Approche variationnelle de la fatigue
Approche variationnelle de la fatigue
André Jaubert
Spécialité : Mécanique
présentée par
André JAUBERT
pour obtenir le grade de Docteur de l’Université Paris XIII
Ce mémoire est le résultat de trois années de thèse effectuées au sein du Laboratoire des Propriétés
Mécaniques et Thermodynamiques des Matériaux. Je tiens à en remercier les directeurs successifs
pour la grande liberté laissée aux doctorants mais également les différents membres pour leur
sympathie.
Je tiens à exprimer ma reconnaissance à Jean-Jacques MARIGO qui a dirigé cette thèse, et ce pour
diverses raisons. Tout d’abord pour ses grandes qualités de pédagogie et de rigueur. Ensuite parce
que sa curiosité et son recul sur le sujet et plus généralement sur la Mécanique de la Rupture
ont permi l’avancement de cette thèse à de nombreux moments clés. Dire qu’il a été décisif dans
les résultats présentés dans ce manuscrit est donc plus que justifié. Enfin parce qu’au-delà de ces
qualités, j’ai apprécié sa disponibilité et son discours toujours rassurant. Je le remercie de plus de
m’avoir proposé un sujet aussi original et enrichissant.
Monsieur Quoc Son NGUYEN a accepté de présider ce jury de thèse, j’en suis trés honoré et le
remercie de sa présence.
Messieurs Gianpietro DEL PIERO et François SIDOROFF ont consacré de leur précieux temps à la
lecture et la critique de ce manuscrit, je tiens à leur exprimer mon immense reconnaissance.
Messieurs Radhi ABDELMOULA, Bertrand BURGARDT et Gilles FRANCFORT ont complété ce jury, je
les remercie de l’intérêt qu’ils ont porté à cette thèse.
Je n’oublie bien évidemment pas Hanen AMOR, Jean-François BABADJIAN, Miguel CHARLOTTE,
Michèle COUTRIS, Pierre-Emmanuel DUMOUCHEL, Hichème FERDJANI, Jérôme LAVERNE, Béatrice
MONTDARGENT et Thibault WELLER qui ont tous contribué par leur ouverture d’esprit et leur
bonne humeur à rendre ces années agréables. Je les en remercie.
Table des matières
i
ii TABLE DES MATIÈRES
L’Homme développant des structures de plus en plus complexes (dans les constructions na-
vales, aéronautiques et spatiales notamment), la compréhension fine et la modélisation précise
des phénomènes de Rupture sont devenues nécessaires afin d’évaluer le risque d’amorçage et de
propagation d’un défaut.
Jusqu’ici, il n’existe pas de cadre général de la Mécanique de la Rupture basée sur une formulation
unique et permettant de rendre compte des divers phénomènes observés. L’habitude des ingénieurs
est d’adopter la loi de GRIFFITH [35] “à court terme” (sous chargement monotone par exemple)
et les modèles phénoménologiques de PARIS [55] “à long terme” (sous chargement cyclique par
exemple). Aucun lien n’a vraiment été établi entre ces lois excepté des résultats numériques basés
sur des modèles de forces cohésives [52].
Cependant il est connu que la loi de GRIFFITH possède quelques lacunes dont celle non admissible
d’être inapte à rendre compte de l’apparition de fissures. De même, les lois de fatigue utilisées
sont essentiellement d’origine phénoménologique, leur forme et les paramètres à identifier peuvent
changer d’un problème à l’autre sans que l’on soit capable de dire de façon claire ce qui est dû au
matériau, à la géométrie et au chargement.
On se propose ici d’établir ce lien entre lois de GRIFFITH et lois de PARIS et même de construire
des lois de fatigue basées sur des lois de rupture plus générales. Toute l’analyse repose sur les trois
ingrédients suivants :
(i) un principe de moindre énergie ;
(ii) une énergie de surface de type Dugdale-Barenblatt ;
(iii) une condition d’irréversibilité.
Chacun de ces ingrédients joue un rôle essentiel : sans condition d’irréversibilité ou avec une énergie
de surface de GRIFFITH , il est impossible d’obtenir des effets de fatigue : la convergence de la loi
de propagation résultant du modèle de DUGDALE vers la loi de GRIFFITH ou la loi de PARIS repose
essentiellement sur des convergences en énergie. Cette approche, qui peut a priori être appliquée
dans un cadre très général sera ici développée dans le contexte unidimensionnel de décollement
d’un film mince.
v
vi TABLE DES MATIÈRES
variantes) et sur des résultats numériques récents basés sur des modèles de forces cohésives.
Le modèle proprement dit est présenté au Chapitre 2. Il a pour origine les travaux de FRANCFORT
et MARIGO [32] en 1998 qui, dans le cadre d’évolutions quasi statiques et dans le but de parer
aux lacunes de la Théorie de GRIFFITH, postulent que la configuration d’équilibre d’une structure
fragile soumise à un chargement monotone est celle qui minimise, à chaque instant, son énergie
totale, somme de son énergie potentielle et de l’énergie de surface de GRIFFITH (proportionnelle
en 2D à la longueur de zone fissurée). Les travaux réalisés depuis ont montré que la solution
recherchée devait être un minimum local et que l’énergie de surface à considérer devait être du
type BARENBLATT, i.e. dépendante du saut de déplacement sur les lèvres de la fissure.
L’objectif de cette thèse est d’étendre cette nouvelle formulation à des chargements non mono-
tones et donc en particulier aux chargements cycliques d’amplitudes constantes, cadre de la loi
phénoménologique de PARIS.
On montre justement dans la seconde partie de ce chapitre que cette extension n’est possible que si
l’on introduit une condition d’irréversibilité dans le modèle afin de tenir compte des “dommages”
que subit le matériau à chaque cycle (et éviter ainsi la “recohésion” des lèvres de la fissure lors
des phases de décharge). L’irréversibilité introduite, le problème de minimisation initiale devient
un problème de minimisation incrémentale.
La seconde partie de cette thèse est consacrée à l’étude du décollement d’un film mince
en fatigue. On souhaite déterminer l’évolution du décollement d’un film initialement parfaitement
collé sur un socle rigide et soumis à une tension constante et une déflexion cyclique et qui peut être
apparenté à un essai de pelage. Ce problème, très “académique”, permet cependant de résoudre
semi-analytiquement le problème d’évolution du décollement et de comprendre ainsi l’intérêt d’un
modèle de fatigue basé sur une approche par minimisation de l’énergie. Le choix a été fait de
décomposer cette partie en quatre chapitres.
Dans le Chapitre 3, après avoir introduit les différents ingrédients mis en jeu (énergie totale,
condition d’irréversibilité représentée par la variable d’ouverture cumulée), on pose, comme dans
le Chapitre 2, le problème de minimisation incrémental. Dans la seconde partie de ce chapitre, on
étudie la réponse obtenue avec une énergie de surface de GRIFFITH (i.e. indépendante de l’ouver-
ture entre le film et le socle). Dans ce cadre, on montre que le décollement n’évolue plus après le
premier cycle, l’évolution n’étant possible que si l’on choisit des chargements de fatigue d’ampli-
tude non constante.
Dans le Chapitre 4, on étudie la réponse dans le cadre d’une énergie de surface de type BARENBLATT
(i.e. dépendante de l’ouverture). Plus précisément, on s’attache à déterminer la structure de la
solution du problème de minimisation incrémental et on montre —dans ce cas particulier du
décollement d’un film mince— l’unicité de la solution. Celle-ci est de plus indépendante de la
discrétisation choisie : on peut donc résoudre chaque phase de chargement (phases de charge et de
décharge) en un unique pas de temps. On y établit également le résultat fondamental que, sous
chargement cyclique, le film finira par se décoller complètement et ce quelle que soit l’amplitude
des cycles. Comparé au résultat d’adaptation en un cycle prévu par le modèle de GRIFFITH, il
montre à la fois tout le bien fondé de l’approche variationnelle et la nécessité du choix d’une
énergie de surface de type BARENBLATT.
Dans le Chapitre 5, le problème est résolu de façon semi-analytique en choisissant l’énergie de
surface associée au modèle de DUGDALE et dépendant de la variable d’ouverture cumulée. Il ap-
paraı̂t alors que la minimisation de l’énergie totale à chaque pas de temps du chargement discrétisé
TABLE DES MATIÈRES vii
conduit au décollement progressif du film, la zone décollée étant précédée d’une zone cohésive de
la fissure. L’évolution du décollement dépend des paramètres du problème.
Enfin dans le Chapitre 6, en supposant que le rapport entre la longueur interne intervenant
dans l’énergie de surface de DUGDALE et la longueur du film est un petit paramètre, on s’intéresse
au comportement asymptotique de la solution du problème d’évolution du décollement lorsque
→ 0. On obtient ainsi une loi limite de fatigue permettant d’obtenir explicitement le taux de
propagation du décollement en fonction du taux de restitution d’énergie,
d`
= f (G).
dN
On retrouve ainsi une loi de type PARIS abondamment utilisée par les ingénieurs. Pour des faibles
valeurs de G, la loi limite est une loi de PARIS “classique”, i.e. une fonction puissance qui s’avère
ici être égale à 3/2.
En fait, on verra que les lois obtenues sont plus riches que les lois de PARIS utilisées habituellement,
car elles contiennent comme cas particulier la loi de GRIFFITH et qu’elles peuvent être utilisées pour
des chargements d’amplitude variable, voire pour des surcharges.
La troisième partie de la thèse concerne l’étude des lois de fatigue limites introduites dans
la seconde partie.
Dans le Chapitre 7, on met en évidence l’influence de certains facteurs sur l’expression de la loi
de fatigue limite. Ainsi en modifiant la condition d’irréversibilité, l’énergie potentielle, le type
de chargement ou encore la forme des cycles de chargement, on construit d’autres lois de fatigue
limites que celle obtenue au chapitre 6 même si elles sont toujours du type loi de PARIS. Il apparaı̂t
ainsi que la fonction f dépend du chargement, du matériau et de la structure.
Le Chapitre 8 se focalise sur les propriétés des lois de fatigue limite obtenues. Dans un premier
temps, on montre qu’elles font apparaı̂tre une forme d’énergie de surface différente de celle utilisée
dans le modèle de GRIFFITH. La loi de propagation des fissures par fatigue reste un problème de
minimisation de l’énergie totale. Mais du fait de la forme différente de cette dernière, le problème
de minimisation jouit de propriétés différentes qu’il s’agit d’étudier. L’extension de ces lois à des
problèmes plus généraux est également abordée.
Dans un second temps, on donne des éléments de réponse quant à l’amorçage et à l’évolution d’une
fissure par ce nouveau modèle variationnel.
viii TABLE DES MATIÈRES
Première partie
1
Chapitre 1
L’objectif est ici de rappeler les méthodes permettant d’étudier les milieux élastiques fissurés
et d’introduire les grandeurs fondamentales dont on se servira par la suite (notamment le taux
de restitution d’énergie G et le facteur d’intensité des contraintes K). Il ne sera donc pas montré
de façon rigoureuse les différents aspects de la théorie mais on renvoie le lecteur aux ouvrages de
référence sur le sujet, par exemple BUI [10] et/ou LEBLOND [42], pour plus de détails.
La mécanique de la rupture a pour objet l’étude de l’évolution des fissures dans un milieu continu
en fonction du chargement auquel il est soumis.
La Mécanique Linéaire Élastique de la Rupture, cadre de cette thèse, se penche plus parti-
culièrement sur la fissuration des corps constitués, en dehors des points de discontinuité, d’un
matériau élastique. Sous l’hypothèse des petites déformations, on suppose que les lois de compor-
tement reliant déformations et contraintes sont linéaires.
On se place de plus ici dans le cadre de la fissuration bidimensionnelle (le cas tridimensionnel fai-
sant appel à des outils numériques plus lourds comme les éléments finis ou les équations intégrales).
GRIFFITH [35] construit, dès 1920, un modèle de fissuration qui tient en deux hypothèses
– à chaque fissure est associée une énergie de surface qui est proportionnelle à l’aire créée.
– le critère de propagation des fissures est basé sur un bilan d’énergie : une fissure se propage
si l’énergie que restituerait le milieu lors d’un accroissement virtuel infinitésimal de la fissure
compense l’énergie de surface que nécessiterait sa création et que, au contraire, la fissure ne
se propage pas si cette restitution n’est pas suffisante.
Dans le cadre bidimensionnel, la fissure étant caractérisée par sa longueur `, on introduit le taux
de restitution d’énergie G défini par
∂P ∂
G=− = − (Eel + Eext ), (1.1)
∂` ∂`
3
4 Chapitre 1. Les modèles phénoménologiques de rupture par fatigue
dont la valeur positive critique Gc , indépendante de la géométrie de la structure, est une ca-
ractéristique du matériau (conformément à l’hypothèse sur l’énergie de surface). Dans (1.1), P
désigne l’énergie potentielle, somme de l’énergie élastique et de l’énergie potentielle des forces
extérieures, de la structure à l’équilibre.
Le critère de propagation énoncé par GRIFFITH et généralement cité comme le “Critère de GRIFFITH
” s’écrit alors
G ≤ Gc , (1.2)
d` ∂P ∂P d`
`(0) = `0 , (t) ≥ 0, − `(t), t ≤ Gc et `(t), t + Gc (t) = 0,
dt ∂` ∂` dt
1
le cas G > Gc correspond à une évolution brutale de la fissure. Il faudrait alors théoriquement ajouter dans le
bilan énergétique l’énergie cinétique afin de prendre en compte les effets inertiels
1.1. Mécanique Linéaire Élastique de la Rupture 5
On pourrait résumer ceci en disant que la théorie de GRIFFITH ne laisse pas assez de liberté
quant au trajet spatio-temporel de la fissure.
C’est dans l’optique de remédier à ces difficultés que FRANCFORT et MARIGO, tout en conservant
l’idée d’approche énergétique, proposent dans [32] un critère de propagation basé sur un principe
de minimisation de l’énergie totale de la structure en envisageant a priori tous les champs de
déplacements discontinus possibles. Des rappels sur cette formulation et les éléments nécessaires
à son extension à la fatigue sont donnés au Chapitre 2.
1−ν 2
2 2 )
E (KI + KII en déformations planes
G= (1.5)
1 2 2 )
E (KI + KII en contraintes planes
KI2
r= (1.6)
2πσy2
où σy est la limite d’élasticité. De ce fait plus le chargement est important (et donc plus KI est
grand), plus la taille de la zone plastique précédant la fissure est grande.
Dans notre approche nous supposerons qu’il n’y a pas de déformation plastique. Toutefois l’irré-
versibilité du processus et la notion de contraintes seuils seront introduites en utilisant les modèles
de DUGDALE-BARENBLATT via le concept de forces cohésives.
1.2. Rupture par fatigue 7
Deux faits remarquables distinguent le phénomène de fatigue des autres phénomènes de rupture :
– la propagation sous-critique.
Sous chargement cyclique F (t), l’amorçage d’une fissure à partir d’un défaut peut se pro-
duire pour des valeurs du chargement maximal FM à chaque cycle bien inférieures à la force
de rupture statique. Ceci est la conséquence de l’endommagement accumulé cycle après cycle
dans les zones de concentration de contraintes.
– l’endurance.
Pour des valeurs du chargement maximal FM à chaque cycle assez faibles (i.e. théoriquement
en deçà d’une certaine amplitude de chargement limite ∆Fth appelée limite d’endurance),
on observe aucune apparition de fissure même après un nombre infini de cycles. Un des es-
sais les plus courants pour rendre compte de ce phénomène est celui permettant d’obtenir la
courbe de Wöhler (ou courbe S-N, ou courbe d’endurance). Chaque éprouvette étant essayée
sous une seule amplitude de chargement, on reporte les résultats des essais de fatigue sur
un diagramme (à échelle doublement logarithmique) où les amplitudes de chargement ∆F
sont en ordonnées et les nombres de cycles à rupture NR en abscisses. Comme le montre la
Figure 1.3, ces résultats se situent sur une courbe qui présente une allure asymptotique et
sépare le plan du diagramme en 2 zones : une zone supérieure pour laquelle les conditions
8 Chapitre 1. Les modèles phénoménologiques de rupture par fatigue
d’essai correspondent à des ruptures, et une zone inférieure pour laquelle il n’y a pas de rup-
ture. Dans le cas général, on peut distinguer sur la courbe de Wöhler 3 parties : l’asymptote
horizontale correspondant à la limite d’endurance, une partie ascendante donnant la durée
de vie en fonction de l’amplitude du chargement ou endurance limitée et la zone des fortes
valeurs de ∆F où apparaı̂t une déformation plastique (domaine de la fatigue oligocyclique).
Il faut cependant préciser que, pour certains matériaux, on n’observe pas toujours de li-
mite d’endurance. Les expérimentateurs préfèrent ainsi souvent parler de limite d’endurance
conventionnelle qui correspond à la valeur maximale de l’amplitude du chargement n’en-
traı̂nant pas la rupture avant un nombre de cycles donné.
Dans le présent travail, on ne s’intéressera qu’à la fatigue mécanique, c’est à dire à la détérioration
du matériau soumis uniquement à des sollicitations cycliques mécaniques. On ne tiendra pas
compte de l’aggravation du processus de fatigue par un milieu agressif (par exemple un milieu
corrosif ou l’application de températures élevées). Il ne sera ainsi pas question ici des phénomènes
de fluage ou de corrosion.
Comme précisé dans SURESH [60], les causes de la fissuration dans une structure soumise à un
chargement de fatigue sont fortement liées au type de matériaux dont est constituée la structure.
Pour un matériau ductile (i.e. dont la fissuration s’accompagne d’une forte déformation plastique
en tête de fissure), c’est le glissement cyclique irréversible qui conduit à l’endommagement per-
manent et à la nucléation de fissures. Ce glissement correspond au mouvement de va et vient des
dislocations dans le voisinage immédiat de la tête de fissure.
Par contre pour un matériau fragile (i.e. dont la déformation plastique en pointe de fissure est
inexistante ou négligeable), la propagation de fissures sous chargement cyclique peut être liée au
1.2. Rupture par fatigue 9
frottement par glissement des faces des microfissures qui sont amorcées aux joints de grain ou le
long des interfaces entre matrice et substrat (composite fragile) ou bien par rupture progressive
des ligaments pontés (dans le sillage de la pointe de fissure) par contact répété.
L’expérience montre que cette dépendance peut se résumer en trois régimes suivant la valeur de
∆K.
On distingue sur la Figure 1.4 représentant d`/dN en fonction de ∆K dans un graphe log − log
• le régime A.
Pour de faibles valeurs de ∆K (∆K ≤ ∆Kth ), la fissuration est impossible (notion de seuil).
D’après l’expérience, ∆Kth dépend peu de la géométrie mais beaucoup du chargement et
du type de matériau. Par contre dès que ∆K > ∆Kth , il y a une forte augmentation de la
vitesse de fissuration.
• le régime B.
Dans ce domaine, l’évolution est linéaire faisant apparaı̂tre une relation en loi puissance
entre d`/dN et ∆K (voir paragraphe 1.2.2).
• le régime C.
Pour de fortes valeurs de ∆K (∆K → Kc ), il y a augmentation de la vitesse de fissuration
puis rupture totale de la structure dès que ∆K ≥ Kc .
Les données expérimentales obtenues depuis montrent que, bien que la variation du F.I.C. est
le facteur principal qui gouverne le taux de propagation d’une fissure en fatigue, le rapport de
charge R = Fm /FM = Km /KM défini comme le rapport des sollicitations minimale et maximale
au cours d’un cycle de chargement peut aussi influencer d`/dN . Il est donc plus judicieux de poser
d`
= f (∆K, R)
dN
ou de façon équivalente d`/dN = g(∆K, KM ) puisque KM = ∆K/(1 − R).
On observe, de façon générale, qu’une augmentation de R > 0 provoque une augmentation du
taux de propagation pour un ∆K donné, les courbes d`/dN = f (∆K) se déplaçant parallèlement
à elles-même vers les vitesses croissantes.
10 Chapitre 1. Les modèles phénoménologiques de rupture par fatigue
Fig. 1.4 – Représentation schématique de la vitesse de propagation d’une fissure d`/dN en fonction
de la variation du facteur d’intensité des contraintes ∆K
– La première repose sur l’utilisation des courbes de Wöhler qui donnent le nombre de cycles
à rupture en fonction de l’amplitude constante du chargement appliqué à chaque cycle. Pour
déterminer la durée de vie de structures soumises à des sollicitations variables, on ajoute
une loi de dommage cumulatif, par exemple celle de Miner. Celle-ci repose sur l’hypothèse
suivante : l’application de ni cycles au niveau de chargement Fi , auquel le nombre moyen
de cycles à rupture est Ni (donné par les courbes de Wöhler),
P entraı̂ne un accroissement du
dommage égal à ni /Ni et la rupture survient lorsque ni /Ni = 1.
L’inconvénient principal de cette méthode est qu’elle ne permet pas de faire la distinction
entre phase d’amorçage et phase de propagation de la fissure.
Loi de Paris
De nombreuses lois ont été proposées pour décrire l’évolution de la propagation de fissures de
fatigue dans le régime B de la Figure 1.4.
À ce jour, la loi phénoménologique de PARIS [55] (1961) reste toujours la plus abondamment
utilisée par les ingénieurs. Cette dernière relie le taux de fissuration à la variation du F.I.C. par
une loi puissance
d`
= C 0 (∆K)m .
dN
1.2. Rupture par fatigue 11
C 0 et m sont deux constantes à déterminer par des expériences de base sur éprouvettes et qui
dépendent entre autres du matériau, du rapport de charge R = Fm /FM et du mode de chargement,
voir SURESH [60].
On trouve généralement dans la littérature (pour les matériaux métalliques courants) des valeurs
de la puissance m comprises entre 2 et 6.
En utilisant la relation (1.5), on peut exprimer cette loi à l’aide des taux de restitution d’énergie
maximal GM et minimal Gm au cours d’un cycle de chargement
d` p p
= C( GM − Gm )m . (1.7)
dN
Cependant, cette loi est limitée entre autres aux
d`
= C 0 (∆Kef f )m .
dN
– fissures longues.
Il est montré expérimentalement que, à ∆K donné, les fissures courtes (la notion de taille
de fissures varie selon les expérimentateurs) se propagent plus rapidement que les fissures
longues (BATHIAS et BAÏLON [4]). De même, il est observé qu’elles se propagent à des valeurs
de ∆K inférieures au seuil de propagation ∆Kth . Les causes de cet effet sont peu claires,
mais il semble admis que dans cette configuration, la zone plastique précédant la fissure ne
peut plus être négligée : on ne se trouve plus dans une situation de plasticité confinée.
La loi de PARIS est donc restreinte aux problèmes où la déformation plastique en tête de fissure
est négligeable. Dans le cas contraire les outils de la Mécanique Linéaire Élastique de la Rupture
ne sont plus applicables. Ceci conduit à l’incapacité à rendre compte du phénomène de fermeture
de fissure en cours de décharge qui est pourtant la cause des deux points cités ci-dessus.
Certains ont cherché à remédier à ces difficultés en introduisant des paramètres susceptibles de tenir
compte de la plasticité à la pointe (en considérant des comportements indépendants du temps).
Ainsi DOWLING et BEGLEY [25] définissent un modèle basé sur l’intégrale J (voir RICE [56]) qui dans
le cadre d’un comportement élastique linéaire ou non linéaire du matériau fissuré est indépendante
du contour d’intégration. RICE montre que J étend la notion de taux de restitution d’énergie G à
des solides élastiques non linéaires (J = G en élasticité linéaire). Dans le cadre de la mécanique
12 Chapitre 1. Les modèles phénoménologiques de rupture par fatigue
élasto-plastique de la rupture, DOWLING et BEGLEY postulent que la loi de PARIS doit s’écrire sous
la forme
d`
= C 0 (∆J)m .
dN
Cette théorie donne une bonne estimation de la vitesse de propagation des fissures courtes. Par
contre comme évoqué dans SURESH [60], elle ne semble valable que pour des chargements propor-
tionnels et des décharges non élastiques.
D’autres ont proposé des modèles géométriques : LAIRD [39] relie la variation de l’écartement en
fond de fissure ∆CT OD (Crack Tip Opening Displacement) avec le taux de propagation de la
fissure
d`
∼ ∆CT OD = f (∆K)2 .
dN
Cependant la puissance m dans la loi de PARIS est ici limitée à 2 ce qui ne semble pas décrire
toutes les situations.
Citons enfin les modèles basés sur l’accumulation du dommage dans la zone précédant la pointe
de fissure (soumise à une déformation cyclique d’amplitude constante), par exemple MCCLINTOCK
[47] qui utilise une loi d’endommagement de type Manson-Coffin. La fissure apparaı̂t (ou se pro-
page) lorsqu’un état d’endommagement critique est atteint. Ici une puissance m = 4 est obtenue.
De plus la loi de PARIS est insuffisante pour décrire la propagation de la fissure dans les régions
A et C de la Figure 1.4. Là encore, des tentatives ont été apportées pour pallier à ces difficultés
mais celles-ci ne sont généralement valables que pour un type de matériaux donné.
FORMAN et al [29] proposent par exemple d’étendre la loi de PARIS afin de rendre compte de
l’accélération de la vitesse de propagation de la fissure lorsque ∆K est proche de Kc . Ils postulent
la loi empirique suivante
d` C∗ ∆K m∗
= .
dN (1 − R)Kc − ∆K
CHEREPANOV [14] présente une théorie de la propagation de fissures de fatigue pour une struc-
ture élasto-plastique sous chargement cyclique basée sur l’analyse dimensionnelle. Il obtient la loi
suivante 2
KM − Km 2 Kc2 − KM2
d`
= −β + ln 2
dN Kc2 Kc − Km 2
Finalement, il n’existe aucune théorie permettant à elle seule de prédire avec succès le taux
de croissance d’une fissure de fatigue dans un large éventail de conditions de l’expérience. C’est
d’ailleurs pourquoi la loi de PARIS continue à avoir du succès.
Cependant cette dernière fournit plus un schéma de corrélation de données plus qu’une capa-
cité à prédire la fissuration : pour chaque nouveau problème (changement dans les conditions de
l’expérience), il faut redéterminer les constantes C et m apparaissant dans (6.21).
Dans le paragraphe suivant, on s’attarde plus précisément sur une modélisation numérique récente
de la propagation des fissures de fatigue basée sur la notion de forces cohésives.
et comme rappelé précédemment, elle est applicable uniquement si la structure possède une fissure
ou un défaut préexistant (sinon elle est incapable de rendre compte de l’initiation d’une fissure).
De même, elle n’est plus valable lorsque la taille de la zone non-linéaire (zone plastique ou de
microfissuration par exemple) en tête de fissure n’est plus négligeable par rapport aux autres
dimensions de la structure fissurée.
Les modèles de forces cohésives sont utilisés avec succès pour surmonter ce type de difficulté. On
introduit ci-après ce concept au cadre de chargements monotones puis son extension au cadre de
chargements cycliques.
Ì
Fig. 1.5 – Représentation schématique de la zone cohésive située devant la fissure macroscopique
“réelle” en mode d’ouverture.
De ce fait, pour décrire ce qui s’y passe, il suffit de se donner une loi d’interface qui met en rela-
tion T et [[u]], les forces de cohésion ayant pour particularité de dépendre du saut de déplacement.
De nombreuses lois sont recensées dans la littérature. Ainsi dans le cadre d’un chargement mono-
tone, citons le travail référence de NEEDLEMAN [50] dont la loi est représentée sur la Figure 1.6.
La loi d’interface utilisée peut être décomposée en trois parties. Dans la première, une relation
linéaire croissante relie forces cohésives et saut de déplacement jusqu’à atteindre une force cohésive
maximale Tc obtenue pour une ouverture `0 . La seconde partie de la loi décrit le comportement
adoucissant entre les ouvertures `0 et `c . Ceci met en évidence la création progressive de la fissure
et conduit à la troisième partie qui rend compte de la séparation des deux surfaces de discontinuité
qui marque l’initiation d’une fissure (ou l’extension d’une préexistante).
