Securité-Alimentaire These
Securité-Alimentaire These
Thèse
Doctorat en agroéconomie
Philosophiæ doctor (Ph. D.)
Québec, Canada
Thèse
Aurelas B. TOHON
L’objectif de cette thèse est d’explorer l’impact des politiques commerciales et de soutien à
l’agriculture sur la sécurité alimentaire. Elle s’intéresse plus particulièrement aux pays en
développement et émergents en tenant compte de l’importance du secteur agricole dans
ces pays. Les politiques commerciales et de soutien à l’agriculture y sont généralement très
variées et cette variété pourrait se traduire en des résultats en termes de sécurité alimen-
taire. Nous voulons savoir si et dans quelle mesure la variabilité temporelle des politiques
sus-indiquées affecterait les disponibilités alimentaires ou la dépendance aux importations
alimentaires. Pour cela, nous utilisons la littérature théorique et empirique et, testons les
modèles d’analyse empirique.
Dans le chapitre 1, nous passons en revue le concept de sécurité alimentaire et ses instru-
ments de mesure. Si plusieurs définitions sont proposées pour la sécurité alimentaire, l’idée
dans ce chapitre est d’identifier les instruments simples sur lesquels l’action politique natio-
nale et internationale pourrait se concentrer pour la fixation d’objectifs en termes de sécurité
alimentaire dans les pays en développement. Notre analyse suggère une pluralité d’instru-
ments, évoluant selon les angles ou dimensions d’analyse de la sécurité alimentaire. Parmi
eux, nous distinguons les mesures des disponibilités alimentaires ou encore, celles de dépen-
dance aux importations de produits alimentaires que nous empruntons comme mesures ou
indicateurs de sécurité alimentaire dans le cadre de ce travail.
Dans le chapitre 2, nous avons fait une revue de la littérature sur, d’une part, la relation entre
les politiques commerciales et les dimensions de la sécurité alimentaire, d’autre part, entre
les mesures de soutien à l’agriculture et les dimensions et/ou indicateurs de la sécurité ali-
mentaire. Si dans le premier cas, nous avons conclu à l’importance de la production agricole
dans l’analyse d’une telle relation, nous avons constaté, dans le second cas, qu’étant donné
la variété des mesures de soutien à l’agriculture, la complexité dans le calcul d’un indicateur
unique de soutien à l’agriculture et, le classement qui est fait des mesures en ce qui concerne
des distorsions qu’elles pourraient créer, leur effet sur la sécurité alimentaire serait variable.
Ces différents développements ont permis de proposer différents canaux par lesquels ces
deux types de politiques affecteraient la sécurité alimentaire.
Dans le chapitre 3, nous avons testé empiriquement, sur la base d’une approche de modéli-
iii
sation en plusieurs étapes, l’impact du dégré d’ouverture commerciale sur les disponibilités
alimentaires. Nos résultats révèlent que l’ouverture commerciale et la production ont un ef-
fet positif sur ces dernières. Cependant, l’effet de l’interaction entre ces deux variables est
non significatif. Si nos résultats confirment également l’importance des facteurs de produc-
tion agricole, des niveaux de production des autres secteurs de l’économie et, de la volatilité
des prix aux producteurs dans les résultats de production agricole, ils révèlent également,
outre les facteurs traditionnels, le rôle des libertés économiques dans les décisions d’ouver-
ture commerciale.
Enfin, dans le chapitre 4, nous avons testé empiriquement, en utilisant un modèle de traite-
ment continu et l’estimation d’une fonction dose-réponse avec endogénéïté, l’impact des me-
sures de soutien à l’agriculture sur la dépendance aux importations alimentaires des pays en
développement et émergents. Nos résultats suggèrent des effets variables qui dépendraient
de l’intensité de soutien à l’agriculture. Nos résultats confirment aussi le rôle des dépenses
de consommation, de la taille de la population et des niveaux de production agricole dans
les importations de produits alimentaires au profit de ces pays.
iv
Abstract
The objective of this thesis is to explore the impact of trade and agricultural support poli-
cies on food security. It focuses on developing and emerging countries, taking into account
the importance of the agricultural sector in these countries. Trade and agricultural support
policies in these countries tend to be quite varied and this variety could translate into food
security outcomes. We are interested in whether and to what extent the temporal variability
of the above policies would affect food availability or food import dependence. To do so, we
use theoretical and empirical literature and test models of empirical analysis.
In Chapter 1, we review the concept of food security and its measurement tools. While
several definitions of food security are proposed, the idea in this chapter is to identify simple
instruments on which national and international policy action could focus for setting food
security objectives in developing countries. Our analysis suggests a plurality of instruments,
evolving according to the angles or dimensions of analysis of food security. Among them,
we distinguish between measures of food availability and measures of dependence on food
imports, which we use as measures or indicators of food security in this work.
In Chapter 2, we reviewed the literature on the relationship between trade policies and the
dimensions of food security on the one hand, and between agricultural support measures
and the dimensions and/or indicators of food security on the other. While in the first case
we concluded that agricultural production is important in the analysis of such a relationship,
in the second case we found that, given the variety of agricultural support measures, the
complexity of calculating a single agricultural support indicator and the classification of
measures with regard to the distortions they could create, their effect on food security would
vary. These different developments have made it possible to propose different channels
through which these two types of policies would affect food security.
In Chapter 3, we empirically tested the impact of trade openness on food availability using a
multi-stage modeling approach. Our results show that trade openness and production have
a positive effect on food availability. However, the effect of the interaction between these
two variables is not significant. While our results also confirm the importance of agricul-
tural inputs, output levels in other sectors of the economy, and producer price volatility in
agricultural production outcomes, they also reveal, in addition to traditional factors, the role
v
of economic freedoms in trade openness decisions.
vi
Table des matières
Résumé iii
Abstract v
Remerciements xi
Avant-propos xiii
Introduction générale 1
0.1 Contexte de l’étude . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
0.2 Problématique de la thèse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
0.3 Objectif de la thèse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
0.4 Structure de la thèse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
0.5 Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
vii
3 Ouverture commerciale, production agricole et sécurité alimentaire dans les
pays en développement et émergents 78
3.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 78
3.2 Cadre économétrique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 82
3.3 Statistiques descriptives . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
3.4 Résultats et implications . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89
3.5 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 100
3.6 Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102
Annexes 140
viii
Liste des tableaux
ix
Liste des figures
0.1 Insécurité alimentaire par niveau de gravité dans les différentes régions du
monde . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
4.1 Comparaison de la capacité de rebond des pays confrontés à la crise des prix
alimentaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 108
4.2 Évolution du TAN de quelques pays sur la période 1985-2011 . . . . . . . . . 120
4.3 Fonction dose-réponse et dérivée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 124
4.4 Distribution des effets de traitements et fonction dose-réponse . . . . . . . . . 125
.5 B.1. Les Systèmes d’information et de cartographie sur l’insécurité alimentaire
et la vulnérabilité de la FAO (SICIAV – FAO) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 142
.6 B.2. Cadre de l’UNICEF en matière de nutrition . . . . . . . . . . . . . . . . . . 143
.7 B.3. Cadre d’analyse du département britannique de développement interna-
tional (DFID) : cadre des moyens d’existences durables . . . . . . . . . . . . . 144
.8 B.4. Cadre de l’approche des quatre piliers / deux fronts de la FAO . . . . . . 145
.9 Encadré A1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 147
.10 Encadré A2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 148
.11 Fonction dose-réponse et dérivée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 150
.12 Fonction dose-réponse avec bootstrapp sur l’erreur standard . . . . . . . . . . 151
.13 Effets de traitements entre les régions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 154
x
Remerciements
Je remercie le Seigneur, créateur de l’univers et maître de la science, pour toutes les bénédic-
tions qu’il m’a accordées dans ma vie, pour m’avoir donné force et patience pendant ces sept
années.
Je tiens également à remercier la professeure Annie Royer, que j’ai rencontrée à un stade très
sensible de mon parcours doctoral et, qui n’a pas hésité à apporter son appui à la concrétisa-
tion de cette thèse. Je profite alors pour exprimer ma profonde et humble gratitude au doyen
de la Faculté des études supérieures et postdoctorales, la professeure Josée Bastien, et à ma-
dame Hélène Richard du Bureau de l’Ombudsman, pour tout le soin qu’elles ont apporté à
la finalisation de mes travaux.
Aux professeurs Bruno Larue, Chantal Blouin, Ibrahim Bocoum, Bernard Korai et Alphonse
Singbo, qui ont également participé à la richesse de tout ce parcours, je vous remercie pour
votre confiance et votre sollicitude. Je tiens à exprimer mes sincères remerciements au pro-
fesseur Pam Zahonogo pour avoir accepté faire partie de mon comité de thèse.
Je n’oublie pas tout le personnel des administrations de la Faculté des sciences sociales, de
l’École supérieure d’études internationales et de la Faculté des sciences de l’agriculture et de
l’alimentation de l’Université Laval pour la formation académique et sociale que j’ai reçue
pendant mes années d’études. Je remercie le Centre de Recherche en économie de l’Environ-
nement, de l’Agroalimentaire, des Transports et de l’Énergie (CREATE) et le Centre d’études
pluridisciplinaires en commerce et investissement international (CEPCI) pour toute l’aide
mise à la disposition des étudiants.
À mon épouse, Inès Angeline de Souza et à nos enfants, les jumelles Horya et Horilya, leur
frère et sœurs aînés, Bessorah, Shemech et Manaures, je renouvelle tout mon amour et vous
remercie de votre patience et, d’avoir accepté de consentir et d’endurer ces longues et éprou-
xi
vantes années de sacrifice après moi. Puissions-nous profiter du reste de notre vie ensemble.
À ma mère et à mon père, madame Justine AGBEDIGA épouse TOHON et monsieur Al-
phonse TOHON, vous ne doutez pas de l’amour que je vous porte. Dans ce parcours, je
reconnais tant d’abnégation et de détermination que vous m’avez habilement inculquées, et
je vous en suis humblement reconnaissant. Que Dieu vous récompense encore plus. Merci
à mes frères et sœur (Osley, Honnesty et Peace), aux familles TOHON et AGBEDIGA pour
leurs prières et leur soutien que je reçois toujours.
À mes amis et connaissances qui, par de simples gestes, m’ont montré le chemin et m’ont
encouragé pendant toutes ces années. Merci pour votre soutien.
Enfin, merci à tous ceux qui ont contribué d’une manière ou d’une autre à la réussite de ce
travail.
xii
Avant-propos
xiii
Introduction générale
D’après l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), « la sécu-
rité alimentaire existe, aux niveaux individuel, familial, national, régional et mondial, lorsque tous les
êtres humains ont accès en tout temps, physiquement et économiquement, à des quantités suffisantes
d’aliments sains et nutritifs pour satisfaire à leurs besoins ainsi que leurs préférences alimentaires afin
de pouvoir mener une vie saine et active » (FAO., 1996, p. 2). De cette définition, il apparaît clai-
rement que la sécurité alimentaire représente un important déterminant de la santé (Mueller
et al., 2015). Les personnes touchées par l’insécurité alimentaire ont une alimentation moins
diversifiée, consomment de plus faibles quantités de fruits et légumes et, sont plus suscep-
tibles de souffrir de carences en micronutriments ou de souffrir de malnutrition 1 (Arimond
and Ruel (2004) ; Gorton et al. (2010) ; Rah et al. (2010) ; Balarajan et al. (2011) ; Shankar (2017)).
De nombreux travaux révèlent que les problèmes de santé pourraient être liés à l’insécurité
alimentaire, dont l’augmentation des taux de maladies du cœur, l’obésité chez les adultes,
1. Un régime alimentaire nutritif est non seulement un régime qui fournirait l’énergie (calories) nécessaire
au fonctionnement, bien qu’il ne soit pas excessif, mais (a) limiterait la consommation de matières grasses, de sel
et de sucre, et (b) s’appuierait également sur une gamme diversifiée des aliments - en particulier les légumes, les
fruits et les aliments de source animale - afin de garantir l’apport en micronutriments tels que le fer et la vitamine
A (Shankar, 2017).
1
F IGURE 0.1 – Insécurité alimentaire par niveau de gravité dans les différentes régions du
monde
Source : Extrait du Rapport sur l’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde, (FAO et al.,
2018).
2
le diabète de type 2 et les problèmes de santé mentale (Che and Chen (2001) ; Cummins and
Macintyre (2006) ; Officer (2006)).
Dans les pays à faibles revenus et à déficit vivrier, les gouvernants et leurs populations n’ont
pas régulièrement accès à une alimentation en quantité suffisante (Roudart, 2002; GERVAIS
et al., 2011). Le problème d’accès non régulier à la nourriture concerne également, dans une
proportion relativement moindre, les pays industrialisés. Mais si, dans les pays industrialisés
comme dans le monde en développement, les populations sont confrontées aux problèmes
d’accès non régulier à et insuffisant à la nourriture, plus important encore est le défi que les
politiques commerciales et/ou agricoles garantissent la consommation pour tous (Capone
et al., 2014).
Mais, Lloyd-Williams et al. (2008) ont indiqué que les effets pour la sécurité alimentaire des
subventions de la politique agricole commune 2 (PAC) de l’Union Européenne (UE) seraient
négligeables. Dans le même sens, Schmidhuber (2007), soutenant que ces subventions dans
l’UE consistaient en un soutien des prix du marché (un seuil étant fixé aux prix reçus par les
producteurs agricoles pour des produits de base donnés), a montré qu’elles représentaient
dans la réalité une taxe implicite sur la consommation, dans la mesure où les prix payés par
les consommateurs étaient maintenus à un niveau plus élevé que les prix internationaux.
Cet auteur conclut alors que la dégradation de la situation de sécurité alimentaire pourrait
ne pas être une conséquence majeure de cette politique antérieure (Schmidhuber, 2007).
Dans les pays en développement, une caractéristique fondamentale de l’histoire récente des
politiques agricoles est qu’elles ont été concentrées autour d’un ensemble restreint de cé-
réales de base, en particulier le blé, le maïs et le riz (Shankar, 2017). Les effets de ces poli-
2. Les objectifs initiaux de la PAC sont d’une part d’assurer un approvisionnement alimentaire adéquat à la
population, et d’autre part de prévenir la pauvreté rurale (Lloyd-Williams et al., 2008).
3
tiques ont consisté en un accroissement de la productivité des produits de base, une réduc-
tion significative du niveau de la pauvreté, le tout suivi d’une amélioration de la sécurité
alimentaire et d’une réduiction de la faim (Shankar, 2017). Pingali (2015) note, cependant,
que ces politiques agricoles sont restées largement focalisées sur les céréales et, mal équi-
pées pour promouvoir des productions diversifiées permettant de répondre efficacement à
la demande. C’est la situation par exemple au Bangladesh où, la croissance du rendement
du riz, induite par les politiques n’est pas associée à une diversité alimentaire, même si cela
a contribué à l’alimentation des nouveau-nés (Headey and Hoddinott, 2016).
Au Bangladesh, il a également été constaté que le contrôle des inondations et les systèmes
d’irrigation conçus pour la production de riz avaient un impact négatif sur la pêche dans
les plaines inondables, dont dépendent les enfants les plus pauvres de manière dispropor-
tionnée pour leur nutrition (Shankar et al., 2004). Hossain et al. (2005) ont montré que des
projets d’irrigation à petite échelle dans ce pays ont stimulé la production de riz, mais ont in-
hibé la production et la consommation d’oléagineux et de légumineuses. Dans les régions du
monde où les politiques axées sur les produits de base ont déjà considérablement progressé
dans la réalisation des objectifs de sécurité alimentaire et de réduction de la pauvreté, Pingali
(2015) note qu’il est souhaitable de passer à un régime de politique agricole qui renforce les
systèmes alimentaires et, assure la diversification de la production.
Outre les effets des mesures de soutien, il est à noter que les systèmes nationaux de produc-
tion alimentaire sont de plus en plus exposés à de multiples facteurs de changement internes
et externes, allant de chocs soudains à des facteurs de stress à long terme, qui augmentent
à leur tour l’insécurité alimentaire (Ericksen, 2008). Divers changements lents mais impor-
tants tels que les changements climatiques, la dégradation des sols, les crises économiques et
politiques et la croissance démographique accentuent également la pression sur le système
alimentaire mondial (Fraser, 2006; Ericksen, 2008).
De toutes les études s’intéressant aux effets des politiques agricoles et commerciales sur la
sécurité alimentaire, il est à noter une différence dans les approches d’analyse. Certaines se
limitent à faire une revue de littérature sur la nature, les objectifs et les résultats des poli-
tiques (Shankar, 2017; Pingali, 2015; Norton, 2004). D’autres évaluent les impacts de ces poli-
tiques sur la sécurité alimentaire (Dithmer and Abdulai, 2017; Headey and Hoddinott, 2016;
Larochez-Dupraz and Huchet-Bourdon, 2016; Bezuneh and Yiheyis, 2014; Guha-Khasnobis
et al., 2007; Hossain et al., 2005; Shankar et al., 2004; Leichenko and O’brien, 2002). Dithmer
and Abdulai (2017) utilise l’approche système des moindres carrés généralisés, permettant
de tenir compte de l’hétérogénéité non observée, des effets individuels corrélés et de l’en-
dogénéité potentielle des variables explicatives, pour montrer que l’ouverture commerciale
exerce des effets positifs et significatifs sur la consommation énergétique alimentaire 3 , l’amé-
3. La consommation énergétique alimentaire fait référence à la quantité de nourriture, exprimée en kilo-
calories (kcal) par jour, disponible dans la population totale au cours de la période de référence(Dithmer and
4
lioration de la diversité alimentaire et la consommation de calories.
Headey and Hoddinott (2016) met en évidence, sur la base d’une modélisation des données
de panels sans prise en compte de l’existence potentiels de biais d’endogénéité, les diffé-
rents impacts que la hausse de la productivité des aliments de base (par ex. le riz) pourrait
avoir sur la diversité alimentaire des enfants aux Bangladesh. Enfin, Larochez-Dupraz and
Huchet-Bourdon (2016) a analysé l’impact du taux nominal d’assistance 4 aux agriculteurs en
matière de produits alimentaires importables sur la disponibilité et l’accessibilité alimentaire
dans 39 pays en développement, en estimant un modèle à effets aléatoires. Il faut remarquer
que la plupart des études analysant les impacts de politiques de soutien à l’agriculture et/ou
commerciales sur la sécurité alimentaire suggèrent différentes stratégies de modélisation des
impacts.
5
2. Tester empiriquement les effets de la politique commerciale des pays en développe-
ment sur les niveaux de disponibilité alimentaire (Chapitre 3).
3. Tester empiriquement les effets de politiques de soutien à l’agriculture dans les pays
sur la dépendance aux importations alimentaires (Chapitre 4).
Les résultats de cette thèse permettront d’en savoir plus sur certaines interventions de poli-
tiques publiques ; mais, bien plus encore, ils offriront des connaissances pour réduire le creu-
set entre les chercheurs et praticiens/développeurs sur la méthodologie d’analyse des effets
des politiques ciblées sur la sécurité alimentaire. Ce faisant, la présente thèse contribuera à
une meilleure compréhension des effets de ces politiques pour des objectifs de sécurité ali-
mentaire ; l’objectif est de contribuer à inspirer l’orientation des actions publiques pendant
la planification des projets et programmes de développement. La possibilité de connaitre
comment l’amélioration (la détérioration) de la sécurité alimentaire pourrait transiter par les
actions en place permettra aux décideurs d’orienter leur effort en fonction du type de choc.
Le chapitre 3 traite empiriquement les effets de l’ouverture commerciale sur les disponibili-
tés alimentaires dans les pays en développement. Nous contrôlons avec la production agri-
6
cole. Notre analyse postule ainsi que les disponibilités alimentaires dans les pays en déve-
loppement, dépendent non seulement du degré d’ouverture commerciale de ces pays, mais
également des niveaux de production agricole ou de l’interaction entre ces deux variables.
Nous empruntons, à cet effet, un modèle de régression en plusieurs étapes qui instrumente
l’ouverture au commmerce et la production agricole pour, enfin tester leurs effets respectifs
et ceux de leur interaction sur les disponibilités alimentaires, calculé sur la base d’un indice
composite des différents indicateurs des disponibilités alimentaires (Slimane et al., 2016; Ca-
fiero et al., 2014; Sukhatme, 1961).
Le chapitre 4 teste empiriquement les effets de mesures de soutien à l’agriculture sur la dé-
pendance des pays aux importations alimentaires. Nous testons, pour quelques pays en dé-
veloppement, les effets du taux nominal d’assistance sur leur dépendance aux importations
de produits alimentaires. Nous postulons une relation endogène entre ces deux concepts au
regard de développements théoriques et d’analyses empiriques. Dans la mesure où le pro-
gramme de soutien à l’agriculture retenu (le taux nominal d’assistance à l’agriculture) est
un traitement continu et aléatoire, nous empruntons un modèle de regression dose-réponse
avec variables instrumentales pour étayer empiriquement ses effets sur les variations an-
nuelles de la part des importations de produits alimentaires dans les exportations totales de
biens et services
Enfin, le chapitre 5 présente la synthèse des discussions et conclut la thèse. Il lance quelques
commentaires sur les résultats obtenus dans le but d’esquisser leurs implications dans un
contexte des réflexions sur l’évaluation des effets sur la sécurité alimentaire des politiques
publiques.
7
0.5 Bibliographie
Arimond, M. and Ruel, M. T. (2004). Dietary diversity is associated with child nutritio-
nal status : evidence from 11 demographic and health surveys. The Journal of nutrition,
134(10) :2579–2585.
Balarajan, Y., Ramakrishnan, U., Özaltin, E., Shankar, A. H., and Subramanian, S. (2011).
Anaemia in low-income and middle-income countries. The lancet, 378(9809) :2123–2135.
Bezuneh, M. and Yiheyis, Z. (2014). Has trade liberalization improved food availability in
developing countries ? an empirical analysis. Journal of economic development, 39(1) :63.
Bonnet, C. and Requillart, V. (2011). Does the eu sugar policy reform increase added su-
gar consumption ? an empirical evidence on the soft drink market. Health economics,
20(9) :1012–1024.
Cafiero, C., Melgar-Quinonez, H. R., Ballard, T. J., and Kepple, A. W. (2014). Validity and re-
liability of food security measures. Annals of the New York Academy of Sciences, 1331(1) :230–
248.
Capone, R., Bilali, H. E., Debs, P., Cardone, G., and Driouech, N. (2014). Food system sustai-
nability and food security : connecting the dots. Journal of Food Security, 2(1) :13–22.
Che, J. and Chen, J. (2001). Food insecurity in canadian households. Health reports, 12(4) :11–
22.
Díaz-Bonilla, E. and Laborde, D. (2015). The bali agreement : An assessment from the pers-
pective of developing countries.
Dithmer, J. and Abdulai, A. (2017). Does trade openness contribute to food security ? a dy-
namic panel analysis. Food Policy, 69 :218–230.
Dorosh, P. A., Dradri, S., and Haggblade, S. (2009). Regional trade, government policy and
food security : Recent evidence from zambia. Food Policy, 34(4) :350–366.
8
FAO. (1996). World food summit : Rome declaration on world food security and World Food summit
plan of action. FAO.
FAO, F., OMS, P., Unicef, et al. (2018). L’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans
le monde 2018. renforcer la résilience face aux changements climatiques pour la sécurité
alimentaire et la nutrition. Rome, FAO.
Fraser, E. D. (2006). Food system vulnerability : Using past famines to help understand how
food systems may adapt to climate change. Ecological Complexity, 3(4) :328–335.
GERVAIS, C., LAGUË, J., and LAMBERT, R. (2011). L’influence des politiques agroalimen-
taires à caractère économique sur l’alimentation et le poids : synthèse.
