Pollution Industrielle de L'eau: Caractérisation, Classification, Mesure
Pollution Industrielle de L'eau: Caractérisation, Classification, Mesure
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Nota : le lecteur pourra se reporter également à l’article G 1 220 Pollution industrielle de l’eau. Stratégie et métho-
dologie.
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1.1.4 Rejets des services généraux On peut classer qualitativement la pollution en plusieurs catégo-
ries, en fonction de sa nature, sa nocivité et des effets néfastes des
Ce sont essentiellement les eaux usées domestiques de l’usine rejets sur le milieu naturel.
qui présentent des caractéristiques particulières et sont biodégrada-
bles.
1.2.1 Pollution insoluble (avec une phase polluante
La présence de chasses automatiques peut entraîner une dilution solide ou liquide voire mixte)
assez forte ; par contre, il faut noter des pointes très accentuées,
dues aux rejets des cuisines et cantines, généralement très chargés
en graisses et débris très hétérogènes, produits au moment des ■ La pollution particulaire est constituée par des matières en sus-
repas. pension grossières décantables, finement dispersées ou à l’état col-
loïdal, dont les dimensions sont indiquées sur la figure 1.
Il faut prendre en compte, également, dans les différents effluents
de services généraux : La pollution particulaire sera à l’origine :
— les eaux de chaufferie (purge de chaudière, éluat de — de nuisances esthétiques et de dépôts et envasements nuisi-
régénération) ; bles à la navigation, en favorisant les inondations ;
— les boues du traitement des eaux d’appoint et les purges — du colmatage éventuel des voies respiratoires des poissons
d’eaux de réfrigération. entraînant leur mortalité ;
— et enfin et surtout de l’augmentation de la turbidité de l’eau,
gênant ainsi la pénétration des rayonnements lumineux, c’est-à-dire
le phénomène de photosynthèse.
1.2 Nocivité et effets de la pollution ■ La pollution par une phase liquide insoluble (huiles, graisses,
sur les milieux naturels hydrocarbures), surnageant à la surface de l’eau, aura essentielle-
ment pour conséquence une diminution des transferts d’oxygène
atmosphérique avec une incidence notable sur la qualité biologique
Nous rappellerons tout d’abord que polluer l’eau d’une réserve de l’eau superficielle définie en réalité par la quantité d’oxygène
superficielle ou profonde, c’est modifier ses caractéristiques (phy- qu’elle contient.
sico-chimiques et biologiques) en y rejetant certaines substances
soit à l’état insoluble (en particulier matières en suspension), soit à
l’état dissous susceptible : 1.2.2 Pollution toxique
— de perturber, à plus ou moins brève échéance, l’équilibre biolo-
gique du milieu en rendant toute vie animale et végétale aléatoire ; On rappellera tout d’abord que la toxicité résulte d’un ensemble
— de rendre l’eau impropre à toute réutilisation ultérieure (pro- de phénomènes complexes mettant en jeu des substances néfastes
duction d’eau destinée à la consommation humaine, à l’usage pour le développement normal des organismes vivants.
industriel...).
Des effets pourront être directement perceptibles (mort, appari-
L’activité industrielle génère des polluants divers susceptibles de tion de malformations ou de tumeurs...) ou plus sournois, telles des
créer des nuisances importantes. difficultés de reproduction, la disparition de certaines espèces
On peut considérer d’une manière générale, que les eaux rési- animales ou végétales peu visibles, voire la perte des facultés de
duaires industrielles (ERI) sont des mélanges hétérogènes compre- concentration et de réflexions ou la survenance de stress chez
nant : l’homme. Ces effets peuvent être décelés au niveau cellulaire (dégé-
— des matières à caractère minéral ou organique qui sont entraî- nérescence de membranes...) sur l’organisme entier (difficulté de se
nées par le courant liquide sous forme de composés insolubles : mouvoir) sur l’espèce (diminution du nombre d’individus) et enfin
particules solides en suspension à l’état grossier, finement dispersé sur tout le système écologique (disparition de prédateurs et désé-
ou colloïdal et substances liquides à l’état dispersé ou émulsions quilibre des groupes vivants).
(graisses, huiles, goudrons, hydrocarbures) ; La toxicité peut être générée par de nombreuses substances
— et, en proportion plus ou moins grande, des composés en dis- chimiques présentes dans l’eau à très faible concentration (infé-
solution dans l’eau (pollution soluble). rieure au mg/L).
