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Les Personnalités Criminelles: P001-240-9782100710355 - BAT - Indd 1 15/04/14 15:02

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Les personnalités

criminelles

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P S Y C H O S U P

Les personnalités
criminelles
Évaluation et prévention

Catherine Blatier

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Une première édition de cet ouvrage est parue en 2011,
chez le même éditeur, dans la collection Topos +.

Illustration de couverture
Franco Novati

© Dunod,
© Dunod, 20142014
Paris,
5 rue Laromiguière, 75005 Paris
© Dunod, 2014
5 rue Laromiguière, 75005 Paris
[Link]
[Link]
5 rue Laromiguière, 75005 Paris
ISBN 978-2-10-070528-9
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978-2-10-071035-5
ISBN 978-2-10-070528-9



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Table des matières

Avant-propos IX

Chapitre 1 Les facteurs psychologiques 1

1. Crime, personnalité et psychopathologie 3


1.1 L’approche psychodynamique du criminel 4
1.2 Eysenck et les différentes théories
de la personnalité criminelle 5
1.3 Criminalité et troubles psychopathologiques 10
1.4 Troubles de la personnalité et psychopathie 12
1.4.1 La personnalité antisociale 12
1.4.2 La personnalité borderline 14
1.4.3 La psychopathie 16
1.5 Les criminels violents 26
1.6 Toxicomanie et délinquance 31
1.7 Détention et troubles psychopathologiques 37
1.8 Dangerosité et évaluation du risque de récidive 45

Chapitre 2 Criminalités spécifiques,


et techniques d’investigation 53

1. La délinquance sexuelle 55
1.1 La pédophilie 59
1.2 Le modèle de Groth 61
1.3 Les caractéristiques et l’évaluation
de la délinquance sexuelle 70
1.4 La récidive sexuelle 72
1.5 Les troubles de la préférence sexuelle 78

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VI Les personnalités criminelles

1.5.1 L’exhibitionnisme 78
1.5.2 Le fétichisme 79
1.5.3 Le voyeurisme 79
1.5.4 Le sadomasochisme 79
2. Les tueurs en série 80
3. Les violences conjugales 84
4. La maltraitance envers les enfants 94
4.1 Les facteurs de risque 100
4.2 Les facteurs de protection 101
4.3 Le syndrome de Silverman 103
4.4 Le syndrome de Münchausen par procuration 103
4.5 Le syndrome d’aliénation parentale 104
4.6 Le syndrome du bébé secoué 105
5. La maltraitance envers les personnes âgées 107
6. Le syndrome de Stockholm 109
6.1 Les différentes phases 109
6.1.1 La phase de capture 110
6.1.2 La phase de séquestration 110
6.1.3 La phase de libération 111
6.1.4 La phase séquellaire 112
6.2 Les facteurs de risque 112
6.3 Analyse psychopathologique 113
7. La délinquance et la criminalité au féminin 115
7.1 Les délinquantes et criminelles adultes 116
7.1.1 Les femmes violentes 116
7.1.2 Les femmes incarcérées en France 124
7.2 Les filles délinquantes 126

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Table des matières VII

7.3 L’établissement de l’identité


et la socialisation différentielle 132
7.4 Le rôle des pairs dans l’activité délictueuse 135
7.5 Les filles et la violence 135
7.6 La prise en charge des filles et des garçons
par l’institution judiciaire 139
7.7 Un modèle qui reste à construire 142

Chapitre 3 L’approche développementale


et la prévention 145

1. Les trajectoires développementales


de la délinquance de l’enfance à l’âge adulte 147
1.1 La délinquance sporadique 148
1.2 La délinquance transitoire 149
1.3 La délinquance persistante 149
2. Les facteurs de risque délinquant 151
2.1 La précocité dans la délinquance 153
2.2 L’ampleur du phénomène à son origine 153
2.3 Les éléments de personnalité
et de relation aux autres 154
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.

