Matoussi Et Al
Matoussi Et Al
Adel Karaa
Maître Assistant à l’ISG de Tunis
e-mail : [Link]@[Link]
Houda Labidi
Assistante contractuelle à l’IHEC Tunis
e-mail : dadou3000@[Link]
Résumé : De nos jours on réalise de plus en plus que la valeur d’une entreprise n’est pas uniquement fonction de
ses moyens de production, mais dépend essentiellement de l’aptitude du management à mettre en œuvre les
moyens matériels et humains pour générer de la rentabilité. En effet, une synergie positive entre les différentes
activités, une bonne ambiance sur le plan social, une activité de recherche et développement productive, une
bonne stratégie, et l’innovation sont à l’origine de bénéfices supplémentaires qui augmentent la valeur de
l’entreprise, d’où l’apparition d’une nouvelle approche de l’entreprise basée sur les compétences notamment en
matière d’innovation. Cette « sur valeur » serait elle perçue à l’avance par les investisseurs ? Autrement dit est ce
que le marché financier est capable d’évaluer les compétences de l’entreprise ? C’est la question qu’on s’est
posée dans cette recherche. Plus spécifiquement, l’objectif de notre recherche est de voir l’effet des compétences
pour innover d’une entreprise, en tant qu’indicateur non financier, sur sa performance boursière.
Pour réaliser cette recherche, nous avons procédé à un recoupement entre l’enquête sur les compétences
pour innover faite par le SESSI et la liste des entreprises cotées, établie à partir du serveur Datastream.
L’appariement de l’ensemble des entreprises nous a permis de constituer un échantillon de 100 entreprises.
Une Analyse de Correspondance Multiple (ACM) et une Analyse en Composante Principale, suivies d’une
analyse typologique ont été effectuées pour synthétiser les informations qualitatives concernant les compétences
des firmes pour innover et former des groupes homogènes (portefeuilles) selon le critère de compétence. Pour
chaque portefeuille un modèle a été ensuite spécifié suite à une régression entre le rendement de ce portefeuille
et celui du marché tout en prenant en considération les effets ARCH (Autoregressive Conditional
Heteroskedastic), où le paramètre du risque systématique (bêta) et la variance de l’erreur varient dans le temps.
Une comparaison entre les portefeuilles a été enfin réalisée grâce à une analyse de la variance (ANOVA).
Les résultats obtenus valident notre hypothèse et montrent un lien significatif entre la compétence pour
innover et la performance boursière.
Mots clés : Compétences pour innover – Valorisation boursière – Performance financière –Marché financier -
1
Effet de l’innovation sur la performance boursière : une démarche par les compétences
1. Introduction
La communication financière des entreprises reste fortement marquée par les outils de l’ère
industrielle, et la comptabilité telle qu’elle est conçue, éprouve des difficultés à mesurer les
actifs incorporels et les déterminants non financiers de la valeur1. En effet, Le modèle
comptable historique fournit seulement une partie de l’information dont les gestionnaires et
les investisseurs ont besoin aujourd’hui, et souvent une partie fallacieuse. Elle se concentre
uniquement sur des mesures financières…
Cependant, d’autres indices qui ont été développés pour les besoins de l’information en
gestion sont devenus maintenant reconnus par les investisseurs non seulement comme
indicateurs, mais aussi comme de véritables producteurs des bénéfices à long terme.
Ces indices incluent la direction stratégique, le marketing, l’innovation, la qualité, la
productivité, la performance des employés et le développement, la responsabilité publique…
(Measelle 1991).
Par conséquent, la communication doit intégrer aussi des critères autre que financiers pour
l’évaluation des entreprises, et l’innovation constitue à cet égard l’un des indicateurs non
financiers les plus pertinents.
D’où la question qui se pose est de savoir le rôle joué par les compétences pour innover d’une
entreprise dans le processus d’évaluation de sa performance boursière.
Autrement dit, il convient d’étudier le contenu informationnel des compétences pour innover
d’une entreprise pour les investisseurs.
En effet, certains auteurs ont préconisé l’introduction de variables de performance
stratégiques dans leur évaluation à long terme du succès de l’entreprise.
Semblablement au rôle des indicateurs principaux dans les prévisions de l’économie
nationale, les variables de performance stratégiques incluent des mesures différentes de
l’activité stratégique et aident donc à la prédiction des résultats financiers.
D’où le besoin exprimé aussi bien par les praticiens que par les académiciens sur la nécessité
d’élaborer un système de mesure développé contenant aussi bien des indicateurs financiers
que non financiers pour prédire avec fiabilité les implications futures des stratégies de
l’entreprise.
Il apparaît donc que la valeur d’une société n’est pas uniquement fonction de ses moyens de
production, mais qu’elle dépend essentiellement de l’aptitude du management à mettre en
œuvre les moyens matériels et humains pour générer de la rentabilité. Ainsi, une synergie
positive entre les différentes activités, une bonne ambiance sur le plan social, une activité de
recherche et développement productive, une bonne stratégie, et l’innovation sont à l’origine
de bénéfices supplémentaires qui augmentent la valeur de l’entreprise, d’où l’apparition d’une
nouvelle approche de l’entreprise basée sur les compétences notamment en matière
d’innovation.
Etudier le lien entre innovations et marchés financiers répond également au besoin de mesurer
la valeur économique privée des innovations. L’approche « traditionnelle » consistant à lier la
productivité des facteurs ou la croissance des profits à différentes mesures de l’innovation
souffre de plusieurs limites (Mairesse et Mohnen 1995).
1
Frotiée (2001).