100 µm
200 µm
100 nm
0,1 nm
10 µm
20 µm
10 nm
1 mm
2 mm
2 µm
1 µm
1 nm
1 cm
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Les produits toxiques sont nombreux. Ils peuvent avoir un carac- (Fin de l'oxydation carbonée)
tère minéral :
— métaux lourds toxiques : mercure, cadmium, nickel, cuivre, Oxydation carbonée
zinc, chrome, etc. ;
— cyanures, arsenic, sulfures, etc. ;
— produits présentant une acidité ou une basicité élevées. 10 20 30 40 50 60 Temps (jour)
Ils peuvent avoir aussi un caractère organique : produits phytosa-
nitaires, pesticides, hydrocarbures polycycliques aromatiques, Figure 2 – Évolution des matières organiques dans une eau usée
composés phénolés..., solvants chlorés, etc.
Les mécanismes de la toxicité ne sont pas tous élucidés. Les subs-
tances peuvent agir à toutes les étapes de la vie d’une cellule, de sa tuée que lorsque la dégradation des protéines est suffisamment
multiplication (par atteinte du patrimoine génétique) à sa matura- avancée et à condition qu’il y ait à tout moment un apport considé-
tion (en touchant les stades de reproduction d’énergie, de maintien rable d’oxygène.
des équilibres osmotiques, etc.).
Elle ne commence qu’après 20 jours, sans se superposer à la
Certaines substances présentent une toxicité aiguë, c’est le cas en demande première. Les bactéries qui assurent cette minéralisation
particulier des cyanures et des chromates à l’origine d’une mortalité procèdent en deux étapes :
très rapide des êtres vivants, d’autres sont toxiques à long terme — oxydation de l’azote organique ou ammoniacal en nitrites sous
avec des effets néfastes qui apparaissent progressivement avec le l’action de bactéries nitrosantes (Nitrosococcus, Nitrosomonas ) :
temps (troubles de la reproduction, du système nerveux et du méta-
bolisme). Ce type de pollution reste très difficile à appréhender. Il est 2 NH3 + 3 O2 → 2 NO2H + 2 H2O
lié à la nature des molécules organiques concernées en l’occurrence
essentiellement les organohalogénés de l’industrie chimique qui — oxydation des nitrites en nitrates (bactéries nitrifiantes
possèdent des effets d’accumulation et de toxicité différés. Nitrobacter ) :
2 NO2H + O2 → 2 NO3H
Cette minéralisation des matières organiques par fermentation
1.2.3 Pollution organique aérobie se traduit, sur la courbe de consommation de l’oxygène dis-
sous en fonction du temps, par une inflexion qui marque vraisem-
Bon nombre de rejets industriels, en particulier, ceux issus de blablement le passage d’une phase ammoniac/nitrite à une phase
l’industrie agroalimentaire, renferment des matières organiques nitrite/nitrate (figure 2).
non toxiques par elles-mêmes, mais dont la dégradation par voie
Les pertes d’oxygène de la rivière, résultant de ces oxydations,
bactérienne consommera l’oxygène dissous dans le cours d’eau en
sont normalement compensées par la teneur propre en oxygène du
entraînant la mort des poissons par asphyxie et le développement
milieu, par l’assimilation chlorophyllienne (en faible partie), et sur-
(par le dépôt des matières organiques au fond des rivières) de fer-
tout par la capacité d’absorption par la surface et la réaération de
mentations anaérobies (putréfaction) génératrices de nuisances
l’eau par les chutes.
olfactives.
La dissolution de l’oxygène est, en règle générale, toujours favo-
Il faut considérer qu’une eau de surface polluée par des matières
risée par l’agitation des eaux.
organiques arrive à la suite de transformations physiques, chimi-
ques et biologiques à se débarrasser spontanément des éléments
nocifs qu’elle contient. C’est le phénomène de l’autoépuration qui
parvient à préserver le milieu tant que la pollution demeure en des- La qualité biologique d’une eau sera donc définie par la quan-
sous d’un seuil critique [4]. tité d’oxygène qu’elle contient.
