conseiller scientifique de l’Institut de promotion industrielle (IPI)-environnement
industriel, Colmar
Expert International du NANCIE (Centre international de l’eau de Nancy)

1. Caractérisation des eaux résiduaires industrielles ......................... G 1 210 - 2


1.1 Différents types de rejets industriels .......................................................... — 2
1.1.1 Eaux des circuits de refroidissement................................................. — 2
1.1.2 Eaux de lavage des sols et machines ................................................ — 2
1.1.3 Eaux de fabrication.............................................................................. — 2
1.1.4 Rejets des services généraux ............................................................. — 3
1.2 Nocivité et effets de la pollution sur les milieux naturels......................... — 3
1.2.1 Pollution insoluble (avec une phase polluante solide ou liquide
voire mixte) .......................................................................................... — 3
1.2.2 Pollution toxique ................................................................................. — 3
1.2.3 Pollution organique............................................................................. — 4
1.2.4 Pollutions azotées et phosphorées .................................................... — 5
1.2.5 Autres types de pollutions industrielles ............................................ — 5
2. Inventaire sommaire de la pollution. Essais de classification..... — 5
3. Mesure et contrôle de la pollution industrielle................................ — 9
3.1 Prélèvement. Échantillonnage. Conservation des échantillons ............... — 9
3.2 Mesures des débits des eaux résiduaires industrielles............................. — 10
3.3 Paramètres de la pollution........................................................................... — 10
3.4 Notion d’équivalent habitant....................................................................... — 11
4. Conditions de rejet des eaux résiduaires industrielles.................. — 11
Références bibliographiques .......................................................................... — 12

L ’histoire du développement industriel s’est construite en partenariat avec


l’eau. Les usines sont toujours implantées au bord de l’eau (rivière, canal ou
mer) pour des raisons diverses :
— les commodités de transport de matières premières et de produits finis ;
— la possibilité de faire accomplir à l’eau des tâches industrielles multiples et
variées : toute l’histoire des techniques industrielles est liée à l’utilisation de
l’eau ;
— les commodités de rejet de sous-produits ou de déchets générés au cours
des opérations de fabrication.
L’eau réunit un ensemble exceptionnel de propriétés physiques et chimiques ;
elle peut devenir solvant, fluide thermique ou simplement liquide facile à mani-
puler. Ces propriétés expliquent pourquoi l’eau est impliquée dans toutes les
grandes activités industrielles ; les usines utilisent l’eau de manière répétée au
cours des stades successifs de la chaîne de fabrication.
Pour la plupart des techniques et opérations de fabrication, l’eau entre en
contact avec des matières premières minérales ou organiques. Elle les dissout
partiellement, voire totalement ou les entraîne à l’état de suspensions colloï-
dales.

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POLLUTION INDUSTRIELLE DE L’EAU _______________________________________________________________________________________________________

Utiliser l’eau, c’est pratiquement accepter de la polluer... En effet, toute acti-


vité industrielle engendre des rejets polluants qui renferment tous les sous-pro-
duits et les pertes de matières premières qui n’ont pu être récupérées ni
recyclées.
Dans cet article, nous procéderons à :
— la caractérisation de la pollution des rejets industriels et à l’étude de leur
nocivité et effets sur le milieu naturel ;
— l’inventaire sommaire de la pollution industrielle avec des essais de
classification ;
— l’évaluation quantitative de la pollution des rejets industriels, car la lutte
contre la pollution industrielle passe obligatoirement, dans un premier stade,
par une meilleure connaissance, par la mesure et le contrôle, de la production
polluante.

Nota : le lecteur pourra se reporter également à l’article G 1 220 Pollution industrielle de l’eau. Stratégie et métho-
dologie.

1. Caractérisation des eaux divers : matières premières ou liqueurs de fabrication, hydrocarbu-


res et huiles de machines, produits détergents, bactéricides ou bac-
résiduaires industrielles tériostatiques utilisés en désinfection. La production et le degré de
pollution de ces effluents résiduaires sont souvent importants à la
fin de la période de travail et au cours des nettoyages de fin de
semaine et des périodes de congés.
1.1 Différents types de rejets industriels Il ne faut pas oublier que certains de ces rejets sont occasionnels,
et peuvent correspondre, par exemple, à des fuites accidentelles de
produits lors de leur manutention ou de leur stockage.
Nous comprendrons, sous le vocable eaux résiduaires indus-
trielles, toutes les eaux qui sont en principe rejetées par l’usine
dans le milieu extérieur, après avoir contribué à la fabrication,
1.1.3 Eaux de fabrication
au nettoyage, au transport, au refroidissement, etc., en excluant
généralement les eaux pluviales sauf si elles sont polluées par La nature de ces eaux est très variable d’une industrie à l’autre ; la
des eaux de ruissellement suite aux lessivages des toitures plupart des procédés industriels conduisent à des rejets polluants
d’usines à l’origine d’une forte pollution atmosphérique (par qui proviennent du contact de l’eau avec des solides, des liquides ou
exemple, cimenteries, centrales thermiques, etc.) ou des sols de des gaz.
sites industriels en activité ou à l’abandon, contaminés par des C’est dans l’industrie alimentaire, l’industrie chimique, celle des
substances diverses (composés azotés, hydrocarbures, sels pâtes et papiers, ainsi que dans certaines branches de l’industrie
métalliques). textile qu’on trouve l’essentiel de la pollution organique dissoute,
qui peut avoir un caractère plus ou moins biodégradable et un degré
de pollution plus ou moins important.
D’une façon générale, ces eaux résiduaires industrielles se diffé-
En outre, certaines eaux de fabrication contiennent des produits
rencient, en fonction de l’utilisation de l’eau dans l’usine, en diffé-
toxiques dont la présence peut masquer la valeur réelle de la pollu-
rentes catégories [1] [2].
tion biodégradable.
Les rejets polluants sont soit continus, soit discontinus. Ils peu-
1.1.1 Eaux des circuits de refroidissement vent même n’être produits que durant quelques mois par an (cam-
pagne dans l’industrie agroalimentaire : deux mois en sucrerie de
Abondantes et généralement pas polluées, car elles ne sont pas betteraves, par exemple).
en contact avec les produits fabriqués, elles peuvent être recyclées, Il est souvent judicieux et conseillé d’assurer à la source la sépa-
l’appoint indispensable pouvant être fourni par de l’eau traitée. ration de certains rejets concentrés en polluants soit en vue d’un
Plus délicat est le problème posé par le rejet des purges des cir- traitement spécifique permettant éventuellement leur récupération,
cuits d’eau de réfrigération, souvent très minéralisées et pouvant soit en vue de leur collecte dans un bassin de stockage pour être
contenir une quantité plus ou moins grande de produits chimiques réinjecté ultérieurement à débit pondéré dans le circuit de traite-
ayant servi à leur traitement. ment. C’est le cas par exemple :
— des bains de décapages et galvanoplastie, des bains de soude
usée, des eaux ammoniacales de cokerie ;
1.1.2 Eaux de lavage des sols et machines — des condensats de papeterie, des eaux mères de l’industrie
agroalimentaire ;
Au contraire des rejets précédents, la qualité et le débit des eaux — des rejets toxiques concentrés, en général, des industries de
de lavage sont très variables. Ces eaux sont chargées de produits traitement de surface, de chimie ou automobiles.