2
Effet de l’innovation sur la performance boursière : une démarche par les compétences
D’abord, les données utilisées pour ce type d’études se doivent de couvrir un nombre
important d’années pour prendre en compte des délais importants et parfois incertains existant
entre engagement des dépenses en R&D et innovation(s) ou entre innovation(s) et gains de
productivité. Surtout que la mesure de l’impact des activités innovatrices suppose le contrôle
de plusieurs autres variables au niveau du secteur et au niveau de la firme, un contrôle peut se
révéler difficile compte tenu des contraintes en terme de données. Dès lors, une estimation de
la valeur de l’innovation basée sur la réaction des marchés financiers peut s’avérer plus
appropriée.
Du fait de ces différents enjeux, l’impact de l’innovation sur la valorisation financière des
firmes a fait l’objet de nombreuses études2. La plupart d’entre elles présentent toutefois
d’importantes limites quant à la mesure de l’innovation et conduisent donc à des biais
systématiques dans l’estimation de la réaction des marchés financiers à l’annonce de progrès
technologiques. Plus précisément, ces études peuvent être classées en deux types, selon le
type de mesure de l’innovation qu’elles utilisent.
Les premières s’appuient sur les dépenses de R&D et les brevets, qui, pour de multiples
raisons, ne constituent qu’une mesure très imparfaite de l’innovation. Les secondes s’appuient
sur le comptage d’innovations commercialisées (ou exploitées en interne) ; dès lors, elles
négligent d’intégrer à leurs évaluations la phase de développement ayant mené à ces
innovations.
Dans ce cadre, l’objectif notre recherche est d’étudier l’effet de l’innovation technologique
(ou compétences pour innover) sur la performance boursière et plus précisément sur les
rendements boursiers. Pour ce faire, nous commençons par la construction de portefeuilles de
titres homogènes vis-à-vis des compétences pour innover à travers une analyse typologique ;
un modèle statistique sera ensuite estimé pour chaque portefeuille. La spécificité du modèle
que nous allons utiliser est qu’il tient compte de la variabilité des variances et du risque
systématique (β). Une fois les paramètres des modèles estimés, nous allons comparer la
performance boursière des différents groupes et voir si elle diffère de manière significative
d’un portefeuille à un autre.
Le reste de notre article est organisé comme suit : la deuxième section sera consacrée à
l’analyse de la littérature sur la question et la formulation de l’hypothèse de recherche. La
troisième section développera notre méthodologie. Les données de l’étude et la mesure des
variables feront l’objet de la quatrième section. La section 5 présentera nos résultats. Enfin la
section 6 présentera les conclusions ainsi que les limites de la recherche.
Depuis les travaux de Ball et Brown (1968), les comptables n’ont cessé d’améliorer
l’information produite et divulguée, pour la rendre plus pertinente, surtout que les
investisseurs utilisent de plus en plus d’autres sources d’information de recoupement.
Cependant, et malgré cet effort, la pertinence de l’information comptable contenu dans les
états financiers connaît un déclin progressif et ce pour plusieurs raisons :
2
On peut citer Hall (1998).
3
Effet de l’innovation sur la performance boursière : une démarche par les compétences
4
Effet de l’innovation sur la performance boursière : une démarche par les compétences
basée sur « l’immatériel ». En effet, Amir et Lev (1996) ont montré que les mesures
comptables ne peuvent pas fournir une information pertinente pour les industries high-tech.
Ces industries sont caractérisées par un investissement très lourd en biens intangibles, comme
la recherche et développement, ainsi que par des dépenses importantes dans le développement
de la base du consommateur et de la part de marché. Ces investissements étant largement
reportés dans les états financiers, mènent au déclin et même à la non pertinence des bénéfices
et de la valeur comptable. Par ailleurs, Lev et Zarowin (1999) prétendent que le changement
dans la technologie et dans l’économie en général tout au long des 20 dernières années a
augmenté l’importance des biens intangibles dans l’entreprise et leur traitement sous les US
GAAP a diminué l’utilité des états financiers des entreprises américaines.
Aboody et Lev (1998) ont examiné à leur tour la pertinence de la comptabilisation des coûts
de développement des logiciels sous la SFAS No86, et ont trouvé que ces biens non tangibles
sont positivement liés aux prix de marché.
Ittner et Larcker (1998) et Bart et al (1998) ont abouti à la même conclusion en utilisant
respectivement comme actifs non tangibles la satisfaction du consommateur et la qualité. Lev
et Sougiannis (1996) ont trouvé aussi une relation positive entre les prix et les coûts de
recherche et développement basés sur les recherches spécifiques de l’entreprise et les
dépenses de développement. De même, Barth et Clinck (1998) ont trouvé une relation
positive entre les biens non tangibles capitalisés (et leurs réévaluations postérieures) et les
prix de marché des entreprises australiennes.
Ainsi, toutes ces recherches montrent que la corrélation entre les données comptables et le
rendement boursier est très faible, parfois négligeable.
La compagnie Royal Dutch Shell, lorsqu’elle s’est trouvée mêlée à des polémiques liées à
l’environnement et aux Droits de l’Homme, a décidé de communiquer de manière plus
explicite sur son engagement vis à vis d’un développement durable, qui vise à limiter les
coûts environnementaux liés à ses activités industrielles. Elle a établi une liste d’indicateurs
clés mesurant sa performance dont plusieurs sont non financiers ; tels que par exemple « la
qualité de la performance sociale » et « l’innovation ».