Afin de satisfaire à la mécanique linéaire élastique de la rupture, l’aire sous la courbe doit être
égale au taux de restitution d’énergie critique Gc
Z `c
Gc = T [u] d[[u]].
0
14 Chapitre 1. Les modèles phénoménologiques de rupture par fatigue
¼
Fig. 1.6 – Modèle de forces cohésives en mode d’ouverture de fissure selon NEEDLEMAN.
L’étude de la rupture de fatigue à l’aide de modèles de forces cohésives est plutôt récente.
NEEDLEMAN [51] suggère des modèles de forces cohésives irréversibles mais des développements
n’ont été réalisés qu’à partir de 1999.
Pour la description du phénomène de fatigue, l’utilisation d’une enveloppe monotone cohésive
(comme celle représentée sur la Figure 1.6) n’est plus suffisante. En effet, sous chargement cy-
clique, si la force appliquée est plus faible que la résistance cohésive Tc (i.e. pour des ouvertures
telles que 0 ≤ [[u]] < `c ), la zone cohésive aura une durée de vie infinie. Or, l’expérience montre
que, sous ce type de chargement, les matériaux se fissurent à des niveaux de contrainte plus bas
que la contrainte de rupture statique. Ceci est essentiellement dû à l’usure du matériau (SURESH
[60]). Pour rendre compte de cette usure, il est nécessaire de ne plus considérer des lois cohésives
réversibles. C’est pourquoi, la plupart des auteurs ont recours à la mécanique de l’endommagement
pour rendre compte de la détérioration irréversible de la zone cohésive.
Il s’avère que la loi cohésive en fatigue ne doit pas avoir une condition de décharge-recharge linéaire
(charge et décharge suivant alors le même chemin). Comme il est montré dans FOULK et al [30],
DE ANDRÈS et al [19] ou YANG et al [65], ceci conduit à une adaptation, c’est à dire qu’après un
petit nombre de cycles, tous les points matériels (incluant ceux de la zone cohésive) subissent un
cycle de déformation élastique et la fissure s’arrête (il y a stabilisation de la courbe T vs [[u]] et
donc plus propagation dans la zone cohésive).
NGUYEN et al [52] présentent en 2001 un modèle de propagation de fissures de fatigue basé sur un
modèle de forces cohésives présentant une hystérésis décharge-recharge (avec décharge vers l’ori-
gine) et sur l’accumulation d’endommagement lorsque la structure est sollicitée par un chargement
cyclique d’amplitude plus petite que la force cohésive maximale du matériau. Le principe est de
considérer des rigidités incrémentales qui diffèrent selon que l’on se situe en phase de charge ou
de décharge :
− ˙ ˙ <0
K [[u]] si [[u]]
Ṫ = (1.8)
˙
K + [[u]] si ˙ >0
[[u]]
1.2. Rupture par fatigue 15
En suivant le même principe, ROE et SIEGMUND [57] rendent compte de la propagation d’une fissure
de fatigue le long d’une interface. Ici, le paramètre d’endommagement dépend de l’histoire ce qui
introduit le processus d’irréversibilité. Dans ce modèle, le chemin de décharge ne retourne pas vers
l’origine. Des valeurs de la pente m de la loi de PARIS allant jusqu’à 3.1 ont été obtenues.
Pour simuler la propagation en mode I de fissures de fatigue dans les polymères MAITI et GEUBELLE
[45] ont recours à un modèle de forces cohésives. L’enveloppe cohésive est bilinéaire et présente
une hystérésis décharge-recharge (voir Figure 1.7) reprenant ainsi les idées de NGUYEN et al [52].
Une étude numérique de type éléments finis est réalisée sur une poutre de type DCB soumise à
un chargement de type déplacement sinusoı̈dal imposé. Des valeurs de la puissance de la loi de
PARIS m > 3 sont obtenues ce qui permet de rendre compte de la fatigue dans les polymères dont
la pente est généralement d’au moins m = 6.
Fig. 1.7 – Loi cohésive bilinéaire sous chargement cyclique d’après MAITI et al mettant en évidence
une hystérésis décharge-recharge
L’objectif de ce chapitre est, en se restreignant au cadre des matériaux fragiles, d’énoncer les
principes généraux qui vont gouverner la propagation d’une(ou des) fissure(s) dans une structure
soumise à des chargements quelconques. En l’appliquant ensuite à des chargements cycliques, on
souhaite ainsi modéliser le phénomène de fatigue décrit au Chapitre 1.
L’approche que l’on se propose de suivre est celle amorcée par FRANCFORT et MARIGO [32] en 1998
et qui a fait l’objet de nombreuses extensions depuis.
Dans le cadre d’évolutions quasi statiques, les auteurs postulent que la configuration d’équilibre
d’une structure soumise à un chargement monotone sera celle qui minimise, à chaque instant, son
énergie totale, somme de son énergie potentielle et de l’énergie de surface de GRIFFITH (propor-
tionnelle en 2D à la longueur de zone fissurée). Cette dernière constitue l’énergie dissipée pour
créer ou propager une(ou plusieurs) surface(s) de discontinuité.
Les travaux réalisés depuis ont montré que la solution recherchée devait être un minimum local et
que l’énergie de surface à considérer devait être du type BARENBLATT, i.e. dépendante du saut de
déplacement sur les lèvres de la fissure.
Cependant, cette nouvelle formulation n’est pas directement applicable aux chargements non mo-
notones et donc en particulier aux chargements cycliques d’amplitudes constantes, cadre de la loi
phénoménologique de PARIS toujours très abondamment utilisée dans l’industrie (voir Chapitre 1).
Ceci conduit à introduire une condition d’irréversibilité dans le modèle afin de tenir compte des
“dommages” que subit le matériau à chaque cycle. Cette condition permet surtout d’envisager un
cadre unique permettant la description de la fissuration à court terme (sous chargement mono-
tone) mais aussi à long terme (sous chargement cyclique) et ce a priori quelque soit le spectre du
chargement.
Après avoir défini le cadre de l’étude, on énumérera, dans un premier temps, les différents outils
nécessaires à la mise en œuvre du modèle de rupture : l’énergie potentielle, les différents types
d’énergie de surface et la loi de fissuration basée sur un principe de moindre énergie.
On montrera ensuite l’incapacité de la formulation existante à s’étendre à la fatigue et la nécessité
d’introduire une condition d’irréversibilité.
L’application de ce modèle à des exemples simples sera l’objet des chapitres suivants.
17
18 Chapitre 2. Formulation Variationnelle de la Mécanique de la Rupture
Remarque 2.1.1 : Il faut noter que ces hypothèses n’ont pour objet que la simplification du modèle et
ce dans le but de pouvoir résoudre analytiquement (ou au moins semi-analytiquement) les différents
exemples. Cependant, rien dans la formulation qui va suivre n’empêche de considérer des lois de
comportements plus complexes. Par exemple, au Chapitre 7, on considérera des lois de comporte-
ment non linéaires afin de rendre compte de l’influence de cette non linéarité sur la propagation
de la fissure. De même la prise en compte de la plasticité ne présente pas non plus de problème
de fond.
ª ´µ
´µ
Fig. 2.1 – Présentation du problème général.
Soit ∂ΩF (resp. ∂ΩU d ), la partie de ∂Ω sur laquelle est imposée la force cyclique F (t) (resp. le
déplacement cyclique U d (t)).
Un des problèmes posé par la loi de PARIS (et ses nombreuses variantes) est qu’elle est valable
uniquement pour des chargements d’amplitude constante alors qu’un chargement en service ne
vérifie que bien rarement cet état.
On souhaite envisager ici a priori n’importe quel type de chargement, la seule contrainte étant que
les fonctions t → F (t) (resp. t → U d (t)) définissant un chargement de type force imposée (resp.
de type déplacement imposé) soient des fonctions non monotones afin de mettre en évidence un
phénomène de fatigue. Le spectre du chargement (voir Figure 2.2) est donc constitué d’une série
de charges et de décharges.
Enfin, l’évolution du chargement sera telle qu’elle induira des évolutions quasi statiques de
la structure et de la fissuration afin de s’affranchir de tout effet d’inertie (et donc d’éviter l’ajout
d’un terme d’énergie cinétique dans l’expression de l’énergie totale).
On pourrait juger cette dernière hypothèse trop forte. Cependant, des travaux récents réalisés par
CHARLOTTE et al [12] ont montré que les effets dynamiques pouvaient être décrits par l’approche
variationnelle de la rupture. Il sera alors possible de coupler fatigue et dynamique et ce en utilisant
20 Chapitre 2. Formulation Variationnelle de la Mécanique de la Rupture
Remarque 2.1.2 : On ne traitera pas ici des phénomènes de fluage. De même, comme on ne tien-
dra pas compte de l’effet de l’environnement (milieu corrosif par exemple) sur l’évolution de la
fissuration, on négligera également dans la suite l’influence de la fréquence des cycles de char-
gement (voir SURESH [60] pour plus de détails sur les facteurs influençant la propagation d’une
fissure de fatigue).
Dans les paragraphes qui suivent, on donne les différents ingrédients à la mise en place du modèle.
le comportement de tout point x du milieu continu est caractérisé par un potentiel élastique W
que l’on suppose strictement convexe de ε.
L’énergie potentielle du milieu fissuré (ou non) à l’équilibre associée au champ de déplacement
u ∈ V à l’équilibre est alors définie comme la différence de l’énergie élastique et du travail des
efforts extérieurs f (u). On pose
Z
P(u) = W (x, ε(u)(x))dx − f (u). (2.2)
Ω/Su
GRIFFITH [35], dès 1920, associe à toute fissure une énergie proportionnelle à sa longueur (en
2D), le coefficient de proportionnalité n’étant rien d’autre que le taux de restitution d’énergie
critique du matériau Gc .
Si cette hypothèse permet de décrire simplement la discontinuité matérielle, elle engendre toutefois
certains défauts dont celui de la singularité des contraintes en front de fissure. Ceci est inaccep-
table car le matériau ne peut résister à des contraintes arbitrairement grandes.
C’est dans l’optique de pallier à cette difficulté que BARENBLATT [3] fait l’hypothèse, plus de
quarante ans plus tard, d’une zone de “transition” —ou zone cohésive, ou zone d’élaboration (pro-
cess zone en anglais)— devant la fissure. Il suppose en effet dans le cadre de matériaux fragiles
élastiques que, dans cette zone, les lèvres de la fissure ne sont pas complètement séparées, des
forces dites cohésives s’opposant justement à cette séparation.
D’un strict point de vue physique, ce modèle est justifié en considérant que ces forces rendent
compte de l’interaction résiduelle des liaisons atomiques entres les lèvres de la fissure, voir
CHARLOTTE [11]. Lorsque la séparation entre celles-ci est assez importante, c’est à dire lorsqu’elle
dépasse une valeur critique δc caractéristique du matériau, les forces cohésives s’annulent et la
discontinuité est parfaite.
La longueur de la zone d’élaboration est supposée s’adapter de façon à ce que le taux de restitution
d’énergie soit nul devant la zone cohésive (s’il ne l’était pas, les contraintes y seraient infinies).
De nombreux auteurs se sont inspirés du concept de BARENBLATT pour postuler différentes formes
de dépendance entre les forces cohésives et le saut de déplacement sur les lèvres de la fissure
(modèles de forces cohésives, voir le paragraphe 1.2.3). Dans ce travail on ne s’intéressera qu’au
modèle générique de BARENBLATT et au cas particulier du modèle de DUGDALE.
On donne dans le paragraphe ci-dessous une écriture générale de l’énergie de surface. On distin-
guera par la suite celle de GRIFFITH de celle de BARENBLATT.
Écriture générale
Soit u ∈ V un champ cinématiquement admissible. On définit l’énergie de surface S associée à
ce champ u à partir de la donnée d’une fonction densité d’énergie de surface φ qui a priori dépend
du saut de déplacement [[u]] = u+ − u− , du point matériel x si le milieu est inhomogène et de
l’orientation de la surface de discontinuité par son vecteur normal unitaire n :
Z
S(u) = φ x, n(x), [[u]](x) dH N −1 (x).
Su
[[u·n]] ≥ 0.
Dans la suite de ce chapitre, et dans le but d’alléger les notations, on supposera que les fissures
s’ouvrent uniquement suivant un mode : soit en mode I, le saut tangentiel étant nul, soit en mode
22 Chapitre 2. Formulation Variationnelle de la Mécanique de la Rupture
II ou III, le saut normal étant nul. Ce faisant en notant δ l’ouverture non nulle, l’énergie de surface
s’écrit simplement Z
S(u) = φ(δ(u(x), n(x))dH N −1 (x), (2.3)
Su
avec
δ(u, n) = [[u·n]] ou δ(u, n) = k[[u − u·n n]]k.
Griffith
Barenblatt
Dugdale
Contrainte à rupture φ ayant la dimension d’une énergie par unité de surface (en 3D), sa
dérivée à la dimension d’une contrainte. On pose
Gc
σc = φ0 (0) ≥ 0 et δc = (2.6)
σc
où δc est une longueur interne du modèle de BARENBLATT et que l’on supposera être une constante
matériau dans la suite.
Comme il est introduit dans CHARLOTTE et al [13] ou dans LAVERNE et MARIGO [41], σc correspond
à la contrainte à rupture statique.
Remarque 2.1.3 : L’énergie de GRIFFITH est de pente à l’origine φ0 (0) infinie. On retombe ainsi
sur l’incapacité de ce modèle à amorcer une fissure dans un milieu sain.
Énergie de surface de DUGDALE DUGDALE [26] introduit en 1960 des forces cohésives sur
une courte distance afin de rendre compte de la plasticité en front de fissure sous l’hypothèse des
contraintes planes. Dans son modèle, il suppose que les forces s’opposant à l’ouverture de la fissure
sont constantes dans toute la zone d’élaboration. La densité d’énergie de surface s’écrit
δ
Gc δc si 0 ≤ δ ≤ δc
φ(δ) = (2.7)
Gc si δ ≥ δc .
Ainsi, comme le montre la Figure 2.3, φ est une fonction bilinéaire : elle est linéaire croissante
jusqu’à ce que le saut de déplacement δ atteint le saut critique δc puis est constante et égale à Gc
pour δ ≥ δc .
De ce fait, l’énergie de surface de DUGDALE est un cas particulier d’énergie de surface de type
BARENBLATT. C’est une énergie cohésive initialement rigide.
Le fait que l’on connaisse son expression explicite rend son utilisation facile. De plus, contraire-
ment au modèle de BARENBLATT, on met ici effectivement en évidence une fissure. C’est pourquoi
on privilégiera cette énergie dans la résolution complète de nos exemples.
Ici δc correspond au saut de déplacement critique sur les lèvres conduisant à la séparation totale des
lèvres de la fissure. On note que la zone d’élaboration de la fissure apparaı̂t dès que la contrainte
dans le matériau atteint la contrainte critique donnée par (2.6). Cette contrainte critique est alors
constante dans toute la zone cohésive.
Sur la Figure 2.4 on représente l’évolution des forces cohésives en fonction du saut de
déplacement. Dans le cas de DUGDALE, les forces cohésives sont constantes dans toute la zone
cohésive et nulles dès que le saut de déplacement critique δc est atteint. Par contre avec l’hy-
pothèse de BARENBLATT, on voit que les forces cohésives diminuent progressivement et tendent
seulement à s’annuler : il n’y a jamais de fissures “réelles”.
24 Chapitre 2. Formulation Variationnelle de la Mécanique de la Rupture
Barenblatt
Dugdale
L’énergie totale de la structure est, par définition, la somme de son énergie potentielle (2.2) et
de son énergie de surface (2.3)
L’évolution de la fissuration consiste à rechercher, comme postulé par FRANCFORT et MARIGO [32],
le champ u admissible qui minimise, à chaque instant et parmi tous les états de fissuration pos-
sibles, l’énergie totale de la structure qu’on force de ce fait à se trouver dans un état d’équilibre
stable.
Dans la suite on va considérer deux types de stabilité : la stabilité globale et la stabilité locale.
E(u) ≤ E(v).
2.2. Loi d’évolution de la fissuration 25
La question se pose alors du choix du minimum que l’on souhaite rechercher (global ou local ?)
ainsi que du type d’énergie de surface qu’il faut inclure dans (2.8) (énergie de GRIFFITH ou de type
BARENBLATT ?).
Dans [32], FRANCFORT et MARIGO, dans l’optique de parer aux lacunes de la Théorie de GRIFFITH
de la rupture fragile (problèmes de l’amorçage et de la description spatio-temporelle de la fissura-
tion, voir Chapitre 1) adoptent l’hypothèse de GRIFFITH sur l’énergie de surface dans leur problème
de minimisation.
Dans le cadre d’évolutions monotones du chargement imposé sur la structure, ils optent pour la
recherche de minima absolus.
Cette démarche s’est avérée à la fois encourageante et non suffisante.
Encourageante car, sous ces hypothèses, les auteurs parviennent à remédier aux lacunes de la
Théorie de GRIFFITH citées précédemment. De plus, on parvient alors à traiter efficacement de la
décohésion et de la multifissuration dans les structures composites, BILTERYST [5], BILTERYST et
MARIGO [6].
Les problèmes ne pouvant généralement pas se résoudre analytiquement (par exemple dès qu’on
considère des chargements ou des géométries complexes), il a également été mis en place une
méthode numérique efficace pour approcher les minima de (2.8), voir BOURDIN [7], BOURDIN et al
[8]. Son principe consiste à régulariser (2.8) en s’inspirant d’une méthode utilisée en segmentation
d’image, AMBROSIO et TORTORELLI [2].
Non suffisante car, dans le même temps, ils rendent compte de leur incapacité à travailler à
forces imposées, certains cas avec force imposée pouvant conduire à des solutions non désirables
de type “puits énergétique” et donc de non équilibre. Ils notent également des effets d’échelles
indésirables : dans l’exemple de la barre de longueur L en traction (voir √ FRANCFORT et MARIGO
[33]), la contrainte à rupture σc est trouvée être de l’ordre de 1/ L ce qui est contraire à
l’expérience.
Pour pallier à ces difficultés, et comme le suggèrent FRANCFORT et MARIGO dans [32], il faut rem-
placer la notion de minimum global par celle de minimum local. Cependant, on risquerait alors de
retomber sur l’incapacité de la Théorie de GRIFFITH à rendre compte de l’amorçage d’une fissure
(la réponse élastique d’une structure saine étant toujours un minimum local en l’absence de sin-
gularité).
La seconde idée, apportée initialement par DEL PIERO [20] (puis par TRUSKINOVSKY [61]) et
complémentaire de la précédente, consiste à remplacer l’hypothèse de GRIFFITH sur l’énergie de
surface par celle issue des travaux de BARENBLATT : la densité d’énergie de surface dépend du saut
de déplacement sur les lèvres de la fissure.
Ainsi, dans CHARLOTTE et al [13], sous couvert de ces nouvelles hypothèses, on rend compte des
améliorations apportées par rapport à la formulation initiale (plus de “mauvais” effets d’échelle,
possibilité de travailler à force imposée) et ce à travers des exemples unidimensionnels mettant
notamment en évidence un critère d’amorçage en contrainte.
L’étude théorique et l’implantation numérique de tels modèles a été également étendu aux dimen-
sions supérieures, voir LAVERNE et MARIGO [41] et LAVERNE [40]. Dans [41], les auteurs présentent
entre autres un critère d’amorçage en contrainte, pour des fissures tridimensionnelles, qui dépend
de la forme de l’énergie de surface de type BARENBLATT. Ce critère tend ainsi à rejeter les lois de
26 Chapitre 2. Formulation Variationnelle de la Mécanique de la Rupture
forces cohésives avec pente nulle à l’origine (et donc possédant un caractère convexe à l’origine) :
de telles lois conduisent en effet théoriquement le matériau à s’ouvrir partout.
Restait à faire le lien entre la Théorie de GRIFFITH et l’approche avec énergie de type BARENBLATT :
MARIGO et TRUSKINOVSKY [46] ont démontré de façon rigoureuse, à travers l’exemple de l’essai
d’arrachement, que le modèle de BARENBLATT converge asymptotiquement vers celui de GRIFFITH
lorsque la longueur interne apparaissant dans l’énergie de surface de BARENBLATT est petite devant
la longueur géométrique de la structure.
avec
Z Z
φ x, n(x), [[v]](x) dH N −1 (x).
E(v) = W x, (v)(x) dx − f (v) +
V Sv
La structure à l’équilibre va donc se retrouver dans un état de moindre énergie et pour cela elle
aura, si besoin est, créé(ou propagé) la(ou les) fissure(s) nécessaire(s) dans la(ou les) direction(s)
optimale(s).
L’intérêt d’une telle approche est grande puisqu’on s’affranchit a priori de postuler le nombre de
fissures et leur trajet respectif.
Par contre, avec ces outils (BARENBLATT + minimum local), on est confronté à 4 “nouvelles” dif-
ficultés :
définitivement créée dès lors qu’il y a discontinuité dans le champ de déplacement), cela
semble plus ardu avec une énergie de surface de type BARENBLATT.
Comme on le verra dans la suite, cette difficulté sera parée en introduisant une variable
mémorisant l’histoire du saut de déplacement [[u]] au cours du temps.
Le cadre ainsi posé n’est donc pas suffisant pour rendre compte du processus de fatigue et
ceci tient au fait qu’on ne rend pas compte dans la formulation de l’irréversibilité du processus de
fissuration.
En effet, prenons l’exemple d’une énergie de surface de BARENBLATT. Par définition de cette énergie
de cohésion et comme le montre la Figure 2.3, on ne fait que tendre vers une fissure de GRIFFITH.
Ainsi, à la fin du premier cycle, la minimisation de l’énergie totale va conduire à la création d’une
zone dans laquelle le matériau est endommagé. Bien qu’il y ait encore interaction entre les lèvres
de la zone endommagée, le processus de décohésion a déjà commencé.
Il serait alors incohérent “d’oublier” au second cycle cette zone d’élaboration créée au premier.
Comment pourrait on expliquer que, la fissuration étant un processus irréversible, cette zone dis-
paraisse d’un cycle sur l’autre ? Pourtant c’est exactement ce que l’on suppose si on conserve les
énergies en état.
Rappelons de plus que le phénomène de fatigue est fortement lié à l’histoire du chargement, à
l’histoire du processus de fissuration et que rien dans le modèle ne s’y rapporte.
28 Chapitre 2. Formulation Variationnelle de la Mécanique de la Rupture
L’idée est donc, ici, de modifier l’expression de l’énergie de surface afin d’y introduire une condi-
tion d’irréversibilité de la fissuration. On va supposer qu’elle ne tient plus compte du saut de
déplacement entre les lèvres mais de l’accumulation de saut de déplacement au cours du temps.
Cette nouvelle variable aura ainsi un rôle de mémoire.
À l’instant t et au point x, δ(x, t) est défini en fonction de l’histoire du saut de déplacement [[u]]
au point x jusqu’à l’instant t. Dans les deux cas, elle peut s’écrire
Z t
δ(x, t) = F [[u̇]](x, τ ), n(x) dτ. (2.11)
0
La validité de cette variable irréversible et du modèle de fatigue qui en découle dépend alors du
choix de la fonction F. On souhaite, par exemple, que notre modèle soit capable de prendre en
compte les effets de la décharge lorsque cela s’avère nécessaire. On choisit deux formes différentes
pour F suivant que l’on se trouve dans un problème d’ouverture de fissure (type I) ou bien de
glissement des lèvres de la fissure (type II ou III) :
Remarque 2.2.3 : On aurait bien entendu pu faire un autre choix pour F, l’idée étant ici de
simplifier au maximum les expressions. Toutefois, il est envisageable de postuler des conditions
d’irréversibilité permettant une meilleure description du problème traité (en fonction du mode de
chargement, du matériau, etc...).
2.2. Loi d’évolution de la fissuration 29
La résolution d’un tel problème rentre dans le cadre mathématique du Calcul des Variations
dont on peut trouver une introduction dans DACOROGNA [17] ou dans DEMENGEL et al [22].
30 Chapitre 2. Formulation Variationnelle de la Mécanique de la Rupture
Deuxième partie
31
Glossaire
Dans les chapitres qui suivent (Chapitre 3 à 7), on traite du décollement (et de l’arrachement)
d’un film mince. Afin d’en rendre plus aisée la lecture, on se propose de définir la terminologie
employée.
– forces cohésives.
Les forces cohésives désignent des forces agissant dans la zone partiellement décollée et qui
s’opposent au décollement du film. Elles peuvent être constantes le long de la zone (cas des
forces de Dugdale) ou bien varier avec le saut de déplacement sur les lèvres de la fissure (cas
des forces de type Barenblatt). Généralement, elles s’annulent dès que le saut de déplacement
est supérieur à un saut critique caractéristique du matériau (dans le cas de Barenblatt ce
saut critique est infini).
33
34
Chapitre 3
On présente ici une première application du modèle introduit au chapitre précédent. L’objec-
tif est de déterminer l’évolution du décollement d’un film initialement parfaitement collé sur un
socle rigide et soumis à une tension constante et une déflexion cyclique et qui peut être appa-
renté à un essai de pelage. Si cet exemple peut paraı̂tre très simpliste, eu égard aux très com-
plexes modèles aujourd’hui traités en mécanique de la rupture, il permet toutefois de résoudre
complètement analytiquement le problème d’évolution du décollement et de comprendre ainsi
l’intérêt d’un modèle de fatigue basé sur une approche par minimisation de l’énergie. Le choix a
été fait de décomposer l’étude de ce problème en 4 chapitres. Dans ce chapitre, après avoir intro-
duit les différents ingrédients mis en jeu (énergie totale, condition d’irréversibilité), on postule,
comme dans le Chapitre 2, que l’évolution du décollement du film est déterminée en minimisant
l’énergie totale de la structure. Compte tenu du caractère irréversible du problème traité, il s’agit
de procéder à une discrétisation de celui-ci et de le résoudre à chaque pas de temps du chargement
discrétisé. Dans la seconde partie de ce chapitre, on étudie la réponse obtenue avec une énergie
de surface de GRIFFITH. On montre que la fissure n’évolue plus après le premier cycle, l’évolution
n’étant possible que si l’on choisit des chargements de fatigue d’amplitude non constante.
Dans les Chapitres 4 à 6, on étudie la réponse dans le cadre d’une énergie de surface de type
BARENBLATT (dont en particulier dans le cas du modèle de DUGDALE). Le Chapitre 4 s’attache à
déterminer la structure et l’unicité de la solution dans le cas général d’une énergie de surface de type
BARENBLATT. Dans le Chapitre 5, le problème est résolu de façon semi-analytique en choisissant
l’énergie de surface associée au modèle de DUGDALE. Enfin dans le Chapitre 6, en supposant que le
rapport entre la longueur interne intervenant dans l’énergie de surface de DUGDALE et la longueur
du film est petit, on exhibe, par passage à la limite, une loi limite de fatigue du type loi de PARIS.
35
36 Chapitre 3. Formulation du problème. Résolution dans le cas du modèle de Griffith
même si c’est un phénomène apparemment simple qui concerne aussi bien l’étude de la colle que
celle des adhésifs (scotch, pansements, post-it ...), il est encore mal modélisé.
On représente Figure 3.1, l’essai de pelage libre : une couche mince (ou adhésif) d’épaisseur e et de
largeur grande devant l’épaisseur est collée sur un substrat rigide (ou adhérent) de surface plane.
