Cohérence Textuelle - Arrimage Informatif
Cohérence Textuelle - Arrimage Informatif
Mémoire
Anne-Emilie Chamberland
RÉSUMÉ ii
REMERCIEMENTS iii
INTRODUCTION 1
1. Problématique 3
2. Objectifs 7
CHAPITRE 3 : ANALYSE 77
1. Corpus 78
2. Méthode d'analyse 79
3. Analyse proprement dite 79
3.1 Extrait PR01 81
3.2 Extrait PR02 83
3.3 Extrait PR03 86
3.4 Extrait PR04 88
3.5 Extrait PR05 90
3.6 Extrait PR06 91
3.7 Extrait PR07 94
3.8 Extrait PR08 95
3.9 Extrait PR10 97
3.10 Extrait EN03 98
VII
CONCLUSION 159
BIBLIOGRAPHIE 163
INTRODUCTION
INTRODUCTION
Malgré l'intérêt croissant qui a été accordé à la linguistique textuelle au cours des
dernières années, celle-ci demeure un domaine de recherche peu exploité. Il est vrai que
l'étude du texte peut s'avérer déroutante : l'enseignant ou le chercheur qui essaient
d'identifier et d'expliciter des régularités dans l'infinie diversité des manifestations
textuelles se heurtent à un objet chaque fois unique. Mais bien que l'exercice soit parfois
complexe, il s'avère tout de même particulièrement pertinent de poursuivre le travail
amorcé dans l'étude de la dimension textuelle, pour d'abord mieux comprendre les
différents phénomènes d'ordre textuel, et ensuite, développer de nouvelles approches
favorisant le développement de la compétence à écrire de tout scripteur, particulièrement
les étudiants, pour qui la langue constitue un outil de travail essentiel.
1. Problématique
L'écriture d'un texte représente un défi en soi : cet exercice cognitif mobilise en effet
plusieurs savoir-faire de la part du scripteur. Il ne suffit pas d'aligner des mots les uns à la
suite des autres : ceux-ci doivent s'agencer de façon à former des phrases acceptables du
point de vue grammatical, syntaxique et sémantique. Et ces phrases ne peuvent, une fois
écrites, se présenter les unes après les autres suivant l'élan créateur du scripteur : elles
doivent être pertinentes par rapport à celles qui les précèdent et qui les suivent. Tout lecteur
souhaite en effet qu'on lui présente une information claire et bien structurée qui lui
permettra de retirer un maximum de « bénéfices informationnels » au prix d'un minimum
d'efforts (D. Sperber et D. Wilson, 1989, dans Gagnon, 1998 : 69). Les énoncés d'un texte
doivent aussi répondre à une autre exigence afin que soit facilité le travail du lecteur: ils
doivent s'arrimer adéquatement les uns aux autres, tant au niveau global que local afin de
former un tout harmonieux, qui sera facilement interprétable pour le lecteur (Gagnon,
2003 :62). Bref, des énoncés pertinents et bien arrimés entre eux susciteront un effet de
cohérence chez le lecteur.
Réussir l'arrimage des énoncés au niveau local représente une tâche particulièrement
complexe pour beaucoup de scripteurs, car cela exige de ces derniers qu'ils gèrent de façon
simultanée plusieurs niveaux de structuration du texte : référentiel, événementiel et
énonciatif. Plusieurs études traitent en ces termes ou selon une terminologie différente de
l'un ou l'autre de ces trois niveaux d'arrimage des énoncés (ex. Charolles, 1995; Reichler-
Béguelin, 1995; Gagnon, 1998). Or, l'examen de textes d'étudiants, qui laisse voir des
difficultés d'organisation textuelle, suggère que ces trois dimensions n'épuisent pas
totalement tous les problèmes de cohérence qui émergent au niveau local. Il semble alors
justifié de prendre en considération un quatrième niveau d'arrimage des énoncés,
l'arrimage informatif, qui, selon Gagnon et Chamberland (2010 : 79), « repose sur l'idée
que toutes les informations du texte n'ont pas le même statut (information principale ou
secondaire; information nouvelle ou ancienne), et que la saillance d'une information
(alternance premier plan-arrière-plan; répartition thème-rhème) doit coïncider avec son
statut ».
Cela signifie que le scripteur doit non seulement présenter ses « éléments
d'information » en faisant ressortir les rapports logiques et sémantiques entre eux, mais
aussi « ajust[er] leur degré de saillance pour faire apparaître à la fois leur caractère nouveau
ou ancien et leur caractère principal ou secondaire » (Ibid., p. 79). Le scripteur doit donc
assurer une répartition ainsi qu'une hiérarchisation adéquates des informations qu'il
présente.
1
D'autres structures syntaxiques permettent une répartition différente des éléments d'information, mais nous
ne nous y attarderons pas dans ce mémoire. Par exemple, dans une phrase ayant un verbe attributif et un
attribut du type La capitale de VItalie est Rome ou Rome est la capitale de VItalie, le groupe en position de
sujet variera selon la saillance souhaitée.
Or, il arrive que des ruptures de cohérence surgissent sur le plan informatif et nuisent de
façon plus ou moins marquée à la fluidité du propos. L'observation de textes écrits par des
étudiants universitaires montre que certaines de ces ruptures touchent à la répartition de
l'information, comme l'illustre cet exemple emprunté à Gagnon (Gagnon et Chamberland,
2010):
Dans cet extrait, « [l]'arrimage entre la l r e école et Y interrelation Église/État aurait été
mieux réussi si en P2, il n'avait pas été question de l'État (qui aurait pu être introduit plus
loin) et si surtout, en P3, on avait mis en relief dans la proposition clivée non pas Tannée de
la construction de la l r e école, mais plutôt le fait qu'elle ait pris place dans un presbytère »
(Ibid., p. 79-80). Gagnon (Gagnon et Chamberland, 2010) suggère plutôt la formulation
suivante :
Dans d'autres cas, c'est une maladresse dans la hiérarchisation des informations qui peut
causer une rupture de cohérence et entraver la compréhension de tout un passage. En voici
un exemple2.
2
Tiré d'un texte d'étudiant.
PI Depuis maintes années, le pétrole demeure la principale source mondiale d'énergie,
mais il est aussi le résultat d'une dégradation bactériologique d'organismes
aquatiques végétaux et animaux. P2 Mais une question se pose; est-ce que les
gouvernements devraient mettre fin à l'exploitation du pétrole en mer?
Dans cet extrait, un problème sur le plan de la hiérarchisation des informations est
décelable dans la proposition coordonnée de PI «mais il est aussi le résultat d'une
dégradation bactériologique d'organismes aquatiques végétaux et animaux ». En
coordonnant cette proposition avec celle qui précède, soit « le pétrole demeure la principale
source mondiale d'énergie », le scripteur les place au même niveau hiérarchique, c'est-à-
dire au premier plan, ce qui leur confère toutes deux un statut d'information principale. Or,
une lecture attentive de l'extrait laisse supposer que la proposition « mais il est aussi le
résultat d'une dégradation bactériologique d'organismes aquatiques végétaux et animaux »
présente une information devant être qualifiée de secondaire, puisqu'elle représente dans
les faits une définition faite par le scripteur de ce qu'est le pétrole. Il conviendrait mieux
alors de placer cette proposition au second plan, comme on devrait le faire en présence
d'une information explicative ou descriptive, en utilisant par exemple une construction
détachée ou une phrase subordonnée conventionnelle3. L'extrait se lirait alors comme suit :
Ou comme suit :
Depuis maintes années, le pétrole, qui est le résultat d'une dégradation bactériologique
d'organismes aquatiques végétaux et animaux, demeure la principale source mondiale
d'énergie. Mais une question se pose : est-ce que les gouvernements devraient mettre
fin à l'exploitation du pétrole en mer?
3
Tout au long du mémoire, nous utiliserons le terme subordonnée conventionnelle pour désigner les
subordonnées complétives, relatives et compléments de phrase.
entraver l'efficacité du texte. Les diverses contraintes qui pèsent sur ces deux dimensions
sont toutefois mal connues pour l'instant. En effet, bien que plusieurs études aient traité, en
d'autres termes, de la répartition (implications et réalisations de la dichotomie thème -
rhème) ou de la hiérarchisation de l'information (principe d'opposition des plans), très peu
se sont penchées précisément sur l'analyse de cas de ruptures de cohérence sur le plan
informatif. Par ailleurs, ces deux dimensions suggèrent des contraintes plus souples que
celles que nous pouvons observer lorsqu'il est question de cohérence sur les plans
référentiel et événementiel : la « norme » en cohérence informative n'est pas imposée de
l'extérieur par « l'ordre du monde », elle relève plutôt d'un choix du scripteur qui décide de
l'importance qu'il souhaite accorder aux éléments d'information de son discours. Le
scripteur est cependant contraint de rester cohérent dans ses choix sous peine d'une perte
d'efficacité de son discours ou d'une rupture évidente de cohérence.
2. Objectifs
L'objectif global que nous poursuivrons dans cette recherche sera donc de baliser le
fonctionnement de l'arrimage informatif, au niveau de la répartition et de la hiérarchisation
des informations, en essayant de dégager les contraintes textuelles qui incitent à utiliser une
structure syntaxique plutôt qu'une autre, et ce, dans des textes argumentatifs écrits en
français par des étudiants universitaires québécois.
Pour atteindre cet objectif, nous devrons plus spécifiquement repérer, identifier et
analyser les ruptures de cohérence mettant en cause l'arrimage informatif dans ces textes.
L'analyse que nous ferons des cas repérés nous permettra de proposer quelques pistes
didactiques quant à l'enseignement des notions de répartition et de hiérarchisation des
informations qui pourraient s'inscrire dans une démarche de développement global des
habiletés à organiser efficacement les informations d'un texte.
CHAPITRE 1
REPÈRES THÉORIQUES
10
REPÈRES THÉORIQUES
Définir ce qu'est la cohérence n'est pas une mince tâche puisqu'il n'existe pas une
vision unique de ce phénomène et que plusieurs facteurs entrent enjeu dans l'impression de
cohérence que peut ou non susciter un texte. De manière générale, on peut interpréter la
cohérence comme la qualité intrinsèque d'un texte bien construit, d'où se dégage une
« impression d'unité et de complétude », et l'impression que « toutes les phrases du texte
sont interreliées et convergent dans une même direction » (Gagnon, 1998 : 58). Ainsi, pour
être jugé cohérent, un texte devra répondre à certains « critères efficients de bonne
formation », c'est-à-dire respecter ce que Charolles (1978 : 8) appelle la « norme minimale
de composition textuelle ».
Pour que le texte atteigne cette norme, Charolles (1978) propose quatre méta-règles de
cohérence : les méta-règles de répétition, de progression, de non-contradiction et de relation
(p. 12).
11
Selon Charolles, un texte cohérent doit « comporter] dans son développement linéaire
des éléments à récurrence stricte » (p. 14), c'est-à-dire que des procédés assurant la
répétition des acteurs du texte doivent être sciemment utilisés, par exemple la
pronominalisation, la substitution lexicale, les définitivisations, etc. (p. 15). L'anaphore
représente un des moyens les plus simples d'effectuer efficacement une répétition :
Une vieille femme a été assassinée la semaine dernière à Besançon. (<—l) Elle a, été
retrouvée étranglée dans sa baignoire, (p. 15)
II [le forgeron] tient à la main le piquet de la pioche et il tape dessus avec un marteau
sur le piquet de la pioche. Les gestes qu'il a fait, il a le piquet de la pioche et avec son
marteau il tape sur le piquet de la pioche2, (p. 21)
Charolles introduit une troisième méta-règle en lien avec la cohérence textuelle : la non-
contradiction. Un texte sera reconnu cohérent si, dans son développement, aucun élément
ne vient contredire ce qui a été énoncé ou ce qui le sera ultérieurement. Ainsi, cette phrase
d'un texte d'élève soulevée par Charolles sera perçue comme contradictoire, donc
incohérente :
Le funambule monte sur la corde et sans balancier il marche sur la corde il se tient
d'une seule main sur la corde, (p. 24)
Enfin, la quatrième méta-règle précise que « [p]our qu'une séquence ou qu'un texte
soient cohérents, il faut que les faits qu'ils dénotent dans le monde représenté soient
1
Signifie que « le rappel s'effectue d'avant en arrière » (Charolles, 1978 : 15).
2
Dans ce mémoire, les extraits de textes d'élèves ou d'étudiants présentés à titre d'exemples sont cités dans
leur forme originale, sans correction orthographique, lexicale ou syntaxique.
12
directement reliés » (p. 32). Ainsi, dans l'exemple qui suit, le lecteur ne verra aucun lien
tangible entre les deux phrases, s'il les appréhende selon sa connaissance du monde réel. Il
risque alors de considérer cette séquence comme incohérente :
Bref, pour Charolles (1978), « la production d'un texte cohérent suppose [...] que soit
réalisé un périlleux équilibre [...] entre continuité thématique et progression sémantique (ou
rhématique) », et que le tout présente des liens interprétables pour le lecteur, sans
contradiction sous-jacente. (p. 21)
De leur côté, Sperber et Wilson proposent un principe plus général qui permet de rendre
compte de la cohérence d'un énoncé ou d'une séquence d'énoncés et qui subsume en
quelque sorte les quatre méta-règles énoncées par Charolles (1978). Pour Sperber et Wilson
(1981)3, un énoncé pertinent doit présenter un juste équilibre entre « gains
informationnels4 » (quantité d'informations obtenues lors de la lecture) et « coûts de
traitement5 » (l'effort intellectuel requis pour décoder le message), et ce, par rapport au
contexte :
3
Pour en apprendre davantage sur la pertinence, il est possible de consulter l'ouvrage de ces mêmes auteurs
La pertinence. Communication et cognition (1989), Paris : Editions de Minuit.
4
Traduction de Charolles (1995 : 136).
5
Idem
13
Par ailleurs, il importe de mentionner qu'en l'absence d'un contexte clairement établi,
tout lecteur cherchera spontanément à créer des relations de cohérence entre les énoncés,
même si aucune marque de cohésion ne subsiste (Charolles, 1995 : 132). Il usera
d'inferences suggérées par sa connaissance du monde dans le but de déceler un lien de
pertinence entre les énoncés, car, comme le mentionne Wilson (1998 : 60), « every
utterance (or other act of ostensive communication) creates an expectation of optimal
relevance ».
Un lecteur pourrait juger la réponse du sujet B non pertinente par rapport à l'énoncé du
sujet A s'il lit cet échange de propos dénué de tout contexte; un autre pourrait s'objecter en
disant que la réponse donnée par B est pertinente si l'on s'imagine que les deux individus
sont en train de mettre dans des boîtes le contenu des armoires de cuisine en vue de leur
14
Ce simple exemple met en lumière le rôle des hypothèses contextuelles et des inferences
dans le jugement de pertinence posé sur un énoncé ou une séquence d'énoncés. À cet effet,
Charolles (1995) mentionne que :
Ainsi, aucun(e) énoncé ou séquence d'énoncés n'est non pertinent(e) en soi et par le fait
même jugé(e) incohérent(e) : il ou elle ne l'est qu'en fonction du contexte dans lequel il ou
elle s'inscrit.
Cet arrimage s'avère souvent complexe, puisque le texte représente une construction
complexe, qui suppose que soit effectuée simultanément une structuration sur les plans
référentiel, événementiel et énonciatif. C'est donc dire que pour réussir cet arrimage, c'est-
à-dire assurer un passage fluide d'un énoncé à l'autre et d'une séquence d'énoncés à
l'autre, le scripteur doit s'assurer d'arrimer les énoncés et séquences d'énoncés de façon
harmonieuse, et ce, sur tous les plans simultanément.
3 -1 Arrimage référentiel
Selon Gagnon (2003 : 63), la cohérence référentielle est assurée lorsque le scripteur
introduit efficacement les « objets-de-discours » (Reichler-Béguelin, 1995 :54) ou
« acteurs » du texte qu'il utilise pour bâtir son propos, et lorsque ceux-ci sont repris tout au
long du texte par des « expressions référentielles » appropriées; ainsi, le lecteur sait
toujours de qui ou de quoi il est question.
Ex. : Olivier était assis à une table dans un restaurant. La serveuse se dirigea vers
lui6.
6
Nous avons nous-même conçu les exemples sans référence pour répondre aux exigences spécifiques de ce
mémoire.
16
c) « d'une relation d'identité partielle », soit lorsqu'un acteur est introduit par un
pronom démonstratif ou possessif référant en partie à une expression déjà
mentionnée.
Une fois introduits, les objets-de-discours7 doivent être repris à l'intérieur du texte à
l'aide de différents procédés, de façon à ce que le lecteur puisse facilement faire le lien
entre l'expression référentielle et son antécédent. Cette reprise se fait par le biais (Gagnon,
1998: 104-108; 2003: 63):
Ex. : Clara et Sophie sont journalistes. Clara travaille au Devoir depuis dix ans.
b) de la pronominalisation :
J'étais dans sa classe. Jamais je n'ai senti une infection pareille. Cette classe était
près des latrines, et ces latrines étaient les latrines des petits! (tiré de Reichler-
Béguelin, 1995 : 67)
7
Nous reprenons la graphie de Reichler-Béguelin (1995 : 54).
17
Tous ne s'entendent pas sur le nombre et la nature de ces relations, d'où la présence
d'une terminologie et d'un classement différents selon les auteurs. Gagnon (1998 : 142),
par exemple, met en lumière les relations suivantes : la cause, la conséquence, la condition,
le but, la justification, la conclusion, l'addition, le contraste, l'élaboration, la restriction, la
rectification, le commentaire et la contextualisation. Pépin (1994; 1998 : 60), pour sa part,
s'attarde à décrire ces relations par le biais des connecteurs suivants : adversatifs-restrictifs,
consécutifs-conclusifs-causatifs, explicatifs, résumatifs, illustratifs, additifs, énumératifs et
temporels. L'explicitation des relations entre les événements peut en effet être facilitée par
l'emploi d'outils linguistiques tels que les connecteurs; leur utilisation appropriée permet
d'organiser efficacement le discours « en délimitant les unités d'information continue d'un
texte afin qu'elles n'apparaissent pas toutes comme la simple élaboration d'un premier
énoncé et en en marquant la structure hiérarchique » (Pépin, 1998 : 63).
Par exemple, dans les extraits suivants, les connecteurs facilitent l'établissement du lien
logique entre les énoncés et la reconnaissance de ce lien par le lecteur8 :
8
Bien évidemment, la liste des relations illustrées ici n'est pas exhaustive, puisque notre propos n'est pas
d'inventorier ces relations.
18
• La cause :
Évidemment, parce qu'ils sont liés au confort des bras maternels, les objets mous et
doux remportent la palme de popularité chez les tout-petits, (tiré de Gagnon, 1998 :
146)
• La conséquence :
1) À l'époque, une poignée de professeurs enseignent à quelque 400 élèves, dans un
vieil immeuble de Sainte-Catherine. Au fil des années, le collège se développe, si bien
qu'aujourd'hui il compte cinq pavillons sur trois campus... (tiré de Gagnon, 1998 :
150)
2) Les propriétaires d'automobiles ne doivent pas devenir des criminels. Aussi, il leur
faut renoncer à conduire en état d'ébriété. (tiré de Pépin, 1998 : 61)
• Le but :
Rappelons que pour qu'un vin ait droit à l'appellation d'origine contrôlée, il doit
répondre à des critères précis portant sur la zone de culture et les variétés de raisins
autorisés, le rendement maximum de vin pour une superficie donnée, le degré d'alcool
minimum... (tiré de Gagnon, 1998 : 155)
Par exemple, la séquence « Martine a des problèmes respiratoires. Le smog est très dense
cet été » est tout à fait intelligible même en l'absence d'un connecteur.
Qu'il y ait emploi ou non « d'une quelconque marque de cohésion », comme le dit
Charolles, le jugement de cohérence que pourra porter un lecteur sur une séquence donnée
nécessitera que celui-ci admette la relation plausible, en adéquation avec sa connaissance
19
du monde et du contexte dans lequel s'inscrit la séquence donnée. Charolles (1995) résume
ainsi l'importance de ces savoirs de la part du lecteur :
L'arrimage énonciatif, pour sa part, concerne le cadre énonciatif dans lequel le scripteur
inscrit son discours. Ce cadre témoigne de l'attitude qu'adopte le scripteur à l'égard de ses
propos et de son ou ses récepteurs éventuels : il peut s'en tenir proche ou s'en éloigner
(Gagnon, 2003 : 65). Dans le premier cas, le scripteur manifeste sa présence dans ses
propos, laquelle est décelable par certains indices linguistiques : emploi de déictiques9
(indices de personne, de temps et de lieu et usage des démonstratifs) et d'indices de
modalisation (présence d'expressions indiquant une prise de position du scripteur, un
jugement, une évaluation et de structures syntaxiques interpellant le récepteur) (Gagnon,
2003; Tomassone, Leu-Simon et Petiot, 1996). Ce type d'attitude du scripteur à l'égard de
ses propos concourt à l'établissement d'une énonciation de discours, laquelle comporte des
temps verbaux qui permettent de situer les événements par rapport au scripteur (présent,
futur, passé composé, imparfait10, plus-que-parfait). Dans le second cas, le scripteur se
distancie complètement de ses propos : on ne retrouvera alors aucune trace de sa présence,
d'où l'absence de déictiques et d'indices de modalisation. Cette distanciation du scripteur
donnera lieu à une énonciation dite historique, laquelle comporte des temps verbaux au
passé, qui sont indépendants de la situation spatio-temporelle du scripteur (passé simple,
imparfait, plus-que-parfait).
9
Dans Ce roman est vraiment trop long!, « ce » est un déictique, car il n'est interprétable qu'en
fonction de la situation de communication dans laquelle se trouve le locuteur; mais dans Lisez « Mar
morto » : ce roman est superbe, « ce » n'est pas un déictique, car il est interprétable en fonction du
contexte antérieur (« ce » réfère à « Mar morto ») (Tomassone et al, 1996 : 30).
10
L'imparfait et le plus-que-parfait concourent également à l'établissement d'une énonciation historique.
20
Le cadre énonciatif rend compte également de la place que le scripteur accorde dans son
texte aux discours d'autrui (discours directs ou indirects) (Gagnon, 2003 : 65).
Ainsi, pour que la cohérence énonciative soit assurée, il importe que « le cadre
énonciatif instauré [soit] maintenu tout au long du texte ou [qu'] une modification à ce
cadre [soit] justifiée et effectuée adéquatement » (Ibid., p. 65). Cela signifie qu'il faudra, tel
que nous l'avons expliqué précédemment, que l'emploi des marques de personne, de temps
et de lieu ainsi que l'usage des démonstratifs soient appropriés selon le plan d'énonciation
(emploi de déictiques dans renonciation de discours et de non déictiques dans
renonciation historique); que les temps verbaux soient appropriés et concordent tout au
long du texte (selon le temps du discours ou le temps du récit); et que les marques de
modalité affective et evaluative soient appropriées à la situation de communication donnée
(Gagnon, 2003 : 65; Tomassone et a/., 1996 : 20-57).