La destruction des matières organiques se traduit généralement
par une minéralisation donnant naissance à des produits oxygénés
tels que H2O, CO2 ou NO3. Elle sera sous la dépendance de nom- Dans les conditions habituelles de température en France, la satu-
breux facteurs, tels que la richesse du milieu en oxygène et la tem- ration se situe aux environs de 8 à 9 mg O2/L. Les salmonidés (trui-
pérature, qui règlent la multiplication et l’activité microbiennes. tes) exigeront au moins 5 mg O 2 /L, alors que les cyprinidés
L’évolution des matières organiques, dans une eau usée, s’effectue (poissons blancs) se contenteront de 4 mg O2/L.
schématiquement en deux phases, du point de vue de la consom- Un apport intempestif de substances organiques (colloïdales ou
mation d’oxygène (figure 2). solubles) produit, si l’aération est insuffisante, un appauvrissement
progressif de la teneur en oxygène des couches inférieures de l’eau
■ La première phase correspond à la demande première en oxy- et, peu à peu, sa disparition totale, ce qui entraîne la mort de nom-
gène. Les composés carbonés sont détruits les premiers. À 20 oC, breux êtres vivants et, en particulier, la mortalité des poissons par
cette évolution s’achève en trois semaines environ. L’influence de la asphyxie.
température est très nette (4 semaines à 10 oC, 3 semaines à 20 oC,
1 semaine à 30 oC). Il convient de signaler qu’à aucun moment, dans ce type d’évolu-
tion des matières organiques, n’apparaissent de substances toxi-
Parallèlement s’amorce la décomposition des protéines, qui ne ques.
commence guère qu’au bout de 10 jours à 20 oC, devient ensuite
prépondérante et s’étend sur une très longue période. Il faut cependant souligner un cas particulier lorsque des protéi-
nes ou certains déchets alimentaires s’accumulent par dépôts dans
■ La deuxième phase, ou demande seconde, correspond à la miné- le fond d’une rivière lente ; les dépôts peuvent subir, en été, un pro-
ralisation de l’azote organique, qui ne peut évidemment être effec- cessus de décomposition anaérobie, donnant lieu à la formation de
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composés réducteurs sulfurés ou phosphorés qui, en se dégazant 1.2.5 Autres types de pollutions industrielles
sous l’influence d’une variation de pression atmosphérique, rendent
le milieu toxique pour la vie aquatique. La rivière peut ainsi se trou-
ver dépourvue de toute vie animale et végétale ; on dit communé- ■ Pollution thermique
ment qu’elle « meurt ».
Elle résulte des rejets d’eaux à température trop élevée (eaux de
L’enregistrement, ou la mesure systématique et simultanée, du refroidissement par exemple) qui influent à la fois sur la solubilité de
taux d’oxygène dissous le long d’un cours d’eau, à l’aval d’un déver- l’oxygène et sur l’équilibre biologique du milieu. Les poissons les
sement d’eaux usées, permet de construire la courbe « en sac » plus résistants meurent à 35 oC.
(figure 3), résultant elle-même de deux courbes composantes :
— la courbe de consommation de l’oxygène dissous ;
■ Pollution radioactive
— la courbe de réaération ou de réoxygénation, par dissolution
de l’oxygène de l’atmosphère et par photosynthèse. C’est celle occasionnée par une éventuelle radioactivité artificielle
Les facteurs qui modifient ces deux composantes déterminent le des rejets qui trouve sa source dans l’utilisation de l’énergie
pouvoir autoépurant de la rivière. Le déficit maximal et le point cri- nucléaire sous toutes ses formes (installations et centrales nucléai-
tique sur la courbe « en sac » donnent une indication des besoins en res, exploitation de mines d’uranium, traitement des déchets
oxygène du cours d’eau. radioactifs...).
Réoxygénation
Un autre type de classement peut également être réalisé en
considérant les paramètres spécifiques de la pollution et par suite
Point les modes de traitement susceptibles d’être utilisés pour assurer la
critique dépollution des rejets [2].
Les facteurs de pollution très variés des eaux résiduaires indus-
Consommation d'O2 dissous trielles sont constitués en effet par différents composés (tableau 3).