Le décollement de la couche du substrat est réalisé par application d’une force F orientée d’un
angle θ par rapport à la surface du substrat. La valeur de cette angle, qui peut a priori varier
e
ou
he min
e
substrat
entre 0 et 180 mais qui reste généralement constante durant l’essai, donne naissance à des cas
particuliers d’essais de pelage : test de la bande adhésive pour θ = 90, test de pelage libre en T
ou par retournement pour θ = 180, etc...(voir Figure 3.2). Il s’avère en tout cas que le mode de
déformation du film est compliqué puisqu’il passe de façon continue d’une flexion (près de la pointe
décollée λ) à une tension (loin de la pointe décollée λ). Loin de la pointe décollée, on considère
en effet que le film est “aligné” sur la ligne d’action de la force F . De plus, cet exemple n’est pas
sans rappeler l’expérience réalisée par OBREIMOFF dès 1930 et qui constitue une suite logique des
travaux de GRIFFITH [35]. Dans [53], OBREIMOFF rend en effet compte du clivage du mica. Comme
le montre la Figure 3.3, une cale d’épaisseur h est insérée dans un bloc de mica afin de peler une
feuille de mica d’épaisseur e. Le chargement conduit ici à la flexion du film. OBREIMOFF montre
entre autres que la résistance à la déchirure est une constante et que l’énergie de surface (définie
au sens de GRIFFITH) ne dépend pas de la forme de la feuille mince arrachée. Cependant, le pelage
11111
00000
00000
11111
constitué d’un matériau élastique linéaire, homogène et isotrope et est supposé être parfaitement
collé au socle avant tout chargement (Figure 3.4). Seule l’interface “film-socle” possède une ténacité
finie : on souhaite ainsi étudier la rupture adhésive ou interfaciale.
Remarque 3.2.1 : L’épaisseur du film est supposée négligeable devant les autres dimensions de la
structure et notamment devant la longueur L du film. De même, on suppose que le film est de
largeur unité.
Soit s l’abscisse curviligne le long du film et comptée à partir de l’origine. Le film, qui est
maintenu en son extrémité s=0, est soumis, en s=L, à une force horizontale constante N − → (N > 0)
e 1
−
→
qui provoque la tension du film et à une déflexion cyclique verticale V (t)e2 . Ainsi le chargement
appliqué est légèrement différent de celui habituellement considéré dans un essai de pelage. En se
¾ Æ
Î ´Øµ
¼ ½
plaçant dans le cadre d’évolutions quasi statiques du décollement du film de son socle, la recherche
des différents états d’équilibre se fait en minimisant à chaque valeur du paramètre de chargement,
l’énergie totale de la structure. Il s’agit donc, avant toute écriture du problème d’évolution, de
déterminer l’ensemble des champs cinématiquement admissibles ainsi que l’énergie qui leur est
→
−
associée. On pose X(s) la position d’équilibre du point s du film.
−
→ →+− →
X(s) = s−
e 1 U(s) (3.1)
→
− → correspond au champ de déplacement du film à l’équilibre. →
−
où U(s) = u(s)− → + v(s)−
e 1 e 2 U vérifie
les conditions cinématiques suivantes
→
−
En remplaçant X(s) par son expression (3.1), on obtient la condition d’inextensibilité suivante
En se plaçant dans le cadre des petites perturbations, c’est à dire en faisant l’hypothèse que la
déflexion V imposée à l’extrémité du film est suffisamment faible pour que le champ de déplacement
puisse être considéré comme infinitésimal, on peut négliger le terme en u02 et la condition d’inex-
tensibilité (3.4) se réduit à
1
u0 (s) = − v 0 (s)2 . (3.5)
2
C’est ainsi la tension qui seule va créer de l’énergie potentielle susceptible d’être par la suite
restituée pour décoller le film.
avec < x >= max{x, 0} puisque l’on traite d’un problème de type I. Afin de mieux cerner à
quoi correspond cette variable δ, on représente sur la Figure 3.5 son évolution lorsque le point
s est soumis à des cycles de chargements en v. L’ouverture cumulée est donc une variable qui
3.2. Présentation du problème 39
Æ
n’évolue que lors des phases de montée en charge. Dans cet exemple, on voit bien l’accumulation
d’ouverture au point s au cours du temps. L’énergie de surface dépend de l’ouverture cumulée et
s’écrit
Z L
S(δ) = φ δ(s) ds (3.8)
0
où φ est la densité d’énergie de surface dont l’expression est donnée au paragraphe 2.1.3 et l’allure
sur la Figure 2.3.
En reprenant l’exemple précédent, i.e. en supposant que le point s est soumis à des cycles de
chargements en v, l’évolution de l’énergie de surface dissipée est représentée sur la Figure 3.6. On
note qu’il y a dissipation uniquement lors des phases de montée en charge. La prise en compte de
enveloppe monotone
cette variable d’ouverture cumulée modifie également l’allure de la valeur de la force cohésive σ au
point s comme le montre la Figure 3.7. Pendant la première montée en charge, la force cohésive de
BARENBLATT qui s’oppose à l’ouverture de la fissure diminue à partir de σmax en suivant la courbe
monotone. Lors de la décharge suivante, la fissure se referme (puisque v(s) = 0 à la fin d’une
40 Chapitre 3. Formulation du problème. Résolution dans le cas du modèle de Griffith
Fig. 3.7 – Exemple d’évolution des forces cohésives sous chargement cyclique.
décharge). La force cohésive n’a plus à s’opposer à son ouverture et s’annule donc. Cependant, à
la fin de la première décharge, le ligament situé en s n’est pas rompu. Il est simplement relâché.
Au début de la seconde montée en charge, la force cohésive en s reprend la valeur qu’elle avait à
la fin de la première montée. La fin de la charge conduit à une diminution irréversible de σ. Le
reste de l’évolution suit le même principe.
Comme annoncé, le processus de décollement du film de son socle va être dicté, à chaque pas
de temps, par la minimisation de son énergie totale parmi tous les champs d’ouverture admissibles.
Cette dernière est définie comme la somme de l’énergie potentielle (3.6) et de l’énergie de surface
(3.8)
Z L Z L
N
v 0 (s)2 ds +
E = P(v) + S(δ) = φ δ(s) ds (3.9)
2 0 0
On note que l’énergie E est finie pourvue que l’ouverture v appartienne à l’espace W 1,2 (0, L). On
introduit alors l’ensemble V des champs d’ouverture admissibles comme les fonctions de W 1,2 (0, L)
satisfaisant les conditions aux limites du problème (3.2) et la condition de non interpénétration
du film dans le socle (3.3)
Le chargement V (t) n’étant pas une fonction monotone de la variable temps et le décollement
étant un processus fortement irréversible, il est nécessaire de discrétiser le problème.
i = i0 < i1 < ... < iα < ... < ini−1 < ini = i + 1.
Cet ensemble de temps discrets à double indice est muni de la relation d’ordre total suivante
(Figure 3.8)
jβ ≤ iα ⇐⇒ (j < i) ou (j = i et β ≤ α).
Remarque 3.3.1 : La condition de non interpénétration du film dans le socle limite le choix du
chargement à des sollicitations de rapport d’ouverture positif R = V min /V max ≥ 0.
½¾
¼½
t
où v iα+1 correspond à l’ouverture à l’instant iα+1 . Ainsi, l’ouverture cumulée à l’instant iα+1
est égale à la somme de l’ouverture accumulée jusqu’à l’instant iα (i.e. δ iα ) et de l’ouverture
supplémentaire créée entre les instants iα et iα+1 .
1 L 2
Z Z L
||v||2 = v dx + L v 02 dx.
L 0 0
Remarque 3.3.3 : Si on se place dans le cadre des grands déplacements, le problème à résoudre
est sensiblement
p plus compliqué. En effet dans ce cas, la condition d’inextensibilité s’écrit u0 (s) =
−1 + 1 − v 0 (s)2 et l’énergie potentielle n’est plus une fonctionnelle quadratique. De plus l’énergie
de surface dépend à la fois du déplacement axial et de l’ouverture, il y a couplage entre les modes
I et II.
s v(s) δ(s) V
x= , v(x) = , δ(x) = , V = (3.14)
L L L L
avec
r
2Gc
L= L (3.15)
N
qui peut être vu comme l’échelle de longueur interne du modèle de GRIFFITH. Le modèle de
BARENBLATT contient une autre échelle de longueur interne δc = Gc /φ0 (0) qu’on utilise pour
introduire le paramètre adimensionnalisé suivant
δc
= . (3.16)
L
La densité d’énergie de surface de BARENBLATT s’écrit donc
φ(δ) φ(δc δ )
φ (δ) = = (3.17)
Gc Gc
avec
où Viα = v ∈ W 1,2 (0, 1), v(0) = 0, v ≥ 0, v(1) = Viα est l’ensemble des champs de déflexion ad-
On montre dans ce paragraphe qu’il est impossible de modéliser le phénomène de fatigue avec
une énergie de surface de GRIFFITH sans modifier l’amplitude du chargement d’un cycle à l’autre.
44 Chapitre 3. Formulation du problème. Résolution dans le cas du modèle de Griffith
On considère le premier pas de temps sur le premier chemin de charge, le déplacement imposé
en x = 1 étant strictement positif, V01 > 0 (Figure 3.8). Compte tenu de la discrétisation de notre
variable d’ouverture cumulée δiα (3.11) et de la condition initiale v0 = δ0 = 0, on a directement
δ01 = v01 .
Proposition 3.4.1 À la fin du premier pas de temps, le film est parfaitement collé sur [0, `01 ] et
parfaitement décollé sur (`01 , 1). L’ouverture s’écrit
0
si 0 ≤ x ≤ `01
v01 (x) = . (3.22)
x−`01 V01
si `01 ≤ x ≤ 1
1−`01
Preuve. • Montrons tout d’abord que la zone décollée se situe nécessairement à l’extrémité x = 1.
Posons `01 = max {x ∈ [0, 1) : v01 (x) = 0} en remarquant que 0 ≤ `01 < 1 et montrons que v01 = 0
sur [0, `01 ]. Soit h > 0 et
(1 − h)v01 (x) si 0 ≤ x ≤ `01
v h (x) = .
v01 (x) si `01 ≤ x ≤ 1
Le champ v h est un élément de V01 car il vérifie les conditions aux limites (v h (0) = 0 et v h (1) = V01 )
et qu’il est continu en x = `01 . Son énergie comparée à celle de v01 vaut
Z `0 1
E01 (v h ) − E01 (v01 ) = (1 − h)2 − 1 v00 1 (x)2 dx.
0
Mais comme limh→0 v h = v01 et que v01 est un minimum local, cette différence ne peut pas être
négative et donc v00 1 = 0 sur [0, `01 ]. Comme v01 (0) = 0, le résultat suit.
• Déterminons alors v01 dans la zone décollée. Supposons connu `01 et posons
V01 (`01 ) = {v ∈ V01 : v = 0 dans [0, `01 ], v > 0 dans (`01 , 1), v(1) = V01 } .
Cet ensemble est convexe et contient v01 . Sur cet ensemble, l’énergie s’écrit
Z 1
E01 (v) = v 0 (x)2 dx + 1 − `01 .
`0 1
3.4. Solution avec une énergie de surface de GRIFFITH 45
Comme elle est strictement convexe, v01 est son unique minimiseur global. Un calcul immédiat
donne (3.22).
• Déterminons alors `01 . À ` ∈ [0, 1) associons v[`] ∈ V01 défini par
0
si 0 ≤ x ≤ `
v[`](x) = .
x−`
1−` V01 si ` ≤ x ≤ 1
Cette application ` → v[`] est continue et v01 = v[`01 ]. L’énergie associée à v[`] est la fonction
strictement convexe de ` suivante
V021
E01 (v[`]) = + 1 − `.
1−`
Par conséquent `01 est nécessairement son unique minimiseur global. Un calcul direct donne (3.23).
vh
Comme limh→0 = v∗ et que v∗ est un minimum local, cette différence ne peut pas être
négative. Or les deux termes de droite sont non positifs, donc v∗ = 0 sur `∗ .
46 Chapitre 3. Formulation du problème. Résolution dans le cas du modèle de Griffith
ensemble qui est convexe et qui contient v∗ . Sur cet ensemble, l’énergie s’écrit
Z 1
v 0 (x)2 dx + 1 − min `∗ , `iα−1 .
Eiα (v) =
`∗
Comme elle est strictement convexe, v∗ est son unique minimiseur global et on obtient
immédiatement (3.24).
Vi2α
Eiα (v[`]) = + 1 − min `, `iα−1 ,
1−`
fonction strictement convexe de `. Donc `∗ est son unique minimiseur global sur [0, 1).
Si `iα−1 = 0 ou si Viα ≥ 1, i.e. si Vimax
α
≥ 1, alors
`∗ = max
0. Sinon,
si Viα ≤ 1 − `iα−1 = Vimax
α
,
alors `∗ = 1 − Viα . D’où finalement `∗ = max 0, 1 − Viα .
• Comme la proposition est vraie au pas de temps iα , elle est vraie à chaque pas de temps.
Remarque 3.4.3 : Le taux de restitution d’énergie est défini au signe près comme la dérivée de
l’énergie potentielle par rapport à la longueur décollée. Le film étant décollé au pas de temps iα
sur une longueur 1 − `iα , un calcul rapide donne
Vi2α
G(`iα ) = . (3.26)
(1 − `iα )2
Ainsi, plus le film est décollé, moins il restitue d’énergie aux cycles suivants : on voit directement
que le taux de décollement du film va diminuer au cours du temps.
Finalement le décollement n’évolue que dans les phases de surcharge, c’est à dire quand V (t) =
maxτ ≤t V (τ ). La Figure 3.9 donne la configuration générale du film, quelque soit le chargement
de fatigue. On voit que le film sera parfaitement décollé partout qu’à la seule condition que le
chargement atteigne au moins une fois la valeur critique Vc = 1.
3.4. Solution avec une énergie de surface de GRIFFITH 47
(
1 − V1 si V1 ≤ 1
`1 = . (3.29)
0 si V1 ≥ 1
( (
V1 si V1 ≤ 1 V1 si V1 ≤ 1
P1 = , S1 = . (3.30)
V12 si V1 ≥ 1 1 si V1 ≥ 1
La Figure 3.10 présente la configuration du film à la fin du premier cycle suivant l’intensité de
l’amplitude V1 .
48 Chapitre 3. Formulation du problème. Résolution dans le cas du modèle de Griffith
Ü
½
¼ ½ ν
Remarque 3.4.4 : L’évolution du décollement lors de la première montée en charge suit la loi de
V (t)2
GRIFFITH. En effet, à l’instant t, l’énergie potentielle vaut P(t) = 1−`(t) et le taux de restitution
d’énergie vaut 1 tant que `(t) < 1, cette valeur 1 correspondant à Gc du fait de l’adimension-
nalisation. Ceci est dû au fait que l’énergie potentielle est une fonction strictement convexe de
la longueur du décollement. Remarquons aussi que la décohésion démarre dès la mise en charge.
Ceci est dû à la présence d’une “forte singularité” en x = 1 sous déplacement contrôlé. Ces deux
propriétés vont jouer un rôle essentiel par la suite, y compris dans le processus de fatigue avec
une loi de type BARENBLATT.
Chapitre 4
49
50 Chapitre 4. Propriétés générales de la solution dans le cas d’un modèle de Barenblatt
Les lemmes et propositions qui suivent donnent la structure de la solution quand on considère
le cadre général d’une énergie de surface de type BARENBLATT.
Lemme 4.1.1 (Existence et régularité de vα )
Il existe au moins un minimiseur global vα de Eα sur Vα .
Le champ x 7→ vα (x) est un élément de W 2,∞ (0, 1) et donc continûment différentiable.
Preuve. Existence. L’existence d’un minimiseur global est due au fait que Vα est faiblement
fermé dans H 1 (0, 1) et que Eα est positive (donc bornée inférieurement), coercive et semi-continue
inférieurement pour la topologie faible de H 1 (0, 1). Montrons rapidement ces différentes propriétés.
1. Vα est faiblement fermé dans H 1 (0, 1). Soit vn une suite de Vα convergeant faiblement dans
H 1 (0, 1) vers v. Par continuité de la trace, on a v(0) = 0 et v(1) = Vα . De plus vn (x) converge
simplement vers v(x) et donc v(x) ≥ 0. Donc v ∈ Vα .
2. Coercivité et suite minimisante. Soit vn une suite minimisante de Eα sur Vα . On a donc
Eα (vn ) ≤ c. Mais grâce à l’inégalité de Poincaré et la positivité de φ on en déduit que vn est
bornée dans H 1 (0, 1). On peut en extraire une sous-suite (notée toujours vn ) qui converge
faiblement dans H 1 (0, 1) vers v. De plus elle converge simplement vers v.
R1 R1
3. Semi-continuité inférieure. On a de façon classique limn→∞ 0 vn02 dx ≥ 0 v 02 dx. De plus, du
fait de la convergence simple de vn , de la continuité et de la bornitude de φ , on peut utiliser
le théorème de la convergence dominée de Lebesgue pour obtenir
Z 1 Z 1
lim φ (δα−1 + < vn − vα−1 >)dx = φ (δα−1 + < v − vα−1 >)dx
n→∞ 0 0
Lemme 4.1.2 Le minimiseur vα ne peut pas “couper” deux fois la solution vα−1 du pas précédent
(Figure 4.1). Ainsi on ne peut pas avoir
vα (x) < vα−1 (x) si x1 < x < x2
vα (x1 ) = vα−1 (x1 ), vα (x2 ) = vα−1 (x2 )
4.1. Structure de la solution 51
Comme vα−1 minimise Eα−1 sur Vα−1 , on a forcément Eα−1 (w) ≥ Eα−1 (vα−1 ), et donc
Z x2 Z x2
0 2 0 2
0≤ w (x) − vα−1 (x) dx + φ (δα−2 + hw − vα−2 i) dx
x1 x1
Z x2
− φ (δα−2 + hvα−1 − vα−2 i) dx. (4.5)
x1
Or, comme φ est une fonction croissante, la somme des deux derniers termes du membre
de droite est nécessairement négative ou nulle et il faut donc que
Z x2 Z x2
0 2 0
w (x) dx ≥ vα−1 (x)2 dx. (4.6)
x1 x1
et la croissance de φ conduit à
Z x2 Z x2
0 2
w̃ (x) dx ≥ vα0 (x)2 dx. (4.7)
x1 x1
52 Chapitre 4. Propriétés générales de la solution dans le cas d’un modèle de Barenblatt
– on prend w(x) = vα (x) dans (4.6) et w̃(x) = vα−1 (x) dans (4.7) et on déduit que
Z x2 Z x2
vα0 (x)2 dx = 0
vα−1 (x)2 dx.
x1 x1
Rx
Donc vα et vα−1 sont tous deux des minimiseurs de x12 w0 (x)2 dx sur l’ensemble des w
tel que 0 ≤ w ≤ vα−1 sur [x1 , x2 ] avec w(x1 ) = vα−1 (x1 ), w(x2 ) = vα−1 (x2 ). Il s’agit d’un
problème de minimisation d’une fonctionnelle strictement convexe sur un ensemble convexe :
le minimum est unique et donc vα = vα−1 sur [x1 , x2 ].
≥ vα−1 (x) si x ∈ [0, `α ]
vα (x) ,
< vα−1 (x) si x ∈ (`α , 1]
Preuve.
– lors d’un pas de charge, comme vα (0) = vα−1 (0) = 0 et vα (1) > vα−1 (1), on ne peut pas
avoir vα (x) < vα−1 (x) en un certain point x car sinon, par continuité des minimiseurs, vα
serait “obligé” de couper deux fois (au moins) la courbe vα−1 . On a donc forcément une
solution du type de celle donnée sur la Figure 4.2.
– lors d’un pas de décharge, on a toujours vα (0) = vα−1 (0) = 0 et vα (1) < vα−1 (1). Par
continuité, en partant de x = 1, il existe un point `α ∈ [0, 1] tel que vα (`α ) = vα−1 (`α )
et vα (x) < vα−1 (x) ∀x ∈ (`α , 1). Comme ensuite, vα ne pourra plus repasser sous vα−1
(Figure 4.3), le résultat suit.
4.1. Structure de la solution 53
et si vα−1 est unique, alors tout minimiseur prend nécessairement la forme (4.8).
Preuve.
– soit vα un minimiseur de Eα (v). Comme vα (1) = Vα 6= Vα−1 = vα−1 (1), on a vα 6= vα−1 dans
un voisinage de x = 1. D’après le Lemme 4.1.3, on a vα ≥ vα−1 pour tout x ∈ [0, `α ]. Posons
vα−1 (x) si x ∈ [0, `α ]
vα∗ (x) =
vα (x) si x ∈ [`α , 1]
or δα−1 (x) + hvα − vα−1 i = δα−2 (x) + hvα−1 − vα−2 i + hvα − vα−1 i
≥ δα−2 (x) + hvα − vα−2 i (4.12)
Comme φ est une fonction croissante, il y a forcément égalité. Donc Eα−1 (vα−1 ∗ ) =
∗ ∗ ∗
Eα−1 (vα−1 ) et Eα (vα ) = Eα (vα ). Ainsi vα−1 est un minimiseur de Eα−1 (v) et vα un mini-
∗
miseur de Eα (v). Si vα−1 est unique alors vα−1 = vα−1 , d’où le résultat.
Lemme 4.1.5 Si vα−1 est l’unique minimiseur de Eα−1 sur Vα−1 , alors, pour tout minimiseur vα
de Eα sur Vα , il existe `α , 0 ≤ `α < 1 tel que
– pour un pas de charge
= vα−1 (x) si 0 ≤ x ≤ `α
vα (x) (4.13)
> vα−1 (x) si `α < x ≤ 1
Preuve. On raisonne formellement. Soit w ∈ C0∞ (0, 1). Comme vα minimise Eα sur Vα , on a
1
0 ≤ lim (Eα (vα + hw) − Eα (vα )) . (4.17)
h→0+ h
Dans le cas d’un pas de charge, comme vα > vα−1 sur (`α , 1), il vient
Z `α Z 1
0≤ 2vα0 w0 + φ0 (δα−1 ) hwi dx + 2vα0 w0 + φ0 (δα )w dx. (4.18)
0 `α
L’équation d’Euler s’en déduit classiquement sur l’intervalle (`α , 1), alors que dans l’intervalle
(0, `α ), du fait de la présence de la partie positive de w, on obtient seulement les inégalités an-
noncées.
Dans le cas d’un pas de décharge, comme vα < vα−1 sur (`α , 1), il vient
Z `α Z 1
0≤ 2vα0 w0 + φ0 (δα−1 ) hwi dx + 2vα0 w0 dx. (4.20)
0 `α
Lemme 4.1.7 (Monotonie, convexité de vα ) Si vα−1 est unique, alors vα est convexe et crois-
sant.
Preuve. En vertu du Lemme précédent, on sait que vα00 ≥ 0 et donc vα est convexe. Comme
vα (0) = 0 et que vα ≥ 0, on a vα0 (0) ≥ 0. Mais comme vα est convexe, vα0 est croissant, donc
positif.
Dans le lemme suivant on utilise le double indiçage, les indices latins réfèrent aux phases de
charge (indices impairs) ou de décharge (indices pairs) alors que les indices grecs réfèrent aux pas
de discrétisation.
Lemme 4.1.8 (Propriétés de l’ouverture cumulée) Soit (2i + 1)α un pas de charge et jβ ≤
(2i + 1)α les pas de discrétisation précédents. Si vjβ est unique pour tout jβ < (2i + 1)α , alors
1. L’ouverture cumulée n’évolue pas pendant les phases de décharge : δ2j = δ2j−1 , ∀j ≤ i.
2. L’ouverture cumulée au pas (2i + 1)α s’écrit :
i
X i
X
δ(2i+1)α = v(2i+1)α − v2i + v2j−1 − v2j−2 = v(2i+1)α + v2j−1 − v2j . (4.22)
j=1 j=1
56 Chapitre 4. Propriétés générales de la solution dans le cas d’un modèle de Barenblatt
00
v2j = 0, v2j < v2j−1 dans (`2j , 1), et v2j = v2j−1 dans (0, `2j ). (4.23)
Pi
4. Le champ ri = j=1 v2j−1 − v2j est dans W 2,∞ (0, 1), convexe et croissant.
5. À tous les pas jβ ≤ iα , δjβ est dans W 2,∞ (0, 1), convexe et croissant.
Preuve.
1. Du fait de l’unicité supposée, on peut utiliser le lemme 4.1.5 et on en déduit que durant les
pas de décharge l’ouverture ne peut que décroı̂tre, v2j β+1 ≤ v2j β et donc δ2j β+1 = δ2j β . Par
induction, on obtient δ2j = δ2j−1 .
2. Toujours du fait de l’unicité supposée et du lemme 4.1.5, durant les pas de charge l’ouverture
ne peut que croı̂tre, v(2j+1)β+1 ≥ v(2j+1)β et donc δ(2j+1)β+1 = δ(2j+1)β + v(2j+1)β+1 − v(2j+1)β .
Par induction et en tenant compte de 1, on obtient les expressions cherchées.
Proposition 4.2.1 (Unicité en décharge) Soit (2i)α un pas de décharge. Si vjβ est unique
pour tout jβ < (2i)α , alors v(2i)α est unique.
Preuve. L’indice 2i de phase de décharge est omis pour simplifier les notations.
4.2. Unicité et indépendance vis à vis de la discrétisation 57
(a) cas `α = 0
(b) cas `α 6= 0
D’après le Lemme 4.1.5, il existe `α ∈ [0, 1) tel que vα = vα−1 sur [0, `α ] et vα < vα−1 sur
(`α , 1]. L’équation d’Euler (4.15) donne alors vα00 = 0 dans (`α , 1). Ainsi vα0 est constante partout
sur [`α , 1] et vα est donc une droite. Cette droite est soit vα (x) = Vα x si Vα < vα−1 0 (0) (dans ce
cas `α = 0), soit la droite tangente à vα−1 passant par (1, Vα ) (il ne peut y en avoir qu’une par
convexité de vα−1 ).
Proposition 4.2.2 (Unicité en charge) Soit (2i + 1)α un pas de charge. Si vjβ est unique pour
tout jβ < (2i + 1)α , alors v(2i+1)α est unique.
Preuve. L’indice 2i + 1 de phase de charge est omis pour simplifier les notations. Soient vα et vα∗
deux minimiseurs de Eα sur Vα . Les ouvertures cumulées associées sont notées respectivement δα
et δα∗ . En vertu du lemme 4.1.8, on a
i
X
δα = vα + r, δα∗ = vα∗ + r, r= v2j−1 − v2j . (4.24)
j=1
Soit (a, b) une composante connexe de {x ∈ [0, 1] : vα (x) 6= vα∗ (x)}. Comme vα (0) = vα∗ (0) = 0
et vα (1) = vα∗ (1) = Vα et que les minimiseurs sont croissants, on a vα (a) = vα∗ (a) ≡ va et
58 Chapitre 4. Propriétés générales de la solution dans le cas d’un modèle de Barenblatt
vα (b) = vα∗ (b) ≡ vb avec 0 ≤ va < vb ≤ Vα . On peut sans restreindre la généralité supposer que
vα > vα∗ dans (a, b). Soit v ∈ (va , vb ). Il existe un unique point x(v) ∈ (a, b) tel que vα (x(v)) = v
et de même il existe un unique point x∗ (v) ∈ (a, b) tel que vα∗ (x∗ (v)) = v. Montrons le pour vα , le
raisonnement est identique pour vα∗ . Un tel point x(v) existe par continuité de vα . Pour l’unicité
il suffit de montrer que vα0 (x(v)) > 0. Comme vα est convexe croissante, si vα0 (x(v)) = 0, alors
vα0 = 0 sur (a, x(v)) et donc vα (x(v)) = va ce qui est une contradiction.
Donc x(v) et x∗ (v) sont uniques. De plus, x(v) < x∗ (v) puisque vα > vα∗ sur (a, b).
2vα 00 (x) = φ0 (δα (x)), 2vα∗ 00 (x) ≤ φ0 (δα∗ (x)), ∀x ∈ (a, b). (4.25)
Comme r est croissante, on a r(x(v)) ≤ r(x∗ (v)) et donc δ(x(v)) ≤ δ ∗ (x∗ (v)). Mais comme φ est
concave, on en déduit que
1 1
vα 00 (x(v)) = φ0 (δα (x)) ≥ φ0 (δα∗ (x∗ (v))) ≥ vα∗ 00 (x∗ (v)), ∀v ∈ (va , vb ). (4.26)
2 2
Comme Z v Z x(v)
2 2
2 vα 00 (x(w))dw = 2 vα00 (x)vα0 (x)dx = vα0 (x(v)) − vα0 (a)
va a
et de même
Z v Z x∗ (v)
2 2
2 vα∗ 00 (x∗ (w))dw = 2 vα∗ 00 (x)vα∗ 0 (x)dx = vα∗ 0 (x∗ (v)) − vα∗ 0 (a)
va a
on en déduit l’inégalité
2 2 2 2
vα0 (x(v)) − vα0 (a) ≥ vα∗ 0 (x∗ (v)) − vα∗ 0 (a), ∀v ∈ (va , vb ).