Gorton, D., Bullen, C. R., and Mhurchu, C. N. (2010). Environmental influences on food
security in high-income countries. Nutrition reviews, 68(1) :1–29.
Guha-Khasnobis, B., Acharya, S. S., and Davis, B. (2007). Food security : Indicators, measure-
ment, and the impact of trade openness. Oxford University Press on Demand.
Headey, D. D. and Hoddinott, J. (2016). Agriculture, nutrition and the green revolution in
bangladesh. Agricultural Systems, 149 :122–131.
Hobbs, R. J., Arico, S., Aronson, J., Baron, J. S., Bridgewater, P., Cramer, V. A., Epstein, P. R.,
Ewel, J. J., Klink, C. A., Lugo, A. E., et al. (2006). Novel ecosystems : theoretical and mana-
gement aspects of the new ecological world order. Global ecology and biogeography, 15(1) :1–
7.
Hossain, M., Naher, F., and Shahabuddin, Q. (2005). Food security and nutrition in bangla-
desh : progress and determinants. eJADE : electronic Journal of Agricultural and Development
Economics, 2(853-2016-56126) :103–132.
Keenan, D. P., Olson, C., Hersey, J. C., and Parmer, S. M. (2001). Measures of food insecu-
rity/security. Journal of nutrition education, 33 :S49–S58.
Lloyd-Williams, F., O’Flaherty, M., Mwatsama, M., Birt, C., Ireland, R., and Capewell, S.
(2008). Estimating the cardiovascular mortality burden attributable to the european com-
mon agricultural policy on dietary saturated fats. Bulletin of the World Health Organization,
86 :535–541A.
9
Lowitt, K., Johnston-Weiser, D., Lauzon, R., and Hickey, G. M. (2018). On food security and
access to fish in the saugeen ojibway nation, lake huron, canada. Journal of Great Lakes
Research, 44(1) :174–183.
Mueller, N., Rojas-Rueda, D., Cole-Hunter, T., De Nazelle, A., Dons, E., Gerike, R., Goetschi,
T., Panis, L. I., Kahlmeier, S., and Nieuwenhuijsen, M. (2015). Health impact assessment
of active transportation : a systematic review. Preventive medicine, 76 :103–114.
Norton, R. D. (2004). Agricultural development policy : concepts and experiences. John Wiley &
Sons.
Officer, B. C. P. H. (2006). Food, Health and Well-Being in British Columbia : Provincial Health
Officer’s Annual Report 2005. British Columbia Ministry of Health.
Pingali, P. (2015). Agricultural policy and nutrition outcomes–getting beyond the preoccu-
pation with staple grains. Food Security, 7(3) :583–591.
Rah, J. H., Akhter, N., Semba, R. D., De Pee, S., Bloem, M. W., Campbell, A. A., Moench-
Pfanner, R., Sun, K., Badham, J., and Kraemer, K. (2010). Low dietary diversity is a predic-
tor of child stunting in rural bangladesh. European journal of clinical nutrition, 64(12) :1393–
1398.
Rickard, B. J., Okrent, A. M., and Alston, J. M. (2013). How have agricultural policies influen-
ced caloric consumption in the united states ? Health economics, 22(3) :316–339.
Roser, M., Ritchie, H., and Ortiz-Ospina, E. (2013). World population growth. Our World in
Data.
Roudart, L. (2002). L’alimentation dans le monde et les politiques publiques de lutte contre
la faim. Mondes en développement, (1) :9–23.
Schmidhuber, J. (2007). The eu diet–evolution, evaluation and impacts of the cap. In WHO
Forum on “Trade and healthy food and diets”, Montreal, Canada.
Shankar, B. (2017). The influence of agricultural, trade and food policies on diets. Food and
Agriculture Organization of the United Nations : Trade Policy Technical Notes.
10
Shankar, B., Halls, A., and Barr, J. (2004). Rice versus fish revisited : on the integrated ma-
nagement of floodplain resources in bangladesh. In Natural Resources Forum, volume 28,
pages 91–101. Wiley Online Library.
Slimane, M. B., Huchet-Bourdon, M., and Zitouna, H. (2016). The role of sectoral fdi in
promoting agricultural production and improving food security. International economics,
145 :50–65.
Sukhatme, P. (1961). The world’s hunger and future needs in food supplies. Journal of the
Royal Statistical Society : Series A (General), 124(4) :463–508.
11
Chapitre 1
1.1 Introduction
Dans ce chapitre, nous définissons et introduisons les notions de base permettant de com-
prendre la logique qui encadre la sécurité alimentaire. Nous discutons de l’évolution des
théories élaborées pour expliquer ce concept, de même que les indicateurs mis en place pour
le mesurer. Dans la mesure où nous nous intéressons aux effets des politiques internes et
externes sur la sécurité alimentaire, nous empruntons une approche globale qui, d’une part,
clarifie toutes les composantes de la sécurité alimentaire (disponibilité, accès, utilisation et
stabilité) ainsi que leur interdépendance et interactions (cadre d’analyse de la sécurité ali-
mentaire), d’autre part, met l’accent sur ses différentes mesures. Cela permet de couvrir tout
le spectre de sécurité alimentaire. Nous élaborons ensuite sur l’état des discussions sur cette
dernière. Cela permet d’orienter le choix des outils de mesures du concept et les méthodes
adaptés à l’analyse empirique dans le cadre de notre étude.
Plus concrètement, dans un premier temps, nous présentons le concept de sécurité alimen-
taire. Nous présentons successivement l’historique de l’évolution dans les définitions de ce
concept, de même que les variations dans sa compréhension selon différentes unités d’ana-
lyse. Nous nous intéressons ensuite aux différents cadres utilisés dans les analyses de la sé-
curité alimentaire et, définissons le cadre qui semble le plus approprié à notre analyse dans
cette étude. En général, les cadres conceptuels d’analyse sont des représentations simplifiées
des définitions parfois complexes de la sécurité alimentaire, utiles pour mieux cerner les in-
terdépendances et interrelations entre les dimensions de la sécurité alimentaire. Ils sont le
point de départ pour identifier les besoins et, les modes d’interventions. Nous explicitons
ainsi que mentionné ci-dessus toutes les dimensions de la sécurité alimentaire, les indica-
teurs et source de données permettant de mesurer chacune d’elles, en même temps que nous
explorons les déterminants de la sécurité alimentaire. Ensuite, nous présentons différents
concepts qu’on lie à la sécurité alimentaire.
12
1.2 Le concept de sécurité alimentaire : Évolution historique
Chronologie de l’évolution dans les définitions de la sécurité alimentaire
Introduit après la seconde guerre mondiale, le concept de sécurité alimentaire a évolué signi-
ficativement ces dernières décennies aussi bien au plan théorique que pratique (Hochedez
and Le Gall, 2016; Slimane, 2016; Cruz et al., 2020). Théoriquement, la sécurité alimentaire
était, dans les années 60, seulement perçue en termes de disponibilité physique des aliments
(Cruz et al., 2020). En d’autres termes, il suffisait d’augmenter la production alimentaire
mondiale pour combler le déficit lié à l’augmentation de la population mondiale (Cruz et al.,
2020). Mais, depuis les années 70, le monde prenait conscience de la nécessité de disposer
de structures comme le conseil alimentaire mondial, le comité de la FAO pour la sécurité ali-
mentaire mondiale, le comité des programmes et politiques d’aide alimentaire (Cruz et al.,
2020).
13
TABLE 1.1 – Définition de la sécurité alimentaire dans le temps
Auteurs Définitions
Nations Unies Capacité de tout temps d’approvisionner le monde en produits de base, pour soutenir une croissance
(1975) de la consommation alimentaire, tout en maîtrisant les fluctuations et les prix.
Siamwalla et Capacité d’atteindre des niveaux souhaités de consommation sur une base annuelle.
Valdes (1980)
Valdes et Une certaine capacité de financer des besoins d’importations pour satisfaire les consommations sou-
Konandreas (1981) haitées.
FAO (1983) La sécurité alimentaire consiste à assurer à toute personne et à tout moment un accès physique et
économique aux denrées alimentaires dont elle a besoin.
Reutlinger (1985) L’accès pour tous et en tout temps à une alimentation suffisante pour une vie active et en bonne santé.
Maxwell (1988) Un pays et un peuple sont en situation de sécurité alimentaire quand le système alimentaire fonc-
tionne de telle sorte qu’il n’y a aucune crainte de ne pas posséder une alimentation suffisante.
Programme La sécurité alimentaire correspond à la capacité pour toute personne de posséder à tout moment un
Alimentaire accès physique et économique aux besoins alimentaires de base.
Mondial (1989)
Staatz (1990) La capacité d’assurer que le système alimentaire fournit à toute la population un approvisionnement
alimentaire nutritionnellement adéquat sur le long terme.
Frankenberger La sécurité alimentaire est assurée lorsque la viabilité du ménage, défini en tant qu’unité de produc-
et Gooldstein tion et de reproduction, n’est pas menacée par un déficit alimentaire.
(1991)
FAO (1996) La sécurité alimentaire existe lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, un accès physique et
économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins
énergétiques et leurs préférences alimentaires pour mener une vie saine et active.
FAO (2001) Situation caractérisée par le fait que toute la population a en tout temps un accès matériel et socioéco-
nomique garanti à des aliments sans danger et nutritifs en quantité suffisante pour couvrir ses besoins
physiologiques, répondant à ses préférences alimentaires, et lui permettant de mener une vie active
et d’être en bonne santé.
Depuis cette période, les définitions de la sécurité alimentaire n’ont cessé d’évoluer, ainsi
que l’attestent les travaux de Smith et al. (1992) 1 , lesquels présentent les évolutions dans
ces définitions sur la période 1975-2001 (voir Tableau 2.1). En effet, dans les années 1980, il
était évident que l’augmentation de la production et la maîtrise de la fluctuation des prix
aussi bien au plan national qu’international ne suffisait plus pour garantir la sécurité ali-
mentaire pour tous, dans la mesure où elles ne garantiraient plus suffisamment l’accès et
la consommation des aliments au niveau des ménages (Siamwalla and Valdés, 1980). Dès
lors, la sécurité alimentaire fut redéfinie au niveau des ménages mais, bien plus encore, au
niveau des individus, des femmes et des enfants, malnutris au sein de ces ménages (Siam-
walla and Valdés, 1980; Valdes and Konandreas, 1981; FAO. et al., 1983; Reutlinger, 1985;
1. Smith et al. (1992) ont collecté 194 définitions à partir de la littérature académique, les rapports gouverne-
mentaux et des manuscrits non publiés (Annexe 1)
14
Maxwell, 1988).
Dans les années 1990, la définition de la sécurité alimentaire fut améliorée et, en 1996, le
Sommet Mondial de l’Alimentation adoptait la définition la plus consensuelle de la sécurité
alimentaire : « La sécurité alimentaire est assurée quand toutes les personnes, en tout temps, ont
économiquement, socialement et physiquement accès à une alimentation suffisante, sûre et nutritive
qui satisfait leurs besoins nutritionnels et leurs préférences alimentaires pour leur permettre de mener
une vie active et saine » (FAO, 1996). Signalons toutefois que la sécurité alimentaire se distingue
de l’autosuffisance alimentaire, dans la mesure où cette dernière se base fondamentalement
sur la production alimentaire domestique pour satisfaire les besoins des populations (Cruz
et al., 2020). La définition de 1996 fut réaménagée quelques années après « où le mot social fut
ajouté dans le rapport annuel de la FAO sur l’état de l’insécurité alimentaire dans le monde de 2001 »
(Slimane, 2016). Pendant les sommets de l’alimentation de 2002 et 2009, la même définition
fut utilisée avec une insistance accrue « sur la réduction de la faim, en même temps que la nécessité
de renforcer la capacité institutionnelle à élaborer et mettre en œuvre des politiques qui garantissent
la nourriture et, limite la malnutrition » (Slimane, 2016).
Les définitions de la sécurité alimentaire varient non seulement dans le temps (voir Tableau
2.1), mais bien plus encore, elles sont adaptées pour tenir compte des objectifs étroits et
plus simples de chaque pays, de différentes régions du monde ou d’institutions, lesquels
permettent aux responsables d’organiser l’action publique (Rouffignat, 2001; Hamelin and
Bolduc, 2003; Pageau, 2008; Gibson, 2012). À titre d’exemples, le Comité de la sécurité ali-
15
mentaire mondiale (CSA) a sa définition de la sécurité : « La sécurité alimentaire et nutrition-
nelle existe lorsque toutes les personnes ont à tout moment un accès physique, social et économique
à une nourriture qui est saine et consommée en quantité et en qualité suffisantes pour répondre à
leurs besoins alimentaires et à leurs préférences alimentaires et est soutenue par un environnement
d’assainissement adéquat , des services de santé et des soins permettant une vie saine et active ».
Malheureusement, cette définition n’a pu prospérer puisque bloquée par plusieurs pays lui
préférant la définition de 2001 (voir Tableau 2.1) (Food, 2003; Gibson, 2012).
Aux États-Unis, les définitions de la sécurité alimentaire varient selon les institutions (Gib-
son, 2012). À titre d’exemples, le Département de l’agriculture des États-Unis (USDA) se
concentre normalement sur les problèmes nationaux de la faim, tandis que l’Agence des
États-Unis pour le développement international (USAID) opère principalement avec un man-
dat international. Pour l’USDA, la sécurité alimentaire réfère à « l’accès de tous à tout moment
à suffisamment de nourriture pour une vie active et en bonne santé. La sécurité alimentaire com-
prend au minimum : (i) la disponibilité immédiate d’aliments sûrs et nutritionnellement suffisants,
et (ii) la capacité assurée d’acquérir des aliments acceptables de manière socialement acceptable autres
stratégies d’adaptation) » (Anderson, 1990; USDA, 2009). Tandis que pour l’USAID, la sécurité
alimentaire est assurée « quand tout le monde a à tout moment un accès physique et économique à
une nourriture suffisante pour subvenir à ses besoins alimentaires et mener une vie saine et produc-
tive » (USDA, 2009).
Au Canada, les réflexions sur le concept de la sécurité alimentaire ont progressivement in-
tégré les préoccupations pour un système alimentaire qui évite, en tout temps, le gaspillage,
la mauvaise utilisation des sols, la production de masse et l’appauvrissement des petits pro-
ducteurs (Rouffignat, 2001; Wakefield et al., 2015). Selon le Plan d’action du Canada pour
la sécurité alimentaire, « la sécurité alimentaire existe lorsque tous les êtres humains ont, à tout
moment, un accès physique et économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive leur per-
mettant de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires pour mener une vie
saine et active » (Rouffignat, 2001). Mais à Québec, le ministère de la Santé et des Services
sociaux du Québec définit la sécurité alimentaire comme la situation où : (i) chacun a, à tout
moment, les moyens tant physiques qu’économiques d’accéder à une alimentation suffisante pour me-
16
ner une vie active et saine ; (ii) l’aptitude de chacun à acquérir des aliments est garantie ; (iii) l’accès
à une information simple, fiable et objective qui permet de faire des choix éclairés est assuré ; (iv) les
aliments proprement dits sont satisfaisants sur le plan nutritionnel et, acceptables sur le plan person-
nel et culturel ; (v) les aliments sont obtenus d’une manière qui respecte la dignité humaine ; (vi) la
consommation et la production d’aliments reposent sur des valeurs sociales à la fois justes, équitables
et morales ; (vii) les aliments sont produits et distribués d’une manière respectueuse d’un système
agroalimentaire durable (Pageau, 2008).
En regardant toutes ces définitions de près, elles semblent converger, malgré quelques dif-
férences. Pris ensemble, l’on pourrait retenir que la sécurité alimentaire est une probléma-
tique qui s’articule autour de quatre composantes ainsi que l’illustre la Figure 1.1, extraite
des travaux de Rouffignac et al. (2003). Dans le cadre de ce travail, nous nous concentrons
sur la composante disponibilité alimentaire. Cette dernière suppose que les aliments soient
disponibles en quantité suffisante en plus d’une qualité appropriée ; l’approvisionnement
alimentaire étant assuré par la production nationale ou les importations (y compris l’aide
alimentaire). En l’absence de données, d’une part sur la qualité des aliments, d’autre part
sur l’aide alimentaire, nos analyses se focaliseront sur les quantités d’aliments produites et
les importations pour couvrir le gap alimentaire.
17
F IGURE 1.1 – Les composantes de la sécurité alimentaire
18
1.3 Les dimensions de la sécurité alimentaire
La sécurité alimentaire pourrait être mieux comprise en pratique, en se servant des quatre
dimensions que sont la disponibilité alimentaire, la stabilité alimentaire, l’accès physique,
social, économique aux aliments et l’utilisation alimentaire, ainsi que des indicateurs per-
mettant de mesurer ces dernières (voir Tableau 1.3). Bien que les politiques publiques pour-
raient viser spécifiquement chacune de ces quatre dimensions, il convient de rappeler que
tous les quatre dimensions doivent être appliquées simultanément pour atteindre tous les
objectifs de sécurité alimentaire.
— La disponibilité alimentaire
La disponibilité alimentaire porte sur le « côté de l’offre » de la sécurité alimentaire ; elle est
déterminée par le niveau de production alimentaire, les niveaux de provisions, et le com-
merce net, auxquels il faut enlever les semences, les pertes, les usages pour agrocarburants,
les aliments de bétail (Misselhorn et al., 2012). À l’échelle d’un pays, l’offre alimentaire dé-
signe la somme de la production, des importations nettes et des aides alimentaires tandis que
du point de vue d’un ménage, elle représente la somme de la production propre du ménage,
des achats alimentaires, plus ou moins les dons, auxquels on soustrait les ventes (Misselhorn
et al., 2012). Pour la Fao (2014), la disponibilité alimentaire 2 réfère à « la disponibilité des ali-
ments en quantité suffisante et une qualité appropriée 3 , dont l’approvisionnement est assuré par la
production nationale ou les importations (y compris l’aide alimentaire) » (Slimane, 2016).
La disponibilité alimentaire concerne tous les moyens mis en œuvre pour garantir un appro-
visionnement alimentaire de qualité. Elle peut être estimée au moyen de 6 indicateurs (Voir
Tableau 1.3). L’adéquation des disponibilités énergétiques moyennes permet d’apprécier
l’écart entre l’offre et la demande énergétique (Denny et al., 2018). Au même titre que la part
de disponibilité énergétique provenant des céréales, des racines et des tubercules, il évalue la
disponibilité énergétique alimentaire en pourcentage des besoins énergétiques alimentaires
moyens. C’est une bonne mesure de l’offre de calories, souvent cité dans la littérature (Mis-
selhorn et al., 2012; Denny et al., 2018).
19
à peu près linéairement ; toutefois elle est restée en Asie 4 et en Afrique en dessous de la
moyenne mondiale, tandis que ses valeurs en Europe ou en Amérique du Nord excède celle
de la moyenne mondiale. L’Amérique du Nord enregistre les valeurs d’adéquation des dis-
ponibilités énergétiques les plus élevées sur toute la période.
20
F IGURE 1.2 – Comparaison de l’adéquation des disponibilités énergétiques moyennes entre
les régions du monde (1999 - 2015)
160
140
Pourcentage du besoin énergétique moyen
120
100
Monde
80 Afrique
Asie
60 Amérique du Nord
Europe
40
20
0
0 2 4 6 8 10 12 14 16 18
Années (1999 - 2015)
21
D’autres indicateurs de la disponibilité alimentaire concernent l’amélioration de la produc-
tivité et de la capacité de production ou encore, le renforcement des revenus et autres droits
à la nourriture. Si peu d’études se sont concentrées sur l’incidence d’une amélioration de la
productivité agricole sur les disponibilités alimentaires (Touzard and Temple, 2012), Kidane
et al. (2006) ont montré que la croissance agricole peut contribuer à accroitre les disponibi-
lités alimentaires et les recettes d’exportations. Toutefois, Marzin and Bosc (2014) ont établi
qu’une amélioration de la productivité du travail et de la terre augmenterait à long terme les
disponibilités alimentaires au Cameroun. Ces auteurs établissent aussi que l’amélioration de
la productivité du travail se fait avec une augmentation des revenus agricoles, lesquels ont
un effet positif sur les disponibilités alimentaires (Marzin and Bosc, 2014)
Les aides en matière de semences ou d’intrants sont aussi des indicateurs pour apprécier
la disponibilité alimentaire. Plusieurs auteurs indiquent que les intrants peuvent être des
facteurs pour améliorer les rendements. En effet, Pingali et al. (2005) ou d’autres auteurs
montrent que la quantité produite de denrées alimentaires varie en fonction, non seulement
des ressources naturelles disponibles, mais également en fonction des intrants agricoles aux-
quels ont accès les producteurs. Ainsi, le recours aux intrants pourrait améliorer les dis-
ponibilités alimentaires (Pingali et al., 2005; De Haen and Hemrich, 2007). Cependant, le
recours aux intrants pourrait également compromettre les potentiels de production des pays
(De Haen and Hemrich, 2007). Parmi les externalités négatives qui pourraient découler de
l’utilisation intensive d’engrais, la littérature indique la dégradation des terres, la salinisa-
tion des zones irriguées, l’extraction excessive imposée aux nappes aquifères souterraines,
le renforcement des résistances des ravageurs et l’érosion de la biodiversité (De Haen and
Hemrich, 2007). Il y a aussi des dégâts à l’environnement au sens élargi, comme le déboise-
ment, les émissions de gaz à effet de serre et la pollution des masses d’eau par les nitrates
(Fischer et al., 2009; Loos et al., 2014).
L’aide alimentaire figure également au titre des indicateurs d’évaluation des disponibilités
alimentaires. Selon Azoulay (1998), elle est utilisée pour compléter les disponibilités alimen-
taires en temps de crise. Toutefois, elle ne peut servir à l’ajustement et à la résorption de
la sous-alimentation chronique (Azoulay, 1998). Enfin, l’aide alimentaire pourrait concerner
différentes catégories d’aliments.
— Ł’accès alimentaire
22
à des ressources adéquates (droits) leur permettant d’acquérir une nourriture adéquate et nutritive.
Les droits sont définis comme l’ensemble de biens auxquels une personne est susceptible d’accéder en
raison du contexte juridique, politique, économique, social et sécuritaire 5 de la communauté dans la-
quelle elle vit (y compris certains droits traditionnels tels que l’accès aux ressources communes ». Cet
accès pourrait être compromis du fait des dysfonctionnements des systèmes de commercia-
lisation et de distribution (dispersion géographique de la production ou état défectueux des
infrastructures de transport ou de stockage). Il s’agit là de contraintes physiques limitant les
denrées alimentaires (on Food Additives. Meeting and Organization, 2006).
De même, l’accès aux produits d’alimentation pourrait aussi être compromis du fait du
manque ou d’insuffisance de revenu ; on parle en ce moment de contraintes économiques
limitant l’accessibilité à ces produits. Deux principales catégories d’indicateurs sont utilisées
pour estimer l’accès alimentaire. Il s’agit des indicateurs d’accès physique dont (i) les inves-
tissements en infrastructures routières et (ii) les investissements en terres agricoles puis, des
indicateurs d’accès économique tels que (iii) le renforcement de l’accès aux actifs et/ou aux
terres. Pour estimer le renforcement de l’accès aux actifs et aux terres, plusieurs études ont
respectivement recours au produit intérieur brut par habitant et l’évolution dans le temps
de la proportion des terres mises en cultures par rapport à celles disponibles (Migot-Adholla
et al., 1991; Berdegue et al., 2002; Jayne et al., 2003; Poulton et al., 2006; Beddington et al.,
2011).
