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Ocim 1026

Le document décrit le programme 'La Route des Chefferies' au Cameroun qui vise à créer un pôle culturel et touristique pour promouvoir le patrimoine local et contribuer au développement économique et social. Le programme met l'accent sur les chefferies traditionnelles qui sont au cœur de l'identité culturelle mais dont le patrimoine est menacé.

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Le document décrit le programme 'La Route des Chefferies' au Cameroun qui vise à créer un pôle culturel et touristique pour promouvoir le patrimoine local et contribuer au développement économique et social. Le programme met l'accent sur les chefferies traditionnelles qui sont au cœur de l'identité culturelle mais dont le patrimoine est menacé.

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La Lettre de l’OCIM

Musées, Patrimoine et Culture scientifiques et


techniques
139 | 2012
janvier - février 2012

La sauvegarde et la valorisation du patrimoine


culturel au Cameroun
The safeguarding and the development of Cameroon’s Cultural Heritage

Estelle Piou, Sylvain Djache Nzefa, Flaubert Ambroise Taboue Nouaye et


Anita Kamga Fotso

Édition électronique
URL : http://journals.openedition.org/ocim/1026
DOI : 10.4000/ocim.1026
ISSN : 2108-646X

Éditeur
OCIM

Édition imprimée
Date de publication : 1 janvier 2012
Pagination : 30-39
ISSN : 0994-1908

Référence électronique
Estelle Piou, Sylvain Djache Nzefa, Flaubert Ambroise Taboue Nouaye et Anita Kamga Fotso, « La
sauvegarde et la valorisation du patrimoine culturel au Cameroun », La Lettre de l’OCIM [En ligne],
139 | 2012, mis en ligne le 01 janvier 2014, consulté le 01 mai 2019. URL : http://
journals.openedition.org/ocim/1026 ; DOI : 10.4000/ocim.1026

Tous droits réservés


La sauvegarde et la valorisation
du patrimoine culturel au Cameroun

Estelle Piou, Sylvain Djache Nzefa,


Flaubert Ambroise Taboue Nouaye et Anita Kamga Fotso *

Le programme « La Route des Chefferies »


a pour objectif de créer un pôle culturel et
touristique inédit au Cameroun afin d’amener
les populations à se réapproprier leur
patrimoine tout en contribuant à leur
développement économique et social : cette
expérience originale en Afrique, relatée ici,
constitue un formidable terrain d’étude où les
problématiques muséales et plus largement
patrimoniales sont interrogées dans un
contexte particulier.

Un contexte particulier

Le Cameroun, pays d’Afrique Centrale, est commu-


nément présenté comme l’Afrique en miniature et
très récemment par le slogan « Toute l’Afrique dans
un seul pays ». Il doit cet attribut à la variété de ses
végétations et paysages du Nord au Sud, de l’Est à
l’Ouest, et à la diversité ethnique – plus de 200 eth-
Le dépliant de présentation de « La Route des Chefferies » nies – de sa population entre autres. Les populations
© PRDC
sont organisées en royaumes, clans, villages, lamidats…
généralement dirigés par un chef, un sultan ou un
* Estelle Piou est directrice du Patrimoine lamido. Comme beaucoup de pays africains, les so-
de « La Route des Chefferies » ciétés traditionnelles du Cameroun ont connu des
Sylvain Djache Nzefa est architecte-urbaniste-scénographe, sorts multiples liés aux événements de l’Histoire lors
fondateur principal et coordonateur général de la traite négrière, de la colonisation et de la mar-
de « La Route des Chefferies » che vers l’indépendance. Par ailleurs, avec le déve-
Flaubert Ambroise Taboue Nouaye est conservateur et loppement des échanges mondiaux, le Cameroun a
directeur du musée des Civilisations fait l’objet de nombreuses études d’explorateurs, eth-
Anita Kamga Fotso est responsable marketing et nologues, médecins, missionnaires, industriels, com-
communication de « La Route des Chefferies » merçants… et a ainsi subi, sur le plan patrimonial, les
pillages, les extorsions, les réquisitions, les trocs, les

