Cours - Economie Numérique L1
Cours - Economie Numérique L1
UNION-DISCIPLINE-TRAVAIL
UNIVERSITE ISLAMIQUE AL-FOURQANE DE COTE D’IVOIRE
Dr COMOE Anzoumana
Email :[email protected]
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Introduction générale
I- Définition de l’économie
II- Définition de l’économie numérique
I- La mobilité
1-1- La mobilité des biens incorporels
1-2- La mobilité des utilisateurs
1-3- La mobilité des fonctions de l’entreprise
II- L’exploitation des données
III- Les effets réseau
IV- Les modèles économiques multi-faces
V- Une tendance au monopole ou à l’oligopole
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Introduction générale
Contexte
Au début des années 90, le domaine informatique lié à l’économie était connue sous
l’appellation de « la nouvelle économie » que l’on a appelé « la bulle internet »pendant
plusieurs années. Cette discipline occasionnera l’avènement de plusieurs sociétés de services
informatiques et provoquant le changement de comportement des agents économiques
(banquier, sociétés de bourse, investisseurs, employé, agent de notations, autorités de contrôle
des marchés financiers, etc). Mais, cette bulle entrainera d’énormes dégâts notamment la
faillite de plusieurs entreprises à travers le monde sous la forme d’un krach boursier, dont les
répercussions finiront à l’époque par toucher l’économie réelle.
- Au niveau du développement
-l’économie numérique vise à contribuer à la qualité des produits et services par une meilleure
efficacité des activités de recherche et de développement, de production et de management.
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- Au niveau du progrès pour les activités internes
-Communiquer plus facilement, plus efficacement, pouvoir être en relation avec un plus grand
nombre d’agents économique
-Accéder plus facilement et plus efficacement à des informations externes plus nombreuses,
mieux connaitre son environnement
-Gérer plus facilement les échanges d’information avec les clients, les utilisateurs, les
fournisseurs, les banques et les organisations publiques
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Chapitre 1 : Concepts de l’économie numérique
I-Définition de l’économie
Le mot économie a une origine grecque, oikonomos, il signifie « celui qui gère la maison ». A
première vue, cette étymologie peut paraitre surprenante, mais en réalité les ménages et les
économies ont beaucoup de choses en commun.
Un ménage fait face fait à de nombreuses décisions. Il doit décider qui effectue quelles tâches
et ce que chacun reçoit en retour : qui prépare le diner ? Qui lave le linge ? Qui aura une
tranche de gâteau supplémentaire à l’heure du thé ? Qui choisit le programme télévisé ? En
bref, le ménage doit allouer ses ressources rares entre ses différents membres en prenant en
compte les capacités, les efforts et les souhaits de chacun.
Au même titre qu’un ménage, une société est confrontée de nombreuses décisions. Une
société doit décider des emplois nécessaires et qui les occupera. Elle a besoin de personnes
qui produisent de la nourriture, d’autres qui confectionnent des vêtements et d’autres encore
qui créent des logiciels. Une fois que la société a affecté les hommes (ainsi que la terre , la
bâtiments et les machines) aux différents emplois, elle doit aussi répartir les quantités de biens
et de services produits. Elle doit décider qui mange du caviar et qui mange des pommes de
terre. Elle doit décider qui conduit une Jaguar et qui prend le bus.
La gestion des ressources de la société est importante car les ressources sont rares. La rareté
signifie que les ressources existent en quantités limitées et que la société ne peut pas produire
tous les biens et services souhaiteraient avoir. De la même manière qu’un ménage ne peut pas
donner à chacun de ses membres tout ce qu’il désire, une société ne peut pas faire accéder
chaque individu au niveau de vie auquel il aspire.