Par ailleurs, l’AICPA, et en réponse à une variété de soucis sur la pertinence et l’utilité du
modèle actuel du système d’information, a établi « The Special Commitee of Financial
Reporting » en 1991. Une partie de la mission accordée à cette commission est de suggérer
des moyens pour améliorer la nature de l’information fournie aux utilisateurs des états
financiers.
Cette commission prévoit que le système d’information doit se concentrer plus sur les facteurs
qui créent de la valeur, et ce en faisant inclure des mesures non financières (AICPA,1994, 5).
Pricewaterhouse/Coopers par exemple a mené une étude auprès des dirigeants d’entreprises
dans le secteur de la haute technologie pour déterminer exactement quels critères sont
essentiels à l’évaluation d’une entreprise3.
3
Le questionnaire a été adressé en 2000 à des présidents, des directeurs généraux, des directeurs financiers ainsi
que des responsables de la communication financière dans l’industrie de l’informatique, des réseaux, des semi-
conducteurs, des logiciels, d’internet et du commerce électronique. Les analystes financiers et les investisseurs
institutionnels ont également été interrogés.
5
Effet de l’innovation sur la performance boursière : une démarche par les compétences
Interrogés sur le classement des mesures de performance en fonction de leur importance, ils
ont retenu la même liste des dix meilleurs indicateurs, dont seulement trois mesures
financières ( bénéfices, cash-flow et marges brutes) et sept mesures non financières.
Parmi les réponses non financières, trois mesures (stratégie, qualité et expérience du
management et rapidité à mettre de nouveaux produits sur le marché) sont des informations
provenant des entreprises ; les quatre autres (environnement concurrentiel, taille du marché et
croissance ainsi que part de marché) nécessitent un recours à des informations qui, dans la
plupart des cas, ne sont pas fournies par les entreprises4.
En outre, Tank (1993) a prouvé un besoin pour plus d’information sur des indicateurs non
financiers de la performance future. En effet, en demandant aux investisseurs quelles sont les
informations utilisées pour les décisions stratégiques, ils ont insisté sur la satisfaction et la
rétention du consommateur, la sécurité et la performance environnementale, l’efficience et
l’énergie, le pourcentage d’imperfection du produit, la marque, le taux de rotation du
personnel, la motivation et le développement.
Ainsi, le rapport indique que les entreprises donnent une priorité élevée à la mise en œuvre de
mesures de performance compréhensibles, et établissent de plus en plus des indicateurs
financiers et d’autres non financiers, l’un à côté de l’autre (Tank 1993, p12).
De ce fait, la littérature professionnelle montre le nombre croissant des entreprises qui ont
développé de nouveaux systèmes d’information internes en réponse à la nature dynamique de
la concurrence et au taux rapide de changement des conditions sous lesquelles elles opèrent.
Ces systèmes complètent les mesures financières conventionnelles de la performance
commerciale. Une insistance spéciale est mise sur les dimensions de performance stratégique
comme la qualité, la satisfaction du consommateur, la gestion des ressources humaines et
l’innovation.
En effet, les deux dernières décennies témoignent du rôle croissant que joue l’innovation dans
le développement et même la survie des entreprises industrielles. Les activités de recherche et
développement (R&D) et l’innovation sont considérées comme l’un des déterminants les plus
importants de la compétitivité de l’entreprise.
Ainsi, il n’y a pas lieu de s’interroger uniquement sur les motivations des entreprises, mais
aussi sur leurs aptitudes et leurs compétences.
Si la démarche par les motivations bénéficie d’une réelle attention depuis le début des années
quatre-vingt, celle axée sur les compétences est récente. Les liens entre compétences de la
firme et innovation intéressent plusieurs travaux théoriques et empiriques. Selon ces derniers,
les firmes diffèrent par leurs compétences. Se pose alors la question de l’apparition de cette
nouvelle approche de la firme fondée sur les compétences.
4
PricewaterhouseCoopers vient de publier un nouvel ouvrage, « The Value Reporting Revolution : Moving
Beyond the earning Game », qui appelle à des changements significatifs dans le monde de la communication
financière.
6
Effet de l’innovation sur la performance boursière : une démarche par les compétences
La vision de la firme basée sur les compétences s’est développée suite au regain d’intérêt que
connaissent les activités d’innovation technologique. Ainsi, selon cette approche, il ne suffit
pas de considérer la firme comme une réponse à un problème de coûts ou d’asymétrie
d’information. L’objectif est alors de défendre une conception de la firme comme un nœud de
compétences dépassant celle percevant l’entreprise comme un nœud de contrats.
De ce fait, l’approche par les compétences repose aussi bien sur des principes découlant de la
théorie évolutionniste que sur les notions réhabilitées par les gestionnaires.
Le graphique suivant nous permet de mettre en relief les étapes de développement de la
notion de compétence (figure1).
Figure 1: Emergence de la notion de compétence et essence de la firme
Boucle
Connaissances d’interactions Actifs et ressources
Flux, échange et spécifiques.
Interaction. Tangibles et intangibles
Routines cognitives
Compétences organisationnelles
et technologiques. Essence
Accumulation /Décumulation de la firme.
Individuelles/Collectives.
(Les flèches verticales n’indiquent pas une relation linéaire (de cause à effet), mais plutôt une évolution de
concepts).
Source : Karray (2001)
7
Effet de l’innovation sur la performance boursière : une démarche par les compétences
5
Loasby (1998, 157). En faisant la distinction entre le « savoir » et le « savoir-faire », l’auteur donne plus
d’importance à la notion de « savoir-faire ».
8
Effet de l’innovation sur la performance boursière : une démarche par les compétences
H: Plus l’entreprise dispose de compétences pour innover plus sa valeur est appréciée
par les investisseurs et plus importante est sa performance boursière.
