MMCD
MMCD
Nicolas Moës
Avant-propos
Lois de bilan
. Forme globale des lois de bilan
. Forme locale des lois de bilan
. Conséquences des lois de bilan
Conséquences de la conservation de la masse — • Conséquences du bilan de
quantité de mouvement — • Conséquences de la bilan du moment cinétique
— • Conséquences du bilan de l’énergie —
Bibliographie
Avant-propos
Dans ce cours des milieux continus, une cohérence de contenu a été recherchée
avec les autres cours de mécanique dispensés en tronc commun, à savoir :
– dynamique des solides — re année ;
– résistance des matériaux — re année ;
– matériaux — re année ;
– technologie de conception mécanique — re année ;
– mécanique des fluides — e année ;
– méthode des éléments finis — e année ;
– mécanique des vibrations — e année.
Cette cohérence a été recherchée également autant que possible pour les notations.
Le cas échéant, un choix différent de notation par rapport à un autre cours de tronc
commun est indiqué par une note en bas de page.
Rédiger un polycopié sur la mécanique des milieux continus pour un cours de
tronc commun d’école d’ingénieurs n’est pas une tâche aisée. J’ai été grandement
aidé dans cette entreprise par différents collègues qui ont pris la peine de me
donner leur avis sur ce document. Les conseils pédagogiques de Jean-François Sini
ont également été très bénéfiques.
Nantes
juillet
Nicolas Moës
[] Objet du cours de dynamique des solides de tronc commun re année.
Pourquoi la mécanique des milieux continus ?
mince ;
– calculer l’écoulement de l’eau sous un pneu en conduite sur route mouillée
afin d’optimiser le dessin de ce pneu ;
– déterminer le niveau d’échauffement de l’outil dans un procédé d’usinage.
L’usinage est un procédé de fabrication dans lequel une pièce métallique
brute est taillée à l’aide d’un petit outil. Le contact entre l’outil et la pièce se
fait à grande vitesse et génère des copeaux (un peu comme la taille du bois).
– calculer la pression nécessaire pour souffler les bouteilles plastiques. Deux
procédés industriels de soufflage existent : l’extrusion-soufflage et l’injection
étirement soufflage. Il laisse sur le fond du culot des bouteilles plastiques
deux signes caractéristiques différents : un point ou un trait ;
– étudier la stabilité des talus ;
– déterminer si une fissure détectée dans un réacteur ou sur le fuselage d’avion
est critique (tous les avions qui volent ont des fissures mais rassurez-vous
elles sont inspectées régulièrement) ;
– simuler informatiquement les chocs crâniens dans les accidents de la route
pour optimiser les airbags et les habitacles des voitures ;
– l’étude de la résistance d’une coque composite d’un voilier de course soumis
aux chocs répétés avec la surface de l’eau (l’impact répété d’une coque sur
l’eau est appelé tossage).
Pourquoi ces problèmes ne peuvent-ils pas être traités par la mécanique des solides
indéformables ? Reprenons chacun des exemples :
– la force nécessaire pour emboutir une canette dépend du matériau dont est
constituée la tôle. La notion de matériau n’intervient pas en mécanique des
solides indéformables : seules la masse et la forme (qui influe sur le moment
d’inertie) sont considérées ;
– l’eau est un milieu qui se déforme facilement. Ceci est à l’opposé de la
mécanique des solides qui considère les corps comme indéformables [] ;
– la détermination du niveau d’échauffement d’un outil lors d’un procédé
d’usinage requiert la thermodynamique. L’énergie mécanique dissipée par
l’outil dans sa coupe est transformée en chaleur. Ce qui produit une élévation
de température ;
– le soufflage d’une bouteille fait intervenir des déformations extrêmes ;
– l’étude de la stabilité d’un talus se pose en ces termes : à partir de quelle
pression exercée sur le talus, celui-ci glisse-t-il de manière irréversible ? Une
préoccupation éloignée de la mécanique des solides indéformables ;
– une fissure est une surface sur laquelle l’intégrité de la matière est perdue.
[] Il est vrai que la mécanique des solides peut faire intervenir une déformation via des ressorts
placés entre des corps rigides mais on est loin de la déformation d’un fluide.
. Mécanique des milieux continus et disciplines de l’ingénieur
mathématiquement par :
– un scalaire : masse volumique, température, concentration d’un polluant...
– un vecteur : vitesse, accélération, forces volumiques, couples volumiques...
– un tenseur d’ordre deux : déformations, contraintes...
– un tenseur d’ordre supérieur à deux : le tenseur d’élasticité qui est d’ordre
quatre.
La grandeur physique donnée à chaque instant et en chaque point forme ce que
l’on appelle un champ. On parlera par exemple du champ de température dans une
pièce automobile à un instant donné ou bien de l’évolution du champ de contrainte
dans une tôle lors de son écrasement par une presse.
Savoir si pour un domaine matériel donné, on a affaire à un milieu continu ou
non dépend de l’échelle d’observation. Par exemple, l’air enfermé dans un bocal
est un milieu continu pour un observateur macroscopique [] . Le champ de vitesse
observée par exemple avec un vélocimètre laser est nul partout et la pression uni-
forme. En revanche, un observateur microscopique voit des molécules se déplaçant
dans le vide de manière erratique et à grande vitesse (le mouvement Brownien) et
est incapable d’y voir un milieu continu. La différence entre les deux observations
provient de l’échelle d’observation. Un point pour l’observateur macroscopique est
en fait un petit volume qui contient un grand nombre de molécules. Par exemple
un petit volume de , mm — soit un cube de l’ordre d’un demi-millimètre de
côté — contient de l’ordre de trois millions de milliards de molécules [] . La vitesse
moyenne observée est une moyenne statistique du mouvement brownien.
De même, la notion de pression constante dans le bocal perd son sens à l’échelle
microscopique : la pression macroscopique est le résultat statistique moyen de
l’impact du mouvement Brownien sur la surface sensible du manomètre. Si on
disposait d’un micro-manomètre à l’échelle moléculaire, on mesurerait de temps
en temps un impact, ce qui est fort loin de la notion de pression constante.
La mécanique des milieux continus est un modèle mathématique qui permet
de moyenner une réalité complexe et obtenir ainsi un modèle qui peut être traité
analytiquement ou informatiquement. À l’opposé, le calcul explicite du mouve-
ment des molécules dans un bocal ne peut absolument pas être traité à l’aide de
l’informatique actuelle.
Considérons l’étude d’un barrage construit en béton. Le béton est un matériau
composé de sable et de graviers de différentes tailles. Le barrage est un milieu
continu dans lequel un point est un volume d’une dizaine à une centaine de
centimètres cubes selon la taille des éléments entrant dans la composition du béton.
À l’image des molécules dans le bocal, il est exclu de traiter un modèle décrivant le
La mécanique des milieux continus fait un usage intensif des champs scalaires,
vectoriels et tensoriels. Ces outils mathématiques indispensables permettent non
seulement d’établir des résultats fondamentaux indépendamment du référentiel
choisi, mais en outre, confèrent aux formules qui les expriment une concision remar-
quable. Grâce à cela, on peut porter son attention sur les phénomènes physiques
qu’elles représentent plutôt que sur les équations elles-mêmes.
Les scalaires, vecteurs et tenseurs ont en effet la propriété d’être invariant lors
d’un changement de base. C’est ainsi que grâce à ces quantités on peut écrire les
équations de la mécanique de manière intrinsèque c’est à dire indépendamment de
la base choisie.
Dans ce cours, nous n’aurons pas recours à la forme la plus complète du cal-
cul tensoriel ; nous n’utiliserons que des systèmes de coordonnées orthogonales,
éventuellement curvilignes — par exemple, le système de coordonnées cylindriques
ou sphériques —, ce qui permet des simplifications considérables sans introduire
de restrictions trop gênantes [] . En outre, tout les vecteurs et tenseurs considérés se-
ront toujours à composantes réelles. Cette introduction au calcul tensoriel s’inspire
de [].
Avant de définir ce que sont les scalaires, vecteurs et tenseurs, nous introduisons
une série de définition.
[] Lorsque le système de coordonnées n’est pas orthogonal, il faut distinguer les composantes
covariantes et contravariantes du tenseur. Un présentation plus générale du calcul tensoriel peut
être trouvée dans [].
´
Eléments de calcul tensoriel
aij bj , l’indice i est franc et l’indice j est muet ; on peut le remplacer par n’importe
quel autre indice excepté i. Cette convention de sommation est dite convention
d’Einstein.
Ils peuvent s’interpréter comme composantes de ~ei dans le repère (~e∗ ,~e∗ ,~e∗ ) :
donc :
T
~ei = Pij Pjk ~ek (.)
d’où :
T
Pij Pjk = δik (.)
En notant P la matrice contenant les coefficients Pij , les relations (.) et (.) se
réécrivent :
ce qui indique que la matrice de passage P est une matrice orthogonale : son inverse
et sa transposée coı̈ncident.
. Scalaire
Certaines grandeurs, comme la masse volumique ou la température, s’expriment
par un seul nombre qui ne dépend pas de la base choisie. Ce sont des scalaires. De
manière plus mathématique, nous définirons un scalaire comme suit :
. Vecteur
Des grandeurs telles que la vitesse ou l’accélération d’un point matériel, un flux de
chaleur ou une force sont caractérisés par leur direction, leur sens et leur intensité.
Ce sont des vecteurs. On les représente par un segment orienté. Un vecteur possède
trois composantes qui dépendent du repère choisi (~e ,~e ,~e ) :
a = ai ~ei
~ (.)
a = a∗i ~ei ∗
~ (.)
Il s’agit toujours du même vecteur mais exprimé dans une autre base.
Il est capital de comprendre que lors d’un changement de base, les composantes
du vecteur changent alors que le vecteur lui-même ne change pas. En clair, bien
que les ai sont différents des a∗i , on a :
Pour que cela soit possible, il faut que les composantes du vecteur se transforment
comme :
Définition . — Vecteur Un vecteur ~ a est un être mathématique qui, lors d’un
changement de repère ~ei = Pij ~ej∗ se transforme selon la formule ai = Pij a∗j .
[~
a ] = P[~
a ]∗ ; a ]∗ = PT [~
[~ a] (.)
Finalement, il faut noter que dans l’équation (.), P n’est pas mis entre crochet
car c’est déjà une matrice. La matrice de passage comme son nom l’indique est un
tableau de nombres. Il ne s’agit pas d’une quantité tensorielle.
Nous insistons une nouvelle fois sur le fait que P est une matrice et n’a rien a
voir avec un tenseur d’ordre deux. Un tenseur d’ordre est une quantité intrinsèque
indépendante de la base choisie alors que P est un tableau de nombres donnant les
produits scalaires entre les vecteurs de la première et de la seconde base : Pij = ~ei ·~ej∗ .
Nous étudions ici en détail les tenseurs d’ordre deux compte tenu de leur
importance en mécanique des milieux continus.
Cela n’est possible que si les termes diagonaux de A sont nuls : A = A = A = .
La symétrie ou l’antisymétrie est une propriété intrinsèque d’un tenseur. Si la ma-
trice représentant les composantes d’un tenseur dans une base est (anti)symétrique,
elle le restera dans tout autre base.
Tout tenseur d’ordre deux, A, peut s’écrire comme la somme d’un tenseur
symétrique et d’un tenseur antisymétrique :
sym asym sym T asym T
A=A +A ; A = (A + A ) ; A = (A − A ) (.)
