Extrait 42345210
Extrait 42345210
III
Cet ouvrage fait par tie de
Étude et propriétés des métaux
(Réf. Internet ti551)
composé de :
Étude des métaux et des alliages : état métallique Réf. Internet : 42345
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IV
Cet ouvrage fait par tie de
Étude et propriétés des métaux
(Réf. Internet ti551)
Pierre BARBERIS
Ingénieur de recherche, AREVA NP, Centre de recherche, Ugine
Jean-Pierre BIRAT
Consultant et gérant - IF Steelman, Semécourt, France
Yves BRÉCHET
Professeur des Universités à l'Institut National Polytechnique de Grenoble et à
l'Institut Universitaire de France, Ancien élève de l'École Polytechnique
Yannick CHAMPION
Directeur de recherche CNRS, ICMPE (Institut de chimie et des matériaux de
Paris-Est)
Joël COURBON
Professeur à l'INSA de Lyon, Ancien élève de l'École Polytechnique
Bernard JOUFFREY
École Centrale Paris, Laboratoire MSS-Mat, UMR-CNRS 8579
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V
Les auteurs ayant contribué à cet ouvrage sont :
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VI
Étude des métaux et des alliages : état métallique
(Réf. Internet 42345)
SOMMAIRE
Réf. Internet page
Unités de mesure SI 23 9
Texture et anisotropie des matériaux polycristallins. Propriétés des matériaux texturés M3042 53
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VII
Dynamique moléculaire appliquée aux matériaux RE136 109
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Référence Internet
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Unités de mesure SI
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© Techniques de l’Ingénieur 23v2 − 1
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Référence Internet
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Une grandeur est l’attribut d’un phénomène, d’un corps ou d’une Exemple : le pascal est le nom spécial du newton par mètre carré.
substance, qui est susceptible d’être distingué qualitativement et
déterminé quantitativement. Ce terme grandeur peut se rapporter à
une grandeur dans un sens général, par exemple la longueur, le
temps, la masse, la résistance électrique, etc., ou à une grandeur 1.6 Système de grandeurs
particulière, par exemple la longueur d’une tige donnée, la résis-
tance électrique d’un échantillon donné de fil. Les grandeurs qui
peuvent être classées les unes par rapport aux autres en ordre crois-
sant (ou décroissant) sont appelées grandeurs de même nature. Un système de grandeurs est un ensemble de grandeurs (dans le
sens général) entre lesquelles il existe des relations définies. Il
L’unité de mesure est une grandeur particulière, définie et adop- s’applique à un domaine particulier, par exemple le système de
tée par convention, à laquelle on compare les autres grandeurs de grandeurs de la mécanique, ou à tous les domaines de la science et
même nature pour les exprimer quantitativement par rapport à cette de la technique.
grandeur.
Exemple : l’épaisseur, la circonférence et la longueur d’onde sont À un système de grandeurs donné, on fait habituellement corres-
des grandeurs de même nature ; leur unité SI de mesure (§ 4.2) est le pondre un système d’unités déterminé.
mètre.
La métrologie, qui est la science de la mesure, embrasse tous les Les grandeurs de base d’un système de grandeurs sont les gran-
aspects aussi bien théoriques que pratiques se rapportant aux deurs qui sont admises par convention comme étant fonctionnelle-
mesurages, quelle que soit l’incertitude de ceux-ci, dans quelque ment indépendantes les unes des autres.
domaine de la science et de la technologie que ce soit. Exemple : les grandeurs longueur, temps et masse sont générale-
Le mesurage est l’ensemble des opérations ayant pour but de ment prises comme grandeurs de base dans le domaine de la mécani-
déterminer la valeur d’une grandeur. que.
1.4 Symbole
L’écriture des symboles est régie par des règles précises (§ 4.4.3). Exemple : dans le système de grandeurs de la mécanique du
La principale correspond à l’écriture des symboles de grandeurs en paragraphe 1.7 où les dimensions des grandeurs de base longueur,
italique et des symboles d’unités en droit. masse et temps sont représentées respectivement par L, M et T, la
dimension de la force est LMT−2.
Un symbole de grandeur ou d’unité ne doit pas être confondu
avec une abréviation ou un sigle.
Les unités de grandeurs qui ont la même dimension dans un sys-
Exemple : UA est le symbole de l’unité astronomique ; A est le tème donné peuvent avoir le même nom et le même symbole,
symbole de l’ampère. même si ces grandeurs ne sont pas de même nature.
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23v2 − 2 © Techniques de l’Ingénieur
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1.16 Unité composée Le Bureau international des poids et mesures (BIPM) a été créé
par la Convention du mètre signée à Paris le 20 mai 1875 et il est
situé au Pavillon de Breteuil à Sèvres, France. Son entretien est
assuré à frais communs par les États membres de la Convention du
On appelle unité composée une unité dérivée qui n’a pas reçu de
mètre. En août 2005, 51 États étaient membres de cette Convention.
nom spécial.
Le BIPM a pour mission d’assurer l’unification mondiale des mesu-
Exemple : kilogramme-mètre par seconde. res physiques.
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Référence Internet
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Le BIPM fonctionne sous la surveillance exclusive du Comité Dans le domaine des unités de mesure, le comité technique ISO/
international des poids et mesures (CIPM) composé de scientifiques TC 12 Grandeurs, unités, symboles, facteurs de conversion et tables
appartenant à des États différents. de conversion a élaboré la norme ISO 31 qui comporte 14 parties et
Le CIPM est placé sous l’autorité de la Conférence générale des qui définit les grandeurs, unités et symboles par domaine techni-
poids et mesures (CGPM) formée des délégués de tous les États que.
membres de la Convention du mètre et qui se réunit actuellement Le comité technique ISO/TC 12 a également établi la norme
tous les 4 ans. Les responsabilités de la CGPM sont : ISO 1000 qui décrit le système international d’unités SI et donne les
— de prendre les mesures nécessaires pour assurer la propaga- règles d’emploi des multiples et sous-multiples.
tion et le perfectionnement du Système international d’unités (SI), 25 pays participent activement aux travaux de ce comité techni-
forme moderne du système métrique ; que dont le secrétariat est géré depuis 1982 par la Suède.
— de sanctionner les résultats des nouvelles déterminations
métrologiques fondamentales ;
— d’adopter les décisions importantes concernant l’organisation
et le développement du BIPM. 2.4 Commission électrotechnique
La 1reCGPM s’est réunie en 1889 ; la 22e
s’est tenue en 2003. Les internationale (IEC), IEC/CE 25
décisions de la CGPM font l’objet de résolutions [1] à [9].
Le CIPM a institué, depuis 1927, dix Comités consultatifs destinés La Commission électrotechnique internationale (IEC) a été fondée
à la renseigner sur des questions spécialisées et à lui proposer des en 1906. C’est l’autorité pour les normes mondiales en ingénierie
recommandations pour coordonner les travaux internationaux électrique et électronique. L’IEC est composée en 2005 de 52 pays
effectués dans leurs domaines respectifs. membres.
Le réseau des mesures dans le monde est constitué d’un tissu de Le comité d’étude 25 de l’IEC, IEC/TC 25, Grandeurs et unités et
plus en plus complexe d’accords et d’échanges officiels et non offi- leurs symboles littéraux, a pour objet de préparer les normes inter-
ciels. nationales sur les grandeurs et unités à utiliser en technologie élec-
La Convention du mètre, par l’intermédiaire de la Conférence trique. Pour ces grandeurs et unités, ces normes peuvent donner
générale des poids et mesures, du Comité international des poids et leurs définitions, noms, symboles littéraux et utilisation, les rela-
mesures et du BIPM, fournit la base formelle et physique des mesu- tions dans lesquelles elles apparaissent et les signes et symboles
res sur laquelle se fonde tout le reste de l’activité internationale en utilisés avec ces grandeurs et unités.
métrologie pratique. Publications : IEC 60027, Symboles littéraux à utiliser en électro-
technique, parties 1 à 4 et leurs amendements.
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23v2 − 4 © Techniques de l’Ingénieur
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© Techniques de l’Ingénieur, traité Analyse et Caractérisation PE 24 − 1
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Sym-
Dimensions Noms et Valeurs
Noms boles Noms et symboles Noms et symboles Valeurs en SI (3)
(2) symboles en SI
(1)
Longueur , L mètre (m) mille (4) 1 852
Longueur d’onde λ L mètre (m)
Nombre d’onde σ L–1 mètre à la puissance
–1
moins un (m )
are (a) (5) 102
Aire, superficie A L2 mètre carré (m2)
hectare (ha) 104
GÉOMÉTRIE
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Classification périodique
des éléments
onsidérant que les propriétés des éléments chimiques ne sont pas le fruit
C du hasard et qu’elles varient de façon périodique en fonction de la masse
atomique des éléments représentés, Dmitri Ivanovitch Mendeleïev (1834-1907)
décrivit entre 1869 et 1871 un tableau comportant huit colonnes, dans les-
quelles étaient rassemblés des éléments possédant des propriétés voisines
classés par ordre de masse atomique croissante de haut en bas et dix neuf
lignes dans lesquelles les éléments étaient répartis par masse atomique crois-
sante de gauche à droite. La disposition faisait que, dans une même colonne,
ne figuraient que des éléments de propriétés chimiques voisines.
Cette classification périodique est différente de celle utilisée aujourd’hui mais
similaire dans son principe : elle propose une classification systématique des élé-
ments chimiques étroitement liée à la périodicité de leurs propriétés chimiques.
Le tableau périodique a connu de nombreux réajustements depuis la fin du
XIXe siècle, il s’est enrichi d’éléments naturels inconnus à l’époque de
Mendeleïev – mais que Mendeleïev avait prévus en laissant des cases vides
dans son tableau –, d’éléments artificiels jusqu’à prendre la forme que nous lui
connaissons aujourd’hui. C’est un classement universel, qui s’est enrichi de
Parution : mai 2013
15
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données physiques et auquel peuvent être rapportés tous les types de comportements physique et chimique des élé-
ments. Actuellement, sa forme standard comporte 118 éléments, allant de 1H à 118Uuo.
Dans le tableau des éléments sont fournies diverses grandeurs physiques et chimiques, qui sont caractéristiques de
l’élément. Ces grandeurs sont des valeurs de référence, c’est-à-dire qu’elles ont été normalisées par différentes organi-
sations, comme l’Union Internationale de Chimie Pure et Appliquée (UICPA), aussi désignée par son nom anglais
IUPAC, et le National Bureau of Standards (NBS) ou encore le Committee on Data for Science and Technology
(CODATA). Ces grandeurs sont détaillées dans la suite.
1. Atomes, éléments de traces) a un nombre de masse égal à 14. Ils sont respectivement
notés 136 C et 146 C .
et isotopes Parmi les 118 éléments observés, 90 éléments se rencontrent dans
le milieu naturel, ce sont tous les éléments de numéro atomique infé-
Un atome est la plus petite partie constitutive des composés chimi-
rieur ou égal à 92, hormis le technétium 43Tc et le prométhium 61Pm.
ques, pouvant se combiner chimiquement avec d’autres. Cette notion
Sur ces 90 éléments, seuls 80 ont au moins un isotope stable (non
d’atome, connue depuis l’Antiquité, est la base des sciences de la
radioactif), ce sont tous les éléments de numéro atomique inférieur
matière modernes et principalement de la chimie. Bien qu’en chimie,
l’atome soit considéré comme l’entité insécable de base, dans ou égal à 82, c’est-à-dire jusqu’au plomb 82Pb, hormis le technétium
43Tc et le prométhium 61Pm. Parmi ceux-ci, seuls 14 n’ont qu’un seul
d’autres domaines, il n’est plus toujours considéré comme tel, depuis
les expériences de physique nucléaire ayant mis en évidence sa struc- isotope stable (par exemple le fluor, constitué exclusivement de l’iso-
ture au début du XXe siècle. Un atome est constitué d’un noyau tope 19F), les 66 autres en ont au moins deux (par exemple le carbone
concentrant plus de 99,9 % de sa masse, autour duquel se distribuent
est composé à hauteur de 98,90 % de 126 C et 1,10 % de 136 C ). Il existe
des électrons pour former un nuage 40 000 fois plus étendu que le
en tout 256 isotopes stables connus des 80 éléments non radioactifs
noyau lui-même. Le noyau est constitué de protons, chargés positive-
et une vingtaine d’isotopes faiblement radioactifs présents dans le
ment, et de neutrons, électriquement neutres. Les électrons sont en
milieu naturel (parfois avec une période radioactive tellement grande
interaction avec le noyau, tandis que les nucléons sont maintenus
qu’elle en devient non mesurable), certains éléments ayant à eux
ensemble au sein du noyau par l’interaction nucléaire forte. Le nuage
seuls plus d’une demi-douzaine d’isotopes stables (par exemple,
électronique est distribué sur des niveaux d’énergie quantifiés autour
du noyau définissant des couches et des sous-couches électroniques. l’étain 50Sn en a dix, d’occurrences naturelles fort variables).
Plusieurs atomes peuvent établir des liaisons chimiques entre Tous les isotopes d’un même élément occupent la même case
eux grâce à leurs électrons et, d’une manière générale, les proprié- du tableau périodique.
tés chimiques des atomes sont déterminées par leur configuration Alors qu’un élément chimique ne peut pas se transformer en un
électronique, laquelle découle du nombre de protons de leur autre élément par une réaction chimique, un élément chimique
noyau. Ce nombre est appelé numéro atomique, il est noté Z. peut se transformer en un autre élément par une réaction
On appelle élément chimique, ou simplement élément, un nucléaire appelée transmutation.
atome ou un ensemble d’atomes et les ions monoatomiques dont
les noyaux ont le même nombre de protons. Les atomes étant
électriquement neutres, ils comptent autant d’électrons, chargés
négativement, que de protons, chargés positivement, de sorte que
2. Grandeurs définissant
le numéro atomique représente également le nombre d’électrons
des atomes d’un élément donné. Ce nombre Z est appelé le
les atomes et les éléments
numéro atomique de l’élément. Les propriétés chimiques sont
déterminées par la configuration électronique de l’atome, elles 2.1 Nom et symbole
dépendent directement du numéro atomique.
Les symboles sont pour la plupart arrêtés depuis longtemps,
Au total, 118 éléments chimiques ont été observés à ce jour, de sauf pour les éléments instables découverts récemment, pour les-
numéro atomique allant de 1 à 118. Un élément chimique ne peut quels l’IUPAC propose une nomenclature systématique. Cette
pas se transformer en un autre élément par une réaction chimique, nomenclature est doublée d’une symbolique à 3 lettres (une capi-
comme formulé pour la première fois par Lavoisier en 1789. tale et deux minuscules). À chaque chiffre (de 0 à 9) des unités du
Deux atomes dont le noyau contient le même nombre de pro- numéro atomique est attribué une lettre (0 = N comme Nil, 1 = U
tons mais un nombre différent de neutrons sont dits isotopes de comme Un...). À l’élément 103 est ainsi attribué le symbole Unt et
l’élément chimique défini par le nombre de protons de ces atomes. le nom unniltrium et au dernier élément connu (Z = 118) est attri-
Un atome est couramment désigné par son symbole chimique, bué le nom d’ununoctium, son symbole est Uuo. Les éléments de
complété par son nombre de masse A (égal au nombre de Z = 104 à 112 ont, en plus du symbole à 3 lettres, reçu des noms et
nucléons de l’atome) placé en haut et à gauche du symbole. Par donc des symboles chimiques, en suivant une recommandation de
exemple, le carbone 12 de nombre de masse A = 12 est noté 12C. 2002 de l’UICPA, qui préconise de nommer les nouveaux éléments
en référence à « un concept mythologique, un lieu, un pays, une
Il est d’usage de compléter cette écriture par le numéro atomique propriété ou un scientifique ». On a ainsi le rutherfordium (Z = 104,
Z, placé en bas et à gauche du symbole. Le carbone 12 est ainsi noté symbole Rf), le dubnium (Z = 105, symbole Db), le seaborgium
12 C . L’élément carbone a deux autres isotopes, le plus abondant
6 (Z = 106, symbole Sg), le bohrium (Z = 107, symbole Bh), le has-
(1,10 %) a un nombre de masse égal à 13 et l’autre isotope (à l’état sium (Z = 108, symbole Hn), le meitnerium (Z = 109, symbole Mt),
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le darmstadtium (Z = 110, symbole Ds), le roentgenium (Z = 111, La masse atomique d’un type d’atome donné (c’est-à-dire d’un iso-
symbole Rg) et le copernicium (Z = 112, symbole Cn). tope précis) est définie par la masse d’une mole de tels atomes (la
Les éléments 114 et 116 viennent de recevoir un nom officiel, ils mole étant définie par le nombre d’atomes contenus dans 12,000... g
sont respectivement appelés Flerovium (symbole Fl) et Livermo- de carbone 12, soit N ≈ 6,02214179 × 1023 atomes). D’un point de vue
rium (symbole Lv). Ces noms viennent d’être formellement recon- pratique, on n’utilise quasiment jamais des isotopes purs lors de
nus, conjointement par l’IUPAC et l’IUPAP ; ils respectent la tradition réactions chimiques. On utilise les éléments chimiques en général.
en honorant le laboratoire Flerov (qui fait partie de l’institut de On définit donc la masse atomique d’un élément, c’est-à-dire celle du
recherches nucléaires de Dubna en Russie) où des éléments super- mélange isotopique constaté sur Terre. La masse atomique d’un élé-
lourds sont synthétisés. Georgiy N. Flerov (1913 – 1990) était un ment est égale à la somme du produit de la masse atomique des dif-
physicien de renom ayant contribué, entre autres, à la découverte férents isotopes, par leur abondance naturelle.
de la fission spontanée de l’uranium en 1940, et ayant plus générale- La masse atomique d’un élément chimique est ainsi la moyenne
ment travaillé en physique des ions lourds. Quant à l’élément 116, des masses atomiques de ses isotopes au prorata de leur présence
son nom honore le Lawrence Livermore National Laboratory (Cali- dans la nature. Ce choix offre un intérêt pratique évident : il per-
fornie), laboratoire dont les chercheurs ont œuvré dans de nom- met de calculer précisément les masses en jeu lorsqu’on considère
breux domaines de la physique nucléaire et ont plus des échantillons non purifiés de l’élément chimique, c’est-à-dire
particulièrement permis de fabriquer l’élément 116 en collaboration dans la situation expérimentale la plus courante.
avec le laboratoire de Dubna. Les recommandations sont publiées
Ainsi, la valeur du carbone n’est pas de 12 u comme l’on pour-
dans [1]. Dans ces conditions les noms de ununquadium et unun-
rait s’y attendre, mais un peu plus à cause de la présence du car-
hexium deviennent désuets. Notons de plus que la recherche se
bone 13 (1,1 %) et des traces de carbone 14.
concentre aujourd'hui sur les éléments 119 et 120, mais aucun labo-
ratoire n’est encore parvenu à mettre en évidence de tels éléments. De ce qui précède, on comprend qu’on ne peut définir de masse ato-
mique que pour les éléments dont on connaît la composition isotopi-
Nota : L’IUPAP est l’Union Internationale de Physique Pure et Appliquée (International
Union of Pure and Applied Physics).
que naturelle : à défaut d’une telle composition isotopique, on retient le
nombre de masse de l’isotope connu ayant la période radioactive la
plus longue, ce qu’on indique généralement en représentant la masse
2.2 Numéro atomique atomique obtenue entre parenthèses ou entre crochets (c’est le cas, par
exemple, du francium ou du polonium). Cette masse atomique est celle
Le numéro atomique d’un élément, noté Z (en référence à l’alle- portée dans les cases de la classification périodique.
mand Ordnungszahl ), est égal au nombre de protons contenus
dans les noyaux des atomes de cet élément, mais aussi au nombre
d’électrons contenus par ces mêmes atomes. Les propriétés 2.5 Configuration électronique
chimiques d’un élément étant déterminées avant tout par sa
configuration électronique, on comprend que le numéro atomique L’ensemble des électrons d’un atome à plusieurs électrons
soit la caractéristique déterminante d’un élément chimique. s’organise en niveaux d’énergie, et cela de la même façon pour
Le numéro atomique définit entièrement un élément : connaître tous les atomes. Les électrons se répartissent, de façon indiscer-
le numéro atomique revient à connaître l’élément. Il est généra- nable, dans ces niveaux et seule leur organisation globale a un
lement omis avec les symboles chimiques, mais toujours présent sens. La configuration électronique d’un atome est la répartition
dans la classification périodique puisque c’est lui qui détermine des électrons sur les couches de différents niveaux d’énergie.
l’ordre de rangement des éléments. L’état d’un atome est défini par quatre nombres quantiques : n le
nombre quantique principal, ℓ le nombre quantique secondaire, m
le nombre quantique magnétique et s le nombre quantique de
2.3 Nombre de masse spin. Les cases quantiques (représentées par des carrés ou des
traits horizontaux) schématisent les orbitales qui contiennent les
Le nombre de masse d’un élément, noté A, est égal au nombre de électrons représentés par des flèches. Les niveaux énergétiques ne
nucléons (protons et neutrons) contenus dans les noyaux des atomes dépendent que des deux nombres quantiques n et ℓ .
de cet élément. Si tous les atomes d’un élément donné ont par défini-
tion le même nombre de protons, ils peuvent en revanche avoir des Chaque valeur de n définit une couche électronique, de sorte
nombres différents de neutrons, et donc des nombres de masse diffé- que tous les électrons possédant le même nombre n appartiennent
rents, ce qu’on appelle des isotopes. Le nombre de masse n’a généra- à la même couche. Les couches sont désignées par un symbole :
lement aucune incidence sur les propriétés chimiques des atomes,
car il n’affecte pas la configuration électronique ; un effet isotopique n = 1.......couche K
peut néanmoins être observé pour les atomes légers, c’est-à-dire le n = 2.......couche L
lithium 3Li, l’hélium 2He et surtout l’hydrogène 1H, car l’ajout ou le n = 3.......couche M
retrait d’un neutron dans le noyau de tels atomes entraîne une varia-
tion relative significative de la masse de l’atome, qui affecte la cinéti- n = 4.......couche N
que des réactions chimiques et l’intensité des liaisons chimiques. n = 5.......couche O
Pour les autres éléments, en revanche, le nombre de masse n’a prati- n = 6.......couche P
quement pas d’influence sur leurs propriétés chimiques.
n = 7.......couche Q
Le nombre de masse n’affectant pas les propriétés chimiques des
éléments, il est généralement omis avec les symboles chimiques, Chaque valeur de ℓ définit une sous-couche électronique. Des
sauf lorsqu’il s’agit de distinguer les isotopes d’un élément donné. électrons possédant à la fois la même valeur de n (appartenant
donc à la même couche) et la même valeur de ℓ appartiennent à
une même sous-couche. Les sous-couches sont également dési-
2.4 Masse atomique gnées par un symbole :
17
18
Référence Internet
M35
L’état métallique
Propriétés atomiques
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© Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques M 35 − 1
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M35
1. Structure atomique Une structure cristalline peut être décrite par une répétition
régulière dans tout l’espace de parallélépipèdes identiques : les
mailles. L’ensemble des sommets de ces parallélépipèdes, ou
Les cristaux métalliques naturels présentent des formes géomé- nœuds, définit une abstraction mathématique, le réseau cristallin.
triques relativement simples, limitées par des plans, et sont connus Chaque maille du réseau contient un groupe d’atomes (éventuelle-
depuis des siècles. On peut également en fabriquer en laboratoire, ment un atome unique) constituant le motif. Les arêtes de la maille
par exemple par croissance à partir d’un germe placé dans une solu-
tion solide sursaturée. Par diffraction de rayons X, neutrons ou élec- définissent trois vecteurs a , b et c , appelés vecteurs de transla-
trons, on montre que la structure microscopique de tels cristaux est tion fondamentaux du réseau, et trois axes Ox , Oy , Oz , appelés
celle de réseaux périodiques tridimensionnels d’atomes : on parle
alors de structure cristalline. Une des preuves les plus spectaculaires axes cristallins, et qui peuvent servir d’axes de coordonnées
de cette structure cristalline est constituée par les images de pointes (figure 2). Les longueurs a, b et c et les angles entre axes sont les
métalliques obtenues par les microscopes à émission (figure 1). paramètres cristallins. Deux nœuds quelconques du réseau sont
toujours reliés par un vecteur :
En réalité, les échantillons métalliques usuels ne ressemblent
pas à des cristaux mais, si leur surface est correctement préparée
T = n1 a + n2 b + n3 c
et examinée sous le microscope optique, on observe une structure
granulaire appelée microstructure. La diffraction de rayons X avec n 1 , n 2 et n 3 trois entiers.
montre que chacun de ces grains est un cristal de surface
irrégulière : l’échantillon est alors dit polycristallin. Dans le cas Une maille élémentaire du réseau cristallin peut également être
d’un métal pur, les grains ont des formes et des tailles voisines, définie comme le plus petit volume délimité par les plans média-
mais des orientations variées. Taille et forme de grains dépendent teurs des vecteurs joignant un nœud du réseau à tous les autres :
des traitements thermiques et mécaniques antérieurs. Les tailles c’est la cellule de Wigner-Seitz. Chacun des types de réseau ren-
typiques de grains métalliques varient du micron au millimètre. contré dans la nature est classé suivant ses éléments de symétrie
Lorsque les grains ont des orientations privilégiées, on dit que le et constitue un réseau de Bravais.
métal possède une texture et ses propriétés ne sont alors plus iso-
tropes.
