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Approche variationnelle de la fatigue

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Variational approach of fatigue

André Jaubert

To cite this version:


André Jaubert. Variational approach of fatigue. Mécanique [[Link]-ph]. Université Paris-Nord
- Paris XIII, 2006. Français. �tel-00315565�

HAL Id: tel-00315565


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abroad, or from public or private research centers. publics ou privés.
Thèse de Doctorat de l’Université Paris XIII

Spécialité : Mécanique

présentée par
André JAUBERT
pour obtenir le grade de Docteur de l’Université Paris XIII

Approche variationnelle de la fatigue

Soutenue le 24 Mars 2006 devant le jury composé de

M. Quoc Son NGUYEN Président


M. Gianpietro DEL PIERO Rapporteur
M. François SIDOROFF Rapporteur
M. Radhi ABDELMOULA Examinateur
M. Bertrand BURGARDT Examinateur
M. Gilles FRANCFORT Examinateur
M. Jean-Jacques MARIGO Directeur de thèse

Thèse préparée au sein du


Laboratoire des Propriétés Mécaniques et Thermodynamiques des Matériaux
(UPR CNRS 9001), Université Paris XIII.
Avant-Propos

Ce mémoire est le résultat de trois années de thèse effectuées au sein du Laboratoire des Propriétés
Mécaniques et Thermodynamiques des Matériaux. Je tiens à en remercier les directeurs successifs
pour la grande liberté laissée aux doctorants mais également les différents membres pour leur
sympathie.

Je tiens à exprimer ma reconnaissance à Jean-Jacques MARIGO qui a dirigé cette thèse, et ce pour
diverses raisons. Tout d’abord pour ses grandes qualités de pédagogie et de rigueur. Ensuite parce
que sa curiosité et son recul sur le sujet et plus généralement sur la Mécanique de la Rupture
ont permi l’avancement de cette thèse à de nombreux moments clés. Dire qu’il a été décisif dans
les résultats présentés dans ce manuscrit est donc plus que justifié. Enfin parce qu’au-delà de ces
qualités, j’ai apprécié sa disponibilité et son discours toujours rassurant. Je le remercie de plus de
m’avoir proposé un sujet aussi original et enrichissant.

Monsieur Quoc Son NGUYEN a accepté de présider ce jury de thèse, j’en suis trés honoré et le
remercie de sa présence.

Messieurs Gianpietro DEL PIERO et François SIDOROFF ont consacré de leur précieux temps à la
lecture et la critique de ce manuscrit, je tiens à leur exprimer mon immense reconnaissance.

Messieurs Radhi ABDELMOULA, Bertrand BURGARDT et Gilles FRANCFORT ont complété ce jury, je
les remercie de l’intérêt qu’ils ont porté à cette thèse.

Je n’oublie bien évidemment pas Hanen AMOR, Jean-François BABADJIAN, Miguel CHARLOTTE,
Michèle COUTRIS, Pierre-Emmanuel DUMOUCHEL, Hichème FERDJANI, Jérôme LAVERNE, Béatrice
MONTDARGENT et Thibault WELLER qui ont tous contribué par leur ouverture d’esprit et leur
bonne humeur à rendre ces années agréables. Je les en remercie.
Table des matières

Partie I Approche variationnelle de la Fatigue 1

1 Les modèles phénoménologiques de rupture par fatigue 3


1.1 Mécanique Linéaire Élastique de la Rupture . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
1.1.1 Approche énergétique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
1.1.2 Approche par Facteurs d’Intensité des Contraintes (F.I.C.) . . . . . . . . . 5
1.2 Rupture par fatigue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1.2.1 Introduction à la fatigue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1.2.2 Modélisation de la fatigue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
1.2.3 Modèles de forces cohésives . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12

2 Formulation Variationnelle de la Mécanique de la Rupture 17


2.1 Cadre de l’étude . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
2.1.1 Ensemble des champs de déplacement admissibles . . . . . . . . . . . . . . 20
2.1.2 Énergie potentielle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
2.1.3 Les énergies de surface . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
2.2 Loi d’évolution de la fissuration . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
2.2.1 Sous chargement monotone . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
2.2.2 Sous chargement cyclique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27

Partie II Le problème modèle : Décollement d’un film 31

3 Formulation du problème. Résolution dans le cas du modèle de Griffith 35


3.1 L’essai de pelage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
3.2 Présentation du problème . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
3.2.1 Condition d’inextensibilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
3.2.2 Énergie potentielle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
3.2.3 Énergie de surface . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
3.3 Problème incrémental adimensionnalisé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
3.3.1 Discrétisation du chargement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
3.3.2 Problème incrémental . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
3.3.3 Formulation adimensionnalisée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
3.3.4 Existence d’une solution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
3.4 Solution avec une énergie de surface de GRIFFITH . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
3.4.1 Premier pas de temps . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
3.4.2 Pas de temps quelconque . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
3.4.3 Résumé du cas GRIFFITH . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46

i
ii TABLE DES MATIÈRES

4 Propriétés générales de la solution dans le cas d’un modèle de Barenblatt 49


4.1 Structure de la solution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
4.2 Unicité et indépendance vis à vis de la discrétisation . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
4.2.1 Unicité de la solution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
4.2.2 Indépendance vis à vis de la discrétisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59
4.2.3 Récapitulatif . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
4.3 Réponse sous chargement cyclique simple . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
4.3.1 Position du problème . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
4.3.2 Propriétés de la réponse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
4.3.3 Mise en évidence de la fatigue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64
4.3.4 Bilans d’énergie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66

5 Résolution dans le cas du modèle de Dugdale 69


5.1 Structure générale de la solution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69
5.2 Première montée en charge . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
5.3 Nombre de cycles d’amorçage Na . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72
5.3.1 À propos du phénomène d’endurance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72
5.3.2 Évaluation du nombre de cycles d’amorçage Na . . . . . . . . . . . . . . . . 72
5.4 Décollement progressif . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
5.5 Influence des paramètres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77
5.6 Effet d’une surcharge unique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80

6 Loi de fatigue limite du décollement d’un film 85


6.1 Position du problème . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
6.2 Loi de GRIFFITH à court terme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
6.3 Changement d’échelle de cycles et convergence numérique . . . . . . . . . . . . . . 87
6.4 Convergence vers une fissure macroscopique non cohésive . . . . . . . . . . . . . . 88
6.5 Convergence vers un régime stationnaire au voisinage du fond de fissure . . . . . . 90
6.5.1 Quelques résultats de convergence à l’échelle microscopique . . . . . . . . . 90
6.5.2 Existence et unicité du régime stationnaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91
6.5.3 La conjecture de convergence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92
6.5.4 Sa vérification numérique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92
6.6 La loi de fatigue limite . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93
6.6.1 Propriétés de la loi limite . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93
6.6.2 Loi de fatigue limite au voisinage de G = 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94
6.6.3 Loi de fatigue limite au voisinage de G = 0 . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94
6.7 Problème limite d’évolution du décollement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
6.7.1 Formulation du problème limite . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
6.7.2 Vérification et résolution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 96

Partie III Etude des lois de fatigue limites 99

7 Variantes à l’essai de pelage. 101


7.1 Hypothèses préliminaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
7.2 Décollement d’un film à force imposée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
7.2.1 Présentation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
TABLE DES MATIÈRES iii

7.2.2 Première montée en charge . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105


7.2.3 Aux cycles suivants . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106
7.2.4 Loi de fatigue limite . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
7.3 Rapport d’ouverture non nul (R = Vm /VM 6= 0) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 108
7.3.1 Solution au cycle i . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109
7.3.2 Loi de fatigue limite lorsque  → 0 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 112
7.4 Décollement d’un film avec une loi de comportement non linéaire . . . . . . . . . . 115
7.4.1 Évolution cyclique du décollement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 115
7.4.2 Loi de fatigue limite . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 117
7.5 Arrachement antiplan d’un film de son socle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 119
7.5.1 Solution au premier cycle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 121
7.5.2 Aux cycles suivants . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 123
7.5.3 Loi de fatigue limite lorsque  → 0 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 126
7.6 Flexion pure . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 129
7.6.1 Présentation du problème . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 130
7.6.2 Évolution du décollement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 131
7.6.3 La loi de fatigue limite lorsque  → 0 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 133

8 Formulation variationnelle des lois de fatigue limites 135


8.1 Formulation variationnelle discrète des lois de fatigue limites . . . . . . . . . . . . 136
8.1.1 Cas du problème de décollement d’un film . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 136
8.1.2 Généralisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 137
8.1.3 Quelques remarques générales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 139
8.2 Application : énergie de surface en loi puissance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 141
8.2.1 Amorçage d’une fissure de fatigue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 142
8.2.2 Propagation de la fissure : évolution du type loi de PARIS . . . . . . . . . . 145
8.2.3 Comparaison avec les observations expérimentales . . . . . . . . . . . . . . 146
8.2.4 Un exemple : bi-matériau avec entaille . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 146
Références . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 152
iv TABLE DES MATIÈRES
Introduction

L’Homme développant des structures de plus en plus complexes (dans les constructions na-
vales, aéronautiques et spatiales notamment), la compréhension fine et la modélisation précise
des phénomènes de Rupture sont devenues nécessaires afin d’évaluer le risque d’amorçage et de
propagation d’un défaut.
Jusqu’ici, il n’existe pas de cadre général de la Mécanique de la Rupture basée sur une formulation
unique et permettant de rendre compte des divers phénomènes observés. L’habitude des ingénieurs
est d’adopter la loi de GRIFFITH [35] “à court terme” (sous chargement monotone par exemple)
et les modèles phénoménologiques de PARIS [55] “à long terme” (sous chargement cyclique par
exemple). Aucun lien n’a vraiment été établi entre ces lois excepté des résultats numériques basés
sur des modèles de forces cohésives [52].
Cependant il est connu que la loi de GRIFFITH possède quelques lacunes dont celle non admissible
d’être inapte à rendre compte de l’apparition de fissures. De même, les lois de fatigue utilisées
sont essentiellement d’origine phénoménologique, leur forme et les paramètres à identifier peuvent
changer d’un problème à l’autre sans que l’on soit capable de dire de façon claire ce qui est dû au
matériau, à la géométrie et au chargement.

On se propose ici d’établir ce lien entre lois de GRIFFITH et lois de PARIS et même de construire
des lois de fatigue basées sur des lois de rupture plus générales. Toute l’analyse repose sur les trois
ingrédients suivants :
(i) un principe de moindre énergie ;
(ii) une énergie de surface de type Dugdale-Barenblatt ;
(iii) une condition d’irréversibilité.
Chacun de ces ingrédients joue un rôle essentiel : sans condition d’irréversibilité ou avec une énergie
de surface de GRIFFITH , il est impossible d’obtenir des effets de fatigue : la convergence de la loi
de propagation résultant du modèle de DUGDALE vers la loi de GRIFFITH ou la loi de PARIS repose
essentiellement sur des convergences en énergie. Cette approche, qui peut a priori être appliquée
dans un cadre très général sera ici développée dans le contexte unidimensionnel de décollement
d’un film mince.

L’objet de la première partie de cette étude est d’introduire l’approche variationnelle de la


fatigue.
Dans le Chapitre 1, il s’agit tout d’abord de situer l’étude dans son contexte, i.e. celui de la
Mécanique de la Rupture fragile et d’introduire les outils “classiques” que sont le taux de resti-
tution d’énergie G et le facteur d’intensité des contraintes K. Il est ensuite présenté de façon non
exhaustive le phénomène de fatigue, i.e. l’endommagement progressif d’une structure soumise à
un chargement variable. L’accent est essentiellement mis sur la loi de PARIS (et ses très nombreuses

v
vi TABLE DES MATIÈRES

variantes) et sur des résultats numériques récents basés sur des modèles de forces cohésives.
Le modèle proprement dit est présenté au Chapitre 2. Il a pour origine les travaux de FRANCFORT
et MARIGO [32] en 1998 qui, dans le cadre d’évolutions quasi statiques et dans le but de parer
aux lacunes de la Théorie de GRIFFITH, postulent que la configuration d’équilibre d’une structure
fragile soumise à un chargement monotone est celle qui minimise, à chaque instant, son énergie
totale, somme de son énergie potentielle et de l’énergie de surface de GRIFFITH (proportionnelle
en 2D à la longueur de zone fissurée). Les travaux réalisés depuis ont montré que la solution
recherchée devait être un minimum local et que l’énergie de surface à considérer devait être du
type BARENBLATT, i.e. dépendante du saut de déplacement sur les lèvres de la fissure.
L’objectif de cette thèse est d’étendre cette nouvelle formulation à des chargements non mono-
tones et donc en particulier aux chargements cycliques d’amplitudes constantes, cadre de la loi
phénoménologique de PARIS.
On montre justement dans la seconde partie de ce chapitre que cette extension n’est possible que si
l’on introduit une condition d’irréversibilité dans le modèle afin de tenir compte des “dommages”
que subit le matériau à chaque cycle (et éviter ainsi la “recohésion” des lèvres de la fissure lors
des phases de décharge). L’irréversibilité introduite, le problème de minimisation initiale devient
un problème de minimisation incrémentale.

La seconde partie de cette thèse est consacrée à l’étude du décollement d’un film mince
en fatigue. On souhaite déterminer l’évolution du décollement d’un film initialement parfaitement
collé sur un socle rigide et soumis à une tension constante et une déflexion cyclique et qui peut être
apparenté à un essai de pelage. Ce problème, très “académique”, permet cependant de résoudre
semi-analytiquement le problème d’évolution du décollement et de comprendre ainsi l’intérêt d’un
modèle de fatigue basé sur une approche par minimisation de l’énergie. Le choix a été fait de
décomposer cette partie en quatre chapitres.
Dans le Chapitre 3, après avoir introduit les différents ingrédients mis en jeu (énergie totale,
condition d’irréversibilité représentée par la variable d’ouverture cumulée), on pose, comme dans
le Chapitre 2, le problème de minimisation incrémental. Dans la seconde partie de ce chapitre, on
étudie la réponse obtenue avec une énergie de surface de GRIFFITH (i.e. indépendante de l’ouver-
ture entre le film et le socle). Dans ce cadre, on montre que le décollement n’évolue plus après le
premier cycle, l’évolution n’étant possible que si l’on choisit des chargements de fatigue d’ampli-
tude non constante.
Dans le Chapitre 4, on étudie la réponse dans le cadre d’une énergie de surface de type BARENBLATT
(i.e. dépendante de l’ouverture). Plus précisément, on s’attache à déterminer la structure de la
solution du problème de minimisation incrémental et on montre —dans ce cas particulier du
décollement d’un film mince— l’unicité de la solution. Celle-ci est de plus indépendante de la
discrétisation choisie : on peut donc résoudre chaque phase de chargement (phases de charge et de
décharge) en un unique pas de temps. On y établit également le résultat fondamental que, sous
chargement cyclique, le film finira par se décoller complètement et ce quelle que soit l’amplitude
des cycles. Comparé au résultat d’adaptation en un cycle prévu par le modèle de GRIFFITH, il
montre à la fois tout le bien fondé de l’approche variationnelle et la nécessité du choix d’une
énergie de surface de type BARENBLATT.
Dans le Chapitre 5, le problème est résolu de façon semi-analytique en choisissant l’énergie de
surface associée au modèle de DUGDALE et dépendant de la variable d’ouverture cumulée. Il ap-
paraı̂t alors que la minimisation de l’énergie totale à chaque pas de temps du chargement discrétisé
TABLE DES MATIÈRES vii

conduit au décollement progressif du film, la zone décollée étant précédée d’une zone cohésive de
la fissure. L’évolution du décollement dépend des paramètres du problème.
Enfin dans le Chapitre 6, en supposant que le rapport  entre la longueur interne intervenant
dans l’énergie de surface de DUGDALE et la longueur du film est un petit paramètre, on s’intéresse
au comportement asymptotique de la solution du problème d’évolution du décollement lorsque
 → 0. On obtient ainsi une loi limite de fatigue permettant d’obtenir explicitement le taux de
propagation du décollement en fonction du taux de restitution d’énergie,
d`
= f (G).
dN
On retrouve ainsi une loi de type PARIS abondamment utilisée par les ingénieurs. Pour des faibles
valeurs de G, la loi limite est une loi de PARIS “classique”, i.e. une fonction puissance qui s’avère
ici être égale à 3/2.
En fait, on verra que les lois obtenues sont plus riches que les lois de PARIS utilisées habituellement,
car elles contiennent comme cas particulier la loi de GRIFFITH et qu’elles peuvent être utilisées pour
des chargements d’amplitude variable, voire pour des surcharges.

La troisième partie de la thèse concerne l’étude des lois de fatigue limites introduites dans
la seconde partie.
Dans le Chapitre 7, on met en évidence l’influence de certains facteurs sur l’expression de la loi
de fatigue limite. Ainsi en modifiant la condition d’irréversibilité, l’énergie potentielle, le type
de chargement ou encore la forme des cycles de chargement, on construit d’autres lois de fatigue
limites que celle obtenue au chapitre 6 même si elles sont toujours du type loi de PARIS. Il apparaı̂t
ainsi que la fonction f dépend du chargement, du matériau et de la structure.
Le Chapitre 8 se focalise sur les propriétés des lois de fatigue limite obtenues. Dans un premier
temps, on montre qu’elles font apparaı̂tre une forme d’énergie de surface différente de celle utilisée
dans le modèle de GRIFFITH. La loi de propagation des fissures par fatigue reste un problème de
minimisation de l’énergie totale. Mais du fait de la forme différente de cette dernière, le problème
de minimisation jouit de propriétés différentes qu’il s’agit d’étudier. L’extension de ces lois à des
problèmes plus généraux est également abordée.
Dans un second temps, on donne des éléments de réponse quant à l’amorçage et à l’évolution d’une
fissure par ce nouveau modèle variationnel.
viii TABLE DES MATIÈRES
Première partie

Approche variationnelle de la Fatigue

1
Chapitre 1

Les modèles phénoménologiques de rupture par fatigue

1.1 Mécanique Linéaire Élastique de la Rupture

L’objectif est ici de rappeler les méthodes permettant d’étudier les milieux élastiques fissurés
et d’introduire les grandeurs fondamentales dont on se servira par la suite (notamment le taux
de restitution d’énergie G et le facteur d’intensité des contraintes K). Il ne sera donc pas montré
de façon rigoureuse les différents aspects de la théorie mais on renvoie le lecteur aux ouvrages de
référence sur le sujet, par exemple BUI [10] et/ou LEBLOND [42], pour plus de détails.

La mécanique de la rupture a pour objet l’étude de l’évolution des fissures dans un milieu continu
en fonction du chargement auquel il est soumis.
La Mécanique Linéaire Élastique de la Rupture, cadre de cette thèse, se penche plus parti-
culièrement sur la fissuration des corps constitués, en dehors des points de discontinuité, d’un
matériau élastique. Sous l’hypothèse des petites déformations, on suppose que les lois de compor-
tement reliant déformations et contraintes sont linéaires.
On se place de plus ici dans le cadre de la fissuration bidimensionnelle (le cas tridimensionnel fai-
sant appel à des outils numériques plus lourds comme les éléments finis ou les équations intégrales).

1.1.1 Approche énergétique

GRIFFITH [35] construit, dès 1920, un modèle de fissuration qui tient en deux hypothèses

– à chaque fissure est associée une énergie de surface qui est proportionnelle à l’aire créée.

– le critère de propagation des fissures est basé sur un bilan d’énergie : une fissure se propage
si l’énergie que restituerait le milieu lors d’un accroissement virtuel infinitésimal de la fissure
compense l’énergie de surface que nécessiterait sa création et que, au contraire, la fissure ne
se propage pas si cette restitution n’est pas suffisante.

Dans le cadre bidimensionnel, la fissure étant caractérisée par sa longueur `, on introduit le taux
de restitution d’énergie G défini par

∂P ∂
G=− = − (Eel + Eext ), (1.1)
∂` ∂`
3
4 Chapitre 1. Les modèles phénoménologiques de rupture par fatigue

dont la valeur positive critique Gc , indépendante de la géométrie de la structure, est une ca-
ractéristique du matériau (conformément à l’hypothèse sur l’énergie de surface). Dans (1.1), P
désigne l’énergie potentielle, somme de l’énergie élastique et de l’énergie potentielle des forces
extérieures, de la structure à l’équilibre.
Le critère de propagation énoncé par GRIFFITH et généralement cité comme le “Critère de GRIFFITH
” s’écrit alors

G ≤ Gc , (1.2)

l’inégalité stricte signifiant qu’il n’y a pas propagation1 .


En considérant que l’énergie potentielle est une fonction dérivable de la longueur de fissure `, le
problème régissant l’évolution de cette longueur en fonction du temps t s’écrit, suivant GRIFFITH

Trouver t → `(t), tel que

d` ∂P   ∂P   d`
`(0) = `0 , (t) ≥ 0, − `(t), t ≤ Gc et `(t), t + Gc (t) = 0,
dt ∂` ∂` dt

où la dépendance explicite de P en t provient de la dépendance en temps du chargement et les


différentes conditions correspondent respectivement à la condition initiale, à l’irréversibilité de la
fissuration, au critère de GRIFFITH et à la condition de non propagation tant que la restitution
d’énergie n’est pas suffisante.
Toutefois, comme le soulignent FRANCFORT et MARIGO dans [32], la théorie de GRIFFITH est
déficiente sur de nombreux points dont les trois principaux suivants

1. Problème de l’amorçage de la fissure.


Il est connu que la théorie de GRIFFITH est incapable de rendre compte de l’apparition d’une
fissure dans un milieu initialement sain. Pour s’en convaincre, considérons une fissure rec-
tiligne ` contenue dans un milieu bidimensionnel élastique linéaire homogène et isotrope
soumis à un chargement d’intensité U sollicitant la fissure en mode I. Pour une fissure de
petite taille, le taux de restitution d’énergie est de l’ordre de U 2 `. Le critère de GRIFFITH
prévoit
p alors qu’une fissure de longueur initiale ` se propagera pour un chargement de l’ordre
de Gc /`. Ainsi, lorsque l’on fait tendre ` vers 0, on voit immédiatement que l’amorçage
d’une fissure ne peut se faire sous chargement fini.
Dans ce cadre, on est donc limité à la propagation d’une fissure préexistante.

2. Problème concernant le trajet temporel de la fissure.


Comme on l’a décrit précédemment, seules les évolutions stables de la fissuration sont au-
torisées par le critère. La théorie ne permet pas de modéliser les évolutions brutales (i.e.
irrégulières avec le chargement) de propagation de fissures.

1
le cas G > Gc correspond à une évolution brutale de la fissure. Il faudrait alors théoriquement ajouter dans le
bilan énergétique l’énergie cinétique afin de prendre en compte les effets inertiels
1.1. Mécanique Linéaire Élastique de la Rupture 5

3. Problème vis à vis du trajet spatial de la fissure.


En 2D, si on ne fait aucune hypothèse sur le trajet de la fissure, il faut deux équations
(donnant théoriquement la longueur et la direction de la fissure) pour le déterminer. Mais le
critère de GRIFFITH ne nous en donne qu’une seule. Avec un tel modèle, on est donc obligé
de faire une hypothèse supplémentaire et choisir un critère de branchement.

On pourrait résumer ceci en disant que la théorie de GRIFFITH ne laisse pas assez de liberté
quant au trajet spatio-temporel de la fissure.
C’est dans l’optique de remédier à ces difficultés que FRANCFORT et MARIGO, tout en conservant
l’idée d’approche énergétique, proposent dans [32] un critère de propagation basé sur un principe
de minimisation de l’énergie totale de la structure en envisageant a priori tous les champs de
déplacements discontinus possibles. Des rappels sur cette formulation et les éléments nécessaires
à son extension à la fatigue sont donnés au Chapitre 2.

1.1.2 Approche par Facteurs d’Intensité des Contraintes (F.I.C.)


WILLIAMS [64] est le premier à mettre en évidence le caractère singulier et le comportement
asymptotique des contraintes inversement proportionnelles à la racine carrée de la distance au
front de fissure. Dans le cas d’un milieu linéairement élastique et isotrope, la géométrie et le
chargement n’interviennent quant à eux que par l’intermédiaire de trois constantes multiplicatives
KI , KII et KIII (voir par exemple BUI [10]) appelées Facteurs d’Intensité des Contraintes (F.I.C.)
des modes de sollicitation I (mode d’ouverture), II (mode de cisaillement dans le plan) et III
(mode de cisaillement antiplan) respectivement (voir Figure 1.1).

     

Fig. 1.1 – Les Modes de Rupture

Dans des problèmes d’élasticité planes, les contraintes s’écrivent donc


KI KII
σij = √ fIij (θ) + √ fIIij (θ) + termes réguliers (1.3)
r r
où r et θ sont les coordonnées polaires d’un point P par rapport au front de fissure (Figure 1.2).
Ainsi la singularité du champ de contraintes est connue dès que l’on connaı̂t l’expression des
F.I.C.
IRWIN [37] postule pour une fissure sollicitée en mode I un critère de fissuration basé sur les F.I.C.

KI < KIc , (1.4)


6 Chapitre 1. Les modèles phénoménologiques de rupture par fatigue




Fig. 1.2 – Représentation d’une fissure plane

où KIc est la “célèbre” ténacité du matériau.


L’inconvénient d’un tel critère est qu’il focalise l’attention sur le caractère singulier des champs
qui n’est physiquement pas valable. De plus la notion de KI doit être rediscutée dès que l’on sort
du cadre de l’élasticité linéaire isotrope.
Toutefois, IRWIN montre l’équivalence de son approche avec celle de GRIFFITH dans le cadre des
problèmes élastiques plans

1−ν 2
 2 2 )


 E (KI + KII en déformations planes
G= (1.5)


 1 2 2 )
E (KI + KII en contraintes planes

où E et ν désignent respectivement le module d’Young et le coefficient de Poisson du matériau


considéré.

Si la Mécanique Linéaire Élastique de la Rupture décrit de façon simple le comportement de


certains matériaux, il en va autrement lorsque la fissuration de ces derniers s’accompagne d’une
forte déformation plastique. Ainsi, en fatigue, certains phénomènes sont liés à la variation de taille
de la zone plastique en tête de fissure qui ne peut donc plus être négligée. IRWIN définit, dans le
cadre d’une fissure contenue dans une plaque soumise à une sollicitation monotone de traction
perpendiculaire au plan de la fissure, le rayon r d’une zone plastifiée en tête de fissure (mode I,
contraintes planes)

KI2
r= (1.6)
2πσy2

où σy est la limite d’élasticité. De ce fait plus le chargement est important (et donc plus KI est
grand), plus la taille de la zone plastique précédant la fissure est grande.
Dans notre approche nous supposerons qu’il n’y a pas de déformation plastique. Toutefois l’irré-
versibilité du processus et la notion de contraintes seuils seront introduites en utilisant les modèles
de DUGDALE-BARENBLATT via le concept de forces cohésives.
1.2. Rupture par fatigue 7

1.2 Rupture par fatigue

La propagation de fissures de fatigue est la propagation de fissures sous-critiques (i.e. telles


que G < Gc ) par application d’un chargement cyclique.
Il n’est absolument pas possible de présenter une analyse exhaustive de la bibliographie sur la
fatigue compte tenue du nombre considérable d’approches sur ce phénomène (se référer à l’ouvrage
de SURESH [60] pour une analyse quasi complète de la fatigue).
Après une brève introduction au phénomène de fatigue, on introduira la loi de PARIS. Enfin, on
mettra l’accent sur des modèles numériques assez proches de l’étude présente dans le sens où ils
rendent compte de la fatigue à l’aide de modèles de forces cohésives.

1.2.1 Introduction à la fatigue


Lorsqu’un matériau est soumis à l’action d’une sollicitation qui fluctue au cours du temps et
qui engendre son endommagement progressif, sa réponse est appelée fatigue. Cette réponse peut
être décomposée en trois stades

1. amorçage d’une fissure.


Il y a formation d’une micro-fissure : c’est la germination ou l’amorçage de la fissure. Cette
phase de formation peut représenter 80 à 90 % de la durée de vie de la pièce en termes de
nombre de cycles.

2. propagation lente de cette fissure

3. propagation brutale due à l’instabilité et amenant la ruine totale de la structure.

Deux faits remarquables distinguent le phénomène de fatigue des autres phénomènes de rupture :

– la propagation sous-critique.
Sous chargement cyclique F (t), l’amorçage d’une fissure à partir d’un défaut peut se pro-
duire pour des valeurs du chargement maximal FM à chaque cycle bien inférieures à la force
de rupture statique. Ceci est la conséquence de l’endommagement accumulé cycle après cycle
dans les zones de concentration de contraintes.

– l’endurance.
Pour des valeurs du chargement maximal FM à chaque cycle assez faibles (i.e. théoriquement
en deçà d’une certaine amplitude de chargement limite ∆Fth appelée limite d’endurance),
on observe aucune apparition de fissure même après un nombre infini de cycles. Un des es-
sais les plus courants pour rendre compte de ce phénomène est celui permettant d’obtenir la
courbe de Wöhler (ou courbe S-N, ou courbe d’endurance). Chaque éprouvette étant essayée
sous une seule amplitude de chargement, on reporte les résultats des essais de fatigue sur
un diagramme (à échelle doublement logarithmique) où les amplitudes de chargement ∆F
sont en ordonnées et les nombres de cycles à rupture NR en abscisses. Comme le montre la
Figure 1.3, ces résultats se situent sur une courbe qui présente une allure asymptotique et
sépare le plan du diagramme en 2 zones : une zone supérieure pour laquelle les conditions
8 Chapitre 1. Les modèles phénoménologiques de rupture par fatigue





Fig. 1.3 – Courbe de Wöhler

d’essai correspondent à des ruptures, et une zone inférieure pour laquelle il n’y a pas de rup-
ture. Dans le cas général, on peut distinguer sur la courbe de Wöhler 3 parties : l’asymptote
horizontale correspondant à la limite d’endurance, une partie ascendante donnant la durée
de vie en fonction de l’amplitude du chargement ou endurance limitée et la zone des fortes
valeurs de ∆F où apparaı̂t une déformation plastique (domaine de la fatigue oligocyclique).
Il faut cependant préciser que, pour certains matériaux, on n’observe pas toujours de li-
mite d’endurance. Les expérimentateurs préfèrent ainsi souvent parler de limite d’endurance
conventionnelle qui correspond à la valeur maximale de l’amplitude du chargement n’en-
traı̂nant pas la rupture avant un nombre de cycles donné.

Dans le présent travail, on ne s’intéressera qu’à la fatigue mécanique, c’est à dire à la détérioration
du matériau soumis uniquement à des sollicitations cycliques mécaniques. On ne tiendra pas
compte de l’aggravation du processus de fatigue par un milieu agressif (par exemple un milieu
corrosif ou l’application de températures élevées). Il ne sera ainsi pas question ici des phénomènes
de fluage ou de corrosion.

Mécanisme physique de la fissuration en fatigue


L’observation du faciès des surfaces de rupture par fatigue permet de mettre en évidence l’exis-
tence de 2 zones : une zone de fissuration par fatigue qui présente un caractère lisse et soyeux
et une zone de rupture finale et brutale à relief marqué. L’importance de ces zones dépend de
l’amplitude du chargement appliqué sur la structure.
Si on réalise un grossissement sur la première zone, on note la présence de stries parallèles.
L’expérience montre qu’il y a correspondance entre une strie et un cycle. Ainsi, d’une façon
générale, plus l’amplitude du chargement est grande, plus les stries sont écartées.

Comme précisé dans SURESH [60], les causes de la fissuration dans une structure soumise à un
chargement de fatigue sont fortement liées au type de matériaux dont est constituée la structure.
Pour un matériau ductile (i.e. dont la fissuration s’accompagne d’une forte déformation plastique
en tête de fissure), c’est le glissement cyclique irréversible qui conduit à l’endommagement per-
manent et à la nucléation de fissures. Ce glissement correspond au mouvement de va et vient des
dislocations dans le voisinage immédiat de la tête de fissure.
Par contre pour un matériau fragile (i.e. dont la déformation plastique en pointe de fissure est
inexistante ou négligeable), la propagation de fissures sous chargement cyclique peut être liée au
1.2. Rupture par fatigue 9

frottement par glissement des faces des microfissures qui sont amorcées aux joints de grain ou le
long des interfaces entre matrice et substrat (composite fragile) ou bien par rupture progressive
des ligaments pontés (dans le sillage de la pointe de fissure) par contact répété.

Propagation de fissures par fatigue


Un moyen d’observer les conditions d’amorçage, de propagation et de rupture est de tra-
cer l’évolution de la vitesse de fissuration en fonction de la variation du facteur d’intensité des
contraintes. En effet, à partir des concepts de la M.E.L.R., PARIS, GOMEZ et ANDERSON [55] puis
PARIS et ERDOGAN [54] font l’analyse suivante : les contraintes au voisinage d’une fissure, au cours
d’un cycle de chargement, sont connues dès que l’on connaı̂t les valeurs maximale KM et minimale
Km du facteur d’intensité des contraintes K au cours de ce cycle.
Ils en déduisent que tout phénomène se déroulant dans cette région est contrôlé par la variation
du facteur d’intensité des contraintes ∆K = KM − Km et en particulier le taux de propagation
de la fissure. Ainsi, ils posent
d`
= f (∆K)
dN
où ` est la longueur de fissure et N le nombre de cycles.

L’expérience montre que cette dépendance peut se résumer en trois régimes suivant la valeur de
∆K.
On distingue sur la Figure 1.4 représentant d`/dN en fonction de ∆K dans un graphe log − log

• le régime A.
Pour de faibles valeurs de ∆K (∆K ≤ ∆Kth ), la fissuration est impossible (notion de seuil).
D’après l’expérience, ∆Kth dépend peu de la géométrie mais beaucoup du chargement et
du type de matériau. Par contre dès que ∆K > ∆Kth , il y a une forte augmentation de la
vitesse de fissuration.

• le régime B.
Dans ce domaine, l’évolution est linéaire faisant apparaı̂tre une relation en loi puissance
entre d`/dN et ∆K (voir paragraphe 1.2.2).

• le régime C.
Pour de fortes valeurs de ∆K (∆K → Kc ), il y a augmentation de la vitesse de fissuration
puis rupture totale de la structure dès que ∆K ≥ Kc .
Les données expérimentales obtenues depuis montrent que, bien que la variation du F.I.C. est
le facteur principal qui gouverne le taux de propagation d’une fissure en fatigue, le rapport de
charge R = Fm /FM = Km /KM défini comme le rapport des sollicitations minimale et maximale
au cours d’un cycle de chargement peut aussi influencer d`/dN . Il est donc plus judicieux de poser
d`
= f (∆K, R)
dN
ou de façon équivalente d`/dN = g(∆K, KM ) puisque KM = ∆K/(1 − R).
On observe, de façon générale, qu’une augmentation de R > 0 provoque une augmentation du
taux de propagation pour un ∆K donné, les courbes d`/dN = f (∆K) se déplaçant parallèlement
à elles-même vers les vitesses croissantes.
10 Chapitre 1. Les modèles phénoménologiques de rupture par fatigue

Fig. 1.4 – Représentation schématique de la vitesse de propagation d’une fissure d`/dN en fonction
de la variation du facteur d’intensité des contraintes ∆K

1.2.2 Modélisation de la fatigue


De façon globale, il existe deux approches pour rendre compte du phénomène de fatigue :

– La première repose sur l’utilisation des courbes de Wöhler qui donnent le nombre de cycles
à rupture en fonction de l’amplitude constante du chargement appliqué à chaque cycle. Pour
déterminer la durée de vie de structures soumises à des sollicitations variables, on ajoute
une loi de dommage cumulatif, par exemple celle de Miner. Celle-ci repose sur l’hypothèse
suivante : l’application de ni cycles au niveau de chargement Fi , auquel le nombre moyen
de cycles à rupture est Ni (donné par les courbes de Wöhler),
P entraı̂ne un accroissement du
dommage égal à ni /Ni et la rupture survient lorsque ni /Ni = 1.
L’inconvénient principal de cette méthode est qu’elle ne permet pas de faire la distinction
entre phase d’amorçage et phase de propagation de la fissure.

– La seconde approche consiste à utiliser la mécanique de l’endommagement (voir LEMAITRE et


CHABOCHE [44]) en phase d’initiation (afin de faire apparaı̂tre une fissure puisque la théorie
de GRIFFITH en est incapable) et la mécanique de la rupture (Loi de PARIS et ses nombreuses
variantes) pour la phase de propagation.
Cependant les lois obtenues sont souvent limitées à un mode et à un niveau de chargement
particulier, à un matériau ou à une catégorie de matériaux spécifiques.

Loi de Paris
De nombreuses lois ont été proposées pour décrire l’évolution de la propagation de fissures de
fatigue dans le régime B de la Figure 1.4.
À ce jour, la loi phénoménologique de PARIS [55] (1961) reste toujours la plus abondamment
utilisée par les ingénieurs. Cette dernière relie le taux de fissuration à la variation du F.I.C. par
une loi puissance
d`
= C 0 (∆K)m .
dN
1.2. Rupture par fatigue 11

C 0 et m sont deux constantes à déterminer par des expériences de base sur éprouvettes et qui
dépendent entre autres du matériau, du rapport de charge R = Fm /FM et du mode de chargement,
voir SURESH [60].
On trouve généralement dans la littérature (pour les matériaux métalliques courants) des valeurs
de la puissance m comprises entre 2 et 6.
En utilisant la relation (1.5), on peut exprimer cette loi à l’aide des taux de restitution d’énergie
maximal GM et minimal Gm au cours d’un cycle de chargement

d` p p
= C( GM − Gm )m . (1.7)
dN
Cependant, cette loi est limitée entre autres aux

– chargements d’amplitudes constantes et de rapport de charge nul.


L’expérience montre qu’une surcharge peut “bloquer” momentanément une fissure ou au
moins retarder de façon importante (selon l’amplitude de la surcharge) la durée de vie d’une
structure. De même, et comme précisé plus haut, la loi de PARIS est inapte à rendre compte
de l’influence du rapport de charge sur la vitesse de propagation de la fissure. Ces deux
phénomènes sont expliqués par le processus de fermeture de fissure. Comme postulé par
ELBER [27], une fissure ne peut se propager que lorsqu’elle est complètement ouverte. Ce
dernier a mis en évidence que la zone plastifiée en pointe de fissure induit un champ de
contraintes résiduelles de compression qui conduit à une fermeture partielle de la fissure
pendant une partie du cycle de chargement. ELBER définit alors la variation du facteur
d’intensité des contraintes efficace ∆Kef f correspondant à la partie du chargement durant
laquelle la fissure est complètement ouverte (et donc par hypothèse la partie durant laquelle
se produit réellement la propagation de la fissure). Ainsi, la loi de propagation doit s’écrire

d`
= C 0 (∆Kef f )m .
dN
– fissures longues.
Il est montré expérimentalement que, à ∆K donné, les fissures courtes (la notion de taille
de fissures varie selon les expérimentateurs) se propagent plus rapidement que les fissures
longues (BATHIAS et BAÏLON [4]). De même, il est observé qu’elles se propagent à des valeurs
de ∆K inférieures au seuil de propagation ∆Kth . Les causes de cet effet sont peu claires,
mais il semble admis que dans cette configuration, la zone plastique précédant la fissure ne
peut plus être négligée : on ne se trouve plus dans une situation de plasticité confinée.

La loi de PARIS est donc restreinte aux problèmes où la déformation plastique en tête de fissure
est négligeable. Dans le cas contraire les outils de la Mécanique Linéaire Élastique de la Rupture
ne sont plus applicables. Ceci conduit à l’incapacité à rendre compte du phénomène de fermeture
de fissure en cours de décharge qui est pourtant la cause des deux points cités ci-dessus.
Certains ont cherché à remédier à ces difficultés en introduisant des paramètres susceptibles de tenir
compte de la plasticité à la pointe (en considérant des comportements indépendants du temps).
Ainsi DOWLING et BEGLEY [25] définissent un modèle basé sur l’intégrale J (voir RICE [56]) qui dans
le cadre d’un comportement élastique linéaire ou non linéaire du matériau fissuré est indépendante
du contour d’intégration. RICE montre que J étend la notion de taux de restitution d’énergie G à
des solides élastiques non linéaires (J = G en élasticité linéaire). Dans le cadre de la mécanique
12 Chapitre 1. Les modèles phénoménologiques de rupture par fatigue

élasto-plastique de la rupture, DOWLING et BEGLEY postulent que la loi de PARIS doit s’écrire sous
la forme
d`
= C 0 (∆J)m .
dN
Cette théorie donne une bonne estimation de la vitesse de propagation des fissures courtes. Par
contre comme évoqué dans SURESH [60], elle ne semble valable que pour des chargements propor-
tionnels et des décharges non élastiques.
D’autres ont proposé des modèles géométriques : LAIRD [39] relie la variation de l’écartement en
fond de fissure ∆CT OD (Crack Tip Opening Displacement) avec le taux de propagation de la
fissure
d`
∼ ∆CT OD = f (∆K)2 .

dN
Cependant la puissance m dans la loi de PARIS est ici limitée à 2 ce qui ne semble pas décrire
toutes les situations.
Citons enfin les modèles basés sur l’accumulation du dommage dans la zone précédant la pointe
de fissure (soumise à une déformation cyclique d’amplitude constante), par exemple MCCLINTOCK
[47] qui utilise une loi d’endommagement de type Manson-Coffin. La fissure apparaı̂t (ou se pro-
page) lorsqu’un état d’endommagement critique est atteint. Ici une puissance m = 4 est obtenue.

De plus la loi de PARIS est insuffisante pour décrire la propagation de la fissure dans les régions
A et C de la Figure 1.4. Là encore, des tentatives ont été apportées pour pallier à ces difficultés
mais celles-ci ne sont généralement valables que pour un type de matériaux donné.
FORMAN et al [29] proposent par exemple d’étendre la loi de PARIS afin de rendre compte de
l’accélération de la vitesse de propagation de la fissure lorsque ∆K est proche de Kc . Ils postulent
la loi empirique suivante
d` C∗ ∆K m∗
= .
dN (1 − R)Kc − ∆K
CHEREPANOV [14] présente une théorie de la propagation de fissures de fatigue pour une struc-
ture élasto-plastique sous chargement cyclique basée sur l’analyse dimensionnelle. Il obtient la loi
suivante  2
KM − Km 2 Kc2 − KM2 
d`
= −β + ln 2
dN Kc2 Kc − Km 2

où β est une constante matériau.

Finalement, il n’existe aucune théorie permettant à elle seule de prédire avec succès le taux
de croissance d’une fissure de fatigue dans un large éventail de conditions de l’expérience. C’est
d’ailleurs pourquoi la loi de PARIS continue à avoir du succès.
Cependant cette dernière fournit plus un schéma de corrélation de données plus qu’une capa-
cité à prédire la fissuration : pour chaque nouveau problème (changement dans les conditions de
l’expérience), il faut redéterminer les constantes C et m apparaissant dans (6.21).
Dans le paragraphe suivant, on s’attarde plus précisément sur une modélisation numérique récente
de la propagation des fissures de fatigue basée sur la notion de forces cohésives.

1.2.3 Modèles de forces cohésives


La Mécanique Linéaire Élastique de la Rupture constitue un outil efficace pour résoudre les
problèmes de rupture et élaborer des lois de fissuration par fatigue (voir la loi de PARIS). Toutefois,
1.2. Rupture par fatigue 13

et comme rappelé précédemment, elle est applicable uniquement si la structure possède une fissure
ou un défaut préexistant (sinon elle est incapable de rendre compte de l’initiation d’une fissure).
De même, elle n’est plus valable lorsque la taille de la zone non-linéaire (zone plastique ou de
microfissuration par exemple) en tête de fissure n’est plus négligeable par rapport aux autres
dimensions de la structure fissurée.
Les modèles de forces cohésives sont utilisés avec succès pour surmonter ce type de difficulté. On
introduit ci-après ce concept au cadre de chargements monotones puis son extension au cadre de
chargements cycliques.