Le produit contracté d’un tenseur d’ordre deux et d’un vecteur ~b est un vecteur, on
peut post- ou pré-multiplié par un vecteur. Le résultat n’est pas le même à moins
que A ne soit symétrique :
A · ~b = ~c ↔ Aij bj = ci (.)
~b · A = d~ ↔ bi Aij = dj (.)
Le produit contracté (appelé plus couramment produit scalaire) de deux vecteurs
est un scalaire :
a · ~b
s=~ ↔ s = ai bi (.)
Le résultat d’un produit contracté est simple à définir. Soit n l’ordre du premier
tenseur et m l’ordre du second (m = pour un vecteur, m = pour un tenseur
d’ordre deux...). Le résultat d’un produit simplement contracté est un tenseur
d’ordre n + m − et le résultat d’un produit doublement contracté est un tenseur
d’ordre n+m−. Par exemple, le produit doublement contracté d’un tenseur d’ordre
quatre et d’un tenseur d’ordre deux est un tenseur d’ordre deux :
C=A:B ↔ Cij = Aijkl Bkl (.)
Le produit doublement contracté entre un tenseur d’ordre deux antisymétrique et
un tenseur d’ordre deux symétrique donne toujours le tenseur nul.
. Tenseur d’ordre deux
A = ~b ⊗ ~c ↔ Aij = bi cj (.)
Le résultat d’un produit tensoriel est simple à définir. Soit n l’ordre du premier
tenseur et m l’ordre du second. Le résultat du produit tensoriel est un tenseur
d’ordre n + m. Par exemple, le produit tensoriel de deux tenseurs d’ordre deux est
un tenseur d’ordre quatre :
A · v~ = λ~
v ↔ Aij vj = λvi (.)
L’équation (.) donne trois racines λI , λII et λIII . On calcule les vecteurs propres
correspondants en résolvant (.). Par exemple, pour λI , on aura :
( A − λI I ) · v~I = (.)
ce qui ne détermine les composantes de v~I qu’à un coefficient près. On peut choisir
ce coefficient de manière à avoir un vecteur v~I de norme unitaire.
Si le tenseur A est réel et symétrique, l’algèbre matricielle nous apprend que
les valeurs propres et vecteurs propres sont réels. Si les trois valeurs propres de
A sont de plus distinctes, les trois vecteurs propres v~I , v~II , v~III , sont mutuellement
orthogonaux. Dans le cas où deux valeurs propres sont confondues (λI = λII , λIII
par exemple), la résolution de (.) laisse une indétermination sur les directions
´
Eléments de calcul tensoriel
de v~I et v~II : ils peuvent prendre une direction quelconque dans le plan de l’espace
perpendiculaire à v~III . Il est alors indiqué de choisir v~I et v~II orthogonaux entre
eux dans ce plan. Enfin, dans le cas où λI = λII = λIII , v~I , v~II et v~III sont absolument
indéterminés ; ils peuvent prendre des directions quelconques de l’espace, mais
on peut toujours s’arranger pour les choisir mutuellement orthogonaux. Cette
situation particulière n’arrive que si le tenseur A est de la forme A = sI où s est un
scalaire. On a alors λI = λII = λIII = s. Un tel tenseur est appelé un tenseur isotrope.
Ses composantes ne sont pas affectées par un changement de base.
En conclusion, nous venons de voir que l’on peut toujours trouver trois vecteurs
propres orthogonaux pour un tenseur réel symétrique d’ordre deux. La base formée
par ces trois vecteurs est appelée base principale. Dans cette base, les coefficients
du tenseur A forment une matrice diagonale dont les éléments diagonaux sont les
valeurs propres :
λI
T
[A]I,II,III = P [A],, P = λII
(.)
λIII
La relation (.) est valable quel que soit l’ordre des tenseurs F et G. L’indice q peut
même également coı̈ncider avec l’un des indices ijk . . . ou lmn . . . En particularisant
le choix du tenseur F, on obtient les formules importantes en pratique de Green-
Ostrogradski et de Stokes.
a a a
∆a = + + = a,ii (.)
x x x
a a a
a= + +
div ~ = ai,i (.)
x x x
~ a a a
grada = ~e + ~e + ~e = a,i ~ei (.)
x x x
a a a a
! ! !
a a
~ a=
rot~ − ~e + − ~e + − ~e = ijk ak,j ~ei (.)
x x x x x x
A A A A A A
! !
~
divA = + + ~e + + + ~e
x x x x x x
A A A
!
+ + + ~e = Aij,j ~ei (.)
x x x
a a a a a a
! !
~a =
∆~ + + ~e + + + ~e (.)
x x x x x x
a a a
!
+ + + ~e = ai,jj ~ei
x x x
et de type tensoriel :
a a a
grad~
a= ~e ⊗ ~e + ~e ⊗ ~e + ~e ⊗ ~e
x x x
a a a
+ ~e ⊗ ~e + ~e ⊗ ~e + ~e ⊗ ~e (.)
x x x
a a a
+ ~e ⊗ ~e + ~e ⊗ ~e + ~e ⊗ ~e = ai,j ~ei ⊗ ~ej
x x x
. Systèmes de coordonnées curvilignes orthogonales
En coordonnées cylindriques :
x = r cos θ
x = r sin θ (.)
x = z
ar
[~
a ] = aθ (.)
a
z
a a a
!
∆a = r + + (.)
r r r r θ z
aθ az
div ~
a= (rar ) + + (.)
r r r θ z
´
Eléments de calcul tensoriel
~e
~ez ~eθ
~er
z
r
θ ~e
~e
~ a a a
grada = ~er + ~eθ + ~ez (.)
r r θ ! z
az aθ aθ ar aθ
! !
ar az
~ a=
rot~ − ~e + − ~e + − + ~e (.)
r θ z r z r θ r r θ r z
Arr Arθ
! !
~ Arz
divA = + + Arr − Aθθ + ~e
r r θ r z r
Aθr Aθθ
!
Aθz
+ + + Aθr + ~eθ (.)
r r θ r z
Azr Azθ
!
Azz
+ + + Azr + ~ez
r r θ r z
et tensoriels :
~e
~er
θ ~eφ
~eθ
r
φ
~e
~e
a a
! !
a
∆a = r + + sin θ (.)
r r r r sin θ φ r sin θ θ θ
!
div ~
a= (r sin θar ) + (ra ) + (r sin θaθ ) (.)
r sin θ r φ φ θ
~ a a a
grada = ~er + ~eφ + ~e (.)
r r sin θ φ r θ θ
ar
! !
~ a=
rot~ (ra ) − (r sin θaφ ) ~er + − (ra ) ~e
r sin θ φ θ θ r θ r θ φ
!
ar
+ (r sin θaφ ) − ~e (.)
r sin θ r φ θ
Arφ Arθ
!
~ Arr −
divA = + + + (Arr − Aφφ − Aθθ + Aθr tan θ) ~er
r r sin θ φ r θ r
Aφr Aφφ Aφθ
!
−
+ + + + (Aφr + Aφθ tan θ) ~eφ (.)
r r sin θ φ r θ r
Aθφ Aθθ
!
Aθr − −
+ + + + (Aθθ tan θ − Aφφ tan θ + Aθr ) ~eθ
r r sin θ φ r θ r
et de type tensoriel :
~
grad(ab) ~
= a gradb ~
+ b grada (.)
~
div(a~b) = a div ~b + ~b · grada (.)
a ⊗ ~b) = ~
div(~ a div ~b + (grad~
a) · ~b (.)
rot ~
~ grada = ∀a (.)
~ a=
div rot~ a
∀~ (.)
~ div ~
a = grad
∆~ ~ rot~
a − rot ~ a (.)
~
x~ = φ(point matériel, t) (.)
[] Les notations utilisées dans ce chapitre s’inspire des notations du livre de référence []. Nombre
d’exemples de ce chapitre sont également empruntés à ce livre.
Cinématique d’un milieu continu
L’équation (.) donne formellement l’ensemble des trajectoires de tous les points
matériels.
Afin de distinguer deux points matériels, il faut donner un nom unique à
chaque point. Généralement, on donne comme nom à chaque point matériel ses
~
coordonnées initiales notées X.
Ces coordonnées dites matérielles sont constantes dans le temps, c’est donc une
information intrinsèque de la particule. Par contre, les coordonnées spatiales de la
particule, x~, évoluent dans le temps :
~ X,
x~ = φ( ~ t) (.)
X ~ − (~
~ =φ x, t) (.)
Étant donnée la bijection qui existe entre les coordonnées spatiales et matérielles,
on peut choisir comme variable indépendantes pour décrire le mouvement soit le
couple (~ ~ t) dit variables de Lagrange. La
x, t) dit variables d’Euler soit le couple (X,
connaissance de la transformation φ ~ ou de son inverse définit alors complètement
le mouvement.
En général, la bijection φ ~ est dérivable plusieurs fois. Il y a cependant des
exceptions intéressantes :
– la transformation φ ~ est discontinue à travers une fissure puisque celle-ci peut
s’ouvrir ;
– lorsque qu’un fluide glisse sur un autre fluide, la transformation φ ~ est discon-
tinue ;
– dans les matériaux composites, la transformation φ ~ est à dérivée discontinue
à travers les interfaces entre les différentes phases.
x = (t + X + tX ) (.)
x = (t + ( + t)X ) (.)
φ
~e = φ(~e )
x X
(, ) (, )
~e
(−, ) (, )
φ− (~e )
X
~e x
Figure . – Déformation d’un carré. La transformation est telle que φ(~e ) = ~e
~ t) = x~(X,
~ (X,
u ~ t) − X
~ (.)
~ t) = d u
v~(X, ~ t)
~ (X, (.)
dt
~ t) = d v~(X,
a(X,
~ ~ t) (.)
dt
La dérivée temporelle intervenant dans les deux dernières équations s’effectue
pour une particule X ~ donnée. C’est une dérivée en temps dite matérielle. On parle
aussi de dérivée particulaire ou lagrangienne. Si on assimile, un milieu continu
à une portion d’autoroute et chaque point matériel de ce milieu à une voiture
circulant sur l’autoroute, les vitesses et accélérations définies en (.) et (.) sont
les vitesses et accélérations perçues par le conducteur de chaque voiture X. ~ La
dérivée particulaire est souvent également notée à l’aide d’un point au dessus
de la quantité à dériver. Ainsi, on peut réécrire (.) et (.) avec cette notation
compacte :
v~ = u~˙ (.)
a = v~˙ = u
~ ~¨ (.)
Il existe un autre type de dérivée temporelle dite eulérienne qui ne s’effectue non
pas pour une particule donnée mais en un point de l’espace donné. En clair,
c’est une dérivée temporelle en considérant x~ fixe et non plus X ~ fixe. Pour re-
prendre l’exemple de la portion d’autoroute, cette dérivée correspond à celle que
perçoit le gendarme posté sur le bord de la route : si une voiture roulant lente-
ment passe devant le radar et qu’elle est suivie par une voiture roulant à vive
allure, pour le gendarme, le trafic accélère alors que pour les passagers des deux
Cinématique d’un milieu continu
véhicules, l’accélération est nulle (en supposant qu’ils roulent tous les deux à vitesse
constante). Si maintenant les automobilistes sont prudents et aperçoivent à temps
le radar, celui-ci enregistrera une vitesse constante alors que chaque automobiliste
sera en décélération devant le radar.
