Mobile Banking Papier
Mobile Banking Papier
financière en Tunisie.
ZIADI Latifa
ISCAE, Université de la Manouba, Tunisie.
ECSTRA, IHEC de Carthage.
Résumé :
68% des tunisiens âgés de plus de 15 ans sont exclus de toute activité financière formelle 1. En dépit des
développements apparents du système financier tunisien, peu de ménages en profitent au détriment des
besoins croissants de la vie moderne. L’exclusion financière touche les femmes, les moins instruits et
les agents à faible revenu. Elle contribue ainsi à aggraver leurs difficultés sociales et économiques. Les
démarches inclusives impliquent l’engagement de toute partie prenante : Etat, institutions financières,
organisations non gouvernementales et universitaires. Elles appellent aussi à la finance novatrice :
innover dans les produits et dans les institutions. Le mobile banking au sens large, constitue à cet égard
une mesure innovante amorcée dans de nombreux pays tels qu’en Inde, au Kenya, au Sénégal et en
Afrique du Sud.
Ce papier a pour objectif de souligner l’opportunité de saisir les services du mobile banking en vue de
réduire l’exclusion financière en Tunisie. Ainsi, l’analyse des données de la CGAP et de Global Findex
sont explorées en vue de dresser un état des lieux des niveaux de bancarisation en Tunisie. Dans un
second lieu, une enquête est menée auprès d’une centaine de répondants dans un double objectif : i.
dresser le profil des exclus financiers ; ii. déceler les facteurs qui influencent l’adoption du mobile
banking. Les résultats de l’analyse discriminante montrent que les exclus sont principalement les
femmes, les faibles revenus et les sans emplois. L’adoption du mobile banking demeure timide mais les
potentialités du secteur sont importantes. Les clients potentiels sont essentiellement des jeunes instruits
ayant des connaissances préalables au sujet des services financiers mobiles. Les opposants sont des
agents âgés attachés à leurs habitudes de paiement en espèces et au contact personnel.
Abstract:
68% of Tunisian people older than 15 years are excluded from any formal financial activities. Financial
exclusion affects women, less educated and agents in low income. It contributes to increase their social
and economic difficulties. Inclusive approaches became urgent and they call for innovative finance:
innovate in products and institutions. They must inform, protect, and empower economic agents. The
mobile banking approach is a successful tool for financial inclusion in many developing countries. This
paper aims to emphasize the opportunity offered by mobile financial services to reduce the financial
exclusion in Tunisia. Thus, a survey is conducted among 100 respondents in a double objective: i.
Draw up the profile the financial outcats. ii. Identify factors which influence the adoption of mobile
banking. The findings of the discriminating analysis show that outcasts are women, agents in low
income and unemployed people. Furthermore, the results show that people who intend to adopt mobile
banking services are young with high education and prior knowledge of mobile banking. The
opponents are old agents attached to their habits of payment in species and to the personal contact.
1
Selon Global Findex, avril 2011.
1
APTBEF : L’Agence Professionnelle Tunisiennes des Banques et des Etablissements
Financiers (http://www.apbt.org.tn)
2
Introduction
2
D’après la CGAP-GSMA, 30% de la population au Kenya utilisent les services de M-PESA. Plus de
320 millions de dollars sont quotidiennement échangés dans les cadre des transferts pair à pair (P2P).
3
D’après Donovan (2012), le Mobile Banking est la production des services financiers
via des appareils mobiles. Cette définition englobe une vaste gamme de services
financiers tels que le paiement mobile (transfert des fonds), la banque mobile
(consultation d’un compte, transactions et informations) et la finance mobile (crédit,
assurance ou épargne) 3.