Enfin, pour que l'insertion du discours d'autrui soit jugée cohérente, il est nécessaire que
(Gagnon, 2003 : 65) :
b) dans le cas d'un discours indirect, les paroles prononcées par la personne en question
soient à la fois « pertinentes et correctement intégrées au texte en vertu des règles de
la syntaxe » :
Ex. : Suzie n'a pas été embauchée. Le directeur de l'entreprise lui a dit qu'elle ne
possédait pas les compétences requises pour exécuter les tâches reliées à l'emploi.
À ces trois niveaux d'arrimage établis dans un premier temps, Gagnon et Chamberland
(2010) en ajoutent un quatrième : l'arrimage informatif, qui concerne la répartition et la
hiérarchisation des informations, c'est-à-dire le traitement accordé aux informations du
21
4. Rupture de cohérence
Nous avons vu que pour Charolles (1978 : 8), un texte doit respecter une «norme
minimale de composition textuelle » pour en arriver à être perçu comme cohérent, ce qui
implique, selon lui, la mise en pratique de certaines méta-règles.
La détermination de ce qui constitue une rupture de cohérence n'est pas régie par des
règles strictes dictant ce qui constitue un écart à ce que devrait être la norme textuelle :
chaque texte est unique et peut faire l'objet d'une interprétation différente de la part du
lecteur. Sa perception du contexte et sa capacité à faire des inferences par rapport au
22
Par ailleurs, il sera peu probable qu'un texte soit jugé totalement incohérent, comme le
précise Gagnon (2003) :
[I]l est rare que les textes, même ceux produits par des scripteurs moins habiles,
génèrent un effet de totale incohérence. Ils se caractérisent plutôt soit par une
impression générale de cohérence, soit par une impression de cohérence
perturbée par des ruptures, lesquelles s'avèrent plus ou moins nombreuses et
d'importance variable. C'est que la cohérence est une affaire de degré : un texte
sera perçu comme plus ou moins cohérent selon le nombre de ruptures qu'il
présente et selon l'incidence de ces ruptures sur l'interprétation globale, (p. 62)
C'est ce qui fait dire à Pépin (1998 : 9) que la cohérence « s'apprécie par défaut » ; ainsi, ce
sont d'abord les ruptures qui attireront l'attention du lecteur, car elles auront nécessité de sa
part « un effort intentionnel pour rétablir la continuité du texte ».
Ces ruptures, responsables de l'effet d'incohérence que peut générer un texte, peuvent
toucher la pertinence des énoncés ou séquences d'énoncés ou toucher tous les niveaux
d'arrimage : référentiel, événementiel, énonciatif ou informatif.
contexte dans lequel elle est placée, c'est-à-dire lorsqu'une information est
considérée (Gagnon, 2003 : 63) :
Ainsi, les lois devraient être faites dans le but de décourager les contrevenants, les
fraudeurs et les violeurs de cette information si précieuse. Pour ce faire, le ministre
responsable de l'application de la Loi sur l'accès à l'information et la protection des
renseignements personnels devrait créer une Loi davantage punitive afin de décourager
ces abuseurs11. Nous pourrions donc être rassurés et avoir confiance à cette nouvelle
technologie qui nous procure déjà beaucoup de satisfaction. Quoi de plus agréable que
de profiter d'une bonne tasse de café tout en naviguant sur Internet? Ou encore, quoi
de plus sécurisant que de savoir que quelqu'un veille sur nous lorsqu'on est en
voiture12?
II était une fois un chasseur qui allait dans la forêt pour aller chercher un lapin. Alors le
chasseur tire sur le lapin puis son chien va le chercher et à la place il ramène un tout
petit chien. Le chasseur dit pourquoi tu as ramené un petit chien à la place de mon
lapin.
Le chien dit à son maître j'ai trouvé le chien à la place alors le maître dit au chien va le
ramener ou tu la pris et le chien ne veut pas il veut le garder et à la fin les deux petits
chiens deviennent amis, (tiré de Charolles, 1978 : 20)
11
Une redondance est aussi présente dans cet extrait de texte.
12
Cet extrait provient d'un des textes utilisés pour constituer le corpus de ce mémoire. Nous précisons que
c'est nous qui soulignons dans tous les exemples présentés dans 4.1, chapitre 1.
24
peu plus à penser à leur sport et moins à leur argent. Les athlètes auxquels les partisans
s'identifient ne demeurent pas plus de deux ans, en moyenne, dans la même ville, (tiré
de Pépin, 1998: 103)
a) l'absence de réfèrent :
b) l'ambiguïté référentielle :
La population souhaite que le maire entende les plaintes qu'ils ne cessent de formuler
depuis des semaines.
d) l'inadéquation sémantique :
13
Pour une description de ruptures pouvant survenir lors de l'introduction des acteurs textuels, voir Gagnon
(1998 : 97 à 102).
25
1. Nous pouvons très bien regarder la télé sans vraiment l'écouter, mais ne dit-on pas
qu'une image vaut mille mots? (remplacer mais par car) (tiré de Pépin, 1998 : 118)
2. L'automobile leur permet une plus grande indépendance. Avec ce véhicule, il leur
est donc possible d'aller où bon leur semble, (remplacer donc par en effet) (tiré de
Pépin, 1998 : 71)
Ceci dit, d'autres types de ruptures peuvent survenir sur le plan événementiel, par
exemple lorsqu'il y a « inaccessibilité du contexte », c'est-à-dire, selon Gagnon (2003 : 64),
lorsque « les propositions nécessaires à l'interprétation d'un énoncé [...] sont trop
éloignées, ou [qu'Jaucun concept verbalement activé ne permet de les récupérer, ou [que]
les inferences à faire pour leur recouvrement sont trop nombreuses ou trop peu
vraisemblables », comme dans l'exemple suivant donné par Pépin (1998) :
PI Mais je pense tout de même qu'une télé employée à bon escient peut être d'une
grande utilité pour la société. P2 Tous, nous sommes d'accord pour dire que
l'apprentissage est étroitement lié à l'intérêt que nous possédons dans un domaine
quelconque. P3 Or, c'est sur cela que devra se concentrer la télé. (p. 110)
26
Dans cet exemple, le coût cognitif serait moindre si, comme l'explique Pépin (1998 : 110),
« une phrase [...] précisait] que la télé est particulièrement utile à l'apprentissage » entre
PI et P2, et si P3, en conclusion, traitait du fait « que la télé devra[it] essayer d'intéresser
les téléspectateurs en vue de favoriser leur apprentissage ».
Dans l'extrait de texte suivant présenté par Gagnon (2003), « l'alternance entre temps du
discours (le présent) et temps du récit (le passé simple) n'est pas justifiée » :
Dans l'exemple suivant de Charolles (1978 : 23), la gestion maladroite des indices de
personne entraîne une confusion chez le lecteur, qui se demande si le sujet parlant est inclus
ou non dans l'énoncé :
Casimir part en promenade avec monsieur du Snob. Arrivé à un arbre nous arrêtons
pour parler. François et Julie veulent jouer à un jeu.
27
La répartition des éléments d'information est étroitement liée à l'ordre des mots dans la
phrase, et par conséquent, au concept de thème et de rhème, dont les premiers jalons ont été
posés par l'École de Prague et sa Functional Sentence Perspective (FSP) ou perspective
fonctionnelle de la phrase.
L'ordre des mots est également influencé par la saillance que le locuteur souhaite
accorder à un élément de la phrase; par exemple, l'intention de communication n'est pas la
même selon que l'élément d'information est placé en tête ou en fin de phrase. Firbas
(1992 : 118-119) précise qu'il nomme « "emotive principle" » ce «principle of emphasis »,
qui traite des formes marquées et non marquées, en référence au fait que la position d'un
élément d'information dans la phrase peut permettre l'expression de « a non-factual kind of
information that stylistically colours the sentence ».
29
Pour ce qui est du «principle of sentence rhythm », Firbas (1992 : 119) souligne qu'il
«produces a certain pattern of heavy and light elements (which are respectively stressed
and unstressed in the spoken language) » qui peut influencer la position d'un élément dans
la phrase; son effet sur les critères de position des mots variera d'une langue à l'autre.
Il nous semble que ces deux dernières considérations quant à l'ordre des mots pourraient
être rapprochées de celles de la linguistique structurale, pour laquelle, d'après ce que
rapporte Combettes (1977 : 91) dans une courte synthèse historique sur les facteurs
déterminant l'ordre des mots, les variations dans l'ordre canonique des constituants de la
phrase s'expliquent par la « "stylistique", [...] la liberté [que possède le] locuteur, qui adapte
les diverses structures de la phrase aux nécessités de la communication », ainsi que les
considérations de la linguistique transformationnelle, pour laquelle le choix que fait le
locuteur de l'ordre des mots qu'il emploie dans une phrase repose sur la « théorie de la
performance » (Ibid., p. 92). Ainsi, selon ces théories de la linguistique de la phrase, l'ordre
des mots naît principalement du choix individuel du locuteur, qui désire s'exprimer d'une
certaine façon, ce qui suppose une forme de subjectivité dans l'exercice du choix de l'ordre
des mots.
Enfin, tel que l'a énoncé Mathesius (dans Firbas, 1992 : 118) dans son dernier principe,
« the principle ofFSP», le choix de l'ordre des mots dans une phrase relève également de
la nécessité de répartir efficacement l'information de la phrase en un thème et en un rhème
« in a Th-Tr-Rh sequence », « "le locuteur commençant par ce qui est connu et poursuivant
avec ce qui est nouveau" » [Notre traduction] (Mathesius, 1975, cité par Most et Saltz,
1979 : 89). C'est ce que Firbas (1992 : 118) a baptisé « "the FSP linearity principle" »,
selon lequel les éléments d'information sont répartis selon leur degré de dynamisme
communicatif, c'est-à-dire selon leur capacité à faire « "avancer la communication" »
(Combettes, 1983:31).
linguistes tchèques, « l'un des premiers objectifs de la syntaxe est d'étudier comment
l'information est "portée" par la phrase, comment l'information progresse dans un
énoncé ». Pour ce faire, ils distinguent trois plans, trois « niveaux » permettant l'analyse
d'une phrase : la « structure grammaticale », la « structure sémantique » ainsi que
« l'organisation thématique et contextuelle », le premier niveau concernant entre autres le
« sujet », l'« objet » et le « circonstant »; le deuxième concernant « l'agent », « l'action »,
le « but », le « destinataire », le « lieu », etc. et le troisième — d'un grand intérêt pour la
question de la répartition de l'information - se rapportant au « thème » (parfois appelé
« topique ») et au « rhème » (ou « commentaire14 ») de la phrase (Ibid., p. 94).
Les éléments de ces trois plans ne coïncident pas nécessairement; par exemple, le sujet
et le prédicat n'occupent pas toujours respectivement la position de thème et de rhème15, le
thème recouvrant « ce sur quoi l'on parle », soit l'information considérée connue de
l'émetteur et du récepteur, et le rhème, « ce que l'on dit », soit l'information considérée
nouvelle (Ibid., p. 95). Riegel, Pellat et Rioul (2007 : 132) précisent que bien qu'il soit
possible qu'il y ait coïncidence entre les éléments de niveaux différents, « [celle-ci] peut se
défaire sous la pression de divers facteurs communicatifs qui exploitent des servitudes et
des latitudes grammaticales » (voir chapitre 1, 1.2.2). Ainsi, il faut s'abstenir, comme le dit
Combettes (1983 : 12), « de mêler des phénomènes de nature différente ».
Dans leur analyse de la phrase dans une perspective fonctionnelle, les linguistes
tchèques ont été influencés par Weil (1844, dans Combettes, 1983 : 10), pour qui la
progression de l'information dans le texte suit le mouvement même de la pensée, le
locuteur commençant par les éléments thématiques et poursuivant par les éléments
Thématiques. Ainsi, « les langues romanes et les langues germaniques s'appuient sur un
ordre des mots qui peut être considéré comme un "miroir" de l'ordre des idées » : la phrase
contient un « "point de départ" » et un « "but" », elle contient « une notion initiale,
commune à l'émetteur et au récepteur, et le mouvement qui va de ce point de départ vers
14
Combettes (1977 : 94) mentionne également l'existence d'un « élément intermédiaire » (ou de
« transition »); il n'en sera cependant pas question dans ce mémoire.
15
Pour des exemples à ce sujet, voir Combettes (1977 : 95).
31
Dans notre recherche, ces notions seront abordées selon l'approche topic/comment, qui
est celle dont il est question dans la Functional Sentence Perspective (FSP) ou perspective
fonctionnelle de la phrase, qui est « a theory that predicts how units of information should
be distributed in a sentence and how sentences should be related in a discourse » (Kopple,
1983 : 85). Cette théorie est donc l'assise du concept de répartition de l'information. Selon
la FSP, le thème recouvre « les éléments ayant le plus faible dynamisme communicatif »,
« l'information la moins importante », celle « déjà connue » ou l'information à laquelle le
lecteur peut avoir accès grâce au contexte immédiat ou à sa connaissance du monde [Notre
traduction] (Kopple, 1983 : 85-86). Le rhème, quant à lui, recouvre « les éléments ayant le
plus fort dynamisme communicatif», «l'information la plus importante» ou
« l'information nouvelle » [Notre traduction] : c'est l'apport informationnel du texte,
« [the] information about the theme » (Ibid., p. 85-86).
32
Bien que nous soyons consciente des limites imposées par la distinction information
connue ou nouvelle dans la détermination du thème et du rhème, c'est sur cette distinction
que nous baserons nos explications pour justifier nos impressions de ruptures de cohérence
survenant sur le plan de la répartition de l'information. Elle nous apparaît comme suffisante
pour nous permettre d'émettre un jugement critique sur les ruptures observées.
proposée par Chafe16 de given et de new information, alors que la seconde traite de la
division en un topic/comment.
Ainsi, Gundel souligne que, selon Chafe, l'information connue {given information)
repose sur « what the speaker assumes to be in the addressee's consciousness at the time of
utterance » : c'est une information dite activée (« activated ») (Ibid., p. 75). L'information
nouvelle, pour sa part, {new information), découle de « what speakers assume they are
introducing into an addressee's consciousness by what they say » : c'est une information
dite inactivée (« unactivated ») (Ibid., p. 75). Ces définitions sont centrées sur
« Padlocuté », c'est-à-dire celui qui reçoit et interprète l'information du locuteur (Ibid.,
p. 76). Par ailleurs, selon Gundel, il existe deux possibilités d'activation (où l'information
pourra être connue) : par le contexte suggéré par le texte écrit ou par la situation de
communication, ce qui implique que le locuteur tienne compte de la « connaissance
générale » qu'il partage avec l'adlocuté (Ibid., p. 76). Cette première distinction est ainsi
opérée sur la base « du moment de renonciation » (Ibid., p. 76).
Cette stratégie se fonde sur l'hypothèse que le langage est utilisé avant tout
pour intégrer des informations nouvelles dans une structure de connaissance
préexistante. L'objectif du locuteur est de fournir des informations nouvelles au
destinataire, tandis que celui-ci s'efforce d'intégrer cette information nouvelle à
l'information ancienne existant déjà dans sa mémoire à long terme, (cité par
Leclère, 1979 : 77)
Ainsi, lorsque le locuteur formule son propos, il « présuppose » que Padlocuté connaît une
partie de l'information (le topic): c'est ce que Gundel (1977, dans Leclère, 1979 : 78)
appelle une « activation par la situation » ou « par le contexte précédent ».
De l'analyse de tous ces facteurs ressort un fait crucial dans la détermination du statut
ancien ou nouveau d'une information dans un texte : l'importance du contexte dans lequel
s'inscrit cette information. En effet, une information est considérée connue par rapport à ce
qui a été dit précédemment : elle ne l'est pas de façon intrinsèque. Elle pourrait être
considérée nouvelle dans un autre texte, alors que l'enchaînement des informations serait
35
différent. Il en va de même pour l'information nouvelle, qui est contrainte par la présence
de telle ou telle information déjà présentée.
En français, dans un texte écrit, l'information supposée connue par le lecteur (le thème)
apparaît généralement en tête de phrase. Combettes (1983 : 22) souligne qu'« en ce qui
concerne les langues indo-européennes, [...], la tendance générale [est] de placer les unités
thématiques avant les unités Thématiques; l'ordre Rhème + Thème n'intervenant que dans
des cas particuliers ». Ainsi, l'introduction d'« un élément entièrement nouveau en début de
phrase » entraînerait un « effet de rupture dans les enchaînements thématiques du texte »
(Combettes, 1986 : 71). Riegel et al (2007 : 606) abondent dans le même sens : « On
admet généralement que l'ordre linéaire de la phrase reflète l'ordre de l'information : le
thème est plutôt placé en tête de phrase et suivi par le propos. » Carter-Thomas (2000 : 74-
75), pour sa part, mentionne que comme « dans les langues à sujet, [...] le sujet syntaxique
est généralement antéposé au verbe[,] [...] la corrélation entre thème, sujet syntaxique et
position initiale est répandue »; cependant, elle précise bien que « thème et sujet ne font pas
partie d'un rapport symbiotique » (Ibid., p. 73).
Ainsi, deux énoncés véhiculeront une information différente sur le statut nouveau ou
ancien d'un groupe de mots selon que celui-ci est placé en tête ou en fin de phrase.
Combettes (1983) explique le « rôle de la position d'un élément sur l'axe syntagmatique »
de la façon suivante :
36
Bien sûr, la légitimité d'associer la position initiale au thème est contestable (et
contestée!); il est d'ailleurs possible de lire à cet effet Carter-Thomas (2000 : 74-76) pour
des nuances à ce sujet. Dans notre étude, nous soutiendrons qu'il est préférable de placer
l'information connue en tête de phrase, dans le but d'assurer une progression plus fluide de
l'information, ce qui entraînera l'utilisation de telle structure syntaxique plutôt que telle
autre. C'est d'ailleurs la position qu'adoptent quelques grammaires scolaires qui traitent de
la répartition de l'information (voir chapitre 1, 1.2.3).
A. Forme passive
17
Voir les constatations étonnantes de Riggle à ce sujet (1998 : 86).
37
« complexe » (Ibid., p. 78), ce qui fait dire à Carter-Thomas (2000) que « l'importance [du]
rôle [du passif] dans la structuration thématique ne semble pas avoir été comprise » (p. 79).
En effet, il serait erroné de croire que l'utilisation de la forme passive n'est qu'une
simple question de préférence stylistique ou de choix fait selon des critères sémantiques :
lorsque le scripteur emploie la forme passive, il « imprime un profil communicatif
différent » aux groupes constituant la phrase (Ibid., p. 440). Carter-Thomas (2000) explique
le rôle communicatif du passif ainsi :
Une fonction majeure de la voix passive, bien qu'elle figure rarement dans les
livres de grammaire, semblerait résider dans le fait que le passif permette de
faire correspondre la structure thématique et la structure syntaxique. Autrement
dit, en employant un passif le rédacteur peut thématiser ce qui aurait paru en
position d'objet syntaxique et par conséquent aurait été normalement
rhématique dans une phrase active, (p. 77-78)
En d'autres termes, cela signifie que «[l]e complément d'objet actif, installé dans la
position initiale du sujet passif, devient apte à jouer le rôle de thème discursif [et que]
[simultanément, le sujet actif, devenu complément d'agent à l'intérieur du groupe verbal,
fait partie du propos » (Riegel et al., 2007 : 440). Par exemple, « à la question Est-ce que
Pierre travaille toujours à la mairie? [...], on répondra plus naturellement par Non, il a été
renvoyé que par Non, on/le maire Va renvoyé » (Ibid., p. 440). En effet, dans la première
phrase, l'information connue {Pierre) est placée en position thématique, en tête de phrase,
ce qui maintient l'ordre thème/rhème, alors que dans la seconde, cet ordre est renversé, ce
qui provoque une « rupture thématique » (Ibid., p. 440).
B, Dislocation à gauche
Outre le passif, la dislocation à gauche permet elle aussi la thématisation d'un groupe de
mots. Ainsi, comme le précisent Riegel et al. (2007), « [u]n constituant détaché en tête de
phrase et repris par un pronom joue le rôle de thème »; dans l'exemple « Cette étoile, il ne
se lasse pas de la contempler », « le constituant détaché en prolepse (disloqué à gauche) »,
soit cette étoile, « occupe la place du thème, le reste de la phrase formant le propos »
38
(p. 606 et 427). Ainsi, ce type de structure emphatique permet de placer en tête de phrase,
en position de thème, un élément autre que le sujet grammatical, ici le complément direct
(Ibid., p. 427). Dans la phrase « Maastricht, on en parle depuis des mois » (Ibid., p. 131),
c'est le complément indirect de Maastricht qui est « prom[u] [...] au rôle de thème, en
[étant] nomm[é] hors de la proposition elle-même » (Carter-Thomas, 2000 : 81) grâce au
procédé de dislocation.
La phrase suivante suggérée par Combettes (1983 :41) « La semaine dernière, j'ai
rencontré Richard au cinéma » montre bien que parfois, l'antéposition du complément de
phrase constitue le moyen privilégié d'assurer la progression thématique. En effet, si
quelqu'un pose l'une des quatre questions suivantes au locuteur représenté par y", les
réponses associées à ces questions comprendront toutes le complément de phrase la
semaine dernière en tête de phrase, en position de thème, en « considérant que les éléments
thématiques sont déjà contenus dans la question » :
Selon Riegel et al. (2007 : 504), certaines subordonnées compléments de phrase « font
obligatoirement partie du thème de la phrase » : c'est le cas des subordonnées introduites
par puisque et ses variantes dès lors que, du moment que et comme, de même que si. Les
auteurs expliquent que c'est cet état de fait qui justifie l'impossibilité de créer une phrase
clivée à l'aide de ces subordonnées. En effet, la forme clivée « ne peut s'appliquer qu'à une
information strictement nouvelle (le propos) » (Ibid., p. 508). Ainsi, une telle phrase serait
impossible : « *C'est puisque tu me le demandes que je te le dis. » (Ibid.? p. 508)
S'il est admis qu'on retrouve généralement en position de thème, en tête de phrase, « un
élément déjà évoqué » plutôt « qu'un élément nouveau » (Combettes, 1986 : 71), il existe
par ailleurs certaines structures syntaxiques qui permettent le positionnement en tête de
phrase de l'information nouvelle : c'est le cas de la forme clivée. Halliday (1967, dans
Most et Saltz, 1979 : 89) soutient qu'une phrase clivée servira à introduire une information
nouvelle, au même titre qu'une phrase qui présente un accent d'insistance (« contrast
stress »). Ce « réfèrent nouveau » sera introduit « dans le rhème de la première partie de la
phrase » (Carter-Thomas, 2000 : 82); par la suite, pour assurer une progression thématique
fluide, ce rhème sera repris en position de thème dans la phrase qui suivra. Leclère (1979)
abonde dans le même sens : il suggère qu'il y a « postposition de la majeure partie du
thème » (p. 85) lorsque le locuteur effectue une « mise en vedette » (p. 82) de l'information
nouvelle par l'intermédiaire d'un énoncé emphatique de forme c'est,, que/qui; Riegel et al.