·
La dérivée eulérienne est notée t pour ne pas la confondre avec la dérivée
d·
matérielle dt . Les dérivées eulérienne et lagrangienne sont reliées. En effet, on peut
écrire :
x, t) dg(~
dg(~ ~ t), t)
x(X,
= ← dérivée lagrangienne (.)
dt dt
g(~
x, t) g(~ x, t) ~x(X,~ t)
= + (.)
t ~
x t
g(~
x, t) ~
= + gradg · v~ (.)
t
↑ ↑
dérivée terme
eulérienne d’advection
Le dernier terme est une dérivée dite convective. Afin d’illustrer le calcul des
dérivées lagrangiennes et eulériennes, on peut considérer l’extension d’une barre
unidimensionnelle dont la température évolue avec le temps.
T(x, t) (t + t )x
= (.)
t ( + t)
~ T(x, t) dx t
(gradT) · v~ = = X (.)
x dt + t
On vérifie que la somme des dérivées eulérienne et convective correspond bien à la
dérivée lagrangienne.
. Gradient de la transformation
t
X = , T = X = , T =
X = , T = X = , T =
X = , T = X = , T =
X, x
Figure . – Transformation d’une barre
gi
g˙i = + gi,j vj (.)
t
d~
v ~ v dvi vi
a=
~ = + (grad~
v ) · v~ ↔ ai = = + vi,j vj (.)
dt t dt t
On note qu’en utilisant la dérivée eulérienne, l’accélération devient une fonction
non linéaire de la vitesse par la présence du terme d’advection [] .
~ = X
dX ~Q −X
~P ; ~ = X
dX ~Q −X
~P (.)
[] La notation indicielle est valable uniquement dans un système de coordonnées cartésiennes
alors que la notation intrinsèque est indépendante de tout système de coordonnées.
[] Cette non-linéarité est une des difficultés principales de la mécanique des fluides numérique.
[] En anglais, déformation se dit strain et déplacement se dit displacement ou deformation. En
anglais, le tenseur F est donc appelé deformation gradient.
[] À des fins de clarté, la transformation peut paraı̂tre trop homogène. Dans la réalité, les transfor-
mations sont plus générales et les mailles de la structure déformée sont plus resserrées à certains
endroits qu’à d’autres.
Cinématique d’un milieu continu
t= φ
t
~ , x~
X
P p
X x
d~
x da
~
dX dA d~
x
~ , x~
X n
~
~
dX
~
N ~ , x~
X
~ X
x~p = φ( ~ P , t) ; ~ X
x~q = φ( ~ Q , t) ; ~ X
x~q = φ( ~ Q , t) (.)
~ et dX
Les vecteurs élémentaires dX ~ sont deviennent donc :
~ X
x = x~q − x~p = φ(
d~ ~ P + dX ~ X
~ , t) − φ( ~ P , t) (.)
~ X
x = x~q − x~p = φ(
d~ ~ P + dX ~ X
~ , t) − φ( ~ P , t) (.)
d~ ~ P , t) · dX
x = F(X ~
(.)
d~ ~ P , t) · dX
x = F(X ~
. Définition des tenseurs de déformation
Exemple . — Transformation des vecteurs de base Pour illustrer le calcul du ten-
seur F reprenons la transformation de l’exemple .. Le gradient de la transformation se
calcule par :
x x
t
[F] = X X
= (.)
x x + t
X X
On note que pour cet exemple, F est uniforme, c’est-à-dire qu’il ne dépend pas du
point (X , X ) considéré. En général, le tenseur F dépend à la fois du temps et du point
considéré. Les vecteurs placés initialement selon les axes ~e et ~e sont transformés à
l’instant t = en F · ~e et F · ~e donnés par l’application (.). En considérant l’instant
t = , on a :
,
[F · ~e ] = = et [F · ~e ] = = (.)
,
Dans notre exemple, le vecteur initialement parallèle à l’axe reste donc parallèle à
l’axe et ne change pas de taille. Par contre, le vecteur initialement parallèle à l’axe
√
tourne de ° et voit sa taille multipliée par / .
Si l’on considère deux vecteurs ~e et ~e actuellement orientés parallèlement aux axes,
on peut se demander quelle était l’orientation de ces vecteurs dans la configuration
initiale. Ces orientations sont données par :
− − − − −
[F · ~e ] = = et [F · ~e ] = = (.)
/
~ t) = R(t) · X
x~(X, ~ + ~c(t) (.)
son inverse :
T T
R·R = R ·R = I (.)
F=R (.)
Autrement dit pour un mouvement de corps rigide, le tenseur F n’est pas nul et
est égal au tenseur de rotation. Clairement, le tenseur F n’est donc pas une bonne
mesure de déformation puisqu’il est non nul pour des transformations n’impliquant
aucune déformation.
Pour arriver à la définition d’un tenseur de déformation, écrivons le change-
ment de produit scalaire entre deux vecteurs élémentaire dX ~ et dX ~ lorsqu’ils se
transforment en d~ x — figure .. Exprimons le produit scalaire des vecteurs
x et d~
après déformation en fonction des vecteurs avant déformation :
~ · FT · F · d X
d~
x · d~ ~ · F · dX
x = F · dX ~ = dX ~ = dX
~ · C · dX
~ (.)
T
Le tenseur C = F · F est appelé tenseur des dilatations de Cauchy-Green droit. Il
s’agit d’un tenseur symétrique du deuxième ordre dit matériel car il opère sur des
vecteurs matériels.
Inversement, on peut exprimer le produit scalaire des vecteurs élémentaires
dans la configuration de référence à partir des vecteurs dans la configuration
actuelle :
~ = F− · d~
− −T − −
~ · dX
dX x · F · d~
x = d~
x · F · F · d~x = d~ x · b · d~x (.)
Il s’agit d’un tenseur symétrique du deuxième ordre dit tenseur spatial car il opère
sur des vecteurs spatiaux.
~ et d~
Décomposons les vecteurs dX x selon leur norme et leur orientation :
~ = dLN
dX ~ ; d~
x = dl n
~ (.)
dl − dL
!
~ ·E·N
=N ~ (.)
dL
Les éléments diagonaux du tenseur E donnent donc les changements relatifs de lon-
gueur, au sens du premier membre de (.), de vecteurs élémentaires initialement
dirigés selon les axes.
Concernant l’interprétation du tenseur de Euler-Almansi, on obtient :
dl − dL
!
=n~·e·n
~ (.)
dl
Les termes diagonaux du tenseur e sont donc les changements relatifs de longueur
de vecteurs élémentaires actuellement dirigés selon les axes [] .
dl − dL
!
= (.)
dl
ils peuvent s’interpréter comme des changements d’angle. Considérons deux vec-
~ et dX
teurs dX ~ initialement orthogonaux. Après déformation, ces deux vecteurs
ferons un angle π/ − γ où γ est la réduction d’angle entre les deux vecteurs. En
décomposant les vecteurs dX ~ et dX
~ selon leur norme et leur direction :
~ = dL N
dX ~ ; ~ = dL N
dX ~ (.)
dl dl
sin γ = N ~
~ ·E·N (.)
dL dL
~ et N
Si on choisit les deux vecteurs N ~ comme vecteurs de base, par exemple ~e et
~e , on obtient :
dl dl
sin γ = E (.)
dL dL
La composante E du tenseur E est donc liée au changement d’angle que vont subir
deux vecteurs élémentaires initialement placés selon les vecteurs de base ~e et ~e .
Considérons maintenant deux vecteurs élémentaires d~ x actuellement
x et d~
orthogonaux. Avant déformation, ces deux vecteurs formaient un angle que nous
noterons π/ + γ 0 . La relation (.) devient :
dL dL
sin γ 0 = n~ · e · n
~ (.)
dl dl
d~
x = dl n
~ ; d~
x = dl n
~ (.)
La composante e du tenseur e est donc liée au changement d’angle qu’ont subi
deux vecteurs élémentaires actuellement dirigés selon les vecteurs de base ~e et ~e . La
différence entre les angles γ et γ 0 est illustrée sur la figure .. Finalement, notons
bien que les deux tenseurs de déformation précédents ne sont pas indépendants.
Ils sont reliés l’un à l’autre par les relations :
EI
; e = F−T · E · F− ; E = FT · e · F
[E]~eI ,~eII ,~eIII = EII (.)
EIII
F · ~e
~e
−
φ γ F · ~e
− φ−
~e F · ~e
π/ π/
0 ~e
γ
+
π/
~e π/ −
F · ~e
F = R·U (.)
~ t) = R(X,
F(X, ~ t) · U(X,
~ t) (.)
~ t) = R(t)
F(X, (.)
Le tenseur U est donc la racine carrée du tenseur C. Pour prendre la racine d’un
tenseur, il faut l’écrire sous une forme dire propre :
λα N
X
C= ~α⊗N
~α (.)
α=
. Décomposition polaire
Les λα et N
~ α sont respectivement les valeurs propres et vecteurs propres de C [] .
Le tenseur U s’écrit alors en prenant la racine carrée des valeurs propres (on choisit
les racines carrées positives λα > ) :
X
U= ~α⊗N
λα N ~α (.)
α=
Finalement :
−
R= F·U (.)
Les extensions λ et λ sont les valeurs propres et vecteurs propres donnés par :
, −,
λ = , ; λ = , ; [N ~ ] = ~
, ; [N ] = ,
(.)
−
Finalement, en utilisant (.) et R = F · U , le tenseur d’extension et de rotation sont
donnés par :
, , , −,
[U] = ; [R] =
(.)
, , , ,
d~ ~ = R · (U · dX)
x = F · dX ~ (.)
~ ·C·A
[] Puisque C s’écrit sous la forme U · U, [C] est une matrice positive, i.e. A ~ > , ∀A,
~ et toutes
ses valeurs propres sont positives et réelles puisque C est symétrique et réelle.
Cinématique d’un milieu continu
L’application de U donne :
X
X
~=
U · dX ~α =
dXα U · N ~α
dXα λα N (.)
α= α=
~
N ~
N
~
N ~
N n
~
~
U·dX
~
~ ·N
~ N
λ dX· ~
λ d X
~
· N~
x = R·U·dX
d~
~
· N~
dX
X~
d~X · N
d
dX~
~
P
P dX~
P ~ N
λ dX· ~ λ dX
~
· N~ ~ ~ ~
·N
N λ d
~· ~
X
N
n
~
N
n
~
~ projeté
(a) vecteur initial dX (b) vecteur U·dX ~ projeté dans ~ projeté dans
(c) vecteur R·U·dX
dans la base des vecteurs la base des vecteurs propres de la base des vecteurs propres de
propres de U U R·U
F = V·R (.)
dv = J dV (.)
~ et
dV = d~L · dA dv = d~l · d~
a (.)
d~l · d~ ~
a = J d~L · dA ⇒ (F · d~L) · d~ ~
a = J d~L · dA (.)
−T ~
d~
a = JF · dA (.)
qui exprime la relation entre l’aire (et l’orientation) d’un petit élément de surface
après et avant déformation en fonction du gradient de la transformation F.
Le tableau . reprend les tenseurs de déformation et leur taux. Sur la base de la
formule (.), on peut dégager l’expression du tenseur taux de déformation spatial
en terme des vitesses :
!T
~
v v
~
D = + = grad~ v )T
v + (grad~ ↔ Dij = (vi,j + vj,i ) (.)
~ x ~
x
Il est à noter que cette relation est linéaire par rapport à la vitesse.