2.4 L’influence des pairs 156


2.5 Les facteurs familiaux 157
2.6 La faiblesse des mécanismes
de régulation de la conduite 158
3. Les facteurs de persistance
de l’activité délinquante et violente 160
3.1 La séquence développementale
des comportements délinquants et violents 161
3.1.1 Les indices de gravité et de persistance 164

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VIII Les personnalités criminelles

4. La prédiction des comportements antisociaux


dans les études longitudinales 168
5. Les facteurs présents dès la petite enfance
et la prévention 171

En guise de conclusion 177

bibliographie 179

Index des notions 219

Index des auteurs 221

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Avant-propos

« Le criminel, au moment où il accomplit son crime, est


toujours un malade. »
Avec Dostoïevski, on peut reconnaître que le crime signe la
pathologie. Pourtant, il se trouve toujours des voisins ou des
amis pour estimer que la personne semblait tout à fait normale
les jours précédant le crime.
Qu’on invoque un moment pathologique ou une person-
nalité troublée, la question de la pathologie de l’acte criminel
se pose. Le juge, mais aussi la victime, la famille, la société,
aimeraient comprendre ou tout au moins identifier les raisons
d’un tel acte.
Que connaît-on des personnalités criminelles ? Quelles en
sont les caractéristiques ? Sont-elles déterminées ou peuvent-
elles évoluer  ? Les mobiles du crime peuvent-ils aider à
comprendre l’acte et son auteur ?
S’il apparaît nécessaire de placer en détention des criminels
afin d’éviter tout risque de récidive, il est impératif de chercher
à assurer un traitement psychologique adapté à ces personnes,
même s’il reste difficile à mettre en œuvre.
Le travail du psychocriminologue consiste à connaître les
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.

criminels, à évaluer les personnalités et les différentes patho-


logies afin d’offrir des soins adaptés. Fort des connaissances
théoriques, il compare la situation à des modèles de comporte-
ment ou de personnalité bien répertoriés. Il examine l’étiologie
et la criminogenèse afin de conseiller des thérapies cohérentes
et des programmes de prévention adaptés.
Cet ouvrage propose d’accompagner le lecteur à la décou-
verte du travail de psychocriminologue, à partir des théories
de la personnalité criminelle et des spécificités des comporte-
ments délinquants et criminels. Des criminalités fréquemment

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X Les personnalités criminelles

rencontrées dans la pratique clinique seront présentées, notam-


ment la délinquance sexuelle, les violences conjugales et la
criminalité féminine. Nous exposerons les facteurs utiles pour
une meilleure prise en charge des mineurs délinquants, et une
place sera accordée aux victimes à travers la question de la
maltraitance envers les enfants et envers les personnes âgées.
Les résultats de nombreux travaux de recherche sont résumés
afin d’aider les psychocriminologues et leurs futurs collègues.
Nous aborderons cet ouvrage sous trois angles. Tout d’abord,
nous détaillerons les facteurs psychologiques et les diverses
théories des personnalités criminelles. Puis nous examinerons
des criminalités spécifiques, avant de détailler les enjeux de
l’approche développementale. Cette dernière approche permet
de comprendre l’origine de nombreux comportements délin-
quants et les modalités de leur extension. Elle décrit des trajec-
toires de l’enfance à l’âge adulte qui se révèlent utiles pour la
prévention des conduites antisociales.
Nous souhaitons que le lecteur, intéressé ou spécialiste,
puisse approfondir ainsi la question des personnalités crimi-
nelles avec un regard de psychocriminologue qui cherche
constamment à mieux comprendre pour mieux prévenir.

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LES FACTEURS
PSYCHOLOGIQUES

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1. Crime, personnalité et psychopathologie..................3

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Les facteurs psychologiques 3

La conception du crime et du criminel a suivi une évolu-

rt

Pa
tion considérable au cours des dernières décennies. On s’inté-
resse toujours à la genèse du crime comme si la connaissance
pouvait conduire à une limitation de ses expressions. Toutefois,
il est difficile de lutter contre une marée d’informations crimi-
nologiques qui envahissent les médias comme les politiques
ie
publiques. C’est également sans compter l’importance des jeux
vidéo et des nombreuses images qui circulent sur Internet.
Finalement, notre monde est profondément imprégné de
violence et en rechercher les raisons psychologiques revient
à des interrogations fondamentales. Ces questions ont été
abordées par maints ouvrages consacrés à la violence et à ses
conséquences sociales et politiques, c’est pourquoi nous préfé-
rons centrer celui-ci sur la psychopathologie et les différents
courants d’analyse de la personnalité criminelle.