30 l a lettre de l’ocim
n°139, janvier-février 2012
La sauvegarde et la valorisation
du patrimoine culturel au Cameroun
achats ou même les dons d’objets en remerciements de Nantes, elle retient l’attention de partenaires fran-
de services rendus. À ceci s’ajoute le manque de çais, de la communauté internationale, des entre-
moyens pour l’entretien et la réhabilitation du patri- prises et des élites locales contribuant efficacement
moine bâti dans les chefferies. Quelles qu’en soient à son déploiement.
les raisons, le constat est le même à savoir que la
perte du patrimoine matériel a contribué à la perte Les chefferies au cœur de la démarche
des valeurs identitaires et séculaires des sociétés
composant le Cameroun. Malgré les affres du temps, les chefferies ont su ré-
sister aux oppressions diverses. En 1960, le gouver-
Compte tenu de tous ces paramètres, au lendemain nement camerounais, nouvellement créé, reconnaît
de l’indépendance, le jeune État du Cameroun n’a les chefferies comme des auxiliaires administratifs
pas jugé nécessaire d’inscrire dans ses priorités la servant de lien entre l’administration et les popula-
protection du patrimoine. Un ministère de la Culture tions du village où elles ont encore autorité pour ren-
est pourtant créé avec plusieurs directions dont une dre la justice traditionnelle.
spécifique au patrimoine. Mais aucune action con- Les chefferies traditionnelles au Cameroun sont des
crète n’est menée en faveur de la protection du patri- entités politiques, sociales et culturelles, caractéri-
moine. Même aujourd’hui, après 50 ans d’indépen- sées par un territoire bien délimité, un peuple avec
dance, l’État, censé être le moteur déclencheur de la son histoire, ses us et coutumes. Elles sont placées
préservation et de la valorisation de ses richesses, ne sous la haute autorité d’un chef. Dans l’aire cultu-
joue pas complètement son rôle. Les lois spécifiques relle des Grassfield principalement (régions admi-
à la régulation du patrimoine culturel, artistique et nistratives de l’Ouest et du Nord-Ouest), les chefs
touristique en général sont désuètes, sinon inexis- Bamiléké (appelés roi, fo, fon ou sultan… selon les
tantes. Le Cameroun souffre d’une véritable absence lieux) sont des personnages très respectés et craints
de politique culturelle et patrimoniale. de leur population. Ce sont les principaux déposi-
Alors que le pays a ratifié depuis 1982 la convention taires du patrimoine, qu’il soit matériel ou immaté-
du patrimoine mondial de l’UNESCO pour la pro- riel, parce qu’ils constituent le lien entre le monde
tection des biens culturels et naturels, puis en avril des ancêtres et le monde des vivants (composé des
2008 la convention de 2003 de l’UNESCO sur la humains et des animaux). Dans les Grassfield, les
sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, on ob- peuples pratiquent avant tout le culte des ancêtres.
serve une absence de dispositions spécifiques dé- En termes de territoire, l’espace de vie du chef est le
finissant les types de patrimoines culturels à con- point focal où la vie culturelle foisonne.
server. Le premier inventaire général du patrimoine Le patrimoine culturel au Cameroun est encore
camerounais a été initié par le gouvernement en 2001 aujourd’hui constitué à 85 %, de ce que les ethno-
c'est-à-dire plus de 40 ans après son accession à la logues appellent « une collection dont le but est de
souveraineté internationale. Appuyé par la France, il
démarre dans les régions des Grassland (Ouest Came-
roun) et Fang-Béti (Sud Cameroun) et s’interrompt
brusquement en 2003. Cette action a été très peu
fructueuse. L’inventaire a ensuite été repris dans l’aire
culturelle soudano-sahélienne après la formation de
156 jeunes enquêteurs en 2006, mais l'opération
s’est soldée par un échec.

Malgré ce contexte politique difficile, la vitalité des


expressions artistiques et culturelles survit. « Avec
des bouts de ficelles et une passion à toute épreuve, des
artistes et opérateurs culturels inventent des solutions
pour surmonter les obstacles » (1). On assiste ainsi à
un développement des activités culturelles souvent
dans l’informel, ou avec l’appui de la diaspora, des
ONG internationales ou des organismes de coopéra- L'entrée traditionnelle de la chefferie Bana
tion. « La Route des Chefferies » va se frayer un che- © PRDC

min de cette manière. D’abord lancée par la diaspora

la lettre de l’ocim 31
n°139, janvier-février 2012
faire connaître et comprendre la société, la nature,
l’histoire et la culture d’une unité de population défi-
nie par une identité linguistique et anthropologique
exprimée dans une communauté de traits matériels et
spirituels » (2). Autrement dit, cette culture vivante
continue de produire les supports entretenant sa vita-
lité. Les œuvres créées sont pour l’essentiel le reflet
de cette vie structurée de manière séculaire (organi-
sation sociale, religieuse, us et coutumes…), mettant
ainsi les artistes au service de la société qui elle-
même se réapproprie l’objet créé pour le transformer
en patrimoine communautaire.
Une sortie de la société secrète Kun'gang lors du festival
« Chepan » de la chefferie Bamendjou en avril 2009
Comme toute culture vivante, la culture Bamiléké évo- © PRDC

lue indéniablement avec les changements de société.