~ ~ +u
x (X ~) ~
u
F= = = I+ (.)
~
X X~ ~
X
et donc E s’écrit :
!T !T
~
u ~
u ~
u ~
u
E = + + · (.)
X
~ ~
X ~
X ~
X
qui est une expression non-linéaire (quadratique) des déplacements.
. Déformations en petites perturbations
Dans certains cas, cette cinématique peut être linéarisée ce qui simplifie grande-
ment la résolution finale du problème. C’est le cas des petites perturbations. L’hy-
pothèse des petites perturbations (HPP) se formule comme suit : les déplacements
entre la configuration de référence et la configuration actuelle sont très petits
et le gradient des déplacements est également petit. Voici une certain nombre
d’exemples pour lesquels cette hypothèse est justifiée :
– un immeuble se déplace peu entre sa position non chargée (absence de gravité
et de vent) et chargée (on applique la gravité et le vent) ;
– les ondes sismiques font intervenir des déplacements de faible amplitude par
rapport à la taille des immeubles touchés (malgré cette faible amplitude, elles
restent néanmoins très néfastes !) ;
– La mise en extension d’une éprouvette métallique dans un essai de traction
fait intervenir des déplacements et des déformations faibles par rapport à la
taille de l’éprouvette dans le régime élastique et même le début de la zone
plastique : ces déplacements ne sont d’ailleurs pas visibles à l’œil nu.
À l’inverse, voici des exemples où l’hypothèse des petites perturbations n’est pas
justifiée :
– l’étude des déformations d’une balle de golf suite à l’impact d’un club ;
– la déformation d’une planche de plongeoir sous l’action d’un nageur ;
– la phase de striction d’une éprouvette dans un essai de traction ;
– la mise en forme d’une canette à partir d’une tôle ;
– l’écoulement de tout fluide ne rentre pas dans le cadre des petites perturba-
tions puisque les configurations initiale et finale sont très différentes : les
particules fluides se déplacent beaucoup. Même si c’est toujours la même
section du tuyau qui est étudiée au cours du temps, cela ne veut pas dire
que l’hypothèse est applicable. En effet, cette portion de tuyau est sans cesse
remplie par d’autres particules de fluide. Le cadre des petites perturbations,
au contraire, impose que les particules bougent très peu par rapport à la taille
du domaine d’étude et se déforment peu.
Finalement, notons que l’hypothèse des petites perturbations se formule entièrement
en fonction de quantités cinématiques. Quant aux efforts nécessaires pour engen-
drer ces déplacements, ils peuvent être quelconques.
E''e (.)
Exemple . — Tenseur des déformations en petites perturbations Calculons les dé-
formations de Green-Lagrange, Euler-Almansi et celles des petites perturbations pour la
transformation de l’exemple . et montrons que ces trois tenseurs coı̈ncident lorsque la
déformation est petite. On a :
t − + t −t
[F] = et [F ] = (.)
+ t +t
donc :
t + t /
t/
[E] = et [e] = (.)
t/ t/ + t / ( + t) t + t / t − t
On vérifie bien que lorsque la déformation est faible, i.e. t , les trois tenseurs E, e et
coı̈ncident.
dl − dL
= (.)
dL
L’équation (.) s’écrit maintenant :
(( + ) − ) = N
~ ·E·N
~ (.)
Utilisons maintenant l’hypothèse des petites perturbations : le terme en peut
être négligé devant et on peut remplacer E par . On a :
dl − dL ~ ~
= = N··N (.)
dL
Les composantes diagonales du tenseur des déformations en petites perturba-
tions sont donc les allongements relatifs des vecteurs élémentaires dirigés selon
les axes. Il est intéressant de comparer (.) et (.). On note que dl−dL
dL est le
développement au premier ordre de dl dL −dL
puisqu’en effet :
dl − dL
! !
dl − dL dl + dL dl − dL
= ' (.)
dL dL dL dL
On obtient :
~
~ ·E·N
sin γ( + )( + ) = N (.)
Soit, au premier ordre :
γ ~ ~
= N · · N (.)
~ et N
Choisissons les deux vecteurs N ~ comme deux vecteurs de base, par exemple
le premier et le second vecteur de base. Il vient alors :
γ
= (.)
Les termes hors-diagonaux du tenseur des déformations en petites perturbations
sont donc directement la moitié de la réduction d’angle entre les vecteurs de base.
Il est intéressant de comparer (.) et (.). Que devient la décomposition
Cinématique d’un milieu continu
F = R·U (.)
ou :
F = V·R (.)
Voici l’expression générale d’une transformation rigide dans l’hypothèse des petites
perturbations :
~ + ~c(t)
x~ = I + ω(t) · X ou ~ + ~c(t)
~ = ω(t) · X
u (.)
où ~c(t) est le mode de translation rigide. La déformation associée est nulle :
!T
~
u u
~ T
= − = ω + ω = (.)
X ~ ~
X
~=ω
u ~ + ~c(t)
~ (t) ∧ X (.)
I
[](~eI ,~eII ,~eIII ) = II (.)
III
Les valeurs propres I , II et III représentent donc les allongements relatifs de
segments élémentaires placés dans les trois directions de la base propre.
Calculons maintenant la variation d’angle γ entre deux vecteurs de la base
propre lors de la déformation par la formule (.) :
γ
= ~eI · · ~eII = II~eI · ~eII = (.)
Les vecteurs de base restent donc orthogonaux entre eux lors de la déformation. La
base propre du tenseur des déformations HPP est une base orthonormée qui reste
orthogonale lors de la déformation mais pas nécessairement orthonormée car les
vecteurs de base peuvent s’allonger ou se rétrécir.
Pour illustrer cette propriété de la base propre des déformations, considérons
un bloc en caoutchouc sur la surface duquel a été gravé un réseau orthogonal.
Si cette surface est libre d’effort lors de la déformation, on peut montrer que la
normale à cette surface est un des vecteurs propre que l’on notera ~eIII [] . Si, lors
de la déformation, le réseau gravé reste orthogonal, cela indique que ce réseau était
orienté selon les deux autres vecteurs propres ~eI et ~eII . Si, par contre, le réseau perd
son orthogonalité, le réseau n’était pas aligné selon la base propre. Étudions ceci
quantitativement. Donnons-nous un vecteur ~l sur la surface qui fait un angle α
avec le premier vecteur de base propre ~eI à l’image de ce qu’indique la figure ..
Prenons un second vecteur ~t orthogonal à ~l et tel que (~t,~l,~eIII ) forme une base
directe :
~l = cos α~eI + sin α~eII
(.)
~t = − sin α~eI + cos α~eII
[] Ceci sera clair lorsque nous verrons le concept de contraintes et de comportement élastique.
. Déformations en petites perturbations
~II
~t
~l
α
~III ~I
γ/
α
II I `
~c ~b ~c ~b
° °
° °
~
a ~
a
Une jauge de déformation, comme celle de la figure ., peut être assimilée
à une résistance métallique constituée d’un fil rectiligne très fin que l’on colle
sur la surface de la structure étudiée. On transmet ainsi au fil les déformations
de la structure, ce qui induit une variation de sa longueur et une variation de
sa résistance. Cette variation est mesurée à l’aide d’un pont de Wheatstone. On
peut ainsi obtenir avec précision l’allongement relatif x dans la direction x de la
jauge. À partir de a , b et c , il est possible de trouver les déformations propres
et les vecteurs propres dans le plan. Notons a, l’angle que fait la jauge dans la
direction ~
a par rapport au vecteur propre (inconnu) ~eI : l’allongement relatif a dans
la direction ~
a est donné par (.) :
I + II I − II
a = + cos(a) (.)
I + II I − II
b = + cos (a + α)
(.)
+ −
c = I II + I II cos (a + α)
. Déformations en petites perturbations
I +II I −II
Pour résoudre ces trois équations à trois inconnues, on posera d = et r = .
Pour la rosette à °, on a :
a = d + r cos(a)
b = d + r cos(a + π/) (.)
c = d + r cos(a + π)
a = d + r cos(a)
b = d + r cos(a + π/) (.)
c = d + r cos(a + π/)
I = d + r ; II = d − r (.)
Lois de bilan
[] Ces quatres lois sont les lois utiles pour la mécanique. D’autres lois existent pour l’électroma-
gnétisme comme la loi de conservation de la charge électrique.
Lois de bilan
n
~
ω
ω
les domaines v et ω sont tridimensionnels comme décrit par la figure .. Toute loi
de bilan s’écrit :
U U U
d
A dv = α ds + Adv (.)
dt ω ω ω
Le symbole dtd
désigne la dérivée matérielle, déjà introduite dans la section ., et
A, α ainsi que A représentent trois grandeurs associées dans l’énoncé de la loi.
Tout d’abord, A est la densité volumique de la quantité à laquelle on s’intéresse.
Ensuite, α est le taux de densité surfacique reçu à travers la surface ω. Enfin, A est
le taux de production volumique de la quantité d’intérêt. Nous supposerons que
α est une fonction du point x~ considéré sur la surface ω et du vecteur unitaire
de la normale extérieure n ~ , à cette surface en x~. Nous écrirons donc α(~ ~ , t). La
x, n
relation (.) s’interprète comme suit : ce que l’on fournit en volume dans ω ou à
travers la surface ω, c’est-à-dire le membre de droite de (.), sert à faire varier la
quantité d’intérêt, membre de gauche. Voilà pourquoi une relation de type (.) est
appelée loi de bilan : tout ce qui est fourni sert à faire varier la quantité.
Il est important de noter que la dérivée intervenant dans le membre de gauche
est une dérivée matérielle, c’est-à-dire que l’on s’intéresse à la variation d’une
quantité en suivant un ensemble donné de matière. Le domaine ω se déplace
mais contient toujours les mêmes particules. C’est un domaine matériel et, par
conséquent, aucun flux de matière ne traverse ω.
[] Le domaine est noté v et non V car on s’intéresse au domaine actuellement occupé par le milieu
et non initialement occupé par le milieu.
[] Nous suivons ici la présentation de [].
. Forme locale des lois de bilan
des lois de bilan est plus adaptée parce qu’elle génère un ensemble d’équations aux
dérivées partielles.
Pour passer de la forme globale à la forme locale, nous allons jouer sur le
fait que la loi de bilan (.) est valable pour tout domaine ω. Si nous arrivons à
transformer (.) et l’écrire sous la forme :
U
“quelque chose” dv = ∀ω ⊂ v (.)
ω
puisque si l’intégrale d’une quantité sur n’importe quel domaine est nulle, cette
quantité est nulle partout [].
Pour mettre la loi générale de bilan (.) sous la forme (.), il faut faire entrer la
dérivée sous le signe intégrale et transformer l’intégrale de surface en une intégrale
de volume.
Le théorème de transport permet de faire passer la dérivée sous le signe intégrale.
Il est important de remarquer que le domaine ω sur lequel on intègre dépend
du temps puisqu’il suit un ensemble donné de particules. On ne peut donc pas
simplement permuter les signes dérivée et intégrale.
(III) n
~
v~
(I)
ω(t) (II)
ω(t 0 )
Figure . – Théorème de transport — (II) ≡ {ω0 (t)}\{ω(t)}, (I) ≡ {ω(t)} ∩ {ω0 (t)} et
(III) ≡ {ω0 (t)}\{ω(t)}
Trois zones apparaissent sur la figure .. La limite (.) peut se réécrire :
U U U
x, t 0 ) − A(~
A(~ x, t) A(~ x, t 0 ) A(~ x, t)
lim 0
dv + lim 0
dv − lim 0
dv (.)