(2007) le confirment : « À la différence du détachement, l'élément focalisé n'est pas le
40
thème de la phrase, mais le propos. » (p. 431) Par exemple, dans la phrase présentée par
Leclère (1979:85) «C'est à lui qu'il faut s'adresser», le rhème correspond à la
proposition est à lui et le thème, à ce... qu'il faut s'adresser. Cet énoncé correspondrait
alors à la question: «À qui faut-il s'adresser?» (voir chapitre 1, 1.2.3 pour d'autres
exemples d'énoncés clivés)
thème/rhème et une précision quant à leur position respective dans la partie consacrée à la
grammaire du texte, dans un sous-thème qui traite particulièrement de la progression de
T information :
Elles donnent un autre exemple un peu plus loin dans leur ouvrage pour illustrer la
thématisation d'un groupe de mots par la forme passive :
Par ailleurs, les auteures précisent, à l'instar de Chartrand et al, (2011), que bien que
l'information connue, c'est-à-dire le thème, soit souvent le sujet de la phrase, ce n'est pas
toujours le cas (p. 325).
Bref, on constate que, selon ces deux grammaires, le groupe occupant la position de
thème recouvre l'information dite connue et se retrouve généralement en tête de phrase.
[...] [la locution « c'est... qui » ou « c'est... que »] désigne clairement, dans un
énoncé, des informations qui sont nouvelles et celles qui sont censées être déjà
connues.
Observons l'énoncé C'est le bal de fin d'année qui aura lieu dans deux mois.
Le c'est de la locution désigne l'information nouvelle comme étant le bal de fin
d'année, et le qui désigne l'élément connu comme étant aura lieu dans deux
mois. C'est pourquoi une personne ne pourrait pas vous dire, par exemple,
« C'est un élève de l'école voisine qui a vandalise ton casier » sans vous avoir
déjà annoncé que votre casier a été vandalise ou sans avoir vérifié si vous étiez
déjà au courant de ce méfait, (p. 335-336)
Chartrand et al. (2011) précisent que la forme emphatique ne sert pas uniquement à
« insister sur une unité de la phrase » : elle joue également un rôle textuel important quant à
la répartition de l'information en thème et en rhème, « [en] facilitfant] le passage d'une
phrase à une autre et [en] assur[ant] la progression de l'information sans rupture » (p. 103).
Ainsi, la forme clivée, tout en permettant d'inverser l'ordre thème/rhème dans un énoncé,
assure le maintien de la continuité thématique en permettant le déplacement en tête de
phrase d'un élément qui, bien que nouveau, est directement lié avec le contexte précédent,
comme dans l'exemple suivant tiré de Chartrand et al. (2011 : 103) : « Voici maintenant le
cratère Copernic. C'est tout près de là que la sonde russe s'est posée. »
44
18
Thème est pris ici au sens large, par extension pour sujet du texte.
19
La distinction thème/rhème en a et b n'est pas apparente à l'écrit; à l'oral, cependant, l'accent d'insistance
du locuteur sur un groupe particulier permettra de distinguer ce qui relève de l'une ou l'autre partie.
45
Ainsi, deux textes différents pourront générer deux phrases ayant un même sens, mais
présentant une répartition thème/rhème différente, si « ce dont il est question » diffère dans
les deux textes donnés. De Villers (2009 : 1312), dans le Multidictionnaire de la langue
française, illustre ce phénomène à l'aide de l'exemple suivant :
Elle explique la différence dans la progression de l'information dans ces phrases en ces
termes :
Les deux phrases ci-dessus ont la même signification, mais elles appartiennent
à deux textes différents : la première fait partie d'un texte qui a pour thème la
tomate et donne comme information nouvelle que celle-ci vient de l'Amérique;
la deuxième fait partie d'un texte qui a pour thème l'Amérique et donne comme
information nouvelle que celle-ci est le lieu d'origine de la tomate. (Ibid., p.
1312)
Ainsi, PI provoquerait un effet de rupture si elle était intégrée dans le texte ayant comme
thème l'Amérique; il en serait de même si P2 était intégrée dans le texte ayant comme
thème la tomate. Bref, pour toute phrase donnée, la détermination du groupe en position de
thème relève bien sûr d'un choix du scripteur, mais est contraint par le contexte.
Si le scripteur ne peut choisir le groupe en position de thème selon son bon vouloir, il ne
peut non plus effectuer une progression thématique aléatoire. Combettes (1983 : 91-101)
s'est intéressé à la question de la progression thématique dans le texte; selon lui, trois
grands types de progression thématique existent : la progression « "linéaire" », « à "thème
constant" » et « à "thèmes dérivés" ».
Autour de l'appartement étaient rangés des escabeaux d'ébène. Derrière chacun d'eux,
un tigre en bronze pesant sur trois griffes supportait un flambeau. Toutes ces lumières
se reflétaient dans les losanges de nacre qui pavaient la salle. Elle était si haute que la
couleur rouge des murailles, en montant vers la voûte, se faisait noire... (p. 93)
Dans cet extrait, on constate que chaque thème reprend une partie du rhème précédent :
Donnant pour la première fois aux journalistes une information sur sa propre personne,
M. Federico Alessandrini a annoncé, mercredi 26 mai, qu'il quittait la direction de la
salle de presse du Vatican. Il sera provisoirement remplacé à ce poste à partir du 3 juin
par le Père Romeo Panciroli, secrétaire de la commission pontificale pour les moyens
de communications sociales. Le nouveau directeur est très proche du secrétaire
particulier de Paul VI, Mgr Macchi. Ce dernier se serait opposé à Mgr Benelli,
substitut de la secrétairerie d'État, pour la succession de M. Alessandrini25. (p. 98)
25
Le schéma de la répartition thème/rhème de cet extrait est disponible dans Combettes (1977 : 98).
47
Mais peu importe le type de texte, cette progression, précise Combettes (1983 :94), « ne
peut, sauf volonté nettement marquée, être maintenu[e] trop longtemps ».
La progression à thème constant, quant à elle, peut être retrouvée dans de plus longs
passages et apparaît incidemment plus fréquemment dans les textes : elle consiste à
conserver le même thème tout au long d'un passage en variant les rhèmes associés, ce qui a
pour effet de « conserv[er] un point d'ancrage » lors de la lecture (Combettes, 1983 : 95).
Combettes (1977) présente un extrait de La Plage de Robbe-Grillet (éd. 10-18, p. 290) pour
illustrer la progression à thème constant :
... le sable jaune de la plage, où marchent côte à côte les trois enfants.
Ils sont blonds, presque de la même couleur que le sable : la peau un peu plus foncée,
les cheveux un peu plus clairs. Ils sont habillés tous les trois de la même façon, culotte
courte et chemisette, Tune et l'autre en grosse toile d'un bleu délavé. Ils marchent côte
à côte, se tenant par la main, en ligne droite, parallèlement à la mer et parallèlement à
la falaise, presque à égale distance des deux, un peu plus près de l'eau pourtant, (p. 98-
99)
Ce type de progression thématique est fréquent dans les textes narratifs, où le scripteur
raconte les actions d'un même personnage.
Le dernier type de progression thématique selon Combettes est celui dit à thèmes
dérivés. C'est le plus complexe; il est d'ailleurs possible de retrouver cette progression
exprimée de différentes façons, sous « des aspects divers » (Combettes, 1983 : 97). Dans
l'exemple qui suit, tiré du journal L'Équipe (25 juillet 1976, p. 1), « les thèmes de chacune
des phrases sont issus d'un "hyperthème", le premier thème du passage » (Combettes,
48
1977 : 99). On retrouve ainsi en position de thème dans des phrases indépendantes les
quelques représentants choisis pour illustrer Phyperthème, soit « plusieurs parmi les
meilleurs Français » :
Plusieurs parmi les meilleurs Français entrent en lice aujourd'hui : Guy Drut, dès les
séries du 110 m haies, retrouvera Casanas et Davenport. Chantai Rega débutera sur
200 m et Marie-Christine Débourse, qui renonce au pentathlon, tentera de se qualifier à
la hauteur. Quant au petit Gomez, admirable de volonté dans sa série du 10 000 m, il
participera aujourd'hui à la finale, (p. 99)
Combettes illustre ainsi le fait que les thèmes prennent leur source dans l'hyperthème :
Pi : Thi (Plusieurs parmi les meilleurs Français) —• Rhx (entrent en lice aujourd'hui)
Les exemples précédents montraient tous des extraits dans lesquels un seul type de
progression était mis de l'avant; dans la réalité, dans un texte long, « il y a toujours
mélange, combinaison des principales progressions déjà observées » (Combettes,
1983 : 104).
1.3 Conclusion
C'est en s'appuyant sur les exigences relatives à l'ordre des mots dans une phrase et sur
les concepts de thème et de rhème (information connue, information nouvelle) que nous
arriverons à déterminer, dans les textes de notre corpus, ce qui constitue ou non une rupture
de cohérence sur le plan de la répartition de l'information. Nous utiliserons alors certaines
structures syntaxiques mentionnées précédemment (forme active ou passive, complément
de phrase en début ou en fin de phrase, forme neutre ou emphatique) pour répartir plus
judicieusement l'information à l'intérieur des énoncés présentant une faiblesse à ce niveau.
49
Le second aspect qui nous intéresse au niveau informatif concerne la hiérarchisation des
éléments d'information, concept auquel Combettes s'est particulièrement intéressé dans de
nombreux ouvrages et articles (ex. 1992, 1994, 1996a, 1996b, 1998). Dans ses recherches,
le linguiste traite notamment de l'opposition des plans, concept sur lequel repose la notion
même de hiérarchisation de l'information.
C'est par le critère de successivité des événements qu'il établit la distinction entre le
premier et le second plan. Ainsi, selon Combettes (1992), il existe « deux types
d'informations dans un texte » :
Ainsi, pour lui, l'information principale, dite de premier plan, sera celle qui fera progresser
le texte, qui s'inscrira dans une succession d'événements; l'information secondaire, elle,
constituera l'arrière-plan du texte, le « décor, l'arrière-scène », d'où son appellation de
second plan. Une information secondaire pourrait être, par exemple, une description d'un
lieu donné, des détails sur un événement ou un commentaire sur une situation.
50
Un convoyeur s'évanouit.
[L]es autres informations {la société qui l'employait, le convoyeur était chargé
d'effectuer... la somme qui a été dérobée mardi correspondrait...), même si
elles comportent une dimension temporelle, ne s'enchaînent pas dans cette
chronologie représentée par le texte : elles se superposent au premier plan ou
constituent des "retours en arrière" par rapport à l'avancée des phrases
narratives, (p. 9-10)
dernière précision introduite par Combettes nous sera particulièrement utile pour juger du
statut d'une information dans les textes argumentatifs de notre corpus : une information
ayant des « répercussions » sur la suite du texte, et par le fait même, autorisant
l'enchaînement de l'énoncé suivant, sera considérée comme étant une information de
premier plan, donc comme une information principale; une information n'ayant pas de
« répercussions » sur la suite du texte, et par le fait même, n'étant pas celle sur laquelle
s'effectue l'enchaînement de l'énoncé suivant, sera considérée comme étant une
information de second plan, donc comme une information secondaire.
Il s'agit en effet de « gérer » la saillance des informations, car celles-ci ne sont pas
« principales » ou « secondaires » de façon intrinsèque.
Prenons l'extrait de texte suivant issu du Guide Vert Michelin (1974 : 89) et présenté par
Combettes (1988), qui traite des églises romanes :
On remarque que dans cet extrait, le but du scripteur est d'enrichir les connaissances
du lecteur à propos des « caractéristiques (baies étroites, mâchicoulis sur arcs, tours
fortifiées) des églises romanes »; ainsi, les informations traitant de la « construction » et de
la « structure » de ces églises seront qualifiées d'informations principales (Ibid., p. 116). Or,
le groupe en italique, soit employé dès le début du XIF siècle dans les édifices méridionaux,
présente une donnée temporelle, ce qui constitue un ajout d'information intéressant, mais
non nécessaire au développement du texte, qui est constitué, rappelons-le, d'informations
principales concernant l'architecture de ces édifices. On devra donc accorder un statut
d'information secondaire au groupe en italique, d'où sa présence à l'intérieur d'une
structure apposée (voir chapitre 1, 2.3 pour des explications supplémentaires sur les
structures syntaxiques permettant le codage au second plan).
Ceci dit, la même information aurait pu, dans un texte qui aurait eu comme objectif de
renseigner le voyageur sur les aspects historiques entourant la construction des églises
romanes, appartenir au premier plan, soit posséder un statut d'information principale. À ce
moment, c'est le groupe verbal remplace avantageusement les mâchicoulis ménagés dans les
hourds de bois qui aurait été présenté en apposition, à l'intérieur d'une subordonnée relative
(structure appartenant au codage de second plan), ce qui aurait donné la phrase suivante,
dans laquelle la hiérarchisation des informations aurait été tout à fait appropriée, étant
donné le contexte différent : « Ce procédé, qui remplace avantageusement les mâchicoulis
ménagés dans les hourds de bois, est employé dès le début du XIIe siècle. » (Ibid., p. 116)
Ainsi, lorsque vient le temps de présenter les informations à l'intérieur d'une phrase, le
choix de l'information qui se retrouve dans une structure apposée dépend de la valeur que
53
Prenons par exemple les deux phrases suivantes présentées dans Gagnon et
Chamberland (2010 : 80) :
Comme on peut le constater, la saillance accordée à une information est étroitement liée
à la structure syntaxique dans laquelle cette information apparaît. On peut également
l'interpréter inversement : la structure syntaxique dans laquelle une information apparaît lui
procure, ou non, une certaine saillance, d'où l'importance, pour un scripteur, de présenter
20
La notion de subordination recouvre toute proposition « "indépendante" » qui se retrouve sous la
dépendance d'une autre (Combettes, 1992 : 89) (voir le point [Link] pour plus de détails).
26
Source : Reporters sans frontières, Solidarité Chine et le Comité de soutien au peuple tibétain, « Au nom
des droits de l'homme, non à la candidature de Pékin aux J.O en 2008 », mémoire soumis au Comité
international olympique, Paris [affichage original : [Link] 11
juin 2001], reproduit par François-Pierre Gingras, [Link]
rsfhtml, Cybermétho, 18 octobre 2007.
54
une information donnée dans la structure syntaxique qui lui procurera la saillance souhaitée
en fonction du contexte immédiat dans lequel la phrase s'inscrira.
27
Puisque les nominalisations ne seront pas traitées dans notre étude, nous n'en ferons pas état ici. Notons
tout de même que les nominalisations appartiennent au second plan parce qu'elles introduisent souvent une
explication, un commentaire (Combettes, 1992 : 101).
55
de la phrase (Ibid., p. 90-91). Il n'y a pas de successivité entre les propositions : on parlera
plutôt d'un effet d'antériorité ou de simultanéité. Le court extrait suivant montre bien que la
subordonnée complétive appartient au second plan par le caractère hypothétique qu'elle
revêt (G. Sand, La Petite Fadette, Le Livre de Poche, p. 51, citée par Combettes, 1992 :
90) : « Alors il eut le coeur gros, et s'imagina que quelque malheur avait dû arriver ce jour-
là à son besson, et il courut28... »
Toujours selon Combettes, la subordonnée relative apporte de son côté des précisions
sur le groupe nominal réfèrent. Elle présente surtout des « "états" », ce qui la place
naturellement au second plan (Ibid., p. 93). Si elle fait référence à des événements, un
rapport de simultanéité ou d'antériorité sera créé, ce qui la placera également au second
plan. Ainsi, dans la séquence « II entra; il regarda autour de lui; il prit le livre qui se trouvait
28
C'est nous qui soulignons dans tous les exemples de cette section (2,3.1).
56
sur la table; il le feuilleta... », la proposition à l'intérieur d'une relative qui se trouvait sur la
table donne une précision sur la position du réfèrent nominal le livre; il aurait été incongru
de placer cette information au premier plan (« *le livre qu'il prit se trouvait sur la table »)
(Ibid., p. 124).
Mais on peut également étudier l'opposition des plans dans les constructions détachées
en conservant le « critère "temporel" de successivité des événements » (Ibid., p. 94). Pour
Combettes (1992 : 95-96), le participe présent3Oet passé, ainsi que l'apposition adjectivale
ou nominale, appartiennent naturellement au second plan puisqu'ils se placent dans un
rapport de simultanéité avec le verbe principal. Les deux exemples suivants de Combettes
(1988) montrent bien cette réalité :
Dans l'exemple qui suit, les « participes marquent [...] un résultat, un état consécutif à
une action » (Combettes, 1992 : 96); ces « états » peuvent être considérés simultanés à
l'action de résigner : « Avant ainsi achevé sa tâche et rendu la paix à la Sicile épuisée par
29
Pour Combettes, une apposition est une CD lorsqu'elle s'apparente à une construction avec avoir ou
lorsqu'elle est une construction participiale ayant son propre GN sujet. Étant donné le cadre de cette
recherche, nous ne ferons pas cette distinction; nous considérerons donc que l'apposition est une CD.
30
Combettes utilise plutôt les termes « forme simple et composée » pour traiter des deux types d'appositions
participiales.
57
vingt ans d'anarchie, Timoléon résigna en 337 la magistrature suprême qui lui avait été
conférée... » (F. Chamoux, La Civilisation grecque, Arthaud, p. 115, cité par Combettes,
1992 : 96) Même lorsqu'il correspond à une antériorité, le participe présent place quand
même l'apposition au second plan puisqu'il sort de la chaîne des événements de premier
plan, tel que le montre l'exemple suivant (Ibid., p. 114, cité par Combettes, 1992 : 95-96) :
« Ce fut le début d'une période de troubles où l'Empire syracusain, passant de main en
main, se désagrégea. Denys lui-même, revenu au pouvoir en 347, fut impuissant à le
restaurer. »
Une grammaire traite quelque peu de cette dimension : celle de Boulanger et al.
Construire la grammaire (1999), dont la partie sur la cohérence textuelle a été rédigée par
Pépin. Pour Pépin, il existe « trois statuts hiérarchiques des énoncés dans un texte » : la
dominance, la subordination et la coordination (p. 311). Ainsi, « [p]our qu'un texte soit
cohérent, [...] le lecteur doit être capable de déterminer quels énoncés sont dominants ou
subordonnés et, parmi les dominants ou les subordonnés, lesquels sont coordonnés, c'est-à-
dire ont le même statut hiérarchique » (p. 278). Selon Pépin, « plusieurs énoncés dominants
peuvent être coordonnés2*1 entre eux, de la même façon que plusieurs énoncés subordonnés
peuvent être coordonnés entre eux » (p. 311).
5 : Dans les côtes de la Gaspésie, par exemple, elle peut ruiner les mollets trop
mous.
On peut constater que l'angle selon lequel Pépin aborde la question de la hiérarchisation
des énoncés d'un texte diffère du nôtre et rejoint celui de Combettes : Pépin aborde la
notion de hiérarchie sous l'angle du texte dans son ensemble, donc au niveau global, à
31
C'est Pépin qui souligne.
59
l'instar de Combettes, alors que nous nous attardons à cette notion au niveau local, par
l'alternance juxtaposition/coordination et subordination selon la saillance à accorder aux
informations (idée principale ou secondaire) en fonction du contexte.
2.5 Conclusion
Combettes (1992:31) montre que l'opposition entre les plans ne relève pas d'une
simple question de syntaxe, mais bien du domaine textuel : c'est le contenu même du texte
qui justifie le fait d'accorder telle ou telle saillance à une information donnée. Tel que
démontré dans l'exemple traitant des églises romanes, le déplacement d'une information
dans l'autre plan ne causera pas d'agrammaticalité, mais il nuira peut-être à la cohérence du
passage concerné (Ibid., p. 31). Le scripteur se doit donc d'accorder une saillance
appropriée aux éléments d'information de son texte, à l'intérieur même d'une phrase. Il doit
être en mesure d'alterner entre structures syntaxiques subordonnées et juxtaposées (ou
coordonnées) pour que les différentes informations de son texte aient une saillance
adéquate. S'il ne le fait pas de façon efficace, une impression de rupture de cohérence
pourra surgir. C'est sur ce type de ruptures, c'est-à-dire les défauts de cohérence sur le plan
de la gestion du statut d'idée principale ou secondaire des éléments d'information à
l'intérieur d'un énoncé ou d'une séquence d'énoncés, que portera notre étude, en plus des
ruptures déjà évoquées, soit celles sur le plan de la répartition de l'information. Terminons
en insistant sur le fait que bien que nous distinguions les concepts de répartition et de
hiérarchisation des informations, ceux-ci sont intimement liés, comme nous le verrons au
chapitre 4.
CHAPITRE 2
ETAT DE LA QUESTION
61
ÉTAT DE LA QUESTION
La voix passive sera privilégiée dans ce cas puisqu'elle permet de maintenir en position de
thème (en tête de P3) l'élément connu « le tableau », ce qui assure une progression textuelle
62
plus efficace (p. 79). Les structures syntaxiques qui permettent une organisation différente
de l'information en thème-rhème selon le contexte sont entre autres la phrase active ou
passive, la phrase neutre ou emphatique et le complément de phrase en tête ou en fin de
phrase (p. 79).
En subordonnant une phrase à l'autre, il est possible de générer les deux phrases
grammaticales suivantes : P3 « Cet événement, qui avait bouleversé l'opinion publique
chinoise et internationale, n'a jamais été reconnu par les autorités » et P4 « Cet événement,
qui n'a jamais été reconnu par les autorités, avait bouleversé l'opinion publique chinoise et
internationale. » Du point de vue de la syntaxe, les deux phrases sont tout à fait
acceptables; d'un point de vue textuel, une seule de ces phrases sera jugée appropriée dans
un contexte donné. Par exemple, dans l'extrait suivant :
Comme vous pouvez le constater, la répression n'a jamais cessé depuis le massacre de la
place Tianenman de 1989. .
63
Celles-ci nient la mort de plus d'un millier d'étudiants et d'ouvriers pacifistes sur les
principales artères de Pékin.
Gagnon et Chamberland (2010) sont sans doute les premières à poser explicitement une
telle division en ce qui a trait à la cohérence informative; cependant, Pépin (1998) avait
déjà soulevé l'existence de ruptures de cohérence en lien avec la répartition en thème et en
rhème, le choix d'une structure syntaxique coordonnée ou subordonnée et la gestion du
statut d'une information nouvelle ou ancienne. Il nous semble donc intéressant de faire une
place particulière à l'étude de Pépin (1998), son approche n'étant pas si éloignée de celle
que nous souhaitons utiliser; elle présente en effet « une typologie des défauts de cohérence
textuelle » (p. XI) issue de l'analyse de 90 textes d'étudiants rédigés en français et
provenant de deux corpus.
Le regard que Pépin porte sur les « défauts qui nuisent à la continuité thématique »
(p. 39), qu'elle classe dans la catégorie « récurrence », suggère l'idée que des ruptures de
cohérence peuvent survenir lorsque les procédés de reprise du thème ne sont pas adéquats.