La Figure 1.3 révèle que le produit intérieur brut par tête (en parité du pouvoir d’achat)
est très faible dans la région Afrique (les valeurs stagnent quasiment) et Asie comparé à la
moyenne mondiale sur la période 1999 - 2015. Pour de nombreux auteurs, cette situation
qui est en contradiction avec la croissance du PIB réel observée dans ces régions du monde
(Chowdhury and Islam, 2017), comparaison faite au reste du monde (Chowdhury and Islam,
2017; Ngepah, 2017), rappelerait simplement le fait que la croissance n’a pas été inclusive en
Asie et en Afrique (Savvides, 1995; Ngepah, 2017). En d’autres termes, les pays, dans ces
régions du monde, auront besoin d’intensifier les réformes structurelles pour diversifier leur
base productive, renforcer leur résilience aux épisodes climatiques extrêmes en adoptant des
techniques agricoles climato-intelligentes, fournir aux ménages des plateformes de partage
des risques, créer plus d’espace budgétaire pour étendre les filets de protection sociale et
accroître l’efficience des programmes existants ou encore, éliminer les obstacles à la mobilité
des travailleurs vers des perspectives plus productives dans et à travers les pays (Savvides,
1995; Chowdhury and Islam, 2017; Ngepah, 2017).
Le revenu est également un indicateur d’accès aux aliments. La Figure 1.4 présente et com-
pare la situation des revenus des pauvres dans différentes régions du monde sur la période
1999 – 2015. Il en ressort que, sur cette période, l’Afrique est restée la partie du monde ayant
5. Dans le contexte mondial actuel, l’accès physique de millions de personnes est compromis par les conflits
armés et le terrorisme (Fao, 2008)
23
F IGURE 1.3 – Comparaison du produit intérieur brut par tête (en parité du pouvoir d’achat)
entre les régions du monde (1999 - 2015)
60000
50000
40000
30000
20000
10000
0
1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015
24
F IGURE 1.4 – Comparaison de l’évolution des revenus des pauvres dans les régions du
monde (1999 - 2015)
35
Proportion de pauvres aux revenus inférieus
30
25
à moins de 1,9$ par jour
20
15
10
5
0
1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015
25
le taux élevé de pauvres gagnant moins de 1.9 $ 6 par jour et ce, même comparée la moyenne
mondiale. En Afrique et en Asie, ce taux s’est amélioré sur la période passant de 32,4% et
21,1% respectivement en 1999 à 21,4% et 8,2% en 2015. En Amérique du Nord et en Europe,
les taux sont relativement stables, notamment sur la période 2006 à 2015.
— La stabilité alimentaire
Même si l’accès alimentaire est adéquat, les individus sont toujours considérés à risque de
souffrir d’insécurité alimentaire si, sur une base régulière, cet accès est limité (Fao, 2008;
Temple et al., 2016). Selon la (Fao, 2008), la stabilité alimentaire concerne à la fois la disponi-
bilité alimentaire et tous les aspects liés à l’accès aux aliments (Slimane, 2016). Elle suppose la
régularité spatio-temporelle de la disponibilité alimentaire (Hounhouigan 2013) et, est éva-
luée sur la base d’un ensemble d’indicateurs, lesquels mesurent la vulnérabilité des pays aux
chocs internes et externes (Fao, 2014; Slimane, 2016).
— L’utilisation alimentaire
6. Le seuil international de pauvreté absolue a été fixé à 1,25 dollars par jour en 2005. Cependant, ce seuil a
été relevé en 2015 à 1,9 dollars par jour pour tenir compte des changements dans les coûts de la vie dans les 15
pays qui servent de base pour calculer cet indicateur (voir : https ://blogs.worldbank.org/fr/voices/malgre-le-
relevement-du-seuil-international-de-pauvrete190-dollar-par-jour-la-situation-de-la-pauvrete)
7. Cet indicateur est dans certains cas utilisé comme une mesure de la sensibilité aux chocs internes (Gérard
et Picketty 2008)
26
F IGURE 1.5 – Comparaison de la dépendance en importations de produits d’alimentation
entre les régions du monde (1999 - 2011)
14
12
10
0
1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011
27
Définie comme « l’utilisation de la nourriture dans le cadre d’une diète adéquate, d’eau potable,
d’assainissement et des soins de santé de façon à obtenir un état de bien-être nutritionnel qui permette
de satisfaire tous les besoins physiologiques » (Slimane, 2016), l’utilisation alimentation s’inté-
resse à la fois à la santé et aux conditions de conservation ou d’utilisation des aliments (Sli-
mane, 2016). Elle pourrait être comprise en termes de pertes et gaspillages alimentaires (Fao,
2014). C’est la situation dans les pays en développement où le mode de stockage ne garantit
toujours pas la protection contre les ravageurs de denrées, toutes choses qui conduit à des
pertes non négligeables dans les quantités et qualités des aliments. Elle pourrait également
être comprise en termes de régime alimentaire équilibré, de consommation d’eau potable,
de qualité de vie et des soins de santé de façon à obtenir un état de bien-être nutritionnel qui
permette de satisfaire tous les besoins physiologiques (Fao, 2014).
D’après le PNUD, l’indice de développement humain est un indice composite qui évalue le
niveau de développement humain des pays du monde. Il se base sur 3 aspects principaux :
le niveau de vie (mesuré par le pouvoir d’achat dérivé du produit intérieur brut), la santé
(mesurée par l’espérance de vie à la naissance) et le niveau d’éducation (mesuré par la durée
moyenne de scolarisation des adultes et des enfants). Si l’on regarde la deuxième dimension
de l’utilisation alimentaire (elle rassemble un certain nombre de déterminants ou d’indica-
teurs lesquels réflètent la qualité des aliments, les conditions d’achats, de préparation, de
santé et d’hygiène et, qui déterminent avec quelle efficacité les aliments disponibles peuvent
être utilisés), l’IDH peut être un proxy de l’utilisation alimentaire.
Somme toute, ces quatre dimensions de la sécurité alimentaire existent de manière indépen-
dante, cependant, elles doivent simultanément être prises en compte pour garantir la sécu-
rité alimentaire. La figure 1.6 résume les dimensions de la sécurité alimentaire et certains de
leurs déterminants respectifs.
28
F IGURE 1.6 – Quelques déterminants des dimensions de la sécurité alimentaire
29
De nombreuses études montrent que les quatre dimensions de la sécurité alimentaire pour-
raient être interreliées (Ouédraogo et al., 2017; Huchet Bourdon et al., 2013; Dury and Bo-
coum, 2012; Von Braun, 1988; Azoulay and Dillon, 1993). En d’autres termes, une perturba-
tion dans l’une d’elles pourrait conduire à des perturbations dans au moins l’une des autres.
À titre d’exemple, si la disponibilité est une condition nécessaire à la satisfaction des besoins
alimentaires, elle ne serait pas non plus suffisante (Azoulay and Dillon, 1993). Pour ces au-
teurs, la couverture des besoins alimentaires peut être assurée au niveau national par une
offre suffisante, sans toutefois l’être à l’échelle locale du fait du cloisonnement de certains
marchés, des déficiences en matière d’infrastructures de transport, de stockage et de com-
mercialisation, lesquels relèvent de la dimension accessibilité (Azoulay and Dillon, 1993).
D’un autre point de vue, ces situations pourraient accélérer les risques de malnutrition des
populations (dimension utilisation de la sécurité alimentaire) (Azoulay and Dillon, 1993).
Pour Von Braun (1988), l’amélioration du pouvoir d’achat des populations, donc de leur
accessibilité aux aliments, pourrait également conduire à l’amélioration de l’utilisation des
aliments. S’il apparaît que ces diférents liens existent et pourraient être justifiés, le para-
doxe de Sikasso, en référence à cette région du Mali où la production agricole est abondante
et la malnutrition infantile importante Dury and Bocoum (2012), révèle la complexité d’une
justification à apporter aux liens entre les quatre dimensions de la sécurité alimentaire (LAN-
KOUANDE and SIRPE, 2020).
Sur la base de données collectées auprès des ménages agricoles au Burkina Faso, Ouédraogo
et al. (2017) établit un ordre d’importance des dimensions face aux objectifs de sécurité ali-
mentaire. Selon ses résultats, l’accessibilité influerait le plus sur la sécurité alimentaire tan-
dis que la dimension disponibilité serait celle dont l’effet est le plus faible Ouédraogo et al.
(2017). Ces résultats, l’auteur les justifierait par le fait qu’en milieu rural, l’essentiel de la po-
pulation étant producteur, la très grande majorité fait de l’autoconsommation de leur production. À
l’opposé, les ménages dont les productions agricoles sont de quantités faibles par rapport à leurs be-
soins disposent très souvent de peu de ressources économiques pour acheter des denrées alimentaires
(LANKOUANDE and SIRPE, 2020). Ces différents résultats suggèrent que les études sur
l’analyse des effets de politiques sur la sécurité alimentaire pourraient plutôt être orientées
vers une estimation des impacts sur chacune des dimensions de la sécurité alimentaire.
Dans le cadre de cette étude, nous nous concentrons sur les effets des politiques sur les di-
mensions disponibilité et stabilité alimentaires. Pour cela, nous empruntons les indicateurs
de mesures de la disponibilité alimentaire proposés par la FAO (voir tableau 1.3) et, les im-
portations alimentaires en pourcentage des exportations totales qui figurent au titre des in-
dicateurs de mesure de la stabilité alimentaire dans la littérature, discutés dans la section
1.4.
30
1.4 Les propositions de mesures de la sécurité alimentaire dans la
littérature
Les travaux de la FAO ont mis en évidence plusieurs indicateurs de mesure de la sécurité
alimentaire ou de ses dimensions. De même, ils proposent des instruments de mesure de
la sécurité alimentaire. Dans la littérature empirique, si certrains auteurs utilisent l’une de
ces mesures comme proxy de la sécurité alimentaire 8 , d’autres calculent, sur la base de ces
mesures, un indice de sécurité alimentaire (Slimane, 2016). L’utilisation de mesures proxy
de sécurité alimentaire implique nécessairement des compromis, de sorte que l’objectif des
études détermine le plus souvent le choix de la variable proxy (Barrett, 2010). En général, les
variables proxys construits sur la base d’enquêtes individuelles ou réalisées auprès des mé-
nages peuvent cibler des caractéristiques individuelles et, permettre de représenter en pro-
fondeur deux ou trois des quatre piliers de la sécurité alimentaire. C’est le cas par exemples,
de l’indice de stratégies d’adaptation (Maxwell, 1996) ou, des mesures de dépenses alimen-
taires et de diversité alimentaire (Arimond and Ruel, 2004), lesquels reposent respectivement
sur les réponses des ménages ou des individus aux questions de l’enquête sur les approches
permettant spécifiquement de réagir aux chocs et à la consommation passée. Des mesures
plus simples de la disponibilité alimentaire permettent des estimations fréquentes et éten-
dues, mais ne tiennent pas forcément compte des utilisations inégales des aliments au sein
d’une population.
de son côté, la FAO propose différentes mesures de la sécurité alimentaire. Le plus connu est
l’apport en calories par habitant et par jour (Slimane, 2016). Selon la FAO, cet indicateur se
rapporte à la quantité totale d’aliments disponibles par jour pour la consommation humaine
divisée par le total de la population au cours de la période de référence (Slimane, 2016). Il
est utilisé dans de nombreux travaux empiriques pour mesurer l’état nutritionnel des in-
dividus et pour présenter la disponibilité alimentaire ; toutefois la littérature révèle que cet
indicateur présente plusieurs faiblesses en raison de sa faible réactivité aux chocs (Hoddi-
nott, 1999; Iram and Butt, 2004; Barrett, 2010; Slimane, 2016). Par exemple, la diminution
du revenu amène les pauvres à passer des sources de calories à valeur élevée aux sources à
faible valeur. Par conséquent, la dépense alimentaire diminue, mais pas la consommation de
calories (Jensen and Miller, 2010; Headey and Ecker, 2013).
L’apport calorique est utilisé dans certains travaux comme ceux de Mihalache-O’Keef and
Li (2011). Les mêmes auteurs ont également utilisé l’apport en protéines comme indica-
teur pour comparer les résultats avec ceux de l’apport en calories (Mihalache-O’Keef and
Li, 2011). Il n’est pas utile d’utiliser ces deux indicateurs car les calories sont une mesure de
l’énergie fournie par les protéines, les graisses et certains autres nutriments 9 (Slimane, 2016).
8. Les variations dans les définitions de sécurité alimentaire ne permettent pas d’avoir une unique mesure
de ce concept (Pinstrup-Andersen, 2009).
9. Au niveau nutritionnel, un gramme de protéines fournit quatre calories ; Un gramme de glucides fournit
31
Autrement, l’apport calorique comprend plus d’informations sur l’état nutritionnel que l’ap-
port protéique. De plus, les protéines seules ne suffisent pas pour décrire la disponibilité
alimentaire. Le coût peu élevé et la facilité relative à établir les estimations simples d’une
réalité beaucoup plus complexe, en particulier aux niveaux national et mondial, lorsque l’on
utilise une mesure proxy, expliquent l’attrait durable de telles mesures longtemps après que
la communauté de la sécurité alimentaire a pleinement assimilé le message de Sen 10 .
Mais, on retiendra essentiellement que l’utilisation d’un proxy pour mesurer la sécuritaire
alimentaire est importante pour au moins trois raisons principales : Premièrement, une telle
mesure capte et néglige en même temps différents phénomènes inhérents au concept, in-
fluençant ainsi de manière subtile la hiérarchisation des interventions en matière de sécurité
alimentaire. En effet, le recours aux estimations nationales de la disponibilité des denrées
alimentaires a longtemps attiré l’attention sur les expéditions d’aide alimentaire et les stra-
tégies de production agricole visant simplement à accroître les disponibilités alimentaires à
court et à long terme, respectivement. Ce n’est qu’au cours du dernier quart de siècle, que
la thèse principale de Sen, selon laquelle l’accès aux aliments était la principale cause de
l’insécurité alimentaire, a attiré une attention accrue sur les données relatives à la faim et à
l’insuffisance pondérale, renforçant naturellement les stratégies de réduction de la pauvreté,
de prix des denrées alimentaires et de protection sociale (Sen, 1985; Barrett, 2010). Deuxiè-
mement, les données d’observation font nécessairement état du passé. Mais les décideurs
sont plus intéressés par les effets futurs probables des interventions futures. Dès lors, un
indicateur idéal de la sécurité alimentaire refléterait la série chronologique prospective de
probabilités de satisfaire aux critères d’accès (Barrett, 2002).
Cependant, peu d’efforts ont été déployés jusqu’à présent pour tester la précision des pré-
visions des indicateurs actuellement disponibles 11 . Troisièmement, les mesures prises au ni-
veau national ne se prêtent, très souvent, intrinsèquement que pour remédier aux pénuries
de disponibilités alimentaires à l’échelle nationale, et non aux problèmes d’accès et d’utili-
sation infranationaux. Dans la mesure où les mesures de la sécurité alimentaire informent
de manière diagnostique sur les actions, elles doivent être facilement associées aux caracté-
ristiques des ménages et des individus vulnérables que l’on peut cibler et aux facteurs de
causalité remédiables défavorable à la sécurité alimentaire (Barrett, 2010). Dès lors, la fron-
tière de la recherche s’articule donc autour du développement d’une surveillance et d’une
analyse longitudinale comparable au niveau transnational, au niveau des ménages et des
individus.
également quatre calories et un gramme de matières grasses, neuf calories (Fao, 2014).
10. Sen (1985) : ". . ., étant donné que le revenu n’est pas la seul, et pas nécessairement l’instrument le plus
important pour accéder à la nourriture, et étant donné que le revenu est, à peine, mesuré dans les zones rurales
des pays en développement, il est préférable de mettre l’accent sur les droits. De plus, le revenu reflète le statut
économique à court terme d’un individu / d’un ménage, tandis que l’ensemble des actifs fournit davantage
d’informations sur la richesse à long terme et la vulnérabilité à l’insécurité alimentaire. "
11. Une exception, quoique limitée, est Mude et al. (2009)
32
TABLE 1.3 – Dimensions de la sécurité alimentaire et indicateurs de mesure
Dimensions Indicateurs Mesures
Disponibilité Renforcement de l’approvisionnement alimentaire Adéquation des disponibilités énergétiques
moyennes
Amélioration de la productivité et de la capacité de Proportion de terres agricoles irriguées
production
Renforcement des revenus et autres droits à la nour- Proportion de pauvres aux revenus journaliers ă à
riture 1,90$
Aide Alimentaire Aide alimentaire
Secours en matière de semences / Intrants Consommation d’engrais (% de la production d’en-
Dynamique du marché grais)
Disponibilité énergétique issues de céréales, racines
...
Accès Investissements en infrastructures % des routes revêtues sur l’ensemble du réseau rou-
tier
Renforcement de l’accès aux actifs Produit intérieur brut par habitant
Renforcement de l’accès à la terre % des terres en cultures
Transferts en produits alimentaires / en espèces Transferts personnels et rémunérations des em-
ployés
Stabilité Diversification de l’agriculture et de l’emploi Variabilité des disponibilités alimentaires par habi-
tant
Suivi de la sécurité alimentaire de la vulnérabilité Dépendance à l’égard des importations céréalières
Réduction de la variabilité de la production Variabilité de la production alimentaire par habi-
tant
Instabilité des prix intérieurs des produits alimen- Indice des prix à la consommation
taires
Taux de dépendance à l’égard des importations cé- Importations céréalières en % des importations to-
réalières tales
Valeur des importations alimentaires en % des ex- Importations alimentaires en % des importations
portations totales
Utilisation Consolidation du marché de la main d’œuvre Taux d’emploi dans l’agriculture
Accès à des sources d’eau améliorées % de la population ayant accès à des quantités
d’eau suffisantes
Accès à des installations d’assainissement amélio- % de la population ayant au moins un accès adé-
rées quat à un bon assainissement
Source : Auteurs, 2020.
Pour faire face à la faiblesse de l’utilisation des mesures proxies comme indicateur de sécu-
rité alimentaire, certains auteurs proposent la construction d’un indice composite de la sé-
curité alimentaire pour rassembler les informations fournies par des mesures individuelles
(Headey and Ecker, 2013; Leroy et al., 2015; Slimane, 2016). En ce sens, Slimane (2016) s’est
basé sur les indicateurs les plus importants de FAOSTAT, liés à la production agricole et aux
disponibilités alimentaires. La construction de son indice de sécurité alimentaire repose sur
quatre indicateurs couvrant les deux dimensions de la sécurité alimentaire que sont la dis-
ponibilité et l’utilisation. Pour la dimension de la disponibilité alimentaire, l’auteur choisit
l’adéquation de l’apport énergétique alimentaire moyen (utilisé comme indicateur de l’adé-
quation de l’apport alimentaire en calories) et la valeur moyenne de la production alimen-
taire par habitant (mesurant la taille économique du secteur de la production alimentaire et
des disponibilités alimentaires pour tous dans un pays). Quant à la dimension utilisation,
Slimane (2016) considère l’accès à des sources d’eau améliorées (pourcentage de la popula-
tion ayant accès à une quantité d’eau suffisante) et l’accès à des installations d’assainisse-
ment améliorées (pourcentage de la population ayant au moins un accès adéquat à un bon
assainissement).
33
Quoiqu’il en soit, la sécurité alimentaire reste un phénomène multidimensionnel. Plusieurs
cadres d’analyse existent (voir Figure 6, 7, 8 et 9 en annexe de ce document) qui expliquent
les liens qu’elle entretient avec d’autres probématiques socio-économiques ou politiques.
Des indicateurs de la sécurité alimentaire, il ressort que certains tentent d’englober diffé-
rents aspects de l’insécurité alimentaire selon qu’ils touchent l’accès, la disponibilité, la sta-
bilité ou l’utilisation. D’autres présentent une classification qui visent à mesurer la sécurité
alimentaire en termes d’état ou de résultats, d’éléments moteurs, de facteurs déterminants
ou de risques ; ou encore d’interventions de politiques publiques (Pangaribowo et al., 2013).
Enfin, d’autres se proposent de regrouper les indicateurs en une seule mesure : C’est le cas
par exemple de l’indice de la faim dans le monde 12 publié par « The Economist Intelligence
Unit ».
Pour Coates (2015), l’action politique nationale et internationale doit se concentrer sur les
problèmes simples qui pourraient servir de base à la fixation d’objectifs ; en retour, l’utilisa-
tion d’indicateurs simples et uniques pourrait servir à l’analyse des politiques. Notre analyse
des impacts de politiques sur la sécurité alimentaire emprunte les mêmes hypothèses. Sur
la base des travaux de Sukhatme (1961) 13 , Ruel (2003) et Cafiero et al. (2014), nous choisis-
sons de construire un indice de sécurité alimentaire, qui regroupe les indicateurs de dispo-
nibilité alimentaire (voir Tableau 1.3) pour l’analyse des effets de la politique d’ouverture
commerciale sur la sécurité alimentaire. Pour l’analyse des effets des mesures de soutien à
l’agriculture sur la sécurité alimentaire, nous nous concentrons sur la dépendance des pays
aux importations de produits alimentaires.
12. L’IFRI, Concern Worlwide et Welthungerhilfe ont conçu un indice de la faim dans le monde qui combine
trois indicateurs équipondérés dans le but de refléter le caractère multidimensionnel de la faim
13. Sukhatme (1961) fut le premier à proposé un indicateur de sécurité alimentaire basé sur les disponibilités
alimentaires.
34
1.5 Bibliographie
Arimond, M. and Ruel, M. T. (2004). Dietary diversity is associated with child nutritio-
nal status : evidence from 11 demographic and health surveys. The Journal of nutrition,
134(10) :2579–2585.
Azoulay, G. and Dillon, J.-C. (1993). La sécurité alimentaire en Afrique : manuel d’analyse et
d’élaboration des stratégies. KARTHALA Editions.
Barrett, C. B. (2002). Food security and food assistance programs. Handbook of agricultural
economics, 2(na) :2103–2190.
Beddington, J. R., Asaduzzaman, M., Bremauntz, F. A., Clark, M. E., Guillou, M., Jahn, M. M.,
Erda, L., Mamo, T., Van Bo, N., Nobre, C. A., et al. (2011). Achieving food security in the
face of climate change : Summary for policy makers from the commission on sustainable
agriculture and climate change. na, na(na) :na.
Berdegue, J., Escobar, G., et al. (2002). Rural diversity, agricultural innovation policies and poverty
reduction, volume na. Agricultural Research and Extension Network.
Cafiero, C., Melgar-Quinonez, H. R., Ballard, T. J., and Kepple, A. W. (2014). Validity and re-
liability of food security measures. Annals of the New York Academy of Sciences, 1331(1) :230–
248.
Chowdhury, T. and Islam, S. (2017). Environmental performance index and gdp growth rate :
evidence from brics countries. Environmental economics, (8, Iss. 4) :31–36.
Coates, J. (2015). Food insecurity measurement. Food Insecurity and Public Health, na(na) :51–
64.
Cruz, J.-F., Hounhouigan Djidjoho, J., Havard, M., and Ferré, T. (2020). La transformation des
grains, volume na. éditions Quae.
De Haen, H. and Hemrich, G. (2007). The economics of natural disasters : implications and
challenges for food security. Agricultural economics, 37 :31–45.
35
Denny, R. C., Marquart-Pyatt, S. T., Ligmann-Zielinska, A., Olabisi, L. S., Rivers, L., Du, J.,
and Liverpool-Tasie, L. S. O. (2018). Food security in africa : a cross-scale, empirical investi-
gation using structural equation modeling. Environment Systems and Decisions, 38(1) :6–22.
Dury, S. and Bocoum, I. (2012). Le" paradoxe" de sikasso (mali) : pourquoi" produire plus"
ne suffit-il pas pour bien nourrir les enfants des familles d’agriculteurs ?