0
t →t (I) t −t t 0 →t (II) t − t t 0 →t (III) t − t
x, t 0 ) − A(~
A(~ x, t) A(~
x, t)
lim 0
dv = (.)
0
t →t t −t t
A A ~ dA
+ div(A~
v) = + gradA · v~ + A div v~ = + A div v~ (.)
t t dt
La version vectorielle du théorème de transport se démontre de manière similaire. Il
T
nous reste maintenant à transformer l’intégrale ω α ds en une intégrale de volume.
Pour cela nous disposons du théorème suivant :
~) = ~
x, t, n
α(~ a(~
x, t) · n
~ (.)
Si le taux de densité surfacique est un vecteur ~α(~ ~ ), ce vecteur est linéaire dans la
x, t, n
normale n ~ . Il existe donc un tenseur du second ordre a tel que :
~α(~ ~ ) = a(~
x, t, n x, t) · n
~ (.)
~e
~α(~
n)
ds
n
~
ds
~e
ds
ds
~e
ds = ~e · n
~ ds ; ds = ~e · n
~ ds ; ds = ~e · n
~ ds (.)
n) = −α(~
α(−~ n) (.)
donc :
dv
= −α(~e )~e · n
~ − α(~e )~e · n
~ − α(~e )~e · n
~ + α(~
n) + A (.)
ds
En effectuant maintenant le passage à la limite pour le trièdre tendant homothéti-
quement vers un point, on obtient :
n) = α(~e )~e + α(~e )~e + α(~e )~e · n
α(~ ~=~
a·n
~ (.)
= −~α(~e )(~e · n
~ ) − ~α(~e )(~e · n
~ ) − ~α(~e )(~e · n
~ ) + ~α(~ ~ dv
n) + A (.)
ds
et le passage à la limite donne :
~α(~
n) = ~α(~e ) ⊗ ~e + ~α(~e ) ⊗ ~e + ~α(~e ) ⊗ ~e · n
~ = a·n
~ (.)
Lois de bilan
Cette relation devant être vraie pour tout domaine ω et donc pour toute surface Γ ,
il vient (.).
ω Γ
Γ
n
~
n
~
ω ω ω ω
ω
devient :
U ! U U
A
+ div(A~
v ) dv = div ~
a dv + Adv (.)
ω t ω ω
ρ
+ (ρvi ),i = (.)
t
Cette équation est appelée l’équation de continuité. Elle est écrite en variables
eulériennes. Par exemple, si l’on étudie l’écoulement sanguin dans un tronçon de
cm d’une artère, cette équation doit être vérifiée en chaque point de l’artère. Il
existe une forme lagrangienne de l’équation de continuité qui s’écrit :
~ t)J(X,
ρ(X, ~ t) = ρ (X,
~ t) (.)
Lois de bilan
~ t) = det F(X,
J(X, ~ t) (.)
Ces équations sont appelées les équations du mouvement ; elles sont écrites en va-
riables eulériennes [] .
Dans le cas où le système est en équilibre (absence de mouvement), elles se
réduisent à :
σij,j + fi = (.)
! !
ρ(e + vi vi ) + ρ(e + vj vj )vi = −qi,i + div(vi σij ),j + r + fi vi (.)
t ,i
Cette équation a une interprétation simple : la variation de l’énergie interne est due
à la puissance des efforts intérieurs (σij vi,j ) et à un apport de chaleur (volumique r
et par conduction qi,i ).
– la position n’étant plus définie par deux vecteurs mais une infinité de vecteurs,
les deux équations que donnent le principe fondamental pour les solides
indéformables ne vont plus suffirent. En effet deux équations vectorielles ne
peuvent prédire le mouvement d’une infinité de particules ! Il va falloir autant
d’équations du mouvement qu’il y a d’inconnues soit une infinité (on parle
alors d’équations aux dérivées partielles). Il va falloir écrire les équations du
mouvement de chaque particule de matière.
Le premier point est clair et a déjà été détaillé au chapitre sur la cinématique
d’un milieu continu.
Concernant le second point, nous allons isoler par la pensée un petit élément
de matière quelconque dv et écrire le principe fondamental. Quels sont les efforts
qui agissent sur ce petit élément de matière ? Il y a des efforts volumiques à longue
portée comme la gravité. Si on note f~ la force par unité de volume (par exemple
f~ = ρ~
g ), la force totale agissant sur dv est f~ dv.
Ensuite, il y a des forces de surface appliquées sur la surface extérieure de dv.
Pour caractériser ces efforts, il faut considérer deux cas : soit le domaine élémentaire
dv est complètement à l’intérieur du milieu, soit il est en surface du milieu. Dans
le premier cas, les efforts de surface viennent des particules voisines. Par exemple,
lorsqu’un pneu est comprimé sur la route, une particule de caoutchouc à l’intérieur
du pneu est comprimée par ses voisines et subit donc une force (et par le principe
de l’action-réaction la particule agit également sur ses voisines).
La force ~F0 se distingue de la force ~F par le fait qu’elle agit sur une facette
d’orientation opposée (−~e et non ~e ) et que de plus cette facette est en x et non
x + dx . Pour bien mettre en évidence la dépendance des forces à la position et à
. Introduction du tenseur des contraintes
~e
~F
dx
~F0 ~F0
dV ~F
~F
~e
dx
~e dx
~F0
En effet la force, ressentie par le volume dv à travers la facette de normale −~e est
l’opposée de la force qu’applique dv sur son voisin à travers la facette de normale
~e . Cette action-réaction est illustrée sur la figure ..
Nous pouvons donc réécrire l’équilibre (.) sous la forme :
Il nous reste à faire tendre le volume élémentaire dv = dx dx dx vers . En
divisant (.) par dv et en prenant la limite pour dx , dx , dx → , on obtient :
~ , x , x ,~e )
T(x ~ , x , x ,~e )
T(x ~ , x , x ,~e )
T(x
+ + + f~ = ρ~
a (.)
x x x
Tenseur des contraintes
dv 0
dv
~F(x , x , x , −~e )
~e
~e
Le vecteur T ~ est appelé vecteur contrainte. c’est la limite de la force divisée par
la surface d’application lorsque cette surface tend vers zéro. L’unité de T ~ est le
Newton par mètre carré [N] · [m]− , aussi appelé le Pascal [Pa]. Écrivons maintenant
la seconde partie du principe fondamental de la dynamique à savoir l’équation du
mouvement en rotation. Le moment résultant appliqué sur le volume élémentaire
doit être égal au moment d’inertie fois l’accélération angulaire. Évaluons l’ordre de
grandeur de ces deux termes. Si on note dx la dimension caractéristique du cube,
alors :
– le moment des forces surfaciques est d’ordre O(dx ) car le bras de levier est
en O(dx) et la force est proportionnelle à la surface donc en O(dx ) ;
. Introduction du tenseur des contraintes
– le moment des forces de volume est en O(dx ) car le bras de levier est en
O(dx) et la force de volume est proportionnelle au volume donc en O(dx ) ;
– enfin, le moment d’inertie du volume élémentaire est en O(dx ).
Lorsque l’on fait tendre la taille du volume élémentaire vers zéro, le seul terme qui
importe est donc le moment des forces surfaciques. Imposons donc que le moment
résultant des forces surfaciques soit nul :
dx
~ + dx , x , x ,~e ) − dx ~e ∧ dx dx T(x
~ , x , x , −~e ) +
~e ∧ dx dx T(x
dx dx
~ , x + dx , x ,~e ) −
~ , x , x , −~e ) +
~e ∧ dx dx T(x ~e ∧ dx dx T(x
dx dx
~ , x , x + dx ,~e ) − ~e ∧ dx dx T(x
~e ∧ dx dx T(x ~ , x , x , −~e ) = ~
d’où on tire, au premier ordre et en prenant en compte (.) :
~F
~F0
n
~
dx ~e
dx
~F0
dx
~F0
~e
Sur cette facette agit une force ~F et sur les trois autres facettes des forces ~F0 ,
~F0 et ~F0 comme illustré sur la figure .. L’équation de mouvement en translation
Tenseur des contraintes
s’écrit :
En reprenant les arguments et notations utilisés dans le cas du cube, nous pouvons
écrire :
~ n) ds − T(~
T(~ ~ e ) ds − T(~ ~ e ) ds + f~ dv = ρ dv~
~ e ) ds − T(~ a (.)
où dsi est l’aire de la surface élémentaire de normale ~ei et ds l’aire de la facette
inclinée. Il reste à passer à la limite pour dv → . On remarque que les termes ayant
le volume élémentaire dv comme facteur sont d’un ordre supérieur aux termes
ayant une aire élémentaire comme facteur. De plus, on a :
ds = ~e · n
~ ds ; ds = ~e · n
~ ds ; ds = ~e · n
~ ds (.)
La relation (.) doit être comprise comme suit : le vecteur contrainte sur une
facette de normale n ~ en un point dépend linéairement de l’orientation de cette
normale. Les vecteurs contraintes T(~~ e ), T(~
~ e ) et T(~
~ e ) peuvent être décomposés
selon les vecteurs de base. On notera σij la composante i du vecteur traction agissant
sur la facette de normale ~ej :
~ n) = σ · n
T(~ ~ ↔ Ti = σij nj (.)
Le tenseur du second ordre σ est appelé tenseur des contraintes. Il regroupe les
composantes des trois vecteurs contraintes agissant sur les facettes normales aux
. Introduction du tenseur des contraintes
trois vecteurs de base. La relation (.) indique que le vecteur contrainte agis-
sant sur une facette d’orientation quelconque est connu si l’on connaı̂t le tenseur
contrainte en ce point et l’orientation de la facette. De plus la dépendance dans
l’orientation est linéaire. Insistons sur la signification mécanique des composantes
du tenseur des contraintes. La composante σij est la force par unité de surface
agissant sur une la facette de normale ~ej dans la direction i. La figure . illustre
cette idée. Bien sûr, le tenseur des contraintes σ est en général différent en chaque
point x~ du milieu continu.
~e
σ
~ e )
T(~
σ
σ
σ
σ ~ e )
T(~
σ
σ σ
σ ~e
~ e )
T(~
~e
d’où on déduit :
Cette propriété de symétrie des contraintes est aussi appelée réciprocité des contrain-
tes de cisaillement. Elle est illustrée sur la figure . qui représente deux facettes
orthogonales au même point x~. La composante du vecteur contrainte agissant sur
Tenseur des contraintes
~e ~ x,~e )
T(~ ~e
~ x,~e )
T(~
σ
x~
x~ σ ~e ~e
~ + f~ = ρ~
divσ a ↔ σij,j + fi = ρai (.)
δP a = δP e − δP i v
∀δ~ (.)
Ce principe reste le même en mécanique des milieux continus mais la définition des
différentes puissances doit être revue. Certains ouvrages [, ] écrivent le principe
des puissance virtuelles comme δP a = δP e +δP i car une convention de signe opposée
. Tenseur des contraintes et principe des puissances virtuelles
est choisie dans la définition de la puissance intérieure. Nous avons opté pour la
forme (.), très prisée chez les anglo-saxons, car elle permet d’interpréter plus
facilement les transferts de puissance, comme nous le verrons à la section .. et
dans le chapitre sur la thermodynamique et les lois de comportement.
où δ~v est un champ de vitesse virtuelle c’est-à-dire un champ de vitesse quelconque
à l’instant considéré. La puissance virtuelle des efforts extérieurs fournie via le
volume ou via la surface extérieure :
U U
e
δP = f~ · δ~
v dv + ~ · δ~
T v ds (.)
v v
où le taux de déformation virtuelle est donné par (voir section .) :
!
