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Harvey - CDC - 06-18-03165 C.C. Décision Sur Culpabilité

Décision du Conseil de discipline du Barreau du Québec contre Me Stéphane Harvey, rendue le 7 avril dernier, 213 pages.

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Harvey - CDC - 06-18-03165 C.C. Décision Sur Culpabilité

Décision du Conseil de discipline du Barreau du Québec contre Me Stéphane Harvey, rendue le 7 avril dernier, 213 pages.

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CONSEIL DE DISCIPLINE

BARREAU DU QUÉBEC
CANADA
PROVINCE DE QUÉBEC

N° : 06-18-03165

DATE : 7 avril 2022


______________________________________________________________________

LE CONSEIL : Me MAURICE CLOUTIER Président


Me AWATIF LAKHDAR Membre
Me RAYMOND-MATHIEU SIMARD Membre
______________________________________________________________________

Me NATHALIE LAVOIE, en sa qualité de syndique ad hoc du Barreau du Québec


Plaignante
c.
Me STÉPHANE HARVEY (189082-4)
Intimé
______________________________________________________________________

DÉCISION SUR CULPABILITÉ


______________________________________________________________________

CONFORMÉMENT À L’ARTICLE 142 DU CODE DES PROFESSIONS, LE CONSEIL


DE DISCIPLINE A PRONONCÉ UNE ORDONNANCE DE NON-DIVULGATION, DE
NON-PUBLICATION ET DE NON-DIFFUSION DE L’IDENTITÉ DES CLIENTS DONT
IL EST QUESTION DANS LA PLAINTE AINSI QUE DE TOUT RENSEIGNEMENT
PERMETTANT DE LES IDENTIFIER, ET CE, POUR ASSURER LE RESPECT DU
SECRET PROFESSIONNEL ET LA PROTECTION DE LEUR VIE PRIVÉE.
CONFORMÉMENT À L’ARTICLE 142 DU CODE DES PROFESSIONS, LE CONSEIL
DE DISCIPLINE A PRONONCÉ UNE ORDONNANCE DE HUIS CLOS QUANT À LA
RÉPONSE FOURNIE PAR LE TÉMOIN JD RELATIVEMENT À DES QUESTIONS
D’ORDRE FINANCIER POUR LESQUELLES CE DERNIER INVOQUE DES
ENGAGEMENTS DE CONFIDENTIALITÉ ET DES CONVENTIONS SOUS ÉCROU.
06-18-03165 PAGE 2

APERÇU

[1] Selon la plaignante, l’intimé a retiré des sommes en excédant de l’argent détenu

en fidéicommis pour quatre clients (chef 1) et effectué le paiement de sa cotisation

annuelle au Barreau à partir d’un tel compte (chef 7). Il aurait fait défaut de demander et

d’accepter des honoraires justes et raisonnables pour le compte de son client AS (chef 2).

[2] Dans le cadre de l’exécution du mandat confié par son client AS, l’intimé se serait

approprié des sommes détenues dans le compte en fidéicommis (chefs 3 à 6), n’aurait

pas rendu compte de la gestion des sommes ainsi confiées (chef 9), se serait placé en

conflit d’intérêts et aurait manqué de modération en lui signifiant une mise en demeure

après avoir déposé une demande d’enquête (chef 10). Puis, il l’aurait intimidé en intentant

une demande en justice en dommages-intérêts en guise de représailles vis-à-vis sa

demande d’enquête (chef 12). L’intimé aurait contrefait ou fait contrefaire les paraphes

de ce client sur une lettre accompagnant une facture que la plaignante considère factice

(chef 11). Enfin, l’intimé aurait entravé le travail de la plaignante et d’autres représentants

du bureau du syndic ainsi que celui d’un inspecteur (chef 8).

[3] Le 22 juin 2021, la plaignante demande l’autorisation de modifier le chef 8 de la

plainte disciplinaire par le retrait du mot « notamment ». L’intimé ne s’oppose pas. Le

Conseil autorise la modification de la plainte1.

1 Article 145 du Code des professions, RLRQ, c. C-26.


06-18-03165 PAGE 3

[4] Le 15 février 2022, la plaignante demande l’autorisation de modifier à nouveau le

chef 1 de façon à omettre la mention « #F- » avant les numéros des clients 05140, 07120,

10418 et 13112, ce à quoi l’intimé ne s’oppose pas. Le Conseil autorise cette modification.

[5] L’intimé enregistre un plaidoyer de non-culpabilité sous chacun des chefs de la

plainte modifiée. Outre les moyens de défense qu’il invoque sous chacun des chefs de

cette plainte, il conteste la nomination de la plaignante puis présente une requête

remodifiée en arrêt des procédures de type Babos et en délais déraisonnables.

HISTORIQUE DU DOSSIER

[6] Le 12 novembre 2018, la plaignante dépose au greffe du Conseil une plainte à

l’encontre de l’intimé.

[7] Par la suite, le Conseil a rendu des décisions relatives aux diverses requêtes

préliminaires présentées : une requête en précision et en complément de divulgation de

preuve2, une demande en rejet de plainte abusive ou manifestement mal fondée 3, une

demande en arrêt des procédures4, une demande d’ordonnance de protection5, une

demande visant à faire déclarer irrecevable la requête re-remodifiée de l’intimé en

déclaration d’inhabilité de la plaignante et de la mise en cause modifiée 6, une demande

2 Barreau du Québec (syndique ad hoc) c. Harvey, 2019 QCCDBQ 99.


3 Barreau du Québec (syndique ad hoc) c. Harvey, 2020 QCCDBQ 9 et Barreau du Québec (syndique
ad hoc) c. Harvey, 2020 QCCDBQ 10, (Pourvoi en contrôle judiciaire rejeté : Harvey c. Conseil de
discipline du Barreau du Québec, 2020 QCCS 2827), (Requête modifiée pour permission d’en appeler
à la Cour d’appel rejetée : Harvey c. Conseil de discipline du Barreau du Québec, 2020 QCCA 1750).
4 Barreau du Québec (syndique ad hoc) c. Harvey, 2020 QCCDBQ 45.
5 Barreau du Québec (syndique ad hoc) c. Harvey, 2020 QCCDBQ 63.
6 Barreau du Québec (syndique adjointe) c. Harvey, 2021 QCCDBQ 3.
06-18-03165 PAGE 4

en scission d’instance modifiée7 et une demande en cassation et annulation d’une citation

à comparaître duces tecum8.

[8] Le 26 février 2021, la Cour supérieure rejette une demande de l’intimé visant à

obtenir la suspension des dossiers disciplinaires9. Le 10 juin 2021, elle accueille des

demandes de la plaignante et du bureau d’avocats BCF (ci-après BCF) en rejet de la

demande introductive d’instance remodifiée et déclare cette demande dilatoire, mal

fondée et abusive. Dans sa demande introductive d’instance remodifiée, l’intimé

demandait de suspendre le présent dossier jusqu’à ce que la question d’inhabileté de ces

derniers soit décidée10. Le 21 juin 2021, la Cour d’appel rejette la requête de l’intimé pour

permission d’en appeler du jugement de la Cour supérieure11.

[9] Soulignons que les auditions tenues entre la mi-septembre et la mi-décembre 2021

sont espacées en raison d’un billet médical produit par l’intimé selon lequel il doit « éviter

la présence au tribunal deux journées consécutifs (virtuel et présentiel) » (sic).

[10] Le 17 janvier 2022, l’intimé produit un nouveau billet médical du même médecin

pour une audience prévue le lendemain. Il fait état de symptômes à la suite d’un « test

covid + » et recommande « aucune audition sauf si courte durée ad. 25 janvier 2022 (max

30-60 minutes) ». Le 18 janvier 2022, l’intimé s’est dit incapable de continuer l’audition,

d’où une suspension à cette date. L’audition s’est poursuivie en février 2022.

7 Barreau du Québec (syndique adjointe) c. Harvey, 2021 QCCDBQ 10.


8 Barreau du Québec (syndique adjointe) c. Harvey, 2021 QCCDBQ 71.
9 Harvey c. Barreau du Québec (syndique ad hoc), 200-17-032040-214 (C.S.), 26 février 2021
(Honorable Jacques Blanchard).
10 Harvey c. Lavoie, 2021 QCCS 2364.
11 Harvey c. Lavoie, 2021 QCCA 1024.
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QUESTIONS EN LITIGE

QUESTION 1

[11] La plaignante a-t-elle été valablement nommée à titre de syndique ad hoc?

[12] Le Conseil rejette ce moyen de contestation. L’intimé n’a pas démontré que la

plaignante n’a pas été valablement nommée à titre de syndique ad hoc.

QUESTION 2

[13] La plaignante s’est-elle déchargée de son fardeau de prouver que l’intimé a

contrevenu aux dispositions de rattachement invoquées sous les chefs de la plainte

remodifiée?

[14] Le Conseil juge que la plaignante s’est déchargée de son fardeau de prouver que

l’intimé a contrevenu aux dispositions invoquées :

• Au chef 1 de la plainte disciplinaire relativement à la carte client 13112, sauf à

l’égard de l’article 3.06 du Règlement sur la comptabilité et les comptes en

fidéicommis des avocats (RRQ 1981, c. B-1) pour lequel il est acquitté;

• Aux chefs 3 à 12 de la plainte disciplinaire, sauf à l’égard de l’article 59.1.1 du

chef 11 de la plainte disciplinaire.

[15] L’intimé est acquitté d’avoir contrevenu aux dispositions invoquées sous le chef 1

dans le cas des clients 05140, 07120 et 10418 et à celles invoquées sous le chef 2 de la

plainte disciplinaire remodifiée.


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QUESTION 3

[16] La requête en arrêt des procédures de type Babos et en délais déraisonnables

remodifiée doit-elle être accueillie?

[17] Le Conseil rejette cette requête.

LA PLAINTE REMODIFIÉE

[18] La plainte remodifiée dont est saisi le Conseil se libelle comme suit :

Chef 1
À Québec, entre le 1er mai 2010 et le 31 janvier2015, a retiré à plusieurs
reprises de son compte en fidéicommis, des sommes excédant le total de
l'argent détenu dans ce compte en fidéicommis pour certains clients, (…05140,
…07120, …10418 et … 13112), créant ainsi des soldes déficitaires, le tout
contrairement aux dispositions des articles 3.06 du Règlement sur la
comptabilité et les comptes en fidéicommis des avocats, RRQ 1981, c B-1, r.3,
59 du Règlement sur la comptabilité et les normes d'exercice professionnel
des avocats, RLRQ c B-1, r. 5 et à 59.2 du Code des professions, RLRQ c.
C-26;
Chef 2
Le ou vers le 27 mai 2010 a fait défaut de demander et d'accepter des
honoraires justes et raisonnables dans le cadre de l'exécution d'un mandat
professionnel pour le compte de son client, AS, en facturant au taux
h o r a ir e de 250$ les services professionnels rendus par Me Fernand Moisan,
lesquels services lui avaient été facturés au taux de 125$/h le tout
contrairement aux articles 3.08.01 et 3.08.03 du Code de déontologie des
avocats, R.R.Q., 1981, c.B-1, r-1;
Chef 3
À Québec, le ou vers l e 30 juin 2 0 1 0 , s'est illégalement approprié un montant
de 2 437,25 $ à même des sommes détenues en fiducie au nom de son client,
A S, contrevenant ainsi aux dispositions de l'article 59.2 du Code des
professions;
Chef 4
À Québec, le ou vers le 2 août 2010 et le ou vers le 8 septembre 2010, s'est
illégalement approprié la somme de 6 500 $ à même des sommes détenues
en fiducie au nom de son client, AS, contrevenant ainsi aux dispositions de
l'article 59.2 du Code des professions, RLRQ c. C-26;
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Chef 5
À Québec, le ou vers le 13 septembre 2010, s'est illégalement approprié un
montant de 33 100 $ à même des sommes détenues en fidéicommis au nom
de son client, AS, contrevenant ainsi à l'article 59.2 du Code des professions,
RLRQ c. C-26;
Chef 6
À Québec, le ou vers le 2 février 2011, s’est illégalement approprié un montant
de 7 000 $ à même des sommes détenues en fiducie au nom de son client,
AS, contrevenant ainsi aux dispositions de l'article 59.2 du Code des
professions, RLRQ c. C-26;
Chef 7
À Québec, le vers le 8 avril 2011, et le vers le 3 octobre 2011, a retiré une
somme de son compte général en fidéicommis pour le paiement de sa
cotisation annuelle contrevenant ainsi à l’article 56 du Règlement sur la
comptabilité et les normes d'exercice professionnel des avocats RLRQ c B-1,
r 5 et à l'article 59.2 du Code des professions, RLRQ c. C-26;
Chef 8
À Québec, entre le ou vers le 2 février 2015 et janvier 2017, a entravé dans
leur enquête les représentants du bureau du syndic Pierre G. Guimont et
Nathalie Lavoie et l'inspecteur Nikolas Lefebvre et a tenté les tromper, […], en
leur remettant quatre factures d'honoraires professionnels simulées, datées du
29 juin 2010 (# 7353), au montant de 2 437.25 $, du 7 septembre 2010 (# 7367),
au montant de 6 500 $, du 10 septembre 2010 (#7377), au montant de 33 100 $,
laquelle portait en outre une initiale contrefaite de AS, et du 11 janvier 2011
(#7518), au montant de 7 000 $, toutes adressées à son client AS. mais qui,
dans les faits, n'avaient jamais été remises à ce dernier, contrevenant ainsi aux
dispositions des articles 122 et 114 du Code des professions, RLRQ c C-26;
Chef 9
À Québec, entre avril 2010 et le 6 novembre 2014, a fait défaut de rendre compte
de la gestion de l'argent qu'il lui avait été confié en fidéicommis par AS,
contrevenant ainsi aux dispositions de l'article 3.03.03 du Code de déontologie
des avocats, R.R.Q., 1981, c. B-1, r. 3;
Chef 10
À Québec, le ou vers le 6 novembre 2014, s'est placé en conflit d'intérêts et a
manqué de modération en faisant signifier une mise en demeure à AS, alors qu'il
était toujours son client et que ce dernier ne faisait que demander une reddition
de comptes, contrevenant ainsi aux dispositions des articles 2.00.01 et 3.06.06
du Code de déontologie des avocats RLRQ c. B-1, r 3;
06-18-03165 PAGE 8

Chef 11
À Québec, entre septembre 2010 et mai 2015, a porté atteinte à la dignité
de la profession en contrefaisant ou en faisant contrefaire les paraphes de AS
sur la lettre portant la date du 10 septembre 2010 accompagnant la facture
#7377; le tout contrevenant ainsi aux dispositions des articles 59.1.1 et 59.2 du
Code des professions, RLRQ c. C-26;
Chef 12
À Québec, le ou vers le 28 janvier 2016, dans le dossier de la Cour du Québec
portant le numéro 200-22-077639-169, a intimidé, exercé ou menacé d'exercer des
représailles contre AS, en intentant une demande en justice en dommages-intérêts
contre celui-ci en raison de la dénonciation, par ce dernier, de comportements
contraires au code de déontologie, contrevenant ainsi aux dispositions de l'article
136 du Code de déontologie des avocats, RLRQ c B-1, r 3. 1 et à l'article 59.2 du
Code des professions, RLRQ c. C-26
[Transcription textuelle]

CONTEXTE

[19] La plaignante fait entendre monsieur AS, la conjointe de ce dernier, M e Michel

Barakatt et madame Suzanne Laberge, inspectrice enquêtrice au Barreau du Québec. À

l’occasion de ces témoignages, la plaignante produit une preuve documentaire.

[20] Dans le cadre du chef 11 (contrefaçon), à la demande de la plaignante,

madame Yolande Gervais est reconnue experte en écriture. Celle-ci produit son

curriculum vitae et un rapport d’expertise12. Elle possède 30 années d’expérience à titre

d’experte en écriture auprès des tribunaux judiciaires et administratifs. Elle a été

reconnue à ce titre à près de 80 reprises.

12 Pièce P-20.
06-18-03165 PAGE 9

[21] L’intimé demande que madame Nada Gagné soit reconnue experte en écriture.

Celle-ci travaille à plein temps depuis environ 26 ans à titre de secrétaire médicale dans

des cliniques. Parallèlement, pendant sept ans, elle suit des cours de graphologie et

complète une spécialisation sur le trait graphologique en 2017 ainsi qu’une année de

formation sur l’expertise en écriture en 201813. Elle dit détenir un certificat de graphiste

agréé bien que celui-ci ne soit pas mentionné dans son curriculum vitae. Elle termine

actuellement un baccalauréat en toxicologie. Ses études sont un « hobby » selon elle,

son travail « c’est le secrétariat en chirurgie médicale ». Elle a effectué sept ou huit

analyses de signatures. Il s’agit de sa première expertise en matière de paraphes. Elle a

été reconnue experte en écriture à deux reprises devant la Cour du Québec.

[22] La plaignante conteste la qualité d’expert de madame Gagné. Le 24 août 2021, le

Conseil reconnaît madame Gagné comme experte en écriture. Son curriculum vitae et

son rapport sont produits14.

[23] Les différents aspects des témoignages de madame Yolande Gervais et de

madame Nada Gagné sont abordés dans le cadre de l’analyse du chef 11.

[24] Le 25 août 2021, le Conseil reconnaît monsieur Alain Turbide comme expert en

polygraphie15. La plaignante conteste le dépôt de son rapport. À la suite du voir-dire, le

Conseil le déclare inadmissible en preuve.

13 Pièce I-3 : Curriculum vitae de madame Gagné.


14 Pièces I-3 et I-4.
15 Pièce I-5 RA-59 : Curriculum vitae de monsieur Turbide.
06-18-03165 PAGE 10

[25] L’intimé fait entendre dans le cadre de sa demande en arrêt des procédures

madame Elizabeth Galant et Me Karim Fezzani, monsieur Daniel Morneau de même que

des clients dans le cadre de sa présentation de sa requête de type Babos : AP, BF, JD,

J-FD, YV, MB, FC, FL, R, VD et ER. Les témoignages de deux employées de BCF,

mesdames Josée Lévesque et Valérie Fiset, sont entendus de même que madame Sylvie

Roy et Me Guy Bilodeau, syndic du Barreau. Lors de l’instruction, les témoignages de

monsieur MP et de madame Annie Girard sont écartés, ceux-ci ne visant qu’à mettre en

preuve la véracité de leurs affirmations par du ouï-dire.

QUESTION 1 : La plaignante a-t-elle été valablement nommée à titre de syndique

ad hoc du Barreau du Québec dans le présent dossier?

Position de l’intimé

[26] Le 1er décembre 2015, l’intimé demande à la plaignante de lui fournir son acte de

nomination dans le présent dossier et dans le dossier 06-18-0317616. Il le reçoit en 2019,

à la suite d’un engagement pris par la plaignante devant le Conseil17. Toutefois, il réalise

ne pas avoir obtenu la « résolution de confirmation ». Il s’agit de celle qui approuve le

libellé final de la résolution de nomination.

16 Pièce I-5, RA-40.


17 Barreau du Québec (syndique ad hoc) c. Harvey, 2019 QCCDBQ 99, paragr. 136.
06-18-03165 PAGE 11

[27] Le 31 janvier 2020, le président du Conseil rejette une requête présentée par

l’intimé sous l’article 143.1 du Code des professions18 et décide qu’il revient à une

formation complète de se prononcer sur le bien-fondé du moyen qu’il soulève concernant

la validité de la nomination de la plaignante.

[28] Lors du témoignage du syndic du Barreau, Me Guy Bilodeau, l’intimé produit la

résolution désignant la plaignante pour agir à titre de syndique ad hoc dans les dossiers

2014-00199988-GUI et 2014-00199989-GUI19. L’intimé note que son nom n’est pas

mentionné dans cette résolution.

[29] Dans le cadre du témoignage de Me Bilodeau, l’intimé produit également le

« sommaire exécutif » remis au Conseil d’administration du Barreau20. Il s’agit d’un

document présenté lors de la nomination de la plaignante à titre de syndique ad hoc. Or,

le nom de l’intimé n’est pas davantage mentionné dans ce document.

[30] Selon l’intimé, la nomination de la plaignante est invalide au motif que son nom

n’apparaît pas dans la documentation présentée au Conseil d’administration du Barreau.

Or, argue-t-il, la Cour supérieure a indiqué au paragraphe 36 du jugement du 9 septembre

2020 que son nom doit apparaître dans cette documentation.

18 Barreau du Québec (syndique ad hoc) c. Harvey, 2020 QCCDBQ 10 (Demande de contrôle judiciaire
rejetée le 9 septembre 2020 : Harvey c. Conseil de discipline du Barreau du Québec, 2020 QCCS
2827; requête de l’intimé pour permission d’en appeler de ce jugement rejetée : Harvey c. Conseil de
discipline du Barreau du Québec, 2020 QCCA 1750).
19 Pièce I-5, RA-61.
20 Pièce I-5, RA-62.
06-18-03165 PAGE 12

Position de la plaignante

[31] Selon la plaignante, la documentation au dossier fait état de sa nomination.

Décision du Conseil

[32] L’intimé a le fardeau de démontrer que la plaignante n’est pas validement nommée

par le Conseil d’administration à titre de syndique ad hoc.

[33] Or, le 17 septembre 2015, lors de la trentième séance du Conseil d’administration

du Barreau du Québec, la résolution 2.1.3 « Nominations de syndique ad hoc (Bureau du

syndic) » prévoit que sur proposition dûment appuyée, il est résolu21 :

DE DÉSIGNER Me Nathalie Lavoie pour agir à titre de syndique ad hoc dans les
dossiers 2014-00199988-GUI et 2014-00199989-GUI confiés par le Syndic et que,
dans les limites du mandat confié, elle possède les pouvoirs du Syndic, y compris
à l’issue de l’enquête de déposer toute plainte disciplinaire qu’il pourrait juger
appropriée, le cas échéant.

[34] Le sommaire exécutif présenté au Conseil d’administration fait état de la

recommandation de nomination de la plaignante dans les deux dossiers mentionnés dans

la résolution reproduite ci-haut22. Les lettres GUI correspondent au nom du syndic adjoint,

Me Guimont, qui a ouvert ces dossiers.

[35] L’intimé ne conteste pas que les dossiers « GUI » mentionnés ci-haut

correspondent au présent dossier et au dossier 06-18-03176. Il invoque plutôt que le

« sommaire exécutif » aurait dû être plus explicite en mentionnant son nom.

21 Pièce I-5, RA-61.


22 Pièce I-5, RA-62.
06-18-03165 PAGE 13

[36] Cela ne change rien au fait que le Conseil d’administration du Barreau du Québec

a nommé la plaignante à titre de syndique ad hoc dans le présent dossier. Même si le

nom de l’intimé n’apparaît pas à la résolution adoptée par le Conseil d’administration cela

ne représente pas un obstacle. Au, contraire, comme le fait remarquer la Cour supérieure

dans son jugement du 9 septembre 202023, il est bien ainsi pour des motifs de

confidentialité.

[37] L’intimé n’a pas démontré que cette résolution nommant la plaignante est invalide.

En fait, le 18 juillet 2016, il demande au Conseil d’administration du Barreau du Québec,

sans succès, le remplacement de la plaignante à titre de syndique ad hoc dans un courriel

où il invoque l’article 85 du Code des professions24. Celle-ci demeure malgré tout

au dossier.

[38] L’intimé continue à invoquer l’affaire Adessky c. Avocats (Ordre professionnel

des)25. Ce faisant, il demeure sourd aux enseignements de la Cour supérieure dans le

jugement du 9 septembre 2020. Celle-ci rappelle que cette dernière affaire se distingue,

car seule une lettre de la syndique de l’Ordre nomme le syndic ad hoc. Ici, une résolution

du Conseil d’administration du Barreau du Québec nomme la plaignante.

[39] Vu ce qui précède, le Conseil rejette le moyen soulevé par l’intimé visant à faire

déclarer invalide la nomination de la plaignante à titre de syndique ad hoc.

23 Harvey c. Conseil de discipline du Barreau du Québec, 2020 QCCS 2827, paragr. 37.
24 Pièce I-5, RA-1, page 7 de 56.
25 2016 QCTP 139.
06-18-03165 PAGE 14

QUESTION 2 : La plaignante s’est-elle déchargée de son fardeau de prouver que

l’intimé a contrevenu aux dispositions de rattachement invoquées sous chacun

des chefs de la plainte remodifiée?

ANALYSE

i) Le fardeau de preuve

[40] La plaignante a le fardeau de la preuve et doit prouver par prépondérance les

éléments des infractions reprochées26. La Cour d’appel, dans l’arrêt Bisson c. Lapointe27,

rappelle ce qui suit quant au fardeau de la preuve :

[66] Il est bien établi que le fardeau de preuve en matière criminelle ne s’applique
pas en matière civile[43]. Il est tout aussi clair qu’il n’existe pas de fardeau
intermédiaire entre la preuve prépondérante et la preuve hors de tout doute
raisonnable, peu importe le « sérieux » de l’affaire. La Cour suprême du Canada,
dans l’arrêt F.H. c. McDougall, a explicitement rejeté les approches préconisant
une norme de preuve variable selon la gravité des allégations ou de leurs
conséquences[44].
[67] Cependant, la preuve doit toujours être claire et convaincante pour satisfaire
au critère de la prépondérance des probabilités. Comme démontré plus haut, le
Conseil avait bien à l’esprit cette norme et la proposition des juges majoritaires qui
soutient le contraire est, avec égards, injustifiée.
[68] Comme le rappelle la Cour suprême, « [a]ussi difficile que puisse être sa
tâche, le juge doit trancher. Lorsqu’un juge consciencieux ajoute foi à la thèse du
demandeur, il faut tenir pour acquis que la preuve était, à ses yeux, suffisamment
claire et convaincante pour conclure au respect du critère de la prépondérance
des probabilités ».[45]
__________
[43] Hanes c. Wawanesa Mutual Insurance Co., 1963 CanLII 1 (SCC), [1963] R.C.S. 154, repris dans
F.H. c. McDougall, [2008] 3 R.C.S. 41, paragr. 41.
[44] Supra, note 43, voir paragr. 45.
[45] Supra, note 43, voir paragr. 46.

26 Landry c. Guimont, 2013 QCCS 2004 (demande de permission d’en appeler rejetée : Landry c.
Guimont, 2014 QCCA 128; Dentistes (Ordre professionnel des) c. Harandian, 2021 QCTP 46, paragr.
78, 82 et 83; Laprise c. Travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec
(Ordre professionnel des), 2019 QCTP 96.
27 Bisson c. Lapointe, 2016 QCCA 1078 (demande d’autorisation d’appel à la Cour suprême rejetée,
26 janvier 2017, n° 37197). Voir également : F.H. c. McDougall, 2008 CSC 53, paragr. 46.
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[41] La Cour d’appel28 enseigne que les notions juridiques exposées dans l’arrêt Bisson

c. Lapointe constituent l’état du droit.

[42] Le Conseil doit considérer la preuve faite devant lui et décider si elle constitue la

preuve suffisante de l’infraction correspondant au lien de rattachement énoncé au

chef d’infraction29.

[43] Par ailleurs, le même fardeau de preuve s’applique tout autant aux faits qu’entend

mettre en preuve l’intimé30.

[44] La Cour d’appel a décidé que les éléments essentiels d’un chef de plainte

disciplinaire ne sont pas constitués par son libellé, mais par les dispositions de

rattachement qu’on lui reproche d’avoir violées31.

[45] Le Conseil détermine la culpabilité ou l’acquittement de l’intimé à l’égard de

chacune des dispositions de rattachement invoquées.

ii) La faute

[46] La faute professionnelle doit atteindre un niveau de gravité suffisant pour être

qualifiée de faute professionnelle :

28 Bichai c. Starra, 2017 QCCA 1530, paragr. 12.


29 Comptables professionnels agréés (Ordre des) c. Szaroz, 2018 QCTP 27, paragr. 23.
30 Vaillancourt c. Avocats (Ordre professionnel des), 2012 QCTP 126, paragr. 63.
31 Tremblay c. Dionne, 2006 QCCA 1441, paragr. 84; Cuggia c. Champagne, 2016 QCCA 1479.
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[43] Pour éviter un exercice de pondération arbitraire basé sur des facteurs
variables au gré des circonstances de chaque cas, la jurisprudence et la doctrine
préconisent de s'en remettre aux fondements mêmes de la déontologie
professionnelle, c'est-à-dire aux valeurs inspirées par l'éthique, la moralité, la
probité, l'honneur et la dignité nécessaires pour assurer la protection du public 32.

[47] Lorsque la norme est décrite dans le règlement, la moralité et l’éthique sont

nécessairement enfreintes en cas de manquement33.

[48] Il faut distinguer entre un comportement souhaitable et celui qui se situe en

dessous du comportement acceptable. Seul ce dernier peut constituer une

faute déontologique34.

[49] Le Conseil doit rechercher si le comportement visé par la plainte s’écarte

gravement de la conduite applicable35.

iii) Évaluation de la crédibilité des témoins

[50] En présence de témoignages contradictoires de témoins clés impliqués dans une

trame factuelle, il revient au Conseil d’évaluer leur crédibilité36. Ceci implique des efforts

de conciliation des différentes versions des faits qui ne relèvent pas de la

science exacte37.

32 Médecins (Ordre professionnel des) c. Bissonnette, 2019 QCTP 51, paragr. 43.
33 Médecins (Ordre professionnel des) c. Bissonnette, supra, note 32, paragr. 54.
34 Gruszczynski c. Avocats (Ordre professionnel des), 2016 QCTP 143, paragr. 11; Architectes (Ordre
professionnel des) c. Duval, 2003 QCTP 144, paragr. 11.
35 Médecins (Ordre professionnel des) c. Bissonnette, supra, note 32, paragr. 51.
36 Fortier c. Québec (Procureure générale), 2015 QCCA 1426, paragr. 74; Boulanger c. Développement
Impérial JJ inc., 2018 QCCA 1946, paragr. 14
37 R. c. Gagnon, 2006 CSC 17, paragr. 45; Bichai c. Starra, supra, note 28, paragr. 10.
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[51] Néanmoins, des critères ont été identifiés pour évaluer la crédibilité des témoins.

Ainsi, dans un arrêt phare, l’affaire Stoneham c. Ouellet38, la Cour suprême indique qu’il

y a lieu de tenir compte de l’ensemble de la preuve, le décideur devant être notamment

à l’affût des contradictions, des hésitations et des circonstances qui se dégagent de

l’ensemble de la preuve :

Dans une affaire civile où la règle est celle de la prépondérance de la preuve et


des probabilités, quand la partie témoigne et qu’elle n’est pas crue, il est possible
pour le juge du procès de considérer ces affirmations comme des dénégations et
ces dénégations comme des aveux, compte tenu des contradictions, des
hésitations, du temps que le témoin met à répondre, de sa mine, des preuves
circonstancielles et de l’ensemble de la preuve. Les réponses du témoin tendent
alors à établir le contraire de ce que le témoin voudrait que le juge croie.

[52] Après avoir vu et entendu les témoins, le Conseil peut tenir compte du langage

non verbal, rechercher les réticences et déterminer si un témoin est hésitant ou évasif39.

[53] Dans un litige concernant une réclamation faite à un assureur, la Cour du Québec

se réfère à l’arrêt Stoneham et énumère les critères suivants qui ne se veulent pas

exhaustifs40 :

[141] Les critères retenus par la jurisprudence pour jauger la crédibilité, sans
prétendre qu'ils sont exhaustifs, peuvent s'énoncer comme suit :
1. Les faits avancés par le témoin sont-ils en eux-mêmes improbables ou
déraisonnables?
2. Le témoin s'est-il contredit dans son propre témoignage ou est-il
contredit par d'autres témoins ou par des éléments de preuve matériels?
3. La crédibilité du témoin a-t-elle été attaquée par une preuve de
réputation?
4. Dans le cours de sa déposition devant le tribunal, le témoin a-t-il eu des
comportements ou attitudes qui tendent à le discréditer?

38 Stoneham et Tewkesbury c. Ouellet, 1979 CanLII 15, page 195.


39 Fortier c. Québec (Procureure générale), supra, note 36, paragr. 74.
40 Boulin c. Axa Assurances inc., 2009 QCCQ 7643.
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5. L'attitude et la conduite du témoin devant le tribunal et durant le procès


révèlent-elles des indices permettant de conclure qu'il ne dit pas la
vérité?
[142] Ces critères d'appréciation de la crédibilité peuvent prendre en compte non
seulement ce qui s'est dit devant le tribunal, mais aussi d'autres déclarations,
verbalisations ou gestes antérieurs du témoin.
[143] Ainsi, un témoin qui, en des moments différents relativement aux mêmes
faits, donne des versions différentes porte atteinte à la crédibilité de ce qu'il
avance.
[144] Dans l'évaluation de la crédibilité d'un témoin, il est important de considérer
sa faculté d'observation, sa mémoire et l'exactitude de ses déclarations.
[145] Il est également important de déterminer s'il tente honnêtement de dire la
vérité, s'il est sincère et franc ou au contraire s'il est partial, réticent ou évasif.[9]
[146] La crédibilité d'un témoin dépend aussi de sa connaissance des faits, de
son intelligence, de son désintéressement, de son intégrité, de sa sincérité.[10]
[147] La Cour suprême a souligné que dans une affaire civile où la règle est celle
de la prépondérance de la preuve et des probabilités, quand la partie témoigne et
qu'elle n'est pas crue, il est possible pour le juge qui procède de considérer ses
affirmations comme des négations, et ses dénégations comme des aveux, compte
tenu des contradictions, des hésitations, du temps que le témoin met à répondre,
de sa mine, des preuves circonstancielles et de l'ensemble de la preuve.[11]
[148] Dans son analyse, le Tribunal devra certes examiner les témoignages au
procès, mais aussi les interrogatoires hors cour et les déclarations antérieures.
[149] Il faudra vérifier si les versions sont concordantes, et si elles ne le sont pas
si des explications claires ont été données justifiant les divergences ou les
contradictions.
[150] La vérité se dit et s'énonce clairement. Certes il se peut que quelqu'un puisse
ne pas avoir toutes les factures ou à l'occasion avoir des trous de mémoire, mais
cela ne peut justifier de représenter comme vraies des choses complètement
inexactes.
[151] Les problèmes de récollection répétitifs et importants d'un témoin sur des
éléments cruciaux portent atteinte au moins quant à sa fiabilité. Un tel témoin
risque d'affirmer des choses comme avérées alors qu'il ne s'en souvient pas.
[152] Les contradictions entre diverses déclarations sur les mêmes faits portent
aussi atteinte à la crédibilité.
[Références omises]
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[54] Le Conseil doit appliquer les principes mentionnés plus haut, procéder à une revue

attentive des faits et à une analyse de la crédibilité des témoins afin de tirer des

conclusions déterminantes, tant sur l’appréciation de la preuve que sur l’évaluation de la

crédibilité des acteurs clés41.

iv) Analyse des chefs d’infraction

LE CHEF 1 (compte en fidéicommis- soldes déficitaires)

La preuve de la plaignante sous le chef 1 (compte en fidéicommis - soldes déficitaires)

Madame Suzanne Laberge

[55] Madame Laberge est inspectrice-enquêtrice au Barreau du Québec (le Barreau)

depuis 2001.

[56] Elle procède à un examen général de la comptabilité en fidéicommis du bureau

d’avocats où exerce l’intimé pendant la période visée par ce chef de la plainte remodifiée.

[57] Les informations demandées et obtenues dans le cadre de son enquête ont donné

lieu à un rapport daté du 19 avril 201842.

[58] Dans ce rapport, elle vérifie la comptabilité du compte en fidéicommis de l’intimé43.

Les cartes clients 05140, 07120, 10418 et 13112 sont déficitaires pour la période du

1er janvier 2010 au 31 janvier 2015. Elle fait état des soldes déficitaires dans chaque cas.

41 Helou c. Entreprises Louis Cayer inc. (Royal Lepage Dynastie), 2013 QCCA 1262, paragr. 35.
42 Pièce P-14.
43 Pièce P-8.
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[59] Contre-interrogée à ce sujet, madame Laberge confirme avoir procédé elle-même

à la reconstitution des cartes clients. En contre-preuve, elle confirme ne pas avoir posé

de questions à l’intimé ou à Me Barakatt.

Me Michel Barakatt

[60] Me Barakatt connaît l’intimé et déclare être son ami depuis 1986.

[61] En 2006, l’intimé s’installe dans son bureau d’avocats. Celui-ci devient ainsi son

seul autre associé et le demeure jusqu’en avril 2016.

[62] Le compte général en fidéicommis 100-704-6, ouvert le 24 août 2006, porte le nom

« Barakatt & Harvey en fidéicommis ». Ce compte est fermé le 9 février 201744.

[63] Me Barakatt explique avoir signé des chèques à la demande de son associé,

l’intimé. Il n’avait aucune raison de douter des demandes de ce dernier.

[64] Le 1er septembre 2017, il transmet un courriel à la plaignante dans lequel il écrit :

« Les dossiers pouvaient être ouverts dans ma cote client, mais desservis par mon
associé d’alors Me Harvey. C’était notre façon de procéder. J’ai confirmé
l’information ci-dessus avec Me Harvey avant de vous la transmettre »45.

[65] Or, les clients 05140, 07120, 10418 et 13112 sont identifiés comme des clients

desservis par l’intimé.

44 Pièce P-14, annexes 0003 et 0004.


45 Pièce P-9.
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[66] La carte client 07120 affiche un solde débiteur du 7 décembre 2010 au 25 janvier

2011, le solde étant déficitaire depuis qu’un chèque46 de 10 000 $ payable à Barakatt

Harvey est tiré malgré l’absence de fonds47.

[67] Selon lui, il s’agit d’une erreur. Le chèque transmis par l’avocat de l’autre partie en

règlement d’un dossier est déposé dans le compte de Barakatt Harvey au lieu du compte

du client48. Le tout a été corrigé 49 jours plus tard.

[68] Dans le cas de la carte client 0514049 et la carte client 1041850, Me Barakatt n’a

plus le dossier physique pour expliquer les déficits de 22 912,61 $ et de 107,53 $.

La preuve de l’intimé sous le chef 1 (compte en fidéicommis - soldes déficitaires)

L’intimé

[69] L’intimé reproche à la plaignante de ne pas avoir communiqué avec lui

relativement à ces soldes déficitaires.

[70] Me Barakatt s’occupait de la comptabilité et signait habituellement les chèques.

L’intimé agissait en cas de besoin, comme substitut signataire lorsque nécessaire.

46 Pièce P-8, annexe 00017, chèque numéro 350 payable à Barakatt Harvey et signé par M e Michel
Barakatt avec la mention « Règlement dossier règlement partiel des honoraires… ».
47 Pièce P-8, page 2 et annexe 0002.
48 Pièce I-1.
49 Pièce P-8, page 2 et documentation jointe au rapport soit les annexes 00001(inscriptions au grand livre
annuel), 00009 (carte client) et 000015 (relevé de la Banque Royale du Canada).
50 Pièce P-8, page 3, annexe 0004 (grand livre).
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[71] Tant pour le chef 1 que pour le chef 7, le modus operandi est le même : l’avocat

remet l’information à la secrétaire de Me Barakatt et celle-ci la transmet au comptable. Ce

dernier est responsable de préparer l’information d’ordre financier.

[72] L’intimé précise ce qui suit pour chacun des quatre clients visés par le chef 1.

• La carte client 05140

[73] Il s’agit d’un dossier de Me Barakatt. L’intimé n’a effectué aucune gestion

relativement à ce client et n’a présenté aucune facturation. Tout au plus, il a assisté son

associé lors de représentations devant la Cour d’appel.

[74] L’intimé a retracé un relevé bancaire. Le 31 mars 2010, son associé fait un

virement51 de 22 912,61 $. Il n’a retracé aucune facture. Il n’est pas possible de rattacher

ce virement au client ERF. Ce virement ne concerne pas ce client selon l’intimé.

[75] Le 25 juin 2010, son associé, Me Barakatt, régularise la situation. Il tire un chèque

du compte général et verse 22 912,61 $ dans le compte en fidéicommis52.

[76] L’intimé conclut que le déficit est attribué erronément à ce client dont il n’a aucune

responsabilité et pour lequel il n’a rien facturé.

51 Pièce I-59, page 57 de 66.


52 Pièce I-59, page 61 de 66. Cette page constitue un doublon avec la pièce P-8, page 20 de 51.
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• La carte client 07120

[77] Il s’agit d’un client de Me Barakatt. À l’époque, ce dernier est en possession du

dossier. L’intimé l’a assisté devant le tribunal. En juin 2009, Me Barakatt facture 10.25

heures alors que l’intimé facture 3 heures pour du travail effectué entre la mi-mai 2008 et

le début du mois de juin 200953.

[78] Le 6 décembre 2010, un chèque de 10 000 $ provenant du compte de Me Ghislain

Lord en fiducie et portant le numéro 83454 est transmis à Me Barakatt en règlement du

dossier 07-120.

[79] L’intimé réitère ne pas s’être occupé de la facturation de ce dossier.

[80] Pour expliquer l’erreur, il souligne que le bureau d’avocats Barakatt Harvey avait

deux comptes. Le compte général portant le numéro 100-694-9 et le compte en

fidéicommis portant le numéro 100-704-6.

[81] Or, Me Barakatt dépose par erreur le chèque de 10 000 $ dans le compte général

au lieu de le déposer dans le compte en fidéicommis55.

[82] Par la suite, pour payer les honoraires professionnels, Me Barakatt tire le chèque

numéro 350 dans le compte en fidéicommis56. Ce chèque, signé par Me Barakatt, indique

qu’il fait suite au règlement du dossier M-07-120.

53 Pièce P-4, pages 455 à 457.


54 Pièce I-59, page 1.
55 Pièce I-59, page 2 sur 66.
56 Pièce P-8, page 22, chèque 350 au montant de 10 000 $. Voir relevé bancaire I-59, page 3 sur 66.
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[83] L’erreur de Me Barakatt provoque le solde déficitaire lorsqu’il effectue un retrait

pour payer les honoraires. Le montant de 10 000 $ reçu de Me Lord demeure dans le

compte général alors que l’associé de l’intimé tire un montant équivalent dans le compte

en fidéicommis qui devient, par le fait même, à découvert.

[84] Le 25 janvier 2011, Me Barakatt régularise la situation57. Le virement portant le

numéro 7030 part du compte 100-694-9 pour être déposé dans le compte 100-704-6.

• La carte client 10418

[85] Il reconnaît avoir été le signataire du compte, sauf entre le 19 juillet 2013 et le

6 octobre 2014. Toutefois, pendant cette période, son nom est retiré à titre de signataire

comme en fait foi la documentation provenant de la banque58.

[86] Par ailleurs, l’intimé reconnaît qu’il s’agit d’un de ses dossiers.

[87] Le 14 novembre 2013, Me Barakatt signe le chèque 0566 au montant de 1 000 $59

avec la mention suivante : « Pour honoraires partiels F-10-0418 (SH) [R…F…] »60.

[88] Ce chèque est fait à l’ordre de « Barakatt Harvey ». Me Barakatt retire ainsi 1 000 $

du compte en fidéicommis du client à cette date.