Par ailleurs, Ignacio (2008) souligne les opportunités offertes par les nouvelles
technologies de l’information et de communication pour une meilleure inclusion
financière. Grâce aux TIC, le paiement s’effectue à distance moyennant un réseau
électronique et implique ainsi un autre intermédiaire non bancaire tel un opérateur
téléphonique dans le contexte du mobile banking. Celui-ci représente une chance pour
les exclus et une opportunité pour les banques dans la mesure où il permettrait d’une
part d’étendre la distribution des services financiers aux pauvres marginalisés par les
institutions traditionnelles. D’autre part, il permet aux institutions financières de
baisser les coûts de livraison des services classiques (Ignacio et Kabir, 2008). Dans ce
sens, un téléphone mobile remplacerait de nombreux produits bancaires
classiques tels que les cartes ou les terminaux de paiement électronique et offre les
mêmes services de consultation et d’accès rapide aux informations, habituellement
assurés par l’Internet banking.
3
Dans ce qui suit, nous utilisons le terme "Mobile banking" pour désigner tout procédé permettant la
réalisation de transactions financières qu’elle en soit la forme, via les technologies mobiles.
4
McKay and Pickens (2010) effectuent une étude comparative auprès de 26 banques en
vue de vérifier l’étendue des coûts de transactions chargés à la clientèle. Ils concluent
que les services bancaires à distance (y compris les services du mobile banking) sont
en moyenne moins chers que les services alternatifs (des économies de l’ordre de
19%) ; le coût est d’avantage moins important pour les transferts à faible montant. En
particulier le service M-PESA au Keyna permet d’économiser un tiers des coûts
habituels permettant ainsi aux clients pauvres de constituer une épargne.
Par ailleurs, le mobile banking et toute autre démarche reposant sur les nouvelles
technologies d’information et de communication présentent un impact positif sur le
développement humain. Dans ce sens, Sarma et Pais (2011) étudient le niveau
d’inclusion financière dans 49 pays et établissent d’une part une relation positive et
significative entre le niveau d’inclusion des ménages et le revenu et d’autre part, une
relation inverse et significative avec l’illettrisme. La pénétration et l’accessibilité de
l’infrastructure bancaire contribuent positivement à une meilleure inclusion et au
développement humain. De plus, les auteurs ont mis en exergue la relation positive et
significative entre l’utilisation des TIC et les conditions de vie des ménages. De
même, Chatain (2011) souligne les atouts du mobile banking en terme d’inclusion
financière en insistant sur la commodité des services, l’immédiateté des transactions,
les coûts réduits, la possibilité d’effectuer des transactions à faible montants et non
plafonnées, l’accessibilité et l’utilisation d’une infrastructure déjà disponible.
De leur côté, Diniz et al. (2011) mènent une étude concernant l’impact du mobile
banking sur la vie des habitants d’une communauté de l’Amazone et concluent que les
services financiers mobiles ont permis d’améliorer l’accès aux services financiers, ont
renforcé l’infrastructure de la région et ont conduit à un développement économique
et social. Cependant, ils attirent l’attention sur l’importance de l’éducation financière
préalable à l’utilisation des services du mobile banking en vue de contourner ses
lacunes qui découlent du manque d’informations et des difficultés de communication.
Par ailleurs, l’étude a soulevé les insuffisances d’accès aux financements des activités
économiques productives.
Le système bancaire
4
Le secteur de la microfinance instauré depuis 1997 est essentiellement concentré sur le microcrédit
avec quelques expériences embryonnaires dans le domaine de la micro-assurance, principalement
destinée aux emprunteurs du secteur agricole. Outre la Banque Tunisienne de Solidarité, principal
acteur public du microcrédit, l’offre des services de microfinance est également assurée par une ONG,
Enda Interarbe Tunisie, dont les rapports sur les performances financières et sociales sont très
satisfaisants. Le secteur est sujet à de nombreuses réflexions depuis les événements de janvier 2011.
5
La circulaire aux banques n°2007-25 du 19 novembre 2007 a apporté plus de détails au sujet des
crédits à la consommation concernant leur usage, leurs durées et les taux d’intérêt en vigueur.