FAO., Organization, A., et al. (1983). FAO Production Yearbook, 1982, volume 26. Food and
Agriculture Organization of the United Nations.
Fao, F. (2008). Food and agriculture organisation of the united nations. Retrieved on,
15(na) :na.
Fao, W. (2014). Ifad (2012) the state of food insecurity in the world 2012 : Economic growth
is necessary but not sufficient to accelerate reduction of hunger and malnutrition. FAO,
Rome, na(na) :na.
Fischer, G., Hizsnyik, E., Prieler, S., Shah, M., and Van Velthuizen, H. (2009). Biofuels and
food security.
Food, F. (2003). Agriculture organization. Gender and access to land, FAO land tenure studies,
4(na) :na.
Hamelin, A.-M. and Bolduc, N. (2003). La sécurité alimentaire à l’agenda politique québé-
cois. Service social, 50(1) :57–80.
Headey, D. and Ecker, O. (2013). Rethinking the measurement of food security : from first
principles to best practice. Food security, 5(3) :327–343.
Hoddinott, J. (1999). Choosing outcome indicators of household food security, volume na. Citeseer.
Huchet Bourdon, M., Laroche Dupraz, C., and Sénadin, A.-L. (2013). Impact du taux de
change sur la sécurité alimentaire des pays en développement. Technical report.
Iram, U. and Butt, M. S. (2004). Determinants of household food security. International Journal
of Social Economics, na(na) :na.
36
Jayne, T. S., Yamano, T., Weber, M. T., Tschirley, D., Benfica, R., Chapoto, A., and Zulu, B.
(2003). Smallholder income and land distribution in africa : implications for poverty re-
duction strategies. Food policy, 28(3) :253–275.
Kidane, W., Maetz, M., and Dardel, P. (2006). Food security and agricultural development in
sub-Saharan Africa : Building a case for more public support. Main report. FAO.
Lawrence, G. and McMichael, P. (2012). The question of food security. International Journal of
Sociology of Agriculture and Food, 19(2) :135–142.
Leroy, J. L., Ruel, M., Frongillo, E. A., Harris, J., and Ballard, T. J. (2015). Measuring the food
access dimension of food security : a critical review and mapping of indicators. Food and
nutrition bulletin, 36(2) :167–195.
Loos, J., Abson, D. J., Chappell, M. J., Hanspach, J., Mikulcak, F., Tichit, M., and Fischer, J.
(2014). Putting meaning back into “sustainable intensification”. Frontiers in Ecology and the
Environment, 12(6) :356–361.
Marzin, J. and Bosc, P. M. (2014). Agricultures familiales dans les pays en développement.
Revue de l’Académie d’agriculture N, 3(na) :41.
Maxwell, D. G. (1996). Measuring food insecurity : the frequency and severity of “coping
strategies”. Food policy, 21(3) :291–303.
Maxwell, S. (1988). Food security study : Phase i. Institute of Development Studies, Sussex, UK,
na(na) :na.
Migot-Adholla, S., Hazell, P., Blarel, B., and Place, F. (1991). Indigenous land rights systems
in sub-saharan africa : a constraint on productivity ? The World Bank Economic Review,
5(1) :155–175.
Misselhorn, A., Aggarwal, P., Ericksen, P., Gregory, P., Horn-Phathanothai, L., Ingram, J.,
and Wiebe, K. (2012). A vision for attaining food security. Current opinion in environmental
sustainability, 4(1) :7–17.
37
Mude, A. G., Barrett, C. B., McPeak, J. G., Kaitho, R., and Kristjanson, P. (2009). Empirical
forecasting of slow-onset disasters for improved emergency response : An application to
kenya’s arid north. Food Policy, 34(4) :329–339.
Ouédraogo, S., Salou, F., and Guissou, R. S. (2017). Incomes and food security management
in rural areas of burkina faso. Journal of Economics and Sustainable Development, 8(24) :149–
161.
Pageau, M. (2008). Cadre de référence en matière de sécurité alimentaire. na, na(na) :na.
Pangaribowo, E. H., Gerber, N., and Torero, M. (2013). Food and nutrition security indica-
tors : a review. na, na(na) :na.
Pingali, P., Alinovi, L., and Sutton, J. (2005). Food security in complex emergencies : enhan-
cing food system resilience. Disasters, 29 :S5–S24.
Poulton, C., Kydd, J., and Dorward, A. (2006). Overcoming market constraints on pro-poor
agricultural growth in sub-saharan africa. Development policy review, 24(3) :243–277.
Reutlinger, S. (1985). Food security and poverty in ldcs. Finance and Development, 22(4) :7.
Rouffignat, J. (2001). De la sécurité alimentaire au développement social : les effets des pratiques
alternatives dans les régions du Québec, 1999-2000 : rapport synthèse, volume na. Département
de géographie Univ. Laval.
Sen, A. (1985). Well-being, agency and freedom : The dewey lectures 1984. The journal of
philosophy, 82(4) :169–221.
Siamwalla, A. and Valdés, A. (1980). Food insecurity in developing countries. Food Policy,
5(4) :258–272.
38
Slimane, M. B. (2016). Investissements directs étrangers et sécurité alimentaire dans les pays en
développement. na, na, na.
Smith, M., Pointing, J., and Maxwell, S. (1992). Household food security, concepts and de-
finitions : An annotated bibliography (development bibliography no 8). Sussex, England :
Institute of Development Studies, Brighton, University of Sussex, na(na) :na.
Sukhatme, P. (1961). The world’s hunger and future needs in food supplies. Journal of the
Royal Statistical Society : Series A (General), 124(4) :463–508.
Temple, L., Mathé, S., et al. (2016). Organic agriculture and food security in cameroon. In na,
volume na, page na. CIRAD.
Theriault, S., Otis, G., Duhaime, G., and Furgal, C. (2005). The legal protection of subsistence :
A prerequisite of food security for the inuit of alaska. Alaska L. Rev., 22(na) :35.
Touzard, J.-M. and Temple, L. (2012). Sécurisation alimentaire et innovations dans l’agri-
culture et l’agroalimentaire : vers un nouvel agenda de recherche ? Cahiers Agricultures,
21(5) :293–301.
USDA, N. (2009). The plants database. national plant data center, baton rouge, louisiana.
Valdes, A. and Konandreas, P. (1981). Assessing food insecurity based on national aggregates
in developing countries. Food security for developing countries, na(na) :25–52.
Von Braun, J. (1988). Effects of technological change in agriculture on food consumption and
nutrition : rice in a west african setting. World Development, 16(9) :1083–1098.
Wakefield, S., Fredrickson, K. R., and Brown, T. (2015). Food security and health in canada :
Imaginaries, exclusions and possibilities. The Canadian Geographer/Le Géographe canadien,
59(1) :82–92.
39
Chapitre 2
2.1 Introduction
Dans les pays en développement, les zones rurales concentrent la plupart des activités agri-
coles (ASH, 2019). En même temps, ce sont elles qui enrégistrent la proportion la plus élevée
de populations en insécurité alimentaire, pourtant majoritairaiment constituée de la main-
d’œuvre au profit du secteur agricole (Masters et al., 2013). Pour justifier une telle situation,
plusieurs auteurs mettent en cause l’inefficacité des politiques nationales (Bernell et al., 2006;
Bhattacharyya et al., 1996; Josling, 1974) pour résoudre les nombreux défis que posent la
problématique de sécurité alimentaire ; d’autres encore indexent le rôle du commerce inter-
national ou, des engagements commerciaux internationaux (Masters et al., 2013). Pour ces
derniers, la sécurité alimentaire a toujours évolué séparément du commerce international et
des règles qui la régissent (Margulis, 2017; Farsund et al., 2015; Matthews, 2014).
En effet, les règles commerciales traitent la sécurité alimentaire comme une question de dis-
ponibilité des aliments (Madeley, 2002; Sukhatme, 1961) ; ce n’est que tout récemment que
les préoccupations concernant l’accessibilité à des aliments nutritifs, la production durable
et culturellement appropriée, ont été ajoutées (Schanbacher, 2010; Madeley, 2002). Ainsi, le
commerce peut, sous certaines conditions, permettre d’atteindre les objectifs de la sécurité
alimentaire ; toutefois, il devrait être complété par d’autres outils politiques non moins im-
portants (Madeley, 2002). Si parmi ces outils, certains peuvent être directement liés au com-
merce international et à la manière dont il est réglementé (quotas et restrictions volontaires
des exportations, subventions aux importations, etc.), d’autres le sont moins, sinon simple-
ment distincts de ce domaine (prix aux producteurs, prix à la consommation, subventions
40
à la production, investissements en recherche et développement, etc.) (Farsund et al., 2015;
Matthews, 2014; Unnevehr et al., 2003) et, calqués sur des préoccupations nationales (Agar-
wal, 2014).
41
2.2.1 Les conditions de satisfaction des besoins alimentaires : analyse
mercantiliste vs. analyse libérale
Pour les mercantilistes, l’un des objectifs de tous les pays est de garantir un approvision-
nement alimentaire régulier et substantiel à leur population. En d’autres termes, l’État doit
veiller au bon approvisionnement alimentaire des populations ainsi qu’aux bas prix de mar-
ché (Ndione and DANSOKHO, 2010; Wright, 2001; Clément, 2000). Pour garantir un prix à
la portée de tous et donc une satisfaction des besoins alimentaires, les auteurs mercantilistes
soutiennent que l’État doit constamment surveiller et encadrer les marchés et même interve-
nir s’il y a lieu (Ndione and DANSOKHO, 2010). L’État pourrait remplir cette mission par
l’intermédiaire de stocks publics tout en visant la stabilisation des prix. Ainsi, une gestion
publique des réserves de même qu’un contrôle strict du commerce permet d’avoir un prix
juste (Wright, 2001).
En plus de cette intervention publique, les mercantilistes suggèrent aussi d’empêcher la sor-
tie des produits agricoles du territoire national ; le commerce extérieur ne sera autorisé que
si le pays est bien approvisionné (Wright, 2001). Mais, ces politiques alimentaires ne sont
pas l’apanage des mercantilistes : on les retrouve également chez les auteurs libéraux. À
titre d’exemple, Galiani (1770) souligne la dimension incompressible de la demande alimen-
taire dans la mesure où elle correspond à des besoins vitaux (Larrere, 1992). La demande
alimentaire serait constamment sous tension, tension d’autant plus accentuée que la pres-
sion démographique sur les ressources alimentaires s’exerce sans répit et augmente les prix
(Larrere, 1992). Cette spécificité se retrouve aussi dans l’offre de produits agricoles et cela
à cause de son caractère rigide et incontrôlable du fait des aléas climatiques. Ainsi, l’offre
alimentaire d’une nation peut fluctuer entre surproduction et pénurie (Larrere, 1992).
Mais, la conception de l’état nourricier à travers la mise en place de stocks prôné par les
mercantilistes est remise en cause à partir du XVIIème siècle par les libéraux qui proposent
comme réponse aux problèmes de l’alimentation, le caractère autorégulateur du marché et
le fait de considérer le produit alimentaire comme n’importe quelle marchandise (Lang and
Barling, 2012). Pour les libéraux, le meilleur moyen d’assurer un approvisionnement ali-
mentaire adéquat des populations est de laisser faire le marché avec une harmonisation de
ce dernier à travers les ajustements par les prix et les salaires (Ndione and DANSOKHO,
2010; Wright, 2001; Lang and Barling, 2012). Cela suppose une libre circulation totale des
produits agricoles tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays sans que l’État ne réglemente
le fonctionnement du marché comme l’exige la tradition séculaire (Lang and Barling, 2012).
Pour apaiser les craintes des populations face à cette libéralisation des échanges agricoles,
les libéraux se fondent sur les spécificités des biens alimentaires (Lang and Barling, 2012).
D’abord, ces biens étant renouvelables, leur abondance est assurée.
Contrairement aux auteurs physiocrates, les libéraux considèrent le secteur des produits
42
agricoles comme une génération plutôt que comme une simple addition de richesses dé-
rivées de la terre nourricière et assimilable à un véritable don gratuit de la nature (Charbit
and Virmani, 2002; Nechaev et al., 2017). Par ailleurs, le caractère volumineux et périssable
des biens alimentaires les rend difficilement transportables par rapport aux autres marchan-
dises. Dès lors, les échanges avec l’étranger ne concernent qu’une faible partie de la produc-
tion nationale (Lang and Barling, 2012), ce qui ferait que les inquiétudes des populations
face aux dangers du commerce extérieur des produits alimentaires n’auraient aucune rai-
son d’être. Mais, cette conception libérale du marché agricole fut rejetée par les partisans de
l’interventionnisme.
Ces derniers exigent une politique alimentaire active et volontaire. En ce sens, ils démontrent
que même si l’ajustement prix salaire est possible, cela exige tout de même un délai as-
sez long qui pourrait se révéler préjudiciable aux populations (Lang and Barling, 2012). Par
ailleurs, la cupidité étant le principe, la fin et l’âme même du commerce, elle suppose le
comportement spéculateur des agents économiques responsables de l’approvisionnement,
alors que les besoins alimentaires ne peuvent être différés (Ndione and DANSOKHO, 2010).
Enfin, les antilibéraux remettent en cause le caractère relatif du commerce extérieur. Selon
eux, la sortie d’une petite quantité des biens alimentaires du territoire fait évoluer consi-
dérablement les prix (Lang and Barling, 2012). Somme toute, la résolution des problèmes
alimentaires opposent les théoriciens notamment les partisans de la libéralisation et les dé-
fenseurs de l’interventionnisme étatique. Ce débat qui s’est poursuivi tout au long du XIXe
siècle n’avait pas perdu de sa vigueur à la fin du XXe siècle. Mais, la théorie économique
s’est aussi intéressée à l’objectif d’indépendance alimentaire.
Cette politique d’interventionnisme était également défendue au XVIII et XIXème siècle par
des auteurs comme Malthus qui sont favorables à l’application des corns laws (Lusk et al.,
2003). Les physiocrates vont défendre une solution tout à fait contraire à ceux des mercan-
43
tilistes, même si elle s’est révélée impopulaire (Salvadori and Signorino, 2017). Pour ces au-
teurs, le libre commerce des céréales est le seul moyen d’assurer l’indépendance alimen-
taire 1 . L’agriculture est le seul pourvoyeur de richesse et tout doit être mis en œuvre pour
favoriser son indépendance (Salvadori and Signorino, 2017). Pour sa part, le bien alimen-
taire doit répondre à un impératif de rentabilité car n’étant plus considéré comme un simple
bien de subsistance mais comme une marchandise qui a un prix même s’il doit également
satisfaire les besoins populaires 2 .
Pour Quesnay (1766), il n’y a pas de contradiction entre abondance et cherté. Il faudra
concentrer les efforts sur les conditions de production, et non sur les conditions de distri-
butions. En d’autres termes, i faudra favoriser l’agriculture marchande en fournissant à la
terre les capitaux nécessaires à sa productivité : Seul le bon prix est en mesure de régler les
problèmes d’approvisionnement alimentaires 3 (Quesnay, 2005). Le bon prix doit permettre
au fermier de se dédommager et de récupérer ses avances, ce qui l’incitera à continuer à
produire et en plus grande quantité car un résultat financier négatif n’est point encoura-
geant. Ainsi, la liberté de commerce doit être totale pour favoriser l’apparition d’un bon
prix (Ndione and DANSOKHO, 2010). Cette liberté de commerce loin de remettre en cause
l’objectif d’indépendance alimentaire la renforce selon les physiocrates.
En effet même si le libre échange permet un prix au producteur plus grand par la vente à
l’extérieur de l’excédent, les quantités échangées sont faibles car plus le commerce extérieur
est libre moins il ya d’échange (Quesnay, 1766). somme toute, il y a un objectif d’indépen-
dance alimentaire largement partagé et qui tient en grande partie à la qualité intrinsèque des
biens agricoles, soit en tant que biens de subsistance pour les uns, soit en tant que marchan-
dises et source unique d’enrichissement pour les autres. Toutefois, les moyens d’atteindre
cet objectif sont en totale opposition. Ainsi, bien que partageant l’idée que la nation doit
nourrir son peuple, les physiocrates considèrent les produits agricoles plus comme un ob-
jet de commerce que comme un simple bien de subsistance. Dans une certaine mesure, ces
auteurs ont contribué à orienter la question agricole vers les problèmes de la production et
non plus vers ceux de la consommation et de l’approvisionnement des marchés (Ndione and
DANSOKHO, 2010).
La théorie économique toujours dans cette spécificité qu’elle accorde au fait alimentaire, s’est
enfin penchée sur les causes l’insécurité alimentaire dans le monde.
1. Les physiocrates furent les précurseurs des mesures de libéralisation des années 1763-1764 (Salvadori and
Signorino, 2017)
2. Le peuple réclame toujours une alimentation à bon marché sans se préoccuper des conditions de produc-
tion (Ndione and DANSOKHO, 2010)
3. La non valeur avec l’abondance n’est point richesse, la cherté avec pénurie est misère (Quesnay, 2005)
44
2.2.3 Les causes de l’insécurité alimentaire dans le monde : analyse
Malthusienne (1798) vs. analyse d’Amartya Sen (2000)
Deux courants d’analyse existent qui présentent les causes de l’inéscurité alimentaire dans
le monde : La première est l’œuvre de Malthus (Feyissa and Ranjan, 2012; Malthus, 2013)
et, la seconde plus contemporaine est l’œuvre d’Amartya Sen (Pressman and Summerfield,
2000; Barrett, 2010). Pour Malthus (1766-1834), dans son essai sur le principe de population
en 1798, l’être humain comme tout être vivant ne peut échapper à la tendance naturelle d’ac-
croissement de son espèce au-delà de ce que permettrait la nourriture à sa portée (Feyissa
and Ranjan, 2012). Plus précisément, lorsque la population n’est arrêtée par aucun obstacle ..., elle
croît de période en période de manière géométrique, alors que les moyens de subsistance dans les condi-
tions les plus favorables à l’industrie ne peuvent croître plus rapidement que selon une progression
arithmétique (Malthus, 2013).
Une telle situation a donc pour conséquence de creuser l’écart entre les besoins et les disponi-
bilités alimentaires (Feyissa and Ranjan, 2012). Pour y faire face, Malthus préconise des freins
préventifs à l’accroissement de la population (Malthus, 2013). En d’autres termes, l’éduca-
tion et la raison, entre autres, peuvent encourager les hommes à avoir moins d’enfants de
manière à pouvoir les élever le mieux possible (Feyissa and Ranjan, 2012). Toujours dans
cette logique de freins préventifs, Malthus considère que l’avortement, même s’il croît qu’il
reste un vice, est à même de limiter la population (Malthus, 2013). A côté, il préconise aussi
d’autres freins actifs à l’accroissement de la population tels que les guerres, les famines, les
maladies qui abaissent durablement le nombre d’hommes à un niveau compatible à celui
des vivres (Malthus, 2013).
Malthus à travers cette thèse considère que l’insécurité alimentaire dans le monde a pour
cause la surpopulation. Cette théorie malthusienne a été la source d’inspiration de nom-
breuses analyses 4 même si elle fut l’objet de nombreuse controverses. De son côté, Sen fut
l’un des plus grands contradicteurs de Malthus (Pressman and Summerfield, 2000; Barrett,
2010). Pour cet auteur, le ratio disponibilités alimentaires/population si cher a Malthus ne
suffit pas pour expliquer l’insécurité alimentaire dans le monde (Barrett, 2010). Pour illustrer
son point de vue, il montre que dans plusieurs grandes famines (Bengale en 1943 (Basu, 1986;
Tauger, 2003), Bangladesh en 1974 (Sen, 1981; Qudrat-I Elahi, 2018) . . . ), les disponibilités ali-
mentaires par personne ne sont pas en baisse et, parfois même, elles sont plus importantes
que dans les périodes sans famines.
Sen fait remarquer ensuite que malgré cela, tout un groupe de la population avait vu ses
4. Dans plusieurs rapports célèbres tels que le rapport sur les limites de la croissance, le club de Rome en
1972, l’État de la planète,le rapport annuel du World Watch Institute, les analyses pessimistes de Malthus ont
été reprises pour affirmer que la croissance démographique conjuguée à la croissance des activités humaines
(agriculture industrie) sont de nature à épuiser les ressources naturelles et à menacer l’avenir des générations
futures (Ndione and DANSOKHO, 2010).
45
capacités d’accès (entitlement) à la nourriture baisser dramatiquement. C’est le cas au Ben-
gale 5 , où les pêcheurs, les ouvriers, les transporteurs ont subi, en 1943, une baisse de leur
capacité d’accès au riz, qui pourtant, représentait leur alimentation de base ; ceci, parce que
leur pouvoir d’achat avait baissé (Tauger, 2003). Pour Sen, cette situation peut s’expliquer par
le fait qu’en cette période de seconde guerre mondiale, l’intensité de l’activité économique à
Calcutta a entraîné une augmentation des revenus, ce qui est à l’origine d’une augmentation
de la demande de consommation urbaine entraînant une envolée des prix du riz (Tauger,
2003). Dans le cadre de la famine au Bengladesh ,les familles paysannes furent touchées à
cause des inondations qui ont emporté leurs récoltes (Qudrat-I Elahi, 2018).
Somme toute, l’idée majeure qui ressort des travaux de Sen et qui est largement reconnue
par les scientifiques est que la pauvreté est la cause de la faim (Sen, 1981). Dès lors un certain
nombre de politiques publiques sont préconisées pour lutter contre la pauvreté et partant de
là contre l’insécurité alimentaire dans le monde (Sen, 1981).
Ram (2009) a examiné la relation entre l’ouverture commerciale, la taille du pays et celle du
gouvernement. Ses résultats, sur la base des moindres carrés ordinaires, suggèrent l’exis-
tence d’un lien entre la taille du gouvernement et l’ouverture aux échanges commerciaux ;
toutefois, l’auteur précise que ce lien était déterminé par la taille du pays (Ram, 2009). Ces
résultats sont conformes à ceux de Alesina and Wacziarg (1998) selon lesquels, il existerait
une relation positive entre la taille du gouvernement et l’ouverture commerciale médiée
par l’effet de la taille du pays, surtout pour la partie consommation publique des dépenses
5. Au Bengale donc on assiste à un paradoxe : il y a une famine dans un contexte de boom économique (Basu,
1986).
46
publiques. Toutefois, Alesina and Wacziarg (1998) soulignent que la taille du pays est liée
négativement à la taille du gouvernement ainsi qu’à l’ouverture commerciale.
Pour Subasat (2008), la liberté économique dans les pays (liberté commerciale, liberté finan-
cière, liberté du travail et liberté fiscale) influenceraient positivement l’ouverture commer-
ciale. Toutefois, l’auteur mentionne que ce lien est faible, sans toujours être statistiquement
significative. Comparant les pays membres de l’Organisation de coopération et de dévelop-
pement économiques (OCDE) aux pays non-membres de l’OCDE, Kim et al. (2010) ont exa-
miné les relations entre le développement financier et l’ouverture commerciale en se servant
des données de panel non équilibrées pour 87 pays sur la période 1960-2005. Les résultats
de leur étude indiquent que si la relation à court terme entre le développement financier et
l’ouverture commerciale laissait entrevoir un effet de substitution, la relation à long terme
était complémentaire (Osei et al., 2019).