57 Pièce I-59, page 9.


58 Pièce RA-60, page 22.
59 Pièce P-8, page 42 de 51.
60 Pièce P-8, page 44 de 51.
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[89] Le 13 janvier 2014, Me Barakatt fait un chèque au client RF au montant de

3 335,99 $61. Selon l’intimé, Me Barakatt remet alors 107,53 $ de trop à ce client, ceci

provoque le solde déficitaire. Ce dernier corrige cette erreur le 3 avril 2014 en émettant

un chèque du même montant62. Celui-ci porte la mention suivante : « Régularisation du

compte en fiducie pour le dossier F10-418 (SH) [R…F…] ».

• La carte client 3112

[90] Il s’agit d’un client de Me Barakatt63. L’intimé explique n’être intervenu dans ce

dossier que de manière sporadique.

[91] Le 13 mai 2013, l’intimé signe le chèque 0529 au montant de 5 000 $64 en faveur

d’un dénommé JB. Ce chèque est encaissé le 21 mai suivant. L’intimé ne se rappelle pas

des circonstances entourant la signature de ce chèque il y a plus de huit ans.

[92] L’intimé considère que c’est par erreur que le comptable attribue ce chèque au

client NSE. Cette situation est régularisée le 9 juillet 2013 par Me Barakatt, qui émet un

chèque au montant de 5 000 $ payable à Barakatt Harvey65.

[93] L’intimé déclare qu’il ne sait pas s’il y a un déficit de la carte client du fait qu’il signe,

le 13 mai 2013, le chèque 0529 au montant de 5 000 $ : « Est-ce que le compte en fiducie

était en déficit ou en surplus, je sais pas moi ».

61 Pièce RA-60, page 26, chèque 0573. Cette pièce est un doublon avec la pièce P-8, page 47 de 51.
62 Pièce RA-60, page 35, chèque 3944.
63 Pièce P-4, page 603.
64 Pièce I-59, page 43.
65 Pièce I-59, page 53.
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La position des parties sous le chef 1 (compte en fidéicommis - soldes déficitaires)

[94] La plaignante mentionne le rapport de madame Laberge, lequel fait état des cartes

clients déficitaires. Elle réfère au témoignage de Me Barakatt et précise qu’il s’agit de

clients desservis par l’intimé. Même s’il signe les chèques, c’est à la demande de l’intimé.

[95] L’intimé réitère les moyens de défense déjà invoqués lors de son témoignage. Il

s’agit d’erreurs de Me Barakatt pour lesquelles il n’a pas donné d’instructions. Pour le

client 13112, il signe le chèque qu’on lui présente, mais il s’agit d’un client de son associé.

La décision du Conseil sous le chef 1 (soldes déficitaires - compte en fidéicommis)

[96] Sous le chef 1, la plaignante invoque les dispositions de rattachement suivantes :

Règlement sur la comptabilité et les comptes en fidéicommis des avocats66


3.06. Ne doit être retiré du compte en fidéicommis que:
a) l'argent à remettre à un client ou en son nom;
b) l'argent requis pour rembourser l'avocat de l'argent dépensé au nom d'un client
ou des dépenses encourues au nom d'un client;
c) le montant des comptes d'honoraires et déboursés constatés par écrit et
transmis à ce client ou acceptés par lui;
d) l'argent qui est transféré directement dans un autre compte en fidéicommis et
détenu au nom d'un client;
e) l'argent qui a été déposé dans le compte en fidéicommis en contravention des
articles du présent règlement.
Règlement sur la comptabilité et les normes d’exercice professionnel des
avocats67
59. L’avocat ne peut retirer du compte général en fidéicommis pour un dossier un
montant plus élevé que le solde détenu dans le compte pour ce dossier.

66 Règlement sur la comptabilité et les comptes en fidéicommis des avocats, RRQ 1981, c. B-1, r. 3. Ce
règlement a cessé d’avoir effet le 8 juillet 2010 : décision 2010-02-17, 2010 G.O.2, 943 (publié le
10 mars 2010).
67 Règlement sur la comptabilité et les normes d’exercice professionnel des avocats, RLRQ, c. B-1, r. 5.
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Code des professions68


59.2 Nul professionnel ne peut poser un acte dérogatoire à l’honneur ou à la dignité
de sa profession ou à la discipline des membres de l’ordre ni exercer une
profession, un métier, une industrie, un commerce, une charge ou une fonction qui
est incompatible avec l’honneur, la dignité ou l’exercice de sa profession.

[97] La preuve établissant des déficits de cartes clients est claire. Madame Laberge a

effectué un examen méticuleux des documents comptables et pris connaissance des

chèques. Ses conclusions sont appuyées par cette documentation. Les déficits se

ventilent comme suit :

• La carte client 5140 : du 30 avril 2010 au 25 juin 2010, soit pendant 56 jours69.

Le déficit s’élève à 22 912,61 $. Un virement bancaire compense ce déficit.

• La carte client 07120 : du 7 décembre 2010 au 25 janvier 2011, soit pendant

49 jours70. Le déficit s’élève à 10 000 $71 à la suite d’un chèque émis pour ce

montant le 7 décembre 2010 en faveur de Barakatt Harvey avec la mention

« Règlement dossier paiement partiel des honoraires dans M-07120 ».

68 RLRQ, c. C-26.
69 Pièce P-8, page 2 et documentation jointe au rapport soit les annexes 00001(inscriptions au grand livre
annuel), 00009 (carte client) et 000015 (relevé de la Banque Royale du Canada).
70 Pièce P-8 page 22, annexe 00017, chèque numéro 350 payable à Barakatt Harvey et signé par
Me Barakatt avec la mention « Règlement dossier règlement partiel des honoraires… ».
71 Pièce P-8, page 2 et annexe 0002.
06-18-03165 PAGE 28

• La carte client 0418 : Il y a un déficit pendant 66 jours à compter du 13 janvier

2014. Il s’élève à 107,53 $72, soit la différence entre le solde de la carte client

s’élevant à 3 228,46 $ et un chèque de 3 335,99 $. Le 4 avril 2014, ce déficit

est comblé73.

• La carte client 13112 : Le solde est déficitaire pendant 49 jours, car un chèque

de 5 000 $ est émis le 21 mai 2013 en faveur de JB à partir du compte en

fidéicommis. Ce chèque ne comporte aucune référence et est imputé à la carte

de ce client. Barakatt Harvey comble le déficit de 5 000 $ le 9 juillet 201374.

[98] L’intimé est-il responsable de ces déficits même si le client est au nom de

Me Barakatt? La plaignante invoque un courriel de Me Barakatt du 1er septembre 2017 où

il confirme que les dossiers en litige sont desservis par Me Harvey même s’ils pouvaient

être ouverts dans sa cote client75. Il écrit : « C’était des dossiers que je lui avais confiés

parce que c’était dans son domaine d’expertise. Ils étaient sous sa responsabilité et sa

gouverne76 ».

[99] Toutefois, lorsque questionné au sujet de ce courriel de même que sur le contrôle

et l’utilisation du compte en fidéicommis puis l’émission des chèques, Me Barakatt

nuance. Il pouvait conserver un contrôle à ce niveau : « À partir du moment où je confiais

un dossier à Stéphane, il faisait comme ses autres dossiers à lui. Mais, compte tenu que

72 Pièce P-8, page 3, annexe 0004 (grand livre).


73 Pièce P-8, annexe 00041.
74 Pièce P-8, page 3, annexes 00032A et 32B (chèque et relevé bancaire). Annexes 00005 (grand livre)
et 00012 (carte client).
75 Pièce P-9.
76 Enregistrement de l’audition du 29 juin 2021 : 30 min. 24 sec.
06-18-03165 PAGE 29

c’est moi qui le référais, peut-être que ça c’est fait par collégialité, mais là …toutes ces

années, comment voulez-vous que je vous dise ça maître Lavoie, là.77 ».

[100] Conséquemment, même s’il s’agit de clients que Me Barakatt déclare avoir confiés

à l’intimé pour être desservis par ce dernier, il est possible qu’un contrôle ait quand même

été exercé par lui au niveau du compte en fidéicommis. Autrement dit, ce courriel du

1er septembre 2017 n’est pas en soi déterminant vu les précisions apportées par

Me Barakatt lors de son témoignage et son incapacité à se rappeler ce qui s’est finalement

passé.

[101] Ainsi, il faut examiner la preuve eu égard à chacun de ces quatre clients pour

déterminer qui a fait quoi et si, eu égard aux soldes déficitaires de ces cartes clients,

l’intimé a contrevenu aux dispositions de rattachement.

Décision eu égard au client 07120

[102] Relativement au client 07120, l’intimé démontre que le solde déficitaire résulte

d’une erreur de son associé Me Barakatt.

[103] Le chèque numéro 834 au montant de 10 000 $ transmis par Me Lord à Me Barakatt

est déposé par ce dernier erronément dans le compte général au lieu d’être déposé dans

le compte en fidéicommis. Par la suite, Me Barakatt tire le chèque 350 du compte en

fidéicommis et paye les honoraires du bureau dans ce dossier. Ce faisant, le compte est

devenu déficitaire pendant 49 jours avant qu’il ne corrige l’erreur.

77 Enregistrement de l’audition du 29 juin 2021 : 31 min. 40 sec.


06-18-03165 PAGE 30

[104] Le Conseil retient le témoignage de l’intimé, lequel est appuyé par une preuve

documentaire. La facture du 20 mai 2009 indique que Me Barakatt et deux avocates

facturent un peu plus de 8 heures à ce client78. Celle du 4 juin 2009 indique que

Me Barakatt facture 10.25 heures et l’intimé 3 heures79. Celle du 9 juin indique que

Me Barakatt et un autre avocat ont facturé 19 heures et l’intimé 6 heures 80. Ainsi, plus de

37 heures sont facturées au client par d’autres avocats que l’intimé et ce dernier en a

facturé 9 heures. Vu ce qui précède, il est difficile de soutenir que l’intimé est celui qui a

« desservi » ce client. Cet exemple justifie qu’il ne faut pas accorder beaucoup de force

probante au courriel du 1er septembre 201781 de Me Barakatt où il déclare que c’est

l’intimé qui a desservi ce client. Il a écrit ce courriel quelque sept années après les faits

et manifestement, selon les factures, l’intimé a raison de soutenir avoir joué un rôle

secondaire. Par conséquent, ce même courriel n’est pas davantage probant pour soutenir

que l’intimé est responsable de ce client.

[105] La preuve ne permet pas de retenir que le solde déficitaire résulte d’un geste ou

d’une instruction de l’intimé. Le Conseil ne peut retenir que l’intimé est au courant des

gestes posés par Me Barakatt. L’intimé n'a commis aucune faute disciplinaire sous l’une

ou l’autre des dispositions de rattachement invoquée par la plaignante.

78 Pièce P-4, page 455 de 689.


79 Pièce P-4, page 457 de 689.
80 Pièce P-4, page 459 de 689.
81 Pièce P-9.
06-18-03165 PAGE 31

[106] L’intimé est acquitté de ce reproche à l’égard du client 07120 et d’avoir contrevenu

à l’article 59 du Règlement sur la comptabilité et les normes d’exercice professionnel des

avocats, à l’article 59.2 du Code des professions et à l’article 3.06 du Règlement sur la

comptabilité et les comptes en fidéicommis des avocats, cette dernière disposition de

rattachement n’étant pas applicable lors des événements reprochés.

Décision eu égard au client visé par le dossier client 10418

[107] L’intimé démontre, à l’aide d’une preuve documentaire, que le solde déficitaire

provient plutôt d’une erreur de Me Barakatt.

[108] Le 13 janvier 2014, Me Barakatt émet un chèque au client RF au montant de

3 335 $82. Ce faisant, il lui remet 107,53 $ de trop, d’où le solde déficitaire. Il corrige cette

erreur le 3 avril 2014 en émettant un chèque du même montant83. Ce chèque porte la

mention suivante : « Régularisation du compte en fiducie pour le dossier 10-418 (SH)

RF ».

[109] Même s’il s’agit d’un client de l’intimé, pendant la période en cause, ce dernier

n’est pas autorisé à signer les chèques du compte en fidéicommis selon la preuve

documentaire émanant de la banque. En outre, contrairement à ce qu’écrit Me Barakatt

dans son courriel du 1er septembre 2017, l’intimé est formel, il s’agit d’un de ses clients.

Comme déjà expliqué pour le client précédent, le Conseil n’accorde pas beaucoup de

valeur probante à ce courriel sur lequel s’appuie la plaignante84.

82 Pièce RA-60, page 26, chèque 0573.


83 Pièce RA-60, page 35, chèque 3944.
84 Pièce P-9.
06-18-03165 PAGE 32

[110] La preuve ne permet pas clairement de conclure que cette erreur provient d’une

instruction de l’intimé à Me Barakatt.

[111] Il est vrai que l’intimé n’est pas en mesure de fournir une explication relativement

à ce déficit de 107,53 $. Toutefois, le fardeau repose sur les épaules de la plaignante qui

n’a pas démontré que le déficit résulte d’un geste de l’intimé. Ajoutons que

madame Laberge ne relève pas que l’intimé n’est pas signataire du compte pendant la

période en cause.

[112] Le solde déficitaire de 107,53 $ apparaît résulter d’une erreur du seul signataire

du compte en fidéicommis au moment des faits, soit Me Barakatt. Dans ces circonstances,

le Conseil retient que la preuve prépondérante ne permet pas de retenir qu’il a posé un

geste ou donné des instructions ayant pour effet de créer ce solde déficitaire.

[113] Par conséquent, le Conseil acquitte l’intimé de ce reproche et, en conséquence,

d’avoir contrevenu à l’article 59 du Règlement sur la comptabilité et les normes d’exercice

professionnel des avocats, à l’article 59.2 du Code des professions et à l’article 3.06 du

Règlement sur la comptabilité et les comptes en fidéicommis des avocats à l’égard du

client 10418, cette dernière disposition de rattachement n’étant pas applicable au

moment des événements reprochés.


06-18-03165 PAGE 33

Décision eu égard au client visé par le dossier client 13112

[114] Le 13 mai 2013, l’intimé signe le chèque 0529 au montant de 5 000 $85 en faveur

de JB. Ce chèque est encaissé le 21 mai suivant.

[115] L’intimé reconnaît avoir signé ce chèque, mais ne peut maintenant dire pour quelle

raison il a posé ce geste il y a plus de huit ans.

[116] Or, le 13 mai 2013, le compte de ce client n’a aucun fonds, car le 8 mars 2013, la

somme de 5 000 $ détenue en fidéicommis est déjà décaissée au bénéfice de Barakatt

Harvey, lequel encaisse une somme de 5 000 $86.

[117] Lorsque l’intimé signe ce chèque le 13 mai 2013, il est de sa responsabilité de

s’assurer que des fonds suffisants se trouvent dans le compte en fidéicommis. Il lui revient

de faire cette vérification et il ne peut se dégager de ses obligations déontologiques en

invoquant que le comptable a attribué ce chèque au client87.

[118] Un client ne peut pas s’attendre à ce qu’un des associés du bureau signe un

chèque sans se préoccuper si ce dernier sera tiré dans son compte, avec pour

conséquence, de le rendre déficitaire.

85 Pièce I-59, page 43.


86 Pièce P-8, page 3, annexes 00032A et 32B (chèque numéro 529 de 5 000 $ et relevé bancaire).
Annexes 00005 (grand livre) et 00012 (carte client).
87 Chauvin c. Beaucage, 2008 QCCA 922, paragr. 68; Bouchard c. Notaires, 1998 QCTP 1726.
06-18-03165 PAGE 34

[119] Cette situation a été régularisée le 9 juillet 2013 par Me Barakatt, qui émet un

chèque au montant de 5 000 $ payable à Barakatt Harvey88. Le fait que ce dernier corrige

la situation ne déresponsabilise pas l’intimé.

[120] L’intimé ne pouvait retirer les sommes qui sont confiées en fidéicommis à la société

Barakatt Harvey que pour les fins et aux conditions prévues au règlement.

[121] Comme le souligne la jurisprudence, cette disposition a pour objet la protection du

public89. Les règles concernant les sommes détenues en fidéicommis ne souffrent pas

d’exception. L’obligation prévue est absolue et impose des responsabilités aux avocats90.

En outre, ce déficit a prévalu pendant 49 jours. Il s’agit d’une longue période pour une

situation complètement interdite. Il ne s’agit pas d’une simple erreur d’ordre technique.

[122] La norme applicable étant décrite dans la réglementation, la moralité et l’éthique

sont nécessairement enfreintes en cas de manquement91.

[123] La plaignante a démontré, de façon claire et convaincante, que pour ce client dont

la carte porte le numéro 13112, l’intimé a contrevenu à l’article 59 du Règlement sur la

comptabilité et les normes d’exercice professionnel des avocats, ce règlement étant

applicable aux périodes pour lesquelles le déficit est constaté.

88 Pièce I-59, page 53.


89 Fournier c. De Wever, 2006 QCCA 1078, paragr. 39.
90 Avocats (Ordre professionnel des) c. Dufresne, 2009 QCTP 31, paragr. 53.
91 Médecins (Ordre professionnel des) c. Bissonnette, supra, note 32, paragr. 54.
06-18-03165 PAGE 35

[124] Le Conseil déclare coupable l’intimé d’avoir contrevenu à l’article 59 du Règlement

sur la comptabilité et les normes d’exercice professionnel des avocats dans le cas du

client 13112.

[125] Le Conseil juge également que l’intimé a posé un acte dérogatoire à l’honneur ou

la dignité de la profession.

[126] En effet, l’intimé s’est vu reconnaître le privilège d’utiliser un compte en

fidéicommis. Les règles établies relativement à la gestion des comptes en fidéicommis

ont pour but de protéger le public. Les sommes confiées par des clients à un avocat

doivent être déposées dans un compte en fidéicommis puis utilisées avec un très grand

souci d’intégrité et d’indépendance92. La preuve démontre que l’intimé n’a pas été à la

hauteur de ses obligations déontologiques en n’apportant pas le plus grand soin à la

gestion de son compte en fidéicommis et en le laissant déficitaire.

[127] Le Conseil déclare l’intimé coupable d’avoir enfreint l’article 59.2 du Code des

professions dans le cas du client 13112.

[128] En vertu des règles interdisant les condamnations multiples93, le Conseil ordonne

la suspension conditionnelle des procédures quant au renvoi à l’article 59.2 du Code des

professions.

92 Avocats (Ordre professionnel des) c. Ledoux, 2019 QCTP 19, paragr. 28.
93 Kienapple c. R., 1974 CanLII 14 (CSC).
06-18-03165 PAGE 36

[129] Quant à l’article 3.06 du Règlement sur la comptabilité et les comptes en

fidéicommis des avocats, cette disposition a cessé d’avoir effet le 8 juillet 2010 alors que

les événements reprochés à l’égard de ce client sont survenus en 2013. L’intimé est par

conséquent acquitté d’avoir enfreint cette disposition de rattachement.

Décision eu égard au client visé par le dossier client 05140

[130] La documentation établit un solde déficitaire du 30 avril au 25 juin 2010 pour ce

client. Le déficit apparaissant au grand livre à la fin du mois d’avril 2010 n’est finalement

comblé par Barakatt Harvey Société d’avocats qu’à la fin juin 2010 à la suite d’un virement

bancaire dont l’objectif ne peut être que de chercher à corriger tardivement cette situation

non conforme à la réglementation applicable.

[131] Contrairement au cas précédent, aucun geste ne peut être attribué à l’intimé. La

preuve ne permet pas de retenir que ce dernier a signé un chèque afin de retirer des

sommes du compte en fidéicommis pour un client de son associé. En fait, la preuve ne

permet pas de constater aucun geste ou instruction émanant de l’intimé à l’égard des

sommes détenues en fidéicommis à l’égard de cette carte client.

[132] Pour les motifs déjà mentionnés, le Conseil ne peut accorder beaucoup de force

probante au courriel du 1er septembre 2017 de Me Barakatt à la plaignante94. Par ailleurs,

il n’y a pas de preuve que l’intimé a facturé à ce client des services professionnels. Rien

n’indique qu’il a desservi ce client de Me Barakatt.

94 Pièce P-9.
06-18-03165 PAGE 37

[133] La plaignante peut-elle imputer à l’intimé une possible erreur de Me Barakatt? Le

Conseil ne le croit pas, car la preuve ne permet pas de retenir que l’intimé a été informé

ou qu’il a acquiescé au retrait ayant amené un solde déficitaire s’élevant à 22 912,61 $.

S’il y a eu faute de l’associé de l’intimé, celle-ci n’a pas à être imputée à ce dernier vu les

circonstances déjà décrites95.

[134] Le Conseil acquitte l’intimé d’avoir contrevenu à l’article 3.06 du Règlement sur la

comptabilité et les comptes en fidéicommis des avocats dans le cas du client 05140.

[135] Le Conseil acquitte également l’intimé d’avoir contrevenu à l’article 59.2 du Code

des professions. La preuve ne permet pas de retenir que le déficit du compte en

fidéicommis pour ce client provient d’un geste ou d’une instruction de l’intimé. Or, on ne

peut pas imputer à l’intimé des gestes posés par son associé dans ce contexte.

[136] Ajoutons que l’article 59 du Règlement sur la comptabilité et les normes d’exercice

professionnel des avocats dans le cas n’est pas applicable au moment des événements

concernant cette carte client. En conséquence, l’intimé est acquitté d’avoir contrevenu à

cette disposition.

95 Article 187.14 du Code des professions, RLRQ, c. C-26.


06-18-03165 PAGE 38

LE CHEF 7 (compte en fidéicommis – paiement de la cotisation au Barreau)

La preuve sous le chef 7

Madame Suzanne Laberge

[137] Lors de la présentation de son rapport96, madame Laberge fait état de transactions

à la carte client « 9999 Suspend ». L’intimé signe deux chèques pour le paiement de sa

cotisation annuelle au Barreau du Québec ainsi que celle Me Barakatt et une autre

avocate97. La situation est régularisée par la suite98.

Me Michel Barakatt

[138] L’intimé, tout comme lui, pouvait émettre des chèques du compte en fidéicommis

identifié par madame Laberge. Le mauvais chéquier a été utilisé pour payer les

cotisations annuelles au Barreau. Il s’agit d’une erreur.

L’intimé

[139] L’intimé déclare que les documents ont été préparés par l’adjointe de M e Barakatt

à la demande de ce dernier.

[140] Or, il admet avoir signé les deux chèques portant les numéros consécutifs 367 et

368 pour le paiement de la cotisation annuelle du Barreau99 et reconnaît sa signature.

96 Pièce P-8.
97 Pièce P-8, annexes 00019 (relevé bancaire) et 00020 (chèque numéro 367 tiré à l’ordre du Barreau du
Québec), annexe 00021 (relevé bancaire).
98 Pièce P-8, page 3 et annexes 000022 (relevé bancaire) et 000023 (chèque numéro 368 tiré à l’ordre
du Barreau).
99 Pièces P-8, pages 25 et 28, annexes 0020 et 0023.
06-18-03165 PAGE 39

[141] Lorsqu’il a signé ces chèques, il ne réalise pas qu’il utilise le mauvais chéquier :

Moi, on me présente les chèques, je signe les chèques. Je constate pas qu’ils ont
été pris dans le compte en fiducie.

[142] Il invoque qu’il s’agit d’une erreur administrative faite de bonne foi. Par la suite,

Me Barakatt régularise la situation.

La position des parties sous le chef 7

[143] La plaignante et l’intimé réfèrent à la preuve produite pendant l’audition.

[144] L’intimé ajoute que cette erreur ne comporte pas le niveau de gravité suffisant pour

constituer une infraction déontologique.

Décision du Conseil sous le chef 7 (paiement de la cotisation annuelle via un

compte en fidéicommis)

[145] Les dispositions de rattachement invoquées sont les suivantes :

Règlement sur la comptabilité et les normes d’exercice professionnel des


avocats100
56. L’avocat ne peut retirer du compte général en fidéicommis que:
1° l’argent à remettre à un client ou à un tiers en son nom;
2° le montant des honoraires et des débours pour lesquels la facturation a été
envoyée en suivant les modalités prévues à l’article 58;
3° l’argent qui est transféré directement dans un autre compte en fidéicommis.
Code des professions101
59.2 Nul professionnel ne peut poser un acte dérogatoire à l’honneur ou à la dignité
de sa profession ou à la discipline des membres de l’ordre, ni exercer une
profession, un métier, une industrie, un commerce, une charge ou une fonction qui
est incompatible avec l’honneur, la dignité ou l’exercice de sa profession.

100 Règlement sur la comptabilité et les normes d’exercice professionnel des avocats, RLRQ, c. B-1, r. 5.
101 RLRQ, c. C-26.
06-18-03165 PAGE 40

[146] L’intimé retire des montants de son compte général en fidéicommis pour le

paiement de sa cotisation annuelle.

[147] En effet, ce dernier effectue les transactions suivantes relativement à la carte client

« 9999 Suspend » :

• Le 1er avril 2011, un chèque de 3 758,22 $ est émis du compte en fidéicommis

100-704-6 pour payer la cotisation annuelle de Me Barakatt, de Me Harvey et

d’une autre avocate102.

• Le 1er octobre 2011, un chèque de 3 446,62 $ est émis du compte en

fidéicommis 100-704-6 aux mêmes fins103.

[148] Tout comme pour le chef 1, le Conseil juge fiable le témoignage de

madame Laberge. Celui-ci est appuyé par une preuve documentaire complète émanant

du bureau d’avocats de l’intimé. Ce dernier a retiré une somme du compte en fidéicommis

100-704-6 en avril 2011 et en octobre 2011 pour le paiement de cotisations annuelles

payables au Barreau du Québec pour trois avocats, dont lui-même.

[149] Il ne peut s’agir d’une simple maladresse technique ou d’une erreur administrative

commise de bonne foi.

102 Pièce P-8, annexes 00019 (relevé bancaire) et 00020 (chèque numéro 367 tiré à l’ordre du Barreau du
Québec).
103 Pièce P-8, page 3 et annexes 000022 (relevé bancaire) et 000023 (chèque numéro 368 tiré à l’ordre
du Barreau).
06-18-03165 PAGE 41

[150] Ici, l’intimé signe deux chèques pour tirer du compte en fidéicommis le montant à

être payé pour des cotisations au Barreau. Le fait de tirer un chèque d’un compte en

fidéicommis n’a rien de mécanique. À chaque fois, l’avocat doit s’assurer que les

conditions prévues à la réglementation pour tirer un tel chèque sont présentes. L’intimé

ne peut pas dégager sa responsabilité en invoquant simplement qu’il a signé des chèques

qui lui sont présentés par l’adjointe de son associé. Il est de sa responsabilité

déontologique d’effectuer les vérifications nécessaires avant d’apposer sa signature104.

Or, il n’a posé aucune question et n’a effectué aucune vérification. En outre, pour que la

situation soit régularisée, il a fallu un mois pour le premier chèque et 105 jours dans le

cas du second.

[151] La disposition de rattachement établit la norme applicable qui doit être respectée.

Il revient à l’intimé de prendre les moyens pour s’assurer que tel est le cas, ce qu’il n’a

pas fait.

[152] Le Conseil déclare coupable l’intimé d’avoir contrevenu à l’article 56 du Règlement

sur la comptabilité et les normes d’exercice professionnel des avocats.

[153] Quant à la seconde disposition de rattachement invoquée, soit l’article 59.2 du

Code des professions, comme déjà mentionné sous le chef 1, l’intimé s’est vu reconnaître

le privilège d’utiliser un compte en fidéicommis. Les règles établies relativement à la

gestion des comptes en fidéicommis ont pour but de protéger le public.

104 Chauvin c. Beaucage, 2008 QCCA 922, paragr. 68; Bouchard c. Notaires, 1998 QCTP 1726.
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[154] L’intimé, en sa qualité de l’un des deux associés de Barakatt Harvey, devait

prendre les moyens pour être à la hauteur de ses obligations déontologiques. L’intimé

n’a pas apporté le plus grand soin à la gestion de son compte en fidéicommis.

[155] Par ailleurs, à l’égard de l’une ou l’autre des dispositions de rattachement, il est

pour le moins antinomique qu’un avocat retire des sommes détenues en fidéicommis en

contravention des règles applicables, pour acquitter sa cotisation annuelle afin de

maintenir son adhésion à un ordre professionnel dont le but est de protéger le public.

[156] Il appert de la preuve que l’intimé a simplement signé une série de deux chèques,

en se fiant aveuglément à son personnel administratif. Ce faisant, l’intimé a omis de

prendre les moyens pour éviter que des sommes soient retirées du compte général en

fidéicommis pour le paiement de cotisations annuelles au Barreau, dont la sienne.

[157] Le Conseil déclare coupable l’intimé d’avoir enfreint l’article 59.2 du Code des

professions.

[158] En vertu des règles interdisant les condamnations multiples105, le Conseil ordonne

la suspension conditionnelle des procédures quant au renvoi à l’article 59.2 du Code des

professions.

105 Kienapple c. R., 1974 CanLII 14 (CSC).


06-18-03165 PAGE 43

LES CHEFS 3, 4, 5 ET 6 (appropriation)

La preuve de la plaignante sous les chefs 3 à 6 (appropriation)

Monsieur AS

[159] En avril 2007, le frère de monsieur AS est hospitalisé en raison d’un cancer. Celui-

ci reçoit des traitements de chimiothérapie, mais il ne surmontera pas cette épreuve.

[160] C’est dans ce contexte que, le 26 avril 2007, le frère de monsieur AS signe un

testament pendant son hospitalisation106. Un neurochirurgien et un résident agissent

comme témoins et attestent que le frère de monsieur AS a conservé ses fonctions

mentales et cognitives107.

[161] Le frère de monsieur AS lègue tous ses biens à sa fille mineure. Monsieur AS est

désigné à titre de liquidateur de la succession. Celui-ci doit verser les montants par

tranches successives en fonction de l’âge de sa nièce laquelle a environ 5 ans à l’époque.

[162] Parallèlement, madame P, ex-conjointe de son frère et mère de la jeune fille, fait

des démarches auprès du frère de monsieur AS pour qu’il modifie le bénéficiaire d’une

police d’assurance-vie et la désigne à ce titre.

106 Pièce P-4, page 188 et 189.


107 Pièce P-4, page 299.
06-18-03165 PAGE 44

[163] Celle-ci demande la garde et réclame les arrérages de pension alimentaire dus

pour le bénéfice de leur enfant et la garde de celle-ci alors que le frère de monsieur AS

est malade et hospitalisé. Le 26 juin 2007, une ordonnance de sauvegarde est émise en

ce sens108.

[164] Dans ce contexte, monsieur AS souhaite retenir les services d’un avocat pour faire

vérifier le testament et un collègue de travail lui suggère le nom de l’intimé.

[165] En mai 2007, un premier rendez-vous se tient au bureau de l’intimé. Monsieur AS

est accompagné de sa conjointe, madame DA.

[166] Selon monsieur AS, l’intimé explique que la vérification du testament est une

« petite affaire assez facile » en raison de la qualité des deux témoins.

[167] Quant aux honoraires, l’intimé précise qu’ils peuvent s’élever à une dizaine de

milliers de dollars. Il prévoit impliquer une stagiaire, Ally, pour effectuer des recherches.

[168] Le frère de monsieur AS décède le 10 juillet 2007. Monsieur AS communique alors

avec l’intimé et lui fait parvenir une attestation de décès109.

[169] Le 20 juillet 2007, monsieur AS signe un affidavit à l’appui d’une requête en

vérification de testament. Madame P, l’ex-conjointe de son frère, est mise en cause110.

108 Pièce P-4, page 356.


109 Pièce P-4, page 253.
110 Pièce P-4, page 248. Selon le plumitif, pièce P-4, page 248, cette requête est produite au greffe le
24 juillet 2007. Voir aussi la pièce I-30, pages 151 à 161.
06-18-03165 PAGE 45

[170] L’enjeu financier de cette affaire est constitué par le montant d’une police

d’assurance-vie s’élevant à 171 131,12 $111. Il s’agit du principal actif de la succession.

[171] Le 13 février 2009, monsieur AS reçoit une lettre de l’assureur lequel se dit sans

nouvelle du conseiller juridique qu’il a désigné. Quelques jours plus tard, soit le 17 février

2009, il fait suivre ce document par télécopieur à l’intimé112. Lors de son témoignage, il

explique avoir retracé ce document un peu avant son témoignage devant le Conseil.

[172] Monsieur AS relate avoir communiqué avec l’intimé. Ce dernier lui indique qu’il doit

obtenir le produit de l’assurance-vie et le consigner au greffe du Palais de justice vu la

contestation de madame P. Il lui réitère qu’il s’agit d’une cause « très facile ».

[173] Le 30 mars 2009, monsieur AS et le bureau de l’intimé signent une convention

avec madame P. Cette convention entérinée par le tribunal, en l’occurrence la Cour

supérieure (chambre de la famille)113. Elle prévoit le versement d’une pension alimentaire

pour le bénéfice de l’enfant de 250 $ par mois. Des arrérages de 7 545 $ doivent lui être

payés. Cette somme doit être versée à même les montants obtenus de la police

d’assurance-vie.

[174] Le 23 février 2010, la requête en vérification de testament est présentable, un avis

à cet effet ayant été préparé par Me Fernand Moisan, au nom du bureau Barakatt Harvey.

[175] Monsieur AS relate avoir rencontré une fois Me Moisan en présence de l’intimé.

111 Le montant initial de 160 000 $ s’est accru pendant la période de mise en vigueur de la police
d’assurance-vie.
112 Pièce P-40.
113 Pièce P-21, page 9.
06-18-03165 PAGE 46

[176] Il ajoute qu’entre 2009 et 2010, il communique à quelques reprises avec l’intimé,

mais il se fait dire d’être patient.

[177] Le 8 mars 2010, Me Moisan communique aux avocats de madame P une

déclaration écrite du neurochirurgien ayant agi comme témoin au testament du frère de

monsieur AS114. Le 30 mars 2010, un affidavit en reprise d’instance est notifié par

Me Moisan dans le dossier mû115. Le testament est vérifié le 14 avril 2010116 à la suite

d’un règlement à l’amiable survenu en mars 2010.

[178] En mai 2010, l’intimé communique avec monsieur AS. Le dossier est réglé. La

requête en vérification de testament n’est donc plus contestée et monsieur AS n’a pas à

témoigner.

[179] Le 19 mai 2010, la somme de 171 131,12 $ provenant de la police d’assurance-

vie est déposée au compte en fidéicommis du bureau Barakatt Harvey 117.

[180] Le même jour, une lettre est transmise par les avocats de madame P à l’attention

de Me Moisan. Comme convenu, ceux-ci demandent le versement de la somme de

8 045 $ représentant les arrérages de la pension alimentaire dus pour le bénéfice de la

fille mineure depuis le 31 mai 2010118. Une série de chèques postdatés est aussi

114 Pièce P-4, page 323.


115 Pièce P-4, page 322.
116 Pièce P-4, pages 167 et 168.
117 Pièce P-4, page 164.
118 Pièce P-4, page 54. Le 22 juin 2010, le bureau de l’intimé émet le chèque numéro 300 pour le montant
de 8 045 $, voir pièce P-4, page 130.
06-18-03165 PAGE 47

demandée. Monsieur AS appose ses initiales vis-à-vis de certains passages de la lettre

en question.

[181] Le 27 mai 2010, monsieur AS et sa conjointe rencontrent l’intimé à son bureau

situé sur le boulevard René-Lévesque à Québec. Ce dernier présente à monsieur AS une

facture s’élevant à 15 299,50 $119. Les honoraires professionnels se ventilent ainsi :

- L’intimé : du 16 décembre 2008 au 4 février 2010, 8 ¾ h à 225 $ : 1 968,75 $;

- Me Moisan : du 16 décembre 2008 au 4 février 2010, 29 h à 250 $ : 7 250 $;

- Ally (stagiaire) : du 5 juillet 2007 au 28 septembre 2008, 28 h à 100 $ : 2 800 $.

[182] Monsieur AS reconnaît avoir inscrit ses initiales sur cette facture. Il précise l’avoir

payée, car il voulait avoir la paix. Il considère qu’il s’agit de la dernière facture sauf pour

un petit montant lié à l’utilisation d’un mini-entrepôt.

[183] À la même date, soit le 27 mai 2010, une convention de gestion intervient entre

l’intimé et monsieur AS120. Cette convention prévoit que le bureau d’avocats Barakatt

Harvey reçoit des honoraires de 2,25 % pour la gestion des sommes en fiducie payables

le 1er juin de chaque année à compter du 1er juin 2020. Le bureau d’avocats est autorisé

à payer à madame P la pension alimentaire versée au bénéfice de sa fille. Monsieur AS

rappelle que des chèques postdatés sont transmis à madame P par ce bureau d’avocats

pour le paiement de la pension alimentaire.

119 Pièce P-23, page 21.


120 Pièce P-4, page 42.
06-18-03165 PAGE 48

[184] Il explique qu’une somme de 75 000 $ devait lui être remise par le bureau de

l’intimé, car il désirait la faire fructifier au bénéfice de sa nièce. Le solde du compte en

fidéicommis devait être utilisé pour payer la pension alimentaire et diverses dépenses

encourues au bénéfice de sa nièce. Il a demandé au bureau de l’intimé cette somme en

mai 2010, mais ne l’a reçue qu’en janvier 2011121. Il la dépose alors dans un compte à

une succursale d’une Caisse populaire122.

[185] Le 6 septembre 2010, monsieur AS transmet par télécopieur la liste de frais (mini-

entrepôt, messe, maison funéraire, etc.123). Le bureau de l’intimé en effectue le paiement.

[186] Monsieur AS résume la situation comme suit. Le produit de la police d’assurance-

vie, soit 171 131,12 $, est déposé dans le compte en fidéicommis de l’intimé. Outre le

montant de 75 000 $ versé à monsieur AS en janvier 2011, les arrérages de pension

alimentaire s’élevant à 8 045 $, le compte d’honoraires de 15 299,50 $ du 27 mai 2010

et la liste des derniers frais transmise le 6 septembre 2020, monsieur AS est formel : il

n’a autorisé aucun autre montant et seul le versement de la pension de 250 $ par mois

devait être payé par le bureau de l’intimé.

[187] Par ailleurs, monsieur AS relate que madame P l’informe de retards dans le

versement de la pension alimentaire en 2010 et en 2011. Il communique avec l’intimé qui

le rassure.

121 Pièce P-14, page 73, chèque numéro 354 portant la date du 11 janvier 2011.
122 Pièce P-21, page 13.
123 Pièce P-4, page 58 à 64.
06-18-03165 PAGE 49

[188] Monsieur AS tente depuis 2010 d’obtenir de l’intimé une reddition de compte

relativement à l’utilisation des sommes ainsi détenues en fidéicommis afin que le solde

du compte lui soit remis. Il demande un rapport, mais ne le reçoit pas.

[189] En 2014, monsieur AS est appelé à témoigner dans une affaire impliquant un

collègue de travail. Ce dernier est représenté par l’intimé. Monsieur AS se rend à son

bureau. Il en profite alors pour lui demander un rapport de la situation du compte en

fidéicommis.

[190] En mai ou juin 2014, lors du procès impliquant un collègue de travail, monsieur AS

redemande à l’intimé une reddition de compte chiffrée. Il veut savoir combien il reste dans

le compte en fidéicommis de la succession.

[191] En octobre 2014, monsieur AS reçoit un courriel l’informant que l’intimé veut le

rencontrer lors d’un lunch. Il répond par courriel qu’il veut plutôt avoir une preuve du solde

détenu en fidéicommis et que l’intimé n’a qu’à lui transmettre ce document. À la suite d’un

échange de courriels, il lui donne un délai de 48 heures124. Le 21 octobre 2014, une

employée du bureau d’avocats Barakatt Société d’avocats l’informe que Me Michel

Barakatt a requis que lui soit remis le dossier de la succession et qu’il est maintenant

l’interlocuteur au dossier125. Quelques jours plus tard, monsieur AS échange des courriels

avec Me Barakatt. Monsieur AS lui fait remarquer qu’il doit rester quelque 80 000 $ moins

les autres frais qu’il doit avoir au dossier.

124 Pièce P-13, pages 181 à 187.


125 Pièce P-13, page 184.
06-18-03165 PAGE 50

[192] Le 29 octobre 2014, monsieur AS attend Me Barakatt dans le stationnement de

son bureau pour lui demander en personne une reddition de compte 126. Le 3 novembre

2014, il écrit de nouveau à Me Barakatt, car il demeure sans nouvelle127. Le 4 novembre,

il reçoit une invitation pour le rencontrer le 6 novembre 2014.

[193] Le 6 novembre 2014, monsieur AS rencontre Me Barakatt à son bureau. Selon

monsieur AS, ce dernier l’invite à s’entendre avec l’intimé. Il fait état d’un document, mais

n’en remet pas une copie à monsieur AS. Finalement, il n’obtient pas l’information

souhaitée. Il décide de quitter la salle où se tient la rencontre lorsqu’il se fait reprocher

par Me Barakatt de « faire de l’outrage » et de mentir. Au moment où il quitte la salle de

rencontre, un huissier l’attend et lui remet une mise en demeure émanant de l’intimé128.

Il y a lieu de préciser que cette mise en demeure porte la date du 5 novembre 2014.

[194] Ainsi, monsieur AS est mis en demeure de retirer des propos diffamatoires quant

à l’utilisation des sommes détenues en fidéicommis, et ce, dans un délai de 48 heures

sans quoi des procédures judiciaires seront intentées.

[195] Cette mise en demeure fait état d’une facture du 10 septembre 2010 s’élevant à

un montant de 33 100,49 $ à titre de « supplément d’honoraires » qu’il aurait approuvé.

Monsieur AS est formel : il n’a jamais vu cette facture. La mise en demeure mentionne

que le solde du compte en fidéicommis au 27 avril 2011 est de 19 626,91 $. Monsieur AS

considère qu’il s’agit d’un mensonge. Enfin, la mise en demeure fait état d’une « facture

126 Pièce P-35.


127 Pièce P-13, page 179.
128 Pièce P-10, pages 14 à 16.
06-18-03165 PAGE 51

finale » au montant de 7 000 $ du 17 août 2011 qu’il n’a jamais reçue. Par ailleurs, cette

mise en demeure mentionne une entente permettant à l’intimé de facturer jusqu’à 33 %

de la somme détenue, soit 171 131,12 $. Monsieur AS est formel : le seul pourcentage

convenu est celui mentionné à la convention de gestion, soit 2,25 % par année. Cette

gestion consistait simplement pour l’intimé à faire douze chèques chaque année pour la

pension versée au bénéfice de sa nièce. La facturation convenue pour les honoraires

professionnels est sur la base d’un tarif horaire. Il se souvient très bien d’avoir convenu

d’un tarif horaire.

[196] Le 7 novembre 2014, monsieur AS écrit à Me Barakatt pour lui demander copie du

document faisant état des transactions dans le compte en fidéicommis129. Le même jour,

une adjointe de Me Barakatt lui transmet un relevé du compte en fidéicommis lequel porte

le numéro 07458 portant la mention « Grand Livre annuel du 01/01/10 au 31/12/10 »130.