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Tableau 1 – Classification des ERI par grandes branches industrielles avec mise en évidence de l’origine
et des caractéristiques principales des rejets
Branches industrielles, fabrications Origine des principaux effluents polluants Caractéristiques principales des rejets
Conserves de légumes et fruits, industrie de la Nettoyage, pressage, blanchissage et étuvage Teneur élevée en MES, matières organiques
pomme de terre de fruits et légumes dissoutes, pH parfois alcalin, amidon
Conserves de viande et salaisons Parc, abattoirs, traitement du cinquième quar- Forte concentration en matières organiques
tier, condensats, graisses et eaux de lavage dissoutes et en suspension (sang, protéines)
graisses, NaCl
Aliments pour le bétail Rejets de centrifugation, de presse, rejets Pollution organique très élevée, biodégrada-
d’évaporation et résidus d’eaux de lavage ble, odeurs, solvants.
Laiteries Dilutions de lait entier, de lait écrémé, de Forte concentration en matières organiques
babeurre, de sérum dissoutes principalement protéines, lactose,
graisses
Sucreries Lavage et transport des betteraves, diffusion, Forte concentration en matières organiques
transport d’écumes, condensats d’évapora- dissoutes et en suspension (sucres et protéi-
tion, régénérations d’échangeurs d’ions nes)
Brasseries et distilleries Trempage et pressage du grain, résidus de Teneur élevée en matières organiques dissou-
distillation d’alcools, condensats d’évapora- tes contenant du sucre et de l’amidon fer-
tion menté
Aliments déshydratés et concentrés Lyophilisation, procédés divers, extraits, etc. Matières en suspension et coloration élevées,
matières grasses et huiles diverses
Boissons non alcoolisées Lavage de bouteilles, nettoyage du plancher et Alcalinité élevée, teneur en matières en sus-
du matériel, rejet des bacs de stockage de pension, détergents, DBO
sirop
Produits phosphatés, acide phosphorique, Lavage, dégrillage et flottation du minerai, Argiles, limons et huiles, faible pH, teneur éle-
engrais phosphatés superphosphates vée en matières en suspension et produits sili-
ceux et fluorés
Colorants de synthèse Colorants aniliques et nitrés Eaux fortement acides, phénols, dérivés
nitrés, DCO élevés
Caoutchouc et polymères de synthèse Lavage du latex, caoutchouc coagulé, élimina- Teneur élevée en matière en suspension, pH
tion des impuretés du caoutchouc brut et des variable, teneur élevée en chlorures et DCO
produits de formulation
Insecticides et pesticides Produits de lavage et de purification Teneur élevée en matières organiques, ben-
zène, toxiques pour les bactéries et les pois-
sons, acides
Raffinerie et pétrochimie Eaux de procédé, dessalage, steam cracking, Hydrocarbures aliphatiques et aromatiques
cracking catalytique, eaux des aires de manu- plus ou moins émulsifiés, sulfures, matières
tention et de stockage en suspension, peu de DBO sauf eaux de pro-
cédé phénolées
Synthèses organiques diverses Composés chloroacétyléniques, alcools, aldé- Alcalinité ou acidité élevée, forte teneur en
hydes, esters matières organiques
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Tableau 1 – Classification des ERI par grandes branches industrielles avec mise en évidence de l’origine
et des caractéristiques principales des rejets (suite)
Branches industrielles, fabrications Origine des principaux effluents polluants Caractéristiques principales des rejets
Produits photographiques Solutions usées de révélateurs et de fixateurs Alcalinité, différents agents réducteurs organi-
ques et minéraux, éléments toxiques
Industrie papetière
Pâte à papier Cuisson, blanchiment, lavage de fibres, raffi- Pollution organique élevée, couleur, teneur
nage de la pâte élevée en matières en suspension, colloïdales
et dissoutes ; sulfites ; pH variable
Papiers et cartons Opérations de fabrication sur machine, Eaux blanches et organiques, fibres, alumine,
dosage, mélange titane, kaolin, baryte, pigments, latex, sels de
mercure
Industrie textile
Fabrication des fibres Fibres synthétiques, viscose, polyamides, Présence de solvants, produits d’enzymage,
polyesters, vinyliques colorants, eaux neutres chargées de matières
organiques