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1.1.4 Rejets des services généraux On peut classer qualitativement la pollution en plusieurs catégo-
ries, en fonction de sa nature, sa nocivité et des effets néfastes des
Ce sont essentiellement les eaux usées domestiques de l’usine rejets sur le milieu naturel.
qui présentent des caractéristiques particulières et sont biodégrada-
bles.
1.2.1 Pollution insoluble (avec une phase polluante
La présence de chasses automatiques peut entraîner une dilution solide ou liquide voire mixte)
assez forte ; par contre, il faut noter des pointes très accentuées,
dues aux rejets des cuisines et cantines, généralement très chargés
en graisses et débris très hétérogènes, produits au moment des ■ La pollution particulaire est constituée par des matières en sus-
repas. pension grossières décantables, finement dispersées ou à l’état col-
loïdal, dont les dimensions sont indiquées sur la figure 1.
Il faut prendre en compte, également, dans les différents effluents
de services généraux : La pollution particulaire sera à l’origine :
— les eaux de chaufferie (purge de chaudière, éluat de — de nuisances esthétiques et de dépôts et envasements nuisi-
régénération) ; bles à la navigation, en favorisant les inondations ;
— les boues du traitement des eaux d’appoint et les purges — du colmatage éventuel des voies respiratoires des poissons
d’eaux de réfrigération. entraînant leur mortalité ;
— et enfin et surtout de l’augmentation de la turbidité de l’eau,
gênant ainsi la pénétration des rayonnements lumineux, c’est-à-dire
le phénomène de photosynthèse.
1.2 Nocivité et effets de la pollution ■ La pollution par une phase liquide insoluble (huiles, graisses,
sur les milieux naturels hydrocarbures), surnageant à la surface de l’eau, aura essentielle-
ment pour conséquence une diminution des transferts d’oxygène
atmosphérique avec une incidence notable sur la qualité biologique
Nous rappellerons tout d’abord que polluer l’eau d’une réserve de l’eau superficielle définie en réalité par la quantité d’oxygène
superficielle ou profonde, c’est modifier ses caractéristiques (phy- qu’elle contient.
sico-chimiques et biologiques) en y rejetant certaines substances
soit à l’état insoluble (en particulier matières en suspension), soit à
l’état dissous susceptible : 1.2.2 Pollution toxique
— de perturber, à plus ou moins brève échéance, l’équilibre biolo-
gique du milieu en rendant toute vie animale et végétale aléatoire ; On rappellera tout d’abord que la toxicité résulte d’un ensemble
— de rendre l’eau impropre à toute réutilisation ultérieure (pro- de phénomènes complexes mettant en jeu des substances néfastes
duction d’eau destinée à la consommation humaine, à l’usage pour le développement normal des organismes vivants.
industriel...).
Des effets pourront être directement perceptibles (mort, appari-
L’activité industrielle génère des polluants divers susceptibles de tion de malformations ou de tumeurs...) ou plus sournois, telles des
créer des nuisances importantes. difficultés de reproduction, la disparition de certaines espèces
On peut considérer d’une manière générale, que les eaux rési- animales ou végétales peu visibles, voire la perte des facultés de
duaires industrielles (ERI) sont des mélanges hétérogènes compre- concentration et de réflexions ou la survenance de stress chez
nant : l’homme. Ces effets peuvent être décelés au niveau cellulaire (dégé-
— des matières à caractère minéral ou organique qui sont entraî- nérescence de membranes...) sur l’organisme entier (difficulté de se
nées par le courant liquide sous forme de composés insolubles : mouvoir) sur l’espèce (diminution du nombre d’individus) et enfin
particules solides en suspension à l’état grossier, finement dispersé sur tout le système écologique (disparition de prédateurs et désé-
ou colloïdal et substances liquides à l’état dispersé ou émulsions quilibre des groupes vivants).
(graisses, huiles, goudrons, hydrocarbures) ; La toxicité peut être générée par de nombreuses substances
— et, en proportion plus ou moins grande, des composés en dis- chimiques présentes dans l’eau à très faible concentration (infé-
solution dans l’eau (pollution soluble). rieure au mg/L).
100 µm
200 µm
100 nm
0,1 nm

10 µm
20 µm
10 nm

1 mm
2 mm
2 µm
1 µm
1 nm

1 cm

Matières dissoutes Matières colloïdales Matières en suspension

Argiles < Limons > Sables

< fin > < moyen >< gros >

Bactéries Pollens Plancton

Fumées Brouillard Brume Pluie

Figure 1 – Dimensions des particules

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POLLUTION INDUSTRIELLE DE L’EAU _______________________________________________________________________________________________________

Pour être dangereux, ces micropolluants requièrent trois caractè-


res indispensables :
Consommation d' O2
— la toxicité ;
— la bioaccumulation dont les facteurs de concentration peuvent
atteindre plusieurs dizaines de milliers ; (Fin de la nitrification)
— la rémanence, afin que ces molécules ne soient pas détruites ni
rejetées par l’organisme. Nitrification