Sous chargement monotone


Les modèles de forces cohésives sont des modèles d’interface qui ont pour origine les travaux
précurseurs de BARENBLATT [3] et DUGDALE [26]. Ils permettent entre autres de s’affranchir du
problème de singularité en tête de fissure (Théorie de GRIFFITH, voir BUI [10]) mais sont également
faciles à implanter dans la méthode des éléments finis.
De façon formelle et comme le présente schématiquement la Figure 1.5, un modèle de force cohésive
revient à considérer la présence d’une zone d’élaboration de la fissure devant la tête de fissure dans
laquelle des forces cohésives attractives T (normales et/ou tangentielles) résistent à la séparation
des lèvres de la fissure caractérisée par le saut de déplacement [[u]] = u+ − u− .


 
    Ì 


  
  
 

Fig. 1.5 – Représentation schématique de la zone cohésive située devant la fissure macroscopique
“réelle” en mode d’ouverture.

De ce fait, pour décrire ce qui s’y passe, il suffit de se donner une loi d’interface qui met en rela-
tion T et [[u]], les forces de cohésion ayant pour particularité de dépendre du saut de déplacement.
De nombreuses lois sont recensées dans la littérature. Ainsi dans le cadre d’un chargement mono-
tone, citons le travail référence de NEEDLEMAN [50] dont la loi est représentée sur la Figure 1.6.
La loi d’interface utilisée peut être décomposée en trois parties. Dans la première, une relation
linéaire croissante relie forces cohésives et saut de déplacement jusqu’à atteindre une force cohésive
maximale Tc obtenue pour une ouverture `0 . La seconde partie de la loi décrit le comportement
adoucissant entre les ouvertures `0 et `c . Ceci met en évidence la création progressive de la fissure
et conduit à la troisième partie qui rend compte de la séparation des deux surfaces de discontinuité
qui marque l’initiation d’une fissure (ou l’extension d’une préexistante).
Afin de satisfaire à la mécanique linéaire élastique de la rupture, l’aire sous la courbe doit être
égale au taux de restitution d’énergie critique Gc
Z `c  
Gc = T [u] d[[u]].
0
14 Chapitre 1. Les modèles phénoménologiques de rupture par fatigue


¼ 

Fig. 1.6 – Modèle de forces cohésives en mode d’ouverture de fissure selon NEEDLEMAN.

Sous chargement cyclique

L’étude de la rupture de fatigue à l’aide de modèles de forces cohésives est plutôt récente.
NEEDLEMAN [51] suggère des modèles de forces cohésives irréversibles mais des développements
n’ont été réalisés qu’à partir de 1999.
Pour la description du phénomène de fatigue, l’utilisation d’une enveloppe monotone cohésive
(comme celle représentée sur la Figure 1.6) n’est plus suffisante. En effet, sous chargement cy-
clique, si la force appliquée est plus faible que la résistance cohésive Tc (i.e. pour des ouvertures
telles que 0 ≤ [[u]] < `c ), la zone cohésive aura une durée de vie infinie. Or, l’expérience montre
que, sous ce type de chargement, les matériaux se fissurent à des niveaux de contrainte plus bas
que la contrainte de rupture statique. Ceci est essentiellement dû à l’usure du matériau (SURESH
[60]). Pour rendre compte de cette usure, il est nécessaire de ne plus considérer des lois cohésives
réversibles. C’est pourquoi, la plupart des auteurs ont recours à la mécanique de l’endommagement
pour rendre compte de la détérioration irréversible de la zone cohésive.

Il s’avère que la loi cohésive en fatigue ne doit pas avoir une condition de décharge-recharge linéaire
(charge et décharge suivant alors le même chemin). Comme il est montré dans FOULK et al [30],
DE ANDRÈS et al [19] ou YANG et al [65], ceci conduit à une adaptation, c’est à dire qu’après un
petit nombre de cycles, tous les points matériels (incluant ceux de la zone cohésive) subissent un
cycle de déformation élastique et la fissure s’arrête (il y a stabilisation de la courbe T vs [[u]] et
donc plus propagation dans la zone cohésive).
NGUYEN et al [52] présentent en 2001 un modèle de propagation de fissures de fatigue basé sur un
modèle de forces cohésives présentant une hystérésis décharge-recharge (avec décharge vers l’ori-
gine) et sur l’accumulation d’endommagement lorsque la structure est sollicitée par un chargement
cyclique d’amplitude plus petite que la force cohésive maximale du matériau. Le principe est de
considérer des rigidités incrémentales qui diffèrent selon que l’on se situe en phase de charge ou
de décharge :

 − ˙ ˙ <0
 K [[u]] si [[u]]
Ṫ = (1.8)
 ˙
K + [[u]] si ˙ >0
[[u]]
1.2. Rupture par fatigue 15

où K + et K − sont les rigidités en charge et en décharge respectivement.


Les simulations numériques réalisées montrent que le modèle est capable d’un traitement unifié
des fissures longues sous chargement d’amplitude constante (on retrouve la loi de PARIS), des
fissures courtes (croissance plus rapide des fissures courtes vis à vis des fissures longues), de l’effet
de surcharges ou encore de la nucléation des fissures de fatigue (voir SEREBRINSKY et ORTIZ [58]).

En suivant le même principe, ROE et SIEGMUND [57] rendent compte de la propagation d’une fissure
de fatigue le long d’une interface. Ici, le paramètre d’endommagement dépend de l’histoire ce qui
introduit le processus d’irréversibilité. Dans ce modèle, le chemin de décharge ne retourne pas vers
l’origine. Des valeurs de la pente m de la loi de PARIS allant jusqu’à 3.1 ont été obtenues.
Pour simuler la propagation en mode I de fissures de fatigue dans les polymères MAITI et GEUBELLE
[45] ont recours à un modèle de forces cohésives. L’enveloppe cohésive est bilinéaire et présente
une hystérésis décharge-recharge (voir Figure 1.7) reprenant ainsi les idées de NGUYEN et al [52].
Une étude numérique de type éléments finis est réalisée sur une poutre de type DCB soumise à
un chargement de type déplacement sinusoı̈dal imposé. Des valeurs de la puissance de la loi de
PARIS m > 3 sont obtenues ce qui permet de rendre compte de la fatigue dans les polymères dont
la pente est généralement d’au moins m = 6.

Fig. 1.7 – Loi cohésive bilinéaire sous chargement cyclique d’après MAITI et al mettant en évidence
une hystérésis décharge-recharge

DESHPANDE et al [23] étudient la propagation de fissures proche du seuil de non fissuration le


long d’une interface substrat rigide–métal. Dans ce travail le chemin de décharge est supposé être
parallèle au chemin de charge précédent laissant ainsi une certaine quantité de séparation résiduelle
dans la zone cohésive après chaque cycle.
Citons enfin les travaux d’ABDUL-BAQI et al [1] qui rendent compte de l’endommagement par
fatigue des joints soudés et de BOUVARD et al [9] sur la propagation de fissure dans les aubes de
turbine. Ces derniers utilisent une loi cohésive inspirée de [57] afin de modéliser la propagation
de fissure dans un superalliage monocristallin à haute température (dont le comportement est
élastoviscoplastique). L’objectif futur est de rendre compte du phénomène d’ouverture-fermeture
de la fissure afin de décrire au mieux l’évolution des fissures courtes en fatigue.
16 Chapitre 1. Les modèles phénoménologiques de rupture par fatigue

Finalement ce type de modèle a permis de rendre compte efficacement de la propagation de fissures


de fatigue dans un large éventail de situations.
Chapitre 2

Formulation Variationnelle de la Mécanique de la Rupture

L’objectif de ce chapitre est, en se restreignant au cadre des matériaux fragiles, d’énoncer les
principes généraux qui vont gouverner la propagation d’une(ou des) fissure(s) dans une structure
soumise à des chargements quelconques. En l’appliquant ensuite à des chargements cycliques, on
souhaite ainsi modéliser le phénomène de fatigue décrit au Chapitre 1.

L’approche que l’on se propose de suivre est celle amorcée par FRANCFORT et MARIGO [32] en 1998
et qui a fait l’objet de nombreuses extensions depuis.
Dans le cadre d’évolutions quasi statiques, les auteurs postulent que la configuration d’équilibre
d’une structure soumise à un chargement monotone sera celle qui minimise, à chaque instant, son
énergie totale, somme de son énergie potentielle et de l’énergie de surface de GRIFFITH (propor-
tionnelle en 2D à la longueur de zone fissurée). Cette dernière constitue l’énergie dissipée pour
créer ou propager une(ou plusieurs) surface(s) de discontinuité.

Les travaux réalisés depuis ont montré que la solution recherchée devait être un minimum local et
que l’énergie de surface à considérer devait être du type BARENBLATT, i.e. dépendante du saut de
déplacement sur les lèvres de la fissure.

Cependant, cette nouvelle formulation n’est pas directement applicable aux chargements non mo-
notones et donc en particulier aux chargements cycliques d’amplitudes constantes, cadre de la loi
phénoménologique de PARIS toujours très abondamment utilisée dans l’industrie (voir Chapitre 1).
Ceci conduit à introduire une condition d’irréversibilité dans le modèle afin de tenir compte des
“dommages” que subit le matériau à chaque cycle. Cette condition permet surtout d’envisager un
cadre unique permettant la description de la fissuration à court terme (sous chargement mono-
tone) mais aussi à long terme (sous chargement cyclique) et ce a priori quelque soit le spectre du
chargement.

Après avoir défini le cadre de l’étude, on énumérera, dans un premier temps, les différents outils
nécessaires à la mise en œuvre du modèle de rupture : l’énergie potentielle, les différents types
d’énergie de surface et la loi de fissuration basée sur un principe de moindre énergie.
On montrera ensuite l’incapacité de la formulation existante à s’étendre à la fatigue et la nécessité
d’introduire une condition d’irréversibilité.
L’application de ce modèle à des exemples simples sera l’objet des chapitres suivants.

17
18 Chapitre 2. Formulation Variationnelle de la Mécanique de la Rupture

2.1 Cadre de l’étude

Ce travail constitue une première introduction à un modèle de propagation de fissures de fa-


tigue basé sur un principe de minimisation de l’énergie totale de la structure. Il a été de ce fait
prudemment choisi de simplifier au maximum les difficultés liées au matériau, à la structure ou
au chargement. Ainsi, on restreindra cette étude à des matériaux élastiques linéaires, homogènes
et isotropes.
On se place donc dans la catégorie des matériaux dits “fragiles”, i.e. ceux qui se comportent
de façon élastique linéaire en dehors des points de discontinuité qui définissent la fissure. C’est
le cadre de la Mécanique Linéaire Élastique de la Rupture (MLER) dans lequel de nombreuses
études ont été entreprises en mécanique de la rupture. Peuvent être rangés dans cette famille de
matériaux, les céramiques, les verres, les aciers à haute résistance, voir les bétons et les bois, etc...
Ceci est également la cadre des matériaux qui se déforment plastiquement devant la pointe de
fissure mais dont on peut considérer que la taille de la zone plastique est petite devant les autres
dimensions de la structure. L’hypothèse de plasticité confinée est généralement admise en fatigue
lorsque l’on traite de la fatigue à très grand nombre de cycles –la fatigue polycyclique1 – pour
laquelle le taux de propagation de la fissure reste faible, voir par exemple [60] ou [4]. De plus,
on supposera uniquement des évolutions indépendantes de la vitesse de déformation, les effets de
viscosité ne rentrant ainsi pas dans le cadre de cette étude.

Remarque 2.1.1 : Il faut noter que ces hypothèses n’ont pour objet que la simplification du modèle et
ce dans le but de pouvoir résoudre analytiquement (ou au moins semi-analytiquement) les différents
exemples. Cependant, rien dans la formulation qui va suivre n’empêche de considérer des lois de
comportements plus complexes. Par exemple, au Chapitre 7, on considérera des lois de comporte-
ment non linéaires afin de rendre compte de l’influence de cette non linéarité sur la propagation
de la fissure. De même la prise en compte de la plasticité ne présente pas non plus de problème
de fond.

ª ´µ

 
 ´µ
Fig. 2.1 – Présentation du problème général.

On considère une structure Ω à N -Dimensions (Figure 2.1), 1 ≤ N ≤ 3, ayant les propriétés


décrites ci-dessus et dont la frontière ∂Ω est supposée régulière.
1
à opposer à la fatigue oligocyclique (à faible nombre de cycles) qui fait intervenir des phénomènes phy-
siques différents (présence de fortes déformations plastique en front de fissure qu’on ne peut plus négliger dans
la modélisation)
2.1. Cadre de l’étude 19

On introduit l’ensemble Γ des points de discontinuité caractérisant l’état de la fissuration. À l’ins-


tant initial (i.e. avant toute mise en charge), celui-ci peut être vide (matériau initialement sain)
ou non.
Afin d’exploiter au maximum les avantages apportés par l’approche variationnelle de la rupture
(voir [32]), on considère des fissures en nombre et de formes arbitraires, pouvant se propager dans
n’importe quelle direction.

Soit ∂ΩF (resp. ∂ΩU d ), la partie de ∂Ω sur laquelle est imposée la force cyclique F (t) (resp. le
déplacement cyclique U d (t)).
Un des problèmes posé par la loi de PARIS (et ses nombreuses variantes) est qu’elle est valable
uniquement pour des chargements d’amplitude constante alors qu’un chargement en service ne
vérifie que bien rarement cet état.
On souhaite envisager ici a priori n’importe quel type de chargement, la seule contrainte étant que
les fonctions t → F (t) (resp. t → U d (t)) définissant un chargement de type force imposée (resp.
de type déplacement imposé) soient des fonctions non monotones afin de mettre en évidence un
phénomène de fatigue. Le spectre du chargement (voir Figure 2.2) est donc constitué d’une série
de charges et de décharges.

L’idée est donc de considérer des fonctions telles que

– l’amplitude du chargement ∆F = Fmax − Fmin (respectivement ∆U d = Umax d d ), où


− Umin
d
Fmax et Fmin (respectivement Umax d ) représentent les sollicitations maximale et mi-
et Umin
nimale au cours d’un cycle de chargement, ne soit pas forcément constante à chaque cycle.

d /U d ) ne soit pas forcément nul, ou


– le rapport de charge R = Fmin /Fmax (ou R = Umin max
forcément positif.


 

Fig. 2.2 – Exemple de chargement de fatigue.

Enfin, l’évolution du chargement sera telle qu’elle induira des évolutions quasi statiques de
la structure et de la fissuration afin de s’affranchir de tout effet d’inertie (et donc d’éviter l’ajout
d’un terme d’énergie cinétique dans l’expression de l’énergie totale).
On pourrait juger cette dernière hypothèse trop forte. Cependant, des travaux récents réalisés par
CHARLOTTE et al [12] ont montré que les effets dynamiques pouvaient être décrits par l’approche
variationnelle de la rupture. Il sera alors possible de coupler fatigue et dynamique et ce en utilisant
20 Chapitre 2. Formulation Variationnelle de la Mécanique de la Rupture

une unique et même formulation : l’approche variationnelle de la rupture.

Remarque 2.1.2 : On ne traitera pas ici des phénomènes de fluage. De même, comme on ne tien-
dra pas compte de l’effet de l’environnement (milieu corrosif par exemple) sur l’évolution de la
fissuration, on négligera également dans la suite l’influence de la fréquence des cycles de char-
gement (voir SURESH [60] pour plus de détails sur les facteurs influençant la propagation d’une
fissure de fatigue).

Dans les paragraphes qui suivent, on donne les différents ingrédients à la mise en place du modèle.

2.1.1 Ensemble des champs de déplacement admissibles


Afin de tenir compte de la fissuration dans le milieu Ω, il est nécessaire de considérer une famille
de champs de déplacement plus large que celle habituellement utilisée en élasticité classique. En
particulier, en un point x du milieu, le déplacement peut subir une discontinuité (saut du champ
de déplacement sur les lèvres de la fissure) [[u]](x) en ce point. Comme la position de ce point
n’est pas connue à l’avance, il faut donc envisager des champs de déplacement qui autorisent des
discontinuités “partout” dans Ω (la fissuration pouvant tout aussi bien se produire sur le bord ∂Ω
de Ω).
On note Su l’ensemble des points de Ω où u est discontinu et V l’ensemble constitué par des
champs de déplacement réguliers par morceaux, continus et dérivables partout sur Ω \ Su et qui
autorise le saut de u en tout point de Ω.
Les champs appartenant à V doivent également respecter les conditions aux limites cinématiques
et leur saut respecter la condition de non interpénétration des lèvres des fissures.

2.1.2 Énergie potentielle


On se place dans le cadre des matériaux élastiques et des petits déplacements.
En notant ε(u) les déformations linéarisées associées au champ de déplacement u avec

2ε(u) = grad(u) + grad(u)t , (2.1)

le comportement de tout point x du milieu continu est caractérisé par un potentiel élastique W
que l’on suppose strictement convexe de ε.

L’énergie potentielle du milieu fissuré (ou non) à l’équilibre associée au champ de déplacement
u ∈ V à l’équilibre est alors définie comme la différence de l’énergie élastique et du travail des
efforts extérieurs f (u). On pose
Z
P(u) = W (x, ε(u)(x))dx − f (u). (2.2)
Ω/Su

2.1.3 Les énergies de surface


À tout processus de séparation est attribué une énergie de dissipation : l’énergie de surface. Il
en existe deux grandes classes.
2.1. Cadre de l’étude 21

GRIFFITH [35], dès 1920, associe à toute fissure une énergie proportionnelle à sa longueur (en
2D), le coefficient de proportionnalité n’étant rien d’autre que le taux de restitution d’énergie
critique du matériau Gc .
Si cette hypothèse permet de décrire simplement la discontinuité matérielle, elle engendre toutefois
certains défauts dont celui de la singularité des contraintes en front de fissure. Ceci est inaccep-
table car le matériau ne peut résister à des contraintes arbitrairement grandes.

C’est dans l’optique de pallier à cette difficulté que BARENBLATT [3] fait l’hypothèse, plus de
quarante ans plus tard, d’une zone de “transition” —ou zone cohésive, ou zone d’élaboration (pro-
cess zone en anglais)— devant la fissure. Il suppose en effet dans le cadre de matériaux fragiles
élastiques que, dans cette zone, les lèvres de la fissure ne sont pas complètement séparées, des
forces dites cohésives s’opposant justement à cette séparation.
D’un strict point de vue physique, ce modèle est justifié en considérant que ces forces rendent
compte de l’interaction résiduelle des liaisons atomiques entres les lèvres de la fissure, voir
CHARLOTTE [11]. Lorsque la séparation entre celles-ci est assez importante, c’est à dire lorsqu’elle
dépasse une valeur critique δc caractéristique du matériau, les forces cohésives s’annulent et la
discontinuité est parfaite.
La longueur de la zone d’élaboration est supposée s’adapter de façon à ce que le taux de restitution
d’énergie soit nul devant la zone cohésive (s’il ne l’était pas, les contraintes y seraient infinies).
De nombreux auteurs se sont inspirés du concept de BARENBLATT pour postuler différentes formes
de dépendance entre les forces cohésives et le saut de déplacement sur les lèvres de la fissure
(modèles de forces cohésives, voir le paragraphe 1.2.3). Dans ce travail on ne s’intéressera qu’au
modèle générique de BARENBLATT et au cas particulier du modèle de DUGDALE.

On donne dans le paragraphe ci-dessous une écriture générale de l’énergie de surface. On distin-
guera par la suite celle de GRIFFITH de celle de BARENBLATT.

Écriture générale
Soit u ∈ V un champ cinématiquement admissible. On définit l’énergie de surface S associée à
ce champ u à partir de la donnée d’une fonction densité d’énergie de surface φ qui a priori dépend
du saut de déplacement [[u]] = u+ − u− , du point matériel x si le milieu est inhomogène et de
l’orientation de la surface de discontinuité par son vecteur normal unitaire n :
Z  
S(u) = φ x, n(x), [[u]](x) dH N −1 (x).
Su

Pour un milieu isotrope, la dépendance en n et [[u]] se réduit en une dépendance de φ en la


composante normale [[u·n]] du saut et en la norme de la composante tangentielle [[u − u·n n]] du
saut :
φ(n, [[u]]) = φ([[u·n]], k[[u − u·n n]]k).
La condition de non-interpénétration des lèvres des fissures exigent que le saut normal soit positif :

[[u·n]] ≥ 0.

Dans la suite de ce chapitre, et dans le but d’alléger les notations, on supposera que les fissures
s’ouvrent uniquement suivant un mode : soit en mode I, le saut tangentiel étant nul, soit en mode
22 Chapitre 2. Formulation Variationnelle de la Mécanique de la Rupture

II ou III, le saut normal étant nul. Ce faisant en notant δ l’ouverture non nulle, l’énergie de surface
s’écrit simplement Z
S(u) = φ(δ(u(x), n(x))dH N −1 (x), (2.3)
Su
avec
δ(u, n) = [[u·n]] ou δ(u, n) = k[[u − u·n n]]k.

Griffith
Barenblatt
Dugdale

Fig. 2.3 – Densité d’énergie de surface.

Énergie de surface de GRIFFITH


En suivant l’hypothèse de GRIFFITH, la densité d’énergie de surface φ est parfaitement
indépendante du saut de déplacement [[u]] sur les lèvres de la fissure (à part pour distinguer juste-
ment la présence d’une discontinuité). Elle est discontinue en zéro et égale au taux de restitution
d’énergie critique du matériau Gc ailleurs

 0 si δ = 0
φ(δ) = (2.4)
Gc si δ > 0.

Énergie de surface de type BARENBLATT


La densité d’énergie de surface de type BARENBLATT est définie sur [0,+∞). Elle vérifie

φ(0) = 0, φ(δ) croissant avec δ, φ δ = Gc quand δ → +∞. (2.5)
Comme le montre la Figure 2.3, l’énergie de surface de type BARENBLATT ne fait que tendre vers
celle de GRIFFITH. On ne fait donc jamais apparaı̂tre de fissure macroscopique “réelle” avec ce
modèle : il n’y a dans la structure que des zones saines et des zones partiellement fissurées.
Un des inconvénients de ce type d’énergie de dissipation est justement la multitude de choix que
l’on peut donner à la densité d’énergie de surface : quel choix faire et avec quelle justification
physique ?
On verra toutefois que plus que l’expression explicite donnée à φ, c’est son allure qui joue un rôle
important dans le processus de fissuration.
2.1. Cadre de l’étude 23

Contrainte à rupture φ ayant la dimension d’une énergie par unité de surface (en 3D), sa
dérivée à la dimension d’une contrainte. On pose

Gc
σc = φ0 (0) ≥ 0 et δc = (2.6)
σc

où δc est une longueur interne du modèle de BARENBLATT et que l’on supposera être une constante
matériau dans la suite.
Comme il est introduit dans CHARLOTTE et al [13] ou dans LAVERNE et MARIGO [41], σc correspond
à la contrainte à rupture statique.

Remarque 2.1.3 : L’énergie de GRIFFITH est de pente à l’origine φ0 (0) infinie. On retombe ainsi
sur l’incapacité de ce modèle à amorcer une fissure dans un milieu sain.

Remarque 2.1.4 : On prend généralement φ concave. En effet si la densité d’énergie de surface


de BARENBLATT n’est pas concave, il peut apparaı̂tre des phénomènes “curieux” comme de la
multifissuration, cf DEL PIERO et TRUSKINOVSKY [21].

Énergie de surface de DUGDALE DUGDALE [26] introduit en 1960 des forces cohésives sur
une courte distance afin de rendre compte de la plasticité en front de fissure sous l’hypothèse des
contraintes planes. Dans son modèle, il suppose que les forces s’opposant à l’ouverture de la fissure
sont constantes dans toute la zone d’élaboration. La densité d’énergie de surface s’écrit
δ

 Gc δc si 0 ≤ δ ≤ δc
φ(δ) = (2.7)
Gc si δ ≥ δc .

Ainsi, comme le montre la Figure 2.3, φ est une fonction bilinéaire : elle est linéaire croissante
jusqu’à ce que le saut de déplacement δ atteint le saut critique δc puis est constante et égale à Gc
pour δ ≥ δc .
De ce fait, l’énergie de surface de DUGDALE est un cas particulier d’énergie de surface de type
BARENBLATT. C’est une énergie cohésive initialement rigide.
Le fait que l’on connaisse son expression explicite rend son utilisation facile. De plus, contraire-
ment au modèle de BARENBLATT, on met ici effectivement en évidence une fissure. C’est pourquoi
on privilégiera cette énergie dans la résolution complète de nos exemples.
Ici δc correspond au saut de déplacement critique sur les lèvres conduisant à la séparation totale des
lèvres de la fissure. On note que la zone d’élaboration de la fissure apparaı̂t dès que la contrainte
dans le matériau atteint la contrainte critique donnée par (2.6). Cette contrainte critique est alors
constante dans toute la zone cohésive.

Sur la Figure 2.4 on représente l’évolution des forces cohésives en fonction du saut de
déplacement. Dans le cas de DUGDALE, les forces cohésives sont constantes dans toute la zone
cohésive et nulles dès que le saut de déplacement critique δc est atteint. Par contre avec l’hy-
pothèse de BARENBLATT, on voit que les forces cohésives diminuent progressivement et tendent
seulement à s’annuler : il n’y a jamais de fissures “réelles”.
24 Chapitre 2. Formulation Variationnelle de la Mécanique de la Rupture

Barenblatt
Dugdale

Fig. 2.4 – Forces cohésives de type Barenblatt et de Dugdale.

2.2 Loi d’évolution de la fissuration

L’énergie totale de la structure est, par définition, la somme de son énergie potentielle (2.2) et
de son énergie de surface (2.3)

E(u) = P(u) + S(u). (2.8)

L’évolution de la fissuration consiste à rechercher, comme postulé par FRANCFORT et MARIGO [32],
le champ u admissible qui minimise, à chaque instant et parmi tous les états de fissuration pos-
sibles, l’énergie totale de la structure qu’on force de ce fait à se trouver dans un état d’équilibre
stable.
Dans la suite on va considérer deux types de stabilité : la stabilité globale et la stabilité locale.

Définition 2.2.1 Un déplacement admissible u (défini au paragraphe 2.1.1) de la structure soumis


à un chargement donné correspond à un état d’équilibre stable global si l’énergie totale de la
structure dans cet état est moindre que l’énergie totale de la structure dans tout état admissible :

E(u) ≤ E(v), ∀ v admissible.

Définition 2.2.2 Un déplacement admissible u de la structure soumis à un chargement donné


correspond à un état d’équilibre stable local s’il existe un voisinage (au sens de la norme choisie)
de u tel que l’énergie totale de la structure dans cet état est moindre que l’énergie totale de la
structure dans n’importe quel autre état admissible dans ce voisinage :

∃ o > 0, ∀ v admissible, ||v − u|| ≤ o,

E(u) ≤ E(v).
2.2. Loi d’évolution de la fissuration 25

2.2.1 Sous chargement monotone

La question se pose alors du choix du minimum que l’on souhaite rechercher (global ou local ?)
ainsi que du type d’énergie de surface qu’il faut inclure dans (2.8) (énergie de GRIFFITH ou de type
BARENBLATT ?).

Dans [32], FRANCFORT et MARIGO, dans l’optique de parer aux lacunes de la Théorie de GRIFFITH
de la rupture fragile (problèmes de l’amorçage et de la description spatio-temporelle de la fissura-
tion, voir Chapitre 1) adoptent l’hypothèse de GRIFFITH sur l’énergie de surface dans leur problème
de minimisation.
Dans le cadre d’évolutions monotones du chargement imposé sur la structure, ils optent pour la
recherche de minima absolus.
Cette démarche s’est avérée à la fois encourageante et non suffisante.
Encourageante car, sous ces hypothèses, les auteurs parviennent à remédier aux lacunes de la
Théorie de GRIFFITH citées précédemment. De plus, on parvient alors à traiter efficacement de la
décohésion et de la multifissuration dans les structures composites, BILTERYST [5], BILTERYST et
MARIGO [6].
Les problèmes ne pouvant généralement pas se résoudre analytiquement (par exemple dès qu’on
considère des chargements ou des géométries complexes), il a également été mis en place une
méthode numérique efficace pour approcher les minima de (2.8), voir BOURDIN [7], BOURDIN et al
[8]. Son principe consiste à régulariser (2.8) en s’inspirant d’une méthode utilisée en segmentation
d’image, AMBROSIO et TORTORELLI [2].
Non suffisante car, dans le même temps, ils rendent compte de leur incapacité à travailler à
forces imposées, certains cas avec force imposée pouvant conduire à des solutions non désirables
de type “puits énergétique” et donc de non équilibre. Ils notent également des effets d’échelles
indésirables : dans l’exemple de la barre de longueur L en traction (voir √ FRANCFORT et MARIGO
[33]), la contrainte à rupture σc est trouvée être de l’ordre de 1/ L ce qui est contraire à
l’expérience.

Pour pallier à ces difficultés, et comme le suggèrent FRANCFORT et MARIGO dans [32], il faut rem-
placer la notion de minimum global par celle de minimum local. Cependant, on risquerait alors de
retomber sur l’incapacité de la Théorie de GRIFFITH à rendre compte de l’amorçage d’une fissure
(la réponse élastique d’une structure saine étant toujours un minimum local en l’absence de sin-
gularité).
La seconde idée, apportée initialement par DEL PIERO [20] (puis par TRUSKINOVSKY [61]) et
complémentaire de la précédente, consiste à remplacer l’hypothèse de GRIFFITH sur l’énergie de
surface par celle issue des travaux de BARENBLATT : la densité d’énergie de surface dépend du saut
de déplacement sur les lèvres de la fissure.
Ainsi, dans CHARLOTTE et al [13], sous couvert de ces nouvelles hypothèses, on rend compte des
améliorations apportées par rapport à la formulation initiale (plus de “mauvais” effets d’échelle,
possibilité de travailler à force imposée) et ce à travers des exemples unidimensionnels mettant
notamment en évidence un critère d’amorçage en contrainte.
L’étude théorique et l’implantation numérique de tels modèles a été également étendu aux dimen-
sions supérieures, voir LAVERNE et MARIGO [41] et LAVERNE [40]. Dans [41], les auteurs présentent
entre autres un critère d’amorçage en contrainte, pour des fissures tridimensionnelles, qui dépend
de la forme de l’énergie de surface de type BARENBLATT. Ce critère tend ainsi à rejeter les lois de
26 Chapitre 2. Formulation Variationnelle de la Mécanique de la Rupture

forces cohésives avec pente nulle à l’origine (et donc possédant un caractère convexe à l’origine) :
de telles lois conduisent en effet théoriquement le matériau à s’ouvrir partout.
Restait à faire le lien entre la Théorie de GRIFFITH et l’approche avec énergie de type BARENBLATT :
MARIGO et TRUSKINOVSKY [46] ont démontré de façon rigoureuse, à travers l’exemple de l’essai
d’arrachement, que le modèle de BARENBLATT converge asymptotiquement vers celui de GRIFFITH
lorsque la longueur interne apparaissant dans l’énergie de surface de BARENBLATT est petite devant
la longueur géométrique de la structure.

C’est donc cette approche que l’on suivra par la suite.


En notant V l’ensemble des champs cinématiquement admissibles et Sv l’ensemble des points où
v est discontinu, le problème de minimisation s’écrit

Trouver u ∈ V tel que,

∃ o > 0, ||v − u|| ≤ o, E(u) ≤ E(v) (2.9)

avec
Z Z  
φ x, n(x), [[v]](x) dH N −1 (x).

E(v) = W x, (v)(x) dx − f (v) +
V Sv

La structure à l’équilibre va donc se retrouver dans un état de moindre énergie et pour cela elle
aura, si besoin est, créé(ou propagé) la(ou les) fissure(s) nécessaire(s) dans la(ou les) direction(s)
optimale(s).
L’intérêt d’une telle approche est grande puisqu’on s’affranchit a priori de postuler le nombre de
fissures et leur trajet respectif.

Par contre, avec ces outils (BARENBLATT + minimum local), on est confronté à 4 “nouvelles” dif-
ficultés :

1. Il faut introduire une norme pour définir la notion de localité.


Quelle norme choisir et à quelle base physique correspond t-elle ?

2. Quelle forme donner à la densité d’énergie de surface de BARENBLATT ?


En plusieurs dimensions, les possibilités sont très nombreuses et on devra faire appel à des
modèles phénoménologiques. En une dimension, si φ0 (0) et φ(+∞) sont deux valeurs facile-
ment accessibles expérimentalement, le reste de la courbe l’est beaucoup moins.

3. Quel outil numérique mettre en place ?


Peut-on étendre à la minimisation locale et l’utilisation d’une énergie de surface de
BARENBLATT la méthode numérique développée par Bourdin [7] dans le cadre de la mi-
nimisation globale et l’utilisation d’une énergie de surface de GRIFFITH ?

4. Comment rendre compte de l’irréversibilité ?


En effet, lorsque l’on effectue une décharge, il faut interdire aux lèvres des fissures de se
“recoller”. Si cela est simple avec une énergie de surface de GRIFFITH (une fissure étant
2.2. Loi d’évolution de la fissuration 27

définitivement créée dès lors qu’il y a discontinuité dans le champ de déplacement), cela
semble plus ardu avec une énergie de surface de type BARENBLATT.
Comme on le verra dans la suite, cette difficulté sera parée en introduisant une variable
mémorisant l’histoire du saut de déplacement [[u]] au cours du temps.

2.2.2 Sous chargement cyclique


Adaptation en 1 cycle
Il s’avère qu’il est impossible, sous chargement cyclique d’amplitude constante, de rendre
compte du phénomène de fatigue par application directe de l’approche définie au paragraphe
précédent (i.e. sans introduire une variable mémoratrice dans l’énergie de surface) et ce quelle que
soit le type d’énergie de surface utilisé.
Pour s’en convaincre, considérons une structure soumise à un déplacement cyclique d’amplitude
constante Umax > 0 et de rapport de charge nul (R = Umin /Umax = 0).
En supposant qu’à chaque pas de temps i correspond un chemin de chargement (charge, décharge,
recharge, etc...), à la fin de la première montée en charge, le champ de déplacement solution u1
sera celui qui vérifiera le problème incrémental (2.9), c’est à dire

Trouver u1 ∈ V1 tel que,

∃ o > 0, ||v − u1 || ≤ o, E1 (u1 ) ≤ E1 (v) ∀v ∈ V1 (2.10)

où V1 correspond à l’ensemble des champs de déplacement cinématiquement admissibles à la fin


de la première montée en charge.

À la fin de la seconde montée en charge, on voit rapidement que le problème de minimisation


que l’on traite est en tout point similaire à (2.10), l’énergie totale E3 ayant la même expression
que E1 . De même on doit rechercher la solution u3 dans l’ensemble V3 égal à V1 . Ainsi u3 = u1 .
La solution n’évolue donc pas après le premier cycle : il y a adaptation en un cycle.

Le cadre ainsi posé n’est donc pas suffisant pour rendre compte du processus de fatigue et
ceci tient au fait qu’on ne rend pas compte dans la formulation de l’irréversibilité du processus de
fissuration.
En effet, prenons l’exemple d’une énergie de surface de BARENBLATT. Par définition de cette énergie
de cohésion et comme le montre la Figure 2.3, on ne fait que tendre vers une fissure de GRIFFITH.
Ainsi, à la fin du premier cycle, la minimisation de l’énergie totale va conduire à la création d’une
zone dans laquelle le matériau est endommagé. Bien qu’il y ait encore interaction entre les lèvres
de la zone endommagée, le processus de décohésion a déjà commencé.
Il serait alors incohérent “d’oublier” au second cycle cette zone d’élaboration créée au premier.
Comment pourrait on expliquer que, la fissuration étant un processus irréversible, cette zone dis-
paraisse d’un cycle sur l’autre ? Pourtant c’est exactement ce que l’on suppose si on conserve les
énergies en état.
Rappelons de plus que le phénomène de fatigue est fortement lié à l’histoire du chargement, à
l’histoire du processus de fissuration et que rien dans le modèle ne s’y rapporte.
28 Chapitre 2. Formulation Variationnelle de la Mécanique de la Rupture

L’idée est donc, ici, de modifier l’expression de l’énergie de surface afin d’y introduire une condi-
tion d’irréversibilité de la fissuration. On va supposer qu’elle ne tient plus compte du saut de
déplacement entre les lèvres mais de l’accumulation de saut de déplacement au cours du temps.
Cette nouvelle variable aura ainsi un rôle de mémoire.

Définition de la variable irréversible


Compte tenu des observations précédentes, on introduit une nouvelle variable δ, appelée “ou-
verture cumulée” pour un problème d’ouverture de fissure (problème de type I) et “glissement
cumulé” pour un problème de glissement des lèvres de la fissure (problème de type II pour un
glissement dans le plan et de type III pour un glissement antiplan), afin de rendre compte de
l’irréversibilité de la fissuration.

À l’instant t et au point x, δ(x, t) est défini en fonction de l’histoire du saut de déplacement [[u]]
au point x jusqu’à l’instant t. Dans les deux cas, elle peut s’écrire
Z t

δ(x, t) = F [[u̇]](x, τ ), n(x) dτ. (2.11)
0

La validité de cette variable irréversible et du modèle de fatigue qui en découle dépend alors du
choix de la fonction F. On souhaite, par exemple, que notre modèle soit capable de prendre en
compte les effets de la décharge lorsque cela s’avère nécessaire. On choisit deux formes différentes
pour F suivant que l’on se trouve dans un problème d’ouverture de fissure (type I) ou bien de
glissement des lèvres de la fissure (type II ou III) :

• en mode d’ouverture de fissure, on suppose que l’influence de la décharge est négligeable et


que le processus de fissuration n’a lieu que lors des phases de charge. On postule l’expression
suivante de la fonction F

F(z, n) = hz·ni (2.12)

où les crochets indiquent la partie positive, c’est à dire



 a si a > 0
hai =
0 si a ≤ 0

• en mode de glissement des lèvres de la fissure (δ correspond alors à une discontinuité


tangentielle), on ne peut plus négliger la décharge, le processus de fissuration ayant lieu aussi
bien durant les phases de charge que les phases de décharge. On choisit alors

F(z, n) = ||z − z·n n|| (2.13)

Remarque 2.2.3 : On aurait bien entendu pu faire un autre choix pour F, l’idée étant ici de
simplifier au maximum les expressions. Toutefois, il est envisageable de postuler des conditions
d’irréversibilité permettant une meilleure description du problème traité (en fonction du mode de
chargement, du matériau, etc...).
2.2. Loi d’évolution de la fissuration 29

Problème incrémental en fatigue


La prise en compte de l’irréversibilité nécessite la discrétisation du problème : la loi d’évolution
de la fissuration revient alors, comme dans FRANCFORT et MARIGO [31] ou MIELKE [48] à une
succession de problèmes de minimisation.
Ainsi, en introduisant le pas de temps i ∈ N∗ , on définit le champs de déplacement ui et la variable
cumulée δi par 
δi (x) = δi−1 (x) + F [[ui ]](x) − [[ui−1 ]](x), n(x) .
Soit Vi l’ensemble des champs cinématiquement admissibles au pas de temps i, le problème de
minimisation incrémental en fatigue s’écrit alors à tout instant i ∈ N∗ à partir du problème (2.9)

Sachant que u0 = δ0 = 0, trouver ui ∈ Vi et δi vérifiant

∃ o > 0, ||v − ui || ≤ o, Ei (ui ) ≤ Ei (v) (2.14)



et δi = δi−1 + F [[ui ]] − [[ui−1 ]], n ∀v ∈ Vi

où l’énergie totale s’écrit sous sa forme discrétisée


Z Z  
φ x, δi−1 (x) + F [[v]](x) − [[ui−1 ]](x), n(x) dH N −1 (x).

Ei (v) = W x, (v)(x) dx − f (v) +
Vi Sv

La résolution d’un tel problème rentre dans le cadre mathématique du Calcul des Variations
dont on peut trouver une introduction dans DACOROGNA [17] ou dans DEMENGEL et al [22].
30 Chapitre 2. Formulation Variationnelle de la Mécanique de la Rupture
Deuxième partie

Le problème modèle : Décollement


d’un film

31
Glossaire

Dans les chapitres qui suivent (Chapitre 3 à 7), on traite du décollement (et de l’arrachement)
d’un film mince. Afin d’en rendre plus aisée la lecture, on se propose de définir la terminologie
employée.

– film parfaitement collé au point x.


On dira que le film est parfaitement collé à son substrat au point x lorsque δ(x) = 0.

– film parfaitement (ou complètement) décollé au point x.


On dira que le film est parfaitement décollé à son substrat au point x lorsque δ(x) > δc avec
δc = 0 dans le modèle de GRIFFITH et δc > 0 dans le modèle de Dugdale. En ce point, il n’y
a plus d’interaction entre le film et son substrat.

– film partiellement décollé au point x.


Avec le modèle de Dugdale, on dira que le film est partiellement décollé au point x lorsque
0 < δ(x) < δc . La zone constituée de tels points est appelée zone cohésive ou d’amorçage
du décollement.

– forces cohésives.
Les forces cohésives désignent des forces agissant dans la zone partiellement décollée et qui
s’opposent au décollement du film. Elles peuvent être constantes le long de la zone (cas des
forces de Dugdale) ou bien varier avec le saut de déplacement sur les lèvres de la fissure (cas
des forces de type Barenblatt). Généralement, elles s’annulent dès que le saut de déplacement
est supérieur à un saut critique caractéristique du matériau (dans le cas de Barenblatt ce
saut critique est infini).

– nombre de cycles d’amorçage.


Le nombre de cycles d’amorçage correspond au nombre de cycles qu’il faut effectivement
appliqué avant de voir apparaı̂tre une fissure au sens de GRIFFITH.

33
34
Chapitre 3

Formulation du problème. Résolution dans le cas du modèle de


Griffith

On présente ici une première application du modèle introduit au chapitre précédent. L’objec-
tif est de déterminer l’évolution du décollement d’un film initialement parfaitement collé sur un
socle rigide et soumis à une tension constante et une déflexion cyclique et qui peut être appa-
renté à un essai de pelage. Si cet exemple peut paraı̂tre très simpliste, eu égard aux très com-
plexes modèles aujourd’hui traités en mécanique de la rupture, il permet toutefois de résoudre
complètement analytiquement le problème d’évolution du décollement et de comprendre ainsi
l’intérêt d’un modèle de fatigue basé sur une approche par minimisation de l’énergie. Le choix a
été fait de décomposer l’étude de ce problème en 4 chapitres. Dans ce chapitre, après avoir intro-
duit les différents ingrédients mis en jeu (énergie totale, condition d’irréversibilité), on postule,
comme dans le Chapitre 2, que l’évolution du décollement du film est déterminée en minimisant
l’énergie totale de la structure. Compte tenu du caractère irréversible du problème traité, il s’agit
de procéder à une discrétisation de celui-ci et de le résoudre à chaque pas de temps du chargement
discrétisé. Dans la seconde partie de ce chapitre, on étudie la réponse obtenue avec une énergie
de surface de GRIFFITH. On montre que la fissure n’évolue plus après le premier cycle, l’évolution
n’étant possible que si l’on choisit des chargements de fatigue d’amplitude non constante.

Dans les Chapitres 4 à 6, on étudie la réponse dans le cadre d’une énergie de surface de type
BARENBLATT (dont en particulier dans le cas du modèle de DUGDALE). Le Chapitre 4 s’attache à
déterminer la structure et l’unicité de la solution dans le cas général d’une énergie de surface de type
BARENBLATT. Dans le Chapitre 5, le problème est résolu de façon semi-analytique en choisissant
l’énergie de surface associée au modèle de DUGDALE. Enfin dans le Chapitre 6, en supposant que le
rapport entre la longueur interne intervenant dans l’énergie de surface de DUGDALE et la longueur
du film est petit, on exhibe, par passage à la limite, une loi limite de fatigue du type loi de PARIS.

