1.
Aperçu historique :
Conservant les liens qui les unissaient sous l'Administration coloniale, les États de la Centrafrique,
du Congo, du Gabon et du Tchad ont crée en juin 1959, l'Union Douanière Équatoriale (UDE) à
laquelle adhérera en 1961 l’État du Cameroun.
La nécessité d'intensifier leur coopération a poussé ces États à signer le 8 décembre 1964 à
Brazzaville le traité instituant l'Union Douanière et Economique de l'Afrique Centrale (UDEAC).
Cette organisation sous-régionale à laquelle adhérera la Guinée Équatoriale en 1983, fut
certainement la plus ancienne de toutes les organisations africaines d'intégration et devait, malgré
d'énormes difficultés de parcours quelques fois, survivre une trentaine d'années. Elle avait su
surmonter des crises aiguës des années 1966 avec le retrait-réintégration de la RCA et du Tchad.
Toutefois, avec les crises économiques successives des années 1980-1990, il avait paru
indispensable de relancer le processus d'intégration économique et sociale sous une nouvelle forme
plus dynamique, avec la signature le 16 mars 1994 à N'DJAMENA au TCHAD du Traité instituant
la Communauté Economique et Monétaire de l'Afrique Centrale (CEMAC).
2. Objectifs et missions de la CEMAC :
La CEMAC est née de la volonté des Gouvernements de six États Membres de l'ancienne UDEAC
(Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée Équatoriale, Tchad). Elle constitue une avancée
considérable par rapport à l'Organisation qu'elle était appelée à remplacer.
En effet, dans le cadre de cette Communauté, les Gouvernements des États membres ont réaffirmé
leur attachement aux principes de liberté et de démocratie et se sont engagés à :
· Développer ensemble toutes les ressources humaines et naturelles de leurs États pour le bien être
de leurs peuples dans tous les domaines.
· donner une impulsion nouvelle et décisive au processus d'intégration en Afrique Centrale par une
harmonisation accrue des politiques et des législations de leurs États.
· assurer la convergence des performances de leurs politiques économiques au moyen du dispositif
de la surveillance multilatérale.
Par ailleurs, ces mêmes Gouvernements ont accepté de faire bénéficier à cette nouvelle
Communauté du transfert d'une parcelle de la souveraineté des États membres, transfert qui peut
s'apprécier au travers la création d'un Parlement et d'une Cour de Justice Communautaires ainsi que
de nombreuses prérogatives dévolues au Secrétariat Exécutif.
La mission essentielle de la CEMAC est de promouvoir un développement harmonieux des États
membres dans le cadre de l'institution d'un véritable marché commun.
Aussi, lui est-il assigné la réalisation des objectifs suivants :
· Mettre en place un dispositif de surveillance multilatéral des politiques économiques des États
membres ;
· Assurer une gestion stable de la monnaie commune ;
· Sécuriser l'environnement des activités économiques et des affaires en général ;
· Harmoniser les réglementations des politiques sectorielles dans les domaines essentiels prescrits
par les textes organiques (agriculture, élevage, pêche, industrie, commerce, transport et
télécommunications, énergie et environnement, recherche, enseignement et formation
professionnelle.)
· Créer un marché commun basé sur la libre circulation des personnes, des biens, des capitaux et des
services.
Les Institutions de la CEMAC
L'Union Économique de l'Afrique Centrale (UEAC)
L'Union Économique de l'Afrique Centrale vise à renforcer la compétitivité des activités
économiques et financières par l'harmonisation des règles qui régissent le fonctionnement de ces
activités. Elle assure la convergence vers des performances soutenables par la coordination des
politiques économiques et la mise en cohérence des politiques budgétaires nationales avec la
politique monétaire commune; de même que la création du marché commun sous-régional et
l'institution de la coordination des politiques sectorielles nationales ainsi que la mise en œuvre des
actions communes dans les domaines essentiels lui incombent.
La réalisation des objectifs assignés à l'Union Économique est soumise à une contrainte de
calendrier établi par les textes organiques eux-mêmes.
En effet, aux termes des articles 3 et suivants de la Convention régissant l'Union Économique, la
construction de celle-ci sera entreprise au cours d'un processus en trois étapes de cinq années
chacune soit un délai de quinze années à compter de l'entrée en vigueur du traité instituant la
CEMAC et des Conventions subséquentes. Cette période tient compte naturellement des acquis de
l'UDEAC.