Préparation des fibres Lavage, débouillissage, blanchiment, teinture, Matières en suspension élevées ou moyen-
impression et apprêt, peignage de la laine nes, eaux alcalines ou acides, matières organi-
ques (DCO) très élevées et variables,
colorants, produits chimiques, réducteurs ou
oxydants parfois sulfures, graisse, suint
Industries diverses
Industries du cuir, tanneries Reverdissage, pelanage, trempage, délainage, Teneurs élevées en matières sèches totales,
picklage des peaux. Bains de tannage et de dureté, sels, sulfures, chrome, chaux précipi-
teinture tée et matières organiques
Industrie automobile Préparation surfaces métalliques, finition Matières en suspension, huiles, hydrocarbu-
peinture res, produits organiques non biodégradables,
métaux
Industrie mécanique Usinage, rectification, polissage, ponçage Graisses, huiles, produits d’abrasion, huiles
solubles, eaux neutres
Traitement de surfaces métalliques Décapage, phosphatation, revêtements élec- Eaux acides ou alcalines, chromatées, cyanu-
trolytiques, anodisation, peinture, électropho- rées, fluorées, chargées de produits d’attaque,
rèse (Fe, Cu, Al,) pigments, tensio-actifs
Verre et miroiterie Polissage et nettoyage du verre, bains Couleur rouge, matières en suspension alcali-
d’argenture nes non décantables. Argent
Énergie nucléaire et matières radioactives Industrie du minerai, nettoyage de vêtements Éléments radioactifs qui peuvent être très aci-
contaminés, rejets des laboratoires de recher- des et « chauds »
che, fabrication du combustible, eaux de
refroidissement
Électronique Traitement du verre. Élaboration des compo- Acides, acide fluorhydrique, chlorure ferrique,
sants électroniques et des magnétites matières en suspension, fer, ferrites
Sidérurgie Lavage de gaz de hauts-fourneaux, eaux de Eaux neutres chargées en cyanures et/ou en
granulation de laitier sulfures
Industrie du charbon Nettoyage et triage du charbon, cokéfaction, Teneur élevée en matières en suspension
carbochimie (charbon), phénols, liqueurs ammoniacales,
cyanures...
Hydrométallurgie (aluminium, zinc, plomb) Caustification de la bauxite. Électrolyse. Lixi- Eaux alcalines ou acides.
viation de la blende Présence de fluor, de métaux
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Tableau 4 – Classification des ERI selon leur aptitude à être épurées par voie physico-chimique et/ou biologique
Traitement préférentiel Nature du rejet Industries concernées
● Eaux résiduaires renfermant uniquement Sucreries, distilleries
des matières organiques biodégradables Féculeries
Malteries
Voie biologique Conserveries
Abattoirs
Élevage intensif
Laiteries, fromageries
Industrie pharmaceutique
● Eaux résiduaires renfermant des substan- Industrie de revêtement et traitement de sur-
ces toxiques minérales et ou organiques avec face.
des molécules organiques non biodégrada- Industrie chimique (élastomères, plastiques)
bles Sidérurgie (laminage, décapage)
Voies chimique et physico-chimique Industrie mécanique
● Eaux résiduaires renfermant des consti- Mines et installations de traitement (minerais,
tuants inorganiques charbons, ardoisières, etc.)
● Milieu carencé en éléments nutritifs (azote,
phosphore)
Association obligatoire du traitement chimi- ● Eaux résiduaires renfermant des molécules Industrie photographique
que en pré ou posttraitement et du traitement organiques plus ou moins biodégradables et Tannerie
biologique des substances minérales et ou organiques Fabriques de colle et gélatine
toxiques, milieu généralement carencé Fabriques de pâte à papier
Papeteries, cartonneries
Textile (teintureries)
Laveries de laine
Industries pharmaceutiques
Fondoirs de suif
Margarineries
Industries chimiques
Pétrochimie, raffineries
Usines à gaz, cokeries
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3.2 Mesures des débits des eaux Pour ce qui concerne les matières en suspension totales (MEST),
on distingue :
résiduaires industrielles
— d’une part les matières en suspension décantables en 2 h et les
matières en suspension non décantables (fraction colloïdale) ;
Selon les conditions de rejet des effluents industriels, les débits — et, d’autre part, les matières en suspension organiques et
sont mesurés en utilisant deux méthodes : en canal ouvert ou dans minérales (calcination à 550 oC).
les conduites fermées.