Mais comme vα (a) = vα∗ (a) et que vα > vα∗ sur (a,b), on a vα0 (a) ≥ vα∗ 0 (a) et donc
ou de façon équivalente
dx dx∗
(v) ≤ (v), ∀v ∈ (va , vb ). (4.27)
dv dv
Mais comme x(va ) = x∗ (va ) = a et x(vb ) = x∗ (vb ) = b, on doit avoir
dx∗
Z vb
dx
0= (v) − (v) dv
va dv dv
ce qui, compte tenu de (4.27), oblige à ce que vα0 = vα∗ 0 sur (a, b) et donc vα = vα∗ .
À l’aide des Propositions 4.2.1 et 4.2.2, on obtient immédiatement, en raisonnant par induction,
que la solution du problème incrémental est unique pour une discrétisation donnée. Il est bon de
noter toutefois que l’unicité n’a été montrée que pour le minimiseur absolu à chaque pas de
discrétisation. Il resterait à montrer que ce résultat d’unicité vaudrait toujours si on considérait
des minima relatifs.
Preuve. On raisonne par induction. On suppose que le résultat est vrai pour les (i − 1) premières
phases et on montre que c’est vrai pour la ième . On distingue les phases de charge et de décharge.
(i) Phase de charge. On omet l’indice i et tous les indices seront des indices α de pas de
charge. On raisonne par récurrence sur les pas de charge. Considérons les deux premiers pas de
charge. Appelons (v0 , δ0 ) la condition initiale de la phase de charge considérée, (v1 , δ1 ) et (v2 , δ2 )
la solution à la fin des deux premiers pas. Appelons (v2∗ , δ2∗ ) la solution correspondant à une monté
en charge en un seul pas jusqu’à V2 . Il suffit de montrer que v2∗ = v2 . On sait que v2 ≥ v1 ≥ v0 et
que v2∗ ≥ v0 . D’où δ2 = δ0 + v2 − v0 , δ1 = δ0 + v1 − v0 et δ2∗ = δ0 + v2∗ − v0 . Posons
Z 1
2
E(v) = v 0 + φ (δ0 + v − v0 ) dx,
0
on a donc
v2 = Argminv∈V2 :v≥v1 E(v), v2∗ = Argminv∈V2 :v≥v0 E(v), v1 = Argminv∈V1 :v≥v0 E(v).
Remarquons que si v2∗ ≥ v1 alors du fait de l’unicité, on a v2 = v2∗ . Supposons maintenant que v2∗
n’est pas supérieur à v1 . Comme v2∗ (1) > v1 (1) et que v2∗ (0) > v1 (0) = 0, il existe un intervalle
(a, b) tel que v2∗ (a) = v1 (a), v2∗ (b) = v1 (b) et v2∗ < v1 sur (a, b). Construisons les champs w1 et w2
suivants
∗
v2 (x) si a ≤ x ≤ b v1 (x) si a ≤ x ≤ b
w1 (x) = , w2 (x) = (4.28)
v1 (x) ailleurs v2∗ (x) ailleurs
60 Chapitre 4. Propriétés générales de la solution dans le cas d’un modèle de Barenblatt
vi∗ 00 = 0 sur (`∗i , 1), vi∗ = vi−1 sur (0, `∗i ), vi 00 = 0 sur (`i , 1), vi = vi−1 sur (0, `i ).
En raisonnant comme pour l’unicité (cf Proposition 4.2.1), on en déduit que vi∗ = vi .
4.2.3 Récapitulatif
Compte tenu des résultats précédents —unicité en décharge (proposition 4.2.1), unicité en
charge (proposition 4.2.2) et indépendance de la solution vis à vis de la discrétisation (proposi-
tion 4.2.3)— charges et décharges peuvent être résolues en un unique pas de temps (et donc seul
un indice est utile dans la discrétisation). Comme le présente la Figure 4.6, les indices impairs
(repectivement les indices pairs) correspondent aux demi-cycles de charge (respectivement aux
demi-cycle de décharge).
t
La résolution du problème revient alors à déterminer à chaque pas de temps les champs d’ou-
verture v et d’ouverture cumulée δ et la position de la pointe `. Pour cela on écrit
les conditions aux limites v2i (0) = 0 et v2i (1) = V2i et les conditions de continuité
0 ]](` ) = 0.
[[v2i ]](`2i ) = [[v2i 2i
Appliquons les résultats précédents dans le cas d’un chargement cyclique d’amplitude constante
VM avec “retour à zéro”, i.e. Vm = 0 (aussi appelé chargement répété dans la littérature). On
traitera dans le Chapitre 7 le cas d’un chargement cyclique de rapport d’ouverture R = Vm /VM non
nul. L’unicité et l’indépendance de la solution à la discrétisation permettent de calculer chaque
demi-cycle en un unique pas de temps. L’indice i ∈ N∗ se réfère à un demi-cycle, les indice
impairs étant relatifs aux demi-cycles de charge et les indices pairs aux demi-cycles de décharge,
cf Figure 4.7.
V
1 3 2i+1
VM
t
0 2 4 2i
V0 = v ∈ W 1,2 (0, 1), v(0) = 0, v ≥ 0, v(1) = 0 , V1 = v ∈ W 1,2 (0, 1), v(0) = 0, v ≥ 0, v(1) = VM
qui montre que 0 est un minimiseur de E2i sur V0 . Comme on sait qu’il est unique, on a v2i = 0.
Le reste de la proposition est évident.
En vertu de ce résultat, l’énergie lors des demi-cycles de charge peut s’écrire
Preuve
1. Supposons que v2i+1 soit non croissant, alors il existe x1 , x2 et v0 tels que 0 ≤ x1 < x2 ≤ 1,
v2i+1 (x1 ) = v2i+1 (x2 ) = v0 et v2i+1 > v0 dans (x1 , x2 ). Considérons le champ w défini par w = v0
dans (x1 , x2 ), et w = v2i+1 ailleurs. Ce champ appartiendrait à V1 et son énergie satisferait
Ei (w) < Ei (v2i+1 ) parce que w ≤ v2i+1 et w02 ≤ v2i+1 02 , les inégalités étant strictes dans des ouverts
non vides. Mais ceci est impossible puisque v2i+1 est un minimiseur. Donc v2i+1 est un fonction
croissante de x et par induction δ2i+1 aussi.
2. C’est une conséquence directe de la monotonie de v2i+1 .
3. L’équation d’Euler s’obtient classiquement alors que les conditions en x = `i sont des
conséquences de la régularité de v2i+1 (puisque v2i+1 est dans W 2,+∞ (0, 1), il est aussi continûment
differentiable).
4. Comme 2v2i+100 = φ0 (δ2i+1 ) dans (`i , 1) et 2v2i+1
00 = 0 dans (0, `i ), en multipliant ces deux
∞
relations par v ∈ C0 (0, 1) et en intégrant sur (0, 1), il vient
Z `i Z 1 Z 1
00 00
−2 v2i+1 v dx −2 v2i+1 v dx + φ0 (δ2i+1 )v dx = 0.
0 `i `i
En intégrant par parties les deux premiers termes et en tenant compte des conditions aux limites
(4.36), on obtient (4.37).
5. La convexité de v2i+1 se déduit de l’équation d’Euler et de la monotonie de φ .
6. Montrons que `i ≤ `i−1 . Supposons le contraire, `i > `i−1 ≥ 0. Alors les champs v2i+1 et
v2i−1 satisferaient respectivement 2v2i+1 00 = φ0 (δ2i+1 ) et 2v2i−1
00 = φ0 (δ2i−1 ) dans (`i , 1). Comme
δ2i+1 = δ2i−1 + v2i+1 ≥ δ2i−1 et comme φ est concave, on aurait v2i+1 00 00
≤ v2i−1 dans (`i , 1).
0
Mais v2i+1 (`i ) = v2i+1 (`i ) = 0 alors que, comme v2i−1 est croissante et convexe, v2i−1 (`i ) > 0 et
0
v2i−1 0
(`i ) > 0. Il s’ensuivrait que v2i+1 0
< v2i−1 dans (`i , 1). En intégrant cette inégalité sur tout
l’intervalle (`i , 1) et en tenant compte de la condition à la limite v2i+1 (1) = v2i−1 (1) = VM on
aurait v2i−1 (`i ) < 0, ce qui est impossible.
7. En vertu de la propriété précédente, [`i , 1] est le support à la fois de v2i+1 et de δ2i+1 .
Comme v2i+1 est convexe, v2i+1 0 est croissante. Comme v2i+1 0 0
(`i ) ≥ 0, v2i+1 > 0 dans (`i , 1).
0 0
En effet, si v2i+1 (x0 ) = 0 pour un certain x0 ∈ (`i , 1), alors v2i+1 (x) = 0, ∀x ≤ x0 , et alors
v2i+1 (x) = 0, ∀x ≤ x0 , ce qui est en contradiction avec le support de v2i+1 . Donc v2i+1 est
strictement croissante sur son support et par conséquent δ2i+1 aussi.
8. Par construction on a δ2i+1 = δ2i−1 + v2i+1 ≥ δ2i−1 . Prouvons que v2i+1 ≥ v2i−1 . Supposons
que non, alors il existerait x1 et x2 tels que `i−1 ≤ x1 < x2 ≤ 1, v2i+1 (x1 ) = v2i−1 (x1 ), v2i+1 0 (x1 ) ≤
0 0 0
v2i−1 (x1 ), v2i+1 < v2i−1 dans (x1 , x2 ), v2i+1 (x2 ) = v2i−1 (x2 ) et v2i+1 (x2 ) ≥ v2i−1 (x2 ). Mais, à cause
de la concavité de φ et de l’équation d’Euler que doivent vérifier v2i−1 et v2i+1 sur l’intervalle
00
(`i−1 , 1), on aurait aussi v2i+1 00
≤ v2i−1 sur (x1 , x2 ). En intégrant cette inégalité on obtiendrait
Z x2
00 00 0 0 0 0
0≥ v2i+1 − v2i−1 dx = v2i+1 (x2 ) − v2i+1 (x1 ) + v2i−1 (x1 ) − v2i−1 (x2 ) ≥ 0.
x1
64 Chapitre 4. Propriétés générales de la solution dans le cas d’un modèle de Barenblatt
0 0
R x 00 00
0 0
Ainsi, on devrait avoir v2i+1 (x1 ) = v2i−1 (x1 ) et donc 0 ≥ x1 v2i+1 −v2i−1 dx = v2i+1 (x)−v2i−1 (x)
dans (x1 , x2 ). En intégrant cette inégalité sur (x1 , x2 ), on aurait
Z x2
0 0
0 = v2i+1 (x2 ) − v2i+1 (x1 ) + v2i−1 (x1 ) − v2i−1 (x2 ) = v2i+1 − v2i−1 dx ≤ 0.
x1
0
Donc on devrait avoir v2i+1 0
= v2i+1 dans (x1 , x2 ) et donc v2i+1 = v2i+1 , ce qui est une contradic-
tion.
2 v100 = φ0 (v1 ) dans (`1 , 1), v1 (1) = VM , v1 (`1 ) = 0, v10 (`1 ) = 0 si `1 > 0. (4.38)
Il est facile de voir que l’équation différentielle autonome régissant v1 admet une intégrale première
où C est une constante à déterminer. Sa détermination demande de distinguer les cas `1 > 0 du
cas `1 = 0.
1. `1 > 0. Alors les conditions aux limites en `1 donnent C = 0, ce qui signifie qu’en chaque
point x de la zone cohésive l’énergie potentielle et l’énergie de surface sont équi-réparties.
La pointe `1 de la zone cohésive, l’énergie potentielle P1 = P(v1 ) et l’énergie de surface
S1 = S(v1 ) sont obtenues par quadrature :
Z VM Z VM p
dv
1 − `1 = p , P1 = S1 = φ (v)dv. (4.40)
0 φ (v) 0
Pour que l’on soit dans ce cas, il faut que VM soit assez petit :
Z VM
dv
p < 1. (4.41)
0 φ (v)
2. `1 = 0. Dans ce cas C est obtenu à l’aide des conditions aux limites v1 (0) = 0 et v1 (1) = VM ,
ce qui conduit à l’équation Z VM
dv
1= p (4.42)
0 φ (v) + C
4.3. Réponse sous chargement cyclique simple 65
Remarque 4.3.3 On notera que ces formules restent valables si l’on prend pour énergie de surface
l’énergie de GRIFFITH φ0 . On retrouve alors les expressions (3.29) et (3.30) obtenues au Chapitre 3.
Proposition 4.3.4 Quelle que soit l’amplitude VM > 0 du chargement, la pointe de la zone
cohésive `i décroı̂t vers 0, l’ouverture vi converge (de façon monotone) vers VM x, l’énergie po-
tentielle Pi = P(v2i+1 ) décroı̂t vers VM2 et l’énergie de surface S = S(δ
i 2i+1 ) croı̂t vers 1 quand le
nombre de cycles i tend vers l’infini.
Preuve
1. Montrons que {Pi }i∈N et {Si }i∈N sont une suite, respectivement, décroissante et croissante.
Nous savons déjà grâce à la Proposition 4.3.2 que {`i }i∈N est une suite décroissante. Comme
δ2i+1 ≥ δ2i−1 et comme φ est monotone croissante, on a Si ≥ Si−1 . Comme v2i+1 est le minimiseur
de E2i+1 sur V1 , on a
Mais comme v2i+1 ≥ v2i−1 , on a aussi δ2i+1 ≥ δ2i−1 + v2i−1 et Si ≥ S(δ2i−1 + v2i−1 ). Donc
Pi ≤ Pi−1 .
2. Montrons que v2i+1 converge faiblement, au sens de la norme H 1 (0, 1) vers v∞ ∈ V1 . Comme
i 7→ Pi est une suite décroissante, i 7→ v2i+1 0 est une suite bornée dans V1 dont on peut extraire
une sous-suite qui converge faiblement vers v∞ ∈ V1 . Par conséquent la sous-suite vi (x) converge
simplement presque partout vers v∞ (x). On sait d’autre part que i 7→ vi est une suite croissante,
donc la limite v∞ est nécessairement unique et donc toute la suite {vi }i∈N converge.
3. Montrons que limi→∞ `i = 0. La suite {`i }i∈N étant décroissante et positive, elle converge vers
une limite `∞ ≥ 0. Supposons que `∞ > 0. Quel que soit x ∈ (`∞ , 1) il existe un indice I(x) à partir
duquel v2i+1 (x) devient strictement positif. Comme i 7→ v2i+1 est croissante, δ2i+1 (x) croı̂t vers
l’infini et donc i 7→ φ0 (δ2i+1 (x)) est une suite décroissante convergeant vers
R 1 0. En vertu du théorème
de Beppo Levi sur la convergence monotone, on en déduit que limi→∞ `∞ φ0 (δ2i+1 )v dx = 0 pour
tout v ∈ C0∞ (0, 1). En passant à la limite dans l’équation variationnelle (4.37), nous obtenons
R1 0 0 00
0 v∞ v dx = 0 et donc v∞ = 0. Mais comme v∞ = 0 dans (0, `∞ ), on a nécessairement v∞ = 0
partout, ce qui est impossible puisque v∞ (0) = VM > 0.
4. Montrons que limi→∞ Si = 1. Quel que soit x ∈ (0, 1) il existe un indice I(x) à partir duquel
v2i+1 (x) devient strictement positive. Comme i 7→ v2i+1 est croissante, δ2i+1 (x) croı̂t vers l’infini
66 Chapitre 4. Propriétés générales de la solution dans le cas d’un modèle de Barenblatt
et donc i 7→ φ (δ2i+1 (x)) est une suite croissante convergeantR 1 vers 1. Grâce au théorème de Beppo
Levi de convergence monotone, on en déduit que limi→∞ 0 φ (δ2i+1 )dx = 1.
5. Montrons que v∞ (x) = VM x. Comme δ2i+1 (x)Rcroı̂t vers l’infini pour tout x ∈ (0, 1), on déduit
1
toujours du théorème de Beppo Levi que limi→∞ 0 φ0 (δ2i+1 )v dx = 0 pour tout v ∈ C0∞ (0, 1). En
R1 0 0 00 = 0
passant à la limite dans l’équation variationnelle (4.37) on obtient 0 v∞ v dx = 0 et donc v∞
dans (0, 1). Mais comme v∞ (0) = 0 et v∞ (1) = VM , on obtient v∞ (x) = VM x.
6. Montrons que limi→∞ Pi = VM 2 . La suite i 7→ v 00 ∞ 0
2i+1 est bornée dans L (0, 1) par φ (0)/2. Donc
1
la suite i 7→ v2i+1 converge fortement dans H (0, 1) vers v∞ . D’où limi→∞ Pi = P(v∞ ) = VM 2.
v[V ] = 0 dans [0, `[V ]], 2v[V ]00 = φ0 (δ2i−1 + v[V ]) dans (`[V ], 1).
De plus V 7→ `[V ] est décroissante, alors que V 7→ v[V ] est croissante. En notant v[V ] la vitesse
.
.
d’ouverture, i.e. la dérivée de V 7→ v[V ], en multipliant l’équation d’Euler par v[V ] et en intégrant,
il vient
1 1
. .
Z Z
0 = −2 v[V ]00 v[V ] dx + φ0 (δ2i−1 + v[V ])v[V ] dx.
0 `[V ]
En intégrant par parties, en tenant compte des conditions aux limites, en remarquant que v[V ](1) =
.
1 et en notant T [V ] l’effort tranchant adimensionnalisé en x = 1,
on obtient
1 1
. .
Z Z
T [V ] = 2 v[V ] v[V ]0 dx +
0
φ0 (δ2i−1 + v[V ])v[V ] dx.
0 `[V ]
On reconnaı̂t dans les deux termes de droite, la dérivée par rapport à V de, respectivement,
l’énergie potentielle P[V ] et de l’énergie de surface S[V ] à l’instant V :
. .
T [V ] = P[V ] + S[V ], (4.46)
équation qui n’est rien d’autre que le bilan des puissances à l’instant V , T [V ] représentant la
puissance des efforts extérieurs. En l’intégrant sur le demi-cycle, on obtient le bilan d’énergie
Z VM
T [V ] dV = Pi + Si − Si−1 . (4.47)
0
de surface n’évolue pas alors que l’énergie potentielle est intégralement restituée. Lors des montées
en charge suivantes, le film acquiert une énergie potentielle moindre, alors que l’énergie de surface
continue de croı̂tre. Par conséquent, d’un point de vue énergétique, le processus de fatigue consiste
en une perte progressive de l’énergie potentielle et en un gain progressif de l’énergie de surface. Le
processus ne s’arrête que lorsque le film est totalement décollé, ce qui n’a lieu qu’asymptotiquement
en raison de la fixation en x = 0 qui fait qu’il subsiste toujours un peu de cohésion au voisinage
de ce point.
68 Chapitre 4. Propriétés générales de la solution dans le cas d’un modèle de Barenblatt
Chapitre 5
où est proportionnel au rapport entre l’ouverture cumulée critique δc et la longueur L du film.
Ainsi lorsque, en un point x, l’ouverture cumulée δ(x) atteint la valeur critique , le décollement
du film est complet au point x. Autrement dit, les forces cohésives s’opposant au décollement du
film s’annulent dès que δ > .
On considère tout d’abord le cas d’un chargement cyclique simple d’amplitude VM avec retour
à zéro. Comme l’ouverture cumulée n’évolue pas lors des décharges et comme l’ouverture revient
à 0 à la fin de chaque décharge, on ne s’intéressera qu’aux phases de charge et l’indice i ∈ N∗ fera
référence au ième demi-cycle de charge. On peut appliquer les résultats du chapitre précédent et
on sait que le champ d’ouverture x 7→ vi et le champ d’ouverture cumulée δi sont des fonctions
positives, croissantes, convexes et continûment différentiables. De plus les suites i 7→ vi et i 7→ δi
sont croissantes. Comme l’ouverture cumulée à la fin du cycle i peut s’écrire :
i
X
δi = vj , (5.2)
j=1
δi a le même support que vi . On peut donc a priori envisager que les champs vi et δi sont divisés
en 3 zones :
1. Une zone parfaitement collée : l’intervalle [0, `i ] où vi = δi = 0. Cette zone se réduira au
point {0} au bout d’un nombre suffisant de cycles.
69
70 Chapitre 5. Résolution dans le cas du modèle de Dugdale
2. Une zone partiellement décollée ou zone cohésive : l’intervalle (`i , λi ) où 0 < δi < .
Cette zone existe nécessairement à chaque cycle du fait des conditions aux limites, puisque
δi (0) = 0 et δi (1) = iVM > 0. Elle peut s’étendre jusqu’à l’extrémité 1, dans ce cas λi = 1,
lors des premiers cycles si l’amplitude du chargement est trop faible (si VM ≤ ). Cela
correspondra à la phase dite d’amorçage.
3. Une zone parfaitement décollée ou zone non cohésive : l’intervalle (λi , 1) où δi > .
Cette zone n’existera pas (l’intervalle sera vide) lors de la phase d’amorçage.
La résolution, i.e. la détermination de `i , λi , vi et δi , se fait
1. en résolvant les équations d’Euler dans les zones cohésive et non cohésive :
1
vi00 = dans (`i , λi ), vi00 = 0 dans (λi , 1). (5.3)
2
En `i les conditions à écrire sont différentes suivant que `i = 0 ou `i > 0. Dans le second cas,
par continuité vi0 (`i ) = 0, alors que dans le premier on a seulement vi0 (0) ≥ 0 :
vi (`i ) = vi0 (`i ) = 0 et `i > 0 ou vi0 (0) ≥ 0 et `i = 0 . (5.6)
Remarque 5.1.1 Les équations (5.3), (5.4) et (5.5) permettent de déterminer vi en supposant
connus `i et λi , alors que (5.6) et (5.7) permettent de déterminer `i et λi . Toutes ces condi-
tions sont en fait des conditions d’optimalité de l’énergie et on sait que ce problème admet une
solution unique.
Proposition 5.2.1 La configuration du décollement des films longs ( < 1/2) dépend de l’intensité
VM de l’amplitude de l’ouverture cyclique imposée. On distingue 3 cas :
– si 0 < VM ≤ , alors le film est parfaitement collé sur [0, `1 ] et partiellement décollé sur
(`1 , 1). Il n’y a pas de zone parfaitement décollée : λ1 = 1.
Le champ d’ouverture v1 s’écrit
0 si 0 ≤ x ≤ `1
v1 (x) = (5.8)
(x − `1 )2 /4 si `1 ≤ x ≤ 1
– si < VM < 1 − , alors le film est parfaitement collé sur [0, `1 ], partiellement décollé sur
(`1 , λ1 ) et parfaitement décollé sur (λ1 , 1).
Le champ d’ouverture prend alors la forme
si 0 ≤ x ≤ `1
0
v1 (x) = (x − `1 )2 /4 si `1 ≤ x ≤ λ1 (5.10)
(λ1 −`1 )
2 (x − λ1 ) + (λ1 − `1 )2 /4 si λ1 ≤ x ≤ 1
`1 = 1 − VM − λ1 = 1 − V M + (5.11)
– si VM ≥ 1 − , alors le film est partiellement décollé sur (0, λ1 ) et complètement décollé sur
(λ1 , 1). La zone parfaitement collée se réduit au point 0, `1 = 0.
L’ouverture s’écrit
x2 /4 + Ax si 0 ≤ x ≤ λ1
v1 (x) = (5.12)
λ λ2
( 1 + A)(x − λ1 ) + 1 + Aλ1 si λ1 ≤ x ≤ 1
2 4
p
avec λ1 = −2A + 2 A2 + 1 (5.13)
Remarque 5.2.2 Si on considère un film court (i.e. si ≥ 1/2), alors la configuration du film est
l’une des 3 suivantes :
– si 0 < VM ≤ 1/4, alors le film est parfaitement collé sur [0, `1 ] et partiellement décollé sur
(`1 , 1), le champ d’ouverture étant donné par (5.8) et `1 par (5.9).
72 Chapitre 5. Résolution dans le cas du modèle de Dugdale
– si 1/4 < VM < , alors le film est partiellement décollé sur [0, 1) et le champ d’ouverture
prend la forme v1 (x) = x2 /4 + (VM − 1/4)x ∀x ∈ [0, 1).
– si VM ≥ , alors le film est partiellement décollé sur [0, λ1 ) et complètement décollé sur
(λ1 , 1). L’ouverture est donnée par (5.12) et λ1 par (5.13).
On supposera désormais que < 1/2 car un des objectifs est de passer à la limite
lorsque → 0 afin d’exhiber des lois continues de fissuration en fatigue.
où Ent [θ] désigne la partie entière de θ. Si VM ≤ , la structure de la solution durant ces Na ≥ 1
cycles est la suivante : une zone parfaitement collée [0, `1 ] et une zone partiellement décollée (`1 , 1).
Le champ d’ouverture correspondant s’écrit pour tout i ∈ {1, · · · , Na }
0 si 0 ≤ x ≤ `1
vi (x) = (5.16)
2
(x − `1 ) /4 si `1 ≤ x ≤ 1
où `1 représente la position de la pointe de zone partiellement décollée et est définie par
p
1 − `1 = 4VM . (5.17)
Preuve. Le nombre de cycles d’amorçage Na s’obtient en remarquant que δi (1) = iVM et par
définition Na est tel que
δNa (1) ≤ , δNa +1 (1) > .
Pour déterminer l’ouverture, on peut remarquer que tous les vi pour 1 ≤ i ≤ Na vérifient le même
système d’équations suivant :
2vi00 = 1 dans (`i , 1), vi (`i ) = vi0 (`i ) = 0, vi (1) = VM
qui n’est rien d’autre que celui donnant v1 et `1 dans le premier cas de la proposition 5.2.1.
La zone cohésive ne se propage pas au cours des Na cycles d’amorçage et garde ainsi une
longueur 1 − `1 constante. On représente sur la Figure 5.1, l’évolution du décollement lors des 50
premiers cycles pour le couple de paramètres (; VM ) = (0.4; 0.05). On remarque que lors des 8
premiers cycles une zone d’“amorçage” s’est installée sans décollement complet apparent. Cette
zone d’amorçage du décollement garde une longueur constante lors √ de ces Na = 8 premiers cycles.
Celle-ci est directement obtenue par la relation (5.17), 1 − `1 = 4VM ∼ 0.28.
La proposition suivante donne l’évolution discrète du décollement du film de son socle après
que le système ait subi Na cycles d’amorçage, Na étant nul si VM > .
Proposition 5.4.1 Pour i > Na et tant que `i > 0, l’ouverture vi est donnée par
0 si 0 ≤ x ≤ `i
(x−`i )2
vi (x) = 4 si `i ≤ x ≤ λi (5.18)
(λi −`i ) (λi −`i )2
2 (x − λi ) + 4 si λi ≤ x ≤ 1
où `i et λi sont solutions du système (5.19) suivant
2
2(λi − `i )(1 − λi ) + (λi − `i ) = 4VM
(5.19)
Pi 2 2
j=1 hλi − `j i = 4
où les crochets indiquent la partie positive, i.e. hθi = θ si θ > 0 et hθi = 0 sinon.
74 Chapitre 5. Résolution dans le cas du modèle de Dugdale
1.00
"
0.95 λ
Position des têtes λ et "
0.90
0.85
0.80
0.75
0.70
0.65
5 10 15 20 25 30 35 40 45 50
Nombre de cycles
Preuve. La Proposition se démontre par récurrence. Pour déterminer l’ouverture vi pour i > Na ,
on résout le système d’équation suivant :
2vi00 = 1 dans (`i , λi ), vi00 = 0 dans (λi , 1) vi (`i ) = vi0 (`i ) = 0, [[vi ]](λi ) = [[vi0 ]](λi ) = 0
i i
X X hλi − `j i2
δi (λi ) = vj (λi ) = = , (5.20)
4
j=1 j=1
Est représentée schématiquement sur la Figure 5.2 la configuration du film sur un cycle charge-
décharge-recharge du chargement.