L’économie est l’étude de la manière dont la société gère ses ressources rares. Dans la plupart
des sociétés, les ressources sont distribuées non pas par un planificateur central unique mais
par les actions combinées de millions de ménages et de firmes. Ainsi, les économistes
étudient comment les individus prennent leurs décisions : combien d’heures ils travaillent, ce
qu’ils achètent, combien ils épargnent et comment ils investissent leur épargne. Les
économistes étudient aussi comment les individus interagissent les uns avec les autres.Par
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exemple, ils examinent comment la multitude d’acheteurs et de vendeurs d’un bien détermine
le prix auquel le bien est vendu et en quelle quantité. Finalement les économistes analysent les
forces et les tendances qui affectent l’économie dans sa globalité, incluant la croissance du
revenu moyen, la part de la population qui ne peut pas trouver de travail et le taux auquel les
prix augmentent. Cette analyse sur la notion de l’économie nous permettra de l’appliquer sur
le domaine numérique.
Le terme économie numérique est la conjonction de deux termes polysémiques en ce sens que
chacun des deux peut revêtir plusieurs significations selon les préoccupations du spécialiste
qui y jette son regard (pour l’économie) ou le domaine d’application (pour le numérique). Du
latin numerus ou nombre, le numérique renvoie à toute représentation de l’information par un
nombre fini de valeurs discrètes.
Il importe de souligner que si le vocable est nouveau, il n’en est pas de même de la
signification à laquelle il renvoie. En effet, l’émergence et le développement fulgurant des
technologies de l’information et de la communication, ainsi que leur intervenions dans tous
les secteurs d’activités, sont le fruit d’un long processus qui a revêtu plusieurs formes et qui a
contribué progressivement à imprimer une nouvelle trajectoire à l’économie mondiale qui
aboutit, de nos jours, à ce qui est convenu d’appeler « économie numérique ».
-Le secteur d'activité économique relatif aux TIC et à la production et à la vente de produits et
services numériques. Il renvoie par conséquent à des réalités différentes (NTIC, commerce
électronique ou e-commerce, commerce mobile ou m-commerce, économie électronique,
nouvelle économie, etc.), qu’il tente d’englober dans une seule et même sémantique.
Toutefois, l’on peut s’accorder de manière consensuelle et minimaliste sur le fait que
l’économie numérique peut être définie comme l’ensemble des activités économiques
créatrices de valeurs et d’emplois et qui sont liées au numérique.
Le mariage des deux concepts (économie et numérique) désigne ainsi le secteur d’activité
économique relatif aux technologies de l’information et de la communication notamment à la
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production et la vente de biens, services et contenus numériques. Il englobe, les services de
télécommunications, l’audiovisuel, l’industrie du software, les réseaux informatiques, les
équipements informatiques et télécoms, les services d’ingénierie informatique, les services et
contenus en ligne, … etc.
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Chapitre 2 : Les acteurs de l’économie numérique
Tout secteur d’activité économique regorge des acteurs dans son processus de
fonctionnement. Au niveau de l’économie numérique nous retenons les producteurs de
technologies, les utilisateurs de TIC et le contenu numérique.
Ce sont les secteurs dont les activités s'exercent dans les domaines de l'informatique, des
télécommunications et de l'électronique.
Formé à partir des mots logique et matériel, le mot logiciel a été inventé en 1969 pour
remplacer le terme anglais software. Il désigne l'ensemble des programmes et des procédures
nécessaires au fonctionnement d'un système informatique : c'est lui qui indique à
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l'ordinateur comment effectuer les tâches. Chaque logiciel est conçu pour fonctionner dans un
environnement matériel donné. On peut distinguer les logiciels systèmes (Windows,
MacOs, Linux...), qui jouent un rôle d'interface entre le matériel (hardware) et les logiciels
d'application, qui sont dédiés à des tâches spécifiques. Le logiciel est le régulateur de
l’ordinateur, l’ordinateur est composé de matériel et de logiciel.
