Ch. 2.
- Le compactage
2.1. Introduction
Le compactage est une des méthodes de la stabilisation des sols. Il correspond au cas où le
matériau « sol » est mis en œuvre au terme d’un cycle « extraction-transport-compactage ».
Dans d’autres conditions, la stabilisation peut être réalisée en place pour une amélioration en
masse généralement employée dans les problèmes de fondations d’ouvrages au sens large du
terme.
Dans ce chapitre, le sol est considéré comme un matériau de construction et est utilisé pour
différents ouvrages parmi lesquels on peut citer :
1. retenues d’eau, de stériles, casiers de stockage de déchets, canaux,
2. support de charges mobiles : remblais routiers, autoroutiers, plate forme de voies
ferrées, chaussées, pistes, aérodromes…
Lors de l’extraction, puis du transport, le sol naturel subit des modifications dans la structure
qui, la plupart du temps, sont traduites par un foisonnement (augmentation du volume et
diminution de compacité).
Si l’on dépose ce sol sans précautions spécifiques, il va se tasser sous son poids propre,
pouvoir être érodé… en bref, il n’est pas stable. Les actions de compactage ont pour but
d’édifier une construction pérenne présentant le moins d’évolution possible au cours du
temps après la mise en œuvre. Les objectifs de compactage sont généralement définis en
termes contractuels sous forme de valeurs de densité de référence. La densification du sol
nécessite l’application d’une énergie mécanique.
La compactibilité d’un sol (aptitude au compactage) dépend, en premier lieu, à la fois de sa
nature et de son état. Tout compactage nécessite une dépense énergétique, donc a un
coût. Les techniques de compactage doivent être adaptées au type de sol considéré, les
actions mécaniques mises en œuvre peuvent être un damage, un roulage, un pétrissage, des
vibrations ou une composition de ces différents moyens. D’une manière simplifiée (en
première analyse), les sols fins cohérents sont essentiellement sensibles à des actions quasi-
statiques alors que pour les sols plus grossiers sans cohésion, les actions dynamiques sont plus
efficaces.
2.2. Influence de la teneur en eau
La teneur en eau est le paramètre fondamental pour la compactibilité, surtout dans le cas des
sols fins pour lesquels ce paramètre ne peut changer que lentement en raison de l’affinité de
l’eau pour les matériaux argileux.
Quelle que soit la technique utilisée, on constate que pour un sol donné, toutes choses étant
égales par ailleurs, le changement de teneur en eau se traduit dans la compacité obtenue
(exprimée en d par exemple).
En construisant la variation du poids volumique sec ou de la densité sèche en fonction de la
teneur en eau (figure 2.1) grâce à une série de points expérimentaux, on obtient en général une
courbe dont la forme permet de définir une valeur maximale de d notée d max qui correspond
à une valeur de teneur en eau notée teneur en eau optimale notée wopt.
Figure 2.1 : Variation du poids volumique sec en fonction de la teneur en eau lors d'une
opération de compactage.
Dans la pratique courante, on parlera de côté « sec » pour les teneurs en eau inférieures à
l’optimum et du côté « humide » pour celles qui sont supérieures à l’optimum.
L’explication et surtout la compréhension de la forme de cette courbe sont très importantes.
D’une manière élémentaire, on peut considérer que dans le cas des sols fins et dans le
domaine de teneur en eau considéré, ces sols se présentent en unités élémentaires (mottes)
plutôt que sous la forme de grains minéraux indépendants.
Considérons que ces mottes sont soumises à une action mécanique (impact d’’un dame,
chargement statique ou quasi-statique). Pour des teneurs en eau relativement faibles (à gauche
de l’optimum), ces mottes seront peu déformables et obtenir un « bon » arrangement sera
difficile. Si l’on augmente la teneur en eau, la déformabilité augmentera et on comprend
intuitivement que l’arrangement pourra s’améliorer. Initialement et du fait du foisonnement
antérieur, ces sols ne sont pas saturés, le gain de compacité se fait par déformations et
réarrangement des mottes, et il se traduit par une diminution de la teneur en air (très
compressible) qui peut être partiellement chassé : ceci entraîne une augmentation du degré de
saturation global du sol.
La quantité de solides et d’eau présente dans un état donné du sol ne change pas en cours de
compactage et, en considérant que ces éléments sont très peu déformables (en pratique
incompressibles), leur volume est constant.