Ce relevé fait état de montants versés à « Barakatt Harvey » qu’il n’a jamais autorisés

(3 707,09 $, 4 500 $, 2 000 $, 33 100,49 $).

[197] Le 12 novembre 2014, monsieur AS transmet une demande d’enquête au bureau

du syndic131.

[198] Après le dépôt de sa demande d’enquête, soit un peu après la période des fêtes

2014-2015, le syndic adjoint, Me Pierre-Gabriel Guimont lui transmet des factures.

129 Pièce P-13, page 172.


130 Pièce P-13, page 173 (extrait du grand livre pour l’année 2010).
131 Pièce P-21, page 2.
06-18-03165 PAGE 52

[199] Premièrement, une facture du 29 juin 2010, portant le numéro 7353, adressée par

l’intimé à monsieur AS a comme objet « vérification du testament ». L’intimé facture 9 h ½

à 225 $ de l’heure pour la période du 5 février 2009 au 29 juin 2010 et quelques frais, le

tout s’élève à 2 437,25 $132. Le 29 juin 2010, Me Barakatt a payé cette facture à même le

compte en fidéicommis avec le chèque numéro 314133.

[200] Deuxièmement, une facture du 7 septembre 2010, portant le numéro 7367,

adressée à monsieur AS a comme objet « vérification du testament ». L’intimé réclame

25 heures de travail pour la période du 16 décembre 2008 au 4 février 2010, le tout

s’élève à 6 500 $.

[201] Troisièmement, une facture du 10 septembre 2010, portant le numéro 7377,

adressée à monsieur AS a comme objet « Montant forfaitaire convenu à titre de

supplément d’honoraires professionnels »134. Ceux-ci s’élèvent à 29 323,61 $. Le

montant total facturé après l’ajout des taxes est de 33 100,49 $. L’intimé ne fait état

d’aucune période de facturation. Il est important de souligner que monsieur AS nie avoir

posé ses initiales sur la lettre d’accompagnement portant la même date135.

[202] Monsieur AS affirme n’avoir jamais vu ces trois factures avant qu’elles ne lui soient

acheminées en 2014 par le syndic adjoint, Me Guimont.

132 Pièce P-13, pages 32 et 33.


133 Pièce P-13, page 31.
134 Pièce P-23, page 24.
135 Pièce P-23, page 23.
06-18-03165 PAGE 53

[203] Dans un autre ordre d’idées, le grand livre de la société Barakatt Avocats fait état

d’un montant de 7 000 $ qui lui a été remis. Le chèque porte le numéro 359 selon ce

relevé et le retrait du compte en fidéicommis est effectué le 2 février 2011 136. Or, le

chèque portant le numéro 359 est tiré à l’ordre de Barakatt Harvey avec comme objet 05-

07-0458 (SH)137. Par ailleurs, la facture portant la date du 17 août 2011, adressée à

monsieur AS, et le numéro 7518 dans le dossier S-07-458 (SH) s’élève à 7 000 $138. Des

honoraires professionnels de 6 144,39 $ lui sont facturés pour la période débutant le

10 septembre 2010 auxquels s’ajoutent les taxes applicables. Monsieur AS réitère que

cette facture ne lui dit rien.

[204] Le 31 mars 2016 et au début du mois d’avril de la même année, monsieur AS

consulte un avocat139.

[205] Le 22 avril 2016, il écrit à la plaignante pour lui transmettre une nouvelle demande

d’enquête, car il vient d’apprendre que d’autres sommes ont été retirées du compte en

fidéicommis sans son autorisation140.

[206] Le 7 avril 2016, il écrit à Me Guimont, car madame P lui mentionne ne pas avoir

reçu les chèques pour payer la pension alimentaire de l’enfant mineur141. Or, quelques

jours plus tard, monsieur AS apprend qu’il n’y a presque plus de fonds dans le compte

136 Pièce P-13, page 305 (le grand livre pour l’année 2011).
137 Pièce P-13, page 46.
138 Pièce P-13, page 44.
139 Pièce P-18, page 11.
140 Pièce P-19.
141 Pièce P-26.
06-18-03165 PAGE 54

en fidéicommis142. Au départ, il était prévu que la pension versée à sa nièce soit payée à

même ces fonds, et ce, jusqu’à ce qu’elle devienne majeure. Selon monsieur AS, le solde

devrait être supérieur à 20 000 $. Ce dernier a alors payé la pension alimentaire à partir

du placement qu’il avait lui-même fait à la Caisse populaire.

[207] Monsieur AS précise que l’enfant est devenue majeure. Le solde des sommes qu’il

détient lui est versé par tranche, conformément à ce qui est prévu au testament.

[208] Dans le cadre de son contre-interrogatoire, monsieur AS explique que le mandat

initial était de procéder à la vérification du testament, mais il ne peut se souvenir s’il était

question également de la pension alimentaire réclamée par madame P.

[209] La première rencontre a eu lieu au bureau de l’intimé situé alors sur le boulevard

Henri-Bourassa.

[210] Il confirme que lors de cette première rencontre, il a été question des honoraires à

être versés. L’intimé lui a expliqué avoir embauché une stagiaire et que le tout allait coûter

moins d’une dizaine de milliers de dollars. À ce moment, il ne savait pas si madame P

avait retenu les services d’un avocat pour s’opposer à la vérification du testament.

Lorsque ce fait a été connu, il ne peut pas se souvenir s’il a eu une autre discussion

relativement aux honoraires.

142 Pièce P-26, page 2.


06-18-03165 PAGE 55

[211] Monsieur AS reconnaît qu’il est possible qu’il ait donné un mandat à l’intimé outre

la vérification du testament et le dossier portant sur la demande de pension alimentaire

présentée par madame P. Finalement, il se rappelle qu’un mandat a été confié à l’intimé

pour récupérer un chèque de paye dû à son frère décédé. En outre, il y a eu des

démarches de l’intimé auprès du curateur public.

[212] À ce sujet, monsieur AS réitère qu’il n’y a pas eu d’autres discussions portant sur

les honoraires, car un tarif horaire avait été convenu.

[213] La question des honoraires n’a été abordée qu’à une seule reprise et seul un tarif

horaire a été convenu.

[214] Relativement à la convention de gestion, celle-ci prévoit que le bureau de l’intimé

conserve en fidéicommis un montant de 50 000 $143. Monsieur AS précise qu’en réalité

le montant ainsi détenu en fidéicommis est plus élevé. D’ailleurs, un montant de 75 000 $

lui a été versé en janvier 2011144.

[215] Dans le cadre de la contre-preuve de la plaignante, monsieur AS nie que l’intimé

lui a laissé à la réception un extrait du grand livre de l’année 2011 portant la date du

27 avril 2011 indiquant que le solde du compte est de 12 376,91 $145. Quant à l’extrait de

la même date faisant état de diverses transactions au grand livre pour la période du

143 Pièce P-4, page 42.


144 Pièce P-14, page 73, chèque numéro 354.
145 Pièce P-13, pages 57 et 59.
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1er janvier 2010 au 31 décembre 2010146, monsieur AS réitère que ce document lui a été

remis en 2014 par Me Guimont.

[216] Relativement à l’affirmation de l’intimé selon laquelle monsieur AS se serait plaint

des délais mis par la plaignante pour l’enquête et que cela l’aurait motivé à se plaindre

auprès des médias, celui-ci explique ce qui suit. Un membre de sa famille lui a fait suivre

de façon électronique un reportage de Radio-Canada au sujet d’une cause en Ontario

ayant des analogies avec les reproches qu’il formule contre l’intimé147. Il a écrit un

commentaire sur le site de ce diffuseur. Un recherchiste a communiqué avec lui. Cela n’a

rien à voir avec l’allégation de l’intimé quant aux délais d’enquête.

[217] Par ailleurs, il relate qu’en février 2015, Me Guimont lui a fait suivre les

commentaires de l’intimé et de Me Barakatt dans ce dossier148 et l’a invité à réagir.

[218] Dans des commentaires du 17 février 2015149, il réfute l’affirmation de l’intimé

selon laquelle il ne voulait pas investir un sou pour récupérer l’argent de sa nièce. C’est

plutôt l’intimé qui lui a proposé d’attendre la fin du dossier avant de le facturer. Il ajoute

que l’intimé ne voyait aucun risque, c’était « gagné d’avance », qu’il réalisait que le

dossier concerne une enfant de 5 ans et qu’il ferait en sorte de maintenir au plus bas les

honoraires, d’où le fait de faire travailler une stagiaire à 100 $ de l’heure. Par ailleurs, s’il

a fait appel à un autre bureau d’avocats en novembre 2014, c’est parce qu’il n'avait pas

146 Pièce P-13, page 58.


147 Pièce P-52.
148 Pièce P-15.
149 Pièce P-16.
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de réponses à ses questions depuis plusieurs mois. Il déplore que l’intimé associe ses

demandes d’informations à des propos diffamatoires.

Madame DA

[219] Madame DA est la conjointe de monsieur AS.

[220] En 2007, celle-ci est présente lorsque ce dernier rencontre l’intimé à son bureau

alors situé sur le boulevard Henri-Bourassa.

[221] À cette époque, madame DA et son conjoint demeurent depuis peu dans la région

de Québec. Un collègue de travail de son conjoint suggère un avocat, l’intimé.

[222] L’intimé est mandaté pour faire vérifier le testament. Lorsque le sujet de ses

honoraires est abordé, celui-ci évalue qu’il en coûtera entre 8 000 $ et 10 000 $. Tant

madame DA que monsieur AS expliquent à l’intimé que ce montant leur est apparu élevé.

L’objectif est de remettre à la nièce de monsieur AS le plus d’argent possible en héritage.

[223] L’intimé considère qu’en l’absence d’autres testaments, ce dossier sera « très

facile », mais il faut du temps, car il y a beaucoup de paperasse. Il ajoute que les

médecins qui ont agi comme témoins devront être assermentés pour confirmer des

facultés mentales du frère de monsieur AS au moment de la signature du testament.

[224] L’intimé indique qu’une stagiaire, Ally, et un autre avocat peuvent exécuter une

partie du travail de façon à faire diminuer le montant des honoraires. Il précise que le tarif

horaire de la stagiaire est de 100 $ alors que celui de l’autre avocat est quasiment au

même taux horaire. L’intimé aurait laissé sous-entendre que cet autre avocat n’est « pas
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très bon ». Lors de son témoignage en chef, elle ne se rappelle pas que l’identité de cet

autre avocat ait été mentionnée par l’intimé.

[225] Madame DA confirme que seul un tarif horaire est discuté. Aucune rémunération

à pourcentage n’est prévue.

[226] Elle accompagne également monsieur AS lorsqu’il revoit l’intimé en mai 2010 pour

finaliser les montants à payer à l’intimé.

[227] Cette rencontre a lieu au bureau de l’intimé à Sainte-Foy. À cette époque, la mère

de l’enfant mineur a retiré sa contestation. L’intimé leur a alors présenté sa facture de

15 299 $.

[228] Quant aux initiales « AS » apparaissant sur la facture, près du montant

15 299,50 $150, elle se souvient d’avoir quitté la salle de réunion pour aller aux toilettes et

ne peut dire ce que son conjoint a inscrit.

[229] Quant au montant de la facture, elle se rappelle avoir mentionné deux fois que

c’était dispendieux. Elle a alors discuté avec monsieur AS et ajoute qu’ils étaient

« tannés » et voulaient « en finir ». C’est dans ce contexte que cette facture a été

acceptée.

150 Pièce P-10, page 6 (facture sans les initiales « AS ») et pièce P-23, page 22, la même facture avec les
initiales « AS ».
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[230] Par ailleurs, son conjoint voulait payer les arrérages de pension alimentaire à sa

nièce ainsi que divers frais à venir (études, dentiste, etc.). Une convention est signée à

cet effet151. Les frais de gestion de l’intimé sont négociés puis établis à 2,25 %.

[231] Cette convention mentionne que le bureau d’avocats de l’intimé conserve en

fidéicommis la somme de 50 000 $. Toutefois, madame DA croit qu’un montant plus élevé

est alors détenu par l’intimé. D’ailleurs, il est prévu que monsieur AS se fasse remettre le

montant de 75 000 $ qu’il voulait gérer lui-même au bénéfice de sa nièce. Elle mentionne

qu’il a fallu beaucoup de temps pour que l’intimé lui remette ce montant provenant de la

police d’assurance-vie. Cela est survenu en janvier 2011.

[232] Par la suite, elle se souvient que monsieur AS demande un bilan à l’intimé, mais il

n’a pas de nouvelles.

[233] En 2014, elle relate que son conjoint s’est déplacé au bureau de l’intimé

relativement à un autre dossier impliquant un collègue de travail.

[234] Elle ajoute qu’en octobre 2014, monsieur AS lui mentionne être allé attendre au

bureau de l’intimé sur la rue Saint-Paul à Québec. Elle n’est pas présente.

[235] Après que monsieur AS a reçu une mise en demeure en novembre 2014152, ils ont

décidé de demander l’aide du Barreau afin d’amener l’intimé à rendre des comptes. De

plus, elle n’a jamais vu la facture de 33 100 $ mentionnée dans cette mise en demeure.

151 Pièce P-23, page 7.


152 Pièce P-10, page 14.
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[236] Le 7 novembre 2014, une adjointe de Me Barakatt transmet à monsieur AS une

feuille contenant un relevé des montants retirés du compte en fidéicommis153. Elle n’a

pas vu le courriel de transmission, mais, avec monsieur AS, elle a examiné ce relevé pour

constater que le retrait de plusieurs montants n’a jamais été approuvé.

[237] À la suite de la communication de Me Guimont, elle a vu pour la première fois les

factures correspondant aux montants du relevé n’ayant pas été approuvés.

[238] Lors de son contre-interrogatoire, madame DA explique avoir rencontré l’intimé

avec son conjoint à deux reprises, mais elle ne lui a pas parlé entre ces deux rencontres.

[239] Lorsque l’intimé suggère à madame DA qu’à la première rencontre, il a proposé

de faire intervenir une stagiaire et Me Moisan. Elle répond par l’affirmative à cette

suggestion.

Me Michel Barakatt

[240] Me Barakatt connaît l’intimé et déclare être son ami depuis 1986.

[241] En 2006, ce dernier l’approche pour s’installer avec lui. Celui-ci devient ainsi le

seul autre associé du bureau.

[242] En 2013, Me Barakatt déménage son bureau sur la rue Saint-Paul, à Québec.

L’intimé le rejoint trois à cinq mois plus tard. Me Barakatt explique que l’intimé éprouve à

ce moment des problèmes de santé.

153 Pièce P-13, page 172.


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[243] Me Barakatt précise qu’à cette époque l’intimé est hospitalisé à la suite de

difficultés encourues dans sa vie privée. Me Barakatt a vidé son bureau dans le local sur

René-Lévesque à Québec puis il a déménagé sur la rue Saint-Paul.

[244] Il explique que son adjointe est madame Pelletier. Elle travaille pour lui entre 2006

et 2008. Il conserve un souvenir de la stagiaire, Ally.

[245] Quant à Me Fernand Moisan, celui-ci sous-louait des locaux à compter du mois de

mai ou de juin 2008. Cet avocat était en « nominal » et facturait ses honoraires.

Me Barakatt explique ne pas avoir fait affaire avec lui. C’est plutôt l’intimé qui le

connaissait.

[246] Me Barakatt ne complétait pas de feuilles de temps et il ne peut pas le confirmer

ou l’infirmer dans le cas de l’intimé.

[247] Il a mis fin à son association avec l’intimé, car il n’aimait pas la tournure que

prenaient les événements à l’égard du litige avec son ordre professionnel. Il n’a pas

davantage apprécié le fait que l’intimé intente une poursuite contre la plaignante en

janvier 2016 pour faire déclarer cette dernière en situation de conflit d’intérêts dans ses

dossiers et lui réclamer la somme de 90 000 $154.

[248] Le compte général en fidéicommis 100-704-6, ouvert le 24 août 2006, porte le nom

« Barakatt & Harvey en fidéicommis ». Ce compte est fermé depuis le 9 février 2017155.

154 Pièce P-33. Dossier 200-17-023596-166.


155 Pièce P-14, annexes 0003 et 0004.
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[249] Relativement au compte en fidéicommis, Me Barakatt explique avoir signé des

chèques à la demande de l’intimé. Il n’avait aucune raison de douter des demandes de

ce dernier. Il s’exécute alors à la demande de l’intimé.

[250] D’ailleurs, il ne connaissait pas monsieur AS et n’avait pas affaire à lui. Il se

considère « pris dans l’engrenage » de cette affaire. Il savait en gros que le dossier

concernait une succession contestée et un litige familial. L’intimé ne l’a pas consulté et il

ne peut dire s’il a vu le testament ou une contestation.

[251] Il ne se souvient pas quels étaient les paramètres de l’entente quant au paiement

des honoraires.

[252] Me Barakatt ne peut affirmer que l’intimé lui a montré une facture. Ainsi, pendant

dix ans où l’intimé est son associé, il n’exige pas de voir les factures, car il lui fait

confiance. Ainsi, il n’a pas pris connaissance de diverses factures relatives au dossier de

monsieur AS, notamment les frais funéraires.

[253] La facture numéro 7377 au montant de 33 100 $ en date du 10 septembre 2020

est un cas particulier. Il est possible qu’il l’ait vue, mais ne peut pas l’affirmer. L’intimé lui

a montré un calcul fait à la main.

[254] Il confirme qu’en ce qui concerne les factures suivantes, il n’avait aucune

connaissance contemporaine de celles-ci : facture 7309 du 27 mai 2010 au montant de

15 299,50 $; facture 7354 du 29 juin 2010 au montant 1 269,84 $; facture 7367 du

7 septembre 2010 au montant de 6 500 $. Une dernière facture « projet » du 11 janvier


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2011 au montant de 7 000 $ ne porte pas de numéro. Il n’a pas eu connaissance de ce

document de manière contemporaine.

[255] À la suite de la visite de monsieur AS en 2014, il prend connaissance du dossier.

[256] Par ailleurs, à la suite de la demande d’enquête, monsieur Nikolas Lefebvre,

l’inspecteur-enquêteur au Barreau ayant précédé madame Laberge, il lui transmet le

dossier de monsieur AS156. Les factures qui se trouvaient dans l’ordinateur ont également

été fournies ainsi que des pièces manquantes157.

[257] Il précise que, selon le grand livre, un montant de 7 000 $ a été remis par chèque

à monsieur AS. Il reconnaît que le chèque est plutôt émis à l’ordre de Barakatt Harvey. Il

s’agit d’une erreur. Toutefois, avant son témoignage, il n’avait pas remarqué ce fait.

[258] Il confirme que les quatre cartes clients déficitaires mentionnées au chef 1 visent

des clients desservis par l’intimé158. Ils étaient sous la responsabilité de ce dernier.

[259] Le 6 novembre 2014, Me Barakatt reçoit monsieur AS à son bureau. Il confirme

que ce dernier est reparti avec une mise en demeure portant la date du 5 novembre

précédent, mais ne peut dire si l’huissier était présent.

[260] Il se rappelle que monsieur AS souhaitait recevoir un rapport comptable avec des

pièces justificatives en lien avec l’argent détenu en fidéicommis. Me Barakatt se souvient

avoir mentionné qu’il n’avait pas lui-même ces pièces et les documents demandés.

156 Pièces P-1 à P-6.


157 Pièce P-14, annexe 00023 : lettre de Nikolas Lefebvre demandant les pièces manquantes.
158 Pièces P-8 et P-9.
06-18-03165 PAGE 64

[261] Il reconnaît avoir reçu un message de monsieur AS159, le 21 octobre 2014, lui

demandant un compte rendu concernant l’utilisation des sommes en fidéicommis et

ajoute ne pas avoir l’information lors de la rencontre du 6 novembre 2014. Monsieur AS

a essayé de le joindre le 14 octobre 2014160.

[262] Le lendemain de sa rencontre avec monsieur AS, l’adjointe de Me Barakatt envoie

finalement une feuille, soit un relevé tiré du grand livre annuel pour l’année 2010 161.

[263] Lors du contre-interrogatoire, il explique avoir signé des chèques pour payer des

factures, notamment celles portant les numéros 7353 et 7354, mais il ne peut dire si elles

lui ont été montrées. Il a signé ces chèques parce qu’on le lui demandait. Il réitère avoir

fait confiance à l’intimé.

[264] Questionné sur l’entente de gestion dans le dossier de monsieur AS, M e Barakatt

ne peut dire quand il a vu ce document. S’il n’y a pas eu de factures à monsieur AS entre

2011 et 2014, c’est parce que les frais de gestion ont été liquidés.

[265] Lors du réinterrogatoire, il réfère à un projet de facture du 11 janvier 2011 162 au

montant de 7 000 $. Il tient pour acquis que l’intimé s’est entendu avec son client.

[266] Il ajoute que le grand livre pour l’année 2010 est préparé par son comptable. Celui-

ci entre les données à partir des factures et des talons des chèques. Il mentionne avoir

signé certains chèques alors que l’intimé en a signé d’autres.

159 Pièce P-13, page 183.


160 Pièce P-13, page 182.
161 Pièce P-13, pages 172 et 173.
162 Pièce P-4, page 36.
06-18-03165 PAGE 65

[267] En ce qui concerne Me Moisan, Me Barakatt n’a pu retracer le contrat d’associé

nominal signé, mais réfère à un document non signé163. Il n’a retracé aucune convention

d’honoraires concernant cet avocat.

Madame Suzanne Laberge

[268] Comme déjà mentionné dans le cadre du chef 1, madame Laberge est inspectrice-

enquêtrice au Barreau et a fait enquête à la suite d’une demande du bureau du syndic.

[269] Le 21 mai 2010, le chèque payable à la succession s’élevant à 171 131,12 $ est

déposé dans le compte en fidéicommis numéro 100-704-6 de « Barakatt Harvey,

S.E.N.C.R.L., société d’avocats en fidéicommis »164.

[270] Lors de son témoignage et à l’aide de son rapport, elle explique de quelle façon il

a été disposé de cette somme.

La preuve de l’intimé sous les chefs 3 à 6 (appropriation)

Madame Elizabeth Galant

[271] Madame Galant travaille pour l’intimé, comme adjointe, de juin 2010 à janvier 2011

puis, une seconde fois, de juin 2019 à janvier 2020.

[272] Questionnée sur la facture du 17 mai 2010 au montant de 15 299,50 $ portant le

numéro 7309 et la facture du 7 septembre 2010 au montant de 6 500 $, elle ne garde

aucun souvenir de ces documents.

163 Pièce I-2.


164 Pièce P-14, annexes 00032 (livre annuel 2010), 00046 à 00048 (relevé bancaire de Barakatt Harvey,
copie du chèque de 171 131,12 $, bordereau de dépôt du chèque dans le compte bancaire).
06-18-03165 PAGE 66

[273] Quant aux factures 7353 et 7354, elle dit avoir remis à monsieur AS la facture au

montant de 2 437,25 $, car ce client n’avait pas reçu la seconde page de ce document.

[274] Par ailleurs, elle conserve un souvenir de la facture de 33 100 $ du 10 septembre

2010165. Elle mentionne que monsieur AS disait être surpris du montant.

[275] Elle relate avoir vu l’intimé et monsieur AS assis dans la salle de conférence en

septembre ou en automne 2010. Elle a photocopié trois documents. La copie a été remise

à monsieur AS et elle a laissé l’original à l’intimé. Elle affirme avoir vu des initiales.

[276] Quant à la facture du 11 janvier 2011 portant la mention « projet » au montant de

7 000 $. Elle mentionne qu’un chèque au montant de 75 000 $ « lui dit quelque chose »,

car il était attaché à ce projet.

[277] En contre-interrogatoire, madame Galant, âgée de 44 ans, dit connaître l’intimé

depuis environ 26 ou 27 ans.

[278] Elle relate avoir été condamnée à l’époque pour ne pas avoir déclaré sa situation

maritale aux autorités. L’intimé représentait son ex-conjoint.

[279] Ils ont gardé contact, car elle est retournée devant la Cour supérieure et elle a

retenu les services de l’intimé. Ils ont continué à échanger et l’intimé connaît sa fille.

[280] Quant à monsieur AS, elle l’a vu deux ou trois fois. Elle ne peut toutefois le décrire

lorsque questionnée à ce sujet.

165 Pièce P-4, pages 68 et 69.


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[281] Lorsqu’on lui exhibe la facture du 29 juin 2010 au montant de 1 269 $ et portant le

numéro 7354166, elle admet qu’elle pourrait tout aussi bien avoir vu cette facture et non

pas celle de 2 437,25 $ dont elle vient de faire état.

[282] Alors qu’elle témoigne devant le Conseil le 30 juin 2021, elle précise que l’intimé

lui a présenté, le lundi précédent son témoignage, une lettre de transmission classée

avec cette dernière facture. Elle précise ainsi que le 28 juin 2021, l’intimé l’a rencontrée

et a « sorti les feuilles. » Certaines feuilles, dont la facture du montant de 1 269 $, n’ont

pas été « sorties » par l’intimé.

[283] Finalement, elle explique n’avoir fait que du travail de photocopies pendant son

emploi avec l’intimé. Elle ne peut pas dire si les documents que l’intimé lui a montrés

quelques jours avant son témoignage étaient agrafés ensemble à l’époque.

[284] Elle explique que ce n’était pas dans ses fonctions d’aller voir les factures. Elle ne

peut dire combien de « grosses factures » elle a vues pendant son emploi.

[285] Elle ajoute que le lundi précédent son témoignage, l’intimé lui a montré deux ou

trois initiales de monsieur AS sur des documents. Elle déclare aussi que si l’intimé ne lui

avait pas montré cela, elle ne s’en souviendrait pas.

166 Pièce P-4, page 30.


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[286] Quant aux initiales apparaissant sur la lettre du 10 septembre 2010 jointe à la

facture de 33 100 $, elle explique les avoir peut-être vues il y a onze ans. Elle reconnaît

qu’il est possible qu’elle ait vu les initiales « AS » sur la facture de 4 482,48 $ provenant

de la maison funéraire167.

[287] Elle conclut en déclarant que, n’eût été sa rencontre avec l’intimé quelques jours

avant son témoignage devant le Conseil, elle n’aurait aucun souvenir de ces évènements.

L’intimé

• La période où l’intimé et Me Barakatt sont associés

[288] L’intimé fait état de son parcours professionnel lequel l’a conduit à fonder en 2006,

avec Me Barakatt, la société en nom collectif à responsabilité limitée « Barakatt Harvey

S.E.N.C.R.L ».

[289] L’intimé précise qu’il ne s’implique pas dans la gestion. Il se décrit comme un

« avocat plaideur ». Ce travail occupe tout son temps puisqu’il représente constamment

des clients devant les tribunaux.

[290] Me Barakatt, s’occupe de la comptabilité, de la finance et de la gestion du cabinet.

L’intimé affirme dégager ce dernier de la nécessité de se présenter devant les cours de

justice. Un client peut être desservi par un ou l’autre des deux associés.

[291] Les services d’un comptable sont retenus pour effectuer la comptabilité. Celui-ci

compile les données que lui transmet Patricia, l’adjointe de Me Barakatt.

167 Pièce P-4, page 62.


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[292] À cette époque, le bureau d’avocats est situé sur le boulevard Henri-Bourassa.

Les locaux sont exigus. Une stagiaire, Ally, s’est jointe à eux. Deux secrétaires

complètent l’équipe.

[293] En février 2008, le bureau d’avocats déménage au 18e étage d’un édifice de la

Banque Nationale situé au 150, boulevard René-Lévesque.

[294] Le bureau a compté jusqu’à 10 à 15 avocats, ce qui provoque beaucoup de

gestion. Le modèle d’affaires est repensé et en octobre ou novembre 2013, le bureau

d’avocats déménage sur la rue Saint-Paul.

[295] L’intimé continue son association avec Me Barakatt jusqu’en avril 2016. Ce dernier

n’était pas « à l’aise » avec son recours intenté contre la plaignante devant un tribunal.

[296] Le 30 avril 2016, l’intimé fonde son propre bureau : Stéphane Harvey inc.

[297] Il s’installe au 7e étage de la tour Jules-Dallaire. Le bureau dans lequel exerce

alors la plaignante est situé au 12e étage du même complexe immobilier.

• Le dossier de monsieur AS

[298] Le 5 juillet 2007, monsieur AS consulte l’intimé. Il s’agit de la première rencontre.

Celui-ci est accompagné de sa conjointe.

[299] Monsieur AS lui explique que son frère est sur le point de décéder d’un cancer. Ce

décès survient d’ailleurs quelques jours plus tard, soit le 10 juillet.


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[300] Il l’informe que son frère a un enfant mineur, une jeune fille. Or, la mère de celle-

ci réclame une pension alimentaire. Des procédures sont pendantes devant les tribunaux

à ce sujet.

[301] C’est dans ce contexte que l’intimé est informé que le frère de monsieur AS a fait

un testament avantageant sa fille et deux médecins agissent comme témoins. Une

contestation de madame P est anticipée.

[302] L’intimé fait état de documents qui lui ont été remis par monsieur AS à ce

moment168.

[303] L’intimé accepte le mandat. Toutefois, monsieur AS lui explique ne pas avoir

d’argent pour le moment, mais qu’il existe une police d’assurance-vie. Parallèlement, il y

a le dossier de pension alimentaire.

[304] Lors de cette rencontre, l’intimé dit qu’ils n’ont « pas parlé beaucoup

d’honoraires ». Il voulait examiner le dossier et il a été convenu de se revoir.

[305] Monsieur AS est alors accompagné par sa conjointe, madame DA, laquelle

n’intervient presque pas.

[306] Le frère de monsieur AS décède le 10 juillet 2007.

[307] Le 20 juillet 2007, monsieur AS rencontre l’intimé pour la deuxième fois. Sa

conjointe n’est pas présente et il ne reverra celle-ci que le 27 mai 2010.

168 Pièce I-7, pages 7 à 21 (lettre de Me Goulet du 3 juin 2015, jugement convention intervenue sur garde
d’enfant, droit de visite et pension alimentaire).
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[308] Lors de cette rencontre du 20 juillet 2007, une entente est conclue relativement au

paiement de ses honoraires professionnels. À cette même date, monsieur AS signe un

affidavit à l’appui de la requête en vérification de testament169.

[309] Selon l’intimé, monsieur AS ne veut pas investir de l’argent et souhaite que l’intimé

assume les déboursés dans l’attente du règlement du dossier de la succession de son

frère. Il demande aussi que l’intimé s’occupe de la pension alimentaire à être versée.

[310] Le testament du frère de monsieur AS le désigne comme liquidateur et exécuteur

testamentaire. La jeune fille est l’héritière. Or, monsieur AS craint que madame P, la mère

de la jeune fille, ne dilapide les fonds.

[311] L’intimé supervise le travail de la stagiaire Ally et intervient notamment pour

permettre à l’enfant de voir son père avant le décès170. Il invoque que la mère de l’enfant

s’opposait à cette visite et réfère une correspondance au dossier laquelle indique plutôt

que cette dernière acceptait, mais demandait que les frais de déplacement soient

assumés par monsieur AS171.

[312] L’intimé fait état des différentes démarches et correspondances pour procéder à

la vérification du testament du frère de monsieur AS172. Puis, en raison du décès, des

demandes proviennent de l’avocat de la mère de l’enfant relativement à la garde de la

169 Pièce I-30.


170 Pièce I-8, page 22 : lettre du 5 juillet 2007; Pièce I-9, page 24; Pièce I-10 : lettre transmise par l’intimé
à Me Lavin le 5 juillet 2007 et réponse de Me Lavin produite sous la pièce I-11.
171 Pièce I-8, page 31 : lettre de Me Lavin du 6 juillet 2007.
172 Pièce I-14.
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jeune fille et une demande de pension alimentaire pour celle-ci au montant de 229,35 $

par mois173.

[313] Selon l’intimé, le dossier relatif à la vérification de testament était très litigieux.

• Explications de l’intimé relativement à l’entente quant aux honoraires

professionnels

[314] Au sujet de l’entente sur les honoraires professionnels, l’intimé réitère ce qu’il a

déjà expliqué dans sa lettre du 16 mars 2015 au syndic adjoint Me Pierre Gabriel

Guimont174 et réitéré au syndic en titre le 25 février 2016175 :

Il n’y avait pas d’honoraires si nous n’avions pas gain de cause, mais dans le cas
d’un succès, tous nos honoraires seraient facturés et payés, plus un supplément
d’honoraires professionnels à titre de prime de performance et pour avoir supporté
le dossier au niveau des frais et des honoraires, sans jamais dépasser un tiers des
montants perçus, outre les taxes et le déboursés. C’est ce supplément
d’honoraires qui est visé par la contestation de monsieur [AS]. Nous nous en
sommes pourtant tenus à l’entente intervenue avec monsieur [AS] pour la
facturation du cabinet.

[315] Pour l’intimé, le supplément d’honoraires facturé en septembre 2010 s’explique,

car il a « supporté » le dossier. Aucune facturation n’est faite avant le 27 mai 2010. Il ne

devait toutefois pas dépasser en réclamation d’honoraires professionnels le tiers des

montants perçus, notamment en cas de règlement rapide du dossier.

173 Pièce I-15, page 42 : lettre de Me Lavin du 31 juillet 2007; Pièce I-27, pages 99 à 145.
174 Pièce RA-65.
175 Pièce RA-63 c).
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[316] L’intimé a accepté une telle entente, car il y avait un climat de confiance.

Monsieur AS lui a été référé par un collègue de travail de ce dernier. Or, ce collègue de

travail de monsieur AS était aussi un très bon client de l’intimé. L’intimé ajoute avoir agi

par compassion et altruisme même si le résultat s’avérait incertain.

[317] Ainsi, selon l’intimé, une fois établie la totalité des honoraires professionnels, dans

une seconde étape, il avait une entente avec monsieur AS selon laquelle un

« supplément d’honoraires » allait lui être facturé sur la base d’un pourcentage calculé

en fonction des honoraires professionnels facturés. L’intimé rappelle qu’il a attendu que

le dossier de la succession soit finalisé devant le tribunal pour débuter sa facturation. Par

la force des choses, celle-ci allait rétroagir. En effet, il a accepté que ses honoraires soient

payés uniquement s’il a gain de cause. Or, il a fallu plus de deux années entre le moment

où le mandat lui a été confié et celui où son travail s’est terminé.

[318] En janvier 2011, monsieur AS décide de garder une somme plus importante, soit

75 000 $, pour la faire fructifier lui-même, car l’intimé ne pouvait faire de placements à

partir de son compte en fidéicommis.

[319] Le dossier de vérification du testament s’est réglé le 14 avril 2010. Par la suite, il

a récupéré le produit de l’assurance-vie, soit un peu plus de 171 131,12 $. Il a aussi

obtenu une partie du salaire impayé au frère de monsieur AS, soit 446,05 $. Enfin, un

chèque de 2 431,73 $ lui a été remis par Revenu Québec le 5 avril 2012. Cette dernière

somme d’argent se trouvait dans un compte de la Caisse populaire.


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[320] Ainsi, en avril ou juin 2012, le travail de l’intimé est pratiquement terminé. Il a

obtenu le produit de la police d’assurance-vie et la distribution des sommes est faite. Il

ne reste alors qu’à administrer la pension mensuelle payable à la jeune héritière et, pour

cela, il reçoit des honoraires de 2,25 % payés à partir d’une base de 50 000 $ comme le

prévoit la convention signée avec monsieur AS176.

[321] L’intimé contredit le témoignage de madame DA selon lequel il aurait proposé

l’intervention de Me Fernand Moisan au motif que celui-ci « coûte moins cher ». Il affirme

que Me Moisan n’a pas encore joint son bureau à cette époque. L’intimé précise toutefois

que d’autres avocats ont été embauchés avant Me Moisan, dont Me Fortier.

• Explications de l’intimé relativement au contenu des factures

La facture 7309

[322] La facture 7309177 porte la date du 27 mai 2010. Elle s’élève à 15 299,50 $ après

taxes (13 639,92 $ avant taxes). Les paraphes « AS » sont inscrits près de ce dernier

montant. Un document joint fait état du travail effectué du 16 décembre 2008 au 4 février

2010. La facture fait état du temps effectué par l’intimé, Me Moisan et la stagiaire Ally.

[323] L’intimé relate avoir remis cette facture de main à main à monsieur AS. Comme il

ne s’agit pas de la facture finale, il était trop tôt pour discuter du supplément d’honoraires

qu’il qualifie aussi de « prime de performance ». À ce moment, l’intimé n’a pas encore

176 Pièce P-4, page 42.


177 Pièce P-4, pages 7 et 8 aussi reproduites à la pièce P-23, page 21. Le numéro de dossier est S-07-
458, le chiffre « 4 » correspond au numéro attribué à l’intimé, le chiffre « 07 » réfère à l’année
d’ouverture du dossier et le chiffre 58 signifie qu’il s’agit du 58 ième dossiers ouvert sous la « cote » de
l’intimé.
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comptabilisé la période du 5 février 2010 jusqu’à la date de la facturation. De plus, la

période du 5 juillet 2007 au 16 décembre 2008 n’a pas encore été facturée. Pour calculer

la prime de performance, l’ampleur du travail effectué doit être comptabilisée.

Les factures 7353 et 7354

[324] Le 29 juin 2010, par la facture 7353178, l’intimé facture une des deux périodes

manquantes, du 5 février 2009179 au 29 juin 2010. La facture s’élève à 2 437,25 $180. Un

document joint fait état du travail effectué du 5 février 2010 au 29 juin 2010. L’intimé ne

rencontre pas monsieur AS, mais déclare l’avoir avisé verbalement qu’il allait lui réclamer

9 ½ heures pour cette période. La facture 7354181 concerne plutôt les frais de gestion de

2,25 %. Un montant de 1 269,84 $ (1 125 $ avant taxes) est réclamé. L’intimé précise

avoir transmis ces factures par la poste.

[325] Le même jour, Me Barakatt fait un chèque à l’ordre de Barakatt Harvey pour payer

le total de ces deux factures182.

178 Pièce P-4, page 32 de 689 et pièce P-13, page 32 de 329.


179 Pièce P-4, page 24 : L’intimé fait état d’une coquille dans sa lettre et la partie supérieure de la facture,
car la date du 5 février 2009 devrait plutôt se lire 5 février 2010.
180 Pièce P-4, page 33.
181 Pièce P-4, pages 30 et 31.
182 Pièce P-4, page 25, chèque numéro 314 au montant de 3 707,09 $. Il précise que dans le tableau
transmis ultérieurement à la plaignante, pièce RA-71, une erreur s’est glissée, car il a indiqué
2 707,09 $.
06-18-03165 PAGE 76

[326] Selon l’intimé, monsieur AS appelle pour dire qu’il manque la seconde page de la

facture 7353. Il revient au bureau pour venir la chercher. D’où la présence d’un billet rose

dans son dossier indiquant que le 9 juillet 2010 monsieur AS s’est déplacé pour obtenir

la page manquante183.

[327] Ce billet rose fournit les coordonnées téléphoniques de monsieur AS avec la

mention « est venu ». Le bref message est le suivant : « voir page 2 ». Puis, l’intimé

déclare que la seconde page de la facture 7353 est jointe à ce billet.

[328] Selon l’intimé, il s’agit d’une preuve éloquente de la réception de cette facture.

La facture 7367

[329] La facture 7367 porte la date du 7 septembre 2010184. L’intimé déclare y avoir

facturé la période manquante, soit du 5 juillet 2007 au 16 décembre 2008.

[330] Cette facture fait état d’un ajustement du temps effectué par l’intimé du

16 décembre 2008 au 4 février 2010, soit 25 heures à 225 $ : 6 500 $ après taxes

(5 625 $ plus quelques déboursés : 5 758 $ avant taxes).

[331] L’intimé souligne que Me Moisan ne travaille pas encore au bureau en 2009.

[332] Il a révisé le travail effectué par la stagiaire Ally185

183 Pièce P-4, pages 22 et 23.


184 Pièce P-4, pages 11 à 15.
185 Pièce I-6, pages 1 à 6 : L’intimé déclare que cette pièce est en lien avec la pièce P-4, page 15.
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[333] Cette facture est jointe à une lettre du 7 septembre 2010 186 laquelle fait état des

services professionnels rendus entre le 16 décembre 2008 et le 4 février 2010 ainsi qu’un

document expliquant « la période précédant le 16 décembre 2008 (25 heures) »187. Ce

document explicatif fait état des actions posées avant le 16 décembre 2008 pour justifier

cette facture.

[334] Nonobstant ce qui est mentionné plus haut, l’intimé déclare que la période du

5 juillet 2007 au 16 décembre 2008 n’a pas encore été facturée. À son retour de vacances

en août 2010, il effectue la facturation. Il ajoute avoir parlé à monsieur AS relativement à

un ajustement de 25 heures à 225 $ l’heure. Il précise que cela a été convenu au début

du mois d’août 2010, soit le nombre d’heures antérieures au 16 décembre 2008.

[335] Il explique le délai de deux ans pour facturer par le fait qu’il devait attendre d’avoir

gain de cause, soit après la vérification du testament en avril 2010, et de recevoir le

produit de la police d’assurance-vie en mai 2010.

[336] L’intimé réfère à une note écrite de sa main188 indiquant que l’ajustement s’élève

à 6 500 $ pour la période qu’il dit avoir effectuée entre le 16 décembre 2008 et le 4 février

2010. Selon l’intimé, le nombre d’heures facturables a été convenu verbalement avec

monsieur AS. Cette note est inscrite sur une feuille où apparaît une photocopie du chèque

186 Pièce P-4, page 14


187 Pièce P-4, page 17.
188 Pièce P-4, page 20.
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0330 du 1er août 2010 que l’intimé reconnaît avoir signé189. Le chèque 330 et le chèque

336 forment un total de 6 500 $, le second est en date du 7 septembre 2010190.

[337] L’intimé reconnaît que le chèque du début août 2010 portant le numéro 330 en

faveur de Barakatt Harvey est tiré avant que la facture ne soit transmise au client par la

lettre du 7 septembre suivant. Il invoque toutefois avoir discuté à ce sujet avec

monsieur AS et que cela correspond à leur entente. De plus, il ajoute avoir discuté de sa

prime de performance à cette occasion.

La facture 7377

[338] La facture 7377 porte la date du 10 septembre 2010 et s’élève à 33 100,49 $191.

L’intimé fait aussi état de calculs manuscrits192 pour établir ce montant décrit comme un

supplément d’honoraires.

[339] Il déclare avoir montré ces calculs à Me Barakatt puis à monsieur AS, car celui-ci

s’est présenté à son bureau le ou vers le 10 septembre 2010. À cette date, il convient

avec ce dernier de la prime de performance.

[340] L’intimé note que seul le nom de monsieur AS apparaît dans le haut de sa lettre et

il n’y a pas d’adresse indiquée. La lettre n’a pas été transmise par la poste.

[341] L’intimé affirme avoir remis cette lettre en mains propres à monsieur AS et que

celui-ci y a apposé les paraphes.