Il existe 14 réseaux de Bravais :
Nota : les notions de cristallographie et de thermodynamique, sur lesquelles s’appuie ce
paragraphe, sont développées dans les articles spécialisés du traité Sciences fondamen- — cubique (simple, centré, à faces centrées) ;
tales. Le lecteur pourra aussi se reporter à l’article Métallographie par diffraction des rayons — hexagonal ;
X, des électrons et des neutrons [M 100] du présent traité. — trigonal ou rhomboédrique ;
— tétragonal ou quadratique (simple, centré) ;
— orthorhombique (4 systèmes) ;
1.1 Rappels de cristallographie — monoclinique (2 systèmes) ;
— triclinique.
1.1.1 Géométrie de la structure cristalline Tout plan passant par trois nœuds du réseau est appelé plan
réticulaire. Ce plan est déterminé si l’on connaît les coordonnées
Il est fait ici appel à la notion de cristal parfait, c’est-à-dire abs- (x1 , 0, 0), (0, y1 , 0) et (0, 0, z1) de ses intersections avec chacun des
traction faite des défauts cristallins qui seront étudiés dans le trois axes cristallins (figure 2). L’orientation d’un plan est en géné-
paragraphe 2. ral caractérisée par des indices de Miller h, k et , définis comme
les trois plus petits nombres entiers formant entre eux les mêmes
rapports que 1/x1 , 1/y1 et 1/z1 ; h, k et sont entiers positifs, néga-
tifs ou nuls ; un indice négatif – h se note h .
Exemple : dans le système cubique, les faces du cube sont
dénommées (100), (010) et (001).
Les indices d’une direction dans un cristal sont les plus petits
nombres entiers formant entre eux le même rapport que les
composantes d’un vecteur colinéaire à la direction considérée : par
exemple, la diagonale d’une maille cubique se note <111>. Dans le
cas particulier des cristaux cubiques, la direction < hk > est per-
pendiculaire à la famille de plans parallèles entre eux ( hk ) , et la
distance entre plans réticulaires ( hk ) les plus proches est :
d hk = a 冫 h 2 + k 2 + 2
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M 35 − 2 © Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques
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M35
a * e s t p e r p e n d i c u l a i r e a u p l a n f o r m é p a r b et c , e t
a * ⋅ a = 2π .
Figure 2 – Motif et mailles d’un réseau cristallin
La cellule de Wigner-Seitz du réseau réciproque est appelée pre-
mière zone de Brillouin. À titre d’exemple, le réseau réciproque
de diffraction consiste en un réseau de taches correspondant d’un réseau cristallin cubique à faces centrées est cubique centré
chacune à une famille de plans réticulaires ( hk ) . La position de et réciproquement.
ces taches sur le spectre de diffraction permet alors de déterminer La principale propriété du réseau réciproque est la suivante : un
les paramètres cristallins par l’intermédiaire de la célèbre relation diagramme de diffraction est une carte du réseau réciproque dans
de Bragg : laquelle chaque nœud ( h , k , ) correspond à une réflexion du dia-
n λ = 2 d hk sin θ gramme de diffraction, donc à une famille de plans réticulaires du
cristal.
avec n (nombre entier) ordre de diffraction,
2θ
angle entre le rayonnement incident et le rayonnement
diffusé vers une tache de diffraction particulière 1.2 Structure cristalline des métaux purs
(figure 3).
En outre, l’analyse des intensités intégrées des taches de diffrac-
tion permet de déduire le motif. La plupart des métaux présentent plusieurs structures cristallines
en fonction de la température : on parle de formes et de transfor-
Toutes les structures cristallines de métaux purs et un grand
mations allotropiques. Ces structures sont en général simples, par
nombre de structures d’alliages ont été déterminées par diffraction
exemple les structures cubique centrée (cc), cubique à faces centrées
de rayons X, d’électrons ou de neutrons. On notera seulement
(cfc) et hexagonale compacte (hc) qui sont représentées sur la
l’importance croissante de la diffraction de neutrons, malgré son
figure 4.
coût élevé et la nécessité d’échantillons de volume important. En
effet, cette technique est irremplaçable pour l’étude de la structure — Dans le système cubique centré, la maille cubique comporte
cristalline d’alliages contenant des éléments légers (C, N, O, par un atome au centre et un à chaque sommet, soit deux atomes en
exemple) ou deux éléments voisins du tableau périodique, indis- propre (les atomes à chaque sommet étant communs à huit mailles).
cernables aux rayons X (aluminium et magnésium, par exemple, La maille élémentaire, contenant un atome, est rhomboédrique. Un
ou fer et cobalt). plan tel que BED correspond aux indices de Miller (111) et BCHE
Nota : les techniques de diffraction sont décrites dans les articles spécialisés du traité à (110).
Analyse et caractérisation. — Dans le système cubique à faces centrées, la maille cubique
comporte un atome à chaque sommet et un au milieu de chaque
face, ce qui correspond à quatre atomes par maille. La maille élé-
1.1.3 Réseau réciproque mentaire est également rhomboédrique et contient un atome.
— Dans le système hexagonal compact, la maille élémentaire
La notion de réseau réciproque intervient constamment dans les contient deux atomes et est un prisme droit à base losange
problèmes de détermination de structures cristallines aussi bien (GBAFG ’B ’A ’F ’ sur la figure 4c ). Mais on considère plus souvent
que dans la description des propriétés électroniques des métaux le prisme droit à base hexagonale de volume triple du précédent.
(théorie des bandes, cf. article L’état métallique. Structure électro- Sa hauteur est c = a 8 冫 3 , a étant la longueur du côté de l’hexa-
nique et propriétés physiques [M 40]). gone de base. La maille hexagonale comporte un atome à chaque
Les vecteurs de base a * , b * et c * du réseau réciproque d’un sommet du prisme, un au centre de chaque base et en plus trois
réseau cristallin sont définis comme suit : atomes (M, N et P ) dans le plan situé à mi-distance des deux
bases, et qui se projettent (parallèlement aux génératrices du
b ∧ c c ∧ a a ∧ b prisme) aux centres des triangles équilatéraux tels que AGB. Dans
a * = 2π ----------------------------------- , b * = 2π ----------------------------------- , c * = 2π ----------------------------------- les systèmes hexagonaux, on utilise en général quatre indices de
a ⋅(b ∧ c ) a ⋅(b ∧ c ) a ⋅(b ∧ c ) Miller h, k, , m, pris respectivement par rapport à GB, GD, GF et
la hauteur GG ’ ; h, k et ne sont donc pas indépendants, mais
avec a ∧ b produit vectoriel de a et b , = – ( h + k ). Le plan de base est alors désigné par (0001) et un
a ⋅(b ∧ c ) produit mixte de a , b et c . plan tel que ABA ’B ’, dit plan prismatique de première espèce, est
noté ( 1100 ) .
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C, les plans A, B et C étant décalés les uns par rapport aux autres
(figure 5) : un empilement tel que ABABAB... constitue un cristal
hexagonal compact et un empilement tel que ABCABC... un cristal
cubique à faces centrées. Certains métaux de terres rares, tel le
gadolinium, sont décrits par un empilement plus complexe : ABA-
CABAC... Dans tous les cas, la fraction de volume total occupé par
les sphères est maximale et égale à 0,74.
Figure 4 – Mailles des réseaux cristallins courants Le rapport c /a pour l’empilement hexagonal compact de sphères
est 8 冫 3 = 1,633 ; par convention, nous continuerons à appeler
hexagonaux compacts des cristaux pour lesquels le rapport c /a est
■ Principaux métaux de structure simple
un peu différent de cette valeur théorique (titane : c /a = 1,59 ; zinc :
● Métaux cc : c /a = 1,85).
— alcalins (Li, Na, K, Rb, Cs) ; Dans ces deux systèmes (cfc et hc), chaque atome a 12 atomes
— métaux de transition de milieu de série (V, Nb, Ta, Cr, Mo, W, plus proches voisins ; on dit que la coordinence des atomes est 12.
Feα) ; Les deux systèmes diffèrent toutefois dans leur nombre de seconds
— formes allotropiques de haute température de beaucoup de voisins. On comprend que les énergies de cohésion des deux
métaux (Tiβ, Zrβ, Hfβ, Uγ, Feδ, Mnδ,...) ; systèmes soient très voisines : dans le sodium et le lithium on peut
— Ba. passer de la structure hc (stable à 77 K) à la structure cfc par écrouis-
● Métaux cfc : sage à froid.
— métaux nobles (Cu, Ag, Au) ; Par contre, la structure cubique centrée ne peut être considérée
— métaux de fin de série de transition (Ni, Rh, Pd, Ir, Pt) ; comme compacte : le remplissage de l’espace par les sphères
— Pb, Ca, Sr, Al, Feγ, Ce, Th. atomiques est de 68 %. La coordinence n’est que de 8. On peut
● Métaux hc : malgré tout considérer le cristal comme un empilement de plans
— quelques métaux divalents (Be, Mg, Cd, Zn) ; atomiques, mais non compacts : par exemple empilement ABABAB
— métaux de début de série de transition (Tiα, Zrα, Hfα, Sc, Y, La) ; de plans (110).
— Coα, Tc, Re, Ru, Os, Tlα ; De telles descriptions de structures cristallines en superposition
— Li et Na à basse température (77 K). de plans atomiques sont fondamentales pour la description des
phénomènes de plasticité.
■ Quelques métaux ont des structures moins simples
Remarque : la notion de rayon métallique doit être regardée avec quelques précautions :
Par exemple, le mercure, l’antimoine et le bismuth sont rhombo- en effet, l’atome ne peut être considéré comme une sphère incompressible. Cette notion
peut néanmoins être de quelque utilité pour aider à résoudre des structures cristallines
édriques, le gallium orthorhombique , l’indium quadratique à faces d’alliages, localiser des impuretés interstitielles, etc. Elle est a priori définie comme la moitié
centrées. La plupart des terres rares présentent une variante de la de la distance interatomique entre premiers voisins, mais a l’inconvénient d’être trouvée
structure hexagonale compacte. Certains métaux de transition (Mnα) plus faible si la coordinence est plus faible : par exemple le rayon métallique de Feα (cc) est
et d’actinides (U, Np, Pu) présentent des structures complexes à basse de 1,26 Å, alors que celui de Feγ (cfc) est de 1,29 Å.
température. En particulier, le plutonium présente six formes allo- En fait, dans les métaux, la liaison est assurée de manière collective par un gaz d’élec-
trons de conduction et la notion de rayon de la sphère métallique r0 défini par :
tropiques de la température ambiante à son point de fusion (640 oC),
certaines étant extrêmement compliquées : le Puα est monoclinique 3 volume du cristal
( 4 冫 3 )π r 0 = ----------------------------------------------------
à 16 atomes par maille. nombre d′atomes
paraît plus satisfaisante : r0 est pratiquement le même pour Feα et Feγ : 1,43 Å. Le rayon
Si l’on assimile les atomes à des sphères indéformables en métallique ne doit pas être confondu avec le rayon atomique (atome libre) ou avec les divers
contact les unes avec les autres dans le solide, on peut montrer rayons ioniques (le rayon d’un ion croît avec sa charge négative). Il varie de manière assez
que les structures cfc et hc correspondent à des empilements aussi complexe dans le tableau périodique : d’une part, il augmente quand on passe d’une période
à la suivante ; d’autre part, dans une période donnée, il a plutôt tendance à décroître quand
compacts que possible de telles sphères : en effet, chaque plan le nombre d’électrons de valence croît : il y a alors moins d’électrons de couches internes
(111) d’un cristal cfc ou chaque plan de base (0001) d’un cristal hc pour faire écran au potentiel positif du noyau.
peut être considéré comme une couche compacte d’atomes, On rappelle que 1 Å = 0,1 nm.
chaque atome sphérique étant en contact avec ses six voisins. Les
cristaux sont constitués d’empilements alternés de tels plans A, B,
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1.3 Les alliages. Considérations température, des phases qui ne sont pas des phases d’équilibre
(phases métastables) si le système ne peut évoluer pour des raisons
thermodynamiques cinétiques vers son état d’équilibre.
Dans l’industrie, où l’on utilise peu de métaux purs, les alliages Dans les conditions métallurgiques usuelles, la pression n’inter-
sont essentiels. Nous allons exposer quelques idées à leur sujet, en vient pas (pression atmosphérique). Pour les systèmes à deux
nous limitant aux alliages binaires, mais on les transposera facile- constituants, tel Cu-Zn, il reste donc deux paramètres : température
ment au cas d’alliages plus complexes. et composition.
Deux corps, A et B, peuvent être miscibles en toutes proportions Les conditions thermodynamiques de solubilité ou d’apparition
(solutions solides continues), sinon former des phases intermé- de démixtion dans un alliage A-B à une température donnée T sont
liées aux valeurs de l’enthalpie libre de dissolution ∆G corres-
diaires. À titre d’exemple, la figure 6 représente le diagramme de
pondant à l’équation chimique :
phases Cu-Zn. Les phases aux deux extrémités, α et η, s’appellent
solutions solides terminales : dans la phase α on a ajouté des atomes nA atomes de A + n B atomes de B → nA + n B atomes en solution
de zinc au cuivre pur, sans en modifier la structure cristalline. Les
autres phases de la figure 6 (β, γ, δ, ε) sont dites solutions solides On considère une solution totalement désordonnée A-B, A et B
intermédiaires. Lorsque la composition des phases intermédiaires étant soit deux liquides, soit deux métaux de même structure cris-
est bien définie ou ne varie que dans des limites très étroites, on talline, et on suppose que les énergies de liaison UAA , UBB et UAB
dit que A et B forment un composé intermétallique caractérisé en (qui sont négatives) sont limitées aux atomes proches voisins et indé-
général par une formule moléculaire Ax By , bien que son domaine pendantes de la composition. L’enthalpie libre de dissolution est
de stabilité puisse couvrir un certain intervalle de concentration. Les définie par :
solutions solides intermédiaires sont séparées entre elles, ou des ∆G = ∆H – T ∆S
solutions solides terminales, par des zones biphasées (cf. articles
Diagrammes d’équilibre : alliages binaires [M 70] et alliages ter- avec ∆H enthalpie (voisine de l’énergie interne de dissolution),
tiaires [M 76]). ∆S entropie de dissolution (∆S est positif et passe par un
Les phases observées dans les diagrammes d’équilibre, ainsi que maximum à nA = nB = 1/2).
leurs domaines de composition sont déterminés par un principe de L’expression de ∆H s’écrit :
base de la thermodynamique : pour un système chimique compre-
nant plusieurs constituants en des proportions déterminées, à une ∆H = nAB [UAB – 1/2 (UAA + UBB)]
température et une pression données, l’état d’équilibre est unique
avec nAB nombre de liaisons A-B.
et est celui pour lequel son enthalpie libre G est minimale. On peut
évidemment observer dans certaines conditions, surtout à basse
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L’état métallique
Propriétés électroniques et physiques
par Charles-Henri de NOVION
Ingénieur Civil des Mines, Docteur ès Sciences
Ingénieur à la Section d’Étude des Solides Irradiés
au Centre d’Études Nucléaires de Fontenay-aux-Roses (CEN-FAR )
et Daniel LESUEUR
Ingénieur des Arts et Manufactures, Docteur ès Sciences
Ingénieur à la Section d’Étude des Solides Irradiés au CEN-FAR
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1. Structure électronique distance du noyau dix fois plus élevée que celle du maximum de
l’état fondamental 1 s (figure 1). Quand on réunit des atomes pour
des métaux et alliages former un corps solide, les électrons des couches les plus internes
se comportent donc à peu près comme dans l’atome libre et les
formes de leurs orbitales ne sont guère changées. Par contre, les
1.1 Généralités sur la liaison cristalline électrons de valence, plus externes (tel 3 s1 pour le sodium), voient
leurs énergies et leurs trajectoires très modifiées par rapport à ce
L’ensemble des propriétés d’un métal, comme de tout corps solide, qu’elles sont dans l’atome libre. Suivant la nature des atomes mis
est essentiellement déterminé par la distribution des noyaux et des en présence, on observera plusieurs types de liaisons chimiques.
électrons de valence des atomes qui le constituent. Par exemple, la ■ Les atomes de gaz rares, ayant des couches complètes, s’ionisent
cohésion d’un solide est toujours due à l’attraction électrique entre très difficilement et conservent donc leur individualité et leur neu-
noyaux chargés positivement et électrons chargés négativement. tralité quand on les met en contact. Pourtant, à l’exception de
Les effets magnétiques sont beaucoup plus faibles ; les rôles des l’hélium, ils cristallisent à basse température. La faible énergie de
interactions de gravitation et des interactions nucléaires sont cohésion, de l’ordre de 0,1 eV/atome (ou 10 kJ/mole), provient de ce
négligeables. que, par suite du mouvement des électrons, les centres de gravité
Un solide est stable si son énergie est inférieure à la somme des des charges positives et négatives ne coïncident qu’en moyenne
énergies des atomes le constituant, quand ils sont infiniment dans le temps : chaque atome présente un dipôle instantané. L’inter-
éloignés les uns des autres. L’énergie de cohésion U d’un solide, posi- action entre les dipôles est dite liaison de Van der Waals.
tive, est définie à 0 K par :
■ Un atome monovalent s’ionise facilement (par exemple :
U = énergie totale des atomes libres – énergie du cristal Na → Na+ + e– en perdant son électron 3 s1). Au contraire, un atome
où manque un électron sur une couche (tel le fluor) a une affinité élec-
La distribution des noyaux dans un corps solide et leur tendance
tronique élevée et s’ionise spontanément en présence d’un électron
à former la plupart du temps un réseau cristallin ont été étudiées
(par exemple : F + e– → F–). Dans un mélange équiatomique de ces
dans l’article L’état métallique. Propriétés atomiques [M 35].
deux types d’atomes, des électrons sont transférés des atomes élec-
Comment se distribuent les électrons, et quel est leur rôle dans les
tropositifs sur les atomes électronégatifs. L’énergie d’interaction
propriétés physiques ? Cette distribution dépend en premier lieu de
globale du système d’ions ainsi formé est positive si les ions cristal-
la structure électronique des atomes individuels.
lisent (par exemple selon la structure NaCl), la cohésion du solide
étant due aux interactions électrostatiques entre ions. C’est la liaison
ionique, où les énergies de cohésion sont de l’ordre de 6 eV/atome.
1.1.1 Rappel sur la structure électronique
des atomes ■ Les éléments du milieu du tableau périodique (tels C, Si, Ge) ou
certains éléments électronégatifs (tel Cl) mettent en commun des
En première approximation, les électrons d’un atome libre sont électrons de sorte que la densité de charge électronique soit élevée
distribués en couches caractérisées par deux nombres n et appelés dans la région située entre les atomes. La liaison covalente ainsi
respectivement nombres quantiques principal et azimutal, et sont formée est directionnelle et d’énergie très élevée (environ
10 eV/atome). Le chlore solide est constitué de molécules Cl2 cova-
répartis sur des niveaux d’énergies quantifiées E n . n est un entier
lentes liées entre elles par des liaisons de Van der Waals. Au
positif ( 1 ) ; le nombre , entier compris entre 0 et n – 1, carac- contraire, dans les cristaux de carbone (diamant) ou de silicium, tous
térise la variation angulaire de densité du nuage électronique ; les les atomes sont liés entre eux par des liaisons covalentes.