■ Évaluation de la pollution par des substances organiques
■ Mesures de débit en canal ouvert Une mesure globale d’appréciation est possible en utilisant
Elles utilisent une méthode indirecte de détermination du débit comme référence la quantité d’oxygène nécessaire à les oxyder. On
consistant en une mesure de la hauteur d’eau à proximité d’un obs- utilisera différents critères :
tacle normalisé dans des conditions d’expérience strictement — la DCO ou demande chimique en oxygène (exprimée en
définies : forme du canal, pente, forme de l’obstacle, écoulement mg O2/L) qui représente l’enveloppe de tout ce qui est suscepti-
amont ou aval. Dans ces conditions, la mesure de débit va compor- ble de consommer de l’oxygène (par oxydation au bichromate
ter les principaux éléments suivants : de potassium en milieu sulfurique), en particulier les sels miné-
— un chenal d’approche qui sert à tranquilliser l’écoulement en raux oxydables et la majeure partie des composés organiques ;
amont du dispositif de mesure et à faire passer celui-ci d’un régi- — la DTO ou demande totale en oxygène (exprimée en mg O2/L)
ment turbulent à un régime laminaire ; qui mesure la consommation d’oxygène par une technique instru-
— un dispositif de mesure constitué par des déversoirs à mince mentale qui réalise l’oxydation directe des matières organiques par
paroi rectangulaires (avec ou sans contraction latérale) ou triangu- une combustion catalytique à 900 oC ;
laires et par des canaux jaugeurs (du type Venturi par exemple) ; — la DBO5 ou demande biochimique en oxygène (exprimée en
— des débitmètres enregistreurs totalisateurs constitués de cap- mg O2/L) qui est la quantité d’oxygène consommée dans les condi-
teurs du type bulle à bulle, à ultrasons ou piézo-résistif permettant tions d’essai (incubation à 20 oC et à l’obscurité après un laps de
de suivre les variations de niveau d’eau et par suite d’évaluer les temps de 5 jours), pour assurer par voie bactérienne l’oxydation bio-
débits (par application des formules d’écoulement de Kindswa- logique des matières organiques dites biodégradables ;
ter-Carter, Rehbock, Gourley, etc.). — les matières oxydables ou MOX (exprimées en mg O2/L) cor-
■ Mesures de débit en conduite fermée respondent à une moyenne pondérée de la DCO et de la DBO5 ,
mesurées après décantation 2 h suivant la formule :
Contrairement aux mesures de débits en canal ouvert, il n’y a pas
besoin de prévoir, ni canal d’approche puisque c’est la conduite DCO + 2DBO
elle-même qui joue ce rôle, ni dispositif de mesure puisqu’il s’agit MOX = ---------------------------------------5-
3
d’une mesure directe. Le calcul du débit consiste à multiplier la sur-
face de la section de la conduite par la vitesse moyenne du flux — enfin, le carbone organique qui détermine la quantité de matiè-
liquide déterminée par différents débitmètres : électromagnétique, res hydrocarbonées du type glucide, sa mesure est réalisée par un
à effet Vortex ou à ultrasons. analyseur de CO2, à infrarouge, après combustion catalytique à
haute température de l’échantillon.
En respectant les critères d’utilisation et d’implantation des Notons au passage qu’une indication de la plus ou moins bonne
débitmètres, la précision des mesures de débit en canal ouvert biodégradabilité d’une eau résiduaire industrielle (ERI) est fournie
ou en conduite fermée se situe entre 2 et 5 %. par le rapport DBO5 /DCO. Des valeurs supérieures à 0,25-0,3 justi-
fient généralement la mise en œuvre d’une épuration biologique
des rejets industriels.
La relation entre la DBO5 et la DCO dans les ERI, est très différente
3.3 Paramètres de la pollution de ce qu’elle est dans les eaux résiduaires urbaines (ERU). Elle évo-
lue aux divers stades du traitement, la DCO finale de l’eau traitée
pouvant quelquefois atteindre plus de 5 fois la valeur de la DBO5
Le choix en analyse du ou (des) paramètres de mesure de la pol- correspondante.
