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L'agriculture de Précision: To Cite This Version

Ce document décrit l'agriculture de précision, une approche agricole qui vise à ajuster les interventions culturales en fonction de la variabilité intraparcellaire grâce aux technologies de localisation et de mesure. Il explique les sources de variabilité des milieux agricoles et l'historique du développement de l'agriculture de précision.

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L'agriculture de Précision: To Cite This Version

Ce document décrit l'agriculture de précision, une approche agricole qui vise à ajuster les interventions culturales en fonction de la variabilité intraparcellaire grâce aux technologies de localisation et de mesure. Il explique les sources de variabilité des milieux agricoles et l'historique du développement de l'agriculture de précision.

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L’agriculture de précision

P. Zwaenepoel, J.M. Le Bars

To cite this version:


P. Zwaenepoel, J.M. Le Bars. L’agriculture de précision. Ingénieries eau-agriculture-territoires,
Lavoisier ; IRSTEA ; CEMAGREF, 1997, p. 67 - p. 79. �hal-00461080�

HAL Id: hal-00461080


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L'agriculture de précision

L'agriculture de précision
Philippe Zwaenepoel et Jean-Michel Le Bars

H
ormis certaines situations particulières que l’on peut traduire par la formule : « la bonne
où, déjà, des exploitants cherchaient à intervention au bon endroit et au bon moment »,
ajuster « à l’œil » un passage d’outil ou et dont les premières applications à grande échelle
un apport d’engrais selon les conditions ont vu le jour aux USA dans les années 1980 pour
locales rencontrées, l’agriculture s’est appuyée de- la fertilisation P et K (nota : on parlait à l’époque
puis toujours sur le principe de l’homogénéité des de site specific farming, de spatially variable field
parcelles entrant dans le cycle de production, prin- operations, avant que l’expression Precision agricul-
cipe qui a pour corollaire l’application d’interven- ture, plus générale, ne soit adoptée).
tions culturales (travail du sol, semis, fertilisation,
protection des cultures) elles-mêmes uniformes sur
La variabilité des milieux
chaque parcelle. Cette approche qui méconnais-
sait la variabilité du milieu naturel était cependant L’hétérogénéité des sols, traduite par des variations
justifiée pour deux raisons essentielles, d’une part de texture, de profondeurs de sol, de pH, de teneur
la taille réduite des parcelles, d’ailleurs parfois dé- en matières organiques… constitue une source
coupées sur des critères d’homogénéité, et, d’autre importante de variabilité pour la production
part, l’absence de moyens techniques économique- agricole ; l’hétérogénéité des sols a une origine
ment accessibles pour qualifier la variabilité du « naturelle » (géologie, évolutions pédogénétiques,
milieu naturel à l’échelle intraparcellaire. lithologie…) à laquelle se superpose souvent une
hétérogénéité liée à l’activité humaine : retourne-
Aujourd’hui, la donne a changé : l’agrandissement
ment des prairies, épandage d’engrais organiques,
continu de la taille des exploitations conduit à la
opérations de remembrement, etc. (Arrouays et al.,
réorganisation et au regroupement de parcelles en
1997).
unités de plusieurs dizaines d’hectares, voire da-
vantage ; le système de localisation GPS (Global La topographie est un autre facteur de variabilité
Positioning System), l’électronique embarquée, l’in- à considérer, qui a des incidences multiples : en-
formatique à la ferme permettent d’accéder, no- traînement des éléments fins et de l’azote minéral
Ingénieries – EAT – N°12
décembre 1997 – p 67 à 79

tamment par les cartographies de rendement, à une vers les bas de pentes, modifications des conditions
connaissance précise de cette variabilité et de réa- de fonctionnement des agro-équipements, diffé-
liser des interventions modulées. rences d’ensoleillement entre versants en relief Philippe
marqué de coteaux… Zwaenepoel et
Dans ces conditions, pourquoi en rester à l’appro- Jean-Michel
che conventionnelle dont on connaît les limites en Les facteurs de variabilité des milieux ne se limi- Le Bars
termes de sous-utilisation des intrants, de moin- tent pas à l’hétérogénéité des sols et à la topogra- Cemagref
dres performances économiques et de risques pour Domaine des
phie ; la culture elle-même est rarement homogène Palaquins
l’environnement ? en raison, par exemple, de problèmes locaux de Montoldre
Cette réflexion a été à l’origine du développement levée, de tâches d’adventices, d’attaques de rava- 03150 Varennes-
de l’agriculture de précision (encadré 1), concept geurs ou de maladies dans certaines zones… sur-Allier

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P. Zwaenepoel et J.-M. Le Bars
n°12 - décembre 1997