3.1 L’essai de pelage


L’exemple que l’on se propose de traiter est à rapprocher des “essais de pelage” (“peel tests”
dans la littérature anglaise) dont on trouvera une introduction par exemple dans DARQUE-CERETTI
et FELDER [18]. Les essais de pelage sont utilisés pour caractériser l’adhérence des couches minces,
c’est à dire la difficulté à séparer la couche mince de son support. Ces essais ont un intérêt industriel
important puisque de plus en plus de pièces de voiture et d’avion sont assemblées par collage, tout
comme les éléments des cartes bancaires, des montres ou des disques durs d’ordinateur.... Toutefois,

35
36 Chapitre 3. Formulation du problème. Résolution dans le cas du modèle de Griffith

même si c’est un phénomène apparemment simple qui concerne aussi bien l’étude de la colle que
celle des adhésifs (scotch, pansements, post-it ...), il est encore mal modélisé.
On représente Figure 3.1, l’essai de pelage libre : une couche mince (ou adhésif) d’épaisseur e et de
largeur grande devant l’épaisseur est collée sur un substrat rigide (ou adhérent) de surface plane.
Le décollement de la couche du substrat est réalisé par application d’une force F orientée d’un
angle θ par rapport à la surface du substrat. La valeur de cette angle, qui peut a priori varier


e
ou he min e


substrat

Fig. 3.2 – Exemple d’es-


Fig. 3.1 – Essai de pelage libre. sai de pelage.

entre 0 et 180 mais qui reste généralement constante durant l’essai, donne naissance à des cas
particuliers d’essais de pelage : test de la bande adhésive pour θ = 90, test de pelage libre en T
ou par retournement pour θ = 180, etc...(voir Figure 3.2). Il s’avère en tout cas que le mode de
déformation du film est compliqué puisqu’il passe de façon continue d’une flexion (près de la pointe
décollée λ) à une tension (loin de la pointe décollée λ). Loin de la pointe décollée, on considère
en effet que le film est “aligné” sur la ligne d’action de la force F . De plus, cet exemple n’est pas
sans rappeler l’expérience réalisée par OBREIMOFF dès 1930 et qui constitue une suite logique des
travaux de GRIFFITH [35]. Dans [53], OBREIMOFF rend en effet compte du clivage du mica. Comme
le montre la Figure 3.3, une cale d’épaisseur h est insérée dans un bloc de mica afin de peler une
feuille de mica d’épaisseur e. Le chargement conduit ici à la flexion du film. OBREIMOFF montre
entre autres que la résistance à la déchirure est une constante et que l’énergie de surface (définie
au sens de GRIFFITH) ne dépend pas de la forme de la feuille mince arrachée. Cependant, le pelage

11111
00000

00000
11111

Fig. 3.3 – Expérience d’OBREIMOFF sur le mica (1930).

par fatigue n’est jamais évoqué.

3.2 Présentation du problème

On considère le problème plan muni d’un repère orthonormé (0, −


→, −
e →
1 e2 ) constitué d’un film
mince inextensible et parfaitement flexible de longueur L et d’un socle plat rigide. Le film est
3.2. Présentation du problème 37

constitué d’un matériau élastique linéaire, homogène et isotrope et est supposé être parfaitement
collé au socle avant tout chargement (Figure 3.4). Seule l’interface “film-socle” possède une ténacité
finie : on souhaite ainsi étudier la rupture adhésive ou interfaciale.

Remarque 3.2.1 : L’épaisseur du film est supposée négligeable devant les autres dimensions de la
structure et notamment devant la longueur L du film. De même, on suppose que le film est de
largeur unité.

Soit s l’abscisse curviligne le long du film et comptée à partir de l’origine. Le film, qui est
maintenu en son extrémité s=0, est soumis, en s=L, à une force horizontale constante N − → (N > 0)
e 1


qui provoque la tension du film et à une déflexion cyclique verticale V (t)e2 . Ainsi le chargement
appliqué est légèrement différent de celui habituellement considéré dans un essai de pelage. En se

¾ Æ
Î ´Øµ
¼   ½

Fig. 3.4 – Géométrie et Chargement.

plaçant dans le cadre d’évolutions quasi statiques du décollement du film de son socle, la recherche
des différents états d’équilibre se fait en minimisant à chaque valeur du paramètre de chargement,
l’énergie totale de la structure. Il s’agit donc, avant toute écriture du problème d’évolution, de
déterminer l’ensemble des champs cinématiquement admissibles ainsi que l’énergie qui leur est


associée. On pose X(s) la position d’équilibre du point s du film.

→ →+− →
X(s) = s−
e 1 U(s) (3.1)

− → correspond au champ de déplacement du film à l’équilibre. →

où U(s) = u(s)− → + v(s)−
e 1 e 2 U vérifie
les conditions cinématiques suivantes

u(0) = v(0) = 0, v(L) = V (t). (3.2)

On impose également une condition de non interpénétration du film dans le socle

v(s) ≥ 0 ∀s ∈ [0, L]. (3.3)

3.2.1 Condition d’inextensibilité




Comme le film est inextensible et par définition de l’abscisse curviligne, le champ X(s) doit
vérifier l’égalité −


d X(s)
ds = 1.


38 Chapitre 3. Formulation du problème. Résolution dans le cas du modèle de Griffith



En remplaçant X(s) par son expression (3.1), on obtient la condition d’inextensibilité suivante

2u0 (s) + u0 (s)2 + v 0 (s)2 = 0. (3.4)

En se plaçant dans le cadre des petites perturbations, c’est à dire en faisant l’hypothèse que la
déflexion V imposée à l’extrémité du film est suffisamment faible pour que le champ de déplacement
puisse être considéré comme infinitésimal, on peut négliger le terme en u02 et la condition d’inex-
tensibilité (3.4) se réduit à
1
u0 (s) = − v 0 (s)2 . (3.5)
2

3.2.2 Énergie potentielle


Le film étant inextensible et parfaitement flexible, son énergie élastique est nulle, son énergie
potentielle P se réduisant alors au travail de la force de tension en s = L dans le déplacement


admissible U(L)
P = −N − →.−
e

U(L). 1

Or, d’après (3.2) et (3.5)



→ −
→ −

Z L
v 0 (s)2 − → + V (t) −
→.
U(L) = u(L)e1 + v(L)e2 = − ds e 1 e 2
0 2

L’énergie potentielle s’écrit donc uniquement en terme de déflexion (ou ouverture)


Z L
N
P(v) = v 0 (s)2 ds. (3.6)
2 0

C’est ainsi la tension qui seule va créer de l’énergie potentielle susceptible d’être par la suite
restituée pour décoller le film.

3.2.3 Énergie de surface


Comme annoncé au chapitre précédent, on ne peut plus utiliser dans l’énergie de surface
la variable “classique” du saut de déplacement et donc ici du champ de déflexion v (puisque
[[v]](s) = v + (s) − v − (s) = v + (s) = v(s), le socle rigide étant immobile). Pour que fatigue il y ait, et
comme il sera montré dans la suite, il faut tenir compte de l’accumulation d’ouverture dans la zone
cohésive. Dans notre exemple, cette variable, notée δ et appelée “ouverture cumulée” dans la suite,
correspond au cumul de l’écartement du film de son support au cours du temps. En reprenant les
définitions du Chapitre 2, on a, en notant v t l’ouverture, v̇ t le taux d’ouverture et δ t l’ouverture
cumulée à l’instant t
Z t


δ t (s) = v̇ τ (s) dτ (3.7)
0

avec < x >= max{x, 0} puisque l’on traite d’un problème de type I. Afin de mieux cerner à
quoi correspond cette variable δ, on représente sur la Figure 3.5 son évolution lorsque le point
s est soumis à des cycles de chargements en v. L’ouverture cumulée est donc une variable qui
3.2. Présentation du problème 39



Æ

       

Fig. 3.5 – Exemple d’évolution de l’ouverture cumulée sous chargement cyclique.

n’évolue que lors des phases de montée en charge. Dans cet exemple, on voit bien l’accumulation
d’ouverture au point s au cours du temps. L’énergie de surface dépend de l’ouverture cumulée et
s’écrit
Z L

S(δ) = φ δ(s) ds (3.8)
0

où φ est la densité d’énergie de surface dont l’expression est donnée au paragraphe 2.1.3 et l’allure
sur la Figure 2.3.
En reprenant l’exemple précédent, i.e. en supposant que le point s est soumis à des cycles de
chargements en v, l’évolution de l’énergie de surface dissipée est représentée sur la Figure 3.6. On
note qu’il y a dissipation uniquement lors des phases de montée en charge. La prise en compte de

enveloppe monotone

sous chargement cyclique

Fig. 3.6 – Exemple d’évolution de l’énergie de surface sous chargement cyclique.

cette variable d’ouverture cumulée modifie également l’allure de la valeur de la force cohésive σ au
point s comme le montre la Figure 3.7. Pendant la première montée en charge, la force cohésive de
BARENBLATT qui s’oppose à l’ouverture de la fissure diminue à partir de σmax en suivant la courbe
monotone. Lors de la décharge suivante, la fissure se referme (puisque v(s) = 0 à la fin d’une
40 Chapitre 3. Formulation du problème. Résolution dans le cas du modèle de Griffith

Fig. 3.7 – Exemple d’évolution des forces cohésives sous chargement cyclique.

décharge). La force cohésive n’a plus à s’opposer à son ouverture et s’annule donc. Cependant, à
la fin de la première décharge, le ligament situé en s n’est pas rompu. Il est simplement relâché.
Au début de la seconde montée en charge, la force cohésive en s reprend la valeur qu’elle avait à
la fin de la première montée. La fin de la charge conduit à une diminution irréversible de σ. Le
reste de l’évolution suit le même principe.

3.3 Problème incrémental adimensionnalisé

Comme annoncé, le processus de décollement du film de son socle va être dicté, à chaque pas
de temps, par la minimisation de son énergie totale parmi tous les champs d’ouverture admissibles.
Cette dernière est définie comme la somme de l’énergie potentielle (3.6) et de l’énergie de surface
(3.8)
Z L Z L
N
v 0 (s)2 ds +

E = P(v) + S(δ) = φ δ(s) ds (3.9)
2 0 0

On note que l’énergie E est finie pourvue que l’ouverture v appartienne à l’espace W 1,2 (0, L). On
introduit alors l’ensemble V des champs d’ouverture admissibles comme les fonctions de W 1,2 (0, L)
satisfaisant les conditions aux limites du problème (3.2) et la condition de non interpénétration
du film dans le socle (3.3)

V(t) = v ∈ W 1,2 (0, L), v(0) = 0, v ≥ 0, v(L) = V (t) .



(3.10)

Le chargement V (t) n’étant pas une fonction monotone de la variable temps et le décollement
étant un processus fortement irréversible, il est nécessaire de discrétiser le problème.

3.3.1 Discrétisation du chargement

On considère le chargement t 7→ V (t) avec la condition initiale V (0) = 0. Afin de distinguer


les phases de charge des phases de décharge tout en discrétisant chaque chemin de chargement
(charge et décharge) en un nombre fini d’intervalles de temps, il est nécessaire d’utiliser un système
3.3. Problème incrémental adimensionnalisé 41

à double indice. Ainsi, on a ∀i ∈ N

• V (t) croı̂t de V 2i à V 2i+1 quand t croı̂t de 2i à 2i + 1 (chemin de charge).


• V (t) décroı̂t de V 2i+1 à V 2i+2 quand t croı̂t de 2i + 1 à 2i + 2 (chemin de décharge).

Et sur chaque chemin on a

i = i0 < i1 < ... < iα < ... < ini−1 < ini = i + 1.

Cet ensemble de temps discrets à double indice est muni de la relation d’ordre total suivante
(Figure 3.8)
jβ ≤ iα ⇐⇒ (j < i) ou (j = i et β ≤ α).

Remarque 3.3.1 : La condition de non interpénétration du film dans le socle limite le choix du
chargement à des sollicitations de rapport d’ouverture positif R = V min /V max ≥ 0.




 
½¾

¼½ 


t

Fig. 3.8 – Chargement discrétisé

La discrétisation ainsi définie, l’ouverture cumulée (3.7) prend la forme




δ̄iα+1 (s) = δ iα (s) + v iα+1 (s) − v iα (s) . (3.11)

où v iα+1 correspond à l’ouverture à l’instant iα+1 . Ainsi, l’ouverture cumulée à l’instant iα+1
est égale à la somme de l’ouverture accumulée jusqu’à l’instant iα (i.e. δ iα ) et de l’ouverture
supplémentaire créée entre les instants iα et iα+1 .

3.3.2 Problème incrémental


Il s’agit alors d’écrire le problème incrémental dictant l’évolution de la décohésion au cours du
temps. Soit V iα l’ensemble des ouvertures admissibles au pas de temps iα écrit à partir de (3.10)

V iα = v ∈ W 1,2 (0, L), v(0) = 0, v ≥ 0, v(L) = V iα .



(3.12)

Le problème incrémental (P iα ) se formule ainsi


42 Chapitre 3. Formulation du problème. Résolution dans le cas du modèle de Griffith

Sachant que v 0 = δ 0 = 0, trouver pour i ∈ N et α ∈ {1, 2, ..., ni }, v iα et δ iα tels que




E iα (v iα ) ≤ E iα (v) et δ iα = δ iα−1 + v iα − v iα−1 ∀v ∈ V iα
où
Z L Z L
N 0 2


E iα (v) = v (s) ds + φ δ iα−1 (s) + v(s) − v iα−1 (s) ds (3.13)
2 0 0

est l’énergie totale au pas de temps iα .


Remarque 3.3.2 : Comme il a déjà été annoncé précédemment le minimum recherché est un mi-
nimum local et on choisit la norme naturelle de W 1,2 (0, L) pour définir la notion de voisinage :

1 L 2
Z Z L
||v||2 = v dx + L v 02 dx.
L 0 0

Remarque 3.3.3 : Si on se place dans le cadre des grands déplacements, le problème à résoudre
est sensiblement
p plus compliqué. En effet dans ce cas, la condition d’inextensibilité s’écrit u0 (s) =
−1 + 1 − v 0 (s)2 et l’énergie potentielle n’est plus une fonctionnelle quadratique. De plus l’énergie
de surface dépend à la fois du déplacement axial et de l’ouverture, il y a couplage entre les modes
I et II.

3.3.3 Formulation adimensionnalisée


Adimensionnalisation
Dans le but de simplifier les équations afin d’en dégager les paramètres pertinents, on adimen-
sionnalise le problème. Ainsi on pose

s v(s) δ(s) V
x= , v(x) = , δ(x) = , V = (3.14)
L L L L
avec
r
2Gc
L= L (3.15)
N
qui peut être vu comme l’échelle de longueur interne du modèle de GRIFFITH. Le modèle de
BARENBLATT contient une autre échelle de longueur interne δc = Gc /φ0 (0) qu’on utilise pour
introduire le paramètre adimensionnalisé suivant
δc
= . (3.16)
L
La densité d’énergie de surface de BARENBLATT s’écrit donc

φ(δ) φ(δc δ )
φ (δ) = = (3.17)
Gc Gc
avec

φ (0) = 0, φ (δ) croissant avec δ, lim φ (δ) = 1


δ→∞
3.4. Solution avec une énergie de surface de GRIFFITH 43

et en particulier dans le cas d’une énergie de surface de DUGDALE



δ/ si δ ≤ 

φ (δ) = . (3.18)

1 si δ ≥ 

Pour une énergie de surface de GRIFFITH,  = 0 et on a



0 si δ = 0
φ(δ) 
φ0 (δ) = = . (3.19)
Gc 
1 si δ > 0

En introduisant ces grandeurs adimensionnalisées, l’énergie totale s’écrit

E(v) = Gc LE(v). (3.20)

Problème incrémental adimensionnalisé


L’adimensionnalisation ainsi réalisée, on formule le problème d’évolution du décollement à
partir de (P iα ) en posant le problème d’évolution (Piα ) suivant
Sachant que v0 = δ0 = 0, trouver pour i ∈ N et α ∈ {1, 2, ..., ni }, viα et δiα tels que


Eiα (viα ) ≤ Eiα (v) et δiα = δiα−1 + viα − viα−1 ∀v ∈ Viα

où Viα = v ∈ W 1,2 (0, 1), v(0) = 0, v ≥ 0, v(1) = Viα est l’ensemble des champs de déflexion ad-


missibles adimensionnalisés et où l’énergie totale s’exprime par


Z 1 Z 1
v 0 (x)2 dx +


Eiα (v) = φ δiα−1 (x) + v(x) − viα−1 (x) dx. (3.21)
0 0

3.3.4 Existence d’une solution


On montre à partir des outils de l’analyse fonctionnelle l’existence d’une solution au problème
incrémental.
Théorème 3.3.4 Pour un chargement et une discrétisation donnés, le problème incrémental
possède au moins une solution.

Preuve. La démonstration sera faite au chapitre suivant (voir Lemme 4.1.1) 

3.4 Solution avec une énergie de surface de GRIFFITH

On montre dans ce paragraphe qu’il est impossible de modéliser le phénomène de fatigue avec
une énergie de surface de GRIFFITH sans modifier l’amplitude du chargement d’un cycle à l’autre.
44 Chapitre 3. Formulation du problème. Résolution dans le cas du modèle de Griffith

3.4.1 Premier pas de temps

On considère le premier pas de temps sur le premier chemin de charge, le déplacement imposé
en x = 1 étant strictement positif, V01 > 0 (Figure 3.8). Compte tenu de la discrétisation de notre
variable d’ouverture cumulée δiα (3.11) et de la condition initiale v0 = δ0 = 0, on a directement
δ01 = v01 .

Proposition 3.4.1 À la fin du premier pas de temps, le film est parfaitement collé sur [0, `01 ] et
parfaitement décollé sur (`01 , 1). L’ouverture s’écrit

0

 si 0 ≤ x ≤ `01
v01 (x) = . (3.22)
 x−`01 V01

si `01 ≤ x ≤ 1

1−`01

où la position du point `01 est donnée par



1 − V01
 si V01 ≤ 1
`01 = . (3.23)

0 si V01 ≥ 1

Preuve. • Montrons tout d’abord que la zone décollée se situe nécessairement à l’extrémité x = 1.
Posons `01 = max {x ∈ [0, 1) : v01 (x) = 0} en remarquant que 0 ≤ `01 < 1 et montrons que v01 = 0
sur [0, `01 ]. Soit h > 0 et

(1 − h)v01 (x) si 0 ≤ x ≤ `01

v h (x) = .

v01 (x) si `01 ≤ x ≤ 1

Le champ v h est un élément de V01 car il vérifie les conditions aux limites (v h (0) = 0 et v h (1) = V01 )
et qu’il est continu en x = `01 . Son énergie comparée à celle de v01 vaut
Z `0 1
E01 (v h ) − E01 (v01 ) = (1 − h)2 − 1 v00 1 (x)2 dx.

0

Mais comme limh→0 v h = v01 et que v01 est un minimum local, cette différence ne peut pas être
négative et donc v00 1 = 0 sur [0, `01 ]. Comme v01 (0) = 0, le résultat suit.
• Déterminons alors v01 dans la zone décollée. Supposons connu `01 et posons

V01 (`01 ) = {v ∈ V01 : v = 0 dans [0, `01 ], v > 0 dans (`01 , 1), v(1) = V01 } .

Cet ensemble est convexe et contient v01 . Sur cet ensemble, l’énergie s’écrit
Z 1
E01 (v) = v 0 (x)2 dx + 1 − `01 .
`0 1
3.4. Solution avec une énergie de surface de GRIFFITH 45

Comme elle est strictement convexe, v01 est son unique minimiseur global. Un calcul immédiat
donne (3.22).
• Déterminons alors `01 . À ` ∈ [0, 1) associons v[`] ∈ V01 défini par

0
 si 0 ≤ x ≤ `
v[`](x) = .

 x−`
1−` V01 si ` ≤ x ≤ 1

Cette application ` → v[`] est continue et v01 = v[`01 ]. L’énergie associée à v[`] est la fonction
strictement convexe de ` suivante
V021
E01 (v[`]) = + 1 − `.
1−`
Par conséquent `01 est nécessairement son unique minimiseur global. Un calcul direct donne (3.23).


3.4.2 Pas de temps quelconque


Proposition 3.4.2 Le champ de déflexion viα au pas de temps iα est donné par

0
 si 0 ≤ x ≤ `iα
viα (x) = . (3.24)
 x−`iα

1−`i Viα si `iα ≤ x ≤ 1
α

où la position du point `iα est


`iα = max 0, 1 − Vimax où Vimax

α α
= maxjβ ≤iα Vjβ . (3.25)

Preuve. On procède par récurrence.


• D’après la Proposition 3.4.1, le résultat est vrai au premier pas de temps, supposons le vrai
jusqu’au pas iα−1 .
• Soit v∗ un minimiseur relatif de Eiα sur Viα . Posons `∗ = max {x ∈ [0, 1) : v∗ (x) = 0}.
– Montrons que v∗ = 0 sur [0,`∗ ] Soit h > 0 et

(1 − h)v∗ (x) si 0 ≤ x ≤ `∗

h
v = .

v∗ (x) si `∗ ≤ x ≤ 1

v h ∈ Viα et son énergie comparée à celle de v∗ vaut


 `∗ 0
Z
h 2
Eiα (v ) − Eiα (v∗ ) = (1 − h) − 1 v∗ (x)2 dx
0
Z `∗ 
 
+ φ0 δiα−1 + h(1 − h)v∗ − viα−1 i − φ0 δiα−1 + hv∗ − viα−1 i dx.
0

vh
Comme limh→0 = v∗ et que v∗ est un minimum local, cette différence ne peut pas être
négative. Or les deux termes de droite sont non positifs, donc v∗ = 0 sur `∗ .
46 Chapitre 3. Formulation du problème. Résolution dans le cas du modèle de Griffith

– Déterminons v∗ dans la zone décollée. Supposons connu `∗ et posons

Viα (`∗ ) = {v ∈ Viα : v = 0 dans [0, `∗ ], v > 0 dans (`∗ , 1)} ,

ensemble qui est convexe et qui contient v∗ . Sur cet ensemble, l’énergie s’écrit
Z 1
v 0 (x)2 dx + 1 − min `∗ , `iα−1 .

Eiα (v) =
`∗

Comme elle est strictement convexe, v∗ est son unique minimiseur global et on obtient
immédiatement (3.24).

– Il reste alors à déterminer `∗ . On a

Vi2α 
Eiα (v[`]) = + 1 − min `, `iα−1 ,
1−`
fonction strictement convexe de `. Donc `∗ est son unique minimiseur global sur [0, 1).
Si `iα−1 = 0 ou si Viα ≥ 1, i.e. si Vimax
α
≥ 1, alors
 `∗ = max
0. Sinon,
si Viα ≤ 1 − `iα−1 = Vimax
α
,
alors `∗ = 1 − Viα . D’où finalement `∗ = max 0, 1 − Viα .

• Comme la proposition est vraie au pas de temps iα , elle est vraie à chaque pas de temps. 

Remarque 3.4.3 : Le taux de restitution d’énergie est défini au signe près comme la dérivée de
l’énergie potentielle par rapport à la longueur décollée. Le film étant décollé au pas de temps iα
sur une longueur 1 − `iα , un calcul rapide donne

Vi2α
G(`iα ) = . (3.26)
(1 − `iα )2

Ainsi, plus le film est décollé, moins il restitue d’énergie aux cycles suivants : on voit directement
que le taux de décollement du film va diminuer au cours du temps.

3.4.3 Résumé du cas GRIFFITH


On a donc montré qu’il existe une unique solution au problème incrémental pour i ∈ N et
α ∈ {1, ..., ni }. On voit que celle-ci, à la fin d’une phase de charge ou de décharge, est indépendante
de la discrétisation choisie. En faisant tendre le pas de temps vers 0, on en déduit que l’évolution
du décollement est la suivante :

 0
 si x ∈ [0, `(t)]
Pour t ≥ 0, v(x, t) = avec `(t) = max {0, 1 − maxτ ≤t V (τ )} (3.27)
x−`(t)
1−`(t) V (t) si x ∈ [`(t), 1]

Finalement le décollement n’évolue que dans les phases de surcharge, c’est à dire quand V (t) =
maxτ ≤t V (τ ). La Figure 3.9 donne la configuration générale du film, quelque soit le chargement
de fatigue. On voit que le film sera parfaitement décollé partout qu’à la seule condition que le
chargement atteigne au moins une fois la valeur critique Vc = 1.
3.4. Solution avec une énergie de surface de GRIFFITH 47

(a) Film parfaitement décollé sur une partie :


maxj≤i Vj < 1

(b) Film parfaitement décollé partout : maxj≤i Vj ≥ 1

Fig. 3.9 – Solution générale dans le cas de GRIFFITH

En particulier, sous chargement cyclique d’amplitude constante, le décollement n’évoluera que


lors de la première phase de charge. En effet, à la fin de celle-ci, le champ de déplacement est
donné par

0
 si 0 ≤ x ≤ `1
v1 (x) = . (3.28)

 x−`1
1−`1 V1 si `1 ≤ x ≤ 1

où la position de la pointe `1 vérifie

(
1 − V1 si V1 ≤ 1
`1 = . (3.29)
0 si V1 ≥ 1

Les énergies potentielle P1 et de surface S1 valent respectivement

( (
V1 si V1 ≤ 1 V1 si V1 ≤ 1
P1 = , S1 = . (3.30)
V12 si V1 ≥ 1 1 si V1 ≥ 1

La Figure 3.10 présente la configuration du film à la fin du premier cycle suivant l’intensité de
l’amplitude V1 .
48 Chapitre 3. Formulation du problème. Résolution dans le cas du modèle de Griffith

Ü
½



¼ ½ ν

Fig. 3.10 – Configuration du film à la fin du premier cycle

Si V1 < 1, à la fin du premier cycle, la pointe de la partie décollée sera en `1 = 1 − V1 et ne


bougera plus au cours des cycles suivants puisque Vi = V1 .
On ne peut donc pas modéliser la fatigue avec l’énergie de surface de GRIFFITH. Elle ne permet
de rendre compte que des propagations de fissures dans des structures soumises à des chargements
monotones : des effets “à courts termes.”

Remarque 3.4.4 : L’évolution du décollement lors de la première montée en charge suit la loi de
V (t)2
GRIFFITH. En effet, à l’instant t, l’énergie potentielle vaut P(t) = 1−`(t) et le taux de restitution
d’énergie vaut 1 tant que `(t) < 1, cette valeur 1 correspondant à Gc du fait de l’adimension-
nalisation. Ceci est dû au fait que l’énergie potentielle est une fonction strictement convexe de
la longueur du décollement. Remarquons aussi que la décohésion démarre dès la mise en charge.
Ceci est dû à la présence d’une “forte singularité” en x = 1 sous déplacement contrôlé. Ces deux
propriétés vont jouer un rôle essentiel par la suite, y compris dans le processus de fatigue avec
une loi de type BARENBLATT.
Chapitre 4

Propriétés générales de la solution dans le cas d’un modèle de


Barenblatt

Dans le Chapitre précédent, on a montré l’incapacité du modèle de GRIFFITH à rendre compte


de la propagation d’une fissure de fatigue. On se propose de montrer qu’il en va tout autrement
si l’on adopte une énergie de surface de type BARENBLATT. Ce chapitre, le plus “mathématique”
de la thèse, est consacré à la construction de la structure de la solution du problème de mi-
nimisation incrémentale, cf. le paragraphe 3.2. En se référant au double indiçage relatif à la
discrétisation du chargement introduit dans le chapitre 3, rappelons que, dans iα , α représente le
pas de discrétisation et i la phase de charge ou de décharge. Les phases de charge correspondent
aux i impairs et les phases de décharge aux i pairs. Dans ce chapitre, l’indice i de phase sera
systématiquement omis quand aucune confusion n’est à craindre. Les pas de discrétisation α cor-
respondant à des pas de charge sont alors caractérisés par le fait que Vα > Vα−1 , alors que les pas
de discrétisation α correspondant à des pas de décharge sont caractérisés par le fait que Vα < Vα−1 .
On rappelle le problème de minimisation au pas α :
vα = ArgMinv∈Vα Eα (v) δα = δα−1 + hvα − vα−1 i (4.1)
où l’ensemble des déflexion admissibles Vα est défini par
Vα = v ∈ H 1 (0, 1), v(0) = 0, v ≥ 0, v(1) = Vα

(4.2)
et où l’énergie totale est donnée par
Eα (v) = P(v) + S(δα−1 + hv − vα−1 i) (4.3)
avec Z 1 Z 1
0 2
P(v) = v (x) dx, S(δ) = φ (δ(x)) dx. (4.4)
0 0
En conservant les notations précédentes, la densité d’énergie de surface φ est telle que
φ (0) = 0, δ 7→ φ (δ) lipchitzienne, croissante et concave, lim φ (δ) = 1
δ→∞
où δ représente l’ouverture cumulée au cours du temps définie par (3.7) et  est un paramètre
sans dimension proportionnel au rapport entre la longueur interne δc apparaissant dans l’énergie
de surface de BARENBLATT et la longueur L du film.
On montre dans la suite que le problème de minimisation incrémental admet une solu-
tion unique (en terme de minimisation absolue). De plus cette solution est indépendante de la
discrétisation choisie : on peut donc résoudre chaque phase de chargement (phases de charge et
de décharge) en un unique pas de temps. La résolution complète du problème de décollement sera
traitée au Chapitre 5 dans le cadre d’une énergie de surface de DUGDALE.

49
50 Chapitre 4. Propriétés générales de la solution dans le cas d’un modèle de Barenblatt

4.1 Structure de la solution

Les lemmes et propositions qui suivent donnent la structure de la solution quand on considère
le cadre général d’une énergie de surface de type BARENBLATT.
Lemme 4.1.1 (Existence et régularité de vα )
Il existe au moins un minimiseur global vα de Eα sur Vα .
Le champ x 7→ vα (x) est un élément de W 2,∞ (0, 1) et donc continûment différentiable.

Preuve. Existence. L’existence d’un minimiseur global est due au fait que Vα est faiblement
fermé dans H 1 (0, 1) et que Eα est positive (donc bornée inférieurement), coercive et semi-continue
inférieurement pour la topologie faible de H 1 (0, 1). Montrons rapidement ces différentes propriétés.
1. Vα est faiblement fermé dans H 1 (0, 1). Soit vn une suite de Vα convergeant faiblement dans
H 1 (0, 1) vers v. Par continuité de la trace, on a v(0) = 0 et v(1) = Vα . De plus vn (x) converge
simplement vers v(x) et donc v(x) ≥ 0. Donc v ∈ Vα .
2. Coercivité et suite minimisante. Soit vn une suite minimisante de Eα sur Vα . On a donc
Eα (vn ) ≤ c. Mais grâce à l’inégalité de Poincaré et la positivité de φ on en déduit que vn est
bornée dans H 1 (0, 1). On peut en extraire une sous-suite (notée toujours vn ) qui converge
faiblement dans H 1 (0, 1) vers v. De plus elle converge simplement vers v.
R1 R1
3. Semi-continuité inférieure. On a de façon classique limn→∞ 0 vn02 dx ≥ 0 v 02 dx. De plus, du
fait de la convergence simple de vn , de la continuité et de la bornitude de φ , on peut utiliser
le théorème de la convergence dominée de Lebesgue pour obtenir
Z 1 Z 1
lim φ (δα−1 + < vn − vα−1 >)dx = φ (δα−1 + < v − vα−1 >)dx
n→∞ 0 0

Le reste de la démonstration est classique.


Régularité. Soit h > 0 et w ∈ C0∞ (0, ∞). Comme vα est un minimiseur de Eα on a
1 
0 ≤ lim inf Eα (vα + hw) − Eα (vα )
h→0 h
Z 1
1 1
Z 
0 0
= 2 vα w dx + lim inf φ (δα−1 + hvα − vα−1 + hwi) − φ (δα ) dx.
0 h→0 h 0

Grâce à la propriété de Lipschitz-continuité, de monotonie et de concavité de φ il vient


Z 1 Z 1
0 0 0

2 vα w dx ≤ φ (0)
|w| dx
0 0

dont on déduit que vα00 ∈ L∞ . 

Lemme 4.1.2 Le minimiseur vα ne peut pas “couper” deux fois la solution vα−1 du pas précédent
(Figure 4.1). Ainsi on ne peut pas avoir

vα (x) < vα−1 (x) si x1 < x < x2
vα (x1 ) = vα−1 (x1 ), vα (x2 ) = vα−1 (x2 )
4.1. Structure de la solution 51

Fig. 4.1 – Structure impossible du minimiseur vα .

Preuve. Par l’absurde.


– soit w un élément de Vα−1 tel que

= vα−1 (x) si x∈/ [x1 , x2 ]
w(x) .
≤ vα−1 (x) si x ∈ [x1 , x2 ]

Comme vα−1 minimise Eα−1 sur Vα−1 , on a forcément Eα−1 (w) ≥ Eα−1 (vα−1 ), et donc
Z x2 Z x2
0 2 0 2

0≤ w (x) − vα−1 (x) dx + φ (δα−2 + hw − vα−2 i) dx
x1 x1
Z x2
− φ (δα−2 + hvα−1 − vα−2 i) dx. (4.5)
x1

Or, comme φ est une fonction croissante, la somme des deux derniers termes du membre
de droite est nécessairement négative ou nulle et il faut donc que
Z x2 Z x2
0 2 0
w (x) dx ≥ vα−1 (x)2 dx. (4.6)
x1 x1

– soit w̃(x) un élément de Vα tel que



= vα (x) si x ∈
/ [x1 , x2 ]
w̃(x)
≤ vα−1 (x) si x ∈ [x1 , x2 ]

Comme vα minimise Eα sur Vα , on a forcément Eα (w̃) ≥ Eα (vα ), d’où


Z x2 Z x2 Z x2
0 2 0 2

0≤ w̃ (x) − vα (x) dx + φ (δα−1 ) dx − φ (δα−1 + hvα − vα−1 i) dx
x1 x1 x1

et la croissance de φ conduit à
Z x2 Z x2
0 2
w̃ (x) dx ≥ vα0 (x)2 dx. (4.7)
x1 x1
52 Chapitre 4. Propriétés générales de la solution dans le cas d’un modèle de Barenblatt

– on prend w(x) = vα (x) dans (4.6) et w̃(x) = vα−1 (x) dans (4.7) et on déduit que

Z x2 Z x2
vα0 (x)2 dx = 0
vα−1 (x)2 dx.
x1 x1

Rx
Donc vα et vα−1 sont tous deux des minimiseurs de x12 w0 (x)2 dx sur l’ensemble des w
tel que 0 ≤ w ≤ vα−1 sur [x1 , x2 ] avec w(x1 ) = vα−1 (x1 ), w(x2 ) = vα−1 (x2 ). Il s’agit d’un
problème de minimisation d’une fonctionnelle strictement convexe sur un ensemble convexe :
le minimum est unique et donc vα = vα−1 sur [x1 , x2 ].


Lemme 4.1.3 Le minimiseur vérifie


– lors d’un pas de charge : vα (x) ≥ vα−1 (x) ∀x ∈ [0, 1] .
– lors d’un pas de décharge :


≥ vα−1 (x) si x ∈ [0, `α ]
vα (x) ,
< vα−1 (x) si x ∈ (`α , 1]

où `α = max {x ∈ [0, 1] : vα (x) = vα−1 (x)}.

Preuve.
– lors d’un pas de charge, comme vα (0) = vα−1 (0) = 0 et vα (1) > vα−1 (1), on ne peut pas
avoir vα (x) < vα−1 (x) en un certain point x car sinon, par continuité des minimiseurs, vα
serait “obligé” de couper deux fois (au moins) la courbe vα−1 . On a donc forcément une
solution du type de celle donnée sur la Figure 4.2.

Fig. 4.2 – Structure du minimiseur vα lors d’une phase de charge.

– lors d’un pas de décharge, on a toujours vα (0) = vα−1 (0) = 0 et vα (1) < vα−1 (1). Par
continuité, en partant de x = 1, il existe un point `α ∈ [0, 1] tel que vα (`α ) = vα−1 (`α )
et vα (x) < vα−1 (x) ∀x ∈ (`α , 1). Comme ensuite, vα ne pourra plus repasser sous vα−1
(Figure 4.3), le résultat suit.
4.1. Structure de la solution 53

Fig. 4.3 – Structure du minimiseur vα lors d’une phase de décharge.

Lemme 4.1.4 Il existe un minimiseur vα de la forme



= vα−1 (x) si x ∈ [0, `α ]
vα (x) (4.8)
6= vα−1 (x) si x ∈ (`α , 1]

et si vα−1 est unique, alors tout minimiseur prend nécessairement la forme (4.8).

Preuve.
– soit vα un minimiseur de Eα (v). Comme vα (1) = Vα 6= Vα−1 = vα−1 (1), on a vα 6= vα−1 dans
un voisinage de x = 1. D’après le Lemme 4.1.3, on a vα ≥ vα−1 pour tout x ∈ [0, `α ]. Posons

vα−1 (x) si x ∈ [0, `α ]
vα∗ (x) =
vα (x) si x ∈ [`α , 1]

ce champ étant admissible à l’étape i car continue en `α , et



∗ vα (x) si x ∈ [0, `α ]
vα−1 (x) =
vα−1 (x) si x ∈ [`α , 1]

champ admissible à l’étape α − 1.



– vα−1 est un minimiseur de la fonctionnelle Eα−1 (v) d’où Eα−1 (vα−1 ) > Eα−1 (vα−1 ) et donc
Z `α Z `α
vα0 (x)2 − vα−1
0
(x)2 dx +

0≤ φ (δα−2 + hvα − vα−2 i) dx
0 0
Z `α
− φ (δα−2 + hvα−1 − vα−2 i) dx (4.9)
0

– vα est un minimiseur de la fonctionnelle Eα (v) d’où Eα (vα∗ ) > Eα (vα ) et donc


Z `α Z `α
0
(x)2 − vα0 (x)2 dx +

0≤ vα−1 φ (δα−1 + hvα−1 − vα−1 i) dx
0 0
Z `α
− φ (δα−1 + hvα − vα−1 i) dx (4.10)
0
54 Chapitre 4. Propriétés générales de la solution dans le cas d’un modèle de Barenblatt

– en additionnant (4.9) et (4.10) il vient


Z `α Z `α
0≤ φ (δα−2 + hvα − vα−2 i) dx − φ (δα−1 + hvα − vα−1 i) dx (4.11)
0 0

or δα−1 (x) + hvα − vα−1 i = δα−2 (x) + hvα−1 − vα−2 i + hvα − vα−1 i
≥ δα−2 (x) + hvα − vα−2 i (4.12)

d’après l’inégalité triangulaire : ha + bi ≤ hai + hbi.


Ainsi (4.11) s’écrit
Z `α Z `α
0 ≤ φ (δα−2 + hvα − vα−2 i) dx − φ (δα−1 + hvα − vα−1 i) dx
0 0
Z `α Z `α
≤ φ (δα−2 + hvα − vα−2 i) dx − φ (δα−2 + hvα − vα−2 i) dx = 0
0 0

Comme φ est une fonction croissante, il y a forcément égalité. Donc Eα−1 (vα−1 ∗ ) =
∗ ∗ ∗
Eα−1 (vα−1 ) et Eα (vα ) = Eα (vα ). Ainsi vα−1 est un minimiseur de Eα−1 (v) et vα un mini-

miseur de Eα (v). Si vα−1 est unique alors vα−1 = vα−1 , d’où le résultat.


Lemme 4.1.5 Si vα−1 est l’unique minimiseur de Eα−1 sur Vα−1 , alors, pour tout minimiseur vα
de Eα sur Vα , il existe `α , 0 ≤ `α < 1 tel que
– pour un pas de charge

= vα−1 (x) si 0 ≤ x ≤ `α
vα (x) (4.13)
> vα−1 (x) si `α < x ≤ 1

– pour un pas de décharge



= vα−1 (x) si 0 ≤ x ≤ `α
vα (x) (4.14)
< vα−1 (x) si `α < x ≤ 1

et donc `α = max {x ∈ [0, 1] : vα (x) = vα−1 (x)}.

Preuve. Elle découle des trois lemmes précédents. 

Lemme 4.1.6 (Équation d’Euler-Lagrange) En supposant que φ est différentiable, si vα−1


est unique, alors vα vérifie l’équation d’Euler-Lagrange dans l’intervalle (`α , 1) où vα 6= vα−1 :

−2vα00 + φ0 (δα ) = 0 si α est un pas de charge



. (4.15)
−2vα00 = 0 si α est un pas de décharge

Alors que dans l’intervalle (0, `α ) où vα = vα−1 , on a

0 ≤ 2vα00 ≤ φ0 (δα ) = φ0 (δα−1 ) . (4.16)


4.1. Structure de la solution 55

Preuve. On raisonne formellement. Soit w ∈ C0∞ (0, 1). Comme vα minimise Eα sur Vα , on a

1
0 ≤ lim (Eα (vα + hw) − Eα (vα )) . (4.17)
h→0+ h

Dans le cas d’un pas de charge, comme vα > vα−1 sur (`α , 1), il vient
Z `α   Z 1 
0≤ 2vα0 w0 + φ0 (δα−1 ) hwi dx + 2vα0 w0 + φ0 (δα )w dx. (4.18)
0 `α

Après intégration par parties et compte tenu de la régularité de vα , on obtient


Z `α   Z 1 
0≤ − 2vα00 w + φ0 (δα−1 ) hwi dx + − 2vα00 + φ0 (δα ) w dx. (4.19)
0 `α

L’équation d’Euler s’en déduit classiquement sur l’intervalle (`α , 1), alors que dans l’intervalle
(0, `α ), du fait de la présence de la partie positive de w, on obtient seulement les inégalités an-
noncées.
Dans le cas d’un pas de décharge, comme vα < vα−1 sur (`α , 1), il vient
Z `α   Z 1
0≤ 2vα0 w0 + φ0 (δα−1 ) hwi dx + 2vα0 w0 dx. (4.20)
0 `α

Après intégration par parties et compte tenu de la régularité de vα , on obtient


Z `α   Z 1
0≤ − 2vα00 w + φ0 (δα−1 ) hwi dx − 2vα00 w dx. (4.21)
0 `α

On conclut facilement en raisonnant comme dans le cas d’un pas de charge. 

Lemme 4.1.7 (Monotonie, convexité de vα ) Si vα−1 est unique, alors vα est convexe et crois-
sant.

Preuve. En vertu du Lemme précédent, on sait que vα00 ≥ 0 et donc vα est convexe. Comme
vα (0) = 0 et que vα ≥ 0, on a vα0 (0) ≥ 0. Mais comme vα est convexe, vα0 est croissant, donc
positif. 
Dans le lemme suivant on utilise le double indiçage, les indices latins réfèrent aux phases de
charge (indices impairs) ou de décharge (indices pairs) alors que les indices grecs réfèrent aux pas
de discrétisation.

Lemme 4.1.8 (Propriétés de l’ouverture cumulée) Soit (2i + 1)α un pas de charge et jβ ≤
(2i + 1)α les pas de discrétisation précédents. Si vjβ est unique pour tout jβ < (2i + 1)α , alors
1. L’ouverture cumulée n’évolue pas pendant les phases de décharge : δ2j = δ2j−1 , ∀j ≤ i.
2. L’ouverture cumulée au pas (2i + 1)α s’écrit :
i 
X  i 
X 
δ(2i+1)α = v(2i+1)α − v2i + v2j−1 − v2j−2 = v(2i+1)α + v2j−1 − v2j . (4.22)
j=1 j=1
56 Chapitre 4. Propriétés générales de la solution dans le cas d’un modèle de Barenblatt

3. L’ouverture v2j vérifie :

00
v2j = 0, v2j < v2j−1 dans (`2j , 1), et v2j = v2j−1 dans (0, `2j ). (4.23)

Pi  
4. Le champ ri = j=1 v2j−1 − v2j est dans W 2,∞ (0, 1), convexe et croissant.