6
Les statistiques de l’APTBEF stipule qu’à la fin de 2011, le réseau bancaire tunisien
est composé de 1393 agences et 1718 guichets automatiques ce qui se traduit par un
taux de bancarisation6 de l’ordre d’une agence bancaire pour 7663 habitants. Le
nombre total des comptes bancaires a dépassé 6 millions dont 2,3 millions de comptes
à vue et 3,6 millions de comptes d’épargne. Le reliquat concerne les autres types de
comptes tels que ceux libellés en dinars convertibles. Les dépôts d’épargne bancaires
se chiffrent à 24606 millions de DT contre 10024 millions de DT pour les dépôts à
vue. En matière de financement, les banques tunisiennes s’orientent plus vers les
entreprises et les particuliers ne représentent que 25% de l’enveloppe totale des
crédits. En effet, 12461,3 millions de DT ont été dispensés au profit des particuliers
dont 80% ont concerné les crédits à l’habitat. Le reste est principalement constitué des
crédits à la consommation, soit 2104,6 millions de DT. Les crédits véhicules et les
prêts universitaires représentent uniquement 2,7% des crédits bancaires7.
La Poste
D’après son rapport d’activité en 2011, le réseau de la Poste tunisienne compte 1042
bureaux à la fin de 2011 permettant outre les services de la distribution postale
habituelle, l’accès à une gamme très variée de produits financiers. La Poste assure la
gestion de comptes courants, la collecte de l’épargne liquide et offre divers produits
de l’assurance-vie. Elle gère également les fonds d’une SICAV obligataire (SICAV
TANIT) et effectue le change manuel et le transfert d’argent via le réseau
international Western Union. L’épargne postale s’élevait à 2644 millions de DT
abritée dans plus de 3 millions de comptes à la fin de 2010. L’encours des fonds de la
SICAV avait atteint 28 millions de DT. De plus, la Poste gère 1,3 millions de comptes
courants avec un encours moyen de 966 DT par compte, ce qui renseigne sur une
clientèle plutôt à faible revenu. Dotée également d’un réseau de 127 distributeurs de
billets, la Poste assure en définitif une couverture financière de l’ordre d’un bureau
postal pour 7300 habitants à la fin de 2011 8. En effet, la Poste se présente comme le
palliatif à l’insuffisance bancaire dans de nombreuses villes de l’intérieur. Le nombre
de guichets postaux dépasse souvent le nombre d’agences bancaires dans les villes du
Sud, du Centre et du Nord Ouest. Ainsi, à titre d’exemple la ville de Kasserine du
Centre Ouest compte 46 bureaux de poste contre seulement 16 agences bancaires, soit
un taux de bancarisation de 27 313 habitants par agence, où encore la ville de Kébili
du Sud abrite 33 bureaux postaux contre seulement 9 agences bancaires.
6
Ce taux est calculé en rapportant la population au sein d’un gouvernorat au nombre d’agences
bancaires ou postales.
7
BCT, Bulletin Statistiques Financières N°179.
8
La poste en chiffres, document diffusé sur www.poste.tn.
7
devraient bénéficier d’un meilleur appui en matière d’infrastructure. Une autre limite
à sa contribution à l’inclusion financière des ménages découle de l’absence des
produits de financement. La Poste tunisienne n’est pas autorisée à accorder des
crédits.
L’accès à un compte
32% des tunisiens âgés de 15 ans ou plus ont accès à un compte auprès d’une
institution financière conventionnelle. Avec ce faible niveau de bancarisation, la
Tunisie reste en dessous des niveaux d’inclusion affichés dans la majorité des pays
méditerranéens. A l’échelle des pays arabes, elle dépasse l’Egypte (10%) et la Syrie
(23%). Cependant, elle se situe derrière le Liban (37%) et le Maroc (39%).