Encadré 1
L’agriculture de précision dans le monde

La modulation des apports d’engrais à partir d’analyses de constructeurs de moissonneuses-batteuses peut être
sol a commencé aux USA dans les années 1983-1984. Au considérée comme une année charnière dans la diffusion
début des années 1990, a débuté la commercialisation de cette technologie, les premières études ayant été lancées
des capteurs de rendement qui seraient aujourd’hui au par l’ITCF (Institut Technique des Céréales et des Fourrages)
nombre de 9 000, dont la moitié connectée à un DGPS et le Cemagref en 1993-1994 (encadré 3).
(Robert, 1997). Selon des enquêtes récentes, cet engouement On manque complètement de références, aujourd’hui, pour
pour l’agriculture de précision, favorisé par une couverture évaluer l’intérêt de l’agriculture de précision dans le contexte
DGPS dense, devrait toucher un nombre croissant français ou plutôt dans les grandes régions agricoles
d’exploitations au cours des prochaines années, exploitations françaises, car les réponses pourront être différentes d’une
grandes en général et produisant des cultures à haut niveau région à l’autre, selon la variabilité des sols, la taille des
d’intrants (maïs, betteraves sucrières...) ; ce mouvement est exploitations, le type de production... Aux USA, des travaux
accompagné et favorisé par une offre croissante de services font état de gains économiques pouvant atteindre l’équivalent
au niveau de coopératives, d’entrepreneurs, ou de sociétés de 500 F/ha pour la modulation de la fumure N, P et K,
de conseil agronomique, comme l’échantillonnage et mais ces exemples sont difficilement transposables dans
l’analyse de sols, la réalisation de cartes de rendement, notre pays. Dans d’autres situations, l’intérêt de l’agriculture
leur interprétation et la création de cartes de préconisations, de précision apparaît plus tangible sur le plan
l’application modulée des intrants. environnemental, en réduisant le lessivage des nitrates, que
En Europe, la Grande-Bretagne et l’Allemagne sont sur le plan économique ; si les enjeux environnementaux le
certainement les pays plus avancés en matière d’agriculture justifient, il faudrait alors très certainement prendre des
de précision, si l’on prend comme critères le nombre de mesures d’incitation financière pour amener les agriculteurs
moissonneuses-batteuses en service équipées d’un capteur à aller dans cette direction.
de rendement et le nombre d’études engagées sur cette D’une manière générale, de nombreux programmes de
problématique. Cette situation s’explique notamment par recherche et d’expérimentation sont engagés aux Etats-Unis
la disponibilité des signaux de correction différentielle GPS, et en Europe, touchant l’agronomie, le génie des agro-
l’introduction plus précoce de capteurs de rendement, la équipements, l’économie et l’environnement, pour produire
taille des exploitations et l’importance de la fertilisation des références sur l’agriculture de précision et développer
« rendue racine » (Boisgontier, 1997). les méthodes et les outils opérationnels nécessaires à sa
En France, l’année 1997 avec la présentation au SIMA de mise en œuvre sur le terrain.
cinq systèmes de cartographies de rendement par les grands

Photo 1. – Exemple de variabilité en région céréalière mise en évidence par


photographie aérienne ; cette parcelle, dite ITCF-Imbault, est utilisée à des fins
La variabilité est inhérente au milieu naturel, ce-
expérimentales dans le cadre du programme européen IN-SPACE (encadré 3).  pendant avec des degrés très divers selon les para-
mètres considérés (photo 1). Quantifier cette
variabilité est essentiel pour décider d’une straté-
gie de conduite de cultures : maintien de l’appro-
che conventionnelle ou passage à l’agriculture de
précision, selon le niveau de variabilité mesuré.

Mesurer la variabilité
La cartographie de rendement représente un outil
particulièrement efficace de mesure de la variabi-
lité intraparcellaire. C’est dans le domaine des cé-
réales que les technologies sont les plus avancées,
plusieurs constructeurs de moissonneuses-batteu-
ses proposant aujourd’hui, en option, des systèmes
permettant la réalisation de cartes de rendement
(photo 2).
ITCF

68
L'agriculture de précision

Ces systèmes comprennent tous les éléments de base


suivants : un capteur de débit, un récepteur DGPS
(Differential Global Positioning System), un logiciel
d'édition et de visualisation de cartes, de type SIG
(Système d’Information Géographique).
Le capteur de débit mesure en continu la quantité
de grain arrivant dans la trémie. Plusieurs princi-
pes de mesure ont été développés :
– le capteur massique à impact, placé en sortie d’élé-
vateur, et constitué d’une pièce instrumentée (pla-
que ou doigts) sur laquelle vient frapper le flux de
grain ;
– le capteur volumétrique à barrière lumineuse,