5. À tous les pas jβ ≤ iα , δjβ est dans W 2,∞ (0, 1), convexe et croissant.

Preuve.

1. Du fait de l’unicité supposée, on peut utiliser le lemme 4.1.5 et on en déduit que durant les
pas de décharge l’ouverture ne peut que décroı̂tre, v2j β+1 ≤ v2j β et donc δ2j β+1 = δ2j β . Par
induction, on obtient δ2j = δ2j−1 .

2. Toujours du fait de l’unicité supposée et du lemme 4.1.5, durant les pas de charge l’ouverture
ne peut que croı̂tre, v(2j+1)β+1 ≥ v(2j+1)β et donc δ(2j+1)β+1 = δ(2j+1)β + v(2j+1)β+1 − v(2j+1)β .
Par induction et en tenant compte de 1, on obtient les expressions cherchées.

3. On omet l’indice j de phase de décharge et on n’utilise que l’indice α de pas de décharge.


Considérons le premier pas de décharge. D’après le lemme 4.1.5, il existe `1 tel que v1 < v0
dans (`1 , 1] et v1 = v0 ailleurs. D’où, d’après le lemme 4.1.6, v100 = 0 dans (`1 , 1) et donc
v10 = v10 (`1 ) dans (`1 , 1). Passons au second pas de décharge. On a v2 < v1 dans (`2 , 1) et
donc v200 = 0 dans (`2 , 1). D’où v20 = v20 (`2 ) dans (`2 , 1). On a nécessairement `2 ≤ `1 sinon
on aurait v20 (`2 ) < v10 (`1 ) mais aussi par régularité v20 (`2 ) = v10 (`1 ). Par récurrence la suite
des `α est décroissante d’où le résultat.
00
4. La régularité de ri est due à la régularité des vj . En vertu de 3, on a v2j−1 00 = 0 dans
− v2j
00 00 00
(0, `2j ) et v2j−1 − v2j = v2j−1 ≥ 0 dans (`2j , 1). D’où la convexité de ri . Comme ri (0) = 0 et
que ri ≥ 0, on a ri0 (0) ≥ 0 et donc ri0 ≥ 0 partout.

5. La preuve est une conséquence directe de la précédente et des propriétés de régularité, de


convexité et de monotonie de vjβ .

4.2 Unicité et indépendance vis à vis de la discrétisation

4.2.1 Unicité de la solution

Proposition 4.2.1 (Unicité en décharge) Soit (2i)α un pas de décharge. Si vjβ est unique
pour tout jβ < (2i)α , alors v(2i)α est unique.

Preuve. L’indice 2i de phase de décharge est omis pour simplifier les notations.
4.2. Unicité et indépendance vis à vis de la discrétisation 57

(a) cas `α = 0

(b) cas `α 6= 0

Fig. 4.4 – Solution en décharge

D’après le Lemme 4.1.5, il existe `α ∈ [0, 1) tel que vα = vα−1 sur [0, `α ] et vα < vα−1 sur
(`α , 1]. L’équation d’Euler (4.15) donne alors vα00 = 0 dans (`α , 1). Ainsi vα0 est constante partout
sur [`α , 1] et vα est donc une droite. Cette droite est soit vα (x) = Vα x si Vα < vα−1 0 (0) (dans ce
cas `α = 0), soit la droite tangente à vα−1 passant par (1, Vα ) (il ne peut y en avoir qu’une par
convexité de vα−1 ). 

Proposition 4.2.2 (Unicité en charge) Soit (2i + 1)α un pas de charge. Si vjβ est unique pour
tout jβ < (2i + 1)α , alors v(2i+1)α est unique.

Preuve. L’indice 2i + 1 de phase de charge est omis pour simplifier les notations. Soient vα et vα∗
deux minimiseurs de Eα sur Vα . Les ouvertures cumulées associées sont notées respectivement δα
et δα∗ . En vertu du lemme 4.1.8, on a
i 
X 
δα = vα + r, δα∗ = vα∗ + r, r= v2j−1 − v2j . (4.24)
j=1

Soit (a, b) une composante connexe de {x ∈ [0, 1] : vα (x) 6= vα∗ (x)}. Comme vα (0) = vα∗ (0) = 0
et vα (1) = vα∗ (1) = Vα et que les minimiseurs sont croissants, on a vα (a) = vα∗ (a) ≡ va et
58 Chapitre 4. Propriétés générales de la solution dans le cas d’un modèle de Barenblatt

vα (b) = vα∗ (b) ≡ vb avec 0 ≤ va < vb ≤ Vα . On peut sans restreindre la généralité supposer que
vα > vα∗ dans (a, b). Soit v ∈ (va , vb ). Il existe un unique point x(v) ∈ (a, b) tel que vα (x(v)) = v
et de même il existe un unique point x∗ (v) ∈ (a, b) tel que vα∗ (x∗ (v)) = v. Montrons le pour vα , le
raisonnement est identique pour vα∗ . Un tel point x(v) existe par continuité de vα . Pour l’unicité
il suffit de montrer que vα0 (x(v)) > 0. Comme vα est convexe croissante, si vα0 (x(v)) = 0, alors
vα0 = 0 sur (a, x(v)) et donc vα (x(v)) = va ce qui est une contradiction.
Donc x(v) et x∗ (v) sont uniques. De plus, x(v) < x∗ (v) puisque vα > vα∗ sur (a, b).

Fig. 4.5 – Unicité de la solution en charge.

En outre, comme vα > vα∗ ≥ vα−1 , en vertu du lemme 4.1.6, on a

2vα 00 (x) = φ0 (δα (x)), 2vα∗ 00 (x) ≤ φ0 (δα∗ (x)), ∀x ∈ (a, b). (4.25)

Comme r est croissante, on a r(x(v)) ≤ r(x∗ (v)) et donc δ(x(v)) ≤ δ ∗ (x∗ (v)). Mais comme φ est
concave, on en déduit que
1 1
vα 00 (x(v)) = φ0 (δα (x)) ≥ φ0 (δα∗ (x∗ (v))) ≥ vα∗ 00 (x∗ (v)), ∀v ∈ (va , vb ). (4.26)
2 2
Comme Z v Z x(v)
2 2
2 vα 00 (x(w))dw = 2 vα00 (x)vα0 (x)dx = vα0 (x(v)) − vα0 (a)
va a
et de même
Z v Z x∗ (v)
2 2
2 vα∗ 00 (x∗ (w))dw = 2 vα∗ 00 (x)vα∗ 0 (x)dx = vα∗ 0 (x∗ (v)) − vα∗ 0 (a)
va a

on en déduit l’inégalité
2 2 2 2
vα0 (x(v)) − vα0 (a) ≥ vα∗ 0 (x∗ (v)) − vα∗ 0 (a), ∀v ∈ (va , vb ).

Mais comme vα (a) = vα∗ (a) et que vα > vα∗ sur (a,b), on a vα0 (a) ≥ vα∗ 0 (a) et donc

vα0 (x(v)) ≥ vα∗ 0 (x∗ (v)), ∀v ∈ (va , vb )


4.2. Unicité et indépendance vis à vis de la discrétisation 59

ou de façon équivalente
dx dx∗
(v) ≤ (v), ∀v ∈ (va , vb ). (4.27)
dv dv
Mais comme x(va ) = x∗ (va ) = a et x(vb ) = x∗ (vb ) = b, on doit avoir
dx∗
Z vb  
dx
0= (v) − (v) dv
va dv dv
ce qui, compte tenu de (4.27), oblige à ce que vα0 = vα∗ 0 sur (a, b) et donc vα = vα∗ . 
À l’aide des Propositions 4.2.1 et 4.2.2, on obtient immédiatement, en raisonnant par induction,
que la solution du problème incrémental est unique pour une discrétisation donnée. Il est bon de
noter toutefois que l’unicité n’a été montrée que pour le minimiseur absolu à chaque pas de
discrétisation. Il resterait à montrer que ce résultat d’unicité vaudrait toujours si on considérait
des minima relatifs.

4.2.2 Indépendance vis à vis de la discrétisation


On va montrer dans cette sous-section que non seulement la solution du problème incrémental
est unique mais qu’en plus elle ne dépend pas de la discrétisation. Pour cela il suffit de montrer
que la solution obtenue pour une discrétisation quelconque du chargement est la même que celle
que l’on obtient en effectuant chaque phase de charge ou de décharge en un seul pas. C’est l’objet
de la Proposition suivante.
Proposition 4.2.3 Soit respectivement {(vi , δi )}i∈N et {(vi∗ , δi∗ )}i∈N les solutions aux points d’in-
version du sens de chargement du problème incrémental lors respectivement d’une discrétisation
quelconque (α ∈ {0, · · · , ni }) et d’une discrétisation en un pas (α ∈ {0, 1}) de chaque phase. On
a nécessairement (vi , δi ) = (vi∗ , δi∗ ), ∀i ∈ N.

Preuve. On raisonne par induction. On suppose que le résultat est vrai pour les (i − 1) premières
phases et on montre que c’est vrai pour la ième . On distingue les phases de charge et de décharge.
(i) Phase de charge. On omet l’indice i et tous les indices seront des indices α de pas de
charge. On raisonne par récurrence sur les pas de charge. Considérons les deux premiers pas de
charge. Appelons (v0 , δ0 ) la condition initiale de la phase de charge considérée, (v1 , δ1 ) et (v2 , δ2 )
la solution à la fin des deux premiers pas. Appelons (v2∗ , δ2∗ ) la solution correspondant à une monté
en charge en un seul pas jusqu’à V2 . Il suffit de montrer que v2∗ = v2 . On sait que v2 ≥ v1 ≥ v0 et
que v2∗ ≥ v0 . D’où δ2 = δ0 + v2 − v0 , δ1 = δ0 + v1 − v0 et δ2∗ = δ0 + v2∗ − v0 . Posons
Z 1 
2
E(v) = v 0 + φ (δ0 + v − v0 ) dx,
0

on a donc
v2 = Argminv∈V2 :v≥v1 E(v), v2∗ = Argminv∈V2 :v≥v0 E(v), v1 = Argminv∈V1 :v≥v0 E(v).
Remarquons que si v2∗ ≥ v1 alors du fait de l’unicité, on a v2 = v2∗ . Supposons maintenant que v2∗
n’est pas supérieur à v1 . Comme v2∗ (1) > v1 (1) et que v2∗ (0) > v1 (0) = 0, il existe un intervalle
(a, b) tel que v2∗ (a) = v1 (a), v2∗ (b) = v1 (b) et v2∗ < v1 sur (a, b). Construisons les champs w1 et w2
suivants
 ∗ 
v2 (x) si a ≤ x ≤ b v1 (x) si a ≤ x ≤ b
w1 (x) = , w2 (x) = (4.28)
v1 (x) ailleurs v2∗ (x) ailleurs
60 Chapitre 4. Propriétés générales de la solution dans le cas d’un modèle de Barenblatt

Comme w1 ∈ V1 et w2 ∈ V2 , on a E(v1 ) ≤ E(w1 ) et E(v2∗ ) ≤ E(w2 ). D’où


Z b  Z b  Z b 
02 0∗ 2 ∗ 2
v1 + φ (δ0 + v1 − v0 ) dx ≤ v2 + φ (δ0 + v2 − v0 ) dx ≤ v10 + φ (δ0 + v1 − v0 ) dx
a a a

d’où l’égalité et donc v1 = v2∗ sur (a, b) ce qui est contradictoire.


(ii) Phase de décharge. On peut utiliser la propriété 3 du lemme 4.1.8 qui dit que δi∗ = δi = δi−1
et qu’il existe `∗i et `i tels que

vi∗ 00 = 0 sur (`∗i , 1), vi∗ = vi−1 sur (0, `∗i ), vi 00 = 0 sur (`i , 1), vi = vi−1 sur (0, `i ).

En raisonnant comme pour l’unicité (cf Proposition 4.2.1), on en déduit que vi∗ = vi . 

4.2.3 Récapitulatif
Compte tenu des résultats précédents —unicité en décharge (proposition 4.2.1), unicité en
charge (proposition 4.2.2) et indépendance de la solution vis à vis de la discrétisation (proposi-
tion 4.2.3)— charges et décharges peuvent être résolues en un unique pas de temps (et donc seul
un indice est utile dans la discrétisation). Comme le présente la Figure 4.6, les indices impairs
(repectivement les indices pairs) correspondent aux demi-cycles de charge (respectivement aux
demi-cycle de décharge).


   



  

t

Fig. 4.6 – Discrétisation du chargement

La résolution du problème revient alors à déterminer à chaque pas de temps les champs d’ou-
verture v et d’ouverture cumulée δ et la position de la pointe `. Pour cela on écrit

– pour un pas de charge :



v2i−1 (x) = v2i−2 (x) si 0 ≤ x ≤ `2i−1
00 0 (4.29)
2v2i−1 (x) = φ (δ2i−1 (x)) si `2i−1 ≤ x ≤ 1,
les conditions aux limites v2i−1 (0) = 0 et v2i−1 (1) = V2i−1 et les conditions de continuité
0
[[v2i−1 ]](`2i−1 ) = [[v2i−1 ]](`2i−1 ) = 0.
4.3. Réponse sous chargement cyclique simple 61

– pour un pas de décharge :



v2i (x) = v2i−1 (x) si 0 ≤ x ≤ `2i
00 (x) = 0 (4.30)
v2i si `2i ≤ x ≤ 1,

les conditions aux limites v2i (0) = 0 et v2i (1) = V2i et les conditions de continuité
0 ]](` ) = 0.
[[v2i ]](`2i ) = [[v2i 2i

4.3 Réponse sous chargement cyclique simple

4.3.1 Position du problème

Appliquons les résultats précédents dans le cas d’un chargement cyclique d’amplitude constante
VM avec “retour à zéro”, i.e. Vm = 0 (aussi appelé chargement répété dans la littérature). On
traitera dans le Chapitre 7 le cas d’un chargement cyclique de rapport d’ouverture R = Vm /VM non
nul. L’unicité et l’indépendance de la solution à la discrétisation permettent de calculer chaque
demi-cycle en un unique pas de temps. L’indice i ∈ N∗ se réfère à un demi-cycle, les indice
impairs étant relatifs aux demi-cycles de charge et les indices pairs aux demi-cycles de décharge,
cf Figure 4.7.

V
1 3 2i+1
VM

t
0 2 4 2i

Fig. 4.7 – Ouverture cyclique d’amplitude VM imposée à l’extrémité du film.

• V (t) croı̂t de V2i = 0 à V2i+1 = VM quand t croı̂t de 2i à 2i + 1 (demi-cycle de charge).


• V (t) décroı̂t de V2i+1 = VM à V2i+2 = 0 quand t croı̂t de 2i + 1 à 2i + 2 (demi-cycle de décharge).

Soit respectivement V0 et V1 l’ensemble des champs d’ouverture admissibles respectivement à


la fin des demi-cycles de décharge et de charge :

V0 = v ∈ W 1,2 (0, 1), v(0) = 0, v ≥ 0, v(1) = 0 , V1 = v ∈ W 1,2 (0, 1), v(0) = 0, v ≥ 0, v(1) = VM
 

Le problème incrémental s’écrit :


Sachant que v0 = δ0 = 0, trouver, pour i ∈ N∗ , vi ∈ Vi et δi tels que


Ei (vi ) ≤ Ei (v) ∀v ∈ Vi et δi = δi−1 + vi − vi−1 (4.31)
62 Chapitre 4. Propriétés générales de la solution dans le cas d’un modèle de Barenblatt

où l’énergie est donnée par


Z 1 Z 1  
Ei (v) = v 0 (x)2 dx + φ δi−1 (x) + hv(x) − vi−1 (x)i dx (4.32)
0 0

et Vi = V0 si i est pair, Vi = V1 si i est impair.

4.3.2 Propriétés de la réponse


On peut utiliser les résultats des sections précédentes de ce chapitre concernant l’existence, la
structure et l’unicité de la solution. De plus, à la fin des demi-cycles de décharge on obtient le
résultat fondamental suivant
Proposition 4.3.1 L’ouverture revient à zéro à la fin des demi-cycles de décharge et l’ouverture
cumulée n’évolue pas lors des demi-cycles de décharge :
i
X
v2i = 0, δ2i = δ2i−1 = v2j−1 . (4.33)
j=1

Preuve. Comme 0 ∈ V0 , on peut écrire


Z 1 Z 1 
2
E2i (0) = φ (δ2i−1 )dx ≤ v 0 + φ (δ2i−1 + hv − v2i−1 i) dx = E2i (v), ∀v ∈ V0 ,
0 0

qui montre que 0 est un minimiseur de E2i sur V0 . Comme on sait qu’il est unique, on a v2i = 0.
Le reste de la proposition est évident. 
En vertu de ce résultat, l’énergie lors des demi-cycles de charge peut s’écrire

E2i+1 (v) = P(v) + S(δ2i−1 + v). (4.34)

On obtient la Proposition suivante


Proposition 4.3.2 L’ouverture cumulé δ2i+1 et l’ouverture v2i+1 possèdent les propriétés sui-
vantes :
1. Les champs x 7→ v2i+1 (x) et x 7→ δ2i+1 (x) sont des fonctions croissantes de x.
2. Le support du champ d’ouverture x 7→ v2i+1 (x) est un intervalle de la forme [`i , 1] avec
0 ≤ `i < 1.
3. Le champ d’ouverture v2i+1 satisfait l’équation d’Euler
00
−2v2i+1 + φ0 (δ2i+1 ) = 0 dans (`i , 1) (4.35)

et les conditions aux limites


0
v2i+1 (1) = VM , v2i+1 (`i ) = 0, v2i+1 (`i ) = 0 si `i > 0. (4.36)

4. Le champ d’ouverture v2i+1 satisfait l’équation variationnelle suivante


Z 1 Z 1
0 0
2 v2i+1 (x)v (x) dx + φ0 (δ2i+1 (x))v(x) dx = 0, ∀v ∈ C0∞ (0, 1). (4.37)
0 `i
4.3. Réponse sous chargement cyclique simple 63

5. Les champs v2i+1 et δ2i+1 sont des fonctions convexes de x.


6. La suite {`i }i∈N est décroissante.
7. Les champs v2i+1 et δ2i+1 sont strictement croissants sur leur support (`i , 1).
8. Les suites {v2i+1 }i∈N et {δ2i+1 }i∈N sont croissantes.

Preuve
1. Supposons que v2i+1 soit non croissant, alors il existe x1 , x2 et v0 tels que 0 ≤ x1 < x2 ≤ 1,
v2i+1 (x1 ) = v2i+1 (x2 ) = v0 et v2i+1 > v0 dans (x1 , x2 ). Considérons le champ w défini par w = v0
dans (x1 , x2 ), et w = v2i+1 ailleurs. Ce champ appartiendrait à V1 et son énergie satisferait
Ei (w) < Ei (v2i+1 ) parce que w ≤ v2i+1 et w02 ≤ v2i+1 02 , les inégalités étant strictes dans des ouverts

non vides. Mais ceci est impossible puisque v2i+1 est un minimiseur. Donc v2i+1 est un fonction
croissante de x et par induction δ2i+1 aussi. 
2. C’est une conséquence directe de la monotonie de v2i+1 . 
3. L’équation d’Euler s’obtient classiquement alors que les conditions en x = `i sont des
conséquences de la régularité de v2i+1 (puisque v2i+1 est dans W 2,+∞ (0, 1), il est aussi continûment
differentiable). 
4. Comme 2v2i+100 = φ0 (δ2i+1 ) dans (`i , 1) et 2v2i+1
00 = 0 dans (0, `i ), en multipliant ces deux

relations par v ∈ C0 (0, 1) et en intégrant sur (0, 1), il vient
Z `i Z 1 Z 1
00 00
−2 v2i+1 v dx −2 v2i+1 v dx + φ0 (δ2i+1 )v dx = 0.
0 `i `i

En intégrant par parties les deux premiers termes et en tenant compte des conditions aux limites
(4.36), on obtient (4.37). 
5. La convexité de v2i+1 se déduit de l’équation d’Euler et de la monotonie de φ . 
6. Montrons que `i ≤ `i−1 . Supposons le contraire, `i > `i−1 ≥ 0. Alors les champs v2i+1 et
v2i−1 satisferaient respectivement 2v2i+1 00 = φ0 (δ2i+1 ) et 2v2i−1
00 = φ0 (δ2i−1 ) dans (`i , 1). Comme
δ2i+1 = δ2i−1 + v2i+1 ≥ δ2i−1 et comme φ est concave, on aurait v2i+1 00 00
≤ v2i−1 dans (`i , 1).
0
Mais v2i+1 (`i ) = v2i+1 (`i ) = 0 alors que, comme v2i−1 est croissante et convexe, v2i−1 (`i ) > 0 et
0
v2i−1 0
(`i ) > 0. Il s’ensuivrait que v2i+1 0
< v2i−1 dans (`i , 1). En intégrant cette inégalité sur tout
l’intervalle (`i , 1) et en tenant compte de la condition à la limite v2i+1 (1) = v2i−1 (1) = VM on
aurait v2i−1 (`i ) < 0, ce qui est impossible. 
7. En vertu de la propriété précédente, [`i , 1] est le support à la fois de v2i+1 et de δ2i+1 .
Comme v2i+1 est convexe, v2i+1 0 est croissante. Comme v2i+1 0 0
(`i ) ≥ 0, v2i+1 > 0 dans (`i , 1).
0 0
En effet, si v2i+1 (x0 ) = 0 pour un certain x0 ∈ (`i , 1), alors v2i+1 (x) = 0, ∀x ≤ x0 , et alors
v2i+1 (x) = 0, ∀x ≤ x0 , ce qui est en contradiction avec le support de v2i+1 . Donc v2i+1 est
strictement croissante sur son support et par conséquent δ2i+1 aussi. 
8. Par construction on a δ2i+1 = δ2i−1 + v2i+1 ≥ δ2i−1 . Prouvons que v2i+1 ≥ v2i−1 . Supposons
que non, alors il existerait x1 et x2 tels que `i−1 ≤ x1 < x2 ≤ 1, v2i+1 (x1 ) = v2i−1 (x1 ), v2i+1 0 (x1 ) ≤
0 0 0
v2i−1 (x1 ), v2i+1 < v2i−1 dans (x1 , x2 ), v2i+1 (x2 ) = v2i−1 (x2 ) et v2i+1 (x2 ) ≥ v2i−1 (x2 ). Mais, à cause
de la concavité de φ et de l’équation d’Euler que doivent vérifier v2i−1 et v2i+1 sur l’intervalle
00
(`i−1 , 1), on aurait aussi v2i+1 00
≤ v2i−1 sur (x1 , x2 ). En intégrant cette inégalité on obtiendrait
Z x2
00 00 0 0 0 0

0≥ v2i+1 − v2i−1 dx = v2i+1 (x2 ) − v2i+1 (x1 ) + v2i−1 (x1 ) − v2i−1 (x2 ) ≥ 0.
x1
64 Chapitre 4. Propriétés générales de la solution dans le cas d’un modèle de Barenblatt

0 0
R x 00 00
 0 0
Ainsi, on devrait avoir v2i+1 (x1 ) = v2i−1 (x1 ) et donc 0 ≥ x1 v2i+1 −v2i−1 dx = v2i+1 (x)−v2i−1 (x)
dans (x1 , x2 ). En intégrant cette inégalité sur (x1 , x2 ), on aurait
Z x2
0 0

0 = v2i+1 (x2 ) − v2i+1 (x1 ) + v2i−1 (x1 ) − v2i−1 (x2 ) = v2i+1 − v2i−1 dx ≤ 0.
x1

0
Donc on devrait avoir v2i+1 0
= v2i+1 dans (x1 , x2 ) et donc v2i+1 = v2i+1 , ce qui est une contradic-
tion. 

4.3.3 Mise en évidence de la fatigue


Nous allons montrer dans cette sous-section que l’on peut effectivement rendre compte de la
fatigue avec une énergie de surface de BARENBLATT alors que c’est impossible avec une énergie
de surface de GRIFFITH. Pour cela nous allons calculer la réponse à la fin du premier cycle, puis
montrer que cycle après cycle le film se décolle progressivement et que ce processus ne s’arrête
jamais —contrairement à ce qui se passe avec l’énergie de surface de GRIFFITH qui conduit à une
adaptation en un cycle.

Réponse à la fin du premier demi-cycle


À la fin de la première montée en charge, le film est partiellement décollé sur l’intervalle (0, `1 ),
l’ouverture et l’ouverture cumulée étant égale à v1 . En vertu des propositions précédentes, v1 et
`1 sont donnés par

2 v100 = φ0 (v1 ) dans (`1 , 1), v1 (1) = VM , v1 (`1 ) = 0, v10 (`1 ) = 0 si `1 > 0. (4.38)

Il est facile de voir que l’équation différentielle autonome régissant v1 admet une intégrale première

v10 (x)2 = φ (v1 (x)) + C, ∀x ∈ (`1 , 1), (4.39)

où C est une constante à déterminer. Sa détermination demande de distinguer les cas `1 > 0 du
cas `1 = 0.
1. `1 > 0. Alors les conditions aux limites en `1 donnent C = 0, ce qui signifie qu’en chaque
point x de la zone cohésive l’énergie potentielle et l’énergie de surface sont équi-réparties.
La pointe `1 de la zone cohésive, l’énergie potentielle P1 = P(v1 ) et l’énergie de surface
S1 = S(v1 ) sont obtenues par quadrature :
Z VM Z VM p
dv
1 − `1 = p , P1 = S1 = φ (v)dv. (4.40)
0 φ (v) 0

Pour que l’on soit dans ce cas, il faut que VM soit assez petit :
Z VM
dv
p < 1. (4.41)
0 φ (v)

2. `1 = 0. Dans ce cas C est obtenu à l’aide des conditions aux limites v1 (0) = 0 et v1 (1) = VM ,
ce qui conduit à l’équation Z VM
dv
1= p (4.42)
0 φ (v) + C
4.3. Réponse sous chargement cyclique simple 65

qui admet une solution unique positive pourvu que


Z VM
dv
p ≥ 1. (4.43)
0 φ (v)

L’énergie potentielle P1 et l’énergie de surface S1 sont toujours obtenues par quadrature :


Z VM p Z VM
φ (v)
P1 = φ (v) + C dv, S1 = p  dv. (4.44)
0 0 φ (v) + C

Remarque 4.3.3 On notera que ces formules restent valables si l’on prend pour énergie de surface
l’énergie de GRIFFITH φ0 . On retrouve alors les expressions (3.29) et (3.30) obtenues au Chapitre 3.

Réponse après un grand nombre de cycles


Nous sommes maintenant en mesure d’obtenir le résultat fondamental suivant

Proposition 4.3.4 Quelle que soit l’amplitude VM > 0 du chargement, la pointe de la zone
cohésive `i décroı̂t vers 0, l’ouverture vi converge (de façon monotone) vers VM x, l’énergie po-
tentielle Pi = P(v2i+1 ) décroı̂t vers VM2 et l’énergie de surface S = S(δ
i 2i+1 ) croı̂t vers 1 quand le
nombre de cycles i tend vers l’infini.

Preuve
1. Montrons que {Pi }i∈N et {Si }i∈N sont une suite, respectivement, décroissante et croissante.
Nous savons déjà grâce à la Proposition 4.3.2 que {`i }i∈N est une suite décroissante. Comme
δ2i+1 ≥ δ2i−1 et comme φ est monotone croissante, on a Si ≥ Si−1 . Comme v2i+1 est le minimiseur
de E2i+1 sur V1 , on a

E2i+1 (v2i+1 ) = Pi + Si ≤ E2i+1 (v2i−1 ) = Pi−1 + S(δ2i−1 + v2i−1 ).

Mais comme v2i+1 ≥ v2i−1 , on a aussi δ2i+1 ≥ δ2i−1 + v2i−1 et Si ≥ S(δ2i−1 + v2i−1 ). Donc
Pi ≤ Pi−1 . 
2. Montrons que v2i+1 converge faiblement, au sens de la norme H 1 (0, 1) vers v∞ ∈ V1 . Comme
i 7→ Pi est une suite décroissante, i 7→ v2i+1 0 est une suite bornée dans V1 dont on peut extraire
une sous-suite qui converge faiblement vers v∞ ∈ V1 . Par conséquent la sous-suite vi (x) converge
simplement presque partout vers v∞ (x). On sait d’autre part que i 7→ vi est une suite croissante,
donc la limite v∞ est nécessairement unique et donc toute la suite {vi }i∈N converge. 
3. Montrons que limi→∞ `i = 0. La suite {`i }i∈N étant décroissante et positive, elle converge vers
une limite `∞ ≥ 0. Supposons que `∞ > 0. Quel que soit x ∈ (`∞ , 1) il existe un indice I(x) à partir
duquel v2i+1 (x) devient strictement positif. Comme i 7→ v2i+1 est croissante, δ2i+1 (x) croı̂t vers
l’infini et donc i 7→ φ0 (δ2i+1 (x)) est une suite décroissante convergeant vers
R 1 0. En vertu du théorème
de Beppo Levi sur la convergence monotone, on en déduit que limi→∞ `∞ φ0 (δ2i+1 )v dx = 0 pour
tout v ∈ C0∞ (0, 1). En passant à la limite dans l’équation variationnelle (4.37), nous obtenons
R1 0 0 00
0 v∞ v dx = 0 et donc v∞ = 0. Mais comme v∞ = 0 dans (0, `∞ ), on a nécessairement v∞ = 0
partout, ce qui est impossible puisque v∞ (0) = VM > 0. 
4. Montrons que limi→∞ Si = 1. Quel que soit x ∈ (0, 1) il existe un indice I(x) à partir duquel
v2i+1 (x) devient strictement positive. Comme i 7→ v2i+1 est croissante, δ2i+1 (x) croı̂t vers l’infini
66 Chapitre 4. Propriétés générales de la solution dans le cas d’un modèle de Barenblatt

et donc i 7→ φ (δ2i+1 (x)) est une suite croissante convergeantR 1 vers 1. Grâce au théorème de Beppo
Levi de convergence monotone, on en déduit que limi→∞ 0 φ (δ2i+1 )dx = 1. 
5. Montrons que v∞ (x) = VM x. Comme δ2i+1 (x)Rcroı̂t vers l’infini pour tout x ∈ (0, 1), on déduit
1
toujours du théorème de Beppo Levi que limi→∞ 0 φ0 (δ2i+1 )v dx = 0 pour tout v ∈ C0∞ (0, 1). En
R1 0 0 00 = 0
passant à la limite dans l’équation variationnelle (4.37) on obtient 0 v∞ v dx = 0 et donc v∞
dans (0, 1). Mais comme v∞ (0) = 0 et v∞ (1) = VM , on obtient v∞ (x) = VM x. 
6. Montrons que limi→∞ Pi = VM 2 . La suite i 7→ v 00 ∞ 0
2i+1 est bornée dans L (0, 1) par φ (0)/2. Donc
1
la suite i 7→ v2i+1 converge fortement dans H (0, 1) vers v∞ . D’où limi→∞ Pi = P(v∞ ) = VM 2. 

4.3.4 Bilans d’énergie


Du fait de l’unicité de la solution et de son indépendance vis à vis de la discrétisation, il
est possible de déterminer la solution pour n’importe quel temps intermédiaire. Considérons le
(i + 1)ème demi-cycle de charge et prenons la valeur V de l’ouverture imposée en x = 1 comme
paramètre de temps. Le champ d’ouverture v[V ] : x 7→ v[V ](x) à cet instant là peut se déterminer
en considérant un pas de temps depuis le début du (i + 1)ème demi-cycle de charge, i.e. entre
V2i = 0 et V . Compte-tenu de la monotonie en temps, cela revient à minimiser P(v) + S(δ2i−1 + v)
parmi les v vérifiant v(1) = V . On peut utiliser les résultats de la section 4.1 et on sait que
v[V ] ∈ W 2,∞ (0, 1) et qu’il existe `[V ] ∈ [0, 1) tel que

v[V ] = 0 dans [0, `[V ]], 2v[V ]00 = φ0 (δ2i−1 + v[V ]) dans (`[V ], 1).

De plus V 7→ `[V ] est décroissante, alors que V 7→ v[V ] est croissante. En notant v[V ] la vitesse
.
.
d’ouverture, i.e. la dérivée de V 7→ v[V ], en multipliant l’équation d’Euler par v[V ] et en intégrant,
il vient
1 1
. .
Z Z
0 = −2 v[V ]00 v[V ] dx + φ0 (δ2i−1 + v[V ])v[V ] dx.
0 `[V ]

En intégrant par parties, en tenant compte des conditions aux limites, en remarquant que v[V ](1) =
.
1 et en notant T [V ] l’effort tranchant adimensionnalisé en x = 1,

T [V ] = 2v[V ]0 (1), (4.45)

on obtient
1 1
. .
Z Z
T [V ] = 2 v[V ] v[V ]0 dx +
0
φ0 (δ2i−1 + v[V ])v[V ] dx.
0 `[V ]

On reconnaı̂t dans les deux termes de droite, la dérivée par rapport à V de, respectivement,
l’énergie potentielle P[V ] et de l’énergie de surface S[V ] à l’instant V :
. .
T [V ] = P[V ] + S[V ], (4.46)

équation qui n’est rien d’autre que le bilan des puissances à l’instant V , T [V ] représentant la
puissance des efforts extérieurs. En l’intégrant sur le demi-cycle, on obtient le bilan d’énergie
Z VM
T [V ] dV = Pi + Si − Si−1 . (4.47)
0

On a vu que, lors de la première montée en charge, il y a équi-répartition du travail des efforts


extérieurs entre l’énergie potentielle et l’énergie de surface. Lors de la première décharge l’énergie
4.3. Réponse sous chargement cyclique simple 67

de surface n’évolue pas alors que l’énergie potentielle est intégralement restituée. Lors des montées
en charge suivantes, le film acquiert une énergie potentielle moindre, alors que l’énergie de surface
continue de croı̂tre. Par conséquent, d’un point de vue énergétique, le processus de fatigue consiste
en une perte progressive de l’énergie potentielle et en un gain progressif de l’énergie de surface. Le
processus ne s’arrête que lorsque le film est totalement décollé, ce qui n’a lieu qu’asymptotiquement
en raison de la fixation en x = 0 qui fait qu’il subsiste toujours un peu de cohésion au voisinage
de ce point.
68 Chapitre 4. Propriétés générales de la solution dans le cas d’un modèle de Barenblatt
Chapitre 5

Résolution dans le cas du modèle de Dugdale

5.1 Structure générale de la solution

Le Chapitre 3 a permis de rejeter l’hypothèse de GRIFFITH sur l’énergie de surface


(indépendante de l’ouverture en mode I) pour rendre compte du phénomène de fatigue. Dans
la formulation présentée au Chapitre 2, il convient donc de choisir des énergies de surface de type
BARENBLATT, c’est à dire dépendantes de l’ouverture cumulée δ (pour un problème de type I)
entre le film et le socle au cours du temps. Dans ce Chapitre on fait le choix d’une énergie de
surface de DUGDALE, i.e. de la forme la plus simple possible pour une énergie de surface de type
BARENBLATT, afin de résoudre le problème de façon quasi-analytique. En reprenant la définition
du Chapitre 2 et les notations du Chapitre 3, la densité d’énergie de surface s’exprime sous la
forme adimensionnalisée suivante

δ/ si δ ≤ 
φ (δ) = (5.1)
1 si δ ≥ 

où  est proportionnel au rapport entre l’ouverture cumulée critique δc et la longueur L du film.
Ainsi lorsque, en un point x, l’ouverture cumulée δ(x) atteint la valeur critique , le décollement
du film est complet au point x. Autrement dit, les forces cohésives s’opposant au décollement du
film s’annulent dès que δ > .
On considère tout d’abord le cas d’un chargement cyclique simple d’amplitude VM avec retour
à zéro. Comme l’ouverture cumulée n’évolue pas lors des décharges et comme l’ouverture revient
à 0 à la fin de chaque décharge, on ne s’intéressera qu’aux phases de charge et l’indice i ∈ N∗ fera
référence au ième demi-cycle de charge. On peut appliquer les résultats du chapitre précédent et
on sait que le champ d’ouverture x 7→ vi et le champ d’ouverture cumulée δi sont des fonctions
positives, croissantes, convexes et continûment différentiables. De plus les suites i 7→ vi et i 7→ δi
sont croissantes. Comme l’ouverture cumulée à la fin du cycle i peut s’écrire :
i
X
δi = vj , (5.2)
j=1

δi a le même support que vi . On peut donc a priori envisager que les champs vi et δi sont divisés
en 3 zones :
1. Une zone parfaitement collée : l’intervalle [0, `i ] où vi = δi = 0. Cette zone se réduira au
point {0} au bout d’un nombre suffisant de cycles.

69
70 Chapitre 5. Résolution dans le cas du modèle de Dugdale

2. Une zone partiellement décollée ou zone cohésive : l’intervalle (`i , λi ) où 0 < δi < .
Cette zone existe nécessairement à chaque cycle du fait des conditions aux limites, puisque
δi (0) = 0 et δi (1) = iVM > 0. Elle peut s’étendre jusqu’à l’extrémité 1, dans ce cas λi = 1,
lors des premiers cycles si l’amplitude du chargement est trop faible (si VM ≤ ). Cela
correspondra à la phase dite d’amorçage.
3. Une zone parfaitement décollée ou zone non cohésive : l’intervalle (λi , 1) où δi > .
Cette zone n’existera pas (l’intervalle sera vide) lors de la phase d’amorçage.
La résolution, i.e. la détermination de `i , λi , vi et δi , se fait
1. en résolvant les équations d’Euler dans les zones cohésive et non cohésive :
1
vi00 = dans (`i , λi ), vi00 = 0 dans (λi , 1). (5.3)
2

2. en écrivant les conditions aux limites :

vi (0) = 0, vi (1) = VM . (5.4)

3. en écrivant la continuité de vi et de vi0 à la limite entre la zone cohésive et la zone non


cohésive si cette dernière existe :

[[vi ]](λi ) = [[vi0 ]](λi ) = 0 si λi < 1. (5.5)

En `i les conditions à écrire sont différentes suivant que `i = 0 ou `i > 0. Dans le second cas,
par continuité vi0 (`i ) = 0, alors que dans le premier on a seulement vi0 (0) ≥ 0 :
   
vi (`i ) = vi0 (`i ) = 0 et `i > 0 ou vi0 (0) ≥ 0 et `i = 0 . (5.6)

4. en écrivant que l’ouverture cumulée vaut  en λi quand λi < 1 :


   
δi (λi ) =  et λi < 1 ou δi (1) ≤  et λi = 1 . (5.7)

Remarque 5.1.1 Les équations (5.3), (5.4) et (5.5) permettent de déterminer vi en supposant
connus `i et λi , alors que (5.6) et (5.7) permettent de déterminer `i et λi . Toutes ces condi-
tions sont en fait des conditions d’optimalité de l’énergie et on sait que ce problème admet une
solution unique.

5.2 Première montée en charge

La solution du problème de minimisation à la fin de la première montée en charge dépend de la


valeur du paramètre . On distingue ainsi deux situations différentes selon que  est faible (cas des
films longs) ou que  est grand (cas des films courts). Dans la suite, on n’étudiera que le cas des
films longs, la solution pour les films courts étant proposée succinctement dans la Remarque 5.2.2
5.2. Première montée en charge 71

Proposition 5.2.1 La configuration du décollement des films longs ( < 1/2) dépend de l’intensité
VM de l’amplitude de l’ouverture cyclique imposée. On distingue 3 cas :
– si 0 < VM ≤ , alors le film est parfaitement collé sur [0, `1 ] et partiellement décollé sur
(`1 , 1). Il n’y a pas de zone parfaitement décollée : λ1 = 1.
Le champ d’ouverture v1 s’écrit

 0 si 0 ≤ x ≤ `1
v1 (x) = (5.8)
(x − `1 )2 /4 si `1 ≤ x ≤ 1

où `1 , la position de la tête de zone d’amorçage, est donnée par


p
`1 = 1 − 4VM (5.9)

– si  < VM < 1 − , alors le film est parfaitement collé sur [0, `1 ], partiellement décollé sur
(`1 , λ1 ) et parfaitement décollé sur (λ1 , 1).
Le champ d’ouverture prend alors la forme

si 0 ≤ x ≤ `1

 0




v1 (x) = (x − `1 )2 /4 si `1 ≤ x ≤ λ1 (5.10)




 (λ1 −`1 )
2 (x − λ1 ) + (λ1 − `1 )2 /4 si λ1 ≤ x ≤ 1

où `1 et λ1 sont respectivement la tête de zone partiellement décollée et la tête de zone


décollée et vérifient

`1 = 1 − VM −  λ1 = 1 − V M +  (5.11)

– si VM ≥ 1 − , alors le film est partiellement décollé sur (0, λ1 ) et complètement décollé sur
(λ1 , 1). La zone parfaitement collée se réduit au point 0, `1 = 0.
L’ouverture s’écrit


 x2 /4 + Ax si 0 ≤ x ≤ λ1

v1 (x) = (5.12)
λ λ2
 ( 1 + A)(x − λ1 ) + 1 + Aλ1 si λ1 ≤ x ≤ 1


2 4

p
avec λ1 = −2A + 2 A2 + 1 (5.13)

et où A est la solution du polynôme suivant

4A3 + [1 − 2(VM + )] A2 + 4A + 1 − (VM + )(VM − ) − 42 = 0


 
(5.14)

Remarque 5.2.2 Si on considère un film court (i.e. si  ≥ 1/2), alors la configuration du film est
l’une des 3 suivantes :
– si 0 < VM ≤ 1/4, alors le film est parfaitement collé sur [0, `1 ] et partiellement décollé sur
(`1 , 1), le champ d’ouverture étant donné par (5.8) et `1 par (5.9).
72 Chapitre 5. Résolution dans le cas du modèle de Dugdale

– si 1/4 < VM < , alors le film est partiellement décollé sur [0, 1) et le champ d’ouverture
prend la forme v1 (x) = x2 /4 + (VM − 1/4)x ∀x ∈ [0, 1).
– si VM ≥ , alors le film est partiellement décollé sur [0, λ1 ) et complètement décollé sur
(λ1 , 1). L’ouverture est donnée par (5.12) et λ1 par (5.13).

On supposera désormais que  < 1/2 car un des objectifs est de passer à la limite
lorsque  → 0 afin d’exhiber des lois continues de fissuration en fatigue.