Pour ne pas voir leurs traditions s’éteindre, tout en s’a-
daptant à la modernisation, les chefs se trouvent alors le patrimoine, de sensibiliser et d’informer les popula-
confrontés à plusieurs paradoxes et doivent surmonter tions locales et les diasporas sur leurs origines cultu-
plusieurs difficultés. D’une part, ils constatent une dé- relles, de montrer que la protection du patrimoine
considération pour les valeurs culturelles locales et un n’est en rien un frein à la modernisation, de structurer
déracinement de la population principalement dus à les chefferies en matière de gestion et d’organisation,
l’exode rural. La culture est de moins en moins trans- et de développer les échanges et partenariats.
mise aux nouvelles générations qui préférent les biens C’est dans cette logique que s’inscrit et s’écrit le
de consommation modernes. D’autre part, il existe tou- Programme de « La Route des Chefferies » (PRDC).
jours une forme de pillage (qui ne porte pas son nom) Dynamique culturelle, touristique et économique, la
du patrimoine matériel. Par ailleurs, les chefferies tra- volonté est de réunir une grande variété de protago-
versent une crise caractérisée par une gestion désor- nistes avec comme actrices principales les chefferies tra-
donnée et souffrent d’une faiblesse institutionnelle, ditionnelles. L’originalité du PRDC est de placer l’hom-
matérielle, financière et organisationnelle. Le croi- me au cœur de son identité culturelle dans un esprit
sement entre autorité traditionnelle et autorité admi- d’ouverture et de dialogue interculturel. Il propose ain-
nistrative constitue parfois une source de dysfonction- si des espaces d’interprétation proposant une lecture :
nement. Tous ces aspects sont développés dans l’ou- - des fondements de la cosmogonie et de la cosmo-
vrage Les chefferies Bamiléké dans l’enfer du modernis- logie des chefferies Bamiléké ;
me. Une chefferie de demain, écrit par Sylvain Djache - de l’art et de l’architecture des chefferies dans l’es-
Nzefa, architecte camerounais, qui dans une démar- pace et le temps ;
che d’ethnologue-sociologue sonne l’alarme en 1994 - des sociétés traditionnelles du Cameroun et
avec son diagnostic présentant les chefferies prises d’ailleurs ;
dans l’engrenage du « modernisme ». Des structures - de l’homme dans son environnement naturel.
« en décadence en ce qui concerne les aspects sociopo-
litiques, religieux, économiques… Elles traversent de- Le PRDC crée ainsi les outils nécessaires à la pré-
puis longtemps, ainsi que toute la société camerou- servation, la conservation, la restauration, la promo-
naise… une violente crise d’identité : il s’agit d’un véri- tion du patrimoine matériel et du patrimoine imma-
table chaos culturel » (3). Ce constat alarmant cons- tériel. Il mise également sur la valorisation du patri-
titue alors le détonateur d’une réflexion qui avait moine et l’aménagement culturel du territoire pour
pour but principal de donner aux chefferies leurs let- développer la région et la promouvoir sur le plan tou-
tres de noblesse sur tous les aspects de leurs patri- ristique. Les objectifs du PRDC sont multiples :
moines (matériel et immatériel). - sensibiliser la population camerounaise à ses
valeurs culturelles afin d’aboutir à une réappropria-
Un concept créé sur mesure tion de son patrimoine matériel et immatériel ;
- innover par la création d’un pôle culturel inédit en
Le diagnostic posé par Sylvain Djache Nzefa est au Afrique noire ;
cœur de la charte de « La Route des Chefferies » élabo- - mettre en place un programme de sécurisation et
rée en 2006. Il en ressort un besoin urgent d’inventorier d’inventaire du patrimoine ;

32 l a lettre de l’ocim
n°139, janvier-février 2012
La sauvegarde et la valorisation
du patrimoine culturel au Cameroun
- organiser un réseau pour une démarche concertée 20 novembre 2010. Édifice symboliquement fort dans
sur le territoire ; une région verdoyante aux patrimoines naturel et cul-
- répondre aux attentes de développement écono- turel particulièrement riches, le musée des Civi-
mique rural et urbain des populations afin d’améliorer lisations est implanté sur les bords du lac de Dschang
leurs conditions sociales (principalement par la créa- devenu un lieu authentique de loisirs et de culture
tion d’emplois). avec sa base nautique (2005), son terrain de beach
volley et son aire de jeu (2006), son centre artisanal
« La Route des Chefferies » repose sur une charte (2010) et prochainement un Jardin des Civilisations.
fondatrice plaçant les chefs traditionnels au cœur de Le musée des Civilisations (MDC) est une grande
la démarche. Par leur signature, ils marquent leur réalisation communautaire à vocation régionale, na-
engagement moral, culturel, identitaire à respecter tionale et universelle. Il constitue l’épicentre du con-
le concept, les objectifs et les principes généraux du cept de « La Route des Chefferies ».
programme. Signée en octobre 2006 par 25 chefs, la Après une présentation introductive du Cameroun au
charte « La Route des Chefferies » regroupe aujour- fil des siècles, le visiteur est invité à découvrir le peu-
d’hui plus d’une quarantaine de chefferies sur 106. ple camerounais dans son identité à la fois plurielle et
fusionnelle : les peuples de la forêt avec leur expres-
Après plusieurs années de travail, le PRDC rassem- sion totémique, les peuples de la mer avec la renais-
ble un ensemble d’actions, de structures et d’outils. sance du Ngondo – festival culturel et cultuel –, les
Tous les équipements réalisés s’adressent en premier peuples soudano-sahéliens avec leurs lamidats, chef-
lieu aux Camerounais, les jeunes, les familles, les étu- feries, sultanats et les peuples des Grassfield avec leurs
diants, chercheurs, universitaires et la diaspora reve- chefferies mystérieuses. Il se veut un centre d’inter-
nant au village durant les congés scolaires. prétation favorisant une approche intégrée du patri-
Bien entendu, les touristes constituent également une moine culturel permettant aux visiteurs, surtout les
cible principale. Bien que le Cameroun ne soit pas un communautés locales, de renouer avec leurs racines
pays où le tourisme international soit encore très déve- tout en abordant les cultures des autres régions. Cette
loppé, il bénéficie en revanche d’un important tourisme approche participe d’une tolérance culturelle, vecteur
d’affaire et d’un tourisme d’expatriés principalement important de la diversité des cultures. Le lieu offre
basés à Yaoundé (capitale administrative) et Douala (ca- aux visiteurs un espace de 1 200 m² se répartissant
pitale économique). Nous verrons plus loin que l’étude entre expositions permanente et temporaire, ateliers
de fréquentation réalisée à un an d’ouverture du mu- pédagogiques, boutiques, salle de conférences et bien-
sée des Civilisations montre que les objectifs fixés en tôt un centre de documentation.
termes de publics sont en passe d’être remplis.
Une architecture forte
Le musée des Civilisations, au cœur du L'architecture africaine contemporaine, signée par
Programme « La Route des Chefferies » l’architecte Sylvain Djache Nzefa, principal fonda-
teur de « La Route des Chefferies », est caractérisée
Le musée des Civilisations est un centre d’interprétation par la symphonie des symboles : araignée, buffle,
des civilisations du Cameroun ouvert au public depuis le éléphant, écritures.