6
Voir Hall (1998) pour un survol de ces travaux.
9
Effet de l’innovation sur la performance boursière : une démarche par les compétences
Cette variable sera mesurée à travers le rendement en excès d’un titre par rapport à celui du
marché (α), du risque systématique de ce titre (β) ainsi que du risque spécifique (ht). Ces
paramètres pourrait être estimés à partir du modèle de marché classique en régressant le
rendement du titre d’une firme sur le rendement du marché.
Toutefois, les études de Schwert & Seguin (1990) et de Brockett, Chen et Garven (1995) ont
souligné les limites du modèle de marché classique qui suppose la stabilité dans le temps de
ses paramètres, et ont par conséquent développé un modèle de marché stochastique pour
pallier à cette insuffisance.
Ainsi, ce modèle suppose l’existence d’une relation directe entre le risque systématique du
titre (β) et la volatilité du marché (hmt).
Ri,t = αi +βi,tRMt +εi,t
10
Effet de l’innovation sur la performance boursière : une démarche par les compétences
Avec :
Ri,t : le rendement du titre i au jour t. Il est calculé comme le logarithme népérien du rapport
de l’indice de Paasche à l’instant t par rapport à l’indice de Paasche à l’instant t-1 = It/It-1 ;
αi : un estimateur du paramètre propre à chaque titre i qui représente l’excédent de rentabilité
spécifique au titre ;
βi,t : un estimateur du paramètre indiquant la relation entre les fluctuations du titre et celle du
marché ;
RMt : le rendement du marché à l’instant t ; et
εi,t : l’erreur qui est variable dans le temps. Elle suit une loi normale de moyenne nulle et de
variance ht.
La spécificité du modèle du marché qu’on va utiliser dans notre étude, est qu’il tient compte
d’une part de la variabilité des variances (volatilité) et dont l’équation se présente ainsi :
ht = α0 + α1ht-1 + α2ε2t-1,
et d’autre part de la variabilité du risque systématique (bêta) qui est calculé comme suit :
βt = (b1 + b1/hmt) avec hmt = σ (Rm,t).
où b1est la valeur moyenne de bêta à l'équilibre (état stationnaire).
Par ailleurs, on va insérer le modèle du marché dans la perspective des méthodes de Box-
Jenkins afin de tenir compte des problèmes d’auto-corrélation des rendements et des modèles
ARCH (Auto-Regressive Conditional Heteroskedasticity) pour corriger pour les problèmes
d’heteroskedasticité.
Afin d’examiner si les différentes compétences pour innover constituent un trait spécifique
aux entreprises ayant une performance boursière élevée ( par rapport à celles qui ne l’ont pas),
nous adoptons une approche par portefeuille où les entreprises seront classées selon leur
compétence pour innover.
Cette approche permet d’identifier plus précisément si, au regard des axes retenus (considérés
comme des variables indépendantes), les entreprises se différencient de manière significative
en matière de performance boursière (variable dépendante).
L’approche repose donc sur la construction de portefeuilles de titres homogènes vis-à-vis des
compétences pour innover, et notre hypothèse à tester consiste donc à voir si ces portefeuilles
présentent des différenciations significatives en terme de performance boursière. Ainsi, on va
tester l’hypothèse nulle selon laquelle il n’y a pas de différences significatives entre les
groupes au regard de la performance boursière. Pour ce faire, une analyse exploratoire sera
menée en premier lieu pour dégager des axes factoriels à partir des variables de compétence.
Cette première analyse sera complétée par une analyse typologique pour dégager des groupes
(ou portefeuilles) classés selon leur compétence pour innover.
Suite à cette décomposition, nous mettrons en place des indices synthétiques construits selon
la méthode de Paasche distinguant les trois groupes obtenus selon les compétences pour
innover.
La formule de calcul de l’indice se présente comme suit :
Indice Paasche Prix : It(P) = ΣPjt×Qjt/ΣPjt×Qj0
Avec :
It : l’indice au jour t ;
Qj0 : le nombre de titres inscrits de la valeur j à la période de base 0 ;
Qjt : le nombre de titres inscrits de la valeur j à la période t ; et
11
Effet de l’innovation sur la performance boursière : une démarche par les compétences
Etant donné que notre objectif est de voir si les compétences pour innover d’une entreprise
sont évaluées par le marché, il fallait sélectionner un échantillon d’entreprises pour lequel ce
type de données est disponible. Pour ce faire, nous avons exploité deux bases, la première
comprenant les résultats d’une enquête sur les compétences effectuée par le SESSI et la
seconde des données boursières sur les entreprises cotées à partir du serveur Datastream.
L’enquête initiale sur les compétences pour innover a porté sur un échantillon important
comprenant 3220 entreprises françaises. Cependant, étant donnée qu’on se propose d’étudier
la relation entre les compétences pour innover d’une entreprise et sa performance boursière,
l’échantillon retenu ne devrait inclure que des entreprises cotées sur le marché boursier
français. A cet effet, un recoupement entre les données de l’enquête sur les compétences pour
innover et la liste des entreprises cotées a été effectué. L’appariement de l’ensemble des
entreprises nous a permis de retenir 100 entreprises cotées sur le marché boursier français et
ayant fait de l’enquête sur les compétences pour innover. La période retenue pour les données
boursières s’étend de 1997 à 2001.