5.3 Nombre de cycles d’amorçage Na .

5.3.1 À propos du phénomène d’endurance


Comme on l’a vu précédemment lors de l’étude du premier cycle, pour des amplitudes de
chargement VM assez faibles, il n’existe aucun point x le long du film où le décollement est total.
Cependant il apparaı̂t dès la mise en charge (en raison de la “singularité” introduite par l’ou-
verture imposée en x = 1) une zone de décollement partiel de longueur d = 1 − `1 , longueur
qui est d’autant plus petite que VM est faible (voir Proposition 5.2.1). Cette zone, appelée “zone
d’amorçage” du décollement dans la suite, peut ne pas se propager au cours des cycles pourvu que
l’ouverture cumulée n’atteigne pas sa valeur critique en x = 1. Mais, dans cette zone, la variable
d’ouverture cumulée évolue au cours des cycles et donc après un nombre Na de cycles d’amorçage,
le décollement est inévitable car δ aura atteint .
Il s’avère donc qu’on ne peut pas rendre compte du phénomène d’endurance dans ce problème.
Remarque 5.3.1 : Comme on l’avait déjà noté lors de l’étude du problème avec énergie de surface
de GRIFFITH (Chapitre 3), la décohésion (ou au moins son amorçage) démarre dès la mise en
charge du fait de la présence d’une singularité à déplacement contrôlé.
Toutefois le modèle n’est a priori pas un obstacle à la mise en évidence du phénomène d’endu-
rance (Chapitre 1). Comme le montrent les études unidimensionnelle CHARLOTTE et al [13] et
tridimensionnelle LAVERNE et MARIGO [40], une structure sur laquelle on impose une force reste
saine —pour des énergies de surface de type BARENBLATT dont la dérivée en zéro n’est pas nulle—
tant que la force ne dépasse pas une certaine force critique Fc .
Ainsi, sous chargement cyclique d’amplitude constante FM < Fc , il n’y aurait jamais amorçage et
propagation d’une fissure même après un nombre infini de cycles. On aurait de ce fait un critère
d’endurance en contrainte comme annoncé initialement par Wöhler (voir Chapitre 1).

5.3.2 Évaluation du nombre de cycles d’amorçage Na


On se propose de déterminer le nombre de cycles d’amorçage Na nécessaire pour voir effecti-
vement apparaı̂tre un décollement. On va montrer que celui-ci est fonction du niveau d’amplitude
de chargement à  fixé.
Proposition 5.3.2 En considérant  < 1/2 et VM fixés, le nombre de cycles d’amorçage Na est
donné par
 

Na = Ent (5.15)
VM
5.4. Décollement progressif 73

où Ent [θ] désigne la partie entière de θ. Si VM ≤ , la structure de la solution durant ces Na ≥ 1
cycles est la suivante : une zone parfaitement collée [0, `1 ] et une zone partiellement décollée (`1 , 1).
Le champ d’ouverture correspondant s’écrit pour tout i ∈ {1, · · · , Na }

 0 si 0 ≤ x ≤ `1
vi (x) = (5.16)
 2
(x − `1 ) /4 si `1 ≤ x ≤ 1
où `1 représente la position de la pointe de zone partiellement décollée et est définie par
p
1 − `1 = 4VM . (5.17)

Preuve. Le nombre de cycles d’amorçage Na s’obtient en remarquant que δi (1) = iVM et par
définition Na est tel que
δNa (1) ≤ , δNa +1 (1) > .
Pour déterminer l’ouverture, on peut remarquer que tous les vi pour 1 ≤ i ≤ Na vérifient le même
système d’équations suivant :
2vi00 = 1 dans (`i , 1), vi (`i ) = vi0 (`i ) = 0, vi (1) = VM
qui n’est rien d’autre que celui donnant v1 et `1 dans le premier cas de la proposition 5.2.1. 
La zone cohésive ne se propage pas au cours des Na cycles d’amorçage et garde ainsi une
longueur 1 − `1 constante. On représente sur la Figure 5.1, l’évolution du décollement lors des 50
premiers cycles pour le couple de paramètres (; VM ) = (0.4; 0.05). On remarque que lors des 8
premiers cycles une zone d’“amorçage” s’est installée sans décollement complet apparent. Cette
zone d’amorçage du décollement garde une longueur constante lors √ de ces Na = 8 premiers cycles.
Celle-ci est directement obtenue par la relation (5.17), 1 − `1 = 4VM ∼ 0.28.

5.4 Décollement progressif

La proposition suivante donne l’évolution discrète du décollement du film de son socle après
que le système ait subi Na cycles d’amorçage, Na étant nul si VM > .
Proposition 5.4.1 Pour i > Na et tant que `i > 0, l’ouverture vi est donnée par


 0 si 0 ≤ x ≤ `i




(x−`i )2
vi (x) = 4 si `i ≤ x ≤ λi (5.18)




 (λi −`i ) (λi −`i )2

2 (x − λi ) + 4 si λi ≤ x ≤ 1
où `i et λi sont solutions du système (5.19) suivant
2

 2(λi − `i )(1 − λi ) + (λi − `i ) = 4VM
(5.19)
 Pi 2 2
j=1 hλi − `j i = 4

où les crochets indiquent la partie positive, i.e. hθi = θ si θ > 0 et hθi = 0 sinon.
74 Chapitre 5. Résolution dans le cas du modèle de Dugdale

1.00
"
0.95 λ
Position des têtes λ et "

0.90

0.85

0.80

0.75

0.70

0.65
5 10 15 20 25 30 35 40 45 50
Nombre de cycles

Fig. 5.1 – Mise en évidence du processus d’amorçage du décollement.

Preuve. La Proposition se démontre par récurrence. Pour déterminer l’ouverture vi pour i > Na ,
on résout le système d’équation suivant :

2vi00 = 1 dans (`i , λi ), vi00 = 0 dans (λi , 1) vi (`i ) = vi0 (`i ) = 0, [[vi ]](λi ) = [[vi0 ]](λi ) = 0

ce qui donne (5.18). Pour déterminer `i et λi , on écrit la condition à la limite vi (1) = VM et la


condition de décollement en λi qui s’écrit à partir de l’expression de l’ouverture cumulée (5.2)

i i
X X hλi − `j i2
δi (λi ) = vj (λi ) = = , (5.20)
4
j=1 j=1

ce qui conduit à (5.19). 

Est représentée schématiquement sur la Figure 5.2 la configuration du film sur un cycle charge-
décharge-recharge du chargement.
5.4. Décollement progressif 75

Con guration du lm a la n de la Forces cohesives


de Dugdale
montee en harge du y le i 1
de harge du y le i 1
montee en harge du y le i

0 `i `i 1 i i 1 1
0.8
Position de la tête de zone décollée λ

" = 0.0125
Fig. 5.2 – Configuration du film sur un cycle charge-décharge-recharge.
0.7 " = 0.05
" = 0.2
0.6

On représente sur la0.5Figure 5.3 l’évolution des têtes de zones décollée et partiellement décollée pour
le couple de paramètres (; VM ) = (0.2; 0.2). On note que les courbes évoluent sensiblement de la
0.4 VM = 0.2
même façon. Par contre, on remarque que la longueur de la zone cohésive λ−` diminue rapidement
0.3 puis très lentement par la suite. En fait on verra que λ − ` dépend du taux
lors des premiers cycles
de restitution d’énergie G dont l’expression est donnée par (3.26). Dans ce problème, G décroı̂t
donc avec la longueur0.2 de zone décollée 1 − λ. De ce fait, plus on décolle, plus λ − ` est petit.
Il apparaı̂t également
0.1 que le taux de propagation du décollement diminue avec le nombre de cycles.
En effet, plus le film est décollé, moins la structure emmagasine d’énergie potentielle et donc plus
lentement se réalise0.0le décollement de la partie saine.
Cette propriété est liée0au comportement
500 1000 globale
1500 de2000 2500 et 3000
la structure 3500
n’est pas 4000
due au modèle utilisé.
Nombre de cycles

1.0
λ
0.9 #
λ−#
Position des têtes λ et #

0.8
0.7
0.6
0.5 " = 0.2, VM = 0.2
0.4
0.3
0.2
0.1
0.0
20 40 60 80 100 120 140 160 180
Nombre de cycles

Fig. 5.3 – Évolution des têtes de zones décollée et partiellement décollée au cours du temps.
76 Chapitre 5. Résolution dans le cas du modèle de Dugdale

La Figure 5.4a représente de façon schématique, l’énergie dissipée progressivement (cycle après
cycle) en fonction de l’ouverture en un point x0 du film que l’on suppose être situé dans la zone
cohésive (ou zone partiellement décollée) dès la première montée en charge. On voit clairement
qu’il y a dissipation uniquement lors des phases de charge, les phases de décharge étant réalisées
sans dissipation supplémentaire. De plus, on vérifie bien que la dissipation se réalise toujours à
pente constante, les forces cohésives de DUGDALE étant constantes et égales à σc = 1/. Sur la
Figure 5.4b , l’évolution de l’énergie dissipée en fonction de l’ouverture cumulée δ suit l’enveloppe
monotone de DUGDALE. Par contre, contrairement au cas monotone, lorsque l’on décharge, on
conserve la valeur déjà dissipée : le film s’est “endommagé” au pas i − 1 et on en tient compte au
pas i. C’est cette condition d’irréversibilité de la variable δ qui permet le processus de fatigue :
il y a décollement progressif du point x0 jusqu’à ce que l’ouverture cumulée atteigne l’ouverture
critique δc = .

 
¯ ¯
 

 
Æ   Æ 
 
  Æ   Æ 
   ¼  Æ  ¼
 
Dugdale (enveloppe monotone) Dugdale (fatigue)

Fig. 5.4 – Évolution de l’énergie dissipée lors du processus de décollement en fonction de a)


l’ouverture, b) l’ouverture cumulée.

Il s’agit dès lors de résoudre un système de deux équations (5.19) à deux inconnues (`i et λi )
paramétré par  et VM . On peut d’ailleurs vérifier directement le résultat d’existence et d’unicité
obtenu au chapitre précédent dans le cas général d’une énergie de surface de BARENBLATT.
Proposition 5.4.2 Si VM < 1 − , alors il existe un unique couple (`i , λi ), 0 < `i < λi < 1,
solution du système (5.19).
Preuve. On pose di = λi − `i > 0 la longueur de la zone cohésive au iième cycle. La relation
( 5.191 ) peut alors être écrite sous la forme d’un polynôme du second degré en di
d2i + 2(1 − λi )di − 4VM = 0
dont la solution est une fonction de λi
4V
di (λi ) = p M , (5.21)
(1 − λi ) + (1 − λi )2 + 4VM
5.5. Influence des paramètres 77

√ √
fonction croissante de 1 + 4VM − 1 à 4VM lorsque λi croı̂t de 0 à 1.
L’égalité ( 5.192 ) donne
i−1
X
2
F (λi ) ≡ di (λi ) + hλi − `j i2 = 42 (5.22)
j=1

où F est une fonction croissante.


On a nécessairement F (1) > 42 car
i−1
X
F (1) = 4VM + h1 − `j i2 ≥ 4VM + Na (1 − `1 )2 = 4VM (1 + Na ) > 42 .
j=1

On a de même F (0) < 42 car


p 2  p 2
F (0) = di (0)2 = 1 + 4VM − 1 < 1 + 4 − 42 − 1 < 42 .

Il existe donc un point unique λi vérifiant F (λi ) = 42 . La position de la tête de zone partiellement
décollée est directement donnée par (5.21)
4V
`i = λi − p M . (5.23)
(1 − λi ) + (1 − λi )2 + 4VM
Toutefois cette solution n’est valable que tant que `i > 0, car après la zone cohésive atteint
l’extrémité x = 0. 

5.5 Influence des paramètres

Pour résoudre (5.19), un traitement numérique est nécessaire. En effet, pour déterminer le
couple solution (`i ; λi ) au cycle i, il s’agit d’évaluer la position de la tête de zone décollée λi par
rapport aux positions successives de la tête de zone partiellement décollée `j,1≤j≤i−1 aux cycles
précédents comme l’indique la relation ( 5.192 ). De ce fait le processus de décollement dépend de ce
qui s’est déroulé lors des cycles précédents : ce modèle est fortement lié à l’histoire du chargement.

La résolution du système (5.19) est réalisée en utilisant la méthode de Newton-Raphson qui permet
de déterminer les zéros d’une fonction.
Dans le problème qui nous intéresse, il s’agit de déterminer λi solution de (5.22) où di est donnée
par (5.21), la valeur de `i étant obtenue séparément en appliquant la relation (5.23).
Posons g(x) = F (x) − 42 et soit x0 la solution de g(x) = 0. La méthode de Newton-Raphson
repose sur le développement de g(x0 ) en série de Taylor autour de x1 proche de x0
1
g(x0 ) = g(x1 ) + (x0 − x1 )g 0 (x1 ) + (x0 − x1 )2 g 00 (x1 ) + ...
2!
et en utilisant le fait que g(x0 ) = 0, il vient
g(x1 ) (x0 − x1 )2 g 00 (x1 )
x0 = x1 − − + ...
g 0 (x1 ) 2! g 0 (x1 )
78 Chapitre 5. Résolution dans le cas du modèle de Dugdale
0.495
Si x1 est suffisamment proche de x0 , les termes d’ordre 2 ou plus sont négligeables. On obtient
Position des pointes λ et "
0.490 λ
alors une valeur approchée x2 plus proche de x0 que x1

0.485 g(x1 )
x2 = x1 − .
g 0 (x1 )
Ainsi, en répétant0.480
la démarche, on peut écrire
"
0.475 g(xi−1 )
xi = xi−1 − .
g 0 (xi−1 )
0.470
Après n itérations, g(xn ) ≤ α avec α suffisamment petit ce qui permet de poser x0 = xn avec la
précision voulue. La vitesse de convergence dépend notamment de la valeur initiale x1 choisie. On
conclut en imposant0.465
λi = x0 et on recommence cette procédure à chaque cycle.
2400 2450 2500 2550 2600 2650
Une des difficultés est qu’il faut assurer la positivité des termes de la somme dans (5.22). Ceci
conduit à ajouter un test sur la position desNombre de cycles
`j,1≤j≤i−1 vis à vis de λi . Ceci a permis de mettre

0.8
Position de la tête de zone décollée λ

VM = 0.05
0.7 VM = 0.1
VM = 0.2
0.6
0.5
0.4 # = 0.2
0.3
0.2
0.1
0.0
0 2000 4000 6000 8000 10000 12000 14000 16000
Nombre de cycles

Fig. 5.5 – Influence du paramètre VM sur le décollement du film.

en évidence l’influence des deux paramètres du problème,  et VM .


Sur la Figure 5.5, on représente ainsi à  fixé l’évolution de la tête de zone décollée pour différentes
valeurs de VM . Comme attendu, plus l’amplitude du chargement est grande, plus rapide est le
décollement total du film.
On rappelle que le paramètre  est proportionnel au rapport entre l’ouverture cumulée critique δc
qui est un paramètre matériau et la longueur L du film
δc
∼ .
L
Donc, pour un matériau donné,  est d’autant plus petit que le film est long. On s’attend alors à
ce que le nombre de cycles nécessaire pour décoller entièrement le film soit d’autant plus grand

1
5.5. Influence des paramètres 79

Position de la tête de zone décollée λ 0.8


" = 0.0125
0.7 " = 0.05
" = 0.2
0.6
0.5
0.4 VM = 0.2
0.3
0.2
0.1
0.0
0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000
Nombre de cycles

1.0 5.6 – Influence du paramètre  sur le décollement du film.


Fig.
λ
0.9 #
λ−#
Position des têtes λ et #

0.8
que  est petit. Ceci 0.7est vérifié sur la Figure 5.6 où on a représenté l’évolution de la pointe de zone
décollée en fonction0.6du nombre de cycles pour différentes valeurs de  et à VM fixé.
Il est fréquent, en fatigue, de présenter l’évolution du taux de fissuration en fonction de la variation
0.5 " = 0.2, VM = 0.2
du facteur d’intensité des contraintes 4K. Ici, compte tenu de la relation (1.5) et du fait que le
0.4
rapport de déflexion R √ = V m/VM = 0 (puisque l’on considère un chargement cyclique avec “retour
à zéro”), on a 4K 0.3∼ G où G est le taux de√ restitution d’énergie associé à un film décollé sur
une longueur 1 − 0.2 λ. Les courbes d`/dN = f ( G) sont tracées sur la Figure 5.7 pour différentes
valeurs de . Il apparaı̂t que
0.1
– à G fixé, le taux de décollement est d’autant plus faible que  est petit.
0.0 valeurs de G, la fonction f est une droite, alors qu’elle présente un caractère
– pour les faibles
20 40 60 80 100 120 140 160 180
incurvé pour les fortes valeurs de G.
Nombrede
Il semble de plus que pour les faibles valeurs de cycles
les pentes de la portion linéaire de chaque
courbe sont semblables. Par contre, elles semblent être différentes lorsque l’on considère des
valeurs du paramètre  plus importantes. On verra au Chapitre 6 traitant des films infiniment
longs que ces résultats obtenus numériquement sont confirmés par l’analyse asymptotique
de la solution lorsque  → 0.
On représente sur la Figure 5.8, l’évolution des énergies potentielle, de surface et totale au cours
du temps. Comme la structure restitue de l’énergie (pour décoller le film) uniquement pendant les
phases de charge, ces courbes ont été obtenues en calculant la valeur des différentes énergies à la fin
de chaque montée en charge. L’indice i indiquant le point maximal d’un cycle de chargement, on
obtient facilement l’expression de l’énergie potentielle à partir de son expression générale (premier
terme du membre de droite de la relation (4.32)) et de l’expression de l’ouverture le long du film
(5.18)
(λi − `i )3 (λi − `i )2
Pi = + (1 − λi ).
122 42

2
80 Chapitre 5. Résolution dans le cas du modèle de Dugdale

dN
1
d! ! = 0.3
Taux de propagation du décollement ! = 0.2
0.1 ! = 0.1
! = 0.01
0.01 ! = 0.001
! = 0.0001
0.001

0.0001 VM = 0.4

1e-05

1e-06
0.1 1 10

G

0.8 5.7 – Courbes d`/dN vs
Fig. G pour différentes valeurs de .
Position de la tête de zone décollée "c

VM = 0.05
0.7 VM = 0.1
VM = 0.2
0.6 constate bien la diminution d’énergie potentielle lors de la propagation du
Sur la Figure 5.8, on
décollement et l’augmentation de l’énergie de surface correspondante qui s’exprime par
0.5
i
0.4
X hλi − `j i!3= 0.2
Si = + 1 − λi .
122
0.3 j=1

0.2
0.1
5.6 Effet d’une0.0surcharge unique
0 2000 4000 6000 8000 10000 12000 14000 16000
Nombre
On se propose d’étudier l’effet d’une surcharge surdel’évolution
cycles du décollement du film.

Î Ø
ÎË

ÎÅ
Ø

Fig. 5.9 – Évolution de l’ouverture cyclique imposée avec présence d’une surcharge unique.

L’expérience montre, et de nombreux articles en rendent compte, que l’application d’une sur-
charge unique ou d’un chargement par blocs H-L (High-Low)(resp. d’un chargement par blocs

4

1.00
0.50
0.00
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2 1.4 1.6 1.8
5.6. Effet d’une surcharge unique 81
Longueur de la fissure

1.00
énergie potentielle
0.90 énergie de surface
0.80 énergie totale
0.70
0.60
Énergies

0.50 VM = 0.2, ! = 0.2


0.40
0.30
0.20
0.10
0.00
0 20 40 60 80 100 120 140 160 180 200
Nombre de cycles

Fig. 5.8 – Évolution des énergies calculées à la fin de chaque montée en charge.

L-H) a pour effet de retarder (resp. d’accélérer) la ruine des matériaux. La compréhension de ces
effets transitoires est importante avant d’envisager une prédiction fiable de la durée de vie d’une
structure soumise à des sollicitations aléatoires. Les causes de cet effet ne sont pas complètement
connues mais on l’associe généralement soit au phénomène de fermeture de fissure lié à l’accrois-
sement de la zone plastique lors de la surcharge et qui retarde donc l’endommagement de la zone
précédant la pointe de fissure, soit aux contraintes résiduelles devant la pointe de fissure, soit à
une combinaison des deux. Il semble en général que la longueur de fissure affectée par ce retard
est comparable à la taille de la zone plastique créée. Dans notre étude, l’abscence de plasticité
pourrait conduire à d’autres phénomènes.
Afin de voir si notre modèle est capable de “capter” cet effet de retard on applique le char-
gement décrit sur la Figure 5.9, les paramètres choisis étant  = 0.05, VM = 0.06 l’amplitude du
chargement et VS = 0.1 la valeur de la surcharge.
6
Sur la Figure 5.10 on représente (en traits continus) l’évolution des têtes de zones cohésive et
décollée au cours des cycles. Elle est à comparer à l’évolution de ces mêmes têtes obtenue avec
un chargement sans surcharge (traits discontinus). Durant les premiers cycles (la structure est
soumise à un chargement d’amplitude constante VM ), la propagation des pointes ` et λ se fait à
la même vitesse, la longueur de la zone cohésive restant quant à elle sensiblement constante au
cours du décollement. Ceci était prévisible puisque, comme il a déjà été dit, λ − ` est une fonction
de G et que le taux de restitution d’énergie, fonction de la longueur décollée, diminue peu sur
l’intervalle [2400 : 2499].
Une surcharge VS > VM est appliquée au cycle 2500. Sur la Figure 5.10, il apparaı̂t clairement que
la tête de zone partiellement décollée ` se propage brutalement puis stoppe son évolution durant
un nombre de cycles transitoire NT . Par la suite, la propagation de ` se réalise avec la vitesse de
propagation qu’elle possédait avant l’application de la surcharge.
Par contre la tête de zone décollée λ est très peu perturbée par l’application de la surcharge : il
y a une légère accélération avant que la propagation ne retrouve sa vitesse initiale. Il n’y a donc
82 Chapitre 5. Résolution dans le cas du modèle de Dugdale

0.495
Position des pointes λ et "
0.490 λ

0.485

0.480
"
0.475

0.470

0.465
2400 2450 2500 2550 2600 2650
Nombre de cycles

Fig. 5.10
0.8 – Effet d’une surcharge unique sur l’évolution du décollement.
Position de la tête de zone décollée λ

VM = 0.05
0.7 VM = 0.1
VM = 0.2
0.6
pas pour cette pointe de “régime transitoire”.
On note ainsi que la 0.5surcharge a provoqué une forte augmentation de la longueur de la zone par-
tiellement décollée λ − ` qui ne retrouvera sa longueur initiale qu’après la fin du régime transitoire.
0.4 # = 0.2
Ce comportement des deux pointes est également obtenue numériquement dans SIEGMUND [59].
Ainsi, contrairement 0.3à ce qui a été rapporté dans la littérature, l’application d’une surcharge
unique n’a pas pour effet ici d’augmenter la durée de vie de la structure. Ceci tend à confirmer
l’influence de la zone0.2 plastique comme étant responsable de la fermeture de fissure et donc du
ralentissement transitoire.
0.1 Ce résultat est d’ailleurs confirmé par WANG et SIEGMUND [62] : en
l’absence de plasticité devant la pointe de fissure, les auteurs montrent numériquement en intro-
duisant le concept 0.0de forces cohésives (voir Chapitre 1) l’accélération de la fissuration lors d’une
surcharge. 0 2000 4000 6000 8000 10000 12000 14000 16000
Ceci est également montré expérimentalementNombre de cycles
dans CHOI [15] et CHOI et al [16] sur des céramiques
fragiles. Les auteurs postulent que la fatigue transitoire est due à la présence d’une zone
d’élaboration de microfissurations intenses devant la tête de fissure. Cette dernière jouerait un
rôle semblable à la zone plastique dans les matériaux ductiles.

On note cependant que l’influence d’une surcharge unique reste faible. Dans l’exemple traité,
l’augmentation de 67% de l’amplitude du chargement a fait diminuer le nombre de cycles pour
décoller entièrement le film uniquement de 0.01%. Dans [34], GILBERT et RITCHIE font le même
constat après application d’une surcharge sur des céramiques. En fait, si, comme le montre la
Figure 5.10, une surcharge unique perturbe le décollement au niveau microscopique, i.e. à l’échelle
de la zone cohésive, au niveau macroscopique, on ne voit pas de modification, surtout pour de
faibles valeurs de . Pour qu’une surcharge unique ait une influence au niveau macroscopique il
faut qu’elle soit telle que ce soit le critère de GRIFFITH qui gouverne la propagation de la fissure
et non la loi de fatigue (autrement dit il faut que le taux de restitution d’énergie G égale le taux

1
5.6. Effet d’une surcharge unique 83

Position de la tête de zone décollée λ!i! (T )


0.8
de restitution d’énergie critique Gc ). Dans ce cas, on peut envisager
" =un saut dans la propagation
0.001
de la décohésion et
0.7ce au niveau global. " = 0.0125
" = 0.05
0.6 Î Ø " = 0.2
0.5Î
Ë
ÎÅ
0.4 VM = 0.2
Ø
0.3
Fig. 5.11 – Chargement par bloc.
0.2
0.1
Dans le cas contraire, i.e. si le chargement ne provoque qu’une fissuration sous-critique, l’idée est
de considérer, voir0.0
Figure 5.11, des chargements par blocs (une surcharge qui dure dans le temps).
0
Comme le montre la Figure 55.12, et
10 contrairement
15 20 à l’application
25 30 d’une
35 surcharge
40 45unique, l’effet
T = i!
d’une surcharge répétée est visible au niveau macroscopique.

1.0
Position de la tête de zone décollée λ

surcharge par bloc aux cycles [10000 − 15000]


0.9 surcharge unique au cycle 12500

0.8
" = 0.01
0.7

0.6

0.5

0.4

0.3
0 2000 4000 6000 8000 10000 12000 14000 16000 18000 20000
Nombre de cycles

Fig. 5.12 – Effet d’une surcharge répétée sur l’évolution du décollement (paramètres : VM =
0.05, VS = 0.1).

3
84 Chapitre 5. Résolution dans le cas du modèle de Dugdale
Chapitre 6

Loi de fatigue limite du décollement d’un film

Le Chapitre 5 a permis de montrer, dans le cadre du décollement d’un film mince soumis à un
chargement cyclique, la capacité de l’approche variationnelle à rendre compte des phénomènes de
fatigue. Ainsi, en considérant une énergie de surface de DUGDALE dépendant d’une variable d’ouver-
ture cumulée, la minimisation de l’énergie totale à chaque pas de temps du chargement discrétisé
conduit au décollement progressif du film, la zone décollée étant précédée d’une zone cohésive
de la fissure. Cependant la résolution est fastidieuse et demande un temps de calcul considérable
si on considère de faibles valeurs de l’amplitude du chargement VM et/ou du paramètre . Ceci
tient entre autres au fait que, d’après (6.1), l’incrément de propagation du décollement à chaque
cycle et la longueur de la zone cohésive sont de l’ordre de . En prenant  comme petit pa-
ramètre, on s’intéresse ici au comportement asymptotique de la solution du problème d’évolution
du décollement lorsque  → 0. On montrera que celui-ci met en évidence une loi limite de fatigue
permettant d’obtenir .implicitement le taux de propagation du décollement en fonction du taux de
restitution d’énergie, ` = f (G). On retrouve ainsi une loi de type PARIS abondamment utilisée par
les ingénieurs. Mais ce qu’il faut noter est que la loi de PARIS obtenue, i.e. la fonction f , se déduit
(et est donc fonction) de l’énergie de surface de BARENBLATT, de la condition d’irréversibilité et
du principe de minimisation d’énergie. Ce dernier confère en particulier à la fonction f des pro-
priétés de monotonie, de régularité et de croissance essentielles. Pour des faibles valeurs de G, la
loi limite est une fonction puissance avec un exposant 3/2. On verra dans le chapitre suivant que
la valeur de cet exposant a des origines diverses. Enfin, dernier fait remarquable est que la loi
limite contient aussi la loi de GRIFFITH.

6.1 Position du problème

Afin de faire apparaı̂tre explicitement la dépendance en  de la solution, on note dorénavant


les pointes des zones cohésive et parfaitement décollée λi et `i qui sont donc solution du système
suivant (tant que la zone cohésive n’atteint pas l’extrémité fixée, i.e. tant que `i > 0) :

2(λi − `i )(1 − λi ) + (λi − `i )2 = 4VM (6.1)

i
X 2
λi − `j = 42

(6.2)
j=1

85
86 Chapitre 6. Loi de fatigue limite du décollement d’un film

où VM correspond à l’amplitude du chargement,  est proportionnel au rapport entre l’ouverture


cumulée critique δc et la longueur du film L. Comme  est destiné à tendre vers 0 alors que
l’amplitude du chargement est maintenue fixe, on supposera désormais que VM >  et donc que le
nombre de cycles d’amorçage Na est nul. Une zone parfaitement décollée apparaı̂t dès le premier
cycle, λ1 < 1. On supposera que VM < 1 −  afin que la pointe de la zone cohésive ne soit pas en
0 dès le premier cycle, `1 > 0.
Rappelons qu’à la fin de la première montée en charge on a

`1 = 1 −  − VM , λ1 = 1 +  − VM . (6.3)

Notons que, quel que soit , les suites i 7→ `i et i 7→ λi sont décroissantes et “intercalées” :

`i ≤ `i−1 ≤ λi ≤ λi−1 , ∀i > 1. (6.4)

La seule inégalité qui n’est pas triviale est `i−1 ≤ λi . Supposons qu’elle n’ait pas lieu et que
`i−1 > λi , alors on tirerait de (6.2) que λi − `i = 2 et en reportant dans (6.1) que λi = λ1 et
`i = `1 ce qui n’est pas possible puisque `i−1 ≤ `1 ≤ λ1 .
L’ouverture vi est donnée par

si x ∈ [0, `i ]


 0



 (x − `i )2



vi (x) = si x ∈ [`i , λi ] . (6.5)
 4



    2
 (λi − `i ) (x − λ ) + (λi − `i ) si x ∈ [λ , 1]



i i
2 4

6.2 Loi de GRIFFITH à court terme

On rappelle que la solution obtenue avec une énergie de surface de GRIFFITH (voir Chapitre 3)
prévoit l’arrêt de la fissuration à la fin de la première montée en charge. Ainsi on a

`0i = `01 = 1 − VM ∀i ≥ 1.

La proposition suivante montre qu’à court terme le modèle de BARENBLATT converge vers le modèle
de GRIFFITH.
Proposition 6.2.1 (Loi de GRIFFITH à court terme) À nombre de cycles fixé i ≥ 1, quand  → 0,
les têtes de zones cohésive `i et décollée λi tendent, quel que soit i, vers la longueur décollée `01
prévue par la théorie de GRIFFITH à la fin du premier cycle. De même le champ d’ouverture vi ,
l’énergie potentielle Pi et l’énergie de surface Si tendent vers leur homologue v10 , P10 et S10 prévu
par le modèle de GRIFFITH au premier demi-cycle :

lim λi = lim `i = `01 = 1 − VM ,


→0 →0

lim vi (x) = v10 (x) = hx − 1 + VM i , lim Pi = P10 = VM , lim Si = S10 = VM .
→0 →0 →0
6.3. Changement d’échelle de cycles et convergence numérique 87

Preuve. Dans les lignes qui suivent, on utilise constamment le fait que lorsqu’une suite de réels
est bornée on peut en extraire une sous-suite qui converge. Comme on montre que finalement la
limite est unique, c’est toute la suite qui converge. On omettra donc de parler d’extraction de
sous-suite.
• Au premier cycle, les positions des têtes de zone cohésive `1 et de zone décollée λ1 sont données
par (6.3). En passant à la limite lorsque  → 0, on obtient lim→0 λ1 = lim→0 `1 = `01 = 1 − VM .
• Soit i > 1. Comme `i et λi sont comprises entre 0 et 1, elles (des sous-suites) convergent lorsque
 tend vers 0. De (6.2) on obtient l’estimation λi − `i ≤ 2, dont on déduit que lim→0 λi =
lim→0 `i = `i . On obtiendrait de même, ∀j, lim→0 λj = lim→0 `j = `j . Comme λi ≤ λj , on a
`i ≤ `j ∀j ≤ i. Mais en vertu de (6.4), on a aussi `i ≥ `i−1 . Par conséquent `i = `1 .
En divisant (6.1) par  et en passant à la limite, on obtient
1  
lim λi − `i = 2.
→0 

En passant à la limite ponctuellement dans (6.5) on obtient la convergence simple de vi vers
v10 . Pour l’énergie potentielle, un calcul direct donne
(λi − `i )2 (λi − `i )3
Pi = (1 − λ 
i ) +
42 122
et en passant à la limite on obtient lim→0 Pi = VM = P10 , ce qui prouve que vi converge fortement
vers v10 dans H 1 (0, 1). De même pour l’énergie de surface, un calcul direct donne
D E3
i
X λi − `j
Si = 1 − λi +
122
j=1

et en passant à la limite on obtient lim→0 Si = VM = S10 , ce qui redonne la propriété


d’équipartition de l’énergie à la limite. 

Remarque 6.2.2 : Ce résultat n’est pas contradictoire avec la Proposition 4.3.4 disant que, lorsque
le nombre de cycles tend vers l’infini, le film finit par se décoller entièrement sur toute la longueur.
Dans la Proposition 4.3.4 le paramètre  était fixé alors que le nombre de cycles tendait vers l’infini,
alors qu’ici le nombre de cycles est fixé alors que  tend vers 0. En fait, comme l’avancée des zones
cohésive et non cohésive est de l’ordre de  à chaque cycle, l’avancée totale au bout de i cycles
est pratiquement la même que celle durant le premier cycle, lorsque  est petit. De plus, comme
la longueur de la zone cohésive est elle-même de l’ordre de , elle est pratiquement négligeable,
ce qui explique que l’on retrouve la solution du modèle de GRIFFITH. On peut donc dire que la
fatigue est un phénomène du second ordre dont la prise en compte nécessite que l’on raffine
l’analyse en considérant en particulier un grand nombre de cycles de l’ordre de 1/.

6.3 Changement d’échelle de cycles et convergence numérique

Comme le montre la Figure 5.6, le nombre de cycles nécessaire pour décoller entièrement le
film tend vers l’infini lorsque  → 0. Comme l’avancée à chaque cycle est de l’ordre de , il est de
88 Chapitre 6. Loi de fatigue limite du décollement d’un film

l’ordre de 1/. On réalise donc un changement d’échelle du nombre de cycles en introduisant le


paramètre réel positif T
 
T
T −
7 → i (T ) = Ent (6.6)


h i
où i désigne le nombre (entier) de cycles et Ent θ la partie entière de θ. Lorsque l’on passe à
la limite en , la variable T représentera donc le “nombre” de cycles macroscopiques. On sera
également amené à s’intéresser aux cycles i (T ) + k, k ∈ Z indépendant de . Un tel cycle sera
qualifié de k ième cycle microscopique autour du cycle macroscopique T . La variable nombre de
cycles est donc séparée à la limite en 2 échelles (T, k).
Sur la Figure 6.1 on a représenté l’avancé de la tête de zone décollée λi (T ) en fonction de
la variable macroscopique T pour différentes valeurs du paramètre . Il apparaı̂t clairement de
ce résultat numérique que la courbe λi (T ) converge vers une courbe limite `(T ) lorsque  → 0.
L’objectif est de caractériser cette courbe limite, i.e. la loi de fatigue limite permettant de trouver
1
la relation T 7→ `(T ).



  !
   !"#
  $ 

     
Position de la tête de zone décollée

 

    

 

 

 


0 5 10 15 20 25 30 35 40 45


F IG . 1 – Convergence vers une solution limite .


Fig. 6.1 – Convergence vers une solution limite `(T ).

6.4 Convergence vers une fissure macroscopique non cohésive

Pour identifier la loi de fatigue limite, il faut donc considérer un grand nombre de cycles. On
va donc se donner T > 0 et étudier le comportement de la solution au cycle i (T ) quand  tend
vers 0. En notant respectivement `i (T ) , λi (T ) et vi (T ) la position de la pointe de la zone cohésive,
6.4. Convergence vers une fissure macroscopique non cohésive 89

la position de la pointe de la zone non cohésive et le champ d’ouverture au cycle i (T ), on a donc


2(λi (T ) − `i (T ) )(1 − λi (T ) ) + (λi (T ) − `i (T ) )2 = 4VM (6.7)
i (T ) D E2
X
λi (T ) − `j = 42 (6.8)
j=1

si x ∈ [0, `i (T ) ]


 0
 (x−` )2
vi (T ) (x) =
i (T )
4 si x ∈ [`i (T ) , λi (T ) ] (6.9)
(λi −`i (T ) ) (λi −`i (T ) )2

  (T ) 
(x − λi (T ) ) +  (T ) 
si x ∈ [λi (T ) , 1]

2 4

On établit maintenant un résultat de convergence “à long terme” qui dit qu’à grand nombre
de cycles, à T fixé, l’état de décollement du film s’apparente (en première approximation) à une
fissure non cohésive sur une longueur `(T ) restant à déterminer.
Proposition 6.4.1 À T fixé, T > 0, quand  → 0, les têtes de zones cohésive `i (T ) et décollée
λi (T ) tendent vers une même limite `(T ). Le champ d’ouverture vi (T ) , l’énergie potentielle Pi (T )
et l’énergie de surface Si (T ) tendent vers leur homologue v(T ), P(T ) et S(T ) prévu par le modèle
de GRIFFITH lorsque la longueur de décollement est 1 − `(T ) :
lim λi (T ) = lim `i (T ) = `(T ),
→0 →0

hx − `(T )i
lim vi (T ) (x) = v[`(T )](x) ≡ VM , (6.10)
→0 1 − `(T )
VM2
lim Pi (T ) = P(v[`(T )]) = , (6.11)
→0 1 − `(T )
lim Si (T ) = S(v[`(T )]) = 1 − `(T ). (6.12)
→0

Preuve. La démonstration est très proche de celle de la Proposition 6.2.1, la seule différence
notable est que la limite `(T ) n’est pas `01 et ne peut pas être déterminée à ce stade.
Soit T > 0. Comme `i (T ) et λi (T ) sont comprises entre 0 et 1, elles (des sous-suites) convergent
lorsque  tend vers 0. De (6.2) on obtient l’estimation λi (T ) − `i (T ) ≤ 2, dont on déduit que
lim→0 λi (T ) = lim→0 `i (T ) = `(T ). En divisant (6.7) par  et en passant à la limite, on obtient
1   2VM
lim λi (T ) − `i (T ) = . (6.13)
→0  1 − `(T )
En passant à la limite ponctuellement dans (6.9) on obtient la convergence simple de vi (T ) vers
v[`(T )]. Pour l’énergie potentielle, un calcul direct donne
2
λi (T ) − `i (T ) (λi (T ) − `i (T ) )3

Pi (T ) = (1 − λ i (T ) ) +
42 122
et en passant à la limite on obtient lim→0 Pi (T ) = P(v[`(T )]), ce qui prouve que vi (T ) converge
fortement vers v[`(T )] dans H 1 (0, 1). De même pour l’énergie de surface, un calcul direct donne
D E3
Xi λi (T ) − `j (T )
Si (T ) = 1 − λi (T ) +
122
j=1
90 Chapitre 6. Loi de fatigue limite du décollement d’un film

et en passant à la limite on obtient lim→0 Si (T ) = 1 − `(T ), ce qui correspond à l’énergie de


surface associée au champ v[`(T )] dans le modèle de GRIFFITH. 
On voit donc que d’un point de vue énergétique on peut négliger la présence de la zone cohésive
en raison de sa petite taille. En particulier l’énergie potentielle est en première approximation
celle que donnerait le modèle de GRIFFITH en supposant connue la longueur 1 − ` de la zone
(parfaitement) décollée. Ceci permet de définir le taux de restitution d’énergie potentielle
macroscopique G(T ) :

2

dP(v[`]) VM
G(T ) = G[`(T )] ≡ = . (6.14)
d` `=`(T ) (1 − `(T ))2

Remarque 6.4.2 Si l’on peut se servir du modèle de GRIFFITH pour calculer les énergies et donc le
taux de restitution d’énergie une fois que la longueur de décollement est connue, on ne peut pas
par contre utiliser le critère de GRIFFITH pour déterminer la longueur de décollement. En effet, le
critère de GRIFFITH s’écrirait ici G(T ) = 1 et donnerait donc `(T ) = 1 − VM = `01 , i.e. la position
à la fin du premier cycle. Ce n’est évidemment pas le bon résultat, comme le montrent les tests
numériques (Figure 6.1) ou les résultats théoriques (Proposition 4.3.4). La détermination de la
loi gouvernant T 7→ `(T ) nécessite d’affiner l’analyse, ce qui va nous obliger à prendre en compte
les phénomènes locaux dans la (pourtant petite) zone cohésive.

6.5 Convergence vers un régime stationnaire au voisinage du fond de fissure

6.5.1 Quelques résultats de convergence à l’échelle microscopique

Dans toute cette sous-section, T est fixé et on omettra donc le plus souvent la dépendance des
quantités par rapport à T . On suppose connue la position de la fissure macroscopique ` = `(T ),
0 < ` < 1, et donc par voie de conséquence le taux de restitution d’énergie G = G(T ), 0 < G < 1.
Pour étudier le processus de décollement cyclique dans la zone cohésive, on réalise un “zoom” sur la
pointe de zone cohésive au cycle i (T ) en posant y = (x−`i (T ) )/. Quand on passe à la limite en ,
on sépare les échelles microscopique et macroscopique, y devenant donc la variable microscopique
d’espace variant de −∞ à +∞. On obtient tout d’abord quelques résultats de convergence :

positions macroscopiques
positions microscopiques

Fig. 6.2 – Zoom sur la zone cohésive au cycle macroscopique T , les `˙j représentant les positions
microscopiques de la pointe de la zone cohésive aux cycles précédents.

. .
1. Pour tout k ∈ Z, il existe `k tel que lim→0 `i (T )+k − `i (T ) / = `k .



2. ∀k ∈ Z, lim→0 λi (T )+k − `i (T )+k / = 2 G.

6.5. Convergence vers un régime stationnaire au voisinage du fond de fissure 91

. . .
3. ∀k ∈ Z, ∀y ∈ R, lim→0 vi (T )+k (`i (T ) + y)/ = v(y − `k ) avec v défini par

0 si y ≤ 0 √
.v(y) =  y2 /4 si 0 ≤ y √ ≤2 G . (6.15)

G y − G si y ≥ 2 G

Preuve. La propriété 1 tient simplement au fait que l’avancement des pointes à chaque cycle
est de l’ordre de . Plus précisément, on a toujours les estimations |`i (T )+1 − `i (T ) | ≤ 2 et donc
|`i (T )+k −`i (T ) | ≤ 2|k|. Par conséquent (`i (T )+k −`i (T ) )/k est uniformément bornée par rapport
à k. Quand  → 0 on peut donc extraire . une sous-suite qui converge (pour tout k).
Les positions microscopiques `k restent à déterminer. La propriété 2 s’obtient en faisant i =
i (T )+k dans (6.1), en divisant par , en passant à la limite et en remarquant que G = VM 2 /(1−`)2 .

Cette propriété fondamentale dit que la longueur microscopique de la zone cohésive n’est fonction
que du taux de restitution d’énergie potentielle macroscopique. La propriété 3 s’obtient de la
même façon en faisant i = i (T ) + k dans (6.5), en divisant par , en passant à la limite et en
tenant compte de la propriété précédente. Elle dit donc que le champ d’ouverture microscopique
se reproduit identique à lui-même à chaque cycle microscopique . k en se translatant simplement
d’une longueur correspondante à la position microscopique `k de la zone cohésive au cours des k
cycles microscopiques autour du cycle macroscopique T . 
.
Il reste à déterminer les positions {`k }k∈Z de√la zone cohésive et donc de la zone non cohésive
—ces deux positions diffèrent de la constante 2 G puisque la longueur microscopique de la zone
cohésive est constante— à chaque cycle microscopique. Pour cela on fait i = i (T ) + k dans (6.2),
on divise par 2 et on passe à la limite. On obtient ainsi une famille indexée par k ∈ Z d’équations
non linéaires régissant les positions microscopiques :
∞ D √
X . . E2
2 G + `k − `k−j = 4, (6.16)
j=0
.
la suite des `k étant par construction strictement décroissante (puisque i 7→ `i décroı̂t) et nulle
pour k = 0 : . . . . .
· · · > `−j > · · · > `−1 > 0 = `0 > `1 > · · · > `j > · · ·

6.5.2 Existence et unicité du régime stationnaire


Le système infini (6.16) possède une solution évidente correspondant à une avancée constante
à chaque cycle microscopique. C’est la notion de régime stationnaire microscopique :
Définition. 6.5.1 L’évolution
. du
. décollement est en régime stationnaire à l’échelle microscopique
s’il existe ` < 0 tel que ` k = k` , ∀k ∈ Z.
On a la propriété fondamentale suivante
Proposition
. 6.5.2 À tout G < 1 est associé un unique régime stationnaire microscopique, la
position ` à chaque cycle étant donnée par l’équation implicite
∞ D √
X .E 2
2 G + j` = 4. (6.17)
j=0
92 Chapitre 6. Loi de fatigue limite du décollement d’un film

.
Preuve. S’il
. existe un régime stationnaire, alors ` est donnée par. (6.17) .et réciproquement à toute
solution ` de (6.17) on peut associer un régime stationnaire `k = k`, k ∈ Z, vérifiant (6.16).
Il reste à montrer que (6.17) possède une unique solution. Pour cela, considérons la fonction
. P∞ D √ .E2 . . √
` 7→ j=0 2 G + j` − 4 définie pour ` < 0. Elle est égale à −4 + 4G < 0 tant que ` ≤ −2 G,
. √
puis croı̂t strictement jusqu’à +∞ quand ` croı̂t de −2 G à 0. Elle passe donc une et une seule
fois par 0. 