Elle présente quelques cas dans lesquels le procédé de récurrence n'est pas appliqué, est
appliqué partiellement ou de façon maladroite, ce qui nuit à la bonne continuité thématique
(p. 39). Nous ne nous attarderons pas à ces phénomènes, car nous les classons, à l'instar de
Gagnon, dans la catégorie des ruptures de cohérence sur le plan de l'arrimage référentiel, et
non informatif
64
Dans un autre chapitre, Pépin s'attarde aux « défauts d'étagement (ou de hiérarchisation)
[...] dans Pinterphrases [sic] » (p. 73). Trois problèmes présentés dans ce chapitre ont un
certain lien avec la question de la hiérarchisation et de la répartition des informations telle
que nous l'entendons. Le premier est celui qu'elle décrit comme les « problèmes dans
l'ordre de présentation et la coordination des informations (informations compétitives) »
(p. 75). Ce défaut de cohérence textuelle concerne la difficulté qu'éprouvent certains
scripteurs à établir correctement la « structure hiérarchique d'un ensemble », c'est-à-dire à
déterminer quel élément domine quel autre et lequel est subordonné ou coordonné à tel
autre élément (p. 75) (pour une explication de la dominance, de la coordination et de la
subordination du point de vue de Pépin, voir chapitre 1, 2.4). L'exemple 118 fourni par
Pépin illustre un défaut de cohérence reposant sur une gestion inappropriée du statut
hiérarchique des propositions du texte; un réaménagement des informations s'impose
«afin de bien faire ressortir chacune des deux conséquences de l'exemple 118 », soit en
« les rend[ant] contiguës et [en] les coordonnant] à l'aide d'un connecteur » :
1
Les mots en italique constituent des commentaires ajoutés par Pépin.
65
l'ordre des mots, comme l'antéposition du complément de phrase, sera parfois nécessaire.
Ainsi, dans la séquence « Hier, Michel a joué au football. Il ira nager demain », il serait
préférable de déplacer le complément de phrase demain en tête de phrase pour respecter le
principe du parallélisme syntaxique. Pépin explique l'utilité de ce changement ainsi :
C'est ainsi que l'ensemble cité plus haut recouvrera son unité si l'on dit « Hier,
Michel a joué au football. Demain, il ira nager », où les deux phrases répondent
à la même question implicite « Qu'a fait ou que fera Michel tel et tel jour? ».
Dans ce cas, on aura mis les termes comparables des deux phrases (qui, fait
quoi, quand) dans le même rapport hiérarchique en modifiant l'ordre des mots
de l'une des phrases, (p. 81)
Ainsi, dans l'extrait de texte qui suit, il serait préférable, d'après Pépin, d'inverser l'ordre
des propositions de P3 afin que P3 réponde, à l'instar de PI et P2, à la question
« Qu'arrive-t-il aux gens qui ne possèdent que leur secondaire 5? » :
PI Les gens qui ne possèdent que leur secondaire 5 ont nettement plus de difficulté à
se trouver un emploi. P2 De plus, ils sont souvent rémunérés au salaire minimum et se
retrouvent souvent avec des emplois temporaires. P3 Enfin, ils ne peuvent penser
accéder à un emploi supérieur s'ils ne veulent pas retourner sur les bancs de l'école.
[Inverser comme suit l'ordre des propositions de P3 : « Enfin, s'ils ne veulent pas
retourner sur les bancs de l'école, ils ne peuvent penser accéder à un emploi
supérieur2 »]. (p. 82)
1
Suggestion de Pépin.
66
qui amène l'inertie de... P3 Ainsi... [Les expressions soulignées sont nouvelles, dire :
« mais son utilisation abusive amène l'inertie de...3».] {p. 83)
Une fois cette première étape franchie, l'analyse thématique a pu être effectuée
efficacement. Pour ce faire, Carter-Thomas a d'abord divisé chaque énoncé en un thème et
Suggestion de Pépin.
67
en un rhème, puis a tenté de décrire la progression thématique dans chaque extrait. Cette
démarche lui a permis d'en arriver à un classement « visant à cerner les principales
difficultés constatées au niveau de l'organisation thématique des textes constituant [l]e
corpus » (p. 185). Ce classement comprend quatre grandes catégories : « les difficultés dans
l'identification des thèmes », « les rhèmes insuffisamment accentués », « le non-respect du
contrat "donné/nouveau" » et « la progression thématique illogique » (p. 219-244).
Dans la première catégorie, soit les difficultés en lien avec l'identification du thème,
Carter-Thomas observe d'abord que certaines maladresses peuvent reposer sur des
« connaissances non partagées » (p. 220) à la fois par le lecteur et le scripteur. Elle donne
l'exemple d'un scripteur qui traite subitement de fréquences (frequencies) sans avoir établi
au préalable les liens qui auraient permis au lecteur de comprendre la relation entre
« fréquences » et straight lines :
Carter-Thomas identifie ensuite « les problèmes de coréférence » (p. 222) comme faisant
partie de la première catégorie de difficultés d'organisation sur le plan thématique. Ce type
de problème surgit lorsqu'un réfèrent n'est pas facilement identifiable, par exemple
lorsqu'il y a ambiguïté entre deux referents possibles, comme dans l'extrait suivant où il est
question dans le contexte antérieur des orbites de satellites LEO et GEO :
One of the most important advantages of these orbits is the lower transmission power
needed, (p. 224)
II est ici impossible d'établir ce que représente l'anaphore these orbits : celles de type LEO
ou GEO?
Enfin, Carter-Thomas identifie « l'introduction d'un thème "nouveau" » (p. 230) comme
difficulté potentielle sur le plan de l'organisation thématique. Elle présente quelques
4
C'est Pauteure, soit Carter-Thomas, qui souligne dans tous les extraits présentés dans ce résumé.
68
extraits dans lesquels le scripteur n'introduit pas efficacement le nouveau thème, ce qui
déroute le lecteur, comme dans le cas suivant où le « changement de direction », soit
l'introduction d'un thème nouveau, aurait pu être indiqué au lecteur par l'ajout en P2, par
exemple, du connecteur however :
PI5 Mobile satellite Systems appeared in 1976 and [...] their performance is constantly
improving. P2 Increasing demand and [...] an eventual geographical extension of the
network [...] plus use of small, light terminals will involve the development of new
systems, (p. 232)
For this reason, a lot of companies are proposing to group LEO satellites and
terrestrial systems, convinced that this is the answer to low cost [...] and high quality.
(p. 239)
Pour accorder une saillance plus appropriée à la proposition soulignée, il serait préférable
de la déplacer « immédiatement après le sujet qu'elle qualifie » (p. 239) afin de redonner à
la proposition are proposing to group LEO satellites and terrestrial systems son statut de
rhème propre :
For this reason, a lot of companies, convinced that this is the answer to low cost [...]
and high quality, are proposing to group LEO satellites and terrestrial systems.
(p. 239)
' C'est nous qui ajoutons PI, P2, etc. pour les besoins de ce résumé.
69
PI In the picture under study the number of details is negligible. P2 However there is
an abundance of straight lines, particularly horizontal ones; P3 and as a result
frequencies are higher in the vertical domain. P4 Coding techniques can take into
account these characteristics, (p. 242)
[...] These characteristics can be taken into account by the use of coding techniques.
(p. 243)
(Thl) Nowadays, the widespread use of computers and digital data processing has
boosted the increasingly important field of image treatment. (Th2) Indeed, computers
transmit and store more and more data, but we must not forget that [...] (p. 244)
seulement du thème {computers) que le scripteur effectue son enchaînement, ce qui nuit à la
perception du propos (p. 244).
Rousseau a déterminé d'abord si les énoncés des 177 textes reçus dans le cadre des trois
périodes d'analyse différentes respectaient les règles de progression linéaire, à savoir si le
rhème d'une phrase devenait bien le thème de la suivante, puisque ce type de progression
thématique constitue le modèle privilégié pour le genre de texte que les étudiants devaient
produire (p. 74). Si un énoncé semblait respecter ce principe, mais qu'« une sensation de
rupture » surgissait tout de même, Rousseau recourait à la grille de Carter-Thomas pour
confirmer la présence d'une rupture de cohérence, le cas échéant (p. 73). Elle a pu ainsi
établir « un taux de réussite de la progression thématique » pour chacun des textes (p. 73).
Par la suite, Rousseau a sélectionné 26 textes selon deux sous-groupes (moyens-forts et
faibles) et a identifié précisément les défauts de cohérence survenant sur le plan thématique
dans cet échantillon (p. 100) en se basant sur la grille des ruptures de cohérence de Carter-
Thomas6 (2000). Elle a pu alors observer les différences de fréquence d'apparition des
défauts relevés entre le prétest et les deux post-tests effectués selon le degré d'habileté des
étudiants ainsi que leur appartenance au groupe témoin ou à l'un des groupes
expérimentaux.
' Voir chapitre 2, point 3 pour de plus amples détails sur cette classification.
72
L'étude de Riggle (1998) porte sur les raisons qui ont poussé 28 scripteurs appartenant à
la U.S. Air Force à utiliser la forme active ou passive dans les textes qu'ils rédigent dans le
cadre de leurs fonctions. Pour former son corpus, Riggle a réuni 185 documents rédigés par
l'ensemble des participants dans le cadre de leur travail. Il a ensuite isolé toutes les phrases
des documents et a identifié le type de verbe dans chacune d'elles « whether they were
active voice, agentless passive voice, agentfulpassive voice, intransitive, or imperative », et
ce, dans le but d'établir la fréquence d'utilisation des verbes passifs et actifs (p. 91).
Par la suite, Riggle a choisi un des documents fournis par chaque participant dans le but
d'interroger son auteur sur l'utilisation de la forme active ou passive dans six phrases
préalablement sélectionnées. Les phrases sélectionnées étaient accompagnées de la phrase
active ou passive correspondant à la phrase originale (si celle-ci était passive, on présentait
aussi la forme active et vice versa) ainsi que d'une ou deux phrases présentant «des
variations stylistiques ou grammaticales par rapport à la phrase originale7» (p. 115) de
façon à créer un choix de deux à quatre réponses. Ces nouvelles phrases étaient formulées
de façon à répondre à deux critères présentés par les guides d'écriture comme étant les plus
7
Pour les parties 5 et 6 de ce chapitre, les citations sont le fait de notre traduction.
73
pertinents pour justifier l'utilisation de la forme active ou passive : les phrases devaient
permettre au scripteur d'invoquer soit « l'importance de nommer l'agent », soit la nécessité
de maintenir le « topic-comment flow », c'est-à-dire d'assurer une répartition adéquate entre
information nouvelle et connue (p. 93). Le document modifié que les participants
recevaient était accompagné de cette consigne : « Mark the option that is most acceptable
to you; the option you choose could be your original sentence. I will then ask you to
explain why you chose each option, » (p. 114)
Après l'analyse des données, la première conclusion de Riggle est que le rapport entre
les verbes au passif et les verbes à l'actif est de 1 sur 2 (p. 96). Sa deuxième conclusion
porte sur les motivations des scripteurs. Les principales raisons qu'ont données les
scripteurs pour justifier l'utilisation de la forme passive plutôt qu'active sont les suivantes :
il n'était pas nécessaire de nommer l'agent (le locuteur se base sur ce que sait le lecteur ou
sur ce qu'il devrait savoir), ce choix relève d'une préférence personnelle, ce choix relève de
la volonté de mettre un mot ou groupe de mots en relief (bien que cette raison soit invoquée
davantage pour justifier l'utilisation de la forme active), l'utilisation de la forme passive
« sonnait » mieux et la formulation était plus concise et directe (p. 110-111). Le type de
texte à écrire et les exigences organisationnelles ont également été mentionnés pour justifier
l'utilisation d'une forme plutôt que l'autre. Certains scripteurs ont aussi invoqué la
nécessité de « maintaining the flow of given and new information », c'est-à-dire
«maintaining functional sentence perspective» (p. I l l ) ; cette justification n'apparaît
cependant pas dans les raisons les plus souvent mentionnées. Il semble donc que la
nécessité de maintenir une répartition appropriée des informations nouvelles et des
informations connues ne soit pas la préoccupation première d'un scripteur lorsque vient le
temps pour ce dernier de choisir la forme active ou passive. Une certaine méconnaissance
du rôle joué par la forme active et passive dans la répartition en thème-rhème semble donc
subsister, du moins chez ces scripteurs.
74
Most et Saltz, pour leur part, se sont intéressés aux indices permettant à l'auditeur ou au
lecteur d'identifier l'information nouvelle dans la phrase. Leurs hypothèses de recherche
reposent sur la théorie du dynamisme communicatif à propos de l'ordre des mots, qui
suggère que « "le locuteur commence par ce qui est connu et poursuit avec ce qui est
nouveau" » (Mathesius, 1975, dans Most et Saltz, 1979 : 89), ainsi que sur le principe selon
lequel la présence d'un accent d'insistance permet la reconnaissance de l'information
nouvelle.
Le premier test effectué par Most et Saltz tentait donc de vérifier si « la présence de cet
accent incitait les participants à l'étude à identifier l'information en relief comme
nouvelle » (p. 90). Pour ce faire, les participants, 32 étudiants universitaires, ont entendu 16
phrases actives ou passives présentant un accent d'insistance sur l'agent ou l'objet. Par
exemple, le groupe de participants A entendait une phrase donnée sous sa forme active avec
une mise en relief de l'agent (The PITCHER threw the ball) alors que le groupe D l'entendait
sous sa forme passive avec un accent d'insistance sur l'objet (The BALL was thrown by the
pitcher) (p. 91). Les participants devaient tenter de « s'imaginer que les phrases qu'ils
entendaient étaient la réponse à une question »; leur tâche consistait à écrire quelle aurait pu
être cette question (p. 91). Dans l'exemple donné, la question sous-entendue aurait pu être :
Who threw the ball? (A) ou What did the pitcher throw? (D)
Les résultats de ce test montrent que la présence d'un accent incite bel et bien les
auditeurs à identifier l'information en relief comme nouvelle : les participants tendaient en
effet à écrire une question ayant comme réponse l'élément mis en relief (tel qu'illustré ci-
dessus). Most et Saltz soulignent par contre un fait intéressant : « les phrases actives dans
lesquelles l'accent d'insistance était placé sur l'objet (The pitcher threw the BALL) étaient
moins efficaces pour transmettre l'information nouvelle (56.3 %), soit la réponse à la
question, que les phrases passives dans lesquelles l'accent d'insistance était placé sur
75
l'objet {The BALL was thrown by the pitcher) (64.8 %) » (p. 92), ce qui est plutôt contraire à
ce qui était attendu. En effet, on aurait pu croire que les auditeurs identifieraient plus
facilement l'information comme étant nouvelle quand celle-ci était à la fois marquée d'un
accent d'insistance et placée en fin de phrase, donc lorsque dynamisme communicatif et
accent s'allient (p. 92); or, ce n'est pas ce qui semble se produire.
Le deuxième test effectué par Most et Saltz visait à vérifier si, dans une phrase écrite,
« en l'absence d'un accent d'insistance, les participants identifient le dernier élément d'un
énoncé comme étant l'information nouvelle», tel que le laisse présager la théorie du
dynamisme communicatif (p. 90). Ainsi, les participants au test ont lu huit phrases écrites à
la forme active et autant à la forme passive pour un total de 16 phrases, la consigne étant
d'écrire la question la plus probable à la réponse donnée, tel que demandé au premier test.
Les résultats montrent que les lecteurs ont identifié le dernier élément d'une phrase passive
comme une information nouvelle dans une proportion de 70.8 % ; cette proportion chute à
41.7 % pour la phrase à la forme active (p. 93).
Bref, cette étude suggère que la présence d'un accent d'insistance, à l'oral, permet bel et
bien l'identification d'une information nouvelle; cependant, elle ne permet pas d'affirmer
que l'ordre des mots, à l'oral ou à l'écrit, a un impact réel sur l'identification de
l'information nouvelle. Ceci dit, il convient de rappeler que les résultats des expériences
menées par Most et Saltz reposent sur une réflexion menée sur des énoncés isolés
seulement; on peut présumer que si ceux-ci avaient été mis en contexte, les résultats
auraient été tout autres. Par exemple, la même étude aurait pu être menée en demandant aux
participants de faire suivre une PI d'une P2, à l'intérieur d'un très court paragraphe. On
peut penser alors que l'ordre des mots aurait joué un plus grand rôle dans l'identification de
l'information nouvelle.
7. Conclusion
Cet aperçu —que nous savons non exhaustif étant donné l'étendue du champ de
connaissances à couvrir-des études entourant la question de la gestion de l'information,
76
tant sur le plan de la répartition que de la hiérarchisation des éléments d'information, nous
permet d'entrevoir l'éventail des angles sous lesquels peut être analysée cette
problématique. La perspective qui nous intéresse, soit celle de l'analyse des ruptures de
cohérence survenant dans des textes écrits en français par des étudiants universitaires,
recèle encore de nombreuses zones d'ombre sur lesquelles nous pensons qu'il est utile de
nous pencher. Analyser les manifestations d'incohérence sur le plan informatif permettra
non seulement de mieux baliser le fonctionnement de l'arrimage informatif, mais rendra
également envisageable la création de pistes didactiques intéressantes.
CHAPITRE 3
ANALYSE
78
ANALYSE
1. Corpus
Le corpus utilisé dans le cadre de cette recherche est constitué de 39 textes argumentatifs
écrits en français dans le cadre du cours de Rédaction I par des étudiants universitaires
québécois provenant de divers programmes. Les étudiants avaient reçu comme consigne
d'écrire un texte argumentatif sur un sujet imposé en étayant leur opinion à l'aide des
informations recueillies dans les textes sources remis par l'enseignant. Douze de ces textes
portent sur l'accès aux renseignements personnels, douze autres sur l'effet des nouvelles
technologies de l'information et des communications sur les relations interpersonnelles et
quinze sur l'utilisation du secteur nucléaire pour combler les besoins énergétiques du
Canada.
79
Tous les textes, d'une longueur d'une page et demie à trois pages à double interligne, ont
été écrits à l'aide d'un traitement de texte; nous n'avons donc pas eu, tout au long de notre
recherche, à retranscrire les extraits sélectionnés.
2. Méthode d'analyse
La première étape de l'analyse du corpus a consisté à lire tous les textes des étudiants et
à faire un premier repérage des ruptures de cohérence les plus évidentes sur le plan de la
répartition et de la hiérarchisation des informations. Nous avons cherché, par exemple, des
erreurs flagrantes dans la répartition en thème et en rhème dans une proposition ou des cas
d'emploi inapproprié du procédé de subordination ou de juxtaposition selon le statut des
informations (idée principale ou secondaire). Une seconde lecture nous a permis de repérer
les cas qui nous avaient échappé de prime abord.
À la suite d'une observation attentive de tous les cas relevés, nous avons classé ceux-ci
selon qu'ils présentaient un problème de cohérence sur le plan de la répartition ou de la
hiérarchisation de l'information et selon leur degré apparent de pertinence. Ces cas ont été
ensuite soumis à notre directrice de recherche, madame Odette Gagnon, qui a confirmé la
validité des problèmes repérés.
Nous avons ensuite sélectionné les cas les plus représentatifs de la problématique que
nous souhaitions illustrer, lesquels se retrouvent dans 20 textes du corpus, et nous en avons
fait une analyse approfondie dans le but de faire ressortir les diverses contraintes
syntaxiques et textuelles qui jouent un rôle dans la question de la cohérence informative.
Nous présentons cette analyse détaillée au point 3.
Les extraits qui suivent proviennent de textes d'étudiants universitaires, tel que
mentionné précédemment. Pour des raisons évidentes d'espace, nous avons dû nous limiter
à la retranscription des passages correspondant au contexte que nous jugions nécessaire à
80
Nous avons aussi pris l'initiative de corriger, à l'intérieur de notre correction seulement,
les erreurs d'orthographe ou de ponctuation commises par le scripteur de même que de
modifier légèrement la syntaxe initiale pour faciliter la compréhension d'un passage,
lorsque nécessaire seulement. Nous tenons également à préciser que, bien que nos
suggestions visent uniquement l'amélioration de l'arrimage informatif, nous avons dû, à
quelques occasions, faire des modifications touchant d'autres niveaux d'arrimage pour
améliorer la fluidité du passage en question. Nous avons signalé ces changements dans une
note de bas de page.
Nous souhaitons finalement préciser que les extraits présentés dans ce chapitre sont
identifiés de la façon suivante : deux lettres identifient le thème auquel ils correspondent,
soit PR pour les textes portant sur l'accès aux renseignements personnels et EN pour les
textes traitant de l'utilisation de l'énergie nucléaire, suivies d'un numéro à deux chiffres
attribué de façon aléatoire identifiant le texte dans le corpus. L'absence d'un code pour les
textes portant sur les technologies de l'information et des communications s'explique
simplement par le fait que nous n'avons pu déceler dans ces textes aucune rupture
pertinente dans l'arrimage informatif. Nous reviendrons sur ce fait plutôt étonnant au
chapitre 4.
81
PI Tout d'abord, on sait qu'il existe plusieurs accords d'échanges d'informations entre
les entreprises mais ceux-ci existent aussi dans notre gouvernement. P2 Plus de 35
ententes existent entre la SAAQ, le MRQ, la RAMQ, la RRQ et le MSS. P3 Dans le
cas des entreprises privées, le décompte et trop difficile à effectuer. P4 Ces types
d'ententes ne doivent tout simplement pas exister pour la simple et bonne raison
qu'elle sont nuisibles aux citoyens. P5 Pierrot Péladeau, spécialiste de l'éthique,
explique qu'il y a création d'un double de nous même. P6 Souvent, plusieurs
décisions importantes peuvent être prises par une banque, un employeur ou un
propriétaire de logement à partir du double auquel les informations peuvent être
modifiées par n'importe qui. P7 De plus, selon Georges Radwanski, commissaire à la
protection de la vie privée au Canada, les gens donnent de l'information facilement par
l'entremise du téléphone, du guichet, de la carte de crédit et de divers concours sans
savoir ou iront les informations. P8 Voilà pourquoi je suis en désaccord avec la loi
actuelle qui est trop permissive. P9 La loi doit être renforcée en matière de protection
et le citoyen doit avoir un moyen de voir le contenu et le déplacement de son dossier.
P10 Pour ce faire, je partage grandement la solution de madame Nicole Fontaine qui
est présidente de l'office de la protection du consommateur. P l i Je pense aussi que
des normes de pratiques commerciales mondiales sur internet doivent être
sévèrement appliquées par une loi. P12 Je crois également que le gouvernement
du Québec doit créer un site internet pour les citoyens où un dossier de leurs
informations personnelles s'y trouvera. [...]
Ce texte d'étudiant laisse entrevoir quatre problèmes de cohérence informative, soit trois
cas de maladresses dans la répartition de l'information et un cas de hiérarchisation de
l'information inappropriée. Le premier problème que nous avons décelé touche la
répartition de l'information dans P6? plus particulièrement le choix de la forme active ou
passive. En effet, étant donné que, dans la séquence P1-P5, il est question des ententes
d'échanges d'information entre organismes et de la création d'un double, il serait préférable
d'enchaîner en P6 avec, en tête de phrase, des exemples d'entreprises qui peuvent
bénéficier de cet échange de données et de la présence de ce double. En procédant de la
82
sorte, on place une information connue en position de thème, ce qui respecte le principe de
dynamisme communicatif qui veut qu'une information ayant le moins de poids
informationnel soit présentée en début de phrase. Il faudrait donc utiliser plutôt la forme
active pour placer les GN « une banque, un employeur ou un propriétaire de logements » en
position de thème, tel que présenté dans la phrase suivante :
Par la suite, nous pouvons constater la présence d'un problème de hiérarchisation doublé
d'un problème de répartition de l'information dans PI 1 et P12. Pour ce qui est du problème
de hiérarchisation, celui-ci semble né de la difficulté du scripteur à gérer efficacement le
discours rapporté. En effet, dans PIO, ce dernier mentionne qu'il « partage grandement la
solution de madame Nicole Fontaine » en matière de protection des renseignements
personnels et présente en PI 1 et PI2, en les exprimant à la première personne du singulier
(«je »), deux recommandations pour augmenter la sécurité des informations privées sur le
réseau Internet. Or, le contexte annoncé par PIO porte à croire que ces recommandations
proviennent de Mme Fontaine et non du scripteur lui-même, d'où la nécessité de
subordonner P l i ainsi que P12 à PIO pour bien montrer que ces informations sont en fait
une explicitation des solutions proposées par Mme Fontaine et non de nouvelles idées
principales faisant l'objet d'un développement subséquent.