T
D(δ~
v ) = gradδ~
v + gradδ~
v (.)
C’est sur le signe devant l’intégrale (.) que les ouvrages divergent. Ici, nous
avons choisi le signe +. L’expression de la puissance intérieure ci-dessus permet de
démontrer le théorème suivant :
δP a = δP e − δP i v
∀δ~ (.)
~ + f~ = ρ~
divσ a sur v et ~ sur v
~=T
σ ·n (.)
intérieure :
U U U
i
δP = σ : D(δ~
v ) dv = σij (δvi,j + δvj,i ) dv = σij δvi,j dv (.)
v Uv v
= ~ ) · δ~
(σ · n ~ · δ~
v ds − divσ v dv (.)
v v
Pour obtenir (.), nous avons utilisé la symétrie du tenseur des contraintes et
pour (.) le théorème de Gauss-Ostrogradski (.). Le principe des puissances
virtuelles s’écrit maintenant :
U U U U
a · δ~
ρ~ ~
v dv = f · δ~v dv + ~
(T − σ · n
~ ) · δ~ ~ · δ~
v ds + divσ u dv ∀δ~
v (.)
v v v v
d(~
v · v~)
= v~ · ~
a (.)
dt
. Tenseur des contraintes et principe des puissances virtuelles
dK
Pe = +Pi (.)
dt
on obtient une interprétation mécanique intéressante de ce théorème : la puissance
extérieure fournie à un milieu continu se transforme pour partie, en mouvement
(variation de l’énergie cinétique) et pour partie, en déformation. La puissance
intérieure est reliée à la déformation du milieu car elle fait intervenir le taux de
déformation D. On peut montrer que si le milieu se déplace de manière rigide, la
puissance intérieure est nulle (car le taux de déformation D est identiquement nul
en tout point).
Considérons différents cas :
– si le milieu est indéformable, la puissance intérieure sera toujours nulle
(excepté si plusieurs corps indéformables interagissent []) auquel cas toute
la puissance extérieure fournie sert à mettre en mouvement le corps. C’est le
cas d’une boule de billard suite à l’impact de la queue. L’impulsion fournie
est transformée en mouvement et aucune déformation n’apparaı̂t ;
– la puissance extérieure fournie est transformée en puissance intérieure sans
changement de l’énergie cinétique du milieu. Imaginons une balle en ca-
outchouc comprimée lentement dans les doigts d’une main. La puissance
extérieure fournie se transforme en déformation et très peu en énergie ciné-
tique ;
– la puissance extérieure est transmise à la fois sous forme de variation de
l’énergie cinétique et de déformation. C’est le cas dans un crash voiture, les
modifications d’énergie cinétique et les déformations mises en jeu sont toutes
deux importantes.
En conclusion, la répartition entre mouvement et déformation dépend de la rapidité
avec laquelle la sollicitation est appliquée et la capacité ou non du milieu de se
déformer facilement. Notons que dans le cas des solides indéformables, la puissance
intérieure n’intervient que par le biais de ressorts placés entre les corps ou dans les
relations de contact-frottement.
P (e) = R
~ ·V
~ (.)
P (e) = R
~ ·V
~o + m ~o
~o · Ω (.)
cette facette :
~ = σ ·n
T ~ (.)
~ = σ~
T n +~τ (.)
~ ·n
σ=T ~ ; ~ − σ~
~τ = T n (.)
~ = σ~
T n + τ~t (.)
Cette décomposition est illustrée sur la figure .. Par définition, σ peut être de
n
~ ~ x, n
T(~ ~)
~t
τ
x~
signe quelconque alors que τ est toujours supérieure ou égal à zéro puisqu’il s’agit
du module de ~τ . Pour une facette donnée, on distingue différents cas :
– σ > — la facette est en traction, en effet le vecteur contrainte “tire” sur la
facette puisqu’il est dirigé selon la normale à la facette ;
– σ < — la facette est en compression, en effet le vecteur contrainte “pousse”
sur la facette ;
– τ = — la facette est soumise à de la traction pure si σ > ou de la compres-
sion pure si σ < ;
– σ = et τ , — la facette est soumise à du cisaillement pur ;
– σ = et τ = — la facette est libre.
Tenseur des contraintes
σI
[σ](~eI ,~eII ,~eIII ) = σII
(.)
σIII
Les trois facettes dont les normales sont un des vecteurs de la base (~eI ,~eII ,~eIII ) ne
subissent aucun cisaillement et sont donc en traction ou compression pure. Par
exemple, si σII > , la facette de normale ~eII est soumise à de la traction pure.
Pour justifier le fait que les facettes selon ~eI , ~eII ou ~eIII ne sont soumises à aucun
cisaillement, il suffit de montrer que le vecteur contrainte sur la facette, disons ~eI ,
est bien aligné avec ~eI :
~ = σ · ~eI = σI~eI
T (.)
σI
nI σI nI
~ (~e ,~e ,~e ) = σII nII = σII nII
[T] (.)
I II III
σ n σ n
III III III III
n
~
~eIII
C ~ x, n
T(~ ~)
σ
σI ~eII
x~ τ B
~t
σII O
A ~eI
σIII
et que l’on résout (.), (.) et (.) par rapport à nI , nII et nIII , on trouve :
(σII − σ)(σIII − σ) + τ
nI = (.)
(σII − σI )(σIII − σI )
(σ − σ)(σI − σ) + τ
nII = III (.)
(σIII − σII )(σI − σII )
(σ − σ)(σII − σ) + τ
nIII = I (.)
(σI − σIII )(σII − σIII )
(σ − aI ) + τ = RI (.)
σ + σIII
aI = II (.)
σII − σIII
RI = (nI ) (σII − σI )(σIII − σI ) + (.)
Il s’agit de l’équation d’un cercle dans le plan (σ, τ) de centre (aI , ) et de rayon RI .
En particulier pour un ensemble de facettes d’axes ~eI pour lesquelles nI = , on
obtient le cercle I tracé sur la figure .. Ainsi, lorsqu’on fait pivoter une facette
autour de l’axe ~eI , le point (σ, τ) représentant l’état de contrainte sur cette facette,
parcourt le cercle I. De manière similaire, on trouve pour des facette telles que
Tenseur des contraintes
nII = Cte :
ce qui donne le cercle II lorsque nII = . Enfin pour les facettes telles que nIII = Cte :
ce qui donne le cercle III lorsque nIII = . La construction de la figure . porte le
nom de tricercle de Mohr. Quelles que soient les valeurs de nI , nII et nIII , on montre
facilement que le point (σ, τ) restera dans la zone hachurée :
– si une des composantes de la normale est nulle, le point (σ, τ) se trouve sur
un des cercles ;
– si deux des composantes sont nulles, autrement dit la troisième composante
vaut , le point (σ, τ) se trouve sur l’axe σ soit en (σI , ), (σII , ) ou (σIII , ). Par
exemple, si nI = nIII = et nII = , alors (σ, τ) = (σII , ).
D’après la figure ., on trouve que le cisaillement maximal agissant sur une facette
est :
σI − σIII
τ= (.)
Sur cette facette, σ = (σI +σIII )/. En injectant τ et σ dans (.) et (.), on voit que
la facette sur laquelle agit le cisaillement maximal est donnée par nI = nIII = /
et nII = . La normale est donc la bissectrice des vecteurs ~eI et ~eIII .
Tout vecteur contrainte T ~ sera alors situé dans le plan x = . D’une manière
générale, un tenseur σ est un tenseur de contraintes planes si, et seulement si, l’une
des contraintes normales principales (une des valeurs propres en bref) est nulle. Le
plan des contraintes planes est alors donné par la direction propre associée.
. Propriétés locales du tenseur des contraintes
τ nIII = Cte
nI = Cte
nI =
nII = Cte
σIII σII σI
nI =
nII = nIII =
cercle I
cercle III
nIII =
cercle II nII =
On s’intéresse à l’évolution d’un système mécanique qui, à partir d’un état initial
non chargé où les contraintes sont nulles en tout point, va atteindre un nouvel état
d’équilibre sous l’action de sollicitations extérieures. Ces sollicitations extérieures
peuvent être :
– des forces volumiques, par exemple la gravité ou des forces de Coriolis ;
– des vecteurs contraintes appliqués en surface ;
– des déplacements imposés en surface.
On se place dans le cadre des hypothèses suivantes :
– l’hypothèse des petites perturbations est applicable : l’état final est très proche
de l’état initial et le gradient des déplacements est faible ;
– les effets dynamiques ne sont pas pris en compte : on suppose que le charge-
ment est imposé lentement ;
– le comportement du matériau est élastique isotrope.
. Équations
.. Cinématique
L’hypothèse de petites perturbations étant d’application, on ne doit pas distinguer
le domaine initial V et le domaine final v et on peut écrire toutes les équations sur
le domaine V dont la surface sera notée S. La partie de la surface sur laquelle des
déplacements u ~d sont imposés sera notée Su . Finalement, le point courant sera x~.
Les équations de la cinématique s’écrivent :
= grad~ u )T sur
u + (grad~ V (.)
~=u
u ~d sur Su (.)
de compatibilité. La seconde équation fixe les déplacements là où ils sont imposés.
Cette équation est souvent appelée condition limite en déplacement. La figure .
illustre différents types de conditions en déplacement.
encastrement
ligne libre
~e
~e
u = sur Su (.)
L’expression (.) doit donc être aménagée pour chaque cas. Il se peut également
que la surface Su doive être décomposée en différentes parties Su , Su ...
. Équations
.. Équilibre
Les équations d’équilibre [] s’écrivent :
~ + f~d = ~ sur V
divσ (.a)
σ ·n ~d sur ST
~=T (.b)
T
σ =σ sur V (.c)
~ ) · ~e =
(σ · n sur ST (.)
Cette loi est appelée loi de Hooke. Plutôt que d’utiliser les coefficients de Lamé, on
peut décrire le comportement en terme du module de Young E et du coefficient de
Poisson ν :
νE E
σij = kk δij + (.)
( + ν)( − ν) ( + ν) ij
[] Afin de bien distinguer les inconnues des données du problèmes, ces dernières sont indicées
avec d.
[] Attention, une condition limite en contrainte indique que le vecteur contrainte est imposé et
non le tenseur des contraintes.
Théorie de l’élasticité linéaire isotrope
et réciproquement :
µ(λ + µ) λ
E= ; ν= (.)
λ+µ (λ + µ)
σ
[σ](~ex ,~ey ,~ez ) = (.)
σ
[](~ex ,~ey ,~ez ) = −ν (.)
E
−ν
La déformation selon l’axe x est égale à la contrainte imposée divisée par le module
de Young (la raideur). Cette déformation est positive et correspond donc à un
étirement selon l’axe x. On note que les déformations selon les axes y et z sont
négatives et correspondent à un rétrécissement de la section selon les axes y et
z. C’est l’effet Poisson. On note que si le coefficient de Poisson est nul, la section
. Équations
n’est pas réduite. On montre par des arguments de stabilité que le coefficient ne
peut dépasser /. Pour cette valeur, le volume est conservé lors de l’étirement.