1-3-Les télécommunications
Des secteurs aussi variés que le commerce de détail, la logistique et l’enseignement ont été
transformés et continuent d’être transformés par suite de la diffusion des TIC :
2-1-Le commerce de détail
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gérer la logistique et de fournir les magasins en produits, non sans un impact positif et
significatif sur la productivité.
Le secteur de la logistique a été transformé par l’économie numérique, qui permet le suivi des
véhicules et des marchandises à travers les continents, la fourniture d’informations à la
clientèle et le développement de nouveaux processus opérationnels comme les livraisons en
flux tendu dans le secteur manufacturier. La télémétrie permet aussi de maximiser la
rentabilité du carburant, d’utiliser le réseau de transport de la façon la plus efficiente et
d’appuyer les activités d’entretien du parc. L’information collectée par les véhicules peut
aussi servir à créer des ensembles de données ayant une valeur commerciale.
De plus en plus, les banques, les compagnies d’assurance et d’autres sociétés, y compris les
prestataires de services de paiement non traditionnels, permettent à leurs clients de gérer leurs
finances, d’effectuer des transactions et d’accéder à de nouveaux produits
en ligne, même si elles continuent à utiliser leurs agences pour effectuer une partie des
opérations. Une meilleure utilisation des données permet aussi qu’il y ait davantage d’avis et
de suggestions des clients et de produits associés comme les analyses de dépenses
personnalisées, qui peuvent être utilisées pour générer des recettes publicitaires. L’économie
numérique facilite aussi l’étude des indices et la gestion des portefeuilles d’investissement, et
elle a rendu possibles certaines activités spécialisées comme les transactions à haute
fréquence.
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2-5-L’enseignement
3-1- Le E-commerce
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ou services peuvent ne pas se faire en ligne. La transaction de commerce électronique peut se
faire entre entreprises, ménages, particuliers, administrations ou autres organismes publics ou
privés » (OCDE, 2011).
Le commerce électronique peut servir soit à faciliter les commandes de biens ou de services
qui seront ensuite fournis par les canaux traditionnels (commerce électronique indirect ou
hors ligne), soit à commander et à livrer des biens ou des services par voie purement
électronique (commerce électronique direct ou en ligne).
Les services en ligne sont peu étudiés dans leur globalité. Le service le plus expérimenté et
analysé est le bureau virtuel. Il se définit comme le regroupement en un espace unique des
différents services en ligne personnalisés et sécurisés : messagerie électronique, forum, chat,
blog, zone de stockage de documents, etc. Les différents usages peuvent avoir une ou
plusieurs finalités :
- Pédagogiques,
-Administratives ou de gestion,
-De communication,
-Documentaires.
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et public. Cependant, selon les conditions d'utilisation de ces services il s'agit généralement
d'une licence restrictive, c’est à dire un droit d'écoute. Contrairement à un support physique
comme un CD, il n'est pas possible de revendre le morceau ou l'album acheté.
On pourrait croire qu’une fois la question de la définition du concept de jeu réglée, celle du
jeu vidéo irait de soi, comme la bande dessinée, le jeu vidéo semble porter sa définition dans
son nom. Mais c’est un jeu dont la spécificité serait de se dérouler sur un écran vidéo en
permettant des interactions avec les joueuses via un dispositif algorithmique. Pourtant, le
concept même de jeu vidéo a suscité lui aussi un débat au fur et à mesure que les jeux vidéo
sont devenus des objets de recherche. Ces questions de définition ont en effet eu un rôle
central dans l’émergence d’un champ d’études consacrées spécifiquement aux jeux vidéo
(les game studies) puisqu’il semblait indispensable de circonscrire précisément l’ensemble
des jeux vidéo pour élaborer une théorie de ces objets. Dans cette optique, les jeux ont
souvent été définis comme des artefacts, c’est-à-dire des systèmes de règles permettant
l’émergence de nombreuses possibilités d’action dont certaines sont valorisées parce qu’elles
mènent à la victoire et les critiques de cette approche des games studies ont ainsi été amenées
à reposer la question de la définition des jeux et des jeux vidéo.