CLAAS
qui mesure le niveau de remplissage des palettes
de l’élévateur ;
 Photo 2. – Moissonneuse-batteuse équipée pour la réalisation de cartes de
– le capteur massique à effet capacitif, dans lequel rendement ; ici, le terminal peut- être transféré sur le tracteur pour contrôler la
on mesure la permittivité du grain jouant le rôle réalisation des applications modulées.
de diélectrique ;
– le capteur massique à source radioactive où l’on
mesure l’absorption d’un rayonnement gamma par La précision des cartes de rendement dépend de
le flux de grain ; ce capteur, utilisé dans plusieurs la taille du maillage choisie et de la précision com-
pays européens dont la Grande Bretagne et le binée de chacun des éléments cités, avec comme
Danemark, n’est pas autorisé à la vente en France. sources supplémentaires d’erreurs, l’incertitude liée
à la largeur effective de coupe et aux pertes de grain
Ces capteurs nécessitent une calibration soignée
non mesurées (avant la récolte et au niveau de la
et la réalisation d’une pesée de contrôle pour cha-
barre de coupe). Une précision de 7,5 %, par exem-
que type de grain récolté, pour les capteurs de type
ple, a été obtenue avec un maillage de 20 m x 20 m,
volumétrique, la mesure du poids spécifique est
limite minimale raisonnable (Missotten et al., 1996).
également indispensable. A la mesure en continu
du débit, est associée une mesure de l’humidité L’agriculteur dispose d’autres méthodes pour ca-
du grain, à partir d’un capteur à effet capacitif, ractériser la variabilité du milieu, au premier rang
corrigé éventuellement en température. desquelles figure classiquement l’analyse de sol
portant sur des échantillons prélevés en différents
Le récepteur DGPS permet de localiser en con-
points de la parcelle, en général à partir d’une grille
tinu la moissonneuse-batteuse avec une précision,
prédéterminée d’échantillonnage.
selon le type de matériel choisi, qui est de l’ordre
de 1 à 5 m (cf. Infra). L’emploi des analyses de sol reste, toutefois, freiné
par le coût élevé du prélèvement des échantillons
A partir des données brutes (en général une me-
et des analyses elles-mêmes, surtout quand elles
sure par seconde), le logiciel de cartographie gé-
comportent des mesures de caractéristiques péren-
nère une carte présentant les différentes zones
nes (granulométrie, profondeur de sol…). Cette
d’équirendement (figure 1), aux contours lissés par
situation devrait cependant pouvoir évoluer posi-
des méthodes géostatistiques (moyenne arithméti-
tivement au cours des prochaines années, avec :
que, kriging, poids inverse de la distance). Il con-
vient de préciser que les données brutes (débit, – la mise au point d’outils utilisés par des presta-
position) doivent être corrigées du temps de tran- taires de services et permettant de mécaniser les
sit relatif au passage du grain dans les organes de prélèvements d’échantillons et de les référencer géo-
battage. Ce temps représente la durée de trajet du graphiquement (véhicule tout terrain léger type
grain entre l'instant de récolte et l'instant de pas- « Quad » associé à un système de localisation
sage devant le capteur de débit. DGPS) ;

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Figure 1. –
Caractérisation de la
variabilité
intraparcellaire ; carte
de rendement en blé
et carte pédologique
d'une même parcelle
(document Cemagref,
INRA-Laon et Chambre
d'agriculture de
l'Aisne). 

70
L'agriculture de précision

– la mise en œuvre de méthodes d’échantillonnage électromagnétique, radar…), la détermination du


orientées (notamment par les cartes de rendement) pH et de la teneur du sol en éléments minéraux
et permettant de limiter le nombre d’échantillons (électrode rapide…).
prélevés (Pocknee et al., 1996) ;
– une réduction du coût des analyses induite par Le système de localisation GPS
le développement du marché, lié au développe-
Comme nous l’avons vu précédemment, la réali-
ment de l’agriculture de précision.
sation des cartes (rendement, caractéristiques du
Les observations faites par l’agriculteur sur ses par- sol, tâches d’adventices…) fait appel au système
celles à l’occasion de « tours de plaine » ou lors de localisation DGPS. L'usage de ce système dans
d’interventions culturales sont essentielles pour ap- l'agriculture de précision ne s’arrête pas à la carto-
porter des éléments d’interprétation de la variabi- graphie des parcelles : il sera mis également en
lité constatée, au niveau, par exemple, de cartes de œuvre pour l’exécution automatique de cartes d’in-
rendement. Pour faciliter cette tâche, des moyens terventions préprogrammées, comme les cartes de
de saisie portables ou embarqués couplés avec un fertilisation, en fournissant à chaque instant la po-
système DGPS sont maintenant disponibles. Ils sition du matériel dans la parcelle.
permettent, par exemple, de réaliser la cartogra-
La précision du système de localisation par GPS
phie des mauvaises herbes, à partir d’observations
direct (encadré 2) est normalement de 15 m, mais
visuelles.
en réalité, du fait de la dégradation volontaire, ap-
La télédétection aérienne ou satellitaire constitue pelée Selective Availibility (SA), introduite dans les
un outil puissant d’investigation qui, à terme, de- signaux des satellites par le Département améri-
vrait rendre de grands services pour l’agriculture cain de la Défense, pour les usages civils la préci-
de précision. La mesure du taux de réflectance du sion réelle se situe entre 50 et 60 m. Cette limitation
milieu dans le visible et le proche infrarouge, cou- a conduit au développement du GPS différentiel
plée si nécessaire avec des mesures ponctuelles au (DGPS), basé sur l’utilisation de stations de réfé-
sol (étalonnage, vérification) peut permettre, en rences de position connue, fournissant aux récep-
effet, d’acquérir beaucoup d’informations sur les teurs les corrections à réaliser (figure 2) ; le DGPS
caractéristiques du sol et du couvert végétal, comme permet ainsi d’obtenir une précision de position-
la teneur en matières organiques et l’humidité du nement en temps réel, qui, selon les configurations,
sol en surface, la quantité de biomasse, la présence se situe dans une fourchette de 1 à 5 m (Le Bars et
éventuelle de stress au niveau de la culture… A al., 1996).
l’heure actuelle, les limitations à l’utilisation de la
télédétection par l’agriculteur ou par un presta- Encadré 2
Le GPS
taire de service, sont encore nombreuses ; citons
pour les satellites actuels la faible répétitivité des Le système de localisation GPS (Global Positioning System) est un
prises de vues (26 jours pour SPOT), avec de sur- système géré par le Département américain de la Défense et constitué
croît des risques afférents de couverture nuageuse, par un réseau de 24 satellites qui permet aux utilisateurs de récepteurs
la faible résolution des images (20 m x 20 m pour GPS de se localiser en tout point dégagé du globe. Schématiquement,
SPOT en multi-spectral), et leur coût encore élevé. le principe de calcul des coordonnées repose sur la connaissance de
La télédétection aérienne offre, en fait, davantage la position des satellites et la détermination de la distance récepteur-
de souplesse et se met en place progressivement satellites à partir de la mesure du temps de vol des signaux entre les
aux USA, dans les grandes plaines du Middle West. satellites émetteurs et le récepteur. Le récepteur calcule ses coordonnées
par trilatération (recherche du point d’intersection de sphères centrées
Bien d’autres capteurs sont à développer pour par- sur les satellites). Seulement trois satellites « visibles » du récepteur
faire la caractérisation du sol et de la culture, don- permettent de calculer la longitude et la latitude ; l’altitude est obtenue
née essentielle pour l’agriculture de précision avec un satellite supplémentaire. L’utilisation du DGPS ne nécessite
(Stafford, 1996) ; les recherches engagées dans ce donc pas l’installation de plusieurs balises dans un périmètre proche
domaine sont nombreuses et concernent, par exem- du mobile et là réside son avantage essentiel par rapport aux autres
ple, le repérage des mauvaises herbes (réflectométrie systèmes de localisation connus (laser, HF...) ; s’affranchissant de toute
infrarouge, traitement d’images), la mesure de la infrastructure « propriétaire » terrestre, il tend à s’imposer aujourd’hui
structure et de la profondeur du sol (conductibilité comme le système universel de localisation.