6.5.3 La conjecture de convergence


La question qui reste en suspens est de savoir si le système (6.16) possède des solutions autres
que le régime stationnaire. À ce jour ceci reste une conjecture et nous ferons donc l’hypothèse
suivante :
Conjecture 6.5.3 On supposera que le régime stationnaire est l’unique solution des équations
(6.16) régissant les évolutions microscopiques du décollement.

6.5.4 Sa vérification numérique


Sur la Figure 6.3, on rapporte pour une valeur T donnée, l’avancée “microscopique” de la
pointe de zone cohésive `i (T )+k − `i (T )+k+1 ) / en fonction du nombre de cycles microscopiques
k à partir de T pour différentes valeurs de . Les valeurs numériques ont été obtenues en résolvant
le système non linéaire “réel” (6.1)-(6.2) par la méthode de Newton décrite au chapitre précédent.
On voit que pour  = 10−4 l’avancée est pratiquement constante, i.e. indépendante de k. On est
donc pratiquement dans le cas du régime stationnaire.

0.00548
" = 10−4
0.00546 " = 10−3
" = 10−2
!!i! (T )+k − !!i! (T )+k+1 /"
"

0.00544

0.00542

0.00540

0.00538
T ∼ 22.45
!

0.00536

0.00534
0 10 20 30 40 50 60 70 80
Nombre de cycles microscopiques k à partir de i! (T )

Fig. 6.3 – Mise en évidence du régime stationnaire à l’échelle microscopique.


6.6. La loi de fatigue limite 93

6.6 La loi de fatigue limite

6.6.1 Propriétés de la loi limite


Étudions la loi de fatigue limite issue de l’équation (6.17).

Proposition 6.6.1 La relation entre l’avancée microscopique cyclique du décollement et le taux


de restitution d’énergie potentielle macroscopique possède les propriétés suivantes :
1. G doit être inférieur ou égal à 1.
.
2. Toute avancée ` ≤ −2 est possible quand G = 1.
.
3. Quand 0 < G < 1, la fonction f qui à G associe ` = −f (G) est continûment différentiable
et croissante de 0 à 2 quand G croı̂t de 0 à 1.
6n
4. Soit Gn = (n+1)(2n+1) avec n ∈ N∗ . Sur chaque intervalle [Gn+1 , Gn ), n ∈ N∗ , l’expression
de f (G) est la suivante
√ s
6 G 2 6(2n + 1) 3(n + 2)G
f (G) = − − . (6.18)
2n + 1 2n + 1 n(n + 1) n

Preuve. L’équation (6.17) peut aussi s’écrire


∞ D √
X .E2
2 G + j` = 4(1 − G).
j=1

Elle ne possède donc pas de solution si G > 1, puisque le second membre est alors négatif tandis
que le premier est nécessairement
. positif. Quand G = 1, le second membre est nul et le premier
est nul si et seulement si ` ≤ −2. Quand G < 1, on sait qu’elle possède une unique solution
. . P D√ .E2
` = −f (G). Posons F (G, `) ≡ ∞ j=0 2 G + j` − 4. F est une fonction strictement croissante
. . . .
de G, à ` fixé, et de ` à G fixé.
. Soit G1 et .G2 tels que 0.< G1 < G2 .< 1 et. soit `1 et `2 les solutions
associées. On a 0 = F (G1 , `1 ) = F (G2 , `2 ) > F (G1 , `2 ) et donc `1 > `2 . D’où f (G2 ) > f (G1 ),
donc f est strictement croissante.
Soit n = n(G) le nombre de cycles microscopiques effectif intervenant dans la valeur de f (G),
i.e. tel que
Xn D √ E2
2 G − j f (G) = 4.
j=0

Les valeurs extrêmes de f (G) faisant intervenir ce même nombre n sont


√ √
2 G 2 G
≤ f (G) < .
n+1 n
On en déduit les conditions suivantes sur G :
√ ! √ !
G 2 G 2 G G
4 − 4 = F G, − < 0 = F (G, −f (G)) ≤ F G, − =4 − 4.
Gn n n+1 Gn+1
94 Chapitre 6. Loi de fatigue limite du décollement d’un film

Autrement dit, pour trouver le nombre de cycles microscopiques effectif n, il faut et il .suffit de
trouver dans quel intervalle [Gn+1 , Gn ) se trouve G. Une fois n déterminé, l’équation en ` devient
l’équation du deuxième degré suivante :
n
X √ . 1 .2 √ .
0= (2 G + j`)2 − 4 = n(n + 1)(2n + 1)` + 2n(n + 1) G ` + 4(n + 1)G − 4. (6.19)
6
j=0

. que la racine qui donne f (Gn ) = 2. Gn /n d’où (6.18). Quand G → 1 = G1 , on a
On ne retient
n = 1 et ` → −2. Quand G → 0, on a n → ∞ et ` → 0. 
Il est à noter, et ceci sera montré au Chapitre 7, que la fonction f dépend à la fois du niveau
de chargement, de la structure et du matériau. Sur la Figure 6.4, on représente la loi de fatigue
limite f (G).

2.0
1.8
1.6
Loi de fatigue limite f

1.4
1.2
1.0
0.8
0.6
0.4
0.2
0.0
0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9 1
G

Fig. 6.4 – Loi de fatigue limite : graphe de la fonction f (G).

6.6.2 Loi de fatigue limite au voisinage de G = 1


Au voisinage de G = 1, on a n(G) = 1 et
√ √
f (G) = 2 G − 2 1 − G. (6.20)
On peut remarquer que la pente de f est infinie en G = 1, f 0 (1) = +∞, la courbe devenant
tangente à la demi-droite [2, ∞) des solutions quand G = 1.

6.6.3 Loi de fatigue limite au voisinage de G = 0


Proposition 6.6.2 Quand G est petit, la loi de fatigue limite est une loi de type PARIS avec une
puissance 3/2 :
2 3
f (G) ≈ G 2 , (6.21)
3
6.7. Problème limite d’évolution du décollement 95


la longueur microscopique de la zone cohésive d(G) étant petite, d(G) = 2 G, le nombre de cycles
microscopiques effectif n(G) étant grand, n(G) ≈ 3/G.

Preuve. Si G est faible alors de Gn = 6n/(n + 1)(2n + 1) on tire n(G) ≈ 3/G et en reportant dans
(6.18) on obtient (6.21). 

Remarque 6.6.3 Il est intéressant de noter que bien que la zone cohésive soit de plus en
. plus petite
quand G tend vers 0, le nombre de cycles effectif et donc le nombre de “marques” ` k présentes
devient de plus en plus grand. C’est cette microstructuration de la pourtant déjà microscopique
zone cohésive qui fait apparaı̂tre une loi puissance. Ceci n’est pas sans rappeler le phénomène de
stries observé expérimentalement (BATHIAS et BAÏLON [4]).

Remarque 6.6.4 En résolvant ce problème avec les grandeurs non adimensionnalisées, on obtient
la loi de fatigue limite suivante
+∞ r
* +2
`˙ Gc
r
X G
+k =1
Gc L 2N
k=0
 2
N VM
où G = 2 L−` . Dans le cadre des faibles valeurs du taux de restitution d’énergie, on obtient
r  3/2
L 2N G
`˙ = − .
3 Gc Gc

6.7 Problème limite d’évolution du décollement

6.7.1 Formulation du problème limite


.
Il reste à établir un lien entre l’avancée microscopique cyclique `(T ) du décollement associée au
taux de restitution d’énergie macroscopique G(T ) et la fonction position T 7→ `(T ) de la pointe de
décollement macroscopique. Compte tenu du caractère stationnaire de l’évolution microscopique,
on a de façon intuitive
. d`
`(T ) = (T ). (6.22)
dT
Rappelons enfin que la valeur initiale `(0+) de la position de la fissure macroscopique, i.e. celle
qui est obtenue après un cycle (ou un nombre fini de cycles), est donnée par la loi de GRIFFITH, cf
Proposition 6.2.1
`(0+) = `01 = 1 − VM .
On peut résumer les résultats précédents par la Proposition suivante
Proposition 6.7.1 La position de la tête macroscopique de la zone décollée `(T ) est régie par
l’équation différentielle suivante
VM2
d`
(T ) = −f (G(T )) avec G(T ) = et `(0+) = 1 − VM . (6.23)
dT (1 − `(T ))2
96 Chapitre 6. Loi de fatigue limite du décollement d’un film

Remarque 6.7.2 Il est intéressant de remarquer que les trois “composantes” du problème limite
ont trois origines différentes :

1. La condition initiale est fournie par la théorie de GRIFFITH et le résultat de convergence à


court terme vers celle-ci obtenu dans la Proposition 6.2.1.

2. La “loi d’état” reliant le taux de restitution macroscopique à la longueur de la fissure ma-


croscopique, qui est d’origine structurelle, issue du résultat de convergence au premier ordre
6.4.1. En langage de milieux standards généralisés, le taux de restitution d’énergie macro-
scopique est la force thermodynamique associée à la variable interne “longueur de fissure
macroscopique”.

3. La loi d’évolution reliant la vitesse d’évolution de la variable interne “longueur de fissure


macroscopique” à la force thermodynamique associée “taux de restitution d’énergie”. Elle
est d’origine microscopique, due de façon essentielle à la présence d’une zone cohésive et à
l’établissement d’un régime stationnaire à l’échelle microscopique.

On voit donc que l’on a obtenu à la limite une loi standard généralisée. Le fait qu’elle se construise
à partir d’un principe de minimisation d’énergie est essentiel. Cette remarque sera utilisée dans
le dernier chapitre lorsqu’on abordera la question de la généralisation et de l’utilisation de ces
résultats.

6.7.2 Vérification et résolution

Comme la fonction G 7→ ` est connue explicitement, l’équation différentielle peut également se


résoudre analytiquement. Il faut cependant raisonner sur chaque intervalle [Gn+1 , Gn ) séparément,
ce qui conduit à des expressions de T 7→ `(T ) compliquées qui ne seront pas reproduites ici. On se
contentera d’en donner le résultat graphiquement sur la Figure 6.5. L’amplitude du chargement
cyclique vaut VM = 0.2. On peut vérifier que la courbe obtenue est bien la limite des courbes
obtenues lorsqu’on fait tendre  vers 0. La courbe limite est pratiquement confondue avec celle
correspondant à  = 0.001. On notera que la fissure macroscopique arrive en ` = 0 lorsque le
nombre de cycles macroscopiques vaut environ 45. Ceci veut dire qu’il faut environ 45000 cycles
pour décoller complètement le film lorsque  = 0.001. L’obtention de la courbe T 7→ `i (T ) lorsque
 = 0.001 nécessite donc de résoudre 45000 fois le système d’équations non linéaires (6.1)-(6.2) par
la méthode de Newton, alors que l’obtention de la courbe limite T 7→ `(T ) ne nécessiterait (si on
utilisait une méthode numérique à défaut d’une solution analytique) que la résolution de l’équation
différentielle (6.23) par une méthode de type Runge-Kutta avec un pas de temps “macroscopique”
qui n’a pas besoin de correspondre à un cycle et qui peut donc être choisi indépendamment de .
On économise ainsi d’autant plus de temps de calculs que  est petit.
6.7. Problème limite d’évolution du décollement 97

0.9
"(T )
0.8 # = 0.001
Position de λ!i! (T ) et de "(T )

0.7 # = 0.0125
# = 0.05
0.6 # = 0.2
0.5
0.4 VM = 0.2
0.3
0.2
0.1
0.0
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45
T = i!

Fig. 6.5 – Vérification graphique du résultat de convergence vers la loi d’évolution limite dans le
cas où VM = 0.2.

On peut suivre la même démarche et construire ainsi d’autres lois de fatigue limites mais en
changeant d’énergie de surface, de condition d’irréversibilité (Paragraphe 7.5), d’énergie potentielle
(Paragraphe 7.4), de géométrie ou de cycle de chargement (Paragraphe 7.3).

1
98 Chapitre 6. Loi de fatigue limite du décollement d’un film
Troisième partie

Etude des lois de fatigue limites

99
Chapitre 7

Variantes à l’essai de pelage.

On se propose de mettre en évidence dans ce chapitre les différences obtenues dans le processus
de fissuration sous chargement cyclique lorsque l’on modifie le problème initial, décollement d’un
film mince inextensible et parfaitement flexible (voir Chapitres 3 à 6), au niveau de son chargement,
de sa loi de comportement ou de sa structure. L’objectif est de déterminer, dans ces différents cas,
la solution du problème d’évolution de la fissuration et à la limite, lorsque le film est long vis à
vis de la longueur interne, la loi de fatigue limite.
Il est connu que la loi de PARIS dépend de nombreux paramètres liés tant aux conditions de
l’expérience qu’au problème traité, la littérature en faisant d’ailleurs abondamment état, voir par
exemple [60] ou [4]. Il est cependant difficile de distinguer quels facteurs agissent sur cette loi
et notamment sur la puissance m, en reprenant la terminologie classique (voir Chapitre 1). Afin
de montrer la capacité de l’approche variationnelle de la fatigue (Chapitre 2) à rendre compte
de différents facteurs (la condition d’irréversibilité, l’énergie de surface, l’énergie potentielle, le
type de chargement, la forme des cycles de chargement,...), on va considérer dans ce chapitre
des “variantes” à l’essai de pelage (traité aux Chapitres 3 à 6). Plus précisément on va étudier
l’influence
1. de l’application d’un chargement de type force imposée (et plus de type déplacement im-
posé). Dans ce cadre, il apparaı̂t que la forme de la loi de fatigue limite n’est pas modifiée.
2. du rapport d’ouverture R.
En considérant des rapports d’ouverture R = Vm /VM non nuls, i.e. en ne considérant plus
des chargements cycliques avec retour à zéro à la fin de chaque décharge, on montrera que
le taux de décollement du film à la limite `˙ dépend à chaque instant T des valeurs maximale
GM et minimale Gm du taux de restitution d’énergie durant un cycle de chargement.
3. du caractère linéaire ou non de la loi de comportement.
On verra qu’en choisissant une loi de comportement non linéaire (non linéarité caractérisée
par le paramètre p), les lois obtenues sont fortement dépendantes de cette non linéarité.
4. de l’application d’un chargement de mode III (et plus de mode I).
En étudiant l’arrachement d’un film de son socle (et non plus le décollement), il apparaı̂tra
que la loi de fatigue limite s’exprime par deux relations et non plus une seule. Ceci est la
conséquence de l’influence des décharges pendant lesquelles l’arrachement s’effectue contrai-
rement au modèle d’ouverture.
5. de la “structure”.
En considérant que le film travaille non plus en tension mais en flexion pure, on montrera que
la loi de fatigue limite s’en trouve modifiée, la valeur de la puissance m lorsqu’on considère
de faibles valeurs du taux de restitution d’énergie G étant de 5/4 et non plus 3/2.

101
102 Chapitre 7. Variantes à l’essai de pelage.

Dans chaque cas, on essayera de comparer les résultats obtenus avec ceux trouvés dans la
littérature. L’ensemble des résultats (détaillés dans la suite de ce chapitre) est présenté dans
le Tableau 7.1. Dans la première colonne se situent les différents problèmes traités. Dans la se-
conde, l’expression de l’échelle de cycles T , i.e. l’ordre de grandeur du pas de temps T lorsque δc
est petit devant la longueur du film L. Enfin on donne dans la 3ième colonne la loi de fatigue limite
pour des faibles valeurs du taux de restitution d’énergie G.

ÉCHELLE DE LOI DE FATIGUE LIMITE


MODÈLE CYCLE T (G PETIT)

Décollement en
q  3/2
Tension L/δc `˙ = − L3 2N
Gc
G
Gc
(R = 0)

Décollement en
q  3/2
Tension L/δc `˙ = −CL 2N
Gc
G
Gc
avec BARENBLATT
où C dépend de φ

Décollement en
q  3/2
Tension L/δc `˙ = − L3 2N
Gc
G
Gc
(force imposée)

Décollement en
q q q 3
Tension L/δc `˙ = − L3 2N
Gc
GM
Gc
− Gm
Gc
(R 6= 0)

Décollement en
    p−1
p
  p1   2p−1
p
Tension L/δc `˙ = − p−1
2p−1
p
L p−1 N
Gc
G
Gc
non linéaire

q  3/2
Arrachement L/δc `˙ = − L6 2µ
Gc
G
Gc

Décollement en
√  1/4  G 5/4
˙` = − 4 L 8EI
p
L/δc 15 Gc Gc
Flexion pure

Tab. 7.1 – Différents problèmes traités et lois de fatigue limites obtenues.


7.1. Hypothèses préliminaires 103

7.1 Hypothèses préliminaires

Par souci de clarté de la présentation, et comme le but n’est pas ici la résolution complète des
différents problèmes traités, on réalise les hypothèses suivantes
Hypothèse 1 : La solution du problème de minimisation est supposée unique et indépendante
de la discrétisation choisie. Ainsi la résolution du problème sera réalisée en un seul pas de temps
sur chaque demi-cycle de chargement (charge-décharge-recharge-etc...). On pourrait être tenté
d’établir ce résultat de façon rigoureuse dans tous les exemples qui suivent (comme dans le Cha-
pitre 4), mais les problèmes étant très proches dans leur formulation, on peut supposer que l’hy-
pothèse est vérifiée.
Hypothèse 2 : On suppose que le niveau de chargement est assez faible (pour éviter que le film
ne se décolle entièrement en un seul cycle de chargement).
Hypothèse 3 : On suppose que le nombre de cycles d’amorçage Na , comme défini au Chapitre 5,
est nul (sauf pour le problème de décollement à force imposée).
On se placera donc toujours dans la configuration suivante : le film est parfaitement collé sur une
zone, partiellement décollé sur une autre et parfaitement décollé sur une troisième.

7.2 Décollement d’un film à force imposée

On souhaite résoudre le problème voisin du précédent en examinant le décollement d’un film


mince soumis non plus à une ouverture cyclique et une tension constante mais à une tension
cyclique.

7.2.1 Présentation

Comme présenté sur la Figure 7.1, on considère un film inextensible et parfaitement flexible
initialement parfaitement collé sur son socle rigide. Le film est fixé à une de ses extrémités et
soumis à l’autre à une tension cyclique définie par


N (t) = N0 −

τ (t), ||−

τ || = 1

où N0 est une constante fixée et − →τ la direction de la tension au cours du temps. Celle-ci est
caractérisée par l’angle cyclique w(t) entre la tangente au film au point d’application de la tension
et l’horizontale (ainsi lorsque w = 0, le film est soumis à une tension horizontale N0 −

e1 ). On se place
dans le cadre des petites perturbations ce qui revient à supposer de faibles valeurs et variations
de l’angle w. Ainsi on peut écrire

e1 + (sin w)−
τ = (cos w)−

→ → →
e2 ∼ −

e1 + w−

e2 . (7.1)

L’énergie totale s’obtient comme la somme du travail de la force de tension et de l’énergie de


surface (l’énergie élastique étant nulle du fait de l’inextensibilité et de la flexibilité du film)
Z L Z L
N0 02

E= v (s)ds − N0 w(t)v(L) + φ δ(s) ds (7.2)
2 0 0
104 Chapitre 7. Variantes à l’essai de pelage.

!
e2 !
N (t)
w(t)

!
e1

Fig. 7.1 – Géométrie et chargement.

où φ représente la densité d’énergie de surface de DUGDALE dépendant de l’ouverture cumulée δ


(et dont l’expression est donnée par (2.7)) et s l’abscisse curviligne le long du film. Dans (7.2), on
a utilisé la condition d’inextensibilité du film afin d’exprimer E uniquement en terme d’ouverture
v du film. On ajoute que cette ouverture doit vérifier la condition cinématique d’encastrement
v(0) = 0 et la condition de non interpénétration du film dans le socle v(s) ≥ 0 ∀s ∈ [0, L].
Dans la suite on considérera un chargement d’amplitude constante défini respectivement par les
chargements maximal wM = w et minimal wm = 0 à chaque cycle. Afin d’alléger les expressions
et de mettre en évidence les paramètres importants, on adimensionnalise le problème. L’énergie
totale donnée par (7.2) s’écrit alors plus simplement
Z 1 Z 1
02
E= v (x)dx − w(t)v(1) + φ (δ(x)) dx (7.3)
0 0

où on a posé

s v(s) δ(s) w
x= , v(x) = , δ(x) = , w=
L L L A
avec r r
2Gc Gc δc
L= L, A= , = .
N0 2N0 L
Dans (7.3), φ représente la densité d’énergie de surface de DUGDALE adimensionnalisée dont
l’expression est donnée par (3.18). On note que l’ouverture v doit appartenir à l’ensemble des
ouvertures admissibles V suivant

V = v ∈ W 1,2 (0, 1), v(0) = 0, v ≥ 0 .




Remarque 7.2.1 Comme pour le Chapitre 5, on va supposer que le film ne peut être partiellement
décollé sur toute sa longueur. Ceci est vérifié si l’on choisit  < 2.
Compte tenu de l’irréversibilité du problème, il s’agit de procéder à sa discrétisation ce qui conduit
à une succession de problèmes de minimisation. Comme annoncé précédemment, on supposera que
chaque demi-cycle (charge-décharge-recharge..) peut être résolu en un unique pas de temps. Le
problème incrémental adimensionnalisé s’écrit :
Sachant que v0 = δ0 = 0, trouver, pour i ∈ N∗ , vi ∈ V et δi tels que


Ei (vi ) ≤ Ei (v) ∀v ∈ V et δi = δi−1 + vi − vi−1 (7.4)
7.2. Décollement d’un film à force imposée 105

où l’énergie est donnée par


Z 1 Z 1  
Ei (v) = v 0 (x)2 dx − wi v(1) + φ δi−1 (x) + hv(x) − vi−1 (x)i dx (7.5)
0 0

avec w2i = 0 et w2i+1 = w. À la fin de chaque décharge, l’angle imposé w étant nul, on montre,
comme dans la Proposition 4.3.1, que l’ouverture v2i le long du film est nulle et que l’ouverture
cumulée δ2i conserve la valeur qu’elle possédait à la fin de la montée en charge précédente :

v2i = 0, δ2i = δ2i−1 .

Concernant les phases de charge, et en reprenant ce qui a été dit au Chapitre 5, on peut postuler
que les champs v2i−1 et δ2i−1 sont divisés en 3 zones : une zone parfaitement collée [0, `2i−1 ] où
v2i−1 = δ2i−1 = 0 (qui se réduira au point {0} au bout d’un nombre suffisant de cycles), une zone
partiellement décollée (`2i−1 , λ2i−1 ) où 0 < δ2i−1 <  (qui peut s’étendre jusqu’à l’extrémité 1,
dans ce cas λ2i−1 = 1, lors des premiers cycles si l’amplitude du chargement est trop faible) et une
zone parfaitement décollée (λ2i−1 , 1) où δ2i−1 > . Pour déterminer `2i−1 , λ2i−1 , v2i−1 et δ2i−1 ,
on utilise toujours (5.3), (5.5), (5.6) et (5.7). En fait seules les conditions aux limites (5.4) sont à
modifier et à remplacer par
0 w
v2i−1 (0) = 0, v2i−1 (1) = ,
2
la seconde condition étant la condition naturelle.

7.2.2 Première montée en charge


Proposition 7.2.2 La configuration du film à la fin de la première montée en charge est la
suivante
1. Si w < 2 alors le film est parfaitement collé sur [0, `1 ] et partiellement décollé sur (`1 , 1). Le
champ de déplacement s’écrit
(
0 si 0 ≤ x ≤ `1
v1 (x) = (x−`1 )2 (7.6)
4 si `1 ≤ x ≤ 1

où la pointe de la zone partiellement décollée dépend de l’amplitude du chargement cyclique

1 − `1 = w. (7.7)

2. Si w = 2 alors le film est parfaitement collé sur [0, `1 ], partiellement décollé sur (`1 , λ1 ) et
parfaitement décollé sur (λ1 , 1). L’ouverture s’exprime par

 0
 si 0 ≤ x ≤ `1
(x−`1 )2
v1 (x) = 4 si `1 ≤ x ≤ λ1 (7.8)
 (λ1 −`1 )
 (λ1 −`1 )2
2 (x − λ1 ) + 4 si λ1 ≤ x ≤ 1
On a alors une infinité de solutions, car on ne peut déterminer que la longueur de la zone
cohésive

λ1 − `1 = 2, (7.9)

mais la position de la pointe reste indéterminée.


106 Chapitre 7. Variantes à l’essai de pelage.

3. Si w > 2 alors le film est partiellement décollé sur [0, λ1 ) et parfaitement décollé sur (λ1 , 1),
avec
p
λ1 = w −  w2 − 4. (7.10)

Pour les autres phases de chargement, on suppose que le chargement cyclique est d’amplitude
constante w < 2 puisqu’on a vu qu’il y avait non unicité de la solution lorsque w = 2 (le cas w > 2
ne présentant pas d’intérêt en fatigue). On se demande alors, si dans cet exemple de décollement
à force imposée, on est également capable de rendre compte du phénomène de fatigue. Ceci est
l’objet du paragraphe suivant.

7.2.3 Aux cycles suivants


Proposition 7.2.3 En considérant un angle maximal à chaque cycle w < 2, l’évolution du
décollement du film pour tout i ∈ N∗ est la suivante :
– si i ≤ Na alors le film est parfaitement collé sur [0, `1 ] et partiellement décollé sur (`1 , 1).
L’ouverture s’écrit (
0 si 0 ≤ x ≤ `1
v2i−1 (x) = (x−`1 )2 (7.11)
4 si `1 ≤ x ≤ 1
où la pointe de la zone partiellement décollée `1 est donnée par (7.7) et le nombre de cycles
d’amorçage Na par
 
4
Na = Ent . (7.12)
w2

– si i > Na alors le film est parfaitement collé sur [0, `2i−1 ], partiellement décollé sur
(`2i−1 , λ2i−1 ) et parfaitement décollé sur (λ2i−1 , 1). L’ouverture s’exprime par

 0
 si 0 ≤ x ≤ `2i−1
(x−`2i−1 )2
v2i−1 (x) = 4 si `2i−1 ≤ x ≤ λ2i−1 (7.13)
 (λ2i−1 −`2i−1 )
 (λ2i−1 −`2i−1 )2
2 (x − λ2i−1 ) + 4 si λ2i−1 ≤ x ≤ 1

et la position des pointes de la zone cohésive `2i−1 et de la zone parfaitement décollée λ2i−1
est solution du système suivant

 λ2i−1 − `2i−1 = w
(7.14)
 Pi 2 2
j=1 hλ2i−1 − `2j−1 i = 4 .

Dans (7.14), la première relation fixe la longueur de la zone cohésive λ2i−1 − `2i−1 = w = d,
longueur constante durant tout le processus de décollement. Par contre, et contrairement au cas
w = 2, il existe une unique pointe de zone cohésive `2i−1 et une unique pointe de zone parfaitement
décollée λ2i−1 . En effet, dans la relation ( 7.142 ), en posant λ2i−1 − `2j−1 = λ2i−1 − λ2j−1 + λ2j−1 −
`2j−1 = λ2i−1 − λ2j−1 + d√et en postulant que seuls les termes j ≥ i − 1 ne sont pas nuls, on
obtient λ2i−1 − λ2i−3 = ( 4 − w2 − w). Ainsi la zone cohésive se translate à chaque cycle d’une
même quantité. Il s’avère donc qu’à force imposée, on peut traiter du phénomène de décollement
7.2. Décollement d’un film à force imposée 107

progressif qu’est la fatigue du film (en choisissant des amplitudes w < 2). Pendant les Na premiers
cycles, il y a endommagement progressif de la zone d’amorçage 1 − `1 du décollement. Par la suite,
et contrairement au cas à déplacement contrôlé, la longueur de la zone cohésive est constante
durant tout le processus de décollement et égale à λ − ` = w.

Remarque 7.2.4 Si on avait résolu ce problème avec une énergie de surface de GRIFFITH, on aurait,
à la fin de la première montée en charge, décollé le film sur une longueur 1 − `. Par contre, aux
cycles suivants, la pointe de la zone décollée n’aurait pas évolué : `2i−1 = ` ∀i ∈ N∗ . Le taux de
restitution d’énergie associé à la longueur du film décollée s’écrit

w2
G= (7.15)
4

7.2.4 Loi de fatigue limite


Lorsque  → 0, on est capable de construire un modèle limite d’évolution du décollement.
Pour cela on fait l’hypothèse (comme au Chapitre 6) qu’au niveau microscopique l’évolution du
décollement est en régime stationnaire, et on pose

1  
d(T ) = lim λ2i (T )−1 − `2i (T )−1
→0 

˙ ) = lim 1 λ
 

`(T 2i (T )+2k+1 − λ 2i (T )+2k−1
→0 

où d et `˙ sont des fonctions du nombre de cycles mis à l’échelle T défini par (6.6).
On a également convergence des pointes `2i (T ) et λ2i (T ) vers une pointe macroscopique `(T ) à T
fixé
lim λ2i (T )−1 = lim `2i (T )−1 = `(T ).
→0 →0

Pour déterminer d, on fait i = i (T ) dans ( 7.141 ), on divise par  et on passe à la limite.


On obtient ainsi que la longueur de la zone cohésive microscopique ne dépend que du taux de
restitution d’énergie macroscopique : √
d = 2 G.

Proposition 7.2.5 En supposant que le régime microscopique est stationnaire, la loi de fatigue
limite s’exprime par
P+∞ D √ E2
˙ =4
j=0 2 G + j ` (7.16)

Preuve. Comme on a
1   1h  i
lim λ2i (T )−1 − `2j (T )−1 = lim (λ2i (T )−1 − λ2j (T )−1 ) + (λ2j (T )−1 − `2j (T )−1 ) = k `˙ + d,
→0  →0 

le résultat est immédiat à partir de la relation ( 7.142 ). 


Ainsi on retrouve une loi de fatigue similaire à celle obtenue dans le cadre du décollement d’un
108 Chapitre 7. Variantes à l’essai de pelage.

film à déplacement imposé. Pour des valeurs faibles du taux de restitution d’énergie G, on obtient
donc directement
2 3
`˙ = − G 2 .
3
Le type de chargement imposé à la structure modifie donc l’évolution du décollement —l’avancé
à chaque cycle de la pointe de la zone décollée est constante du fait de la constance du taux de
restitution d’énergie G au cours du temps contrairement au problème à déplacement imposé dans
lequel G est une fonction décroissante de la longueur décollée— mais pas la forme de la loi de
fatigue limite.

Remarque 7.2.6 En résolvant ce problème avec les grandeurs non adimensionnalisées, on obtient
la loi de fatigue limite suivante


*r +2

r
X G Gc
+k =1
Gc L 2N0
k=0

N0 2
où G = 2 w . Dans le cadre des faibles valeurs du taux de restitution d’énergie, on obtient
r r !3/2
L 2N0 G
`˙ = − .
3 Gc Gc

7.3 Rapport d’ouverture non nul (R = Vm /VM 6= 0)

L’objectif de ce paragraphe est de montrer l’influence du rapport d’ouverture sur l’évolution du


décollement du film. Ainsi, le problème du décollement d’un film mince inextensible et parfaitement
flexible énoncé au Chapitre 3 et résolu aux Chapitres 4 à 6 dans le cadre d’une énergie de surface
de DUGDALE ne diffère ici que par le choix de l’ouverture imposée à l’extrémité du film : comme le
montre la Figure 7.2, le chargement cyclique V (t) est tel que le rapport d’ouverture R = Vm /VM
est non nul (ce qui conduit, en reprenant la terminologie classique en fatigue, à un chargement
ondulé), où VM ([Link] ) est l’ouverture maximale (resp. minimale) imposée à chaque cycle.

VM 1 3 2i+1

Vm
2 4 2i

t
0

Fig. 7.2 – Ouverture cyclique d’amplitude VM − Vm imposée à l’extrémité du film.


7.3. Rapport d’ouverture non nul (R = Vm /VM 6= 0) 109

Soit respectivement V0 et V1 l’ensemble des champs  d’ouverture admissibles respectivement à


1,2
la fin des demi-cycles de décharge et de charge : V0 = v ∈ W (0, 1), v(0) = 0, v ≥ 0, v(1) = Vm
et V1 = v ∈ W 1,2 (0, 1), v(0) = 0, v ≥ 0, v(1) = VM .
Le problème incrémental s’écrit :

Sachant que v0 = δ0 = 0, trouver, pour i ∈ N∗ , vi ∈ Vi et δi tels que




Ei (vi ) ≤ Ei (v) ∀v ∈ Vi et δi = δi−1 + vi − vi−1 (7.17)

où l’énergie est donnée par


Z 1 Z 1  
Ei (v) = v 0 (x)2 dx + φ δi−1 (x) + hv(x) − vi−1 (x)i dx (7.18)
0 0

et Vi = V0 si i est pair, Vi = V1 si i est impair.

Remarque 7.3.1 : Compte tenu du problème traité et de la condition de non interpénétration du


film dans le socle (3.3), on ne peut choisir que des rapports d’ouverture R ≥ 0.

7.3.1 Solution au cycle i


Pour résoudre le problème incrémental précédent, on se sert des relations établies au Chapitre 4.
Cependant, contrairement au Chapitre 4, le champ d’ouverture n’est pas nul à la fin d’une décharge
(puisque v2i (1) = Vm ). Il s’agit donc de distinguer les phases de charge des phases de décharge.
À la fin de chaque phase de charge, le film est, par hypothèse, parfaitement collé sur l’intervalle
[0, `2i−1 ], partiellement décollé sur l’intervalle (`2i−1 , λ2i−1 ) et parfaitement décollé sur l’intervalle
(λ2i−1 , 1). Pour déterminer v2i−1 , δ2i−1 , `2i−1 , et λ2i−1 , on utilise (5.3), (5.4), (5.5), (5.6) et (5.7).
Par contre à la fin de chaque fin de décharge, l’ouverture doit vérifier la Proposition 4.1.5, i.e.

 = v2i−1 (x) si 0 ≤ x ≤ `2i
v2i (x)
< v2i−1 (x) si `2i < x ≤ 1

ainsi que la Proposition 4.2.1. De ce fait on a forcément `2i−1 < `2i < λ2i−1 . On remarque de plus
que comme δ2i = δ2i−1 (par définition de l’ouverture cumulée), on a nécessairement λ2i = λ2i−1 .
Pour déterminer v2i dans l’intervalle (`2i , 1) et `2i , on doit
1. résoudre les équations d’Euler :

00 1 00
v2i = dans (`2i−1 , `2i ), v2i =0 dans (`2i , 1).
2

2. écrire la condition à la limite :


v2i (1) = Vm .
0 en ` :
3. écrire la continuité de v2i et de v2i 2i

0
[[v2i ]](λ2i ) = [[v2i ]](λ2i ) = 0.
110 Chapitre 7. Variantes à l’essai de pelage.

On donne dans la proposition suivante, la solution du problème de décollement d’un film mince
soumis à une ouverture cyclique de rapport d’ouverture non nul. On note que l’ouverture cumulée
à la fin de la iième montée en charge s’exprime par

δ2i−1 (x) = δ2i−2 (x) + v2i−1 (x) − v2i−2 (x)


= δ2i−3 (x) + v2i−1 (x) − v2i−2 (x)
= ...
2i−1
X
= (−1)p+1 vp (x) (7.17)
p=1

On rappelle (voir la Proposition 4.3.1) que pour une décharge complète (i.e. de VM à 0), la
résolution du problème de minimisation conduit à la nullité de l’ouverture v en fin de décharge et
à la non évolution des pointes (λ2i = λ2i−1 et `2i = `2i−1 ). On va voir qu’une décharge incomplète
(de VM à Vm 6= 0) conduit à un processus sensiblement différent.
Proposition 7.3.2 Le champ de déplacement s’écrit, quel que soit i ∈ N∗
• pour un chemin de charge


 0 si 0 ≤ x ≤ `2i−1




(x−`2i−1 )2
v2i−1 (x) = 4 si `2i−1 ≤ x ≤ λ2i−1 (7.18)




 (λ2i−1 −`2i−1 ) 2
(x − λ2i−1 ) + (λ2i−1 −` 2i−1 )

2 4 si λ2i−1 ≤ x ≤ 1

où `2i−1 et λ2i−1 sont donnés par le système suivant


2

 2(λ2i−1 − `2i−1 )(1 − λ2i−1 ) + (λ2i−1 − `2i−1 ) = 4VM
Pi−1 (7.19)
2
(λ2i−1 − `2i−1 )2 + j=1 hλ2i−1 − `2j i = 42

• pour un chemin de décharge




 0 si 0 ≤ x ≤ `2i−1




(x−`2i−1 )2
v2i (x) = 4 si `2i−1 ≤ x ≤ `2i (7.20)




 (`2i −`2i−1 ) (`2i −`2i−1 )2

2 (x − `2i ) + 4 si `2i ≤ x ≤ 1

avec `2i vérifiant

2(`2i − `2i−1 )(1 − `2i ) + (`2i − `2i−1 )2 = 4Vm (7.21)

Remarque 7.3.3 La pointe λ2i−1 peut-elle rejoindre la tête `2i−2 avant la fin de la montée en
charge ? En supposant qu’elle le puisse pour un niveau de chargement V 0 tel que Vm < V 0 < VM ,
alors la condition de décollement ( 7.192 ) donne λ2i−1 − `2i−1 = 2 et la condition à la limite
( 7.191 ) entraı̂ne 1 − λ2i−1 +  = V 0 . Or, VM = 1 −  − `1 d’après (5.11), donc

V 0 − VM = (`1 − λ2i−1 ) + 2 = `1 − `2i−1 > 0


7.3. Rapport d’ouverture non nul (R = Vm /VM 6= 0) 111

ce qui est impossible compte tenu de l’hypothèse faite sur V 0 . Ainsi la tête de zone décollée ne
peut rejoindre `2i−2 avant la fin de la charge et la structure de la solution est obligatoirement celle
donnée par (7.18)

Ainsi pour un film qui est seulement partiellement déchargé, il existe à l’intérieur de la zone
partiellement décollée λ2i−1 − `2i−1 une région λ2i−1 − `2i où les forces cohésives sont nulles.
Cependant, cette région ne correspond pas à une zone décollée : il y a toujours interaction entre
le film et le socle, mais cette interaction est simplement “relâchée”.
On représente schématiquement sur la Figure 7.3 la configuration du film sur un cycle charge-
décharge-recharge du chargement. Cette configuration est à comparer à celle obtenue Figure 5.2
pour un rapport d’ouverture nul R = 0.

Con guration du lm a la n de la
montee en harge du y le i 1
de harge du y le i 1
montee en harge du y le i

0 `2i+1 `2i 1 `2i 2i+1 2i 1 1

Fig. 7.3 – Configuration du film sur un cycle charge-décharge-recharge.

On présente sur la Figure 7.4 l’influence du rapport d’ouverture R > 0 sur la durée de vie de la

0.6
R = 0.6
R = 0.5
0.5 R = 0.4
Position de la pointe !

0.4

0.3 VM = 0.4, " = 0.01

0.2

0.1

0.0
0 1000 2000 3000 4000 5000 6000 7000
Nombre de cycles

0.01 Fig. 7.4 – Influence du rapport d’ouverture R.


dN
d!

R = 0.6
décollement

R = 0.5
R = 0.4

0.001
112 Chapitre 7. Variantes à l’essai de pelage.
0.6
R = 0.6
structure pour une0.5 ouverture maximale VM fixée. Il apparaı̂t que plus RR = est
0.5 élevé, plus le nombre
R = 0.4
Position de la pointe !
de cycles nécessaire pour décoller entièrement le film est élevé. √ √
Sur la Figure 7.5, on0.4a tracé l’évolution du taux de décollement du film en fonction de GM − Gm
(qui est proportionnel à la variation du facteur d’intensité des contraintes ∆K = KM − Km ) pour
différentes valeurs de R. On
√0.3 √ observe qu’une augmentation de R provoque une augmentation de
VM = 0.4, " = 0.01
d`/dN pour un GM − Gm fixé. Ceci constitue un résultat généralement obtenu en fatigue
des matériaux comme le montre par exemple le travail expérimental de KUMAR et SINGH [38].
0.2 à la loi de PARIS, l’approche variationnelle est capable de capter l’effet du
Ainsi, et contrairement
rapport d’ouverture sur la vitesse de fissuration sans ajout de critères supplémentaires (le facteur
0.1
d’intensité des contraintes effectif ∆Kef f introduit par ELBER [27] par exemple). Par contre les
causes de cet effet sont peu claires. En effet si dans la littérature, il est expliqué par le phénomène
0.0 déjà évoqué au paragraphe 1.2.2, ici, en l’absence de plasticité, on le justifie
de fermeture de fissure
mal. 0 1000 2000 3000 4000 5000 6000 7000
Nombre de cycles

0.01
dN
d!

R = 0.6
taux de propagation du décollement

R = 0.5
R = 0.4

0.001

0.0001 VM = 0.4, " = 0.01

1e-05
0.1 1
√ √
GM − Gm

Fig. 7.5 – Représentation du taux de décollement du film en fonction du taux de restitution


d’énergie.

7.3.2 Loi de fatigue limite lorsque  → 0

L’évolution du décollement étant connue, il s’agit dès lors de déterminer le comportement du


film lorsque celui-ci est long vis à vis de l’ouverture cumulée critique δc , autrement dit lorsque
 → 0.
En reprenant les idées introduites aux chapitres précédents, on postule l’existence d’un régime

3
7.3. Rapport d’ouverture non nul (R = Vm /VM 6= 0) 113

stationnaire au niveau microscopique et on introduit les quantités suivantes


1  
d1 (T ) = lim λ2i (T )−1 − `2i (T )−1
→0 
1  
d2 (T ) = lim `2i (T ) − `2i (T )−1
→0 

˙ ) = lim 1 λ
 

`(T 2i (T )+2k+1 − λ 2i (T )+2k−1
→0 

où d1 , d2 et `˙ sont des fonctions du nombre de cycles mis à l’échelle T défini par (6.6).
De même, on montrerait le résultat de convergence suivant : les pointes de zones décollée et
partiellement décollée tendent vers une limite commune `

À T fixé, lim λ2i (T )−1 = lim `2i (T )−1 = lim `2i (T ) = `(T ).
→0 →0 →0

Avant de construire la loi de fatigue limite, on cherche à évaluer d1 et d2 . Pour cela on passe à
la limite lorsque  → 0 dans ( 7.191 ) ce qui entraı̂ne 2d1 (1 − `) = 4VM et donc, en introduisant
le taux de restitution d’énergie GM (T ) = VM 2 /(1 − `(T ))2 obtenu pour un film décollé sur une

longueur 1 − ` et soumis à une ouverture VM ,


p
d 1 = 2 GM (7.22)

De même, la condition (7.21) donne directement en première approximation 2d2 (1−`2i (T ) ) = 4Vm
qui conduit à
p
d 2 = 2 Gm (7.23)

où Gm (T ) = Vm2 /(1 − `(T ))2 est le taux de restitution d’énergie en fin de décharge.
Comme la longueur de la zone cohésive n’évolue pas lors d’une décharge, on définit la distance
λ2i (T )−1 − `2i (T ) par

1   p p
lim λ2i (T )−1 − `2i (T ) = d1 − d2 = 2( GM − Gm ). (7.24)
→0 

La Figure 7.6 représente schématiquement la configuration du film à la fin de la montée en charge


et à la fin de la décharge du cycle i.
On énonce ci-dessous la loi de fatigue limite obtenue pour des chargements cycliques de rapport
d’ouverture non nul.
Proposition 7.3.4 En supposant que le régime microscopique est stationnaire, la relation entre
`˙ et G est donnée par l’équation implicite suivante

P∞ D √ √ E2
Gm + k `˙ = 4(1 − GM )

k=0 2 GM − (7.25)

où les crochets indiquent la partie positive.