1. Crime, personnalité
et psychopathologie

Il existe différentes approches psychologiques du crime


et de la criminalité. À côté des théories sociales et psychoso-
ciales, exposées dans l’ouvrage Introduction à la psychocrimino-
logie (Blatier, 2014), une lecture psychopathologique du crime
s’est imposée au fil du temps. Elle a tout d’abord été clinique,
reposant sur l’analyse de certains criminels et s’efforçant d’en
tirer des conclusions plus générales. C’est le cas de l’approche
psychodynamique, qui a posé quelques hypothèses, notam-
ment sur le surmoi des criminels. Puis elle a évolué grâce à de
nombreuses recherches qui ont permis de définir les contours
de la personnalité criminelle.

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4 Les personnalités criminelles

1.1 L’approche psychodynamique du criminel


À partir des travaux de Freud, Reich et Jung, plusieurs psycha-
nalystes se sont penchés sur la question de l’agressivité et de la
délinquance. L’agressivité était liée selon Freud aux pulsions
de vie et de mort. Dès 1915, il avait évoqué l’idée d’une crimi-
nalité par sentiment de culpabilité inconscient auquel le sujet
répondait par un passage à l’acte. Freud considérait que le
surmoi des criminels était trop fort. Se laisser appréhender par
la police leur permettait de libérer cette tension interne. Le
meurtre relevait d’une dimension archaïque pouvant émerger
à tout moment ou bien résultait d’une hostilité œdipienne. Le
Surmoi pouvait être trop faible ou encore changeant. Marie
Bonaparte alléguait la suprématie du Surmoi sur le Ça dans
le cas de Madame Lefèbvre, une criminelle qui assassina de
sang-froid sa belle-fille enceinte. Mélanie Klein a évoqué la
sévérité excessive et la cruauté du Surmoi qui ne pouvaient être
contrebalancées du fait de l’absence d’objets bons introjectés.
En abordant la personne dans son milieu, Winnicott a vu dans
la tendance antisociale la recherche d’un environnement stable
susceptible de contenir la personne. L’importance des situa-
tions sociales a été également soulignée par Lagache, qui a
décrit le phénomène criminel comme résultant de difficultés
sociales et pas uniquement de phénomènes inconscients. Il
contestait l’idée de psychocriminogenèse, lui préférant celle
de criminogenèse, qui intégrait des éléments multifactoriels.
Aujourd’hui, la psychanalyse insiste sur l’importance des
facteurs psychologiques en sus des éléments biologiques et
sociaux. À partir de l’examen des criminels, elle promeut la
compréhension de l’individu dans sa totalité. Elle souligne
la force de reproduction de modèles intériorisés au cours de
l’enfance. L’approche psychodynamique considère le crime
comme la conjonction de la situation précriminelle (environ-
nement, contexte, relation victime/auteur), de la vulnérabilité

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Les facteurs psychologiques 5

de l’auteur et d’un conflit psychique en lien avec sa biographie


(Villerbu, 2008). Le passage à l’acte criminel a une fonction
défensive permettant une sauvegarde de l’intégrité psychique
du sujet face à un conflit, la vulnérabilité du sujet fondant sa
dangerosité.

1.2  ysenck et les différentes théories


E
de la personnalité criminelle
Un des promoteurs de la notion de personnalité criminelle
a été Eysenck. En 1977, il a défini la personnalité criminelle
comme la somme des modes comportementaux actuels ou
potentiels déterminés par l’hérédité ou l’environnement.
Une personnalité criminelle naît et se développe au travers
de quatre secteurs : cognitif (l’intelligence), conatif (le carac-
tère), affectif (le tempérament) et somatique (la constitution
physique). Elle s’organise selon quatre niveaux : le niveau des
réponses spécifiques, celui des réponses habituelles, celui de
l’organisation des actes habituels en traits et celui de l’organi-
sation des traits en types.
À partir d’un inventaire (Eysenck Personality Inventory, voir
Bouvard et al., 2010), Eysenck repère différentes composantes
de la personnalité devenues classiques : le psychoticisme (P),
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l’extraversion (E), le névrosisme (N). La combinaison PEN


constituerait le résultat de prédispositions génétiques. Le
psychoticisme représente l’agressivité, l’impulsivité, les diffi-
cultés émotionnelles, l’absence d’empathie. L’extraversion
conduit l’individu à rechercher des émotions quelles que soient
les informations issues du contexte. Le névrosisme caracté-
rise chez l’individu l’anxiété, la dépression et une certaine
fragilité émotive. Si ces trois facteurs PEN sont élevés et asso-
ciés à une faible capacité de compréhension et d’assimilation
des règlements et modalités habituelles d’interaction sociale,