L'entrée du musée des Civilisations La façade Est du musée, avec les écritures en plusieurs
© PRDC langues locales du Cameroun
© PRDC

la lettre de l’ocim 33
n°139, janvier-février 2012
Le musée des Civilisations, de par ses fonctions mul-
tiples, est détenteur d’histoire, de savoir, d’intelli-
gence, de connaissance. Dans le monde des vivants,
dans la cosmogonie Bamiléké, les hommes et les
animaux dialoguent, et ce dialogue va se faire aussi
dans la représentation. Chez les vivants, celui qui
possède la somme de toutes les expériences est le
vieux. Partout en Afrique noire, le vieux « était »
considéré comme le sage, le connaisseur, celui qui
« détenait » la vérité, par ses expériences multiples.
C’est sa connaissance qui est symbolisée à travers
l’araignée. Selon Pierre Harter : « L’araignée-mygale,
symbole de la connaissance, prend souvent la forme d’un
petit cercle simple ou double, doté de quatre pattes
croisées et non huit, ce qui permet de composer sur
certaines coiffures de masques ou certaines gravures de
L'organisation des sociétés du Nord Cameroun
cornes à libation, des sortes de filets à mailles losan-
dans l’espace consacré aux peuples soudano-sahélien
giques ou carrées ». L’araignée apparaît donc comme au musée des Civilisations.
l’élément central de l’architecture du musée des © PRDC

Civilisations : elle est ici prise comme un élément


architectonique qui rythme la façade.
La façade est traitée comme un masque à travers des et interdisciplinaire (histoire, archéologie, ethnogra-
moulures de couleur bleu. Il y a une volonté de mas- phie, sociologie, architecture et patrimoine…). Dyna-
quer ce qui se trouve derrière. N’oublions pas que mique et pédagogique, l’exposition a été conçue, dans
chez le négro-africain, les masques parlent ; le por- l’espace et dans le temps, de manière à pouvoir intégrer
teur est possédé par son masque. Ici, le porteur, c’est les événements d’actualité. Avec plus de 500 objets,
le musée. Le masque représentant l’araignée exprime le 1 500 illustrations, des espaces vidéo, la muséographie
contenu de ce bâtiment, c’est-à-dire la connaissance. intègre de manière importante les matériaux africains
Les masques de buffles et d’éléphants symbolisent la traditionnels travaillés dans une approche contempo-
force, la puissance, la grandeur et la richesse. Une raine par les artisans locaux (bambou vernis ou brûlé,
autre façade du musée est recouverte d’alphabets et écorce de bananier, écorce d’obom, cauris, perles,
du mot « bienvenue » écrit dans plusieurs langues et raphia, terre, noix de coco…).
dialectes parlés au Cameroun.
L’acte de bâtir ou de conceptualiser objets et habitat Le musée des Civilisations ne trouve pas sa justifica-
est considéré comme support de savoir et de com- tion dans l’existence d’une collection d’objets qui lui
préhension de l’autre. Il amène à revoir tout ce qui serait propre. Les pièces présentées viennent illustrer
se joue dans la constitution et les fondements des le discours choisi par les concepteurs et proviennent
différentes civilisations du Cameroun. Le visiteur pour l’essentiel des prêts et dépôts des chefferies.
est ainsi amené à s’interroger sur son identité cultu- Elles sont également constituées de copies d’objets
relle par une meilleure connaissance de soi, facili- emblématiques d’une aire culturelle, des commandes
tant ainsi le dialogue entre les civilisations. spécifiques passées auprès des artistes du terroir, voire
des acquisitions d’objets contemporains. Chacun de
Une muséologie africaine expérimentée ces objets a été choisi pour sa qualité pédagogique,
Le musée des Civilisations développe une expérience son authenticité et sa valeur culturelle.
muséographique africaine visant à mettre le public
au cœur de la démarche à travers des supports di- Les autres activités de sauvegarde
dactiques et des décors contextuels permettant ainsi et de valorisation du patrimoine
de s’immerger au cœur des cultures camerounaises.
Il ne s’agit pas tant de donner à voir mais bien de Les inventaires
créer une expérience de visite en provoquant sensa- Des inventaires du patrimoine culturel dans quatorze
tions et émotions. chefferies ont été réalisés entre 2007 et 2010. Une
Réalisé par une équipe franco-camerounaise, le contenu troisième phase doit démarrer début 2012. Cette acti-
de l’exposition s’appuie sur une démarche scientifique vité bénéficie d’une forte mobilisation des enseignants