189 Pièce P-4, page 19.


190 Pièce P-4, page 20.
191 Pièce P-4, pages 67, 68 et 69.
192 Pièce P-4, page 71.
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[342] Une fois les paraphes obtenus, il a demandé une copie de la lettre à son adjointe

Élizabeth afin de la remettre à monsieur AS. C’est pour cette raison que le 10 septembre

2010, l’intimé fait un chèque au montant de 33 100,49 $193 qu’il a signé.

[343] Quant au calcul ayant mené à la facture 7377, il explique que ses honoraires

professionnels facturés s’élèvent à 24 506,59 $ (15 299 $ + 3 707,09 $ + 6 500 $) qui

sont soustraits du montant récupéré de l’assureur (171 131,12 $).

[344] Selon l’intimé, il a droit à un supplément d’honoraires équivalent à 20 % du solde

(171 131,12 $ - 24 506,59 $ = 146 624,53 $ X 20 % = 29 324,91 $) auquel il faut ajouter

les taxes pour arriver au montant réclamé à ce titre, soit 33 100 $.

La facture 7518

[345] Le ou vers le 11 janvier 2011, l’intimé prépare une facture portant cette date. Cette

facture sans numéro est identifiée comme étant un : « projet ». Le montant avant taxes

est de 6 144,39 $, ce qui correspond après taxes à un montant de 7 000 $194.

[346] L’intimé affirme avoir convenu avec monsieur AS « de mettre un trait » sur ses

honoraires et de mettre fin à la convention de fidéicommis : « On s’est entendu pour

7 000 $ pour fermer la fiducie ».

193 Pièce P-4, page 70, chèque 0338 du 10 septembre 2010.


194 Pièce P-4, page 42.
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[347] Le ou vers le 11 janvier 2011, monsieur AS se présente à la réception pour

récupérer le chèque de 75 000 $ portant cette dernière date195. Comme déjà expliqué, il

veut administrer cette somme, car l’argent en fidéicommis ne produit aucun rendement.

[348] Selon l’intimé, monsieur AS retire cette dernière somme quitte à ce qu’il paye lui-

même la pension à sa nièce si les montants détenus en fidéicommis sont épuisés.

[349] La facture « projet » de 7 000 $ est alors remise196.

[350] Le 2 février 2011, Barakatt Harvey paye cette facture à même le compte en

fidéicommis197. Le grand livre note erronément que la somme est versée à monsieur AS.

[351] L’intimé s’est rendu compte plus tard que la facture de 7 000 $ ne porte aucun

numéro. D’où la facture 7518 du 17 août 2011198.

Les autres paiements

[352] En septembre 2010, quelques factures sont présentées par monsieur AS pour

paiement : 4 482 $ (salon funéraire), 2 712,63 $ et 657,02 $ (chèques à monsieur AS).

[353] Le 5 avril 2012, l’intimé écrit à Revenu Québec pour récupérer le solde d’un compte

(2 431,73 $) du frère de monsieur AS dans une Caisse populaire199.

195 Pièce P-14, page 73, chèque 354.


196 Pièce P-13, page 42.
197 Pièce P-4, page 40.
198 Pièce P-4, page 38 laquelle se retrouve également à la pièce P-13, page 44.
199 Pièce I-52.
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[354] L’intimé explique avoir récupéré cette somme et en avoir discuté le 31 mai 2012

avec monsieur AS au téléphone. Il n’a pas facturé d’honoraires professionnels, car ces

services sont inclus dans la facture de 7 000 $ déjà discutée.

[355] Le 31 mai 2012200, l’intimé écrit à monsieur AS que ce dernier a confirmé avoir

reçu la facture 7377 du 10 septembre 2010 au montant de 33 100,49 $ et non celle du

17 août 2011. Il lui renvoie cette dernière. Cette lettre de l’intimé n’est pas signée.

[356] À compter de 2012, son travail se limite à verser la pension au bénéfice de la

jeune fille.

[357] L’intimé invoque avoir comptabilisé au fur et à mesure le temps sur des notes

conservées séparément, ce qui ne peut être retenu. Ces notes n’ont pas été produites.

• Les relations entre l’intimé et monsieur AS se dégradent

[358] Selon l’intimé ses relations avec monsieur AS se dégradent en 2014.

[359] En février 2014, l’intimé le rencontre afin de préparer son témoignage dans une

autre affaire concernant un collègue de travail. Il affirme avoir dit à monsieur AS qu’il

fallait se rencontrer, mais ce dernier lui répliquait ne pas avoir le temps d’aller à son

bureau. L’intimé lui offre de se déplacer, mais monsieur AS ne donne pas de suite.

[360] À la mi-octobre 2014, il reçoit un courriel de monsieur AS auquel l’intimé répond le

lendemain par une invitation à dîner. Or, ce dernier s’entête à tout recevoir par courriel.

200 Pièce P-4, page 41.


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[361] L’intimé veut fermer le compte en fidéicommis et lui remettre le solde, lequel

s’établit à 126,91 $ au 1er mars 2015201. Un chèque de ce montant n’a jamais été encaissé

par monsieur AS après que l’intimé l’ait transmis à la plaignante.

[362] L’intimé considère que « l’élément déclencheur » est l’extrait du grand livre

transmis à monsieur AS.

[363] Puis, le 20 octobre 2014, l’intimé dit avoir reçu de monsieur AS un courriel qu’il

considère diffamatoire, car il affirme avoir un doute très raisonnable sur sa gestion des

sommes confiées en fidéicommis. Son associé, Me Barakatt, a pris le relais à compter du

21 octobre 2014. Puis, le 5 novembre 2014, il fait signifier à monsieur AS une mise en

demeure.

[364] En octobre 2014, monsieur AS s’impatiente. Il veut une preuve du solde du compte

en fidéicommis202.

[365] L’intimé fait grand état d’un petit feuillet rose pour laisser des messages, lequel se

trouve dans son dossier. Celui-ci porte la date du 6 novembre 2014203 et concerne

monsieur AS. L’intimé reconnaît toutefois qu’il ne sait pas qui a écrit les mots suivants :

« aimerait avoir le rapport comptable pour faire la vérification avec ses factures ».

Position de la plaignante sous les chefs 3 à 6 (appropriation)

[366] La plaignante fait état d’incohérences dans la version de l’intimé.

201 Pièce RA-66, lettre du 31 mai 2016 de l’intimé, page 3 sur 24.
202 Pièce I-6, pages 370 à 384.
203 Pièce I-6, page 385.
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[367] À ce sujet, elle note que l’intimé prétend avoir droit à 33 % du montant obtenu204.

Or, l’intimé prépare cinq factures après avoir obtenu le produit de l’assurance le 13 mai

2010. Selon ce que prétend l’intimé, on aurait pu s’attendre à ce qu’il transmette ses

factures à ce moment et simplement écrire à monsieur AS, en novembre 2014, que les

factures ont été payées à même le compte en fidéicommis. Or, ce n’est pas la position

qu’il tient dans la mise en demeure qu’il lui envoie205.

[368] Par ailleurs, l’intimé n’a présenté aucun écrit pour attester une entente selon

laquelle il peut percevoir les montants qu’il réclame. Puis, les périodes facturées se

chevauchent, ce qui rend douteuses les factures. Pourtant, peu ou pas de procédures

sont faites à compter de juillet 2007. Dans sa longue lettre du 2 février 2015 au syndic

adjoint Guimont, l’intimé n’écrit pas avoir remis à monsieur AS un extrait du grand livre

de 2011 comme il tente de le prétendre maintenant206.

[369] Elle soumet que la version de l’intimé selon laquelle il aurait comptabilisé au fur et

à mesure le temps sur des notes conservées séparément ne peut être retenue. Ces notes

n’ont jamais été produites et le tout est irréaliste.

[370] D’un autre côté, par de nombreux courriels, monsieur AS réclame des comptes-

rendus de la gestion de l’intimé. Il veut des preuves et non pas des invitations à dîner.

204 Pièce P-4, page 164.


205 Pièce P-21, page 14.
206 Pièce P-15, page 6 de 25 et suivantes.
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[371] L’expertise de madame Gervais est un élément supplémentaire pour démontrer

une facture factice. Enfin, la plaignante fait état de l’attitude de l’intimé dans ce dossier et

des différentes demandes pour retarder l’audition de la plainte.

Position de l’intimé sous les chefs 3 à 6 (appropriation)

[372] De son côté, l’intimé réitère les faits déjà invoqués lors de son témoignage. Il infère

que puisque la plaignante a introduit en preuve les explications qu’il a données au bureau

du syndic, le Conseil doit en tenir compte.

[373] Il argue que le dossier n’était pas simple. Le frère de monsieur AS a écrit un

testament sur son lit de mort pour avantager sa fille. L’affaire n’était pas gagnée.

[374] Selon lui, le Conseil doit accorder une grande crédibilité à madame Élizabeth

Galant. Il revient sur le fait que le billet rose déposé en preuve montre que monsieur AS

est allé chercher une page manquante relativement à une facture, ce qui montre qu’il a

bel et bien reçu celle-ci malgré ses prétentions contraires207.

[375] Il invoque que Me Barakatt corrobore son témoignage quant à la facture de

33 000 $ de septembre 2010, car il se rappelle avoir vu les calculs manuscrits au soutien

du montant réclamé pour la prime de performance. Me Barakatt signe un chèque le 29 juin

2010 au montant de 3 707,09 $ et fait état sur ce chèque du paiement des factures 7354

(1 269,84 $) et 7353 (2 437,75 $)208. Ceci montre que les factures existent. Celui-ci fait

également état de la facture de 7 000 $ qui a liquidé ses honoraires. Par ailleurs, la

207 Pièce P-4, page 22.


208 Pièce P-4, page 25.
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facture projet a été remise en janvier 2011 à la même date que la remise du chèque de

75 000 $ à monsieur AS.

[376] L’intimé argue qu’un feuillet de message indique que monsieur AS voulait un

rapport comptable pour vérifier « ses factures », c’est donc qu’il en avait obtenues209.

[377] Il invoque des contradictions dans le témoignage de monsieur AS.

[378] Entre 2010 et octobre 2014, la preuve ne fait état d’aucune demande écrite de ce

dernier à l’intimé. Or, lorsqu’il fait une demande écrite en octobre 2014, un extrait du

grand livre lui est remis. S’il n’y a pas de demandes écrites avant, c’est parce qu’il a

toujours fait rapport verbalement à monsieur AS pour l’informer. De toute façon, à partir

d’avril 2011, il ne reste qu’à faire les chèques postdatés au bénéfice de la jeune fille.

[379] L’intimé mentionne avoir transmis en février et en mai 2015, dans sa réponse au

syndic adjoint, un rapport à jour, comme demandé par ce dernier210.

[380] En novembre 2014, monsieur AS écrit avoir fait des demandes à l’intimé quant à

sa gestion211. Or, en février 2015, il écrit plutôt qu’il aurait dû avoir fait de telles

demandes212.

209 Pièce P-4, page 4.


210 Pièce P-13, page 1.
211 Pièce P-10, point 12.
212 Pièce P-16, page 7.
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La décision du Conseil sous les chefs 3, 4, 5 et 6 (appropriation)

[381] La disposition de rattachement invoquée à l’égard de ces chefs est la suivante :

Code des professions213


59.2 Nul professionnel ne peut poser un acte dérogatoire à l’honneur ou à la dignité
de sa profession ou à la discipline des membres de l’ordre, ni exercer une
profession, un métier, une industrie, un commerce, une charge ou une fonction qui
est incompatible avec l’honneur, la dignité ou l’exercice de sa profession.

Le droit

[382] L’article 59.2 du Code des professions constitue une disposition générale pouvant

servir de fondement à l’infraction déontologique reprochée aux chefs 3 à 6214, soit

l’appropriation. Le libellé de cette disposition permet au Conseil d’exercer sa discrétion

pour déterminer ce qui constitue pour les pairs un comportement contraire à l’honneur et

la dignité de la profession.

[383] La notion d’appropriation n’est pas définie au Code des professions. Dans l’affaire

Blanchet c. Avocats (Ordre professionnel des)215, le Tribunal des professions enseigne

ce qui suit à ce sujet :

[102] Les chefs d’infraction ne renvoient à aucune disposition législative. Il


n’existe en effet aucune définition du terme «appropriation» dans les textes légaux
mentionnés précédemment. De fait, le lien de rattachement juridique des
infractions se trouve aux articles 59.2 et 12 du Code [51] énonçant qu’il revient au
comité de décider si l’acte reproché est dérogatoire à l’honneur ou à la dignité de
la profession ou à la discipline des membres de l’ordre.
[103] Ces considérations autorisent donc de s’en rapporter au sens qu’a, dans la
langue française, le terme appropriation.

213 RLRQ, c. C-26.


214 Petit c. Avocats (Ordre professionnel des), 2021 QCTP 26, paragr. 179 (demande de sursis rejetée :
2021 QCCS 1406 et permission d’en appeler de ce jugement rejetée : 2021 QCCA 745).
215 Blanchet c. Avocats (Ordre professionnel des), 2005 QCTP 60.
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[104] L’appropriation évoque l’action de s’approprier, c’est-à-dire de faire sien, de


s’attribuer la propriété de, de se donner la propriété de[52].
[105] Dans l’affaire Tribunal-Avocats-3[53], le Tribunal écrit au sujet de la décision
du comité de discipline concluant à l’appropriation d’une somme d’argent :
« Ce qui constitue l’élément important de la décision, c’est la notion
d’autorisation du client. On a vu que pour la détention il faut, soit se
conformer aux dispositions du règlement en cas de silence du
mandant, soit agir à l’intérieur des limites du mandat (art. 3.04 et 3.06)
donné par le client. Si pour la détention, la garde et la conservation on
exige, à défaut de la règle, l’autorisation du client, ne faut-il pas en cas
de retrait du compte exiger cette autorisation, à défaut de suivre la
règle?
Dans le cas sous étude, le retrait des fonds reçus en fidéicommis d’une
façon contraire au règlement et leur détention sans l’autorisation du
client font que l’avocat a agi envers cette somme comme si elle était sa
propriété, peu importe ce qu’il en a fait. C’est s’approprier cette somme,
agir envers elle comme si elle était sienne parce que c’est agir
contrairement au mandat, soit celui autorisé par le client ou prévu, à
défaut d’instructions du client, par la loi ou le règlement»[54].
[106] Dans l’affaire Tribunal-Avocats-4[55], le Tribunal postule que de ne pas
suivre les instructions du client et d’employer les sommes qui lui sont confiées pour
une fin spécifique fait en sorte que l’avocat les soustrait à son client et se les
approprie.
[107] Dans Tribunal-Avocats-3[56], notre Tribunal souligne encore :
« L’avocat est le paradigme du mandataire. C’est essentiellement celui
qui agit pour autrui, qui promeut et défend les intérêts de son mandant.
Ce type de mandat est régi par les instructions du client, mais aussi par
la loi et les règlements de l’organisme professionnel qui en précisent
l’exercice.
Si on considère la réception de sommes d’argent par l’avocat, sommes
d’argent reçues en fidéicommis, à défaut d’instructions du client, le
mandat doit être rempli, exécuté selon ce que le règlement prévoit, le
règlement étant alors le mandat en ce qui concerne les sommes reçues
en fidéicommis. Celui qui ne remplit pas son mandat, qui ne l’exécute
pas selon son contenu enfreint la loi. »[57]
[108] De manière générale, l’on voit que le vocable appropriation, d’une part,
évoque l’idée de prendre à autrui, pour son avantage [58], et d’autre part, s’associe
à une trahison des intérêts du client.
[Références omises]
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L’application du droit aux faits

[384] À la fin du mois de mai 2010, un montant de 171 131,12 $ est déposé dans le

compte en fidéicommis numéro 100 704-6 de « Barakatt Harvey, S.E.N.C.R.L., société

d’avocats en fidéicommis »216.

[385] Les montants payés à même ce compte en fidéicommis sont exposés par

madame Laberge. Cette liste est dressée à même l’information obtenue du bureau où

exerçait l’intimé pendant la période en litige. Pendant l’audition, ces informations n’ont

pas été remises en cause217 :

• Remboursement de frais funéraires : 4 482,48 $;

• Arrérages de pension alimentaire pour la nièce de AS : 8 045 $;

• Pension alimentaire pour cette nièce : 13 750 $;

• Montant versé à monsieur AS : 78 369,65 $;

• Montants payés à Barakatt Harvey218 : 65 607,08 $;

• Au 31 janvier 2015, il reste la somme de 876,91 $ dans le compte.

[386] Relativement aux montants payés à Barakatt Harvey, soit 56 374,25 $, ces

montants sont à titre d’honoraires professionnels (auxquels il faut ajouter 1 776,50 $ à

titre de débours et 7 456,33 $ à titre de taxes) :

216 Pièce P-14, annexes 00032 (livre annuel 2010), 00046 à 00048 (relevé bancaire de Barakatt Harvey,
copie du chèque de 171 131,12 $, bordereau de dépôt du chèque dans le compte bancaire).
217 Pièce P-14, page 3 et annexes 00169 à 00192.
218 Pièce P-14 : 15 299,50 $, chèque no 292 (annexe 00051); 3 707,09 $, chèque no 314 (annexe 00051);
4 500 $, chèque no 330 (annexe 00056); 2 000 $, chèque no 336 (annexe 00059); 33 100,49 $, chèque
no 338 (annexe 00059); 7 000 $, chèque no 359 (annexe 00069).
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Date de la facture # de facture Date encaissement Total (honoraires,


taxes et déboursés)

27 mai 2010 7309 1er juin 2010 15 299,50 $

29 juin 2010 7353 30 juin 2010 2 437,25 $ (chef 3)

29 juin 2010 7354 30 juin 2010 1 269,84 $


(Frais de gestion)219

7 septembre 2010 7367 2 août 2010 : 4 500 $ 6 500 $ (chef 4)


8 sept. 2010 : 2 000 $

10 septembre 2010 7377 13 septembre 2010 33 100,49 $ (chef 5)

11 janvier 2011 « Projet » 2 février 2011 7 000 $ (chef 6)


et 7518

[387] Pour les motifs déjà exprimés, le Conseil retient les précisions suivantes apportées

par madame Laberge relativement au tableau qui précède :

Quant à la facture mentionnée au chef 4 :

• Le 2 août 2010, un chèque (numéro 330) au montant de 4 500 $ payable à


Barakatt Harvey est encaissé. Ce chèque ne comporte aucune référence à une
facture220. Elle le relie toutefois à la facture 7367221 émise plus tard, soit le
7 septembre 2010;

• Le 8 septembre 2010, un chèque (numéro 336) au montant de 2 000 $ payable


à Barakatt Harvey est également encaissé. Encore là, il n’y a pas de numéro
de facture222 et madame Laberge le relie à la facture 7367223.

219 Pièce P-4, pages 30 et 31.


220 Pièce P-14, page 62.
221 Pièce P-14, page 187.
222 Pièce P-14, page 65.
223 Pièce P-14, page 187.
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• Ces deux derniers montants forment un total de 6 500 $ (honoraires


professionnels de 5 625 $ auxquels il faut ajouter les déboursés et les frais).

Quant au montant de 7 000 $ mentionné au chef 6 :

• Une lettre portant la date du 5 novembre 2014 de Barakatt société d’avocats à


monsieur AS fait état d’une entente selon laquelle la facturation maximale
n’excédera pas 33 % de la somme provenant de l’assureur, ce qui représente
56 473,27 $224. On y mentionne une facture de 7 000 $ du 17 août 2011225. Le
2 février 2011, la somme retirée à cette date (chèque 0359226) représente un
montant payable à Barakatt Harvey en lien avec une facture du 11 janvier 2011
s’élevant à 7 000 $ (honoraires professionnels de 6 144,39 $ plus les taxes
applicables) comportant la mention « projet »227. Cette somme est retirée du
compte le 2 février 2011. Bien que la carte client228 indique que le paiement a
été fait à monsieur AS, en réalité, cette somme est versée à Barakatt Harvey229.
Cette dernière information n’a pas été remise en cause par M e Barakatt ni
contestée par l’intimé lors de son témoignage.

[388] La question est maintenant de déterminer si l’intimé s’est approprié les montants

mentionnés aux chefs 3 à 6. Tel qu’il appert du tableau ci-haut, cette appropriation vise

les honoraires payés à Barakatt Harvey après le 1er juin 2010 à l’exclusion des honoraires

professionnels liés à la convention de gestion de 2,25 % à la suite d’une entente entre

l’intimé et monsieur AS.

[389] Les versions offertes par monsieur AS et l’intimé sont contradictoires.

224 Pièce P-10, page 14 et pièce P-14, page 15.


225 Pièce P-13, page 44.
226 Pièce P-4, page 40.
227 Pièce P-4, page 36.
228 Pièce P-10, page 39.
229 Pièce P-10, page 75, chèque numéro 368.
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[390] Au niveau de l’appréciation des témoignages, dès à présent le Conseil souligne

qu’il préfère la version de monsieur AS à celle de l’intimé quant aux chefs 3 à 6. Celle-ci

est davantage cohérente avec la preuve au dossier, les démarches et les rappels qu’il a

faits comme il sera davantage expliqué lors de l’analyse de ces chefs. La version de

l’intimé selon laquelle il continue à réclamer des ajustements d’honoraires rétroactifs et

une prime de performance apparaît illogique d’autant plus qu’une facture de 15 299,50 $

est acquittée alors que le travail de l’intimé est loin d’être aussi complexe que ce qu’il

prétend comme exposé lors de l’analyse de ces chefs.

[391] De plus, l’intimé ne s’est ménagé aucun écrit pour confirmer ces prétendues

autorisations pour les factures 7353, 7518 et 7367, il invoque avoir eu, à chaque fois, une

autorisation verbale de monsieur AS. Il soumet avoir comptabilisé au fur et à mesure le

temps sur des notes conservées séparément. Or, ces notes n’ont jamais été produites et

le tout apparaît irréaliste.

[392] Cela est d’autant plus étonnant que pour cette dernière facture, il déclare avoir été

autorisé verbalement en août 2010 et que par le chèque numéro 330 il encaisse un

ajustement rétroactif de 25 heures à 225 $ l’heure. Il est illogique que monsieur AS ait

autorisé un tel ajustement alors qu’il venait de payer 15 299,50 $ en début juin 2010 et

que le travail pour lequel il a mandaté l’intimé est pratiquement terminé. Pour ce dernier

« ajustement » de 25 heures, l’intimé se paye en août 2010, mais ne prépare une facture

qu’en septembre. Encore là, il prétend avoir obtenu l’autorisation verbale de monsieur AS

pour facturer après l’encaissement. Tout ceci rend le témoignage de l’intimé moins fiable.

Comme il est analysé ci-après et dans le cadre du chef 11, la crédibilité de l’intimé est
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mise à mal, car la preuve permet de conclure à de faux paraphes sur la facture 7377

visée au chef 5 alors que l’intimé prétend l’avoir remis de main à main à monsieur AS.

[393] Un retour sur les faits pertinents s’impose.

[394] En mai 2007, monsieur AS confie à l’intimé un mandat de vérification du testament

de son frère.

[395] Monsieur AS relate que lors de ses rencontres avec l’intimé, ce dernier lui expose

qu’il s’agit d’une cause facile. En effet, deux médecins ayant traité à l’hôpital le frère de

monsieur AS ont agi comme témoins au testament. Ceux-ci peuvent attester que le frère

de monsieur AS a conservé ses fonctions mentales et cognitives230.

[396] Monsieur AS explique que l’intimé a évalué les honoraires professionnels à une

dizaine de milliers de dollars, mais qu’il allait faire intervenir la stagiaire Ally afin de

maintenir cet ordre de grandeur. Cette explication est corroborée, car la preuve

documentaire montre que cette dernière est intervenue au dossier. Monsieur AS a

accepté de payer les honoraires professionnels sur la base d’un taux horaire, celui de la

stagiaire étant moins élevé que celui de l’intimé.

[397] Madame DA est présente à cette première rencontre de mai 2007. Elle confirme

la version de son conjoint, monsieur AS. Lors de son témoignage, elle mentionne que la

stagiaire et un autre avocat allaient travailler au dossier pour garder le montant des

honoraires plus bas. Elle ne peut préciser le nom de l’avocat lors de son témoignage en

230 Pièce P-4, page 299.


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chef. Lors de son contre-interrogatoire, elle répond, à la suggestion de l’intimé, que cet

autre avocat pouvait être Me Moisan. Le témoignage de l’intimé selon lequel les services

professionnels de Me Moisan n’ont pas été requis avant 2009 va à l’encontre d’au moins

un élément de preuve documentaire. En effet, à la suite du décès du frère de monsieur

AS, l’avis de changement d’état produit par le bureau Barakatt Harvey est déposé au

dossier de la Cour supérieure le 8 août 2007 selon le plumitif produit par l’intimé231. Or,

le nom de l’avocat du bureau Barakatt Harvey inscrit à l’endos de cette procédure est

celui de Me Fernand Moisan232.

[398] Quoi qu’il en soit, le témoignage de madame DA est retenu relativement au fait

que l’intimé leur a représenté que la vérification du testament était une affaire facile et

qu’une dizaine de milliers de dollars allait être suffisant au niveau des honoraires.

[399] Cette position de monsieur AS et de madame DA selon laquelle l’intimé a

représenté que cette cause de vérification de testament s’avérait « facile » est cohérente

avec le fait que deux médecins traitants ont agi comme témoins au testament du frère de

monsieur AS. Ceux-ci peuvent attester que le frère de monsieur AS a conservé ses

fonctions mentales et cognitives233.

[400] Il est vrai que la requête en vérification de testament est initialement contestée par

madame P, la mère de la jeune fille. La stagiaire puis Me Moisan se chargent de faire

avancer le dossier.

231 Pièce I-57, annexes en liasse-plumitif à la page 327 de 523. Voir l’entrée numéro 15 du plumitif.
232 Pièce I-29, endos à la page 150 de 523.
233 Pièce P-4, page 299.
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[401] La demande de vérification de testament est fixée en janvier 2008 et une demande

de remise conjointe des parties est présentée pour tenir compte de la disponibilité des

médecins et du fait que madame P est enceinte depuis quelques mois au moment de la

date fixée pour la présentation de la requête 234. La cause est fixée à nouveau en mai

2008, mais l’intimé demande une nouvelle remise en raison de l’indisponibilité des

médecins235. En février 2010, les avocats de madame P cessent d’occuper236. En mars

2010, l’intimé écrit à un des médecins ayant agi comme témoin au testament pour lui dire

qu’il n’aura pas à se déplacer, car il y a absence de contestation et qu’un affidavit suffit237.

Le testament est vérifié et homologué le 14 avril 2010238.

[402] La preuve au dossier montre donc que le dossier aurait pu procéder plus

rondement, n’eût été des problèmes de disponibilité déjà mentionnés.

[403] La prétention de l’intimé selon laquelle cette affaire est complexe et très litigieuse

et pour cette raison a pris du temps n’est pas cohérente avec les éléments qui viennent

d’être mis en exergue. Que l’intimé insiste sur cet aspect s’explique par sa tentative de

convaincre le Conseil que différents ajustements rétroactifs d’honoraires et prime de

performance peuvent ainsi se justifier après le 1er juin 2020. Le Conseil ne peut le suivre

sur cette voie.

234 Pièce I-24, page 70.


235 Pièce I-25.
236 Pièce I-45, page 240.
237 Pièce I-37.
238 Pièce I-49, page 261.
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[404] Parallèlement, l’intimé a reçu un mandat concernant la pension alimentaire devant

être versée à la jeune fille. Sous cet aspect, le dossier ne semble pas avoir davantage

présenté de complications particulières.

[405] En effet, dès le mois de mars 2010, les avocats de madame P écrivent à Me Moisan

pour lui transmettre un projet de consentement à jugement239. Quelques jours plus tard,

Me Moisan demande à l’avocat de madame P quelques modifications 240. Un nouveau

projet de convention prévoit le versement d’une pension mensuelle de 250 $ et

Me Moisan écrit que le tout pourra être promptement finalisé dès que la vérification du

testament sera complétée241. La question des arrérages se finalise avec quelques

correspondances242. L’intimé envoie douze chèques postdatés en juin 2010243.

[406] En somme, la preuve prépondérante va clairement dans le sens des prétentions

de monsieur AS, le mandat de vérification de testament lui a été représenté comme une

cause facile. Même si madame P a initialement annoncé une contestation, les affidavits

des médecins ayant attesté de la capacité cognitive du frère de monsieur AS ont permis

de faire avancer le dossier sans problème particulier. En outre, le mandat concernant la

pension alimentaire de la jeune fille a pu être effectué par l’intimé, via le travail de

Me Moisan, et ce, sans grandes embûches.

239 Pièce I-36.


240 Pièce I-39.
241 Pièce I-29, page 209.
242 Pièce I-43, page 219.
243 Pièce I-44.
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[407] Le Conseil retient la version de monsieur AS lorsqu’il affirme que dans l’ensemble,

il était prévu de maintenir les honoraires professionnels à une dizaine de milliers de

dollars et que seul un taux horaire a été convenu.

[408] La preuve démontre que l’intimé n’allait facturer ses honoraires professionnels et

ses déboursés qu’une fois le montant du produit de l’assurance-vie récupéré, ce qui fut

possible une fois le testament vérifié. N’eut été des délais déjà mentionnés ci-haut,

l’intimé aurait pu toucher ses honoraires plus rapidement.

[409] Ainsi, à la fin du mois de mai 2010, un chèque de 171 131,12 $ est déposé dans

le compte en fidéicommis de l’intimé.

[410] Dès le 27 mai 2010, monsieur AS et l’intimé se rencontrent. Madame DA est

présente. Cette date est importante puisqu’à ce moment, l’intimé a encaissé le produit de

l’assurance-vie, car il n’y a plus de litige au niveau du testament et le montant de la

pension alimentaire versée à la jeune fille est établi. L’intimé peut alors facturer les

services professionnels rendus par son bureau et réclamer ses déboursés.

[411] Monsieur AS a reconnu avoir accepté les montants facturés en date du 27 mai

2010. Ceux-ci font état du fait que la stagiaire Ally et Me Moisan ont été impliqués dans

le dossier.
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[412] La facture portant le numéro 7309 du 27 mai 2010 réclame à monsieur AS la

somme de 12 018,75 $ à titre d’honoraires avant taxes. Avec les déboursés, après taxes,

le montant à payer est de 15 299,50 $244. Me Harvey réclame 8 ¾ heures à 225 $

(1 968,75 $) pour le travail fait entre le 16 décembre 2008 et le 4 février 2010, le temps

facturé pour Me Moisan est de 29 heures à 250 $ pour la période du 16 décembre 2008

au 4 février 2010 (7 250 $) et dans le cas de la stagiaire Ally, il est de 28 heures à 100 $

pour la période du 5 juillet 2007 au 26 septembre 2008 (2 800 $).

[413] Cette facturation va dans le sens des prétentions de monsieur AS. La stagiaire a

effectué dans un premier temps le travail requis dès le 5 juillet 2007 puis, par la suite,

Me Moisan a pris la relève. Ainsi, 57 heures de travail professionnel ont été facturées par

la stagiaire et Me Moisan pour compléter les mandats confiés qui ne représentent pas de

grandes difficultés. L’intimé a effectué un travail de supervision et réclamé un peu plus

de 8 heures.

[414] Le Conseil retient le témoignage selon lequel monsieur AS s’attendait à une

facture d’une dizaine de milliers de dollars, mais finalement il accepte de payer la facture

même s’il la considère quelque peu élevée.

[415] En outre, à cette rencontre, il signe une convention de gestion par laquelle l’intimé

verse un montant mensuel de 250 $ moyennant des honoraires de 2,25 % sur un montant

plafonné à 50 000 $.

244 Pièce P-23, page 21. Elle se retrouve aussi à la pièce P-4, page 407.
06-18-03165 PAGE 98

[416] Dans ce contexte, la version de monsieur AS selon laquelle il a demandé à l’intimé

de lui remettre un montant de 75 000 $ apparaît logique. En effet, monsieur AS pouvait

comprendre que le travail de l’intimé est presque terminé. Celui-ci peut faire fructifier une

partie de la somme provenant de la police d’assurance-vie au lieu de la laisser dormir

dans un compte en fidéicommis où il ne peut espérer de rendement intéressant. Il suffisait

de laisser assez d’argent au compte en fidéicommis pour que la mère de sa nièce puisse

continuer à recevoir la pension mensuelle pour l’enfant.

[417] Le Conseil retient la version de monsieur AS selon laquelle l’intimé tarde à lui

remettre cette somme jusqu’en janvier 2011, puisqu’il est logique qu’il fasse cette

demande en mai 2010 alors que l’aspect litigieux du travail professionnel est terminé. Il

ne reste alors qu’à procéder au remboursement de quelques factures à monsieur AS pour

des frais qu’il a assumés (frais funéraires, messe, entreposage), transmettre une

demande auprès des autorités fiscales pour récupérer le solde d’un compte à la Caisse

populaire ainsi que le montant d’une paye due au frère de monsieur AS.

[418] Puisque monsieur AS transmet ses demandes de remboursement de certains frais

en septembre 2010, à compter de ce moment, il veut obtenir une reddition de compte de

l’intimé.

[419] Celui-ci communique en 2010 et en 2011 avec l’intimé qui le rassure après que

madame P l’ait informé de retards dans le versement de la pension alimentaire. Puis, il

patiente entre les mois de mai 2010 et de janvier 2011 pour obtenir le montant de

75 000 $.
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[420] Il n’est pas contesté qu’à l’été 2014, monsieur AS se rend au bureau de l’intimé

relativement à une autre affaire impliquant un collègue de travail. À partir de cette période

et jusqu’en octobre 2014, ses demandes pour avoir une reddition de compte se font

insistantes et ses courriels de plus en plus incisifs.

[421] Dans ses courriels envoyés à l’intimé à l’automne 2014, monsieur AS réitère à un

grand nombre de reprises qu’il souhaite obtenir une reddition de compte et rappelle avoir

fait des demandes en ce sens en juin ou juillet 245. L’intimé ne nie pas avoir reçu ces

courriels. Cette documentation supporte la version de monsieur AS selon laquelle il veut

savoir combien d’argent il reste en fidéicommis.

[422] Lorsque monsieur AS se fait plus insistant auprès de l’intimé, Me Barakatt est alors

identifié comme son interlocuteur. Encore là, monsieur AS insiste pour obtenir une

reddition de compte. Me Barakatt ne nie pas que ce dernier fait une telle demande, qu’il

est allé jusqu’à attendre dans le stationnement du bureau d’avocats. Ce n’est qu’après

avoir reçu une demande de monsieur AS, le 7 novembre 2014, que l’adjointe de

Me Barakatt finit par lui envoyer un extrait du grand livre le même jour246. Monsieur AS

constate pour la première fois que plusieurs retraits non autorisés ont été effectués.

[423] Ces multiples démarches de monsieur AS accréditent fortement sa version selon

laquelle il cherchait à savoir ce qui s’est passé avec le produit de l’assurance-vie déposé

dans le compte en fidéicommis.

245 Pièce I-6, pages 358 à 365 de 523 et pièce P-13, pages 181 à 187.
246 Pièce P-13, pages 172 et 173.
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[424] Le Conseil ne retient pas la prétention de l’intimé selon laquelle monsieur AS était

au fait de ces informations et qu’il avait déjà reçu et même approuvé les diverses factures.

Il n’est pas probable que monsieur AS ait envoyé autant de courriels à l’intimé et à

Me Barakatt pour obtenir une reddition de compte s’il avait par ailleurs approuvé les

factures donnant lieu à divers retraits pour des honoraires professionnels après le mois

de juin 2010.

[425] Le Conseil rejette également la prétention de l’intimé selon laquelle un billet rose

en date du 6 novembre 2014247 contredit la version de monsieur AS. L’intimé fait grand

état de ce petit feuillet, qui se trouve dans son dossier et selon lequel monsieur AS :

« aimerais avoir le rapport comptable pour faire la vérification avec ses factures ». Il n’est

pas possible de savoir si cette personne rapporte ou non les paroles de monsieur AS.

L’intimé ne sait pas qui a écrit ce billet. De plus, monsieur AS, dans ses très nombreux

courriels du mois d’octobre précédent, ne fait jamais état d’une demande de « vérification

avec ses factures ». Au contraire, il demande une reddition de compte.

[426] En outre, le Conseil écarte le témoignage de madame Élizabeth Galant. Alors que,

dans un premier temps, elle dit conserver un souvenir des faits, lors de son contre-

interrogatoire elle explique qu’elle n’en aurait conservé aucun, n’eut été du fait que

l’intimé lui a exhibé certains documents quelques jours plus tôt. Encore là, les documents

que lui a montrés l’intimé ont été triés sur le volet. Certains étaient même attachés

247 Pièce P-4, page 309 et pièce I-6, page 385.


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ensemble alors qu’elle affirme ne pas pouvoir dire que c’était le cas pendant la période

en litige.

[427] Alors qu’elle fournit moult détails d’une rencontre qui aurait eu lieu onze ans plus

tôt entre l’intimé et monsieur AS, lors de son contre-interrogatoire, elle ne peut pas décrire

ce dernier. Finalement, en bout de piste, elle déclare à deux reprises ne pas avoir de

souvenirs des faits, elle tient plutôt compte de certains documents qui lui ont été montrés

par l’intimé et du fait qu’il a joint certains d’entre eux ensemble.

[428] Le Conseil n’accorde aucune fiabilité à ce témoignage.

[429] Par ailleurs, la crédibilité de ce témoin a été diminuée grandement. En fait, aux

yeux du Conseil elle est très faible. Bien qu’elle déclare ne conserver aucun souvenir des

faits en litige n’eut été de la préparation de l’intimé, elle accepte de témoigner, car elle le

connaît de longue date et garde contact avec lui depuis ce temps.

[430] Quant au témoignage de Me Barakatt, celui-ci affirme avoir signé, à la demande

de l’intimé, des chèques retirant les sommes du compte en fidéicommis. Il n’avait que

peu ou pas connaissance du dossier impliquant monsieur AS et agissait en fonction des

informations données par l’intimé, son associé, sur qui reposait sa confiance.

[431] Ce n’est que plus tard, à la suite des demandes répétées de monsieur AS que

Me Barakatt s’est informé du dossier. Notamment, lorsqu’il a rencontré ce dernier à son

bureau le 6 novembre 2014, Me Barakatt avait une bien meilleure connaissance du

dossier. À ce sujet, le Conseil préfère la version de monsieur AS quant au déroulement

de cette rencontre. En effet, il apparaît peu vraisemblable, pour ne pas dire incongru, que
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Me Barakatt ignore qu’un huissier se trouve à son bureau et attend monsieur AS dès la

fin de sa rencontre avec lui.

[432] En défense, l’intimé invoque avoir transmis ou remis et fait approuver un certain

nombre de factures après le 27 mai 2010.

[433] Pour chacune de ces quatre factures, le Conseil réitère ce qui vient d’être exposé.

De plus, un certain nombre d’incongruités méritent d’être soulignées relativement à ces

dernières.

La facture 7353 liée au chef 3

[434] Le 29 juin 2010, l’intimé facture à monsieur AS le montant de 2 437,25 $ (chef 3).

Il s’agit de la facture portant le numéro 7353248. L’intimé réclame 9 1/2 heures à 225 $

pour du « temps effectué » pendant la période du 5 février 2009 au 29 juin 2010, soit

2 137,50 $ plus les taxes applicables.

[435] La description du travail jointe en annexe à cette facture recoupe essentiellement

des gestes posés par Me Moisan, lesquels ont déjà fait l’objet d’une facturation. Comme

déjà exposé, c’est surtout Me Moisan qui communique avec les avocats de madame P et

notifie les procédures au dossier249.

[436] La description du travail faite par Me Moisan, le 25 mai 2010, correspond en grande

partie à celle décrite par l’intimé lorsqu’il réclame des honoraires le 29 juin 2010

(communications avec Me Lavin, le Palais de justice, le Dr Mathieu et monsieur AS).

248 Pièce P-13, pages 31 à 33.


249 Pièce P-4, pages 54, 322 et 323.
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[437] S’il fallait accepter la version de l’intimé, c’est comme s’il faisait payer deux fois le

tarif horaire de 225 $ l’heure pour un même travail effectué par lui et par Me Moisan.

Comme déjà mentionné, le Conseil croit monsieur AS lorsqu’il mentionne ne pas avoir

reçu cette facture et, par conséquent, ne pas avoir autorisé l’intimé à retirer ce montant

de 2 437,25 $.

[438] Le fait que Me Barakatt ait signé un chèque le 29 juin 2010250 mentionnant le

numéro de cette facture ne change rien au fait que celle-ci n’a pas été approuvée par

monsieur AS. Il a simplement signé un chèque, comme le lui demandait l’intimé.

[439] Comme déjà expliqué, le 27 mai 2010, monsieur AS croit avoir finalisé le paiement

des honoraires. Tout indique que l’intimé n’a pas obtenu de lui une autorisation pour cette

facture subséquente qui recoupe, en grande partie, une période ayant déjà fait l’objet

d’une facturation.

La facture 7367 liée au chef 4

[440] L’intimé invoque la facture du 7 septembre 2010 (facture au montant de 6 500 $

portant le numéro 7367251), pour justifier un « Ajustement du temps effectué » par lui-

même, soit 25 heures à 225 $ l’heure pour la période du 16 décembre 2008 au 4 février

2010 (5 625 $). Or, comme déjà mentionné, via la facture du 27 mai 2010 approuvée par

monsieur AS, l’intimé a déjà réclamé 8 ¾ heures à 225 $ (1 968,75 $) pour le travail fait

pour la même période252. Comme vu ci-dessus, monsieur AS a déjà payé 57 heures de

250 Pièce P-4, page 25.


251 Pièce P-14, page 187 de 198.
252 Pièce P-23, page 21 et pièce P-4, page 407.
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temps pour du travail fait par la stagiaire et Me Moisan. Dans le contexte déjà décrit, il est

très peu probable que monsieur AS ait approuvé trois mois plus tard une facture

additionnelle par laquelle l’intimé réclame 25 heures à titre « d’ajustement ».

[441] En outre, il existe un flou quant à la pièce justificative liée à cette facture. Selon le

dossier, une feuille détaillant le travail effectué semble jointe à la facture 7367253. Ce

document fait état de « la période précédant le 16 décembre 2008 (25 heures) » dans le

dossier de monsieur AS. Ainsi, la facture « d’ajustement » 7367 ne semble pas être

appuyée par la description du travail jointe à cette facture, car les périodes de facturation

ne correspondent pas.

[442] Ajoutons que la description du travail apparaissant à cette feuille réfère à diverses

conversations et correspondances avec Me Lavin et le greffe de la Cour supérieure (la

Cour) au palais de justice de Cowansville concernant la vérification de testament. Or, un

examen des pièces produites par l’intimé montre que cette correspondance et les

échanges avec cet avocat et la Cour, entre les mois de juillet 2007 et de décembre 2007,

sont régulièrement faits par la stagiaire. Cette correspondance concerne notamment la

visite de la nièce à l’hôpital, la transmission de l’avis de décès, et la reprise d’instance à

la suite de ce décès254. Ceci va dans le sens du témoignage de monsieur AS selon lequel

la stagiaire devait effectuer du travail pour réduire le coût des honoraires de la facture

253 Pièce P-14, page 189 de 198.


254 Pièces I-8 à I-25 se retrouvant aux pages 22 à 76 de 523, pour la période de juillet à décembre 2007.
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7309 du 27 mai 2010 qu’il a approuvée. L’intimé a alors facturé pour superviser ce travail.