En outre, les résultats de leur analyse des seuils suggèrent une relation à long terme non
linéaire où l’ouverture commerciale diminue avec le développement financier (Osei et al.,
2019). Ces derniers sont confirmés par les travaux de Yakubu et al. (2018). En effet, sur la
base de la méthode généralisée des moments, les auteurs apportent la preuve empirique que
le développement financier procuré par le crédit privé ne favorise pas l’ouverture, même si
le crédit intérieur affecte positivement l’intégration du marché international (Yakubu et al.,
2018; Osei et al., 2019). D’autres preuves apportées par leur travaux revèlent une relation
en forme de U entre le crédit privé et le commerce (Yakubu et al., 2018). Par ailleurs, les
auteurs trouvent aussi que si l’inflation et la formation brute de capital fixe améliorent for-
tement l’ouverture, l’épargne, la population et le PIB réel par habitant n’expliqueraient pas
l’ouverture commerciale (Yakubu et al., 2018; Osei et al., 2019).
Pourtant, Mbogela (2015) puis Tahir et al. (2018) ont, dans une analyse des déterminants de
l’ouverture commerciale dans les pays d’Afrique et d’Asie respectivement, trouvé le PIB par
tête ou encore l’éloignement des pays. Les résultats de leurs travaux suggèrent que l’amélio-
ration du PIB par tête est favorable à l’ouverture commerciale (Mbogela, 2015; Tahir et al.,
2018) 6 ; par contre, tout comme les contributions apportées par le modèle de gravité dans
l’analyse des déterminants du commerce, ils montrent que la distance ne favoriserait pas le
commerce. Pour leur part, Guttmann and Richards (2006) ont trouvé que les situations géo-
graphique et démographique des partenaires commerciaux potentiels sont les déterminants
les plus cruciaux de l’ouverture commerciale. Plus précisément, leurs résultats, sur la base
des moindres carrés ordinaires, suggèrent que les pays qui sont relativement plus éloignés
et dont la population est plus nombreuse font moins de commerce (Guttmann and Richards,
2006).
6. L’idée est que la plupart de ces économies sont de petits pays, avec un revenu par habitant et une popu-
lation petits, ce qui rend les marchés locaux assez petits pour attirer les grandes entreprises multinationales de
commerce international (Tahir et al., 2018)
47
Guttmann and Richards (2006) identifient également l’efficacité des réglementations en ma-
tière de politique commerciale et la liberté économique qui en résulterait comme étant des
déterminants non négligeables de l’ouverture commerciale, en ce sens qu’elle favorise le
commerce et, donc la décision d’ouverture commerciale. Ils trouvent aussi que la superfi-
cie totale des pays reste un facteur moins déterminant de l’ouverture commerciale (Gutt-
mann and Richards, 2006). Enfin, les travaux de Tahir et al. (2018) sur les pays membres
de l’Association sud-asiatique de coopération régionale (ASACR) suggèraient outre le PIB
par habitant,les capitaux physique et humain comme déterminants positifs de l’ouverture
commerciale. À l’opposé, les résultats révèlent que la main-d’œuvre et le taux de change
affecteraient négativement l’ouverture commerciale. Ces derniers résultats obtenus sur la re-
lation entre le taux de change et l’ouverture commerciale confirmeraient ceux obtenus dans
les travaux de Jafari et al. (2011) et De Grauwe (1988).
48
TABLE 2.1 – Quelques déterminants de l’ouverture commerciale
49
précise que ces gains de bien-être ne seraient pas réalisés en l’absence d’une ouverture aux
échanges commerciaux, laquelle augmenterait les coûts commerciaux et limiterait l’accès
aux marchés régionaux.
Mais empiriquement, les études qui examinent la relation entre l’ouverture et la production
agricole sont rares. Pour ceux qui existent, les résultats sont parfois contradictoires (Joël and
Glory, 2018; De Silva et al., 2013; Djokoto, 2012) selon les méthodologies (Rodriguez and
Rodrik, 2000; Djokoto, 2012) et les pays (Keho, 2017; Djokoto, 2012). En effet, les travaux
de Osabuohien (2007) sur deux économies de la zone CEDEAO 7 ont révèlé que l’ouverture
commerciale aurait un impact positif sur la production globale. L’impact mesuré, varie ce-
pendant d’une économie à une autre, ceci en raison des retards dans la mise en œuvre des
politiques internes ou des importations de biens de consommation ainsi que de la dépen-
dance à l’égard de l’exportation de produits primaires qui, généralement, ont peu de valeur
ajoutée dans le processus de production (Osabuohien, 2007). Ces résultats ont été obtenus
en contrôlant avec le niveau des dépenses publiques, le niveau de corruption et d’insincérité
dans l’administration des dépenses publiques (Osabuohien, 2007) et l’hétérogéïté des pays
(Kouwoaye, 2020; Le Goff and Singh, 2013; Foellmi and Oechslin, 2010) 8 .
Sur la même base que celle des travaux de Osabuohien (2007), Ndiyo and Ebong (2004);
Hoeffler (2001) mettaient en évidence que l’impact positif de l’ouverture commerciale sur
la croissance agricole des nations passerait par une augmentation dans les investissements
en agriculture. Pourtant, pour d’autres auteurs, il n’existerait pas suffisamment de preuves
pour suggérer une relation étroite entre la libéralisation du commerce et la croissance de la
production agricole (De Silva et al., 2013; Easterly, 2005; Killick, 2000). En effet, Killick (2000)
a montré que malgré l’ouverture commerciale, l’économie du Ghana, sur la base des données
de 1960-1994, ne présentait pas de différences en termes de structure, de croissance agricole,
d’approfondissement financier, de composition des exportations, de rigidité et de faibles
ratios épargne-investissement depuis 1960. Dans la même logique, Easterly (2005) a montré
dans une analyse ex-post ajustement structurel (PAS), qu’il n’y aurait aucune justification
empirique aux effets de l’ouverture du commerce et des marchés sur la production agricole.
Pour cet auteur, les bénéficiaires intensifs de prêts en lien avec les programmes d’ajuste-
ment structurel, notamment les agriculteurs, auraient connu le même niveau de rendement
agricole, en étant non-bénéficiaires (Easterly, 2005). Il l’explique par le fait que si l’ouverture
commerciale a contribué à l’amélioration des facteurs techniques tradionnels de production,
il reste, entre autres, qu’elle n’a pas suffit au renforcement du capital humain, nécessaire
pourtant à une utilisation adéquate des nouveaux facteurs techniques et technologiques
(Easterly, 2005). D’autres études ont même démontré que les pays qui n’ont pas suivi une
7. Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest
8. Pour les auteurs, les effets de l’ouverture commerciale sur la production agricole ne sont pas automa-
tiques. Ils pourraient dépendre des caractéristiques structurelles et des politiques complémentaires des pays
(Kouwoaye, 2020; Le Goff and Singh, 2013; Foellmi and Oechslin, 2010)
50
politique d’ouverture commerciale après les réformes du PAS ont obtenu de meilleurs résul-
tats en matière de production agricole comparés à ceux qui ont mis en oeuvre les politiques
d’investissement, d’épargne, d’exportation, de commerce extérieur, d’inflation et de crois-
sance économique (Demery, 1994; Elbadawi et al., 1992).
Enfin, d’autres auteurs concluent, pour leur part, une relation négative entre l’ouverture
commerciale et la production agricole (Adenutsi, 2007; Matsuyama, 1992). Pour Matsuyama
(1992), l’amélioration de la productivité agricole augmente la production agricole si l’éco-
nomie est fermée et, a un effet négatif lorsque l’économie est ouverte. De tous ces travaux,
on comprend aisément que le commerce devrait être considéré comme un facteur important
lors de la planification du développement et de la croissance d’une économie en général et,
du secteur agricole en particulier. Les différences de résultats dans les études transnationales
sont connues 9 (Hallaert, 2006) et, plusieurs études ont entrepris la correction de potentiels
biais d’endogénéïté dans l’analyse de la relation entre commerce et production agricole (Ta-
hir et al., 2018; Adenutsi, 2007).
Les travaux de Tahir et al. (2019) révèlent également l’existence de plusieurs canaux par
lesquels la relation entre l’ouverture commerciale et la production agricole serait possible
(Tahir et al., 2019). Pour l’auteur, différentes réformes commerciales dépendent en partie
d’abord des politiques complémentaires qui à leur tour, répondraient favorablement à la
libéralisation du commerce, laquelle in fine affecterait la production agricole (Tahir et al.,
2019; Hallaert, 2006). Ces réflexions suggèrent qu’une meilleure approche dans l’étude de la
relation ouverture commerciale - production agricole ne devrait pas occulter le fait que la
libéralisation du commerce pourrait être entreprise dans le cadre d’un ensemble plus large
qui assurerait la stabilité socio-politique et macroéconomique, à même de renforcer et rendre
plus durables ses bénéfices.
9. Hallaert (2006) a révélé que les analyses transnationales de la relation entre le commerce et l’ouverture
commerciale, surestimait les effets d’une telle relation ; il existerait des erreurs de mesure dans la variable com-
merce et, la plupart des travaux ne prenait pas en compte l’hétérogénéïté entre les pays
51
2.3.3 Commerce et sécurité alimentaire
Dans la pratique empirique, (Mukhtar, 2017) ont montré que l’augmentation des échanges
commerciaux affecterait positivement les disponibilités alimentairs. En d’autres termes, une
amélioration du ratio d’ouverture aux échanges a le potentiel d’accroître la disponibilité des
denrées alimentaires (Mukhtar, 2017) en accélérant le mouvement des marchandises à tra-
vers les frontières et en garantissant la livraison en temps voulu des denrées alimentaires
provenant des marchés internationaux pour combler les lacunes de l’offre nationale (Dith-
mer and Abdulai, 2017; Leamer and Bowen, 1981). Cette situation entraînera la hausse des
disponibilités alimentaires mondiales, toute chose qui affectera les disponibilités alimen-
taires nationales (à travers les importations et la production). Mais, il est à rappeler que
l’effet sur les importations alimentaires dépendra de toute incidence de l’ouverture sur les
recettes en devises.
L’ouverture commerciale peut également avoir des implications pour la sécurité alimentaire
à travers le lien avec les revenus et les dépenses (Dithmer and Abdulai, 2017; Djankov et al.,
2010). En effet, tout changement dans le régime commercial d’un pays aura un effet direct
sur les revenus ruraux et urbains et sur l’emploi, et par là même sur la répartition des reve-
nus (Dithmer and Abdulai, 2017). En outre, il y aura un effet sur les recettes publiques par le
biais, par exemple, d’une modification du niveau des recettes provenant des prélèvements
à l’importation (Dithmer and Abdulai, 2017). Dans ces conditions, tant la disponibilité ali-
mentaire nationale que les revenus du gouvernement ont un impact au niveau des ménages,
affectant l’accès des ménages à la nourriture directement et indirectement par le biais des
revenus des ménages (Dithmer and Abdulai, 2017; Djankov et al., 2010). A titre d’exemple,
les bas prix des matières premières peuvent limiter le potentiel de revenus d’exportation
(Djankov et al., 2010).
Dithmer and Abdulai (2017) ont aussi montré qu’une meilleure facilitation des échanges
pourrait contribuer à améliorer l’accès alimentaire grâce à la réduction des coûts de transac-
tion et à la baisse des prix relatifs des denrées alimentaires importées. Pour Bonuedi et al.
(2020), l’ouverture aux échanges contribuerait également à améliorer la stabilité grâce à un
approvisionnement alimentaire cohérent, efficace et en temps utile, et contribuerait ainsi à
éviter les crises consécutives à des déficits de la production alimentaire nationale. Elle per-
mettrait aussi d’accroître la variété des produits alimentaires au même titre que la compo-
sition nutritionnelle disponible sur les marchés locaux, ce qui renforcerait l’utilisation (Bo-
nuedi et al., 2020; Dithmer and Abdulai, 2017; Feenstra and Hanson, 1996; Vanek, 1968).
52
titre que la composition nutritionnelle disponible sur les marchés locaux, ce qui renforcerait
la dimension de l’utilisation de la sécurité alimentaire (Bonuedi et al., 2020; Mukhtar, 2017;
Tirole and Jean, 1988). En outre, l’ouverture aux échanges améliorerait probablement l’envi-
ronnement sanitaire dans lequel les aliments seraient produits, préparés et consommés en
augmentant l’accès à des technologies de soins de santé améliorées, à l’hygiène et aux ins-
tallations sanitaires des marchés internationaux (Bonuedi et al., 2020).
TABLE 2.2 – Prédictions théoriques des effets du commerce sur la sécurité alimentaire
Mais, l’ouverture commerciale, sous certaines conditions, pourraient ne pas toujours être bé-
néfiques en termes de bien-être aux pays (Kouwoaye, 2020). En effet, elle obligerait les pays
qui dépendent foncièrement des taxes à trouver d’autres sources de recettes et / ou réduire
leurs dépenses. Dès lors, elle pourrait entraîner une hausse de la pauvreté si les taxes comm-
merciales devraient être compensées par les impôts sur le revenu (Anderson et al., 2011;
Kouwoaye, 2020). Ces constats sont soutenus par les travaux d’extension des théories clas-
siques du commerce international (notamment le "modèle de l’iceberg" (Samuelson, 1964),
la nouvelle théorie du commerce (Krugman, 1980) et, la théorie des entreprises hétérogènes
(Melitz, 2003)), lesquels ont révélé que les coûts commerciaux pourraient creuser un fossé
entre les prix relatifs auxquels sont confrontés les pays exportateurs et les pays importateurs
(Bonuedi et al., 2020). Pour Bonuedi et al. (2020), ces coûts commerciaux rapprocheraient les
partenaires commerciaux de leurs prix autarciques initiaux, ce qui pourrait décourager la
53
spécialisation et éroder les incitations au commerce.
En effet, les coûts commerciaux élevés ont, entre autres, pour conséquence, de réduire les
volumes d’échanges et donc, les possibilités de consommation et le bien-être économique
(Bonuedi et al., 2020). En effet, il ressort du second théorème du bien-être que la réduction
des coûts commerciaux sur des marchés agricoles fortement faussés pourrait diminuer le
bien-être (Tamini et al., 2012). L’implication est que de petites réductions tarifaires sur des
marchés agricoles fortement faussés peuvent diminuer le bien-être (Tamini et al., 2012).
Dans la pratique, ces différentes prédictions n’ont pas permis de réduire les entraves faites
par la plupart des pays au commerce international, notamment le commerce des produits
agricoles 10 (Clapp, 2014; Panagariya, 2005; Pezzini, 2001). Pour de nombreux auteurs, elles
sont établies sans une prise en compte de l’interaction entre le commerce et le développe-
ment agricole (Clapp, 2014; Foley et al., 2011; Rosset, 2000). En d’autres termes, les avantages
du commerce, lorsqu’ils sont fondés sur les principes de l’avantage comparatif et de l’effi-
cacité économique, sont discutables lorsqu’ils sont appliqués à l’agriculture et aux moyens
de subsistance ruraux et donc, dans une relative extension, à la sécurité alimentaire (Clapp,
2014; Foley et al., 2011; Rosset, 2000).
À titre d’exemples, pour Clapp (2014), le capital et la main-d’œuvre agricole sont mobiles
dans un monde globalisé et, cette situation pourrait être préjudiciables aux gains commer-
ciaux, ouvrant les portes pour un système agricole mondial dominé par des sociétés transna-
tionales avec peu de place pour les petits agriculteurs ou les économies nationales. De même,
les producteurs agricoles parviendront difficilement à passer d’une production existante à
de nouveaux produits en cas de changement de la demande ou si un avantage différent est
perçu. Ils n’auraient pas nécessairement ou souvent, non plus, la capacité de passer à un
secteur différent, comme le suppose la théorie (Clapp, 2014).
À cela, il faudrait ajouter le fait que les marchés agricoles ne seraient pas parfaitement com-
pétitifs (Foley et al., 2011). Au contraire, ils se caractériseraient par une forte concentration de
sociétés transnationales dans les céréales de base, les intrants de production, la fabrication,
la distribution et les marchés de détail, ce qui fausse les marchés et génère des conditions de
concurrence inégales (Foley et al., 2011). Dans de telles conditions, la répartition des gains
issus du commerce n’est pas correctement assurée ; de surcroît, les secteurs agricoles et les
producteurs des pays en développement seraient désavantagés et susceptibles d’enregistrer
beaucoup moins de gains (Foley et al., 2011). En conséquence, les effets du commerce inter-
national sur la sécurité alimentaire dépendrait de ses effets sur le secteur agricole.
Ce constat reste pertinent, de nos jours, si l’on considère le rôle des externalités sociales, éco-
nomiques et environnementales liées aux activités agricoles en matière de sécurité alimen-
10. À titre d’exemples, les soutiens agricoles dans les pays de l’OCDE n’ont pas sensiblement diminué com-
parés à ce qu’ils étaient lors de la création de l’OMC (Clapp, 2014)
54
taire (Foley et al., 2011; Byerlee et al., 2009; Rosset, 2000). En effet, les dommages écologiques
causés par la production agricole intensive et traditionnelle et le type de production ali-
menté par les mandats commerciaux, pourraient compromettre la durabilité à long terme de
la production alimentaire (Foley et al., 2011; Byerlee et al., 2009). Les impacts (par ex. la perte
de biodiversité, l’accélération du changement climatique, l’érosion des sols, la pollution des
systèmes hydriques, etc.) pourraient également compromettre l’avenir de la production ali-
mentaire (Byerlee et al., 2009; Rosset, 2000). Le récit promouvant l’avantage comparatif et les
économies d’échelle fait souvent fi des externalités socioéconomiques et environnementales
découlant d’une production agricole conventionnelle intensive (Byerlee et al., 2009; Rosset,
2000).
Ces différents développements suggèrent le rôle non moins important de la production agri-
cole dans l’analyse de la relation entre l’ouverture commerciale et la sécurité alimentaire
(Byerlee et al., 2009). Mais au-delà, Clapp (2006) 11 et Chang (2002) 12 , considèrent qu’il faille
ajouter les mesures de soutien au secteur agricole, en l’absence desquelles l’ouverture com-
merciale détruiraient les économies agricoles, notamment les petits producteurs et les pay-
sans qui produisent jusqu’à 70% de la nourriture mondiale et, qui parfois sont les gardiens
de la biodiversité mondiale (Rosset, 2000).
Nous proposons alors de passer en revue les études sur la relation entre la production agri-
cole et l’ouverture commerciale puis, la relation entre les mesures de soutien à l’agriculture
et la sécurité alimentaire.
11. Pour Clapp (2006), l’utilisation extensive des subventions, les soutiens politiques et les protections du
marché par la quasi totalité des pays industrialisés serait les forces motrices de leur développement agricole et,
tout ceci serait arrivé bien avant l’industrialisaton
12. Pour Chang (2002), la suppression des protections et des soutiens à l’agriculture dans la phase du déve-
loppement agricole et, même après, dans les pays développés, est sans aucun doute plus illusoire qu’existante
55
Table 2.1 - Soutien à l’agriculture et implications pour la sécurité alimentaire
Tous les soutiens internes soutien aux prix agri- 1- Avec stockage public : Perte de parts de marchés
sauf ceux des boîtes verte coles pour les producteurs moins compétitifs (ce qui affecte-
et bleue ; prix de soutien rait leur revenu) et, dispendieux pour les contribuables
et subventions à la pro- (ce qui limite l’accès aux produits concernés). Hausse
duction. de l’offre mondiale car les surplus peuvent être reversé
sur le marché mondial. 2- Sans stockage public : impact
diversifié sur les prix du marché intérieur (Hausse des
prix pour soutenir les producteurs et stimuler la pro-
duction agroalimentaire ; effet varié pour les consom-
mateurs).
Boîte orange
Subventions aux intrants hausse de la productivité agricole et baisse des prix à
agricoles la consommation entraînant une hausse de la dispo-
nibilité et l’accès aux aliments. Coûts importants pour
l’environnement. Coûts de mise en oeuvre importants
pouvant affecter négativement les revenus du contri-
buable et la sécurité alimentaire globale.
Protection des importa- Protège la production intérieure et les revenus des pro-
tions ducteurs, ce qui pourrait accroître la disponibilité de
l’offre alimentaire et son accès pour ces produteurs.
Mais, pourrait également avoir des effets négatifs en
termes d’augmentation des prix pour les consomma-
teurs et de diminution de la concurrence, ce qui limi-
terait l’accès alimentaire des consommateurs et l’accès
aux variétés alimentaires.
Paiements de soutien des- Aides ou subventions au Compense le manque à gagner dans les revenus des
tinés à limiter la produc- bétail ou à la terre non producteurs ; limite l’offre alimentaire en éliminant
tion en imposant des quo- liées aux prix certains producteurs du marché local.
Boîte bleue tas de production ou en
obligeant les agriculteurs
à mettre en jachère une
partie de leurs terres.
Toutes les aides telles Recherche et développe- Amélioration de la productivité globale des facteurs, ce
que la recherche, la vul- ment qui entraîne une hausse de la qualité et de la quantité
garisation, les stocks de l’offre alimentaire.
de sécurité alimentaire, En plus d’une amélioration de l’utilisation alimentaire.
les paiements en cas de
catastrophe, la protection
de l’environnement, le
bien-être des animaux et
les programmes d’ajuste-
ment structurel.
56
Catégories Description Quelques exemples Implications pour la sécurité alimentaire
Exonérer les taxes et les Subventions à l’inves- Fournit une aide aux plus vulnérables du point de vue
aides destinées à soute- tissement, subventions de la sécurité alimentaire.
nir l’agriculture et le dé- aux intrants agricoles
veloppement rural. pour les producteurs
à faible revenu et à
Mesures de développement
ressources limitées,
aides aux producteurs
encourageant la diversi-
fication et l’abandon de
la production illégale de
stupéfiants
Source : Auteur, 2020.
Il ressort du tableau 2.1 qu’en passant des options de politiques agricoles classées de la boîte
orange à la boîte grise, les impacts sur les échanges commerciaux et donc, les impacts néga-
tifs de la dépendance au commerce des besoins d’un pays en termes de sécurité alimentaire,
diminuent sinon disparaissent quasiment. Dans la boîte orange par exemple, les soutiens aux
prix déterminent le prix des denrées alimentaires sur le marché local. En cela, ils peuvent être
mis en oeuvre via les politiques aux frontières (droits de douane, subventions à l’exportation,
interdiction d’exportation, baisse des tarifs d’importation, etc.), les soutiens nationaux (ra-
chats par un organisme public, prix minimums garantis, prix cibles, etc.) ou la combinaison
des deux (Cardwell and Ghazalian, 2020; Schanbacher, 2010; Matthews, 2014; Gouin, 2004).
Les soutiens des prix ont un impact diversifié sur les prix du marché intérieur (Cardwell and
Ghazalian, 2020; Wong et al., 2015; Jensen and Miller, 2011; Gilbert, 2010; Schanbacher, 2010;
Anderson, 2010; Thompson, 2005; Aksoy and Beghin, 2004). En d’autres termes, les produc-
teurs reçoivent le prix le plus élevé et les consommateurs paient le prix le plus élevé tant
pour les importations que pour la production nationale (Wong et al., 2015; Jensen and Miller,
2011; Schanbacher, 2010; Anderson, 2010; Thompson, 2005). Cette situation est défavorable
57
aux ménages pauvres 13 qui, dans de nombreux pays en développement, dépensent plus de
la moitié de leurs revenus en nourriture (Jensen and Miller, 2011; Gilbert, 2010) et, inefficace
pour l’accès et l’utilisation des aliments.
Pour y remédier, les gouvernements de différents pays ont recours à différentes stratégies.
C’est le cas des mesures de protection des importations dont, les droits ou les contingents
d’importation. En effet, pour Thompson (2005), ces mesures seraient plus efficaces si les agri-
culteurs d’un pays ne produisaient pas suffisamment pour satisfaire la consommation inté-
rieure (Thompson, 2005). En d’autres termes, elles pourraient être utilisées pour garantir que
le prix intérieur des produits disponible sur le marché national (production + importation)
soit équivalent au niveau souhaité 14 (Thompson, 2005).