Par ailleurs, un problème de répartition de l'information doit du même coup être résolu
pour rétablir la cohérence informative de ce passage constitué de PI 1 et PI2. En effet, dans
P l i , on peut s'interroger sur le choix de la forme passive plutôt qu'active qui place l'idée
d'une loi en position de rhème alors que la question de la réglementation était abordée tout
au long de P8 et P9, ce qui logiquement devrait inciter le scripteur à maintenir cette idée en
position de thème en P l i . De plus, sémantiquement, il est difficilement concevable
d'admettre que des normes de pratique puissent « être sévèrement appliquées par une loi ».
83
Notons que pour éviter un emploi abusif de la relative en « qui », il est préférable de placer
le groupe « présidente de l'office1 de la protection du consommateur » à l'intérieur d'une
apposition nominale.
Le dernier problème que nous croyons devoir soulever est un problème de répartition de
l'information à l'intérieur de PI5. En effet, le groupe «le gouvernement» devrait se
trouver en tête de la première proposition de PI5, en position de thème, tel qu'il est
d'ailleurs présenté dans la proposition coordonnée qui suit « le gouvernement doit faire un
site web avec l'information pour les citoyens ». Il est donc préférable d'utiliser la forme
active dans les trois propositions placées au même niveau hiérarchique afin que le groupe
en position de thème soit toujours le même. L'extrait corrigé se lirait ainsi :
Le gouvernement doit créer une loi sur le commerce mondial sur Internet, faire un site
Web avec l'information pour les citoyens et rendre les tests génétiques disponibles
seulement pour le système de la santé et non pour dicter la vie d'un être humain.
PI Loft Story, Occupation Double, Star Académie et American Idol sont toutes
des émissions dans lesquelles des participants acceptent de dévoiler au public une
partie de leur vie privée dans le but de remporter des prix alléchants. P2
Toutefois, avec l'avènement des technologies de l'information et du réseautage au
niveau des données, de plus en plus de personnes voient des informations très
personnelles circuler librement sans même leur consentement. P3 C'est pourquoi
Monsieur le ministre qu'on en vient à se demander si le gouvernement doit resserrer
ses mesures en matière de sécurité de la vie privée pour protéger les citoyens. P4 De
1
Nous souhaitons rappeler que nous n'apportons aucune correction aux extraits de textes d'étudiants que nous
citons.
84
mon côté, j'estime que cela est primordial et je vous le démontrerai en vous parlant du
vol d'identité ainsi que des compagnies qui profitent de ces informations afin
d'harceler la population. [...]
Ce texte d'étudiant laisse entrevoir trois passages où la gestion de l'information n'est pas
efficace. Le premier cas que nous pouvons observer se situe dans PI et concerne la
hiérarchisation de l'information. Le scripteur place au premier plan, à titre d'information
principale, l'énumération d'émissions de téléréalité (« Loft Story, Occupation Double, Star
Académie et American Idol sont toutes des émissions ») et présente la proposition suivante
au deuxième plan, à l'intérieur d'une subordonnée conventionnelle introduite par « dans
lesquelles ». Or, il serait de mise d'accorder à la première proposition un statut
d'information secondaire, puisqu'elle sert à appuyer l'idée principale véhiculée par la
deuxième proposition, à fournir des précisions supplémentaires non nécessaires à la
progression du propos. Ainsi, il faudrait placer la proposition « Loft Story, Occupation
Double, Star Académie et American Idol sont toutes des émissions » dans une subordonnée,
ce qui permettrait de lui redonner son statut d'information secondaire. Par la même
occasion, la proposition « des participants acceptent de dévoiler au public une partie de leur
vie privée dans le but de remporter des prix alléchants » retrouverait son statut
d'information principale. PI corrigée se lirait donc ainsi :
85
Dans certaines émissions comme Loft Story, Occupation Double, Star Académie et
American Idol, des participants acceptent de dévoiler au public une partie de leur vie
privée dans le but de remporter des prix alléchants.
Prenons par exemple la carte Air Miles : la compagnie enregistre et analyse les
habitudes de consommation de ses utilisateurs, puis transmet ces informations aux
entreprises partenaires de cette carte.
Prenons par exemple la carte Air Miles : la compagnie enregistre et analyse les
habitudes de consommation des utilisateurs, puis transmet ces informations aux
entreprises partenaires de cette carte qui utilisent ces renseignements afin de tracer un
profil de consommateur pour ensuite tirer profit des honnêtes citoyens.
Bien malencontreusement, elles scrutent à la loupe nos activités et les enregistrent dans
de grandes bases de données afin de pouvoir nous solliciter et nous inonder de
publicités.
Bien malencontreusement, elles scrutent à la loupe nos activités et les enregistrent dans
de grandes bases de données afin de pouvoir nous solliciter et nous inonder de
publicités. Prenons par exemple la carte Air Miles : la compagnie enregistre et analyse
les habitudes de consommation des utilisateurs, puis transmet ces informations aux
entreprises partenaires de cette carte qui utilisent ces renseignements afin de tracer un
profil de consommateur pour ensuite tirer profit des honnêtes citoyens.
P5 D'abord, n'importe qui peut avoir accès à des informations dites personnelles, et ce
sans trop d'efforts. P6 Dans certains cas, cela peut s'avérer fort utile, comme par
exemple lorsqu'une secrétaire médicale consulte le dossier d'un patient ou encore
lorsqu'un conseiller financier évalue des placements. P7 Dans ces circonstances où
l'information est gérée dans le respect de la personne, le temps sauvé pour la
consultation est un bien grand avantage. P8 Ce n'est malheureusement pas toujours
de la sorte; voici quelques exemples de situations où une personne malhonnête
peut obtenir des renseignements personnels et s'en servir dans le but de trafiquer
une personne: en volant le courriel d'une personne, le contenu d'un portefeuille,
d'un sac à main, d'un ordinateur, d'un véhicule, d'une résidence ou encore du
courrier. P9 En récupérant les renseignements personnels dans des ordures et
dans des bacs de recyclage. P10 Elle peut aussi se faire passer pour un créancier, un
propriétaire ou encore un employeur dans le but d'obtenir une copie d'un rapport de
solvabilité. P l i Cette peut personne peut trafiquer des guichets automatiques bancaires
de même que des terminaux de points de vente afin de lire les numéros de carte de
crédit, de débit, en plus des numéros d'identification personnels (NIP). P12 II existe
encore bien d'autres contextes de fraude, ce qui implique qu'il faut demeurer vigilant
et porter une grande attention afin de protéger notre vie personnelle.
Alors qu'à l'aube de l'an 2000, les gens ne pensaient jamais utiliser les technologies
pour effectuer leurs achats par Internet ou pour payer leurs comptes et leurs factures, il
est actuellement possible de le faire.
Ce n'est malheureusement pas toujours [le cas2]. Une personne malhonnête peut
obtenir des renseignements personnels et s'en servir dans le but de [frauder] une autre
personne. En voici quelques exemples : en volant le courriel d'une personne, le
contenu d'un portefeuille, d'un sac à main, d'un ordinateur, d'un véhicule, d'une
résidence ou encore du courrier ou en récupérant les renseignements personnels dans
des ordures et dans des bacs de recyclage.
Mentionnons qu'il est préférable de coordonner P9 à P8, étant donné qu'elles sont de même
niveau hiérarchique et que P9 se trouve en continuité avec P8. Précisons également que la
formulation choisie pour redonner à la proposition son statut d'information principale aurait
pu différer légèrement et être tout aussi acceptable.
PI Tout d'abord, la vie privée est personnelle à chaque être humain, le terme le signifie
bien. P2 Personne n'a droit de connaître les informations nous concernant sans notre
consentement. P3 Les renseignements personnels sont tout ce qui à trait à la vie
sentimentale, à la vie familiale, à la situation financière, l'état de santé ou les
convictions politiques et religieuses. P4 Ceux-ci ne devraient jamais être divulgués
ou diffusés à moins que la loi ne le prescrive.
P5 Par ailleurs, la Charte canadienne des droits et libertés protège la vie privée,
mais est-elle étanche? P6 M. Le Ministre, est-ce que nous, Québécois, ne pourrions
2
Dans les corrections que nous proposons tout au long de ce chapitre, nous utilisons les crochets ([]) pour
indiquer que nous avons apporté une modification au texte original de l'étudiant, dans le but, par exemple, de
rectifier une erreur de vocabulaire ou d'augmenter l'intelligibilité d'une phrase par une correction syntaxique.
89
pas avoir une protection supplémentaire ? P7 Vous savez les lois d'Internet n'ont pas
de frontières contrairement à notre pays. P8 II faudrait que le gouvernement légifère
pour que les voleurs d'identité soient interceptés avant que le ravage ne s'amplifie. P9
L'accès à l'information d'une dite personne pour s'approprier son identité est facile
pour eux. P10 Plusieurs gens honnêtes ont perdu leur nom et leur crédit à leur profit.
P l i Par exemple, un homme qui s'est fait voler son nom, son adresse, son numéro
d'assurance sociale, s'est fait aussi remplir sa carte de crédit par un fraudeur. P12
II s'est rendu compte qu'il devait 12 mille dollars alors qu'il n'avait effectué aucun
achat. PI3 Mais comment, monsieur, un crime si odieux peut-il survenir ? P14 Nous ne
sommes jamais certains d'être à l'abri peu importe ce que l'on fait et avec qui nous
faisons affaire. PI5 Pourrons-nous faire confiance, un jour, sans avoir peur de se faire
voler ?
Les renseignements personnels, qui sont tout ce qui a trait à la vie sentimentale, à la vie
familiale, à la situation financière, à l'état de santé ou aux convictions politiques et
religieuses, ne devraient jamais être divulgués ou diffusés à moins que la loi ne le
prescrive.
Par ailleurs, bien que la Charte canadienne des droits et libertés protège la vie privée,
est-elle étanche?
90
Par exemple, un homme que je connais/dont l'histoire a été publiée s'est fait voler son
nom, son adresse, son numéro d'assurance sociale et s'est fait aussi remplir sa carte de
crédit par un fraudeur.
Étant donné que le texte du scripteur ne nous permet pas d'identifier avec précision
l'identité de l'homme floué, d'autres subordonnées auraient pu être utilisées pour combler
ce vide informatif.
P10 Statistiques Canada vend, en vrac, des renseignements contenus dans les
recensements à des compagnies qui peuvent faire des recoupements avec d'autres
banques de données pour identifier de qui il est question dans les statistiques et qui
peuvent, ensuite, se servir du tout à des fins commerciales. [...]
P l i C'est dans le but de protéger l'intégrité des Québécois que la Loi sur l'accès à
l'information devrait, entre autres choses, encadrer la gestion des renseignements
véhiculés sur Internet, faire en sorte d'appliquer les mesures visant à interdire un accès
facile aux données médicales des patients dans l'éventualité de la création de dossiers
médicaux centralisés et interdire le concours de Statistiques Canada dans la création,
par des compagnies, de dossiers sur les citoyens. P12 II est évident que si tout le
monde était de bonne foi, personne n'aurait à protéger ses renseignements personnels.
PI3 Toutefois, puisque ce n'est pas le cas, devrait-on attendre que toutes les identités
soient volées ou bafouées avant d'agir?
Dans le but de protéger l'intégrité des Québécois, la Loi sur l'accès à l'information
devrait, entre autres choses, encadrer la gestion des renseignements véhiculés sur
Internet, faire en sorte d'appliquer les mesures visant à interdire un accès facile aux
données médicales des patients dans l'éventualité de la création de dossiers médicaux
92
Nous constatons dans cet extrait que P2 présente deux problèmes majeurs sur le plan de
la hiérarchisation des informations ainsi qu'une maladresse dans la répartition de
l'information. Notre première observation concerne la saillance accordée respectivement
aux propositions « les mouchards sont des petits espions sous forme de puces
électroniques » et « qui nous suivent pas à pas ». La première proposition est présentée à
titre d'information principale; l'autre est reléguée à titre d'idée secondaire, subordonnée à
l'idée principale. Or, après une lecture rapide de l'extrait proposé, il nous semble que cette
saillance est inappropriée. Le problème réside dans le fait que le scripteur attribue à la
description de ce qu'est un mouchard un statut d'information principale alors que ce type
de commentaire explicatif ou descriptif transmet généralement une information secondaire.
Il serait donc plus approprié de présenter cette description à l'intérieur d'une phrase
subordonnée conventionnelle, par exemple, ou de la présenter dans une construction
détachée, à l'aide d'une apposition nominale. La proposition « qui nous suivent pas à pas »
retrouverait alors son statut d'information principale. La proposition pourrait donc prendre
l'une des formes suivantes :
Malheureusement, les mouchards, qui sont de petits espions sous forme de puces
électroniques, nous suivent pas à pas tout au long de notre navigation sur Internet.
93
Malheureusement, tout au long de notre navigation sur Internet, les mouchards, qui
sont de petits espions sous forme de puces électroniques, nous suivent pas à pas. Ils
transmettent des informations recueillies à nos dépens à des compagnies qui en
profitent illégalement.
Malheureusement, tout au long de notre navigation sur Internet, les mouchards, ces
petits espions sous forme de puces électroniques, nous suivent pas à pas. Ils
transmettent des informations recueillies à nos dépens à des compagnies qui en
profitent illégalement.
94
PI Chaque semaine, nous recevons des offres de compagnies de crédit, des dizaines de
publicités et sur toutes ces offres nos coordonnées apparaissent. P2 Ce phénomène
prend une telle importance que cela me fait peur. P3 Ne pouvez-vous donc pas en tant
que ministre empêcher cette propagation de renseignements sur la vie privée des gens?
P4 Car ceux qui recueillent ces informations ne le font pas par simple curiosité, comme
le dit Pierrot Péladeau, coordonnateur scientifique au Centre de bioéthique de
Montréal. P5 Toutes les opérations électroniques, les concours ou encore les
sondages sont enregistrés dans plusieurs banques de données et sont
communiqués à toutes sortes d'entreprises. P6 D'ailleurs, la présidente de la
Commission d'accès à l'information, Jennifer Stoddart suggère aux gens d'être plus
vigilant lorsqu'ils naviguent sur Internet et de s'informer comment fonctionne cette
société d'information.
l'information connue en tête de phrase. Ainsi, il faudrait utiliser la forme active pour
replacer les groupes « toutes les opérations électroniques, les concours ou encore les
sondages » en fin de phrase et retrouver par le fait même en tête de phrase, en position
thématique, la proposition « ceux qui recueillent ces informations », reprise par le pronom
« ils » :
Ils enregistrent dans plusieurs banques de données toutes les opérations électroniques
ainsi que toutes les données obtenues dans le cadre de concours ou encore de sondages
et les communiquent à toutes sortes d'entreprises.
Le programme le plus populaire auprès des consommateurs est sans aucun doute la
carte Air Miles, qui permet à ses 11 millions de titulaires au Canada d'amasser des
milles de récompense. Affilié à plus de 150 partenaires commerciaux, Air Miles
enregistre et analyse minutieusement toutes les opérations des détenteurs de la carte
pour obtenir un profil détaillé de leurs habitudes de consommation.
« tout trouver » que se fait l'enchaînement en P5 et P6. Il serait donc approprié de réécrire
ce passage de façon à ce que la proposition ait un statut indépendant dans une nouvelle P5.
Pour ce qui est de P5, il n'est pas approprié que la proposition « qui sont accessibles
d'un seul clique » soit inscrite au second plan, à l'intérieur d'une subordonnée. Cette
information devrait plutôt être juxtaposée à P4 modifiée, tel que nous le suggérons ci-
dessous, de façon à lui rendre son statut d'information principale :
Prenons pour exemple la société américaine nommée Akiba, spécialisée dans la vente
de renseignements, qui a fait l'objet d'un article dans Le Devoir (8 novembre 2004, p.
A2). Cette société peut trouver l'historique des achats, l'adhésion à divers organismes,
les dossiers judiciaires, les titres de propriété, les opinions exprimées dans les salles de
clavardage, bref, une panoplie d'informations personnelles d'un seul clic.
PI Pour conclure, j'aimerais dire que bien que les nouvelles technologies de
l'information améliorent notre qualité de vie, elles détruisent un peu plus chaque jour
notre intimité. P2 En effet, l'informatisation des dossiers médicaux ainsi que
l'implantation de cookies dans l'ordinateur des gens sont pour moi deux nouvelles
technologies qui violent les droits privés des citoyens et auxquelles vous devez réagir
rapidement. P3 Malgré le fait que vous devez vous assurer que les informations
soient utilisées et gérées dans le respect de la sécurité et de la confidentialité, je
crois que vous ne pouvez contrôler les voleurs d'identité, ni même les pirates
informatiques. P4 Si vous n'agissez pas rapidement, cher ministre, un jour ou l'autre
nous ne pourrons plus contrôler notre vie.
« vous ne pouvez contrôler les voleurs d'identité, ni même les pirates informatiques » à
l'intérieur de la subordonnée introduite par « malgré que » à la place de la proposition
actuelle. L'extrait rectifié se lirait alors :
Malgré le fait qu'il soit difficile de contrôler les voleurs d'identité ou les pirates
informatiques, vous devez vous assurer que les informations soient utilisées et gérées
dans le respect de la sécurité et de la confidentialité.
Par ailleurs, ces seuls changements ne nous semblent pas suffisants pour rétablir
complètement la cohérence, sur le plan informatif, de cette phrase par rapport à son
contexte. En effet, l'arrimage entre P2 et P3 aurait été mieux réussi si la proposition
subordonnée avait été placée en fin de phrase et non au début de celle-ci. Il serait donc
préférable de changer la position du complément de phrase afin que la proposition
principale se retrouve en position de thème, en tête de phrase, ce qui permettrait de
reprendre une information déjà introduite en P2, soit le fait que les informations doivent
être davantage protégées. L'ensemble P2-P3 pourrait alors prendre la forme suivante :
Par ailleurs, la seconde proposition subordonnée de P8, soit «qu'elle doit être
développée», ne peut pas, pour sa part, être considérée comme une information
secondaire. Elle représente plutôt une information principale, puisqu'elle constitue la
synthèse du paragraphe entier, la clôture des arguments présentés en faveur de la présence
de l'énergie nucléaire en sol canadien. Elle devrait donc faire l'objet d'une phrase
indépendante. L'extrait modifié se lirait alors ainsi :
[Par ailleurs3], cette énergie est présente pour un bon moment puisque le Canada a
comme mandat de créer de nouveaux réacteurs nucléaires d'ici 2030 qui seraient plus
sécuritaires, rentables, durables et fiables. [Pour toutes ces raisons], l'énergie nucléaire
devrait être davantage développée au Canada.
PI L'énergie nucléaire n'est pas la seule option du Canada pour renforcer sa plate-
forme énergétique. P2 D'autres technologies telles que l'énergie solaire, éolienne et
même celle résultant d'un mariage entre le zinc et l'air (!) peuvent produire
efficacement de l'énergie. P3 Le Canada pourrait, au lieu de se tourner vers le
nucléaire, mettre à profit son génie scientifique et investir les milliards de dollars
nécessaire à l'installation d'une centrale (par exemple, remettre en fonction
Gentilly 2, la centrale nucléaire québécoise, comme Fa annoncé le gouvernement
provincial coûtera environ trois milliards de dollars) dans raffinement des
3
Nous ajoutons parfois des marqueurs de relation dans nos suggestions de correction dans le but de rendre
plus explicites les relations entre les propositions. Nous précisons que ces ajouts n'ont pas d'effet sur
l'arrimage informatif, mais plutôt sur l'arrimage événementiel.
100
procédés propres de production de l'énergie, misant, du même coup, sur les ressources
canadiennes inestimables en matière éolienne et hydraulique.
Dans cet extrait, on peut observer une maladresse dans la coordination des deux groupes
verbaux infinitifs ayant un statut d'information principale « mettre à profit [...] » et
« investir [...] ». Le fait de coordonner ces deux groupes porte le lecteur à croire que le
gouvernement souhaite investir dans la réfection de Gentilly-2, alors que ce n'est pas le cas.
Pour clarifier le sens de la phrase, il faudrait plutôt intégrer le groupe de statut principal
« investir [...] », au complément de phrase de statut secondaire « au lieu de se tourner vers
le nucléaire », en coordonnant les deux groupes verbaux de la façon suivante :
Bien sûr, d'autres formulations auraient pu être tout aussi efficaces. Afin d'alléger la
phrase, qui est complexe étant donné sa longueur, on pourrait aisément supprimer des
informations non essentielles à l'intérieur de la subordonnée comme « selon le
101
L'extrait qui précède présente des problèmes sur le plan de la hiérarchisation des
informations en PI, P2 et P53 de même qu'une maladresse dans la répartition des
informations en P4. Le premier cas qui nous intéresse concerne le statut d'information
principale accordé à la proposition « le Canada est un des premiers producteurs mondiaux
de cette énergie ». Cette information ne peut dans ce contexte être considérée comme une
information principale, puisque ce n'est pas cette idée qui est explicitée tout au long du
paragraphe, mais plutôt le fait que l'utilisation de l'énergie nucléaire contribuerait à réduire
la pollution, étant donné que cette source d'énergie n'a pas d'effets directs sur
l'environnement. Ainsi, il conviendrait de placer la proposition ci-dessus en position
subordonnée, à titre d'information secondaire.
l'utilisation du nucléaire est en effet ce sur quoi se font les enchaînements dans le
paragraphe.
Pour ce qui est de P2, il serait souhaitable de lui attribuer un statut d'information
secondaire, en l'intégrant à l'intérieur de la nouvelle PI, en position subordonnée, de façon
à faire ressortir le lien causal entre le peu d'effets sur l'environnement de l'énergie
nucléaire et la diminution de la pollution. PI et P2 pourraient donc se fondre ainsi :
Cet extrait montre un cas de répartition plus ou moins appropriée de l'information dans
P4. En effet, l'arrimage entre P2, P3 et P4 aurait été mieux réussi si le complément de
phrase de P4 « lorsque la valeur de ces chiffres nous est livrée » avait été placé en tête de
phrase. Puisque P2 et P3 présentent des données chiffrées sur les profits engendrés par
l'énergie nucléaire, il serait préférable de commencer P4 avec l'information connue en tête
de phrase, en position de thème, soit le fait que des chiffres ont été présentés. Ainsi,
l'extrait corrigé prendrait la forme suivante :
104
Lorsque la valeur de ces chiffres nous est livrée, développer le secteur nucléaire
comme principal producteur d'énergie au Canada devient plus que possible.