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6 Les personnalités criminelles

l’apprentissage et l’intégration des valeurs sociales sont diffi-


ciles, ce qui participe à l’augmentation du risque de criminalité.
Outre les travaux d’Eysenck, l’hypothèse de l’existence d’une
personnalité susceptible d’expliquer la production des compor-
tements criminels a été élaborée depuis longtemps. L’une des
premières études épidémiologiques est celle de Glueck, qui
examina la fameuse prison de Sing Sing et y repéra près de
19 % de psychopathes. Démontrer la présence d’une person-
nalité criminelle a été un souci au xxe siècle aux États-Unis et
en Europe, comme en témoignent notamment les écrits de
Yochelson et de Samenow (1976), ceux de De Greef (1931,
1948, 1956) et ceux de Pinatel (1975, 1987). Actuellement, il
paraît important de développer la connaissance biologique et
neurobiologique des émotions dans les comportements anti-
sociaux comme celle des processus psychologiques interve-
nant dans la production de ces comportements. Yochelson et
Samenow ont évoqué le sentiment de puissance du criminel
de carrière, sa recherche de sensations, sa colère et sa sugges-
tibilité, sources de comportements impulsifs, sa méconnais-
sance des perceptions et sentiments des victimes étant jugée
caractéristique.
La définition de la personnalité criminelle donnée ulté-
rieurement par Pinatel (1975) repose sur la mise en évidence
d’un noyau fait de quatre traits : l’égocentrisme, la labilité,
l’agressivité et l’indifférence affective. Ces traits constitutifs du
noyau central de la personnalité criminelle s’articulent entre
eux pour conduire à l’agir délictueux. L’égocentrisme, tout
d’abord, correspond à la capacité de juger un problème moral
d’un point de vue strictement personnel. Il a pour effet une
absence d’inhibition et un non-respect des normes. La labilité
est prise dans son sens d’instabilité du caractère et de soumis-
sion aux désirs sans intégration des conséquences. Elle a pour
effet la non-évaluation des sanctions encourues. L’agressivité
rend possible l’acte criminel et permet à l’auteur de dépasser

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Les facteurs psychologiques 7

les obstacles matériels auxquels il pourrait être confronté au


moment du crime. L’indifférence affective est l’insensibilité à la
souffrance de la victime associée à une absence de culpabilité.
Elle évite au sujet d’être confronté au mal qu’il occasionne à
sa victime. Ces quatre traits doivent être présents conjointe-
ment pour que le crime soit commis. Le processus se constitue
progressivement. L’égocentrisme peut produire un acquiesce-
ment mitigé par rapport au crime, permettant au criminel de
se situer au-delà des éventuelles barrières morales. La labilité
l’engage dans la voie de l’acquiescement formulé, laissant de
côté la crainte de sanctions ultérieures. L’agressivité lui permet
de surmonter les contraintes matérielles liées à la mise en acte.
Enfin, l’indifférence affective rend possible le dépassement des
limites que pourrait constituer la prise en compte de la victime
et de sa souffrance.
Des chercheurs comme Favard (1985) ont travaillé à la mise
en évidence des caractéristiques de la personnalité criminelle
en prenant en compte la situation précriminelle et le milieu
de vie. Cette analyse de la personnalité criminelle a subi
une certaine évolution depuis l’observation des délinquants
présentant un état pathologique, d’instabilité psychosociale
ou correspondant aux critères de la personnalité criminelle
de Pinatel (Cario, Favard et Ottenhof, 2002). Ultérieurement,
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.

