Investigation de l’impact des installations de
pompage solaire sur la consommation d’eau et la
situation socioéconomique d’un agriculteur dans
3 zones pilotes au Maroc
Cette étude vise à mieux comprendre comment la conversion au pompage solaire peut influencer
la consommation d'eau et les conditions socio-économiques d'un agriculteur marocain par
rapport aux autres systèmes de pompage d'eau. L'étude s'est appuyée sur une enquête menée
auprès de 150 agriculteurs répartis sur les territoires suivants 3 zones distinctes : la zone de
Marrakech, la zone de Midelt et la zone de Tata. L'étude a été réalisée par le projet GIZ
Sustainable Energy for Food - Powering Agriculture et le Programme d'Appui à la Gestion
Intégrée des Ressources en Eau (AGIRE).
1. Objectifs et contexte de l’étude
Grâce à la baisse des prix des technologies photovoltaïques, le pompage solaire connait, ces
dernières années, un développement progressif qui vient concurrencer les autres sources
d’énergie, notamment suite à la suppression des droits de subvention des carburants fossiles par
l’Etat. Pour promouvoir le développement de cette technologie, l’Etat Marocain envisage le
subventionnement du pompage solaire sur une superficie de 100 000 ha sur 3 ans.
([Link] )
Des travaux réalisés par la GIRE (Gestion Intégrée des Ressources en Eau) au niveau de
plusieurs bassins hydrauliques du Maroc ont montré que l’attitude d’un agriculteur par rapport à
l’eau est fortement corrélée à la disponibilité de celle-ci et au niveau de la rentabilité que lui
procure l’usage de cette eau. C’est dans ce contexte que la présente étude est menée et vise à
mieux comprendre de quelle manière la conversion au pompage solaire peut influer la
consommation d’eau et la situation socioéconomique d’un agriculteur, par rapport aux autres
technologies de pompage d’eau.
La réponse à ces questions revêt une importance capitale eu égard les investissements prévus et
la nécessité de sauvegarder les ressources en eau souterraine.
2. Resultats
Le PS est un phénomène récent au Maroc. C’est pratiquement
à partir de 2015 que les agriculteurs ont commencé à s’équiper en PV en nombre
signifiant.
Mis à part le risque d’un mauvais dimensionnement de l’installation
et le risque de vol, le PV présente un niveau de satisfaction très élevé par rapport aux
autres sources d’énergie (satisfaction de 93% comparé à 24% butane, 22% réseau, 8%
gasoil), en raison du faible coût, de la facilité de gestion et de la continuité
d’approvisionnement en énergie.
Pilotage d’irrigation : la quasi majorité des agriculteurs (90%) n’adoptent pas les
techniques de pilotage d’irrigation.( Le pilotage de l'irrigation vise à maintenir la teneur
en eau du sol à un niveau suffisant pour satisfaire les besoins en eau de la culture en évitant
les excès d'eau pouvant entraîner des risques d'asphyxie racinaire, les manques d'eau
préjudiciables à la production et les hétérogénéïtés de distribution sur la parcelle)
L’impact de la conversion en PV sur la consommation d’eau présente une
tendance vers la hausse.
Les facteurs augmentant la consommation d’eau sont la possibilité d’extension de
la superficie irriguée sur des terrains avoisinant
et l’introduction des cultures en intercalaire(La culture intercalaire consiste à
cultiver plus d'une espèce dans le même champ en même temps) (cas de Tata),
l’augmentation de l’apport d’eau pour la même culture dans les
régions déficitaires (cas de Marrakech). Les facteurs pouvant
garantir une consommation d’eau inchangée sont les conditions
hydrogéologiques des nappes limitant les débits, des
superficies irriguées figées et des assolements ne permettant pas
des cultures en intercalaires (exemple pommier à Midelt).