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Figure 2. – Schéma de
principe du GPS
différentiel temps réel ;
ici, les signaux de
correction provenant
des stations de
référence sont
retransmis par un
satellite de
télécommunication
géostationnaire
(document Cemagref).


Cette technologie a conduit à la mise en place de – dans certains pays européens (Suède, Allema-
différents services de corrections différentielles : gne…), les signaux de correction sont disponibles
sur la bande FM par le système RDS (Radio Data
– de nombreux pays, dont la France, ont installé
System) moyennant le paiement d’une redevance
Photo 3. – Récepteur sur les côtes des stations de référence pour la navi-
annuelle.
GPS différentiel avec gation. Ce service gratuit est accessible aux mobi-
deux antennes les terrestres proches de l’émetteur ; Avec le développement de l’utilisation du GPS dans
indépendantes, l'une de nombreux secteurs d’activités (transports, agri-
pour les signaux des – des compagnies privées gérant des stations de ré-
culture, topographie…), la concurrence des fabri-
satellites GPS, l'autre férence terrestres proposent des récepteurs spéci-
cants de récepteurs (photo 3) s’est accrue au
pour les signaux de fiques pour la réception de signaux de correction
bénéfice des utilisateurs, avec une baisse sensible
correction .  émis par un satellite de télécommunication ;
des prix depuis ces dernières années.

La gestion des informations


L’agriculture de précision repose sur l’utilisation
accrue d’informations et de connaissances, consi-
dérées comme de véritables intrants dans le pro-
cessus de production. Collectées à l’échelle
intraparcellaire sur des surfaces élémentaires plus
ou moins grandes (environ 500 points de mesure
à l’hectare, en cartographie de rendement), archi-
vées sur plusieurs années dans un SIG, ces infor-
document OMNISTAR

mations doivent pouvoir facilement être stockées,


utilisées et échangées, malgré la multiplicité des
acteurs et des équipements susceptibles d’interve-
nir dans la chaîne de mesure/décision/action. Com-
ment, par exemple, transférer une carte de
72
L'agriculture de précision