Etudier le lien entre les compétences pour innover d’une entreprise et sa performance
boursière nous amène à considérer cette dernière comme étant le phénomène à expliquer alors
que les compétences pour innover la variable indépendante de notre étude. Il y a lieu tout
d’abord d’identifier les différentes mesures de ces deux variables pour pouvoir établir une
éventuelle relation entre elles.
4.2.1. La variable compétence de la firme pour innover
La notion de compétence est traditionnellement associée aux activités d’innovation des
firmes. L’innovation technologique n’est pas le résultat d’une combinaison de certains actifs
selon une fonction donnée, mais suggère des compétences technologiques, organisationnelles,
financières, etc.
A cet égard, l’enquête sur les compétences pour innover retient neuf grandes compétences
pour innover. Celles-ci sont décomposées en compétences élémentaires précisant les
différentes voies d’exercice de la grande compétence en question. Nous avons signalé plus
haut l’ampleur de la masse d’information fournie.
Afin de synthétiser l’information relative à l’exercice des compétences élémentaires , il est
intéressant de procéder à des analyses factorielles permettant la construction de variables
quantitatives indiquant les grandes compétences pour innover. Ces analyses présentent
12
Effet de l’innovation sur la performance boursière : une démarche par les compétences
l’avantage d’identifier les compétences élémentaires qui contribuent le plus à la formation des
grandes compétences. Elles permettent également de voir si les compétences élémentaires
relatives à une même grande compétence s’associent autour d’une ou de plusieurs
composantes principales.
A cet effet, nous allons nous baser sur les résultats de Karray (2001) qui a opté pour une
Analyse de Correspondance Multiple (ACM) menée pour chaque grande compétence pour
innover. Ensuite, nous allons procéder à une Analyse en Composante Principale (ACP sur les
axes retenus afin de synthétiser encore plus l’information et surtout pour savoir leur
articulation autour d’un ou plusieurs axes.
4.2.2. La variable performance boursière
Rappelons le que la performance boursière sera approchée par le rendement anormal (ou en
excès par rapport à celui du marché). Toutefois, étant donné que la performance doit être liée
à la performance, nous exploiterons les résultats de l’analyse typologique où les entreprises
seront classées en portefeuilles selon leur compétence pour innover. Des indices synthétiques
de prix seront ensuite construits selon la méthode de Paashe pour les portefeuilles dégagés.
Une fois l’indice de Paasche calculé, il y a lieu d’estimer pour chaque portefeuille un modèle
suite à une régression entre le rendement de ce portefeuille et celui du marché tout en prenant
en considération les effets ARCH, où le paramètre du risque systématique (bêta) et la variance
de l’erreur varient dans le temps.
L’objectif de notre recherche est de voir l’impact des compétences de l’entreprise en matière
d’innovation sur sa performance boursière. Pour ce faire, et de point de vue de la méthode,
c’est une démarche à plusieurs niveaux qui sera utilisée pour tenter d’affermir le diagnostic.
Ainsi, à partir de données individuelles issues de l’enquête Compétences pour innover de
1996, nous dégagerons des axes relatifs aux compétences de la firme en matière d’innovation.
Cette démarche exploratoire, reposant sur les résultats d’une Analyse de Correspondance
Multiple (ACM) et d’une Analyse en Composante Principale (ACP), nous permettra
d’identifier des groupes d’entreprises disposant de compétences relativement homogènes.
De façon encore plus nette, l’ACM et l’ACP nous permettront de dégager des axes reflétant
des tendances restituant le plus fidèlement possible des relations (ou des associations) entre
les variables retenues. Il ressort de ces axes des variables relais qui feront l’objet d’une
analyse typologique, laquelle nous permettra de scinder l’échantillon en des groupes
d’entreprises homogènes de par leurs compétences pour innover.
13
Effet de l’innovation sur la performance boursière : une démarche par les compétences
L’objet de notre étude est d’examiner si les compétences pour innover dégagées dans la
section précédente discriminent entre les entreprises en terme de performance boursière. Ce
travail empirique constitue un appui pour la nouvelle conception de la performance boursière
sous l’angle des compétences.
Nous commençons par mettre en relief les facteurs construits à partir des ACP et
correspondants aux facteurs (axes) retenus pour désigner les compétences des firmes en
matière d’innovation ; pour présenter ensuite les résultats de la décomposition des entreprises
en portefeuilles homogènes vis-à-vis des compétences pour innover ; pour déterminer enfin
les caractéristiques de chaque portefeuille en termes de rendement en excès par rapport au
marché (α), de risque systématique (β), de risque spécifique (ht), de taille, de secteur et bien
sûr en termes de compétences pour innover pour donner des interprétations dans une dernière
étape.
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Effet de l’innovation sur la performance boursière : une démarche par les compétences
Pour que les facteurs soient "factorisables", il faut que l’indice de KMO soit supérieur à 0,6.
Dans notre cas, cet indice est égal à 0,859 et le degré de signification de ce test est 0,000,
donc très significatif. Il y a donc lieu d’accepter l’hypothèse H1 selon laquelle la matrice de
corrélation R n’est pas assimilée à l’identité (donc les variables sont corrélées entre elles).
Une fois la corrélation entre les variables s’est avérée significative, nous allons voir les
résultats de l’ACP (voir tableau 3).