La majorité des agriculteurs acceptent un contrôle de la
consommation d’eau (86% pour l’installation de compteurs,
73% pour la conclusion d’un contrat de gestion) sous condition
que le volume d’eau contracté soit suffisant pour couvrir
les besoins en eau des cultures.
3. SYSTEMES DE POMPAGE SOLAIRE (SPS)
Les systèmes de pompage solaire photovoltaïque utilisent la
conversion du rayonnement solaire en électricité pour alimenter
une pompe dans un forage ou un puits.
La différence qui existe entre un système de pompage solaire et un
système de pompage classique est l'utilisation de panneaux solaires
photovoltaïques, d’un convertisseur et d’une pompe adéquate.
Les pompes utilisées peuvent être immergées, centrifuges ou
volumétriques, selon les conditions d’utilisation.
Le pompage solaire présente des avantages indéniables. Outre le
fait d’être une énergie propre et durable, le pompage solaire est
devenu compétitif aux systèmes conventionnels. D’une part, les
coûts d’exploitation et de maintenance sont faibles. D’autre part,
l’évolution technologique, durant ces dernières années, a permis
de baisser les coûts des modules et d’augmenter leur production
pour offrir une technologie performante, fiable avec un bon rapport
coût- efficacité, mettant à disposition un large choix de
modèles et capacités selon le besoin, ce système peut être utilisées
pour plusieurs exploitations.
3.1 Principe de fonctionnement
Sous l’effet des rayonnements solaires les modules PV génèrent
un courant continu, et pour qu’il soit utilisé pour l’alimentation
de la pompe, le variateur de fréquence intervient et transforme le
courant continu généré en courant alternatif, il fait également
varier la fréquence et la tension en fonction de l’énergie disponible.
Ainsi la pompe alimentée en courant alternatif de source
solaire pompe l’eau d’une hauteur basse (puit, forage) à une hauteur
élevée de la surface de la terre (réservoir d’eau) pour que cette
eau soit exploitée pour diverses applications, il s’agit d’un pompage
au fil du soleil dont le fonctionnement dépend que de la disponibilité
d’une bonne intensité solaire.
Schema d'une installation du pompage PV
Un système de pompage photovoltaïque est constitué des composantes suivantes :
• Un générateur composé de modules photovoltaïques, interconnectés pour constituer une
unité de production de courant continu. Il comporte aussi une structure métallique pour
supporter l’ensemble.
• Une unité de conditionnement de puissance, constituée d’un convertisseur (onduleur),
capable de faire varier la fréquence et la tension de sortie en fonction de la puissance
disponible du générateur solaire, elle-même fonction de l’irradiation solaire qu’il reçoit.
• Un groupe électropompe immergé, constitué d’un moteur électrique à induction et d’une
pompe centrifuge ou volumétrique.
• Un câblage électrique, par lequel transitent l’énergie du générateur au moteur, et les
informations relatives aux contrôles de sécurité.
• Une infrastructure hydraulique qui conduit l’eau de sa source (souvent un puits ou un
forage), jusqu’à un réservoir de stockage puis au réseau d’irrigation.
Le dimensionnement et l’estimation du coût d’investissement est la base de tout projet, c’est ce
qui par la suite permet de détecter le point de fonctionnement de chacun des éléments de la
pompe et des panneaux pour pouvoir en tirer le maximum. La puissance des panneaux à installer
correspond à la puissance
de pompe à alimenter, et pour dimensionner cette dernière on a besoin de connaître deux
grandeurs majeurs : le débit et la hauteur manométrique totale.
3.2 Situation du pompage solaire au Maroc
De par sa vocation agricole, le Maroc a connu de nombreuses
avancées technologiques en matière d’irrigation et de gestion de
la consommation d’eau à usage agricole, à travers la mise en place
de techniques de goutte à goutte et de stockage via des bassins de
rétention.