rendement produite par le système embarqué d’un qui n’est pas toujours triviale compte tenu de la
constructeur vers l’ordinateur de gestion, et après logistique des chantiers de moissonnage-battage ou
élaboration d’une carte de fertilisation, la faire exé- du transfert de grain vers la ferme, qui ne dispose
cuter par l’épandeur d’un autre constructeur monté pas nécessairement de moyens de pesée.
sur un tracteur d’une troisième marque. Ce cas de
figure est tout à fait envisageable, sachant, en outre, De l’inter-comparaison des rendements entre par-
que l’agriculteur peut confier certaines de ces tâ- celles, la carte de rendement permet aussi d’aller
ches à des prestataires de services (entrepreneur, vers la mise en place d’expérimentations en ban-
coopérative…). des au sein d’une même parcelle pour comparer
sur le plan technico-économique, les effets de dif-
Si l’on en juge par l’activité des groupes travaillant férentes conduites culturales, variétés, densités de
sur ce problème dans le cadre de l'ISO (Interna- semis, niveaux de fertilisation…
tional Organization for Standardization), on ne de-
vrait pas s’orienter vers un standard défini par un En ce qui concerne la modulation des intrants,
constructeur auquel se rallieraient les autres cons- objectif poursuivi par l’agriculture de précision,
tructeurs, comme ce fut le cas dans la micro-infor- tous les auteurs s’accordent pour déconseiller l’éta-
matique avec le PC d’IBM. blissement de cartes de préconisations pour l’an-
née n+1 à partir de cartes de rendement établies
L’activité de normalisation engagée au niveau de
l’année n, en raison de la variabilité inter-annuelle
l’ISO repose sur le sous-comité technique « Élec-
de ces dernières.
tronique en agriculture » qui a mis en chantier trois
normes : la norme 11783 définit le bus de com- Plusieurs années d’observations sont, en effet, né-
munication pour les échanges d’informations en- cessaires pour identifier les principaux facteurs
tre les équipements mobiles (le tracteur et les outils) ; explicatifs de la variabilité constatée. Dans certai-
les normes 11787 (publiée en 1995) et 11788 nes situations, on mettra facilement en évidence la
définissant, quant à elles, les échanges de données présence de zones de rendement stables d’une an-
entre équipements fixes. Les difficultés rencontrées née sur l’autre, en relations avec les caractéristi-
dans l’élaboration de ces normes ne se situent pas ques pérennes du sol (granulométrie, profondeur)
tant au niveau des procédures de transmission d’in- et la topographie. Dans d’autres situations, les cor-
formations, mais plutôt au niveau de la définition rélations seront beaucoup plus lâches avec les ca-
des données échangées (Grenier, 1997). ractéristiques pérennes de la parcelle et les facteurs
Toutes ces normes n’étant pas encore publiées, plu- explicatifs devront être cherchés ailleurs (Lark et
sieurs sociétés adoptent, pour les informations spa- al., 1996). De nombreuses études sont menées ac-
tialisées, des formats de fichiers DXF ou ASCII qui tuellement dans ce domaine pour mettre au point
sont reconnus par la plupart des logiciels de SIG. des méthodologies d’analyse et dégager des règles,
qui pourront être, à terme, intégrées dans un sys-
tème expert d’aide à la décision. Bien entendu, tou-
La prise de décision tes les informations collectées sur la culture pendant
Dans un premier temps, la carte de rendement son développement, seront autant d’atouts pour
permet d’obtenir, à peu de frais pour l’agriculteur, étayer l’interprétation et la décision.
si elle est réalisée par un entrepreneur de mois-
Une expertise agronomique adaptée à l’agriculture
sonnage-battage, des informations précieuses sur
de précision est donc aujourd’hui à construire pour
le niveau d’hétérogénéité de ses parcelles et sur
l’interprétation des cartes de rendement et surtout
l’identification de problèmes affectant la produc-
pour l’élaboration de règles multi-critères de ges-
tivité de certaines zones (compaction, excès d’eau,
tion intraparcellaire, susceptibles de prendre en
ravageurs…). L’analyse de ces informations peut
compte les objectifs spécifiques de chaque exploi-
conduire à la mise en œuvre de mesures correctri-
tant, l’idéal étant de pouvoir combiner les critères
ces pour l’année suivante, ou, si nécessaire, comme
économiques, environnementaux et de qualité de
le font les fermiers anglais, à la mise en jachère des
la production dans la décision finale. L’élaboration
zones les moins productives (Clark et al., 1996).
de cette expertise agronomique va demander un
La carte de rendement donne, bien entendu, le effort important au cours des prochaines années,
tonnage de grain récolté par parcelle, information notamment pour la production de références ré-
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gionales et locales sur lesquelles pourra s’appuyer de protection de l’environnement, concernent la