Dans les cas où les pays produiraient plus qu’ils ne consommeraient, les gouvernements
pourraient avoir recours au prix minimum légal ou augmenter les prix artificiellement en li-
mitant la production (Schanbacher, 2010). Dans ce dernier cas, chaque agriculteur se verrait
attribuer un quota qui stipule combien il peut vendre au cours d’une année donnée (cas des
arachides aux États-Unis et du lait au Canada) (Dohlman et al., 2006; Skully, 1999; Lambert
et al., 1995; Gouin and Morisset, 1992). Cependant, limiter l’offre pourrait augmenter les prix
du marché 15 et, entraînerait un cartel dans les industries. Et, même si la politique de quota
pourrait garantir les prix aux producteurs et aux consommateurs, les vrais bénéficiaires se-
raient principalement les agriculteurs individuels qui pourraient recevoir les quotas lors de
leur attribution initiale (Dohlman et al., 2006; Skully, 1999; Lambert et al., 1995; Gouin and
Morisset, 1992).
En effet, les quotas prennent rapidement de la valeur du fait de leur rareté (Lambert et al.,
1995; Gouin and Morisset, 1992). Dès lors, tous les futurs agriculteurs devraient investir plus
pour l’obtenir, ce qui augmenterait leurs coûts de production. Mais, une autre pratique plus
courante que les quotas consisterait à obliger (ou à payer) les agriculteurs pour la mise en
jachère des terres agricoles (Latruffe and Le Mouël, 2009; Bourgeon et al., 1995). Cependant,
une telle politque serait rarement efficace pour soutenir les prix agricoles dans la mesure où
les agriculteurs pourraient mettre de côté leurs terres les moins productives (Latruffe and
Le Mouël, 2009). De plus, cette politique créerait une raréfaction artificielle des terres qui
pourrait inciter les agriculteurs à intensifier 16 leurs pratiques de production sur chaque acre
en production, augmentant ainsi les rendements (Latruffe and Le Mouël, 2009).
13. Les travailleurs ruraux sans terre, les ménages urbains pauvres et de nombreux petits agriculteurs pauvres
ont tendance à être des acheteurs nets de denrées alimentaires (Jensen and Miller, 2011; Schanbacher, 2010).
14. Dans les années 80 aux États-Unis, le prix du sucre sur le marché mondial était de 400 la livre. (Thompson,
2005) a montré que le prix sur le marché intérieur dépassait 2000 la livre parce que les contingents étaient limités.
15. Cela est vrai en l’absence de mesures de surveillance du marché pour s’assurer qu’aucune production
au-delà du quota n’est vendue à un prix inférieur (Schanbacher, 2010; Gilbert, 2010).
16. Il faut cependant rappeler que l’intensification de la production nécessite souvent des doses plus impor-
tantes d’engrais et de produits chimiques agricoles, avec des conséquences potentiellement néfastes sur l’envi-
ronnement (Latruffe and Le Mouël, 2009).
58
L’approche américaine la plus courante de soutien aux prix des produits agricoles consiste
en la création d’une agence gouvernementale pour acheter les quantités offertes par les agri-
culteurs américains au « prix de soutien » garanti (Wong et al., 2015; Jensen and Miller, 2011;
Anderson, 2010). Une telle approche maintiendrait les prix du marché à un niveau égal ou
proche du prix de soutien (Anderson, 2010). Toutefois, dans le cadre des produits agricoles
exportables, les prix de soutien devraient être accompagnés de contingents d’importation 17
pour contrôler l’invasion du marché américain par les producteurs étrangers (Wong et al.,
2015; Jensen and Miller, 2011; Anderson, 2010).
Une variante de cette politique américaine consisterait à stabiliser les prix du marché (Wong
et al., 2015; Jensen and Miller, 2011). Ainsi, le gouvernement américain achèterait les pro-
duits agricoles au prix de soutien, les stockerait et les remettrait sur le marché si le prix
du marché atteint un niveau de déclenchement prédéfini (Wong et al., 2015). Dans ces condi-
tions, la politique de soutien aux prix protègerait les producteurs contre le risque de prix bas,
mais protègerait également les consommateurs contre des prix anormalement élevés (Wong
et al., 2015; Jensen and Miller, 2011). Cependant, les organisations agricoles pourraient faire
pression pour augmenter les prix d’acquisition et de libération, de sorte que la politique de
stabilisation deviendrait une politique de soutien des prix (Wong et al., 2015). Dans ces cas,
les stocks du gouvernement pourraient augmenter sans limite jusqu’à ce que l’agence de
stabilisation épuise son budget pour acheter le produit (Wong et al., 2015).
De plus en plus, les États-Unis utiliseraient une approche hybride du soutien des prix qui
implique également des prêts (Thompson, 2005). À titre d’exemple, la Commodity Credit
Corporation (CCC) accorde aux céréaliculteurs des prêts de neuf mois égaux à leur produc-
tion multipliée par le prix de soutien (Thompson, 2005). Le prix de soutien est ainsi appelé
le "taux de prêt". La CCC accepte les grains comme garantie du prêt. Dès lors, si, pendant la
durée du prêt, le prix du marché dépasse le prix de soutien, les agriculteurs rembourseraient
les prêts avec intérêts et vendraient les céréales sur le marché (Thompson, 2005). À l’opposé,
si le prix du marché reste égal ou inférieur au taux de prêt, les agriculteurs renonceraient aux
grains au profit de la CCC, garderaient l’argent du prêt sans aucune obligation (Thompson,
2005). Ces prêts sont appelés prêts sans recours, ce qui signifie que le prêteur n’a aucune
créance sur l’emprunteur au-delà de la garantie (dans ce cas, la récolte) (Thompson, 2005).
En soutenant les prix au-dessus du niveau d’équilibre du marché, les gouvernements en-
courageraient les agriculteurs à accroître leur production (Wong et al., 2015). Ainsi, les prix
entraîneraient donc une production plus importante et une consommation moindre (puisque
les consommateurs achèteraient moins à mesure que les prix augmenteraient), ce qui pour-
rait entraîner une surproduction au prix de soutien (Wong et al., 2015). La seule façon pour
les agences de soutien des prix de se débarrasser des surplus de stocks serait d’utiliser les
17. En l’absence de cette mesure, le gouvernement américain finirait par garantir le prix américain aux agri-
culteurs du monde entier
59
subventions à l’exportation, permettant de rendre suffisamment bon marché ces surplus à
l’étranger (Wong et al., 2015; Thompson, 2005). Si cette approche fut utilisée par la Commu-
nauté Européenne pour les céréales 18 du milieu des années 70 au début des années 80, les
États-Unis ont une approche différente pour les céréales (Thompson, 2005).
À quelques exceptions près, les États-Unis n’obligeraient pas leurs consommateurs natio-
naux à payer plus pour les céréales que les acheteurs étrangers (Thompson, 2005). Le gouver-
nement américain combine des mesures de soutien des prix avec des mesures de soutien du
revenu, appelées paiements compensatoires (Thompson, 2005). Dans la pratique, pendant
les années normales, le prix du marché serait supérieur au prix de soutien et la Commodity
Credit Corporation (CCC) accumule peu de stocks (Wong et al., 2015; Thompson, 2005). Un
soi-disant prix d’objectif serait alors fixé à un niveau un peu plus élevé que le prix de soutien
et, le gouvernement paie 19 ensuite aux producteurs, à titre de complément de revenu, la dif-
férence entre le prix indicatif et le prix de soutien le plus élevé ou le prix du marché céréales
(Wong et al., 2015). Il convient de remarquer que ce paiement, est au départ, effectué sur un
volume de production fini égal à une fraction prescrite de la superficie plantée chaque an-
née multipliée par une fraction fixe du rendement historique par unité de terre (Wong et al.,
2015).
Le constat a été que les agriculteurs étaient ainsi encouragés à intensifier leur production et
à labourer plus de terres pour avoir davantage droit à des paiements compensatoires plus
importants (Wong et al., 2015). Mais, au fur et à mesure que le programme évoluait, les paie-
ments ont été découplés des décisions de production l’USDA (Cardwell and Ghazalian, 2020;
Thompson, 2005). Un agriculteur ne peut pas obtenir des paiements compensatoires plus im-
portants en plantant plus de terres ou en intensifiant l’utilisation des intrants sur les acres en
production (Cardwell and Ghazalian, 2020; Thompson, 2005). En ce sens, les primes de com-
plément ont beaucoup évolué dans le sens de devenir des transferts de revenus forfaitaires
qui ne sont pas affectés par les décisions de production actuelles ou futures (Cardwell and
Ghazalian, 2020).
Somme toute, les soutiens des prix agricoles stimulent souvent une production plus impor-
tante, taxent les consommateurs et, entravent ainsi la sécurité alimentaire des consomma-
teurs. Ils transfèrent souvent les revenus des consommateurs à faible revenu vers les pro-
priétaires plus riches de terres agricoles. Par ailleurs, le soutien des prix n’améliorerait guère
la sécurité alimentaire des agriculteurs dont les revenus sont inférieurs à la moyenne, car
les avantages sont répartis proportionnellement aux ventes. Une manière plus efficace et
18. Les prix intérieurs des céréales dans la Communauté européenne représentaient 150 à 200 pour cent des
prix auxquels les autres pays étaient disposés à importer leurs céréales (Wong et al., 2015; Thompson, 2005). Les
subventions à l’agriculture représentent plus des deux tiers du budget total de la Communauté européenne.
19. Pour recevoir ce transfert de revenus, un agriculteur doit mettre de côté une fraction prescrite de sa super-
ficie plantée dans cette culture, comme documenté dans le bureau du comté de l’Administration de Stabilisation
et de Conservation Agricole de l’USDA (Thompson, 2005).
60
équitable d’aider ces agriculteurs à faible revenu serait de leur transférer directement des re-
venus. Il existerait, cependant d’autres moyens, comme les assurances, de réduire les risques
de faible revenu autrement que par le biais du soutien des prix par le gouvernement. Mais de
tels moyens sont moins utilisés par les agriculteurs qu’ils ne le seraient si le gouvernement
n’offrait pas une forme subventionnée d’assurance des prix par le biais de ses programmes
de soutien des prix.
Un autre exemple concernent les subventions aux intrants agricoles (Solaymani et al., 2019).
Les principaux objectifs de la politique de subventions des intrants agricoles sont générale-
ment d’accroître la productivité agricole grâce à un meilleur accès aux engrais, contribuant
ainsi à une hausse des revenus des producteurs (baisse des coûts de production) et une
baisse des prix à la consommation (hausse de l’offre) (Solaymani et al., 2019; Jayne et al.,
2018; Kazukauskas et al., 2014; Chirwa and Dorward, 2013; Garrity et al., 2010; Minot and
Benson, 2009; Butault, 2004). Les subventions aux intrants ont le même type d’effet de sou-
tien aux prix sur les marchés des intrants agricoles (Kazukauskas et al., 2014). Les paiements
à l’hectare créent un écart entre le prix de l’offre pour l’utilisation de la terre et le prix de la
demande et, cela serait vrai même lorsque les prix des terrains sont des prix fictifs et non des
prix du marché (Kazukauskas et al., 2014).
Pour Solaymani et al. (2019), Ellis and Maliro (2013) et Khan and Bano (2007), les pays déve-
loppés utiliseraient les subventions agricoles pour tirer profit du commerce agricole en leur
faveur et, améliorer les revenus des agriculteurs. Jayne et al. (2018) ont constaté que ces sub-
ventions pourraient augmenter rapidement la production alimentaire nationale ; de même,
elles augmenteraient les rendements et les niveaux de production des ménages bénéficiaires,
au moins à court terme (Jayne et al., 2018; Ellis and Maliro, 2013; Khan and Bano, 2007). Pour
Garrity et al. (2010), les subventions aux intrants seraient efficaces pour stimuler la produc-
tion et induire des effets multiplicateurs sur la croissance pour les denrées de base, surtout
dans les pays où les marchés sont incomplets ou inexistants.
À cela, Solaymani (2018) et Rastoin (2015) soulignent, à l’instar d’autres auteurs dans la lit-
térature, la nécessité de ne point oublier le risque pour la qualité de l’alimentation et de
l’environnement que pourrait représenter une intensification dans l’utilisation d’engrais chi-
miques. Cependant, ces effets pourraient être atténués si les programmes de subvention
évincaient partiellement la demande d’engrais commerciaux en raison des difficultés asso-
ciées au ciblage et à la vente des intrants par les exécutants du programme ou, si la réponse
du rendement des cultures aux engrais est inférieure aux attentes sur les champs gérés par
les petits exploitants. (Jayne et al., 2018).
61
alimentaire (Garrity et al., 2010). Pour l’illustrer, Tamini et al. (2012) suggère le cas d’un pays
importateur qui réduit sa subvention à la production sur les produits primaires. Une telle
situation devrait entraîner une réduction de l’offre intérieure de produits primaires (Tamini
et al., 2012). En présence d’obstacles non tarifaires, les importations de produits primaires
pourraient ne pas augmenter et la production de produits transformés locaux diminuerait,
toutes choses qui pourraient entraîner une diminution substantielle du surplus du consom-
mateur et du bien-être général si le produit national transformé est fortement différencié des
produits importés et, a une demande inélastique (Tamini et al., 2012).
TABLE 2.4 – Quelques exemples de mesures de soutien et leur impact sur la sécurité alimen-
taire
Les mesures de protection des importations sont elles-aussi classées dans la boîte orange.
L’idée est d’assurer la protection de la production intérieure et des revenus des producteurs
(Ford and Rawlins, 2007). Ce faisant, ces mesures permettraient d’accroître la disponibilité
de l’offre alimentaire et son accès pour ces produteurs. Pour Ford and Rawlins (2007), les
62
mesures de protection des importations pourraient également avoir des effets négatifs sur la
sécurité alimentaire du fait de l’augmentation des prix pour les consommateurs et de dimi-
nution de la concurrence qu’elles engendrent. Elles limiteraient l’accès au marché alimentaire
mondial pour compléter le gap entre l’offre et la demande nationale de produits alimentaires
(O’Shea, 2017; Ford and Rawlins, 2007). Elles pourraient donc être préjudiciables pour une
disponibilité alimentaire suffisante et diversifiée (O’Shea, 2017; Ford and Rawlins, 2007).
La remise de dette est aussi une mesure de soutien à l’agriculture qui pourrait être classée
dans la boîte orange (Hurley et al., 2019). L’idée est de permettre aux producteurs d’avoir
les revenus suffisants et, continuer à se procurer en intrants agricoles (Hurley et al., 2019;
Ebhotemhen and Umoru, 2019). Dans ces conditions, elle est vue comme une subvention
aux intrants agricoles et a les mêmes effets en termes de sécurité alimentaire (Ebhotemhen
and Umoru, 2019). Ainsi, afin de se procurer les « outils de performance » imposés par la
spécialisation et la course au rendement, les agriculteurs sont parfois obligés de s’endetter.
La remise de dette leur permettrait, en retour, de disposer davantage de revenu à investir
dans l’activité de production
Dans la boîte bleue, nous pouvons classer les aides ou subventions au bétail ou à la terre non
liées aux prix. Dans la pratique, cette politique prend la forme de versements compensa-
toires (Mundler et al., 2017). Si elle offre une garantie aux revenus des producteurs agricoles,
elle pourrait avoir des effets négatifs en éliminant les jeunes producteurs du marché local
du fait de l’importance que prendraient les charges d’acquisition de licence de production
(Sadourny, 2020; Mundler et al., 2017). Une telle situation pourrait être préjudiciable à l’offre
alimentaire.
´ La boîte verte
Dans la boîte verte, nous identifions, entre autres mesures, les investissements en recherche
et développement, en infrastructures matérielles, en technologie de l’information et de la
communication, en services de vulgarisation et les subventions directes à la consommation.
Dans l’ensemble, toutes ces mesures contribuent à l’amélioration de la disponibilité et l’accès
alimentaire (Heisey and Fuglie, 2018; Kristkova et al., 2017), en même temps que de favori-
ser, pour certains (investissenents en recherche et développement, en technologie de l’infor-
mation et de la communication et en services de vulgariation), une meilleure utilisation de
l’offre alimentaire (Matthews, 2014).
Enfin, les mesures de développement regroupent des mesures telles que les subventions à
l’investissement, les subventions aux intrants agricoles pour les producteurs à faible revenu
et à ressources limitées (Jayne et al., 2018), les aides aux producteurs encourageant la diver-
sification et l’abandon de la production illégale de stupéfiants (Matthews, 2014). Elles sont
destinées à une aide aux plus vulnérables et, ainsi permettre l’amélioration leur sécurité ali-
mentaire. Somme toute, les différentes restrictions indiquées dans le tableau 2.1 inspirent une
63
réduction de l’espace politique des pays membres de l’OMC pour la mise en oeuvre de leur
politique agricole. Pourtant, de nombreux chercheurs continuent de soutenir que l’AoA ne
restreignait pas l’espace politique des pays en développement (Matthews, 2014; Dupraz and
Postolle, 2013; Sharma, 2007). En ce sens, Dupraz and Postolle (2013) et, Sharma (2007) ont
montré qu’avec les tarifs appliqués dans les pays en développement bien inférieurs à leurs
taux consolidés en moyenne, la capacité de ces pays à décider du niveau souhaité d’accès
aux importations n’a pas été compromise.
Enfin, les pays en développement sont autorisés à utiliser les politiques de l’annexe 2 (boîte
verte), les politiques de l’article 6.5 (boîte bleue) et les politiques de l’article 6.2 (subventions
à l’investissement qui sont généralement disponibles pour l’agriculture dans les pays en
développement membres et subventions aux intrants agricoles généralement disponibles
pour les revenus ou producteurs pauvres en ressources) sans restriction pour poursuivre
leurs objectifs de sécurité alimentaire (Matthews, 2014). Les restrictions des subventions à
l’exportation n’étaient pas considérées comme un problème de mise en œuvre pour les pays
en développement.
Eu égard à ce tableau, on serait tenté de croire qu’à quelques exceptions près, les restrictions
aux mesures de soutien dans le cadre de l’AoA n’imposeraient, pour les pays en dévelop-
pement, aucun défi en termes de sécurité alimentaire. Pourtant, certains pays en développe-
ment formulent encore le souhait pour davantage de flexibilités dans les restrictions actuelles
pour éviter des perturbations économiques et sociales au cas où les droits de douane sur les
produits sensibles en venaient à être considérablement réduits, empêchés qu’ils soient de
prendre des mesures pour compenser une poussée soudaine des importations ou des prix
du marché mondial anormalement bas (Matthews, 2014).
De façon plus explicite, la demande des pays concernaient des exemptions de réductions
tarifaires pour les produits jugés importants pour leur sécurité alimentaire, ainsi que le droit
de se protéger contre la concurrence déstabilisante des importations via un mécanisme de
sauvegarde spéciale (Matthews, 2014; Wolfe, 2010). Une telle demande est à l’évidence le
signe de la necessité d’une relative souplesse dans les règles existante pour accommoder
les intérêts, parfois divergents des pays en voie de développement, en matière de sécurité
alimentaire. À cela, il faudrait ajouter le fait que les flambées des prix mondiaux des den-
rées alimentaires en 2007–2008 et 2010–2011, que de nombreux auteurs lient aux restrictions
imposées aux exportations par les pays en développement exportateurs (Matthews, 2014;
Hawkes and Plahe, 2013; Karapinar and Häberli, 2010), ont rappelé le rôle d’une limitation
des restrictions en matière de sécurité alimentaire et, l’exposition des pays importateurs vul-
nérables.
À ce jour, le statut de ces questions entamées avec les négociations dans le cadre du cycle de
Doha est en suspens. Il ne serait donc pas inutile d’explorer la situation actuelle quand aux
64
entre le niveau des soutiens à l’agriculture, sous les contraintes actuelles de l’AoA, et la sécu-
rité alimentaire, du moins la vulnérabilité de cette dernière au commerce. Nous proposons
donc une démarche empirique d’analyse des effets des mesures de soutien à l’agriculture
sur la vulnérabilité au commerce de la sécurité alimentaire dans les pays en développement.
Nous comptons ainsi compléter la liste des preuves empiriques existantes pour étayer da-
vantage les positions de ces pays. Dans la section suivante, nous proposons un cadre concep-
tuel d’analyse des effets des politiques d’ouverture commerciale et de soutien à l’agriculture
sur la sécurité alimentaire.
65
F IGURE 2.1 – Cadre conceptuel
66
Au regard des développements ci-dessus, nous proposons un cadre conceptuel d’analyse
des effets de politiques d’ouverture commerciale et de soutien à l’agriculture sur la sécurité
alimentaire. Inspiré par les travaux de Magee et al. (2017), FAO (2016), Matthews (2014) et
Helpman (1995), la figure 2.1 illustre une représentation simplifiée des différentes variables
par lesquelles le commerce et les mesures de soutien pourraient affecter les indicateurs de
sécurité alimentaire. De façon précise, il ressort qu’étant donné le contexte économique et la
composition sectorielle de la croissance, le commerce et les mesures de soutien pourraient
affecter directement des variables économiques intérieures clés comme la production ali-
mentaire et sa variabilité, les prix et leur variabilité, l’emploi et les recettes publiques.
Notre cadre postule également, qu’à plus long terme, le commerce et les mesures de sou-
tien pourraient affecter la compétitivité, les infrastructures, le développement de canaux de
commercialisation et de distribution et l’environnement climatique. L’idée est que le com-
merce et les mesures de soutien affecteraient les incitations aux investissements privés au
même titre que l’entrée de nouveaux acteurs sur les marchés nationaux. Tous ces effets di-
rects sur l’environnement global national pourraient se traduire par des changements dans
les indicateurs de sécurité alimentaire via l’approvisionnement alimentaire total, le revenu
des ménages ou les services publics.
Par ailleurs, notre cadre conceptuel révèle aussi l’existence d’interactions entre les mesures
de soutien et le commerce. Enfin, il illustre que les décisions en matière de commerce ou
en termes de soutien à l’agriculture dépendent aussi bien du contexte économique que du
contexte socio-politiques ou encore des engagements internationaux pris par les États.
Dans un tel contexte et, aux fins de nos annalyses dans les chapitres suivants, nous postulons
d’une part, une relation entre le commerce et les disponibilités alimentaires qui dépendrait
du niveau de la production agricole et de l’interaction entre la production agricole et le com-
merce. D’autre part, notre intérêt pour les effets des mesures de soutien à l’agriculture sur la
sécurité alimentaire sera analysé sur la base d’une analyse empirique des effets de ces me-
sures sur la dépendance aux importations alimentaires.
67
2.6 Bibliographie
Adenutsi, D. E. (2007). Effects of trade openness and foreign direct investment on industrial
performance in ghana.
Agarwal, B. (2014). Food sovereignty, food security and democratic choice : Critical contra-
dictions, difficult conciliations. Journal of Peasant Studies, 41(6) :1247–1268.
Aksoy, M. A. and Beghin, J. C. (2004). Global agricultural trade and developing countries. The
World Bank.
Alesina, A. and Wacziarg, R. (1998). Openness, country size and government. Journal of
public Economics, 69(3) :305–321.
Anderson, K. (2010). Krueger, schiff, and valdes revisited : Agricultural price and trade
policy reform in developing countries since 1960. applied Economic perspectives and policy,
32(2) :195–231.
Anderson, K., Cockburn, J., and Martin, W. (2011). Would freeing up world trade reduce poverty
and inequality ? The vexed role of agricultural distortions. The World Bank.
Arrow, K. J. and Intriligator, M. (1997). Handbooks in economics 14. New York & Amsterdam :
Elsevier.
Baffes, J. and De Gorter, H. (2005). Disciplining agricultural support through decoupling. The
World Bank.