Cependant, l’accès à l’énergie permettant de mettre les eaux souterraines
à la disposition des agriculteurs, est toujours demeuré
une problématique majeure, dans la mesure où pour l’approvisionnement,
le Maroc reste dépendant à plus de 90% de l’énergie
fossile. De ce fait, les agriculteurs de toute typologie ont cherché à
s’approvisionner par la source d’énergie la moins chère sur le marché.
Ainsi, sur une longue période, le diesel et le butane, par le
biais de subventions de l’état, se sont démarqués par leurs coûts
relativement bas.
Certains propriétaires d’exploitations agricoles, qui sont connectées
au réseau d’électricité, ont choisis le recours à des installations
adaptées leur permettant d’être soulagés de la logistique
imposée par l’approvisionnement régulier en diesel ou en bonbonnes
de gaz et ce, malgré leur coût supérieur.
A partir de 2012, et grâce à la baisse des prix des technologies
photovoltaïques, des installations de pompage solaire ont progressivement
vu le jour et se sont mises à concurrencer les autres
sources d’énergie, notamment suite à la suppression des droits de
subvention des carburants fossiles par l’Etat. La lourdeur logistique
induite par la gestion du stock des bonbonnes de gaz représentait
également une contrainte importante.
Malgré l’investissement initial conséquent pour certaines catégories
d’agriculteurs, le marché du pompage solaire photovoltaïque
n’a cessé d’évoluer pour atteindre une puissance annuelle installée
de 7 MWc, avec un chiffre d’affaires avoisinant les 65 millions
de dirhams (AMISOLE, atelier organisé, en 18/12/2017, entre
l’association allemande solaire BSW et l’AMISOLE), qui serait
revu à la hausse grâce aux subventions annoncés par l’Etat dans
les années à venir.
1.1 Stratégie de l’Etat en matière de promotion des
SPS
L’Etat Marocain a lancé un programme de promotion du pompage
solaire dans l’irrigation afin de réduire la facture énergétique
et soulager la Caisse de Compensation. Ce programme,
d’une puissance totale installée de 15 MWc, est en cours d’élaboration,
avec un coût global estimé à 2,5 milliards de dirhams.
Sur cette facture globale, 1 milliard de dirhams sera destiné à la
subvention du système photovoltaïque, tandis que 1,5 milliards
de dirhams seront consacrés aux subventions de l’irrigation par le
Fonds de Développement Agricole (FDA).
L’opération vise 100 000 hectares sur trois années. Sont ciblées
près de 20 000 exploitations, principalement de petite et
moyenne superficie), qui utilisent l’énergie thermique (gasoil et
gaz butane) pour le pompage de l’eau. Pour en bénéficier, les agriculteurs
doivent répondre à certains critères. Parmi les prérequis
figurent le couplage des techniques d’irrigation économes en eau
(goutte à goutte) avec des systèmes intégrés de pompage solaire,
l’éligibilité à l’aide de l’Etat dans le cadre du FDA, et l’approbation
préalable délivrée par les services compétents du Ministère
de l’Agriculture, conformément à la réglementation en vigueur.
Les aides financières incluent une subvention de 50% du coût
d’installation des panneaux photovoltaïques avec des plafonds de
15 000 Dh/ha, à hauteur de 5 ha.
Cette initiative intervient dans le cadre de la mise en oeuvre de la
stratégie nationale de l’efficacité énergétique à l’horizon 2030 ; il
s’agit d’un dispositif qui vient diversifier les sources d’énergie,
tout en accordant la priorité aux énergies renouvelables, qui
devront représenter 52% en 2030.
Pour en bénéficier, les agriculteurs doivent répondre à certains
critères :
• Le couplage des techniques d’irrigation économes en eau
(goutte-à-goutte) et des systèmes intégrés de pompage solaire
• L’éligibilité à l’aide de l’Etat dans le cadre du FDA
• L’approbation préalable délivrée par les services compétents du
ministère de l’Agriculture, conformément à la réglementation
en vigueur