états électroniques correspondant à = 0, 1, 2 et 3 sont dénommés
■ Les atomes électropositifs mis ensemble ont tendance à perdre
respectivement s, p, d et f. D’après le principe de Pauli, sur chaque
leurs électrons de valence qui sont mis en commun et se comportent
niveau d’énergie E n , l’atome peut comporter 2 ( 2 + 1 ) électrons comme un gaz. Cette liaison métallique est décrite dans les para-
au plus, caractérisés par le nombre quantique magnétique m graphes 1.2, 1.3 et 1.4. L’énergie de cohésion des métaux simples,
(pouvant prendre des valeurs entières entre – et + ), et le nombre pour lesquels l’approximation ci-dessus est valable, est de l’ordre de
quantique de spin s, égal à + 1/2 ou – 1/2. Pour chaque état élec- 1 à 2 eV/atome. Mais pour les métaux de transition (titane, fer, ...) les
tronique ( n ms ) la probabilité de présence de l’électron en un couches internes d participent également à la liaison en y ajoutant
des contributions de type covalent et Van der Waals : l’énergie de
2
point r est donnée par le carré de sa fonction d’onde, Ψ ( r ) , obte- cohésion est alors plus élevée, de l’ordre de 5 à 10 eV/atome.
nue par résolution de l’équation de Schrödinger. Une configuration ■ La plupart des composés comprenant plusieurs types d’atomes
électronique d’un atome libre décrit la distribution des électrons dans présentent des liaisons mélangeant certains des caractères
les différents états d’énergies quantifiées E n . La configuration ci-dessus. Les alliages métalliques ordonnés ont souvent un carac-
fondamentale correspond à l’état d’énergie minimale de l’atome, les tère covalent. Certains sulfures présentent tout à la fois des carac-
électrons occupant les niveaux E n de plus basses énergies en tères métalliques, covalents et ioniques. Nous ne ferons que
respectant le principe de Pauli. mentionner la liaison hydrogène.
Remarque : les différentes interactions attractives entre atomes permettent d’expliquer
Exemples de quelques configurations d’atomes libres : la formation de corps solides à basse température, et en particulier de métaux. Mais que se
passe-t-il lorsqu’on rapproche de plus en plus les atomes considérés ? L’énergie du système
— hydrogène 1 s1 (1 électron dans l’état n = 1, = 0 ) ; s’élève de nouveau par suite de la répulsion entre noyaux positifs et par suite du principe
— carbone 1 s 2 2 s 2 2 p 2 (couches 1 s et 2 s pleines, couche 2 p de Pauli qui interdit à deux électrons de même spin de se trouver au même endroit dans un
partiellement remplie) ; état quantique semblable. L’existence de cette énergie de répulsion à courte distance
explique qu’il y ait une distance interatomique pour laquelle l’énergie du solide est
— néon 1 s 2 2 s 2 2 p 6 (3 sous-couches exactement remplies) ; minimale (§ 1.4), et qui correspond à l’état stable effectivement observé.
— sodium 1 s 2 2 s 2 2 p 6 3 s1.
Dans ce qui suit, la structure électronique de la liaison métallique
est décrite selon deux principaux modèles (figure 2) : le modèle des
électrons libres (§ 1.2) et le modèle des bandes (§ 1.3), le second
1.1.2 Liaisons chimiques
constituant d’ailleurs une extension du premier.
Pour un atome donné, l’extension spatiale d’un état électronique
croît avec son énergie : par exemple dans l’ion potassium, le maxi-
mum de densité électronique de l’état excité 3 s se situe à une
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État métallique
Déformation plastique
par Georges SAADA
Ancien élève de l’École Polytechnique
Docteur es sciences, LEM CNRS ONERA, Chatillon, France
riaux. De ce fait, elle a été longtemps empirique et ce n’est que depuis quelques
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Contrainte σ
Cission (MPa)
σs
300
σt
250
20 K
200
78 K
150 III
300 K
Déformation ε
100 σs limite d’élasticité supérieure
II
σt limite d’élasticité inférieure
50 I
Figure 2 – Courbe de traction d’un acier doux
0
La stabilité de la déformation implique que le durcissement com-
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1,0 1,2 1,4 pense l’effet de la variation de section :
Glissement γ
Stade I : glissement facile θ−σ >0 (7)
Stade II : durcissement linéaire
Stade III : durcissement parabolique Il existe pratiquement toujours une valeur de la déformation
Les trois courbes correspondent à une même orientation cristalline pour laquelle l’écoulement cesse d’être stable. Cette perte de stabi-
lité se traduit par une localisation de la déformation dans une sec-
Le glissement et la cission représentent respectivement le cisaillement
tion de l’éprouvette. Celle ci se strictionne ;
et la contrainte résolue sur le plan et la direction de glissement (§ 2.4.2).
i- un comportement instable : pour une déformation à vitesse
imposée, le module tangent q est négatif dans certains intervalles
Figure 1 – Courbe de traction d’un monocristal cubique à faces de déformation. En fluage, l’instabilité se traduit par un accroisse-
centrées (Ni 99,98 %) ment de la vitesse de déformation. On observe une grande variété
de comportements instables, par exemple :
déformation plastique s’accompagne d’un adoucissement du le maclage est un mode de déformation (§ 2.5.1) qui corres-
solide, q est négatif. En fluage, le durcissement est révélé par la pond au développement extrêmement rapide de bandes
décroissance de la vitesse de déformation, après la mise en dans lesquelles le glissement se localise ; il se traduit par
charge ; des hachures répétées sur la courbe de traction ;
d- la limite d’élasticité est une contrainte d’écoulement : elle le crochet (figure 2) se produit surtout dans les alliages, parti-
varie de manière non linéaire avec la vitesse de déformation impo- culièrement dans les aciers ; à la limite d’élasticité, la
sée. De même, en fluage, la vitesse de déformation croı̂t avec la contrainte décroı̂t plus ou moins brutalement puis se stabilise
contrainte appliquée. La sensibilité à la vitesse de déformation S et le module tangent devient positif ; dans certains cas, le cro-
est définie par : chet est suivi d’un palier ;
S = ∂σ / ∂ln εɺt (5) le phénomène Portevin-Le Chatelier (PLC) se traduit par des
oscillations de la contrainte sur la courbe de traction ; ces
oscillations apparaissent dans des domaines de température
Dans un grand nombre de cas, εɺt varie comme s m, m = s /S est et de vitesse de déformation bien déterminés ; le PLC est
appelé coefficient de sensibilité à la vitesse de déformation ; observé dans certains alliages légers.
e- la déformation plastique crée des défauts de structure, défauts
ponctuels et dislocations ; Un module tangent q > 0, et une sensibilité à la vitesse de défor-
mation S > 0 sont les facteurs de stabilisation de la déformation
f- la déformation plastique est un mécanisme irréversible et forte- plastique. La perte de stabilité est un corollaire de la localisation
ment dissipatif : l’énergie emmagasinée dans un échantillon de la déformation plastique.
déformé plastiquement n’est qu’une petite fraction (0,05 à 0,1) de
l’énergie nécessaire à la déformation ;
g- sauf cas spécifiques que nous mentionnons plus loin, la défor- 1.3 Observations expérimentales
mation plastique s’effectue à volume pratiquement constant : elle
s’effectue par cisaillement ou (et) par diffusion de défauts ponc- La déformation plastique s’accompagne de l’apparition sur la
tuels. Comme nous le verrons paragraphe 2, c’est surtout le pre- surface de lignes, dites lignes de glissement, parfois regroupées
mier mécanisme qui opère ; en bandes de glissement, observées par métallographie des surfa-
h- de ce fait, la section d’une éprouvette déformée en traction ces d’échantillons déformés.
uniaxiale décroı̂t avec la déformation : il en résulte un accroisse- Ces lignes indiquent que la déformation plastique s’effectue par
ment, d’origine géométrique, de la contrainte appliquée à glissement plan, le plus souvent selon des plans denses et le long
l’échantillon :
de directions denses. L’ensemble (vecteur de glissement, plan de
dσ = σdεp (6) glissement) constitue un système de glissement. Ceux ci ont été
déterminés dans la plupart des structures cristallines.
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M45
Il y a encore aujourd’hui une grande difficulté à décrire correcte- mécanique suffisamment petite correspond au comportement élas-
ment, même d’une manière statistique, la déformation plastique. tique parfait, linéaire ou non, mais toujours réversible et non dissi-
On se contente le plus souvent de définir une déformation plas- patif (§ 2.2).
tique locale comme la déformation moyenne sur une hauteur
grande par rapport à la distance entre lignes de glissement. Dans un cristal parfait, les atomes constituent un réseau pério-
dique tridimensionnel et vibrent autour de leur position d’équilibre
Certaines lignes ne traversent pas toute la surface de l’échantil- du fait de l’agitation thermique. Chaque atome se déplace dans un
lon, montrant que le glissement plan n’intéresse qu’une partie du puits de potentiel, qui intègre son interaction avec les autres ato-
plan. La limite entre la partie du plan qui a glissé et celle qui n’a mes du réseau. Il est minimal pour la position d’équilibre, que
pas glissé est une ligne de dislocation. nous choisissons comme origine des coordonnées. Dans une
La technique des figures d’attaque permet de révéler le point approximation à une dimension, nous écrivons (figure 3) :
d’émergence des dislocations. Elle est limitée à l’observation de
densités de dislocation (longueur totale des lignes de dislocation
par unité de volume) inférieures à 108 m-2. Elle révèle que la den- (
V ( x , 0, 0) = V0 + ∂ 2V / ∂x 2 )0 (x 2 / 2) + (∂ 3V / ∂x 3 )0 (x 3 / 6) + … (8)
sité de dislocations augmente très rapidement avec la déformation,
dès que la contrainte dépasse la limite macroélastique, et met en
évidence la très forte hétérogénéité de la déformation. Cette description est un cas particulier de l’étude des phonons.
La microscopie électronique en transmission (MET) permet Dans l’approximation harmonique, valable pour de petits dépla-
d’observer l’évolution de la distribution des dislocations à l’inté- cements, le développement est arrêté au terme en x2. La propaga-
rieur de lames dont l’épaisseur varie d’une dizaine à quelques cen- tion d’une perturbation causée par un atome que l’on écarte de sa
taines de nanomètres. L’aire photographiée est de l’ordre du micro- position d’équilibre se traduit par la propagation d’ondes élasti-
mètre carré. Le volume de matière correspondant à un cliché est ques. Lorsque la fréquence de vibration est inférieure à 10 MHz, la
donc de l’ordre de 10-10 mm3, le nombre total de clichés publiés longueur d’onde est grande devant la distance interatomique, la
est inférieur à 107. Donc les observations obtenues dans le monde dispersion et la dissipation sont négligeables, les ondes planes se
entier, depuis qu’existe la MET, portent sur moins d’un mm3 de propagent avec une célérité c :
matière ; il convient donc d’être prudent quant à l’universalité des
conclusions que l’on peut en tirer. 1/ 2
c = (K c / ρv ) (9)
De surcroı̂t, la représentativité des observations n’est pas tou-
jours facile à établir car les effets de surface sur les écoulements
plastiques sont importants, et rien ne garantit la stabilité de la avec rv masse volumique du matériau élastique,
sous-structure lors de la préparation de la lame mince.
Kc module d’élasticité, proportionnel à la dérivée
D’une manière très générale, la sous-structure de dislocations seconde du potentiel pour le mode de vibra-
n’est ni homogène ni stable, la densité moyenne de dislocations
tion considéré, c’est-à-dire à la courbure du
présentes dans le cristal augmente rapidement avec la déforma-
potentiel.
tion, passant de 1010 à 1014 m-2. Typiquement, la distribution est
très hétérogène au début de la déformation plastique, et on assiste
à la formation de bandes de dipôles de dislocations. Puis, une À fréquence nulle, pour une petite déformation fixée du cristal,
sous-structure de plus en plus dense et homogène se développe, l’énergie libre est une fonction quadratique de la déformation ; les
lorsque plusieurs systèmes de glissement sont actifs. Cette sous- coefficients du développement (les modules élastiques) correspon-
structure se réarrange ensuite en cellules, la densité de dislocations dent à la courbure du potentiel au voisinage de la position d’équi-
étant plus élevée dans les parois qu’à l’intérieur des cellules. libre. Cette situation se rapporte à de petits déplacements réversi-
Les figures présentées au paragraphe 7 illustrent ces remarques. bles des atomes autour de leur position d’équilibre et à des
Des hétérogénéités plus fortes peuvent apparaı̂tre sous forme de propagations d’onde de basse fréquence. Elle est le cadre de l’élas-
canaux macroscopiques dans lesquels la densité de dislocations ticité linéaire.
est extrêmement faible. Cela se produit par exemple dans les ban-
des de cisaillement, ou en fatigue, ou encore lors du cisaillement
de précipités. V(x)
L’hétérogénéité de la déformation aboutit parfois à une localisa-
tion du glissement qui peut se traduire par un changement de
signe du module tangent, signifiant une instabilité de l’écoulement.
Par exemple, les macles résultent de la propagation d’un front
séparant le cristal originel d’un cristal en relation de macle.
La bande de Lüders correspond aussi à un front séparant un
domaine déformé plastiquement, d’un domaine non déformé.
Le PLC correspond à la germination successive de bandes dans les-
quelles la déformation est localisée.
2. Mécanismes
de déformation
O x
2.1 Élasticité du cristal parfait La courbe en tireté représente l’approximation harmonique.
V0 = 0
Un monocristal parfait est un empilement triplement périodique
d’atomes, vibrant autour de leur position d’équilibre du fait de
l’activation thermique. La réponse d’un tel système à une excitation Figure 3 – Représentation schématique d’un puits de potentiel
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M45
Dans cette approximation, contraintes et déformations sont liées Un solide de module d’Young E, soumis, à l’instant t = 0, à une
par la relation : contrainte de compression homogène s 0 selon Oz, de faible inten-
sité, que l’on maintient ensuite constante (figure 5a), présente une
σij = Cijkl εkl (10) déformation axiale homogène e0 (figure 5b). Nous avons
(figure 5c) :
(nous utilisons systématiquement la règle de sommation sur les
indices répétés). σ0 = E ε0 (11)
Les modules d’élasticité (on dit aussi modules élastiques) Cijkl
sont déterminés par la structure électronique et les symétries du Le cube se transforme alors en un parallélépipède. L’énergie du
réseau cristallin. cristal est abaissée lorsque les atomes de carbone sautent dans
Les termes d’ordre supérieur à 2 dans le développement (8) sont les sites X et Y. À l’équilibre, cela se traduit par un surcroı̂t de défor-
dits termes anharmoniques. Des approximations plus fines tenant mation selon Oz, que nous notons (e1 – e0). Toutefois, les sauts ato-
compte de ces termes mettent en évidence des couplages entre miques ne sont pas instantanés. La fréquence de saut vs d’un
ondes élastiques. atome est donnée très généralement par la relation :
Même parfaitement pur, un monocristal réel comporte des
v s = v D exp ( − ΔGs /kT ) (12)
défauts dont l’ensemble constitue la microstructure : défauts ponc-
tuels (lacunes et interstitiels) (§ 2.2), défauts plans (défauts d’empi-
lement) (§ 2.3), défauts linéaires (dislocations) (§ 2.4 et 2.5). avec DGs enthalpie libre d’activation de saut,
Le déplacement irréversible de ces défauts sous l’effet d’une
contrainte appliquée se traduit par une déformation irréversible k constante de Boltzmann,
avec dissipation d’énergie. Un polycristal est composé de grains T température absolue,
cristallins désorientés dont les modes de déformation sont diffé-
rents, accolés par des interfaces, dites joints de grains. vD ª 1013s-1 fréquence de Debye.
σ0 B C
c f
ε0 ε1 ε A D ε
Figure 4 – Site interstitiel dans un alliage fer-carbone Figure 5 – Comportement anélastique d’un cristal
35
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M48
Modélisation de la déformation
plastique des polycristaux
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1. Comportement plastique introduites (§ 1.2) ; une synthèse permet alors de décrire, en termes
mécaniques, la réponse d’un élément de volume cristallin à un char-
du monocristal gement donné (§ 2.2).
Au vu de la complexité de l’état disloqué d’un cristal (empile-
ments, cellules, enchevêtrements de dislocations...), l’analyse
De nombreux mécanismes physiques peuvent être responsables cinématique adoptée dans le cadre de la plasticité cristalline se
d’une déformation inélastique des métaux : diffusion de défauts contente d’une description grossière, fondée sur la notion de glisse-
ponctuels, création, mouvement et annihilation de dislocations, ment plastique cristallographique, qui recouvre de manière très
maclage, glissement aux joints de grains, transformations de globale la réalité microstructurale des distributions de disclocations
phase... La déformation inélastique correspondant à la plasticité et de leur évolution.
classique résulte, avant tout, des mécanismes athermiques asso- Nota : pour les études générales sur la plasticité des métaux et le comportement
ciés au mouvement irréversible des dislocations (par opposition au statique des dislocations et des distributions continues de dislocations, le lecteur se repor-
tera aux références [19] [1] [2].
mouvement réversible à l’origine de l’anélasticité ). À l’échelle du
monocristal ou d’un grain d’un polycristal, échelle très grande par
rapport aux longueurs caractéristiques que l’on peut attacher aux
dislocations, l’écoulement plastique résulte de mouvements collec- 1.1 Gradient de vitesse,
tifs de dislocations sur des plans de glissement cristallographique.
La multiplication des dislocations au cours de la déformation plas- taux de glissement
tique et les interactions qui s’établissent entre elles, régissent et mouvement de dislocations
l’écrouissage (tant « isotrope » que « cinématique »), lié aux
contraintes internes associées aux dislocations.
Considérons un cristal (monocristal ou grain d’un polycristal)
La démarche développée ici part d’une analyse cinématique intro-
possédant N systèmes de glissement facile définis chacun par la
duisant les variables décrivant le processus de plastification (§ 1.1)
normale unitaire n g au plan de glissement et la direction unitaire de
et se complète d’une approche thermodynamique définissant les
glissement m g. Les vecteurs m g sont colinéaires aux vecteurs de
forces motrices et critiques associées aux variables cinématiques
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Burgers b g = bmg , où b est le module du vecteur de Burgers des Cette décomposition fait apparaître les tenseurs symétriques et
dislocations susceptibles de glisser sur ces systèmes. Une ligne de antisymétriques :
dislocation plane glissant dans son plan peut être considérée g 1 g g g g
comme la frontière L g d’un élément de surface S g, de normale uni- R ij = --2- ( m i n j + m j n i )
taire n g, au travers de laquelle la discontinuité de déplacement des (11)
particules est uniforme et caractérisée par le vecteur de Burgers b g 1 g g g g
S ij = --2- ( m i n j – m j n i )
g
tel que b g · n g = 0.
Cette transformation peut être décrite par le tenseur βp défini en qui ne dépendent que de l’orientation du réseau cristallin ; les
tout point par : variables γ g décrivent l’état d’activité plastique des systèmes de
p g g g glissement g.
β ij ( r ) = b i m j δ ( S ) (1)
De même que la présence d’une dislocation s’accompagne d’une
où la distribution δ (S ) est reliée à la distribution ponctuelle de Dirac réponse élastique du milieu, définie par les champs de défor-
par la relation : mations et de rotations élastiques associées à la dislocation, auquel
s’ajoute éventuellement l’effet des contraintes appliquées, de même
δ (S) = 冕 δ ( r – r ′ )d S ′ (2) le champ βp (r ) ne peut, en général, pas subsister seul : il détruirait
S en tout point la continuité de la matière qui y réagit par une transfor-
mation élastique, suivie par le réseau. Le champ correspondant, de
Si de nombreuses dislocations de même vecteur de Burgers b g et
de surface de coupure de même vecteur normal n g sont présentes
e e 1 e e
taux β̇ ( r ) , se compose d’une partie symétrique ε̇ ij = --- ( β̇ ij + β̇ ji ) ,
dans un volume V, la valeur moyenne de βp s’y écrira : 2
qui représente le taux de déformation (élastique) du réseau, et d’une
1 e
p g g1
β ij = b m i n j ----
V
冕V
δ (S ) d V
g
(3)
e
2
e
partie antisymétrique ω̇ ij = --- ( β̇ ij – β˙ ji ) , taux de rotation élastique.
p
se décompose en un taux de déformation plastique ε̇ ij , donné 1.2 Analyse thermodynamique.
par : Forces motrices et forces critiques
N
1 p p g
∑ γ˙
p g
ε̇ ij = --2- ( β̇ ij + β̇ ji ) = R ij (9) L’analyse thermodynamique classique définit la dissipation volu-
g=1
mique D comme la différence entre la puissance volumique des
avec R ij tenseur d’orientation efforts extérieurs P = σeij ε̇ ij et le taux de densité volumique
et un taux de rotation plastique ω̇ ij , défini par :
p d’énergie libre ẇ = σ ij ε̇ ij où σij désigne la contrainte de Cauchy.
En tenant compte de (9) et (12), on aboutit à :
N
1 p p g
∑ γ˙
p g p g g g
∑γ˙ ∑τ
g
ω̇ ij = --2- ( β̇ ij – β̇ ji ) = S ij (10) D = σ ij ε̇ ij = σ ij R ij = γ˙ (13)
g=1
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et Claude ESLING
Professeur émérite de l’Université de Lorraine, France
les désorientations entre les grains, et aussi d’avoir accès à certains paramètres
caractéristiques des joints des grains.