La première étape (25 juin 1999 au 24 juin 2004), est consacrée a :
· créer toutes les conditions nécessaires au fonctionnement du marché commun ;
· engager un processus de coordination des politiques nationales en matière d'agriculture,
d'élevage,de pêche, d'industrie, de commerce, de tourisme, de transport et
télécommunications ;
· initier le processus de mise en place des instruments de libre circulation des biens, des services,
des capitaux et des personnes ;
· développer la coordination des politiques commerciales et des relations économiques avec les
autres régions ;
· préparer des actions communes dans les domaines de l'enseignement, de la formation
professionnelle et de la recherche.
Au cours de la seconde étape (25 juin 2004-24 juin 2009), l'Union Économique devra :
· établir la libre circulation des biens, des services des capitaux et des personnes ;
· mettre en œuvre des actions communes dans les secteurs cités au paragraphe précédent ;
· engager un processus de coordination des politiques nationales en matière d'environnement et
d'énergie ;
· renforcer et améliorer les infrastructures nationales de transports et de télécommunications en vue
de leur interconnexion.
Les actions à entreprendre au cours de la troisième étape, dépendent de l'état d'avancement de
celles initiées au cours des deux premières étapes. Toutefois, il est envisagé d'instaurer des
politiques sectorielles communes dans toutes les matières faisant l'objet d'une coopération au sein
de l'Union Économique.
L'Union Économique dispose d'un certain nombre d'institutions spécialisées dont la création est
fonction des besoins de réalisation des objectifs assignés à l'Union. Certaines de ces institutions sont
des acquis de l'UDEAC que la CEMAC s'efforce de consolider et de conformer le fonctionnement
aux normes nouvelles en vue d'une réalisation harmonieuse des objectifs globaux de la
Communauté dont on compte déjà de nombreuses réalisations. A titre indicatif, nous citerons :
L'harmonisation des législations sur la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) et du Droit d'Accise (DA)
en vigueur dans la Zone CEMAC depuis décembre 1998;
L'institution du "Passeport CEMAC" en vue de faciliter la circulation des personnes dans la sous
région ainsi que la réactivation de 1972 sur la libre circulation des personnes conclue sous l'égide
de l'UDEAC;
L'adoption d'une Charte Communautaire des Investissements complétant les dispositifs existants de
la Réforme fiscalo-douanière;
L'adoption d'une Réglementation Communautaire sur la concurrence des pratiques commerciales
anticoncurrentielle et des aides d’État;
La création d'un site Internet commun CEMAC - UEMOA portant l'appellation Investir en
Zone Franc à l'intention des Investisseurs; L'institution et la mise en circulation de la Carte
Internationale d'Assurance Automobile 'CIRCA-CEMAC) commune aux États de la CEMAC
en vue de faciliter le règlement des sinistres dans la sous région;
L'adoption d'une batterie de textes relatifs à la réglementation des activités de Transports et
Télécommunications;
L'harmonisation des politiques en matière de l'Enseignement Supérieur dans les pays membres de
la Communauté spécialement en ce qui concerne les conditions d'accès des étudiants dans leurs
établissements publics ou d'utilité publique d'enseignement supérieur;
La mise en place de dispositifs Sécuritaires dans la sous région en vue de mieux lutter contre la
délinquance transnationale. A cet effet, le Secrétariat Exécutif de la CEMAC eut à soutenir le
Comité des Chefs de Police d'Afrique Centrale (CCPAC) dès sa création en avril 1997 et à engager
des actions de collaboration allant du parrainage de la conclusion de l'Accord de Coopération en
matière de Police Criminelle entre les États de la sous région d'Afrique Centrale en avril 1999 à la
conclusion d'un Accord de coopération entre le Secrétariat Général de d’Interpol et le Secrétariat
Exécutif de la CEMAC.