Basu, D. R. (1986). Sen’s analysis of famine : a critique. The Journal of Development Studies,
22(3) :598–603.
Bernell, S. L., Weber, B. A., and Edwards, M. E. (2006). Restricted opportunities, personal
choices, ineffective policies : what explains food insecurity in oregon ? Journal of Agricul-
tural and Resource Economics, pages 193–211.
Bernhofen, D. M. and Brown, J. C. (2008). Testing the price version of the heckscher-ohlin
theorem : the natural experiment of japan.
68
Bonuedi, I., Kamasa, K., and Opoku, E. E. O. (2020). Enabling trade across borders and food
security in africa. Food Security, 12(5) :1121–1140.
Bourgeon, J.-M., Jayet, P.-A., and Picard, P. (1995). An incentive approach to land set-aside
programs. European Economic Review, 39(8) :1487–1509.
Butault, J.-P. (2004). Les soutiens à l’agriculture : Théorie, histoire, mesure. Editions Quae.
Byerlee, D., De Janvry, A., and Sadoulet, E. (2009). Agriculture for development : Toward a
new paradigm.
Cardwell, R. and Ghazalian, P. L. (2020). The effects of untying international food assistance :
The case of canada. American Journal of Agricultural Economics, 102(4) :1056–1078.
Chang, H.-J. (2002). Kicking away the ladder : development strategy in historical perspective. An-
them Press.
Charbit, Y. and Virmani, A. (2002). The political failure of an economic theory : Physiocracy.
Population, 57(6) :855–884.
Chirwa, E. and Dorward, A. (2013). Agricultural input subsidies : The recent Malawi experience.
Oxford University Press.
Clapp, J. (2006). Wto agriculture negotiations : implications for the global south. Third World
Quarterly, 27(4) :563–577.
Clapp, J. (2014). Trade liberalization and food security. Examining the Linkages. Genewa :
Quaker United Nations Office.
Clément, A. (2000). La spécificité du fait alimentaire dans la théorie économique. les fon-
dements historiques et les enjeux. Ruralia. Sciences sociales et mondes ruraux contemporains,
(07).
De Ferranti, D., Perry, G., Gill, I. S., and Servén, L. (2000). Securing our future in a global
economy. World Bank Washington.
De Grauwe, P. (1988). Exchange rate variability and the slowdown in growth of international
trade. Staff Papers, 35(1) :63–84.
De Silva, N., Malaga, J. E., and Johnson, J. W. (2013). Trade liberalization effects on agricul-
tural production growth : The case of sri lanka. Technical report.
Demery, L. (1994). Structural adjustment : its origins, rationale and achievements. In From
Adjustment to Development in Africa, pages 25–48. Springer.
Dithmer, J. and Abdulai, A. (2017). Does trade openness contribute to food security ? a dy-
namic panel analysis. Food Policy, 69 :218–230.
69
Djankov, S., Freund, C., and Pham, C. S. (2010). Trading on time. The Review of Economics and
Statistics, 92(1) :166–173.
Djokoto, J. G. (2012). Does causal relationships exist between external trade and foreign
direct investment flow to agriculture in ghana ? International journal of Business and Mana-
gement, 7(2) :179.
Dohlman, E., Hoffman, L., and Young, E. (2006). The us peanut quota buyout : Sectoral
adjustment to policy. Policy reform and adjustment in the agricultural sectors of developed coun-
tries, page 175.
Dupraz, C. L. and Postolle, A. (2013). Food sovereignty and agricultural trade policy com-
mitments : How much leeway do west african nations have ? Food policy, 38 :115–125.
Easterly, W. (2005). What did structural adjustment adjust ? : The association of policies
and growth with repeated imf and world bank adjustment loans. Journal of development
economics, 76(1) :1–22.
Ebhotemhen, W. and Umoru, D. (2019). External debt and agricultural production in nigeria.
SRIWIJAYA International journal of Dynamic Economics and Business, 3(1) :1–14.
Elbadawi, I. A., Ghura, D., Uwujaren, G., et al. (1992). Why structural adjustment has not
succeeded in sub-saharan africa.
Ellis, F. and Maliro, D. (2013). Fertiliser subsidies and social cash transfers as complemen-
tary or competing instruments for reducing vulnerability to hunger : The case of malawi.
Development Policy Review, 31(5) :575–596.
FAO (2016). The state of world fisheries and aquaculture 2016. contributing to food security
and nutrition for all, rome, 2016.
Farsund, A. A., Daugbjerg, C., and Langhelle, O. (2015). Food security and trade : reconciling
discourses in the food and agriculture organization and the world trade organization. Food
Security, 7(2) :383–391.
Feyissa, G. S. and Ranjan, R. (2012). Growing vulnerability : population pressure, food in-
security and environmental degradation, central rift valley, ethiopia. Journal of Biodiversity
and Environmental Sciences, 2 :33–41.
Foellmi, R. and Oechslin, M. (2010). Market imperfections, wealth inequality, and the distri-
bution of trade gains. Journal of International Economics, 81(1) :15–25.
70
Foley, J. A., Ramankutty, N., Brauman, K. A., Cassidy, E. S., Gerber, J. S., Johnston, M., Muel-
ler, N. D., O’Connell, C., Ray, D. K., West, P. C., et al. (2011). Solutions for a cultivated
planet. Nature, 478(7369) :337–342.
Ford, J. D. and Rawlins, G. (2007). Trade policy, trade and food security in the caribbean.
Ford, DJR, dell’Aquila, C., & Confroti, P.(eds.) Agricultural Trade Policy and Food Security in the
Caribbean : Structural Issues, Multilateral Negotiations and Competitiveness. Trade and Markets
Division, FAO, Rome.
Gardner, B. L., Rausser, G. C., Pingali, P. L., and Evenson, R. (2001). Handbook of Agricultural
Economics : Agriculture and Its External Linkages, volume 2. Elsevier.
Garrity, D. P., Akinnifesi, F. K., Ajayi, O. C., Weldesemayat, S. G., Mowo, J. G., Kalinganire,
A., Larwanou, M., and Bayala, J. (2010). Evergreen agriculture : a robust approach to
sustainable food security in africa. Food security, 2(3) :197–214.
Gilbert, C. L. (2010). How to understand high food prices. Journal of agricultural economics,
61(2) :398–425.
Gomes, L. (1987). Foreign trade and the national economy : mercantilist and classical perspectives.
Springer.
Gouin, D.-M. (2004). La gestion de l’offre dans le secteur laitier, un mode de régulation toujours
pertinent. Groupe de recherche en économie et politique agricoles, Département d . . . .
Gouin, D.-M. and Morisset, M. (1992). Le marché des quotas laitiers au québec : la recherche
de la concurrence parfaite. Économie rurale, 212(1) :27–33.
Gourdon, J. (2009). Explaining trade flows : traditional and new determinants of trade pat-
terns. Journal of Economic integration, pages 53–86.
Hallaert, J.-J. (2006). A history of empirical literature on the relationship between trade and
growth. Mondes en développement, (3) :63–77.
Hawkes, S. and Plahe, J. K. (2013). Worlds apart : The wto’s agreement on agriculture and
the right to food in developing countries. International Political Science Review, 34(1) :21–38.
Heckscher, E. F. and Ohlin, B. G. (1991). Heckscher-Ohlin trade theory. The MIT Press.
Heisey, P. W. and Fuglie, K. O. (2018). Public agricultural r&d in high-income countries : Old
and new roles in a new funding environment. Global food security, 17 :92–102.
71
Helpman, E. (1995). Politics and trade policy. Technical report, National Bureau of Economic
Research.
Hurley, J., Morris, S., and Portelance, G. (2019). Examining the debt implications of the belt
and road initiative from a policy perspective. Journal of Infrastructure, Policy and Develop-
ment, 3(1) :139–175.
Irwin, D. A. (1998). Against the tide : An intellectual history of free trade. Princeton University
Press.
Jafari, Y., Ismail, M. A., and Kouhestani, M. S. (2011). Determinants of trade flows among d8
countries : Evidence from the gravity model. Journal of Economic Cooperation & Development,
32(3).
Jayne, T. S., Mason, N. M., Burke, W. J., and Ariga, J. (2018). Taking stock of africa’s second-
generation agricultural input subsidy programs. Food Policy, 75 :1–14.
Jensen, R. T. and Miller, N. H. (2011). Do consumer price subsidies really improve nutrition ?
Review of Economics and Statistics, 93(4) :1205–1223.
Joël, S. and Glory, N. (2018). Impact of free trade on agriculture : Evidence from cameroon.
Journal of Smart Economic Growth, 3(2) :55–70.
Karapinar, B. and Häberli, C. (2010). Food crises and the WTO : world trade forum. Cambridge
University Press.
Kazukauskas, A., Newman, C., and Sauer, J. (2014). The impact of decoupled subsidies
on productivity in agriculture : a cross-country analysis using microdata. Agricultural
economics, 45(3) :327–336.
Keho, Y. (2017). The impact of trade openness on economic growth : The case of cote d’ivoire.
Cogent Economics & Finance, 5(1) :1332820.
Khan, A. A. and Bano, N. (2007). Declining indian agricultural trade in an unequal world : a
perspective. Global Business Review, 8(1) :99–117.
Killick, T. (2000). Fragile still ? the structure of ghana’s economy. Economic Reforms in Ghana :
The Miracle & the Mirage, pages 51–67.
72
Kim, D.-H., Lin, S.-C., and Suen, Y.-B. (2010). Are financial development and trade openness
complements or substitutes ? Southern Economic Journal, 76(3) :827–845.
Kraay, A. and Ventura, J. (1999). Comparative advantage and the cross-section of business cycles.
The World Bank.
Kristkova, Z. S., Van Dijk, M., and Van Meijl, H. (2017). Assessing the impact of agricultural
r&d investments on long-term projections of food security. In World Agricultural Resources
and Food Security. Emerald Publishing Limited.
Krugman, P. (1980). Scale economies, product differentiation, and the pattern of trade. The
American Economic Review, 70(5) :950–959.
Lambert, R., Romain, R., and Roy, B. B. e. C. (1995). Analyse de la libéralisation des échanges
de quotas entre le québec et l’ontario dans le secteur laitier. Canadian Journal of Agricultural
Economics/Revue canadienne d’agroeconomie, 43(2) :209–223.
Lang, T. and Barling, D. (2012). Food security and food sustainability : reformulating the
debate. The Geographical Journal, 178(4) :313–326.
Larrere, C. (1992). Ferdinando galiani.-dialogues sur le commerce des blés (1770). réédi-
tion,«corpus des oeuvres de philosophie en langue française». Économie rurale, 210(1) :51–
52.
Le Goff, M. and Singh, R. J. (2013). Does trade reduce poverty ? A view from Africa. The World
Bank.
Leamer, E. E. and Levinsohn, J. (1995). International trade theory : the evidence. Handbook of
international economics, 3 :1339–1394.
Lusk, J. L., Roosen, J., and Fox, J. A. (2003). Demand for beef from cattle administered growth
hormones or fed genetically modified corn : A comparison of consumers in france, ger-
many, the united kingdom, and the united states. American journal of agricultural economics,
85(1) :16–29.
73
Madeley, J. (2002). Le commerce de la faim : la sécurité alimentaire sacrifiée sur l’autel du libre-
échange, volume 1. Editions d’en bas.
Magee, S., Lee, H. L., and Lee, H. (2017). Simple measures of endogenous free-riding in
protectionist lobbies. Economic Modelling, 60 :324–333.
Malthus, T. (2013). An essay on the principle of population (1798). Yale University Press.
Margulis, M. E. (2017). The forgotten history of food security in multilateral trade negotia-
tions. World Trade Review, 16(1) :25–57.
Masters, W. A., Djurfeldt, A. A., De Haan, C., Hazell, P., Jayne, T., Jirström, M., and Reardon,
T. (2013). Urbanization and farm size in asia and africa : Implications for food security and
agricultural research. Global Food Security, 2(3) :156–165.
Matthews, A. (2014). Trade rules, food security and the multilateral trade negotiations. Eu-
ropean Review of Agricultural Economics, 41(3) :511–535.
Melitz, M. J. (2003). The impact of trade on intra-industry reallocations and aggregate indus-
try productivity. econometrica, 71(6) :1695–1725.
Minot, N. and Benson, T. (2009). Fertilizer subsidies in africa, are vouchers the answer ?
Technical report.
Mukhtar, A. (2017). Enhancing food security in africa through implementing the trade faci-
litation agreement. Bridges Africa, 6.
Mundler, P., Gouin, D.-M., Dominguez, S., Godefroy, S., Laughrea, S., and Ubertino, S. (2017).
Productions sans quota et commercialisation en circuits courts.
Ndione, Y. C. and DANSOKHO, M. (2010). Impact des politiques agricoles sur la sécurité
alimentaire au sénégal. Dakar, Senegal : Institut Sénégalais de recherches Agricoles. http ://www.
bameinfopol. info/IMG/pdf/Memoire_Ya_Cor. pdf.
Ndiyo, N. and Ebong, F. (2004). The challenges of openness in developing economies : Some
empirical lessons from nigeria. Globalization and Africa’s economic development. Nigerian
Economic Society, Ibadan, pages 571–598.
74
Nechaev, V. I., Saifetdinova, N. R., and Bogoviz, A. V. (2017). Theoretical aspects of state
regulation of agriculture within the classical and physiocratic schools : a modern view. In
Perspectives on the use of New Information and Communication Technology (ICT) in the Modern
Economy, pages 870–884. Springer.
Nettels, C. P. (1952). British mercantilism and the economic development of the thirteen
colonies. The Journal of Economic History, 12(2) :105–114.
Osei, D. B., Sare, Y. A., and Ibrahim, M. (2019). On the determinants of trade openness in
low-and lower–middle-income countries in africa : how important is economic growth ?
Future Business Journal, 5(1) :2.
O’Shea, P. (2017). The trans-pacific partnership, import dependency, and the future of food
security in japan. In Feeding Japan, pages 385–411. Springer.
Panagariya, A. (2005). Agricultural liberalisation and the least developed countries : six
fallacies. World Economy, 28(9) :1277–1299.
Pezzini, M. (2001). Rural policy lessons from oecd countries. International Regional Science
Review, 24(1) :134–145.
Pressman, S. and Summerfield, G. (2000). The economic contributions of amartya sen. Review
of political Economy, 12(1) :89–113.
Qudrat-I Elahi, K. (2018). Amartya sen, fad and the 1974 famine in bangladesh : a closer look.
Bangladesh Journal of Agricultural Economics, 38(454-2018-4209).
Ram, R. (2009). Openness, country size, and government size : Additional evidence from a
large cross-country panel. Journal of Public Economics, 93(1-2) :213–218.
Rodriguez, F. and Rodrik, D. (2000). Trade policy and economic growth : a skeptic’s guide to
the cross-national evidence. NBER macroeconomics annual, 15 :261–325.
75
Rosset, P. (2000). The multiple functions and benefits of small farm agriculture in the context
of global trade negotiations. Development, 43(2) :77–82.
Sadourny, M. (2020). Quotas et taxe : des instruments équivalents ? Regards croises sur l’eco-
nomie, (1) :80–86.
Samuelson, P. A. (1964). Theoretical notes on trade problems. The review of economics and
statistics, pages 145–154.
Schanbacher, W. D. (2010). The politics of food : the global conflict between food security and food
sovereignty. ABC-CLIO.
Sen, A. (1981). Ingredients of famine analysis : availability and entitlements. The quarterly
journal of economics, 96(3) :433–464.
Sharma, R. (2007). Developing country experience with the key policy issues of the uruguay
round agreement on agriculture. Reforming, page 74.
Solaymani, S. (2018). Impacts of climate change on food security and agriculture sector in
malaysia. Environment, Development and Sustainability, 20(4) :1575–1596.
Solaymani, S., Aghamohammadi, E., Falahati, A., Sharafi, S., and Kari, F. (2019). Food secu-
rity and socio-economic aspects of agricultural input subsidies. Review of Social Economy,
77(3) :271–296.
Subasat, T. (2008). Do liberal trade policies promote trade openness ? International Review of
Applied Economics, 22(1) :45–61.
Sukhatme, P. (1961). The world’s hunger and future needs in food supplies. Journal of the
Royal Statistical Society : Series A (General), 124(4) :463–508.
Swinbank, A. and Tranter, R. B. (2005). Decoupling eu farm support : does the new single
payment scheme fit within the green box ? Estey Journal of International Law and Trade Policy,
6(1753-2016-141109) :47–61.
Tahir, M., Hasnu, S., and Estrada, M. R. (2018). Macroeconomic determinants of trade open-
ness : empirical investigation of saarc region. Journal of Asia Business Studies.
Tahir, M., Mazhar, T., and Afridi, M. A. (2019). Trade openness and sectoral growth in deve-
loping countries : some new insights. Journal of Chinese Economic and Foreign Trade Studies.
76
Tamini, L., Ghazalian, P., Gervais, J.-P., and Larue, B. (2012). Trade liberalization in primary
and processed agricultural products : Should developing countries favour tariff or domes-
tic support reductions ? International Economic Journal, 26(1) :85–107.
Tauger, M. B. (2003). Entitlement, shortage and the 1943 bengal famine : another look. Journal
of Peasant Studies, 31(1) :45–72.
Thompson, R. L. (2005). The us farm bill and the doha negotiations : On parallel tracks or
a collision course ? IPC Issue Brief, International Food and Agricultural Trade Policy Council,
www. agritrade. org/Publications/iBs/329701. pdf, September.
Tirole, J. and Jean, T. (1988). The theory of industrial organization. MIT press.
Unnevehr, L. et al. (2003). Food safety in food security and food trade, volume 10. International
Food Policy Research Institute Washington, DC.
Vanek, J. (1968). The factor proportions theory : The n—factor case. Kyklos, 21(4) :749–756.
Wolfe, R. (2010). Sprinting during a marathon : Why the wto ministerial failed in july 2008.
J. World Trade, 44 :81.
Wong, C. A., Elliott-Miller, P., Laschinger, H., Cuddihy, M., Meyer, R. M., Keatings, M., Bur-
nett, C., and Szudy, N. (2015). Examining the relationships between span of control and
manager job and unit performance outcomes. Journal of nursing management, 23(2) :156–
168.
Wright, B. (2001). Storage and price stabilization. Handbook of Agricultural Economics, 1 :817–
861.
Yakubu, A. S., Aboagye, A. Q., Mensah, L., and Bokpin, G. A. (2018). Effect of financial
development on international trade in africa : Does measure of finance matter ? The Journal
of International Trade & Economic Development, 27(8) :917–936.
Yanikkaya, H. (2003). Trade openness and economic growth : a cross-country empirical in-
vestigation. Journal of Development economics, 72(1) :57–89.
77
Chapitre 3
3.1 Introduction
La figure 2.1 montre que les politiques commerciales et les mesures de soutien a l’agricul-
ture peuvent affecter la sécurité alimentaire, notamment dans chancune de ses dimensions.
Dans cette partie, nous testons empiriquement, pour 120 pays dans le monde, les effets des
politiques commerciales sur les disponibilités alimentaires. Les politiques commerciales dé-
signent toutes les interventions de l’État portant sur le commerce extérieur du pays (Siroën,
2001). Le degré d’ouverture est l’indicateur des interventions de l’État en matière du com-
merce extérieur (Siroën, 2001). Pour le mesurer, Baldwin (1989) distingue les mesures de
l’ouverture commerciale basée sur l’incidence et des mesures basées sur les résultats. Les pre-
mières se fondent, notamment, sur le niveau ou la dispersion des tarifs ou sur la fréquence
des barrières non tarifaires ; quant aux secondes, elles s’appuient sur l’écart entre un résul-
tat constaté, en termes de prix ou de flux d’échange, et le résultat qui devrait être constaté
lorsque l’État n’impose aucune barrière au commerce (Baldwin, 1989). Mais reprenant cette
classification de Baldwin (1989), Siroën (2001) distingue les indicateurs d’ouverture abso-
lue comme le ratio d’ouverture commerciale, les barrières tarifaires et non tarifaires. Et les
indicateurs d’ouverture relative comme les indices de distorsion.
78
dans la littérature et facilement calculable pour chaque pays, quoique fortement contesté 1 .
La critique principale et rédhibitoire de la mesure d’ouverture par un ratio d’intensité du
commerce international vient des propos de Pritchett (1996, p.309) 2 . Pour cet auteur, le ra-
tio d’ouverture commerciale dépend d’une multitude de variables qui sont indépendantes
des politiques commerciales comme la taille, la configuration géographique, les dotations en
ressources. Dans le cadre de ce travail, nous retenons le ratio d’ouverture commerciale pour
mesurer dans le temps la poitique commerciale des pays étudiés.
La littérature qui traite des effets du commerce sur la sécurité alimentaire, distingue les ana-
lyses empiriques qui soulignent le rôle de l’ouverture commerciale comme facteur détermi-
nant de la volatilité globale (Fujii, 2017; Di Giovanni et al., 2006; Kose et al., 2003; Easterly
et al., 2001; Rodrik, 1998) et, donc de la sécurité alimentaire, de celles qui la considèrent
comme un aspect complémentaire et réel dans les crises alimentaires (Di Giovanni et al.,
2006; Ferretti and Razin, 2000). Il existe également une littérature qui considère que l’ou-
verture commerciale pourrait permettre de se prémunir contre les chocs spécifiques à un
pays ; l’idée étant que l’économie mondiale dans son ensemble est moins sujette aux chocs
que les pays pris individuellement (Krebs et al., 2010; Bejan, 2006). Dès lors, il ne serait pas
faux de penser que le degré d’ouverture commerciale dans chaque pays dépendrait, entre
autres facteurs (Fujii, 2017), de l’ampleur de la volitilité de certains facteurs, dont les prix
internationaux par exemple (Di Giovanni et al., 2006).
Notre approche utilise un indice des disponibilités alimentaires, construit sur la base de
l’analyse factorielle (Slimane et al., 2016). Mais, comme discuté dans le chapitre précédent,
1. Voir Siroën (2001, p.3-4)
2. "Je définis "l’ouverture" comme étant simplement l’intensité commerciale d’une économie. L’ouverture ainsi définie
n’est pas du tout une mesure politique car l’intensité commerciale varie d’un pays à l’autre pour des raisons n’ayant rien à
voir avec la politique" (Pritchett, 1996)
3. http ://www.fao.org/waicent/faostat/agricult/indices-f.htm
79
les travaux analysant les effets de l’ouverture commerciale et/ou la production agricole sur
la sécurité alimentaire suggèrent de tenir compte de l’existence de potentiels biais d’endogé-
néïté dans l’analyse de la relation Tahir et al. (2019); Hallaert (2006). Pour cela, nous emprun-
tons une approche en trois étapes. Tenant de la littérature sur les déterminants de l’ouver-
ture commerciale (Fankem, 2017; Slimane, 2016; Decelles, 2015; Alouini, 2010) et ceux de la
production agricole (Mengoub, 2018; Teryomenko, 2008), nous instrumentons dans les deux
premières étapes d’estimation l’ouverure commerciale et la production agricole. Plus pré-
cisément, nous postulons que les pays en développement et émergents, à l’instar des pays
développés, pour différentes raisons en lien avec leur structure commerciale, leur caracté-
ristique socio-institutionnelle, le fonctionnement des marchés locaux, etc. opèrent leur choix
de degré d’ouverture commerciale. De même, nous postulons que la production agricole
dépend, outre les facteurs de production, des productions manufacturière et de service, de
la volatilité des prix aux producteurs et des changements de température. Ces deux étapes
nous permettent, enfin, d’estimer les effets de la production agricole et de l’ouverture com-
merciale sur la sécurité alimentaire.