Il est illogique que l’intimé refacture en double en septembre 2010 via la facture 7353.

[443] Un autre élément doit être souligné eu égard à la facture 7367. Lors de son

témoignage, madame Laberge démontre que dans les faits, l’intimé a procédé en deux

temps pour retirer la somme de 6 500 $255. Premièrement le 2 août 2010, il retire du

compte en fidéicommis la somme de 4 500 $ via le chèque 330. Puis, le 8 septembre

2010, via le chèque 336, il retire un montant additionnel de 2 000 $, le tout formant un

total de 6 500 $. Étonnamment, ces deux chèques ne comportent aucun numéro de

facture. Il faut conclure que l’intimé a encaissé un premier chèque le 2 août alors qu’il n’y

avait aucune facture avant le mois de septembre 2010. La facture 7367 apparaît avoir

été le véhicule pour tenter de justifier ce double retrait.

[444] Le Conseil réitère qu’il croit monsieur AS lorsqu’il déclare ne pas avoir vu la facture

7367. De plus, vu ce qui précède, cette facture apparaît pour le moins problématique

considérant sa justification et l’historique des chèques.

La facture 7377 liée au chef 5

[445] Quant à la facture du 10 septembre 2010 portant le numéro 7377 256 ayant donné

lieu au retrait de 33 100,49 $ du compte en fidéicommis, comme expliqué ci-haut, celle-

ci survient quelques jours seulement après celle du 7 septembre 2010 où l’intimé

« ajuste » rétroactivement ses honoraires.

255 Pièce P-14, page 62.


256 Pièce P-23, page 24.
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[446] Cette facture ne fait état d’aucune période de facturation. L’intimé réclame ce

montant à titre de « supplément d’honoraires professionnels ». Comme expliqué ci-haut,

le gros du travail a déjà été fait par Me Moisan et la stagiaire et l’intimé a facturé

15 299,50 $ pour leurs honoraires et ses propres honoraires le 27 mai 2010 via la facture

7309257.

[447] Le Conseil croit monsieur AS lorsqu’il considère qu’à la fin du mois de mai 2010

les honoraires liés à la réalisation du mandat de vérification du testament sont à peu près

tous acquittés.

[448] Le 27 mai 2010, monsieur AS s’attendait à payer une dizaine de milliers de dollars

et finalement, le montant s’élève à un peu plus de 15 000 $. Il accepte néanmoins

d’autoriser le montant. Comme déjà mentionné, ce témoignage est cohérent avec la

preuve documentaire, car l’essentiel du travail en lien avec la vérification et la vérification

du testament est finalisé depuis plusieurs semaines. En outre, le nombre d’heures

facturées en mai 2010 est important. Comme déjà expliqué, le mandat de vérification de

testament et celui ayant donné lieu à la conclusion d’une entente sur le versement d’une

pension alimentaire à l’enfant n’ont pas donné lieu à des embûches particulières.

257 Pièce P-23, page 21.


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[449] Il n’y a aucune raison logique qui aurait pu amener monsieur AS le 10 septembre

2010 à autoriser de verser à l’intimé un « supplément d’honoraires » de 29 323,61 $ (soit

33 100,49 $ avec les taxes applicables). La version de monsieur AS selon laquelle seul

un tarif horaire a été accepté par ce dernier apparaît nettement plus cohérente et probable

à la lumière de la preuve.

[450] La position soutenue par l’intimé selon laquelle il pouvait se payer une telle somme

apparaît plutôt invraisemblable et incohérente avec l’ensemble du dossier. Comme déjà

expliqué, ce dossier ne représentait pas de complications particulières ni n’était

hautement litigieux comme le suggère l’intimé.

[451] La lettre du 31 mai 2012258 où l’intimé écrit à monsieur AS que ce dernier lui aurait

confirmé avoir reçu la facture 7377 du 10 septembre 2010 au montant de 33 100,49 $

apparaît comme une manœuvre a posteriori pour tenter de se constituer une preuve. En

outre, cette lettre n’est pas signée.

[452] Encore là, le Conseil juge que la preuve démontre que l’intimé a retiré la somme

mentionnée au chef 5 sans avoir obtenu une autorisation de monsieur AS. Il agit comme

si ces sommes lui appartenaient alors que ce n’est pas le cas.

[453] De plus, considérant l’analyse faite au chef 11 concernant la contrefaçon des

paraphes de monsieur AS, il s’agit d’un motif additionnel selon lequel ce dernier n’a pas

approuvé la facture mentionnée au chef 5.

258 Pièce P-4, page 41.


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La facture 7518 liée au chef 6

[454] Tout comme dans le cas des factures précédemment analysées, l’intimé invoque

comme moyen de défense que monsieur AS a accepté la facture du 17 août 2011 portant

le numéro 7518. Or, le 2 février précédent, l’intimé tire du compte en fidéicommis le

chèque portant le numéro 0359 pour le même montant. Ce chèque ne comporte aucun

numéro de facture.

[455] L’intimé explique cette situation par le fait qu’un « projet de facture » du 11 janvier

2011 pour le même montant a été remis à monsieur AS à cette date en même temps que

le chèque de 75 000 $.

[456] Tant la facture du 11 janvier que celle du 17 août 2011259 ne fournissent aucun

détail quant au travail effectué sauf à mentionner qu’il s’agit d’honoraires de 6 144,39 $

(avant taxes) pour des services professionnels rendus après le 10 septembre 2010. Selon

le tarif horaire réclamé par l’intimé (soit 225 $ l’heure), ce montant représente aux

alentours de 27 heures de travail.

[457] Or, il y a lieu de rappeler que depuis le mois de mai 2010, le travail de l’intimé au

niveau de la vérification de testament est terminé et qu’à la même époque, une entente

est survenue quant au versement de la pension alimentaire pour l’enfant. Même si l’intimé

a récupéré un chèque de paye non versé et le solde d’un compte à la Caisse populaire

par la suite, il apparaît invraisemblable que monsieur AS ait autorisé une telle facture.

Dans le contexte déjà analysé, la version de ce dernier apparaît fortement prépondérante.

259 Pièce P-13, pages 42 et 44 de 329.


06-18-03165 PAGE 109

Le cafouillis de l’intimé quant à la numérotation de sa facturation et le délai mis pour

obtenir un numéro rendent encore moins vraisemblable sa version.

[458] Dans l’ensemble, le Conseil juge que la preuve démontre de manière claire et

prépondérante que l’intimé a retiré du compte en fidéicommis les sommes mentionnées

aux chefs 3 à 6 sans autorisation de monsieur AS. L’intimé a agi envers ces montants

comme s’ils étaient sa propriété.

[459] En agissant ainsi, l’intimé a posé des gestes dérogatoires à l’honneur ou à la

dignité de la profession ou à la discipline des membres de l’Ordre. Il a abusé du privilège

que lui confère la réglementation de détenir un compte en fidéicommis et il a trahi la

confiance de son client en retirant des montants, à plusieurs reprises, sans son

autorisation.

[460] Le Conseil déclare coupable l’intimé d’avoir enfreint l’article 59.2 du Code des

professions sous chacun des chefs 3, 4, 5 et 6 de la plainte disciplinaire.

LE CHEF 9 (défaut de rendre compte - gestion des sommes confiées en

fidéicommis)

La plaignante

[461] La plaignante réfère à la version des faits donnée par monsieur AS, laquelle a déjà

été exposée dans le cadre des chefs précédents.


06-18-03165 PAGE 110

L’intimé

[462] L’intimé invoque avoir régulièrement informé verbalement monsieur AS comme

déjà expliqué dans le cadre des chefs 3 à 6. En outre, les factures transmises à

monsieur AS font état des sommes facturées.

La décision du Conseil sous le chef 9 (défaut de rendre compte - gestion des

sommes confiées en fidéicommis)

[463] La plaignante invoque la disposition de rattachement suivante :

Code de déontologie des avocats260


3.03.03. L'avocat doit rendre compte au client lorsque celui-ci le requiert et être
diligent à son égard dans ses rapports, redditions de comptes et remises.

[464] Pour les raisons déjà mentionnées dans le cadre des chefs 3 à 6, le Conseil retient

le témoignage de monsieur AS et non pas celui de l’intimé.

[465] Rappelons qu’en mai 2010, il demande que lui soit retourné un chèque de

75 000 $, car cet argent ne peut fructifier s’il demeure dans le compte en fidéicommis de

l’intimé alors que le travail de l’intimé est presque terminé. En fait l’argent qui demeure

au compte vise essentiellement à couvrir la pension alimentaire et les besoins de sa

nièce. Or, l’intimé ne lui remet cette somme qu’en janvier 2011261. Puis, en 2011, lorsque

madame P communique avec lui en raison d’un retard dans le versement par l’intimé de

la pension alimentaire, celui-ci le rassure.

260 RLRQ, c. B-1, r. 3.


261 Pièce P-14, page 73, chèque numéro 354.
06-18-03165 PAGE 111

[466] Le Conseil souligne qu’en 2014, les demandes de reddition de compte atteignent

un point culminant :

• En mai ou juin 2014, lorsqu’il se rend au bureau de l’intimé afin de préparer un

témoignage dans une affaire impliquant un collègue de travail, il demande à

nouveau un rapport sur la gestion du compte en fidéicommis.

• Le 17 octobre 2014, l’intimé lui envoie un courriel et lui offre de le rencontrer

pendant un dîner à une date qui reste à être déterminée alors que monsieur AS

rétorque qu’il veut plutôt une preuve écrite du solde et que cela ne devrait

prendre seulement quelques minutes pour lui transmettre l’information262.

Excédé, à la suite d’un échange de nombreux courriels, il lui donne un délai de

48 heures263.

• Le 21 octobre 2014, monsieur AS se fait répondre par une employée de

Barakatt Société d’avocats que Me Michel Barakatt a requis que lui soit remis

le dossier de la succession et qu’il est maintenant l’interlocuteur au dossier264.

Quelques jours plus tard, monsieur AS échange des courriels avec

Me Barakatt. Monsieur AS lui fait remarquer qu’il doit rester quelque 80 000 $

moins les autres frais qu’il doit avoir au dossier.

262 Pièce P-13, page 186.


263 Pièce P-13, pages 174 à 187.
264 Pièce P-13, page 184.
06-18-03165 PAGE 112

• Le 29 octobre 2014, monsieur AS attend Me Barakatt dans le stationnement de

son bureau pour lui demander en personne une reddition de compte 265. Le

3 novembre 2014, il écrit de nouveau à Me Barakatt, car il demeure sans

nouvelles266. Le 4 novembre, il reçoit une invitation pour le rencontrer le

6 novembre 2014.

• Le 6 novembre 2014, monsieur AS rencontre Me Barakatt à son bureau. Il

n’obtient pas l’information souhaitée. Il décide de quitter la salle. Un huissier

l’attend et lui remet une mise en demeure émanant de l’intimé267. Il a lieu de

préciser que cette mise en demeure porte la date du 5 novembre 2014. Ainsi,

au lieu de fournir les précisions demandées quant à la gestion du compte,

l’intimé choisit de le mettre en demeure.

• Le 7 novembre 2014, monsieur AS écrit à Me Barakatt pour lui demander copie

du document faisant état des transactions dans le compte en fidéicommis268.

Le même jour, une adjointe de Me Barakatt lui transmet un relevé du compte

en fidéicommis lequel porte le numéro 07458 portant la mention « Grand Livre

annuel du 01/01/10 au 31/12/10 »269. Monsieur AS réalise que des sommes

ont été retirées du compte en fidéicommis sans son autorisation.

265 Pièce P-35.


266 Pièce P-13, page 179.
267 Pièce P-10, pages 14 à 16.
268 Pièce P-13, page 172.
269 Pièce P-13, pages 172 et 173 (extrait du grand livre pour l’année 2010).
06-18-03165 PAGE 113

[467] La preuve montre clairement qu’au lieu de fournir sans délai l’information

demandée, l’intimé se contente d’inviter monsieur AS à dîner à une date à être fixée. Ce

dernier exige une reddition. L’intimé rétorque par une mise en demeure.

[468] Les démarches de monsieur AS en 2014 sont bien documentées, elles appuient

son témoignage. Il est illogique que monsieur AS fasse autant de démarches et envoie

tous ces courriels si, comme le prétend l’intimé, celui-ci lui avait déjà fourni les

informations. Il a fallu l’intervention de Me Barakatt en novembre 2014 pour qu’une

information chiffrée soit finalement remise à monsieur AS. La version de l’intimé est

nettement moins probante et fiable que celle de monsieur AS.

[469] Il ne faut pas perdre de vue que l’argent confié à l’intimé en fidéicommis ne lui

appartient pas. Lorsqu’un client demande de rendre compte, l’avocat ne peut pas

tergiverser, temporiser, inviter à dîner à une date future et encore moins lui envoyer une

mise en demeure. Il doit, à la plus proche occasion, fournir les documents à son client.

La disposition de rattachement lui impose d’être diligent, ce qui signifie qu’il doit

s’exécuter avec empressement, célérité et même zèle. Le portrait ci-haut brossé montre

le contraire.

[470] Ici, la preuve claire et prépondérante montre que l’intimé a fait fi de ses obligations

déontologiques et a fait défaut de rendre compte de la gestion de l’argent qui lui a été

confié en fidéicommis.

[471] Le Conseil déclare coupable l’intimé d’avoir enfreint l’article 3.03.03 du Code de

déontologie des avocats.


06-18-03165 PAGE 114

LE CHEF 10 (manque de modération et de courtoisie – mise en demeure signifiée

au client)

La plaignante

[472] Elle argue que la mise en demeure du 5 novembre que l’intimé a fait remettre par

huissier à monsieur AS alors qu’il quitte la salle de réunion de M e Barakatt270 constitue

clairement une situation de conflit d’intérêts. À ce moment, monsieur AS est en droit d’être

informé de la gestion des sommes détenues en fidéicommis.

L’intimé

[473] L’intimé réfère à la preuve déjà produite, aux factures déjà analysées sous les

chefs 3 à 6 et à son propre témoignage ainsi que celui de madame Galant.

La décision du Conseil sous le chef 10 (manque de modération et de courtoisie –

mise en demeure signifiée au client)

[474] La plaignante invoque les dispositions suivantes du Code de déontologie des

avocats271 :

2.00.01. L’avocat doit agir avec dignité, intégrité, honneur, respect, modération et
courtoisie.
3.06.06. L’avocat doit éviter toute situation de conflit d’intérêts.

270 Pièce P-10, pages 14 à 16.


271 RLRQ, c. B-1, r. 3. Ces dispositions étaient applicables lors des faits, le règlement remplaçant ces
dispositions prenant effet le 26 mars 2015 : D. 129-2015, 2015 G.O. 2, 456.
06-18-03165 PAGE 115

[475] Il n’est pas contesté que l’intimé fait remettre par huissier, à monsieur AS, une

mise en demeure datée du 5 novembre 2014272.

[476] Lors de son témoignage, Me Barakatt confirme que le 6 novembre 2014, au terme

de la rencontre tenue avec monsieur AS à son bureau, un huissier attend ce dernier pour

lui remettre une mise en demeure datée de la veille. Le but de cette rencontre est clair.

Monsieur AS demande une reddition de compte à l’intimé et ce dernier l’a référé à

Me Barakatt. Les échanges courriels dont il est fait état au chef précédent ne laissent

aucun doute quant au fait que monsieur AS exige alors une reddition de compte par écrit.

[477] À ce sujet, le Conseil réitère qu’il préfère la version de monsieur AS à celle de

l’intimé. Le contexte de ses demandes de reddition de compte, notamment ses courriels,

accrédite fortement sa version des faits alors que celle de l’intimé est beaucoup moins

probante, car elle repose sur des affirmations verbales. En outre, pour les raisons déjà

exposées précédemment, le Conseil ne considère pas probante sa version des faits

relativement aux remises de factures ou d’un extrait du grand livre avant novembre 2014

et la fiabilité de même que la crédibilité de madame Galant sont très faibles comme déjà

mentionné.

[478] Dans sa mise en demeure à monsieur AS, l’intimé écrit : « Vous m’avez manqué

de respect et nous avons dénoté un manque de collaboration de votre part pour fixer une

simple rencontre dans le dossier de la succession ». Il lui reproche d’avoir insinué de ne

pas avoir déposé la somme de 171 131,12 $ en fidéicommis, ce qui constitue à ses yeux

272 Pièce P-10, pages 14 et 15.


06-18-03165 PAGE 116

des propos diffamatoires qui donnent lieu à une réclamation en dommages et intérêts.

Selon l’intimé, monsieur AS « crie au loup » alors qu’il lui a fait rapport le 27 avril 2011

que le solde est alors de 19 626,91 $. Il invoque une entente selon laquelle il pouvait

réclamer jusqu’à 33 % de la somme déposée. Il le met en demeure de présenter ses

excuses sans quoi il lui réclamera 50 000 $.

[479] Comme déjà expliqué dans l’analyse du chef précédent, l’examen des courriels

montre clairement que monsieur AS n’avait que faire d’une rencontre à un dîner à être

fixée dans les prochains jours : il exigeait un document écrit qui aurait du lui être transmis

dans un délai très court.

[480] La mise en demeure de l’intimé relève de la dystopie. Il reproche à monsieur AS

de ne pas avoir voulu le rencontrer dans le contexte précédemment décrit au lieu de lui

fournir l’information écrite demandée. Pire, l’intimé le menace de poursuite en dommages

et intérêts.

[481] Ce faisant, l’intimé manque gravement de modération. Une telle conduite de

l’intimé constitue un accroc à l’honneur et la dignité de la profession. Un client qui

demande des comptes à son avocat ne devrait pas à s’attendre à recevoir une telle mise

en demeure. La conduite de l’intimé nuit gravement à la perception qu’un client et le public

peuvent avoir de l’avocat. Le lien de confiance est alors mis à mal.

[482] Le Conseil déclare coupable l’intimé d’avoir enfreint l’article 2.00.01 du Code de

déontologie des avocats.


06-18-03165 PAGE 117

[483] Comme déjà exposé sous le chef précédent, l’argent détenu par l’intimé en

fidéicommis ne lui appartient pas. Il devait fournir avec diligence une reddition de compte.

Au lieu de ce faire, il se porte à l’attaque et menace son client de poursuite. L’intimé, au

lieu de choisir la transparence, ce qui l’aurait exposé à faire état des retraits effectués

dans le compte en fidéicommis, a préféré mettre en demeure son client pour le dissuader

d’obtenir les clarifications demandées. Ce faisant, l’intimé se place en situation de conflit

d’intérêts.

[484] Le Conseil déclare coupable l’intimé d’avoir enfreint l’article 3.06.06 du Code de

déontologie des avocats.

[485] En vertu des règles interdisant les condamnations multiples273, le Conseil ordonne

la suspension conditionnelle des procédures quant au renvoi à l’article 3.06.06 du Code

de déontologie des avocats.

LE CHEF 12 (intimidation et représailles – demande en dommages et intérêts visant

le client)

La plaignante

[486] Le 12 novembre 2014, monsieur AS transmet une demande d’enquête au bureau

du syndic274 au sujet des sommes qu’il a confiées en fidéicommis à l’intimé.

273 Kienapple c. R., 1974 CanLII 14 (CSC).


274 Pièce P-21, page 2.
06-18-03165 PAGE 118

[487] Le 28 janvier 2016, l’intimé dépose une demande introductive d’instance contre

monsieur AS275. Celui-ci demande de déclarer que les initiales apparaissant à la lettre

qui accompagne la facture 7377 sont bien celles de monsieur AS. En outre, il demande

que ce dernier soit condamné à lui payer la somme de 50 000 $. Selon l’intimé,

monsieur AS a tenu des propos diffamatoires à son égard au sujet des sommes

déposées en fidéicommis.

[488] Ce dernier montant est ventilé comme suit : 25 000 $ pour atteinte à son intégrité

professionnelle, 15 000 $ à titre d’indemnité compensatoire et 10 000 $ pour les troubles

et inconvénients subis. L’intimé allègue le comportement fautif de monsieur AS, qui selon

lui affirme faussement que les paraphes sur la lettre jointe à la facture 7377 ne sont pas

les siens.

[489] Monsieur AS relate s’être senti intimidé par le dépôt de cette réclamation. Il a dû

retenir les services d’un avocat, mais l’intimé s’est par la suite désisté de cette procédure

à la suite d’une demande en ce sens que le syndic Guy Bilodeau lui a transmis par

lettre276.

[490] La plaignante argue qu’il s’agit d’une mesure de représailles pour avoir dénoncé

au bureau du syndic les agissements de l’intimé.

275 Pièce RA-38 et P-37.


276 Pièce P-38.
06-18-03165 PAGE 119

[491] Elle reconnaît ne pas avoir témoigné relativement au fait qu’elle aurait indiqué à

l’intimé que la question des paraphes de monsieur AS relève des tribunaux civils.

Toutefois, elle soulève que sa plainte reproche notamment à l’intimé d’avoir contrefait ou

fait contrefaire les paraphes de monsieur AS. Cela n’a donc aucun sens qu’elle ait

suggéré à l’intimé de poursuivre son client pour faire vérifier ses paraphes.

L’intimé

[492] Selon l’intimé, il s’agit de l’aboutissement d’un long processus qui n’a rien à voir

avec de l’intimidation.

[493] Rappelant la trame factuelle déjà exposée dans le cadre des chefs 3 à 6, l’intimé

explique qu’il voulait, pendant l’enquête du syndic adjoint M e Guimont en 2015, prouver

son innocence277. Après avoir consulté un expert, M. Dallaire, il a demandé à Me Guimont

que monsieur AS passe au bureau du syndic pour qu’il fournisse des documents de

comparaison comportant ses paraphes278. Or, Me Guimont ne donne pas de réponse.

L’intimé précise avoir déposé une demande d’enquête contre ce dernier et avoir fait état

de cette demande au syndic Me Guy Bilodeau279.

[494] Dans une lettre du 25 février 2016 au syndic Bilodeau, l’intimé explique à ce dernier

avoir rencontré la plaignante le 13 janvier précédent pour l’informer des demandes qu’il

avait faites à Me Guimont et celle-ci lui aurait indiqué que la question de la validité de la

277 Pièce P-21, page 2.


278 Pièce P-12, page 6 de 26.
279 Pièce I-5, RA-63, page 12 de 22.
06-18-03165 PAGE 120

signature et de la collaboration de monsieur AS est une question relevant des tribunaux

civils280. Or, la plaignante n’a pas témoigné à ce sujet pour le contredire.

[495] Selon l’intimé, la poursuite qu’il intente contre monsieur AS a pour objet central

d’obtenir les paraphes de monsieur AS afin de préparer sa défense et tel qu’il appert du

paragraphe 28 du protocole de cette instance281.

[496] Le 31 mai 2016, la plaignante lui demande par écrit de se désister de cette

procédure, ce que l’intimé fait le 6 juin suivant282. Il invoque avoir alors collaboré.

La décision du Conseil sous le chef 12 (intimidation et représailles – demande en

dommages et intérêts visant le client)

[497] La plaignante invoque les dispositions de rattachement suivantes :

Code de déontologie des avocats283


136. L’avocat qui est informé d’une enquête ou d’une plainte à son endroit ne doit
pas communiquer, directement ou indirectement, avec la personne à
l’origine de cette enquête ou qui a déposé cette plainte sans la permission écrite
et préalable d’un syndic du Barreau.
Il ne doit pas non plus intimider une personne, exercer ou menacer
d’exercer des représailles contre elle au motif qu’elle a participé, collaboré ou
entend participer ou collaborer à une telle enquête ou plainte, qu’elle dénonce ou
entend dénoncer un comportement contraire au présent code, ou qu’elle s’est
prévalue d’un droit ou d’un recours prévu par un règlement adopté en vertu du
Code des professions (chapitre C-26) ou de la Loi sur le Barreau (chapitre B-1).

280 Pièce I-5, RA-63, page 13 de 22.


281 Pièce I-5, RA-38.
282 Pièce I-5, RA-66.
283 RLRQ, c. B-1, r. 3.1.
06-18-03165 PAGE 121

Code des professions


59.2. Nul professionnel ne peut poser un acte dérogatoire à l’honneur ou à la
dignité de sa profession ou à la discipline des membres de l’ordre, ni exercer une
profession, un métier, une industrie, un commerce, une charge ou une fonction qui
est incompatible avec l’honneur, la dignité ou l’exercice de sa profession.

[498] Le Conseil retient de la preuve déjà examinée sous les chefs 3 à 6, que

Me Guimont et la plaignante n’ont pas obtenu des paraphes de monsieur AS à la

demande de l’intimé à la suite de ses demandes formulées en 2015 et 2016.

[499] L’intimé invoque avoir poursuivi monsieur AS en janvier 2016 dans le but d’obtenir

les paraphes de ce client284.

[500] Dans ses conclusions, l’intimé demande à la Cour du Québec de déclarer que les

initiales apparaissant à la lettre jointe à la facture 7377 sont bien celles de monsieur AS.

Il y a lieu de constater que l’intimé ne demande pas que ce dernier fournisse des

paraphes comme il le mentionne maintenant devant le Conseil.

[501] Mais il y a plus. L’intimé demande de condamner monsieur AS à lui payer la

somme de 50 000 $ en dommages avec intérêts au taux légal et l’indemnité additionnelle.

Ceci n’a rien à voir avec la demande de paraphes qu’il souhaite avoir de monsieur AS.

284 Pièce P-37.


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[502] Comme l’énonce la Cour supérieure dans l’affaire Elmaraghi. c. Nadeau285 :

S’il fallait que tous les avocats qui font l’objet d’une demande d’enquête
professionnelle se mettent à poursuivre les plaignants, tout le processus de
protection du public serait menacé. C’est d’ailleurs la raison de l’existence de
l’article 136 du Code de déontologie des avocats (LRRQ, B-1, r.3.1, anciennement
article 4.02.01 (z), qui interdit d’intimider ou d’exercer des représailles contre une
personne qui initie ou collabore à une enquête.

[503] L’intimé sait qu’il est sous enquête à la suite d’une demande de monsieur AS lequel

soutient ne pas avoir approuvé la facture 7377. Alors que le bureau du syndic enquête

sur les reproches de ce client contre l’intimé, ce dernier invoque au paragraphe 7 de sa

procédure le « comportement fautif et de mauvaise foi du défenseur qui a fait une fausse

affirmation ». Clairement, l’intimé poursuit en dommages et intérêts monsieur AS en

réaction du signalement fait par ce dernier au bureau du syndic.

[504] Le fait que l’intimé se soit par la suite désisté de cette procédure contre son client

pourra être pris en compte au stade des représentations sur sanction.

[505] Un tel procédé constitue une mesure de représailles au sens de l’article 136 du

Code de déontologie des avocats. En outre, le Conseil juge également que l’intimé a

cherché à intimider son client afin qu’il abandonne ses prétentions le concernant.

[506] Le Conseil déclare coupable l’intimé d’avoir enfreint l’article 136 du Code de

déontologie des avocats.

285 Elmaraghi c. Nadeau, 2017 QCCS 4156, paragr. 83 (Requête pour permission d’en appeler rejetée :
Elmaraghi c. Nadeau, 2017 QCCA 1915).
06-18-03165 PAGE 123

[507] Le Conseil ajoute que la plaignante a, par la suite, divulgué des paraphes de

monsieur AS obtenus dans le cadre de l’expertise qu’elle a demandée à madame

Gervais, comme exposé au chef 11. Rien n’indique que monsieur AS souhaitait se

présenter au bureau du syndic pour appuyer une demande d’expertise de l’intimé. On

voit mal comment Me Guimont ou la plaignante pouvaient forcer monsieur AS à fournir à

l’intimé de tels paraphes. On comprend que celui-ci a collaboré à une demande faite par

la plaignante dans le cadre de son expertise.

[508] Le fait pour un avocat de poursuivre son client en dommages-intérêts en réaction

à une demande d’enquête le visant est une conduite inacceptable qui entache l’honneur

et la dignité de la profession. Un client n’a pas à subir les foudres de son avocat lorsqu’il

formule au Barreau un reproche à son égard. Une telle réaction nuit gravement à l’image

de l’avocat auprès du public. Ne perdons pas de vue que cette poursuite de l’intimé

devant la Chambre civile de la Cour du Québec est publique. La perception du public

relativement au fait qu'un avocat puisse ainsi poursuivre un client en raison des reproches

dirigés contre lui dans une demande d’enquête nuit à l’image de la profession.

[509] Le Conseil déclare coupable l’intimé d’avoir enfreint l’article 59.2 du Code des

professions.

[510] En vertu des règles interdisant les condamnations multiples286, le Conseil ordonne

la suspension conditionnelle des procédures quant au renvoi à l’article 59.2 du Code des

professions.

286 Kienapple c. R., 1974 CanLII 14 (CSC).


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LE CHEF 11 (contrefaçon)

La preuve de la plaignante sous le chef 11 (contrefaçon)

Monsieur AS

[511] Comme déjà mentionné dans le cadre de l’analyse des chefs 3 à 6, le Conseil a

fait état du témoignage de monsieur AS selon lequel il nie formellement avoir apposé ses

paraphes sur la lettre du 10 septembre 2010 à laquelle est jointe la facture 7377 287, ce

qui a donné lieu au retrait de 33 100,49 $ du compte en fidéicommis.

Madame Yolande Gervais

[512] Dans le cadre du présent litige, madame Gervais a examiné les paraphes « AS »

apposés sur une lettre de l’intimé du 10 septembre 2010 jointe à la facture 7377 du même

jour par laquelle l’intimé réclame un « supplément d’honoraires professionnels » de

33 100,49 $288.

[513] Cet examen vise à vérifier l’authenticité des paraphes « AS » (paraphes

indiciaires) apparaissant sur la lettre du 10 septembre 2010. Madame Gervais a effectué

un examen de comparaison avec un échantillon représentatif de vingt paraphes de

référence reconnus comme provenant de la main de monsieur AS289. Les paragraphes 1

à 12 ont été faits par monsieur AS sur demande. Les paraphes 13 à 19 apparaissent sur

des documents (contrat de crédit, demande d’assurance) obtenus auprès d’institutions

287 Pièce P-23, pages 23 à 25.


288 Pièce P-23, pages 23 à 25.
289 Pièce P-20.
06-18-03165 PAGE 125

financières en août 2001, en mai 2005, en juin 2006 et en mai 2010. Ces derniers

permettent de constater si les paraphes ont conservé la même apparence dans le temps.

Le paraphe numéro 20 apparaît sur une facture d’honoraires professionnels datée du

mois de mai 2010.

[514] Madame Gervais explique avoir pris en considération le trait en fonction de la

plume ou du stylo utilisé, la position du scripteur, la tenue de l’instrument et la vitesse

d’exécution. Ces constats peuvent s’effectuer par l’examen des originaux.

[515] Ainsi, dans un premier temps, elle a examiné 12 paraphes originaux et 8

apparaissant sur des copies fiables.

[516] Par la suite, deux autres originaux de paraphes de monsieur AS290 précédemment

analysés sur des copies lui ont été transmis291. Dans le présent cas, elle considère qu’un

examen de comparaison est possible. Selon elle, les paraphes de référence sont

représentatifs des variations normales chez ce scripteur.

[517] Madame Gervais fait état de la méthodologie et des outils utilisés soit : un

microscope USB 400X, une caméra numérique Canon professionnelle, des éclairages

divers, un logiciel Photoshop. Elle utilise le Guide Standard pour l’examen des

caractéristiques de l’écriture et la terminologie des expressions pour ces conclusions292.

290 Pièce P-20, page 8 : « Expertise complémentaire ».


291 Pièce P-13, page 68 (paraphes de AS sur la facture de la maison funéraire), page 71 (paraphes AS
sur la convention intervenue entre AS et l’intimé). Pièce P-13, page 16 (la facture 7009 du
27 mai 2010).
292 American Society for Testing and Materials International : Designation E2290-07 a Standard Guide for
examination of handwritten items; Designature D1658-08, Standard Guide for terminology for
expressing conclusions of forensic document examiners.
06-18-03165 PAGE 126

[518] Elle précise qu’un expert doit utiliser le microscope et la caméra numérique pour

effectuer une analyse du trait. Avec l’éclairage, il est possible de tenir compte de

l’enfoncement du trait sur le papier.

[519] L’analyse permet à cet expert de se prononcer en termes de probabilités après un

examen des éléments concordants et discordants.

[520] Lors de son examen du paraphe en litige, soit les paraphes AS « paraphes

indiciaires » apposés sur la lettre du 10 septembre 2010293, elle a en main l’original de

cette lettre.

[521] Son examen du paraphe indiciaire révèle un manque de spontanéité

particulièrement dans la finale du « S » : le trait perd de sa qualité, la pression est inégale

ainsi que la vitesse. Elle constate que le scripteur n’a pu soutenir son mouvement

dynamique jusqu’à la fin du parcours. Elle note de petits tremblements fins typiques dans

le cas de faux et ceux-ci révèlent un ralentissement dans l’exécution294 :

Le mouvement n’adhère pas au principe d’isochronie selon l’étude réalisée par les
auteurs (M.P. Caligiuri, Linton A. Mohammed 2012)295. Ces auteurs sont
catégoriques, le manque d’isochronie est le résultat d’une simulation.

293 Pièce P-13, page 73.


294 Pièce P-10, page 4 de 33.
295 Caligiuri, Michael, Phd, Linton A. Mohammed, MFS, « The Neuroscience of Handwriting», Application
for Forensic Document Examination, CRC, Press, 2012.
06-18-03165 PAGE 127

[522] Madame Gervais explique le principe d’isochronie. Le geste posé par la main

résulte d’une commande du cerveau. Ainsi, c’est le cerveau qui écrit en réalité et non pas

la main. La signature est inscrite dans la mémoire, c’est un programme cinétique. Le

cerveau garde en mémoire le mouvement à exécuter. Ce geste peut être modifié par les

tremblements typiques d’une maladie.

[523] Le scripteur qui cherche à imiter un paraphe doit « rentrer dans le programme de

l’autre et éliminer le sien ». Conséquemment, en raison de cette hypothèse de départ,

par la recherche de la mauvaise qualité du trait, l’expert est à l’affût des signes de faux.

[524] Dans le présent cas, la vitesse du trait n’est pas constante et le trait apparaît

irrégulier. L’examen au microscope lui permet de constater des tremblements. Ceux-ci

sont reproduits dans son rapport296. La finale du « S » est formée par un trait plus

irrégulier. C’est la partie la plus difficile à effectuer, car il s’agit d’un mouvement

rétrograde. C’est justement à cet endroit qu’il y a davantage de tremblements. Ce

mauvais trait est un signe d’imitation.

[525] Ici, il s’agit d’une signature par imitation. Le mouvement de départ, lorsque le

scripteur écrit les paraphes AS, est assez rapide, mais à plusieurs endroits elle constate

que le geste est moins assuré, d’où les mauvais traits.

[526] Madame Gervais prend aussi en considération l’orientation des lettres dans

l’espace, soit leur inclinaison.

296 Pièce P-20, page 4 de 33.


06-18-03165 PAGE 128

[527] Lorsqu’elle examine les paraphes de référence, les proportions ne changent pas

en général. Dans ces paraphes de monsieur AS, celui-ci n’incline jamais le « A » vers la

gauche. Or, le « A » du paraphe indiciaire est incliné vers la gauche. Le « A » du paraphe

indiciaire débute dans la partie inférieure de la lettre alors que monsieur AS débute son

mouvement dans le haut de la lettre. De plus, le scripteur, en écrivant le « A » a formé un

« ballon » en son centre par le croisement des traits, alors que tel n’est pas le cas des

véritables paraphes de monsieur AS.

[528] Selon madame Gervais, en fait, il n’y a pas grand-chose de similaire entre le « A »

indiciaire et les « A » qui se retrouvent dans les paraphes de référence signés par

monsieur AS.

[529] Quant au « S » du paraphe indiciaire, elle constate que le scripteur a effectué un

crochet vers le haut, ce qui comporte une dissimilitude comparativement avec les

paraphes de référence. Elle note une vitesse inégale, particulièrement dans la finale

du geste.

[530] Madame Gervais est d’opinion que monsieur AS n’est pas l’auteur du paraphe

indiciaire, soit celui se retrouvant sur la lettre du 10 septembre 2010.

[531] En contre-interrogatoire, madame Gervais maintient ses conclusions et ajoute qu’il

s’agit d’un cas assez évident même si sa conclusion repose sur une appréciation de la

probabilité et non pas une certitude. Elle réitère que le geste où le scripteur « attaque »

la lettre A n’est pas le même que celui de monsieur AS, la forme du A est différente et il

n’y a pas deux boucles dans ses « A ».


06-18-03165 PAGE 129

[532] Dans le cadre de la contre preuve de la plaignante, madame Gervais a examiné

l’original de l’annexe 30 jointe au rapport de madame Nada Gagné, experte de l’intimé.

Cette annexe du 12 janvier 2019 comporte une série de paraphes exécutés par l’intimé

alors qu’il reproduit les lettres AS.

[533] Elle est d’avis que madame Gagné n’a pas suivi le protocole applicable dans un

tel cas, lequel prévoit la reproduction d’un texte en particulier. Elle note toutefois que les

paraphes AS reproduits par l’intimé comportent une attaque de la lettre A et une boucle

au centre, comme le paraphe indiciaire en litige. Quant aux S, elle note que le troisième

reproduit par l’intimé a une forme et un style comme celui en litige et que le huitième

comporte un A et un S inclinés vers la gauche, comme l’indiciaire en litige. Toutefois,

puisque madame Gagné n’a pas suivi le protocole, celle-ci ne pouvait inclure l’intimé

comme l’auteur possible néanmoins.

[534] En contre-interrogatoire, elle explique ne pas avoir voulu donner suite à une

demande de la plaignante alors que l’intimé offrait sa collaboration pour fournir des

paraphes. Elle ne voulait pas agir comme experte mandatée par les deux parties au

risque d’être disqualifiée. Son mandat n’était pas d’identifier l’auteur des faux paraphes,

mais plutôt de vérifier si les paraphes sur la lettre en litige sont réellement de la main de

monsieur AS.

[535] Or, l’experte Gervais explique que madame Gagné a eu un double mandat. Or, un

expert ne va pas à la rencontre de l’auteur possible d’un faux pour obtenir un corps

d’écriture.
06-18-03165 PAGE 130

L’intimé

[536] Dans le cadre des chefs 3 à 6, l’intimé a expliqué les circonstances dans lesquelles

monsieur AS est venu à son bureau chercher la facture 7377. Il déclare que ce dernier a

reçu en main propre la lettre du 10 septembre 2010 jointe à cette facture et qu’il a alors

apposé ses paraphes.

[537] Il a référé également à sa lettre du 25 février 2016297 dans laquelle il fait état de

ses démarches pour obtenir des paraphes de monsieur AS, comme demandé à l’époque

par un spécialiste en écriture qu’il avait consulté.

Madame Nada Gagné

[538] Aux fins de son expertise, madame Gagné a examiné une vingtaine de

documents298, la plupart étant des orignaux signés par monsieur AS puis elle a effectué

une comparaison avec les paraphes « AS » apparaissant sur la lettre du 10 septembre

2010 accompagnant la facture 7377. En outre, elle a obtenu une page blanche datée du

12 janvier 2019 avec les paraphes « SH » apposés par l’intimé où ce dernier s’est prêté

à une « tentative de forgeage »299.

[539] Aux fins de son expertise, elle a utilisé une loupe grossissante 400 fois.

297 Pièce I-5, RA-63 c). Voir page 12.


298 Pièce I-4 A.
299 Pièce I-4 B, annexe 30.
06-18-03165 PAGE 131

[540] Elle explique que son mandat est de déterminer si le paraphe « AS » apparaissant

sur la lettre du 10 septembre 2010 a été contrefait par l’intimé ou paraphé par

monsieur AS.

[541] Tout comme l’experte Gervais, madame Gagné note que le « A » indiciaire forme

une double boucle. Contrairement à cette dernière, elle ne décèle aucune trace

d’hésitation ou d’irrégularité. Selon elle, l’écriture est ronde et le trait est plein et nourri

avec une « pâtosité » légère à droite.

[542] Selon elle, après examen des paraphes de comparaison, le paraphe apposé par

monsieur AS sur la facture transmise par la maison funéraire300 et celui sur la lettre du

10 septembre 2010 sont ceux qui se ressemblent le plus. Elle relève que le début du trait

du A dans les documents de comparaison peut commencer plus haut (soit à une ou à

trois heures si on compare avec une horloge).

[543] Quant au « S », madame Gagné note l’absence d’un crochet en finale. Elle

souligne toutefois que lorsque monsieur AS signe au complet son nom, elle note la

présence régulière d’un tel crochet.

[544] Madame Gagné explique que la qualité du trait est un facteur important, car il

équivaut à une empreinte digitale dans son écriture. L’examen du trait sur tous les

documents lui permet d’affirmer qu’il s’agit bien de celui de monsieur AS. Selon elle, cette

affirmation est proche de la certitude.

300 Pièce I-4 b) annexe 16 au rapport de madame Gagné, ce qui correspond à la pièce P-4, page 58 (aussi
à la pièce P-13, page 68). Ce paraphe est comparé à celui apparaissant sur la lettre du 10 septembre
2010 à la pièce P-23, page 23.
06-18-03165 PAGE 132

[545] Enfin, elle a examiné des paraphes effectués par l’intimé sur une feuille blanche à

sa demande et considère qu’il est fort peu probable que ce dernier ait été en mesure

d’imiter les paraphes de monsieur AS, car ces deux personnes ont une écriture très

différente.

[546] D’autre part, en examinant le paraphe numéro 20 utilisé par l’experte Gervais,

madame Gagné y décèle un crochet en finale du « S ». Sauf pour cet aspect, elle se dit

en accord avec ce qu’a dit l’experte Gervais.

[547] Lors de son contre-interrogatoire, madame Gagné confirme se référer à la

formation qu’elle a suivie quant à la méthodologie à suivre dans le cas d’une signature.

Ainsi, selon les documents qui lui ont été remis pendant ces cours, il lui faut sept

documents. Elle précise que ces documents et notes de cours à sa connaissance ne sont

pas publiés. Elle ne peut dire s’il s’agit d’ouvrages reconnus.

[548] Elle maintient ne pas avoir constaté d’hésitation dans le paraphe analysé.

Toutefois, elle confirme ne pas avoir utilisé de microscope. Elle a regardé les originaux

avec une loupe. Elle considère que l’utilisation d’un microscope « est beaucoup trop »

pour un travail d’expertise en écriture. Il lui suffit d’avoir l’original et de voir le trait.

Toutefois, elle ajoute ne pas savoir si le microscope est utilisé en matière d’expertise

judiciaire.

[549] Quant au paraphe numéro 20 utilisé par l’experte Gervais, madame Gagné

reconnaît ne pas avoir examiné l’original.