Finalement, remarquons que la traction sur l’élément de volume ne produit aucun
cisaillement. Il n’en est pas de même si vous tirez sur un barreau fait d’un matériau
composite. Ce matériau n’est pas isotrope et la traction induit du cisaillement.
γ
σ
σ
τ
[σ](~ex ,~ey ,~ez ) = τ (.)
−p
[σ](~ex ,~ey ,~ez ) = −p (.)
−p
Théorie de l’élasticité linéaire isotrope
p
p
E
K= = λ+ µ (.)
( − ν)
On note que le cube est réduit de la même manière dans les trois directions du
fait de l’isotropie. La réduction relative de volume est la trace du tenseur des
déformations — section .. :
p
+ + = − (.)
K
Le module de compressibilité K relie la pression au changement de volume : c’est
une raideur volumique. Plus K est élevé moins le volume est réduit pour une pression
donnée.
Voici deux points importants à retenir sur les matériaux élastiques isotropes :
– dans le comportement élastique isotrope, les cisaillements et élongations sont
tout à fait découplés. Ce n’est pas le cas dans les milieux anisotropes comme
les matériaux composites ;
– le comportement n’est caractérisé que par deux paramètres scalaires. Ces deux
paramètres peuvent être au choix : le module de Young E et le coefficient de
Poisson ν, les deux coefficients de Lamé, λ et µ, ou les modules de cisaillement
µ et de compressibilité K.
Notez toutefois que l’on a forcément − 6 ν 6 /.
. Équations
Les composantes peuvent être rangées dans un tableau × et les lois (.)
et (.) s’écrivent alors :
− ν ν
σ ν
σ ν − ν ν
ν −ν
σ
= E ν
(.)
σ ( + ν)( − ν) − ν
σ − ν
− ν
σ
et inversement :
−ν −ν
σ
−ν −ν σ
−ν −ν σ
= (.)
E + ν σ
+ ν σ
+ ν σ
.. Récapitulatif
Le tableau . résume les équations à notre disposition pour résoudre un problème
d’élasticité linéaire isotrope en notation intrinsèque et indicielle.
Les frontières Su et ST doivent vérifier les conditions suivantes pour chaque
direction de l’espace :
Su ∩ ST = ∅ (.)
Su ∪ ST = S (.)
Équations cinématiques
compatibilité
= (grad~ u )T ) sur V
u + (grad~ ij = (ui,j + uj,i )
Équations d’équilibre
équilibre en volume
~ + f~d = ~ sur V
divσ σij,j + fdi =
Équations de comportement
σ = λTr()I + µ sur V σij = λkk δij + µij
unique pour autant que les modes rigides aient été fixés.
Autrement dit, ce champ vérifie les déplacements imposés — voir le tableau ..
Définition . Un champ de contrainte est statiquement admissible (SA) s’il vérifie
toutes les équations d’équilibre.
ijkl σkl − σij ij =
ij Cijkl kl + σij C− (.)
On vérifie aisément que (.) entraı̂ne (.) et vice-versa. Notons, de plus, que le
premier membre de (.) est toujours positif ou nul pour un couple (, σ) arbitraire.
La vérification du comportement en chaque point du domaine est donc équivalente
à l’annulation de l’intégrale de (.) sur le domaine :
U
σij = Cijkl kl x∈V⇔
∀~ ij Cijkl kl + σij Cijkl σkl − σij ij dV = (.)
V
L’intégrale ci-dessus étant toujours plus grande ou égale à zéro quel que soit le
couple (, σ), on a le théorème suivant :
Théorème . Le problème d’élasticité résumé dans le tableau . est identique au
problème suivant : trouver le champ de déplacement admissible (~ u CA) et le champ de
contrainte admissible (σ SA) qui minimise :
U
min ij (~
u )Cijkl ij (~
u ) + σij Cijkl σkl − σij ij (~
u ) dV (.)
V
~ CA, σ SA
u
L’intégrale est appelée erreur en relation de comportement car elle est non nulle
si le couple (, σ) ne vérifie pas le comportement en chaque point du domaine.
Le dernier terme de l’intégrale (.) couple le champ de déplacement et le
champ de contrainte. Compte tenu des propriétés d’admissibilité des déplacements
[] Les trois théorèmes que nous allons démontrer sont valables que le comportement soit isotrope
ou non et même linéaire ou non.
. Théorèmes de l’énergie potentielle
Ceci découle du fait que le problème (.) peut se réécrire comme deux
problèmes indépendants :
min W(~
u) et max W∗ (σ) (.)
~ CA
u σ SA
On s’est servi dans la dernière égalité du fait que kk = uk,k . L’équation d’équilibre
en volume s’écrit donc en terme des déplacements :
~
(λ + µ)grad(div u + f~d = ~
~ ) + µ∆~
u (λ + µ)(uk,k ),i + µui,kk + fdi = (.)
~
(λ + µ)grad(div u ~ u + f~d = ~
~ rot~
~ ) − µrot (.)
. Techniques de résolution analytique
Cette forme est avantageuse pour la résolution lorsque l’on sait que le champ de
déplacement est irrotationnel, autrement dit rot~~ u = ~.
Le processus de résolution avec l’approche en déplacement est donc :
– postuler la forme du champ de déplacement ;
– vérifier les conditions limites en déplacements ;
– vérifier les équations de Lamé-Navier (.) ;
– calculer les déformations, puis les contraintes ;
– vérifier les conditions limites en contrainte.
Cette approche en déplacement est utilisée pour résoudre le problème du cylindre
sous pression à la section ..
σij,j + fd i = (.)
E
σll,mm = (.)
− ν ll,mm
les équations (.) se simplifient en :
ν
∆ σij + σll,ij + f δ +f +f = (.)
+ν − ν d l,l ij d j,i d i,j
Ces six équations sont appelées les équations de Beltrami-Michell.
Le processus de résolution avec l’approche en contrainte est donc :
Théorie de l’élasticité linéaire isotrope
Remarques — On note que lorsque toutes les forces volumiques sont constantes
ou nulles, tout champ de contrainte constant ou linéaire par rapport aux variables
d’espace satisfait les équations de Beltrami-Michell ;
Si les forces volumiques sont nulles, tout champ de contrainte constant vérifie à
la fois les équations d’équilibre et les équations de Beltrami-Michell.
~e
~e
~e
~e
− ν
σ ν
E
σ =
ν −ν (.)
( + ν)( − ν)
− ν
σ
et :
~e ~e
~e ~e
Les contraintes doivent vérifier à la fois les équations (.) et les équations d’é-
quilibre. En général, il n’y a aucune solution et c’est pourquoi on n’impose pas la
vérification des équations (.) [] ; on impose seulement (.a). L’hypothèse de
l’état plan de contrainte viole donc les équations du problème tri-dimensionnel
mais cela reste une très bonne approximation pour autant que la pièce étudiée est
de faible épaisseur.
Remarques — Si les forces volumiques sont constantes ou nulles, les équations (.)
et (.a) sont identiques. Si de plus les conditions aux limites ne font pas apparaı̂tre
de conditions aux limites en déplacement (si ce n’est le blocage des modes rigides),
alors on obtiendra les mêmes contraintes σ , σ et σ que le solide soit en état
plan de déformation ou en état plan de contrainte. En plus, ces contraintes se-
ront indépendantes des propriétés du matériau. Par contre, la contrainte σ , les
déformations et les déplacements seront, eux, différents en état plan de déformation
et de contrainte et dépendront des propriétés du matériau.
En comparant les lois de Hooke (.) et (.), on constate que l’on passe de
l’une à l’autre par une simple substitution de modules élastiques : pour passer
de l’état plan de contrainte à l’état plan de déformation, il suffit d’effectuer les
substitutions :
E0 ν0
E= ; ν= (.)
−ν − ν0
0
puis de supprimer les accents. Pour passer de l’état plan de déformation à l’état
plan de contrainte, il suffit d’effectuer les substitutions :
E0 ( + ν 0 ) ν0
E= ; ν= (.)
( + ν 0 ) + ν0
puis de supprimer les accents. Ces substitutions ne modifient pas µ.
La méthode la plus commode pour vérifier ces équations est d’introduire une
fonction de contrainte φ, dite fonction d’Airy, telle que :
φ φ φ
σ = ; σ = ; σ = − (.)
x x x x
[] Ces équations imposent à la trace des contraintes d’être linéaire ce qui est trop restrictif.
Théorie de l’élasticité linéaire isotrope
On vérifie immédiatement que, quelle que soit la fonction φ, les contraintes cal-
culées selon (.) satisfont l’équilibre en volume (.). En introduisant (.)
dans (.), on trouve que la fonction d’Airy doit satisfaire à l’équation biharmo-
nique :
φ φ φ φ φ
! !
∆∆φ = + + = + + = (.)
x x x x x x x x
Ainsi, la solution d’un problème d’élasticité plane qui ne comporte pas de force de
volume se réduit à rechercher une solution de l’équation (.) qui satisfasse les
conditions limites, en contrainte ou en déplacement selon les données du problème.
L’utilisation d’une fonction d’Airy sera illustrée dans le problème de la traction
d’un barreau prismatique à la section ..
. Thermoélasticité
Nous considérons maintenant le cas où les déformations sont causées non seule-
ment par des contraintes mais également par des élévations de température. C’est
le phénomène de thermoélasticité. Une élévation de température a tendance, en
général [] , à faire gonfler les corps et une diminution, à les contracter. Une relation
[] Le contre-exemple classique est celui de l’eau dont la densité est maximale à ˚C.
. Thermoélasticité
~ ∗ = Eα(T − T ) n
T ~ (.)
d − ν
où n
~ est la normale extérieure à la surface ST ;
– une force de volume supplémentaire sur V :
Eα ~
f~d∗ = − gradT (.)
− ν
On remarquera que ces forces volumiques dérivent du potentiel :
Eα
− (T − T ) (.)
− ν
Ce chargement supplémentaire est à ajouter au chargement réel T ~d et f~d . Le
problème de thermoélasticité est résumé dans le tableau .. La contrainte réelle
est donnée par :
Eα
σij = σij∗ − (T − T )δij (.)
− ν
~ et la température T.
[] Ne pas confondre le vecteur contrainte T
Théorie de l’élasticité linéaire isotrope
Équations cinématiques
compatibilité
= (grad~ u )T ) sur V
u + (grad~ ij = (ui,j + uj,i )
Équations d’équilibre
équilibre en volume
~ ∗ + f~d + f~∗ = ~ sur V
divσ ∗
σij,j + fdi + fdi∗ =
d
Équations de comportement
∗
σ = λTr()I + µ sur V σij∗ = λkk δij + µij
pe
pi
~e
a P
b ~er
~eθ
~e
~ = ur (r)~er
u (.)
Problèmes classiques d’élasticité
d d
!
(λ + µ) (rur ) + fr = (.)
dr r dr
σ ·n ~d
~=T (.)
~ = −~er
n ; ~d = pi ~er
T (.)
σrr
− pi
σ = ⇒ σ (r = a) = −p (.)
θθ rr i
σzz
~ = ~er
n ; ~d = −pe~er
T (.)
et :
σrr −pe
σθθ = ⇒ σrr (r = a) = −pe (.)
σzz
Les deux conditions sur σrr fournissent les deux constantes. Tous calculs faits, on
obtient :
( − ν)( + ν) a pi − b pe + ν pi − pe
C =
; C = (.)