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1.2.1 Diffraction de Kikuchi laquelle l’orientation du cristal peut être déterminée à partir de la
géométrie d’un diagramme. La convergence du faisceau primaire
En 1928, Seishi Kikuchi a rapporté la première observation d’un n’a que peu d’importance, mais le volume cristallin sondé doit
type unique de diagramme de diffraction en transmission à travers être presque parfait. En revanche, la position des réflexions de dif-
de feuilles minces de cristal de mica [4] et également en mode de fraction dans la SAD est fixée par rapport à la direction du faisceau
rétrodiffusion à partir de surfaces de clivage d’un cristal massif de primaire. Si l’on veut déterminer l’orientation du cristal à partir des
calcite [5]. Ces diagrammes ont ensuite été nommés diagrammes diagrammes SAD, une mesure de l’intensité est nécessaire.
de transmission ou de rétrodiffusion de Kikuchi (TKP : Transmis-
sion Kikuchi Pattern et BKP : Backscatter Kikuchi Pattern). Au 2dhkl sin ϑhkl = n λ loi de Bragg (1)
cours des décennies suivantes, les physiciens ont concentré leurs
travaux expérimentaux de préférence sur la TKD, pour des raisons
liées aux instruments. La BKD a peu attiré les chercheurs en science λ = h / p = h/ 2 m q U longueur d’onde de Broglie (2)
des matériaux, alors que la technique dite RHEED (Reflection High
Energy Electron Diffraction) à incidence presque rasante du fais- avec dhkl distance interréticulaire,
ceau primaire a trouvé quelques applications en physique des soli-
des. La technique de rétrodiffusion a été discutée en détail [6] [7]. n ordre de diffraction (nombre entier),
Venables et collaborateurs [8] [9] ont fixé une caméra vidéo au h constante de Planck,
MEB pour observer les diagrammes. Ils ont inventé le nouveau
terme EBSP (Electron BackScatter Patterns) pour BKP. p moment de l’objet quantique,
Depuis les vingt-cinq dernières années des systèmes entièrement m masse au repos de l’objet quantique (si néces-
automatisés ont été développés pour l’acquisition et l’indexation saire la masse au repos doit être corrigée de
des diagrammes de Kikuchi. Un MEB avec un balayage de l’échan- manière relativiste),
tillon contrôlé par ordinateur a été utilisé en 1993 [10]. Le balayage q charge élémentaire de l’objet quantique,
numérique du faisceau a été réalisé pour le MEB en 1997 [11] et
U tension d’accélération (en V).
pour le MET en 1998 [12].
De nombreuses abréviations et acronymes différents ont été utili- Une bonne approximation pour la longueur d’onde l des élec-
sés pour désigner les différentes techniques et diagrammes de dif- trons de faible à moyenne énergie est :
fraction de Kikuchi : diffraction de Kikuchi par transmission (TKD),
diffraction de Kikuchi par rétrodiffusion (BKD), diffraction de Kikuchi
6,6 ⋅ 10−34 J ⋅ s V
par rétrodiffusion des électrons (BEKD). Bien que la BKD définisse λ = h/ 2 m q U ≈ ≈ 15
, ⋅ nm (3)
plus précisément la technique et soit directement liée à la TKD, 2 ⋅ 9,1⋅ 10−31 kg ⋅ 1,6 ⋅ 10−19 C ⋅ U U
l’acronyme EBSD (Electron BackScatter Diffraction) est largement
accepté dans la littérature pour désigner les systèmes commerciaux À partir de U ª 80 kV, la correction relativiste doit être appliquée
comprenant à la fois le matériel et le logiciel. Les diagrammes de et la formule devient un peu plus compliquée. La correction n’est
canalisation des électrons (ECP) ont été précédemment appelés dia- pas nécessaire pour la microscopie à balayage (U < 30 kV), et pour
gramme de Coates ou diagramme de type Kikuchi. La cartographie la microscopie électronique à transmission uniquement pour les
automatisée de l’orientation des cristaux (ACOM : Automated Crys- mesures de précision.
tal Orientation Mapping) ou également sous le nom de la microsco-
& Pour indexer un diagramme de Kikuchi, et par conséquent déter-
pie d’orientation OM sont couramment utilisées pour désigner la
représentation intuitive de la microstructure en attribuant des cou- miner l’orientation du réseau cristallin et la phase du grain sous le
leurs spécifiques d’orientation aux grains et aux joints de grains faisceau, il suffit de connaı̂tre les positions et les largeurs de certai-
(figure 1). OIM (Orientation Imaging Microscopy) est une marque nes bandes du diagramme. Les caractéristiques géométriques d’un
déposée de l’un des vendeurs ; son utilisation à la place de l’EBSD diagramme, en particulier les positions, les lignes médianes, les lar-
dans les publications scientifiques est donc déconseillée. Après que geurs et les profils des bandes, sont extraites par reconnaissance
le MEB soit devenu courant dans les laboratoires, la diffraction de automatique de motifs. La localisation des lignes, dont certaines
Kikuchi au MEB a reçu une attention croissante de la part des spé- sont fractionnées, est difficile. La transformation de Hough (HT) [13]
cialistes des matériaux, si bien qu’aujourd’hui, l’EBSD est considé- est souvent utilisée pour l’évaluation d’images binaires. Cependant,
rée comme l’outil de choix pour l’analyse de l’orientation cristallo- les diagrammes de diffraction étant des images en niveaux de gris,
graphique à une échelle submicronique. la transformation de Hough a été modifiée. C’est un cas particulier
de la transformation générale de Radon (RT) [14]. La localisation de
lignes droites peut donc être réduite à la recherche de pics isolés, ce
1.2.2 Indexation des diagrammes de Kikuchi qui est numériquement beaucoup plus facile.
Les caractéristiques des diagrammes de Kikuchi sont des bandes & Généralement, les positions des 5 à 10 bandes les plus étroites et
disposées régulièrement sur un fond continu. Elles sont délimitées
les plus intenses d’un diagramme sont fournies à la routine d’inde-
par des lignes droites (figure 2). Strictement parlant, les bords des
xation. Lorsque plusieurs bandes d’un diagramme ont été locali-
bandes de Kikuchi sont des hyperboles formées par l’intersection du
sées, le processus d’indexation se réduit à une comparaison de la
cône de Kossel avec le plan du détecteur. Un diagramme peut être
géométrie du diagramme avec les positions des plans du réseau
interprété comme une projection gnomonique du réseau cristallin
dans la maille élémentaire. Le calcul est effectué dans des program-
sur un détecteur plan. Le point d’impact du faisceau primaire sur la
mes informatiques qui utilisent des tables de recherche des familles
surface de l’échantillon, ou plus précisément le volume d’interaction
de réseaux diffractants (tables de réflecteurs, angles interplanaires
dans le grain, est le centre de la projection. On peut donc imaginer et intensités diffractées) pour le système de réseau considéré. Avec
que les plans du réseau s’étendent jusqu’à couper l’écran aux lignes un matériau multiphasé, le programme tente d’indexer le dia-
médianes de leurs bandes de Kikuchi associées. Les « étoiles » aux gramme avec tous les réseaux cristallins supposés, et accepte
croisements des bandes correspondent aux axes de zones du cris- comme vraie la solution pour laquelle le diagramme calculé à
tal. La distribution de l’intensité dans le diagramme est simulée rebours (théorique) correspond le mieux au diagramme mesuré
très précisément par la théorie dynamique de la diffraction. (discrimination de phase). À partir des diagrammes indexés, les
La largeur d’une bande est égale à deux fois l’angle de Bragg Jhkl orientations des cristallites sont obtenues par calcul élémentaire
(équation (1)). La ligne médiane correspond à la trace du plan du des angles d’Euler liées à la maille élémentaire du grain ou des indi-
réseau de diffraction de Bragg et semble donc être strictement ces de Miller des directions de référence. L’orientation cristallogra-
fixée au réseau cristallin. C’est la base de la grande précision avec phique du grain est décrite soit en notation (hkl)[uvw], soit par
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111
Al6013
001 011
111
(hkl)
001 011
111
[uvw]
001 011
111
[uvw]
001 011
111
(hkl)
001 011
111
[uvw]
Al5038
001 011
10 μm (hkl) [uvw] PQ
Les deux zones affectées thermiquement et la zone de soudure ont presque la même texture (à l'exception
des statistiques des grains), alors que leurs microstructures sont très différentes.
Figure 1 – Figures de pôles inverses, cartes d’orientation des cristaux et carte de qualité du diagramme (PQ) d’un joint de soudure laser
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Un autre facteur important, influençant la formation de textures, Subdivision interne Cristallisation primaire
est la structure cristalline. Tous les procédés se produisant dans les
cristaux doivent respecter la symétrie cristalline. Par conséquent, la Structure cristalline
texture résultante doit également posséder cette symétrie. Les tex- Uniaxiale (fil, barre)
tures peuvent ainsi être classifiées dans un cadre tridimensionnel é
éd Biaxiale (tôle)
composé d’un procédé de formation, d’une structure cristalline et oc
pr Triaxiale (emboutissage profond)
d’une symétrie de procédé, comme le montre la figure 1 et 3. La du
symétrie cristalline signifie, du point de vue des textures, la classe rie Cisaillement
ét
cristalline, c’est-à-dire l’un des 32 groupes ponctuels de symétrie. m
Sy
De plus, beaucoup de paramètres additionnels de structure cristal-
line influencent le procédé de formation de texture et donc les tex- c.f.c. c.c. h.c. autres
tures résultantes. Chaque point, dans le cadre tridimensionnel de la
figure 1, représente en fait un domaine au sein duquel une subdi- À l’intérieur de chacun de ces types de base, des sous-classifications
vision permet de distinguer de nombreux types de texture qui dif- peuvent être faites selon des paramètres supplémentaires.
fèrent par la nature même du matériau, par exemple :
– les métaux (incluant les composants intermétalliques) ;
– les céramiques (incluant les matériaux géologiques) ; Figure 1 – Classification des types de textures selon les trois
– les matériaux organiques (incluant les polymères). paramètres principaux
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Laminage de tôle
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déformations plastiques élevées, la symétrie de la texture initiale Si le matériau subit plusieurs traitements thermiques, alors on
n’est alors pratiquement plus visible. D’un autre côté, dans les doit également considérer la transformation de phase a Æ g.
lignes de recuit continu, la symétrie axiale du four n’est pas sou- Chacun de ces paramètres peut modifier la texture selon l’équa-
vent respectée. tion (6). On doit également prendre en considération que certains
de ces procédés peuvent être répétés alternativement, par exemple
la déformation et la recristallisation.
1.2 Prévision des textures
Un processus modifiant la texture peut être linéaire ou non 1.3 Formation de texture
linéaire selon le type de texture. Cela signifie que si la texture ini- dans les produits semi-finis et finis
tiale est formée de deux composantes (ou plus), alors on pourra
avoir : L’influence des procédés de production sur la texture finale mon-
trée dans l’équation (6) s’applique à toutes les étapes de la produc-
M ⋅ (f1 + f2 ) = M ⋅ f1 + M ⋅ f2 linéaire (2) tion, depuis le matériau brut jusqu’au produit fini. Le procédé peut
souvent être divisé en deux segments :
– production de semi-fini (métaux en feuille, etc.) ;
M ⋅ (f1 + f2 ) ≠ M ⋅ f1 + M ⋅ f2 non linéaire (3) – production des pièces finies (pièces automobiles, etc.).
Le premier cas est réalisé (du moins avec une bonne approxima- & La texture des produits semi-finis joue souvent un rôle impor-
tion) dans la déformation plastique. On peut admettre le second tant dans les étapes de fabrication ultérieures. L’exemple le plus
cas pour la plupart des procédés de recristallisation. Dans le pre- frappant est l’anisotropie plastique des tôles pour emboutissage
mier cas, chaque orientation individuelle de cristallite g0 peut être profond, décrite par exemple par les valeurs des coefficients d’ani-
considérée comme une composante de texture. Il est alors suffisant sotropie r et Dr. Ce problème est particulièrement important dans
de savoir comment le procédé fonctionne pour chaque orientation l’industrie de l’acier et de l’aluminium produisant des tôles pour
cristalline individuelle g0. La partie essentielle de l’équation (1) est emboutissage profond. La figure 4 présente schématiquement la
alors la texture formée à partir de chaque orientation individuelle formation de texture à travers toute la ligne de production de feuil-
g0 : les d’aluminium. La texture finale est alors responsable des pro-
priétés d’emboutissage profond décrites en termes de coefficients
f fin (g , g0 ) = M ⋅ g0 (4) d’anisotropie de Lankford r et Dr dans les articles [M 3 180] [M 3 181].
En vue de contrôler ces propriétés, on peut utiliser une mesure de
et la texture finale totale est l’intégrale sur les textures partielles texture en ligne, comme illustré sur la figure 4 de l’article [M 3 040].
formées à partir de toutes les orientations de la texture initiale : & La texture du produit fini peut jouer un rôle dans les propriétés
d’usage de cette partie. Des exemples remarquables sont les tubes
f fin (g ) = ∫ [M ⋅ g0 ] ⋅ f init (g, g0 ) ⋅ dg0 (5)
de gainage pour le combustible nucléaire, les tôles magnétiques
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M3045
Technique ECAP
Aspects théoriques et applicatifs
Baya ALILI
Directeur de Recherche
Faculté de Physique, université des Sciences et de la Technologie Houari Boumediene,
Alger, Algérie
Djamel BRADAI
Directeur de Recherche
Faculté de Physique, université des Sciences et de la Technologie Houari Boumediene,
Alger, Algérie
Anne-Laure HELBERT
Maı̂tre de Conférences
Institut de Chimie Moléculaire et des Matériaux d’Orsay, UMR CNRS 8182,
Université Paris-Sud,
Université Paris-Saclay, France
et Thierry BAUDIN
Directeur de Recherche au CNRS
Institut de Chimie Moléculaire et des Matériaux d’Orsay, UMR CNRS 8182,
Université Paris-Sud,
Université Paris-Saclay, France
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σ y = σi + k yd n
50
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51
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M3045
3
État initial Ψ = 0º
Ψ = 15º
2,5 Ψ = 30º
Ψ = 45º
1 passe Ψ = 60º
Déformation à N = 1
2
1,5
1
4 passes Φ = 135º
0,5
0
40 60 80 100 120 140 160 180
8 passes
Φ (º)
16 passes
Il est à remarquer qu’à partir de l’équation (2), on retrouve
l’équation (1) lorsque l’angle externe Y est nul. Comme cela a été
proposé par Valiev et al. [1], ainsi que par Furuno et al. [25], la
représentation graphique de l’équation (2) pour un seul passage
Figure 2 – Photographies des échantillons de l’alliage Cu-1%Cr-0,1%Zr (N = 1) à travers la matrice est donnée sur la figure 4. Elle permet
avant déformation et après déformation par ECAP (d’après [22]) une compréhension visuelle simple de la dépendance de la défor-
mation équivalente en F et Y. Il est à noter que pour une valeur
fixe de F, la déformation est d’autant plus faible que Y est impor-
tant. Toutefois, pour des valeurs de F supérieures à 135 , la défor-
mation n’est plus sensible aux variations de Y. En termes de défor-
mation imposée, il pourrait être avantageux de réaliser l’ECAP avec
un angle interne de la matrice inférieur à 90 , mais des pressions
très élevées seraient alors requises pour déformer avec succès les
Φ Φ pièces [1].
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M3042
Cet article est la réédition actualisée de l’article [M 605] intitulé « Texture et anisotropie
des matériaux » paru en 1997, rédigé par Hans-Joachim Bunge et Claude Esling.
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M3042
1. Anisotropie macroscopique
L’article décrit de façon détaillée comment l’anisotropie macro- a la répartition non aléatoire des orientations cristallines
scopique apparaı̂t comme la moyenne des anisotropies microsco- peut conduire à une anisotropie macroscopique du matériau.
piques pondérées par le poids statistique des différentes orienta-
tions cristallines, c’est-à-dire pondérées par de la fonction de
densité des orientations de la texture. g1 g2 g3 g4 Cristallites
où les g ij sont les composantes de la matrice d’orientation du Figure 1 – Trois aspects différents de l’anisotropie cristalline dans
réseau cristallin local d’après l’équation (3) de [M 3 040]. les matériaux polycristallins
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M3042
[010]
M(λ ) µ µν
eλ C λ
[100]
e µλ = ∑ 2λ + 1
(9)
µ =1
a une propriété qui ne dépend que d’une direction peut être mesurée
dans un échantillon monocristallin prélevé dans la direction h.
R M(λ ) N (λ )
C λµν (ijkl ) ⋅ C λµν
C ijkl = ∑∑ ∑ 2λ + 1
(10)
λ = 0 µ =1 ν =1
R M( λ)
Les tenseurs Cijkl des constantes (ou rigidités) élastiques et Sijkl
E (h ) = ∑ ∑ eλµ K λµ (h ) (6)
λ = 0 µ =1
des compliances élastiques sont inverses l’un de l’autre et peuvent
être calculés l’un à partir de l’autre [4] [5]. Cependant, le calcul de la
moyenne du premier ordre donne un résultat différent selon qu’on
R M(λ ) N (λ ) l’applique à Sijkl ou à Cijkl (équation (5)). Ces moyennes du premier
Cijkl (g ) = ∑ ∑ ∑ Cλµν (ijkl ) ⋅Tλµν (g ) (7) ordre sont appelées moyennes de Voigt et de Reuss respective-
λ = 0 µ =1 ν =1 ment. Plus l’anisotropie élastique est grande, plus cette différence
augmente. La figure 3 présente les courbes calculées du module
où eλµ et C λµν (ijkl ) sont des constantes décrivant la propriété phy- d’Young dans le plan de laminage pour Al, Fe et un alliage CuZnAl
sique du monocristal, en l’occurrence, les propriétés élastiques. hautement anisotrope. Il apparaı̂t que la différence augmente avec
55
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M3042
l’anisotropie. Selon Hill, les moyennes suivantes de ces deux cas paramètres sur les propriétés élastiques macroscopiques effectives
limites peuvent être utilisées : du cuivre. Un modèle cluster utilisé en élasticité ne serait ni un
cas ‘Voigt’ (tous les grains du polycristal ont la même déformation)
1⎡ −1 ni un cas ‘Reuss’ (tous les grains ont la même contrainte). Si dans
C ijkl = C ijkl + ⎡⎣S ijkl ⎤⎦ ⎤⎥
2 ⎢⎣ ⎦ (12)
une application spécifique tous les clusters considérés par le
−1 ⎤
modèle reçoivent la même déformation élastique et si on dispose
1⎡
S ijkl = ⎢S ijkl + ⎡⎣C ijkl ⎤⎦ ⎥ d’un moyen pour calculer le tenseur de contrainte moyen (mais
2⎣ ⎦ exact) de chaque cluster, le théorème de Voigt s’appliquerait à cet
ensemble de clusters, donnant une valeur plus précise de la
Mais là encore, ces deux moyennes ne sont pas strictement iden- contrainte moyenne de l’ensemble des clusters que le modèle de
tiques. Le schéma de calcul de moyennes selon l’équation (12) peut Voigt. Pour des cas simples dans lesquels les tenseurs de
alors être itéré jusqu’à ce qu’il converge vers une moyenne unique. contrainte n’ont qu’une composante non nulle, celle-ci serait plus
De nombreuses autres techniques empiriques de calcul de moyen- petite que celle de l’approche Voigt et plus grande que l’approche
nes ont également été proposées. Reuss. Des raisonnements similaires s’appliquent au modèle de
Reuss.
1.2.2 Modèles autocohérents D’autres modèles, autocohérents ou de type cluster, ont égale-
La moyenne de Kröner [6] est obtenue en résolvant le problème ment été utilisés pour l’anisotropie plastique, en remplacement de
l’hypothèse de Taylor de premier ordre, à savoir l’homogénéité de
limite pour l’inclusion monocristalline dans un environnement
la déformation. Il est intéressant de noter que les interactions des
polycristallin, éventuellement anisotrope. Les propriétés de ce
grains sont particulièrement fortes dans les matériaux ferromagné-
milieu homogène équivalent sont les moyennes sur la texture des
tiques et ferroélectriques.
valeurs ainsi obtenues pour les orientations individuelles (modèle
autocohérent ou self consistent). Cette méthode est mieux fondée
que l’hypothèse de Hill, mais elle suppose néanmoins une struc- 1.3 Facteurs de texture et d’anisotropie
ture particulière de l’agrégat, telle que les corrélations des orienta-
tions selon leur position soient aléatoires. Si nous négligeons la forme de la dépendance directionnelle et
ne conservons que sa valeur absolue, alors l’anisotropie peut être
1.2.3 Modèles de type cluster caractérisée par le rapport entre les valeurs maximale et minimale
de la propriété physique considérée :
Des approximations d’ordre encore plus élevé sont obtenues en
utilisant la fonction d’agrégat complète (équation (1) de [M 3 040]) Emax
A −1 (13)
plutôt que les paramètres statistiques (modèles de type cluster) Emin
(figure 4).
L’anisotropie macroscopique d’un matériau peut alors être expri-
Le modèle de cluster peut être utilisé avec différentes formes de
mée par l’anisotropie microscopique et un facteur de texture T sous
grains, ainsi que pour toute distribution des orientations gi sur les
la forme :
positions xi au sein du cluster. Cela permet d’approximer une
grande variété de fonctions d’agrégat g(x) différentes (équation (1) (14)
Amacro = Amicro ⋅T 0 ≤T ≤ 1
de [M 3 040]). La figure 5 montre l’influence de certains de ces
56
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M4011
Joints de grains
Théorie et expérimentation
par Louisette PRIESTER
Docteur en sciences physiques – Professeur émérite
Université Paris XI Orsay
ICMPE/UMR 7182 CNRS Thiais
et Jany THIBAULT-PENISSON
Docteur en sciences physiques – Directeur de Recherches CNRS
IM2NP/UMR 6242 CNRS, Université Paul Cézanne Marseille
57
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M4011
1. Contexte 2 cm 2 mm 1 mm
58
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M4011
À partir de là, on peut décrire le réseau du bicristal qui, à l’instar – le plus souvent l’axe est incliné par rapport au plan du joint, ce
du réseau du cristal et de ses imperfections, permet d’approcher la dernier est dit « mixte » ;
structure et les défauts de structure du joint. Mais, un joint n’existe – l’orientation cristallographique du plan du joint dans chaque
qu’en présence d’un plan, il est nécessaire de prendre en compte la cristal permet de distinguer les « joints symétriques » {kkl}1 {kkl}2
position de ce plan dans la région intergranulaire pour décrire com- des « joints asymétriques » {kkl}1 π {kkl}2. Mais, cette distinction
plètement l’objet « joint de grains ». n’est valable qu’à une échelle relativement grossière, une transla-
Pour plus de détails sur cette description, le lecteur pourra tion rigide t d’un plan dans un cristal par rapport au plan de
consulter les références [1], [2] et [3]. mêmes indices dans l’autre cristal induit une rupture de symétrie à
l’échelle atomique en préservant un plan de joint identique dans les
deux cristaux.
2.1 Paramètres géométriques Par ailleurs, un plan rectiligne à l’échelle mésoscopique est sou-
vent composé de facettes aux échelles microscopique et nanosco-
Un joint de grains sépare deux cristaux reliés l’un à l’autre par pique (figure 3), [3].
une équation de la forme :
Toute terminologie appliquée aux joints de grains est donc
x2 = ( A / t ) G1 x1 (1) ambiguë si l’échelle à laquelle on l’applique n’est pas précisée.