34 l a lettre de l’ocim
n°139, janvier-février 2012
La sauvegarde et la valorisation
du patrimoine culturel au Cameroun
et des étudiants de l’université de Dschang pour les Chaque case patrimoniale développe une théma-
travaux sur le terrain. Il s’agit ici de l’inventaire du pa- tique qui lui est propre en relation avec l’histoire ou
trimoine matériel (objets, architecture) et immatériel l’originalité de la chefferie ou simplement un thème
(danses et rites) de ces chefferies. Une monographie cher au chef. C’est ainsi que les sujets tels que le
répertoriant l’histoire de la chefferie, les lieux sacrés et phénomène des esclavages (coutumier et négrier), le
les sites touristiques complète ce travail. rôle de la forge, l’art de la chasse et les arts tradi-
tionnels et contemporains ont été traités. De nou-
Les cases patrimoniales velles thématiques comme l’homme et ses rapports
Après les inventaires arrive la phase de conservation avec la nature et son environnement sont à l’étude.
et de diffusion du patrimoine. Pour cela, le PRDC a Chaque thème est défini par le chef qui doit par
entrepris la mise en place ou le réaménagement des conséquent constituer un comité scientifique spé-
musées communautaires au sein des chefferies la- cialisé sur la thématique développée, et identifier le
bellisés « cases patrimoniales ». Ces musées sont personnel qui travaillera au quotidien dans son mu-
établis à la demande du chef marquée par sa forte sée. Le PRDC, en dehors de son apport scientifique
implication et celle de sa communauté. En effet, le complémentaire aux travaux réunis par la chefferie,
bâtiment est à la charge de la chefferie. Une fois le apporte son expertise en termes de conception et réa-
projet défini en concertation avec le PRDC qui peut lisation muséographiques ainsi que dans le domaine
apporter une expertise en architecture et suivi des de la formation du personnel. Il soutient également
travaux, les financements sont ensuite recherchés pour le fonctionnement du musée pendant une période
la construction ou la réhabilitation d’un bâtiment exis- déterminée. Quatre cases patrimoniales sont ainsi ou-
tant. Les chefs mobilisent ainsi différents partenaires vertes au public dans les chefferies de Bamendjinda,
dont les élites de leur communauté réunies en comité Bandjoun, Bamendjou et Bangoua.
de développement ; elles contribuent ainsi à la prise en
charge de certains postes de dépenses liés à la mise en Les formations professionnelles
œuvre de la case patrimoniale. Dans le but de professionnaliser le fonctionnement
de toutes ces nouvelles structures, le PRDC a initié
une série de formations des acteurs locaux dont les
chefs traditionnels, dans les domaines de la gestion
de musée, l’accueil des publics, la conservation pré-
ventive et la médiation culturelle. Cette mise à ni-
veau des compétences des acteurs locaux contribue
efficacement à leur implication dans la cause d’une
valorisation « équitable » de leur patrimoine. Les
quatre sessions de formation, d’une semaine en
moyenne, organisées en 2009 et 2010, ont toutes
bénéficié de l’expertise de l’École du Patrimoine Afri-
cain de Porto-Novo au Bénin qui a dépêché chaque
fois une équipe de spécialistes sur les questions
abordées.

La médiation culturelle
L’équipe du PRDC développe, depuis 2008 avant
l’ouverture même du musée des Civilisations, un
ensemble d’activités de médiation culturelle orien-
tées vers le public scolaire. Ces actions visent à
développer le binôme « musée-école » et à accom-
pagner le système pédagogique à stimuler de nou-
veaux types d’apprentissages. Depuis l’ouverture du
musée des Civilisations, de nouvelles activités sont
mises en place pour les scolaires et les étudiants.
Par ailleurs, le PRDC a mis en place des expositions
Le dépliant thématique de la case patrimoniale
temporaires et organisé des conférences en partena-
de Bamendjinda riat avec sa voisine l’Alliance franco-camerounaise

la lettre de l’ocim 35
n°139, janvier-février 2012
construit sur le site du musée des Civilisations. Il
constitue un espace d’exposition pour la valorisation
des savoir-faire artisanaux camerounais. Réparties en 8
boukarous de 16 m², ces cases sont organisées par
corps de métiers artisanaux (vannerie, poterie, sculp-
ture sur bois, textile, agro-alimentaire…) en plus de la
boutique du musée qui propose des produits dérivés
du musée des Civilisations et de « La Route des
Chefferies » en général. Le centre artisanal possède
également une cour centrale dallée, de 112 m², pou-
vant accueillir des foires et expositions temporaires.
Dans la phase 2, un bâtiment central viendra com-
pléter cette réalisation. Au sein des cases patrimoniales,
Une séance pédagogique avec une classe de collège
des espaces de vente sont également prévus.
au musée des Civilisations
© PRDC Toujours à l’initiative des chefs, des cases d’hôtes, loge-
ments originaux, sont initiées au sein des chefferies.
C’est une forme d’hébergement qui permet de capita-
de Dschang. Il vient également en appui des cases liser le tourisme solidaire de plus en plus pratiqué par
patrimoniales qui développent chacune un program- les touristes et valorisé par « La Route des Chefferies ».
me d’activités pédagogiques et culturelles (parcours Ce dispositif, en plus de créer une nouvelle source de
jeune dans les expositions, ateliers de vannerie, de revenus pour les chefferies, favorise la proximité avec
perlage des objets ou de tressage du bambou…). les populations et la découverte culturelle.