le Conseil agronomique (nota : la disponibilité dans fertilisation et la protection des cultures.
certaines régions de cartes de sols détaillées, à pe-
tite échelle, sera un atout important pour le con- La fertilisation
seil agronomique). C’est dans le domaine de la fertilisation qu’ont vu
le jour aux États-Unis les premières réalisations tech-
nologiques de modulation intraparcellaire des
Les matériels d’application
intrants, pour l’apport de fumures de fond.
modulée
La technologie s’est développée autour de gros
L’agriculture de précision repose sur le concept de
matériels automoteurs d’épandage pneumatique
modulation des interventions, en particulier les
utilisés par les entrepreneurs et les coopératives.
apports d’intrants, selon un zonage en relation avec
Les matériels les plus sophistiqués comportent
la variabilité intraparcellaire rencontrée. Pour tra-
aujourd’hui jusqu’à six trémies pour ajuster en con-
duire ce concept en réalité opérationnelle, il est
tinu la dose et la formulation épandues, à partir
nécessaire de disposer de matériels réglables pen-
du mélange d’engrais de compositions différentes
dant le travail et ce, de façon automatisée, car hor-
(photo 4). Par ailleurs, ils peuvent être équipés de
mis pour des configurations extrêmement simples,
rampes doubles de pulvérisation (une pour les dé-
il ne paraît pas concevable de confier cette tâche
bits élevés, l’autre pour les faibles débits) pour
supplémentaire à l’opérateur. Les matériels devront
l’épandage d’engrais liquides et/ou de produits
être de réglage précis et commandable électrique-
phytosanitaires, avec la possibilité de mélanger en
ment, caractéristiques qui d’ailleurs vont aller en
continu deux engrais, de traiter en injection di-
se généralisant sur la plupart des matériels, pour
recte avec deux produits différents.
répondre au souci des agriculteurs de disposer de
réglages faciles et rapides. En Europe, la technologie est, sans conteste, moins
avancée qu’aux États-Unis et a en fait pris une autre
Pour l’automatisation du réglage des matériels, direction, répondant mieux a priori aux besoins
on peut distinguer deux grands principes de fonc- de l’agriculture européenne (Zwaenepoel, 1997).
tionnement, selon que les interventions sont Constructeurs et chercheurs se sont en effet da-
préprogrammées (ex. : carte de fertilisation) ou vantage intéressés aux épandeurs attelés derrière
ajustées, en temps réel, à partir de capteurs placés le tracteur, les plus diffusés, et aux moyens de bien
sur le matériel (ex : détection et traitement contrôler les quantités réellement apportées, en
d’adventices). Dans le second cas, il n’est pas pensant essentiellement à la fertilisation azotée en
nécessaire de disposer d’un système de localisation. raison de son implication dans la pollution des eaux
A noter que l’on peut aussi imaginer des formules par les nitrates.
mixtes où l’exécution, par exemple, d’une carte
de fertilisation peut être aussi corrigée, en temps Un constructeur propose ainsi un épandeur cen-
réel, pour tenir compte du développement de la trifuge adapté à la modulation des apports et doté
culture ou d’incidents survenus depuis l’établis- d’un dispositif de pesée de la trémie, pour corri-
sement de la carte (mauvaise levée, dégâts dus au ger éventuellement la calibration du réglage de
gibier…). débit. Un autre constructeur a présenté au SIMA
97 un épandeur centrifuge dont le modulateur
Quels sont les matériels visés ? En théorie tous, dans de débit peut être couplé à différents terminaux
la mesure où chacune des opérations culturales (tra- électroniques utilisés pour la cartographie de ren-
vail du sol, semis, fertilisation…) a des conséquen- dement sur moissonneuse-batteuse. Deux moteurs
ces directes sur le processus de production, et où électriques à pilotage digital commandent indé-
l’on recherche une optimisation globale, exploi- pendamment l’action des trappes de distribution,
tant au mieux les investissements généraux réalisés côté gauche et côté droit, pour exécuter la carte
(DGPS, informatique…). Cela étant, si des travaux de fertilisation mémorisée ; le conducteur con-
commencent à être menés sur la modulation du serve la possibilité, en outre, d’ajuster en temps
semis en fonction des caractéristiques et des po- réel par incréments de ± 10 % la dose prévue pour
tentialités locales, les opérations auxquelles on s’est tenir compte de l’état de la culture au moment
intéressé en priorité dans un souci de rentabilité et de l’épandage.
74
L'agriculture de précision

Protection des cultures


Dans ce domaine, les technologies de « précision »
ne concernent aujourd’hui que la lutte contre les
mauvaises herbes, les autres ennemis des plantes
(maladies, insectes) nécessitant en général des trai-
tements généralisés, en raison de leur aptitude à se
propager rapidement au sein d’une culture.

L’élimination sélective des mauvaises herbes sup-


pose d’abord un repérage, puis simultanément ou
en différé, une action destructrice. Le premier prin-
cipe de travail demande la mise en œuvre de tech-

Deleplanque
niques rapides de repérage des mauvaises herbes
qui, à l’heure actuelle, se cantonnent à la détec-
tion de la présence ou de l’absence de mauvaises  Photo 4. – Automoteur d'épandage pneumatique utilisé aux USA pour la
herbes dans des configurations simples. modulation intraparcellaire des apports d'engrais.
Un matériel exploitant ce principe est actuelle-
ment commercialisé : son fonctionnement repose Conclusion
sur la commande automatique et séparée de cha- La modernisation de l’agriculture s’est traduite par
cune des buses de la rampe de pulvérisation à un emploi accru d’énergie et d’intrants (engrais,
partir de signaux fournis par des radiomètres (un phytosanitaires, eau…) qu’il faut aujourd’hui mieux
par buse) qui mesurent la lumière réfléchie par gérer pour en optimiser l’usage et limiter les ris-
le sol et son couvert végétal (figure 3). Sachant ques pour l’homme et l’environnement.
que le taux de réflexion des végétaux est plus élevé
que celui du sol nu, il est facile de contrôler la Cette problématique a donné naissance à l’agri-
présence d’adventices sur sol nu ou recouvert de culture de précision, nouvelle approche de l’agri- Figure 3. – Schéma de
chaumes. Par contre, cette technique en l’état ne culture, fondée sur l’intégration des technologies principe du traitement
de l’information et de la communication et dans sélectif des adventices
peut pas fonctionner sur des cultures en crois- sur sol nu ; chaque
sance. laquelle le milieu (relief, sol, couvert végétal…) est buse est commandée
caractérisé dans toute sa variabilité spatiale et non individuellement à
Les configurations plus complexes de peuplement ramené de façon classique à un ensemble homo- partir du signal fourni
végétal, en cultures céréalières, par exemple, né- gène. Le processus de production peut ainsi être par un capteur
cessitent un repérage préalable des zones infes- piloté localement et optimisé pour chacune des radiométrique
tées et l’établissement de cartes de traitement ad interventions culturales : travail du sol, semis, fer- (document
hoc. Le repérage, visuel, s’effectue depuis la ca- tilisation… Cemagref).
bine lors d’interventions sur la culture, ou à pied,
lors d’une démarche spécifique de diagnostic ; les
observations recueillies doivent être référencées
géographiquement (utilisation possible du
DGPS) ; des suivis historiques des zones infestées
ont d’ailleurs montré une relative stabilité des
tâches d’adventices (localisation, composition)
d’une année sur l’autre, dimension à prendre en
compte dans le raisonnement de la carte de trai-
tement (Gerhards, 1996).