& Pour les joints de grains dans les matériaux de symétrie non
cubique, la transformation A est généralement le produit d’une
rotation par une déformation. Un défaut d’empilement correspond
à une translation rigide seule.
Une terminologie particulière s’applique aux joints de grains c inclinaison (définie par n) d formation d'un bicristal
et position du plan joint par rejet des atomes
selon les orientations relatives de l’axe de la rotation [uvw] et du de chaque cristal d'un
plan du joint {hkl} : côté ou de l'autre du
joint de grains
– si l’axe de rotation est contenu dans le plan du joint, on obtient
un joint de flexion ;
– s’il est perpendiculaire à ce plan, c’est un joint de torsion ; Figure 2 – Différentes positions d’un cristal par rapport à l’autre
Position du plan d
Plan d’interface 2 Orientation du plan du joint n 1
d<n
59
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M4011
Plan de joint
(212)1//(767)2
CLS = T1 ∩ T2
Pour la maille en trait plein (UU’) : σ1 = 87, σ2 = 26 et la
déformation nécessaire pour parfaire la coïncidence ε = 0,014.
Pour la maille en pointillés (VV’) σ1 = 39, σ2 = 12, ε = 0,039
Ce réseau est caractérisé par un indice de coı̈ncidence S égal au On utilise le symbole « s » pour caractériser une coïncidence
rapport entre le volume de la maille de coı̈ncidence et le volume de bidimensionnelle et Σ pour une coïncidence tridimension-
la maille primitive du cristal. S est aussi l’inverse de la densité de nelle.
nœuds communs dans la maille de coı̈ncidence (figure 4). C’est
un entier, impair pour les matériaux cubiques, qui varie d’une
manière discontinue avec q. Figure 5 – Représentation de deux mailles multiples possibles
donnant lieu à deux relations de coı̈ncidence approchée dans le plan
du joint (0001) // (1011) dans l’alumlne rhomboédrique
Bien que la notion de coı̈ncidence soit purement géométrique
et ne recouvre aucune signification physique, les joints de
grains sont souvent, – par commodité – caractérisés en se réfé- multiples des cristaux. Cependant, une coı̈ncidence dite « appro-
rant à cette notion. chée » peut être définie, lorsqu’une maille multiple M1 du cristal
(1) est sensiblement superposée par rotation à une maille multiple
M2 du cristal (2). Une légère déformation est alors nécessaire pour
& Dans le cas de la symétrie cubique, une relation de coı̈ncidence parfaire la superposition. La transformation A (équation (1)) qui
tridimensionnelle exacte existe quelle que soit la rotation autour relie la maille (1) à la maille (2) consiste alors en une rotation R sui-
d’un axe d’indices rationnels. Dans ce cas, la transformation A de vie d’une déformation D et deux indices sont souvent requis pour
l’équation (1) est simplement une rotation R. définir la coı̈ncidence (figure 5) [4].
& En revanche, pour les matériaux de symétrie autre que cubique, Un joint réel peut être approximé à deux joints voisins d’indices
hexagonale ou rhomboédrique, par exemple, seules quelques rares de coı̈ncidence approchée différents, moyennant des déformations
rotations autour de l’axe de symétrie, sénaire ou ternaire, condui- différentes. Seule une analyse approfondie du joint permet de pré-
sent à des relations de coı̈ncidence exacte, valables quel que soit ciser la structure adoptée.
le rapport c/a entre les vecteurs unitaires. Pour tout autre axe de
rotation, des relations de coı̈ncidence dites « spécifiques » n’exis- 2.2.2 Réseau DSC
tent que pour des valeurs très précises du rapport c/a qu’aucun
matériau réel ne possède exactement. Il en résulte qu’aucun angle Le sigle DSC provient de la terminologie anglaise originale « Dis-
de rotation ne permet de superposer exactement deux mailles placement Shift Complete ». Plus récemment et plus explicitement,
60
Référence Internet
M4011
& Des tables donnant les descriptions équivalentes des joints coı̈n-
cidents (S ł 101) ont été établies pour le système cubique [5] et
pour les systèmes hexagonaux et rhomboédriques, en prenant en
compte différentes valeurs du rapport c/a ([6], [7]).
a S5 b S 13
Nota. Par la suite, pour des raisons de simplification, on appellera « désorientation »
Réseaux DSC (traits fins) associés à deux mailles de coïncidence. toute relation d’orientation équivalente entre deux cristaux.
Ces réseaux découpent les côtés des mailles de coïncidence en cinq et
treize, respectivement
b1 et b2 sont les vecteurs élémentaires du réseau DSC. 2.3.2 Joint de flexion/joint de torsion
Un troisième vecteur b3 est normal (ou sensiblement normal) au plan
de la figure. L’existence de descriptions équivalentes entraı̂ne une ambiguı̈té
pour caractériser le caractère de flexion, ou de torsion, d’un joint
de grains. Tout joint dans un matériau centro-symétrique peut être
Figure 6 – Réseaux DSC associés à deux mailles de coı̈ncidence décrit comme un joint de flexion symétrique de plan {hkl}, ou
comme un joint de torsion d’angle 180 autour de <HKL>, ou
encore comme un joint mixte autour d’un axe équivalent par symé-
on l’associe à « Displacement Symmetry Conserving ». En effet, trie à <HKL>.
une translation du réseau de coı̈ncidence égale à un vecteur du Toutes les descriptions sont aussi valables géométriquement. Si
réseau DSC laisse le réseau CSL inchangé. on ne connaı̂t pas le mode d’élaboration d’un joint de grains quel-
conque (c’est généralement le cas dans un poly-cristal), et en
Le réseau DSC est le réseau union des sous-groupes de trans- l’absence d’informations sur sa structure (voir § 3 et § 4), rien ne
lation des deux réseaux cristallins : DSC = T1 ∪ T2 . permet de préciser le caractère « flexion/torsion » de ce joint.
C’est donc le réseau de translation du bicristal qui définit les
vecteurs de Burgers des dislocations parfaites des joints de
grains [1]. 2.3.3 Plan du joint de grains
Observé en microscopie optique ou en balayage, le plan du joint
La figure 6 montre les vecteurs de base du réseau DSC dans le apparaı̂t souvent courbe. Cet aspect résulte des nombreuses facettes
plan de deux joints de torsion, S = 5 et S = 13. L’intensité des vec- qui généralement le composent, visibles aux échelles plus fines (cf.
teurs élémentaires du réseau DSC diminue lorsque l’indice de coı̈n- figure 3). Il est donc souvent impossible de caractériser un plan de
cidence augmente. Cependant, les vecteurs de Burgers des disloca- joint unique. On ne peut le faire que pour un plan moyen qui n’a
tions intergranulaires ne sont pas nécessairement élémentaires, ils aucun sens physique. En effet, c’est le plan du joint à l’échelle ato-
peuvent correspondre à des combinaisons linéaires des vecteurs mique qui détermine la structure fine et l’énergie d’un joint de grains.
de base.
Lorsque le joint est asymétrique, {hkl}1 π {hkl}2, son orientation
est précisée par l’angle j entre son plan et celui du joint symé-
2.3 Limites de la description géométrique trique de même désorientation.
61
62
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M4012
Brigitte DÉCAMPS
Docteur en Sciences Physiques – Directeur de Recherche CNRS
CSNSM/IN2P3
Université Paris-Sud XI, 91405 Orsay
et Louisette PRIESTER
Docteur en Sciences Physiques – Professeur émérite
Université Paris-Sud XI, 91405 Orsay
ICMPE/MCMC/CNRS, 94320 Thiais
e présent article est consacré au joint de grains réel : il fait suite à l’arti-
L cle [M 4 011] auquel le lecteur doit nécessairement se référer pour bien
comprendre les dénominations appliquées aux joints de grains ainsi que les
questions développées dans le présent contexte.
Dans un premier temps, le joint est soumis à des effets de température qui
peuvent changer sa structure d’équilibre, voire provoquer une fusion du joint à
une température inférieure à la température normale de fusion du matériau.
Puis, sont abordés les processus de transport vers le joint de grains des
défauts ponctuels, lacunes et atomes en insertion ou en substitution, éléments
d’alliages ou impuretés, leur densité étant généralement plus grande aux joints
de grains qu’en matrice. C’est le phénomène de ségrégation intergranulaire qui
63
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M4012
affecte non seulement la structure et l’énergie d’un joint de grains, mais aussi
ses défauts et leurs comportements. Les différences de chimie entre joints peu-
vent gommer totalement leurs différences géométriques.
Enfin, étroitement dépendante de la ségrégation, et difficile à différencier de
celle-ci à ses tout débuts, la précipitation préférentielle d’une seconde phase
aux joints de grains d’une phase initiale (ou phase-mère) joue également un
rôle important sur les propriétés d’emploi des matériaux.
Considérer les effets de la température et de la chimie sur les structures des
joints de grains nous rapproche du matériau réel. Cette démarche doit être
complétée par des considérations mécaniques [M 4 013] afin de comprendre,
voire de contrôler, le rôle des joints de grains dans les comportements de
l’ensemble polycristallin.
1. Joints de grains
en température
Un joint de grains, de structure différente des cristaux avoisi- S = 11A
nants, peut être considéré comme une phase à deux dimensions. [311]1
Il est donc approprié d’envisager des changements de phases (de
phase solide à phase solide, ou de phase solide à phase liquide)
propres à cette structure. De manière générale, les changements M–
de phases aux joints peuvent être de deux types [1] ; soit ils ne
mettent pas en cause la géométrie du joint, mais modifient sa T
structure de cœur, soit ils impliquent un changement de désorien-
tation et/ou de plan du joint. M+
T
1.1 Changement de phases solide/solide
aux joints de grains [233]1
64
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M4012
3
0,1 nm
2
–1
–2
–3
–3 –2 –1 0 1 2 3
x [a0]
a T = 1 000 K
–1
–2
–3
–3 –2 –1 0 1 2 3
a structure du joint b structure du joint après
après recuit à 850 °C recuit à 850 °C suivi d'un x [a0]
b T = 1 400 K
suivi d'une trempe refroidissement lent
Plan normal au plan (110) du joint de torsion G = 11 (G, indice
Figure 2 – Images en microscopie électronique en transmission de coïncidence planaire).
à haute résolution montrant le changement de structure du joint Les lignes horizontales indiquent la largeur structurale du joint.
S = 11 {332} dans le germanium [4] La densité d’atomes mobiles donne un aperçu de la largeur
de diffusion.
Comme c’est le cas pour les variations des paramètres géométri-
ques, des changements de la structure atomique d’un joint de Figure 3 – Position des atomes se déplaçant d’au moins une distance
grains résultent non seulement de l’effet de la température, mais entre sites voisins dans un joint de torsion du palladium, pendant
très souvent de la ségrégation de solutés dans des sites interstitiels un temps donné de simulation [10]
ou substitutionnels de leurs unités structurales (§ 2.3).
leurs interprétations ambiguës. Signalons l’observation de réseaux
de dislocations dans des joints portés à des températures très voi-
1.2 Fusion aux joints de grains sines de la température de fusion [2], qui vient contredire une inter-
prétation d’un désordre du joint par un élargissement et une inter-
L’existence d’un phénomène de pré-fusion, c’est-à-dire une trans- pénétration des cœurs des dislocations intrinsèques [6]. De
formation de la phase solide au joint de grains en phase liquide manière indirecte, des études du glissement intergranulaire [7] [8]
avant la température normale de fusion du matériau, reste objet et de la migration des joints [9] révèlent l’existence d’une tempéra-
de controverses. Les joints de flexion de courte période très ordon- ture de transition Tc séparant deux types de comportement du
nés ne semblent pas subir ce phénomène cependant, sous l’effet joint. En particulier, l’énergie d’activation du glissement intergranu-
de la température, des sauts atomiques peuvent se produire pou- laire pour T < Tc est comparable à celle de l’autodiffusion au joint
vant induire des changements de structure. Le questionnement de grains, alors qu’elle devient voisine de celle de la diffusion en
reste ouvert concernant les joints de grains généraux de forte déso- volume pour T > Tc [8]. Mais, dans les deux cas, on ne peut exclure
rientation qui présentent une structure moins dense. des effets d’impuretés qui, même en doses extrêmement faibles,
sont connues pour influer notoirement sur le glissement et la
& Tout d’abord, des simulations des propriétés thermodynamiques
migration.
mettant l’accent sur les grandeurs d’excès montrent que, pour plu-
sieurs joints de flexion symétriques, une discontinuité apparaı̂t & En l’absence de preuves expérimentales, la simulation en dyna-
dans l’évolution de l’enthalpie libre et dans celle du volume mique moléculaire apparaı̂t comme un outil de choix de l’évolution
d’excès avec la température, traduisant une transition du premier des structures intergranulaires avec la température. Une étude par
ordre à température inférieure à TF (température de fusion du simulation de plusieurs joints de grains dans le palladium montre
matériau). Le joint cristallin est remplacé par un joint fortement qu’il existe une transition des énergies de diffusion aux joints de
désordonné “semblable” à une couche liquide, qui préserve cepen- grains d’un régime basse température à un régime haute tempéra-
dant une bonne cohérence entre les cristaux avoisinants [5]. ture [10]. Au-dessus d’une température critique Tc, d’autant plus
Les études expérimentales des évolutions de la structure d’un élevée que le joint est de faible énergie, on constate une accéléra-
joint au voisinage du point de fusion du matériau sont délicates et tion notoire de la diffusion le long de l’interface (figure 3).
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M4012
x [a0]
–2
–4 –2 0 2 4
y [a0]
a T = 1 000 K
x [a0]
a la vue selon [001] montre b la vue selon [170] montre
toutes les trajectoires des la trajectoire d’un seul atome
2 atomes et révèle bien le caractère
quasiment liquide du joint au
niveau des unités structurales
La boîte de simulation contient 16 plans (001) avec 920 atomes.
0
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M4013
Brigitte DÉCAMPS
Docteur en sciences physiques – Directeur de Recherche
CNRS CSNSM/IN2P3
Université Paris-Sud XI, 91405 Orsay
et Louisette PRIESTER
Docteur en sciences physiques – Professeur émérite
Université Paris-Sud XI, 91405 Orsay
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M4013
e présent article est le deuxième consacré au joint de grains réel : il fait suite
L à l’article [M 4 011] auquel le lecteur doit nécessairement se référer pour
bien comprendre les dénominations appliquées aux joints de grains ainsi que
les questions développées dans le présent contexte. Il complète une première
approche des défauts chimiques, ponctuels et volumiques [M 4 012], pour se
consacrer aux défauts linéaires résultant des transferts de contraintes mécani-
ques entre joints de grains et cristaux, ou directement de l’effet de contraintes
extérieures.
Les interactions des dislocations de matrice avec un joint de grains portent le
joint dans un état hors équilibre. Ces interactions sont étudiées principalement
par microscopie électronique en transmission et par simulation ; les méthodes
spécifiques à l’étude des joints sont explicitées avec, à chaque fois, un exemple
d’application à un cas particulier d’interaction. Le retour d’un joint vers l’état
équilibré se fait via des processus de relaxation des contraintes intergranulai-
res, étudiés par microscopie électronique in situ et comparés aux processus
prédits par différents modèles.
Défauts ponctuels et défauts linéaires interagissent dans les joints comme
c’est le cas en matrice : les effets réciproques des interactions entre dislocations
extrinsèques et ségrégation sont abordés avec leurs conséquences sur le com-
portement du joint de grains.
Enfin, le but final en science des matériaux est de comprendre les répercus-
sions de ces phénomènes structuraux sur les propriétés des joints de grains et
de là les propriétés de l’ensemble du matériau. Cet aspect ne peut être présenté
avec toute sa complexité dans le cadre de cet article, seuls quelques repères
sont donnés ouvrant la voie à toute une série d’études qui restent à entrepren-
dre. La compréhension des liens entre mécanismes à l’échelle élémentaire et
comportement macroscopique du matériau en est toujours à ses
balbutiements.
Notons enfin que ces approches concernant le joint de grains ou interface
homophase peuvent être aisément étendues aux interfaces hétérophases
(entre deux phases ou deux matériaux différents).
Ces considérations des réactions des joints de grains à une sollicitation méca-
nique et des ensembles qu’ils forment dans les polycristaux peuvent ouvrir la
voie à une “ingénierie des joints de grains”.
68
Référence Internet
M4013
B
Une dislocation extrinsèque est le plus souvent associée à une
marche structurale dans le plan du joint et prend alors le nom de
int “déconnexion”. La marche résulte du déplacement des atomes de
part et d’autre du plan du joint. Si la dislocation intergranulaire est
100 nm parfaite, la structure du joint reste inchangée de part et d’autre de
la marche qui correspond simplement alors à une translation de
a en haut, des dislocations extrinsèques (à fort contraste) provoquent vecteur s de l’origine du réseau DSC. À des vecteurs de Burgers
un déplacement du réseau intrinsèque de dislocations primaires (d’où égaux et opposés, correspondent des marches de hauteur égale :
le décalage des lignes en pointillés) dans un joint de torsion [001]
de faible angle dans l'or ; en bas, une longue dislocation extrinsèque la combinaison de deux dislocations qui s’annihilent conduit alors
B coupe le réseau de dislocations secondaires dans un joint de flexion à la formation d’une marche “pure” de hauteur 2h. Cette dernière
proche de S =11 {311} dans le nickel peut aussi résulter de l’élaboration d’un bicristal par soudage ou
de considérations thermodynamiques (diminution de l’énergie de
Cn CI surface). Une marche pure dans le plan d’un joint de grains ne pré-
A
sente pas de caractère de contrainte.
B Le caractère “marche” d’une déconnexion doit être pris en
compte lorsqu’on aborde les aspects thermodynamique et ciné-
tique de l’accommodation des dislocations extrinsèques. À titre
A
d’exemple, la décomposition d’une dislocation intergranulaire
peut être favorisée, si on considère uniquement le gain d’énergie
A
élastique de la réaction, et ne pas se produire si les marches des
B produits susceptibles de se former entraı̂nent une augmentation
de l’énergie de surface. Ces marches constituent des freins au glis-
sement intergranulaire, mais peuvent être des sites favorables à
D B l’émission et l’absorption d’atomes lors de la migration du joint
de grains.
A
1.2 Formation et accommodation
A des dislocations extrinsèques
B L’entrée d’une dislocation dans un joint de grains, pour former
une dislocation extrinsèque, requiert une diminution de l’énergie
A totale impliquant l’énergie élastique et l’énergie de cœur des deux
défauts. Elle constitue donc un phénomène de relaxation pour le
b structure atomique du joint c une dislocation extrinsèque introduit système “joint/cristal”. Cependant, le joint lui-même est porté dans
de grains S = 11 {332} du nickel une rupture de périodicité dans la un état hors équilibre. Le cumul de plusieurs dislocations extrinsè-
constituée de deux unités D structure d'un joint de grains décrite ques conduit alors à une accumulation de contraintes dans le joint
du joint S = 3 {111} et de deux en termes de dislocations intrinsèques
unités E du joint S = 9 {221}. Le
qui bloque l’entrée de nouvelles dislocations (et donc la déforma-
primaires ( ) et secondaires ( ) ou
manque d'une unité D à deux tion du matériau) et qui entraı̂ne sa rupture si une relaxation des
en termes d'unités structurales A et B,
endroits (voir flèches) indique la dislocation D correspond ici à une contraintes ne peut intervenir.
la présence d'une dislocation unité B en plus
extrinsèque de vecteur de 1.2.1 Processus
Burgers égal à un vecteur du
réseau DSC du joint S = 11 La formation et l’accommodation d’une dislocation extrinsèque
dans un joint de grains impliquent les mêmes processus :
– combinaison de la dislocation de matrice avec une dislocation
Figure 1 – Dislocations extrinsèques observées en microscopie préexistante (intrinsèque ou extrinsèque) dans le joint ;
électronique en transmission conventionnelle, à haute résolution, – décomposition de la dislocation de matrice en produits dont les
puis décrites dans le modèle « unité structurale/dislocation vecteurs de Burgers sont ceux du réseau DSC. Le terme décompo-
intergranulaire » sition est utilisé de préférence à dissociation car, contrairement à ce
69
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M4013
A
bi bi bi a
1
3
2
4
b3 = bm + b2
be
bm
b 4 = b m + b1 + b2
b e = bm + b i
bc 10 nm
B
bg
a ligne AB en dents de scie dans b analyse des vecteurs de Burgers
un joint de grains de torsion des segments b3 et b4 de la
de faible angle contenant dislocation extrinsèque qui montre
un réseau (sous forme de grille) qu'ils résultent de la combinaison
de dislocations intrinsèques d'une dislocation de matrice avec
a combinaison de b décomposition c transmission de une ou deux dislocations intrinsèques
cette dislocation en produits glissiles la dislocation de de vecteurs b1 et b2
avec une dislocation bg et sessiles bc matrice d'un cristal
intrinsèque bi dans le joint à l'autre avec résidu
Figure 3 – Combinaison entre une dislocation extrinsèque
be dans le joint
et un réseau de dislocations intrinsèques dans un joint de torsion
de faible angle [1]
Figure 2 – Formation d’une dislocation extrinsèque par réaction d’une
dislocation de matrice de vecteur de Burgers bm avec un joint de grains
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M4016
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M4016
Techniques d'homogénéisation
103
Temps (s)
1 Modèles
monocristallins Modèles
polycristallins
10–3
Mécanique des
milieux continus
10–6
Dynamique
10–9 moléculaire
molécualire
mol
Dynamique
des dislocations
10–12
Figure A – Représen-
tation schématique des
10–11 10–9 10–7 10–5 10–3 10–1 possibilités de simuler
10–10 10–8 10–6 10–4 10–2 1 et d’observer le
Espace (m) comportement plastique
Les frontières tracées en traits continus représentent les limites de d’un volume de matière
validité des modèles. Les traits en pointillé montrent la position actuelle de taille donnée pendant
des limites imposées par la puissance des calculateurs (taille mémoire un temps physique
ou temps de calcul). (dans le cas de
simulations dynamiques)
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1. Simulations à l’échelle — la liaison ionique que l’on retrouve par exemple dans les
céramiques (MgO, Al2O3) ou dans les cristaux ionique (NaCl,
atomique CsCl) ;
— la liaison covalente qui se rencontre dans les polymères et le
diamant (liaison carbone-carbone) et également dans les semi-
Ce paragraphe décrit les notions fondamentales des modèles de conducteurs utilisés en microélectronique Si, Ge, GaAs ;
dynamique moléculaire utilisés pour traiter la plasticité des — la liaison métallique caractéristique des métaux (Cu, Al, Ag,
métaux. Le lecteur désireux d’en connaître davantage sur la Na, Fe, Mo, Ta, Ti...).
méthode peut consulter la référence [1] parue dans les Techniques
À ces trois liaisons fortes s’ajoutent deux liaisons plus faibles :
de l’Ingénieur.