Et pour la pérennité… Au-delà de tous ces espaces, des outils ont été mis sur
pied pour vendre la destination Ouest du Cameroun à
Dans le but d’assurer la pérennité des équipements du travers le circuit « La Route des Chefferies ». Il s’agit
PRDC et à long terme son autonomie financière, de notamment d’un plan-guide culturel, réédité à 10 000
valoriser les savoir-faire des communautés et partici- exemplaires, qui comprend un fond de carte routière
per à l’amélioration de leur bien-être, le PRDC a déve- de l’Ouest, une présentation globale des us et coutu-
loppé un modèle économique composé d’un ensemble mes caractéristiques des Grassfield, des zooms sur cer-
d’outils. Ceux-ci sont investis au sein du circuit « La taines chefferies traditionnelles, des principaux sites
Route des Chefferies », qui devient ainsi un produit naturels d’intérêt touristique, des photographies de quel-
touristique. Dans ce volet, un centre artisanal a été ques rois, de trônes, de sièges royaux et d’artefacts cul-
turels. C’est un outil qui autant que les supports de
communication (dépliants réalisés à 5 000 exemplai-
res pour chaque case patrimoniale et 10 000 exem-
plaires pour le musée des Civilisations), contribue à
communiquer sur « La Route des Chefferies » au-
delà de la région de l’Ouest et devient un dispositif
indispensable pour les voyageurs, les étudiants, les
professionnels du patrimoine et les Camerounais d’une
manière générale. Le PRDC est également doté d’un
site Internet, plateforme incontournable pour une
meilleure valorisation de ses activités et réalisations :
www.routedeschefferies.com.

Du dialogue Nord/Sud
à la coopération Sud/Sud
La décoration de la cour du palais royal
À travers ses années d’expérience et les obstacles sur-
de la chefferie Bafoussam
© PRDC montés, le PRDC a su mettre en place une méthodo-
logie adaptée reposant sur plusieurs principes que sont :

36 l a lettre de l’ocim
n°139, janvier-février 2012
La sauvegarde et la valorisation
du patrimoine culturel au Cameroun
Un pôle de conservation

Rattaché au musée des Civilisations, le pôle de con- installation d’étagères pour éviter la pose d’objets au
servation intervient auprès de toutes les cases patri- sol, dépoussiérage régulier… ;
moniales de « La Route des Chefferies ». Les moyens - la mise à jour des inventaires et la poursuite de la
ne permettent pas aujourd’hui de mettre en place recherche documentaire ;
une réelle politique de conservation préventive et - le suivi et l’accompagnement régulier des équipes
encore moins de restauration. Cependant, un mini- dans leur travail.
mum de procédures est défini afin que de bonnes La directrice adjointe du musée des Civilisations en
pratiques puissent être respectées au quotidien. charge de la conservation vient d’effectuer un stage au
Notons par exemple : musée du Quai Branly où elle a pu étudier la problé-
- le traitement des objets en bois présentés dans les matique de la conservation préventive des objets au
expositions et en réserves avec une fiche de suivi Cameroun et l’archivage des documents. Une stratégie
pour chaque objet ; va être élaborée et permettra, nous l’espérons, de lever
- l’aménagement de salles de réserves en tentant de les fonds pour passer à la phase concrète.
réunir un minimum de conditions favorables : obtu- Un centre de documentation est également à l’étude
ration des fenêtres lorsque celles-ci n’ont que des et devrait être aménagé dans le courant de l’année
grilles par exemple, colmatage des fuites d’eau, 2012.

- la concertation entre les acteurs pour renforcer le anthropologie). Le PRDC compte ainsi une centaine
dialogue et la pertinence de l’intervention du pro- de personnes avec une grande représentativité des fem-
gramme visant à enclencher une dynamique durable mes aux postes à responsabilité, soit 54 % du nombre
de maîtrise locale du développement ; total de responsables.
- le renforcement des capacités et la structuration Sur le plan des réseaux culturels et scientifiques, des
des acteurs locaux à travers les formations et accom- partenariats sont également développés. Des coopéra-
pagnements personnalisés ; tions et échanges s’établissent ainsi avec l’université
- l’accompagnement des logiques Sud/Sud et Sud/ de Dschang, la formation Sciences du Patrimoine de
Nord à travers le partage d’expériences entre les l’Institut supérieur du Sahel de l’université de Maroua
acteurs sur les problématiques développées ; au Cameroun, l’École du Patrimoine Africain au Bénin
- la capitalisation des informations, des relevés et de et le musée du Quai Branly en France.
la connaissance scientifique culturelle. Le PRDC vise
à jouer un rôle déterminant dans le développement de
nouvelles approches et de plaidoyers de la culture ca-
merounaise en particulier et africaine en général.