8
La proximité géographique
D’après les données de la CGAP, le réseau bancaire tunisien offre en moyenne 14,4
agences bancaires au service de 100 000 habitants et 7,3 agences par 1000 km2. Avec
une densité bancaire limitée, la Tunisie offre un faible niveau de proximité
géographique des institutions financières comparativement au Liban (28,8 agences par
100 000 habitants et 86,5 agences par 1000 km2) et à la Grèce (41,5 agences par
100 000 habitants et 31,3 agences par 1000 km2). Cependant, la proximité
géographique du réseau bancaire tunisien est meilleure qu’au Maroc et en Algérie qui
offrent respectivement 9,9 et 5,3 agences pour 100 000 habitants.
Tableau N°1.
L’accès inéquitable des gouvernorats à l’infrastructure bancaire.
(Le nombre d’agences bancaires par 100 000 habitants)
Taux de Taux de Taux de
Gouvernor bancarisatio Gouvernor bancarisatio Gouvernor bancarisatio
at n at n at n
Kasserine 3,7 Le kef 7,0 Monastir 12,0
Sidi Bouzid 4,3 Béjà 7,2 Tozeur 12,4
Kairouan 4,8 Manouba 7,5 Nabeul 15,7
Siliana 5,1 Tataouine 8,1 Ben Arous 16,1
Kébili 5,9 Zaghouan 8,7 Sfax 16,2
Gafsa 6,1 Gabès 8,7 Sousse 18,8
Jendouba 6,6 Bizerte 10,3 Ariana 20,4
Mahdia 6,8 Médenine 11,3 Tunis 33,3
Les calculs sont faits par nos soins.
Données sur la Population par gouvernorat : INS, 2011.
Données sur l’infrastructure bancaire : APTBEF, 2011.
En plus de sa taille limitée, le réseau bancaire tunisien est concentré dans les villes
côtières au détriment des villes de l’intérieur. En effet, des villes telles que Tunis,
9
Sousse ou Nabeul bénéficient d’une meilleure pénétration (plus de 15 agences par
100 000 habitants) alors que des villes telles que Siliana, Sidi Bouzid et Kasserine
restent moins desservies en dépit de leurs besoins croissants en termes de
financement.
Si les premiers travaux sur l’exclusion financière ont principalement souligné les
difficultés d’accès des faibles revenus au monde de la finance, les travaux ultérieurs
ont soulevé des difficultés liées au genre, au niveau d’instruction et au milieu
d’habitation. En effet, les femmes souffrent plus d’exclusion surtout dans les pays en
développement ou sous développés, ce qui explique une forte pénétration de la
microfinance dans les populations féminines. Par ailleurs, le faible niveau
d’instruction et le milieu rural sont des facteurs considérables de l’exclusion
financière9.
D’une manière générale, l’accès à un compte est meilleur parmi les hommes
qu’auprès des femmes dans la majorité des pays méditerranéens à l’exception de deux
pays : Israël et la Slovénie. En effet, 92,4% des femmes israéliennes ont accès à un
compte contre 88,4% pour les hommes. De même, en Slovénie 98,1% des femmes
sont bancarisées.
Dans le cas de la Tunisie, seulement 25,3% des femmes accèdent aux services de la
finance conventionnelle contre 39,2% des hommes. La bancarisation des femmes
tunisiennes demeure plus importante qu’en Egypte (6,5%), qu’en Algérie (20,4%) et
qu’en Syrie (19,6%) et proche des niveaux affichés au Maroc (26,7%) et au Liban
(25,9%).
De plus, la bancarisation des faibles revenus reste très restreinte : seulement 15,6%
des bas revenus ont accès à la finance contre 41,3% du haut de la pyramide des
revenus. L’exclusion des agents à faible revenu est très remarquable dans le cas
tunisien qui se situe en avant dernière place comparativement aux autres pays
méditerranéens de la rive sud. En effet, juste avant l’Egypte (5,4%), la Tunisie affiche
un faible niveau de bancarisation par rapport à l’Algérie (23,7%), au Liban (27,3%) et
même comparativement à la Syrie (21,4%). De plus, cette exclusion est conjuguée au
faible niveau d’instruction et au milieu rural. En effet, 26,9% des agents ayant un
niveau d’instruction primaire ou moins accèdent à la finance conventionnelle contre
50,8% en Turquie et 74,9% au Portugal. De même, 26,4% des habitants du milieu
rural ont accès à un compte en Tunisie contre 54,7% en Croatie et 75,3% en Grèce.