Tableau 3 : Résultats de l’ACP
Composante 1 2
Connaissance de la demande latente ,822 -,129
Capacité d’absorption des technologies extérieures ,807 -7,992E-03
Défense de la propriété intellectuelle *-1 ,801 2,806E-02
Capacité de transfert de l'entreprise *-1 ,744 9,518E-02
Compétence organisationnelle collective ,740 4,266E-02
formation et innovation *-1 ,727 ,355
Capacité d'innovation technologique ,723 -,249
Capacité de vente des innovations ,684 -,222
Financer innovation ,626 -,314
Evaluer la créativité *-1 1,883E-02 ,794
Acquisition rapide des actifs technologiques -,118 ,576
Même si les deux axes s’avèrent statistiquement significatifs, il est à remarquer que la
majorité des variables sont corrélées avec le premier axe. Celui-ci indique les compétences
15
Effet de l’innovation sur la performance boursière : une démarche par les compétences
16
Effet de l’innovation sur la performance boursière : une démarche par les compétences
D’un autre côté, nous retiendrons une variable relative à la performance boursière des
entreprises à savoir le rendement en excès du portefeuille, son risque systématique et celui
spécifique (notre variable dépendante).
Le tableau 6 donne les différentes modalités (variables) retenues au niveau de chaque groupe
ainsi que les fréquences marginales (absolues) associées.
Tableau 6 : Résultats des tests d’homogénéité selon la Structure (en %) de l’échantillon
dans les trois portefeuilles
Caractéristiques Valeur de
Portefeuille I Portefeuille II Portefeuille III Total
individuelles Khi-Deux
Secteur
IEEE 3/3,75 13/10,75 9/10,5 25 0.83
ICEE 5/3,9 9/11,18 12/10,92 26 0.83
Pharm 1/2,4 8/6,88 7/6,72 16 1
aéro-spa 0/0,3 1/0,86 1/0,84 2 0.35
Chimie 2/1,65 6/4,73 3/4,62 11 0.97
Pd minéraux 0/0,3 1/0,86 1/0,84 2 0.35
Equip-foyer 0/0,45 0/1,29 3/1,26 3 4.14
Bois-papier 1/0,45 1/1,29 1/1,26 3 0.78
Métallurgie 2/1,05 2/3,01 3/2,94 7 1.18
Autres 1/0,75 2/2,15 2/2,1 5 0.09
Total 15 43 42 100
* valeur de Khi-Deux :28,87 degré de liberté :18 signification :0,000
Taille
20-49 7/4,35 5/12,47 17/12,18 29 7.98
50-99 6/6,02 3/6,02 5/5,88 14 1.64
100-199 1/0,9 2/2,58 3/2,52 6 0.23
200-499 0/2,85 12/8,17 7/7,89 19 4.74
500-999 0/3,15 14/9,03 7/8,82 21 6.25
1000-1999 1/1,05 3/3,01 3/2,94 7 0.003
2000 et (+) 0/0,6 4/1,72 0/1,68 4 5.3
Total 15 43 42 100
*valeur de Khi-Deux :21,03 degré de liberté :12 signification :0,000
Avant de comparer les groupes sur le plan compétences pour innover / performance , il y a
lieu de contrôler pour le critère taille et appartenance sectorielle.
Comparaison des groupes du point de vue de la taille :
Toutes les valeurs de Khi-Deux calculées sont statistiquement inférieures à celle critique,
donc il y a lieu d’accepter l’hypothèse nulle relative à la structure homogène des groupes en
terme de taille. En effet, d’après l’analyse typologique qu’on a menée précédemment, on a
17
Effet de l’innovation sur la performance boursière : une démarche par les compétences
trouvé que les trois portefeuilles obtenus sont essentiellement formées par des entreprises de
petite et moyenne taille. En effet, 92,85% des entreprises du groupes 3 sont des PME, 86,66%
pour le groupe 1 et, dans une moindre proportion 83,72% pour le groupe 2.
Suite à ces constatations, on peut éliminer l’effet du facteur taille sur notre classification des
entreprises selon leurs compétences puisqu’il s’agit principalement de PME pour les trois
groupes.
Comparaison des groupes du point de vue du secteur d’activité :
A l’instar du facteur taille, les valeurs de Khi-Deux sont statistiquement inférieures à la valeur
critique. Donc pour ce facteur aussi, on a pu trouvé des similarités puisque les secteurs
industriels dominants pour les trois groupes sont presque les mêmes. En effet, il s’agit
principalement des Industries des Equipements et Composantes Electriques et Electroniques
(IEEE et ICEE plus que 50% pour les trois groupes), des composantes mécaniques ainsi que
des industries pharmaceutiques, parfumerie et entretien. Donc, à l’instar du facteur taille, on
peut conclure que le secteur n’a pas d’effet sur l’appartenance d’une entreprise à l’un des trois
groupes classés selon les compétences pour innover.
Ainsi, il apparaît que les groupes présentent des similarités en termes de taille et secteur.
5.2.4. Analyse de la performance au sein des portefeuilles constitués
Le tableau 7 résume les résultats de la régression entre le rendement de chaque portefeuille et
celui du marché tout en prenant en considération les effets ARCH, où le paramètre du risque
systématique (bêta) et la variance de l’erreur varient dans le temps.
Tableau 7 : Estimation des modèles stochastiques des portefeuilles
caractéristiques Portefeuille 1 Portefeuille 2 Portefeuille 3
α 0,0002* -0,0005** 0,0005**
β 0,218*** : défensif 0,367*** : défensif 0,790*** : défensif
ht 0,0138*** 0,0160*** 0,002***
*niveau de signification à 10% ; **niveau de signification à 5% ; ***niveau de signification à 1%.
Une fois l’effet taille et celui du secteur sont éliminés, on va interpréter les résultats en termes
de rendement en excès par rapport à celui du marché (α), de risque systématique (β) et de
risque spécifique (ht) pour pouvoir comparer entre les portefeuilles. Pour ce faire, nous allons
procéder à une analyse de la variance (ANOVA). Le tableau 8 présente les résultats de
l’analyse de variance.