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I-La mobilité
Les avancées des TIC et la connectivité accrue qui caractérisent l’économie numérique font
que les utilisateurs, de plus en plus souvent, peuvent exercer des activités commerciales à
distance tout en traversant les frontières. Un individu peut, par exemple, résider dans un pays,
acheter une application au cours d’un séjour dans un deuxième pays, et utiliser cette
application depuis un troisième pays. Les problèmes posés par la mobilité croissante des
consommateurs sont exacerbés par la capacité d’un grand nombre d’entre eux d’utiliser des
réseaux virtuels personnels ou des serveurs mandataires qui peuvent, intentionnellement ou
non, masquer le lieu géographique de la vente finale. Le fait qu’un grand nombre
d’interactions sur l’Internet restent anonymes peut rendre plus difficiles encore l’identification
et la localisation des utilisateurs.
Comme on l’a vu, les progrès des télécommunications, des logiciels de gestion de
l’information et des micro-ordinateurs ont fait baisser de façon significative les coûts
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d’organisation et de coordination d’activités complexes sur de longues distances. C’est ce qui
permet de plus en plus aux entreprises de gérer leurs activités internationales de façon
intégrée, à partir d’un postede commande qui peut être géographiquement éloigné aussi bien
des sites sur lesquels leurs activités ont lieu que de ceux de leurs fournisseurs ou de leurs
clients.Une des conséquences de ces évolutions est la capacité accrue d’accéder à des marchés
distants, qui a augmenté considérablement la possibilité de fournir des biens et des services
par-delà les frontières. C’est ce qu’illustre la croissance considérable du commerce
international des services des TIC depuis quelques années.
Dans l’économie numérique, il arrive souvent que les entreprises collectent des données sur
leurs clients, leurs fournisseurs ou leurs opérations. Ainsi, l’utilisation d’un produit ou d’un
service peut donner lieu à la collecte par l’entreprise de données sur l’utilisateur qui auront de
la valeur pour elle, lui permettant d’améliorer les produits ou les services existants ou de
fournir des produits ou des services à un autre groupe de clients. Les données peuvent être
personnalisées ou non et être obtenues de différentes manières. Concernant les données
personnalisées, comme mentionné dans le peuvent être obtenues directement auprès des
clients (par exemple, lors de l’inscription à un service en ligne), observées (par exemple, en
enregistrant les préférences de navigation sur l’Internet, les coordonnées géographiques, etc.),
ou déduites d’une analyse faisant intervenir aussi d’autres données. Des sources comme les
transactions financières mobiles ou en ligne, le trafic des médias sociaux et les coordonnées
GPS produiraient chaque jour plus de 2.5 exa-octets (milliards de giga-octets) de données
(Forum économique mondial, 2012). Cependant, la ligne de séparation entre données
personnelles et non personnelles n’est pas toujours évidente, sachant que les données obtenues
auprès de diverses sources publiques et privées seront souvent combinées pour créer de la
valeur. Une étude récente quantifie la valeur de l’économie du marketing fondé sur les
données Data-Driven Marketing Economy, ou DDME et analyse les revenus générés pour
l’économie des États-Unis. Il en ressort que la DDME représentait un supplément de recettes
de 156 milliards USD pour l’économie américaine en 2012 et que la valeur réelle des données
réside dans leur application et leur échange dans la DDME (Data-Driven Marketing Institute,
2013).
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On entend par « effets de réseau » l’impact direct que les décisions des utilisateurs du réseau
peuvent avoir sur l’avantage que le réseau procure aux autres utilisateurs. Un exemple simple
est l’apparition du télécopieur.
Alors qu’un télécopieur seul n’avait aucune utilité, les gens qui ont fait le choix
d’en acheter un ont profité de la décision antérieure d’autres personnes de s’équiper d’un
télécopieur, dans le sens où cette nouvelle technologie leur a permis de communiquer avec un
réseau existant de correspondants potentiels.