9
Livre bleu des Nations Unies (2006), chapitre deuxième sur les facteurs limitant l’accès aux services
financiers formels.
10
Graphique N°2. Les caractéristiques sociodémographiques des exclus en Tunisie
11
3.1. L’environnement technologique et les premières expériences du mobile
banking
12
garantis au profit d’une clientèle déjà bancarisée. En revanche, la Poste a devancé le
secteur suite au lancement en 2000 d’une monnaie électronique (e-dinar). Elle
consiste à transformer des fonds en espèces en une carte prépayée permettant aux
clients non bancarisés d’effectuer des transactions en ligne. Le e-dinar est à titre
d’exemple très utilisé par les étudiants lors des inscriptions universitaires. De plus, à
la même année, la Poste a introduit le service de transfert d’argent via le réseau
international Western Union11. Le secteur bancaire s’est aligné par la suite et d’autres
opérateurs tels Money Gram sont opérationnels sur le marché tunisien. Mieux encore,
la Société Tunisienne de Banque et Ittijari Bank ont lancé le produit Casy Cash qui
permet de loger des fonds transférés par des non résidents sur des supports
magnétiques et la possibilité de les retirer auprès des GAB.
Mobidinar Mobiflouss
(depuis 2010) (depuis mai 2012)
Inscriptions 3 166 41 836
Nombre de Virements 1 073 3 044
Montant des Virements (DT) 71 774 136 711
Nombre des opérations de recharge 59 983 136 652
Montant des recharges (DT) 127 093 199 593
Nombre de Paiements 338 80
Montant des Paiements (DT) 15 012 3 537
Source : La Poste, Centre de Monétique, Juillet 2012.
Le tableau N°3 résume la situation du mobile banking au profit des clients non
bancarisés. Les premiers résultats au sujet de l’adoption de ces services restent
11
Au départ, les transferts devaient être effectués en espèces mais très récemment, la Poste a signé un
nouvel accord avec la compagnie Western Union en vue de permettre également les opérations basées
sur des comptes. Ce produit devrait entrer en vigueur à compter de 2013.
13
mitigés : le produit Mobidinar a seulement intéressé 3166 clients en deux ans alors
qu’en trois mois, plus de 40 000 clients ont adhéré au service Mobiflouss.
L’utilisation de ces produits a surtout concerné la recharge des lignes téléphoniques
(plus de 136 milles opérations). En revanche, le règlement des factures est limité : en
deux ans, seulement 338 opérations de paiement ont eu lieu en provenance des clients
Mobidinar. D’où l’intérêt de se pencher sur l’étude des facteurs qui influencent le
mobile banking dans le contexte tunisien.
En vue de cerner les potentialités du mobile banking, nous effectuons une enquête
auprès de 100 répondants habitant le grand Tunis. Cette enquête cherche à atteindre
deux objectifs :
- Dresser le profil des exclus financiers ;
- Déceler ensuite les facteurs sociodémographiques des clients potentiels des
services du mobile banking.
74% des répondants possèdent un compte chez une institution financière contre 26%
qui demeurent non bancarisés ; de plus, 62,2% des répondants bancarisés ont opté
pour les services de la Poste au détriment du secteur bancaire. 65.4% des répondants
non bancarisés n’éprouvent même pas le besoin d’accéder à un compte et 26,9% n’ont
jamais demandé l’accès à un compte. Seulement 7.7% expliquent leur exclusion par
l’illettrisme et aucun répondant n’a mentionné une demande refusée de la part des
institutions financières. Cette situation d’auto-exclusion pourrait s’expliquer par la
préférence des répondants pour les paiements en numéraire : 86% d’entre eux règlent
leurs factures en espèces !