En pratique, on constate expérimentalement que le degré de saturation maximum obtenu par
compactage ne dépasse pas 80 à 90% en moyenne pour les sols fins. Ce « blocage »
correspond en fait à une variation très brutale de la perméabilité du sol vis-à-vis de l’air, en
effet lorsque le pourcentage de vide d’air devient inférieur à 5 ou 10%, le sol devient
pratiquement imperméable à l’air et l’air résiduel reste occlus dans les macropores. A ce
stade, le sol peut toujours se déformer, mais à volume constant (coefficient de Poisson égal à
0,5) dans la pratique, on parlera du phénomène de coussin de caoutchouc ou de sur
compactage.
Il est commode de tracer les courbes de compactage dans le plan (w, d) en dessinant de plus
les courbes d’équi-degré de saturation (fig.2.2), ces courbes ont pour équation.
Fig. 2.2 : Courbe de compactage d en fonction de w pour un échantillon de marnes, avec les
lignes d'équi-degré de saturation.
On peut suivre dans ce diagramme l’augmentation progressive du degré de saturation du sol
du côté sec (branche gauche de la courbe) et on constate lorsque l’optimum est dépassé que la
courbe de compactage est à peu près une courbe d’équi-degré de saturation (ou de teneur en
air constante).
Lambe (1958) avait proposé d’expliquer la forme de la courbe de compactage à partir des
propriétés de surface des minéraux argileux et de la modification de l’arrangement des grains
lors des changements de teneur en eau. La figure 5.3 résume cette théorie.
Fig 2.3 Influence du compactage sur la structure des sols (Lambe, 1958).
Du côté sec, la faible teneur en eau entraîne une tendance à une structure floculée
(arrangement bord-face). Lorsque la teneur en eau augmente (de A vers B), cela entraîne un
meilleur arrangement des grains et une augmentation de compacité, les « grains » tendent à
devenir parallèles, au-delà de B, le parallélisme entre grains augmente (structure dispersée),
mais la compacité diminue car le gain de teneur en eau provoque un accroissement de
distance entre les éléments. Des observations de Pacey (1959) sur la microstructure ont
confirmé cette théorie.
Cette théorie est assez séduisante, cependant si elle permet de visualiser les phénomènes, elle
semble difficilement transposable aux sols naturels argileux en fonction de la structure en
mottes généralement rencontrée.
D’une manière simplifiée, on peut dire que dans tous les sols l’eau agit comme un
« lubrifiant » du côté sec en favorisant l’arrangement des grains, puisque du côté humide
l’augmentation de teneur en eau à degré de saturation constant se traduit par une diminution
de compacité.
D’autres auteurs interprètent les courbes de compactage sur le côté sec comme des courbes
d’égale portance du sol ou d’égale résistance au cisaillement : l’augmentation de teneur en
eau est compensée par une augmentation de compacité : les mesures de résistance en
compression simple décrites plus loin vont bien dans ce sens.
2.3. Influence de l'énergie de compactage
Lorsque le sol reçoit une énergie plus grande, cela entraîne du côté sec un gain de compacité
avec des « branches sèches » parallèles entre elles et décalées vers le haut pour les énergies
supérieures (fig. 2.4).
Fig 2.4 : Courbes de compactage des essais Proctor normal et modifié pour le limon argileux
On obtient des valeurs de compacité maximale plus élevées avec des valeurs de
teneur en eau optimales plus faibles.
Du côté humide de la courbe Proctor, on constate que le supplément d’énergie de compactage
est quasi inefficace (donc inutile) et que pour ces teneurs en eau, les courbes de compactage
sont pratiquement confondues (phénomène du coussin de caoutchouc déjà évoqué).
Les différents optima d’un même sol se rangent suivant une courbe qui est approximativement
une courbe d’équi-degré de saturation.
2.4. Essais de compactage au laboratoire.
Leur but est la détermination expérimentale des optima de compactage.
L’essai le plus courant est l’essai Proctor défini dans la norme française sous la référence
NF-p94-093.
Il existe également d’autres méthodes telles que la méthode Harvard par pétrissage ou des
méthodes de compactage quasi-statiques.
2.4.1. Les essais Proctor
Mise au point en 1933 par un ingénieur américain, cette méthode est toujours utilisée.
Il s’agit d’un essai normalisé, empirique mais dont la reproductibilité et la longue
utilisation constituent des éléments forts pour son utilisation pratique.
On utilise en pratique deux types de moules (Proctor et CBR) de taille différente suivant la
granulométrie du sol à étudier et deux valeurs d’énergie de compactage standardisées (Proctor
normal ou Proctor modifié) qui correspondent en général respectivement au corps du remblai
et aux couches les plus superficielles dans le cas des pistes et chaussées.
L’appareillage spécifique utilisé comprend :
un socle de compactage,
deux modèles de moule,
un moule est constitué de trois éléments essentiels (fig.5.5) (une embase, un corps de
moule (définissant le volume de référence), une rehausse)
deux modèles de dames de compactage manuelles suivant l’énergie choisie (ceci peut
être remplacé par un dispositif mécanisé),
une règle à araser.