5.4. Décollement progressif 75
0 `i `i 1 i i 1 1
0.8
Position de la tête de zone décollée λ
" = 0.0125
Fig. 5.2 – Configuration du film sur un cycle charge-décharge-recharge.
0.7 " = 0.05
" = 0.2
0.6
On représente sur la0.5Figure 5.3 l’évolution des têtes de zones décollée et partiellement décollée pour
le couple de paramètres (; VM ) = (0.2; 0.2). On note que les courbes évoluent sensiblement de la
0.4 VM = 0.2
même façon. Par contre, on remarque que la longueur de la zone cohésive λ−` diminue rapidement
0.3 puis très lentement par la suite. En fait on verra que λ − ` dépend du taux
lors des premiers cycles
de restitution d’énergie G dont l’expression est donnée par (3.26). Dans ce problème, G décroı̂t
donc avec la longueur0.2 de zone décollée 1 − λ. De ce fait, plus on décolle, plus λ − ` est petit.
Il apparaı̂t également
0.1 que le taux de propagation du décollement diminue avec le nombre de cycles.
En effet, plus le film est décollé, moins la structure emmagasine d’énergie potentielle et donc plus
lentement se réalise0.0le décollement de la partie saine.
Cette propriété est liée0au comportement
500 1000 globale
1500 de2000 2500 et 3000
la structure 3500
n’est pas 4000
due au modèle utilisé.
Nombre de cycles
1.0
λ
0.9 #
λ−#
Position des têtes λ et #
0.8
0.7
0.6
0.5 " = 0.2, VM = 0.2
0.4
0.3
0.2
0.1
0.0
20 40 60 80 100 120 140 160 180
Nombre de cycles
Fig. 5.3 – Évolution des têtes de zones décollée et partiellement décollée au cours du temps.
76 Chapitre 5. Résolution dans le cas du modèle de Dugdale
La Figure 5.4a représente de façon schématique, l’énergie dissipée progressivement (cycle après
cycle) en fonction de l’ouverture en un point x0 du film que l’on suppose être situé dans la zone
cohésive (ou zone partiellement décollée) dès la première montée en charge. On voit clairement
qu’il y a dissipation uniquement lors des phases de charge, les phases de décharge étant réalisées
sans dissipation supplémentaire. De plus, on vérifie bien que la dissipation se réalise toujours à
pente constante, les forces cohésives de DUGDALE étant constantes et égales à σc = 1/. Sur la
Figure 5.4b , l’évolution de l’énergie dissipée en fonction de l’ouverture cumulée δ suit l’enveloppe
monotone de DUGDALE. Par contre, contrairement au cas monotone, lorsque l’on décharge, on
conserve la valeur déjà dissipée : le film s’est “endommagé” au pas i − 1 et on en tient compte au
pas i. C’est cette condition d’irréversibilité de la variable δ qui permet le processus de fatigue :
il y a décollement progressif du point x0 jusqu’à ce que l’ouverture cumulée atteigne l’ouverture
critique δc = .
¯ ¯
Æ Æ
Æ Æ
¼ Æ ¼
Dugdale (enveloppe monotone) Dugdale (fatigue)
Il s’agit dès lors de résoudre un système de deux équations (5.19) à deux inconnues (`i et λi )
paramétré par et VM . On peut d’ailleurs vérifier directement le résultat d’existence et d’unicité
obtenu au chapitre précédent dans le cas général d’une énergie de surface de BARENBLATT.
Proposition 5.4.2 Si VM < 1 − , alors il existe un unique couple (`i , λi ), 0 < `i < λi < 1,
solution du système (5.19).
Preuve. On pose di = λi − `i > 0 la longueur de la zone cohésive au iième cycle. La relation
( 5.191 ) peut alors être écrite sous la forme d’un polynôme du second degré en di
d2i + 2(1 − λi )di − 4VM = 0
dont la solution est une fonction de λi
4V
di (λi ) = p M , (5.21)
(1 − λi ) + (1 − λi )2 + 4VM
5.5. Influence des paramètres 77
√ √
fonction croissante de 1 + 4VM − 1 à 4VM lorsque λi croı̂t de 0 à 1.
L’égalité ( 5.192 ) donne
i−1
X
2
F (λi ) ≡ di (λi ) + hλi − `j i2 = 42 (5.22)
j=1
Il existe donc un point unique λi vérifiant F (λi ) = 42 . La position de la tête de zone partiellement
décollée est directement donnée par (5.21)
4V
`i = λi − p M . (5.23)
(1 − λi ) + (1 − λi )2 + 4VM
Toutefois cette solution n’est valable que tant que `i > 0, car après la zone cohésive atteint
l’extrémité x = 0.
Pour résoudre (5.19), un traitement numérique est nécessaire. En effet, pour déterminer le
couple solution (`i ; λi ) au cycle i, il s’agit d’évaluer la position de la tête de zone décollée λi par
rapport aux positions successives de la tête de zone partiellement décollée `j,1≤j≤i−1 aux cycles
précédents comme l’indique la relation ( 5.192 ). De ce fait le processus de décollement dépend de ce
qui s’est déroulé lors des cycles précédents : ce modèle est fortement lié à l’histoire du chargement.
La résolution du système (5.19) est réalisée en utilisant la méthode de Newton-Raphson qui permet
de déterminer les zéros d’une fonction.
Dans le problème qui nous intéresse, il s’agit de déterminer λi solution de (5.22) où di est donnée
par (5.21), la valeur de `i étant obtenue séparément en appliquant la relation (5.23).
Posons g(x) = F (x) − 42 et soit x0 la solution de g(x) = 0. La méthode de Newton-Raphson
repose sur le développement de g(x0 ) en série de Taylor autour de x1 proche de x0
1
g(x0 ) = g(x1 ) + (x0 − x1 )g 0 (x1 ) + (x0 − x1 )2 g 00 (x1 ) + ...
2!
et en utilisant le fait que g(x0 ) = 0, il vient
g(x1 ) (x0 − x1 )2 g 00 (x1 )
x0 = x1 − − + ...
g 0 (x1 ) 2! g 0 (x1 )
78 Chapitre 5. Résolution dans le cas du modèle de Dugdale
0.495
Si x1 est suffisamment proche de x0 , les termes d’ordre 2 ou plus sont négligeables. On obtient
Position des pointes λ et "
0.490 λ
alors une valeur approchée x2 plus proche de x0 que x1
0.485 g(x1 )
x2 = x1 − .
g 0 (x1 )
Ainsi, en répétant0.480
la démarche, on peut écrire
"
0.475 g(xi−1 )
xi = xi−1 − .
g 0 (xi−1 )
0.470
Après n itérations, g(xn ) ≤ α avec α suffisamment petit ce qui permet de poser x0 = xn avec la
précision voulue. La vitesse de convergence dépend notamment de la valeur initiale x1 choisie. On
conclut en imposant0.465
λi = x0 et on recommence cette procédure à chaque cycle.
2400 2450 2500 2550 2600 2650
Une des difficultés est qu’il faut assurer la positivité des termes de la somme dans (5.22). Ceci
conduit à ajouter un test sur la position desNombre de cycles
`j,1≤j≤i−1 vis à vis de λi . Ceci a permis de mettre
0.8
Position de la tête de zone décollée λ
VM = 0.05
0.7 VM = 0.1
VM = 0.2
0.6
0.5
0.4 # = 0.2
0.3
0.2
0.1
0.0
0 2000 4000 6000 8000 10000 12000 14000 16000
Nombre de cycles
1
5.5. Influence des paramètres 79
0.8
que est petit. Ceci 0.7est vérifié sur la Figure 5.6 où on a représenté l’évolution de la pointe de zone
décollée en fonction0.6du nombre de cycles pour différentes valeurs de et à VM fixé.
Il est fréquent, en fatigue, de présenter l’évolution du taux de fissuration en fonction de la variation
0.5 " = 0.2, VM = 0.2
du facteur d’intensité des contraintes 4K. Ici, compte tenu de la relation (1.5) et du fait que le
0.4
rapport de déflexion R √ = V m/VM = 0 (puisque l’on considère un chargement cyclique avec “retour
à zéro”), on a 4K 0.3∼ G où G est le taux de√ restitution d’énergie associé à un film décollé sur
une longueur 1 − 0.2 λ. Les courbes d`/dN = f ( G) sont tracées sur la Figure 5.7 pour différentes
valeurs de . Il apparaı̂t que
0.1
– à G fixé, le taux de décollement est d’autant plus faible que est petit.
0.0 valeurs de G, la fonction f est une droite, alors qu’elle présente un caractère
– pour les faibles
20 40 60 80 100 120 140 160 180
incurvé pour les fortes valeurs de G.
Nombrede
Il semble de plus que pour les faibles valeurs de cycles
les pentes de la portion linéaire de chaque
courbe sont semblables. Par contre, elles semblent être différentes lorsque l’on considère des
valeurs du paramètre plus importantes. On verra au Chapitre 6 traitant des films infiniment
longs que ces résultats obtenus numériquement sont confirmés par l’analyse asymptotique
de la solution lorsque → 0.
On représente sur la Figure 5.8, l’évolution des énergies potentielle, de surface et totale au cours
du temps. Comme la structure restitue de l’énergie (pour décoller le film) uniquement pendant les
phases de charge, ces courbes ont été obtenues en calculant la valeur des différentes énergies à la fin
de chaque montée en charge. L’indice i indiquant le point maximal d’un cycle de chargement, on
obtient facilement l’expression de l’énergie potentielle à partir de son expression générale (premier
terme du membre de droite de la relation (4.32)) et de l’expression de l’ouverture le long du film
(5.18)
(λi − `i )3 (λi − `i )2
Pi = + (1 − λi ).
122 42
2
80 Chapitre 5. Résolution dans le cas du modèle de Dugdale
dN
1
d! ! = 0.3
Taux de propagation du décollement ! = 0.2
0.1 ! = 0.1
! = 0.01
0.01 ! = 0.001
! = 0.0001
0.001
0.0001 VM = 0.4
1e-05
1e-06
0.1 1 10
√
G
√
0.8 5.7 – Courbes d`/dN vs
Fig. G pour différentes valeurs de .
Position de la tête de zone décollée "c
VM = 0.05
0.7 VM = 0.1
VM = 0.2
0.6 constate bien la diminution d’énergie potentielle lors de la propagation du
Sur la Figure 5.8, on
décollement et l’augmentation de l’énergie de surface correspondante qui s’exprime par
0.5
i
0.4
X hλi − `j i!3= 0.2
Si = + 1 − λi .
122
0.3 j=1
0.2
0.1
5.6 Effet d’une0.0surcharge unique
0 2000 4000 6000 8000 10000 12000 14000 16000
Nombre
On se propose d’étudier l’effet d’une surcharge surdel’évolution
cycles du décollement du film.
Î Ø
ÎË
ÎÅ
Ø
Fig. 5.9 – Évolution de l’ouverture cyclique imposée avec présence d’une surcharge unique.
L’expérience montre, et de nombreux articles en rendent compte, que l’application d’une sur-
charge unique ou d’un chargement par blocs H-L (High-Low)(resp. d’un chargement par blocs
4
É
1.00
0.50
0.00
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2 1.4 1.6 1.8
5.6. Effet d’une surcharge unique 81
Longueur de la fissure
1.00
énergie potentielle
0.90 énergie de surface
0.80 énergie totale
0.70
0.60
Énergies
Fig. 5.8 – Évolution des énergies calculées à la fin de chaque montée en charge.
L-H) a pour effet de retarder (resp. d’accélérer) la ruine des matériaux. La compréhension de ces
effets transitoires est importante avant d’envisager une prédiction fiable de la durée de vie d’une
structure soumise à des sollicitations aléatoires. Les causes de cet effet ne sont pas complètement
connues mais on l’associe généralement soit au phénomène de fermeture de fissure lié à l’accrois-
sement de la zone plastique lors de la surcharge et qui retarde donc l’endommagement de la zone
précédant la pointe de fissure, soit aux contraintes résiduelles devant la pointe de fissure, soit à
une combinaison des deux. Il semble en général que la longueur de fissure affectée par ce retard
est comparable à la taille de la zone plastique créée. Dans notre étude, l’abscence de plasticité
pourrait conduire à d’autres phénomènes.
Afin de voir si notre modèle est capable de “capter” cet effet de retard on applique le char-
gement décrit sur la Figure 5.9, les paramètres choisis étant = 0.05, VM = 0.06 l’amplitude du
chargement et VS = 0.1 la valeur de la surcharge.
6
Sur la Figure 5.10 on représente (en traits continus) l’évolution des têtes de zones cohésive et
décollée au cours des cycles. Elle est à comparer à l’évolution de ces mêmes têtes obtenue avec
un chargement sans surcharge (traits discontinus). Durant les premiers cycles (la structure est
soumise à un chargement d’amplitude constante VM ), la propagation des pointes ` et λ se fait à
la même vitesse, la longueur de la zone cohésive restant quant à elle sensiblement constante au
cours du décollement. Ceci était prévisible puisque, comme il a déjà été dit, λ − ` est une fonction
de G et que le taux de restitution d’énergie, fonction de la longueur décollée, diminue peu sur
l’intervalle [2400 : 2499].
Une surcharge VS > VM est appliquée au cycle 2500. Sur la Figure 5.10, il apparaı̂t clairement que
la tête de zone partiellement décollée ` se propage brutalement puis stoppe son évolution durant
un nombre de cycles transitoire NT . Par la suite, la propagation de ` se réalise avec la vitesse de
propagation qu’elle possédait avant l’application de la surcharge.
Par contre la tête de zone décollée λ est très peu perturbée par l’application de la surcharge : il
y a une légère accélération avant que la propagation ne retrouve sa vitesse initiale. Il n’y a donc
82 Chapitre 5. Résolution dans le cas du modèle de Dugdale
0.495
Position des pointes λ et "
0.490 λ
0.485
0.480
"
0.475
0.470
0.465
2400 2450 2500 2550 2600 2650
Nombre de cycles
Fig. 5.10
0.8 – Effet d’une surcharge unique sur l’évolution du décollement.
Position de la tête de zone décollée λ
VM = 0.05
0.7 VM = 0.1
VM = 0.2
0.6
pas pour cette pointe de “régime transitoire”.
On note ainsi que la 0.5surcharge a provoqué une forte augmentation de la longueur de la zone par-
tiellement décollée λ − ` qui ne retrouvera sa longueur initiale qu’après la fin du régime transitoire.
0.4 # = 0.2
Ce comportement des deux pointes est également obtenue numériquement dans SIEGMUND [59].
Ainsi, contrairement 0.3à ce qui a été rapporté dans la littérature, l’application d’une surcharge
unique n’a pas pour effet ici d’augmenter la durée de vie de la structure. Ceci tend à confirmer
l’influence de la zone0.2 plastique comme étant responsable de la fermeture de fissure et donc du
ralentissement transitoire.
0.1 Ce résultat est d’ailleurs confirmé par WANG et SIEGMUND [62] : en
l’absence de plasticité devant la pointe de fissure, les auteurs montrent numériquement en intro-
duisant le concept 0.0de forces cohésives (voir Chapitre 1) l’accélération de la fissuration lors d’une
surcharge. 0 2000 4000 6000 8000 10000 12000 14000 16000
Ceci est également montré expérimentalementNombre de cycles
dans CHOI [15] et CHOI et al [16] sur des céramiques
fragiles. Les auteurs postulent que la fatigue transitoire est due à la présence d’une zone
d’élaboration de microfissurations intenses devant la tête de fissure. Cette dernière jouerait un
rôle semblable à la zone plastique dans les matériaux ductiles.
On note cependant que l’influence d’une surcharge unique reste faible. Dans l’exemple traité,
l’augmentation de 67% de l’amplitude du chargement a fait diminuer le nombre de cycles pour
décoller entièrement le film uniquement de 0.01%. Dans [34], GILBERT et RITCHIE font le même
constat après application d’une surcharge sur des céramiques. En fait, si, comme le montre la
Figure 5.10, une surcharge unique perturbe le décollement au niveau microscopique, i.e. à l’échelle
de la zone cohésive, au niveau macroscopique, on ne voit pas de modification, surtout pour de
faibles valeurs de . Pour qu’une surcharge unique ait une influence au niveau macroscopique il
faut qu’elle soit telle que ce soit le critère de GRIFFITH qui gouverne la propagation de la fissure
et non la loi de fatigue (autrement dit il faut que le taux de restitution d’énergie G égale le taux
1
5.6. Effet d’une surcharge unique 83
1.0
Position de la tête de zone décollée λ
0.8
" = 0.01
0.7
0.6
0.5
0.4
0.3
0 2000 4000 6000 8000 10000 12000 14000 16000 18000 20000
Nombre de cycles
Fig. 5.12 – Effet d’une surcharge répétée sur l’évolution du décollement (paramètres : VM =
0.05, VS = 0.1).
3
84 Chapitre 5. Résolution dans le cas du modèle de Dugdale
Chapitre 6
Le Chapitre 5 a permis de montrer, dans le cadre du décollement d’un film mince soumis à un
chargement cyclique, la capacité de l’approche variationnelle à rendre compte des phénomènes de
fatigue. Ainsi, en considérant une énergie de surface de DUGDALE dépendant d’une variable d’ouver-
ture cumulée, la minimisation de l’énergie totale à chaque pas de temps du chargement discrétisé
conduit au décollement progressif du film, la zone décollée étant précédée d’une zone cohésive
de la fissure. Cependant la résolution est fastidieuse et demande un temps de calcul considérable
si on considère de faibles valeurs de l’amplitude du chargement VM et/ou du paramètre . Ceci
tient entre autres au fait que, d’après (6.1), l’incrément de propagation du décollement à chaque
cycle et la longueur de la zone cohésive sont de l’ordre de . En prenant comme petit pa-
ramètre, on s’intéresse ici au comportement asymptotique de la solution du problème d’évolution
du décollement lorsque → 0. On montrera que celui-ci met en évidence une loi limite de fatigue
permettant d’obtenir .implicitement le taux de propagation du décollement en fonction du taux de
restitution d’énergie, ` = f (G). On retrouve ainsi une loi de type PARIS abondamment utilisée par
les ingénieurs. Mais ce qu’il faut noter est que la loi de PARIS obtenue, i.e. la fonction f , se déduit
(et est donc fonction) de l’énergie de surface de BARENBLATT, de la condition d’irréversibilité et
du principe de minimisation d’énergie. Ce dernier confère en particulier à la fonction f des pro-
priétés de monotonie, de régularité et de croissance essentielles. Pour des faibles valeurs de G, la
loi limite est une fonction puissance avec un exposant 3/2. On verra dans le chapitre suivant que
la valeur de cet exposant a des origines diverses. Enfin, dernier fait remarquable est que la loi
limite contient aussi la loi de GRIFFITH.
i
X 2
λi − `j = 42
(6.2)
j=1
85
86 Chapitre 6. Loi de fatigue limite du décollement d’un film
Notons que, quel que soit , les suites i 7→ `i et i 7→ λi sont décroissantes et “intercalées” :
La seule inégalité qui n’est pas triviale est `i−1 ≤ λi . Supposons qu’elle n’ait pas lieu et que
`i−1 > λi , alors on tirerait de (6.2) que λi − `i = 2 et en reportant dans (6.1) que λi = λ1 et
`i = `1 ce qui n’est pas possible puisque `i−1 ≤ `1 ≤ λ1 .
L’ouverture vi est donnée par
si x ∈ [0, `i ]
0
(x − `i )2
vi (x) = si x ∈ [`i , λi ] . (6.5)
4
2
(λi − `i ) (x − λ ) + (λi − `i ) si x ∈ [λ , 1]
i i
2 4
On rappelle que la solution obtenue avec une énergie de surface de GRIFFITH (voir Chapitre 3)
prévoit l’arrêt de la fissuration à la fin de la première montée en charge. Ainsi on a
`0i = `01 = 1 − VM ∀i ≥ 1.
La proposition suivante montre qu’à court terme le modèle de BARENBLATT converge vers le modèle
de GRIFFITH.
Proposition 6.2.1 (Loi de GRIFFITH à court terme) À nombre de cycles fixé i ≥ 1, quand → 0,
les têtes de zones cohésive `i et décollée λi tendent, quel que soit i, vers la longueur décollée `01
prévue par la théorie de GRIFFITH à la fin du premier cycle. De même le champ d’ouverture vi ,
l’énergie potentielle Pi et l’énergie de surface Si tendent vers leur homologue v10 , P10 et S10 prévu
par le modèle de GRIFFITH au premier demi-cycle :
lim vi (x) = v10 (x) = hx − 1 + VM i , lim Pi = P10 = VM , lim Si = S10 = VM .
→0 →0 →0
6.3. Changement d’échelle de cycles et convergence numérique 87
Preuve. Dans les lignes qui suivent, on utilise constamment le fait que lorsqu’une suite de réels
est bornée on peut en extraire une sous-suite qui converge. Comme on montre que finalement la
limite est unique, c’est toute la suite qui converge. On omettra donc de parler d’extraction de
sous-suite.
• Au premier cycle, les positions des têtes de zone cohésive `1 et de zone décollée λ1 sont données
par (6.3). En passant à la limite lorsque → 0, on obtient lim→0 λ1 = lim→0 `1 = `01 = 1 − VM .
• Soit i > 1. Comme `i et λi sont comprises entre 0 et 1, elles (des sous-suites) convergent lorsque
tend vers 0. De (6.2) on obtient l’estimation λi − `i ≤ 2, dont on déduit que lim→0 λi =
lim→0 `i = `i . On obtiendrait de même, ∀j, lim→0 λj = lim→0 `j = `j . Comme λi ≤ λj , on a
`i ≤ `j ∀j ≤ i. Mais en vertu de (6.4), on a aussi `i ≥ `i−1 . Par conséquent `i = `1 .
En divisant (6.1) par et en passant à la limite, on obtient
1
lim λi − `i = 2.
→0
En passant à la limite ponctuellement dans (6.5) on obtient la convergence simple de vi vers
v10 . Pour l’énergie potentielle, un calcul direct donne
(λi − `i )2 (λi − `i )3
Pi = (1 − λ
i ) +
42 122
et en passant à la limite on obtient lim→0 Pi = VM = P10 , ce qui prouve que vi converge fortement
vers v10 dans H 1 (0, 1). De même pour l’énergie de surface, un calcul direct donne
D E3
i
X λi − `j
Si = 1 − λi +
122
j=1
Remarque 6.2.2 : Ce résultat n’est pas contradictoire avec la Proposition 4.3.4 disant que, lorsque
le nombre de cycles tend vers l’infini, le film finit par se décoller entièrement sur toute la longueur.
Dans la Proposition 4.3.4 le paramètre était fixé alors que le nombre de cycles tendait vers l’infini,
alors qu’ici le nombre de cycles est fixé alors que tend vers 0. En fait, comme l’avancée des zones
cohésive et non cohésive est de l’ordre de à chaque cycle, l’avancée totale au bout de i cycles
est pratiquement la même que celle durant le premier cycle, lorsque est petit. De plus, comme
la longueur de la zone cohésive est elle-même de l’ordre de , elle est pratiquement négligeable,
ce qui explique que l’on retrouve la solution du modèle de GRIFFITH. On peut donc dire que la
fatigue est un phénomène du second ordre dont la prise en compte nécessite que l’on raffine
l’analyse en considérant en particulier un grand nombre de cycles de l’ordre de 1/.
Comme le montre la Figure 5.6, le nombre de cycles nécessaire pour décoller entièrement le
film tend vers l’infini lorsque → 0. Comme l’avancée à chaque cycle est de l’ordre de , il est de
88 Chapitre 6. Loi de fatigue limite du décollement d’un film
h i
où i désigne le nombre (entier) de cycles et Ent θ la partie entière de θ. Lorsque l’on passe à
la limite en , la variable T représentera donc le “nombre” de cycles macroscopiques. On sera
également amené à s’intéresser aux cycles i (T ) + k, k ∈ Z indépendant de . Un tel cycle sera
qualifié de k ième cycle microscopique autour du cycle macroscopique T . La variable nombre de
cycles est donc séparée à la limite en 2 échelles (T, k).
Sur la Figure 6.1 on a représenté l’avancé de la tête de zone décollée λi (T ) en fonction de
la variable macroscopique T pour différentes valeurs du paramètre . Il apparaı̂t clairement de
ce résultat numérique que la courbe λi (T ) converge vers une courbe limite `(T ) lorsque → 0.
L’objectif est de caractériser cette courbe limite, i.e. la loi de fatigue limite permettant de trouver
1
la relation T 7→ `(T ).
!
!"#
$
Position de la tête de zone décollée
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45
Pour identifier la loi de fatigue limite, il faut donc considérer un grand nombre de cycles. On
va donc se donner T > 0 et étudier le comportement de la solution au cycle i (T ) quand tend
vers 0. En notant respectivement `i (T ) , λi (T ) et vi (T ) la position de la pointe de la zone cohésive,
6.4. Convergence vers une fissure macroscopique non cohésive 89
si x ∈ [0, `i (T ) ]
0
(x−` )2
vi (T ) (x) =
i (T )
4 si x ∈ [`i (T ) , λi (T ) ] (6.9)
(λi −`i (T ) ) (λi −`i (T ) )2
(T )
(x − λi (T ) ) + (T )
si x ∈ [λi (T ) , 1]
2 4
On établit maintenant un résultat de convergence “à long terme” qui dit qu’à grand nombre
de cycles, à T fixé, l’état de décollement du film s’apparente (en première approximation) à une
fissure non cohésive sur une longueur `(T ) restant à déterminer.
Proposition 6.4.1 À T fixé, T > 0, quand → 0, les têtes de zones cohésive `i (T ) et décollée
λi (T ) tendent vers une même limite `(T ). Le champ d’ouverture vi (T ) , l’énergie potentielle Pi (T )
et l’énergie de surface Si (T ) tendent vers leur homologue v(T ), P(T ) et S(T ) prévu par le modèle
de GRIFFITH lorsque la longueur de décollement est 1 − `(T ) :
lim λi (T ) = lim `i (T ) = `(T ),
→0 →0
hx − `(T )i
lim vi (T ) (x) = v[`(T )](x) ≡ VM , (6.10)
→0 1 − `(T )
VM2
lim Pi (T ) = P(v[`(T )]) = , (6.11)
→0 1 − `(T )
lim Si (T ) = S(v[`(T )]) = 1 − `(T ). (6.12)
→0
Preuve. La démonstration est très proche de celle de la Proposition 6.2.1, la seule différence
notable est que la limite `(T ) n’est pas `01 et ne peut pas être déterminée à ce stade.
Soit T > 0. Comme `i (T ) et λi (T ) sont comprises entre 0 et 1, elles (des sous-suites) convergent
lorsque tend vers 0. De (6.2) on obtient l’estimation λi (T ) − `i (T ) ≤ 2, dont on déduit que
lim→0 λi (T ) = lim→0 `i (T ) = `(T ). En divisant (6.7) par et en passant à la limite, on obtient
1 2VM
lim λi (T ) − `i (T ) = . (6.13)
→0 1 − `(T )
En passant à la limite ponctuellement dans (6.9) on obtient la convergence simple de vi (T ) vers
v[`(T )]. Pour l’énergie potentielle, un calcul direct donne
2
λi (T ) − `i (T ) (λi (T ) − `i (T ) )3
Pi (T ) = (1 − λ i (T ) ) +
42 122
et en passant à la limite on obtient lim→0 Pi (T ) = P(v[`(T )]), ce qui prouve que vi (T ) converge
fortement vers v[`(T )] dans H 1 (0, 1). De même pour l’énergie de surface, un calcul direct donne
D E3
Xi λi (T ) − `j (T )
Si (T ) = 1 − λi (T ) +
122
j=1
90 Chapitre 6. Loi de fatigue limite du décollement d’un film
2
dP(v[`]) VM
G(T ) = G[`(T )] ≡ = . (6.14)
d` `=`(T ) (1 − `(T ))2
Remarque 6.4.2 Si l’on peut se servir du modèle de GRIFFITH pour calculer les énergies et donc le
taux de restitution d’énergie une fois que la longueur de décollement est connue, on ne peut pas
par contre utiliser le critère de GRIFFITH pour déterminer la longueur de décollement. En effet, le
critère de GRIFFITH s’écrirait ici G(T ) = 1 et donnerait donc `(T ) = 1 − VM = `01 , i.e. la position
à la fin du premier cycle. Ce n’est évidemment pas le bon résultat, comme le montrent les tests
numériques (Figure 6.1) ou les résultats théoriques (Proposition 4.3.4). La détermination de la
loi gouvernant T 7→ `(T ) nécessite d’affiner l’analyse, ce qui va nous obliger à prendre en compte
les phénomènes locaux dans la (pourtant petite) zone cohésive.