Pour la réalisation proprement dite du traitement,


les seuls matériels véritablement adaptés et dis-
ponibles sur le marché sont les automoteurs
précédemment cités avec leur équipement « pul-
vérisation ».
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Encadré 3
L’action du Cemagref

L’agriculture de précision fait partie du pro- programme financé par la Communauté


gramme Cemagref/AGRIPROPRE « Maîtrise de européenne qui réunit des équipes de l’Institut
l’impact des agro-équipements sur l’environ- de Silsoe (Grande-Bretagne), des Universités de
nement ». Dans ce programme, quatre thèmes Wageningen (Pays Bas) et de Louvain
de recherches sont axés sur l'agriculture de pré- (Belgique), et de l’ITCF (Institut Technique des
cision. Céréales et des Fourrages).
Localisation et cartographie L’objectif est de développer des méthodes et
des rendements des outils permettant d’appliquer les concepts
La division « Technologie du Machinisme de l’agriculture de précision à la fertilisation
Agricole » de Clermont-Ferrand a mené en 1993- azotée. Le Cemagref de Clermont-Ferrand est
1994, en collaboration avec l’ITCF, une étude plus spécialement chargé de proposer une archi-
de la variabilité intraparcellaire du rendement tecture électronique de communication entre les
en production céréalière. Cette étude s’est plus différents équipements (capteurs, actionneurs,
spécifiquement attaché à l’évaluation de GPS, ordinateurs de bord) et d’adapter un
systèmes de localisation (GPS, AXYLE...) et à la épandeur pneumatique à l’exécution de cartes
réalisation de cartes de rendement à partir d’une de fertilisation préprogrammées (photo 5).
moissonneuse-batteuse spécialement équipée. Parallèlement, des travaux sont menés en
En prolongement de cette étude, la division a collaboration avec le Laboratoire des sciences
participé à l’encadrement d’une thèse sur la et matériaux pour l’électronique et l’automatique
modulation des conduites culturales à partir des (LASMEA) de l’Université de Clermont-Ferrand II
différences constatées sur une même parcelle. pour améliorer la fiabilité et la précision du
La fertilisation modulée système de localisation DGPS, en présence de
Depuis novembre 1994, le Cemagref de masques (arbres, bâtiments...).
Clermont-Ferrand est impliqué dans IN-SPACE,
Cemagref

Photo 5. – Distributeur
pneumatique adapté
par le Cemagref pour
la réalisation de cartes
de fertilisation pré-
programmées ; chaque
demi-rampe de 6 m est
commandable de
façon indépendante.


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L'agriculture de précision

Encadré 3 (suite)

La qualité du lit de semences


Depuis 1995, dans le cadre du programme «
Agriculture Demain », financé par le ministère
de la Recherche, le Cemagref mène en
partenariat avec l’ITCF (Boigneville), l’INRA
(Laon) et l’ENITA (Bordeaux), une recherche
visant à améliorer la qualité de réalisation des
lits de semences en modulant l’action des outils
en fonction de l’émiettement du sol obtenu.
Par ce moyen il s’agit d’obtenir, dès le premier
passage, le « bon » lit de semences, adapté
au sol et à la culture. On économise ainsi des
passages de tracteur dans les champs, ce qui

Cemagref
est bon à la fois du point de vue économique,
énergétique et environnemental. Une bonne
qualité du lit de semence permet aussi d’écono-  Figure 4. – Schéma de principe de la maquette
miser des intrants – semences, herbicides – en
développée par le Cemagref pour l'étude de procédés
assurant une levée de la culture plus rapide et
d'élimination sélective des adventices en cultures
plus homogène. maraîchères ; le contrôle des mouvements du bras est
Dans cette étude, les aspects agronomiques sont associé à un dispositif de repérage automatisé des
pris en charge par l’INRA et l’ITCF, tandis que adventices par traitement d'images (non représenté).
le Cemagref et l’ENITA travaillent sur la percep-
tion de la qualité de l’émiettement de la couche
superficielle du sol travaillé (capteurs) et la mo-
ques. Repérées par traitement d’images, les
dulation de l’action des outils (automatismes).
adventices sont éliminées par procédé électri-
La protection des cultures que, mécanique... à l’aide d’un bras automa-
Le Cemagref de Montpellier travaille sur les tisé spécialement conçu pour contrebalancer,
techniques de protection des cultures au sein en temps réel, les perturbations dynamiques in-
du programme PATCHWORK. duites par le sol (figure 4). Ces travaux, finan-
Pour les cultures « en lignes » à forte valeur ajou- cés par la Commission européenne, associent
tée, telles le maraîchage ou l’horticulture, l’ob- le Cemagref à l’Université de Valence, l’IVIA
jectif consiste à concevoir un outil tracté capa- (Espagne), le Danish Institute of Plants and Soils
ble de détruire les mauvaises herbes d’une cul- Sciences (Danemark) et le Silsoe Research
ture, avec l’usage minimum de produit chimi- Institute (Grande-Bretagne).