lution est particulièrement délicat, du fait même du caractère multi-
ple de la pollution des eaux résiduaires industrielles. On a affaire en ■ Évaluation de la pollution azotée et phosphorée à l’origine de
effet généralement à des mélanges de produits organiques et miné- l’eutrophisation
raux qui peuvent être présents sous trois formes : soluble, colloïdale Les éléments nutritifs contenus dans ERI sont :
ou en suspension. — l’azote total Kjedahl (NTK) qui mesure la pollution azotée rela-
Dans sa démarche, l’analyste procède toujours à des mesures de tive à l’azote organique et ammoniacal ;
pollution en deux étapes successives : — l’azote global (NGL) qui englobe en plus les formes oxydées de
— d’abord à l’aide de critères globaux qui font abstraction des l’azote (à savoir l’azote nitreux et nitrique) ;
différences existant entre les sources de pollution ; — les dérivés du phosphore (composés organiques phosphorés
— puis par des critères plus spécifiques déterminés par la nature et phosphates) déterminés globalement par le phosphore total (PT).
de l’organisme polluant, notamment pour tout ce qui relève des Les méthodes d’analyses généralement utilisées pour le dosage
substances à caractère toxique. de ces différents composés sont des techniques d’analyse par colo-
La mesure de la pollution s’effectue à l’aide de différents rimétrie, ionométrie ou chromatographie ionique.
critères [5].
■ Évaluation de la pollution toxique (souvent à l’état de trace)
■ Connaissance des caractéristiques ou grandeurs physiques ● On procède initialement, à des tests généraux permettant la
Les paramètres tels que : mise en évidence d’une activité toxique :
— pH (acidité, basicité) ; — tests de toxicité sur un matériel vivant (poissons ou daphnies)
— température ; basés sur l’inhibition de leur mobilité ;
— salinité, minéralisation (par des mesures de conductivité) ; — test microtox utilisant des bactéries marines luminescentes
— oxygène dissous ; pour lesquelles on détermine la diminution de la lumière émise sous
sont susceptibles d’être enregistrés en continu. l’action de diverses substances toxiques ;
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— test algal basé sur l’inhibition de la croissance d’une popula- L’arrêté du 10 décembre 1991 définit les quantités journalières
tion d’algues vertes. suivantes pour chaque habitant :
● Puis, si ces tests sont positifs, on recherche et on identifie les — 90 g de matières en suspension ;
divers composés moyennant la mise en œuvre de techniques instru- — 57 g de matières oxydables (MOX) ;
mentales souvent d’avant-garde : — 15 g de NTK ;
— pour la micropollution minérale, on dose les métaux lourds — 4 g de phosphore total (PT).
par exemple, par spectrophotométrie d’absorption atomique ou
d’émission à plasma ;
— pour la micropollution organique, on utilise des techniques de
chromatographie en phase gazeuse ou liquide couplées éventuelle- 4. Conditions de rejet
ment à un détecteur de masse, pour identifier et quantifier des
composés toxiques divers (phénols, pesticides, hydrocarbures aro- des eaux résiduaires
matiques polycycliques, produits organiques aromatiques, phos-
phorés, soufrés, etc.
industrielles
● On peut identifier et quantifier également des familles de
C’est l’arrêté du 2 février 1998 (se substituant aux arrêtés du
composés en utilisant des critères semi-globaux. C’est le cas par
1er mars 1993 et du 25 avril 1995 abrogés) qui constitue la référence
exemple de la mesure des hydrocarbures totaux par l’indice - CH2 - ;
réglementaire applicable à la grande majorité des installations clas-
le dosage de ces composés, après extraction par un solvant, est réa-
sées soumises à autorisation.
lisé par spectrométrie d’absorption dans le domaine de l’infrarouge.
C’est le cas aussi des composés organo-chlorés, désignés par À noter cependant que certaines activités industrielles ne sont pas
AOX, comprenant les solvants chlorés, les pesticides chlorés, les concernées car réglementées par d’autres arrêtés. C’est le cas plus
PCB (polychlorobiphényls), dont la détermination est obtenue par particulièrement du traitement de surface (arrêté du 26 septembre
un dosage microcoulométrique. 1985), de l’industrie du verre (arrêté du 14 mai 1993), de l’industrie
papetière (arrêté du 6 janvier 1994) et des cimenteries (arrêté du
3 mai 1993).