Ces effets de réseau constituent un aspect important d’un certain nombre d’activités au sein de
l’économie numérique. Ils sont observés chaque fois que la compatibilité avec les autres
utilisateurs est importante, même lorsque la principale finalité d’une technologie particulière
n’est pas d’avoir des échanges avec des correspondants. Ainsi, par exemple, davantage de
logiciels sont conçus pour un système d’exploitation lorsqu’il a été largement adopté, avec
des conséquences positives pour l’expérience de l’utilisateur. Ces effets sont ce que l’on
appelle des externalités positives, qui se rapportent à des situations dans lesquelles un
individu profite des actions d’autres individus sans qu’il y ait une compensation explicite.
Lorsque le nombre de personnes participant
à un réseau social augmente, par exemple, le bien-être des personnes qui y sont déjà s’en
trouve accru, même en l’absence de compensation explicite.
Les externalités peuvent aussi être négatives. Par exemple, lorsqu’un nombre croissant
d’individus utilisent un réseau de communications au même moment, la congestion qui en
résulte peut faire diminuer la valeur du réseau pour chaque utilisateur, sans qu’il y ait de
compensation entre les parties affectées (Easley et Kleinberg, 2010). Certains effets de réseau
sont liés à l’utilité marginale relative d’un utilisateur par rapport à un autre : plus les
utilisateurs sont nombreux, plus il y a de valeur créée. Un exemple simple est celui d’un site
de partage de médias, sur lequel tout le contenu est généré par les utilisateurs, l’expérience
utilisateur étant enrichie par l’arrivée de nouveaux utilisateurs qui partagent du contenu. Un
modèle économique qui encourage l’interactivité entre les utilisateurs tend à encourager ces
effets de réseau. Ainsi, dans certains modèles, les effets de réseau proviennent d’un avantage
concurrentiel tiré de la masse critique des acheteurs et des vendeurs. Un site de vente au détail
peut développer une architecture qui incitera les utilisateurs à critiquer et à étiqueter les
produits. Les critiques renforcent la capacité des utilisateurs de faire des choix éclairés, et
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l’étiquetage des produits leur permet de trouver plus facilement des produits correspondant à
ce qui les intéresse.
Un modèle multi-faces est un modèle fondé sur un marché sur lequel des groupes distincts
d’individus interagissent grâce à un intermédiaire ou à une plateforme. Les décisions de
chaque groupe d’individus ayant un impact sur la situation des autres groupes, c’est-à-dire
une externalité positive ou négative. Dans un modèle économique multi-faces, les prix
facturés aux membres de chaque groupe reflètent les effets de ces externalités. Si les activités
des uns créent une externalité positive pour les autres (par exemple, davantage de clics par
utilisateur sur des liens financés par les annonceurs), alors les prix
pratiqués à l’égard de ces derniers pourront être augmentés.
Un exemple de modèle multi-faces caractérisé par des externalités positives pour différentes
parties du marché est le système des cartes de paiement, dont l’intérêt pour les commerçants
augmente avec le nombre de consommateurs qui utilisent la carte, et l’intérêt pour les
consommateurs augmente avec le nombre de commerçants acceptant la carte. De même,
l’intérêt d’un système d’exploitation pour les utilisateurs finals s’accroît avec le nombre de
logiciels compatibles avec ce système, et son intérêt pour les développeurs de logiciels
augmente avec le nombre d’acheteurs potentiels de leurs logiciels qui utilisent ce système.