Dans toute cette sous-section, T est fixé et on omettra donc le plus souvent la dépendance des
quantités par rapport à T . On suppose connue la position de la fissure macroscopique ` = `(T ),
0 < ` < 1, et donc par voie de conséquence le taux de restitution d’énergie G = G(T ), 0 < G < 1.
Pour étudier le processus de décollement cyclique dans la zone cohésive, on réalise un “zoom” sur la
pointe de zone cohésive au cycle i (T ) en posant y = (x−`i (T ) )/. Quand on passe à la limite en ,
on sépare les échelles microscopique et macroscopique, y devenant donc la variable microscopique
d’espace variant de −∞ à +∞. On obtient tout d’abord quelques résultats de convergence :
positions macroscopiques
positions microscopiques
Fig. 6.2 – Zoom sur la zone cohésive au cycle macroscopique T , les `˙j représentant les positions
microscopiques de la pointe de la zone cohésive aux cycles précédents.
. .
1. Pour tout k ∈ Z, il existe `k tel que lim→0 `i (T )+k − `i (T ) / = `k .
√
2. ∀k ∈ Z, lim→0 λi (T )+k − `i (T )+k / = 2 G.
6.5. Convergence vers un régime stationnaire au voisinage du fond de fissure 91
. . .
3. ∀k ∈ Z, ∀y ∈ R, lim→0 vi (T )+k (`i (T ) + y)/ = v(y − `k ) avec v défini par
0 si y ≤ 0 √
.v(y) = y2 /4 si 0 ≤ y √ ≤2 G . (6.15)
√
G y − G si y ≥ 2 G
Preuve. La propriété 1 tient simplement au fait que l’avancement des pointes à chaque cycle
est de l’ordre de . Plus précisément, on a toujours les estimations |`i (T )+1 − `i (T ) | ≤ 2 et donc
|`i (T )+k −`i (T ) | ≤ 2|k|. Par conséquent (`i (T )+k −`i (T ) )/k est uniformément bornée par rapport
à k. Quand → 0 on peut donc extraire . une sous-suite qui converge (pour tout k).
Les positions microscopiques `k restent à déterminer. La propriété 2 s’obtient en faisant i =
i (T )+k dans (6.1), en divisant par , en passant à la limite et en remarquant que G = VM 2 /(1−`)2 .
Cette propriété fondamentale dit que la longueur microscopique de la zone cohésive n’est fonction
que du taux de restitution d’énergie potentielle macroscopique. La propriété 3 s’obtient de la
même façon en faisant i = i (T ) + k dans (6.5), en divisant par , en passant à la limite et en
tenant compte de la propriété précédente. Elle dit donc que le champ d’ouverture microscopique
se reproduit identique à lui-même à chaque cycle microscopique . k en se translatant simplement
d’une longueur correspondante à la position microscopique `k de la zone cohésive au cours des k
cycles microscopiques autour du cycle macroscopique T .
.
Il reste à déterminer les positions {`k }k∈Z de√la zone cohésive et donc de la zone non cohésive
—ces deux positions diffèrent de la constante 2 G puisque la longueur microscopique de la zone
cohésive est constante— à chaque cycle microscopique. Pour cela on fait i = i (T ) + k dans (6.2),
on divise par 2 et on passe à la limite. On obtient ainsi une famille indexée par k ∈ Z d’équations
non linéaires régissant les positions microscopiques :
∞ D √
X . . E2
2 G + `k − `k−j = 4, (6.16)
j=0
.
la suite des `k étant par construction strictement décroissante (puisque i 7→ `i décroı̂t) et nulle
pour k = 0 : . . . . .
· · · > `−j > · · · > `−1 > 0 = `0 > `1 > · · · > `j > · · ·
.
Preuve. S’il
. existe un régime stationnaire, alors ` est donnée par. (6.17) .et réciproquement à toute
solution ` de (6.17) on peut associer un régime stationnaire `k = k`, k ∈ Z, vérifiant (6.16).
Il reste à montrer que (6.17) possède une unique solution. Pour cela, considérons la fonction
. P∞ D √ .E2 . . √
` 7→ j=0 2 G + j` − 4 définie pour ` < 0. Elle est égale à −4 + 4G < 0 tant que ` ≤ −2 G,
. √
puis croı̂t strictement jusqu’à +∞ quand ` croı̂t de −2 G à 0. Elle passe donc une et une seule
fois par 0.
0.00548
" = 10−4
0.00546 " = 10−3
" = 10−2
!!i! (T )+k − !!i! (T )+k+1 /"
"
0.00544
0.00542
0.00540
0.00538
T ∼ 22.45
!
0.00536
0.00534
0 10 20 30 40 50 60 70 80
Nombre de cycles microscopiques k à partir de i! (T )
Elle ne possède donc pas de solution si G > 1, puisque le second membre est alors négatif tandis
que le premier est nécessairement
. positif. Quand G = 1, le second membre est nul et le premier
est nul si et seulement si ` ≤ −2. Quand G < 1, on sait qu’elle possède une unique solution
. . P D√ .E2
` = −f (G). Posons F (G, `) ≡ ∞ j=0 2 G + j` − 4. F est une fonction strictement croissante
. . . .
de G, à ` fixé, et de ` à G fixé.
. Soit G1 et .G2 tels que 0.< G1 < G2 .< 1 et. soit `1 et `2 les solutions
associées. On a 0 = F (G1 , `1 ) = F (G2 , `2 ) > F (G1 , `2 ) et donc `1 > `2 . D’où f (G2 ) > f (G1 ),
donc f est strictement croissante.
Soit n = n(G) le nombre de cycles microscopiques effectif intervenant dans la valeur de f (G),
i.e. tel que
Xn D √ E2
2 G − j f (G) = 4.
j=0
Autrement dit, pour trouver le nombre de cycles microscopiques effectif n, il faut et il .suffit de
trouver dans quel intervalle [Gn+1 , Gn ) se trouve G. Une fois n déterminé, l’équation en ` devient
l’équation du deuxième degré suivante :
n
X √ . 1 .2 √ .
0= (2 G + j`)2 − 4 = n(n + 1)(2n + 1)` + 2n(n + 1) G ` + 4(n + 1)G − 4. (6.19)
6
j=0
√
. que la racine qui donne f (Gn ) = 2. Gn /n d’où (6.18). Quand G → 1 = G1 , on a
On ne retient
n = 1 et ` → −2. Quand G → 0, on a n → ∞ et ` → 0.
Il est à noter, et ceci sera montré au Chapitre 7, que la fonction f dépend à la fois du niveau
de chargement, de la structure et du matériau. Sur la Figure 6.4, on représente la loi de fatigue
limite f (G).
2.0
1.8
1.6
Loi de fatigue limite f
1.4
1.2
1.0
0.8
0.6
0.4
0.2
0.0
0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9 1
G
√
la longueur microscopique de la zone cohésive d(G) étant petite, d(G) = 2 G, le nombre de cycles
microscopiques effectif n(G) étant grand, n(G) ≈ 3/G.
Preuve. Si G est faible alors de Gn = 6n/(n + 1)(2n + 1) on tire n(G) ≈ 3/G et en reportant dans
(6.18) on obtient (6.21).
Remarque 6.6.3 Il est intéressant de noter que bien que la zone cohésive soit de plus en
. plus petite
quand G tend vers 0, le nombre de cycles effectif et donc le nombre de “marques” ` k présentes
devient de plus en plus grand. C’est cette microstructuration de la pourtant déjà microscopique
zone cohésive qui fait apparaı̂tre une loi puissance. Ceci n’est pas sans rappeler le phénomène de
stries observé expérimentalement (BATHIAS et BAÏLON [4]).
Remarque 6.6.4 En résolvant ce problème avec les grandeurs non adimensionnalisées, on obtient
la loi de fatigue limite suivante
+∞ r
* +2
`˙ Gc
r
X G
+k =1
Gc L 2N
k=0
2
N VM
où G = 2 L−` . Dans le cadre des faibles valeurs du taux de restitution d’énergie, on obtient
r 3/2
L 2N G
`˙ = − .
3 Gc Gc
Remarque 6.7.2 Il est intéressant de remarquer que les trois “composantes” du problème limite
ont trois origines différentes :
On voit donc que l’on a obtenu à la limite une loi standard généralisée. Le fait qu’elle se construise
à partir d’un principe de minimisation d’énergie est essentiel. Cette remarque sera utilisée dans
le dernier chapitre lorsqu’on abordera la question de la généralisation et de l’utilisation de ces
résultats.
0.9
"(T )
0.8 # = 0.001
Position de λ!i! (T ) et de "(T )
0.7 # = 0.0125
# = 0.05
0.6 # = 0.2
0.5
0.4 VM = 0.2
0.3
0.2
0.1
0.0
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45
T = i!
Fig. 6.5 – Vérification graphique du résultat de convergence vers la loi d’évolution limite dans le
cas où VM = 0.2.
On peut suivre la même démarche et construire ainsi d’autres lois de fatigue limites mais en
changeant d’énergie de surface, de condition d’irréversibilité (Paragraphe 7.5), d’énergie potentielle
(Paragraphe 7.4), de géométrie ou de cycle de chargement (Paragraphe 7.3).
1
98 Chapitre 6. Loi de fatigue limite du décollement d’un film
Troisième partie
99
Chapitre 7
On se propose de mettre en évidence dans ce chapitre les différences obtenues dans le processus
de fissuration sous chargement cyclique lorsque l’on modifie le problème initial, décollement d’un
film mince inextensible et parfaitement flexible (voir Chapitres 3 à 6), au niveau de son chargement,
de sa loi de comportement ou de sa structure. L’objectif est de déterminer, dans ces différents cas,
la solution du problème d’évolution de la fissuration et à la limite, lorsque le film est long vis à
vis de la longueur interne, la loi de fatigue limite.
Il est connu que la loi de PARIS dépend de nombreux paramètres liés tant aux conditions de
l’expérience qu’au problème traité, la littérature en faisant d’ailleurs abondamment état, voir par
exemple [60] ou [4]. Il est cependant difficile de distinguer quels facteurs agissent sur cette loi
et notamment sur la puissance m, en reprenant la terminologie classique (voir Chapitre 1). Afin
de montrer la capacité de l’approche variationnelle de la fatigue (Chapitre 2) à rendre compte
de différents facteurs (la condition d’irréversibilité, l’énergie de surface, l’énergie potentielle, le
type de chargement, la forme des cycles de chargement,...), on va considérer dans ce chapitre
des “variantes” à l’essai de pelage (traité aux Chapitres 3 à 6). Plus précisément on va étudier
l’influence
1. de l’application d’un chargement de type force imposée (et plus de type déplacement im-
posé). Dans ce cadre, il apparaı̂t que la forme de la loi de fatigue limite n’est pas modifiée.
2. du rapport d’ouverture R.
En considérant des rapports d’ouverture R = Vm /VM non nuls, i.e. en ne considérant plus
des chargements cycliques avec retour à zéro à la fin de chaque décharge, on montrera que
le taux de décollement du film à la limite `˙ dépend à chaque instant T des valeurs maximale
GM et minimale Gm du taux de restitution d’énergie durant un cycle de chargement.
3. du caractère linéaire ou non de la loi de comportement.
On verra qu’en choisissant une loi de comportement non linéaire (non linéarité caractérisée
par le paramètre p), les lois obtenues sont fortement dépendantes de cette non linéarité.
4. de l’application d’un chargement de mode III (et plus de mode I).
En étudiant l’arrachement d’un film de son socle (et non plus le décollement), il apparaı̂tra
que la loi de fatigue limite s’exprime par deux relations et non plus une seule. Ceci est la
conséquence de l’influence des décharges pendant lesquelles l’arrachement s’effectue contrai-
rement au modèle d’ouverture.
5. de la “structure”.
En considérant que le film travaille non plus en tension mais en flexion pure, on montrera que
la loi de fatigue limite s’en trouve modifiée, la valeur de la puissance m lorsqu’on considère
de faibles valeurs du taux de restitution d’énergie G étant de 5/4 et non plus 3/2.
101
102 Chapitre 7. Variantes à l’essai de pelage.
Dans chaque cas, on essayera de comparer les résultats obtenus avec ceux trouvés dans la
littérature. L’ensemble des résultats (détaillés dans la suite de ce chapitre) est présenté dans
le Tableau 7.1. Dans la première colonne se situent les différents problèmes traités. Dans la se-
conde, l’expression de l’échelle de cycles T , i.e. l’ordre de grandeur du pas de temps T lorsque δc
est petit devant la longueur du film L. Enfin on donne dans la 3ième colonne la loi de fatigue limite
pour des faibles valeurs du taux de restitution d’énergie G.
Décollement en
q 3/2
Tension L/δc `˙ = − L3 2N
Gc
G
Gc
(R = 0)
Décollement en
q 3/2
Tension L/δc `˙ = −CL 2N
Gc
G
Gc
avec BARENBLATT
où C dépend de φ
Décollement en
q 3/2
Tension L/δc `˙ = − L3 2N
Gc
G
Gc
(force imposée)
Décollement en
q q q 3
Tension L/δc `˙ = − L3 2N
Gc
GM
Gc
− Gm
Gc
(R 6= 0)
Décollement en
p−1
p
p1 2p−1
p
Tension L/δc `˙ = − p−1
2p−1
p
L p−1 N
Gc
G
Gc
non linéaire
q 3/2
Arrachement L/δc `˙ = − L6 2µ
Gc
G
Gc
Décollement en
√ 1/4 G 5/4
˙` = − 4 L 8EI
p
L/δc 15 Gc Gc
Flexion pure
Par souci de clarté de la présentation, et comme le but n’est pas ici la résolution complète des
différents problèmes traités, on réalise les hypothèses suivantes
Hypothèse 1 : La solution du problème de minimisation est supposée unique et indépendante
de la discrétisation choisie. Ainsi la résolution du problème sera réalisée en un seul pas de temps
sur chaque demi-cycle de chargement (charge-décharge-recharge-etc...). On pourrait être tenté
d’établir ce résultat de façon rigoureuse dans tous les exemples qui suivent (comme dans le Cha-
pitre 4), mais les problèmes étant très proches dans leur formulation, on peut supposer que l’hy-
pothèse est vérifiée.
Hypothèse 2 : On suppose que le niveau de chargement est assez faible (pour éviter que le film
ne se décolle entièrement en un seul cycle de chargement).
Hypothèse 3 : On suppose que le nombre de cycles d’amorçage Na , comme défini au Chapitre 5,
est nul (sauf pour le problème de décollement à force imposée).
On se placera donc toujours dans la configuration suivante : le film est parfaitement collé sur une
zone, partiellement décollé sur une autre et parfaitement décollé sur une troisième.
7.2.1 Présentation
Comme présenté sur la Figure 7.1, on considère un film inextensible et parfaitement flexible
initialement parfaitement collé sur son socle rigide. Le film est fixé à une de ses extrémités et
soumis à l’autre à une tension cyclique définie par
−
→
N (t) = N0 −
→
τ (t), ||−
→
τ || = 1
où N0 est une constante fixée et − →τ la direction de la tension au cours du temps. Celle-ci est
caractérisée par l’angle cyclique w(t) entre la tangente au film au point d’application de la tension
et l’horizontale (ainsi lorsque w = 0, le film est soumis à une tension horizontale N0 −
→
e1 ). On se place
dans le cadre des petites perturbations ce qui revient à supposer de faibles valeurs et variations
de l’angle w. Ainsi on peut écrire
e1 + (sin w)−
τ = (cos w)−
−
→ → →
e2 ∼ −
→
e1 + w−
→
e2 . (7.1)
!
e2 !
N (t)
w(t)
!
e1
où on a posé
s v(s) δ(s) w
x= , v(x) = , δ(x) = , w=
L L L A
avec r r
2Gc Gc δc
L= L, A= , = .
N0 2N0 L
Dans (7.3), φ représente la densité d’énergie de surface de DUGDALE adimensionnalisée dont
l’expression est donnée par (3.18). On note que l’ouverture v doit appartenir à l’ensemble des
ouvertures admissibles V suivant
Remarque 7.2.1 Comme pour le Chapitre 5, on va supposer que le film ne peut être partiellement
décollé sur toute sa longueur. Ceci est vérifié si l’on choisit < 2.
Compte tenu de l’irréversibilité du problème, il s’agit de procéder à sa discrétisation ce qui conduit
à une succession de problèmes de minimisation. Comme annoncé précédemment, on supposera que
chaque demi-cycle (charge-décharge-recharge..) peut être résolu en un unique pas de temps. Le
problème incrémental adimensionnalisé s’écrit :
Sachant que v0 = δ0 = 0, trouver, pour i ∈ N∗ , vi ∈ V et δi tels que
Ei (vi ) ≤ Ei (v) ∀v ∈ V et δi = δi−1 + vi − vi−1 (7.4)
7.2. Décollement d’un film à force imposée 105
avec w2i = 0 et w2i+1 = w. À la fin de chaque décharge, l’angle imposé w étant nul, on montre,
comme dans la Proposition 4.3.1, que l’ouverture v2i le long du film est nulle et que l’ouverture
cumulée δ2i conserve la valeur qu’elle possédait à la fin de la montée en charge précédente :
Concernant les phases de charge, et en reprenant ce qui a été dit au Chapitre 5, on peut postuler
que les champs v2i−1 et δ2i−1 sont divisés en 3 zones : une zone parfaitement collée [0, `2i−1 ] où
v2i−1 = δ2i−1 = 0 (qui se réduira au point {0} au bout d’un nombre suffisant de cycles), une zone
partiellement décollée (`2i−1 , λ2i−1 ) où 0 < δ2i−1 < (qui peut s’étendre jusqu’à l’extrémité 1,
dans ce cas λ2i−1 = 1, lors des premiers cycles si l’amplitude du chargement est trop faible) et une
zone parfaitement décollée (λ2i−1 , 1) où δ2i−1 > . Pour déterminer `2i−1 , λ2i−1 , v2i−1 et δ2i−1 ,
on utilise toujours (5.3), (5.5), (5.6) et (5.7). En fait seules les conditions aux limites (5.4) sont à
modifier et à remplacer par
0 w
v2i−1 (0) = 0, v2i−1 (1) = ,
2
la seconde condition étant la condition naturelle.
1 − `1 = w. (7.7)
2. Si w = 2 alors le film est parfaitement collé sur [0, `1 ], partiellement décollé sur (`1 , λ1 ) et
parfaitement décollé sur (λ1 , 1). L’ouverture s’exprime par
0
si 0 ≤ x ≤ `1
(x−`1 )2
v1 (x) = 4 si `1 ≤ x ≤ λ1 (7.8)
(λ1 −`1 )
(λ1 −`1 )2
2 (x − λ1 ) + 4 si λ1 ≤ x ≤ 1
On a alors une infinité de solutions, car on ne peut déterminer que la longueur de la zone
cohésive
λ1 − `1 = 2, (7.9)
3. Si w > 2 alors le film est partiellement décollé sur [0, λ1 ) et parfaitement décollé sur (λ1 , 1),
avec
p
λ1 = w − w2 − 4. (7.10)
Pour les autres phases de chargement, on suppose que le chargement cyclique est d’amplitude
constante w < 2 puisqu’on a vu qu’il y avait non unicité de la solution lorsque w = 2 (le cas w > 2
ne présentant pas d’intérêt en fatigue). On se demande alors, si dans cet exemple de décollement
à force imposée, on est également capable de rendre compte du phénomène de fatigue. Ceci est
l’objet du paragraphe suivant.
– si i > Na alors le film est parfaitement collé sur [0, `2i−1 ], partiellement décollé sur
(`2i−1 , λ2i−1 ) et parfaitement décollé sur (λ2i−1 , 1). L’ouverture s’exprime par
0
si 0 ≤ x ≤ `2i−1
(x−`2i−1 )2
v2i−1 (x) = 4 si `2i−1 ≤ x ≤ λ2i−1 (7.13)
(λ2i−1 −`2i−1 )
(λ2i−1 −`2i−1 )2
2 (x − λ2i−1 ) + 4 si λ2i−1 ≤ x ≤ 1
et la position des pointes de la zone cohésive `2i−1 et de la zone parfaitement décollée λ2i−1
est solution du système suivant
λ2i−1 − `2i−1 = w
(7.14)
Pi 2 2
j=1 hλ2i−1 − `2j−1 i = 4 .
Dans (7.14), la première relation fixe la longueur de la zone cohésive λ2i−1 − `2i−1 = w = d,
longueur constante durant tout le processus de décollement. Par contre, et contrairement au cas
w = 2, il existe une unique pointe de zone cohésive `2i−1 et une unique pointe de zone parfaitement
décollée λ2i−1 . En effet, dans la relation ( 7.142 ), en posant λ2i−1 − `2j−1 = λ2i−1 − λ2j−1 + λ2j−1 −
`2j−1 = λ2i−1 − λ2j−1 + d√et en postulant que seuls les termes j ≥ i − 1 ne sont pas nuls, on
obtient λ2i−1 − λ2i−3 = ( 4 − w2 − w). Ainsi la zone cohésive se translate à chaque cycle d’une
même quantité. Il s’avère donc qu’à force imposée, on peut traiter du phénomène de décollement
7.2. Décollement d’un film à force imposée 107
progressif qu’est la fatigue du film (en choisissant des amplitudes w < 2). Pendant les Na premiers
cycles, il y a endommagement progressif de la zone d’amorçage 1 − `1 du décollement. Par la suite,
et contrairement au cas à déplacement contrôlé, la longueur de la zone cohésive est constante
durant tout le processus de décollement et égale à λ − ` = w.
Remarque 7.2.4 Si on avait résolu ce problème avec une énergie de surface de GRIFFITH, on aurait,
à la fin de la première montée en charge, décollé le film sur une longueur 1 − `. Par contre, aux
cycles suivants, la pointe de la zone décollée n’aurait pas évolué : `2i−1 = ` ∀i ∈ N∗ . Le taux de
restitution d’énergie associé à la longueur du film décollée s’écrit
w2
G= (7.15)
4
1
d(T ) = lim λ2i (T )−1 − `2i (T )−1
→0
˙ ) = lim 1 λ
`(T 2i (T )+2k+1 − λ 2i (T )+2k−1
→0
où d et `˙ sont des fonctions du nombre de cycles mis à l’échelle T défini par (6.6).
On a également convergence des pointes `2i (T ) et λ2i (T ) vers une pointe macroscopique `(T ) à T
fixé
lim λ2i (T )−1 = lim `2i (T )−1 = `(T ).
→0 →0
Proposition 7.2.5 En supposant que le régime microscopique est stationnaire, la loi de fatigue
limite s’exprime par
P+∞ D √ E2
˙ =4
j=0 2 G + j ` (7.16)
Preuve. Comme on a
1 1h i
lim λ2i (T )−1 − `2j (T )−1 = lim (λ2i (T )−1 − λ2j (T )−1 ) + (λ2j (T )−1 − `2j (T )−1 ) = k `˙ + d,
→0 →0
film à déplacement imposé. Pour des valeurs faibles du taux de restitution d’énergie G, on obtient
donc directement
2 3
`˙ = − G 2 .
3
Le type de chargement imposé à la structure modifie donc l’évolution du décollement —l’avancé
à chaque cycle de la pointe de la zone décollée est constante du fait de la constance du taux de
restitution d’énergie G au cours du temps contrairement au problème à déplacement imposé dans
lequel G est une fonction décroissante de la longueur décollée— mais pas la forme de la loi de
fatigue limite.
Remarque 7.2.6 En résolvant ce problème avec les grandeurs non adimensionnalisées, on obtient
la loi de fatigue limite suivante
∞
*r +2
`˙
r
X G Gc
+k =1
Gc L 2N0
k=0
N0 2
où G = 2 w . Dans le cadre des faibles valeurs du taux de restitution d’énergie, on obtient
r r !3/2
L 2N0 G
`˙ = − .
3 Gc Gc
VM 1 3 2i+1
Vm
2 4 2i
t
0
ainsi que la Proposition 4.2.1. De ce fait on a forcément `2i−1 < `2i < λ2i−1 . On remarque de plus
que comme δ2i = δ2i−1 (par définition de l’ouverture cumulée), on a nécessairement λ2i = λ2i−1 .
Pour déterminer v2i dans l’intervalle (`2i , 1) et `2i , on doit
1. résoudre les équations d’Euler :
00 1 00
v2i = dans (`2i−1 , `2i ), v2i =0 dans (`2i , 1).
2
0
[[v2i ]](λ2i ) = [[v2i ]](λ2i ) = 0.
110 Chapitre 7. Variantes à l’essai de pelage.
On donne dans la proposition suivante, la solution du problème de décollement d’un film mince
soumis à une ouverture cyclique de rapport d’ouverture non nul. On note que l’ouverture cumulée
à la fin de la iième montée en charge s’exprime par
On rappelle (voir la Proposition 4.3.1) que pour une décharge complète (i.e. de VM à 0), la
résolution du problème de minimisation conduit à la nullité de l’ouverture v en fin de décharge et
à la non évolution des pointes (λ2i = λ2i−1 et `2i = `2i−1 ). On va voir qu’une décharge incomplète
(de VM à Vm 6= 0) conduit à un processus sensiblement différent.
Proposition 7.3.2 Le champ de déplacement s’écrit, quel que soit i ∈ N∗
• pour un chemin de charge
0 si 0 ≤ x ≤ `2i−1
(x−`2i−1 )2
v2i−1 (x) = 4 si `2i−1 ≤ x ≤ λ2i−1 (7.18)
(λ2i−1 −`2i−1 ) 2
(x − λ2i−1 ) + (λ2i−1 −` 2i−1 )
2 4 si λ2i−1 ≤ x ≤ 1
Remarque 7.3.3 La pointe λ2i−1 peut-elle rejoindre la tête `2i−2 avant la fin de la montée en
charge ? En supposant qu’elle le puisse pour un niveau de chargement V 0 tel que Vm < V 0 < VM ,
alors la condition de décollement ( 7.192 ) donne λ2i−1 − `2i−1 = 2 et la condition à la limite
( 7.191 ) entraı̂ne 1 − λ2i−1 + = V 0 . Or, VM = 1 − − `1 d’après (5.11), donc
ce qui est impossible compte tenu de l’hypothèse faite sur V 0 . Ainsi la tête de zone décollée ne
peut rejoindre `2i−2 avant la fin de la charge et la structure de la solution est obligatoirement celle
donnée par (7.18)
Ainsi pour un film qui est seulement partiellement déchargé, il existe à l’intérieur de la zone
partiellement décollée λ2i−1 − `2i−1 une région λ2i−1 − `2i où les forces cohésives sont nulles.
Cependant, cette région ne correspond pas à une zone décollée : il y a toujours interaction entre
le film et le socle, mais cette interaction est simplement “relâchée”.
On représente schématiquement sur la Figure 7.3 la configuration du film sur un cycle charge-
décharge-recharge du chargement. Cette configuration est à comparer à celle obtenue Figure 5.2
pour un rapport d’ouverture nul R = 0.
Conguration du lm a la n de la
montee en
harge du
y
le i 1
de
harge du
y
le i 1
montee en
harge du
y
le i
On présente sur la Figure 7.4 l’influence du rapport d’ouverture R > 0 sur la durée de vie de la
0.6
R = 0.6
R = 0.5
0.5 R = 0.4
Position de la pointe !