Un comité de pilotage se tient une fois par an et


réunit les chefs signataires de la charte, les struc-
tures porteuses du PRDC et des intervenants exté-
rieurs tels que les préfets et municipalités où sont
implantées les structures du PRDC et les adminis-
trations déconcentrées de l’État (Culture, Tourisme
et Artisanat).

Une autre particularité du PRDC réside dans ses


ressources humaines. L’équipe constituée est pluri-
disciplinaire et internationale et réunit des exper-
tises variées en conservation, architecture, médiation
culturelle, valorisation du patrimoine, management Une séance de traitement des objets par les étudiants de
de la culture, communication, mécénat, tourisme cul- l'université de Dschang avant installation dans
l'exposition du musée des Civilisations
turel, aménagement du territoire, sans compter les cher- © PRDC
cheurs et scientifiques issus des sciences humaines (his-
toire, géographie, archéologie, sociologie, ethnologie,

la lettre de l’ocim 37
n°139, janvier-février 2012
Des difficultés aux premiers résultats
très encourageants

Un grand nombre de partenaires ont cru dans le pro-


jet et ont apporté leur contribution financière et tech-
nique (4). Mais pour en arriver à cet état de réalisation,
il a bien fallu surmonter un certain nombre d’épreuves
tant au Cameroun qu’en France. Initialement nous
avions du mal à être pris au sérieux par certains
interlocuteurs du Nord. Le projet était trop ambi-
tieux, pour un pays en voie de développement où la
culture n’était pas prioritaire. Le projet ne relevait ni
de la solidarité internationale, ni de l’humanitaire et
pas complètement de la culture selon certains points
de vue. De plus, nous défendions l’idée d’un projet
de développement avec un des objectifs qui était de La reconstitution d'une case obus et d'un grenier mafa
générer des ressources pour les populations locales à du Nord Cameroun au musée des Civilisations
© PRDC
travers la valorisation du patrimoine et le développe-
ment touristique. Intégrer la dimension économique
dans un projet de développement, porté par la socié-
té civile dont la diaspora camerounaise réunie au sein institution muséale avec du personnel formé qui ne
d’une association, était inconcevable pour certaines peut être gérée comme la chefferie. Les questionne-
personnes du Nord. ments portent aujourd’hui sur la fonction et la place du
Ce statut associatif nous a aussi valu de ne pas être chef dans son musée sans compter les difficultés liées
considérés comme des professionnels, notamment des au fonctionnement quotidien des cases patrimoniales.
musées, car ne relevant pas de la fonction publique
entre autres. Nous n’avions rien d’académique et en Mais les résultats des premières activités sont très
plus nous venions bousculer un fonctionnement et encourageants. En termes de fréquentation du mu-
une certaine approche de la coopération internatio- sée des Civilisations, les statistiques de la première
nale ! Il faut aussi souligner que le PRDC piloté par année sont très positives. Lors du week-end d’ouver-
la diaspora a bousculé des habitudes classiques des ture, organisé en parallèle d’une grande cérémonie
coopérations bilatérales et décentralisées pourtant traditionnelle à la chefferie Foto voisine du musée,
préconisées dans de nombreux programmes de 2 200 visiteurs ont été enregistrés. L’entrée était gra-
coopération mais peu mis en pratique. tuite. De fin novembre 2010 à novembre 2011, le
musée a comptabilisé 8 520 visiteurs, dont 93,50 %
Au Cameroun, le temps de la sensibilisation, de l’ex- de visites payantes et 95 % de visiteurs nationaux.
plication et de la discussion du concept du PRDC Sur la totalité des visiteurs, 5 899 jeunes (élèves, étu-
avec les chefs, leur communauté et la diaspora a été diants, touristes) ont visité le musée dont 96 % dans
très long, mais n’a pas rencontré de difficultés parti- le cadre d’une activité de médiation culturelle. Par
culières. Une fois compris, les chefs ont très vite ailleurs, une politique tarifaire très détaillée en fonc-
adhéré au projet, le PRDC constituant une des ré- tion des différents publics cibles est pratiquée. L’ob-
ponses aux nombreux problèmes rencontrés par l’ins- jectif est de permettre au plus grand nombre de pou-
titution de la chefferie. La complexité de la mise en voir visiter le musée.
œuvre du projet a davantage résidé dans le contexte Concernant l’objectif de sensibiliser les populations
sociopolitique ne facilitant pas les choses. à leur histoire et identité culturelle, le pari semble
Outre le manque de moyens financiers, nous avons également gagné au vu des témoignages inscrits dans
aussi eu à faire face aux différences de temporalités : le livre d’or. Beaucoup parlent de fierté nationale.
la question du temps du projet n’est pas la même au Les visiteurs ne se sentent plus orphelins culturelle-
Sud qu’au Nord. Nous œuvrons bien entendu pour ment, ils sont impressionnés par l’ampleur des pro-
l’autonomie des acteurs et leur appropriation des pos et exhortent à poursuivre l’initiative afin de ré-
activités, mais la difficulté réside davantage dans la concilier les générations. Le PRDC prouve ainsi que
méthodologie et l’organisation du travail. Le rôle des la protection du patrimoine n’est pas un frein à la
chefs aussi évolue, ils se retrouvent à la tête d’une modernisation.