Une externalité négative pour une partie, engendrée par une autre partie (p.ex. l’affichage de
bandeaux publicitaires importuns ou peu attrayants) peut être compensée par une baisse du
prix, ou même par la gratuité, voire par une récompense pour les utilisateurs. Un exemple
classique dans lequel une partie subit des externalités négatives provenant de la participation
de l’autre partie est celui du secteur des médias. En l’occurrence, une entreprise attire les
utilisateurs en leur proposant un contenu (une émission de télévision ou de radio, un
magazine, une publication spécialisée, un annuaire ou un journal) gratuitement ou pour un
prix inférieur au coût de production. Elle diffuse des annonces publicitaires à l’attention de
ses lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs, et touche pour cela une rémunération versée par les
annonceurs. Ou bien, elle peut toucher des recettes de la vente d’informations sur ses lecteurs,
auditeurs ou téléspectateurs aux parties intéressées.
L’essor de l’économie numérique a rendu les modèles économiques multifaces plus courants
dans un contexte transfrontalier. De ce point de vue, il convient de remarquer deux
caractéristiques essentielles de ces modèles dans l’économie numérique :
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• La flexibilité : La nature de l’information numérique et l’infrastructure de l’Internet
facilitent grandement la conception et la mise en œuvre de modèles multi-faces. Des
ressources comme le contenu, les données sur les utilisateurs et le code exécutable peuvent
être stockées pour créer de la valeur longtemps après qu’elles ont été produites. Cette
spécificité des ressources numériques en fait un actif dans les modèles économiques avec
lesquels les différents versants du marché peuvent être créés puis adaptés dynamiquement à
l’évolution de la technologie, à la plus récente expression de la demande des consommateurs
et à la position de l’entreprise sur le marché. En outre, comme indiqué ci-dessous, la
technologie numérique a amélioré la capacité de collecter, d’analyser et de manipuler les
données sur les utilisateurs et sur le marché, ce qui a permis à des plateformes de valoriser,
pour un versant du marché, la participation de l’autre versant.
Sur certains marchés, surtout lorsqu’une entreprise est le premier acteur à s’imposer sur un
marché qui n’est pas encore parvenu à maturité, les effets de réseau dans un contexte de
faibles coûts marginaux peuvent permettre à une entreprise d’atteindre en très peu de temps
une position dominante. Cette capacité de s’imposer peut se trouver renforcée lorsqu’un
brevet ou autre droit de propriété intellectuelle confère à une des entreprises en concurrence le
pouvoir exclusif d’exploiter une innovation particulière sur un marché donné.
L’impact de ces effets de réseau aboutit généralement à ce résultat, par exemple lorsque des
entreprises constituent une plateforme ou un marché sur
lequel les utilisateurs situés d’un côté du marché préfèrent ne recourir qu’à un seul
fournisseur, si bien que la valeur, pour ces utilisateurs, est augmentée lorsqu’une norme
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unique est choisie, et le prix pouvant être facturé à l’autre côté du marché est réévalué car la
plateforme devient le seul moyen d’accès pour les utilisateurs en question.
La facilité d’adoption d’une nouvelle plateforme a fait que certains acteurs, compte tenu des
choix des consommateurs et des effets de réseau, ont pu atteindre extrêmement vite une
position dominante sur le marché. Dans certains cas, malgré la volatilité évoquée ci-dessous,
les entreprises ont pu exploiter cette situation pour renforcer leur position dominante. Sur les
marchés qui présentent cette tendance, les effets de réseau sont amplifiés. Il convient
cependant de noter qu’au sein de l’économie numérique, plusieurs réseaux peuvent
fonctionner de façon simultanée, avec pour conséquence que la concurrence sur un marché
monopolistique, bien souvent, peut être influencée par d’autres marchés, ce qui peut aboutir,
compte tenu d’une réduction des barrières à l’entrée, à modérer le pouvoir de monopole sur le
premier marché.
VI- La volatilité
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Références bibliographiques
Colin Nicolas, Landier Augustin, Mohnen Pierre et Perrot Anne, (2015), Economie
numérique, les notes du conseil d’analyse économique, N°26
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OCDE, (2014), Relever les défis fiscaux posés par l’économie numérique
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