06-18-03165 PAGE 133

[550] Elle explique ne pas avoir utilisé l’annexe 30 de son rapport, soit les paraphes faits

par l’intimé sur une feuille blanche. Elle précise avoir demandé à l’intimé, alors qu’ils sont

dans son bureau, de tenter d’imiter les paraphes de monsieur AS. Néanmoins, elle se

doutait que l’intimé n’allait pas exécuter des paraphes de manière à « se tirer dans

le pied ».

[551] Elle n’a pas jugé utile de les examiner aux fins de son expertise, car elle souhaitait

seulement avoir une idée du genre d’écriture. Du même souffle, elle affirme qu’elle voulait

savoir si l’intimé pouvait faire des rondeurs de manière inconsciente.

[552] Malgré tout, elle maintient que l’intimé ne peut pas être le scripteur des paraphes

« AS » sur la lettre du 10 septembre 2010.

[553] À ce sujet, lorsqu’on lui demande si elle connaît le protocole pour obtenir des

échantillons afin de vérifier si une écriture est fausse elle répond : « Pas du tout ». Elle

reconnaît qu’un protocole suggère la façon de procéder lorsqu’elle fait des analyses

d’écritures. Finalement, elle déclare ne pas pouvoir affirmer que ce n’est pas l’intimé qui

a fait les paraphes en question. Elle ajoute ne pas avoir expertisé l’écriture de l’intimé,

car il est gaucher, son écriture est anguleuse; elle suppose que pour l’intimé, cela aurait

été trop lui demander de réussir à imiter les paraphes de monsieur AS.

[554] En conclusion, lorsqu’on demande à madame Gagné si son expertise portant sur

les paraphes est faite conformément aux règles de l’art, sa réponse est la suivante : « Ce

n’était pas fait dans les règles de l’art ».


06-18-03165 PAGE 134

[555] Questionnée par le Conseil sur la formation de sept années et la formation

subséquente suivie, madame Gagné explique être « graphologue agréée ». Elle précise

que cette formation porte sur les signes de personnalité et que l’expertise en écriture :

« c’est totalement différent ». Elle précise toutefois avoir suivi un cours en 2018 sur ce

dernier sujet.

[556] En contre preuve, madame Gagné réitère ne pas avoir utilisé l’annexe 30, soit les

paraphes du 12 janvier 2019 faits par l’intimé à sa demande. Elle invoque que dans un

tel cas, le geste n’est pas spontané. Elle réitère que son expertise ne porte pas sur

ce document.

[557] Questionnée à ce sujet par le Conseil, madame Gagné admet avoir pris en

considération dans son rapport d’expertise le document numéro 22. Étonnamment, elle

reconnaît que le document numéro 22 est le même que l’annexe 30 qu’elle déclare

pourtant ne pas avoir utilisée même si la dernière page de son rapport précédant sa

conclusion porte sur l’analyse de ce document. Face à ce constat, madame Gagné

reconnaît cette incongruité.

La décision du Conseil sous le chef 11 (contrefaçon)

[558] Les dispositions invoquées sous ce chef sont les suivantes :

Code des professions301


59.1.1. Constituent également des actes dérogatoires à la dignité de sa profession
le fait pour un professionnel:
1° de commettre un acte impliquant de la collusion, de la corruption, de la
malversation, de l’abus de confiance ou du trafic d’influence;

301 RLRQ, c. C-26.


06-18-03165 PAGE 135

2° de tenter de commettre un tel acte ou de conseiller à une autre personne de le


commettre;
3° de comploter en vue de la commission d’un tel acte.
59.2 Nul professionnel ne peut poser un acte dérogatoire à l’honneur ou à la dignité
de sa profession ou à la discipline des membres de l’ordre, ni exercer une
profession, un métier, une industrie, un commerce, une charge ou une fonction qui
est incompatible avec l’honneur, la dignité ou l’exercice de sa profession.

[559] Le Chef 11 reproche à l’intimé d’avoir contrefait ou d’avoir fait contrefaire les

paraphes de monsieur AS sur la lettre du 10 septembre 2010 accompagnant la facture

7377. Premièrement, s’agit-il de faux paraphes? En second lieu, dans l’affirmative, est-

ce que l’intimé les a contrefaits ou les a fait contrefaire?

Les paraphes « AS » sont-ils des faux?

[560] La jurisprudence foisonne de cas où l’expertise d’un expert en écriture s’est avérée

utile pour éclairer un tribunal. Dans le présent dossier, le Conseil considère qu’une telle

expertise peut l’éclairer pour déterminer si les paraphes « AS » sur la lettre du

10 septembre 2010 sont de la main de monsieur AS.

[561] D’entrée de jeu, le Conseil retient l’expertise de madame Yolande Gervais pour

les raisons qui suivent.

[562] Dans un premier temps, cette dernière a expliqué la méthodologie suivie, fait état

des critères d’évaluation et s’est appuyée sur des auteurs, de même que sur le Standard

Guide de l’ASTM302. Sa méthodologie n’a pas été remise en question pendant l’audience.

302 Pièce P-20, page 7 : American Society for Testing and Material International E2290-07a et E1658-08.
06-18-03165 PAGE 136

Elle fait état de l’importance d’utiliser un microscope ainsi que de l’éclairage approprié

dans l’examen du trait et de sa profondeur.

[563] Cette experte, munie de cet équipement et de ses connaissances, a été en mesure

de constater que la pression du trait et la vitesse sont inégales. Elle a noté de petits

tremblements, typiques dans le cas de faux, et référé, doctrine à l’appui, au principe

d’isochronie. En outre, la finale du « S » lui est apparue irrégulière. La vitesse du trait est

inégale, particulièrement dans sa finale. Ce trait découle d’un mouvement rétrograde plus

difficile à reproduire, d’où la présence de tremblements. L’experte a noté que ce mauvais

trait est signe d’imitation.

[564] Tout comme l’experte Gervais, le Conseil a pu noter que le « A » apparaissant sur

le paraphe en litige est incliné vers la gauche alors que ce n’est pas le cas des paraphes

de référence. En outre, la présence d’une double boucle à l’intérieur du « A » indiciaire

n’est pas caractéristique des « A » retrouvés dans l’échantillonnage. Le début du

mouvement d’exécution du paraphe indiciaire est différent des paraphes de référence.

Le scripteur a débuté son trait dans la partie inférieure de la lettre contrairement aux

paraphes de référence.

[565] La preuve constituée par le témoignage de madame Gervais et son rapport

d’expertise apparaît claire et convaincante.

[566] L’expertise de madame Gagné n’a pas la même force probante que celle de

madame Gervais.
06-18-03165 PAGE 137

[567] Sa méthodologie est basée sur des notes de cours qui ne sont pas publiées et

qu’elle n’a pas produites en preuve. Ses connaissances en analyse d’écriture sont

beaucoup plus récentes, ses études ayant plutôt porté sur la graphologie. Elle explique

que son cours de graphologue de sept ans porte sur les signes de la personnalité des

gens et reconnait que l’expertise en écriture constitue un sujet totalement différent.

[568] Elle admet ne pas savoir si l’obtention des échantillons doit s’effectuer dans le

cadre d’un protocole. Elle reconnaît même ne pas savoir si elle a agi conformément aux

règles de l’art. Cette dernière remarque à elle seule justifie le Conseil de ne pas retenir

son expertise.

[569] D’un côté, madame Gagné déclare ne pas tenir compte des paraphes faits par

l’intimé en sa présence et à sa demande pour vérifier s’il a imité celui qui est en litige.

D’un autre côté, elle déclare en tenir compte pour voir s’il y a des rondeurs dans les

paraphes ainsi exécutés. Puis, elle admet que l’intimé n’allait quand même pas « se tirer

dans le pied » en exécutant la prestation demandée. En contre preuve, elle réaffirme ne

pas avoir tenu compte de l’annexe 30, soit les paraphes exécutés par l’intimé. Du même

souffle, elle reconnaît avoir tenu compte du document numéro 20. Puis, elle admet que

l’annexe 30 et le document numéro 20 sont la même chose.

[570] Le tout rend le Conseil perplexe et diminue grandement le peu de force probante

découlant de son témoignage.


06-18-03165 PAGE 138

[571] Lors de son témoignage, madame Gagné a cru percevoir un crochet à la fin du

« S » apparaissant sur l’échantillon numéro 20 fourni par madame Gervais. Or,

madame Gagné admet ne pas avoir eu en sa possession l’original du document.

Pourtant, elle affirme aussi l’importance d’avoir en main l’original pour examiner la qualité

du trait. Madame Gagné admet aussi ne pas avoir vu de crochet à la fin du « S » dans

ses propres paraphes de référence et elle dit avoir constaté ce fait dans le contexte d’une

signature uniquement.

[572] Le Conseil retient l’expertise de madame Gervais quant au début du trait du

paraphe litigieux et les conséquences qu’elle en tire. Madame Gagné constate également

la situation, mais n’y voit pas de conséquences. Pour le Conseil, le fait qu’un scripteur

débute la lettre qu’il imite par le bas alors que monsieur AS débute son « A » dans la

partie supérieure apparaît significatif tout comme le fait que cette lettre du paraphe

litigieux penche vers la gauche.

[573] Quant aux caractéristiques du trait, madame Gervais utilise un microscope.

Madame Gagné utilise une loupe comme les autres graphologues. Elle ne peut dire si,

en matière d’expertise judiciaire, les experts en écriture utilisent un tel instrument.


06-18-03165 PAGE 139

[574] Le Conseil juge utile de mentionner que madame Gervais agit comme expert en

écriture depuis plus de 40 ans devant les tribunaux judiciaires et administratifs. Sa

démarche scientifique apparaît sérieuse, complète et convaincante. Pour paraphraser

l’honorable René Hurtubise dans le dossier de la MIUF, madame Gervais apparaît aux

yeux du Conseil être une experte avec un grand « E »303.

[575] Le Conseil conclut ainsi que le paraphe « AS », qualifié d’indiciaire, n’est pas de

la main de monsieur AS.

L’intimé a-t-il contrefait ou fait contrefaire les paraphes « AS »?

[576] L’intimé avait en sa possession la lettre du 10 septembre 2010. Or, les faux

paraphes de monsieur AS ont été inscrits alors qu’elle est sous son contrôle.

[577] Dans le cadre de l’analyse des chefs 3 à 6, le Conseil a déjà décidé que

monsieur AS n’a jamais autorisé la facture numéro 7377 portant la même date, il n’a pas

apposé ses paraphes sur la lettre du 10 septembre 2010 à laquelle réfère cette facture

et il n’a jamais consenti à un tel supplément d’honoraires.

[578] Cette facture du 10 septembre est précédée, de façon contemporaine, par

plusieurs autres :

• Le 2 août 2010, l’intimé retire du compte 4 500 $ puis le 8 septembre, 2 000 $.

Le 2 août 2010, cette somme est retirée sans facture. Le chèque ne comporte
aucun numéro de référence.

303 MIUF – 11, 1984 CanLII 2766 (QC CS), paragr. 14.
06-18-03165 PAGE 140

• La facture numéro 7517 du 17 août 2011 fait état d’honoraires professionnels


s’élevant à 6 144,39 $ réclamés pour la période débutant (depuis) le
10 septembre 2010304. La période couverte depuis le 10 septembre n’est pas
identifiée alors que sur des factures antérieures, l’intimé prend soin de
l’identifier.

• Le 7 septembre 2010, l’intimé, via la facture 7367, réclame « un ajustement »


d’honoraires de 6 500 $305. Le Conseil a jugé que celle-ci était en lien avec le
retrait du 2 août précédent.

[579] Le 10 septembre 2010, la facture 7377306 apparaît donc dans ce contexte très

particulier où un certain fouillis règne dans la facturation de l’intimé.

[580] Selon la preuve, ce n’est que le 2 février 2015 que la lettre litigieuse du

10 septembre 2010 surgit. Elle aboutit dans les mains du syndic adjoint, Me Pierre Gabriel

Guimont307. Celui-ci écrit à l’intimé pour avoir des explications.

[581] En outre, force est de constater que la lettre du 10 septembre 2010 comporte des

incongruités.

[582] Celle-ci porte la mention « PAR COURRIER ». Il est illogique que monsieur AS

appose ses paraphes sur une lettre qu’il aurait dû recevoir par courrier. D’autre part, si

comme le prétend l’intimé, monsieur AS appose ses paraphes sur la lettre en sa

présence, il est surprenant que l’intimé ne l’ait pas lui-même signée préalablement. Or,

la lettre du 10 septembre 2010 n’est pas signée par l’intimé.

304 Pièce P-13, page 44.


305 Pièce P-13, page 187.
306 Pièce P-13, pages 23 et 24.
307 Pièce P-23, page 5.
06-18-03165 PAGE 141

[583] Il n’est pas sans intérêt de constater que dans le cadre de la facture de

15 299,50 $, monsieur AS reconnaît les paraphes qui sont inscrits sur la facture, à côté

de ce montant308. Or, dans le cas de la facture du 10 septembre 2010 que monsieur AS

dit ne pas avoir approuvée, les paraphes indiciaires ne sont pas à côté du montant de

33 100,49 $, mais sur une lettre d’accompagnement309. En fait, si monsieur AS était venu

au bureau pour approuver la facture, la lettre d’accompagnement devient inutile.

[584] En somme, l’intimé a dans son dossier la lettre portant la date du 10 septembre

2010, laquelle est jointe à une facture factice pour des honoraires réclamés relativement

à un travail de vérification de testament à toutes fins utiles terminé et ces honoraires sont

facturés sur la base d’un « supplément » qui n’a jamais été convenu. Monsieur AS n’a

jamais reçu autrement que via le syndic, et encore moins paraphée, la lettre du

10 septembre 2010.

[585] Cette lettre est au dossier de l’intimé puisqu’il l’a transmise au syndic adjoint. Il en

découle logiquement qu’elle est en sa possession lorsque les paraphes indiciaires « AS »

sont ajoutés.

[586] L’intimé ne pouvait ignorer que monsieur AS n’a pas paraphé la lettre du

10 septembre 2010. Lorsqu’il a transmis ce document au syndic, il savait nécessairement

ce fait. L’intimé a transmis cette lettre, avec les faux paraphes de monsieur AS, sachant

qu’ils étaient contrefaits.

308 Pièce P-23 page 22 de 25.


309 Pièce P-23, pages 23 à 25.
06-18-03165 PAGE 142

[587] Selon le libellé du chef 11, il suffit pour la plaignante de démontrer que l’intimé a

fait ou a fait contrefaire les faux paraphes AS. Comme déjà expliqué, le document sur

lequel les faux paraphes sont inscrits est sous son contrôle. C’est lui qui l’envoie au syndic

adjoint Guimont. À ce moment, il sait que le bureau du syndic le questionne sur sa gestion

du compte de fidéicommis. C’est dans ce contexte que la preuve prépondérante

démontre que ces faux paraphes ont été apposés alors que le document est sous sa

gouverne. Ajoutons que l’intimé prétend que monsieur AS a apposé ces paraphes en sa

présence. Or, l’expertise de madame Gervais est retenue, comme déjà expliqué. Les

paraphes que l’intimé prétend avoir vu poser par monsieur AS sont des faux.

[588] En agissant ainsi, l’intimé a commis un acte contraire à l’honneur ou à la dignité

de la profession.

[589] Sous le chef 11, le Conseil déclare coupable l’intimé d’avoir enfreint l’article 59.2

du Code des professions.

[590] D’autre part, la plaignante invoque l’article 59.1.1 du Code des professions pour

les mêmes gestes. Cette disposition est entrée en vigueur le 12 juin 2013310. Selon le

chef d’infraction 11, les faits reprochés sont survenus entre septembre 2010 et mai 2015.

310 Loi modifiant le Code des professions en matière de justice disciplinaire, L.Q. 2013 c. 12.
06-18-03165 PAGE 143

[591] La preuve ne permet pas de déterminer, de manière prépondérante, à quel

moment le geste reproché au chef 11 est posé, en particulier si celui-ci est survenu avant

l’entrée en vigueur de l’article 59.1.1 du Code des professions. Conséquemment, les faits

reprochés ne permettent pas de conclure à l’application de cette disposition.

[592] Sous le chef 11, le Conseil acquitte l’intimé d’avoir enfreint l’article 59.1.1 du Code

des professions.

LE CHEF 8 (avoir tenté de tromper des représentants du bureau du syndic –

factures simulées)

La décision du Conseil sous le chef 8 (avoir tenté de tromper des représentants du

bureau du syndic – factures simulées)

[593] La disposition de rattachement invoquée sous le chef 8 est la suivante311 :

Code des professions


114. Il est interdit d’entraver de quelque façon que ce soit un membre du comité,
la personne responsable de l’inspection professionnelle nommée conformément à
l’article 90, un inspecteur ou un expert, dans l’exercice des fonctions qui lui sont
conférées par le présent code, de le tromper par des réticences ou par de fausses
déclarations, de refuser de lui fournir un renseignement ou document relatif à une
inspection tenue en vertu du présent code ou de refuser de lui laisser prendre
copie d’un tel document.
De plus, il est interdit au professionnel d’inciter une personne détenant des
renseignements le concernant à ne pas collaborer avec une personne mentionnée
au premier alinéa ou, malgré une demande à cet effet, de ne pas autoriser cette
personne à divulguer des renseignements le concernant.

311 L’infraction est créée par l’article 114 du Code des professions et non par l’article 122 de ce Code :
Bégin c. Comptables en management accrédités (Ordre professionnel des), 2013 QCTP 45,
paragr. 97. Par conséquent, il ne sera pas fait mention de l’article 122 de ce Code dans le dispositif.
06-18-03165 PAGE 144

[594] La Cour d’appel dans l’arrêt Coutu c. Pharmaciens (Ordre professionnel des)312

rappelle ce qui suit :

Le syndic d’un ordre professionnel participe à la principale fonction de son ordre


qui est la protection du public, comme le précise l’article 23 C.prof. Un
professionnel qui entrave l’enquête du syndic, empêche par le fait même celui-ci
de mener à terme cette enquête et, conséquemment, de veiller à la protection du
public.

[595] De plus, le défaut de répondre de façon satisfaisante aux questions et demandes

de renseignements d’un syndic constitue une infraction grave. Le fondement de tout le

processus disciplinaire est alors compromis313 :

En refusant de répondre pleinement et véridiquement aux questions qui lui sont


posées ou de fournir les renseignements demandés dans le cadre d’une enquête,
le professionnel représente un danger potentiel pour la protection du public et peut
ainsi empêcher le syndic de faire son travail de protection du public et d’intervenir
le cas échéant.

[596] L’intimé doit collaborer pleinement à l’enquête de la plaignante alors qu’il est tenu

à une obligation de résultat314.

[597] Dans le cadre de l’analyse du chef 11 (contrefaçon), le Conseil a déjà retenu que

l’intimé a transmis au bureau du syndic et à l’inspecteur une lettre contenant des

paraphes contrefaits alors qu’il dit avoir été présent au moment où ces paraphes ont été

apposés. Cette lettre accompagne la facture 7377. En agissant ainsi, l’intimé entrave le

travail de l’inspecteur, du bureau du syndic et de la plaignante.

312 Coutu c. Pharmaciens (Ordre professionnel des), 2009 QCTP 17, paragr. 83.
313 Gélinas c. Notaires (Ordre professionnel des), 2020 QCTP 37, paragr. 187 et 188.
314 Barreau du Québec (syndique ad hoc) c. Brouillette, 2021 QCTP 92, paragr. 149; Podiatres (Ordre
professionnel des) c. Bochi, 2019 QCTP 75.
06-18-03165 PAGE 145

[598] Quant aux autres factures mentionnées au chef 8, dans le cadre de l’analyse des

chefs 3 à 6, le Conseil a déjà décidé que monsieur AS n’a jamais approuvé ces factures

qui sont au dossier de l’intimé et qui ont donné lieu à des retraits non autorisés dans le

compte en fidéicommis. Le Conseil a également déjà décidé que monsieur AS n’a pas

approuvé la facture 7377. Encore là, le fait de remettre ces factures à l’inspecteur du

bureau du syndic constitue une entrave active.

[599] Sous le chef 8, le Conseil déclare coupable l’intimé d’avoir enfreint l’article 114 du

Code des professions.

LE CHEF 2 (défaut de demander des honoraires justes et raisonnables)

La preuve de la plaignante - chef 2 (défaut de demander des honoraires justes et

raisonnables)

Monsieur AS

[600] Comme déjà mentionné dans le cadre de l’analyse des chefs 3 à 6, monsieur AS

soutient que les honoraires professionnels étaient payables sur la base d’un tarif horaire

uniquement.

[601] Le 27 mai 2010, monsieur AS et sa conjointe rencontrent l’intimé à son bureau

situé alors sur le boulevard René-Lévesque à Québec.


06-18-03165 PAGE 146

[602] Ce dernier présente à monsieur AS la facture 7309 du 27 mai 2010 s’élevant à

15 299,50 $315. Les honoraires professionnels se ventilent ainsi pour le travail effectué

par les personnes suivantes :

- L’intimé : du 16 décembre 2008 au 4 février 2020, 8 ¾ h à 225 $ : 1 968,75 $;

- Me Moisan : du 16 décembre 2008 au 4 février 2010, 29 h à 250 $ : 250 $;

- Ally (stagiaire) : du 5 juillet 2007 au 28 septembre 2008, 28 h à 100 $ : 2 800 $.

[603] Par ailleurs, monsieur AS affirme ne pas avoir vu le compte d’honoraires du 25 mai

2010 que Me Moisan a transmis à l’intimé dans le dossier de la succession de son frère.

Ce compte d’honoraires indique que Me Moisan a facturé 29 heures au tarif horaire de

125 $ pour un total de 3 625 $ avant taxes316. Or, deux jours plus tard, l’intimé refacture

monsieur AS à un tarif de 250 $ pour les mêmes services.

La preuve de l’intimé sous le chef 2 (défaut de demander des honoraires justes et

raisonnables)

[604] L’intimé reconnaît avoir facturé monsieur AS pour une durée 29 heures, au tarif de

250 $ l’heure, pour les services professionnels de Me Fernand Moisan rendus entre le

16 décembre 2008 et le 4 février 2010, comme mentionné à la facture du 27 mai 2010.

[605] L’intimé reconnaît également que le 25 mai 2020, pour la même période de

29 heures, Me Moisan lui facture ses services au tarif horaire de 125 $ l’heure317.

315 Pièce P-23, page 21.


316 Pièce P-4, page 149.
317 Pièce P-4, page 148.
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[606] Comme déjà expliqué dans le cadre des chefs 3 à 6, l’intimé explique qu’un client

du bureau d’avocats pouvait être desservi par un avocat autre que l’avocat responsable.

L’intimé était l’avocat responsable dans le cas du dossier de la succession du frère de

monsieur AS. Il s’est fait assisté par Me Moisan.

[607] Selon l’intimé, au printemps 2008, il embauche Me Moisan tel qu’il appert d’un

contrat d’associé nominal (non signé) portant la date du 21 mai 2008 318.

[608] Selon ce contrat, l’associé nominal paye à Barakatt Harvey un loyer et tient un

registre des appels interurbains qu’il effectue afin de rembourser ce bureau d’avocats.

S’il utilise les services de la stagiaire, il est facturé par le bureau d’avocats au tarif de 65 $

l’heure. Dans le cas d’un avocat junior, il doit payer 75 $ l’heure.

[609] L’intimé ajoute que Me Moisan possédait dix années d’expérience professionnelle

de plus que lui, notamment en matière de succession. En 2008, son taux horaire et celui

de Me Moisan étaient en général « autour de 250 $ l’heure ».

[610] Selon l’intimé, le taux de 250 $ l’heure facturé à monsieur AS pouvait ainsi

s’expliquer en raison de l’expérience de Me Moisan.

[611] L’intimé amène le client au bureau et Me Moisan est payé par le bureau à un taux

plus bas. À ce sujet, l’intimé mentionne que le contrat d’associé nominal précise que les

référencements « s’il y a lieu, feront l’objet d’une entente cas par cas »319.

318 Pièce I-2.


319 Pièce I-2, clause numéro 12.
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[612] L’intimé illustre la situation de la manière suivante. Me Moisan agit comme sous-

traitant relativement à un client qu’il amène au bureau. Il fait une analogie avec un salarié

qui n’a pas à se préoccuper de la collection des comptes impayés ou de l’administration.

Le salarié est toujours payé, tout comme l’associé nominal. L’intimé de son côté est

rémunéré en fonction du succès obtenu dans le cadre de procédures alors que tel n’est

pas le cas pour Me Moisan. Ce dernier n’a pas d’administration à faire ni de collection de

comptes impayés.

[613] Pour l’intimé, ce mécanisme est normal et il estime que son bureau d’avocats n’est

pas le seul à procéder ainsi.

Position des parties sous le chef 2 (demander des honoraires justes et raisonnables)

[614] La plaignante concède qu’il est possible pour un bureau d’avocats de se garder

« un mark up » (une plus-value) pour les services d’un avocat sous-traitant à qui un

dossier est référé.

[615] Selon la plaignante l’intimé savait que les honoraires devaient être maintenus au

plus bas en raison du fait que monsieur AS voulait laisser le plus d’argent possible à la

jeune héritière. Dans ce contexte, le fait pour l’intimé de refacturer monsieur AS au tarif

horaire de 250 $ alors que ces mêmes services ont déjà été rendus au tarif de 125 $

devient déraisonnable.

[616] De son côté, l’intimé rétorque que les critères prévus à la réglementation sont

respectés. L’expérience de Me Moisan justifiait de faire payer à monsieur AS le tarif

réclamé. En outre, l’intimé payait cet avocat au fur et à mesure des factures qu’il lui
06-18-03165 PAGE 149

envoyait alors que l’intimé n’a pu refacturer monsieur AS que beaucoup plus tard après

que le testament a été vérifié. Il n’est pas logique de facturer monsieur AS les services

professionnels de Me Moisan au même taux horaire que celui de la stagiaire qui n'avait

aucune expérience.

La décision du Conseil sous le chef 2 (défaut d’obtenir des honoraires justes et

raisonnables)

[617] Les dispositions invoquées sous le chef 2 sont les suivantes :

Code de déontologie des avocats320


3.08.01. L’avocat doit demander et accepter des honoraires justes et raisonnables.
3.08.03. L’avocat doit éviter toutes les méthodes et attitudes susceptibles de
donner à sa profession un caractère de lucre et de commercialité.

[618] La plaignante n’a pas démontré que le tarif horaire réclamé à monsieur AS pour

les services professionnels rendus par Me Moisan n’est pas justifié vu l’expérience de ce

dernier.

[619] Comme le souligne l’intimé, l’expérience et le temps consacré à une affaire sont

des critères reconnus par l’article 3.08.02 du Code de déontologie des avocats applicable

à l’époque.

[620] Elle n’a pas soutenu que le tarif horaire réclamé est, en soi, inapproprié dans le

cas de Me Moisan. En outre, il n’y a aucune preuve démontrant que le nombre d’heures

réclamées est injuste ou déraisonnable.

320 RLRQ, c. B-1, r. 1.


06-18-03165 PAGE 150

[621] En fait, selon la preuve déjà analysée sous les chefs 3 à 6, tant la stagiaire que

Me Moisan ont contribué à avoir fait avancer le dossier confié par l’intimé. Rappelons que

monsieur AS a accepté de payer la facture de 15 299,50 $ où il est indiqué que, pour les

services de cet avocat, 29 heures sont payées au tarif horaire de 250 $321.

[622] Ainsi, la plaignante n’a pas démontré que les honoraires réclamés au client ne sont

pas justes et raisonnables.

[623] Quant à savoir si l’intimé a accordé un caractère de lucre à sa profession vu la

différence de tarif entre celui réellement payé à Me Moisan et celui qui a été facturé au

client, le fardeau de la preuve repose sur les épaules de la plaignante. Or, celle-ci n’a pas

présenté de précédents ni d’autorités visant un cas comme celui en l’instance.

[624] Par ailleurs, l’intimé n’est pas contredit sur le fait que c’est lui qui a dû supporter

les honoraires de Me Moisan et de la stagiaire, ainsi que les déboursés, pendant un

certain temps, car ces derniers étaient rémunérés par le bureau d’avocats au fur et à

mesure des services rendus. C’est l’intimé qui a accueilli ce client. Les services de

Me Moisan sont retenus à titre de sous-traitant. Dans ce contexte, la plaignante n’invoque

pas qu’il est anormal que le bureau d’avocats réclame au client un tarif plus élevé que le

salaire ou la rémunération versée à un associé nominal ou une stagiaire.

[625] En outre, l’argument de la plaignante selon lequel les services de M e Moisan

auraient pu être facturés au même tarif qu’une stagiaire sans expérience pour garder les

honoraires au plus bas n’apparaît ni convaincant ni logique. À ce sujet, lors de son

321 Pièce P-23, pages 21 et 22.


06-18-03165 PAGE 151

témoignage, monsieur AS relate que l’intimé lui a mentionné que la stagiaire ferait des

recherches. Il ne fait pas état à ce moment de représentations concernant M e Moisan.

Quant à la conjointe de monsieur AS, celle-ci ajoute qu’un autre avocat allait travailler et

que ce dernier et la stagiaire « ça pouvait peut-être faire baisser la facture ». Ainsi, la

preuve ne permet pas de retenir, contrairement à ce qu’argue la plaignante, que l’intimé

devait maintenir au plus bas les honoraires de ces deux personnes de façon à ne

réclamer que 125 $ l’heure pour les services rendus par Me Moisan.

[626] Est-ce que dans ce contexte du dossier le seul fait qu’un différentiel existe entre le

montant réclamé à monsieur AS et celui facturé par Me Moisan à l’intimé confère un

caractère de lucre. La réponse apparaît négative. Par ailleurs, la preuve est muette quant

au moment où ce différentiel deviendrait tel que l’intimé pourrait se voir reprocher d’avoir

agi à l’encontre de son code de déontologie.

[627] Sous le chef 2, le Conseil acquitte l’intimé d’avoir contrevenu aux dispositions des

articles 3.08.01 et 3.08.03 du Code de déontologie des avocats applicables pendant la

période en litige.

QUESTION 3 : LE CONSEIL DOIT-IL ACCUEILLIR LA REQUÊTE EN ARRÊT DES

PROCÉDURES DE TYPE BABOS ET EN DÉLAIS DÉRAISONNABLES REMODIFIÉE?

[628] Le Conseil a déjà décidé que cette requête pouvait être entendue dans le cadre

de l’instruction de la plainte déposée contre l’intimé322. En outre, comme déjà mentionné

dans cette décision, le fait de se prononcer à la fin de l’instance permet au Conseil de

322 Barreau du Québec (syndique ad hoc) c. Harvey, 2020 QCCDBQ 45, paragr. 79, 80 et 117.
06-18-03165 PAGE 152

disposer d’un dossier complet, notamment pour évaluer, le cas échéant, du préjudice subi

et d’en déterminer la réparation applicable dans une telle éventualité.

[629] Dans un premier, il y a lieu de faire état de la preuve et de la position de l’intimé

et, par la suite, de celle de la plaignante.

i) La preuve de l’intimé

Monsieur JD

[630] Monsieur JD est un gestionnaire de sociétés possédant des immeubles. L’intimé

a été un avocat de ces sociétés.

[631] Monsieur JD connaît monsieur JA. Il fait état de ses relations d’affaires avec ce

dernier. Notamment, ce dernier a déjà été impliqué avec lui dans la société « A » et il lui

a déjà consenti des prêts d’argent.

[632] Lors d’une transaction, un emprunt est contracté auprès d’un prêteur pour

l’acquisition d’un immeuble. Toutefois, ils sont incapables de payer en totalité les

mensualités. Monsieur JD croit alors que de l’argent doit être réinvesti, mais monsieur JA

refuse d’en injecter plus. À l’été 2017, ce créancier leur transmet une mise en demeure

vu le remboursement incomplet du prêt d’argent, puis, il dépose une procédure

introductive d’instance devant le tribunal.

[633] C’est dans ce contexte que, vers la fin de l’été 2017, monsieur JD se déplace au

bureau de monsieur JA. Monsieur JA désire que Me McLean, avocate chez BCF Avocats,

agisse à titre d’avocate pour eux dans cette affaire, monsieur JD veut plutôt que leur
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société soit représentée par l’intimé. Cette avocate a un lien familial avec monsieur JA.

Alors que monsieur JD discute avec monsieur JA, ce dernier téléphone à Me McLean.

[634] Pendant cet échange entre monsieur JA et Me McLean, monsieur JD dit avoir

entendu cette dernière mettre en garde son interlocuteur, car l’intimé pourrait

éventuellement ne plus être avocat. Selon monsieur JD, Me McLean a alors mentionné

que l’intimé avait des problèmes avec le Barreau, qu’il est sous enquête.

[635] Sur le coup, monsieur JD n’a pas porté une grande attention à cette information.

[636] À la suite de cette discussion, l’intimé représente la société, alors que BCF

Avocats représente monsieur JA. Puis, le dossier suit son cours et une entente à l’amiable

intervient en vertu de laquelle l’immeuble est remis au prêteur à la suite d’un

acquiescement à jugement.

[637] Coup de théâtre, une ou deux années plus tard, monsieur JA reçoit une mise en

demeure du prêteur qui invoque ne pas avoir été totalement remboursé à la suite de la

vente de l’immeuble de la société. Monsieur JD, informé de la situation, lui suggère de

communiquer avec l’intimé, puisque c’est ce dernier qui a préparé la documentation de

l’entente à l’amiable. Par ailleurs, Me McLean ne représente plus monsieur JA à l’époque.

C’est ainsi que l’intimé devient le représentant de monsieur JA.

[638] Monsieur JA se rend au bureau de l’intimé qui décide d’appeler monsieur JD avec

son cellulaire. Il utilise la fonction « main libre » afin de procéder à une revue des faits.

C’est à cette occasion que monsieur JD révèle à l’intimé l’information communiquée par
06-18-03165 PAGE 154

Me McLean à monsieur JA vers la fin de l’année 2017, soit que l’intimé avait des

problèmes avec le Barreau et qu’il était sous enquête.

[639] Dans un autre ordre d’idées, en 2020, monsieur JD est représenté par M e Roy,

dans un dossier l’impliquant avec Hydro-Québec, laquelle invoque un vol d’électricité.

Cette affaire est pendante devant les tribunaux. Au cours d’une rencontre au bureau de

Me Roy, ce dernier mentionne que l’intimé ne pouvait pas le représenter. Il lui a montré

une coupure de presse, soit un article de Droit Inc.

[640] En contre-interrogatoire, monsieur JD explique qu’il n’est plus associé ou

actionnaire dans une société avec monsieur JA, mais que ce dernier lui prête de l’argent.

[641] Monsieur JD ajoute que plusieurs dossiers avec monsieur JA ont fait l’objet d’une

conciliation, mais il a signé une entente de confidentialité à ce sujet.

[642] Au cours des années, monsieur JA a prêté à monsieur JD de l’argent à ses

sociétés. Dans certains cas, monsieur JD agissait avec d’autres associés. L’argent ne lui

a pas été prêté personnellement.

[643] Dans le cas déjà discuté où un prêteur a envoyé une mise en demeure,

monsieur JD déclare que la procédure d’acquiescement à jugement préparée par l’intimé

était mal rédigée. Monsieur JA a réglé l’affaire.

[644] Questionné sur le montant d’argent qu’il doit à monsieur JA, le témoin refuse de

répondre devant le Conseil en invoquant une entente de confidentialité.


06-18-03165 PAGE 155

[645] Monsieur JD est avisé qu’il est tenu de fournir une réponse comme le prévoit le

Code des professions. En outre, le Conseil ordonne alors que les réponses de nature

financière soient protégées par une ordonnance de huis clos vu la volonté du témoin de

protéger des informations confidentielles de nature financière.

[646] Monsieur JD, souhaitant pouvoir consulter un avocat, se voit alors accorder un

délai de dix jours pour répondre aux trois questions suivantes par écrit, sans quoi il

s’expose à être rappelé devant le Conseil :

• Combien monsieur JD a-t-il emprunté au cours des années à monsieur JA?

• Combien est-il dû en date de ce jour par monsieur JD à monsieur JA?

• Est-ce que monsieur JD a fait défaut de rembourser certains prêts à monsieur

JA, si oui, combien?

[647] Monsieur JD ne fournit pas les réponses dans le délai imparti.

[648] Lors d’une seconde présence devant le Conseil, les questions sont reformulées à

monsieur JD de la manière suivante alors qu’il est représenté par un avocat. Ce dernier

obtient un délai additionnel de cinq jours pour fournir par écrit ses réponses :

1) Au cours des années, combien d’argent monsieur JA a-t-il prêté à monsieur JD

ou à des compagnies contrôlées par ce dernier?

2) En date de ce jour, combien d’argent monsieur JD et les compagnies

contrôlées par ce dernier doivent-ils à monsieur JA?


06-18-03165 PAGE 156

3) Est-ce que monsieur JD et les compagnies contrôlées par ce dernier ont fait

défaut de rembourser à monsieur JA certaines sommes d’argent et si oui,

combien?

4) À quelle date monsieur JD et monsieur JA ont-ils conclu la convention à

laquelle monsieur JD a référé durant son contre-interrogatoire?

5) Pour les fins de la négociation de cette convention, par quels avocats

monsieur JD et monsieur JA étaient-ils représentés?

[649] Finalement, monsieur JD répond ce qui suit après avoir consulté son avocat.

[650] Monsieur JD répond : 1) qu’il évalue sommairement le total des emprunts faits

auprès de monsieur JD à un million de dollars; 2) lui-même ou via ses compagnies, il

estime devoir au plus 6,5 $ millions de dollars à monsieur JA; 3) il reconnaît que lui-même

ou ses compagnies ont été en défaut de rembourser monsieur JA, mais que ceux-ci ont

été remédiés; 4) une convention a été signée entre lui et monsieur JA le 21 novembre

2017 et 5) aucun avocat ne les représentait aux fins de la négociation de cette convention.

[651] Toujours lors de son contre-interrogatoire, relativement à la discussion

téléphonique qu’il a entendue entre monsieur JA et Me McLean, monsieur JD ne se

souvient pas de la date.

[652] Il précise que Me McLean représentait monsieur JA dans un autre dossier à cette

époque.
06-18-03165 PAGE 157

[653] Monsieur JD se souvient qu’à un moment donné, pendant leur discussion,

monsieur JA décide spontanément d’appeler Me McLean, avec qui il a un lien familial.

Monsieur JD est devant le bureau de monsieur JA.

[654] Monsieur JD souligne que monsieur JA ne prévient pas Me McLean que sa

conversation peut être entendue par monsieur JD, sa présence n’ayant pas été divulguée

à Me McLean.

[655] Par ailleurs, monsieur JD déclare ne pas avoir été au courant de la demande

introductive d’instance intentée par l’intimé contre la plaignante en janvier 2016323.

[656] Dans un autre ordre d’idées, il reconnaît avoir déjà fait affaire avec le bureau

d’avocats BCF par l’entremise d’une ou plusieurs sociétés. Il ajoute que cette relation a

cessé il y a très longtemps.

[657] Confronté à l’affidavit qu’il a signé le 17 avril 2020 selon lequel il se déclare

actuellement client de BCF Avocats, personnellement ou par le biais d’une personne

morale, monsieur JD précise qu’il ne l’est plus personnellement en date du 14 juillet 2021.

[658] Par ailleurs, il explique avoir retenu les services de l’intimé en 2007. Il a convenu

avec lui de lui verser des actions dans une société propriétaire d’un immeuble au lieu de

lui verser des honoraires de 15 000 $ en argent. Il précise ne pas avoir retenu les services

de l’intimé par la suite.

323 Pièce P-33.


06-18-03165 PAGE 158

Monsieur RF

[659] Monsieur RF se décrit comme un homme d’affaires.

[660] Il relate qu’au printemps 2016, il doit rencontrer un avocat de BCF Avocats à leurs

bureaux relativement à un litige. Pendant la matinée, il est alors dans la salle d’attente de

ce bureau.

[661] Monsieur RF croit avoir entendu deux personnes discuter entre elles de l’intimé

avec un air moqueur. Il en a déduit ce qui suit : « je pensais que c’était une affaire

BCF/Harvey ».

[662] Quatre ans plus tard, soit en mai ou en juin 2020, il téléphone à l’intimé. Il lui

demande alors s’il est encore avocat, car il a entendu dire par deux personnes se trouvant

chez BCF Avocats qu’il avait « des problèmes avec le Barreau ».

[663] Contre-interrogé relativement à l’événement du printemps 2016, monsieur RF

précise qu’il présume que les deux personnes étaient des employés de BCF.

[664] À ce moment, il n’a accordé aucune importance à leur discussion. D’ailleurs,

lorsqu’il a rencontré comme prévu l’avocat chez BCF Avocats avec qui il avait rendez-

vous, il ne lui a pas fait part de ce qu’il avait entendu plus tôt.

[665] Monsieur RF est confronté au fait qu’il a signé une déclaration à l’appui de la

requête en arrêt des procédures où il mentionne s’être abstenu de faire affaire avec

l’intimé en raison de ce qu’il dit avoir entendu dans la salle d’attente du bureau BCF en
06-18-03165 PAGE 159

mai 2016. Finalement, monsieur RF mentionne plutôt ne pas avoir appelé l’intimé, car il

n’avait pas de mandat à lui confier.

Madame Josée Lévesque

[666] Madame Lévesque est adjointe juridique au bureau BCF Avocats depuis 2008

auprès de plusieurs avocats de ce bureau, mais ce n’est pas le cas de la plaignante.

[667] Elle reconnaît avoir agi à titre de commissaire à l’assermentation aux fins du

serment de discrétion prêté par la plaignante le 18 novembre 2015 à titre de syndique ad

hoc du Barreau dans la présente affaire324.

[668] Elle n’a souvenir d’avoir signé aucun autre document relativement à ce dossier

disciplinaire.

[669] Elle confirme qu’il existe un « mur de Chine » dans le bureau d’avocats protégeant

le dossier disciplinaire. Le dossier est confidentiel et elle n’y a pas accès.

[670] Par ailleurs, à titre d’adjointe juridique et dans le cadre de son travail, elle a eu à

faire des suivis avec l’intimé relativement à des dossiers impliquant des avocats de

BCF325.

Madame Valérie Fiset

[671] Madame Fiset est adjointe juridique au bureau BCF Avocats depuis 2018.

324 Pièce I-5, RA-16 : serment de discrétion


325 Pièce I-5, RA-56 : extraits de six courriels en liasse.
06-18-03165 PAGE 160

[672] Elle est l’adjointe de plusieurs avocats de ce bureau, dont Me Émilie Leblanc dans

des dossiers disciplinaires. Elle n’est pas l’adjointe de la plaignante. Dans le cadre de

son travail, elle a effectué des notifications par courriel pour transmettre des plans

d’argumentation, cahiers d’autorités et autres documents du genre326.

[673] Elle a signé électroniquement un serment de discrétion et document concernant la

« muraille de Chine327 ».

Reportage de Radio-Canada

[674] L’intimé fait état de l’existence d’un reportage de Radio-Canada publié le

5 décembre 2017328.