Preuve. Comme on a
1   1h  i
˙
lim λ2i (T )−1 − `2j (T ) = lim (λ2i (T )−1 − λ2j (T )−1 ) + (λ2j (T )−1 − `2j (T ) ) = d1 − d2 + k `,
→0  →0 
114 Chapitre 7. Variantes à l’essai de pelage.

a)
2
pG
M

`2i (T ) 1 2i (T ) 1

b)
`2i (T ) 1 `2i (T ) 2i (T ) 1

`2i (T ) 1 2i(T ) 1
p
2 G
p
2( G
pG
m M m)

Fig. 7.6 – Structure de la solution au cycle i a) à la fin de la montée en charge, b) à la fin de


décharge.

le résultat est immédiat à partir de la relation ( 7.192 ). 


On obtient donc une loi de fatigue limite sensiblement similaire à celle obtenue dans le cadre d’un
chargement de rapport d’ouverture nul et donnée en (6.17).

Lorsque GM (et donc Gm ) est faible, on retrouve une loi de PARIS classique comme pour le cas
avec rapport d’ouverture nul R = 0 :
2 p p 3
`˙ = − GM − Gm . (7.26)
3

Remarque 7.3.5 En résolvant ce problème avec les grandeurs non adimensionnalisées, on obtient
la loi de fatigue limite suivante

*r +2

r r
X GM Gm Gc GM
− +k =1−
Gc Gc L 2N Gc
k=0

V2 N Vm 2
où GM = N2 (L−`)M
2 et Gm = 2 (L−`)2 . Dans le cadre des faibles valeurs du taux de restitution
d’énergie, on obtient
r r r !3
L 2N GM Gm
`˙ = − − .
3 Gc Gc Gc
7.4. Décollement d’un film avec une loi de comportement non linéaire 115

7.4 Décollement d’un film avec une loi de comportement non linéaire

Ce paragraphe aurait pu être partie intégrante du Chapitre 5 dans la mesure où l’on traite
toujours du décollement d’un film. Cependant, et c’est afin de mettre en évidence cette pro-
priété qu’on lui accorde un paragraphe, on va montrer que le choix d’une énergie potentielle
non forcément quadratique modifie notablement l’évolution du décollement du film. L’objectif
avoué est de rendre compte de l’influence de cette non linéarité sur l’expression de la loi de fatigue
limite.

On fait apparaı̂tre la non linéarité explicitement à l’aide du réel p > 1 dans l’énergie potentielle,
premier terme de l’énergie totale suivante
Z L Z L
N
v 0 (s)p ds +

E= φ δ(s) ds (7.27)
2 0 0

où v indique l’ouverture le long du film, φ la densité d’énergie de surface (celle de DUGDALE dans
la suite) et δ la variable d’ouverture cumulée définie par (2.11).
En fait, il n’y a pas de modèle physique raisonnable qui corresponde à l’énergie (7.27). Il faut donc
prendre ce problème comme un problème modèle non linéaire.

Remarque 7.4.1 : Les valeurs de p sont limitées à se situer dans ]1, +∞] afin d’assurer l’existence
d’une solution au problème de minimisation. On remarque de plus que l’on retrouve le problème
initial en choisissant p = 2.

Après adimensionnalisation du problème, l’évolution de la fissuration est obtenue en résolvant


un problème de minimisation incrémental. L’énergie totale adimensionnalisée et discrétisée est
donnée par :
Z 1 Z 1
0 p
Ei (v) = v (x) dx + φ (δi (x)) dx (7.28)
0 0

7.4.1 Évolution cyclique du décollement


D’après les hypothèses initiales (voir paragraphe 7.1) le film se décolle de son socle dès la
mise en charge, une zone cohésive précédant la zone parfaitement décollée. Il va donc s’agir, pour
obtenir l’évolution du décollement, de déterminer la position des têtes de zone cohésive `i et de
zone parfaitement décollée λi à la fin de chaque demi-cycle (charge, décharge, recharge, etc...).
Ainsi, à la fin de la première montée en charge, on obtiendrait facilement
p
λ1 = 1 − (VM − )(p − 1)1/p , λ1 − `1 = (7.29)
(p − 1)(p−1)/p

où VM est l’amplitude du chargement cyclique représenté sur la Figure 4.7.


Il s’avère de ce fait que la taille de la zone cohésive λ1 − `1 est de l’ordre de , la non linéarité
n’influençant donc pas cette propriété. Par contre la valeur de p modifie grandement la position
des pointes.
116 Chapitre 7. Variantes à l’essai de pelage.

On montre (comme au Chapitre 5) que les phases de décharge n’agissent pas sur l’évolution
des pointes. Ceci est dû au fait que les décharges sont complètes (de VM à 0) contrairement au
paragraphe 7.3.
L’évolution du décollement, i.e. les positions successives prises par les pointes de zone partiellement
décollée `2i−1 et parfaitement décollée λ2i−1 quel que soit i ∈ N∗ , est donnée par la

Proposition 7.4.2 À la fin de chaque montée en charge la configuration du film est la suivante : le
film est parfaitement collé dans [0, `2i−1 ], soumis à des forces cohésives s’opposant à son ouverture
dans (`2i−1 , λ2i−1 ) et parfaitement décollé dans (λ2i−1 , 1). L’ouverture vérifie

si 0 ≤ x ≤ `2i−1


 0



 p
 p−1
 (pp )1/(p−1) (x − `2i−1 ) (p−1) si `2i−1 ≤ x ≤ λ2i−1


v2i−1 (x) = (7.30)

   1
 λ2i−1 −`2i−1 (p−1)



 p (x − λ2i−1 )+
 p
 p−1

p
(p ) 1/(p−1) (λ 2i−1 − `2i−1 ) (p−1) si λ2i−1 ≤ x ≤ 1

La position des têtes de zones cohésive `2i−1 et parfaitement décollée λ2i−1 est obtenue en résolvant
le système suivant
 1 p 1
(p−1)


 (λ 2i−1 − `2i−1 ) (p−1) (1 − λ
2i−1 ) + p (λ 2i−1 − `2i−1 ) (p−1) = (p) (p−1) V
M

p
(7.31)
 p
 Pi
 (p) (p−1)
j=1 hλ2i−1 − `2j−1 i =
(p−1)
p−1

Preuve. Par hypothèse, le film est collé sur l’intervalle [0, `2i−1 ], partiellement décollé sur l’in-
tervalle (`2i−1 , λ2i−1 ) et parfaitement décollé sur l’intervalle (λ2i−1 , 1) où `2i−1 et λ2i−1 sont à
déterminer. Pour obtenir l’expression de v2i−1 , δ2i−1 , `2i−1 et λ2i−1 , on écrit l’équation d’Euler-
Lagrange dans (`2i−1 , 1)

d  1/ si `2i−1 ≤ x ≤ λ2i−1
0 p−1
 
p(v2i−1 ) (x) = (7.32)
dx
0 si λ2i−1 ≤ x ≤ 1

et on utilise les conditions (5.4) à (5.7). On obtient ainsi l’expression de l’ouverture v2i−1 donnée
en (7.30) et le système (7.31) de deux équations à deux inconnues `2i−1 et λ2i−1 . 
On montre sur la Figure 7.7 l’influence de la non linéarité sur la propagation de la fissuration.
La courbe présente une forte non monotonie. Il apparaı̂t que pour des valeurs de p tendant vers
1, il faut un nombre infini de cycles pour décoller le film. Ceci est en accord avec l’approche par
minimisation d’énergie utilisée. En effet, sous cette hypothèse (p = 1), le premier terme dans
l’énergie totale (7.27) est une constante et la structure à “intérêt” à minimiser son énergie de
surface. Comme φ est une fonction croissante de δ, les faibles valeurs de δ vont être privilégiées
(δ ne pouvant toutefois pas être nul puisque δ(1) = v(1) = VM ), ce qui conduit à un infinité de
cycles pour décoller le film.
0.00538
T ∼ 22.45
0.00536

0.00534
0 10 20 30 40 50 60 70 80
7.4. Décollement d’un film avec une loi de comportement
! non
!
!j−1 − !j linéaire 117

20000
18000
16000
Nombre de cycles Nd

14000
12000
10000 VM = 0.2, " = 0.1
8000
6000
4000
2000
0
1 1.5 2 2.5 3 3.5 4
p

Fig. 7.7 – Effet de la non-linéarité p sur le nombre de cycles Nd nécessaire pour décoller entièrement
le film.

Remarque 7.4.3 Si on avait voulu résoudre ce problème avec une énergie de surface de GRIFFITH,
on aurait eu adaptation en un cycle : le film aurait été parfaitement décollé sur une longueur 1 − `
à la fin de la première monté en charge et le décollement n’aurait plus évolué par la suite, i.e.
1 − `i = 1 − ` ∀i ∈ N∗ . Le taux de restitution d’énergie associé à cette longueur décollée 1 − `
s’écrit p
VM
G = (p − 1) .
(1 − `)p

7.4.2 Loi de fatigue limite


Sans détailler l’approche qui nous y conduit (se référer2 au chapitre précédent), on suppose
que, lorsque  → 0 et après un grand nombre de cycles, un régime stationnaire s’installe. Cette
hypothèse implique
1  
d(T ) = lim λ2i (T )−1 − `2i (T )−1
→0 

˙ ) = lim 1 λ
 

`(T 2i (T )+2k+1 − λ 2i (T )+2k−1
→0   

où T = i désigne le nombre de cycles mis à l’échelle. On montre également la convergence des
pointes λ2i (T )−1 et `2i (T )−1 vers une pointe limite `(T ). Ainsi, à T fixé,

lim λ2i (T )−1 = lim `2i (T )−1 = `(T ).


→0 →0

Pour déterminer la longueur d de la zone partiellement décollée après changement d’échelle, on


passe à la limite dans ( 7.311 ). On obtient que d dépend uniquement du taux de restitution
118 Chapitre 7. Variantes à l’essai de pelage.

d’énergie G. Ainsi, on a
  p−1
G p
d=p . (7.33)
p−1

La proposition suivante établit la loi de fatigue limite obtenue pour des films infiniment longs :

Proposition 7.4.4 En supposant l’établissement d’un régime microscopique stationnaire, la loi


de fatigue limite met en relation, ∀p > 1, le taux de restitution d’énergie G et le taux de décollement

p
   p−1  p−1 p
P+∞ G p
˙ p p−1
k=0 p p−1 + k` = p−1 (7.34)

Preuve. Comme
1   1h  i
lim λ2i (T )−1 − `2j (T )−1 = lim (λ2i (T )−1 − λ2j (T )−1 ) + (λ2j (T )−1 − `2j (T )−1 ) = k `˙ + d,
→0  →0 

en remplaçant dans ( 7.312 ), le résultat est immédiat. 


Ce résultat montre la capacité de l’approche variationnelle de la fatigue à rendre compte de
l’influence de la non linéarité du problème sur l’évolution d’une fissure de fatigue.
Dans le cadre des faibles valeurs du taux de restitution d’énergie on obtient une loi explicite entre
`˙ et G du type loi de PARIS
1
p(p − 1) p 2p−1
`˙ = − G p (7.35)
2p − 1
h i
Preuve. La somme dans l’équation (7.4.4) ne peut contenir que n = Ent − d`˙ termes. Or,
lorsque G → 0, d → 0 et comme d >> −`,˙ on a forcément n ∼ −d/`.
˙ On approxime alors cette
somme par une intégrale ce qui donne

n 2p−1 
d 1

p−1
Z
X 
˙
 p p d p−1
d + k` (p−1)
=− [(1 − θ)d] (p−1) dθ = −
k=0
`˙ 0 `˙ 2p − 1

En remplaçant d par son expression, on obtient le résultat. 

Au delà du fait que pour p = 2 on retombe bien sur la relation obtenue au chapitre précédent, il
s’avère qu’en considérant un problème non linéaire, on obtient une loi de PARIS différente de celle
obtenue en (6.17). Ainsi les coefficients C et m de la loi de PARIS dépendent fortement de la non
linéarité du problème considéré.
Ici, pour une valeur du paramètre p située dans l’intervalle ]1, +∞[, on obtient des puissances m
de la loi de PARIS telles que
2 < m < 4.
7.5. Arrachement antiplan d’un film de son socle 119

Remarque 7.4.5 En résolvant ce problème avec les grandeurs non adimensionnalisées, on obtient
la loi de fatigue limite suivante
*  p−1 p
∞  p−1  1/p + p−1
`˙ p − 1 p

X G p Gc
+k =1
Gc L p N
k=0

Vp
où G = (p − 1)N (L−`)
M
p . Pour de faibles valeurs de G, on a

   p−1  1   2p−1
p−1 p p N p G p
`˙ = −L .
2p − 1 p−1 Gc Gc

7.5 Arrachement antiplan d’un film de son socle

Wt ( ) W (t)!
e3
i
!
1 2 +1
e1
t
!
e3
0 2 i
2 !
e1

Fig. 7.8 – Géométrie et Chargement.

On souhaite rendre compte du processus de rupture par fatigue d’une structure sollicitée en
mode de glissement antiplan des lèvres de la fissure (classiquement appelé mode III de la rupture).
Plus précisément et comme présenté sur la Figure 7.8, on va étudier l’arrachement d’un film mince
inextensible et parfaitement flexible de son socle sous l’action d’un déplacement cyclique antiplan
d’amplitude constante W (t)− → et d’une tension constante µ−
e 3
→ (µ > 0).
e 1
Si le problème traité ne semble guère éloigné des études préalablement réalisées en ce qui concerne
sa formulation, il s’en distingue par contre par le choix fait de la variable irréversible. Ainsi ce
n’est plus l’accumulation d’ouverture mais l’accumulation de glissement dont on doit tenir compte
et ceci revêt une importance capitale dans les résultats obtenus.
On verra ainsi que contrairement au cas du décollement d’un film (Chapitre 5), la propagation de
la fissure se fait également lors des phases de décharge.
120 Chapitre 7. Variantes à l’essai de pelage.

La description du problème ne se distingue de celle du Chapitre 3 qu’au niveau du choix des


sollicitations appliquées sur la structure. On ne reviendra donc pas en détail sur la construction du
problème de minimisation. Mais, en écrivant la condition d’inextensibilité, on montre rapidement
que l’énergie potentielle peut s’exprimer uniquement en fonction du déplacement antiplan w. De
plus, comme annoncé plus haut, afin de tenir compte de la dissipation lors des phases de décharge,
on fait dépendre l’énergie de surface de DUGDALE définie par sa densité (3.18) de la variable de
glissement cumulée suivante
Z t

δt (x) = ẇτ (x) dτ (7.36)
0

où δt et ẇt sont respectivement le glissement cumulé et le taux de déplacement à l’instant t.


De ce fait, toute variation du déplacement antiplan w fait augmenter la variable de glissement
cumulé δ mettant ainsi en évidence une influence des phases de décharge lors du processus d’ar-
rachement.

L’évolution de l’arrachement sera réalisée en minimisant, à chaque instant, l’énergie totale


de la structure. Après discrétisation du chargement cyclique, application de l’Hypothèse 1 et
introduction de l’ensemble des déplacements antiplans admissibles

Wi = w ∈ W 1,2 (0, 1), w(0) = 0, w(1) = Wi ,




on est conduit à résoudre le problème incrémental suivant

Sachant que w0 = δ0 = 0, trouver, pour i ∈ N∗ , wi ∈ Wi et δi tels que



Ei (wi ) ≤ Ei (w) ∀w ∈ Wi et δi = δi−1 + vi − vi−1 (7.37)

où l’énergie est donnée par


Z 1 Z 1
Ei (w) = w0 (x)2 dx + φ (δi−1 (x) + |w(x) − wi−1 (x)|) dx. (7.38)
0 0

Pour obtenir cette écriture on a adimensionnalisé le problème initial ce qui a conduit à introduire
le paramètre r
µ δc
=
2Gc L
où δc est le glissement cumulé critique conduisant à l’arrachement complet du film.

La structure de la solution en fin de phase de charge et de décharge vérifie la proposition suivante

Proposition 7.5.1 Pour tout i ∈ N∗

– à la fin d’une montée en charge



 = w2i−2 (x) si 0 ≤ x ≤ `2i−1
w2i−1 (x)
> w2i−2 (x) si `2i−1 < x ≤ 1

7.5. Arrachement antiplan d’un film de son socle 121

– à la fin de la décharge suivante



 = w2i−1 (x) si 0 ≤ x ≤ `2i
w2i (x)
< w2i−1 (x) si `2i < x ≤ 1

où `2i−1 = max {x ∈ [0, 1) : w2i−2 (x) = w2i−1 (x)} et `2i = max {x ∈ [0, 1) : w2i−1 (x) = w2i (x)}

Preuve. Il suffit de reprendre la preuve de la Proposition 4.1.5 en remplaçant l’énergie totale par
sa nouvelle expression (7.38). Le résultat suit. 

7.5.1 Solution au premier cycle

Première montée en charge

Proposition 7.5.2 Sous les Hypothèses énoncées (qui conduisent à  < WM < 1 −  et  < 1/2),
le champ antiplan à la fin de la première montée en charge est tel que le film est parfaitement
collé sur [0, `1 ], partiellement arraché sur (`1 , λ1 ) et parfaitement arraché sur (λ1 , 1). Dans la zone
cohésive (`1 , λ1 ) agissent des forces positives constantes τ = τc = 1/. Le champ de déplacement
s’écrit alors 

 0 si 0 ≤ x ≤ `1




(x−`1 )2
w1 (x) = 4 si `1 ≤ x ≤ λ1 (7.39)




 (λ1 −`1 ) 2
(x − λ1 ) + (λ1 −` 1)

2 4 si λ1 ≤ x ≤ 1
où `1 et λ1 vérifient

`1 = 1 − WM −  λ1 = 1 − W M +  (7.40)

Preuve. Lors de la première montée en charge, l’énergie totale à minimiser s’écrit


Z 1 Z 1
0 2
E1 (w) = w (x) dx + φ (w(x)) dx.
0 0

Ainsi le problème est strictement semblable à celui posé au paragraphe 5.2. On se rapportera donc
à cette démonstration. 

Première décharge

Proposition 7.5.3 À la fin de la première décharge le film est parfaitement collé sur [0, `1 ],
partiellement arraché sur (`1 , `2 ), des forces cohésives positives et constantes τ = τc s’opposant à
l’arrachement du film, partiellement arraché sur (`2 , λ2 ), des forces cohésives négatives τ = −τc
s’opposant à la “fermeture de la fissure” et enfin parfaitement arraché sur (λ2 , 1).
122 Chapitre 7. Variantes à l’essai de pelage.

Le déplacement s’écrit

si 0 ≤ x ≤ `1

 0




(x−`1 )2

si `1 ≤ x ≤ `2


4


w2 (x) = (7.41)
2 2
− (x−` 2)
+ (x−` 1)
si `2 ≤ x ≤ λ2


2 4






(λ2 −`2 )2 (λ2 −`1 )2

 (λ2 −2`2 +`1 )
− 2 (x − λ2 ) − 2 + 4 si λ2 ≤ x ≤ 1

où `2 et λ2 sont solutions du système suivant

 2(λ2 − 2`2 + `1 )(1 − λ2 ) + 2(λ2 − `2 )2 − (λ2 − `1 )2 = 0


(7.42)
2(λ2 − `2 )2 + (λ2 − `1 )2 = 42

Preuve. Compte tenu de la Proposition 7.5.1, on réalise les hypothèses suivantes sur la structure
de la solution :
– le champ w2 vérifie 

 =0 si 0 ≤ x ≤ a



w2 (x) = w1 (x) si a ≤ x ≤ `2




< w1 (x) si `2 ≤ x ≤ 1

– le glissement cumulé vérifie




 = δ1 (x) si 0 ≤ x ≤ `2



δ2 (x) ∈ (δ1 (x), ) si `2 ≤ x ≤ λ2




≥ si λ2 ≤ x ≤ 1.

Pour déterminer les champs w2 et δ2 dans l’intervalle (`2 , 1) ainsi que les pointes a, `2 et λ2 , on
doit
1. résoudre les équations d’Euler :
1
w200 = − dans (`2 , λ2 ), w200 = 0 dans (λ2 , 1).
2

2. écrire les conditions qui découlent de la Proposition 7.5.1 :

w2 (`2 ) = w1 (`2 ), w20 (`2 ) = w10 (`2 ).

3. écrire la conditions à la limite :


w2 (1) = 0.
7.5. Arrachement antiplan d’un film de son socle 123

4. écrire la continuité de w2 et de w20 en `2 et en λ2 :


[[w2 ]](`2 ) = [[w20 ]](`2 ) = [[w2 ]](λ2 ) = [[w20 ]](λ2 ) = 0.

5. écrire que le glissement cumulé vaut  en λ2 :


δ2 (λ2 ) = .

On obtient le champ w2 (7.41) et `2 et λ2 sont obtenues en résolvant le système (7.42).

Remarque 7.5.4 : On a supposé que la structure de la solution était telle que `2 > a = `1 . Sup-
posons que `2 rejoigne `1 en cours de décharge pour un W 0 tel que 0 < W 0 √< WM . La condition
d’arrachement en x = λ2 donne la taille de la zone cohésive (λ2 − `1 ) = 2 3 3  ce qui permet de
simplifier la condition à la limite en x = 1
−4W 0 = 2(λ2 − `1 )(1 − λ2 ) + (λ2 − `1 )2

4 3 42
= (1 − `1 ) −
3 3
or, d’après (7.40), WM = 1 − `1 −  ce qui conduit à

0 3  √
W =− WM + (1 − 3) < 0
3 3
ce qui est absurde compte tenu de l’hypothèse faı̂te sur W 0 . Donc `2 ne peut pas “rattraper” `1 et
l’hypothèse initiale est justifiée.


7.5.2 Aux cycles suivants


Comme le glissement cumulé s’exprime par

– à la fin d’une montée en charge


δ2i−1 (x) = δ2i−2 (x) + w2i−1 (x) − w2i−2 (x)
= δ2i−3 (x) + w2i−3 (x) − 2w2i−2 (x) + w2i−1 (x)
= ...
2i−2
X
= w2i−1 (x) + 2 (−1)p+1 wp (x)
p=1

– à la fin d’une décharge


δ2i (x) = δ2i−1 (x) − w2i (x) + w2i−1 (x)
X2i
= w2i−1 (x) + 2 (−1)p+1 wp (x) − w2i (x) + w2i−1 (x)
p=1
2i−1
X
= −w2i (x) + 2 (−1)p+1 wp (x),
p=1
124 Chapitre 7. Variantes à l’essai de pelage.

l’évolution de l’arrachement du film de son socle est donnée par la

Proposition 7.5.5 Le champ de déplacement wi s’écrit pour tout i ∈ N∗


• pour un chemin de charge :


 0 si 0 ≤ x ≤ `2i−1




(x−`2i−1 )2
w2i−1 (x) = 4 si `2i−1 ≤ x ≤ λ2i−1 (7.43)




 (λ2i−1 −`2i−1 ) (λ2i−1 −`2i−1 )2

2 (x − λ2i−1 ) + 4 si λ2i−1 ≤ x ≤ 1

où `2i−1 et λ2i−1 correspondent respectivement à la position de la tête de zone cohésive et à


la position de la tête de zone arrachée à la fin de la iième montée en charge.
2

 (λ2i−1 − `2i−1 ) + 2(λ2i−1 − `2i−1 )(1 − λ2i−1 ) = 4WM
(7.44)
(λ2i−1 − `2i−1 )2 + 4 i−1 2 2
P
hλ − ` i = 4

p=1 2i−1 2p

Le film se trouve ainsi, à la fin chaque recharge, dans un état où coexistent trois zones dis-
tinctes : une zone saine [0, `2i−1 ], une zone partiellement déchirée dans laquelle la contrainte
de cisaillement τc est positive (`2i−1 , λ2i−1 ) et une zone déchirée (λ2i−1 , 1).

• pour un chemin de décharge :

si 0 ≤ x ≤ `2i−1

 0




(x−`2i−1 )2

si `2i−1 ≤ x ≤ `2i


4


w2i (x) =
2 2
− (x−` 2i )
+ (x−`4
2i−1 )




 2 si `2i ≤ x ≤ λ2i



(λ2i −`2i )2 (λ2i −`2i−1 )2

 (λ2i −2`2i +`2i−1 )
− 2 (x − λ2i ) − 2 + 4 si λ2i ≤ x ≤ 1
(7.45)
où `2i−1 et λ2i−1 correspondent respectivement à la position de la tête de zone cohésive et à
la position de la tête de zone déchirée à la fin de la iième décharge.
On distingue ainsi quatre zones : une zone saine [0, `2i−1 ], une zone cohésive (`2i−1 , `2i ) où
la contrainte de cisaillement cohésive τ = τc est positive, une zone cohésive (`2i , λ2i ) où la
contrainte de cisaillement cohésive τ = −τc est négative et une zone déchirée (λ2i , 1).
La détermination de `2i et λ2i passe par la résolution du système suivant
2 2

 2(λ2i − 2`2i + `2i−1 )(1 − λ2i ) + 2(λ2i − `2i ) − (λ2i − `2i−1 ) = 0
Pi−1 (7.46)
2 2 2 2
2(λ2i − `2i ) + (λ2i − `2i−1 ) + 4 p=1 hλ2i − `2p i = 4

Preuve. Compte tenu de la Proposition 7.5.1, on réalise les hypothèses suivantes sur la structure
de la solution à la fin d’une montée en charge :
7.5. Arrachement antiplan d’un film de son socle 125

– le champ w2i−1 vérifie




 =0 si 0 ≤ x ≤ a



w2i−1 (x) = w2i−2 (x) si a ≤ x ≤ `2i−1




> w2i−2 (x) si `2i−1 ≤ x ≤ 1

– le glissement cumulé vérifie




 = δ2i−2 (x) si 0 ≤ x ≤ `2i−1



δ2i−1 (x) ∈ (δ2i−2 (x), ) si `2i−1 ≤ x ≤ λ2i−1




≥ si λ2i−1 ≤ x ≤ 1

La détermination des champs w2i−1 et δ2i−1 dans l’intervalle (`2i−1 , 1) et des pointes a, `2i−1 et
λ2i−1 se fait en
1. résolvant les équations d’Euler :
00 1 00
w2i−1 = dans (`2i−1 , λ2i−1 ), w2i−1 =0 dans (λ2i−1 , 1).
2
2. écrivant les conditions qui découlent de la Proposition 7.5.1 :
0 0
w2i−1 (`2i−1 ) = w2i−2 (`2i−1 ), w2i−1 (`2i−1 ) = w2i−2 (`2i−1 ).

3. écrivant la condition à la limite :


w2i−1 (1) = WM .
0
4. écrivant la continuité de w2i−1 et de w2i−1 en `2i−1 et en λ2i−1 :
0 0
[[w2i−1 ]](`2i−1 ) = [[w2i−1 ]](`2i−1 ) = [[w2i−1 ]](λ2i−1 ) = [[w2i−1 ]](λ2i−1 ) = 0.

5. écrivant que le glissement cumulé vaut  en λ2i−1 :


δ2i−1 (λ2i−1 ) = .

On obtient le champ w2i−1 (7.43) et `2i−1 et λ2i−1 sont obtenues en résolvant le système (7.44).
Pour les phases de décharge il suffit de reprendre ce qui a été écrit à la première décharge. 

L’évolution de la fissuration à la fin de chaque cycle de chargement est obtenue en déterminant


les positions successives des pointes `2i−1 , `2i et λ2i , i.e. en résolvant les systèmes (7.44) et (7.46)
paramétrés par  et WM . Pour cela un traitement numérique est nécessaire. On donne sur la
Figure 7.9 l’évolution de ces trois pointes au cours du temps.
Remarque 7.5.6 Si on avait voulu résoudre ce problème avec une énergie de surface de GRIFFITH,
on aurait eu adaptation en un cycle : le film aurait été parfaitement arraché sur une longueur
1 − ` à la fin de la première monté en charge et l’arrachement n’aurait plus évolué par la suite,
i.e. 1 − `i = 1 − ` ∀i ∈ N∗ . Le taux de restitution d’énergie associé à cette longueur arrachée 1 − `
s’écrit
WM 2
G= .
(1 − `(T ))2
126 Chapitre 7. Variantes à l’essai de pelage.

0.9
Position des pointes !2i−1 , !2i et λ2i 0.8
!2i−1
!2i
0.7 λ2i

0.6
0.5
WM = 0.2, # = 0.1
0.4
0.3
0.2
0.1
0.0
0 100 200 300 400 500 600 700 800
Nombre de cycles

0.9
Fig. 7.9 – Évolution des pointes `2i−1 , `2i et λ2i .
# = 0.001
0.8 # = 0.0125
Position des pointes λ!2i! (T )

0.7 # = 0.05
7.5.3 Loi de fatigue limite lorsque  → 0 # = 0.2
0.6
Lorsque  → 0, on a vu, dans les exemples précédents, qu’un régime stationnaire se mettait
0.5
en place au niveau microscopique, i.e. à l’échelle de
WMla zone
= 0.2cohésive qui se trouve être d’ordre .
0.4 le nombre de cycles mis à l’échelle T défini par (6.6), on peut écrire
Ainsi, en introduisant
0.3 1  
d1 (T ) = lim λ2i (T )−1 − `2i (T )−1
0.2
→0 
1  
d2 (T ) = 0.1lim λ2i (T ) − `2i (T )
→0 
0.0
˙ ) = lim 1 λ


 1  

`(T − λ = lim λ − λ
→0 0 10
2i (T )+2k+1 20 2i (T )+2k−1
30 40
→0  50
2i (T )+2k 60 2i (T )+2k−2
70
T
où d1 , d2 et `˙ sont des nombres ne dépendant que de T . La convergence vers cet état stationnaire
est justifiée numériquement sur la Figure 7.10 : à T fixé, les différentes pointes tendent vers une
valeur limite ` lorsque  → 0. Autrement dit, on a

lim λ2i (T )−1 = lim `2i (T )−1 = lim `2i (T ) = lim λ2i (T ) = `(T ).
→0 →0 →0 →0

Structure de la solution
Afin de déterminer la structure de la solution lorsque  → 0, on passe à la limite dans les
relations ( 7.441 ) et ( 7.461 ).
En première approximation, on obtient dans la première que la taille, à l’échelle microscopique,
de la zone cohésive à la fin d’une montée en charge dépend uniquement du taux de restitution

4
0.3

Position des
0.2
0.1
0.0
0
7.5. Arrachement antiplan 100 film200
d’un de son300
socle 400 500 600 700 800 127
Nombre de cycles

0.9
# = 0.001
0.8 # = 0.0125
Position des pointes λ!2i! (T )

0.7 # = 0.05
# = 0.2
0.6
0.5
WM = 0.2
0.4
0.3
0.2
0.1
0.0
0 10 20 30 40 50 60 70
T

Fig. 7.10 – Mise en évidence de la convergence vers une solution limite lorsque  → 0.

d’énergie G,

d1 = 2 G. (7.43)

De même, dans la seconde, en première approximation, on obtient que les régions (`2i (T )−1 , `2i (T ) )
et (`2i (T ) , λ2i (T ) ) sont, en fin de décharge, de même taille lorsque  → 0

1   1  
lim λ2i (T ) − `2i (T ) = lim `2i (T ) − `2i (T )−1 = d2 . (7.44)
→0  →0 

La structure limite de la solution est schématisée sur la Figure 7.11 où on a représenté le champ
de déplacement le long du film à la fin d’une décharge.

w2 i(T ) d2 d2 4

0 `2i(T ) `2i(T ) 2i(T ) 2i(T )


x
1 1 1
r
2 G(T )

Fig. 7.11 – Structure de la solution limite à la fin du iième cycle


128 Chapitre 7. Variantes à l’essai de pelage.

Loi de fatigue limite


L’évolution de l’arrachement des films longs est directement obtenue par la

Proposition 7.5.7 En supposant l’établissement d’un régime stationnaire au niveau microsco-


pique, le taux de propagation de l’arrachement `˙ et le taux de restitution d’énergie potentielle G
sont reliés implicitement par le système suivant

 P D √ E2
+∞ ˙ =1−G


 k=1 2 G − d 2 + k `
(7.45)
 P+∞ d + k `˙ 2 = 1 − d22

 D E
k=0 2 2

Preuve. On passe à la limite dans les relations ( 7.442 ) et ( 7.462 ) après division par . Ainsi dans
la première, comme
1   √
lim λ2i (T )+2k−1 − `2i (T ) = 2 G − d2 + k `,˙
→0 

on obtient ( 7.451 ).
Dans la seconde, comme
1  

˙
lim λ2i (T )+2k − `2i (T ) = d2 + k `,
→0 

on obtient de la même façon ( 7.452 ). 

Contrairement au cas du décollement, on a donc une loi de fatigue limite gouvernée par deux
équations implicites. Ceci est dû au fait qu’une inconnue supplémentaire apparaı̂t lors des phases
de décharge.

De plus, comme pour le cas du décollement on peut exhiber, pour des valeurs extrêmes de G, une
loi limite explicite de fatigue. En effet en remarquant que la somme dans la relation ( 7.451 ) ne
peut contenir que n termes et que celle dans la relation ( 7.452 ) ne peut en contenir que p où
  " √ !#
d2 2 G − d2
p = Ent − , n = Ent − et n − 1 ≤ p ≤ n, (7.46)
`˙ `˙

Pour G hproche i de 1 (i.e. proche de Gc avec les dimensions), la propagation est rapide et
d2
p
p = Ent − `˙ ∼ 0 ce qui conduit dans ( 7.452 ) à d2 = 2/3. Comme (7.46) donne n = 1, la
relation ( 7.451 ) permet d’obtenir la loi de fatigue


r
√ 2
`˙ = −2 G + 1 − G + .
3

Pour G proche de 0, la propagation est lente et on a −`˙ << d2 << 1. Ainsi p ∼ −d2 /`,
˙ n∼
7.6. Flexion pure 129

 √ 
− 2 G − d2 /`˙ et n ∼ p d’après (7.46). L’égalité ( 7.452 ) donne une relation entre la longueur
de la zone partiellement arrachée en fin de décharge et le taux de propagation d’arrachement du
film
 1/3
d2 = −3`˙ . (7.47)
 √  √
˙
De plus, comme n` ∼ − 2 G − d2 et n ∼ p ∼ −d2 /`, ˙ on montre que d2 = G. Ainsi, en
couplant cette expression avec la relation ( 7.47), on retombe, pour des faibles valeurs du taux de
restitution d’énergie, sur une loi de PARIS “classique”
1
`˙ = − G3/2 . (7.48)
3
En comparant avec l’expression obtenue pour le décollement du film, on note que si la puissance
3/2 reste inchangée, la constante est quant à elle modifiée prenant dans les deux problèmes suc-
cessivement les valeurs 2/3 et 1/3. Pour
 de faibles valeurs  de G, le mode de chargement ne modifie
donc pas la pente des courbes log `˙ = log C(∆G)m mais ne provoque que leur translation.
On ajoute que, comme vérifié en général dans la littérature, la résistance à la fatigue d’une struc-
ture en mode III est meilleure que celle d’une structure en mode I.

Remarque 7.5.8 En résolvant ce problème avec les grandeurs non adimensionnalisées, on obtient
la loi de fatigue limite suivante
 q q 2
P+∞ q G Gc `˙ Gc
4 − d + k = 1 − GGc

2


 k=1 Gc 2µ L 2µ

  q q 2  q 2
 4 +∞ d2 Gc + k `˙ Gc = 1 − 2 d2 Gc

 P
k=0 2µ L 2µ 2µ

2
µ WM
Pour de faibles valeurs de G = 2 (L−`)2 , on a
r  3/2
L 2µ G
`˙ = − .
6 Gc Gc

7.6 Flexion pure

Comme précisé au paragraphe 3.1, la modélisation de l’essai de pelage réalisée aux Chapitres 3
à 6 peut être critiquée dans la mesure où ne tient pas compte de la flexion du film. Or si la flexion
du film peut être négligée loin de la pointe décollée, il en va autrement au niveau du front de
fissure. L’objectif de ce paragraphe est donc d’étudier le problème du décollement d’un film mince
inextensible soumis à un chargement de fatigue conduisant à sa flexion.
On étudiera particulièrement ce que les modifications dans la structure du problème induisent
comme modification dans la loi de fatigue limite obtenue asymptotiquement lorsque l’on considère
le film long vis à vis de la longueur interne du matériau.
130 Chapitre 7. Variantes à l’essai de pelage.

7.6.1 Présentation du problème


Les ingrédients

Fig. 7.12 – Géométrie et chargement.

Nous considérons le problème plan constitué d’un film mince de longueur L parfaitement collé
sur un socle rigide à l’instant initial. Une extrémité du film est soumise à une ouverture cyclique
V (t)e2 alors que l’autre est fixée comme le présente la Figure 7.12. On note v(s)e2 l’ouverture d’un
point du film d’abscisse curviligne s à l’instant t et vérifiant les conditions cinématiques v(0) = 0 et
v(L) = V (t). L’ouverture imposée V (t) est périodique en temps variant de 0 à sa valeur maximale
V M (voir Figure 4.7) et engendre la flexion du film. En posant E et I respectivement le module
d’Young et le moment d’inertie du film, l’énergie élastique s’écrit classiquement

EI L 00 2
Z
P (v) = v (s) ds (7.49)
2 0
Pour tenir compte de l’irréversibilité du décollement, on introduit la variable de mémoire d’ouver-
ture cumulée δ qui rend compte de l’accumulation avec le temps de l’ouverture entre le film et le
socle et définie par (3.7). Dans la suite, on choisira une densité d’énergie de surface φ de DUGDALE
fonction de δ. L’énergie de surface à l’interface s’écrit
Z L
S(δ) = φ(δ(s))ds. (7.50)
0

Le problème incrémental
En suivant l’approche introduite au Chapitre 2, on rappelle que l’évolution du décollement est
obtenue en minimisant l’énergie totale de la structure, somme de son énergie élastique (7.49) et
de son énergie de surface (7.50).
Afin d’en dégager les paramètres pertinents, on commence par procéder à une adimensionnalisation
du problème. Ainsi l’énergie totale adimensionnalisée s’écrit
Z 1 Z 1
E(δ) = v 002 (x)dx + φ (δ(x)) dx (7.51)
0 0

où on a posé

s v(s) δ(s) V (t)


x= , v(x) = , δ(x) = , V (t) =
L L L L
7.6. Flexion pure 131

avec r
2Gc 2 δc
L= L , = .
EI L
Dans (7.51), φ représente la densité d’énergie de surface de DUGDALE adimensionnalisée dont
l’expression est donnée par (3.18). Du fait du caractère irréversible du problème, il faut ensuite
discrétiser le chemin de chargement afin d’accomplir la minimisation à chaque pas discret du char-
gement. Ceci conduit à une séquence de problèmes de minimisation, la solution au pas i dépendant
des solutions aux pas précédents. Spécifiquement, en notant Vi l’ensemble des ouvertures admis-
sibles au pas i,

Vi = {v ∈ H 2 (0, 1) : v(0) = v 0 (0) = 0, v ≥ 0, v(1) = V (ti )}, (7.52)

et Ei (v) l’énergie totale du film à ce pas pour une ouverture v,

Ei (v) = P (v) + S(δi−1 + < v − vi−1 >), (7.53)

le problème incrémental s’écrit

Pour i ∈ N∗ et v0 = δ0 = 0, Trouver vi et δi tels que

Ei (vi ) = min Ei (v)


v∈Vi

Remarque 1 : On montre comme dans la Proposition 4.3.1 que le décollement ne peut pas évoluer
durant les phases de décharge. De ce fait, le film retourne à sa configuration de déplacement initiale
à la fin de chaque décharge : v2i = 0 et δ2i = δ2i−1 . Dans le paragraphe suivant, on se propose de
donner la solution du problème de minimisation à la fin de chaque montée en charge.

7.6.2 Évolution du décollement


Évolution des têtes de fissure
Compte tenu des hypothèses énoncées au début de ce chapitre, le film, à la fin de chaque
montée en charge, se trouve dans la configuration suivante : il est parfaitement collée sur [0, `2i−1 ],
partiellement décollé sur (`2i−1 , λ2i−1 ) et parfaitement décollé sur (λ2i−1 , 1). La détermination du
champ d’ouverture v2i−1 et des pointes `2i−1 et λ2i−1 à la fin d’une montée en charge est l’objet
de la

Proposition 7.6.1 À la fin d’une montée en charge, l’ouverture s’écrit




 0 si 0 ≤ x ≤ `2i−1



  

(x−`2i−1 )4 (λ2i−1 −`2i−1 ) (1−λ2i−1 )+(1−`2i−1 )

− 48 (x − `2i−1 )3 si `2i−1 ≤ x ≤ λ2i−1



 + 24 (1−`2i−1 )

v2i−1 (x) = h
(λ2i−1 −`2i−1 )2 (x−λ2i−1 )3 (x−λ2i−1 )2
− + (1 − λ ) +



 (1−` 2i−1 ) 24 2i−1 8

(λ2i−1 − `2i−1 ) 3(1 − λ2i−1 ) + (1 − `2i−1i) (x−λ 2i−1 )
  
+



 24
   (λ −` ) 2
 2(1 − λ2i−1 ) + (1 − `2i−1 ) 2i−1 2i−1
si λ2i−1 ≤ x ≤ 1

48
(7.54)
132 Chapitre 7. Variantes à l’essai de pelage.

où `2i−1 et λ2i−1 sont solutions du système suivant


 (λ −` )2 h
4(1 − λ2i−1 )3 + 2(λ2i−1 − `2i−1 )(1 − λ2i−1 ) 3(1 − λ2i−1 ) + (1 − `2i−1 )
 

 • 2i−1 2i−1
(1−`2i−1 )

 i
+(λ2i−1 − `2i−1 )2 2(1 − λ2i−1 ) + (1 − `2i−1 ) = 48VM

 



(7.55)
Pi h 4
 • j=1 − hλ2i−1 − `2j−1 i 




 
(1−λ2j−1 )+(1−`2j−1 )
 i
3
= 482

 +2(λ2j−1 − `2j−1 ) (1−`2j−1 ) hλ 2i−1 − `2j−1 i

Preuve. Pour déterminer les champs v2i−1 et δ2i−1 dans l’intervalle (`2i−1 , 1) et les pointes `2i−1
et λ2i−1 , on doit
1. résoudre les équations d’Euler :

(4) 1 (4)
v2i−1 = − dans (`2i−1 , λ2i−1 ), v2i−1 = 0 dans (λ2i−1 , 1).
2

2. écrire la condition à la limite et la condition naturelle :

00
v2i−1 (1) = VM , v2i−1 (1) = 0.