Les produits toxiques sont nombreux. Ils peuvent avoir un carac- (Fin de l'oxydation carbonée)
tère minéral :
— métaux lourds toxiques : mercure, cadmium, nickel, cuivre, Oxydation carbonée
zinc, chrome, etc. ;
— cyanures, arsenic, sulfures, etc. ;
— produits présentant une acidité ou une basicité élevées. 10 20 30 40 50 60 Temps (jour)
Ils peuvent avoir aussi un caractère organique : produits phytosa-
nitaires, pesticides, hydrocarbures polycycliques aromatiques, Figure 2 – Évolution des matières organiques dans une eau usée
composés phénolés..., solvants chlorés, etc.
Les mécanismes de la toxicité ne sont pas tous élucidés. Les subs-
tances peuvent agir à toutes les étapes de la vie d’une cellule, de sa tuée que lorsque la dégradation des protéines est suffisamment
multiplication (par atteinte du patrimoine génétique) à sa matura- avancée et à condition qu’il y ait à tout moment un apport considé-
tion (en touchant les stades de reproduction d’énergie, de maintien rable d’oxygène.
des équilibres osmotiques, etc.).
Elle ne commence qu’après 20 jours, sans se superposer à la
Certaines substances présentent une toxicité aiguë, c’est le cas en demande première. Les bactéries qui assurent cette minéralisation
particulier des cyanures et des chromates à l’origine d’une mortalité procèdent en deux étapes :
très rapide des êtres vivants, d’autres sont toxiques à long terme — oxydation de l’azote organique ou ammoniacal en nitrites sous
avec des effets néfastes qui apparaissent progressivement avec le l’action de bactéries nitrosantes (Nitrosococcus, Nitrosomonas ) :
temps (troubles de la reproduction, du système nerveux et du méta-
bolisme). Ce type de pollution reste très difficile à appréhender. Il est 2 NH3 + 3 O2 → 2 NO2H + 2 H2O
lié à la nature des molécules organiques concernées en l’occurrence
essentiellement les organohalogénés de l’industrie chimique qui — oxydation des nitrites en nitrates (bactéries nitrifiantes
possèdent des effets d’accumulation et de toxicité différés. Nitrobacter ) :
2 NO2H + O2 → 2 NO3H
Cette minéralisation des matières organiques par fermentation
1.2.3 Pollution organique aérobie se traduit, sur la courbe de consommation de l’oxygène dis-
sous en fonction du temps, par une inflexion qui marque vraisem-
Bon nombre de rejets industriels, en particulier, ceux issus de blablement le passage d’une phase ammoniac/nitrite à une phase
l’industrie agroalimentaire, renferment des matières organiques nitrite/nitrate (figure 2).
non toxiques par elles-mêmes, mais dont la dégradation par voie
Les pertes d’oxygène de la rivière, résultant de ces oxydations,
bactérienne consommera l’oxygène dissous dans le cours d’eau en
sont normalement compensées par la teneur propre en oxygène du
entraînant la mort des poissons par asphyxie et le développement
milieu, par l’assimilation chlorophyllienne (en faible partie), et sur-
(par le dépôt des matières organiques au fond des rivières) de fer-
tout par la capacité d’absorption par la surface et la réaération de
mentations anaérobies (putréfaction) génératrices de nuisances
l’eau par les chutes.
olfactives.
La dissolution de l’oxygène est, en règle générale, toujours favo-
Il faut considérer qu’une eau de surface polluée par des matières
risée par l’agitation des eaux.
organiques arrive à la suite de transformations physiques, chimi-
ques et biologiques à se débarrasser spontanément des éléments
nocifs qu’elle contient. C’est le phénomène de l’autoépuration qui
parvient à préserver le milieu tant que la pollution demeure en des- La qualité biologique d’une eau sera donc définie par la quan-
sous d’un seuil critique [4]. tité d’oxygène qu’elle contient.
La destruction des matières organiques se traduit généralement
par une minéralisation donnant naissance à des produits oxygénés
tels que H2O, CO2 ou NO3. Elle sera sous la dépendance de nom- Dans les conditions habituelles de température en France, la satu-
breux facteurs, tels que la richesse du milieu en oxygène et la tem- ration se situe aux environs de 8 à 9 mg O2/L. Les salmonidés (trui-
pérature, qui règlent la multiplication et l’activité microbiennes. tes) exigeront au moins 5 mg O 2 /L, alors que les cyprinidés
L’évolution des matières organiques, dans une eau usée, s’effectue (poissons blancs) se contenteront de 4 mg O2/L.
schématiquement en deux phases, du point de vue de la consom- Un apport intempestif de substances organiques (colloïdales ou
mation d’oxygène (figure 2). solubles) produit, si l’aération est insuffisante, un appauvrissement
progressif de la teneur en oxygène des couches inférieures de l’eau
■ La première phase correspond à la demande première en oxy- et, peu à peu, sa disparition totale, ce qui entraîne la mort de nom-
gène. Les composés carbonés sont détruits les premiers. À 20 oC, breux êtres vivants et, en particulier, la mortalité des poissons par
cette évolution s’achève en trois semaines environ. L’influence de la asphyxie.
température est très nette (4 semaines à 10 oC, 3 semaines à 20 oC,
1 semaine à 30 oC). Il convient de signaler qu’à aucun moment, dans ce type d’évolu-
tion des matières organiques, n’apparaissent de substances toxi-
Parallèlement s’amorce la décomposition des protéines, qui ne ques.
commence guère qu’au bout de 10 jours à 20 oC, devient ensuite
prépondérante et s’étend sur une très longue période. Il faut cependant souligner un cas particulier lorsque des protéi-
nes ou certains déchets alimentaires s’accumulent par dépôts dans
■ La deuxième phase, ou demande seconde, correspond à la miné- le fond d’une rivière lente ; les dépôts peuvent subir, en été, un pro-
ralisation de l’azote organique, qui ne peut évidemment être effec- cessus de décomposition anaérobie, donnant lieu à la formation de

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composés réducteurs sulfurés ou phosphorés qui, en se dégazant 1.2.5 Autres types de pollutions industrielles
sous l’influence d’une variation de pression atmosphérique, rendent
le milieu toxique pour la vie aquatique. La rivière peut ainsi se trou-
ver dépourvue de toute vie animale et végétale ; on dit communé- ■ Pollution thermique
ment qu’elle « meurt ».
Elle résulte des rejets d’eaux à température trop élevée (eaux de
L’enregistrement, ou la mesure systématique et simultanée, du refroidissement par exemple) qui influent à la fois sur la solubilité de
taux d’oxygène dissous le long d’un cours d’eau, à l’aval d’un déver- l’oxygène et sur l’équilibre biologique du milieu. Les poissons les
sement d’eaux usées, permet de construire la courbe « en sac » plus résistants meurent à 35 oC.
(figure 3), résultant elle-même de deux courbes composantes :
— la courbe de consommation de l’oxygène dissous ;
■ Pollution radioactive
— la courbe de réaération ou de réoxygénation, par dissolution
de l’oxygène de l’atmosphère et par photosynthèse. C’est celle occasionnée par une éventuelle radioactivité artificielle
Les facteurs qui modifient ces deux composantes déterminent le des rejets qui trouve sa source dans l’utilisation de l’énergie
pouvoir autoépurant de la rivière. Le déficit maximal et le point cri- nucléaire sous toutes ses formes (installations et centrales nucléai-
tique sur la courbe « en sac » donnent une indication des besoins en res, exploitation de mines d’uranium, traitement des déchets
oxygène du cours d’eau. radioactifs...).