— la liaison de Van der Walls à l’origine de la cohésion des cris-
taux de gaz rares (Ar, Ne, Xe, Kr) ;
1.1 Potentiels interatomiques — la liaison hydrogène responsable de la cohésion de la glace et
que l’on rencontre également entre chaînes de polymères.
Les propriétés physiques et mécaniques des matériaux décou- Modéliser la déformation plastique des cristaux à l’échelle de
lent directement de leur structure atomique et de la nature des l’atome nécessite de modéliser les énergies d’interaction agissant
liaisons entre atomes. On distingue cinq familles de liaisons entre les différents constituants du matériau sachant qu’il s’agit
interatomiques : presque toujours d’une combinaison des différentes liaisons. Ces
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Dans ce paragraphe, on distinguera dans un premier temps le 1.2 Le polycristal : les différents niveaux
cas de structures constituées de deux à quelques dizaines de
grains, avant d’aborder le problème du comportement mécanique
d’hétérogénéité
de l’élément de volume polycristallin (VER).
Le passage au polycristal massif nécessite une représentation tri-
dimensionnelle de la morphologie polycristalline. Une mosaïque de
Voronoï comme sur la figure 1a est une bonne approximation de
1.1 Calcul d’agrégats multicristallins grains issus de la solidification [60]. Une orientation cristalline est
attribuée de manière aléatoire à chaque cellule de Voronoï en
Le calcul de la réponse mécanique de bi et multicristaux est respectant toutefois une texture globale ou locale donnée. La repré-
possible en attribuant à chaque grain les lois de la plasticité cris- sentativité de l’élément de volume donné dépend du nombre de
talline décrites dans l’article [M 4 016] et en attribuant à chacun son grains pris en compte dans la modélisation, du contraste de pro-
orientation cristallographique précise. Des conditions de continuité priété entre les différentes familles de systèmes de glissement
du déplacement et du vecteur traction sont imposées aux joints de (cissions résolues critiques du basal, pyramidal... pour la structure
grain. Les joints de grain peuvent néanmoins être le siège d’un hexagonale), de la texture, du chargement et des conditions aux
comportement plus complexe qui sera abordé au paragraphe 1.5.4. limites appliquées à ce volume. En métallurgie physique, on estime
La différence d’orientation cristalline entre deux grains voisins qu’une section contenant une trentaine de grains est suffisante pour
conduit à d’importantes incompatibilités de déformation qui se tra- atteindre un comportement homogénéisé de polycristal [61]. Des
duisent par le développement d’un champ complexe hétérogène de calculs par éléments finis ont confirmé cette estimation dans le cas
déformation et de contrainte. Les techniques d’EBSD ( Electron de fils de cuivre en torsion [62]. Lorsque le nombre de grains dans
Back-Scatter Diffraction ) permettent d’obtenir une cartographie des la section du fil est faible, la déformation a tendance à se localiser
orientations initiales et en cours de déformation des multicristaux dans une section affaiblie par des orientations plus favorables au
étudiés. Le maillage par éléments finis des grains individuels est glissement.
délicat car on ne connaît que les joints de grain débouchant sur les
■ Selon la théorie de l’homogénéisation, trois types de conditions
faces de l’éprouvette. Si celle-ci ne contient qu’un à deux grains
aux limites privilégiées peuvent être appliquées au bord de l’élé-
dans l’épaisseur, la géométrie des grains peut être décrite de
ment de volume polycristallin V considéré, comme celui représenté
manière approximative sans avoir besoin de détruire l’échantillon.
figure 1a.
Le maillage de chaque grain doit comporter suffisamment d’élé-
ments tridimensionnels pour garantir que la solution obtenue est ● Conditions de déformation homogène au contour :
aussi proche que possible de la solution à convergence. Cela ui = Eij xj , ∀x ∈ ∂V (1)
conduit à nouveau à des tailles de problème non linéaire
élevées [54]. avec E champ de tenseur de déformation donné et uniforme,
Les méthodes expérimentales disponibles fournissent un grand ∂V contour du volume V,
nombre d’informations permettant de quantifier la qualité de la u déplacement du point matériel.
simulation numérique à l’aide des modèles continus de mono-
Il s’ensuit que la déformation moyenne au sein du volume solli-
cristal. L’EBSD fournit les champs de rotation de réseau cristallin,
cité est égale à E :
les méthodes de grilles ou de corrélation d’images livrent certaines
composantes du champ de déformation et la diffraction aux
rayons X permet d’accéder aux contraintes résiduelles locales si les
1
<⑀ > = -----
V
冕 ⑀ dV = E
V
(2)
grains sont assez gros. Dans [55], l’utilisation du rayonnement syn-
On définit alors la contrainte macroscopique par :
chrotron a permis de descendre à des échelles de mesure de défor-
mation élastique locale de l’ordre de 20 µm. Une technique
d’imagerie a été développée pour déterminer une cartographie
1
⌺ = -----
V
冕 dV
V
(3)
complète au sein d’un grain du champ de déformation élastique et
de rotation de réseau. ● Conditions de périodicité :
La confrontation calcul/expérience tant au niveau global qu’au ui = Eij xj + υi , ∀x ∈ V (4)
niveau local confirme le pouvoir prédictif du modèle de plasticité
continue dans le cas d’éprouvettes bi ou multicristallines, au moins où la perturbation est périodique. Les vecteurs traction de deux
lorsque la taille de grain ne descend pas au-dessous de quelques points homologues sur deux faces opposées du cube élémentaire
centaines de micromètres [54] [55] [56] [57] doivent être opposés pour garantir l’équilibre. Les relations (2) et (3)
sont valides dans ce cas aussi.
Ces résultats s’appliquent en particulier au cas des revêtements
multicristallins, dont la portée industrielle est beaucoup plus impor- ● Conditions de contrainte homogène au contour :
tante. Les revêtements de galvanisation au trempé des tôles d’acier,
σij ni = Σij nj , ∀x ∈ ∂V (5)
par exemple, sont constitués de grains plats d’une largeur pouvant
atteindre 50 0 µm dans le plan pour une épaisseur de couche avec ⌺ champ de tenseur de contrainte donné et uniforme,
d’environ 10 µm [58]. Le revêtement d’alliage de zinc est donc mono- n normale extérieure en tout point du contour.
cristallin dans l’épaisseur. Sa déformation est largement dictée par
celle du substrat lors de sollicitations mécaniques de traction ou Cette condition implique que la moyenne des contraintes sur V
d’emboutissage et se distingue significativement du comportement est égale à ⌺ [équation (3)]. On définit alors la déformation
du zinc polycristallin massif par l’activation d’un plus grand nombre macroscopique par la relation (2).
de systèmes de glissement (glissement basal, pyramidal et
prismatique [59]). Le calcul par éléments finis d’un ensemble de Ces conditions ne représentent certainement pas les conditions
grains d’un tel revêtement, dont les orientations individuelles sont au bord réelles auxquelles est soumis le volume considéré au sein
déterminées par EBSD, rend bien compte de ces observations expé- de l’éprouvette sollicitée. Elles permettent toutefois d’imposer une
rimentales. La modélisation permet en particulier de décrire correc- déformation ou contrainte moyenne à un élément de volume.
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a élément de volume constitué de 200 grains b intensité du glissement basal c intensité du glissement pyramidal ⌸2
(la couleur rouge correspond à (la couleur rouge correspond à
un glissement supérieur à 1 %) un glissement supérieur à 0,05 %)
Figure 1 – Calcul d’un agrégat polycristallin de zinc allié soumis à une traction moyenne de 0,5 %
choisies.
350
■ Trois niveaux d’analyse permettent d’exploiter ces calculs, révé-
lant les différents niveaux d’hétérogénéités au sein de l’élément de 300
volume polycristallin [63].
250
● Comportement moyen du polycristal
La courbe de traction moyenne d’un agrégat polycristallin de 200
200 grains (alliage INCO600, structure cfc) est donnée pour deux 150
types de conditions aux limites en déformation et contrainte impo-
sée sur la figure 2. La texture est isotrope. Le comportement de cha- 100
que point au sein de chaque grain est décrit par des lois de
comportement élastoplastique cristallin. On constate que les deux 50
réponses sont quasi identiques, ce qui indique que le volume 0
considéré est représentatif, du moins pour l’essai de traction 0 0,002 0,004 0,006 0,008 0,01 0,012 0,014 0,016
considéré. On montre en effet que les conditions en déformation Déformation axiale
(resp. contrainte) homogène au contour fournissent une borne
supérieure (resp. inférieure) des propriétés apparentes du volume modèle autocohérent
étudié [48]. Un nombre significativement plus grand de grains peut éléments finis : déformation homogène au contour
être nécessaire pour d’autres matériaux, textures et chargement. éléments finis : contraintes homogènes au contour
Cette courbe de traction macroscopique est comparée à la prédic-
tion d’un modèle simplifié d’homogénéisation parmi ceux qui
Les réponses obtenues pour deux types de conditions aux limites
seront évoqués au paragraphe 1.3. différentes sont comparées à celle d'un modèle simplifié
● Moyennes par grain d'homogénéisation
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ans les métaux, il existe des ondes particulières appelées ondes plasma,
D qui correspondent à une oscillation de la densité de charges. Ces ondes
possèdent une structure longitudinale, autrement dit le vecteur d’onde qui leur
est associé est parallèle au champ électrique. Elles ne peuvent donc pas être
générées optiquement, compte tenu de la structure transverse de l’onde électro-
magnétique lumineuse. Il est cependant possible de lever cette contrainte à
l’interface entre un métal et un diélectrique, pour peu qu’une onde évanescente
présentant une composante longitudinale soit générée à cette interface. Le
mode mixte lumière/oscillation plasma ainsi engendré constitue alors le
Parution : juillet 2014
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AF3565
possible que moyennant un accord des vitesses de phase des deux ondes. Cette
condition s’obtient lorsque les vecteurs d’onde sont identiques le long de l’inter-
face. Un moyen simple et efficace de générer une onde évanescente propice au
couplage avec le plasmon est de travailler en réflexion interne totale dans un
prisme dont une face est recouverte d’une couche nanométrique métallique.
Lorsque la lumière incidente est couplée avec l’onde plasmonique, il n’y a plus
de lumière réfléchie compte tenu du fait que l’énergie lumineuse transférée vers
le plasmon se dissipe dans le métal. Cette dissipation est liée à la partie imagi-
naire de la constante diélectrique du métal et se traduit par une certaine largeur
de résonance. Les ondes de plasmons de surface étant très sensibles aux chan-
gements d’indice de réfraction du milieu diélectrique extérieur, elles sont
naturellement exploitées pour faire de la réfractométrie fine. Les principales
applications incluent la mesure de constantes diélectriques des métaux, la réali-
sation de capteurs (bio)chimiques, la spectroscopie...
Ce principe physique, dont les premières observations remontent à plus de
100 ans, a été abondamment étudié et documenté. De nombreux ouvrages
détaillent le principe de fonctionnement des ondes de plasmons de surface et
leur utilisation. Ce dossier a pour objectif de présenter au lecteur le principe
physique sous-jacent à la génération de plasmons de surface dans les fibres
optiques. Il s’attarde ensuite sur les principales configurations utilisées pour
l’excitation de plasmons de surface. Des exemples concrets de réalisation sont
finalement discutés.
1. Perspective historique était due à l’excitation des plasmons de surface [6]. La même
année, E. Kretschmann et H. Raether ont démontré l’excitation de
et définition des plasmons plasmons à la surface d’un prisme illuminé sous un angle critique
pour obtenir une réflexion interne totale [7]. Ces travaux pionniers
de surface ont établi une méthode simple et efficace d’excitation des plas-
mons de surface, permettant de les exploiter à différents
escients [8]. À la fin des années 1970, ils furent notamment
Dans cette première partie de l’article, après un bref aperçu employés pour la caractérisation de films minces [9] et l’étudede
historique, nous passons en revue les principales caractéristiques processus chimiques à l’interface métallique. Ils sont dorénavant
des plasmons de surface, que nous détaillerons ensuite dans les utilisés comme socles de base pour la réalisation de
autres sections. (bio)capteurs [10] ainsi que pour la spectroscopie [11].
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et la température.
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M55
La diffusion a été observée au départ sur des cas simples pour comprendre
les mécanismes au niveau du réseau cristallin et pour déterminer les paramètres
physiques qui la caractérisent (coefficients de diffusion, énergies d’activation,
facteurs de fréquence).
Aujourd’hui, les valeurs numériques propres à de nombreux systèmes (métal
pur, impuretés dans un métal pur, alliages binaires, alliages ternaires, etc.)
permettent de comprendre les applications possibles et existantes de ces
recherches dans des domaines tels que le frittage, les traitements de surface,
le soudage, la corrosion : connaissant les constantes de diffusion, on peut prévoir
déjà dans des cas simples (carburation des aciers par exemple) les temps et les
températures de traitement thermique.
Toutefois, en pratique, les paramètres mis en jeu sont souvent multiples : par
exemple, dans une opération de soudage, pour prévoir la diffusion, il faudrait
tenir compte à la fois du gradient de température, du champ électrique, des
affinités chimiques, des mouvements du métal liquide. Aussi, cet article a donc
pour but de séparer l’analyse des différents paramètres afin de mieux saisir
leur importance dans les phénomènes de transport.
Les phénomènes de diffusion à l’état solide correspondent à des 1.1.1.1 Première loi de Fick
sauts effectués par les atomes dans les défauts du cristal, sous Considérons un flux J˙ d’atomes passant à travers une surface
l’effet de l’agitation thermique (cf. articles L’état métallique [M 30] unité, dans une direction x perpendiculaire à cette surface. Si l’on
[M 35] [M 40] [M 45] dans le présent traité). désigne par ∂c /∂x la variation du nombre d’atomes (ou de la
Alors que les vitesses de migration des atomes dans les gaz ou concentration) correspondant à ce flux par unité de temps, à
dans les liquides sont pratiquement visibles à l’échelle macros- travers la surface considérée, on obtient :
copique, il est rare sur un métal de voir, à la température ambiante,
∂c
l’évolution de ses propriétés par suite d’un phénomène de diffusion. J˙ = – D ------- (1)
Ce n’est qu’à haute température, entre Tf/2 et Tf , Tf étant la tem- ∂x
pérature de fusion, que le transport des atomes prend de avec D constante appelée coefficient de diffusion.
l’importance à grande distance dans le réseau cristallin. La diffusion
est un phénomène important, qui est à la base de tous les traite- Le signe moins indique que, physiquement, le flux d’atomes va
ments thermiques industriels conditionnant les propriétés structu- en sens inverse du gradient ∂c /∂x.
rales des matériaux en service. Cette relation exprime donc, en régime permanent, l’évolution
C’est en 1855 que les bases théoriques des phénomènes de dif- d’un ensemble hétérogène d’atomes mal répartis dans l’espace vers
fusion ont été établies par Fick : elles expriment, au même titre qu’un un état d’équilibre plus stable (ensemble homogène). Le coefficient
flux de chaleur ou qu’une densité de courant électrique, un flux D a pour équation aux dimensions : L2 T –1. Il s’exprime, dans le sys-
d’atomes dans une direction donnée du cristal. On est amené ainsi tème MKS, en m2 · s–1 ; mais l’usage international conserve l’unité
à définir une grandeur physique importante, appelée le coefficient du système CGS : cm2 · s–1 (1 cm2 · s–1 = 10–4 m2 · s–1).
de diffusion. Ce coefficient intervient dans deux lois fondamentales, La relation (1) est tout à fait comparable à la loi de propagation
appelées lois de Fick (§ 1.1.1). de la chaleur (loi de Fourier) ou à l’expression de la densité de
Les progrès réels dans ce domaine, c’est-à-dire dans la détermi- courant en fonction d’un champ électrique (loi d’Ohm).
nation des coefficients de diffusion, ne remontent toutefois qu’à une Remarque : d’un point de vue physique, le coefficient de diffusion ne donne aucune idée
des atomes migrant à un instant t et à une abscisse x donnés. En revanche, le produit
époque assez proche (1950 environ), après la mise au point de tech- D · c (§ 1.4.5), de dimensions M L–1 T –1, représente bien une quantité d’atomes parcourant
niques nouvelles d’analyses, telles que les radioéléments artificiels une distance unité par unité de temps.
ou la microanalyse électronique, et plus récemment ESCA, Auger,
SIMS, SDL, etc. (cf. articles spécialisés dans les traités Électronique 1.1.1.2 Deuxième loi de Fick
ou Analyse et Caractérisation).
Elle exprime non plus un régime permanent de diffusion, mais
un régime transitoire où l’on suppose ∂c /∂t ≠ 0. La variation de la
concentration c en fonction du temps est alors définie par la
relation :
∂c ∂ ∂c
∂t ∂x ∂x
------- = ------- D -------
Sous sa forme la plus générale, la deuxième loi de Fick doit
s’écrire :
∂c
∂t
∂
∂c
∂x ∂y
∂
∂c
∂y ∂z
∂
∂c
------- = ------- D x ------- + ------- D y ------- + ------- D z -------
∂x ∂z
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M 55 − 2 © Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques
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M55
Si D est une constante quelle que soit la direction dans l’espace Il s’agit ici du domaine de températures où l’on observe, quand
(milieu isotrope), on peut écrire : il y a lieu, les phénomènes de précipitation intergranulaire (inter-
venant lors des traitements thermiques de revenu, cf. rubrique Trai-
2 2 2
tements thermiques, dans ce traité) ;
∂c
∂t ∂x
∂ c ∂ c ∂ c
------- = D ---------2- + ---------2- + ---------
∂y ∂ z2
- = D ⋅ ∆ c = D ⋅ ∇2 c
■ à haute température (0,7 T f à T f ), enfin, la diffusion dans le
Cette équation ne peut s’appliquer en toute rigueur qu’aux phé- volume des grains prend de plus en plus d’importance par
nomènes d’autodiffusion, c’est-à-dire aux mouvements d’atomes croissance exponentielle du nombre de défauts : c’est le véritable
dans le propre réseau cristallin de ces atomes. phénomène de diffusion en volume (Dv , D0v , Qv ) qui correspond
généralement aux traitements d’homogénéisation.
Dans les métaux cubiques, les coefficients Dx , Dy , Dz sont
égaux. Dans les autres systèmes cristallins, la diffusion est aniso- Ces trois domaines ne sont évidemment pas séparés les uns des
trope (Dx ≠ Dy ≠ Dz ). autres. À des températures intermédiaires, ils peuvent coexister
simultanément, ce qui est une source de difficultés pratiques pour
déterminer les coefficients de diffusion intrinsèques Ds , Dj , Dv .
1.1.1.3 Loi d’Arrhénius
Le coefficient de diffusion D est caractéristique d’une mobilité à
une température définie. Ce phénomène, lié à l’agitation des atomes,
se modifie donc avec la température dans le même sens que la 1.2 Mécanismes élémentaires
concentration en défauts et l’entropie du système. Il obéit par de la diffusion
conséquent, comme tous les phénomènes activés thermiquement,
à une relation exponentielle, du type équation de Boltzmann.
Appelée pour l’état solide relation d’Arrhénius, elle s’écrit sous la Plusieurs cas sont à considérer suivant la nature des éléments
forme : présents et le type de réseau cristallin.
D = D0 exp (– Q/RT )
■ 1er cas : si l’on regarde des atomes A mobiles dans leur propre
avec Q eV/mole ou, dans le système CGS, cal/mole énergie réseau, on parle dans ce cas d’autodiffusion et l’on étudie par
d’activation du phénomène, conséquent l’interaction directe des atomes A avec les défauts du
(1 eV ≈ 0,38 × 10–19cal ≈ 1,6 × 10–19 J), réseau. C’est le problème du métal pur, sans addition ni impureté.
R (5,192 × 1019 eV · K–1 · mol–1 = 8,314 J · K–1 · mol–1) ■ 2e cas : si l’on observe la mobilité d’une impureté B dans le
constante molaire des gaz, réseau de A, on parle alors d’hétérodiffusion à dilution infinie des
T (K) température absolue de diffusion, atomes B. Ces derniers interagissent avec les atomes A et avec les
lacunes de A. C’est le problème des solutions solides très diluées.
D0 facteur de fréquence : il a les mêmes dimensions que D,
et sa valeur est celle du coefficient de diffusion ■ 3e cas : si la diffusion concerne une solution solide concentrée (cf.
pour 1/ T = 0, c’est-à-dire pour une température infinie. articles Solidification [M 58] [M 59] [M 786] dans le présent traité), il
Le sens physique de l’énergie d’activation et du facteur de fré- est nécessaire de considérer à la fois les différents types d’atomes
quence est donné par l’étude proprement dite du mécanisme de la A, B, etc., et leurs interactions propres avec les lacunes de la solu-
diffusion (§ 1.2). tion solide. Ce cas devient donc rapidement complexe en raison du
Nota : la norme NF X 02-108 recommande de symboliser l’énergie d’activation par E, nombre de coefficients de diffusion élémentaires qu’il faut prendre
en J · mol–1 ou eV · mol–1. Elle n’est que partiellement appliquée dans les études de diffu- dans les calculs (DA , D B , etc.).
sion dans les métaux.