38 l a lettre de l’ocim
n°139, janvier-février 2012
La sauvegarde et la valorisation
du patrimoine culturel au Cameroun
Ce succès manifeste attire de plus en plus l’intérêt (2) Somé R. et Weiss, G. La collection ethnographique de l’université de
des pouvoirs publics camerounais. Depuis quelques Strasbourg, la Lettre de l’OCIM, n°134, mars-avril 2011, pp. 5-13.
mois en effet, les hauts responsables de l’État (mi- (3) Djache Nzefa, S. Les chefferies Bamiléké dans l’enfer du modernisme…
nistre du Tourisme, de la Jeunesse, de l’Ensei- Une chefferie de demain… Couëron-France, 1994.
gnement supérieur et des Sports, gouverneur de la (4) Les partenaires du PRDC entre 2006 et 2011 sont : les villes de
région, préfet du département, recteurs des univer- Nantes et de Dschang bénéficiant du contrat de plan État français -
sités du Cameroun…) effectuent des visites au sein Conseil régional des Pays de la Loire ; de l’Union européenne ; de l’École
du PRDC. du Patrimoine Africain du Bénin ; du ministère du Tourisme du Ca-
meroun ; des mécènes et donateurs français et camerounais réunis au
Et la suite ? sein de l’Association des Amis du musée des Civilisations ; et prochaine-
ment par le Programme de Compétitivité des Filières de Croissance dans le
Le PRDC tire son originalité de la diversité des cadre du prêt accordé par la Banque mondiale au Gouvernement camerounais.
acteurs qui le composent, de son système de fonc-
tionnement et surtout de la grande implication des Bibliographie
communautés locales ; un succès qui réussit à émer-
ger dans un contexte politique pourtant très com- Djache Nzefa S. Les chefferies Bamiléké dans l’enfer du modernisme… Une
plexe. Force est de croire que ce nouveau né dans le chefferie de demain… Couëron-France, 1994.
paysage patrimonial et touristique mondial, est le
nouveau souffle dont a besoin le Cameroun pour Fagg, W. Sculptures africaines. Les univers artistiques des tribus d’Afrique
émerger dans son secteur culturel et touristique. Il noire. Paris : Fernand Hazan éditeur, 1965.
devient sur le plan national et même international
un chantier source de propositions pour le dévelop- Felgine, O. Marché de l’art au bonheur des collectionneurs, Jeune Afrique
pement culturel des pays africains en général. Économie, 1991, n°147.

La phase 2 de « La Route des Chefferies » qui cou- Marchal, H. et Perrois, L. Les rois sculpteurs : art et pouvoir dans le grass-
vrira la période 2012-2015 prévoit : land camerounais : legs Pierre Harter. Musée national des arts africains et
- la finalisation du Jardin des Civilisations, la poursuite océaniens, Réunion des musées nationaux, 1993.
de l’inventaire du patrimoine immatériel et matériel,
le développement de la conservation préventive, la Meauze, P. L’art nègre. Paris : Hachette, 1967.
réalisation de nouveaux musées communautaires et
de cases d’hôtes, des éditions sur le patrimoine ; Mefe, T. Cameroun : la culture sacrifiée, Africultures, n°60, juillet-sep-
- la création de l’Agence de développement touris- tembre 2004, L’Harmattan.
tique de « La Route des Chefferies », avec comme
vocation principale d’être un levier pour la promo- Notué, J.-P. Batcham, Sculptures du Cameroun. Marseille : Musée de
tion et le développement touristique et économique Marseille/Réunion des Musées Nationaux, 1993.
du territoire. Elle structurera le secteur en accom-
pagnant les projets d’intérêt touristique et en met- Réinventer les musées, Africultures, n°70, juin 2007, L’Harmattan.
tant en œuvre une démarche qualité sur le label « La
Route des Chefferies » ; Taboué Nouayé, A.-F. Les artistes de Bandjoun, in Notué, J.-P. et Triaca,
- la mise en place du programme africain Infopa- B. Bandjoun trésors royaux au Cameroun. Milan : 5 Continents Éditions,
trimoine, prévoyant entre autres la numérisation du 2005, pp. 99-121.
patrimoine, déjà partagé dans son concept par le Con-
seil Africain des Musées (AFRICOM), les profes- Taffin, D. Du musée colonial au musée des cultures du monde, actes du
sionnels du Bénin, du Mali, du Burkina-Faso, du colloque organisé par le musée national des Arts d'Afrique et d'Océanie
Cameroun ; et le Centre Georges-Pompidou, 3-6 juin 1998, Maisonneuve & Larose,
- l’inscription du programme sur la liste indicative du 2000.
patrimoine mondial de l’UNESCO.

Notes

(1) Mefe, T. Cameroun : la culture sacrifiée, Africultures, n°60, juillet-


septembre 2004, p. 15

la lettre de l’ocim 39
n°139, janvier-février 2012

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