1.2.4 Pollutions azotées et phosphorées

Les activités industrielles peuvent être à l’origine de rejets plus ou


2. Inventaire sommaire
moins riches en éléments nutritifs issus respectivement pour l’azote
des fabrications d’engrais, des cokeries et des industries chimiques
de la pollution.
et agroalimentaires et pour le phosphore du traitement de surface Essais de classification
des métaux, des laveries industrielles, des fabrications d’engrais et
de l’industrie agroalimentaire (laiterie, etc.). Ces nutriments sont à
l’origine des phénomènes d’eutrophisation, c’est-à-dire du dévelop- L’établissement d’un répertoire circonstancié des pollutions des
pement et de la prolifération excessive d’algues et de plancton dans eaux résiduaires industrielles suivant les types d’industries s’avère
les récepteurs constitués par les lacs et rivières à faible débit. difficile à réaliser en raison de sa complexité et aussi du caractère
L’eutrophisation perturbe l’équilibre biologique du milieu aquati- évolutif de certaines fabrications. On peut prétendre qu’il y a autant
que et a des effets néfastes sur la qualité de l’eau en compromettant d’eaux résiduaires industrielles que de produits fabriqués.
ses possibilités d’utilisation à des fins de production d’eau potable.
Les formes réduites de l’azote (azote organique et ammoniacal) ■ Inventaire par branche industrielle
interviennent par ailleurs dans le bilan d’oxygène en tant que
consommateurs lors de leur oxydation (4,57 mg O2/mg d’azote). Il nous a paru cependant intéressant de présenter ci-après, par
Notons aussi que lors d’une augmentation du pH de l’eau, l’ammo- grandes branches industrielles, une classification mettant en évi-
niaque se transforme en gaz ammoniac dissous, toxique pour la dence l’origine des principaux rejets polluants avec leurs principales
faune à des doses de l’ordre du mg/L. caractéristiques (tableau 1).
Signalons enfin les effets secondaires des nitrates (dont la
concentration maximale admissible dans l’eau potable est de
■ Inventaire selon le caractère polluant prédominant
50 mg/L) qui ne sont pas toxiques par eux-mêmes, mais sont sus-
ceptibles d’être réduits en nitrites dans le tube digestif. Dans le sang, On peut aussi procéder à un essai de classification en faisant res-
les nitrites ont la faculté de se fixer sur l’hémoglobine et de bloquer sortir le caractère polluant prédominant, ce qui permet de subdivi-
l’échange d’oxygène (maladie bleue) ; par ailleurs, les nitrosamines, ser les eaux résiduaires industrielles (ERI) en :
issues de la combinaison des nitrites et des protéines dans le tube
digestif sont soupçonnées d’être cancérigènes. — eaux résiduaires à caractère minéral dominant ;
— eaux résiduaires à caractère organique dominant ;
— eaux résiduaires à caractère mixte.
On se référera au tableau 2 : Classification des ERI, d’après
Teneur en oxygène dissous F. Meinck, J. Stoof et H. Kohlschuetter [1].
100 %
Courbe en « sac »
■ Inventaire en fonction de la possibilité de traitements spécifiques
Déficit des rejets
maximal

Réoxygénation
Un autre type de classement peut également être réalisé en
considérant les paramètres spécifiques de la pollution et par suite
Point les modes de traitement susceptibles d’être utilisés pour assurer la
critique dépollution des rejets [2].
Les facteurs de pollution très variés des eaux résiduaires indus-
Consommation d'O2 dissous trielles sont constitués en effet par différents composés (tableau 3).

■ Inventaire selon l’aptitude à l’épuration par voie physico-chimi-


que et/ou biologique des rejets
Durée de l'écoulement (jour)
Un essai de classement des divers types d’eaux résiduaires indus-
trielles peut être effectué suivant leur aptitude à être épurée par voie
Figure 3 – Courbe d’oxygénation en sac physico-chimique ou par voie biologique (tableau 4).

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Tableau 1 – Classification des ERI par grandes branches industrielles avec mise en évidence de l’origine
et des caractéristiques principales des rejets
Branches industrielles, fabrications Origine des principaux effluents polluants Caractéristiques principales des rejets

Industries agricoles et alimentaires

Conserves de légumes et fruits, industrie de la Nettoyage, pressage, blanchissage et étuvage Teneur élevée en MES, matières organiques
pomme de terre de fruits et légumes dissoutes, pH parfois alcalin, amidon

Conserves de viande et salaisons Parc, abattoirs, traitement du cinquième quar- Forte concentration en matières organiques
tier, condensats, graisses et eaux de lavage dissoutes et en suspension (sang, protéines)
graisses, NaCl

Aliments pour le bétail Rejets de centrifugation, de presse, rejets Pollution organique très élevée, biodégrada-
d’évaporation et résidus d’eaux de lavage ble, odeurs, solvants.

Laiteries Dilutions de lait entier, de lait écrémé, de Forte concentration en matières organiques
babeurre, de sérum dissoutes principalement protéines, lactose,
graisses

Sucreries Lavage et transport des betteraves, diffusion, Forte concentration en matières organiques
transport d’écumes, condensats d’évapora- dissoutes et en suspension (sucres et protéi-
tion, régénérations d’échangeurs d’ions nes)

Brasseries et distilleries Trempage et pressage du grain, résidus de Teneur élevée en matières organiques dissou-
distillation d’alcools, condensats d’évapora- tes contenant du sucre et de l’amidon fer-
tion menté

Levureries Résidus de filtration de levures Teneur élevée en matières sèches (surtout


organiques), acidité forte

Huileries, margarineries Extraction et raffinage Matières grasses, acidité et salinité fortes,


teneur élevée en matières organiques

Aliments déshydratés et concentrés Lyophilisation, procédés divers, extraits, etc. Matières en suspension et coloration élevées,
matières grasses et huiles diverses

Boissons non alcoolisées Lavage de bouteilles, nettoyage du plancher et Alcalinité élevée, teneur en matières en sus-
du matériel, rejet des bacs de stockage de pension, détergents, DBO
sirop

Industries chimiques et de synthèse

Produits phosphatés, acide phosphorique, Lavage, dégrillage et flottation du minerai, Argiles, limons et huiles, faible pH, teneur éle-
engrais phosphatés superphosphates vée en matières en suspension et produits sili-
ceux et fluorés

Colorants de synthèse Colorants aniliques et nitrés Eaux fortement acides, phénols, dérivés
nitrés, DCO élevés

Caoutchouc et polymères de synthèse Lavage du latex, caoutchouc coagulé, élimina- Teneur élevée en matière en suspension, pH
tion des impuretés du caoutchouc brut et des variable, teneur élevée en chlorures et DCO
produits de formulation

Insecticides et pesticides Produits de lavage et de purification Teneur élevée en matières organiques, ben-
zène, toxiques pour les bactéries et les pois-
sons, acides