[675] Ce reportage est intitulé : « Une héritière de 15 ans au cœur d’une bataille sur les

frais d’avocat ». Celui-ci fait état des déclarations de monsieur AS et de l’intimé.

Monsieur AP

[676] Monsieur AP a retenu les services professionnels de l’intimé en 2015. Il considère

que tout s’est bien déroulé.

[677] Le 13 juillet 2021, il écrit à l’intimé pour lui manifester son inquiétude, car il est

décrit dans les médias comme un possible fraudeur329. Il lui demande si son droit de

pratique a été limité.

326 Pièce I-5, RA-56 a) à j).


327 Pièce P-43.
328 Pièce I-5, RA-4.
329 Pièce I-5, RA-52.
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Monsieur R

[678] Monsieur R est agent consulaire du Québec au Togo. Il explique que des

informations circulent depuis la fin de l’année 2017 au sujet de l’intimé. Son intégrité est

remise en question. Selon ces informations, un citoyen s’est plaint au Barreau du fait que

l’intimé aurait détourné des fonds. Les autorités du Togo n’ont pas bien pris ce

renseignement.

[679] Cette information a fait reporter une mission économique impliquant l’intimé. Puis,

il y a eu la crise liée au virus de la COVID-19 qui a amené d’autres reports.

[680] En juin 2020, le témoin a reçu un courriel d’un citoyen lui faisant état des

informations concernant l’intimé, ce qui a amené le témoin à envoyer un message texte

à l’intimé au sujet d’un reportage de Radio-Canada330.

Monsieur BD

[681] Monsieur BD connaît l’intimé depuis une vingtaine d’années et il a fait appel à ses

services professionnels dans le passé.

[682] Il relate avoir reçu un message texte d’une connaissance en juin à la suite d’un

reportage de Radio-Canada portant sur le fait que l’intimé est devant son ordre

professionnel331. Il a appelé l’intimé qui lui a indiqué ne pas faire l’objet d’une radiation.

330 Pièce I-5, RA-27.


331 Pièce I-5, RA-24.
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Me Karim Fezzani

[683] L’intimé était l’avocat de son père puis il est devenu son mentor lorsqu’il était

étudiant.

[684] En 2017, il effectue un stage en Ontario en raison de ses objectifs professionnels.

Par ailleurs, l’intimé faisant face à une enquête disciplinaire, l’a avisé qu’il ne pouvait pas

agir comme maître de stage332.

Monsieur ER

[685] Monsieur ER se décrit comme un gestionnaire dans le domaine de l’immobilier.

[686] Celui-ci a fait appel aux services professionnels de l’intimé concernant le cas d’un

locataire récalcitrant.

[687] Il relate faire partie d’un groupe de personnes ayant reçu, par message texte, des

captures d’écran en août 2021 au sujet de l’intimé333. Ces captures d’écran mentionnent

que, selon un reportage de Radio-Canada, l’intimé est traduit devant son ordre

professionnel.

[688] Par la suite, monsieur ER communique avec l’intimé à ce sujet.

[689] En contre-interrogatoire, il précise ne pas avoir entendu parler des démêlées de

l’intimé avec son ordre professionnel avant le mois d’août 2021.

332 Pièce I-5, RA-25.


333 Pièce I-5, RA-58 a et b.
06-18-03165 PAGE 163

Monsieur YV

[690] Il explique être en relation d’affaires avec l’intimé depuis environ quinze ans. Il

relate que plusieurs de ses clients ont fait « grand cas » d’un reportage de Radio-Canada

et ne voulaient plus faire affaire avec l’intimé. Il a alors pris « ses distances » face à ce

dernier.

Monsieur FC

[691] Monsieur FC se décrit comme un homme d’affaires. Depuis près d’une année,

l’intimé le représente dans un litige.

[692] Celui-ci relate avoir écrit à l’intimé au début du mois de juillet 2020 pour le

questionner à propos de reportage sur Internet. Dans son courriel, il écrit devoir prendre

très au sérieux la possibilité qu’il soit suspendu ou même radié334.

Monsieur MB

[693] Monsieur MB est un entrepreneur et l’intimé est son avocat depuis plusieurs

années. De plus, ce dernier siège au Conseil d’administration de son entreprise. En

revanche, monsieur MB a demandé que cette fonction de l’intimé soit suspendue en

attendant la suite du dossier disciplinaire le concernant. Monsieur MB fait état de

messages textes transmis à l’intimé à ce sujet335.

334 Pièce I-5, RA-10.


335 Pièce I-4, RA-51 a et b.
06-18-03165 PAGE 164

Monsieur FL

[694] Monsieur FL travaille comme technicien au gouvernement du Québec et intervient

auprès d’un organisme à but non lucratif. Il explique avoir reçu en 2021 un message de

membres de sa communauté au sujet de l’intimé et du reportage de Radio-Canada336.

Monsieur SV

[695] Vers la mi-juin 2020, il a communiqué avec l’intimé pour qu’il mette en demeure le

propriétaire de l’immeuble dans lequel il loue un logement. Ce dernier, après avoir reçu

la mise en demeure de l’intimé, communique avec monsieur SV pour lui annoncer que

son avocat est radié. Le même jour, il communique avec l’intimé à ce sujet337.

Monsieur VD

[696] Monsieur VD se décrit comme un entrepreneur en nouvelles technologies.

[697] Entre 2016 et 2019, la plaignante l’a représenté comme avocate. En fait, elle

remplaçait un avocat de son bureau qui occupait dans un litige, et ce, jusqu’en 2015.

Monsieur VD explique que la plaignante a obtenu de cesser d’occuper dans ce litige et il

est représenté aujourd’hui par un autre avocat.

[698] Le 24 février 2019, la plaignante lui a réclamé le paiement d’une créance dans le

cadre d’une demande introductive d’instance déposée en Cour du Québec338. Cette

instance est présentement pendante. L’avocat qui représentait monsieur VD dans cette

336 Pièce I-5, RA-54 et 55.


337 Pièce I-5, RA-23.
338 Pièce I-5, RA-34.
06-18-03165 PAGE 165

affaire a cessé d’occupé. Celui-ci lui a fourni le nom de deux avocats pour le remplacer,

dont celui de l’intimé339. En avril 2021, l’intimé a déposé au nom de monsieur VD une

défense et une demande reconventionnelle dans laquelle il invoque que la plaignante a

profité de sa situation d’avocate pour s’enrichir et lui réclame 25 000 $340. Cette dernière

rétorque en déposant une demande en vue de faire déclarer l’intimé inhabile à

représenter le défendeur341.

[699] En contre-interrogatoire, monsieur VD indique que l’intimé, au moment d’accepter

de le représenter, ne lui a pas fait part de son implication dans la présente affaire

disciplinaire. Puis, il précise ne plus le savoir, car cela n’est pas important pour lui.

[700] Il a pris connaissance de la demande de la plaignante visant à faire déclarer

l’intimé inhabile dans ce dossier, mais ne peut dire le moment exact où il a appris qu’elle

agissait aussi comme syndique ad hoc bien qu’il savait qu’elle avait par ailleurs agi à ce

titre dans d’autres dossiers.

[701] Par ailleurs, il reconnaît avoir déposé une plainte privée devant un conseil de

discipline contre la plaignante. Monsieur VD ajoute que l’intimé a comparu en son nom le

23 août 2021342.

339 Pièce I-5, RA-58.


340 Pièce I-5, RA-35.
341 Pièce I-5, RA-36.
342 Pièce P-44.
06-18-03165 PAGE 166

[702] Contre-interrogé, monsieur VD mentionne que l’intimé a fait l’ébauche du texte de

sa plainte privée contre la plaignante343. Il précise avoir signé l’affirmation solennelle à

l’appui de cette plainte alors qu’il était dans un bureau adjacent à celui de l’intimé.

[703] Monsieur VD reconnaît avoir discuté avec un journaliste au sujet de sa plainte

privée contre la plaignante et dit ne pas savoir si ce journaliste a communiqué avec lui à

la demande de l’intimé344.

Monsieur Daniel Morneau

[704] Monsieur Morneau travaille dans le domaine journalistique, tant au niveau de la

télévision que des journaux et connaît l’intimé depuis 2009.

[705] À l’automne 2017, l’intimé retient ses services pour assurer un mandat de

communication avec un journaliste de l’émission de télévision La Facture qui désire le

rencontrer.

[706] Le 20 octobre 2017, une rencontre a lieu entre ce journaliste et l’intimé.

[707] En contre-interrogatoire, monsieur Morneau explique que l’intimé est un bon client.

Il s’occupe d’ailleurs de son site Web.

[708] Monsieur Morneau précise avoir fait mention du reportage de La Facture sur la

page Facebook de l’intimé avec l’autorisation de ce dernier345.

343 Pièce P-46.


344 Pièce P-45.
345 Pièce P-48 et pièce I-5, RA-4.
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[709] Monsieur Morneau reconnaît avoir agi dans un litige impliquant l’intimé346. Dans le

cadre de cette affaire, il reconnaît délivrer des visas pour le Togo et recevoir une

rémunération de l’intimé qui lui confie différents mandats de communication. La Cour

supérieure ne retient pas son témoignage quant aux services qu’il aurait rendus ou aux

factures transmises relativement à la nomination d’un consul.

[710] Il ajoute que sur le site de sa maison de production, dans la section « nouvelles »

il est question du reportage télévisé du 5 décembre 2017 concernant monsieur AS 347. Il

a publicisé cela puisqu’il considère avoir fait une réalisation pour son client, l’intimé. Si

cette information apparaît encore sur le site de son entreprise, ce n’est pas un oubli.

Madame Sylvie Roy

[711] Madame Sylvie Roy occupe le poste de secrétaire du Greffe d’indemnisation et

coordination de projets du Barreau.

[712] Elle explique que l’appellation « Service de garde Québec » est mieux connue. Il

s’agit d’un service offert au public. Par exemple, une personne en état d’arrestation peut

faire appel à ce service à tout moment.

[713] Pour qu’un avocat puisse se voir référer des demandes de membres du public, il

doit y être préalablement inscrit.

346 Pièce P-47 : Gestion Stéphane Harvey inc. c. Guay, 2021 QCCS 3128 (en appel : 200-09-010396-
213).
347 Pièce P-49.
06-18-03165 PAGE 168

[714] Madame Roy reçoit les inscriptions en question, il s’agit de demandes d’adhésion.

Lorsqu’un avocat est intéressé à participer à ce service, il remplit un formulaire. Sur

réception, madame Roy le fait suivre à trois services : le greffe de discipline, l’inspection

professionnelle et le bureau du syndic. Il s’agit d’une procédure interne où ces trois

services lui transmettent leurs commentaires par écrit.

[715] Le 12 octobre 2018, madame Roy reçoit la demande d’adhésion de l’intimé. Le

17 octobre suivant, elle demande aux trois services leurs commentaires.

[716] C’est dans ce contexte que le bureau du syndic lui transmet des commentaires par

écrit348. En raison d’une objection provenant du bureau du syndic, l’intimé n’a pas adhéré

à ce service de garde.

[717] Avant d’informer l’intimé, elle a attendu d’être avisée par le greffe de discipline que

la plainte disciplinaire soit signifiée à ce dernier, ce qui est fait le même jour, soit le

20 novembre 2018 à 10 h349.

Me Guy Bilodeau, syndic

[718] La plaignante est nommée syndique ad hoc comme en fait foi un extrait du procès-

verbal du 21 septembre 2015 d’une séance du Conseil d’administration du Barreau du

Québec350. Ce procès-verbal fait référence à un sommaire exécutif en date du

3 septembre 2015351.

348 Pièce I-5, RA-60.


349 Pièce I-5, RA-57.
350 Pièce I-5, RA-61.
351 Pièce I-5, RA-62.
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[719] Le 16 février 2016, Me Bilodeau transmet une lettre à l’intimé352. Ce dernier a

demandé le 28 janvier 2016 d’enquêter sur la conduite de M e Pierre-Gabriel Guimont

notamment en raison du délai mis pour faire enquête. Me Bilodeau explique qu’à titre de

syndic en titre, il lui revient de répondre à cette lettre de l’intimé. Dans sa lettre, il réfute

les prétentions de l’intimé et lui demande de se désister de la demande introductive

d’instance intentée contre monsieur AS. Toute cette documentation est numérisée,

classée au dossier et la plaignante y a vraisemblablement accès vu la collaboration entre

un inspecteur enquêteur et le bureau du syndic. Un syndic adjoint pouvait aussi rendre

cette documentation accessible à la plaignante.

[720] Le 25 février 2016, l’intimé transmet au bureau du syndic une lettre de 16 pages.

Me Bilodeau explique que la plaignante étant responsable du dossier, il lui appartient de

faire les suivis qu’elle juge opportuns.

[721] Le 17 octobre 2018, Me Bilodeau sait que la plainte disciplinaire visant l’intimé doit

être acheminée sous peu et Me Pierre-Gabriel Guimont est en copie conforme de la

correspondance, puisqu’il est le syndic adjoint pour la région où exerce l’intimé353.

Audition devant le Comité de discipline de l’OACIQ

[722] L’intimé produit l’enregistrement et le procès-verbal d’une conférence de gestion

tenue le 27 mai 2020 devant le Comité de discipline de l’Organisme d’autoréglementation

du courtage immobilier du Québec (OACIQ)354. Dans cette affaire, le Comité de discipline

352 Pièce I-5, RA-63.


353 Pièce I-5, RA-60.
354 Pièce I-5, RA-26.
06-18-03165 PAGE 170

tente de fixer des dates d’audience. Lorsque le vice-président demande à l’intimé

pourquoi il n’est pas disponible à certaines dates, ce dernier mentionne que plusieurs

dates sont réservées afin de procéder devant le présent Conseil dans un dossier qui

le vise.

L’intimé

[723] La plaignante est nommée à titre de syndique ad hoc dans le présent dossier en

septembre 2015355.

[724] Toutefois, le dossier au bureau du syndic est ouvert depuis novembre 2014 à la

suite d’une demande d’enquête de son client, monsieur AS. Un syndic adjoint,

Me Guimont est chargé de cette affaire. Selon l’intimé, rien ne s’est passé entre les mois

de mai et de septembre 2015.

[725] Or, la plaignante se manifeste auprès de l’intimé en novembre 2015 et elle prévoit

le rencontrer en janvier 2016. Ce dernier est perplexe. Il n’a pas été avisé du

remplacement de Me Guimont et il cherche à savoir pourquoi.

[726] L’intimé est offusqué que la plaignante veuille le rencontrer rapidement, car il a

des préoccupations à son égard.

355 Pièce RA-61.


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[727] Le 1er décembre 2015, il lui écrit à ce sujet356 et lui reproche de ne pas avoir accédé

à sa demande d’obtenir des paraphes de monsieur AS pour fins de comparaison et se dit

préoccupé quant à sa nomination à titre de syndique ad hoc. D’ailleurs, il demande copie

de son acte de nomination notamment en raison des motifs suivants :

• Sa nomination résulte d’un « magasinage »;

• Il n’a pas été informé des motifs de cette nomination;

• Elle travaille dans un bureau d’avocats compétiteur.

[728] Le 2 mai 2016, l’intimé adresse une demande au Conseil d’administration du

Barreau afin d’obtenir le remplacement de la plaignante357. Il fonde sa demande sur

l’article 85 du Code des professions.

[729] Celui-ci fait état des motifs suivants :

• En novembre 2014, monsieur AS s’est plaint de sa conduite et Me Guimont, un


syndic adjoint du bureau de Québec, est chargé de l’enquête. L’enjeu est une
facturation du 10 septembre 2010358. L’intimé invoque que ce client a apposé
les initiales sur la lettre de transmission. Par conséquent, il a autorisé cette
facture alors que ce dernier affirme que ce ne sont pas ses initiales.

• L’intimé écrit avoir retenu les services d’un spécialiste en écriture, M. Dallaire,
lequel requiert en janvier 2015 que lui soit transmise une douzaine de
documents de comparaison.

356 Pièce RA-3.


357 Pièce RA-1.
358 Pièce P-23, page 23.
06-18-03165 PAGE 172

• À deux reprises, soit le 2 février359 et le 16 mars 2015360, l’intimé a requis de


Me Guimont de se rendre à son bureau pour que le client, monsieur AS, en sa
présence, fournisse ses paraphes. L’intimé souligne que sa facture du
10 septembre 2010 demeure impayée.

• L’intimé n’a pas reçu de nouvelles, mais a « eu vent d’un marchandage » par
le bureau du syndic pour dénicher une syndique ad hoc. L’intimé n’a pas été
informé à l’époque que la plaignante a été nommée au dossier. Il a eu cette
nouvelle le 27 novembre 2015.

• L’intimé fait valoir que le bureau où travaille la plaignante est son compétiteur
et que le 1er décembre 2015 il en a fait part à cette dernière par lettre. Il la
considère en conflit d’intérêts.

• Le 13 janvier 2016, lors de sa rencontre avec la plaignante en présence de


Me Barakatt, celle-ci n’a pas répondu à ces préoccupations. Il a perçu un
préjugé défavorable. Elle lui aurait affirmé que le fait pour le client,
monsieur AS, de ne pas fournir de paraphes relève des tribunaux civils. C’est
à la suite de cette affirmation que l’intimé s’est tourné vers les tribunaux civils.

• Le 28 janvier 2016, l’intimé intente un recours contre le client, monsieur AS361.

• Parallèlement, il intente un recours contre la plaignante devant la Cour


supérieure pour qu’elle soit déclarée en situation de conflit d’intérêts et il lui
réclame des dommages-intérêts362. La demande introductive d’instance est en
date du 24 mars 2016.

• Le 16 février 2016363, Me Guy Bilodeau, syndic de l’Ordre, lui demande par écrit
de se désister de son recours contre le client, monsieur AS.

359 Pièce RA-29, page 5 in fine.


360 Pièce RA-65.
361 Pièce RA-38, pages 2 à 7 et pièce P-37.
362 Pièce P-34 : Dossier 200-17-023596-166. Demande introductive d’instance portant la date du
28 janvier 2016.
363 Pièce RA-63.
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• Le 14 avril 2016, l’honorable juge Jean Lemelin déclare le recours de l’intimé


contre la plaignante irrecevable, car prématuré, la plainte disciplinaire n’est pas
encore déposée364. L’intimé pourra poursuivre à nouveau s’il peut démontrer
que la plaignante a perdu son immunité.

• Enfin, une demande faite au syndic de remplacer la plaignante reste lettre


morte.

[730] Le 28 janvier 2016, l’intimé transmet à Me Patrick Richard, syndic adjoint, une

demande d’enquête contre Me Guimont, car un « magasinage inapproprié » aurait

conduit à la nomination de la plaignante365. Selon l’intimé, par négligence, Me Guimont

n’a pas donné suite à sa demande d’obtenir des paraphes de monsieur AS. Enfin,

pendant six mois, Me Guimont aurait « laissé dormir le dossier », soit du mois de mai au

mois de novembre 2015. L’intimé considère ce délai déraisonnable.

[731] Le syndic, Me Bilodeau, rejette cette demande par sa lettre du 16 février 2016366.

Par la même occasion, il demande à l’intimé de se désister de son recours contre

monsieur AS.

[732] Le 25 février 2016, dans une lettre de 16 pages, l’intimé réplique à certains

passages de la lettre de Me Bilodeau et lui fournit sa version des faits. Il explique ce qui

suit relativement au supplément d’honoraires réclamés dans sa lettre du

10 septembre 2010 :

364 Pièce P-34.


365 Pièce RA-63 a).
366 Pièce RA-63 b)
06-18-03165 PAGE 174

Il n’y avait pas d’honoraires si nous n’avions pas gain de cause, mais dans le cas
d’un succès, tous nos honoraire seraient facturés et payés, plus un supplément
d’honoraires professionnels à titre de prime de performance et pour avoir supporté
le dossier au niveau des frais et des honoraires, sans jamais dépasser un tiers des
montants perçus, outre les taxes et le déboursés. C’est ce supplément
d’honoraires qui est visé par la contestation de monsieur [AS]. Nous nous en
sommes pourtant tenus à l’entente intervenue avec monsieur [AS] pour la
facturation du cabinet.

[733] L’intimé ajoute dans sa lettre que la partie adverse, madame P (la mère de la nièce

de monsieur AS), a battu en retraite et « après beaucoup de travail » il a eu gain de

cause. Le testament a été vérifié le 14 avril 2010.

[734] Par ailleurs, dans la même lettre, l’intimé réitère sa demande que la plaignante soit

remplacée et dresse une longue liste de reproches à la suite de sa rencontre avec elle

du 16 janvier 2016, notamment : son bureau est un compétiteur, elle tient des propos

décousus, elle a un préjugé défavorable, elle fait de la rétention de documents, elle ne

collabore pas à sa propre expertise d’écriture, elle porte atteinte à sa réputation et

perpétue les erreurs de son prédécesseur. D’ailleurs, il conclut à sa mauvaise foi.

[735] L’intimé relate qu’en 2016 la plaignante lui a demandé l’original de la lettre du

10 septembre 2010.

[736] Le 31 mai 2016, l’intimé écrit à la plaignante et aborde les sujets suivants :

• Il donne suite à une lettre de la plaignante lui demandant de lui fournir le


document manuscrit ventilant les montants perçus à même le compte en
fidéicommis367. Le détail de ce calcul manuscrit illustre comment l’intimé a

367 Pièce RA-66.


06-18-03165 PAGE 175

calculé le montant de 33 100,49 $ réclamé le 10 septembre 2010 à titre de


supplément d’honoraires dans la facture 7377.

• Il accepte de transmettre à la plaignante l’original de la lettre du mois de


septembre 2010 par laquelle il réclame ce montant, cette lettre comportant les
paraphes litigieux de monsieur AS. L’intimé souligne qu’il fait alors preuve de
collaboration.

• L’intimé annonce qu’il va se désister de son recours contre monsieur AS.

[737] L’intimé explique se sentir jugé par un compétiteur. Dans sa lettre, il donne des

exemples où il a été confronté à des collègues de la plaignante exerçant dans le même

bureau qu’elle. Lors de son témoignage, il fait état de correspondances où la plaignante

utilise un en-tête de lettre de son bureau d’avocats, soit BCF et s’affiche comme membre

de ce bureau368.

[738] Le 1er juin 2016, la plaignante accuse réception de la lettre du 31 mai 2016. Elle

demande une version dactylographiée du calcul manuscrit369. Elle annonce également

qu’en ce qui concerne les paraphes litigieux sur la lettre de septembre 2010, « après que

notre expert nous ait remis notre rapport, je prendrai position aux fins de clore mon

enquête et vous serez informé des conclusions qui en ressortiront ». Elle ajoute que si

une plainte est déposée, lors de la divulgation de la preuve, il recevra « tout ce dont se

sera alors servi notre expert pour évaluer les initiales sous étude ».

368 Pièce RA-19, pages 69 à 79 sur 138.


369 Pièce RA-67.
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[739] Le 20 juin 2016, l’intimé transmet une version dactylographiée du calcul manuscrit

ayant mené à la facture du mois de septembre 2010370. Il s’agit des mêmes explications

que celles déjà fournies à Me Guimont en 2015371.

[740] En novembre ou décembre 2018, l’intimé reçoit la divulgation de la preuve. Or,

une expertise en écriture s’y trouve. Cette expertise préparée par l’experte Yolande

Gervais porte la date du 3 novembre 2016372.

[741] Il souligne que même si la plaignante avait en main un rapport de son expert en

date du 3 novembre 2016, il n’a pas été informé des conclusions avant le dépôt de la

plainte disciplinaire en novembre 2018.

[742] Entre les lettres de juin 2016 et le moment où la plainte disciplinaire est déposée,

il s’est écoulé plus de deux années sans que cette dernière lui donne des nouvelles.

[743] Réalisant ce qui se produit, l’intimé communique avec M. Dallaire, l’expert dont il

a déjà retenu les services et qui demandait des paraphes de comparaison du client,

monsieur AS. Or, il apprend que M. Dallaire a pris sa retraite.

[744] L’intimé réfère à la décision du Conseil373 rendue en septembre 2019 prenant acte

de l’engagement de la plaignante à lui remettre des paraphes utilisés par son expert.

Pourtant il a demandé au syndic adjoint, Me Guimont, la même chose en février et en

mars 2015.

370 Pièce RA-71


371 Pièce RA-65.
372 Pièce P-20.
373 Barreau du Québec (syndique ad hoc) c. Harvey, 2019 QCCDBQ 99, paragr. 135.
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[745] Il invoque que l’enquête du syndic adjoint était pratiquement complétée en mai

2015 et il ne s’est rien passé pendant six mois, soit jusqu’en novembre 2015 lorsque la

plaignante s’est manifestée face à lui. Il n’a pas été informé qu’elle allait être nommée. Il

n’a pu savoir pourquoi le syndic adjoint Guimont a laissé dormir le dossier pendant

six mois.

[746] Il réitère avoir été offusqué par la situation d’autant plus qu’il avait des

préoccupations à l’égard de la plaignante, lesquelles lui ont été exprimées dans sa lettre

du 1er décembre 2015 comme déjà mentionné ci-haut374.

[747] En outre, il a fallu une décision du Conseil pour forcer la plaignante à fournir les

échantillons demandés. Cette décision survient environ quatre ans après sa première

demande à ce sujet. En outre, il a fallu quatre années avant qu’il obtienne l’acte de

nomination de la plaignante. L’intimé dénonce le manque de collaboration de la

plaignante.

[748] Le 20 septembre 2021, le greffe du Conseil confirme à l’intimé que la plainte porte

la date du 9 novembre 2018, qu’elle a été reçue par la secrétaire du Conseil le

12 novembre suivant, puis qu’elle a été signifiée le 21 novembre 2018375.

[749] Or, le syndic, Me Bilodeau, écrit à madame Sylvie Roy en octobre 2021 que l’intimé

fait l’objet de plaintes assermentées alors qu’il émet une objection à la candidature de

l’intimé au Service de garde376. En octobre 2021, cette plainte n’est pas encore publique.

374 Pièce RA-3, page 43 sur 56 et son doublon, pièce RA-40.


375 Pièce RA-68.
376 Pièce RA-60 en ce qui concerne la plainte dans le présent dossier.
06-18-03165 PAGE 178

Encore là, il aura fallu un long délai avant que l’intimé n’apprenne que sa candidature à

ce service a fait l’objet d’une objection du syndic.

[750] Ces longs délais précédant le dépôt de la plainte constituent pour lui une épée de

Damoclès.

[751] L’intimé souligne qu’avant le dépôt de la plainte disciplinaire, il avait un parcours

professionnel sans tache377. Il qualifie les plaintes disciplinaires dirigées contre lui

« d’accidents de parcours » avec lesquels il doit constamment vivre.

[752] Il invoque que le dossier a pris une tangente dans les médias en 2017378. En

réaction à un reportage, il donne sa version des faits jugeant n’avoir rien à se

reprocher379. Or, à cette époque, l’instance disciplinaire n’a pas encore débuté, la plainte

ayant été déposée en novembre 2018. Par la suite, après le dépôt de la plainte

disciplinaire, d’autres médias ont repris cette couverture médiatique380. Selon lui, le fait

d’avoir eu ainsi à être confronté aux médias lui cause un dommage irrémédiable.

[753] Dans la même veine, il souligne que le compte Facebook de monsieur AS

comporte plusieurs commentaires de tierces personnes que l’intimé juge être de la

diffamation381.

377 Pièce RA-20 : article publié dans la revue Prestige, mai 2011.
378 Pièces RA-4 et RA-21 : reportages de Radio-Canada.
379 Pièces RA-4 à RA-6.
380 Pièce RA-54.
381 Pièce RA-53.2
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[754] L’intimé rappelle avoir demandé les résolutions du Conseil d’administration du

Conseil d’administration du Barreau confirmant la nomination de la plaignante dès le

1er décembre 2015382. À la suite de la décision du Conseil, cette dernière transmet à

l’intimé, le 21 novembre 2019, la résolution du Conseil d’administration la nommant383,

mais omet de lui fournir la résolution où le Conseil d’administration confirme l’adoption de

ce texte. À ce sujet, il produit les résolutions du Conseil d’administration du Barreau du

Québec en vertu desquelles les procès-verbaux des séances où la plaignante est

nommée sont adoptés384.

[755] Il ajoute ne pas avoir retardé l’instance disciplinaire, car, bien qu’il ait contesté en

contrôle judiciaire la décision du Conseil à ce sujet, il n’a pas présenté de demande de

sursis385.

ii) La preuve de la plaignante

[756] La plaignante n’a présenté aucune preuve dans le cadre de cette demande de

l’intimé.

382 Pièce RA-40.


383 Pièce RA-41.
384 Pièce RA-47 pages 9 à 11.
385 Pièces RA-43, RA-45 et RA-48.
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iii) Position de l’intimé

• Les délais

[757] L’intimé argue que le Conseil doit s’inspirer des enseignements de la Cour

suprême dans l’arrêt Jordan. Ainsi, on ne doit pas tenir compte des délais liés à ses

diverses demandes faites au Conseil depuis le dépôt de la plainte, car elles sont

légitimes.

[758] Les délais précédant le dépôt de la plainte disciplinaire lui causent un préjudice.

Quatre années se sont écoulées entre la demande d’enquête de monsieur AS et le dépôt

de la plainte disciplinaire. La plaignante n’a donné aucune nouvelle entre le mois de juin

2016 et le dépôt de la plainte en novembre 2018. Il lui a fallu deux mois pour qu’elle

donne suite à un engagement pris devant le Conseil.

[759] Or, il perd les services de son expert Dallaire pendant toute cette période, ce

dernier étant à la retraite.

[760] Le délai est tellement long que le tout se transforme en un concours de mémoire.

Le Conseil est appelé à évaluer la crédibilité des versions rapportées relativement à des

faits survenus il y a plus de dix ans.

[761] Par ailleurs, il reconnaît avoir intenté une poursuite contre monsieur AS en janvier

2016, mais dont il s’est désisté à la demande du syndic386. Il s’agit d’un geste de bonne

foi et de collaboration de sa part.

386 Pièce I-5, RA-38.


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[762] Il reconnaît également avoir intenté un recours en dommages contre la plaignante

en janvier 2016 afin de contester son statut de syndique ad hoc dans le présent

dossier387.

• La rétention de documents

[763] Par ailleurs, l’intimé revient sur le reproche fait à la plaignante concernant la

rétention de documents. Il a fallu quatre ans et une audition devant le conseil de discipline

en juin 2019 pour que la plaignante fournisse des documents originaux de monsieur AS

pour préparer sa défense.

[764] Il fait état de la demande au Conseil quant à la nomination de la plaignante. Or,

cette dernière n’a pas respecté une ordonnance du Conseil en ne remettant pas la

résolution d’approbation du Conseil d’administration du Barreau confirmant sa

nomination. Selon l’intimé, la plaignante a créé des débats inutiles en adoptant une

stratégie déloyale d’épuisement de l’intimé.

[765] Dans sa requête en arrêt des procédures, l’intimé reconnaît que le Conseil n’a pas

à s’immiscer dans l’enquête du syndic. Toutefois, selon lui, la gestion négligente de celle-

ci lui cause un préjudice irréparable.

• Le bris de confidentialité

387 Pièce I-5, RA-39 : Harvey c. Lavoie, 2016 QCCS 2076.


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[766] Il souligne le bris de confidentialité rapporté par monsieur JD. Ce bris émane de

Me McLean du bureau BCF, lorsqu’elle reçoit un appel téléphonique de monsieur JA, et

qu’elle l’aurait alors mis en garde de ne pas retenir les services de l’intimé en raison de

la tenue d’une enquête en cours le visant et du risque qu’il soit radié. Or, Me McLean

assiste la plaignante388 et elle participe à ce titre à plusieurs journées d’audition devant

le Conseil.

[767] Selon l’intimé, une autre employée de BCF aurait « assisté » la plaignante. En

effet, madame Josée Lévesque l’a assermentée lors de son serment de discrétion389.

[768] Par ailleurs, selon l’intimé, monsieur RF doit être cru lorsqu’il rapporte un bris de

confidentialité qu’il aurait entendu dans le corridor du bureau BCF.

• Conflit d’intérêts

[769] La plaignante s’affiche comme avocate de ce bureau d’avocats dans le cadre du

présent dossier, notamment dans sa correspondance avec le greffe du Conseil 390.

[770] L’intimé revient sur le fait que ce bureau d’avocats est un compétiteur direct. Or,

un compétiteur ne devrait pas être en position d’enquêter sur lui. Tant ce bureau que la

plaignante sont en conflit d’intérêts, car ils agissent dans divers dossiers civils impliquant

l’intimé à titre d’avocat de la partie adverse.

388 Pièce I-5, RA-56, page 3 de 4.


389 Pièce I-5, RA-16, page 47 de 138.
390 Pièce I-5, RA 19.
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[771] Il invoque que ce bureau a facturé des sommes importantes au Barreau du

Québec dans le cadre du présent dossier.

• Le préjudice

[772] L’intimé argue avoir subi un préjudice. Il fait état des nombreux témoins qui ont

rapporté au Conseil l’avoir questionné sur le fait qu’il faisait l’objet d’une plainte

disciplinaire et des distances que certains d’entre eux ont pris face à lui. Il fait référence

au reportage de Radio-Canada où monsieur AS se plaint des délais d’enquête et aux

autres reportages qui ont suivi par la suite.

[773] Comme préjudice additionnel, il invoque avoir été exclus du Service de garde du

Barreau à la suite d’une opposition faite par le syndic, alors que la plainte n’était pas

encore déposée.

[774] Selon l’intimé, la publicité entourant ce dossier, la fragilisation du lien de confiance

de sa clientèle conjuguée avec la durée déraisonnable de l’enquête ont nui à sa

réputation.

iv) Position de la plaignante

• Les délais

[775] La plaignante rappelle les principes applicables dans le cas d’une demande en

arrêt des procédures et qu’il s’agit d’une mesure exceptionnelle lorsque le droit de

présenter une défense pleine et entière ou l’intégrité du système judiciaire est

compromise. Le seul écoulement du temps ne suffit pas, l’intimé doit faire la preuve d’un
06-18-03165 PAGE 184

préjudice. Lors de l’examen des faits, le Conseil doit examiner si l’intimé a contribué aux

délais qu’il invoque.

[776] Elle souligne qu’en droit criminel l’article 11 de la Charte canadienne des droits et

libertés391 s’applique alors que n’est pas le cas en droit disciplinaire.

[777] Dans la présente affaire, l’intimé a transmis au bureau du syndic un document

avec de faux paraphes et des factures simulées. Par son entrave active, l’intimé est à

l’origine des délais dont il se plaint. Ces gestes de l’intimé ont rendu plus complexe

l’enquête, la plaignante devant s’assurer d’avoir toute la preuve requise.

• La rétention de documents

[778] On ne peut reprocher à la plaignante de ne pas avoir remis à l’intimé plus tôt la

résolution du Conseil d’administration du Barreau du Québec confirmant la résolution la

nommant à titre de syndique ad hoc, car elle ne l’avait pas en sa possession.

[779] De toute façon, l’intimé n’a pas démontré une atteinte qui justifie un arrêt des

procédures.

[780] Rappelons que l’intimé a en sa possession cette résolution en août 2020 392 alors

que, tout en sachant que son argument est faux, il continue de plaider que la plaignante

n’a pas été valablement nommée.

391 Loi constitutionnelle de 1982, Annexe B de la Loi de 1982 sur le Canada (R-U), 1982, c. 11.
392 Pièce I-5, RA-45, paragr. 8.
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• Le bris de confidentialité

[781] La plaignante a droit de se faire assister par des personnes travaillant pour BCF

Avocats comme le permet l’article 121.2 du Code des professions, lequel doit être lu avec

l’article 193 (2) du même Code. Ceux-ci sont tenus au serment de discrétion, mais, au

cours d’une enquête, un risque de fuite est toujours possible.

[782] Le bris du serment invoqué par l’intimé n’a pas été prouvé. Rappelons que la

conversation se déroule entre deux personnes : monsieur JA et Me McLean. Or, l’intimé

n’a fait entendre ni l’un ni l’autre. Ce faisant, la plaignante n’a pu contre-interroger l’auteur

des déclarations comportant supposément une fuite ou un bris de confidentialité. Reste

monsieur JD qui dit avoir entendu les paroles échangées. Il s’agit de ouï-dire.

Conséquemment, la véracité des propos n’est pas établie. Tout ce qui est mis en preuve

est ce qu’il a cru avoir entendu. En outre, lors de son témoignage, monsieur JD a fait

preuve de réticence et refusé de répondre à des questions.

• Le conflit d’intérêts

[783] La plaignante n’a pas un devoir d’impartialité à l’égard de l’intimé dans son rôle

d’enquêteur ou dans ses fonctions de syndique ad hoc. Outre son devoir d’indépendance,

l’équité procédurale prévoit qu’un syndic doit préserver la confidentialité et agir de

bonne foi.

[784] L’intimé n’a pas démontré un conflit d’intérêts du seul fait que la plaignante exerçait

sa profession au sein de BCF Avocats. C’est elle qui a été nommée syndique ad hoc et

non ce bureau.
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• Le préjudice

[785] Il ne faut pas confondre la situation où un intimé est privé de faire entendre un

témoin, par exemple en raison d’un décès, avec celle où la fiabilité d’un témoignage doit

être évaluée.

[786] L’atteinte à la réputation, à elle seule, n’est pas un préjudice donnant ouverture à

l’arrêt des procédures d’autant plus que l’intimé a pu exercer ses activités

professionnelles pendant tout le processus disciplinaire.

v) Décision du Conseil

Le droit

[787] En droit criminel, la jurisprudence enseigne que l’arrêt des procédures constitue le

recours ultime sur lequel peut se rabattre un tribunal lorsque les droits d’un justiciable

sont violés de façon irrémédiable393.

[788] Le test alors appliqué est le suivant394 :

(1) Il doit y avoir une atteinte au droit de l’accusé à un procès équitable ou à


l’intégrité du système de justice qui « sera révélé[e], perpétué[e] ou aggravé[e]
par le déroulement du procès ou par son issue »;
(2) Il ne doit y avoir aucune autre réparation susceptible de corriger l’atteinte;
(3) S’il subsiste une incertitude quant à l’opportunité de l’arrêt des procédures à
l’issue des deux premières étapes, le tribunal doit mettre en balance les
intérêts militant en faveur de cet arrêt, comme le fait de dénoncer la conduite
répréhensible et de préserver l’intégrité du système de justice, d’une part, et
« l’intérêt que représente pour la société un jugement définitif statuant sur le
fond », d’autre part.

393 R. c. Babos, 2014 CSC 16 (CanLII), [2014] 1 RCS 309, paragr. 30; Bourdon c. Commissaire à la
déontologie policière, 2000 CanLII 10049 (QC CA), paragr. 76.
394 R. c. Babos, supra, note 393, paragr. 32.
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[789] Dans l’analyse de cette mise en balance, en particulier des circonstances et

l’évaluation des intérêts opposés, le Conseil est appelé à tenir compte de la nature des

infractions reprochées395. Soulignons dès à présent que dans le présent cas, le Conseil

en est déjà venu à la conclusion, sous les chefs 3 à 6 de la plainte disciplinaire, que

l’intimé s’est approprié à différents moments des sommes d’argent, ce qui implique

minimalement une période de radiation selon le quatrième alinéa de l’article 156 du Code

des professions. C’est donc à la lumière d’infractions de haute gravité que la troisième

étape du texte exposé ci-haut devra s’effectuer, le cas échéant.

[790] Cette mesure de réparation est appropriée dans les cas les plus manifestes,

lorsqu’il s’avère impossible de remédier autrement au préjudice causé au droit de

l’accusé à une défense pleine et entière ou lorsque la continuation de la poursuite

causerait à l’intégrité du système judiciaire un préjudice irréparable396.

[791] L’analyse de la Cour d’appel dans l’arrêt R. c. Brunelle397 montre le caractère

exceptionnel de cette mesure :

[87] Les cas de figure où la Cour suprême a imposé ou confirmé un arrêt des
procédures révèlent d’ailleurs tous des circonstances extrêmement sérieuses.
[88] Ainsi, la Cour suprême a ordonné un arrêt des procédures dans les cas
suivants :
- La destruction délibérée d'éléments de preuve qui auraient dû être
communiqués à l'accusé[45];
- Lorsque l'accusé devait subir un quatrième procès à l'égard d'une
accusation de meurtre[46];

395 Landry c. Guimont, 2017 QCCA 23, paragr. 73.


396 Moisan c. Ouellet, 2019 QCCA 2085, paragr. 13; Ruffo (Re), 2005 QCCA 647, paragr. 43 (Requête
pour autorisation de pourvoi à la Cour suprême rejetée : 2006 CanLII 16456); Huot c. Pigeon, 2006
QCCA 164, paragr. 49.
397 R. c. Brunelle, 2021 QCCA 1317, paragr. 88 et 89.
06-18-03165 PAGE 188

- Lorsque des fugitifs ont contesté avec succès leur extradition en raison
de déclarations faites par le juge et le procureur américains chargés de
l'affaire aux États-Unis. Le juge du procès américain a dit, en fixant la
peine d'un des coaccusés, qu'il imposerait la peine d'emprisonnement la
plus sévère aux fugitifs qui refusaient de collaborer et le procureur de la
poursuite aux États-Unis a laissé entendre, dans une entrevue télévisée,
que les fugitifs qui refusaient de collaborer seraient violés en prison[47];
- Lorsqu'un prévenu avait été détenu plus de vingt-quatre heures avant sa
comparution contrairement à l'article 503 du Code criminel[48];
- Lorsque la violation du devoir de communication de la preuve aurait
entraîné la tenue d’un troisième procès à l’égard d’une infraction pour
laquelle l’accusé avait purgé la peine[49];
- La tenue d'un procès pour homicide involontaire coupable près de
34 années après les événements alors que des éléments de la preuve
ont disparu[50];
- L’accusé avait été soumis par un représentant de l’État à un abus
physique et psychologique intolérable[51].
[89] En contrepartie, elle l’a refusé dans les situations suivantes :
- L'accusé devait subir un troisième procès relativement à une accusation
de meurtre[52];
- Un sous-procureur général adjoint au ministère de la Justice a
communiqué avec le juge en chef de la Cour fédérale pour tenter
d'accélérer l'audition des dossiers mettant en cause des criminels de
guerre[53];
- Une communication inappropriée entre les avocats de la poursuite et le
juge coordonnateur de la Cour du Québec avait eu lieu sans la
connaissance des avocats de la défense[54];
- Un procureur de la poursuite et un policier avaient préparé un
questionnaire demandant aux candidats jurés dans
l'affaire Latimer quelle était leur opinion à l’égard d’un certain nombre de
questions, dont la religion, l'avortement et l'euthanasie[55];
- Un délai de 30 mois dans le traitement d'une plainte de harcèlement
sexuel déposée auprès de la Commission des droits de la personne[56];
- L'omission par le ministère public de se conformer intégralement à
l'ordonnance de divulgation d'un juge a été considérée par certains juges
de la majorité inappropriée et inopportune alors que d'autres y ont vu un
comportement extrêmement arrogant et tout à fait répréhensible[57];
- La recherche d'un juge accommodant était outrageante et la
communication par la police du nom d'un accusé comme suspect bien
avant le dépôt de toute accusation était inappropriée[58];
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- Le juge du procès avait téléphoné en privé à un haut fonctionnaire du


bureau du procureur général pour demander le retrait du substitut du
procureur général responsable du dossier, sans quoi il prendrait des
mesures «pour arriver à cette fin»[59];
- Le devoir de loyauté d'un avocat à l'égard de son client était en cause[60];
- La destruction de notes d'entrevues sur l'équité d'une audition relative à
un certificat de sécurité[61];
- La poursuite avait posé trois actes répréhensibles à l’encontre des
accusés : 1) la substitut du procureur général a essayé plusieurs fois de
les intimider pour qu’ils renoncent à leur droit à un procès en les
menaçant de porter d’autres accusations contre eux s’ils décidaient de
nier leur culpabilité; 2) deux agents de police se sont concertés pour
induire le tribunal en erreur au sujet de la saisie d’une arme à feu ; et 3)
le ministère public a utilisé des moyens irréguliers pour obtenir le dossier
médical d’un des accusés[62].
[90] Compte tenu de la violation en cause dans la présente affaire, il vaut de
souligner que la Cour suprême a refusé un arrêt des procédures dans l’arrêt R. c.
Burlingham[63] alors même que les policiers avaient violé le droit à l'avocat du
suspect et avaient dénigré le travail de son avocat.
[91] En résumé, j’estime qu’il convient que la Cour ordonne la tenue d’un
nouveau procès, car le premier juge a omis d’évaluer la situation de chacun des
accusés.
[92] De plus, le juge qui sera appelé à trancher la demande d’arrêt des
procédures devra déterminer, à la lumière des arrêts Tremblay et Freddi, si une
violation des droits des accusés a été établie, si celle-ci, le cas échéant, peut être
considérée comme un problème systémique et persistant justifiant l’arrêt des
procédures en raison du fait qu’il s’agit de l’un des cas les plus manifestes et que
seule cette réparation permet au tribunal de se dissocier de la conduite
inacceptable de l’État.
[Références omises]

[792] Le caractère exceptionnel de cette forme de réparation apparaît du jugement

rendu par le Tribunal des professions dans William-Stevenson c. Infirmières398, lequel

prend soin de la recadrer dans le contexte du droit disciplinaire :

398 Williams-Stevenson c. Infirmières, 2002 QCTP 110.


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[11] Les tribunaux ont décidé depuis de nombreuses années que l'arrêt définitif des
procédures, tant devant une instance criminelle que disciplinaire, constitue une
sanction ultime et de dernier ressort et qu'elle doit être considérée avec
circonspection. Ainsi, dans Neiss c. Durand ès qualités (C.S. Montréal 500-05-
011301-866; 1987-04-22), le Juge Gonthier écrit, dans cette affaire concernant la
discipline des pharmaciens (p. 20):
Enfin, faut-il le répéter, l'arrêt définitif des procédures est une sanction
ultime de dernier ressort en ce qu'il empêche que le bien-fondé des
plaintes soit décidé et que le respect de la loi soit assuré. Or, le maintien
de la discipline professionnelle est de première importance dans la société
vu l'importance sociale des services professionnels tant par leur qualité
que par l'importance du public desservi.