Tableau 8 : Test du β (risque systématique)
Groupe Moyenne Signification test de l’ANOVA
1 0,218 0,002*** Degrés de liberté : 2,3768
2 0,367 0,004*** Valeur de F : 2032,953
3 0,790 0,01*** Probabilité : 0,000***
***niveau de signification 1%
D’après les résultats des tableaux précédents 7 et 8, le groupe 3 apparaît comme étant le
portefeuille le plus performant en termes de rendement (α = 0,0005) et qui est statistiquement
significatif à un seuil de 5% ; c’est un résultat prévisible puisque ce groupe dispose de
compétences aussi bien actuelles que potentielles en matière d’innovation.
Ces résultats sont confirmes avec les modèles classiques d’actualisation des dividendes futurs
pour l’évaluation des entreprises et pour le calcul du goodwill. En effet, évaluer une entreprise
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Effet de l’innovation sur la performance boursière : une démarche par les compétences
en fonction de ses perspectives futures représente l’idée forte des approches prospectives en
l’occurrence l’approche fondamentale qui est fondée sur des modèles théoriques d’évaluation
exprimant la valeur d’une action par le flux de dividendes futurs actualisés à un certain taux ;
d’où la dénomination de modèles actuariels. Ces modèles mettent en évidence l’importance
des prévisions des résultats pour les investisseurs et les gestionnaires, d’où l’impact des
informations prévisionnelles sur le comportement des évaluateurs. Ainsi, on voit que le
marché tient bien en compte des perspectives futures pour l’évaluation des titres.
En outre, on a trouvé que le portefeuille 3 est caractérisé par un risque systématique très élevé
(β = 0,790). C’est aussi un résultat attendu en finance. En effet, la relation risque-rendement,
selon laquelle plus le rendement du titre est élevé, plus le risque qui lui est associé sera élevé,
est confirmée. Cependant, cette relation n’est pas validée pour les deux autres groupes. En
effet, le groupe 1 a un rendement (α = 0,0002) plus élevé et un risque (β = 0,218) plus faible
que le groupe 2 (α = -0,0005 et β = 0,367). Ce résultat inattendu et contre intuitif nous a
poussé à chercher une explication en termes de risque spécifique (ht). Le tableau 9 résume les
résultats de l’analyse.
Tableau 9 : Test du ht (risque spécifique)
Groupe Moyenne Signification test de l’ANOVA
1 0,0138 0,0004*** Degrés de liberté : 2,3768
2 0,0160 0,0005*** Valeur de F : 271,6007
3 0,002 0,0000*** Probabilité : 0,000***
***niveau de signification 1%
Il ressort de cette analyse un classement plus logique. Les trois groupes sont bien ordonnés et
il existe un lien logique entre la compétence pour innover et la performance :
1. Le groupe 3 présentant la meilleure performance contient les entreprises qui ont
développé et qui continuent à développer des compétences en matière d’innovation. Cette
tendance est de nature à rassurer les investisseurs sur les perspectives futures de
l’entreprise. Ces investisseurs vont donc évaluer les actifs spécifiques qui représentent
pour eux une garantie de la compétitivité future de l’entreprise, ce qui explique la
faiblesse du risque spécifique de celle-ci. Ainsi, le rendement élevé de ces entreprises
ainsi que le risque spécifique faible auront une incidence directe sur le volume de
transactions de ces titres. En effet, ces derniers seront très mouvementés et donc très
dynamiques sur le marché, ce qui accroîtrait le risque systématique (β).
2. Le groupe 2 contient les entreprises sans aucune potentialité en termes de compétences
pour innover (même si elles étaient bien situées par le passé), montrent une certaine
faiblesse (α = -0,0005) qui se traduit par un risque spécifique plus élevé ( ht = 0,0160) ;
Ces titres sont généralement caractérisés par une faible dynamique de transactions
puisqu’ils ne disposent pas de perspectives futures en matière d’innovation et donc ne sont
pas demandés et conseillés en termes d’achat et de vente. C’est un résultat prévisible
surtout avec l’apparition du nouveau marché qui va exiger des compétences
technologiques élevées pour être compétitif. Les entreprises du groupe 2 qui se trouvent
en situation de saturation quant à leurs compétences technologiques sont donc les
entreprises les moins performantes et leurs titres sont par conséquent les moins demandés
sur le marché.
3. Le groupe 1 (α = 0,0002) est celui qui accuse jusqu’ici un déficit en terme de
développement de compétences pour innover, mais qui présente un potentiel élevé dans le
19
Effet de l’innovation sur la performance boursière : une démarche par les compétences
futur. Il apparaît donc comme celui présentant des garanties pour l’investisseur dans
l’avenir. Ainsi, sur le marché, l’évolution des caractéristiques des titres de ce portefeuille
semble suivre la dynamique du marché mais dans une moindre mesure que le groupe 3
( β1 = 0,218 < β3 = 0,790 ). Ces résultats peuvent être expliqués par le fait que bien que
l’entreprise présente une bonne volonté pour développer ses compétences en matière
d’innovation dans le futur, les investisseurs sont plus averses à leur égard, ce qui se traduit
par un temps d’observation pour vérifier l’accomplissement effectif et réel de ces
compétences ; d’où un risque spécifique plus élevé que celui du groupe 3
(ht1 = 0,0138 > ht3 = 0,002).
En résumé, on peut dire que les résultats trouvés confirment notre hypothèse de recherche, qui
stipulait un lien entre la compétence pour innover et la performance boursière des firmes.