trois formes de criminalité ont été retenues : une délinquance


persistante grave reposant sur une personnalité pathologique,
une délinquance petite et moyenne très dépendante d’une
situation précriminelle, et une inadaptation témoignant plutôt
de l’influence d’un milieu de vie.
D’autres chercheurs ont au contraire souhaité questionner
la notion de personnalité criminelle (Debuyst, 1977), préférant
considérer la délinquance plus simplement comme la réponse
d’un individu à certains stimuli dans un contexte spécifique.
Les interrogations de Walgrave et de Debuyst portent notam-
ment sur le recrutement des personnes étudiées. En effet,

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8 Les personnalités criminelles

s’appliquant à des criminels le plus souvent détenus, ces


auteurs se demandent si les facteurs de la personnalité crimi-
nelle ne sont pas simplement le reflet de critères de sélection
du système judiciaire et de conséquences de son intervention.
Les traits de personnalité ainsi décrits sont unidimensionnels
et de ce fait réducteurs. Les facteurs situationnels, très impor-
tants, sont finalement laissés de côté. Enfin, ils estiment devoir
tenir plus amplement compte de la variabilité de la personna-
lité, soit dans le temps, soit en fonction des situations. Sans
rejeter l’idée de personnalité criminelle, Debuyst suggère donc
de la placer au second plan et de lui préférer l’analyse que fait
l’individu de son comportement.
Pour la compréhension du phénomène délinquant, Marc
LeBlanc invite à considérer non pas une personnalité crimi-
nelle, mais des facteurs de personnalité repérables chez les
délinquants. Il est selon lui probablement plus efficace de
faire l’analyse de traits à partir de tests de personnalité, qui
mettent en évidence la façon dont les délinquants développent
certaines caractéristiques telles que la primitivité (recours à des
processus élémentaires), la dyssocialité (difficultés devant les
exigences et les contraintes de la vie sociale) et l’égocentrisme.
Pour De Greef, il faudrait intégrer le fait que la personnalité
du criminel repose aussi sur un sentiment d’injustice subie, qui
viendrait comme justification de l’acte criminel. Le criminel
développe peu à peu une logique interne dans laquelle il s’es-
time victime ; ce sentiment d’injustice s’associe fréquemment
à la colère (Bègue, 2010). Le sentiment d’injustice subie aide
le criminel à passer à l’acte sans culpabilité (Gassin, 2003).
L’acte criminel apparaît alors comme la résultante d’un long
processus fait de situations et de choix.
Les recherches portent actuellement sur l’analyse des facteurs
psychologiques plutôt que sur la recherche d’une personnalité-
type du criminel. Elles mettent en évidence des différences
tenant à la personnalité et susceptibles de conditionner une

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Les facteurs psychologiques 9

plus forte propension à la commission d’actes criminels en


termes de fréquence, gravité et persistance.
Dans cette optique, LeBlanc évoque un véritable syndrome
de la personnalité délinquante, qui se développe peu à peu
au cours de l’adolescence. Il est caractérisé par une impor-
tante activité délictueuse, un désengagement par rapport aux
institutions et symboles sociaux, et un égocentrisme. Nous
avons déjà évoqué de nombreux aspects de la problématique
de la personnalité délinquante ou criminelle dans un ouvrage
intitulé La Délinquance des mineurs : l’enfant, le psychologue,
le droit ; nous renvoyons donc le lecteur à cette publication
(Blatier, 2014). Finalement, LeBlanc et Fréchette (1989) et
LeBlanc (1991) décrivent la personnalité délinquante comme
un syndrome évoluant peu à peu et se consolidant au milieu
de l’adolescence. Trois symptômes le caractérisent :
− L’enracinement criminel, qui précise la façon dont s’installe
la criminalité au sein de la personnalité. Il s’organise à partir
des deux processus que sont l’activation et l’aggravation,
autrement dit la précocité de l’agir délictueux et différentes
étapes vers l’aggravation : apparition de la délinquance au
cours de la latence, exploration (par exemple par de petits
vols), explosion et engagement dans des délits plus graves,
puis systématisation de l’agir délictueux.
− La dyssocialité : elle correspond à une réduction de la qualité
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.

de la socialité et de l’implication dans la vie sociale. Elle


émane de l’éducation familiale, de l’école, ou de la réaction
sociale à des conduites déviantes.
− L’égocentrisme : le sujet présente une incapacité à ressentir
de l’empathie pour autrui et un isolement du fait de sa
difficulté à s’affilier.
Cette approche associe des conduites délinquantes, des
traits dynamiques de la personnalité et l’utilisation d’une large
méthodologie d’intervention permettant une approche globale
du processus criminogène. Les éléments de personnalité consti-
tuent un facteur majeur dans le passage à l’acte criminel, quelle

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10 Les personnalités criminelles

que soit l’importance des facteurs environnementaux. En


allant plus loin, ce repérage pose la question de l’existence de
troubles psychopathologiques chez des criminels.