En disposant de plus d’informations et de connais- sa compétitivité et la qualité de ses produits tout


sances, considérées comme de véritables intrants en respectant mieux l’environnement ; le consom-
dans le processus de production, l’exploitant peut mateur, de son côté, veut plus de transparence et
réduire la part d’approximation et d’incertitude de sécurité pour la production des aliments, ce qui
liée à ses choix. implique notamment la notion de traçabilité. L’agri-
culture de précision permet d’envisager des répon-
L’agriculture de précision, lancée aux USA dans ses adaptées pour ces différents objectifs.
les années 80, s’implante aujourd’hui dans les prin-
cipaux pays agricoles européens, via la cartogra- Toutefois, les freins à son développement sont bien
phie de rendement en production céréalière. réels : l’expertise agronomique correspondant à la
gestion intraparcellaire est encore à construire, et
Le mouvement amorcé semble inéluctable à long va nécessiter un effort important de recherches et
terme en raison de la conjonction de plusieurs ten- de production de références pluriannuelles tant
dances : l’agriculture européenne doit améliorer agronomiques qu’économiques, pour évaluer l’in-
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térêt de cette approche dans différents contextes. L’agriculture de précision ne se développera donc
On manque également de capteurs : capteurs de que progressivement, d’autant plus vite que les
rendement dans toutes les filières, capteurs des freins précédents auront été levés, avec, en pers-
caractéristiques du sol et de la culture pour nour- pective, une véritable intégration des filières de
rir l’expertise agronomique. Des résistances cultu- production agricole et alimentaire, touchant à la
relles comme celles qui freinent la pénétration de fois la qualité des produits et la gestion de l’ensem-
la micro-informatique en agriculture sont peut-être ble des moyens de production. □
aussi à craindre (Jacquin, 1997).

Résumé Abstract
La modernisation de l’agriculture s’est traduite The modernization of agriculture has led to an
par un emploi accru d’énergie et d’intrants (en- increasing use of energy and amendments (fertilizer,
grais, phytosanitaires, eau) qu’il faut aujourd’hui crop protection products, water) that today need
mieux gérer pour en optimiser l’usage et limiter to be better managed in order to optimize their
les risques pour l’homme et l’environnement. Cette use and to restrict the risks for men and the
problématique a donné naissance à l’agriculture environment. This problem has given birth to the
de précision, nouvelle approche de l’agriculture, accuracy farming, which is a new approach of
fondée sur l’intégration des technologies de l’in- agriculture, based on the integration of informa-
formation et de la communication et dans laquelle tion and communication technologies and in which
le milieu (relief, sol, couvert végétal ...) est carac- the medium (topography, soil, ground cover) is
térisé dans toute sa variabilité spatiale et non characterized by its whole spatial variability and
ramené de façon classique à un ensemble homo- not treated as an homogeneous medium. The
gène. Le processus de production peut ainsi être production process may be locally monitored and
piloté localement et optimisé pour chacune des optimized for each farming intervention: work on
interventions culturales : travail du sol, semis, the soil, seeding, fertilization… Accuracy farming,
fertilisation ... L’agriculture de précision, lancée born in the USA in the 80’s, now appears in the
aux USA dans les années 80, s’implante aujourd’hui main farming European countries, via the mapping
dans les principaux pays agricoles européens, of cereal production yield. This article summarizes
via la cartographie de rendement en production the methods and tools related to accuracy farming:
céréalière. L’article fait le point des méthodes et measurement of the medium variability, DGPS
outils associés à l’agriculture de précision : la me- localization system, information management,
sure de la variabilité du milieu, le système de decision making and, finally, modular applica-
localisation DGPS, la gestion des informations, la tion tools. Even though this trend seems irreversible,
prise de décision et enfin les matériels d’applica- several hurdles still need to be handled, especially
tion modulée. Si le mouvement amorcé semble those related to agronomic and technological
inéluctable, il reste de nombreux freins à lever, research, in order to ease the spreading of this
impliquant notamment la recherche agronomique concept throughout the agricultural world. In that
et technologique, pour favoriser la diffusion de ce respect, this article presents the work done by the
concept au sein du monde agricole. L’article pré- Cemagref in the field of accuracy farming.
sente, à ce propos, les travaux menés par le
Cemagref dans le domaine de l’agriculture de
précision.

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L'agriculture de précision

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