3. écrire la continuité de v2i−1 et de ses dérivées en `2i−1 et en λ2i−1 :

0 00
[[v2i−1 ]](`2i−1 ) = [[v2i−1 ]](`2i−1 ) = [[v2i−1 ]](`2i−1 ) = 0.

0 00 (3)
[[v2i−1 ]](λ2i−1 ) = [[v2i−1 ]](λ2i−1 ) = [[v2i−1 ]](λ2i−1 ) = [[v2i−1 ]](λ2i−1 ) = 0.

4. écrire que l’ouverture cumulée vaut  en λ2i−1 :

δ2i−1 (λ2i−1 ) = .

La résolution de ce système d’équations donne (7.54) et (7.55). 

Remarque 7.6.2 Si on avait résolu ce problème avec une énergie de surface de GRIFFITH, on aurait,
à la fin de la première montée en charge, décollé le film sur une longueur 1 − `. Par contre, aux
cycles suivants, la pointe de la zone décollée n’aurait pas évolué : `2i−1 = ` ∀i ∈ N∗ . Le taux de
restitution d’énergie associé à la longueur du film décollée s’écrit

2
VM
G=9 (7.52)
(1 − λ)4
7.6. Flexion pure 133

Position de la tête de zone décollée λ!i! (T )


1.0
" = 0.001
0.9 " = 0.005
0.8 " = 0.01
" = 0.05
0.7 " = 0.1
0.6
0.5 VM = 0.005
0.4
0.3
0.2
0.1
0.0
0 1000 2000 3000 4000 5000 6000 7000 8000 9000 10000

T =i "

0.9Fig. 7.13 – Convergence vers une loi de fatigue limite.


#(T )
Position des pointes λ!i! (T ) et #(T )

0.8 " = 0.001


0.7 " = 0.0125
7.6.3 La loi de fatigue limite lorsque  → 0 " = 0.05
0.6 " = 0.2
La résolution du système (7.55) demande un temps de calcul considérable si on considère de
faibles valeurs de  0.5
ou de VM . En particulier, l’incrément de propagation de la zone cohésive par

cycle, λ2i−1 − λ2i−10.4
, est de l’ordre de . Lorsque = 0.2
VM la longueur du film L est grande devant la
longueur caractéristique
0.3 δc apparaissant dans l’énergie de surface, i.e. lorsque  → 0, le nombre

de cycles jusqu’à décollement complet du film tend vers l’infini comme 1/ . Ainsi, en réalisant
0.2 du nombre de cycles en introduisant la variable de “temps” continue T
un changement d’échelle
0.1 T
i = i (T ) = √ , (7.53)
0.0 
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45
alors on peut voir sur la Figure 7.13 que la courbe λi (T ) représentant l’évolution de la tête de
T = i!
zone décollée converge vers une courbe limite `(T ), lorsque  → 0. Comme au Chapitre 6, on
postule l’établissement d’un régime microscopique stationnaire, i.e. que le rapport (λ2i (T )+2k+1 −
√ ˙ ) qui est solution de la loi de fatigue limite énoncée dans
λ
2i (T )+2k−1)/  tend vers une limite `(T
la
Proposition 7.6.3 En supposant que le régime microscopique est stationnaire, la loi de fatigue
limite, relation implicite entre `˙ et G, s’exprime par
P+∞ D E3 h D E i
k=0 2G1/4 + k `˙ − 2G1/4 + k `˙ + 8G1/4 = 48 (7.54)

De plus, pour les faibles valeurs de G, cette loi de fatigue est similaire à la loi usuelle de PARIS
avec l’exposant 5/4
8
`˙ = − G5/4 (7.55)
15

1
134 Chapitre 7. Variantes à l’essai de pelage.

Preuve. Soit
1  
d(T ) = lim √ λ2i (T )−1 − `2i (T )−1 ,
→0 
alors, en posant i = i (T ) dans ( 7.551 ), en divisant par  et en passant à la limite, on obtient que
la longueur de la zone cohésive microscopique ne dépend que du taux de restitution d’énergie

d = 2G1/4 .

On procède de la même façon dans ( 7.552 ) et comme


1   1 h i
˙
lim √ λ2i (T )−1 − `2j (T )−1 = lim √ (λ2i (T )−1 − λ2j (T )−1 ) + (λ2j (T )−1 − `2j (T )−1 ) = k `+d,
→0  →0 

le résultat est immédiat. 3


P−d/`˙  ˙ = − d 1 [(1 − θ)d]3 dθ = − 1 d4 et que
R
Pour les faibles valeurs de G, comme k=0 d + k ` `˙ 0 4 `˙
P−d/`˙ D E4 R1 5
k=0 d + k `˙ = − `˙ 0 [(1 − θ)d] dθ = − 5 `˙ , en remplaçant d par son expression on obtient le
d 4 1 d

résultat souhaité. 

Remarque 7.6.4 En résolvant ce problème avec les grandeurs non adimensionnalisées, on obtient
la loi de fatigue limite suivante

*  +3 " *  +  1/4 #
X G 1/4 `˙ G 1/4 `˙ G
+k √ − +k √ +4 =3
Gc β L Gc β L Gc
k=0

 1/4 2
9EI VM
où on a posé β = 8EI Gc et où G = 2 (L−`)4 . Dans le cadre des faibles valeurs du taux de
restitution d’énergie, on obtient
5/4
4 √

G
`˙ = − β L .
15 Gc
Chapitre 8

Formulation variationnelle des lois de fatigue limites

Les Chapitres 6 et 7 ont permis —à travers des exemples “académiques”— de mettre en
évidence des lois de fatigue limites qui englobent à la fois la loi de GRIFFITH et la loi de PARIS et ce
en considérant le comportement asymptotique du problème d’évolution de la fissuration lorsque
la dimension de la structure est très grande devant la longueur interne du matériau (i.e. , en
reprenant les notations des chapitres précédents, lorsque  → 0).
Ainsi dans l’exemple du décollement d’un film mince, le taux de décollement `˙ et le taux de
restitution d’énergie G sont reliés par la relation implicite suivante
+∞ D p
X E2
˙ ) =4
2 G(N ) − k `(N (8.1)
k=0

où N (T dans les Chapitres précédents) est le nombre de cycles mis à l’échelle défini par (6.6) et
qui peut être considéré dans la suite comme une pseudo variable de temps. Dans (8.1) et dans la
suite, ` ne désigne plus la position de la pointe macroscopique mais la longueur de la zone décollée
(qui, contrairement aux Chapitres 3 à 7 ne s’écrit donc plus 1 − `), ce changement de variable
ayant pour but de maintenir une cohérence dans tout ce chapitre et n’introduisant que quelques
modifications de signe.
(8.1) est donc une loi de GRIFFITH lorsque que G = 1 (i.e. G = Gc avec les dimensions) et une loi
de PARIS du type `˙ = f (G) lorsque G < 1.
On note qu’elle ne vaut que pour un type de cycle d’amplitude donnée : amplitude constante avec
retour à zéro à la fin de chaque phase de décharge. Un autre type de chargement cyclique (voir
par exemple le paragraphe 7.3 pour des chargements de rapport de charge non nul et la loi de
fatigue obtenue (7.25)) donnerait une loi différente de (8.1), même si elle serait toujours du type
`˙ = f (G).
L’objectif de ce chapitre est d’étudier de telles lois et notamment de les étendre à des problèmes
plus généraux. On verra dans un premier temps qu’elles font apparaı̂tre une forme d’énergie de
surface différente de celle utilisée dans le modèle de GRIFFITH. La loi de propagation des fissures
par fatigue reste un problème de minimisation de l’énergie totale, somme de l’énergie potentielle
et de l’énergie de surface. Mais du fait de la forme différente de cette dernière, le problème de
minimisation jouira de propriétés différentes qu’il s’agit d’étudier. Enfin, on donnera des éléments
de réponse quant à l’amorçage et à l’évolution d’une fissure par ce nouveau modèle variationnel.

135
136 Chapitre 8. Formulation variationnelle des lois de fatigue limites

8.1 Formulation variationnelle discrète des lois de fatigue limites

8.1.1 Cas du problème de décollement d’un film


Autre écriture de la loi limite
La loi donnée par (8.1) peut s’écrire comme une loi standard généralisée (voir HALPHEN et
NGUYEN [36]), i.e. en termes d’un potentiel de dissipation :

`˙ ∈ ∂F(G) ou ˙
G ∈ ∂D(`), (8.2)

où F et D sont deux fonctions convexes conjuguées, ∂ désignant le sous-différentiel.


Plus précisément, le potentiel de dissipation D se déduit de la fonction de fatigue f donnée par
(8.1) :
R `˙
−1
 0 f (λ)dλ
 si `˙ ≤ 2
D(`)˙ = . (8.3)
R 2 −1

0 f (λ)dλ + (`˙ − 2) si `˙ ≥ 2
Il est linéaire, de pente 1 (Gc avec les dimensions) pour des valeurs assez grandes de la vitesse de
propagation, conformément à la loi de GRIFFITH, et, il suit approximativement une loi puissance,
avec une puissance 5/3, pour des faibles valeurs de la vitesse de propagation, conformément à une
loi de PARIS.
Est tracée sur la Figure 8.1 le graphe du potentiel de dissipation D en tant que fonction du taux
de croissance de la fissure `.˙

Æ

½ ½
½ ½

Fig. 8.1 – Potentiel de dissipation associé avec la loi limite.

Autre écriture du problème d’évolution


Par définition du sous-différentiel d’une fonction convexe, la loi d’évolution de ` peut aussi
s’écrire :
`˙ = Argminλ≥0 {D(λ) − Gλ}. (8.4)
Discrétisons le paramètre N en introduisant un pas de cycles ∆N . Appelons ∆` l’incrément de
décohésion durant les cycles compris entre N et N + ∆N , la longueur de décohésion passant de ` à
V2
` + ∆`. Comme G = −P 0 (`) et comme l’énergie potentielle P(`) = `M est une fonction convexe de
8.1. Formulation variationnelle discrète des lois de fatigue limites 137

`, le problème continu précédent peut-être approché par le problème incrémental de minimisation


suivant  
∆` 1  
= Argminλ≥0 P(` + λ∆N ) − P(`) + D(λ) . (8.5)
∆N ∆N
En notant `I la longueur de la zone décollée au pas I, le problème incrémental peut aussi s’écrire :

Pour I ≥ 1, trouver `I+1 minimiseur


 sur  {` : ` ≥ `I } de
`−`I
P(`) + ∆N D ∆N (8.6)
avec `0 = 0 donné.

L’intérêt de ce problème par rapport au problème incrémental initial (4.31) est multiple :
1. Le pas de cycle ∆N peut être choisi beaucoup plus grand et de façon indépendante du pas
de temps ∆t. En fait le pas ∆N est de l’ordre de 1/ alors que ∆t est de l’ordre de 1.
2. Tout ce qui se passe au cours d’un cycle a été intégré une fois pour toutes dans le potentiel
de dissipation D.
3. Le problème “spatial” de détermination du champ d’ouverture —et par voie de conséquence
de l’énergie potentielle— en fonction de la longueur de décohésion est un problème linéaire,
puisqu’il revient à adopter l’hypothèse de GRIFFITH quant à l’interaction entre les lèvres des
fissures.
4. La différence par rapport au modèle de GRIFFITH tient au potentiel de dissipation D qui
n’est plus ici une fonction linéaire de la longueur de décohésion créée.
5. L’amplitude du cycle apparaı̂t ici explicitement dans l’énergie potentielle : si cette inten-
sité est multipliée par k, alors l’énergie potentielle pour une même longueur de décohésion
est multipliée par k 2 en raison du caractère linéaire du problème spatial. Le potentiel de
dissipation est indépendant de l’amplitude du cycle.

8.1.2 Généralisation

La démarche précédente peut se généraliser à des structures quelconques dans la mesure où l’on
connaı̂t —ou où l’on s’est donné— le potentiel de dissipation associé à la loi de fatigue limite. On
se limitera ici à présenter sa généralisation dans le cas de fissure(s) s’amorçant ou se propageant en
fatigue dans une structure élastique bidimensionnelle homogène soumise à un chargement cyclique
simple, i.e. un chargement dont l’intensité croı̂t depuis 0 jusqu’à une valeur maximale avant de
décroı̂tre jusqu’à 0.

Cas d’une pointe de fissure se propageant suivant un trajet spatial prédéfini.

Supposons comme le présente la Figure 8.2 que l’on s’intéresse à la création et à la propagation
d’une fissure dans une structure bidimensionnelle homogène, au comportement élastique, soumise à
un chargement cyclique “simple” d’amplitude constante avec retour à 0. Supposons pour simplifier
que cette fissure soit débouchante d’un côté, que son trajet spatial soit connu a priori et que donc
le seul paramètre géométrique restant à déterminer soit la position de sa pointe ou de façon
équivalente sa longueur `.
138 Chapitre 8. Formulation variationnelle des lois de fatigue limites


 

Fig. 8.2 – Structure bidimensionnelle homogène et élastique avec fissure débouchante d’un côté.

Comme la structure est homogène et comme le potentiel est une grandeur “locale” attachée
au fond de fissure, le potentiel de dissipation ne dépend pas de la position du fond de fissure mais
uniquement du taux de croissance de la fissure. Il est évidemment dépendant du comportement du
matériau, i.e. du potentiel élastique et de la densité d’énergie de surface, et de la forme du cycle
de chargement. Pour un chargement et un matériau donnés, le potentiel de dissipation est donc
simplement une fonction D(`). ˙ Sur la vue du potentiel construit dans le problème de décollement
de film mince, on peut s’attendre à ce que ce potentiel soit une fonction de `˙ convexe, nulle en 0 et
à croissance linéaire à l’infini, cette dernière propriété permettant de retrouver la loi de GRIFFITH
pour des chargements suffisamment élevés. Cependant nous n’adopterons pas tout de suite ces
propriétés, mais discuterons par la suite de leur éventuelle nécessité. L’énergie potentielle P(`)
s’obtient en résolvant le problème d’élastostatique correspondant à la structure fissurée sur une
longueur `, soit Ω` , et soumise au chargement d’amplitude maximale caractérisé par l’ensemble
des champs admissibles C(`) et le travail des efforts extérieurs donnés F (v) :
Z 
P(`) = min W (ε(v)(x))dx − F (v) . (8.7)
v∈C(`) Ω`

En présence de forces exercées non nulles, cette énergie potentielle de la structure à l’équilibre peut
ne pas être définie —en fait, l’infimum dans (8.7) est −∞— pour des longueurs de fissure trop
importantes, séparant la structure en plusieurs morceaux qui ne peuvent plus être en équilibre sous
le chargement exercé. Une fois une telle longueur atteinte, la structure est rompue et le problème
de la propagation ne se pose plus. En retour, cette possibilité d’énergie potentielle valant −∞
interdit que l’on pose le problème de la propagation en termes de recherche du minimum absolu
de l’énergie. Cette exigence doit être affaiblie en la recherche de minimum relatif. On est donc
conduit au problème incrémental suivant :

Pour I ≥ 0, trouver `I+1 minimiseur


 relatif
 sur {` : ` ≥ `I } de
`−`I
P(`) + ∆N D ∆N (8.8)
avec `0 donné.
8.1. Formulation variationnelle discrète des lois de fatigue limites 139

Cas général.
Quelques questions de fond se posent quand on essaie de généraliser la formulation varia-
tionnelle précédente au cas où le trajet spatial de la (ou des) fissure(s) n’est pas prédéfini. Les
principales difficultés et les solutions proposées sont les suivantes :
1. Il faut remplacer le paramètre ` par l’ensemble Γ des points de discontinuité caractérisant
l’état de fissuration. Le supplément de fissuration à chaque pas est donc la différence Γ \ ΓI .
2. Les ensembles Γ et ΓI sont a priori quelconques, mis à part le fait que Γ doit contenir ΓI
pour des raisons d’irréversibilité, Γ ⊃ ΓI .
3. L’énergie potentielle associée à l’état de fissuration Γ, soit P(Γ), s’obtient toujours par
résolution du problème d’élasticité posé sur la structure fissurée de Γ et soumise au charge-
ment d’amplitude maximale.
4. Chaque composante connexe de supplément de fissuration doit être comptée séparément dans
le calcul du potentiel de dissipation, sans quoi on tomberait sur des paradoxes physiquement
non acceptables. En conséquence le potentiel de dissipation de la structure dans l’état de
fissuration Γ s’écrit maintenant
!
X H1 (Γ \ ΓI )k
∆N D , (8.9)
∆N
k∈K(Γ\ΓI )

H1 (γ) désignant la longueur de γ, K(γ) l’ensemble des composantes connexes de γ et γ k la


k-ième composante connexe de γ.
Compte tenu de ces modifications, le problème incrémental “généralisé” s’écrit donc

Pour I ≥ 0,  1 sur k{Γ : Γ ⊃ ΓI } de


trouver ΓI+1 minimiseur relatif
P(Γ) + ∆N k∈K(Γ\ΓI ) D H ((Γ\Γ I) )
P
∆N (8.10)
avec Γ0 donné.

L’intérêt de cette formulation par rapport aux lois de fatigue habituelles est multiple :
1. On ne suppose rien a priori sur le nombre et la forme des fissures ;
2. On peut donc aussi bien étudier l’amorçage que la propagation. On remarque qu’il faut en
général 2 modèles —la mécanique de l’endommagement pour l’amorçage et la mécanique de
la rupture pour la propagation— pour rendre compte de la fissuration de fatigue. Ici, on
utilise un modèle unifié pour décrire l’amorçage et la propagation ;
3. On peut adapter les méthodes numériques développées par BOURDIN et al [8] dans le cadre
de la rupture fragile.

8.1.3 Quelques remarques générales


Nécessité de la non sous-additivité du potentiel de dissipation
On va maintenant énoncé une propriété importante que doit vérifier l’énergie de surface pour
que le phénomène de fatigue soit possible, i.e. pour qu’à chaque pas de temps, le principe de
minimisation conduise à l’avancé progressive de la fissure.
140 Chapitre 8. Formulation variationnelle des lois de fatigue limites

Définition 8.1.1 Une fonction D : R+ → R+ est dite sur-additive (resp. additive, sous-additive)
si on a, quels que soient x et y ∈ R+

D(x + y) ≥ (resp. =, ≤) D(x) + D(y).

Proposition 8.1.2 Pour que le potentiel de dissipation D introduit dans le problème incrémental
(8.10) permette la modélisation du phénomène de fatigue, i.e. pour que ΓI puisse être différent de
Γ1 pour I > 1, il faut que D ne soit pas une fonction additive ou sous-additive de la longueur de
fissure créée.

Preuve. Supposons que D soit une fonction additive ou sous-additive. Notons Γ1 l’état de fissu-
ration au premier pas de temps. En vertu de (8.10), il existe un voisinage B(Γ1 )1 tel que
!
X H1 (Γ1 \ Γ0 )k
P(Γ1 ) + ∆N D
∆N
k∈K(Γ1 \Γ0 )
!
X H1 (Γ \ Γ0 )k
≤ P(Γ) + ∆N D , ∀Γ ∈ B(Γ1 ). (8.11)
∆N
k∈K(Γ\Γ0 )

Montrons que Γ1 reste solution à tous les pas de temps. Pour I ≥ 1, l’énergie associée à Γ1 se
réduit à P(Γ1 ) puisqu’il n’y a pas de nouvelles longueurs fissurées. De plus, pour tout Γ ⊃ Γ1 , on
a Γ \ Γ0 = (Γ \ Γ1 ) ∪ (Γ1 \ Γ0 ) et toute composante connexe de Γ \ Γ1 ou de Γ1 \ Γ0 est incluse
dans une composante connexe de Γ \ Γ0 . Du fait de l’hypothèse de sous-additivité, on a
! ! !
X H1 (Γ \ Γ0 )k X H1 (Γ \ Γ1 )k X H1 (Γ1 \ Γ0 )k
D ≤ D + D .
∆N ∆N ∆N
k∈K(Γ\Γ0 ) k∈K(Γ\Γ1 ) k∈K(Γ1 \Γ0 )
(8.12)
En reportant cette inégalité dans (8.11), il vient
!
X H1 (Γ \ Γ1 )k
P(Γ1 ) ≤ P(Γ) + ∆N D , ∀Γ ∈ B(Γ1 ), (8.13)
∆N
k∈K(Γ\Γ1 )

ce qui assure que Γ1 est solution à tous les pas de temps. 

Conséquence 8.1.3 En pratique, on supposera donc que le potentiel de dissipation est une fonc-
tion nulle en 0, croissante, sur-additive et à croissance linéaire à l’infini.

Nécessité de la décomposition des nouvelles surfaces fissurées en composantes


connexes
Considérons n structures identiques, non connectées entre elles, soumises au même charge-
ment cyclique. On attend évidemment que la réponse soit identique dans chaque structure et
indépendante du nombre de structures considérées. Si l’on prenait pour potentiel de dissipation le
1
Il est inutile de préciser ici la topologie
8.2. Application : énergie de surface en loi puissance 141

potentiel de la réunion des surfaces nouvellement fissurées, le problème posé sur l’ensemble des n
structures se présenterait comme suit (en admettant que la fissuration est identique dans chaque
structure) :

nH1 (Γ \ ΓI )
 
Minimiser nP(Γ) + ∆N D sur {Γ : Γ ⊃ ΓI }. (8.14)
∆N

La solution dépend évidemment de n sauf si D est linéaire, ce qui n’est le cas que dans la théorie
de GRIFFITH. Par contre en découpant les nouvelles surfaces fissurées en composantes connexes,
alors la solution redevient indépendante de n.
On peut aussi avancer des arguments physiques en faveur de ce découpage. Dans le problème de
décollement de film mince, on voit clairement dans la construction du potentiel de dissipation que
celui-ci est attaché au fond de fissure. On le construit en résolvant un problème local qui consiste
à trouver une évolution “stationnaire” de la zone d’amorçage cycle après cycle, en imposant un
chargement cyclique portant sur le taux de restitution d’énergie macroscopique. En extrapolant,
on peut considérer que chaque pointe de fissure dissipe sa propre énergie en avançant, sans se
préoccuper des autres pointes —sauf quand les pointes coalescent.

Des difficultés mathématiques

La nécessité de raisonner en termes de composantes connexes de nouvelles surfaces fissurées


et d’additionner leur contribution dans le potentiel de dissipation par ailleurs sur-additif pose des
problèmes d’ordre mathématique.
1. Peut-on facilement donner un sens à la notion de composantes connexes des objets
géométriques que sont les surfaces de discontinuité de champs de déplacements à variation
bornée ?
2. Grâce à (à cause de) la sur-additivité de D, n’a-t-on pas intérêt à “découper” les fissures
en petits morceaux ? En effet, envisageons une nouvelle surface fissurée de longueur ` et
découpons-la en n composantes connexes (en recollant n petits ligaments). Comparons les
2 potentiels de dissipation obtenus, en prenant ∆N = 1 pour simplifier. Dans le cas d’un
seul morceau il vaut D(`) alors que dans le cas de n morceaux, il vaut nD(`/n). En vertu
de la sur-additivité, on a limn→∞ nD(`/n) = 0 et donc plus on découpe, moins on dissipe.
Heureusement, plus on découpe, plus on augmente l’énergie potentielle. Reste à espérer que
l’optimum n’est pas toujours trivialement de découper.

8.2 Application : énergie de surface en loi puissance

Comme annoncé précédemment dans le cadre du décollement d’un film, au voisinage de 0, le


potentiel de dissipation D suit une loi puissance.
Afin d’étudier, dans un cadre assez général, notamment le problème de l’initiation d’une fissure,
on postule dans la suite que D admet un développement au voisinage de 0 de la forme

˙ = D `˙p + · · ·
D(`)
142 Chapitre 8. Formulation variationnelle des lois de fatigue limites

où p est un réel positif.


Le problème incrémental défini par (8.8), s’écrit alors simplement

Pour I ≥ 0, trouver `I+1 minimiseur


 relatif
p sur {` : ` ≥ `I } de
`−`I
P(`) + ∆N D ∆N (8.15)
avec `0 donné.

où `I est la longueur de la fissure au pas de temps I.

Conséquence 8.2.1 Comme, d’après la Proposition 8.1.2, l’énergie de surface ne doit pas être
une fonction additive ou sous-additive pour pouvoir rendre compte de la propagation d’une fissure
de fatigue, on obtient alors le critère sur p suivant

pas de fissuration de fatigue si p ≤1 (8.16)

On note enfin que l’énergie de surface ainsi exprimée possède les “bonnes propriétés” : elle est
nulle lorsque `˙ = 0, positive et strictement croissante avec ` pour tout ` ≥ `I , I ≥ 0.

Remarque 8.2.2 : Le principal problème lié au choix d’une telle expression de l’énergie de surface
est de pouvoir l’expliquer “physiquement”. Il n’est en effet pas intuitif que celle-ci croı̂t comme
une loi puissance.
Une première réponse pourrait être donnée à partir d’études réalisées essentiellement sur le bois,
voir MOREL et al [49].
La prise en compte d’une loi d’échelle pour décrire la rugosité de la morphologie des surfaces de
fissures aboutirait à une telle approche. Un travail complémentaire permettant de rapprocher ces
deux travaux reste à réaliser.

8.2.1 Amorçage d’une fissure de fatigue


Le rôle joué par les singularités
Les singularités jouent un rôle essentiel dans le processus de fissuration d’une fissure dans un
matériau fragile. Dans la théorie de GRIFFITH (en 2D), c’est parce que le champ des déplacements

est en r (α = 1/2) à la pointe de la fissure que le taux de restitution d’énergie G est fini et
non nul. Désirant montrer l’importance des singularités dans leur modèle, FRANCFORT et MARIGO
[32] ont rapproché la valeur de la singularité au caractère progressif ou brutal de l’évolution de la
fissure dans le cas d’une structure fragile soumise à un chargement monotone

1
– si 0 < α < 2, la singularité est dite forte et il y a fissuration progressive dès la mise en
charge.

– si 12 < α, la singularité est dite faible et il y a fissuration brutale pour une valeur finie non
nulle de la charge.
8.2. Application : énergie de surface en loi puissance 143

On va voir que pour la fissuration de fatigue les singularités jouent également un rôle essentiel
notamment dans l’initiation d’une fissure. Ainsi pour rendre compte du phénomène d’endurance
(i.e. pour que la structure ne se fissure pas même après un nombre de cycles infini), il faut com-
parer l’énergie d’une structure saine sans singularité avec celle d’une structure fissurée.
Pour ce faire, on énonce un résultat important obtenu par LEGUILLON [43]. Celui-ci propose, à
l’aide de la méthode des développements asymptotiques raccordés, une estimation de la restitu-
tion d’énergie élastique provoquée par un défaut de petite taille.

Proposition 8.2.3 (D. LEGUILLON, 1989). Soit une fissure de longueur `, supposée petite, placée
au voisinage d’un point singulier x0 où la singularité est en rα . Alors l’énergie élastique associée
à la longueur fissurée (`0 + `) est donnée par :

P(`0 + `) = P(`0 ) − K`2α + o(`2α ) K > 0. (8.17)

Le coefficient K dépend à la fois de la forme du défaut et de la singularité du champ en x0 en


l’absence de défaut, mais pas de la taille du défaut. Par exemple, pour un milieu infini possédant
2
une fissure de longueur ` et soumis à un chargement σ à l’infini, K = πσ 4E (sous l’hypothèse des
contraintes planes).

Dans ce cadre, l’énergie totale d’une structure contenant une petite fissure d’amorçage de longueur
` s’exprime par
 p
2α `
E(`) = −K` + ∆N D . (8.18)
∆N
Le principe de minimisation entraı̂ne
2αK
`p−2α = (∆N )p−1 . (8.19)
pD

Absence de singularité : restriction sur la puissance p.


Lorsque α = 1, (8.19) se réduit à
2K
`p−2 = (∆N )p−1 .
pD
On en conclue que si p ≥ 2 alors, en tout point de la structure, on peut faire émerger une fissure
en un nombre fini de cycles (si p < 2, il faudrait un nombre infini de cycles, ∆N → +∞, pour
faire apparaı̂tre une fissure de longueur ` → 0).
Cette situation est inacceptable car elle ne respecte pas les observations expérimentales : en l’ab-
sence de singularité, l’amorçage d’une fissure doit dépendre de l’intensité du chargement auquel
la structure est soumise ce qui n’est pas le cas ici. On voit rapidement qu’on ne peut pas rendre
compte du phénomène d’endurance.
Ceci conduit à une nouvelle restriction du paramètre p

1<p<2 (8.20)
144 Chapitre 8. Formulation variationnelle des lois de fatigue limites

Nombre de cycles d’amorçage.


En reprenant les observations précédentes, on voit vite, qu’en l’absence de singularité dans la
structure (i.e. α = 1), il y a endurance illimitée et ce quelque soit l’amplitude du chargement.
Plus encore, en analysant la relation (8.19), il s’avère que, pour un p donné tel que 1 < p < 2,
l’endurance est illimitée si la singularité est assez faible, i.e. si α > p/2.
Ceci constitue une faille non négligeable du modèle limite : le critère d’endurance en contrainte
du modèle discret initial (voir Remarque 5.3.1) n’est plus présent dans le modèle limite.

Afin de remédier au problème de l’amorçage d’une fissure, on décide de ne plus considérer un


matériau initialement sain mais qui possède un(ou plusieurs) défaut(s) ce qui est très généralement
le cas. On supposera que ce défaut peut être assimilé à une microfissure.
La zone d’endurance correspond alors au nombre de cycles dont a besoin cette microfissure pour
devenir une fissure à l’échelle macroscopique. Cette façon de décrire l’endurance semble de plus
mieux correspondre à l’approche des physiciens qui n’observent pas toujours de vraie limite d’en-
durance. Ils préfèrent parler de limite d’endurance conventionnelle qui correspond à la valeur
maximale de la contrainte qui n’entraı̂ne pas la rupture avant un nombre de cycles donné.
On appliquera l’hypothèse de LEGUILLON (8.2.3) en supposant que la microfissure est de longueur
très petite et que son accroissement à chaque cycle l’est aussi. On impose également au milieu de
ne pas posséder de point singulier.

L’énergie totale étant donnée par (8.19) en imposant α = 1, le principe de minimisation de l’énergie
conduit à une relation entre le taux de fissuration d`/dN et la longueur fissurée `

2K 1/(p−1) 1/(p−1)
 
d` ∆`
∼ = ` = C1 `1/(p−1)
dN ∆N pD
où C1 est une constante réelle positive.
Après intégration, on obtient alors, après avoir introduit le paramètre positif
β = (2 − p)/(p − 1) 0 < β < +∞,

`−β
0 −`
−β
= C2 N (8.21)

avec C2 = βC1 positif.


Dans (8.21), `0 correspond à la longueur initiale de la microfissure, i.e. avant tout chargement.
On peut ainsi définir la longueur fissurée en fonction du pas de temps N
1
`(N ) = h i1/β . (8.22)
`−β
0 − C2 N

Ainsi pour une valeur de la longueur de la fissure ` assez grande, on obtient un temps Na à partir
duquel l’hypothèse de petite fissure n’est plus réaliste
1
Na = . (8.23)
C2 `β0
On définit Na comme étant, en quelque sorte, le temps critique nécessaire pour faire évoluer la
fissure d’état de microfissure à celui de macrofissure.
8.2. Application : énergie de surface en loi puissance 145

Ceci signifie donc qu’il existe deux échelles dans ce modèle.


En dessous d’une certaine longueur de fissure `a , celle-ci est considérée comme une microfissure
de dimension petite par rapport à la taille du système et sa longueur est donnée par (8.22) après
application de l’hypothèse de petite fissuration.
Lorsque la fissure atteint une longueur `e (i.e. après un temps Na ), la propagation ne peut plus
être donnée par (8.22) puisque l’on ne peut plus remplir l’hypothèse de petite longueur de fissure.
Finalement, en terme de fatigue, Na peut être assimilé à un temps d’amorçage de la fissure, temps
qu’il faut atteindre pour voir émerger une fissure.

En remplaçant K (voir Proposition 8.2.3) par son expression, Na s’exprime par


 1/(p−1)
2EpD 1
Na = . (8.24)
πσ 2 β`β0

Ainsi
– plus le chargement maximal à chaque pas de temps est important, moins Na est grand
– plus la longueur initiale de la microfissure est importante, plus Na est faible
– plus p est grand (et donc β petit), plus Na est grand.

8.2.2 Propagation de la fissure : évolution du type loi de PARIS


Une fissure étant amorcée, il s’agit de déterminer son évolution. On va voir que celle-ci suit la
loi de PARIS.
En effet la minimisation de l’énergie totale donnée par (8.15) conduit à

d` 1
= 1/(p−1)
G (`(N ))1/(p−1) (8.25)
dN (pD)

où G(`) = −P 0 (`).


De ce fait, l’évolution de la fissuration est dictée par l’évolution du taux de restitution d’énergie
1
suivant une loi de PARIS de puissance p−1 . Il s’ensuit que

– si G est une fonction décroissante de la longueur de fissure (i.e. si l’énergie élastique est
convexe), alors le taux de fissuration diminue au cours du temps. C’est notamment ce que
l’on observe dans l’essai de décollement d’un film mince (voir Chapitre 3 à 6).

– si G est une constante (i.e. si l’énergie élastique est linéaire), alors la fissure augmente du
d`
même pas de longueur à chaque pas de temps et dN est une droite.

– si G est une fonction croissante de ` (i.e. si l’énergie élastique est concave), alors à chaque
pas de temps, il y a accélération de la fissuration ce qui conduit à une évolution instable de
la fissure.
146 Chapitre 8. Formulation variationnelle des lois de fatigue limites

8.2.3 Comparaison avec les observations expérimentales


Rappel 8.2.4 En supposant un matériau élastique linéaire soumis à un chargement cyclique d’am-
plitude constante avec retour à zéro (rapport de charge R = 0), la loi de PARIS exprime le taux de
fissuration en fonction du taux de restitution d’énergie
d`
= CGm/2 (8.26)
dN
où C et m sont des constantes obtenues expérimentalement. On note que pour la plupart des
matériaux, 2 ≤ m ≤ 6.

Par identification de (8.26) et (8.25), relations donnant l’évolution de la fissuration par fatigue
respectivement par la loi de PARIS et par le modèle variationnel, on obtient un nouvel encadrement
de la puissance p
4/3 ≤ p < 2. (8.27)

Conséquence 8.2.5 Si on impose à p les valeurs données par (8.20), on obtient alors pour la
puissance m intervenant dans la loi de PARIS

2 < m < +∞.

On retrouve alors la borne inférieure 2 qui nous est donnée dans la littérature.

8.2.4 Un exemple : bi-matériau avec entaille


Afin d’illustrer le modèle et de rendre compte de l’influence de la singularité, on souhaite rendre
compte de la propagation d’une fissure de fatigue dans un bi-matériau entaillé.
On considère la structure de longueur L présentée sur la Figure 8.3. Celle-ci est constituée de deux
matériaux élastiques linéaires, homogènes et isotropes de module d’Young respectif E1 et E2 . On
considérera dans la suite le cas E2 > E1 autrement dit que le second matériau est plus rigide que
le premier. Dans LEGUILLON [43] ou DESTUYNDER et al [24], il est montré que dans ce cadre le
taux de restitution d’énergie à l’interface est nul et que donc, théoriquement, il ne peut y avoir
propagation de la fissure du matériau 1 au matériau 2.



½ ¾


Fig. 8.3 – Bi-matériau avec entaille.

La structure est entaillée en son extrémité et encastrée à l’autre. Les deux bords latéraux du
matériau 1 sont soumis à un chargement cyclique (d’amplitude constante VM ) de type déplacement
8.2. Application : énergie de surface en loi puissance 147

imposé de sorte que l’on puisse considérer que la structure n’est sollicitée qu’en mode d’ouverture
de fissure. Sous l’action de ce chargement, une fissure de fatigue apparaı̂t en front d’entaille et se
propage de façon rectiligne le long de la structure.
On souhaite évaluer théoriquement puis numériquement l’évolution de la fissure lors de la discon-
tinuité du matériau.

Considérations théoriques

De façon intuitive, il y a ralentissement de la fissuration au changement de matériau, la fissure


pénétrant dans un matériau plus rigide.
Évaluons le temps N L − N L −γ nécessaire pour rompre la structure d’une longueur L2 − γ. À partir
2 2
de l’équation (8.25), on exprime N L − N L −γ en fonction du taux de restitution d’énergie
2 2

Z L   1
2 pD p−1
N L − N L −γ = d`. (8.28)
2 2 L
−γ G(`)
2

où γ ≥ `.
En supposant que l’évolution de la fissure est progressive et que la longueur fissurée à chaque pas
de temps ∆N est infime (ce qui est réaliste dans le cadre de la fatigue polycyclique), on peut alors
appliquer la formule de LEGUILLON (8.17) et exprimer ainsi l’énergie élastique pour une longueur
` < L/2 (mais ` ∼ L/2) de fissure
 2α
L
P(`) = P(L/2) + K −` K > 0.
2

Ainsi (8.28) s’écrit sous la forme

Z L   1
2 pD p−1
N L − N L −γ = d`.
2 2 L
2
−γ (2α K (L/2 − `))2α−1

Deux cas se présentent alors

2α−1 L
– si l’intégrale est convergente, i.e. si p−1 < 1, la rupture du “tronçon” 2 − γ est obtenue en
un temps N L − N L −γ fini.
2 2

– si l’intégrale est divergente, i.e. si 2α−1


p−1 > 1, alors “théoriquement” la rupture de ce tronçon
n’intervient pas avant un temps infini autrement dit il y a arrêt de la propagation de la
fissure à l’interface.

Ceci veut donc dire que pour des valeurs de la singularité telles que 2α > p, i.e. α > p/2 et donc
une singularité faible à l’interface (car 1 < p < 2), la fissuration peut s’arrêter.
Dans notre problème de bi-matériau soumis à un chargement cyclique, la présence du matériau 2
très rigide derrière le matériau 1 entraı̂ne une singularité faible à l’interface et peut donc conduire
à l’arrêt de la fissuration. C’est ce qu’on va tenter de montrer numériquement.
148 Chapitre 8. Formulation variationnelle des lois de fatigue limites

Résolution numérique
L’étude numérique de ce problème a été réalisée à l’aide du code de calcul Mentat/Marc.
On considère une entaille de profondeur 0.1, la structure ayant une longueur de 2 et le matériau
2 une longueur de 0.9.
Il s’agit dans un premier temps de réaliser un maillage de la structure : on privilégie un maillage
très fin sur toute la ligne de fissuration et au niveau de l’interface matériau 1/matériau 2 et ce
afin d’optimiser les résultats.
Pour déterminer l’allure de l’énergie élastique au cours de la propagation de la fissure, on place sur
la ligne de fissure des nœuds dédoublés, puis on relève la valeur de l’énergie élastique de chaque
état de la structure en les collant au fur et à mesure. Ainsi on procède “à l’envers” : on a une
structure fissurée qu’on recolle petit à petit. On obtient la courbe représentée Figure 8.4. Comme

4.00
3.50
3.00
Énergie élastique

2.50
2.00
1.50
1.00
0.50
0.00
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2 1.4 1.6 1.8
Longueur de la fissure

1.00 8.4 – Évolution de l’énergie élastique au cours du temps.


Fig.
énergie potentielle
0.90 énergie de surface
élastique est une fonction décroissante de laénergie
attendu, l’énergie 0.80 totale
longueur de fissure. On remarque
qu’elle possède une 0.70
dérivée nulle à l’interface des deux matériaux et qu’elle est convexe ailleurs.
À partir du problème
0.60 incrémental (8.15) et de l’énergie élastique déterminée par le calcul
Énergies

numérique, on obtient l’évolution de la longueur de fissure au cours du temps. Sur la Figure 8.5,
on note qu’il faut,0.50 comme attendu, plus de tempsVM = 0.2,
pour ! = 0.2
fissurer le matériau 2 (N ∼ 200) que
0.40
pour fissurer le matériau 1 (N ∼ 50). De plus il apparaı̂t clairement un palier en x = 0.9, i.e. à
0.30
l’interface : il y a quasiment arrêt de la fissuration comme prévu par la théorie.
0.20
0.10
0.00
0 20 40 60 80 100 120 140 160 180 200
Nombre de cycles
8.2. Application :0.8

Position de la tête de zone décollée !c


énergie de surface en loi puissance 149
" = 0.0125
0.7 " = 0.05
" = 0.2
0.6
0.5
0.4 VM = 0.2
0.3
0.2
0.1
0.0
0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000
Nombre de cycles

2.00
1.80
1.60
Longueur de la fissure

1.40
1.20
1.00
0.80
0.60
0.40
0.20
0.00
0 50 100 150 200 250
T

Fig. 8.5 – Évolution de la fissuration de fatigue au cours du temps.

5
150 Chapitre 8. Formulation variationnelle des lois de fatigue limites
Conclusion

L’objectif de cette étude était d’étendre aux chargements non monotones la formulation varia-
tionnelle de la Rupture amorcée initialement par FRANCFORT et MARIGO dans [32].
À partir d’un exemple “académique” —le décollement d’un film mince inextensible et parfaitement
flexible— et en considérant les trois “ingrédients” suivants

– un principe de minimisation de l’énergie totale

– une énergie de surface de type DUGDALE-BARENBLATT

– une variable irréversible rendant compte de l’accumulation du saut de déplacement sur les
lèvres de la fissure,

on a construit un problème de minimisation incrémentale qui, résolu, rend compte de la fissuration


sous fatigue, l’évolution de la fissuration dépendant des paramètres du problème.
De plus, dans les situations où la longueur interne apparaissant dans le modèle de DUGDALE-
BARENBLATT est petite devant la dimension de la structure, on obtient des lois de fatigue limites
de type PARIS (en fait plus riches que les lois de PARIS puisqu’elles contiennent également la loi
de GRIFFITH), i.e. mettant en relation de façon implicite le taux de croissance de la fissure avec le
taux de restitution d’énergie
d`
= f (G).
dN
Plus encore, lorsque l’on considère de faibles valeurs du taux de restitution d’énergie, on retombe
d`
sur des lois de PARIS classiques dN = CGm .
On a ensuite mis en évidence l’influence du chargement, du matériau et de la structure sur l’ex-
pression de la loi de fatigue limite.
Il apparaı̂t donc que l’approche variationnelle est la bonne méthode pour justifier et construire
des lois de fatigue car :
1. c’est à la fois une approche globale et locale. Une approche globale puisqu’on minimise
l’énergie totale de toute la structure. Une approche locale car la loi de fatigue limite s’ob-
tient après une analyse fine de la zone cohésive.

2. elle établit le lien manquant entre les lois de PARIS et GRIFFITH,

3. elle peut être utilisée a priori avec n’importe quel spectre de chargement.

De possibles extensions à d’autres problèmes de rupture sont également envisageables.


Dans [63], WELLER et al se placent dans le cadre tridimensionnel antiplan. Ils retrouvent des lois

151
152 Chapitre 8. Formulation variationnelle des lois de fatigue limites

de fatigue limites de type PARIS et des lois puissances lorsque le taux de restitution d’énergie
est faible. De même, les travaux de CHARLOTTE et al [12] sur l’extension à la dynamique de
l’approche variationnelle de la Rupture peuvent permettre d’envisager de coupler les phénomènes
de dynamique et de fatigue. Dans l’exemple du décollement d’un film, on pourrait ainsi étudier
les vibrations du film soumis à un chargement cyclique.
Une autre étude intéressante serait de considérer des lois de comportement élasto-plastiques. On
a en effet vu au Chapitre 1 l’influence importante que pouvait avoir la zone plastique entourant
la pointe de la fissure notamment lors des surcharges. On sait également que la présence de cette
zone plastique modifie le taux de croissance des fissures “courtes”. Il faudrait donc déterminer si
l’approche variationnelle de la fatigue est capable de capter ces effets.
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