[22] Faut-il rappeler que l'appelante a volontairement adhéré à une profession qui –
comme corollaire des privilèges qu'elle accorde – demande le respect des obligations
déontologiques auxquelles elle s'est engagée (R. c. Wholesale Travel Group Inc.,
1991 CanLII 39 (CSC), [1991] 3 R.C.S. 154, 163; R. c. Fitzpatrick, 1995 CanLII 44
(CSC), [1995] 4 R.C.S. 154, 177-178). De plus, compte tenu de la mission de
protection du public des ordres professionnels et des comités de discipline, l'intérêt
du public à ce que la discipline professionnelle soit maintenue au sein des ordres
professionnels doit primer sur les intérêts privés. Ce sont les enseignements de la
Cour suprême du Canada dans P.G. Manitoba c. Metropolitan Stores, (1987 CanLII
79 (CSC), [1987]1 R.C.S. 110).
[Soulignements ajoutés]

[793] Vu ce qui précède, il n’est guère étonnant que la jurisprudence prenne soin de

souligner que l’intimé s’est imposé un lourd fardeau399.

[794] Le Conseil a déjà fait état des motifs pour lesquels il pouvait examiner la conduite

de la plaignante dans le cadre de l’audition de cette requête en arrêt des procédures,

puisque l’intimé cherche à démontrer que cette conduite porte atteinte de manière

irrémédiable à son droit à une défense pleine et entière ou porte atteinte à l’intégrité du

système disciplinaire400.

399 Bohémier c. Barreau du Québec, 2012 QCCA 308, paragr. 29; Bourdon c. Commissaire à la
déontologie policière, supra, note 393, paragr. 75.
400 Barreau du Québec (syndique ad hoc) c. Harvey, 2020 QCCDBQ 46, paragr. 79 à 92.
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Application du droit aux faits

i) Les délais

[795] Comme premier moyen l’intimé invoque les délais d’enquête.

[796] La question des délais, dans un contexte où la capacité de se défendre à l’encontre

d’une poursuite disciplinaire est invoquée, a été examinée par le juge Dalphond, alors à

la Cour supérieure, dans l’affaire Parizeau c. Barreau du Québec et al401 :

Reste l’argument des délais et des nominations multiples qui seraient contraires
aux chartes des droits. Encore une fois, la procureure de la requérante n’a pu citer
un article précis des chartes qui seraient applicables ni aucune décision
judiciaire. En fait, on semble confondre encore une fois le rôle d’enquêteur et celui
de décideur. Toutes les causes de jurisprudence citées par la requérante se
rapportent à des délais quant à l’instruction d’un acte d’accusation et non quant à
la durée de l’enquête. Qu’une enquête puisse prendre plusieurs mois, voire des
années, peut se justifier par les interventions judiciaires et les mises en demeure
de la partie enquêtée, la complexité des dossiers, le désir des enquêteurs de ne
déposer des plaintes qu’après avoir un dossier étoffé afin de ne pas préjudicier
indûment la réputation de la personne enquêtée… L’intérêt public commande
qu’une infraction déontologique soit punie, et le seul fait que l’enquête prenne un
certain temps ne saurait conférer une immunité à l’auteur de la faute. Si, advenant
le dépôt de plaintes, la requérante considère qu’elle n’est plus en mesure de faire
valoir une défense pleine et entière en raison du temps qui s’est écoulé entre
l’infraction alléguée et l’audition, il lui reviendra alors de convaincre les membres
du comité de discipline de fermer le dossier. Il ne revient cependant pas au
Tribunal d’intervenir pour empêcher le dépôt de plaintes et ainsi empêcher un tel
débat de se faire devant le forum approprié.
[Soulignements ajoutés]

[797] Il faut rechercher si l’intimé a réussi à démontrer une atteinte à sa capacité de

répondre aux plaintes portées contre lui, puisque le seul fait d’invoquer de longs délais

ne suffit pas.

401 Parizeau c. Barreau du Québec et al, 1997 QCCS 9307(QC CS), ce passage est repris par la Cour
d’appel dans Huot c. Pigeon, 2006 QCCA 164, paragr. 45.
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[798] Encore récemment, la Cour d’appel402 réitère que les principes de l’arrêt

Blencoe403 sont d’actualités en droit administratif et plus précisément en droit

disciplinaire. Cet arrêt de la Cour suprême pose les balises suivantes :

[101] Selon moi, le droit administratif offre des réparations appropriées en ce qui
concerne le délai imputable à l’État dans des procédures en matière de droits de
la personne. Cependant, le délai ne justifie pas, à lui seul, un arrêt des procédures
comme l’abus de procédures en common law. Mettre fin aux procédures
simplement en raison du délai écoulé reviendrait à imposer une prescription
d’origine judiciaire […]. En droit administratif, il faut prouver qu’un
délai inacceptable a causé un préjudice important.
[102] Il n’y a aucun doute que les principes de justice naturels et l’obligation d’agir
équitablement s’appliquent à toutes les procédures administratives. Lorsqu’un
délai compromet la capacité d’une partie de répondre à la plainte portée contre
elle, notamment parce que ses souvenirs se sont estompés, parce que des
témoins essentiels sont décédés ou ne sont pas disponibles ou parce que des
éléments de preuve ont été perdus, le délai dans les procédures administratives
peut être invoqué pour contester la validité de ces procédures et pour justifier
réparation […].
[…]
[115] Je serais disposé à reconnaître qu’un délai inacceptable peut constituer un
abus de procédures dans certaines circonstances, même lorsque l’équité de
l’audience n’a pas été compromise. Dans le cas où un délai excessif a causé
directement un préjudice psychologique important à une personne ou entaché sa
réputation au point de déconsidérer le régime de protection des droits de la
personne, le préjudice subi peut être suffisant pour constituer un abus de
procédures. L’abus de procédures ne s’entend pas que d’un acte qui donne lieu à
une audience inéquitable et il peut englober d’autres cas que celui ou délai cause
des difficultés sur le plan de la preuve. Il faut toutefois souligner que rares sont les
longs délais qui satisfont à ce critère préliminaire. […]
[Soulignements ajoutés]

402 Donaldson c. Autorité des marchés financiers, 2020 QCCA 401, paragr. 51 à 58; Moisan c. Ouellet,
2019 QCCA 2085, paragr. 9.
403 Blencoe c. Colombie-Britannique (Human Rights Commission), 2000 CSC 44.
06-18-03165 PAGE 193

[799] Pour évaluer si le délai est inacceptable, le Conseil tient notamment compte de la

nature et la complexité de l’affaire et des faits de la nature des procédures. Plus

précisément, la Cour suprême dans l’arrêt Blencoe ajoute qu’il y a lieu de vérifier « si la

personne visée par les procédures a contribué ou renoncé au délai et d’autres

circonstances de l’affaire404 ».

[800] L’intimé invite le Conseil à tenir compte des principes de l’arrêt rendu par la Cour

suprême dans R. c. Jordan405. Dans un jugement récent, l’affaire Grenier406, le Tribunal

des professions rejette cet argument. En effet, l’intimé n’est pas un « inculpé » au sens

de l’article 11 b) de la Charte canadienne des droits et libertés de la personne. Les affaires

disciplinaires visent à maintenir la discipline, l’intégrité et les normes au sein d’une

profession, il ne s’agit pas d’affaires pénales comme l’a indiqué la Cour suprême dans

l’arrêt Wigglesworth407.

[801] C’est à la lumière des enseignements que le Conseil examine maintenant la

question des délais.

[802] Premièrement, au niveau du préjudice allégué en lien avec les délais, l’intimé n’a

pas démontré une atteinte à son droit à une défense pleine et entière. Lors de l’audition

des chefs 1 et 2, il est en mesure de retracer les documents nécessaires à sa défense et

404 Blencoe c. Colombie-Britannique (Human Rights Commission), supra, note 403, paragr. 122 de l’arrêt.
405 R. c. Jordan, 2016 CSC 27.
406 Grenier c. Psychologues (Ordre professionnel des), 2021 QCTP 63, paragr. 266 à 268.
407 R. c. Wigglesworth, 1987 CanLII41 (CSC). Voir : Gravel c. Gardner, 2017 QCCQ 17167, paragr. 46
à 49.
06-18-03165 PAGE 194

même de repousser la plupart des reproches qui sont dirigés contre lui en référant à la

documentation pertinente.

[803] Dans le cadre des chefs 3 à 7, 9, 10 et 12, il a eu accès à la documentation

comptable, a fait entendre madame Galant puis contre-interrogé son ancien associé,

Me Barakatt, madame Laberge ainsi que monsieur AS et sa conjointe. En aucun temps,

relativement à ces chefs d’infraction, il n’a soulevé qu’il ne pouvait plus faire entendre un

témoin. En fait, le Conseil a pu évaluer la crédibilité et la fiabilité des principaux témoins,

monsieur AS et l’intimé, ainsi que celle des autres témoins à la lumière d’une imposante

preuve documentaire.

[804] Quant au chef 11 portant sur le reproche de contrefaçon, il est vrai que

monsieur Dallaire a pris sa retraite pendant la période entre la demande d’enquête et

l’audition du présent dossier. Toutefois, l’intimé a retenu les services d’un autre expert,

madame Gagné, qu’il a choisi de faire entendre après avoir obtenu les échantillons de

paraphes qu’il réclamait depuis un certain temps. Ces échantillons ont été obtenus lors

de la divulgation de la preuve après que monsieur AS a fourni des paraphes à l’experte

Gervais mandatée par la plaignante. Comme déjà expliqué, on comprend que

Me Guimont ou la plaignante ne pouvait obliger monsieur AS à se présenter au bureau

du syndic pour fournir des paraphes aux fins de l’expertise de l’intimé. Il appert que celui-

ci a collaboré à celle de la plaignante. Ce faisant, l’intimé n’a pas été brimé dans sa

défense puisqu’il a été en mesure d’obtenir les paraphes en temps utiles avant l’audition

de la présente affaire.
06-18-03165 PAGE 195

[805] Le chef 8 portant sur l’entrave repose sur les mêmes bases et découle des mêmes

analyses. Dans la mesure où un intimé est trouvé coupable d’avoir entravé le travail du

bureau du syndic et de la plaignante, on voit mal comment par la suite il peut se plaindre

des délais d’enquête.

[806] Soulignons qu’à l’égard de tous les chefs d’infraction, l’intimé a été en mesure de

témoigner et de donner sa version des faits. Il est vrai qu’il a mentionné à plusieurs

reprises que cette démarche lui a occasionné beaucoup de travail, toutefois, en fin de

compte, il a été en mesure de présenter entièrement sa défense.

[807] Deuxièmement, au niveau des délais, il y a lieu de tenir compte de la complexité

de l’affaire. Comme déjà mentionné dans le cadre de l’analyse des chefs 3 à 6, il existe

un certain cafouillis dans la comptabilité de l’intimé. À titre d’exemple, des chèques sont

encaissés par l’intimé alors qu’ils ne comportent pas de numéro de facture. Le travail de

madame Laberge a permis de relier un chèque à la facture 7367 émise après

l’encaissement de celui-ci. Même phénomène pour la facture 7367. Une facture du

17 août 2011 est en lien avec un retrait effectué au mois de janvier précédent. Le rapport

de madame Laberge relativement au chef 1 a été complété qu’en avril 2018408. Quant

aux chefs 3 à 6, un second rapport de madame Laberge porte la même date. Celui-ci

comporte 198 pages incluant les annexes. Or, plusieurs de ces factures comportent les

incongruités déjà soulignées dans le cadre de l’analyse de ces chefs. Notamment,

plusieurs périodes de facturation se recoupent.

408 Pièce P-8.


06-18-03165 PAGE 196

[808] En outre, il ne faut pas perdre de vue que le Conseil déclare coupable l’intimé sous

le chef 11 portant sur les paraphes contrefaits de monsieur AS. Or, l’intimé transmet au

bureau du syndic ces paraphes qui ont été apposés en sa présence. De plus, le Conseil

a déclaré coupable l’intimé de s’être approprié des sommes dans un contexte où il a fait

suivre au bureau du syndic des factures qui, selon la preuve prépondérante et claire,

n’ont pas été approuvées par monsieur AS.

[809] Tout ceci permet de constater que cette cause est complexe. La plaignante,

appelée à démêler l’écheveau, s’est appuyée sur les rapports fournis par

madame Laberge en avril 2018. Quelques mois plus tard, la plainte est déposée. En

somme, la nature et la complexité des faits et les gestes posés par l’intimé constituent

des facteurs importants pour mettre en perspective le délai entre la demande d’enquête

de monsieur AS le 12 novembre 2014 et le dépôt de la plainte en novembre 2018.

[810] L’intimé invoque que la plaignante est à l’origine d’un autre délai, car elle a retenu

des documents l’empêchant ainsi de préparer plus rapidement sa défense. Plus

précisément, dès le 1er décembre 2015409, il demande la résolution demandant la

nomination de la plaignante. Il l’obtient en 2019. Puis, il reproche à cette dernière de ne

pas lui avoir fourni la résolution confirmant l’adoption de ce texte. À ce sujet, il produit les

résolutions du Conseil d’administration du Barreau du Québec par lesquelles les procès-

verbaux des séances où la plaignante est nommée sont adoptés410.

409 Pièce RA-40.


410 Pièce RA-47, pages 9 à 11.
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[811] Comme déjà mentionné, le fait d’invoquer des délais ne suffit pas. Ici, l’intimé a

obtenu tout ce dont il avait besoin avant l’audition sur culpabilité. Il n’a pas été porté

atteinte à son droit à une défense pleine et entière. Par ailleurs, si la plaignante n’a pas

transmis plus tôt la résolution de confirmation du Conseil d’administration du Barreau,

c’est parce qu’elle ne l’avait pas en sa possession411. Ce document412 a été déposé par

le syndic Bilodeau le 22 septembre 2021 après avoir été entendu à la demande de

l’intimé.

ii) La conduite des parties

[812] Le deuxième moyen soulevé par l’intimé porte sur le comportement de la

plaignante. Or, dans le cadre de la présente demande, le Conseil est d’avis qu’il faut

examiner le comportement des deux parties.

[813] D’une part, l’intimé invoque que la plaignante a brisé la confidentialité de l’enquête.

[814] La plaignante argue de son côté que le bris de confidentialité invoqué par l’intimé

repose sur du ouï-dire et que, de toute manière, l’intimé a publicisé lui-même le fait qu’il

était sous enquête, et ce, avant le dépôt de la plainte.

[815] Le bris de confidentialité est analysé dans un premier temps.

411 Barreau du Québec (syndique ad hoc) c. Harvey, 2019 QCCDBQ 98, paragr. 94 à 98.
412 Pièce I-5, RA-61 et 62.
06-18-03165 PAGE 198

a) Le bris de confidentialité invoqué par l’intimé lors de l’enquête

[816] Le bris de confidentialité invoqué par l’intimé serait survenu à deux moments

différents. Premièrement, lorsque monsieur JD déclare avoir entendu une conversation

entre monsieur JA et Me McLean. Deuxièmement, monsieur RF aurait entendu une

conversation dans le couloir ou la salle d’attente de BCF Avocats. Abordons ces deux

événements.

[817] Lors de son témoignage, monsieur JD mentionne qu’à l’été 2017 ou à la fin de

cette année-là, il se trouve dans le bureau de monsieur JA après qu’un créancier de leur

société ait intenté une action civile à l’encontre de leur société. La question se pose alors

de savoir si leur société retient les services professionnels de l’intimé, ce que préconise

monsieur JD, ou de BCF Avocats, comme le suggère monsieur JA. De manière

impromptue, monsieur JA téléphone à Me McLean de BCF Avocats, avec qui il a un lien

familial. Selon monsieur JD, monsieur JA appuie sur le bouton mains libres de son

combiné et monsieur JD entend Me McLean lui faire une mise en garde, car l’intimé est

sous enquête du Barreau et pourrait ne plus être avocat. Selon monsieur JD, il s’est

écoulé une ou deux années par la suite avant que ce dernier ne fasse part à l’intimé de

ce qu’il dit avoir entendu à l’été ou à la fin de l’année 2017. Puisque M e Mc Lean assiste

la plaignante dans son dossier disciplinaire, l’intimé conclut à un bris du serment de

confidentialité prévu à l’article 124 du Code des professions et celui que doit prêter une

personne qui assiste la plaignante comme le prévoit l’article 121.2 (3) du même Code.
06-18-03165 PAGE 199

[818] Lors de l’audition, la plaignante formule une objection en raison du fait que

monsieur JD rapporte une conversation téléphonique à laquelle il n’est pas une partie.

Toutefois, après que ce dernier précise avoir entendu cet échange car monsieur JA utilise

un téléphone mains libres, la plaignante déclare laisser le témoin relater ce qu’il dit avoir

entendu. Monsieur JD rapporte l’événement comme suit : « Elle mettait en garde

monsieur [JA] simplement de faire attention parce qu’éventuellement tu serais plus

avocat…que tu pourrais plus ne pas être avocat ». « Parce qu’il y avait une enquête, y

avait une enquête là. Y avait des problèmes avec le Barreau, quelque chose comme ça,

mais elle n’a pas donné de détails c’était quoi les problèmes ».

[819] Il y a lieu de souligner que quelques instants plus tard, pendant ce témoignage sur

la plateforme numérique, à la suite d’une question de l’intimé que l’on ne voit pas à

l’écran, monsieur JD s’exclame : « Non, non, ben…dis-moi rien là, je sais qu’est-ce qui

s’est passé… »413. La situation incongrue est dénoncée par la plaignante, car, de toute

évidence, l’intimé souffle une réponse au témoin.

[820] Quel poids faut-il accorder au témoignage de monsieur JD? Premièrement, ni

monsieur JA ni Me McLean n’ont été assignés par une partie ou l’autre. Or, monsieur JD

ne rapporte pas les paroles exactes qui ont été échangées. Il fait état de problèmes avec

le Barreau en ajoutant « quelque chose comme cela ». On ne sait pas non plus quelles

sont les paroles exactes de Me McLean, car le témoin résume plutôt la conversation en

relatant qu’elle « mettait en garde » monsieur JA. Si Me McLean a provoqué une fuite, on

413 Enregistrement de l’audience du 30 juillet 2021.


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n’en connaît pas la nature précise. Ajoutons que monsieur JD ne peut situer le moment

de la conversation. Il mentionne dans un premier temps, l’été 2017, mais ajoute qu’elle

aurait pu avoir eu lieu à la fin de l’année 2017. De plus, monsieur JD mentionne qu’un

délai d’une année et demie à deux ans s’est écoulé avant qu’il ne rapporte cet événement

à l’intimé. En outre, en contre-interrogatoire, la mémoire de monsieur JD lui fait défaut

lorsqu’on lui demande à quelle date la conversation a eu lieu. Il la situe à ce moment à

l’automne 2017. Il est imprécis quant à la durée de cette conversation.

[821] Le Conseil retient de tout ceci que monsieur JD est crédible lorsqu’il rapporte avoir

entendu une conversation mains libres entre monsieur JA et Me McLean. Il apparaît franc

et posé bien que manifestement il n’est pas à l’aise avec les questions de l’intimé. En

outre, il s’offusque lorsque l’intimé, qui n’est pas devant l’écran, cherche à lui souffler une

réponse. Les réticences qu’il montre plus tard dans son témoignage ont plutôt trait à un

différend qu’il a tenté de régler avec monsieur JA et les termes d’une entente qu’il croit

devoir garder confidentielle. Toutefois, le Conseil ne considère pas fiable le contenu de

la conversation rapportée. Pour les raisons déjà mentionnées, il ne peut rapporter les

paroles exactes qu’il dit avoir entendues, mais offre, de bonne foi, une sorte de résumé

au Conseil. Dans ce contexte, le fait que l’intimé n’ait pas fait entendre les principaux

intéressés, monsieur JA ou Me McLean, fait en sorte que le contenu de cette conversation

n’a pu être clarifié. Dans ces circonstances, l’intimé n’a pas apporté une preuve claire et

convaincante d’un bris de confidentialité lors de cet échange téléphonique. Le Conseil ne

peut pas accorder de force probante à ce ouï-dire ni considérer que les paroles

échangées ont été prouvées.


06-18-03165 PAGE 201

[822] L’intimé invoque un second bris de confidentialité en invoquant cette fois le

témoignage de monsieur RF. Ce dernier croit avoir entendu des personnes parler de

l’intimé avec un air moqueur. Quatre ans plus tard, il rapporte à l’intimé que ces deux

personnes auraient discuté du fait que ce dernier avait des problèmes avec le Barreau.

[823] Le Conseil juge non fiable le témoignage de monsieur RF. Il ne sait pas qui sont

les personnes qui auraient discuté du dossier de l’intimé. En outre, il ne peut pas relater

le contenu précis des paroles échangées. Il a attendu quatre années pour en parler avec

l’intimé. Après sa rencontre avec l’intimé, il semble faire le lien entre l’intimé et le Barreau.

[824] Par ailleurs, le témoignage de monsieur RF souffre d’un déficit de crédibilité.

L’intimé lui fait signer une déclaration sous serment à l’appui de sa requête en arrêt des

procédures où il déclare s’être abstenu de faire affaire avec l’intimé en raison de ce qu’il

a entendu quatre ans plus tôt. Or, il déclare au Conseil ne pas avoir accordé d’importance

à cette même discussion, d’où le délai de quatre ans. Pire, il finit par admettre qu’il n’a

pas fait affaire avec l’intimé, car il n’avait pas de mandat à lui confier. Le témoignage de

ce témoin n’est ni crédible ni fiable.

b) La conduite de l’intimé

[825] La conduite de l’intimé est analysée sous deux angles. Premièrement, il a lui-

même publicisé le fait qu’il est sous enquête, et ce, avant le dépôt de la plainte

disciplinaire. Deuxièmement, l’intimé a multiplié les procédures avant l’instruction de la

présente affaire.
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[826] Le 28 janvier 2016, l’intimé intente devant la Cour supérieure un recours en

dommages et intérêts contre la plaignante414. Il allègue notamment faire l’objet d’une

plainte au bureau du syndic pour des faits remontant à 2010. Il précise que la plaignante

est la syndique attitrée au dossier, que celle-ci est en conflit d’intérêts et qu’elle fait défaut

de collaborer avec son expert en écriture. Ajoutons que l’intimé allègue que la plaignante

« porte atteinte, par ses propos, à l’intégrité professionnelle du demandeur et à sa

réputation ». Dans ses conclusions, il demande à la Cour de déclarer que la plaignante

est en situation réelle ou potentielle de conflit d’intérêts à titre de syndique dans les

dossiers du demandeur et de son cabinet. Par la même occasion, il demande qu’elle soit

condamnée à lui payer 90 000 $ plus les intérêts et l’indemnité additionnelle.

[827] Ajoutons que le 14 avril 2016, l’honorable Jean Lemelin rejette ce pourvoi. Ce

jugement est public, tout comme la procédure introductive d’instance déposée au greffe

de la Cour supérieure415. Ce jugement mentionne que « Me Harvey a introduit un pourvoi

contre Me Nathalie Lavoie, agissant ès qualités de syndique « ad hoc » qui a été chargée

de faire enquête sur une plainte d’un citoyen concernant Me Harvey ».

[828] Alors que l’intimé soulève que la plaignante ou son assistante, Me McLean, aurait

créé une fuite en 2017 en dévoilant le fait qu’il était sous enquête, force est de conclure

qu’il a lui-même publicisé ce fait dès le mois de janvier 2016. Le Conseil ne peut retenir

la position de l’intimé selon laquelle la prétendue fuite de 2017 aurait atteint gravement

414 Pièce P-33 : Cour supérieure (Chambre civile) 200-17-023596-166.


415 Pièce P-34. Cour supérieure 200-17-023596-166 rapporté à Harvey c. Lavoie, 2016 QCCS 2076.
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ses droits alors qu’il invoque publiquement en 2016 être sous enquête par le Barreau du

Québec. Il s’agit-là du véritable éléphant dans la pièce.

[829] Par ailleurs, il y a lieu également de tenir compte de la conduite de l’intimé. Déjà,

en avril 2016, l’honorable Jean Lemelin considère que, d’une certaine façon, l’intimé met

des bâtons dans les roues de la plaignante alors qu’elle tente de faire avancer son

enquête :

[26] Le tribunal est d’avis que le pourvoi du demandeur, outre qu’il vise à écarter
Me Lavoie du dossier ou de la faire déclarer inhabile, constitue une mesure
d’entrave sérieuse au rôle et aux obligations de Me Lavoie, ès qualités de syndique
« ad hoc ». Le tribunal n’ira pas jusqu’à dire que ce recours est une mesure
d’intimidation, mais il est certainement susceptible de nuire à l’existence d’une
indépendance sereine de Me Nathalie Lavoie et ainsi entraver son devoir
d’enquête.

[830] Il n’est pas sans intérêt de noter que parallèlement, l’intimé poursuit en dommages-

intérêts monsieur AS en 2016, et comme déjà expliqué dans le cadre du chef 12, s’en est

désisté par la suite.

[831] En outre, l’historique des différentes demandes déposées par l’intimé dans le

cadre du présent dossier, et ce avant l’instruction de cette plainte disciplinaire doit être

pris en compte dans le délai. Peu importe que l’intimé ait eu gain de cause ou non

relativement à certaines demandes, la quantité de procédures en soi permet d’expliquer

une partie du délai qui s’est écoulé depuis le dépôt de la plainte. Ce contexte procédural

a été examiné par l’honorable Alicia Soldevila de la Cour supérieure, dans un jugement

rendu le 10 juin 2021416 :

416 Harvey c. Lavoie, 2021 QCCS 2364.


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[58] Les demandes en déclaration d'inhabileté à l'encontre de la syndique ad


hoc et de BCF introduites par le demandeur ne sont, en conclusion, que des
mesures dilatoires additionnelles déployées pour faire échec aux plaintes
disciplinaires logées contre lui; plutôt que d'en retarder le processus, le demandeur
devrait y faire face s'il s'estime lésé ou injustement traduit devant le Conseil de
discipline à qui le législateur a confié la tâche d'examiner les plaintes disciplinaires
contre les membres du Barreau de façon exclusive. Il n'appartient pas à la Cour
supérieure de court-circuiter le processus déjà débuté devant le Conseil de
discipline.

[832] Le 21 juin 2021, la Cour d’appel417 rejette la permission d’en appeler de ce

jugement :

[15] Le requérant reproche à la juge d’avoir tracé un portrait procédural incomplet


et de ne pas avoir tenu compte de ses observations.
[16] Cela est inexact.
[17] Avant de parvenir à la conclusion de rejeter la demande introductive
d’instance remodifiée au motif d’abus, la juge identifie précisément chacune des
procédures initiées par le requérant depuis le dépôt des plaintes disciplinaires en
novembre 2018, incluant celles à l’égard desquelles les instances judiciaires lui
ont donné raison : demandes de précisions, de complément de divulgation de la
preuve, de rejet des plaintes au motif que la syndique n’avait pas été nommée
valablement, d’arrêt des procédures de type Babos, d’ordonnance de protection
d’une personne, de déclaration d’inhabilité et de scission d’instance.
[18] Au sortir de l’examen de toutes ces procédures, la juge, comme elle en avait
parfaitement le droit[9], parvient à la conclusion que la demande introductive
d’instance remodifiée présente tous les traits d’une procédure dilatoire,
manifestement mal fondée et abusive. S’il est vrai que l’on ne peut faire reproche
au requérant d’avoir exercé ses droits, il est tout aussi vrai d’affirmer que la juge
pouvait décider, au vu de l’ensemble du dossier, de déclarer sa demande
introductive d’instance remodifiée abusive.
[Référence omise]

[833] Comme déjà exposé, la Cour suprême dans l’arrêt Blencoe enseigne qu’il y a lieu

de vérifier « si la personne visée par les procédures a contribué ou renoncé au délai et

d’autres circonstances de l’affaire418 ».

417 Harvey c. Lavoie, 2021 QCCA 1024.


418 Harvey c. Lavoie, supra, note 417, paragr. 122 de l’arrêt.
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[834] Force est de conclure que tel est le cas dans le présent dossier en ce sens que

l’intimé a publicisé une enquête disciplinaire le visant, puis contribué aux délais dont il se

plaint maintenant. En outre, comme déjà expliqué, le Conseil déclare l’intimé coupable

sous les chefs 8 (entrave) et 11 (contrefaçon), en raison de ses propres gestes, l’enquête

a été nécessairement plus longue.

iii) Le préjudice invoqué par l’intimé.

[835] Comme troisième moyen, l’intimé fait état du préjudice qu’il a subi du fait des

procédures disciplinaires.

[836] Comme déjà expliqué, en 2016 l’intimé a publicisé lui-même le fait qu’il est sous

enquête avant le dépôt de la plainte.

[837] Par ailleurs, l’intimé a fait entendre un grand nombre de témoins dont plusieurs ont

réagi à un reportage de Radio-Canada diffusé en décembre 2017, notamment les

témoins AP, RA, BD, ER, YV, FC, MB, FL. Encore là, ce reportage est ultérieur à ses

demandes en justice de 2016 où il publicise le fait qu’il est sous enquête. En outre,

plusieurs de ces témoins ont réagi après que la plainte disciplinaire a été déposée.

[838] Un autre témoin, monsieur Morneau, explique que l’intimé a publiquement donné

sa version à un reportage avant le dépôt de la plainte. Ce dernier lui a même donné

l’autorisation d’en faire état sur sa page Facebook. Dans ce contexte, il devient plus

difficile de se plaindre de la publicité entourant l’enquête qu’il dénonce.


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[839] Par ailleurs, comme tout autre professionnel qui doit se présenter devant son

conseil de discipline, l’intimé devient exposé à diverses remarques provenant de ses

clients, car la plainte disciplinaire, une fois déposée au greffe, devient publique 419. Il en

est de même lorsqu’il doit informer un collègue ou un tribunal du fait qu’il n’est pas

disponible à telle ou telle date, car il doit être présent dans le cadre d’une audition dans

la présente affaire.

[840] Enfin, l’intimé invoque que le 20 novembre 2018420 le Service de garde du Barreau

a rejeté sa demande d’adhésion à la suite d’une objection du syndic faite en date du

17 octobre 2018421. Ce dernier sait que la plainte sera déposée sous peu au greffe du

Conseil. Madame Sylvie Roy, rattachée à ce service, a même attendu de recevoir

l’information que la plainte a été signifiée à l’intimé pour l’en informer, et ce, à la suite

d’une instruction de Me Bilodeau en ce sens.

[841] De ce qui précède, l’objection du syndic semble avoir pris effet à partir du moment

où la plainte disciplinaire a été signifiée à l’intimé. Lors du témoignage de madame Roy,

il n’a pas été question du fait que l’intimé a été préjudicié avant ce moment. La preuve

est muette quant aux dossiers qui auraient pu être référé à l’intimé entre le 17 octobre et

le 20 novembre 2018. La preuve du préjudice est aléatoire et hypothétique d’autant plus

qu’une fois la plainte rendue publique, l’intimé ne pouvait espérer qu’un dossier lui soit

référé par les services de garde tant que les procédures disciplinaires sont pendantes.

419 Benhaim c. Médecins (Ordre professionnel des), 2017 QCTP 38, paragr. 60. Voir 108.7 (4o) du Code
des professions.
420 Pièce I-5, RA-57.
421 Pièce I-5, RA-60.
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iv) Le conflit d’intérêts allégué

[842] L’intimé soutient se sentir jugé par un compétiteur, soit BCF Avocats où travaille

la plaignante pendant l’enquête. Il invoque que la plaignante s’affiche alors comme une

avocate senior de ce bureau.

[843] Ajoutons que l’intimé a fait entendre deux adjointes de BCF Avocats pour tenter,

sans succès, de trouver des failles dans le « mur de Chine » mis sur pied par la plaignante

dans ce bureau à l’égard des dossiers disciplinaires. L’intimé prétend que madame

Lévesque a « assisté » la plaignante du seul fait qu’elle a agi comme commissaire à

l’assermentation lorsque cette dernière a prêté serment selon l’article 124 du Code des

professions. Cette prétention est sans fondement. Madame Lévesque n’assistait pas la

plaignante, elle lui a fait prêter serment.

[844] Si la plaignante avait omis d’utiliser le papier en-tête de son bureau ou de signer

à titre d’avocate de ce même bureau, peut-être aurait-elle évité de prêter flanc à la critique

de l’intimé. Toutefois, comme déjà mentionné, il n’y a aucune preuve que la muraille de

Chine mise en place par la plaignante chez BCF a été contourné. Le fait que l’intimé ait

comme compétiteur BCF Avocats ne fait pas en sorte que la plaignante a privilégié les

intérêts de ce bureau aux détriment de ceux de l’intimé.


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[845] Comme le rappelle la Cour supérieure, le Conseil a déjà décidé que la plaignante

n’est pas représentée par BCF Avocats aux fins des présentes procédures disciplinaires.

Elle pouvait être assistée par des avocats de ce bureau et enfin elle n’a aucun devoir

d’impartialité face à l’intimé422.

[846] Ainsi, ce n’est pas à BCF Avocats à qui l’intimé a eu à faire face pendant l’enquête

disciplinaire et la présente audition, mais bien à la plaignante.

[847] L’intimé n’a fait état d’aucun précédent, ni aucune norme ou règle où il est

mentionné qu’un syndic ad hoc devrait éviter d’utiliser l’en-tête du bureau d’avocats où il

travaille dans ses correspondances. Cette façon de faire n’est probablement pas de

l’apanage de la plaignante bien que la preuve soit muette à ce sujet.

[848] L’intimé n’a pas démontré une atteinte de son droit à un procès équitable ou à

l’intégrité du système de justice.

[849] À la suite de l’examen des différents moyens soulevés par l’intimé, le Conseil

conclut que l’intimé n’a pas passé la première étape du test établi dans l’arrêt Babos. Il

n’a pas démontré une atteinte à son droit à un procès équitable ou à l’intégrité du système

disciplinaire.

[850] Même s’il avait subsisté une incertitude à ce sujet, et ce n’est pas le cas, le Conseil

ajoute que la mise en balance prévue dans le test de l’arrêt Babos ne milite pas en faveur

de l’arrêt des procédures. Comme déjà mentionné, les chefs d’appropriation pour

422 Harvey c. Lavoie, 2021 QCCS 2364, paragr. 51 et 52. Permission d’en appeler rejetée : Harvey c.
Lavoie, 2021 QCCA 1024.
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lesquels l’intimé est déclaré coupable sont minimalement sanctionnés par une période

de radiation selon le Code des professions. Il s’agit de gestes de haute gravité. L’intérêt

du public à ce que la discipline professionnelle soit maintenue doit prévaloir sur les

intérêts privés de l’intimé.

[851] Ajoutons que les situations dénoncées par l’intimé sont bien loin de celles relevées

par la Cour d’appel dans l’arrêt R. c. Brunelle déjà citée. La requête en arrêt des

procédures n’est pas une panacée ni un remède à une constellation d’irritants que peut

percevoir ou vivre un intimé dans le cadre d’une procédure disciplinaire.

[852] Après avoir examiné l’ensemble des circonstances du présent dossier, le Conseil

rejette la requête de l’intimé en arrêt des procédures de type Babos et en délais

déraisonnables telle que remodifiée.

POUR CES MOTIFS, LE CONSEIL :

[853] REJETTE la demande de l’intimé visant à faire déclarer que la plaignante n’est

pas validement nommée à titre de syndique ad hoc.

Sous le chef 1

[854] ACQUITTE l’intimé d’avoir contrevenu aux dispositions des articles 3.06 du

Règlement sur la comptabilité et les comptes en fidéicommis des avocats (RRQ 1981, c.

B-1, r. 3), 59 du Règlement sur la comptabilité et les normes d’exercice professionnel des

avocats (RLRQ, c. B-1, r. 5) et de l’article 59.2 du Code des professions à l’égard des

comptes en fidéicommis pour les clients 05140, 07120 et 10418.


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[855] ACQUITTE l’intimé d’avoir contrevenu aux dispositions de l’article 3.06 du

Règlement sur la comptabilité et les comptes en fidéicommis des avocats (RRQ 1981, c.

B-1, r. 3) pour le client 13112.

[856] DÉCLARE l’intimé coupable à l’égard de l’infraction fondée sous l’article 59 du

Règlement sur la comptabilité et les normes d’exercice professionnel des avocats (RLRQ,

c. B-1, r. 5) et l’article 59.2 du Code des professions à l’égard du compte en fidéicommis

pour le client 13112.

[857] PRONONCE une suspension conditionnelle des procédures à l’égard de l’article

59.2 du Code des professions.

Sous le chef 2

[858] ACQUITTE l’intimé d’avoir contrevenu aux dispositions des articles 3.08.01 et

3.08.03 du Code de déontologie des avocats (RRQ., 1981, c. B-1, r-1).

Sous les chefs 3, 4, 5 et 6

[859] DÉCLARE l’intimé coupable à l’égard de l’infraction fondée sous l’article 59.2 du

Code des professions.

Sous le chef 7

[860] DÉCLARE l’intimé coupable à l’égard de l’infraction fondée sous l’article 56 du

Règlement sur la comptabilité et les normes d’exercice professionnel des avocats (RLRQ,

c. B-1, r. 5) et l’article 59.2 du Code des professions.


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[861] PRONONCE une suspension conditionnelle des procédures à l’égard de l’article

59.2 du Code des professions.

Sous le chef 8

[862] DÉCLARE l’intimé coupable à l’égard de l’infraction fondée sous l’article 114 du

Code des professions.

Sous le chef 9

[863] DÉCLARE l’intimé coupable à l’égard de l’infraction fondée sous l’article 3.03.03

du Code de déontologie des avocats, RRQ, 1981, c. B-1, r. 3.

Sous le chef 10

[864] DÉCLARE l’intimé coupable à l’égard de l’infraction fondée sous les articles

2.00.01 et 3.06.06 du Code de déontologie des avocats, RRQ, 1981, c. B-1, r. 3.

[865] PRONONCE une suspension conditionnelle des procédures à l’égard de l’article

3.06.06 du Code de déontologie des avocats, RRQ, 1981, c. B-1, r. 3.

Sous le chef 11

[866] DÉCLARE l’intimé coupable à l’égard de l’infraction fondée sous l’article 59.2 du

Code des professions.

[867] ACQUITTE l’intimé d’avoir contrevenu aux dispositions de l’article 59.1.1 du Code

des professions.
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Sous le chef 12

[868] DÉCLARE l’intimé coupable à l’égard de l’infraction fondée sous l’article 136 du

Code de déontologie des avocats, RLRQ, c. B-1, r. 3.1 et l’article 59.2 du Code des

professions.

[869] PRONONCE une suspension conditionnelle des procédures à l’égard de l’article

59.2 du Code des professions.

[870] REJETTE la demande de l’intimé en arrêt des procédures de type Babos et en

délais déraisonnables telle que remodifiée.

[871] DEMANDE à la secrétaire du Barreau du Québec de convoquer les parties à une

audition sur sanction.


Maurice Cloutier
Original signé électroniquement
_____________________________
Me MAURICE CLOUTIER
Président

Awatif Lakhdar
Original signé électroniquement
_____________________________
Me AWATIF LAKHDAR
Membre

Raymond-Mathieu Simard
Original signé électroniquement
______________________________
Me RAYMOND-MATHIEU SIMARD
Membre
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Me Nathalie Lavoie
Plaignante (agissant personnellement)
Représentée par Me Nicolas Plourde les 30 juillet, 24, 25 août, 22 septembre, 3 novembre
2021

Me Stéphane Harvey
Intimé (agissant personnellement)
Représenté par Me William Noonan et Me Fréderic Desgagnés les 28, 29 et 30 juillet 2021

Dates d’audience : 22, 23, 28, 29 et 30 juin, 28, 29 et 30 juillet, 24 et 25 août, 22, 24
et 28 septembre, 3 et 10 novembre, 9 décembre 2021; 18 janvier,
10, 16 et 17 février 2022

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