PI D'ailleurs, les centrales nucléaires produisent plus d'énergie que les centrales
thermiques classiques. P2 De plus, la problématique des changements climatiques,
nous pousse à réfléchir avec une vision de développement durable. P3 Comparé au
gaz, au mazout et au charbon, le nucléaire est de loin la meilleur solution, « qu'on soit
pour ou contre, il faut avouer que le nucléaire à au moins un avantage : il ne contribue
aucunement à la pollution atmosphérique. » P4 Pour ce qui est de la nappe
phréatique, les sites d'enfouissements sont éloignés et très sécuritaires, les
matières radioactives y sont entreposées jusqu'à ce qu'elles ne soient plus
dangereuses.
[Par ailleurs], les sites d'enfouissement, dans lesquels les matières radioactives sont
entreposées jusqu'à ce qu'elles ne soient plus dangereuses, ne posent aucun danger
pour la nappe phréatique puisqu'ils sont éloignés et très sécuritaires.
105
PI Premièrement l'énergie nucléaire est une énergie très propre. En effet, celle-ci ne
rejette aucun polluant dans l'atmosphère. P2 Comme nous le savons tous, les gaz à
effet de serre (GES) sont des polluants qui peuvent être dangereux sur la santé
des gens et sur celle de notre planète. P3 Cependant, les centrales nucléaires
n'émettent aucun GES donc ceci aide grandement le Canada à conserver une
pureté de l'air. P4 Également, les déchets que produisent les usines sont gérés de
manière efficace et sécuritaire de façon à ce que l'environnement et la santé des gens
ne soient pas en danger. [...]
P l i Finalement, l'énergie nucléaire est une source d'énergie que le canada utilise
depuis longtemps, soit 45 ans. P12 Bien que beaucoup soient inquiets concernant
la production d'électricité en utilisant le nucléaire, celle-ci n'a causé aucun
dommage depuis son arrivée. PI3 Je crois fortement que le Canada devrait
privilégier le développement du secteur nucléaire pour combler ses besoins
énergétiques puisque comme je viens de vous le démontrer, c'est une énergie propre,
qui est très fiable et qui aide grandement l'économie d'un pays. P14 Puisque la
demande d'électricité ne cesse d'augmenter, le Canada devrait s'impliquer davantage
avec les producteurs d'énergie nucléaire puisque ceux-ci pourront subvenir à leurs
besoins qui ne cessent de croître.
En effet, [elle] ne rejette aucun gaz à effet de serre (GES) dans l'atmosphère, qui sont
des polluants qui peuvent être dangereux pour la santé des gens et celle de notre
planète.
En effet, elle ne rejette aucun gaz à effet de serre (GES) dans l'atmosphère, qui sont
des polluants qui peuvent être dangereux pour la santé des gens et celle de notre
planète. [Ainsi, l'utilisation4 de l'énergie nucléaire] aide grandement le Canada à
conserver la pureté de l'air.
4
Nous nous permettons de rectifier le réfèrent et d'ajouter un marqueur de relation pour obtenir un meilleur
arrimage référentiel et événementiel.
107
constitué de P7-P8 forme un tout plus harmonieux s'arrimant plus efficacement avec P6 qui
indiquait que la construction d'usines nucléaires faisait naître de nouveaux emplois :
Ces changements s'avèrent efficaces non seulement pour rétablir la hiérarchie entre les
propositions, mais également pour augmenter la fluidité du texte.
PI Chaque canadien possède une qualité de vie parmi les meilleures au niveau
international. P2 Chacun de nous est habitué à un certain confort et souhaite le
108
maintenir et même l'améliorer. P3 C'est l'avantage que nous possédons de vivre dans
un pays industrialisé. P4 Toutefois, la croissance démographique constante
entraîne l'augmentation incessante des besoins énergétiques au niveau mondial.
P5 Le Canada n'y échappe pas. P6 L'exploitation du pétrole a répondu à ces besoin
jusqu'à maintenant. P7 Mais cette ressource s'épuise et on doit songer à des
alternatives. P8 C'est pourquoi l'énergie nucléaire est une industrie d'avenir pour le
Canada. P9 En plus de contribuer au développement économique canadien, elle
devient une technologie de choix par rapport à l'exploitation du pétrole.
canadien », se retrouve alors en fin de phrase. L'extrait corrigé prendrait donc la forme
suivante :
P5 Tout d'abord, les combustibles nucléaires utilisés pour la production d'énergie sont
extrêmement risqués. P6 Des combustibles existants, le plus utilisé est l'uranium
qui est un métal lourd radioactif pouvant prendre jusqu'à 700 millions d'années
avant d'être complètement éliminé. P7 Près d'une mine d'uranium en
exploitation, on retrouve de nombreux déchets et ceux-ci exposent
l'environnement et les humains à la radioactivité de l'uranium. P8 Sur le plan
technique, ces déchets produits ne peuvent être détruits. P9 Certains enfouissent
ces déchets, mais aucun expert ne peut affirmer qu'ils ne constituent pas, même
enterrés, un danger pour l'environnement. P10 Pour prouver que l'exploitation de
ces ressources est extrêmement dangereuse, on a qu'à se rappeler les nombreuses
conséquences graves qu'a eues la catastrophe de Tchernobyl, en Ukraine, sur les
humains, la faune et la flore. P l i D'ailleurs, depuis cet incident, une zone de
contamination est toujours interdite pour l'habitation, la chasse et l'exploitation des
champs et des autres ressources naturelles.
Cet extrait de texte laisse voir tout d'abord une maladresse dans la répartition de
l'information dans PI, plus précisément dans le choix de la forme active ou passive. En
effet, étant donné que la première proposition de PI traite des ressources énergétiques, il
serait préférable de placer en position de thème, en tête de phrase, l'information déjà
présentée, soit la question des ressources énergétiques. Il faudrait donc utiliser la forme
passive pour placer le groupe « quant au choix des ressources à exploiter pour la production
d'énergie » en tête de phrase, ce qui donnerait la phrase suivante :
110
Le second cas qui éveille notre intérêt concerne la répartition de P information dans P6, à
la proposition attributive « le plus utilisé est l'uranium ». Afin d'assurer un meilleur
enchaînement avec la subordonnée relative suivante, qui décrit sommairement l'uranium, il
serait plus approprié d'inverser l'ordre des groupes, soit de placer le GN « l'uranium » en
tête de phrase, en position de thème. P6 modifiée se lirait ainsi :
Des combustibles existants, l'uranium, qui est un métal lourd radioactif pouvant
prendre jusqu'à 700 millions d'années avant d'être complètement éliminé, est le plus
utilisé.
[Or], près d'une mine d'uranium en exploitation, on retrouve de nombreux déchets qui
exposent l'environnement et les humains à la radioactivité.
Afin de respecter cet enchaînement sur le thème des déchets, il conviendrait de modifier
également la répartition de l'information à l'intérieur de la proposition de P9 « certains
enfouissent ces déchets », de façon à replacer en position de thème le GN « ces déchets »
par le passage de la forme active à la forme passive. Puis, il serait préférable de placer la
nouvelle proposition ainsi produite de même que le reste de P9 en tête de P8, afin de
respecter la continuité thématique.
Pour ce qui est de P8, il conviendrait de rétablir son statut hiérarchique en effectuant le
passage au second plan de la proposition « ces déchets produits ne peuvent être détruits »,
Ill
soit en la plaçant dans une subordonnée relative complément du nom « déchets ». Cette
information ne peut en effet être considérée comme une information principale, car ce n'est
pas sur la base de celle-ci que l'enchaînement se fait avec les propositions suivantes. Il
convient donc de lui accorder un statut d'information secondaire, puisqu'elle constitue
plutôt une explication supplémentaire à propos des déchets.
Bref, si l'on effectue l'ensemble des modifications suggérées ci-dessus, la séquence P6-
P9 s'arrimerait ainsi :
Des combustibles existants, l'uranium, qui est un métal lourd radioactif pouvant
prendre jusqu'à 700 millions d'années avant d'être complètement éliminé, est le plus
utilisé. [Or], près d'une mine d'uranium en exploitation, on retrouve de nombreux
déchets qui exposent l'environnement et les humains à la radioactivité. Même si ces
déchets, qui, sur le plan technique, ne peuvent être détruits, sont enfouis, aucun expert
ne peut affirmer qu'ils ne constituent pas, même enterrés, un danger pour
1 ' environnement.
PI L'expansion du nucléaire dans les années 70 s'est fait très rapidement, et maintenant
il est la forme d'énergie la plus réglementée. P2 Les technologies utilisées pour la
centrale nucléaire de Gentilly au Québec et pour le réacteur nucléaire CANDU ne
laissent aucune place pour les problèmes de fonctionnement. P3 Les désastres
nucléaires que l'on a connus ne pourront se répéter avec les mesures prises. P4 Pour
que les responsabilités d'ordre social et environnemental soient assumées, le
gouvernement a élaboré des lois et des règlements rigoureux. P5 Les organismes
de réglementation du gouvernement appliquent les exigences établies pour
s'assurer que tous les producteurs et les utilisateurs de la technologie nucléaire
respectent leurs obligations. P6 Si toutes les conditions de sécurité sont bien
remplies, la technologie nucléaire deviendra un atout essentiel pour la production
d'électricité à un coût minium. [...]
P13 L'énergie nucléaire, dont tout le monde se souvient par ses grandes catastrophes,
n'est plus le même. P14 A force de recherches et d'investissements pour le
développement de la technologie, le monde a apprivoisé le nucléaire. [...]
L'ensemble de ces changements crée un tout plus respectueux des liens hiérarchiques
entre les propositions :
Les désastres nucléaires que l'on a connus ne pourront se répéter avec les mesures
prises. [En effet], le gouvernement a élaboré des lois et des règlements rigoureux
qu'appliquent les organismes de réglementation pour s'assurer que tous les producteurs
et les utilisateurs de la technologie nucléaire assument leurs responsabilités d'ordre
social et environnemental.
Le statut hiérarchique octroyé à P12 nous semble également discutable. En effet, P12 est
présentée comme une information principale, dans une phrase indépendante, alors qu'elle
devrait nettement se retrouver subordonnée à P7, à titre d'information secondaire. En effet,
P12 constitue un commentaire visant à informer davantage le lecteur, ce qui fait d'elle une
information pertinente, mais non essentielle au déroulement du propos. L'ensemble
fusionné de P12 et P7 pourrait prendre la forme suivante :
L'énergie nucléaire, qui est souvent qualifiée d'« énergie propre », ne rejette pas de
gaz à effet de serre dans l'environnement.
113
Bien sûr, d'autres formulations auraient pu être tout aussi acceptables, l'important étant
d'intégrer PI2 à P7 en lui donnant un statut d'information secondaire.
Un dernier cas attire l'attention dans cet extrait de texte, soit celui de P l i . Dans cette
phrase, la répartition de l'information semble inappropriée en fonction du contexte
précédent. En effet, puisqu'il est question des rejets dans l'environnement dans P10, il
serait préférable de placer en tête de PI 1, en position de thème, l'information déjà présentée
dans P10, soit la question des rejets nocifs. Il faudrait alors passer de la forme active à la
forme passive afin d'augmenter la fluidité textuelle :
[D'ailleurs], aucun métal lourd ou produit chimique contribuant aux pluies acides ne
sont libérés par les usines nucléaires.
P7 Ensuite, les centrales nucléaires créent des emplois au Canada. P8 Dans une
économie qui va plus ou moins bien, où le taux de chômage est relativement élevé et
où certains métiers traditionnels ont de moins en moins de place (si je prends par
exemple l'industrie forestière), il faut, selon moi, se considérer bien chanceux
lorsqu'une nouvelle technologie s'installe au pays. P9 Elle fait rouler l'économie. P10
En construisant une centrale nucléaire, nous faisons travailler plusieurs corps de
métiers (menuisier, architecte). P l i Par la suite, lorsque la construction est finie, on
engage du personnel pour y travailler. P12 Pour produire ce type d'énergie, il faut
de l'uranium. PI3 L'uranium se trouve généralement dans l'écorce terrestre. PI4
On en retrouve énormément au Canada. PI5 Donc, il faut des gens pour l'extraire
et le raffiner. PI6 Cela crée également des emplois. PI7 Je peux sans aucun doute
affirmer que les centrales nucléaires apportent des emplois et aident le pays dans son
économie.
114
PI8 L'uranium est une ressource qui est peu dispendieuse. P19 Les centrales
nucléaires peuvent donc vendre leur électricité à un prix qui restera stable pour
plusieurs années et qui sera abordable. P20 Nous savons tous que l'électricité coûte
cher et nous voulons tous économiser. P21 De plus, dans les provinces où F hiver
est très froide, plusieurs utilisent soit l'électricité, le bois de chauffage ou le
mazout pour se chauffer. P22 Mais peu importe le mode de chauffage, ils sont tous
coûteux. P23 Si l'énergie nucléaire nous permet d'avoir de l'électricité à prix
abordable, je ne vois pas pourquoi nous refuserions que le Canada développe ce
secteur.
Cet extrait de texte laisse voir plusieurs problèmes sur le plan de la cohérence
informative. Tout d'abord, nous constatons qu'il y a un problème dans la hiérarchisation
des informations de P2, P3, P4 et P6. Mais pour rétablir la hiérarchie entre ces phrases, il
est nécessaire de rétablir avant tout Tordre dans lequel elles sont présentées, de façon à
faire ressortir efficacement les liens logiques entre elles. Ainsi, il faudrait placer les phrases
dans l'ordre suivant : P1-P4-(P6 + P2 + P35)-P5. Il devient ainsi possible de mieux détecter
les maladresses dans la saillance des phrases concernées.
Le premier cas qui nous intéresse concerne la hiérarchisation des informations de P4,
plus précisément le statut d'information secondaire octroyé à la proposition « qui leur
permettent de ne pas émettre de dioxyde de carbone, de dioxyde de soufre ou d'oxydes
nitreux ». Ce statut nous paraît inapproprié, car P4 représente plutôt une information
principale, puisque c'est sur l'idée que l'énergie nucléaire dégage peu de GES que se fait
l'enchaînement de PI à P4. Donc, il serait préférable de placer au premier plan la
proposition ci-dessus de P4 et de l'arrimer à PI de la façon suivante :
Tout d'abord, l'énergie nucléaire produit de l'électricité non polluante, c'est-à-dire que
la production de ce type d'énergie dégage très peu de gaz à effet de serre (GES). [En
effet], des dispositifs prénommés CANDU (CANada Deuterium Uranium) permettent
aux centrales de ne pas émettre de dioxyde de carbone, de dioxyde de soufre ou
d'oxyde nitreux.
Par la suite, il s'avère nécessaire de fusionner les informations contenues dans les P6, P2
et P3 afin de rétablir les liens hiérarchiques entre les propositions. Ainsi, il convient
5
Nous plaçons ces phrases entre parenthèses pour indiquer qu'une fusion de P6} P2 et P3 serait nécessaire
afin de rétablir la cohérence informative.
115
Tout d'abord, l'énergie nucléaire produit de l'électricité non polluante, c'est-à-dire que
la production de ce type d'énergie dégage très peu de gaz à effet de serre (GES). [En
effet], des dispositifs prénommés CANDU (CANada Deuterium Uranium) permettent
aux centrales de ne pas émettre de dioxyde de carbone, de dioxyde de soufre ou
d'oxyde nitreux. [Ainsi], l'utilisation du nucléaire permettrait au Canada de diminuer
ses émanations de GES, donc de donner une chance à la planète, et permettrait au pays
de respecter les engagements pris dans le cadre du protocole de Kyoto, lequel vise la
diminution des émissions de GES, qui sont la cause des pluies acides, du smog et de la
diminution de la couche d'ozone. Donc, je pense que si ces centrales sont en mesure de
produire de l'électricité, et ce, sans pollution, nous serions bien fous de ne pas vouloir
avoir de centrale nucléaire au pays.
informations principales : « P12 Pour produire ce type d'énergie, il faut de l'uranium. P13
L'uranium se trouve généralement dans l'écorce terrestre. PI4 On en retrouve énormément
au Canada. PI5 Donc, il faut des gens pour l'extraire et le raffiner. » Pour rétablir la
cohérence de ce passage, il faudrait intégrer P12 dans P15, de façon à ce que l'information
de P12 se retrouve en apposition, au second plan, en tant que proposition descriptive
servant à véhiculer une information pertinente, mais non essentielle au propos. Par la suite,
il serait nettement préférable de subordonner P13 et P14 à P15 à l'aide d'une relative, car
ces propositions appartiennent elles aussi au second plan descriptif, puisqu'elles décrivent
l'endroit où on retrouve ce métal. L'ensemble des modifications suggérées donnerait le
passage corrigé suivant :
Par la suite, lorsque la construction est finie, on engage du personnel pour y travailler.
[Par exemple], il faut des gens pour extraire et raffiner Puranium, métal nécessaire à la
production de l'énergie nucléaire qui se trouve généralement dans l'écorce terrestre et
qui est extrait en grande quantité au Canada.
Précisons aussi que P16 « cela crée également des emplois » devrait être supprimée : la
même information est véhiculée dans la phrase suivante, ce qui rend sa présence inutile.
Deux autres problèmes dans la hiérarchisation des informations peuvent être soulevés
dans cet extrait de texte, soit dans P20-P21. Dans P21, le scripteur place à titre
d'information principale 1'enumeration de divers modes de chauffage. Or, il serait de mise
d'accorder à cette phrase un statut d'information secondaire, puisqu'elle sert à appuyer
l'idée principale, soit le fait que tous les modes de chauffage sont coûteux, en fournissant
des précisions supplémentaires non nécessaires à la progression du propos. Donc, il serait
préférable de la placer à l'intérieur d'une subordonnée conventionnelle, intégrée dans P22
de cette façon :
L'uranium est une ressource qui est peu dispendieuse. Les centrales nucléaires peuvent
donc vendre leur électricité à un prix qui restera stable pour plusieurs années et qui
sera abordable. De plus, dans les provinces où l'hiver est très froid, tous les modes de
chauffage sont coûteux, que ce soit l'électricité, le bois de chauffage ou le mazout.
117
Pour ce qui est de P20, étant donné que l'information qu'elle véhicule s'apparente au
commentaire personnel, qui appartient au second plan, il conviendrait de la subordonner à
P23 afin de lui redonner son statut d'information secondaire. De plus, afin d'assurer une
répartition efficace de l'information en thème-rhème, il serait préférable de placer la
subordonnée P20 en tête de P23, puisque l'information véhiculée par P20 reprend celle de
la phrase précédente, soit la question du coût élevé de l'énergie en général. Ainsi, on place
en tête de phrase, en position de thème, une information déjà connue. P20 remplace alors
efficacement la proposition de P23 « si l'énergie nucléaire nous permet d'avoir de
l'électricité à prix abordable », qui est redondante étant donné que la même information est
donnée à l'intérieur de PI9. Ainsi, l'ensemble des modifications suggérées ci-dessus pour
la séquence P20-P23 donnerait l'extrait suivant :
L'uranium est une ressource qui est peu dispendieuse. Les centrales nucléaires peuvent
donc vendre leur électricité à un prix qui restera stable pour plusieurs années et qui
sera abordable. De plus, dans les provinces où l'hiver est très froid, tous les modes de
chauffage sont coûteux, que ce soit l'électricité, le bois de chauffage ou le mazout.
Puisque nous savons tous que l'électricité coûte cher et que nous voulons tous
économiser, je ne vois pas pourquoi nous refuserions que le Canada développe ce
secteur.
Cet extrait laisse voir deux problèmes de hiérarchisation des informations dans P2 et P3.
Le premier cas qui nous intéresse touche la proposition de P2 « les réacteurs canadiens
utilisent l'eau lourde », à laquelle on octroie un statut d'information principale alors que
118
cette proposition devrait plutôt être présentée comme une information secondaire, puisque
ce n'est pas sur cette donnée que l'enchaînement des phrases suivantes se fait. La façon la
plus simple de la replacer au second plan consiste à la transformer en une participiale.
Le second cas touche P3, qui possède un statut d'information principale, alors qu'elle
devrait plutôt être traitée comme une information secondaire, subordonnée au groupe « une
vapeur d'eau radioactive », en tant que complément du nom « vapeur ». En effet,
l'information apportée par P3 constitue un supplément d'information sur le danger
constitué par cette vapeur et non une information principale faisant l'objet d'un
développement subséquent. Ainsi, l'ensemble rectifié P2-P3 pourrait se lire de cette façon :
Toujours selon Edwards et Notebaert, les réacteurs canadiens utilisant l'eau lourde,
une grande quantité de tritium radioactif est produit par l'absorption de neutrons, ce
qui dégage une vapeur d'eau radioactive qui se retrouve par la suite dans l'eau potable
et la nourriture.
CHAPITRE 4
DISCUSSION
120
DISCUSSION
L'analyse de cas précédente laisse voir de façon évidente que certains scripteurs
universitaires éprouvent de la difficulté à répartir efficacement l'information en thème et en
rhème et à la hiérarchiser correctement selon son statut (information principale ou
secondaire) dans un contexte donné. C'est que la réussite de cet exercice n'est pas si
simple : il n'existe en effet aucune règle stricte à suivre afin de parvenir à répartir et à
hiérarchiser efficacement l'information à tout coup dans tous les textes! Et il ne sera jamais
possible d'en édicter, car chaque texte exploite différemment l'information en fonction du
contexte créé par le fil directeur choisi.
Ainsi, selon le sujet développé dans le texte, la répartition en thème et en rhème dans
chaque énoncé sera différente, puisque les contextes antérieur et postérieur autour de cet
énoncé changeront d'un texte à l'autre. Il en va de même pour la hiérarchisation des
informations dans un énoncé ou une séquence d'énoncés; ainsi, une information aura une
saillance plus ou moins importante, selon qu'elle aura un statut principal dans un texte A ou
un statut secondaire dans un texte B parce que la valeur accordée aux informations ainsi
que leur enchaînement ne seront pas identiques d'un texte à l'autre.
Pour illustrer la différence de répartition possible entre deux textes, reprenons la paire de
phrases suggérées par De Villers (2009) :
Ces deux phrases, bien qu'elles véhiculent la même information, sont issues de deux textes
différents, comme l'explique De Villers (2009) :
121
[...] la première fait partie d'un texte qui a pour thème la tomate et donne
comme information nouvelle que celle-ci vient de l'Amérique; la deuxième fait
partie d'un texte qui a pour thème l'Amérique et donne comme information
nouvelle que celle-ci est le lieu d'origine de la tomate, (p. 1312)
Ces phrases pourraient, par exemple, faire partie des extraits2 de textes suivants, dont le
premier est adapté de De Villers (2009) :
Texte 1
Texte 2
On constate que le fait que les PI des deux textes présentent une répartition différente de
l'information, le groupe en position d'attribut n'étant pas le même, change entièrement
l'angle du texte. En effet, le texte 1 a comme sujet la tomate alors que le texte 2 est dédié au
continent américain. Le changement de répartition à l'intérieur de PI entraîne donc un
enchaînement des informations complètement différent, d'où le changement de « point de
vue » d'un texte à l'autre.