Raffinerie et pétrochimie Eaux de procédé, dessalage, steam cracking, Hydrocarbures aliphatiques et aromatiques
cracking catalytique, eaux des aires de manu- plus ou moins émulsifiés, sulfures, matières
tention et de stockage en suspension, peu de DBO sauf eaux de pro-
cédé phénolées

Explosifs Lavage de trinitrotoluène (TNT) et de Couleur, acides, odeurs, teneur en acides


coton-poudre pour purification organiques, en alcools et dérivés cellulosi-
ques, forte DCO

Synthèses organiques diverses Composés chloroacétyléniques, alcools, aldé- Alcalinité ou acidité élevée, forte teneur en
hydes, esters matières organiques

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Tableau 1 – Classification des ERI par grandes branches industrielles avec mise en évidence de l’origine
et des caractéristiques principales des rejets (suite)
Branches industrielles, fabrications Origine des principaux effluents polluants Caractéristiques principales des rejets

Produits photographiques Solutions usées de révélateurs et de fixateurs Alcalinité, différents agents réducteurs organi-
ques et minéraux, éléments toxiques

Industrie papetière

Pâte à papier Cuisson, blanchiment, lavage de fibres, raffi- Pollution organique élevée, couleur, teneur
nage de la pâte élevée en matières en suspension, colloïdales
et dissoutes ; sulfites ; pH variable

Papiers et cartons Opérations de fabrication sur machine, Eaux blanches et organiques, fibres, alumine,
dosage, mélange titane, kaolin, baryte, pigments, latex, sels de
mercure

Industrie textile

Blanchisserie Lavage de tissus Teneur élevée en alcalinité et en matières


organiques ; détergents

Fabrication des fibres Fibres synthétiques, viscose, polyamides, Présence de solvants, produits d’enzymage,
polyesters, vinyliques colorants, eaux neutres chargées de matières
organiques

Préparation des fibres Lavage, débouillissage, blanchiment, teinture, Matières en suspension élevées ou moyen-
impression et apprêt, peignage de la laine nes, eaux alcalines ou acides, matières organi-
ques (DCO) très élevées et variables,
colorants, produits chimiques, réducteurs ou
oxydants parfois sulfures, graisse, suint

Industries diverses

Industries du cuir, tanneries Reverdissage, pelanage, trempage, délainage, Teneurs élevées en matières sèches totales,
picklage des peaux. Bains de tannage et de dureté, sels, sulfures, chrome, chaux précipi-
teinture tée et matières organiques

Industrie automobile Préparation surfaces métalliques, finition Matières en suspension, huiles, hydrocarbu-
peinture res, produits organiques non biodégradables,
métaux

Industrie mécanique Usinage, rectification, polissage, ponçage Graisses, huiles, produits d’abrasion, huiles
solubles, eaux neutres

Traitement de surfaces métalliques Décapage, phosphatation, revêtements élec- Eaux acides ou alcalines, chromatées, cyanu-
trolytiques, anodisation, peinture, électropho- rées, fluorées, chargées de produits d’attaque,
rèse (Fe, Cu, Al,) pigments, tensio-actifs

Verre et miroiterie Polissage et nettoyage du verre, bains Couleur rouge, matières en suspension alcali-
d’argenture nes non décantables. Argent

Énergie nucléaire et matières radioactives Industrie du minerai, nettoyage de vêtements Éléments radioactifs qui peuvent être très aci-
contaminés, rejets des laboratoires de recher- des et « chauds »
che, fabrication du combustible, eaux de
refroidissement

Électronique Traitement du verre. Élaboration des compo- Acides, acide fluorhydrique, chlorure ferrique,
sants électroniques et des magnétites matières en suspension, fer, ferrites

Sidérurgie Lavage de gaz de hauts-fourneaux, eaux de Eaux neutres chargées en cyanures et/ou en
granulation de laitier sulfures

Industrie du charbon Nettoyage et triage du charbon, cokéfaction, Teneur élevée en matières en suspension
carbochimie (charbon), phénols, liqueurs ammoniacales,
cyanures...

Hydrométallurgie (aluminium, zinc, plomb) Caustification de la bauxite. Électrolyse. Lixi- Eaux alcalines ou acides.
viation de la blende Présence de fluor, de métaux

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Tableau 2 – Classification des eaux résiduaires industrielles [1]


ERI contenant principalement ERI contenant principalement ERI comprenant des constituants
des constituants inorganiques des constituants organiques organiques et minéraux
Mines et installations de traitement : Industries alimentaires : Industries de la cellulose du papier :
1 - Minerais 1 - Sucreries 1 - Fabriques de pâte de bois
2 - Charbons, lignites 2 - Féculeries 2 - Fabriques de cellulose
3 - Ardoisières 3 - Laiteries, fromageries 3 - Papeteries, cartonneries
4 - Sel gemme 4 - Margarineries (graisses, huiles, suif)
5 - Conserveries
6 - Fermentation (malteries, brasseries,
Industries transformatrices : distilleries, etc.) Industries textiles :
7 - Abattoirs, conserves de viande, triperies
1 - Laminage 1 - Fabriques (lin, chanvre, soie naturelle, syn-
2 - Décapage thétique, fibranne)
3 - Galvanoplastie 2 - Laveries de laine
Industries chimiques organiques : 3 - Blanchiment du coton
4 - Fabriques de toile, teintureries, entreprises
Industries chimiques : 1 - Produits de synthèse et pharmaceutiques annexes
2 - Raffinerie, pétrochimie 5 - Blanchisseries
1 - Fabriques d’acides de bases 3 - Insecticides, pesticides
2 - Fabriques de chlore, de potasse 4 - Caoutchouc, polymère, synthèse
3 - Soudières
4 - Fabrique de sulfures
5 - Engrais artificiels Entreprises de transformation : Fabriques de cuir, colle, gélatine :
6 - Poudreries
7 - Fabrique de fluor 1 - Fabrique de pectine 1 - Tanneries
8 - Fabrique d’acétylène 2 - Boyauderies industrielles 2 - Fabrique de colle
3 - Équarrissage (poudre de sang, os...) 3 - Fabrique de gélatine
4 - Fabrique de poudre de poisson

Fabriques de matières plastiques


Industries de traitement des combustibles :
1 - Carbonisation du bois
2 - Lavoirs à charbon, fabrication de Industries photographiques
briquettes
3 - Usines à gaz, cokeries, distilleries de
goudron, hydrogénation
4 - Industries pétrolières