14
Par ailleurs, l’analyse discriminante de la variable "accès à un compte" en fonction
des facteurs démographiques des répondants est significative (Lambda de Wilks =
0.71, p = 0.000). Il en résulte que l’occupation et le revenu mensuel sont les variables
les plus discriminantes. Le genre influence également l’accès à un compte mais d’une
manière moins importante.
Tableau N°4.
Les facteurs sociodémographiques influençant l’accès à un compte
Lambda de
Wilks F Signification
Le genre ,941 6,143 ,015*
L'âge ,992 ,752 ,388
L'occupation ,768 29,664 ,000**
Le niveau d'instruction ,963 3,730 ,056
Le revenu mensuel ,881 13,188 ,000**
* significatif au seuil de 5% ; ** significatif au seuil de 1%.
97% des répondants sont en possession d’une ligne téléphonique mobile. Cependant,
seulement 46% des répondants connaissent les services financiers offerts par leurs
opérateurs téléphoniques et uniquement 6,7% d’entre eux ayant adopté le mobile
banking.
En revanche, 57% de la population étudiée est intéressée par cette gamme de services.
Les principaux motifs d’intérêt s’avèrent le gain de temps (60%) et la commodité des
services (24%). En contrepartie, les principaux motifs de résistance sont la préférence
pour le contact personnel avec les partenaires commerciaux (34%) et l’insécurité des
opérations (30%). L’analyse discriminante de la variable "intérêt du mobile banking"
a donné de bons résultats (Lambda de Wilks = 0,729, p = 0,001). Les facteurs qui
influencent le plus la prédisposition des répondants à l’adoption du mobile banking
sont principalement : le niveau d’instruction, l’âge, la possession d’un téléphone
portable et l’information sur les services du mobile banking. Conformément aux
coefficients de corrélations intra-classes, les jeunes (âge : -0,645), les plus instruits
(niveau d’instruction : 0,839) et les mieux informés (connaissance du mobile
banking : 0,363) sont des clients potentiels du mobile banking.
15
Tableau N°5. Les facteurs influençant l’adoption du mobile banking.
Les résultats de cette enquête montrent qu’une population jeune, instruite et informée
est mieux disposée à accéder aux services du mobile banking contre une population
âgée, avec un faible niveau d’instruction et moins informée dont les anciennes
habitudes de paiement constituent des barrières à l’innovation. Outre la préférence
pour le contact personnel et l’insécurité des opérations, certains répondants ont
soulevé les difficultés imposées par leur illettrisme et d’autres ont souligné leur
préférence pour le paiement en espèces.
Dans une étude portée sur l’adoption d’un autre produit lié aux TIC, Nasri (2011)
s’intéresse à l’usage des services de la banque en ligne en Tunisie et mène une
enquête auprès de 253 répondants. La population étudiée est principalement
masculine et jeune (71,9% appartenant à la classe d’âge 25-45 ans). 43,3 % des
répondants occupent un emploi. D’après ses résultats, 37,5% des répondants utilisent
déjà les services d’Internet banking. Les principaux facteurs qui affectent l’adoption
de la banque en ligne sont la commodité, la sécurité, la perception du risque et les
connaissances préalables au sujet d’Internet. Ces résultats rejoignent ceux dégagés par
notre étude au sujet de la sécurisation des opérations et la communication des
informations sur les produits innovateurs.
De plus, nos résultats sont conformes à d’autres études réalisées dans certains pays en
développement.
16
A cet égard, Alafeef et Al. (2011) effectuent une enquête en ligne auprès de 80
utilisateurs d’Internet en vue de déterminer l’impact des facteurs démographiques sur
l’adoption des applications du mobile banking en Jordanie. La population étudiée est
jeune (69,2% ont un âge compris entre 17 et 25 ans), instruite (78,2% des répondants
ont un niveau d’instruction universitaire) et à revenu limité (46% des répondants ont
un revenu mensuel inférieur à 300 $). Leurs résultats en matière d’adoption du mobile
banking montrent que seulement 6% des répondants connaissent et utilisent les
services du mobile banking alors que 63% d’entre eux les connaissent mais ne les
utilisent pas. 31% de la population étudiée n’a aucune connaissance des services
financiers mobiles et en conséquence ne les utilise pas.