Si l'on observe les deux extraits en détail, on constate que dans le texte 1, à la
proposition subordonnée de PI « qui a donné au monde bien d'autres aliments », c'est la
' C'est nous qui soulignons et mettons en gras les propositions de ces deux textes.
122
forme active qui permet la répartition la plus efficace de l'information, puisqu'elle permet
de reprendre en position de thème l'information précédemment introduite en position de
rhème, soit « l'Amérique ». À l'inverse, dans le texte 2, c'est la forme passive qui s'avère
la plus appropriée pour exprimer la même idée que PI du texte 1, puisqu'elle permet de
reprendre en position de thème en P2 le groupe « la tomate », groupe qui était en PI à
l'intérieur du rhème. Ainsi, P2 du texte 2 se lit : « Mais la tomate n'est pas le seul aliment à
avoir été donné au monde par ce continent. »
Ces deux textes montrent bien que l'utilisation d'une structure syntaxique plutôt qu'une
autre dépend étroitement de l'enchaînement des informations dans le texte, lequel est
tributaire de la répartition en thème et en rhème des informations dans chaque énoncé. Mais
ces deux textes démontrent aussi que la question de la répartition des informations est
intimement liée à celle de leur hiérarchisation. En effet, une lecture attentive de ces extraits
laisse voir qu'un changement dans la répartition des informations peut entraîner du même
coup la nécessité de modifier la saillance des informations pour refléter le changement de
statut (principal ou secondaire) de l'information, causé par l'enchaînement différent des
énoncés. C'est ce qui se produit pour les énoncés soulignés dans ces deux textes, dont ceux
ayant fait l'objet d'une répartition différente de l'information.
123
Cette question de saillance différente des éléments d'information peut être illustrée aussi
par les deux paragraphes suivants tirés intégralement de Coltier (1986). Ceux-ci montrent
en effet comment un scripteur peut exploiter la même information, mais en y accordant des
statuts hiérarchiques différents, ce qui se manifestera par une saillance différente des
éléments d'information d'un texte à l'autre3 :
Texte 1
Texte 2
' C'est nous qui mettons en gras les groupes et les propositions dans ces deux textes.
124
présenté dans le texte 1 comme une information secondaire, à l'intérieur d'une construction
apposée. En effet, cette information n'est pas celle sur laquelle se fait l'enchaînement; elle
représente plutôt un ajout d'information pertinent, mais non essentiel au propos, le but de
l'énoncé étant de traiter du fait que le renne fournit nourriture et vêtements aux Lapons. À
l'inverse, dans le texte 2, cet énoncé est traité comme une information principale en P4,
dans une structure non subordonnée. Ce statut est pleinement justifié du fait que
l'enchaînement des informations se fait sur la description des aptitudes du renne et de son
comportement.
Le second énoncé qui présente une différence de hiérarchisation des informations est
constitué des informations entre parenthèses dans P2 du texte 1 « viande et lait » ainsi que
« cuir et fourrure ». Ces informations sont présentées à titre d'informations secondaires, car
elles représentent une simple exemplification de ce que le renne fournit à l'homme pour sa
survie. A l'inverse, dans le texte 2, en P6, les GN « fourrures, cuir, bois, os, viande et un
peu de lait » sont juxtaposés aux phrases précédentes de P6 « il tire le traîneau, porte les
charges, fournit tout ce qui est indispensable à la vie », à l'aide d'un deux-points; ces GN et
les phrases ci-dessus sont donc de même niveau hiérarchique, c'est-à-dire qu'ils ont un
statut d'information principale. Ainsi, s'il y avait eu une P7 dans le texte 2, l'enchaînement
aurait pu se faire sur l'une ou l'autre de ces informations.
Le dernier énoncé qui nous intéresse concerne P3 du texte 1 « car l'animal bien adapté
au milieu polaire », plus précisément le groupe adjectival « bien adapté au milieu polaire ».
Ce groupe, bien que non détaché dans la phrase, aurait très bien pu l'être, car la question de
l'adaptation au climat n'est pas un élément essentiel à la proposition, qui veut plutôt mettre
l'accent sur le fait que le renne peut se déplacer dans les marécages l'été. Il possède donc
un statut d'information secondaire. La situation est différente dans le texte 2, en P2, dans
lequel le groupe adjectival possède plutôt un statut d'information principale. En effet, ce
groupe s'avère essentiel à la détermination du type d'animal dont il est question dans le GN
en fonction d'attribut du sujet. De plus, c'est sur cette information, soit le fait que le renne
125
se soit adapté à un climat rigoureux, que se fait l'enchaînement des énoncés subséquents,
d'où son statut d'information principale.
L'analyse de ces quatre courts textes nous a montré que la répartition de même que la
hiérarchisation des informations d'un texte sont étroitement liées au contexte. Ainsi, deux
textes pourront véhiculer des informations similaires, mais d'une façon différente sur le
plan des structures syntaxiques employées pour illustrer la saillance des informations, que
ce soit pour illustrer la répartition en thème et en rhème ou pour présenter un énoncé donné
comme information principale ou secondaire.
Par contre, il nous est possible de faire plusieurs observations d'un autre ordre tout aussi
pertinentes, en tenant compte évidemment des limites de notre corpus.
résultats encore plus concluants. Rappelons que nous avons tout de même pu repérer des
cas pertinents de ruptures informatives dans 20 textes du corpus.
Pour ce qui est du sujet des textes, nous n'avons pas eu de contrôle sur cette variable :
c'est l'enseignant du cours dans lequel les textes ont été produits qui les a déterminés,
puisque l'écriture de ces textes faisait l'objet d'une évaluation dans le cadre du cours
même. Ces sujets se sont avérés, à notre avis, d'un niveau de difficulté inégal dans le
traitement de l'information; nous en reparlerons plus en détail ultérieurement (pour
l'énoncé des sujets et le nombre de textes pour chacun des sujets, voir chapitre 3, point 1).
En ce qui concerne les scripteurs, nous n'avons reçu aucune information à leur sujet, à
savoir leur degré de maîtrise du français écrit, leur bagage scolaire, leur âge, leur sexe, etc.
Nous ne pouvons donc émettre aucune hypothèse quant à l'influence du profil des locuteurs
sur les résultats des analyses. Nous ne pouvons qu'affirmer que les ruptures décelées ont
été repérées dans des copies appartenant à des scripteurs de trois groupes différents, lors de
trois trimestres différents, admis dans le cours universitaire de Rédaction L Nous sommes
par ailleurs consciente du fait qu'il aurait été intéressant d'élargir le corpus auprès d'élèves
et d'étudiants de différents niveaux pour constater l'évolution de la maîtrise de la gestion
du statut des informations au fur et à mesure que le degré de scolarité des individus
augmente.
Aux limites du corpus même, nous devons ajouter celles liées à notre analyse
personnelle des textes. Bien que nous possédions une expérience suffisante pour être en
mesure de détecter avec une certaine acuité les ruptures de cohérence survenant sur le plan
informatif, il n'en demeure pas moins qu'un autre lecteur aguerri pourrait, en lisant les
textes de notre corpus, identifier des cas de ruptures autres que ceux que nous avons
repérés, ou interpréter différemment certains cas plus complexes. Toute analyse du type de
celle que nous avons effectuée recèle en effet une part de subjectivité, puisqu'elle repose en
grande partie sur le jugement du chercheur. C'est pourquoi nous avons eu recours à l'œil
127
exercé d'un autre lecteur, notre directrice de recherche, Mme Odette Gagnon, pour
confirmer l'intérêt et la validité des cas que nous avions préalablement identifiés. Nous
croyons que son expertise dans l'évaluation de la cohérence des textes aura contribué à
amoindrir la subjectivité inhérente à notre recherche.
Émettre des hypothèses sur les causes qui expliquent ce résultat ne serait que pures
spéculations de notre part. Nous pouvons seulement dire que, d'après notre analyse, il
semble plus facile, ou plus naturel, pour les étudiants francophones universitaires de
répartir correctement les éléments d'information dans leurs textes que de les hiérarchiser. Il
convient cependant de rappeler que certaines grammaires telles que celle de Chartrand et al.
(2011) et celle de Laporte et Rochon (2007) traitent un peu de la question du thème et du
rhème dans une phrase (voir chapitre 1, 1.2.3); il est alors possible que ces notions aient
déjà été enseignées, même brièvement, aux scripteurs de notre corpus.
Ceci dit, on peut tout de même s'étonner du fait qu'autant de défauts de cohérence de ce
type se retrouvent dans un si petit corpus. Même si certaines grammaires traitent quelque
128
Par exemple, la forme passive est vue encore d'un mauvais œil par plusieurs : Riggle
(1998 : 86) souligne à cet effet que « many handbooks describe the passive voice as weak,
indirect, lifeless, deadly, impersonal, ambiguous, or wordy ». Pour toutes ces raisons,
certains auteurs inciteront les scripteurs à éviter ce type de phrases dans leurs textes. On
peut alors comprendre la réticence des étudiants à employer une structure syntaxique qui
possède de si grands défauts! Dans notre corpus, nous avons relevé 10 cas de maladresses
reliées au choix de la forme passive ou active à travers six textes, sur un total de 18
problèmes de répartition, toutes structures syntaxiques confondues. Ces résultats ne nous
permettent pas d'affirmer fermement que le choix de la forme active ou passive s'avère la
plus importante difficulté lorsqu'il est question de répartir efficacement l'information, étant
donné notre corpus restreint; toutefois, nous pouvons avancer que ce choix constitue une
difficulté suffisamment importante pour qu'elle représente plus de la moitié des cas de
défauts reliés à la répartition de l'information.
corpus où le complément de phrase s'est avéré plus ou moins bien placé, occasionnant une
rupture de cohérence quant à la répartition de l'information, soit six cas sur un total de 18
problèmes de répartition (le tiers des cas). Ce résultat montre bien que le rôle textuel du
complément de phrase s'avère tout aussi méconnu que celui de la forme active/passive.
Pour ce qui est de l'usage de la phrase emphatique, nous n'avons identifié qu'un seul cas
de maladresse touchant l'utilisation d'une forme clivée plutôt que neutre sur 18 cas de
ruptures quant à la répartition de l'information.
Par ailleurs, nous avons eu la surprise de découvrir dans notre corpus une rupture de
cohérence touchant la forme attributive dans le texte EN11 « le plus utilisé est l'uranium ».
Nous n'avions pas ciblé cette forme au départ; nous savions toutefois que ce type de
structure syntaxique permettait aussi la thématisation d'un groupe de mots.
Dans un autre ordre d'idées, l'observation des chiffres présentés ci-dessus montre
qu'aucun texte ne semblait présenter de maladresses sur le plan de la répartition de
l'information parmi ceux portant sur les nouvelles technologies de l'information et de la
communication, alors que le nombre de ruptures de cohérence dans les textes portant sur les
deux autres sujets est similaire. Une fois encore, nous pouvons difficilement proposer une
hypothèse pour expliquer ce résultat. Nous pourrions suggérer que ce groupe est tout
simplement constitué de scripteurs plus habiles que ceux des deux autres groupes.
Soulignons par ailleurs que les textes ne sont pas exempts de ruptures de cohérence; celles-
ci appartiennent simplement à d'autres niveaux d'arrimage que celui qui nous intéresse
dans ce mémoire.
En résumé, nous devons reconnaître que les mécanismes d'ordre textuel impliqués dans
le choix d'une structure syntaxique sont encore peu connus, et par le fait même, peu
enseignés aux élèves ou aux étudiants. On peut donc comprendre assez aisément la
difficulté que pose la gestion de la saillance d'une information en fonction de son statut
d'information ancienne ou nouvelle chez les scripteurs universitaires; un enseignement
130
systématique sur la question pourrait constituer une façon efficace de résoudre en partie ce
problème (voir chapitre 4, point 3).
Encore une fois, il nous est impossible d'émettre des conclusions irréfutables sur les
raisons qui expliqueraient cette forte proportion de maladresses reliées à la hiérarchisation
des informations. Nous pouvons cependant suggérer que cette situation est en partie
attribuable au fait que malheureusement, à l'exception de Boulanger et al, Construire la
grammaire (1999), aucune autre grammaire scolaire, à notre connaissance, ne traite de la
subordination autrement que sous un angle purement syntaxique; aucune ne s'attarde au
rôle textuel important que possède la subordonnée lorsque vient le temps d'exprimer le
statut principal ou secondaire d'une information par une saillance appropriée (voir chapitre
1,2.4).
131
Par ailleurs, nous avons observé que le nombre de ruptures était inégalement réparti
entre les trois sujets. En effet, un des thèmes, soit celui sur les technologies de
l'information et des communications, s'est avéré ne présenter aucun texte contenant un
défaut de hiérarchisation des informations. Nous pouvons donc nous risquer à dire que le
choix du sujet de la rédaction peut avoir un effet sur les probabilités de voir surgir de tels
défauts. En effet, dans le cas d'un sujet comme l'exploitation de l'énergie nucléaire, nous
avons cru observer qu'une absence probable de connaissances sur le thème à traiter ou une
mauvaise interprétation des informations fort probablement complexes des textes sources
semblent occasionner des maladresses dans la gestion de la saillance des informations (voir
EN15, par exemple). Ainsi, nous pensons qu'un sujet plus accessible, permettant aux
scripteurs de s'exprimer en puisant dans leurs propres connaissances sur le phénomène à
traiter, pourrait permettre de hiérarchiser plus facilement l'information dans les phrases.
Cela expliquerait peut-être en partie l'absence de défauts dans la cohérence informative
dans les textes traitant des technologies de la communication.
Ceci dit, nous ne pouvons exclure également la possibilité que le groupe qui devait
rédiger sur le thème des communications ait été tout simplement plus habile en rédaction de
textes que les deux autres. Il serait plausible de croire en l'existence d'un lien entre le degré
d'habileté des scripteurs à l'écrit et leur capacité à hiérarchiser efficacement l'information
dans leurs textes. On peut croire en effet qu'un scripteur comprenant mal les enjeux de la
syntaxe d'une phrase pourra éprouver des difficultés plus marquées lors de l'usage des
structures syntaxiques subordonnées, que ce soit la subordonnée conventionnelle ou la
construction détachée.
Ainsi, il semble que le choix du sujet et le degré d'habileté des scripteurs puissent jouer
un rôle dans l'apparition de défauts dans la hiérarchisation des informations. Nous
ajouterons à ces premières observations que l'analyse détaillée du corpus montre une
difficulté généralisée chez les scripteurs à saisir comment déterminer la valeur d'une
information; ils ne semblent pas comprendre que pour qu'une information puisse apparaître
dans une phrase indépendante et posséder par le fait même un statut d'information
132
principale, il est nécessaire que ce soit sur cette phrase que se fassent les enchaînements.
Ainsi, une information présentant une description, un commentaire ou un exemple, qui n'a
aucune conséquence sur les enchaînements précédents ou à venir, devra être considérée
comme une information secondaire, et non principale. Nous avons observé que plusieurs
cas de ruptures dans la hiérarchisation des informations s'expliquaient par l'octroi d'un
statut d'information principale à ce type d'information (voir PR06 pour la description du
moucheron, par exemple). La situation inverse s'est aussi produite : certains scripteurs
traitaient une information qui faisait l'objet d'un enchaînement comme une information
secondaire, à l'intérieur d'une construction subordonnée, alors qu'il aurait été préférable
que cette information apparaisse dans une structure syntaxique indépendante, pour bien
marquer son statut d'information principale.
De telles maladresses dans la saillance d'une information n'ont parfois que peu d'effet
sur la fluidité textuelle : le lecteur arrivera à comprendre facilement l'information véhiculée
par le scripteur, sans effort réel de sa part (voir PR03, P8-P9). Mais à d'autres moments,
une mauvaise gestion du statut des informations peut nuire plus ou moins gravement à la
fluidité textuelle. Par exemple, dans le texte PR04, la saillance inappropriée de P3 entraîne
une impression de rupture s'apparentant presque au coq-à-Pâne; le rétablissement d'une
saillance appropriée au statut secondaire de P3 lève cette impression et assure un bien
meilleur arrimage.
Par contre, d'autres ruptures plus « graves » entraveront la compréhension d'un passage,
ce qui aura comme conséquence de forcer le lecteur à fournir un effort d'interprétation.
Notamment, certaines maladresses dans l'usage de la subordination entraîneront une
difficulté à discerner clairement qui fait quoi, ou qui dit quoi. Nous avons observé quelques
cas de ce genre dans notre corpus qui semblaient être causés par une difficulté chez les
scripteurs à intégrer efficacement à leur argumentation de l'information provenant d'une
source documentaire. Par exemple, dans P8-P9 du texte PR07, le lecteur perçoit
difficilement, au premier coup d'œil, qui fait l'action annoncée dans P9 : est-ce Air Miles
qui enregistrent les opérations ou les compagnies affiliées? Une telle rupture ne rend
133
2.4 Conclusion
L'analyse des ruptures repérées démontre sans aucun doute l'intérêt de sensibiliser
davantage les scripteurs au rôle textuel important que jouent les diverses structures
syntaxiques dans l'enchaînement efficace des énoncés d'un texte. Les différents ouvrages
scolaires tendent malheureusement à occulter cette fonction textuelle, soit de refléter le
statut des informations (information connue ou nouvelle, principale ou secondaire), au
profit de la fonction syntaxique de ces structures. Pourtant, une meilleure compréhension
de ce rôle particulier qu'ont les structures syntaxiques présentées tout au long de ce
mémoire pourrait éviter, ou du moins réduire, la fréquence d'apparition de ruptures de
cohérence sur le plan informatif. Rappelons que 20 textes du corpus sur 39 contenaient au
moins une rupture de cohérence informative.
Nous pensons que cet apprentissage de la cohérence informative pourrait être fait à
l'aide d'une approche contrastive telle qu'utilisée par Rousseau (2010) pour l'enseignement
de la progression thématique, par la présentation de textes complets réussis et moins bien
réussis. Cependant, étant donné la relative difficulté à identifier ce type de ruptures, qui se
détecte moins facilement qu'une rupture de cohérence référentielle par exemple, il serait
134
souhaitable de présenter au préalable des exercices ciblés aux élèves ou aux étudiants dans
le but de leur permettre de développer une bonne compréhension des principes à la base
même de la répartition et de la hiérarchisation de l'information, soit la répartition en thème
et en rhème et l'utilisation appropriée de la subordonnée selon le statut d'information
principale ou secondaire d'une proposition. Ces exercices pourraient être faits en groupe,
avec l'enseignant, pour que ce dernier puisse rendre explicites les raisons pour lesquelles
une forme est plus appropriée qu'une autre dans un contexte donné. Ainsi, les élèves4
seraient poussés à réfléchir au rôle textuel des structures syntaxiques.
Nous avons réfléchi à la forme que pourraient prendre ces exercices ciblés et avons créé
quatre modèles d'activités comprenant chacun un exercice pour chacun des plans étudiés
(la répartition et la hiérarchisation des informations), c'est-à-dire deux exercices par
modèle. Évidemment, puisque ce mémoire n'a pas comme visée d'expérimenter de
nouvelles perspectives didactiques, nous n'avons pas mis à l'essai les activités que nous
proposons; une autre étude, comme celle effectuée en 2012-2013 par Gagnon dans le cadre
d'un projet sur la cohérence auprès d'élèves de cinquième secondaire, serait nécessaire afin
de vérifier l'efficacité réelle de l'utilisation de tels exercices lors d'un enseignement
systématique de la cohérence informative.
Nous précisons que les activités que nous proposons s'inscriraient dans une démarche
d'apprentissage global de la cohérence, ce qui suppose un enseignement préalable de la
notion de pertinence et des autres types d'arrimage. La réalisation de ces activités devrait
également être précédée d'une présentation de certains concepts de base entourant la
question de la répartition et de la hiérarchisation des informations, soit la distinction thème
et rhème en lien avec l'information nouvelle et ancienne, la notion de subordination et de
juxtaposition, la notion d'information principale et d'information secondaire. Une
sensibilisation à l'importance du contexte pour assurer un enchaînement fluide serait
également souhaitable avant d'entreprendre les exercices que nous proposons.
4
Nous utiliserons le terme élève(s) pour le reste de cette partie pour des raisons de concision. Il n'en demeure
pas moins que ces exercices pourraient convenir autant à des apprenants de niveau secondaire qu'à ceux de
niveau collégial ou universitaire.
135
Une fois ces exercices terminés, il serait possible d'examiner avec les élèves des textes
complets réussis et moins bien réussis sur le plan de l'arrimage informatif. Il serait aussi
intéressant que les élèves puissent mettre en pratique leurs nouvelles connaissances dans
des textes qu'ils écriraient et qu'ils retravailleraient après correction de la part de
l'enseignant.
Pour élaborer l'exercice sur la répartition des informations, nous avons sélectionné des
extraits de la presse écrite dans lesquels une forme passive, puis une forme emphatique
étaient bien utilisées et avons créé un cas dans lequel le complément de phrase doit être
antéposé. Nous avons ensuite présenté les deux formes syntaxiques possibles à l'intérieur
d'un choix de réponses; l'élève doit choisir quelle forme s'intègre le mieux dans le contexte
donné (forme active/passive, complément de phrase en tête ou en fin de phrase et forme
neutre/emphatique).
Pour l'exercice sur la hiérarchisation des informations, nous avons retenu des extraits de
la presse écrite contenant une subordination, c'est-à-dire une phrase présentant une
proposition de premier plan et une autre de second plan. Nous avons d'abord isolé ces deux
propositions, puis avons subordonné une proposition à l'autre de façon à créer deux phrases
véhiculant la même information, mais de façon différente du point de vue du statut
hiérarchique des propositions.
3.1.1 Exercice 1
Choisissez parmi la paire de phrases suivantes celle qui présente la répartition la plus
appropriée de l'information selon le contexte présenté dans les extraits qui suivent.
a) « Les adeptes d'escalade ont déterminé ces voies au fil de leur pratique. »
b) « Ces voies ont été déterminées par les adeptes d'escalade au fil de leur pratique. »
Parois d'escalade du Saguenay. Guide pratique illustré, comporte quelque 400 pages qui
détaillent en mots et en images chacune des "voies", des tracés suggérés, à suivre sur
chaque paroi. »
"Souvent, nous avons des patients qui arrivent avec des prescriptions très en retard. Ce sont,
par exemple, des gens d'affaires très occupés qui arrivent chez nous avec une demande de
test de dépistage qui date de 15, 16, 18 mois. [...]" »
a) Mais malgré toutes ces démarches, Antoine ne fut pas élu maire de sa ville.
b) Mais Antoine ne fut pas élu maire de sa ville malgré toutes ces démarches.
Chaque jour durant un mois, Antoine fit du porte-à-porte afin d'expliquer à ses concitoyens
sa vision d'une bonne gestion municipale. Il accorda plusieurs entrevues et prit de
nombreux bains de foule pendant lesquels il serra un nombre incalculable de mains.
138
3.1,2 Exercice 2
Lia hiérarchisation des informations
Rétablissez la hiérarchie entre les deux propositions présentées dans chacun des exemples.
La phrase ainsi créée doit s'intégrer adéquatement à l'extrait de presse présenté.