1.3 Criminalité
et troubles psychopathologiques
Le passage à l’acte du névrosé reste cliniquement rare
en criminologie ; il se caractérise alors par sa soudaineté et
son imprévisibilité (Bourgeois et Bénézech, 2001). La culpa-
bilité, cause de certains crimes selon Freud, peut pourtant
être présente chez des névrosés présentant un haut degré
de structuration psychique de la personnalité et une bonne
adaptation sociale. Des psychotiques peuvent aussi être
reconnus coupables de meurtre ou d’attentat aux mœurs.
Des personnes atteintes de trouble paranoïaque ou en phase
maniaque peuvent être responsables de crimes passionnels,
d’actes violents, etc. La psychose n’est pas seule à provoquer
une altération du jugement ou du contrôle des impulsions.
Le retard mental ou la démence peuvent provoquer des actes
impulsifs, ou impliquer des actes de délinquance primaire,
sans but utilitaire. L’impulsivité est souvent présente dans
les cas de délinquance. On sait par exemple que les détenus
évalués au MMPI (Minnesota Multiphasic Personality Inventory)
montrent plus d’impulsivité, d’hostilité, d’égocentrisme et
moins de maturité que la moyenne des personnes non incar-
cérées. De même, on repère assez aisément par des tests tels
que le MCMI (Millon Clinical Multiaxial Inventory) ou le CPI
(California Psychological Inventory) une corrélation entre les
crimes violents et un faible contrôle de soi, une intolérance à
la frustration et une difficulté à la responsabilité. D’autres tests
sont utilisés pour évaluer la personnalité, parmi lesquels on
peut citer le NEO-PI-R (Revised NEO Personality Inventory) et l’In-
ventaire de problèmes interpersonnels de Barkham (traduction

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Les facteurs psychologiques 11

et validation Blatier, 2011). La criminalité des psychotiques


est en lien avec les processus morbides de décompensation
psychotique, avec l’émergence d’angoisses archaïques comme
l’angoisse de morcellement et des mécanismes de défense
primaires comme le déni. Des troubles de la différenciation
entre soi et non-soi ou de séparation/individuation traduisent
une confusion des limites internes et externes, un débordement
pulsionnel et une difficulté d’accès à la relation d’objet du fait
d’une peur d’envahissement de l’objet primaire. Le double
diagnostic de schizophrénie et de toxicomanie accroîtrait la
probabilité de violence d’un facteur de 3 à 10 par rapport à
la population normale (Regier, 1999). Le risque d’homicide
dont nous avons déjà fait état serait multiplié par 17 dans le
cas d’un double diagnostic de schizophrénie et d’alcoolisme
(Eronen et al., 1996).

Dans une étude sur 1 594 homicides au Royaume-Uni, on a


dénombré 34 % d’auteurs qui présentaient ou avaient présenté
l’un des troubles suivants : trouble de la personnalité (9 %),
alcoolisme (7 %), troubles de l’humeur (7 %), toxicomanie (6 %),
schizophrénie (5 %) (Toal et al., 2005). Des études de cohortes
portant sur près de 360 000 Scandinaves suivis depuis la
naissance pendant plus de quarante années ont montré que le
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risque de commettre un crime variait de 5 à 35 % pour tous les


diagnostics psychiatriques (comparé au risque pour ceux n’ayant
reçu aucun diagnostic psychiatrique) ; ce risque relatif est de
12,7  % pour la schizophrénie (Hodgins et al., 1992, 1996). Une
récente étude longitudinale pendant plus de trente ans sur plus
de 3 700 personnes atteintes de troubles bipolaires et leur fratrie
a montré un risque de criminalité 2,4 fois plus élevé que dans la
population générale, et une association claire entre la bipolarité
et la criminalité en cas d’addiction surajoutée (Fazel et al. 2009).

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