De même, Elbadrawy et Adel Aziz (2011) ont réalisé une étude semblable auprès de
380 répondants égyptiens. La population étudiée est équitablement partagée en termes
de genre : 188 hommes (49,5 %) et 192 femmes (50,5 %). La majorité des répondants
était dans le groupe d'âge 26-40 (60,8 %) et ayant un niveau d’instruction
universitaire (88,4%). 29 % n’ont aucun revenu et 71,3 % d’entre eux possèdent un
téléphone mobile et surfent quotidiennement sur Internet via leur mobile (52,6 %). En
outre, 151 répondants (39,7 %) ont l'intention d'adopter le mobile banking, 138 (36,3
%) ont l'intention d'utiliser le service mais n’ont pas décidé du moment et 57 (15 %)
n’ont pas l'intention des les utiliser. L’analyse des motifs de résistance au mobile
banking souligne une grande préoccupation exprimée par tous les groupes concernant
le risque de transmettre ou de stocker des transactions financières. D’autres redoutent
la fiabilité de la connexion. Toutefois, les détracteurs sont les seuls à préférer le
contact personnel avec le banquier. Outre la barrière du risque, les répondants doutent
de l’efficacité du mobile banking à renforcer leur capacité financière. Donc, en étant
incertains de l’impact du mobile banking, ils préfèrent être des utilisateurs
occasionnels.
Dans le contexte indien, Singh (2012) réalise une enquête auprès de 68 répondants au
sujet de la faisabilité d’un service de transfert de fonds via le téléphone mobile. La
population étudiée est majoritairement masculine (97,06%) appartenant
essentiellement à la classe d’âge 31-40 ans. 98,5% des répondants possèdent un
téléphone portable et 65,8% d’entre eux désirent accéder à des services financiers
mobiles.
De leur côté, Tashmia et Khumbula (2011) étudient l’adoption des services du mobile
banking en Afrique du Sud. Après avoir souligné les opportunités offertes par le
contexte de l’exclusion financière (40%) et la forte pénétration de la téléphonie
mobile (90%), ils concluent que l’adoption du mobile banking est significativement
affectée par la commodité des services, la facilité d’usage, le coût des opérations et la
confiance des consommateurs. Cependant, le facteur risque n’avait pas un effet
significatif sur l’accès au service.
17
Conclusion
Le mobile banking illustre l’adaptation des produits financiers au monde des
nouvelles technologies. Il englobe une gamme vaste de produits et de services à
distance en profitant de l’infrastructure technologique déjà mise en place. Les réseaux
de la téléphonie mobile constituent ainsi une démarche inclusive amorcée dans un
grand nombre d’économies en développement où les populations affichent de grands
niveaux d’exclusion financière et une bonne pénétration de la téléphonie mobile. Le
mobile banking offre aux agents économiques exclus une solution alternative à la
finance conventionnelle en leur permettant une meilleure accessibilité aux opérations
financières à moindre coût et à faible montant. Il a fait ses preuves en matière de
développement économique et social grâce à une meilleure inclusion financière.
18
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Presentation to the 10th IADI Annual Conference, 19-20 October 2011, Warsaw,
Poland.
20
Annexe 1. Les caractéristiques sociodémographiques des répondants
21
Annexe 2. L’accès à la finance
Accès à un compte
Effectif Pourcentage
Oui 74 74,0
Non 26 26,0
Total 100 100,0
Type d'institution Financière
Effectif Pourcentage
Banque 28 37,8
Poste 46 62,2
Population bancarisée 74 100,0
Population non bancarisée 26
Total 100
22
Annexe 3. Les potentialités du mobile banking
23