L'Union Monétaire de l'Afrique Centrale (UMAC)
L'UNION MONÉTAIRE DE L'AFRIQUE CENTRALE dont le siège est établi à Yaoundé au
Cameroun est en charge de la politique monétaire, la Banque des États de l'Afrique Centrale
( BEAC) en constitue la pierre angulaire. Elle se caractérise par l'adoption d'une même unité
monétaire dont l'émission est confiée à la BEAC qui est l'Institut d’omission Commun. Elle
participe avec l'Union Économique, à l'exercice de la surveillance multilatérale par la coordination
des politiques économiques et la mise en cohérence des politiques budgétaires nationales avec la
politique monétaire commune.
Les organes de l'Union Monétaire sont:
- La Conférence des Chefs d’État;
- Le Comité Ministériel;
- L'Institut d'Emission BEAC;
- La Commission Bancaire de l'Afrique Centrale(COBAC);
- Tout autre organe approprié créé par la Conférence des Chefs d’État dans le cadre de l'UMAC.
Les Institutions spécialisées de l'UMAC sont:
- La Commission de surveillance du Marché Financier de l'Afrique Centrale( COSUMAF);
- Le Groupe d'Action contre le Blanchiment d'Argent en Afrique Centrale (GABAC);
- Toute autre Institutions spécialisées créée par la Conférence des Chefs d’État dans le cadre
de l'UMAC.
Le Parlement Communautaire
LE PARLEMENT COMMUNAUTAIRE est l'Instance Communautaire chargée du contrôle
démocratique des Institutions et Organes participant au processus décisionnel de la
Communauté.
Le Parlement qui, en réalité, ne sera créée qu'ultérieurement par convention séparée a son siège fixé
à Malabo, en Guinée Équatoriale.
Entre temps, est instituée une Commission Interparlementaire composé de cinq membre par État
désignés par l'organe législatif de chaque État membre ; le but de cette Commission est de
contribuer par le dialogue et le débat, aux efforts d'intégration de la Communauté dans les domaines
couverts par le Traité et les textes subséquents. La Commission exprime ses vues sous forme de
résolutions ou de rapports.
Afin de lui permettre d'exercer son rôle de contrôle sur l'action des Institutions et Organes
participant au processus décisionnel de la Communauté, il est offert à la Commission la possibilité
d'examiner le rapport annuel que le Secrétaire Exécutif lui soumet et d'entendre sur son initiative le
Président du Conseil des Ministres, le Président du Comité Ministériel, le Secrétaire Exécutif ou le
Gouverneur de la Banque Centrale (BEAC).
La Cour de Justice de la CEMAC
LA COUR DE JUSTICE DE LA CEMAC est l'Institution Communautaire en charge du contrôle
juridictionnel des activités et de l'exécution budgétaire des Institutions de la CEMAC. Elle a son
siège fixé à N'DJAMENA au Tchad.
La Cour de Justice de la CEMAC est composée de treize juges élisant parmi eux un Premier
Président assisté de deux juges élus Présidents de Chambres. Elle est subdivisée en Chambre
Judiciaire et en Chambre des Comptes. Elle a pour rôle :
D'assurer le respect des dispositions du Traité de la CEMAC et des Conventions subséquentes par
les États membres, les Institutions et les Organes de la Communauté ;
D'assurer le contrôle des comptes de la CEMAC ;
De réaliser par ses Décisions l'harmonisation des jurisprudences dans les matières relevant du
domaine des Traités, et de contribuer par ses avis à celle des législations nationales des États
membres dans ces matières ;
De régler les contestations relatives à sa compétence.
La particularité de cette Instance par rapport au corps de contrôle en vigueur dans d'autres
Organisations régionales ou sous régionales d'intégration, est l'unicité de la Cour. En effet,
dans l'Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), dans l'Union Européenne
ou dans le COMESSA, cohabitent deux Cours distinctes : une Cour de Justice et une Cour des
Comptes.
COMMUNAUTÉ économique ET MONÉTAIRE DE L'AFRIQUE CENTRALE
Les Organes de la CEMAC
La Conférence des Chefs d’État
LA CONFÉRENCE DES CHEFS D’ÉTAT, organe suprême de la Communauté, détermine la
politique de celle-ci et oriente l'action des organes de décision de ses deux Unions au moyen d'Actes
Additionnels qui sont annexés au Traité de la CEMAC, le complètent sans le modifier, s'imposent
aux Institutions de la Communauté et aux autorités des États membres.