Tableau 3 – Classement en fonction de la possibilité de traitements spécifiques


1 - Composés insolubles
● Séparables par voie physique (décantation, flottation, filtration) :
— solides en suspension (sable, oxydes, argiles) décantables ;
— matières flottantes ou légères (huiles, goudrons, hydrocarbures, graisses, fibres, latex).
● Séparables par voie physico-chimique (avec coagulation, floculation) ;
— matières colloïdales en général (pigments, soufre colloïdal...) ;
— produits en émulsion (huiles, hydrocarbures émulsionnés...).
2 - Composés solubles
● Justifiables d’une neutralisation seule (acides ou bases organiques ou minéraux) dont les sels sont solubles dans une certaine limite de
concentration et ne sont pas eux-mêmes toxiques SO4H2, HCl, NaOH) et/ou d’une réaction d’oxydo-réduction (cas des cyanures, sulfures,
chromates à caractère toxique).
● Séparables par précipitation : métaux toxiques ou non (Fe, Cu, Zn, Ni, Al, Pb, Cr, Cd...) précipitables dans une certaine zone de pH, sulfu-
res, fluorures, phosphates par adjonction de calcium (Ca++).
● Séparables par dégazage ou extraction gaz-liquide (stripping) : c’est le cas des gaz occlus, produits sulfureux, composés phénolés,
ammoniac et certains hydrocarbures légers ou aromatiques).
● Concentrables par échanges d’ions ou par osmose inverse : radionucléides, sels d’acides et de base forts, composés organiques ionisés
(échange d’ions) ou non (osmose inverse).
● Séparables physiquement par adsorption : ce sont des matières organiques, colorants, détergents, composés phénolés, composés
macromoléculaires divers.
3 - Composés organiques biodégradables
Ces composés, produits sous forme solide généralement finement dispersés ou à l’état colloïdal, et/ou en dissolution, sont justifiables d’un
traitement biologique.
Beaucoup d’eaux résiduaires (notamment celles issues de l’industrie agroalimentaire) renferment des éléments biodégradables par définition
comme les produits hydrocarbonés (sucres), les protéines et les lipides. Les traitements biologiques pourront aussi être appliqués, après accli-
matation des souches bactériennes, à des composés organiques divers, composés phénolés, hydrocarbures, etc., contenus dans les ERI.

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Tableau 4 – Classification des ERI selon leur aptitude à être épurées par voie physico-chimique et/ou biologique
Traitement préférentiel Nature du rejet Industries concernées
● Eaux résiduaires renfermant uniquement Sucreries, distilleries
des matières organiques biodégradables Féculeries
Malteries
Voie biologique Conserveries
Abattoirs
Élevage intensif
Laiteries, fromageries
Industrie pharmaceutique
● Eaux résiduaires renfermant des substan- Industrie de revêtement et traitement de sur-
ces toxiques minérales et ou organiques avec face.
des molécules organiques non biodégrada- Industrie chimique (élastomères, plastiques)
bles Sidérurgie (laminage, décapage)
Voies chimique et physico-chimique Industrie mécanique
● Eaux résiduaires renfermant des consti- Mines et installations de traitement (minerais,
tuants inorganiques charbons, ardoisières, etc.)
● Milieu carencé en éléments nutritifs (azote,
phosphore)
Association obligatoire du traitement chimi- ● Eaux résiduaires renfermant des molécules Industrie photographique
que en pré ou posttraitement et du traitement organiques plus ou moins biodégradables et Tannerie
biologique des substances minérales et ou organiques Fabriques de colle et gélatine
toxiques, milieu généralement carencé Fabriques de pâte à papier
Papeteries, cartonneries
Textile (teintureries)
Laveries de laine
Industries pharmaceutiques
Fondoirs de suif
Margarineries
Industries chimiques
Pétrochimie, raffineries
Usines à gaz, cokeries

3. Mesure et contrôle 3.1 Prélèvement. Échantillonnage.


Conservation des échantillons
de la pollution industrielle
Compte tenu en général de l’hétérogénéité de composition des
effluents résiduaires industriels et par ailleurs des fluctuations de
Une connaissance exacte de la production polluante s’avère indis- débit et de concentration des polluants en cours de journée, une
pensable non seulement pour apprécier les apports au milieu natu- opération de prélèvement est considérée comme satisfaisante à par-
rel et situer l’impact de la pollution sur la qualité du milieu récepteur, tir du moment où l’échantillon est représentatif de la qualité de
mais pour pouvoir assurer la maîtrise et une meilleure gestion de la l’effluent considéré.
pollution émise au sein de l’usine et surtout pour concevoir, dimen-
sionner et mieux exploiter les installations de traitement qui devront Il est nécessaire pour cela de réaliser des prélèvements en
permettre la dépollution des eaux résiduaires industrielles dans le continu asservis au débit des rejets, en vue de la collecte d’échan-
cadre des dispositions réglementaires prévues pour les conditions tillons moyens journaliers (mesure d’une qualité moyenne sur 24 h)
de rejet. ou d’échantillons horaires ou bihoraires si l’on veut saisir les varia-
tions des caractéristiques de la pollution sur la journée.
Pour atteindre ces objectifs, la mesure des caractéristiques des
rejets et l’évaluation quantitative de la pollution nécessitent La majorité des matériels de prélèvement sur le marché assurent,
obligatoirement : de manière automatique, la collecte des échantillons, selon le prin-
cipe énoncé ci-dessus, en utilisant des dispositifs divers : pompes
— le prélèvement d’un échantillon représentatif de l’eau rési- péristaltiques, aspiration par dépression, pompes à membrane, pré-
duaire considérée ; lèvement par cuillère, etc.
— la détermination de la concentration (exprimée en mg/L) du ou
Les constructeurs de préleveurs proposent plusieurs types de col-
des polluants présents dans l’eau considérée, ce qui implique le
lecteurs, multiflacons (12 à 24) ou monoflacon (pour la collecte d’un
choix du ou des paramètres représentatifs de la pollution (aspect
échantillon moyen journalier) qui obligatoirement, pour éviter une
qualitatif de la pollution) ;
évolution trop rapide de la qualité de l’eau, devront se trouver à
— enfin, la mesure des débits horaires et/ou journaliers dans de l’obscurité dans une enceinte réfrigérée et thermostatée (tempéra-
bonnes conditions, des rejets en vue du calcul des flux ou charges ture entre 0 et 4 oC).
polluantes horaires et journalières exprimées en kg/j (aspect quanti-
tatif de la pollution). Les échantillons devront être conservés en glacière pendant le
transport qui lui-même devra être organisé pour que l’achemine-
On se reportera pour de plus amples informations à l’article ment de l’échantillon vers un laboratoire agréé soit assuré dans les
[P 4 200] Analyse des eaux résiduaires. Mesure de la pollution. meilleurs délais (12 h au maximum).