0.4
0.2
0.1
0.0
0 1000 2000 3000 4000 5000 6000 7000
Nombre de cycles
R = 0.6
décollement
R = 0.5
R = 0.4
0.001
112 Chapitre 7. Variantes à l’essai de pelage.
0.6
R = 0.6
structure pour une0.5 ouverture maximale VM fixée. Il apparaı̂t que plus RR = est
0.5 élevé, plus le nombre
R = 0.4
Position de la pointe !
de cycles nécessaire pour décoller entièrement le film est élevé. √ √
Sur la Figure 7.5, on0.4a tracé l’évolution du taux de décollement du film en fonction de GM − Gm
(qui est proportionnel à la variation du facteur d’intensité des contraintes ∆K = KM − Km ) pour
différentes valeurs de R. On
√0.3 √ observe qu’une augmentation de R provoque une augmentation de
VM = 0.4, " = 0.01
d`/dN pour un GM − Gm fixé. Ceci constitue un résultat généralement obtenu en fatigue
des matériaux comme le montre par exemple le travail expérimental de KUMAR et SINGH [38].
0.2 à la loi de PARIS, l’approche variationnelle est capable de capter l’effet du
Ainsi, et contrairement
rapport d’ouverture sur la vitesse de fissuration sans ajout de critères supplémentaires (le facteur
0.1
d’intensité des contraintes effectif ∆Kef f introduit par ELBER [27] par exemple). Par contre les
causes de cet effet sont peu claires. En effet si dans la littérature, il est expliqué par le phénomène
0.0 déjà évoqué au paragraphe 1.2.2, ici, en l’absence de plasticité, on le justifie
de fermeture de fissure
mal. 0 1000 2000 3000 4000 5000 6000 7000
Nombre de cycles
0.01
dN
d!
R = 0.6
taux de propagation du décollement
R = 0.5
R = 0.4
0.001
1e-05
0.1 1
√ √
GM − Gm
3
7.3. Rapport d’ouverture non nul (R = Vm /VM 6= 0) 113
˙ ) = lim 1 λ
`(T 2i (T )+2k+1 − λ 2i (T )+2k−1
→0
où d1 , d2 et `˙ sont des fonctions du nombre de cycles mis à l’échelle T défini par (6.6).
De même, on montrerait le résultat de convergence suivant : les pointes de zones décollée et
partiellement décollée tendent vers une limite commune `
À T fixé, lim λ2i (T )−1 = lim `2i (T )−1 = lim `2i (T ) = `(T ).
→0 →0 →0
Avant de construire la loi de fatigue limite, on cherche à évaluer d1 et d2 . Pour cela on passe à
la limite lorsque → 0 dans ( 7.191 ) ce qui entraı̂ne 2d1 (1 − `) = 4VM et donc, en introduisant
le taux de restitution d’énergie GM (T ) = VM 2 /(1 − `(T ))2 obtenu pour un film décollé sur une
De même, la condition (7.21) donne directement en première approximation 2d2 (1−`2i (T ) ) = 4Vm
qui conduit à
p
d 2 = 2 Gm (7.23)
où Gm (T ) = Vm2 /(1 − `(T ))2 est le taux de restitution d’énergie en fin de décharge.
Comme la longueur de la zone cohésive n’évolue pas lors d’une décharge, on définit la distance
λ2i (T )−1 − `2i (T ) par
1 p p
lim λ2i (T )−1 − `2i (T ) = d1 − d2 = 2( GM − Gm ). (7.24)
→0
P∞ D √ √ E2
Gm + k `˙ = 4(1 − GM )
k=0 2 GM − (7.25)
Preuve. Comme on a
1 1h i
˙
lim λ2i (T )−1 − `2j (T ) = lim (λ2i (T )−1 − λ2j (T )−1 ) + (λ2j (T )−1 − `2j (T ) ) = d1 − d2 + k `,
→0 →0
114 Chapitre 7. Variantes à l’essai de pelage.
a)
2
pG
M
`2i (T ) 1 2i (T ) 1
b)
`2i (T ) 1 `2i (T ) 2i (T ) 1
`2i (T ) 1 2i(T ) 1
p
2 G
p
2( G
pG
m M m)
Lorsque GM (et donc Gm ) est faible, on retrouve une loi de PARIS classique comme pour le cas
avec rapport d’ouverture nul R = 0 :
2 p p 3
`˙ = − GM − Gm . (7.26)
3
Remarque 7.3.5 En résolvant ce problème avec les grandeurs non adimensionnalisées, on obtient
la loi de fatigue limite suivante
∞
*r +2
`˙
r r
X GM Gm Gc GM
− +k =1−
Gc Gc L 2N Gc
k=0
V2 N Vm 2
où GM = N2 (L−`)M
2 et Gm = 2 (L−`)2 . Dans le cadre des faibles valeurs du taux de restitution
d’énergie, on obtient
r r r !3
L 2N GM Gm
`˙ = − − .
3 Gc Gc Gc
7.4. Décollement d’un film avec une loi de comportement non linéaire 115
7.4 Décollement d’un film avec une loi de comportement non linéaire
Ce paragraphe aurait pu être partie intégrante du Chapitre 5 dans la mesure où l’on traite
toujours du décollement d’un film. Cependant, et c’est afin de mettre en évidence cette pro-
priété qu’on lui accorde un paragraphe, on va montrer que le choix d’une énergie potentielle
non forcément quadratique modifie notablement l’évolution du décollement du film. L’objectif
avoué est de rendre compte de l’influence de cette non linéarité sur l’expression de la loi de fatigue
limite.
On fait apparaı̂tre la non linéarité explicitement à l’aide du réel p > 1 dans l’énergie potentielle,
premier terme de l’énergie totale suivante
Z L Z L
N
v 0 (s)p ds +
E= φ δ(s) ds (7.27)
2 0 0
où v indique l’ouverture le long du film, φ la densité d’énergie de surface (celle de DUGDALE dans
la suite) et δ la variable d’ouverture cumulée définie par (2.11).
En fait, il n’y a pas de modèle physique raisonnable qui corresponde à l’énergie (7.27). Il faut donc
prendre ce problème comme un problème modèle non linéaire.
Remarque 7.4.1 : Les valeurs de p sont limitées à se situer dans ]1, +∞] afin d’assurer l’existence
d’une solution au problème de minimisation. On remarque de plus que l’on retrouve le problème
initial en choisissant p = 2.
On montre (comme au Chapitre 5) que les phases de décharge n’agissent pas sur l’évolution
des pointes. Ceci est dû au fait que les décharges sont complètes (de VM à 0) contrairement au
paragraphe 7.3.
L’évolution du décollement, i.e. les positions successives prises par les pointes de zone partiellement
décollée `2i−1 et parfaitement décollée λ2i−1 quel que soit i ∈ N∗ , est donnée par la
Proposition 7.4.2 À la fin de chaque montée en charge la configuration du film est la suivante : le
film est parfaitement collé dans [0, `2i−1 ], soumis à des forces cohésives s’opposant à son ouverture
dans (`2i−1 , λ2i−1 ) et parfaitement décollé dans (λ2i−1 , 1). L’ouverture vérifie
si 0 ≤ x ≤ `2i−1
0
p
p−1
(pp )1/(p−1) (x − `2i−1 ) (p−1) si `2i−1 ≤ x ≤ λ2i−1
v2i−1 (x) = (7.30)
1
λ2i−1 −`2i−1 (p−1)
p (x − λ2i−1 )+
p
p−1
p
(p ) 1/(p−1) (λ 2i−1 − `2i−1 ) (p−1) si λ2i−1 ≤ x ≤ 1
La position des têtes de zones cohésive `2i−1 et parfaitement décollée λ2i−1 est obtenue en résolvant
le système suivant
1 p 1
(p−1)
(λ 2i−1 − `2i−1 ) (p−1) (1 − λ
2i−1 ) + p (λ 2i−1 − `2i−1 ) (p−1) = (p) (p−1) V
M
p
(7.31)
p
Pi
(p) (p−1)
j=1 hλ2i−1 − `2j−1 i =
(p−1)
p−1
Preuve. Par hypothèse, le film est collé sur l’intervalle [0, `2i−1 ], partiellement décollé sur l’in-
tervalle (`2i−1 , λ2i−1 ) et parfaitement décollé sur l’intervalle (λ2i−1 , 1) où `2i−1 et λ2i−1 sont à
déterminer. Pour obtenir l’expression de v2i−1 , δ2i−1 , `2i−1 et λ2i−1 , on écrit l’équation d’Euler-
Lagrange dans (`2i−1 , 1)
d 1/ si `2i−1 ≤ x ≤ λ2i−1
0 p−1
p(v2i−1 ) (x) = (7.32)
dx
0 si λ2i−1 ≤ x ≤ 1
et on utilise les conditions (5.4) à (5.7). On obtient ainsi l’expression de l’ouverture v2i−1 donnée
en (7.30) et le système (7.31) de deux équations à deux inconnues `2i−1 et λ2i−1 .
On montre sur la Figure 7.7 l’influence de la non linéarité sur la propagation de la fissuration.
La courbe présente une forte non monotonie. Il apparaı̂t que pour des valeurs de p tendant vers
1, il faut un nombre infini de cycles pour décoller le film. Ceci est en accord avec l’approche par
minimisation d’énergie utilisée. En effet, sous cette hypothèse (p = 1), le premier terme dans
l’énergie totale (7.27) est une constante et la structure à “intérêt” à minimiser son énergie de
surface. Comme φ est une fonction croissante de δ, les faibles valeurs de δ vont être privilégiées
(δ ne pouvant toutefois pas être nul puisque δ(1) = v(1) = VM ), ce qui conduit à un infinité de
cycles pour décoller le film.
0.00538
T ∼ 22.45
0.00536
0.00534
0 10 20 30 40 50 60 70 80
7.4. Décollement d’un film avec une loi de comportement
! non
!
!j−1 − !j linéaire 117
20000
18000
16000
Nombre de cycles Nd
14000
12000
10000 VM = 0.2, " = 0.1
8000
6000
4000
2000
0
1 1.5 2 2.5 3 3.5 4
p
Fig. 7.7 – Effet de la non-linéarité p sur le nombre de cycles Nd nécessaire pour décoller entièrement
le film.
Remarque 7.4.3 Si on avait voulu résoudre ce problème avec une énergie de surface de GRIFFITH,
on aurait eu adaptation en un cycle : le film aurait été parfaitement décollé sur une longueur 1 − `
à la fin de la première monté en charge et le décollement n’aurait plus évolué par la suite, i.e.
1 − `i = 1 − ` ∀i ∈ N∗ . Le taux de restitution d’énergie associé à cette longueur décollée 1 − `
s’écrit p
VM
G = (p − 1) .
(1 − `)p
˙ ) = lim 1 λ
`(T 2i (T )+2k+1 − λ 2i (T )+2k−1
→0
où T = i désigne le nombre de cycles mis à l’échelle. On montre également la convergence des
pointes λ2i (T )−1 et `2i (T )−1 vers une pointe limite `(T ). Ainsi, à T fixé,
d’énergie G. Ainsi, on a
p−1
G p
d=p . (7.33)
p−1
La proposition suivante établit la loi de fatigue limite obtenue pour des films infiniment longs :
Preuve. Comme
1 1h i
lim λ2i (T )−1 − `2j (T )−1 = lim (λ2i (T )−1 − λ2j (T )−1 ) + (λ2j (T )−1 − `2j (T )−1 ) = k `˙ + d,
→0 →0
n 2p−1
d 1
p−1
Z
X
˙
p p d p−1
d + k` (p−1)
=− [(1 − θ)d] (p−1) dθ = −
k=0
`˙ 0 `˙ 2p − 1
Au delà du fait que pour p = 2 on retombe bien sur la relation obtenue au chapitre précédent, il
s’avère qu’en considérant un problème non linéaire, on obtient une loi de PARIS différente de celle
obtenue en (6.17). Ainsi les coefficients C et m de la loi de PARIS dépendent fortement de la non
linéarité du problème considéré.
Ici, pour une valeur du paramètre p située dans l’intervalle ]1, +∞[, on obtient des puissances m
de la loi de PARIS telles que
2 < m < 4.
7.5. Arrachement antiplan d’un film de son socle 119
Remarque 7.4.5 En résolvant ce problème avec les grandeurs non adimensionnalisées, on obtient
la loi de fatigue limite suivante
* p−1 p
∞ p−1 1/p + p−1
`˙ p − 1 p
X G p Gc
+k =1
Gc L p N
k=0
Vp
où G = (p − 1)N (L−`)
M
p . Pour de faibles valeurs de G, on a
p−1 1 2p−1
p−1 p p N p G p
`˙ = −L .
2p − 1 p−1 Gc Gc
Wt ( ) W (t)!
e3
i
!
1 2 +1
e1
t
!
e3
0 2 i
2 !
e1
On souhaite rendre compte du processus de rupture par fatigue d’une structure sollicitée en
mode de glissement antiplan des lèvres de la fissure (classiquement appelé mode III de la rupture).
Plus précisément et comme présenté sur la Figure 7.8, on va étudier l’arrachement d’un film mince
inextensible et parfaitement flexible de son socle sous l’action d’un déplacement cyclique antiplan
d’amplitude constante W (t)− → et d’une tension constante µ−
e 3
→ (µ > 0).
e 1
Si le problème traité ne semble guère éloigné des études préalablement réalisées en ce qui concerne
sa formulation, il s’en distingue par contre par le choix fait de la variable irréversible. Ainsi ce
n’est plus l’accumulation d’ouverture mais l’accumulation de glissement dont on doit tenir compte
et ceci revêt une importance capitale dans les résultats obtenus.
On verra ainsi que contrairement au cas du décollement d’un film (Chapitre 5), la propagation de
la fissure se fait également lors des phases de décharge.
120 Chapitre 7. Variantes à l’essai de pelage.
Pour obtenir cette écriture on a adimensionnalisé le problème initial ce qui a conduit à introduire
le paramètre r
µ δc
=
2Gc L
où δc est le glissement cumulé critique conduisant à l’arrachement complet du film.
où `2i−1 = max {x ∈ [0, 1) : w2i−2 (x) = w2i−1 (x)} et `2i = max {x ∈ [0, 1) : w2i−1 (x) = w2i (x)}
Preuve. Il suffit de reprendre la preuve de la Proposition 4.1.5 en remplaçant l’énergie totale par
sa nouvelle expression (7.38). Le résultat suit.
Proposition 7.5.2 Sous les Hypothèses énoncées (qui conduisent à < WM < 1 − et < 1/2),
le champ antiplan à la fin de la première montée en charge est tel que le film est parfaitement
collé sur [0, `1 ], partiellement arraché sur (`1 , λ1 ) et parfaitement arraché sur (λ1 , 1). Dans la zone
cohésive (`1 , λ1 ) agissent des forces positives constantes τ = τc = 1/. Le champ de déplacement
s’écrit alors
0 si 0 ≤ x ≤ `1
(x−`1 )2
w1 (x) = 4 si `1 ≤ x ≤ λ1 (7.39)
(λ1 −`1 ) 2
(x − λ1 ) + (λ1 −` 1)
2 4 si λ1 ≤ x ≤ 1
où `1 et λ1 vérifient
`1 = 1 − WM − λ1 = 1 − W M + (7.40)
Ainsi le problème est strictement semblable à celui posé au paragraphe 5.2. On se rapportera donc
à cette démonstration.
Première décharge
Proposition 7.5.3 À la fin de la première décharge le film est parfaitement collé sur [0, `1 ],
partiellement arraché sur (`1 , `2 ), des forces cohésives positives et constantes τ = τc s’opposant à
l’arrachement du film, partiellement arraché sur (`2 , λ2 ), des forces cohésives négatives τ = −τc
s’opposant à la “fermeture de la fissure” et enfin parfaitement arraché sur (λ2 , 1).
122 Chapitre 7. Variantes à l’essai de pelage.
Le déplacement s’écrit
si 0 ≤ x ≤ `1
0
(x−`1 )2
si `1 ≤ x ≤ `2
4
w2 (x) = (7.41)
2 2
− (x−` 2)
+ (x−` 1)
si `2 ≤ x ≤ λ2
2 4
(λ2 −`2 )2 (λ2 −`1 )2
(λ2 −2`2 +`1 )
− 2 (x − λ2 ) − 2 + 4 si λ2 ≤ x ≤ 1
(7.42)
2(λ2 − `2 )2 + (λ2 − `1 )2 = 42
Preuve. Compte tenu de la Proposition 7.5.1, on réalise les hypothèses suivantes sur la structure
de la solution :
– le champ w2 vérifie
=0 si 0 ≤ x ≤ a
w2 (x) = w1 (x) si a ≤ x ≤ `2
< w1 (x) si `2 ≤ x ≤ 1
Pour déterminer les champs w2 et δ2 dans l’intervalle (`2 , 1) ainsi que les pointes a, `2 et λ2 , on
doit
1. résoudre les équations d’Euler :
1
w200 = − dans (`2 , λ2 ), w200 = 0 dans (λ2 , 1).
2
Remarque 7.5.4 : On a supposé que la structure de la solution était telle que `2 > a = `1 . Sup-
posons que `2 rejoigne `1 en cours de décharge pour un W 0 tel que 0 < W 0 √< WM . La condition
d’arrachement en x = λ2 donne la taille de la zone cohésive (λ2 − `1 ) = 2 3 3 ce qui permet de
simplifier la condition à la limite en x = 1
−4W 0 = 2(λ2 − `1 )(1 − λ2 ) + (λ2 − `1 )2
√
4 3 42
= (1 − `1 ) −
3 3
or, d’après (7.40), WM = 1 − `1 − ce qui conduit à
√
0 3 √
W =− WM + (1 − 3) < 0
3 3
ce qui est absurde compte tenu de l’hypothèse faı̂te sur W 0 . Donc `2 ne peut pas “rattraper” `1 et
l’hypothèse initiale est justifiée.
Le film se trouve ainsi, à la fin chaque recharge, dans un état où coexistent trois zones dis-
tinctes : une zone saine [0, `2i−1 ], une zone partiellement déchirée dans laquelle la contrainte
de cisaillement τc est positive (`2i−1 , λ2i−1 ) et une zone déchirée (λ2i−1 , 1).
si 0 ≤ x ≤ `2i−1
0
(x−`2i−1 )2
si `2i−1 ≤ x ≤ `2i
4
w2i (x) =
2 2
− (x−` 2i )
+ (x−`4
2i−1 )
2 si `2i ≤ x ≤ λ2i
(λ2i −`2i )2 (λ2i −`2i−1 )2
(λ2i −2`2i +`2i−1 )
− 2 (x − λ2i ) − 2 + 4 si λ2i ≤ x ≤ 1
(7.45)
où `2i−1 et λ2i−1 correspondent respectivement à la position de la tête de zone cohésive et à
la position de la tête de zone déchirée à la fin de la iième décharge.
On distingue ainsi quatre zones : une zone saine [0, `2i−1 ], une zone cohésive (`2i−1 , `2i ) où
la contrainte de cisaillement cohésive τ = τc est positive, une zone cohésive (`2i , λ2i ) où la
contrainte de cisaillement cohésive τ = −τc est négative et une zone déchirée (λ2i , 1).
La détermination de `2i et λ2i passe par la résolution du système suivant
2 2
2(λ2i − 2`2i + `2i−1 )(1 − λ2i ) + 2(λ2i − `2i ) − (λ2i − `2i−1 ) = 0
Pi−1 (7.46)
2 2 2 2
2(λ2i − `2i ) + (λ2i − `2i−1 ) + 4 p=1 hλ2i − `2p i = 4
Preuve. Compte tenu de la Proposition 7.5.1, on réalise les hypothèses suivantes sur la structure
de la solution à la fin d’une montée en charge :
7.5. Arrachement antiplan d’un film de son socle 125
La détermination des champs w2i−1 et δ2i−1 dans l’intervalle (`2i−1 , 1) et des pointes a, `2i−1 et
λ2i−1 se fait en
1. résolvant les équations d’Euler :
00 1 00
w2i−1 = dans (`2i−1 , λ2i−1 ), w2i−1 =0 dans (λ2i−1 , 1).
2
2. écrivant les conditions qui découlent de la Proposition 7.5.1 :
0 0
w2i−1 (`2i−1 ) = w2i−2 (`2i−1 ), w2i−1 (`2i−1 ) = w2i−2 (`2i−1 ).
On obtient le champ w2i−1 (7.43) et `2i−1 et λ2i−1 sont obtenues en résolvant le système (7.44).
Pour les phases de décharge il suffit de reprendre ce qui a été écrit à la première décharge.
0.9
Position des pointes !2i−1 , !2i et λ2i 0.8
!2i−1
!2i
0.7 λ2i
0.6
0.5
WM = 0.2, # = 0.1
0.4
0.3
0.2
0.1
0.0
0 100 200 300 400 500 600 700 800
Nombre de cycles
0.9
Fig. 7.9 – Évolution des pointes `2i−1 , `2i et λ2i .
# = 0.001
0.8 # = 0.0125
Position des pointes λ!2i! (T )
0.7 # = 0.05
7.5.3 Loi de fatigue limite lorsque → 0 # = 0.2
0.6
Lorsque → 0, on a vu, dans les exemples précédents, qu’un régime stationnaire se mettait
0.5
en place au niveau microscopique, i.e. à l’échelle de
WMla zone
= 0.2cohésive qui se trouve être d’ordre .
0.4 le nombre de cycles mis à l’échelle T défini par (6.6), on peut écrire
Ainsi, en introduisant
0.3 1
d1 (T ) = lim λ2i (T )−1 − `2i (T )−1
0.2
→0
1
d2 (T ) = 0.1lim λ2i (T ) − `2i (T )
→0
0.0
˙ ) = lim 1 λ
1
`(T − λ = lim λ − λ
→0 0 10
2i (T )+2k+1 20 2i (T )+2k−1
30 40
→0 50
2i (T )+2k 60 2i (T )+2k−2
70
T
où d1 , d2 et `˙ sont des nombres ne dépendant que de T . La convergence vers cet état stationnaire
est justifiée numériquement sur la Figure 7.10 : à T fixé, les différentes pointes tendent vers une
valeur limite ` lorsque → 0. Autrement dit, on a
lim λ2i (T )−1 = lim `2i (T )−1 = lim `2i (T ) = lim λ2i (T ) = `(T ).
→0 →0 →0 →0
Structure de la solution
Afin de déterminer la structure de la solution lorsque → 0, on passe à la limite dans les
relations ( 7.441 ) et ( 7.461 ).
En première approximation, on obtient dans la première que la taille, à l’échelle microscopique,
de la zone cohésive à la fin d’une montée en charge dépend uniquement du taux de restitution
4
0.3
Position des
0.2
0.1
0.0
0
7.5. Arrachement antiplan 100 film200
d’un de son300
socle 400 500 600 700 800 127
Nombre de cycles
0.9
# = 0.001
0.8 # = 0.0125
Position des pointes λ!2i! (T )
0.7 # = 0.05
# = 0.2
0.6
0.5
WM = 0.2
0.4
0.3
0.2
0.1
0.0
0 10 20 30 40 50 60 70
T
Fig. 7.10 – Mise en évidence de la convergence vers une solution limite lorsque → 0.
d’énergie G,
√
d1 = 2 G. (7.43)
De même, dans la seconde, en première approximation, on obtient que les régions (`2i (T )−1 , `2i (T ) )
et (`2i (T ) , λ2i (T ) ) sont, en fin de décharge, de même taille lorsque → 0
1 1
lim λ2i (T ) − `2i (T ) = lim `2i (T ) − `2i (T )−1 = d2 . (7.44)
→0 →0
La structure limite de la solution est schématisée sur la Figure 7.11 où on a représenté le champ
de déplacement le long du film à la fin d’une décharge.
P D √ E2
+∞ ˙ =1−G
k=1 2 G − d 2 + k `
(7.45)
P+∞ d + k `˙ 2 = 1 − d22
D E
k=0 2 2
Preuve. On passe à la limite dans les relations ( 7.442 ) et ( 7.462 ) après division par . Ainsi dans
la première, comme
1 √
lim λ2i (T )+2k−1 − `2i (T ) = 2 G − d2 + k `,˙
→0
on obtient ( 7.451 ).
Dans la seconde, comme
1
˙
lim λ2i (T )+2k − `2i (T ) = d2 + k `,
→0
Contrairement au cas du décollement, on a donc une loi de fatigue limite gouvernée par deux
équations implicites. Ceci est dû au fait qu’une inconnue supplémentaire apparaı̂t lors des phases
de décharge.
De plus, comme pour le cas du décollement on peut exhiber, pour des valeurs extrêmes de G, une
loi limite explicite de fatigue. En effet en remarquant que la somme dans la relation ( 7.451 ) ne
peut contenir que n termes et que celle dans la relation ( 7.452 ) ne peut en contenir que p où
" √ !#
d2 2 G − d2
p = Ent − , n = Ent − et n − 1 ≤ p ≤ n, (7.46)
`˙ `˙
Pour G hproche i de 1 (i.e. proche de Gc avec les dimensions), la propagation est rapide et
d2
p
p = Ent − `˙ ∼ 0 ce qui conduit dans ( 7.452 ) à d2 = 2/3. Comme (7.46) donne n = 1, la
relation ( 7.451 ) permet d’obtenir la loi de fatigue
√
r
√ 2
`˙ = −2 G + 1 − G + .
3
Pour G proche de 0, la propagation est lente et on a −`˙ << d2 << 1. Ainsi p ∼ −d2 /`,
˙ n∼
7.6. Flexion pure 129
√
− 2 G − d2 /`˙ et n ∼ p d’après (7.46). L’égalité ( 7.452 ) donne une relation entre la longueur
de la zone partiellement arrachée en fin de décharge et le taux de propagation d’arrachement du
film
1/3
d2 = −3`˙ . (7.47)
√ √
˙
De plus, comme n` ∼ − 2 G − d2 et n ∼ p ∼ −d2 /`, ˙ on montre que d2 = G. Ainsi, en
couplant cette expression avec la relation ( 7.47), on retombe, pour des faibles valeurs du taux de
restitution d’énergie, sur une loi de PARIS “classique”
1
`˙ = − G3/2 . (7.48)
3
En comparant avec l’expression obtenue pour le décollement du film, on note que si la puissance
3/2 reste inchangée, la constante est quant à elle modifiée prenant dans les deux problèmes suc-
cessivement les valeurs 2/3 et 1/3. Pour
de faibles valeurs de G, le mode de chargement ne modifie
donc pas la pente des courbes log `˙ = log C(∆G)m mais ne provoque que leur translation.
On ajoute que, comme vérifié en général dans la littérature, la résistance à la fatigue d’une struc-
ture en mode III est meilleure que celle d’une structure en mode I.
Remarque 7.5.8 En résolvant ce problème avec les grandeurs non adimensionnalisées, on obtient
la loi de fatigue limite suivante
q q 2
P+∞ q G Gc `˙ Gc
4 − d + k = 1 − GGc
2
k=1 Gc 2µ L 2µ
q q 2 q 2
4 +∞ d2 Gc + k `˙ Gc = 1 − 2 d2 Gc
P
k=0 2µ L 2µ 2µ
2
µ WM
Pour de faibles valeurs de G = 2 (L−`)2 , on a
r 3/2
L 2µ G
`˙ = − .
6 Gc Gc
Comme précisé au paragraphe 3.1, la modélisation de l’essai de pelage réalisée aux Chapitres 3
à 6 peut être critiquée dans la mesure où ne tient pas compte de la flexion du film. Or si la flexion
du film peut être négligée loin de la pointe décollée, il en va autrement au niveau du front de
fissure. L’objectif de ce paragraphe est donc d’étudier le problème du décollement d’un film mince
inextensible soumis à un chargement de fatigue conduisant à sa flexion.
On étudiera particulièrement ce que les modifications dans la structure du problème induisent
comme modification dans la loi de fatigue limite obtenue asymptotiquement lorsque l’on considère
le film long vis à vis de la longueur interne du matériau.