Toutes les analyses, permettant l’évaluation quantitative
d’une pollution industrielle, doivent être réalisées par des labo- Pour les rejets en eaux superficielles, les textes des arrêtés de
ratoires agréés par le ministère de l’Environnement qui utilisent 1993 et 1995 ont défini l’ensemble des dispositions visant à prévenir
des méthodes d’analyses normalisées. la pollution des milieux aquatiques, en l’occurrence, les conditions
de rejet, les modalités de contrôle et les valeurs limites de rejet
(compatibles avec les objectifs de qualité du milieu récepteur) qui
ont été fixées, en tenant compte de la Directive européenne
3.4 Notion d’équivalent habitant 76/464/CEE et des derniers travaux d’instances internationales
comme la Commission du Rhin.
On veut souvent comparer l’importance d’une pollution émise par
un établissement industriel à celle d’une agglomération urbaine Nous récapitulons dans le tableau 5 les caractéristiques générales
d’où la notion d’équivalent habitant. des rejets en eaux superficielles et, pour les différents flux polluants
journaliers autorisés, les valeurs limites en concentration des para-
mètres globaux de pollution (MEST, DBO5, NGL, PT) pour les rejets
L’équivalent habitant (eq/hab) correspond à la quantité de en zone normale, et en zone sensible à l’eutrophisation pour les cri-
pollution rejetée par un habitant quotidiennement. tères NGL et PT.
Tableau 5 – Valeurs limites de rejet pour les eaux résiduaires industrielles ERI
Flux journaliers autorisés
Zone Paramètre de pollution Valeurs limites (en mg/L)
(kg/j)
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POLLUTION INDUSTRIELLE DE L’EAU _______________________________________________________________________________________________________
Il faut noter que les paramètres de pollution à contrôler sont beau- Si l’on peut tabler, notamment pour les pays de la CEE, sur une
coup plus nombreux que pour les eaux résiduaires urbaines. prochaine uniformisation de l’ensemble des normes pour ce qui
Les normes de rejet sont spécifiques de l’industrie concernée, et relève des critères globaux classiques, il n’en demeure pas moins
donc très variables d’une activité industrielle à l’autre. qu’actuellement ces dispositions législatives sont encore de sévérité
très inégale suivant les pays.
Elles concernent souvent les éléments à caractère toxique en
l’occurrence, les micropolluants minéraux (sulfures, fluorures, Nous résumons à titre indicatif dans le tableau 6, les normes de
métaux lourds) et organiques (composés phénolés, solvants chlo- rejets des eaux résiduaires de l’activité du traitement de surface
rés, hydrocarbures, etc.). dans quelques pays industrialisés.
Tableau 6 – Teneurs limites des éléments à caractère toxique des rejets dans l’industrie du traitement de surfaces
dans les principaux pays industrialisés
Concentration maximale (en mg/L)
Paramètres de pollution
France Allemagne Angleterre Suisse États-Unis Japon
Éléments métalliques :
— aluminium ................................................. 5 10
— cadmium ................................................... 0,2 3 0,2 à 2 0,2 1,2 0,1
— chrome hexavalent ................................... 0,1 0,5 0,1 0,5
— chrome trivalent ....................................... 3 2
— cuivre ......................................................... 2 1 0,5 à 5 0,1 4,5 3
— fer ............................................................... 5 2 5 1
— nickel.......................................................... 5 3 0,5 à 2 2 4,1 3
— plomb ........................................................ 1 0,5 à 2 1 0,6 1
— étain ........................................................... 2 2
— zinc ............................................................. 5 3 2 4,2 5
— (Al + Cd + Cu + Cr + Fe + Ni + Pb + Zn) ... 15
Éléments anioniques :
— fluorure ...................................................... 15 20 15
— cyanure ...................................................... 0,1 0,1 1 0,1 1,2 1
Références bibliographiques
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(H.). – Les eaux usées industrielles. Masson Lecture de l’Arrêté ministériel du 1er mars
éd., Paris (1977). 1993. AIF Service Éditeur, Limoges (1996). [5] BOEGLIN (J.C.). – Analyses des eaux résiduai-
[4] GAUJOUX (D.). – La Pollution des milieux res. Mesures de la pollution. P 4 200 (1997).
[2] Mémento technique de l’eau. Sté Degrémont. aquatiques. Ed. Technique et Documentation Traité Analyse et Caractérisation, volume P5.
Ed. Technique et Documentation, Paris (1989). Lavoisier (1993).
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