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3.2 Mesures des débits des eaux Pour ce qui concerne les matières en suspension totales (MEST),
on distingue :
résiduaires industrielles
— d’une part les matières en suspension décantables en 2 h et les
matières en suspension non décantables (fraction colloïdale) ;
Selon les conditions de rejet des effluents industriels, les débits — et, d’autre part, les matières en suspension organiques et
sont mesurés en utilisant deux méthodes : en canal ouvert ou dans minérales (calcination à 550 oC).
les conduites fermées.
■ Évaluation de la pollution par des substances organiques
■ Mesures de débit en canal ouvert Une mesure globale d’appréciation est possible en utilisant
Elles utilisent une méthode indirecte de détermination du débit comme référence la quantité d’oxygène nécessaire à les oxyder. On
consistant en une mesure de la hauteur d’eau à proximité d’un obs- utilisera différents critères :
tacle normalisé dans des conditions d’expérience strictement — la DCO ou demande chimique en oxygène (exprimée en
définies : forme du canal, pente, forme de l’obstacle, écoulement mg O2/L) qui représente l’enveloppe de tout ce qui est suscepti-
amont ou aval. Dans ces conditions, la mesure de débit va compor- ble de consommer de l’oxygène (par oxydation au bichromate
ter les principaux éléments suivants : de potassium en milieu sulfurique), en particulier les sels miné-
— un chenal d’approche qui sert à tranquilliser l’écoulement en raux oxydables et la majeure partie des composés organiques ;
amont du dispositif de mesure et à faire passer celui-ci d’un régi- — la DTO ou demande totale en oxygène (exprimée en mg O2/L)
ment turbulent à un régime laminaire ; qui mesure la consommation d’oxygène par une technique instru-
— un dispositif de mesure constitué par des déversoirs à mince mentale qui réalise l’oxydation directe des matières organiques par
paroi rectangulaires (avec ou sans contraction latérale) ou triangu- une combustion catalytique à 900 oC ;
laires et par des canaux jaugeurs (du type Venturi par exemple) ; — la DBO5 ou demande biochimique en oxygène (exprimée en
— des débitmètres enregistreurs totalisateurs constitués de cap- mg O2/L) qui est la quantité d’oxygène consommée dans les condi-
teurs du type bulle à bulle, à ultrasons ou piézo-résistif permettant tions d’essai (incubation à 20 oC et à l’obscurité après un laps de
de suivre les variations de niveau d’eau et par suite d’évaluer les temps de 5 jours), pour assurer par voie bactérienne l’oxydation bio-
débits (par application des formules d’écoulement de Kindswa- logique des matières organiques dites biodégradables ;
ter-Carter, Rehbock, Gourley, etc.). — les matières oxydables ou MOX (exprimées en mg O2/L) cor-
■ Mesures de débit en conduite fermée respondent à une moyenne pondérée de la DCO et de la DBO5 ,
mesurées après décantation 2 h suivant la formule :
Contrairement aux mesures de débits en canal ouvert, il n’y a pas
besoin de prévoir, ni canal d’approche puisque c’est la conduite DCO + 2DBO
elle-même qui joue ce rôle, ni dispositif de mesure puisqu’il s’agit MOX = ---------------------------------------5-
3
d’une mesure directe. Le calcul du débit consiste à multiplier la sur-
face de la section de la conduite par la vitesse moyenne du flux — enfin, le carbone organique qui détermine la quantité de matiè-
liquide déterminée par différents débitmètres : électromagnétique, res hydrocarbonées du type glucide, sa mesure est réalisée par un
à effet Vortex ou à ultrasons. analyseur de CO2, à infrarouge, après combustion catalytique à
haute température de l’échantillon.
En respectant les critères d’utilisation et d’implantation des Notons au passage qu’une indication de la plus ou moins bonne
débitmètres, la précision des mesures de débit en canal ouvert biodégradabilité d’une eau résiduaire industrielle (ERI) est fournie
ou en conduite fermée se situe entre 2 et 5 %. par le rapport DBO5 /DCO. Des valeurs supérieures à 0,25-0,3 justi-
fient généralement la mise en œuvre d’une épuration biologique
des rejets industriels.
La relation entre la DBO5 et la DCO dans les ERI, est très différente
3.3 Paramètres de la pollution de ce qu’elle est dans les eaux résiduaires urbaines (ERU). Elle évo-
lue aux divers stades du traitement, la DCO finale de l’eau traitée
pouvant quelquefois atteindre plus de 5 fois la valeur de la DBO5
Le choix en analyse du ou (des) paramètres de mesure de la pol- correspondante.
lution est particulièrement délicat, du fait même du caractère multi-
ple de la pollution des eaux résiduaires industrielles. On a affaire en ■ Évaluation de la pollution azotée et phosphorée à l’origine de
effet généralement à des mélanges de produits organiques et miné- l’eutrophisation
raux qui peuvent être présents sous trois formes : soluble, colloïdale Les éléments nutritifs contenus dans ERI sont :
ou en suspension. — l’azote total Kjedahl (NTK) qui mesure la pollution azotée rela-
Dans sa démarche, l’analyste procède toujours à des mesures de tive à l’azote organique et ammoniacal ;
pollution en deux étapes successives : — l’azote global (NGL) qui englobe en plus les formes oxydées de
— d’abord à l’aide de critères globaux qui font abstraction des l’azote (à savoir l’azote nitreux et nitrique) ;
différences existant entre les sources de pollution ; — les dérivés du phosphore (composés organiques phosphorés
— puis par des critères plus spécifiques déterminés par la nature et phosphates) déterminés globalement par le phosphore total (PT).
de l’organisme polluant, notamment pour tout ce qui relève des Les méthodes d’analyses généralement utilisées pour le dosage
substances à caractère toxique. de ces différents composés sont des techniques d’analyse par colo-
La mesure de la pollution s’effectue à l’aide de différents rimétrie, ionométrie ou chromatographie ionique.
critères [5].
■ Évaluation de la pollution toxique (souvent à l’état de trace)
■ Connaissance des caractéristiques ou grandeurs physiques ● On procède initialement, à des tests généraux permettant la
Les paramètres tels que : mise en évidence d’une activité toxique :
— pH (acidité, basicité) ; — tests de toxicité sur un matériel vivant (poissons ou daphnies)
— température ; basés sur l’inhibition de leur mobilité ;
— salinité, minéralisation (par des mesures de conductivité) ; — test microtox utilisant des bactéries marines luminescentes
— oxygène dissous ; pour lesquelles on détermine la diminution de la lumière émise sous
sont susceptibles d’être enregistrés en continu. l’action de diverses substances toxiques ;