Exemple 1
a) Cet événement n'a jamais été reconnu par les autorités.
b) Cet événement avait bouleversé l'opinion publique chinoise et internationale.
1. « Cet événement, qui avait bouleversé l'opinion publique chinoise et internationale, n'a
jamais été reconnu par les autorités. »
2. « Cet événement, qui n'a jamais été reconnu par les autorités, avait bouleversé l'opinion
publique chinoise et internationale. »
« Comme vous pouvez le constater, la répression n'a jamais cessé depuis le massacre de la
place Tianenman de 1989. .
Celles-ci nient la mort de plus d'un millier d'étudiants et d'ouvriers pacifistes sur les
principales artères de Pékin. »
Source : Reporters sans frontières, Solidarité Chine et le Comité de soutien au peuple tibétain, « Au nom des
droits de l'homme, non à la candidature de Pékin aux J.O en 2008 », mémoire soumis au Comité international
olympique, Paris [affichage original: [Link] 11 juin 2001],
reproduit par François-Pierre Gingras, [Link]
Cybermétho, 18 octobre 2007.
Exemple 2
a) La nouvelle fromagerie baieriveraine ouvrira ses portes en octobre.
b) La nouvelle fromagerie aura nécessité des investissements de plus de 15 millions de
dollars.
139
1. « La nouvelle fromagerie baieriveraine, qui ouvrira ses portes en octobre, aura nécessité
des investissements de plus de 15 millions de dollars. »
2. « La nouvelle fromagerie baieriveraine, qui aura nécessité des investissements de plus de
15 millions de dollars, ouvrira ses portes en octobre. »
« C'est cet automne que le « vrai » fromage Boivin sera de retour sur les tablettes.
. Et
malgré les nouveaux équipements acquis, on promet que le fromage goûtera la même chose
qu'auparavant! »
Exemple 3
a) Le groupe avait annoncé jeudi qu'il demandait la protection des tribunaux pour tenter
une restructuration.
b) Le groupe fournit environ 40 % du papier journal en Amérique du Nord.
1. « Le groupe, qui avait annoncé jeudi qu'il demandait la protection des tribunaux pour
tenter une restructuration, fournit environ 40 % du papier journal en Amérique du Nord. »
2. « Le groupe, qui fournit environ 40% du papier journal en Amérique du Nord, avait
annoncé jeudi qu'il demandait la protection des tribunaux pour tenter une restructuration. »
Exercice 1
1. Phrase B : « Ces voies ont été déterminées par les adeptes d'escalade au fil de leur
pratique. »
2. Phrase A : « C'est le directeur médical de la clinique Radiologie et imagerie
médicale de la Capitale, le Dr Jacques Lévesque, qui a eu l'idée d'offrir ce service à
ses clients. »
3. Phrase A : Mais malgré toutes ces démarches, Antoine ne fut pas élu maire de sa
ville.
Exercice 2
L'enseignant devrait être tolérant vis-à-vis des différentes formulations que pourrait
employer l'élève, le premier objectif de cette activité étant d'amener l'élève à repérer tout
au moins le passage présentant une rupture et à tenter de le rectifier du mieux possible.
142
3.2.1 Exercice 3
a) PI Chaque semaine, nous recevons des offres de compagnies de crédit, des dizaines de
publicités et sur toutes ces offres, nos coordonnées apparaissent. P2 Ce phénomène prend
une telle importance que cela me fait peur. P3 Ne pouvez-vous donc pas en tant que
ministre empêcher cette propagation de renseignements sur la vie privée des gens? P4 Car
ceux qui recueillent ces informations ne le font pas par simple curiosité, comme le dit
Pierrot Péladeau, coordonnateur scientifique au Centre de bioéthique de Montréal. P5
Toutes les opérations électroniques, les concours ou encore les sondages sont enregistrés
dans plusieurs banques de données et sont communiqués à toutes sortes d'entreprises. P6
D'ailleurs, la présidente de la Commission d'accès à l'information, Jennifer Stoddart,
suggère aux gens d'être plus vigilants lorsqu'ils naviguent sur Internet et de s'informer sur
la façon dont fonctionne cette société d'information.
b) PI L'uranium est une ressource qui est peu dispendieuse. P2 Les centrales nucléaires
peuvent donc vendre leur électricité à un prix qui restera stable pour plusieurs années et qui
sera abordable. P3 De plus, dans les provinces où l'hiver est très froid, tous les modes de
chauffage sont coûteux, que ce soit l'électricité, le bois de chauffage ou le mazout. P4 Je ne
vois pas pourquoi nous refuserions que le Canada développe ce secteur puisque nous
savons tous que l'électricité coûte cher et que nous voulons tous économiser.
143
3.2.2 Exercice 4
La hiérarchisation des informations
Voici deux extraits de textes d'élèves du secondaire. Identifiez le problème sur le plan de la
hiérarchisation des informations dans chacun des extraits, donnez une brève explication du
problème rencontré et suggérez des corrections appropriées.
b) PI Nous ne voyons pas ce qu'il y a de nuisible pour une carrière que de partager ses
connaissances scientifiques sur un blogue. P2 Un épidémiologiste américain signe sous le
pseudonyme de Revere sur le blogue Effect Measure et affirme qu'environ 1500 personnes
visitent son cybercarnet chaque jour, c'est deux fois le nombre d'abonnés de plusieurs
journaux spécialisés. P3 Ceci démontre bien l'intérêt grandissant des gens aux blogues
scientifiques.
144
PI Chaque semaine, nous recevons des offres de compagnies de crédit, des dizaines de
publicités et sur toutes ces offres, nos coordonnées apparaissent. P2 Ce phénomène prend
une telle importance que cela me fait peur. P3 Ne pouvez-vous donc pas en tant que
ministre empêcher cette propagation de renseignements sur la vie privée des gens? P4 Car
ceux qui recueillent ces informations ne le font pas par simple curiosité, comme le dit
Pierrot Péladeau, coordonnateur scientifique au Centre de bioéthique de Montréal. P5 Ils
enregistrent dans plusieurs banques de données toutes les opérations électroniques,
ainsi que toutes les données obtenues dans le cadre de concours ou encore de sondages
et les communiquent à toutes sortes d'entreprises. P6 D'ailleurs, la présidente de la
Commission d'accès à l'information, Jennifer Stoddart, suggère aux gens d'être plus
vigilants lorsqu'ils naviguent sur Internet et de s'informer sur la façon dont fonctionne cette
société d'information.
Explications
Étant donné que P4 présente en position de thème « ceux qui recueillent ces informations »,
il serait préférable de maintenir la même information en position de thème (soit en tête de
phrase) en P5 pour respecter le principe du dynamisme communicatif qui suggère que l'on
commence une phrase par l'information connue. Ainsi, il faudrait utiliser la forme active
pour placer les groupes « toutes les opérations électroniques, les concours ou encore les
sondages » en fin de phrase et retrouver par le fait même en tête de phrase, en position de
thème, la proposition « ceux qui recueillent ces informations », reprise par le pronom
« ils ».
145
b) Correction
PI L'uranium est une ressource qui est peu dispendieuse. P2 Les centrales nucléaires
peuvent donc vendre leur électricité à un prix qui restera stable pour plusieurs années et qui
sera abordable. P3 De plus, dans les provinces où l'hiver est très froid, tous les modes de
chauffage sont coûteux, que ce soit l'électricité, le bois de chauffage ou le mazout. P4
Puisque nous savons tous que l'électricité coûte cher et que nous voulons tous
économiser, je ne vois pas pourquoi nous refuserions que le Canada développe ce secteur.
Explications
Exercice 4
a) Correction
Explications
Le problème vient du fait que sont placés au premier plan, à titre d'informations
principales, les exemples de maladies qui peuvent être décelées durant la grossesse. Il serait
146
b) Correction
PI Nous ne voyons pas ce qu'il y a de nuisible pour une carrière que de partager ses
connaissances scientifiques sur un blogue. P2 Un épidémiologiste américain, qui signe
sous le pseudonyme de Revere sur le blogue Effect Measure, affirme qu'environ 1500
personnes visitent son cybercarnet chaque jour, c'est deux fois le nombre d'abonnés de
plusieurs journaux spécialisés. P3 Ceci démontre bien l'intérêt grandissant des gens aux
blogues scientifiques.
Explications
La proposition, qui est placée au premier plan, à titre d'information principale, relève
nettement du second plan, puisqu'elle fournit un supplément d'information. Il est alors
préférable de subordonner cette proposition à l'idée principale pour qu'elle retrouve un
statut approprié.
147
Cet exercice présente un niveau de difficulté assez élevé, étant donné que l'élève ne sait
pas s'il y a ou non une rupture dans l'extrait présenté.
148
3.3,1 Exercice 5
a) PI D'abord et avant tout, le secteur nucléaire engendre des profits terriblement généreux.
P2 Selon l'Association nucléaire canadienne (ANC), presque la totalité de la production
d'uranium canadienne est exportée « soit une valeur d'environ 500 millions de dollars par
ans malgré la baisse des prix actuelle ». P3 Cet argent profite au Canada et à sa population
sous forme de retombées économiques colossales. P4 Développer le secteur nucléaire
comme principal producteur d'énergie au Canada devient plus que possible lorsque la
valeur de ces chiffres nous est livrée.
b) PI De nos jours, près de 75% des cégépiens travaillent durant leurs études. P2 C'est près
de quatre fois plus qu'il y a quelques décennies. P3 Si l'on observe ce fait de loin, on serait
tenté de penser que cela est une bonne chose, qu'enfin les jeunes se dégourdissent les
jambes et quittent leur ordinateur. P4 Mais est-ce vraiment le cas? P5 Si nous regardons de
plus près, trouverons-nous qu'un emploi, c'est trop pour eux et qu'il serait tout simplement
mieux qu'ils n'en aient pas? P6 Voilà une question qui porte à réflexion.
149
3.3,2 Exercice 6
a) PI Au début des années 1990, les usines de pâtes et papiers situées sur le littoral de la
Colombie-Britannique répandaient dans l'eau énormément de polluants toxiques nommés
dioxines et furanes. P2 Les niveaux de ces polluants retrouvés par les spécialistes dans
Thépatopancréas des crabes dormeurs étaient si alarmants qu'ils représentaient un risque
énorme pour la santé des consommateurs. P3 Aussi, entre 1993 et 1995, les zones de pêche
aux crustacés qui ont dû être fermées représentaient près de 1200 km2. P4 Cependant, au
début des années 2000, la moitié de ces zones ont été rouvertes. P5 Pourquoi? P6 Parce que
neuf des usines problématiques ont décidé qu'un traitement secondaire des effluents rejetés
dans l'eau s'imposait.
Exercice 5
a) On constate que l'arrimage entre P2, P3 et P4 aurait été mieux réussi si le complément de
phrase en P4 avait été placé en tête de phrase. Puisque P2 et P3 présentent des données
chiffrées sur les profits engendrés par l'énergie nucléaire, il serait préférable de commencer
P4 avec en tête de phrase, en position de thème, l'information connue, soit le fait que des
chiffres ont été présentés. L'extrait corrigé devrait donc prendre la forme suivante :
PI D'abord et avant tout, le secteur nucléaire engendre des profits terriblement généreux.
P2 Selon l'Association nucléaire canadienne (ANC), presque la totalité de la production
d'uranium canadienne est exportée « soit une valeur d'environ 500 millions de dollars par
ans malgré la baisse des prix actuelle ». P3 Cet argent profite au Canada et à sa population
sous forme de retombées économiques colossales. P4 Lorsque la valeur de ces chiffres
nous est livrée, développer le secteur nucléaire comme principal producteur d'énergie
au Canada devient plus que possible.
Exercice 6
a) Dans P3, l'information principale, qui est la conclusion de P1-P2, est «les zones de
pêche ont dû être fermées ». Or, cette information est présentée comme secondaire, dans
une subordonnée relative. Il faudrait alors redonner à cette proposition son statut
d'information principale en la présentant comme la phrase enchâssante, et non enchâssée.
C'est donc l'information sur l'étendue de la zone en kilomètres qui se retrouvera en
position subordonnée; ce changement est tout à fait approprié, puisque ce n'est pas sur cette
information que se font les enchaînements subséquents.
151
PI Au début des années 1990, les usines de pâtes et papiers situées sur le littoral de la
Colombie-Britannique répandaient dans l'eau énormément de polluants toxiques nommés
dioxines et furanes. P2 Les niveaux de ces polluants retrouvés par les spécialistes dans
l'hépatopancréas des crabes dormeurs étaient si alarmants qu'ils représentaient un risque
énorme pour la santé des consommateurs. P3 Aussi, entre 1993 et 1995, les zones de
pêche aux crustacés, qui représentaient près de 1200 km2, ont dû être fermées. P4
Cependant, au début des années 2000, la moitié de ces zones ont été rouvertes. P5
Pourquoi? P6 Parce que neuf des usines problématiques ont décidé qu'un traitement
secondaire des effluents rejetés dans l'eau s'imposait.
3.4.1 Exercice 7
Supposons que chacune des phrases suivantes constitue la fin d'une séquence de quelques
phrases. Imaginez un contexte antérieur (quelques phrases seulement) permettant à
chacune de ces phrases de terminer la séquence que vous aurez inventée. Vous pouvez
remplacer un GN par un pronom ou ajouter un marqueur de relation à la phrase, si
nécessaire.
3.4.2 Exercice 8
1) a) Le nouvel hôpital, qui ouvrira ses portes bientôt, accueillera une clientèle juvénile.
b) Le nouvel hôpital, qui accueillera une clientèle juvénile, ouvrira ses portes bientôt.
2) a) Les acariens sont des insectes microscopiques qui provoquent souvent des allergies.
Exercice 7
1) a) Puisque le groupe « Lucie » est dans une phrase clivée, il est considéré comme le
rhème, l'information nouvelle. Il faut donc tenter de trouver un contexte antérieur qui
mettra en évidence le fait de chercher à savoir qui a peint le tableau en question.
Exemple : Luc buvait son café, assis au salon, tout en contemplant la toile accrochée au
mur. Il se demandait qui avait bien pu peindre cette toile. Il posa donc la question à sa sœur,
qui lui répondit : « Tu ne te rappelles pas? C'est Lucie qui a peint ce tableau! »
1) b) Dans cette phrase, le thème est « Lucie » et le rhème « a peint ce tableau ». Même si
l'utilisation du démonstratif « ce » implique que le lecteur connaît déjà l'existence du
tableau, il faut trouver un contexte antérieur permettant de présenter l'idée de peindre
comme nouvelle.
Exemple : Le tableau que tu regardes a toute une histoire. Lucie ne sortait plus de chez elle
par peur des foules. Son psychologue lui a un jour suggéré d'exprimer ses émotions par le
biais de l'art. Alors, Lucie a peint ce tableau.
2) a) Le groupe qui occupe la position de thème étant « Jean boit », il convient de trouver
un contexte antérieur qui mettra en évidence le fait de boire, pour que l'information « Jean
boit » soit considérée comme une information connue.
Exemple : Depuis le décès de sa femme, Jean rentre ivre chaque soir à la maison, d'autres
bouteilles de vin sous le bras. Son sous-sol regorge maintenant de bouteilles de vin rouge
ou blanc vides. De toute évidence, Jean boit pour oublier.
b) Étant donné que l'élément en tête de phrase, donc connu, est constitué du groupe « pour
oublier », le contexte précédent devra traiter des raisons pour lesquelles Jean boit.
156
Exemple : Le sort s'acharne sur Jean : dans la même semaine, il a perdu son emploi ainsi
que la garde de ses enfants. Alors pour oublier, Jean boit.
Exercice 8
Exemple : La région de Montréal sera bientôt dotée d'un nouveau centre hospitalier. Le
nouvel hôpital, qui ouvrira ses portes bientôt, accueillera une clientèle juvénile. Il sera
pourvu d'appareils médicaux à la fine pointe de la technologie. Les jeunes clients auront
donc accès à un diagnostic rapide et précis, de même qu'à des traitements de qualité ici
même, au Québec.
2) a) Cette phrase doit s'intégrer dans un contexte où l'idée principale du texte repose sur la
description d'un acarien.
Exemple : Connaissez-vous les acariens? Les acariens sont des insectes microscopiques
qui provoquent souvent des allergies. Ils adorent les milieux chauds et humides, où ils
prolifèrent. Ils se nourrissent de microparticules de cheveux et de peau.
157
2) b) Dans cette phrase, l'information principale est « les acariens provoquent souvent des
allergies ». Donc, le contexte dans lequel on inscrira cette phrase devra mettre en évidence
le fait que les acariens causent des allergies.
4. Conclusion
L'analyse des textes d'étudiants de notre corpus laisse entrevoir une méconnaissance du
rôle textuel que jouent les différentes structures syntaxiques (forme active ou passive,
neutre ou emphatique, complément de phrase en début ou en fin de phrase, phrases
subordonnées, juxtaposées ou coordonnées). Le choix d'employer l'une ou l'autre forme
n'est pas dû au hasard ou à la simple volonté du scripteur d'adopter un style plutôt qu'un
autre : il est contraint par la nécessité d'assurer un enchaînement fluide entre ce qui précède
et ce qui suit l'énoncé en question. Ainsi, comme nous l'avons vu précédemment, deux
textes présentant les mêmes « idées » seront hiérarchisés différemment selon que les
informations seront traitées en tant qu'informations principales ou secondaires, et
présenteront des énoncés et séquences d'énoncés répartis différemment selon l'alternance
thème/rhème dans chacun des deux textes.
Pour pallier cette méconnaissance des scripteurs des mécanismes textuels régissant la
cohérence informative, nous croyons qu'il s'avérerait intéressant d'implanter un
enseignement systématique des principes de cohérence informative en classe. De courts
exercices, tels que ceux présentés précédemment, effectués en groupe avec l'aide de
l'enseignant, alliés idéalement à des pratiques d'écriture plus nombreuses pour réinvestir
les connaissances acquises, pourraient sûrement contribuer à améliorer la qualité des textes
des élèves et des étudiants sur le plan de la répartition et de la hiérarchisation des
information
CONCLUSION
CONCLUSION
Dans cette recherche, nous avons traité d'un quatrième niveau d'arrimage des énoncés,
l'arrimage informatif, qui « repose sur l'idée que toutes les informations du texte n'ont pas
le même statut [...], et que la saillance d'une information [...] doit coïncider avec son
statut » (Gagnon et Chamberland, 2010 : 79). Nous avons vu que la structure syntaxique
dans laquelle une information apparaît doit refléter le statut principal ou secondaire, ancien
ou nouveau de cette information, et que le choix de la structure syntaxique à utiliser pour
permettre une saillance appropriée de l'information dépendra de l'enchaînement des
énoncés et des séquences d'énoncés.
Nous avons montré que certaines structures syntaxiques permettaient une répartition
différente en thème et en rhème; ainsi, selon le contexte dans lequel s'inscrit un énoncé ou
une séquence d'énoncés, le scripteur choisira d'employer une forme active ou passive,
neutre ou emphatique ou choisira de positionner le complément de phrase en début ou en
fin de phrase pour que les informations aient une saillance adéquate selon leur statut ancien
ou nouveau, sachant que, généralement, l'information connue se retrouve en tête de phrase.
Nous avons aussi montré que l'emploi d'une structure syntaxique subordonnée,
juxtaposée ou coordonnée dépendait étroitement du statut de l'information. Nous avons vu
que la subordination (subordonnées conventionnelles, constructions détachées) permettait
l'expression d'une saillance appropriée pour une information de statut secondaire, et que la
juxtaposition ou la coordination procuraient quant à elles une juste saillance pour une
information principale. Nous avons vu qu'une information n'était pas principale ou
secondaire en soi : son statut dépend étroitement du contexte dans lequel elle s'inscrit.
Ainsi, une information est considérée principale lorsqu'elle autorise les enchaînements
subséquents, et secondaire lorsqu'elle ne les permet pas.
Nous avons pu faire ces observations grâce à l'analyse d'un corpus de 39 textes écrits en
français par des étudiants universitaires québécois, qui devaient rédiger un texte
161
argumentatif sur un sujet imposé. Nous avons pu constater une maîtrise imparfaite des
concepts de répartition et de hiérarchisation des informations chez une partie importante
des scripteurs : sur 39 textes analysés, 20 contenaient au moins une maladresse dans la
gestion de la saillance des énoncés en fonction du statut des informations. Parmi ces 20
textes, 13 présentaient au moins un défaut de cohérence dans la répartition des
informations. Au total, nous avons trouvé 18 défauts de cohérence dans ces 13 textes, dont
10 portaient sur le choix de la forme active ou passive, six sur le déplacement du
complément de phrase, un sur l'usage d'une forme clivée plutôt que neutre et un sur la
forme attributive. Pour ce qui est des ruptures portant sur la hiérarchisation des
informations, nous en avons décelé plus d'une quarantaine, réparties dans 18 textes parmi
les 39 ayant été analysés.
Nous avons conclu de l'analyse des textes de notre corpus que cet aspect particulier de la
dimension textuelle, soit la nécessité de répartir et de hiérarchiser de façon appropriée les
informations du texte, semblait plutôt méconnu des scripteurs. Ce constat n'est nullement
étonnant, sachant que ce ne sont pas tous les ouvrages destinés à l'apprentissage de la
grammaire ou à l'écriture d'un texte qui mettent de l'avant la fonction textuelle des
différentes structures syntaxiques (forme active ou passive, neutre ou emphatique,
complément de phrase en tête ou en fin de phrase, proposition subordonnée, juxtaposée ou
coordonnée). Par exemple, le rôle textuel que la subordonnée est appelée à jouer, c'est-à-
dire permettre l'expression d'une saillance appropriée selon le statut principal ou
secondaire d'une information, y est trop souvent occulté.
Nous croyons donc qu'il serait pertinent de sensibiliser les élèves et les étudiants à
l'importance d'assurer une saillance adéquate des éléments d'information dans leurs textes,
et ce, afin d'en augmenter la fluidité et parfois même l'intelligibilité. Nous pensons qu'un
enseignement systématique des principes régissant la cohérence informative permettrait aux
apprenants de comprendre les raisons pour lesquelles une structure syntaxique est plus
appropriée qu'une autre dans un contexte donné, ce qui, incidemment, ferait diminuer la
fréquence d'apparition de ruptures de cohérence touchant cette dimension dans leurs textes.
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Nous avons alors suggéré quelques modèles d'activités qui pourraient être faites en classe,
avec le soutien de l'enseignant.
Nous estimons que notre modeste recherche, qui avait comme objectif global de baliser
le fonctionnement de l'arrimage informatif, a permis de jeter un peu de lumière sur une des
nombreuses zones d'ombre restantes dans la vaste étendue de la dimension textuelle. Nous
n'avons bien sûr pas épuisé totalement la question de la cohérence informative (à
l'impossible, nul n'est tenu!); nous croyons cependant que la réflexion que nous avons faite
possède des assises suffisamment solides pour constituer un outil de référence
supplémentaire pour toute personne intéressée par les phénomènes d'ordre textuel.
BIBLIOGRAPHIE
RIGGLE, Keith B. (1998), « Using the Active and the Passive Voice Appropriately in On-
the-job Writing », Journal of Technical Writing and Communication, vol. 28, numéro 1, p.
85-117.