130 Chapitre 7. Variantes à l’essai de pelage.
Nous considérons le problème plan constitué d’un film mince de longueur L parfaitement collé
sur un socle rigide à l’instant initial. Une extrémité du film est soumise à une ouverture cyclique
V (t)e2 alors que l’autre est fixée comme le présente la Figure 7.12. On note v(s)e2 l’ouverture d’un
point du film d’abscisse curviligne s à l’instant t et vérifiant les conditions cinématiques v(0) = 0 et
v(L) = V (t). L’ouverture imposée V (t) est périodique en temps variant de 0 à sa valeur maximale
V M (voir Figure 4.7) et engendre la flexion du film. En posant E et I respectivement le module
d’Young et le moment d’inertie du film, l’énergie élastique s’écrit classiquement
EI L 00 2
Z
P (v) = v (s) ds (7.49)
2 0
Pour tenir compte de l’irréversibilité du décollement, on introduit la variable de mémoire d’ouver-
ture cumulée δ qui rend compte de l’accumulation avec le temps de l’ouverture entre le film et le
socle et définie par (3.7). Dans la suite, on choisira une densité d’énergie de surface φ de DUGDALE
fonction de δ. L’énergie de surface à l’interface s’écrit
Z L
S(δ) = φ(δ(s))ds. (7.50)
0
Le problème incrémental
En suivant l’approche introduite au Chapitre 2, on rappelle que l’évolution du décollement est
obtenue en minimisant l’énergie totale de la structure, somme de son énergie élastique (7.49) et
de son énergie de surface (7.50).
Afin d’en dégager les paramètres pertinents, on commence par procéder à une adimensionnalisation
du problème. Ainsi l’énergie totale adimensionnalisée s’écrit
Z 1 Z 1
E(δ) = v 002 (x)dx + φ (δ(x)) dx (7.51)
0 0
où on a posé
avec r
2Gc 2 δc
L= L , = .
EI L
Dans (7.51), φ représente la densité d’énergie de surface de DUGDALE adimensionnalisée dont
l’expression est donnée par (3.18). Du fait du caractère irréversible du problème, il faut ensuite
discrétiser le chemin de chargement afin d’accomplir la minimisation à chaque pas discret du char-
gement. Ceci conduit à une séquence de problèmes de minimisation, la solution au pas i dépendant
des solutions aux pas précédents. Spécifiquement, en notant Vi l’ensemble des ouvertures admis-
sibles au pas i,
Remarque 1 : On montre comme dans la Proposition 4.3.1 que le décollement ne peut pas évoluer
durant les phases de décharge. De ce fait, le film retourne à sa configuration de déplacement initiale
à la fin de chaque décharge : v2i = 0 et δ2i = δ2i−1 . Dans le paragraphe suivant, on se propose de
donner la solution du problème de minimisation à la fin de chaque montée en charge.
Preuve. Pour déterminer les champs v2i−1 et δ2i−1 dans l’intervalle (`2i−1 , 1) et les pointes `2i−1
et λ2i−1 , on doit
1. résoudre les équations d’Euler :
(4) 1 (4)
v2i−1 = − dans (`2i−1 , λ2i−1 ), v2i−1 = 0 dans (λ2i−1 , 1).
2
00
v2i−1 (1) = VM , v2i−1 (1) = 0.
0 00
[[v2i−1 ]](`2i−1 ) = [[v2i−1 ]](`2i−1 ) = [[v2i−1 ]](`2i−1 ) = 0.
0 00 (3)
[[v2i−1 ]](λ2i−1 ) = [[v2i−1 ]](λ2i−1 ) = [[v2i−1 ]](λ2i−1 ) = [[v2i−1 ]](λ2i−1 ) = 0.
δ2i−1 (λ2i−1 ) = .
Remarque 7.6.2 Si on avait résolu ce problème avec une énergie de surface de GRIFFITH, on aurait,
à la fin de la première montée en charge, décollé le film sur une longueur 1 − `. Par contre, aux
cycles suivants, la pointe de la zone décollée n’aurait pas évolué : `2i−1 = ` ∀i ∈ N∗ . Le taux de
restitution d’énergie associé à la longueur du film décollée s’écrit
2
VM
G=9 (7.52)
(1 − λ)4
7.6. Flexion pure 133
De plus, pour les faibles valeurs de G, cette loi de fatigue est similaire à la loi usuelle de PARIS
avec l’exposant 5/4
8
`˙ = − G5/4 (7.55)
15
1
134 Chapitre 7. Variantes à l’essai de pelage.
Preuve. Soit
1
d(T ) = lim √ λ2i (T )−1 − `2i (T )−1 ,
→0
alors, en posant i = i (T ) dans ( 7.551 ), en divisant par et en passant à la limite, on obtient que
la longueur de la zone cohésive microscopique ne dépend que du taux de restitution d’énergie
d = 2G1/4 .
résultat souhaité.
Remarque 7.6.4 En résolvant ce problème avec les grandeurs non adimensionnalisées, on obtient
la loi de fatigue limite suivante
∞
* +3 " * + 1/4 #
X G 1/4 `˙ G 1/4 `˙ G
+k √ − +k √ +4 =3
Gc β L Gc β L Gc
k=0
1/4 2
9EI VM
où on a posé β = 8EI Gc et où G = 2 (L−`)4 . Dans le cadre des faibles valeurs du taux de
restitution d’énergie, on obtient
5/4
4 √
G
`˙ = − β L .
15 Gc
Chapitre 8
Les Chapitres 6 et 7 ont permis —à travers des exemples “académiques”— de mettre en
évidence des lois de fatigue limites qui englobent à la fois la loi de GRIFFITH et la loi de PARIS et ce
en considérant le comportement asymptotique du problème d’évolution de la fissuration lorsque
la dimension de la structure est très grande devant la longueur interne du matériau (i.e. , en
reprenant les notations des chapitres précédents, lorsque → 0).
Ainsi dans l’exemple du décollement d’un film mince, le taux de décollement `˙ et le taux de
restitution d’énergie G sont reliés par la relation implicite suivante
+∞ D p
X E2
˙ ) =4
2 G(N ) − k `(N (8.1)
k=0
où N (T dans les Chapitres précédents) est le nombre de cycles mis à l’échelle défini par (6.6) et
qui peut être considéré dans la suite comme une pseudo variable de temps. Dans (8.1) et dans la
suite, ` ne désigne plus la position de la pointe macroscopique mais la longueur de la zone décollée
(qui, contrairement aux Chapitres 3 à 7 ne s’écrit donc plus 1 − `), ce changement de variable
ayant pour but de maintenir une cohérence dans tout ce chapitre et n’introduisant que quelques
modifications de signe.
(8.1) est donc une loi de GRIFFITH lorsque que G = 1 (i.e. G = Gc avec les dimensions) et une loi
de PARIS du type `˙ = f (G) lorsque G < 1.
On note qu’elle ne vaut que pour un type de cycle d’amplitude donnée : amplitude constante avec
retour à zéro à la fin de chaque phase de décharge. Un autre type de chargement cyclique (voir
par exemple le paragraphe 7.3 pour des chargements de rapport de charge non nul et la loi de
fatigue obtenue (7.25)) donnerait une loi différente de (8.1), même si elle serait toujours du type
`˙ = f (G).
L’objectif de ce chapitre est d’étudier de telles lois et notamment de les étendre à des problèmes
plus généraux. On verra dans un premier temps qu’elles font apparaı̂tre une forme d’énergie de
surface différente de celle utilisée dans le modèle de GRIFFITH. La loi de propagation des fissures
par fatigue reste un problème de minimisation de l’énergie totale, somme de l’énergie potentielle
et de l’énergie de surface. Mais du fait de la forme différente de cette dernière, le problème de
minimisation jouira de propriétés différentes qu’il s’agit d’étudier. Enfin, on donnera des éléments
de réponse quant à l’amorçage et à l’évolution d’une fissure par ce nouveau modèle variationnel.
135
136 Chapitre 8. Formulation variationnelle des lois de fatigue limites
`˙ ∈ ∂F(G) ou ˙
G ∈ ∂D(`), (8.2)
Æ
½ ½
½ ½
L’intérêt de ce problème par rapport au problème incrémental initial (4.31) est multiple :
1. Le pas de cycle ∆N peut être choisi beaucoup plus grand et de façon indépendante du pas
de temps ∆t. En fait le pas ∆N est de l’ordre de 1/ alors que ∆t est de l’ordre de 1.
2. Tout ce qui se passe au cours d’un cycle a été intégré une fois pour toutes dans le potentiel
de dissipation D.
3. Le problème “spatial” de détermination du champ d’ouverture —et par voie de conséquence
de l’énergie potentielle— en fonction de la longueur de décohésion est un problème linéaire,
puisqu’il revient à adopter l’hypothèse de GRIFFITH quant à l’interaction entre les lèvres des
fissures.
4. La différence par rapport au modèle de GRIFFITH tient au potentiel de dissipation D qui
n’est plus ici une fonction linéaire de la longueur de décohésion créée.
5. L’amplitude du cycle apparaı̂t ici explicitement dans l’énergie potentielle : si cette inten-
sité est multipliée par k, alors l’énergie potentielle pour une même longueur de décohésion
est multipliée par k 2 en raison du caractère linéaire du problème spatial. Le potentiel de
dissipation est indépendant de l’amplitude du cycle.
8.1.2 Généralisation
La démarche précédente peut se généraliser à des structures quelconques dans la mesure où l’on
connaı̂t —ou où l’on s’est donné— le potentiel de dissipation associé à la loi de fatigue limite. On
se limitera ici à présenter sa généralisation dans le cas de fissure(s) s’amorçant ou se propageant en
fatigue dans une structure élastique bidimensionnelle homogène soumise à un chargement cyclique
simple, i.e. un chargement dont l’intensité croı̂t depuis 0 jusqu’à une valeur maximale avant de
décroı̂tre jusqu’à 0.
Supposons comme le présente la Figure 8.2 que l’on s’intéresse à la création et à la propagation
d’une fissure dans une structure bidimensionnelle homogène, au comportement élastique, soumise à
un chargement cyclique “simple” d’amplitude constante avec retour à 0. Supposons pour simplifier
que cette fissure soit débouchante d’un côté, que son trajet spatial soit connu a priori et que donc
le seul paramètre géométrique restant à déterminer soit la position de sa pointe ou de façon
équivalente sa longueur `.
138 Chapitre 8. Formulation variationnelle des lois de fatigue limites
Fig. 8.2 – Structure bidimensionnelle homogène et élastique avec fissure débouchante d’un côté.
Comme la structure est homogène et comme le potentiel est une grandeur “locale” attachée
au fond de fissure, le potentiel de dissipation ne dépend pas de la position du fond de fissure mais
uniquement du taux de croissance de la fissure. Il est évidemment dépendant du comportement du
matériau, i.e. du potentiel élastique et de la densité d’énergie de surface, et de la forme du cycle
de chargement. Pour un chargement et un matériau donnés, le potentiel de dissipation est donc
simplement une fonction D(`). ˙ Sur la vue du potentiel construit dans le problème de décollement
de film mince, on peut s’attendre à ce que ce potentiel soit une fonction de `˙ convexe, nulle en 0 et
à croissance linéaire à l’infini, cette dernière propriété permettant de retrouver la loi de GRIFFITH
pour des chargements suffisamment élevés. Cependant nous n’adopterons pas tout de suite ces
propriétés, mais discuterons par la suite de leur éventuelle nécessité. L’énergie potentielle P(`)
s’obtient en résolvant le problème d’élastostatique correspondant à la structure fissurée sur une
longueur `, soit Ω` , et soumise au chargement d’amplitude maximale caractérisé par l’ensemble
des champs admissibles C(`) et le travail des efforts extérieurs donnés F (v) :
Z
P(`) = min W (ε(v)(x))dx − F (v) . (8.7)
v∈C(`) Ω`
En présence de forces exercées non nulles, cette énergie potentielle de la structure à l’équilibre peut
ne pas être définie —en fait, l’infimum dans (8.7) est −∞— pour des longueurs de fissure trop
importantes, séparant la structure en plusieurs morceaux qui ne peuvent plus être en équilibre sous
le chargement exercé. Une fois une telle longueur atteinte, la structure est rompue et le problème
de la propagation ne se pose plus. En retour, cette possibilité d’énergie potentielle valant −∞
interdit que l’on pose le problème de la propagation en termes de recherche du minimum absolu
de l’énergie. Cette exigence doit être affaiblie en la recherche de minimum relatif. On est donc
conduit au problème incrémental suivant :
Cas général.
Quelques questions de fond se posent quand on essaie de généraliser la formulation varia-
tionnelle précédente au cas où le trajet spatial de la (ou des) fissure(s) n’est pas prédéfini. Les
principales difficultés et les solutions proposées sont les suivantes :
1. Il faut remplacer le paramètre ` par l’ensemble Γ des points de discontinuité caractérisant
l’état de fissuration. Le supplément de fissuration à chaque pas est donc la différence Γ \ ΓI .
2. Les ensembles Γ et ΓI sont a priori quelconques, mis à part le fait que Γ doit contenir ΓI
pour des raisons d’irréversibilité, Γ ⊃ ΓI .
3. L’énergie potentielle associée à l’état de fissuration Γ, soit P(Γ), s’obtient toujours par
résolution du problème d’élasticité posé sur la structure fissurée de Γ et soumise au charge-
ment d’amplitude maximale.
4. Chaque composante connexe de supplément de fissuration doit être comptée séparément dans
le calcul du potentiel de dissipation, sans quoi on tomberait sur des paradoxes physiquement
non acceptables. En conséquence le potentiel de dissipation de la structure dans l’état de
fissuration Γ s’écrit maintenant
!
X H1 (Γ \ ΓI )k
∆N D , (8.9)
∆N
k∈K(Γ\ΓI )
L’intérêt de cette formulation par rapport aux lois de fatigue habituelles est multiple :
1. On ne suppose rien a priori sur le nombre et la forme des fissures ;
2. On peut donc aussi bien étudier l’amorçage que la propagation. On remarque qu’il faut en
général 2 modèles —la mécanique de l’endommagement pour l’amorçage et la mécanique de
la rupture pour la propagation— pour rendre compte de la fissuration de fatigue. Ici, on
utilise un modèle unifié pour décrire l’amorçage et la propagation ;
3. On peut adapter les méthodes numériques développées par BOURDIN et al [8] dans le cadre
de la rupture fragile.
Définition 8.1.1 Une fonction D : R+ → R+ est dite sur-additive (resp. additive, sous-additive)
si on a, quels que soient x et y ∈ R+
Proposition 8.1.2 Pour que le potentiel de dissipation D introduit dans le problème incrémental
(8.10) permette la modélisation du phénomène de fatigue, i.e. pour que ΓI puisse être différent de
Γ1 pour I > 1, il faut que D ne soit pas une fonction additive ou sous-additive de la longueur de
fissure créée.
Preuve. Supposons que D soit une fonction additive ou sous-additive. Notons Γ1 l’état de fissu-
ration au premier pas de temps. En vertu de (8.10), il existe un voisinage B(Γ1 )1 tel que
!
X H1 (Γ1 \ Γ0 )k
P(Γ1 ) + ∆N D
∆N
k∈K(Γ1 \Γ0 )
!
X H1 (Γ \ Γ0 )k
≤ P(Γ) + ∆N D , ∀Γ ∈ B(Γ1 ). (8.11)
∆N
k∈K(Γ\Γ0 )
Montrons que Γ1 reste solution à tous les pas de temps. Pour I ≥ 1, l’énergie associée à Γ1 se
réduit à P(Γ1 ) puisqu’il n’y a pas de nouvelles longueurs fissurées. De plus, pour tout Γ ⊃ Γ1 , on
a Γ \ Γ0 = (Γ \ Γ1 ) ∪ (Γ1 \ Γ0 ) et toute composante connexe de Γ \ Γ1 ou de Γ1 \ Γ0 est incluse
dans une composante connexe de Γ \ Γ0 . Du fait de l’hypothèse de sous-additivité, on a
! ! !
X H1 (Γ \ Γ0 )k X H1 (Γ \ Γ1 )k X H1 (Γ1 \ Γ0 )k
D ≤ D + D .
∆N ∆N ∆N
k∈K(Γ\Γ0 ) k∈K(Γ\Γ1 ) k∈K(Γ1 \Γ0 )
(8.12)
En reportant cette inégalité dans (8.11), il vient
!
X H1 (Γ \ Γ1 )k
P(Γ1 ) ≤ P(Γ) + ∆N D , ∀Γ ∈ B(Γ1 ), (8.13)
∆N
k∈K(Γ\Γ1 )
Conséquence 8.1.3 En pratique, on supposera donc que le potentiel de dissipation est une fonc-
tion nulle en 0, croissante, sur-additive et à croissance linéaire à l’infini.
potentiel de la réunion des surfaces nouvellement fissurées, le problème posé sur l’ensemble des n
structures se présenterait comme suit (en admettant que la fissuration est identique dans chaque
structure) :
nH1 (Γ \ ΓI )
Minimiser nP(Γ) + ∆N D sur {Γ : Γ ⊃ ΓI }. (8.14)
∆N
La solution dépend évidemment de n sauf si D est linéaire, ce qui n’est le cas que dans la théorie
de GRIFFITH. Par contre en découpant les nouvelles surfaces fissurées en composantes connexes,
alors la solution redevient indépendante de n.
On peut aussi avancer des arguments physiques en faveur de ce découpage. Dans le problème de
décollement de film mince, on voit clairement dans la construction du potentiel de dissipation que
celui-ci est attaché au fond de fissure. On le construit en résolvant un problème local qui consiste
à trouver une évolution “stationnaire” de la zone d’amorçage cycle après cycle, en imposant un
chargement cyclique portant sur le taux de restitution d’énergie macroscopique. En extrapolant,
on peut considérer que chaque pointe de fissure dissipe sa propre énergie en avançant, sans se
préoccuper des autres pointes —sauf quand les pointes coalescent.
˙ = D `˙p + · · ·
D(`)
142 Chapitre 8. Formulation variationnelle des lois de fatigue limites
Conséquence 8.2.1 Comme, d’après la Proposition 8.1.2, l’énergie de surface ne doit pas être
une fonction additive ou sous-additive pour pouvoir rendre compte de la propagation d’une fissure
de fatigue, on obtient alors le critère sur p suivant
On note enfin que l’énergie de surface ainsi exprimée possède les “bonnes propriétés” : elle est
nulle lorsque `˙ = 0, positive et strictement croissante avec ` pour tout ` ≥ `I , I ≥ 0.
Remarque 8.2.2 : Le principal problème lié au choix d’une telle expression de l’énergie de surface
est de pouvoir l’expliquer “physiquement”. Il n’est en effet pas intuitif que celle-ci croı̂t comme
une loi puissance.
Une première réponse pourrait être donnée à partir d’études réalisées essentiellement sur le bois,
voir MOREL et al [49].
La prise en compte d’une loi d’échelle pour décrire la rugosité de la morphologie des surfaces de
fissures aboutirait à une telle approche. Un travail complémentaire permettant de rapprocher ces
deux travaux reste à réaliser.
1
– si 0 < α < 2, la singularité est dite forte et il y a fissuration progressive dès la mise en
charge.
– si 12 < α, la singularité est dite faible et il y a fissuration brutale pour une valeur finie non
nulle de la charge.
8.2. Application : énergie de surface en loi puissance 143
On va voir que pour la fissuration de fatigue les singularités jouent également un rôle essentiel
notamment dans l’initiation d’une fissure. Ainsi pour rendre compte du phénomène d’endurance
(i.e. pour que la structure ne se fissure pas même après un nombre de cycles infini), il faut com-
parer l’énergie d’une structure saine sans singularité avec celle d’une structure fissurée.
Pour ce faire, on énonce un résultat important obtenu par LEGUILLON [43]. Celui-ci propose, à
l’aide de la méthode des développements asymptotiques raccordés, une estimation de la restitu-
tion d’énergie élastique provoquée par un défaut de petite taille.
Proposition 8.2.3 (D. LEGUILLON, 1989). Soit une fissure de longueur `, supposée petite, placée
au voisinage d’un point singulier x0 où la singularité est en rα . Alors l’énergie élastique associée
à la longueur fissurée (`0 + `) est donnée par :
Dans ce cadre, l’énergie totale d’une structure contenant une petite fissure d’amorçage de longueur
` s’exprime par
p
2α `
E(`) = −K` + ∆N D . (8.18)
∆N
Le principe de minimisation entraı̂ne
2αK
`p−2α = (∆N )p−1 . (8.19)
pD
1<p<2 (8.20)
144 Chapitre 8. Formulation variationnelle des lois de fatigue limites
L’énergie totale étant donnée par (8.19) en imposant α = 1, le principe de minimisation de l’énergie
conduit à une relation entre le taux de fissuration d`/dN et la longueur fissurée `
2K 1/(p−1) 1/(p−1)
d` ∆`
∼ = ` = C1 `1/(p−1)
dN ∆N pD
où C1 est une constante réelle positive.
Après intégration, on obtient alors, après avoir introduit le paramètre positif
β = (2 − p)/(p − 1) 0 < β < +∞,
`−β
0 −`
−β
= C2 N (8.21)
Ainsi pour une valeur de la longueur de la fissure ` assez grande, on obtient un temps Na à partir
duquel l’hypothèse de petite fissure n’est plus réaliste
1
Na = . (8.23)
C2 `β0
On définit Na comme étant, en quelque sorte, le temps critique nécessaire pour faire évoluer la
fissure d’état de microfissure à celui de macrofissure.
8.2. Application : énergie de surface en loi puissance 145
Ainsi
– plus le chargement maximal à chaque pas de temps est important, moins Na est grand
– plus la longueur initiale de la microfissure est importante, plus Na est faible
– plus p est grand (et donc β petit), plus Na est grand.
d` 1
= 1/(p−1)
G (`(N ))1/(p−1) (8.25)
dN (pD)
– si G est une fonction décroissante de la longueur de fissure (i.e. si l’énergie élastique est
convexe), alors le taux de fissuration diminue au cours du temps. C’est notamment ce que
l’on observe dans l’essai de décollement d’un film mince (voir Chapitre 3 à 6).
– si G est une constante (i.e. si l’énergie élastique est linéaire), alors la fissure augmente du
d`
même pas de longueur à chaque pas de temps et dN est une droite.
– si G est une fonction croissante de ` (i.e. si l’énergie élastique est concave), alors à chaque
pas de temps, il y a accélération de la fissuration ce qui conduit à une évolution instable de
la fissure.
146 Chapitre 8. Formulation variationnelle des lois de fatigue limites
Par identification de (8.26) et (8.25), relations donnant l’évolution de la fissuration par fatigue
respectivement par la loi de PARIS et par le modèle variationnel, on obtient un nouvel encadrement
de la puissance p
4/3 ≤ p < 2. (8.27)
Conséquence 8.2.5 Si on impose à p les valeurs données par (8.20), on obtient alors pour la
puissance m intervenant dans la loi de PARIS
On retrouve alors la borne inférieure 2 qui nous est donnée dans la littérature.
½ ¾
Fig. 8.3 – Bi-matériau avec entaille.
La structure est entaillée en son extrémité et encastrée à l’autre. Les deux bords latéraux du
matériau 1 sont soumis à un chargement cyclique (d’amplitude constante VM ) de type déplacement
8.2. Application : énergie de surface en loi puissance 147
imposé de sorte que l’on puisse considérer que la structure n’est sollicitée qu’en mode d’ouverture
de fissure. Sous l’action de ce chargement, une fissure de fatigue apparaı̂t en front d’entaille et se
propage de façon rectiligne le long de la structure.
On souhaite évaluer théoriquement puis numériquement l’évolution de la fissure lors de la discon-
tinuité du matériau.
Considérations théoriques
Z L 1
2 pD p−1
N L − N L −γ = d`. (8.28)
2 2 L
−γ G(`)
2
où γ ≥ `.
En supposant que l’évolution de la fissure est progressive et que la longueur fissurée à chaque pas
de temps ∆N est infime (ce qui est réaliste dans le cadre de la fatigue polycyclique), on peut alors
appliquer la formule de LEGUILLON (8.17) et exprimer ainsi l’énergie élastique pour une longueur
` < L/2 (mais ` ∼ L/2) de fissure
2α
L
P(`) = P(L/2) + K −` K > 0.
2
Z L 1
2 pD p−1
N L − N L −γ = d`.
2 2 L
2
−γ (2α K (L/2 − `))2α−1
2α−1 L
– si l’intégrale est convergente, i.e. si p−1 < 1, la rupture du “tronçon” 2 − γ est obtenue en
un temps N L − N L −γ fini.
2 2
Ceci veut donc dire que pour des valeurs de la singularité telles que 2α > p, i.e. α > p/2 et donc
une singularité faible à l’interface (car 1 < p < 2), la fissuration peut s’arrêter.
Dans notre problème de bi-matériau soumis à un chargement cyclique, la présence du matériau 2
très rigide derrière le matériau 1 entraı̂ne une singularité faible à l’interface et peut donc conduire
à l’arrêt de la fissuration. C’est ce qu’on va tenter de montrer numériquement.
148 Chapitre 8. Formulation variationnelle des lois de fatigue limites
Résolution numérique
L’étude numérique de ce problème a été réalisée à l’aide du code de calcul Mentat/Marc.
On considère une entaille de profondeur 0.1, la structure ayant une longueur de 2 et le matériau
2 une longueur de 0.9.
Il s’agit dans un premier temps de réaliser un maillage de la structure : on privilégie un maillage
très fin sur toute la ligne de fissuration et au niveau de l’interface matériau 1/matériau 2 et ce
afin d’optimiser les résultats.
Pour déterminer l’allure de l’énergie élastique au cours de la propagation de la fissure, on place sur
la ligne de fissure des nœuds dédoublés, puis on relève la valeur de l’énergie élastique de chaque
état de la structure en les collant au fur et à mesure. Ainsi on procède “à l’envers” : on a une
structure fissurée qu’on recolle petit à petit. On obtient la courbe représentée Figure 8.4. Comme
4.00
3.50
3.00
Énergie élastique
2.50
2.00
1.50
1.00
0.50
0.00
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2 1.4 1.6 1.8
Longueur de la fissure
numérique, on obtient l’évolution de la longueur de fissure au cours du temps. Sur la Figure 8.5,
on note qu’il faut,0.50 comme attendu, plus de tempsVM = 0.2,
pour ! = 0.2
fissurer le matériau 2 (N ∼ 200) que
0.40
pour fissurer le matériau 1 (N ∼ 50). De plus il apparaı̂t clairement un palier en x = 0.9, i.e. à
0.30
l’interface : il y a quasiment arrêt de la fissuration comme prévu par la théorie.
0.20
0.10
0.00
0 20 40 60 80 100 120 140 160 180 200
Nombre de cycles
8.2. Application :0.8
2.00
1.80
1.60
Longueur de la fissure
1.40
1.20
1.00
0.80
0.60
0.40
0.20
0.00
0 50 100 150 200 250
T
5
150 Chapitre 8. Formulation variationnelle des lois de fatigue limites
Conclusion
L’objectif de cette étude était d’étendre aux chargements non monotones la formulation varia-
tionnelle de la Rupture amorcée initialement par FRANCFORT et MARIGO dans [32].
À partir d’un exemple “académique” —le décollement d’un film mince inextensible et parfaitement
flexible— et en considérant les trois “ingrédients” suivants
– une variable irréversible rendant compte de l’accumulation du saut de déplacement sur les
lèvres de la fissure,
3. elle peut être utilisée a priori avec n’importe quel spectre de chargement.
151
152 Chapitre 8. Formulation variationnelle des lois de fatigue limites
de fatigue limites de type PARIS et des lois puissances lorsque le taux de restitution d’énergie
est faible. De même, les travaux de CHARLOTTE et al [12] sur l’extension à la dynamique de
l’approche variationnelle de la Rupture peuvent permettre d’envisager de coupler les phénomènes
de dynamique et de fatigue. Dans l’exemple du décollement d’un film, on pourrait ainsi étudier
les vibrations du film soumis à un chargement cyclique.
Une autre étude intéressante serait de considérer des lois de comportement élasto-plastiques. On
a en effet vu au Chapitre 1 l’influence importante que pouvait avoir la zone plastique entourant
la pointe de la fissure notamment lors des surcharges. On sait également que la présence de cette
zone plastique modifie le taux de croissance des fissures “courtes”. Il faudrait donc déterminer si
l’approche variationnelle de la fatigue est capable de capter ces effets.
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153
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