Fig 5.5 : Schéma d'un moule de compactage (type Proctor ou C.B.R.)
Proctor: H = 116.5 mm, D = 101.5 mm, C.B.R. : H = 152 mm D = 152 mm
Le tableau 2.1 donne les conditions expérimentales essentielles.
Caractéristiques Proctor normal Proctor modifié
de l’essai
Moule Proctor CBR Proctor CBR
Masse de la dame (g) 2490 2490 4535 4535
Diamètre du mouton (mm) 51 51 51 51
Hauteur de chute (mm) 305 305 457 457
Nombre de couches 3 3 5 5
Nombre de coups/couche 25 56 25 56
Volume éprouvette (cm3) 933 2758 933 2758
Tableau 5.1. Caractéristiques des essais de compactage Proctor
On peut décrire ce compactage comme un compactage dynamique par impact, puisque
l’énergie est transmise au sol par la chute d’une dame. L’obtention d’un optimum nécessite la
réalisation de cinq mesures au minimum à différentes teneurs en eau encadrant l’optimum
supposé : les écarts de teneur en eau entre essais successifs sont de 2% environ en valeurs
absolues. La réalisation d’un essai à la teneur en eau naturelle du sol semble intéressante bien
que non recommandé par la norme.
Pour estimer la gamme de teneur en eau à étudier, on utilise souvent des relations empiriques
établies par différents auteurs. On peut retenir d’une manière globale que wopt est légèrement
inférieur à wn et que wopt 0.4 wl .
Nous ne préciserons pas la mise en œuvre pratique si ce n’est que deux points semblent
fondamentaux :
1. la rigueur dans le suivi du mode opératoire ;
2. la préparation du sol à différentes teneurs en eau qui nécessite du soin et du temps afin
d’obtenir un mélange homogène.
Les résultats d’un essai Proctor ne doivent pas se limiter aux valeurs optimales, mais doivent
comporter la courbe expérimentale complète : en effet suivant les sols, la forme de la courbe
est différente. Pour une courbe assez « plate », une variation donnée de teneur en eau
n’entraîne qu’un faible changement de compacité, ce qui n’est pas le cas d’une courbe pour
laquelle l’optimum est marqué d’une manière plus nette. En effet, dans la pratique puisqu’on
définira contractuellement un objectif de compactage en référence à un pourcentage donné
du d max, cette forme de courbe est importante.
2.5.2. Compactage par pétrissage (essai Harvard miniature)
Cet appareillage simule le compactage exécuté en place grâce à un rouleau à pied de mouton
ou pneumatique.
L’appareil Harvard miniature (fig. 2.6) est constitué de deux éléments principaux :
le moule (dont la taille correspond à celle d’une éprouvette pour essai triaxial), ce
moule est muni d’une hausse qui à la même fonction que celle de l’essai Proctor. Ce
moule est fixé sur une embase.
le piston de compactage de dimension normalisée et équipé d’un ressort (deux
résistances différentes correspondent à deux énergies possibles) qui transmet au sol un
effort déterminé.
Fig 2.6 : Mini compacteur Harvard
De plus, des pièces annexes permettent d’extraire l’éprouvette. Comme dans l’essai Proctor,
le sol est introduit dans le moule de compactage par couches successives (5 en tout) et chaque
couche subit un nombre déterminé de poinçonnement, fonction de l’énergie choisie.
2.6. Conclusion
La figure 2.7 d’après Daoud (1996) présente la comparaison de quatre types de
compactage effectués sur un même matériau (Limon de Xeuilley wl = 53 Ip = 23).
Fig 2.7 : Comparaison des différents types de compactage effectués sur le limon argileux.
On peut noter que l’allure générale des courbes de compactage est similaire ; elles présentent
toutes un maximum : le phénomène de compactage est donc, pour une énergie donnée,
essentiellement lié à la variation de teneur en eau.
Les différences existant portent plus sur la forme des courbes, plus aplaties pour le Proctor
normal et le compactage statique ; les différences en terme de teneur en eau optimale et de
densité maximale sont vraisemblablement liées au fait que les énergies mises en jeu ne sont
pas exactement équivalentes. Les techniques par pétrissage semblent être plus efficaces au
niveau de l’optimum et pour les teneurs en eau supérieures.
Malgré les avantages éventuels des techniques « alternatives », il n’en reste pas moins que le
seul essai normalisé est l’essai Proctor et c’est donc cet essai qui reste la référence pour les
problèmes pratiques courants du chantier et c’est par rapport aux valeurs Proctor que les
objectifs de compactage sont définis.