Par exemple, pour une solution solide binaire A – B, contenant
CA atomes A et CB atomes B, on est amené à définir un coefficient
1.1.2 Principaux modes de diffusion de diffusion mutuelle (ou coefficient d’interdiffusion ) D˜ AB , lié pour
certaines concentrations précises (§ 1.4.3) aux coefficients DA et D B
Nous avons considéré jusqu’ici la diffusion dans l’ensemble d’un
par la relation :
cristal comme le mouvement d’atomes échangeant leurs positions
avec les lacunes ou d’autres défauts du réseau. D̃ AB = C A D B + C B D A
Si l’on considère maintenant le cas d’un solide polycristallin
DA et D B étant les coefficients de diffusion intrinsèques de A et B,
dans l’ensemble de l’échelle totale des températures, plusieurs
pour la composition binaire particulière. Étant donné que l’on fait
phénomènes importants peuvent exister :
intervenir ici la concentration de chaque élément, on parle dans ce
■ à basse température, loin de Tf (par exemple + 200 oC pour le cas de diffusion chimique (cas des fortes concentrations), étudiée
nickel qui fond vers 1 450 oC, et – 200 oC pour le gallium dont la au paragraphe 1.4.
température de fusion se situe vers 30 oC), il ne peut exister de Les deux premiers cas sont étudiés en général à l’aide des
mouvement atomique que dans les zones les plus libres du cristal, radioéléments artificiels, le dernier au moyen de couples de diffu-
c’est-à-dire en surface où des liaisons sont coupées. On parle alors sion et par des analyses ponctuelles (§ 1.4).
de diffusion superficielle, et la relation d’Arrhénius s’écrit :
Au niveau des mécanismes élémentaires, il y a lieu, en plus, de
Qs tenir compte de l’encombrement des atomes les uns par rapport aux
D s = D 0 s exp – ---------
RT autres. En particulier, en hétérodiffusion, une impureté B dans une
matrice A peut occuper soit des sites interstitiels (§ 1.2.1), soit des
■ à température moyenne (0,3 à 0,5 Tf), un deuxième phénomène sites de substitution ; dans ce dernier cas, les mouvements
apparaît : il s’agit de la diffusion dans les zones les plus perturbées atomiques ne sont possibles que par l’intermédiaire des lacunes
du polycristal, c’est-à-dire les joints de grains (cf. articles L’état (§ 1.2.2).
métallique [M 30] [M 35] [M 40] [M 45]). Les atomes migrent alors
préférentiellement en échangeant leurs positions avec les défauts
du joint de grain. Il s’agit de la diffusion intergranulaire, à laquelle 1.2.1 Diffusion interstitielle
on peut rattacher une nouvelle loi d’Arrhénius :
Ce mécanisme intéresse des éléments de petits rayons ioniques,
Qj placés dans un réseau en position interstitielle. Ce n’est possible
D j = D 0 j exp – ---------
RT qu’avec les éléments ayant un rayon inférieur à 0,1 nm (1Å), comme
le carbone, l’azote ou l’hydrogène dans le fer. L’atome interstitiel
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migre ainsi d’une position interstitielle à une autre position intersti- C’est Zener qui, le premier, a imaginé ce mécanisme. Il faut
tielle sans nécessiter une trop grande déformation du réseau appel pour cela à la concentration en lacunes et, par suite, aux
cristallin. A priori, dans ce mécanisme, la présence de lacunes n’est termes thermodynamiques correspondants ; en désignant par :
pas indispensable, mais leur présence ne peut évidemment qu’aider • ∆ Sf l’entropie de formation des lacunes ;
la mobilité des atomes. Les coefficients de diffusion d’un élément
interstitiel seront donc toujours plus grands que ceux des atomes • ∆ S m l’entropie de mouvement des lacunes ;
de la matrice qui les contient (dans un rapport égal à 104 – 105).
• ∆ Hf l’enthalpie de formation des lacunes ;
Sous un angle thermodynamique, et en admettant en première
approximation que les lacunes n’interviennent pas, si l’on désigne • ∆ H m l’enthalpie de mouvement des lacunes ;
par : • k la constante de Boltzmann.
• ∆G enthalpie libre associée à la diffusion, on peut écrire [1] [2] que la probabilité de saut, p, d’un atome d’un
• ∆Smi l’entropie associée au mouvement des atomes intersti- site donné à un autre site se définit comme un processus
tiels, statistique sous la forme :
• ∆Hmi l’enthalpie associée au travail isotherme nécessaire
pour déplacer un atome interstitiel d’une position
d’équilibre à une autre,
∆ Sm
∆ Hm
p = ν exp ---------------- exp – ----------------
k kT
(2)
• a le paramètre cristallin de la matrice,
• k la constante de Boltzmann (k = 8,61 × 10–5 eV · K–1 avec ν fréquence de vibration de l’atome considéré autour de
= 1,38 × 10–23 J · K–1), sa position d’équilibre.
• ν la fréquence de vibration des atomes qui diffusent, De plus, la concentration en lacunes [ ] dans le réseau est
on montre que [1] : elle-même une exponentielle du même type [1] [2] :
∆G
D = a 2 ν exp – ---------
kT
∆S
= a2 ν exp --------------
k
mi
exp – ---------------
kT
∆H mi
∆ Sf
∆ Hf
[ ] = exp ------------- exp – -------------
k kT
(3)
Nota : la constante de Boltzmann k est liée à la constante molaire des gaz R (§ 1.1.1.3) Nota : l’indice f exprime ici le caractère associé à la formation du défaut et l’indice m,
par la relation : précédemment utilisé, toute grandeur physique associée au mouvement.
R = k · NA
C’est à partir des expressions (2) et (3) que la diffusion globale
avec NA (6,022 × 1023 mol–1) nombre d’Avogadro. d’une espèce donnée d’atomes sera caractérisée par le coefficient
Nous donnerons plus loin quelques exemples importants de de diffusion D et par la relation :
valeurs numériques pour la diffusion d’éléments interstitiels dans
les aciers (§ 6.2.2 et 7.2.7). Les pentes des droites expérimentales
D = f (1/T ), comme celles de la figure 30a, représentent le terme
∆ Sf + ∆ Sm
k
∆ Hf + ∆ Hm
D = a 2 ν exp ----------------------------------- exp – -----------------------------------
kT
∆ H mi / k ; les ordonnées à l’origine de ces mêmes droites
permettent de lire le coefficient D 0 = a 2 ν exp ( ∆ S mi / k ) et de avec a paramètre caractéristique de la maille cristalline élémen-
calculer, par suite, l’entropie de migration ∆Smi . taire supposée ici, pour simplifier, de symétrie cubique.
Cette relation sert de base aux calculs thermodynamiques de la
diffusion puisqu’elle caractérise, en termes d’énergie, le coefficient
1.2.2 Diffusion lacunaire D . L’expression a 2 ν exp ( ∆ S f + ∆ S m )/ k , indépendante de la
température et appelée facteur de fréquence, ne dépend que des
Ce mécanisme concerne tous les cas classiques de diffusion
d’atomes de substitution (autodiffusion ou hétérodiffusion). En termes entropiques ∆ S f et ∆ S m .
raison de l’encombrement pris par chaque atome, la diffusion ne L’énergie d’activation du phénomène de diffusion est la somme
peut avoir lieu que s’il existe une lacune au voisinage immédiat de ( ∆ Hf + ∆ Hm ) .
l’atome qui doit migrer (figure 1), et ce dernier doit posséder, en
plus, une énergie suffisante pour quitter sa position d’équilibre et Le développement de la théorie lacunaire a permis de vérifier les
sauter dans la lacune. valeurs expérimentales de Q et D0 (§ 1.1.1.3).
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1.2.4 Diffusion par le mécanisme d’anneaux 1.2.5 Étude du caractère aléatoire de la diffusion.
Définition du facteur de corrélation
L’un des plus vieux modèles imaginés pour la diffusion correspond
à l’échange direct entre atomes voisins du cristal. Dans les structures Dans le mécanisme lacunaire, il n’est pas possible d’envisager
compactes (cfc, hc), il est énergétiquement très peu probable par que les sauts atomiques soient totalement aléatoires : en effet, si
suite des distorsions énormes qu’il produirait au passage d’un site l’on considère un atome qui vient de s’échanger avec une lacune
atomique à l’autre (figure 2). voisine, pour effectuer un second saut dans la même direction, il
faut que cet atome soit à nouveau à côté d’une nouvelle lacune, en
Une variante de ce modèle a consisté à supposer (Zener 1950)
position de proche voisin. Or, la concentration en lacunes restant
que plusieurs atomes participent simultanément au mouvement
relativement faible (10–4 au voisinage de la température de fusion),
par rotation dans un plan (ring mechanism ) (figure 3).
il y a de fortes chances pour que le second saut de l’atome considéré
Ce mouvement coopératif d’atomes entraîne donc des possibilités se produise en sens inverse avec la lacune initiale. Dans ces
d’échange sans qu’il soit nécessaire de faire intervenir les lacunes. conditions, le saut inverse du premier est, parmi tous les sauts
Ce mécanisme, proposé pendant longtemps pour les métaux possibles, celui qui est le plus probable et l’on est alors ramené à
cubiques centrés, n’a jamais reçu de véritables preuves expérimen- la configuration initiale. Au total, tout s’est passé comme s’il n’y
tales. Il est actuellement abandonné au profit du mécanisme lacu- avait pas eu diffusion.
naire (§ 1.2.2 et 1.2.3) dont les supports théoriques et expérimentaux
On est donc conduit à définir pour chaque structure un paramètre
sont aujourd’hui bien établis.
nouveau justifiant l’efficacité des sauts, c’est-à-dire un mouvement
dû à l’effet de non-indépendance entre sauts successifs, en
considérant un facteur dit de corrélation : f. Ce facteur se définit en
considérant le coefficient D réel et le coefficient D relatif à un phé-
nomène qui serait totalement aléatoire :
Dréel = f · Daléatoire
Ce coefficient f peut être déterminé expérimentalement par effet
isotopique, c’est-à-dire en mesurant les vitesses de diffusion de
deux isotopes d’un même élément. Ses valeurs sont données dans
le tableau 1. Des simulations peuvent également être imaginées
par des calculs informatiques [4]. (0)
0,65
Figure 2 – Mouvement de deux atomes par échange direct, cc 0,72
et représentation de la barrière énergétique associée Lacunaire .......................................... cfc 0,78
à ce mouvement hc 0,78
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1.3.1.1.3 Théorie de Suzuoka dont il faudrait tenir compte [18]. En particulier, si l’élément
Celle-ci est assez proche de celle de Whipple, mais elle suppose considéré présente des propriétés éloignées de celles du métal
des conditions initiales légèrement différentes en ce qui concerne solvant, comme c’est le cas pour les non-métaux (le soufre dans le
le comportement du joint de grains à l’instant t = 0. Suzuoka [9] cuivre par exemple), la diffusion est modifiée par la ségrégation inter-
pense qu’il faut considérer le joint, sur les premières couches, granulaire (cf. articles Solidification [M 58] [M59] [M 786] dans ce
comme un puits d’atomes de telle sorte que c 0 ne reste pas constant. traité). La mesure de la concentration après une telle expérience fait
Bien que ce raisonnement soit plus rigoureux que celui de Whipple, donc intervenir non seulement le produit Dj · δ, mais également un
les deux solutions restent très voisines pour les couches profondes, terme nouveau α, appelé coefficient de ségrégation. Le calcul, déduit
loin de la surface. de l’expérience, donne donc une expression complexe :
Dj · δ · α
1.3.1.1.4 Comparaison des différents modèles théoriques
α caractérise le rapport des concentrations de l’espèce atomique
La validité comparée de ces différentes solutions a été clairement étudiée au niveau du joint (Cj ) et dans le volume (Cv ), à l’équilibre.
présentée par Le Claire [10] : on peut dire que les résultats sont très
proches les uns des autres dans la mesure où β est grand (> 102), C’est seulement si le degré de ségrégation de l’élément qui dif-
c’est-à-dire si les essais sont effectués à basse température fuse est connu à chaque température, que l’on peut en déduire Dj .
( ⭐0,3 T f ) , de manière à minimiser la contribution de la diffusion en De telles expériences ont été réalisées sur des bicristaux par Moya
volume. et Cabané [19] et poursuivies jusqu’à ce jour par la même
équipe [20] [21].
Des calculs sur ordinateur de la fonction complexe de Whipple
ont permis, depuis quelques années, d’améliorer la précision des 1.3.1.3 Ordre de grandeur des énergies d’activation
mesures des coefficients de diffusion intergranulaire [11] [12].
L’énergie d’activation d’autodiffusion intergranulaire Qj est en
En pratique, la plupart des expériences ont porté sur des poly-
général plus faible que l’énergie d’activation d’autodiffusion en
cristaux et non sur un seul joint de grain. Les valeurs expérimen-
volume Q v (par exemple, pour le fer α : Q j = 168 kJ/mole ;
tales du produit Dj · δ ne sont donc souvent que des moyennes
Qv = 250 kJ/mole).
correspondant à des largeurs δ de joints de grains d’orientation
quelconque par rapport à la surface. Nous donnerons au paragraphe 6.1 quelques exemples en
liaison avec d’autres propriétés physiques.
1.3.1.1.5 Nouveaux concepts de la diffusion intergranulaire
1.3.1.4 Énergie des joints de grains
■ Guez [13] a proposé un nouveau modèle de diffusion aux Les échanges atomiques et lacunaires au niveau des joints de
interfaces, dans lequel le joint est un plan unique d’épaisseur nulle. grains et dans le volume avoisinant caractérisent à température
Les concentrations, rapportées à des unités de surface, sont à tout élevée le désordre de ces régions perturbées.
instant contrôlées par des échanges entre le joint et le volume, ces
échanges étant d’autant plus importants que les potentiels L’énergie thermique Ej , associée à ces perturbations intergranu-
chimiques des éléments qui diffusent sont différents. Complexe et laires, peut être reliée aux constantes Dj · δ et Dv en autodiffusion [22]
difficile à exploiter, ce modèle a eu le mérite de faire appel à un seul et [23] par une relation, dite de Borisov, du type (dans le cas d’un
et même formalisme pour traiter la diffusion et la ségrégation. mécanisme lacunaire) :
Toutefois, il ne donne aucune réalité physique au joint en tant que Dj ⋅ δ
kT
zone typiquement lacunaire. E j = ------------ m ln ----------------- – ln m
2 a ′2 a ′ ⋅ Dv
■ Benoist et Martin [14] ont également adopté la description du
joint d’épaisseur nulle tout en cherchant à analyser le mouvement avec δ largeur du joint,
aléatoire des atomes au voisinage de ce plan pour les différentes a’ distance moyenne des atomes à l’équilibre dans le joint
fréquences de saut selon les directions suivies par l’atome. Tout est (de l’ordre du paramètre cristallin pour un joint
expliqué ici en termes de fréquences de sauts, qui se substituent en quelconque),
particulier aux coefficients de ségrégation.
k constante de Bolzmann,
■ Plus récemment, Lemuet [15] et Biscondi [16] ont apporté un éclai- m nombre de couches atomiques formant le joint.
rage nouveau sur les sauts élémentaires des atomes dans les joints
de grains par l’étude de l’évolution de l’énergie locale associée à la Cette relation a permis de confirmer sur des métaux purs les
densité lacunaire du réseau à l’aplomb de chaque joint : il en résulte, valeurs de l’énergie des joints, trouvées par d’autres méthodes,
en particulier pour des bicristaux d’orientation prédéterminée, une telles que l’attaque thermique, c’est-à-dire par la mesure des
répartition des zones d’énergie élevée par lesquelles doivent se angles de raccordement entre la surface et les joints de grains, qui
produire les courants de diffusion préférentiels. Ces zones y débouchent, à l’équilibre thermique.
apparaissent comme des chemins arborescents et ramifiés dans le
plan du joint, d’où l’idée d’une très forte anisotropie dans le transport 1.3.1.5 Influence de la structure cristalline
atomique associé à certains courts-circuits à l’intérieur du joint. Sur le plan structural, contrairement à l’hypothèse de Fisher (et
Il est alors possible d’envisager la diffusion intergranulaire à la représentation donnée figure 4, les isotopes marqués et l’auto-
comme un phénomène obéissant à des règles de percolation dans radiographie ont permis de montrer que la diffusion intergranu-
des structures fractales [17]. laire présente un caractère anisotrope suivant l’orientation propre
du joint par rapport aux deux grains A et B qu’il sépare, et suivant
1.3.1.2 Hétérodiffusion intergranulaire l’orientation relative des deux cristaux adjacents.
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■ En fonction de la désorientation θ entre les deux grains adjacents, On peut, comme pour la diffusion en volume, calculer un coeffi-
Haynes et Smoluchowski ont montré les premiers [25], sur des bicris- cient de diffusion superficielle Ds en supposant que le mouvement
taux de fer-silicium à 3 %, que l’autodiffusion du traceur ( 59Fe), carac- des atomes s’effectue au hasard. Chaque type de saut étant carac-
térisée par la profondeur de pénétration mesurée par comptage, reste térisé par une fréquence ωi et la longueur moyenne des sauts dans
toujours faible lorsque la désorientation est inférieure à 10 o . Elle la direction de la diffusion étant < dxi >, on écrit (article Phénomènes
augmente ensuite, passe par un maximum puis subit une décroissance de transport [A 247] dans le traité Sciences fondamentales) :
au voisinage de 50o. Le minimum observé autour de 53o (plan 210) n
corrobore la courbe d’énergie des joints de grains, calculée par 1
Schockley et Read en fonction de la désorientation (figure 6).
D s = -----
2 ∑ ωi < d xi > 2
i=1
En général, sur des polycristaux cfc ou cc, on ne remarque pas Les surfaces étant en général formées de marches et de gradins
de diffusion préférentielle le long des plans cohérents de macle (cf. plus ou moins complexes, les atomes en mouvement sur une surface
articles L’état métallique [M 30] [M 35] [M 40] [M 45]), d’énergie très n’auront pas toujours exactement le même nombre de premiers
faible [26]. En revanche, les sous-joints de polygonisation, décrits voisins, comme cela se produit pour un volume tridimensionnel.
suivant des modèles simples de dislocations, peuvent être l’objet
d’une diffusion sensible (Coulomb, Leymonie, Lacombe, [27]). De plus, l’état de surface se modifiant en fonction de la tempé-
rature par évaporation par exemple, le coefficient de diffusion ne
L’un des avantages importants de la méthode des radioéléments suivra pas en général une loi d’Arrhénius. En supposant toutefois
artificiels, appliquée à l’étude de la diffusion aux joints (§ 7.1.2), est que le phénomène reste isotrope (sauts ayant tous une même lon-
de pouvoir révéler la structure et la taille de grains existant à gueur) et qu’un seul mécanisme par lacune intervient (§ 1.2.2), Ds
haute température lors d’un traitement thermique, même lorsqu’il peut se mettre encore sous la forme :
s’agit d’une phase instable, transformée par la trempe après retour
à la température ambiante (figure 7). ∆ Sf + ∆ Sm ∆ Hf + ∆ Hm
D s = G ν s d 2 exp ----------------------------- exp – ------------------------------
k kT
1.3.2 Diffusion superficielle
avec G facteur géométrique lié aux gradins de la surface,
1.3.2.1 Théorie d distance de saut.
Dans la mesure où l’atmosphère environnant la surface d’un
métal ne vient pas contaminer cette dernière (en opérant sous 1.3.2.2 Méthodes de calcul du coefficient Ds
ultravide par exemple), on admet que les différents défauts super- Les mesures expérimentales posent de nombreux problèmes car
ficiels au sens géométrique (lacunes, atomes ségrégés) vont plusieurs phénomènes de diffusion sont possibles pour le trans-
contribuer de manière comparable au mécanisme de transport port de matière d’une région à une autre : diffusion superficielle
(figure 8). directe, diffusion par le volume sous-jacent, diffusion par l’atmos-
phère (évaporation) puis recondensation.
Pour déterminer les coefficients de diffusion superficielle, il est
donc nécessaire d’opérer dans des conditions de température et de
pression activant essentiellement les mouvements atomiques en
surface. C’est un problème difficile qui n’a jamais été résolu en
toute rigueur. Une méthode intéressante permettant de juger
l’importance de l’évaporation est celle de l’évolution du rayon de
courbure d’une pointe métallique chauffée dans le faisceau d’un
microscope à balayage [29].
Deux types de méthodes sont essentiellement utilisées.
Figure 6 – Pénétration intergranulaire de fer radioactif Figure 8 – Schéma simplifié des modes de diffusion en surface
dans des bicristaux de fer-silicium, en fonction de l’angle
de désorientation à 770 et 810 oC (d’après [13])
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■ Les méthodes directes — l’autre à haute température, caractérisé par des valeurs éle-
On étudie, en fonction du temps et de la température, la vées de ces constantes :
redistribution d’un radioélément initialement déposé sur une région
0,8 Qv < Qs < 1,3 Qv 103 cm2 · s–1 < D0s < 107 cm2 · s–1
limitée de la surface. Le coefficient de diffusion Ds est alors calculé
à l’aide de l’équation de Fick (§ 1.1.1.2) qui correspond aux condi- Cela montre bien que plusieurs phénomènes physiques se
tions aux limites de l’expérience. Par exemple, dans le cas d’une superposent à haute température et qu’ils entravant la diffusion en
source cylindrique, relativement ponctuelle, on suivra en fonction surface.
du temps l’étalement de cette source conformément à l’équation :
∂c ∂2 c ∂ 2 c
------- = D s ---------2- + ----------
∂t ∂x ∂ y2
1.4 Diffusion chimique.
Étude des couples de diffusion
avec x et y coordonnées correspondant à deux directions sur la
surface. 1.4.1 Généralités
■ Les méthodes dynamiques
Nous venons de voir jusqu’ici les phénomènes associés à l’auto-
Le profil d’une surface se modifie en fonction du temps t pour diffusion, ou encore le cas d’une impureté très faiblement concentrée
réaliser un état d’énergie libre minimal. Ainsi, les fossés d’attaque dans une matrice métallique, qui diffuse sans modifier les propriétés
thermique formés à l’aplomb des joints de grains (§ 1.3.1.4) de base de cette matrice (dilution infinie).
permettent, par la méthode de Mullins et Winnegard [30] [31],
d’atteindre la valeur Ds . La largeur L du fossé d’attaque s’exprime Considérons maintenant le cas d’une matrice A à laquelle on
par la relation : ajoute par diffusion des concentrations de plus en plus élevées
d’un autre élément B. Cela est réalisé très simplement par chauf-
L ≈ (Bt )1/4 fage, après soudage ou placage sous pression, de deux échan-
Ds Es Ω 2 Ni tillons initialement purs de types A et B, que l’on appelle un couple
où B = ----------------------------
kT de diffusion.
Au cours du temps et en fonction de la température, il y aura
avec k constante de Boltzmann,
interpénétration des deux éléments A et B dans la zone de jonc-
Es énergie libre superficielle, tion, de part et d’autre de l’interface initiale x = 0, donc formation
Ω volume atomique correspondant, de solutions solides (B dans A et A dans B) étalées en
concentration suivant l’axe normal au plan de soudure (figure 9).