Toutefois, on peut dire que le marché apprécie bien les compétences pour innover d’une
entreprise surtout celles à caractère potentiel, qui représentent pour les investisseurs une
garantie de sa compétitivité future.
Nos résultats corroborent ceux de Campart et Pflister (2001), qui ont abouti à la même
conclusion en adoptant la méthodologie des études d’événements pour estimer la valeur des
innovations crées dans l’industrie pharmaceutique. Ils vont aussi dans le sens des travaux de
Matoussi et Zemzem (2003), qui ont montré que le marché financier français valorise plus les
investissements immatériels des entreprises de la haute technologie que les autres.
6. Conclusion
L’objectif de notre recherche était d’étudier l’effet de l’innovation en tant qu’indicateur non
financier de la performance boursière des entreprises. Pour répondre à cet objectif, nous avons
exploité les résultats d’une enquête sur les compétences pour innover, effectué par le SESSI.
L’échantillon questionné (3220 entreprises) a été appareillé avec un autre échantillon
d’entreprises cotées (de la base Datastream). L’échantillon final est constitué de 100
entreprises cotées et ayant fait l’objet de l’enquête.
Une Analyse de Correspondance Multiple (ACM) et une Analyse en Composante Principale
ont été utilisées afin de synthétiser les informations qualitatives concernant les compétences
des firmes pour innover. Ces analyses ont été complétées par une analyse typologique pour
constituer 3 groupes (ou portefeuilles) homogènes sur le plan compétences pour innover.
Pour lier la compétence pour innover à la performance boursière, nous avons estimé le
modèle de marché « stochastique » pour chaque portefeuille et dégagé son excès de rentabilité
par rapport au marché, son risque systématique et son risque spécifique. Une analyse de
variance a été enfin conduite pour voir si la performance boursière diffère à travers les trois
portefeuilles de compétence constitués.
Les résultats obtenus confirment l’hypothèse testée, à savoir une valorisation des compétences
pour innover (surtout potentielles) par les investisseurs en Bourse. Ainsi, l’étude empirique
montre clairement que certaines compétences technologiques et organisationnelles exercent
une influence significative sur l’évaluation des titres financiers faite par les investisseurs.
Toutefois, les résultats ne s’interprètent qu’à la lumière de quelques remarques inhérentes à
toute analyse économétrique. Certaines limites, dont nous sommes conscients, sont liées au
type des données et des enquêtes.
20
Effet de l’innovation sur la performance boursière : une démarche par les compétences
Premièrement, le croisement de plusieurs enquêtes menées sur une même période (en
particulier sur les compétences et celle sur l’innovation pour la période 1994-1996) procure
certes l’avantage de coupler plusieurs informations et de disposer d’un large ensemble de
variables. Une telle démarche expose toutefois l’analyse à un risque de biais de sélection et
empêche l’utilisation des données pondérées représentant toute l’industrie française.
Remarquons que le biais de sélection dont il est question ici est lié plutôt à la nature de
l’enquête sur l’innovation (induisant une réduction de l’échantillon aux seules firmes
innovantes concernées par la totalité du questionnaire) qu’au croisement des enquêtes.
Deuxièmement, les données mobilisées, en coupes transversales, ne se prêtent pas à une
analyse longitudinale sur une période suffisamment longue permettant la prise en compte de
certains aspects endogènes tels que l’accumulation des compétences technologiques et
l’évolution des compétences organisationnelles. A cet égard, les données de brevets peuvent
s’avérer une issue intéressante, mais uniquement dans certaines industries où le brevet
constitue une mesure pertinente de l’activité d’innovation des entreprises.
Une autre remarque, d’ordre méthodologique, concerne l’utilisation des méthodes d’analyse
de données (en l’occurrence l’ACM) pour apprécier certaines compétences technologiques et
organisationnelles propres à l’entreprise. Cette démarche présente l’avantage d’éviter
l’utilisation des variables proxy souvent restrictives, sans échapper au risque de perte
d’information. Les axes retenus résument le maximum d’informations contenues dans les
items, mais laissent fuir une partie insaisissable de ces dernières.
Enfin et en dépit de ces limites, les résultats auxquels nous parvenons suscitent des réflexions
sur les propositions théoriques et ouvrent la voie à de nombreuses extensions.
Pricewaterhouse/Coopers vient de publier un nouvel ouvrage, « The Value Reporting
Revolution : Moving Beyond the earning Game », qui appelle à des changements significatifs
dans le monde de la communication financière.
Les cabinets d’audit doivent avoir une place essentielle dans cette révolution dans la
communication de l’entreprise. Ils devront aller au-delà des comptes audités et pénétrer le
marais des données non financières où ils devront identifier les indicateurs et les risques liés à
la création de la valeur, ainsi qu’à établir les critères qui permettront de les évaluer et de les
comparer. Cependant, la responsabilité incombe aux dirigeants d’entreprise et aux conseils
d’administration. Ceux-ci seront tenus de s’assurer que toute information utile sera
communiquée aussi vite que possible et à tout le monde simultanément, par le biais de
l’Internet et de tout autre moyen mis à leur disposition.
De plus, les entreprises devront développer de solides méthodologies afin de mesurer les
éléments clés qui créent de la valeur et les biens incorporels que le marché juge importants.
Elles devront présenter aussi toutes ces données de façon organisée et structurée afin que les
investisseurs et autres personnes concernées, professionnels ou particuliers, en obtiennent les
informations pertinentes dont ils ont besoin pour se faire une idée sur la performance des
entreprises.
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