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— test algal basé sur l’inhibition de la croissance d’une popula- L’arrêté du 10 décembre 1991 définit les quantités journalières
tion d’algues vertes. suivantes pour chaque habitant :
● Puis, si ces tests sont positifs, on recherche et on identifie les — 90 g de matières en suspension ;
divers composés moyennant la mise en œuvre de techniques instru- — 57 g de matières oxydables (MOX) ;
mentales souvent d’avant-garde : — 15 g de NTK ;
— pour la micropollution minérale, on dose les métaux lourds — 4 g de phosphore total (PT).
par exemple, par spectrophotométrie d’absorption atomique ou
d’émission à plasma ;
— pour la micropollution organique, on utilise des techniques de
chromatographie en phase gazeuse ou liquide couplées éventuelle- 4. Conditions de rejet
ment à un détecteur de masse, pour identifier et quantifier des
composés toxiques divers (phénols, pesticides, hydrocarbures aro- des eaux résiduaires
matiques polycycliques, produits organiques aromatiques, phos-
phorés, soufrés, etc.
industrielles
● On peut identifier et quantifier également des familles de
C’est l’arrêté du 2 février 1998 (se substituant aux arrêtés du
composés en utilisant des critères semi-globaux. C’est le cas par
1er mars 1993 et du 25 avril 1995 abrogés) qui constitue la référence
exemple de la mesure des hydrocarbures totaux par l’indice - CH2 - ;
réglementaire applicable à la grande majorité des installations clas-
le dosage de ces composés, après extraction par un solvant, est réa-
sées soumises à autorisation.
lisé par spectrométrie d’absorption dans le domaine de l’infrarouge.
C’est le cas aussi des composés organo-chlorés, désignés par À noter cependant que certaines activités industrielles ne sont pas
AOX, comprenant les solvants chlorés, les pesticides chlorés, les concernées car réglementées par d’autres arrêtés. C’est le cas plus
PCB (polychlorobiphényls), dont la détermination est obtenue par particulièrement du traitement de surface (arrêté du 26 septembre
un dosage microcoulométrique. 1985), de l’industrie du verre (arrêté du 14 mai 1993), de l’industrie
papetière (arrêté du 6 janvier 1994) et des cimenteries (arrêté du
3 mai 1993).
Toutes les analyses, permettant l’évaluation quantitative
d’une pollution industrielle, doivent être réalisées par des labo- Pour les rejets en eaux superficielles, les textes des arrêtés de
ratoires agréés par le ministère de l’Environnement qui utilisent 1993 et 1995 ont défini l’ensemble des dispositions visant à prévenir
des méthodes d’analyses normalisées. la pollution des milieux aquatiques, en l’occurrence, les conditions
de rejet, les modalités de contrôle et les valeurs limites de rejet
(compatibles avec les objectifs de qualité du milieu récepteur) qui
ont été fixées, en tenant compte de la Directive européenne
3.4 Notion d’équivalent habitant 76/464/CEE et des derniers travaux d’instances internationales
comme la Commission du Rhin.
On veut souvent comparer l’importance d’une pollution émise par
un établissement industriel à celle d’une agglomération urbaine Nous récapitulons dans le tableau 5 les caractéristiques générales
d’où la notion d’équivalent habitant. des rejets en eaux superficielles et, pour les différents flux polluants
journaliers autorisés, les valeurs limites en concentration des para-
mètres globaux de pollution (MEST, DBO5, NGL, PT) pour les rejets
L’équivalent habitant (eq/hab) correspond à la quantité de en zone normale, et en zone sensible à l’eutrophisation pour les cri-
pollution rejetée par un habitant quotidiennement. tères NGL et PT.

Tableau 5 – Valeurs limites de rejet pour les eaux résiduaires industrielles ERI
Flux journaliers autorisés
Zone Paramètre de pollution Valeurs limites (en mg/L)
(kg/j)

moyenne journalière moyenne mensuelle


Zone normale de rejet MEST < 15 100
> 15 35
DBO5 < 30 100
> 30 30
DCO < 100 300
> 100 125
NGL > 50 30
PT > 15 10
NGL > 150 15
Zone sensible > 300 10
à l’eutrophisation PT > 40 2
> 80 1
Caractéristiques générales des rejets :
— pH : 5,5 à 8,5 (cas général) ; — température < 30 oC ;
— 5,5 à 9,5 (neutralisation à la chaux) ; — couleur < 100 mg platine-cobalt/L.

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Il faut noter que les paramètres de pollution à contrôler sont beau- Si l’on peut tabler, notamment pour les pays de la CEE, sur une
coup plus nombreux que pour les eaux résiduaires urbaines. prochaine uniformisation de l’ensemble des normes pour ce qui
Les normes de rejet sont spécifiques de l’industrie concernée, et relève des critères globaux classiques, il n’en demeure pas moins
donc très variables d’une activité industrielle à l’autre. qu’actuellement ces dispositions législatives sont encore de sévérité
très inégale suivant les pays.
Elles concernent souvent les éléments à caractère toxique en
l’occurrence, les micropolluants minéraux (sulfures, fluorures, Nous résumons à titre indicatif dans le tableau 6, les normes de
métaux lourds) et organiques (composés phénolés, solvants chlo- rejets des eaux résiduaires de l’activité du traitement de surface
rés, hydrocarbures, etc.). dans quelques pays industrialisés.

Tableau 6 – Teneurs limites des éléments à caractère toxique des rejets dans l’industrie du traitement de surfaces
dans les principaux pays industrialisés
Concentration maximale (en mg/L)
Paramètres de pollution
France Allemagne Angleterre Suisse États-Unis Japon

Éléments métalliques :
— aluminium ................................................. 5 10
— cadmium ................................................... 0,2 3 0,2 à 2 0,2 1,2 0,1
— chrome hexavalent ................................... 0,1 0,5 0,1 0,5
— chrome trivalent ....................................... 3 2
— cuivre ......................................................... 2 1 0,5 à 5 0,1 4,5 3
— fer ............................................................... 5 2 5 1
— nickel.......................................................... 5 3 0,5 à 2 2 4,1 3
— plomb ........................................................ 1 0,5 à 2 1 0,6 1
— étain ........................................................... 2 2
— zinc ............................................................. 5 3 2 4,2 5
— (Al + Cd + Cu + Cr + Fe + Ni + Pb + Zn) ... 15
Éléments anioniques :
— fluorure ...................................................... 15 20 15
— cyanure ...................................................... 0,1 0,1 1 0,1 1,2 1

Références bibliographiques

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(H.). – Les eaux usées industrielles. Masson Lecture de l’Arrêté ministériel du 1er mars
éd., Paris (1977). 1993. AIF Service Éditeur, Limoges (1996). [5] BOEGLIN (J.C.). – Analyses des eaux résiduai-
[4] GAUJOUX (D.). – La Pollution des milieux res. Mesures de la pollution. P 4 200 (1997).
[2] Mémento technique de l’eau. Sté Degrémont. aquatiques. Ed. Technique et Documentation Traité Analyse et Caractérisation, volume P5.
Ed. Technique et Documentation, Paris (1989). Lavoisier (1993).

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