Ni nombre d’atomes par cm2 de surface.
Il existe donc ici deux courants de diffusion opposés J˙A et J˙B
Cette méthode a été utilisée pour mesurer l’autodiffusion super-
qui, au cours du temps, créent une véritable dissolution à l’état
ficielle du fer en phases α et γ [32].
solide des deux éléments A et B, dont les gradients vont s’étendre
Le microscope à champ ionique, travaillant avec de très fines de 0 à 100 %.
pointes d’un cristal (à rayon de courbure très faible), permet
L’étalement des concentrations en fonction du temps et de la
d’étudier, au niveau des marches cristallographiques, la migration
température va dépendre des caractéristiques du diagramme
d’atomes isolés ou de paires d’atomes. Cette méthode a été
d’équilibre A - B.
appliquée aux métaux réfractaires (W sur Rh, Mo sur W, Ir sur W [33]).
Nota : se reporter si nécessaire aux articles Solidification [M 58] [M 59] [M 786] et
Diagrammes d’équilibre [M 70] [M 76].
1.3.2.3 Influence de la structure cristalline
On suppose en général que Ds est constant, quelle que soit 1.4.2 Relation couples de diffusion binaire –
l’orientation des grains : en réalité, la vitesse de diffusion superfi- diagramme d’équilibre
cielle dans une direction cristallographique dépend de la densité
des atomes dans cette direction. 1.4.2.1 Les deux éléments A et B sont totalement solubles
Ainsi, déjà en 1953, l’étude de l’autodiffusion superficielle de à l’état solide (Cu et Ni par exemple) (figure 10a )
l’argent monocristallin à l’aide de l’isotope 110Ag avait permis de
Tout traitement thermique en condition isotherme (température θ )
montrer que la diffusion est bien isotrope si la surface libre du métal
du couple A - B conduit à deux gradients complémentaires de
est un plan (100) ou (111). Par contre, si ce plan est (110), la diffusion
concentration de 0 à 100 %, ayant une allure monotone. Toutefois,
est plus rapide le long d’une direction <110> que suivant <100> [31].
les deux métaux de base n’ayant pas forcément des coefficients de
On peut s’attendre à des résultats comparables avec d’autres métaux
diffusion identiques, malgré leur parenté proche (au niveau rayon
de même symétrie cristalline.
ionique, structure cristalline, etc.), il est normal que l’un des deux
envahisse plus rapidement la partie opposée du couple (J˙A > J˙B ) :
1.3.2.4 Ordre de grandeur des constantes de diffusion
il s’ensuit que les deux gradients ne seront pas centrés sur l’interface
D’une façon générale, pour un métal porté à une température T, initiale x = 0, mais déportés vers la droite, c’est-à-dire vers l’élément
l’importance des coefficients d’autodiffusion superficielle (Ds ) par qui diffuse le moins vite (figure 10b ).
rapport aux coefficients relatifs aux joints (Dj ) et au volume (Dv ) se
situe de la manière suivante :
Ds Ⰷ Dj Ⰷ Dv
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Solidification
Cristallisation et microstructures
par Gérard LESOULT
Professeur à l’École Nationale Supérieure des Mines de Nancy
Ingénieur Civil des Mines
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_______________________________________________________________________________________________________________________ SOLIDIFICATION
1. Croissance cristalline Nota : pour plus de détails sur ce sujet on consultera avec profit les articles Diffusion
dans les métaux [M 55] ; Données physico-chimiques des principaux métaux et métal-
loïdes. Viscosité [M 56] dans le présent traité.
et solidification.
Concepts de base 1.1.2 Dégagement de chaleur à la solidification
Le dégagement de chaleur à la solidification est considérable
1.1 État solide et état liquide (environ 270 MJ par tonne pour l’acier), d’autant plus considérable
que l’alliage est plus réfractaire. Les procédés de coulée et de
1.1.1 Mobilité de la matière fonderie sont donc d’abord des procédés conçus pour évacuer
rapidement d’importantes quantités de chaleur.
Comme son nom l’indique, la conséquence la plus évidente de Nota : pour obtenir des données sur les propriétés thermiques des principaux métaux
et alliages, on consultera par exemple l’article Données physico-chimiques des principaux
la solidification est la brutale chute de mobilité de la matière. métaux et métalloïdes. Densité [M 65] dans ce traité.
L’écoulement des métaux liquides purs près de leur point de fusion
Il est remarquable que les discontinuités de capacité thermique
est comparable à celui de l’eau à température ordinaire, caractérisé
massique c p et de diffusivité thermique Dθ [Dθ = λ/(ρ · cp ), où λ est
par un viscosité dynamique de l’ordre de 10–3 Pa · s (tableau 1). À
la conductivité thermique, ρ la masse volumique] au passage de l’état
l’état solide, les métaux et alliages possèdent une résistance à la
liquide à l’état solide soient relativement petites en regard de la varia-
traction élevée. Les métaux purs peuvent supporter des contraintes
tion correspondante d’enthalpie d’une part, de la discontinuité des
de l’ordre de 10 4 Pa près du point de fusion : l’effondrement de la
coefficients de diffusion chimique (tableau 1) d’autre part. Il est
résistance à la déformation des alliages industriels une centaine de
remarquable enfin que les diffusivités thermiques soient plus de cent
degrés au-dessous de la température de solidus n’est dû qu’à
fois supérieures aux coefficients de diffusion chimique les plus
l’apparition, dans des zones ségrégées, de films liquides qui sont
grands, même dans le liquide.
autant de zones faibles.
L’autodiffusion et la diffusion chimique des éléments d’alliage et
des impuretés sont plus lentes dans le solide que dans le liquide. 1.1.3 Contraction à la solidification
Le tableau 1 permet de comparer les coefficients de diffusion de
plusieurs solutés dans le fer liquide, la ferrite et l’austénite. Dans La plupart des métaux, se contractent à la solidification. Ce retrait
le liquide, les coefficients sont compris entre 10–9 m2/ s pour les de solidification, de l’ordre de 3 à 6 % suivant les métaux, souvent
éléments les plus lents et 10–7 m2/s pour l’hydrogène. L’éventail des aggravé par la contraction du solide accompagnant son refroidis-
valeurs est plus large pour la ferrite, il est maximal pour l’austénite. sement jusqu’à la température ambiante, entraîne l’apparition de
nombreux vides (microporosités, retassures, etc.) si le métal est
coulé sans précaution particulière. (0)
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SOLIDIFICATION _______________________________________________________________________________________________________________________
∂ TL et son degré d’anisotropie.
soit m i = ------------
-
∂ w i w i = 0
Les valeurs mesurées de tension interfaciale solide/liquide pour
les alliages métalliques sont cependant encore relativement peu
où TL est la température de liquidus de l’alliage de titre massique w i .
nombreuses [1].
(2) Valeur estimée.
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_______________________________________________________________________________________________________________________ SOLIDIFICATION
encore pu être mesurée avec précision ; il est cependant possible 1.3.1 Germination homogène
d’en donner un ordre de grandeur grâce à l’estimation suivante pour
plusieurs métaux purs : Pour une substance pure portée à la température T, un petit cristal
a ⋅ R ⋅ Tf sphérique n’aura tendance à se développer aux dépens du liquide
Te – T * ≈ -⋅v
----------------------- (3) environnant que si son rayon, r, est supérieur à un rayon critique,
D ⋅ ∆ Sf rc , tel que :
s
avec T * température réelle de l’interface, 2γ / s V m
rc ≈ ----------------------------------
∆S (T – T )
- (4)
a distance de saut assimilée à une distance interatomique, f f
D coefficient d’autodiffusion dans le liquide, En deçà de la valeur r = rc , le cristal a tendance à refondre.
v vitesse de progression de l’interface. La valeur rc correspond exactement aux conditions d’équilibre
Pour la plupart des métaux, le coefficient de proportionnalité entre thermodynamiques déjà présentées [formule (2)]. La figure 1 illustre
la surfusion cinétique, Te – T *, et la vitesse, v, est de l’ordre de la relation entre la taille critique des cristaux et la surfusion du liquide
1 K · s · cm–1 d’après la relation (3). Pour des vitesses de solidifica- pour le fer pur d’après l’estimation faite grâce à l’équation (4).
tion habituelles de l’ordre de 10–4 m/s (soit 36 cm/h), la surfusion Pour les métaux purs, la vitesse d’apparition spontanée des
cristaux sphériques de taille supérieure au rayon critique, rc , appelée
cinétique doit donc être de l’ordre de 10– 2 K, quantité tout à fait
vitesse de germination homogène et notée I (cm–3 · s–1), croît avec
négligeable en situation industrielle. De façon plus générale, mais
la surfusion du liquide, Tf – T comme suit :
peut-être moins licite, on a l’habitude de négliger la surfusion
cinétique devant toutes les autres surfusions, y compris la surfusion
∆ gc
due aux effets de courbure d’interface (Tf – Te ), déjà estimée plus I = 10 33 exp – ------------ (5)
kT
haut (2).
Ce qui est admis pour les métaux lorsqu’ils se solidifient dans des avec ∆gc enthalpie libre de formation de l’embryon critique :
conditions ordinaires pourrait être remis en cause, même pour les s 2
métaux, dans des conditions particulières telles que celles de la 16 Vm
solidification rapide. Il est possible que la situation soit totalement ∆ g c = -------- π ( γ / s ) 3 -----------------------------------
3 ∆ Sf ( Tf – T )
différente pour certaines phases non métalliques croissant à partir
des solutions métalliques comme on en rencontre dans les alliages La figure 2 illustre la variation de la vitesse de germination homo-
de fonderie (graphite dans les fontes grises, silicium dans les alpax). gène (courbe correspondant à α = 180o) avec la température, pour
Malheureusement dans tous ces cas, aucun résultat expérimental le fer pur. Elle montre que l’apparition spontanée de cristaux sphé-
n’est encore suffisamment bien étayé pour que l’on puisse avancer
des chiffres. riques de fer pur (I ⭓ 1 cm–3 · s–1) n’est probable qu’en présence de
surfusions de plusieurs centaines de degrés. De telles surfusions ont
Bien que l’effet de la cinétique interfaciale sur la température réelle pu être atteintes en laboratoire.
de l’interface soit le plus souvent imperceptible lors de la croissance
des cristaux métalliques à partir d’un bain fondu, l’anisotropie Quelques expériences, réalisées sur des alliages métalliques,
cristalline de la cinétique de croissance des cristaux, même métal- montrent que la germination homogène est déclenchée, dans ce
liques, n’est généralement pas négligeable. La vitesse de croissance cas, à des surfusions (calculées à partir du liquidus) de l’ordre de
normalement aux plans denses est plus faible que dans toutes les celles des métaux purs.
autres directions, à force motrice égale. Pour un cristal cubique à En l’état de l’art, les situations pratiques sont très rares où la
faces centrées, par exemple, les plans les plus lents, de type {111}, germination homogène joue un rôle important dans le cours de la
vont s’étendre latéralement et bientôt former des pyramides à solidification ; il est cependant possible qu’elle contribue à
symétrie carrée d’axes <001> ; le sommet de cette pyramide qui se l’obtention de structures micrographiques extrêmement fines dans
déplace sur un axe <001> sera le point dont la vitesse est la plus des grains de poudres d’alliages solidifiés rapidement, ainsi qu’à
grande. Ainsi peut être expliqué le fait que les axes et branches l’obention de solutions solides sursaturées par solidification rapide.
dendritiques des métaux à symétrie cubique sont parallèles à des
axes <001>.
1.3 Germination
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M58
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1
avec f ( α ) = ----- ( 2 + cos α ) ( 1 – cos α ) 2
4
où nS nombre d’atomes de liquide au contact de la surface d’un
substrat actif par unité de volume,
nV nombre d’atomes de liquide par unité de volume,
α angle de raccordement entre le substrat et le cristal en
présence de liquide (figure 2).
L’angle α est déterminé par la condition d’équilibre mécanique
entre les trois tensions interfaciales :
γ /s , γ / S et γ s / S
où représente le liqude, s le solide et S le substrat.
La fonction f (α) prend des valeurs inférieures à 10–3 pour des
angles de l’ordre de 15o. Si l’angle α est assez faible, la vitesse de
germination peut être appréciable pour des surfusions très faibles,
voire nulles. Quelques exemples de l’influence de α sur la vitesse I’
sont illustrés par la figure 2.
La vitesse de germination hétérogène dépend également de la
surface totale de substrat actif disponible par l’intermédiaire du
rapport nS /nV .
D’après la théorie invoquée ici, les propriétés de l’inoculant parfait
Figure 2 – Variation de la vitesse de germination homogène peuvent se résumer ainsi :
( ␣ = 180o) et hétérogène ( ␣ < 180o) en fonction de la température — il doit correspondre à un angle de contact faible entre les
initiale du liquide et dans différentes situations d’inoculation particules inoculantes et le solide à former, donc à une tension inter-
pour le fer pur (Tf = 1 811 K)
faciale liquide/substrat, γ / S , élevée et à une faible tension inter-
faciale solide/substrat, γ s /S ; la quantité γ s /S varie dans le même sens
On pourrait songer à tirer profit d’une surfusion importante dans que l’amplitude du décalage réticulaire entre solide et substrat ; par
des procédés industriels, l’abaissement de la température du métal ailleurs, elle décroît à mesure que l’affinité chimique entre solide et
liquide allant dans le sens d’une diminution des contraintes techno- substrat croît ;
logiques imposées, en particulier aux moules. Malheureusement on — de plus, l’inoculant doit être chimiquement stable dans le
voit encore mal comment réaliser, de façon reproductible, de liquide, finement divisé, et doit présenter une surface physiquement
grandes surfusions, par essence aléatoires, à l’échelle industrielle. active.
En pratique, le pouvoir prédictif précis de cette théorie est resté
1.3.2 Germination hétérogène très faible, souvent faute de connaître les grandeurs physico-
chimiques impliquées.
De fait, des surfusions de plusieurs centaines de degrés ne sont
jamais observées dans la pratique industrielle. Il est bien connu que
le métal liquide supporte rarement une surfusion de plus de quelques 1.4 Croissance d’un solide monophasé
degrés sans se solidifier. Des particules solides très fines, des agents
inoculants ajoutés volontairement, par exemple Ti B 2 pour
non dendritique. Concepts cinétiques
l’aluminium et l’aluminate de cobalt pour le nickel, les parois du
moule ou de la lingotière, des débris cristallins préexistants, peuvent
L’étape de création des premiers cristaux microscopiques étant
favoriser le déclenchement de la solidification. Dans les procédés
franchie, la solidification peut être décrite en termes de transfert de
de coulée continue, par exemple, le métal liquide est toujours en
matière et de chaleur à petite et à grande échelles. L’objet de ce
contact avec un front de solidification tapissé de dendrites ténues
paragraphe est de décrire ces transferts à petite échelle (quelques
qui sont projetées au sein du liquide sous l’effet de mouvements
mm) dans la région de l’interface liquide/solide, dans le cas d’une
de convection divers : ce processus peut être apparenté à un
interface plane progressant vers le liquide grâce à un refroidissement
ensemencement. Les abaques du type de celui de la figure1
côté solide.
fournissent déjà une condition sur la taille des débris cristallins
projetés pour qu’ils ne refondent pas.
La théorie classique de la germination permet de montrer que la 1.4.1 Transfert de matière
vitesse d’apparition spontanée des cristaux à partir du liquide en
présence de particules pouvant leur servir de substrat croît avec la Dans le cas le plus général, il est possible de distinguer quatre
surfusion du liquide suivant une loi analogue à celle établie pour zones du point de vue des transferts de matière (figures 3a et b ) :
la germination homogène. L’enthalpie libre de formation de
l’embryon sphérique critique, ∆gc , doit toutefois être remplacée par — le solide dans lequel seule la diffusion chimique est possible
une nouvelle quantité : et encore est-elle très lente ;
— l’interface qui est le siège des réactions chimiques hétérogènes
∆ g c′ = ∆gc · f (α) de solidification ;
correspondant à la formation d’un cristal en forme de calotte — une couche limite d’épaisseur δi dans le liquide où le soluté i
sphérique adhérant au substrat. Ainsi pour les métaux, la vitesse est transporté par diffusion ;
théorique de germination hétérogène peut être mise sous la forme : — enfin le reste du liquide où les transferts de masse se font par
convection.
n ∆ gc
I′
nV
S
≈ -------- 10 33 exp – -----------
kT
- f (α)
(6)
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Solidification
Macrostructures et qualité des produits
par Gérard LESOULT
Ingénieur Civil des Mines
Professeur à l’École Nationale Supérieure des Mines de Nancy
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2 T – 0T m
f m
e ≈ --------- s
- ⋅ λm ⋅ ρm ⋅ c p
- ⋅ ------------------------- ⋅ t (1)
π ∆ Hf ⁄ V m
s s
avec ∆ H f ⁄ V m = T f ⋅ ∆ S f ⁄ V m , enthalpie de fusion par unité de
volume, calculable grâce à
l’article [M 58],
0T m la température initiale du moule, Figure 3 – Profils de température schématiques à un instant
m de la solidification d’un métal pur coulé en lingotière ou en moule
λm, ρm et c p respectivement conductivité ther-
mique, masse volumique et capa-
cité thermique massique du moule.
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s 2
冢 冣
π 1 ( ∆ Hf / V m )
C plaque = ----- × -----------------------------------
- -----------------------------
4 λm ⋅ ρ m ⋅ c m T f – 0T m
p
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Figure 8 – Développement schématique de la zone pâteuse Figure 10 – Relation entre le temps local de solidification complète
après la coulée d’un lingotin d’acier à 0,6 % de carbone et la production horaire pour différents procédés de coulée appliqués
aux aciers (d’après [27] [28])
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RE136
RECHERCHE
Lyon, laboratoire Matériaux, ingénierie et des moyens de calcul discutée plus haut, les raisons
sciences (UMR 5510). d’un tel engouement sont, d’une part, les avancées
récentes en théorie de la matière condensée (par
exemple, supraconducteurs, magnétorésistance
1. Introduction géante), et, d’autre part, les progrès spectaculaires
dans les techniques de caractérisation à l’échelle
Au cours des 70 dernières années qui ont vu un atomique (par exemple, microscopie haute résolu-
développement extraordinaire des outils de calcul, tion, sonde atomique tomographique...), qui vont
la puissance des ordinateurs a été multipliée par contribuer à revisiter dans les prochaines années,
1015. Depuis la naissance de ce que l’on peut appe- un grand nombre de concepts laissés en suspens
ler le premier ordinateur : le Zuse 1 en 1938, le dans le domaine de la métallurgie (transformation
nombre d’opérations décimales par seconde (Flops) de phase, plasticité...), mais aussi, plus largement,
a été multiplié par 1 000 tous les 15 ans ! en science des matériaux.
(figure 1). Actuellement, cette progression est Enfin, malgré ces progrès récents, l’échelle ato-
encore tellement rapide qu’un simple PC du mique reste encore difficilement accessible expéri-
commerce est équivalent, en termes de puissance mentalement dans de nombreux domaines (par
de calcul, aux supercalculateurs d’il y a une quin- exemple, dommage d’irradiation dans les
zaine d’années ! Réaliser des simulations à l’échelle constituants des centrales nucléaires, plasticité dans
atomique, qui nécessitent la réalisation d’un grand les matériaux polymères...). Les simulations à
109
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RE136
RECHERCHE
1.E+17
Earth
Simulator
mulato
1.E+14
1.E+08
Blue Gene
(IBM)
1.E+05
Babague
Zuse 3
1.E+02
1.E-01
1900 1920 1940 1960 1980 2000 2020
Année
Figure 1 – Évolution de la puissance des calculateurs en Flops (Floating operations per second) au cours du
dernier siècle
l’échelle atomique et, notamment, la dynamique alors de DM ab initio, mais le plus souvent (pour
moléculaire constituent alors un outil d’investigation des raisons de taille de système à simuler) elles
très précieux. dérivent d’un potentiel fixé empiriquement ; on
Le but de cet article est de : parle alors de DM classique.
– donner les clefs pour comprendre les bases de L’intégration des équations de mouvement doit se
la dynamique moléculaire ; faire numériquement, en choisissant un pas de
– présenter quelques exemples d’applications temps δt fini et en approximant les équations diffé-
récentes et originales ; rentielles par des équations aux différences finies. À
– fournir des pistes pour l’ingénieur ou le cher- partir de ces calculs, l’ordinateur prédit les nou-
cheur qui désire « se lancer » dans la dynamique velles positions, vitesses et forces de toutes les par-
moléculaire. ticules à l’instant t + δt. On peut ainsi remonter au
comportement d’un matériau : par exemple, mou-
vement et réarrangement des atomes/défauts...
2. Méthode Les échelles de taille et de temps accessibles par
la DM sont de l’ordre de quelques dizaines de nano-
2.1 Équations du mouvement mètres, et de quelques picosecondes. Les informa-
tions obtenues peuvent être, soit utilisables telles
La dynamique moléculaire (DM) classique est quelles (vitesse de propagation de dislocations,
fondée sur la mécanique newtonienne : les proprié- nombre et arrangement des défauts créés par irra-
tés d’un ensemble d’atomes ou particules sont diation...) ou comme données de départ pour des
déterminées en étudiant la trajectoire de chaque calculs à une échelle plus large (éléments finis par
particule au cours du temps. Pour cela, on applique exemple).
les lois de la mécanique classique aux atomes qui Les données d’entrée d’un calcul de DM sont
sont assimilés à une masse ponctuelle. On résout donc : un ensemble d’atomes, des potentiels inter-
donc simultanément, pour tous les atomes i d’un atomiques et, éventuellement, une série de
système, les équations classiques du mouvement : « contraintes » imposées par le milieu extérieur
(température, pression...).
fi = mi ai
2.2 Intégration des équations
où fi est la somme des forces s’exerçant sur du mouvement : qualités
l’atome i, mi sa masse et ai son accélération. Les d’un bon algorithme
forces d’interaction (ou le potentiel dont elles Le choix d’un algorithme d’intégration des équa-
dérivent) peuvent être obtenues à partir des pre- tions de mouvement est guidé par sa rapidité d’exé-
miers principes de la mécanique quantique, on parle cution, c’est-à-dire la possibilité d’avoir des pas
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Référence Internet
RE136
RECHERCHE
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Référence Internet
M14
et Olivier THOMAS
Professeur à l’université d’Aix Marseille, Institut Matériaux,
Microélectronique Nanosciences de Provence IM2NP, Marseille, France
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