E b −a E /a − /b
Les contraintes non nulles valent donc :
a pi − b pe p −p
σrr =
− i e
b −a r /a − r /b
a pi − b pe p −p
σθθ =
+ i e (.)
b −a r /a − r /b
a pi − b pe
σzz = ν
b − a
Pour le déplacement ur , on trouve enfin :
ur = ( − ν)(a pi − b pe )r + a b (pi − pe ) (.)
µ(b − a ) r
Cette exemple a permis d’illustrer l’approche en déplacement (voir section ..)
qui part d’une forme du champ de déplacement et impose toutes les conditions sur
ce champ.
Remarques — Les contraintes σrr et σθθ dans la section du cylindre sont indépen-
dantes des constantes élastiques. Ceci est en accord avec ce que nous avions observé
en section ... En clair, que le cylindre soit en plexiglas ou en acier, ces contraintes
seront les mêmes [] . La contraintes σzz , les déformations et déplacements dépendent
par contre des constantes élastiques.
Pour obtenir les résultats correspondants à l’état plan de contrainte, il suffit
de poser σzz et d’effectuer les substitutions (.). Celles-ci ne modifient pas les
contraintes σrr et σθθ puisqu’elles sont indépendantes des constantes élastiques.
Enfin, la déformation zz se calcule par (.).
L
σ D E σ
h
A B ~e
h
C F
~e
φ = C x + C xy + C y (.)
où C , C et C sont des constantes à déterminer. Cette fonction d’Airy est bihar-
monique. Les contraintes correspondantes valent :
~d :
~=T
Il reste à imposer les conditions aux limites en contrainte σ · n
– sur la face EF, n ~d = σ~ex , soit :
~ = ~ex et T
Si les faces avant et arrière du barreau sont libres, on est en état plan de contrainte
et les déformations sont données par (.) :
νσ
xx = σ/E ; yy = zz = − ; xy (.)
E
Pour obtenir les déplacements, il faut intégrer les relations déformations-déplacements
qui s’écrivent ici :
ux,y + uy,x
xx = ux,x ; yy = uy,y ; xy = (.)
Les deux premières donnent, respectivement :
σ νσ
ux = x + f (y) ; uy = − x + g(x) (.)
E E
où f (y) et g(x) sont des fonctions quelconques de y et x respectivement. En repor-
tant (.) dans la troisième équation de (.), il vient :
où c est une constante arbitraire. En intégrant (.) puis en reportant dans (.),
on trouve :
σ νσ
ux = x + a + cy ; uy = − x + b − cx (.)
E E
où a et b sont également des constantes arbitraires. Les déplacements ne sont
déterminés qu’à un mouvement de corps rigide près, représenté par les fonc-
tions f (y) et g(x). Les constantes a et b représentent une translation et c une
rotation. Les constantes a, b et c ne peuvent être déterminées qu’en imposant trois
conditions d’appui adéquates.
Voici un certain nombre de conditions d’appui valides :
– ux = uy = uy,x = en (, ) : cela fixe le point A et empêche toute rotation
autour de ce point ;
– ux = uy = en (, ) et uy = en (L, ) : cela fixe le point A et empêche le
mouvement du point B selon ~ey ;
Problèmes classiques d’élasticité
~e
SL
Se
L
S ~e
~e
et a montré que cette forme permet de satisfaire toutes les équations. C’est ce
que nous allons faire. Le champ de déplacement (.) correspond à une rotation
de chaque section du barreau. L’angle Θ représente la rotation entre deux sec-
tions distantes de un mètre. Cela se voit immédiatement si on exprime (.) en
coordonnées cylindriques :
Cette équation indique que nous pouvons exprimer les contraintes de cisaillement
σxz et σyz à l’aide d’une seule fonction φ(x, y) appelée fonction de contrainte de
Prandtl par les relations suivantes :
∆φ = −µΘ (.)
Problèmes classiques d’élasticité
σ ·n ~d
~=T (.)
L’angle α est l’angle que fait la normale extérieure avec l’axe ~ex comme indiqué sur
la figure .. Soit s, l’abscisse curviligne du contour : on écrit les contraintes selon
~ex
dx
dy
α
n
~
~ey
σxz cos α + σyz sin α = σxz y,s − σyz x,s = φ,y y,s + φ,x x,s = φ,s = (.)
Pour vérifier l’équilibre sur la surface latérale, il suffit donc que φ soit constant sur
cette surface. Concernant les conditions aux limites en contrainte, il faut s’assurer
que :
~ ) · ~ez =
(σ · n sur S et SL (.)
Nous sommes assurés que ces contraintes vérifient bien l’équilibre en volume et en
surface. Finalement, les déformations sont données par [] :
xx = yy = zz = xy = ; xz = φ ; yz = − φ (.)
µ ,y µ ,x
On s’est servi de la formule (.) ainsi que du fait que φ est nul sur le contour (C)
de SL. De même, on montre que la force résultante selon ~ey est nulle. Bien sûr, la
force résultante selon ~ez est également nulle puisque selon ~ez , la section est libre
d’effort.
Concernant le moment résultant M ~ appliqué à la section, il se calcule par :
U U
~
MT = x~ ∧ (σ · ~ez ) dS = x~ ∧ (φ,y ~ex − φ,x~ey ) dS
SL SL
U U (.)
=− (~ ~
x · gradφ)~ez dS = (− div(φ~ x ) + div(~ x )φ)~ez dS
SL SL
Le couple imposé est dirigé selon ~ez et vaut deux fois l’intégrale de φ sur la section.
Le calcul du moment résultant sur la section S donne le moment opposé. On a
donc bien l’équilibre du barreau.
Si on fait le rapport entre le moment de torsion M T et l’angle de torsion Θ,
on obtient une quantité appelée rigidité torsionnelle et notée RT , qui est une ca-
ractéristique dépendant de la géométrie de la section et du matériau.
[] Il est important de savoir interpréter pourquoi certaines composantes sont nulles et d’autres
non nulles à l’aide de la section ...
Problèmes classiques d’élasticité
Remarque — L’équation (.) n’est valable que si la section du barreau est connexe.
Si la section du barreau n’est pas simplement connexe, c’est-à-dire que cette section
a des trous, on peut toujours imposer à φ d’être nul sur le contour extérieur mais
on imposera seulement à φ d’être constant sur les autres contours.
S dx
a b
S dy S dy
d c ~ex
S dx
~ey
p
S S
~ez
On peut interpréter les équations que doit satisfaire φ par l’analogie dite de la
membrane. Considérons une membrane de la forme de la section de la poutre et
tendue dans son plan par une tension S, selon la figure .. Si une pression p est
appliquée sur la membrane, celle-ci s’enfonce verticalement d’un déplacement w
solution de l’équation :
p
∆w = − (.)
S
En supposant w = sur son contour, les équations régissant w sont identiques aux
équations régissant φ pour autant que l’on remplace µΘ par p/S.
Il faut alors travailler sur la section selon la version intrinsèque de (.) :
~
σ · ~ez = gradφ ∧ ~ez (.)
~
gradφ ~
∧ ~ez = µΘ(gradψ + ~ez ∧ x~ ) (.)
À titre d’exemple, prenons le cas d’un barreau à section circulaire illustré sur la
figure .. Par symétrie et en ayant à l’esprit l’analogie de la membrane, le champ
φ ne dépend que de la coordonnée r en coordonnées cylindriques. La formule du
. Torsion d’un barreau prismatique
σθz
~ex
r θ
~er
~eθ
~ey
~ez
[] Il est recommandé de savoir interpréter pourquoi rz = et θz , à la lumière de la section ...
Thermodynamique et lois de
comportement
q = −~
q·n
~ (.)
Thermodynamique et lois de comportement
Par définition, ~
q(~
x, t) est le vecteur courant de chaleur. Le signe négatif s’explique
par le fait que n
~ est la normale extérieure au système.
Finalement, nous sommes en mesure d’écrire le premier principe de la thermo-
dynamique. À chaque instant, la dérivée particulaire de l’énergie totale (somme des
énergies interne et cinétique) est la somme de la puissance des efforts extérieurs
exercés sur le système P e et du taux de chaleur reçue par le système Q̇ :
d(E + K)
= P e + Q̇ (.)
dt
ou plus explicitement tel que cela est écrit dans le tableau . :
U U U
d
ρ(e + v~ · v~ ) dv = ~ · v~ ) ds +
(q + T (r + f~ · v~ ) dv (.)
dt ω ω ω
La puissance extérieure est fournie au système par les forces imposées et par les
réactions sous les déplacements imposés. C’est donc une puissance mécanique
fournie au système. Par contre, le terme Q̇ est une puissance fournie au système
sous forme de chaleur. Le premier principe de la thermodynamique permet de
relier ces deux puissances dans une même équation.
Il est intéressant de combiner le bilan de l’énergie (.) au théorème de l’énergie
cinétique . :
dK
Pe = +Pi (.)
dt
pour obtenir :
dE
Pi = − Q̇ (.)
dt
Les équations (.) et (.) sont illustrées sur la figure .. La puissance extérieure
fournie est transformée en mouvement (dK/ dt) et/ou en déformation (P i ). Ensuite,
la déformation du milieu entraı̂ne un changement de l’énergie de ce milieu (dE/ dt)
et/ou libère de la chaleur (−Q̇).
La relation (.) s’écrit sous forme locale :
de
σij vi,j = ρ + qi,i − r (.)
dt
↑ ↑ ↑
puissance variation taux de
intérieure d’énergie chaleur
volumique interne dégagée
Pe
puissance extérieure
fournie au système
dK Pi
dt puissance intérieure
variation de déformation
l’énergie cinétique du système
dE
−Q̇
dt
variation taux de
d’énergie interne chaleur libérée
ψ = e − Ts (.)
~
!
dψ dT q · gradT
~
−ρ +s + σij vi,j − > (.)
dt dt T
~
q · gradT
~
d th = − (.)
T
Il est d’usage d’imposer indépendamment le caractère positif de ces deux dissipa-
tions.
. Second principe
~ ~
q = −k gradT (.)
où k est le coefficient de conduction. L’équation (.) est appelée loi de Fourier.
Habituellement, on se contente de supposer que k ne dépend que de la température
ou même, plus particulièrement encore, que k est une constante.
L’expression de l’énergie libre massique pour un milieu thermoélastique dans
le cadre de l’hypothèse des petites perturbations est :
ψ(T, ) = ψ − s (T − T )
E (.)
!
ρ c
+ λkk + µij ij − α(T − T )kk − (T − T )
ρ − ν T
[] Nous nous plaçons dans le cadre de l’hypothèse des petites perturbations et les densités actuelles
ρ sont très proches des densités initiales avant déformation ρ .
Bibliographie
[] Javier Bonet et Richard Wood. Nonlinear continuum mechanics for finite element
analysis. Cambridge University Press, . isbn : X (cf. page ).
[] Serge Cescotto. Éléments de mécanique des solides déformables. Université de
Liège, (cf. page ).
[] Jean Garrigues. Mécanique des milieux continus. cours disponible en ligne sur
[Link] École Centrale de Marseille, (cf. page ).
[] Paul Germain. Cours de Mécanique des milieux continus. Tome . Masson,
(cf. pages , ).
[] Donatien Le Houëdec. Mécanique des solides. École Centrale de Nantes,
(cf. pages , , , ).
[] Leonid Sédov. Mécanique des milieux continus. Tome . MIR, Moscou,
(cf. page ).
[] Jean-François Sini. Mécanique des Fluides. École centrale de Nantes, .
oai:[Link]:cel- (cf. page ).