Le Conseil des Ministres de l'UEAC
LE CONSEIL DES MINISTRES assure la direction de l'Union Économique de l'Afrique Centrale
(UEAC) par l'exercice des pouvoirs que la Convention régissant celle-ci lui accorde ; il est composé
essentiellement des Ministres en charge des Finances et des affaires économiques des États
membres sans que le nombre des Ministres composant cette délégation ne soit supérieur à trois.
Chaque délégation nationale ne dispose que d'une voix. La délégation nationale est, dans la plupart
des cas conduite par le Ministre en charge des Finances
Le Conseil des Ministres se réunit deux fois par an en sessions ordinaires sur convocation de son
Président. Celui-ci doit ressortir de l’État membre qui exerce la Présidence de la Conférence des
Chefs d’État.
Lorsque les questions à débattre ne portent pas principalement sur la politique économique et
financière, le Conseil des Ministres peut réunir en formation ad hoc les Ministres techniquement
compétents dont les délibérations ne seront définitives qu'après que le Conseil en ait constaté la
comptabilité avec la politique économique et financière de l'Union Économique.
Le Comité Ministériel de l'UMAC
LE COMITE MINISTÉRIEL est l'organe dirigeant de l'Union Monétaire de l'Afrique
Centrale (UMAC). Il a pour rôle d'examiner les grandes orientations des politiques
économiques de chacun des États membres de la Communauté et d'en assurer la cohérence
avec la politique monétaire commune ; il est composé de deux Ministres par État membre
dont celui en charge des Finances, chef de délégation. Comme au Conseil, chaque délégation
étatique dispose d'une voix toutefois exprimée ici, par le Ministre en charge des Finances.
Contrairement au Conseil des Ministres, la Présidence du Comité Ministériel n'est pas forcément
liée à la Présidence de la Conférence des Chefs d’état. Elle est assurée obligatoirement par le
Ministre en charge des Finances par ordre alphabétique des États membres pour une année civile.
LE CONSEIL DES MINISTRES ET LE COMITE MINISTÉRIEL agissent aux moyens de
Règlements, de Directives, des Décisions, de recommandations ou d'avis.
La définition de ces actes juridiques est fixée par le Traité ainsi qu'il suit :
· Les règlements et les règlements cadres ont une portée générale ; mais à la différence des
règlements qui sont obligatoires dans tous leurs éléments et directement applicables dans tout État
membre, les règlements cadres ne sont directement applicables que pour certains de leurs éléments.
· Les directives lient tout État membre destinataire quant au résultat à atteindre, tout en laissant aux
Instances nationales leur compétence en ce qui concerne la forme et les moyens.
· Les décisions sont obligatoires dans tous leurs éléments pour les destinataires qu'elles désignent.
· Les recommandations et les avis ne lient pas.
A l'exception des recommandations et des avis, les actes adoptés par le Conseil des Ministres et le
Comité Ministériel doivent être motivés.
La publication au bulletin officiel de la Communauté n'est obligatoire que pour les actes
additionnels, les règlements et les règlements cadres qui, de surcroît, entrent en vigueur le
20ème jour suivant leur publication s'ils omettent de fixer la date de leur entrée en vigueur.
Les directives et les décisions sont notifiées à leurs destinataires et prennent effet le lendemain de
cette notification.
La Commission de la CEMAC
LA COMMISSION DE LA CEMAC ET LE GOUVERNORAT DE LA BEAC assurent le rôle
de rapporteur respectivement au niveau du Conseil des Ministres et du Comité Ministériel ; ils
arrêtent à leur niveau des règlements d'application des actes susmentionnés, prennent des
décisions et formulent des recommandations ou des avis.
S'agissant de la COMMISSION DE LA CEMAC plus particulièrement, il conviendrait de
relever l'importance du rôle central qu'il joue dans le fonctionnement de la Communauté. Il
est placé sous l'autorité d'un Président qui, outre l'animation de l'Union Économique,
représente la CEMAC à l'égard des tiers et en justice sauf dérogation expresse. Il coordonne
les actions au niveau de la Communauté et assure le secrétariat de la Conférence des Chefs
d’État.
Pour accomplir sa mission, la Commission de la CEMAC dispose des moyens humains
comprenant actuellement trente-neuf (39) cadres et quelque soixante et un (61) agents
d'exécution, pour un organigramme qui en prévoit davantage