De façon pratique (voir figure 3.1), le degré d’ouverture commerciale des pays en dévelop-
pement et émergents est une mesure exprimée en pourcentage (%) du produit intérieur brut
(PIB). Dès lors, nous appliquons un modèle de régression fractionnel probit (voir la section
sur la stratégie d’estimation) pour analyser les déterminants de l’ouverture commerciale des
pays en développement et émergents étudiés (Cook et al., 2008; Ferrari and Cribari-Neto,
2004). Dans la mesure où tous les pays de notre base de données sont, à degré divers, ou-
verts au commerce, le recours à une telle méthode se justifie davantage dans la mesure où il
nous permet de tenir compte des effets des pays extravertis 4 . Par ailleurs, nous utilisons une
approche de régression linéaire avec variable dépendante continue pour modéliser l’impact
des valeurs prédites des déterminants de la production agricole (Combary, 2016; Rahman
et al., 2003; John and Moffit, 1980). Enfin, nous utilisons les valeurs prédites de la production
agricole et de l’ouverture commerciale pour estimer leur impact sur la disponibilité alimen-
taire (Slimane, 2016), en contrôlant avec leur effet d’interaction. Étant donné que les niveaux
des indicateurs de sécurité alimentaire pour certaines années sont enregistrés comme étant
nuls, nous utilisons une approche de régression Tobit pour la modélisation.
4. Dans le cadre de notre analyse, les ratios d’ouverture ont été bornés à 1 : les pays extravertis (ces pays dont
les ratios d’ouverture sont supérieurs à 1) sont ceux ayant un ratio d’ouverture égal à 1.
80
F IGURE 3.1 – Modèle d’analyse
PAYS EN DÉVELOPPEMENT
81
Nous estimons les modèles dans les trois étapes de notre analyse en utilisant les modèles
conditionnels à processus mixte (CMP) de David Roodman (Roodman, 2011). La modélisa-
tion du processus conditionnel mixte permet de corriger les biais d’endogénéité et d’obtenir
des résultats plus robustes que dans les autres processus (Roodman, 2007). D’ailleurs, le
concept sous-jacent de la modélisation dans le cadre CMP est que nous pouvons souvent
vouloir estimer simultanément deux ou plusieurs équations avec des liens entre leurs pro-
cessus d’erreur (Roodman, 2007). De même, le recours à cette approche serait plus robuste
dans les cas où l’on soupconne l’existence de relations entre les variables dépendantes des
différentes équations modélisées simultanément ; dans le cas le plus simple, il s’agit d’équa-
tions indépendantes avec des erreurs corrélées (Roodman, 2007). Dans la pratique, le cadre
du CMP utilise l’approche du maximum de vraisemblance et, estime les équations des trois
étapes de notre modèle en tant que système, plutôt que comme un estimateur à trois étapes
(Oberhofer and Pfaffermayr, 2014; Roodman, 2018). Enfin, le cadre de la cmp met en œuvre
l’approche systémique, non seulement pour les modèles de sélection traditionnels de Heck-
man, mais aussi pour toute combinaison de ses composantes prises en charge (Roodman,
2018). La section suivante présente le cadre économétrique emprunté.
Nous modélisons ici les déterminants de l’ouverture commerciale des pays selon l’équation :
Deux approches principales ont été proposées pour la modélisation des données fraction-
naires sans observation des limites : La première ne nécessite que la spécification de l’espé-
82
rance conditionnelle (non linéaire) de la variable de réponse fractionnaire ; la seconde est une
approche entièrement paramétrique, où une distribution conditionnelle particulière (le plus
souvent la distribution logistique) est supposée pour la variable dépendante fractionnaire
(Roodman, 2018). Parmi ces deux approches, seule la première peut aussi être généralement
applicable aux cas où il existe un nombre fini d’observations aux limites. Dans ces cas, il
est souvent préférable d’utiliser un modèle en deux parties (Mullahy, 1986; Roodman, 2018),
dans lequel l’on suppose d’abord un modèle à choix discret pour décrire à la fois la situa-
tion où les valeurs limites 0 ou 1 sont prises et celle où openessit Ps01r. Pour notre part,
openessit Ps01s. Suivant les travaux de Wooldridge (2010, problem 19.8) et JS Ramalho and
da Silva (2009), puis ceux de Oberhofer and Pfaffermayr (2012), nous considérons alternati-
vement un modèle en deux parties qui tient compte du nombre excessif de valeurs limites
égales à 1 pour la variable openess. Nous définissons :
#
0 si openessit P s01r
openess˚it “ (3.2)
1 si openessit “ 1
où F est la fonction de distribution cumulative de e1,i . Le modèle résultant peut être estimé
par maximum de vraisemblance en utilisant l’échantillon entier. La deuxième partie du mo-
dèle est le modèle de réponse fractionnaire qui fait référence aux observations openess˚it Ps01r.
Dans ce cas, la spécification est :
Comme précédemment, Gpxit θ2 q peut être estimé par quasi-maximum de vraisemblance ou,
si l’on suppose une distribution conditionnelle pour, par maximum de vraisemblance.
Dans les deux cas, l’estimation est basée sur le sous-échantillon de openessit ď 1. Nous uti-
lisons pratiquement les mêmes régresseurs dans les deux parties du modèle, exceptées les
variables de restrictions d’exclusion utilisées exclusivement pour la première équation du
modèle. Ainsi, la moyenne conditionnelle du modèle en deux parties est spécifiée comme
suit :
83
Epopenessit |xit , openessit Ps01sq “ Epopenessit |xit , openess˚it “ 0q ˆ Prpopeness˚it “ 0|xit q (3.5)
A partir de (4.6), on peut calculer l’effet sur le degré d’ouverture commerciale d’une variation
unitaire en x jt :
Ici, nous modélisons les déterminants de la production agricole des pays. Le cadre théorique
utilisé pour la modélisation est :
84
Où prodagriit est la valeur observée du niveau de production agricole du pays i au temps
t. γ est le paramètre d’intérêt ; il mesure l’effet direct du traitement des variables indépen-
dantes, y compris le degré d’ouverture commerciale des pays. zit représente le vecteur des
variables explicatives. δ1,it est le terme d’erreur idiosyncratique, indépendant, normalement
et identiquement distribué. Les variables indépendantes utilisées sont la production ma-
nufacturière (prodmanu), la production de services (prodserv), la formation de capital en
agriculture (fcagri), les crédits à l’agriculture (credagri), les terres agricoles (teragri), la vo-
latilité de l’indice des prix aux producteurs (ppindexvol ) et la volatilité des changements de
températures (temchangevol ) (voir Table .9 en annexe). Ici encore, la volatilité de l’indice des
prix aux producteurs et celle des changements de température ont été obtenues en utilisant
le filtre HP de Hodrick and Prescott (1997), étant donné que chacune des deux séries de don-
nées est stationnaire.
Dans notre ensemble de données sur l’indicateur de sécurité alimentaire des pays, les ni-
veaux pour certaines années sont enregistrés comme étant nuls. Tout comme avec les mé-
thodes de traitement des flux commerciaux nuls (Linders and De Groot, 2006; Olagunju and
Ajiboye, 2010), nous empruntons le modèle de régression Tobit (Soloaga and Wintersb, 2001;
Anderson and Marcouiller, 2002; Rose, 2004; Olagunju and Ajiboye, 2010), défini par :
#
sec˚i si seci ą 0
seci “ (3.10)
0 sinon
Où sec˚i est une variable latente, secit est la mesure de sécurité alimentaire du pays i au
temps t. wit représente le vecteur des variables explicatives, qui comprend uniquement les
variables openessit , prodagri et openess ˆ prodagriit (voir Table .9 en annexe). β est le vecteur
des paramètres à estimer et e2it est un terme d’erreur idiosyncratique qui représente l’impact
d’autres variables omises. L’indicateur de sécurité alimentaire est obtenue par une analyse
en composantes principales dont les détails sont présentés en annexe (voir les encadrés A1
et A2 en annexe)
L’estimation de la probabilité maximale du modèle Tobit est simple. Soit f(.) et F(.) les fonc-
tions de densité et de distribution pour sec˚i . Le modèle Tobit implique alors que les probabi-
lités d’observer un niveau de sécurité alimentaire non nul et nul sont respectivement f(seci )
85
et p(sec˚i <0) = F(0). La fonction de log-vraisemblance du modèle est donc
˜ ¸
ź ź
lnL “ ln f pseci q Fp0q (3.11)
seci ą0 seci “0
ÿ ÿ
“ ln f pseci q ` lnFp0q (3.12)
seci ą0 seci “0
(3.13)
Puisque sec˚i est normalement distribué (e2it „ N p0, σ2 q), la fonction de log-vraisemblance
peut être ré-exprimée en termes de fonction de densité f(.) et de densité cumulative Φp.q de
la distribution normale standard de telle sorte que :
ÿ ÿ wit1 β
lnL “ p´lnσ ` lnφpsec˚it ´ wit1 βqq ` lnp1 ´ Φp qq (3.14)
seci ą0 seci “0
σ
La valeur attendue des niveaux sécurité alimentaire pourrait être obtenue selon l’équation :
Selon McDonald and Moffitt (1980), les effets marginaux de la valeur attendue de sécurité
alimentaire par rapport aux variables indépendantes peuvent être ventilés comme suit :
Les données utilisées sont annuelles et, concernent 120 pays en développement et émergents
(voir Table .10 en annexe) sur la période 2000-2017. Elles sont issues de différentes sources.
86
TABLE 3.1 – Statistiques descriptives
Variable Description Moyenne (Écart-type) Min. Max.
fcagri formation de capital en agriculture (en G$US) 19.0799 78.8469 0.0021 1301.8620
teragri valeur de la terre agricole (en % superficie totale) 40.8699 22.4779 0.4487 85.4874
ppindex indice des prix aux prodducteurs 0.8394 2.7431 0.0007 33.2263
ppindex_vol volatilité de l’indice des prix aux producteurs 0 0.141 -0.978 0.796
gdpcap pib par tête (en 103 $USq 4.9874 8.4357 0.1120 85.0760
rchange taux de change nominal (en 103 LCU par $US) 0.8394 2.7431 0.0007 33.2263
fdi investissement direct étranger (en 100 G$US) 0.0056 0.0216 0.0209 0.3499
87
De façon précise, l’estimation des déterminants de l’ouverture commerciale aux produits
agricoles (openness) se fait sous contrôle de variables telles que le taux de change nominal
(rchange), le produit intérieur brut par tête (gdpcapita), les flux entrants d’investissements
directs étrangers en agriculture (fdi), l’indice d’éloignement (remoteness), la structure com-
merciale (strucom), la taille du gouvernement (tgouv) et les indices de libertés économiques
dont l’indice de la liberté des affaires (busifree), l’indice de la liberté du travail (workfree),
l’indice de la liberté commerciale (tradefree). Les données sur les indices de la liberté des
affaires, la liberté du travail, la liberté commerciale et, la taille du gouvernement 5 sont obte-
nus à partir de la base Heritage Foundation Index of Economic Freedom de l’Heritage Foundation
et de l’International Country Risk Guide. Elles sont notées sur une échelle de 0 à 100 (0 étant ca-
ractéristique de la pire performance et 100 traduisant la meilleure performance). Les "indices
d’éloignement" sont construits en fonction de la moyenne des distances bilatérales avec les
partenaires commerciaux et des produits intérieurs bruts (PIB) (Baier and Bergstrand, 2009;
Wei, 1996). Si les données sur la distance entre capitales sont extraites de la base de données
gravitationnelles du CEPII, celles sur le PIB proviennent du site de la Banque mondiale.
Les données sur la production agricole, les crédits à l’agriculture, la formation de capital
fixe en agriculture, la disponibilité des terres agricoles, l’indice des prix aux producteurs et
l’indice de variation de température sont obtenues à partir des données disponibles sur le
site de la FAO. Enfin, les données sur les indicateurs de la sécurité alimentaire sont, elles-
aussi obtenues à partir du site de la FAO.
5. La taille du gouvernement est une moyenne arithmétique des variables charges fiscales, dépenses pu-
bliques et, santé budgétaire "Déficits moyens en % du PIB pour le trois dernières années, dette en % du PIB"
(voir le lien : https ://www.heritage.org/index/pdf/2020/book/methodology.pdf (Kane et al., 2007)
88
3.4 Résultats et implications
3.4.1 Résultats
´ Test de cohérence de la modélisation en trois étapes
Les estimations du modèle en plusieurs étapes sont basées sur l’estimateur de pseudo-
vraisemblance logarithmique et mettent en corrélation les termes d’erreur des équations.
Les résultats sont présentés dans le tableau 3.2. Les tests de pseudo-vraisemblance sont tous
significatifs au niveau statistique de 1 %, ce qui indique que les sous-modèles sont bien im-
briqués et que le passage d’un modèle à l’autre ne réduit pas de manière significative l’ajus-
tement du modèle. Le test du carré du chi de Wald est également statistiquement significatifs
au niveau de 1 %, ce qui montre que dans le modèle global, les coefficients sont différents de
zéro. Les coefficients de corrélation rho entre les termes d’erreur des quatre équations sont
majoritairement significatifs statistiquement au niveau de 1 % (voir tableau 3.2). Ces résul-
tats impliquent que les équations d’estimation devant aboutir à l’estimation de la sécurité
alimentaire sont corrélées et que chaque équation ne doit pas être estimée séparément. Par
ailleurs, les paramètres de corrélation artanrho sont également majoritairement significatifs
statistiquement au niveau de 1 %. La prise en compte de la question de l’endogénéité et la
correction du biais de sélection sont donc cohérentes dans les estimations (Roodman, 2011;
Siziba et al., 2011; Newman et al., 2003), qui attestent toutes de la pertinence de la modélisa-
tion. En résumé, les différents tests de post-estimation confirment relativement la robustesse
des résultats obtenus.
TABLE 3.2 – Test de cohérence des paramètres de l’estimateur CMP
rho12 rho13 rho14 rho23 rho24 rho34 Waldchi2p53q Logpseudolikelihood N
-0.403˚˚˚ 0.027 0.392˚˚˚ -0.125˚˚˚ -0.029 0.406˚˚˚ 5940,204 -16121,74 2160
(0.07) (0.03) (0.08) (0.01) (0.04) (0.09)
statistiques entre parentheses ˚ p ă 0.1, ˚˚ p ă 0.05, ˚˚˚ p
ă 0.01
Note : Les statistiques entre parenthèses sont les erreurs standards.
Source : Auteurs, 2020.
Dans l’ensemble, tous les coefficients sont significatifs au seuil de 5 %, exception faite du taux
de change nominal et des investissements directs étrangers et, gardent les signes attendus
dans les deux équations. L’équation (1) révèle les déterminants de la décision d’ouverture au
89
commerce des biens agricoles (précisément la probabilité qu’un pays ne soit pas extraverti)
tandis que l’équation (2) présente les déterminants du choix du degré d’ouverture commer-
ciale.
Ces résultats sont conformes aux prévisions de la plupart des auteurs. En effet, pour De Grauwe
(1988) et Broll and Eckwert (1999), bien que les pays puissent être contrariés par la volatilité
des taux de change, la domination des effets revenu sur les effets de substitution (certains
pays trouvant qu’ils gagneront en exportant plus) entraînerait une relation positive entre
la volatilité des taux de change et l’ouverture commerciale. Dans le même temps, le statut
d’exportateur net d’un pays pourrait le pousser dans le sens d’une plus grande ouverture au
commerce (Díaz-Bonilla and Reca, 2000) ; il en est de même du PIB par tête pour lequel ? et
Mbogela (2015) assimilent leur croissance à celle du marché local.
Tout comme révélé dans plusieurs travaux, l’éloignement entre partenaires commerciaux est
défavorable au commerce (Melitz, 2007; Choi et al., 2019; Guttmann and Richards, 2006).
Mais contrairement aux prédictions des travaux de Alesina and Wacziarg (1998), l’amélio-
ration de la taille des gouvernements, matérialisée par l’évolution des dépenses de consom-
mation du gouvernement, est défavorable à l’ouverture commerciale. Enfin, le tableau 3.6
indique que les variables de liberté économique utilisées sont significatives et, détermine-
raient négativement la probabilité de non extravertion des pays.
Le tableau 3.4 révèle que, sur l’ensemble de la période d’analyse, les signes des facteurs
de production sont ceux attendus dans un modèle de production (Askari and Cummings,
1977; Braulke, 1982; Nerlove and Addison, 1958). Les productions de biens manufacturiers
et de services, de même que la volatilité de l’indice des prix aux producteurs affectent égale-
ment de manière significative la production agricole. Toutefois, si les effets de la production
manufacturière et ceux de la volatilité de l’indice des prix aux producteurs sont positifs, la
production de services affecte négativement la production agricole.
90
TABLE 3.3 – Résultats d’estimation : Déterminants de l’ouverture commerciale
(1) (2)
Prob(s=1) openess
lbusifree -0.475˚˚˚
(0.153)
lworkfree -0.259˚˚
(0.123)
ltradefree -0.688˚˚˚
(0.162)
91
TABLE 3.4 – Résultats d’estimation : Déterminants de la production agricole
lprodagri
lprodmanu 0.143˚˚˚
(0.029)
lprodserv -0.212˚˚˚
(0.041)
lfcagri 0.536˚˚˚
(0.043)
lcredagri 0.185˚˚˚
(0.038)
lteragri 0.561˚˚˚
(0.050)
lppindex_vol 0.772˚˚˚
(0.231)
ltempchange_vol -0.327
(0.219)
_cons -5.379˚˚˚
(0.241)
92
TABLE 3.5 – Résultats d’estimation : Ouverture commerciale, production agricole et sécurité
alimentaire
secu
openness 25.879˚˚
(10.859)
lprodagri 10.152˚˚˚
(1.781)
openness ˆl prodagri -1,543
(1.464)
_cons 120.740˚˚˚
(10.970)
dépendants l’un de l’autre. Dès lors, on doit s’en tenir aux effets principaux 6 de l’ouverture
commerciale ou de la production agricole sur la sécurité alimentaire. L’absence de significa-
tivité dans la variable d’interaction montre que les effets de l’ouverture commerciale sur la
sécurité alimentaire ne se font pas conditionnellement aux changements dans la production
agricole.
Il existe de nombreux débats dans la littérature, y compris ceux de Roodman (2011), quant à
la meilleure manière d’interpréter les résultats des modèles de régression complexes, notam-
ment le modèle conditionnel à processus mixte. Jann (2013) puis Leeper (2017) ont montré
que les effets marginaux fournissent une manière unifiée et intuitive de décrire les relations
estimées par régression. Nous choisissons d’interpréter les effets marginaux.
La figure 3.2 montre, d’une part, comment la décision d’ouverture au commerce des produits
agricoles s’accroît avec différents niveaux de liberté économique (liberté de faire des affaires,
liberté de travailler, liberté de faire le commerce).
6. Il n’est point besoin d’aller calculer les effets simples ou effet d’un facteur conditionnellement à l’autre
facteur
93
De même, elle illustre également la proportion moyenne attendue du commerce des pro-
duits agricoles dans le produit intérieur brut(PIB) des pays en développement et émergents
à l’étude pour différents niveaux de PIB par tête, de taille du gouvernement, de volatilité
de taux de change, de distance moyenne avec les partenaires commerciaux et de statut com-
mercial. Nos résultats prévoient une réduction de la proportion moyenne du commerce de
ces biens dans le PIB en cas d’augmentation de la distance ou de la taille du gouvernement
(voir tableau 3.6). À l’opposé, elle augmente avec l’augmentation des niveaux de PIB par
tête, de la volatilité des taux de change ou, encore si le pays devient exportateur net de ces
biens (voir tableau 3.6).
94
F IGURE 3.2 – Effets marginaux des déterminants l’ouverture commerciale
3
2.5
2
2
1.5
ss
ss
1.5
1
1
.5
.5
-3 -2 -1 0 1 -3 -2 -1 0 1
lbusifree ltradefree
.6
1.5
.5
1.4
openess
ss
.4
1.3
.3
1.2
1.1
.2
-2 -1.5 -1 -.5 0 -3 -1 1 3 5
lworkfree lgdpcap
.5
.8
.45
openess
openess
.4
.6
.35
.4
.3
.2
.25
-4 -2 0 2 4 -10 -7 -4 -1 2
lrchange_vol lremoteness
.44
.7
.43
.6
openess
openess
.42
.5
.41
.4
.4
.3
-3 -2 -1 0 1 0 .25 .5 .75 1
ltgouv strucom
95
D’après le tableau 3.6, il ressort qu’en moyenne, chaque unité supplémentaire de la liberté
de faire des affaires, de la liberté de travailler ou encore de la liberté de faire le commerce
diminue respectivement la propension à ne pas être extraverti dans le commerce de ces biens
de 0,40 %, 0,22 % et 0,58 %, toutes choses égales par ailleurs (voir tableau 3.6).
lbusifree -0.403˚˚˚
(0.129)
lworkfree -0.220˚˚
(0.104)
ltradefree -0.583˚˚˚
(0.138)
N 2160 2160
˚p ă 0.1, ˚˚ p ă 0.05, ˚˚˚ p ă 0.01
Note : Les statistiques entre parenthèses sont les erreurs standards.
Source : Auteurs, 2020.
Le tableau 3.7 montre les effets marginaux des certaines variables sur la production agricole.
Il ressort que la production des services et la volatilité des changements de tempérarure sont
défavorables à l’activité de production agricole ; toutefois, la relation entre la volatilité des
changements de température et la production agricole n’est pas significative. À l’opposé, la
hausse de 1% de la production manufacturière, de la formation brute de capital fixe , du cré-
96
TABLE 3.7 – Prédiction et effets marginaux
dpl prodagriq
x dx
lprodmanu 0.0003˚˚˚
(0.0001)
lprodserv -0.0005˚˚˚
(0.0001)
lfcagri 0.0013˚˚˚
(0.0002)
lcredagri 0.0005˚˚˚
(0.0001)
lteragri 0.0014˚˚˚
(0.0002)
lppindex_vol 0.0019˚˚˚
(0.0006)
ltempchange_vol -0.0008
(0.0005)
N 2160
˚ p ă 0.1, ˚˚ p ă 0.05, ˚˚˚ p ă 0.01
Note : Les statistiques entre parenthèses sont les erreurs standards.
Source : Auteurs, 2020.
dit agricole, de la disponibilité des terres agricoles ou de l’indice des prix aux producteurs,
s’accompagnent d’une hausse de la production, respectivement d’environ 0,0003%, 0,0013%,
0,0005%, 0,0014% et 0,0019%. Ces résultats sont illustrés par la figure 3.3.
97
F IGURE 3.3 – Effets marginaux de certaines variables sur la production agricole
.004
.04
.003
.03
lprodagri
lprodagri
.002
.02
.001
.01
0
0
-14 -10 -6 -2 2 -12 -9 -6 -3 0
lprodmanu lprodserv
.004
.01
.008
.003
.006
lprodagri
lprodagri
.002
.004
.001
.002
0
-6 -3 0 3 6 -12 -8 -4 0 4
lfcagri lcredagri
.005
.004
.002
.003
lprodagri
lprodagri
.002
.001
.001
0
-6 -4 -2 0 -1 -.5 0 .5 1
lteragri lppindex_vol
Le tableau 3.8 présente les effets marginaux des effets de l’ouverture commerciale et de la
production alimentaire sur la sécurité alimentaire. Il ressort que ces variables améliorent la
situation des disponibilités alimentaires dans les 120 pays en développement et émergents
à l’étude. Plus précisément, une augmentation de 1% dans l’ouverture commerciale ou la
production agricole entraînerait une hausse de la sécurité alimentaire respectivement de plus
25,179% et 9,878%. La figure 3.4 illustre ces résultats.
98
TABLE 3.8 – Prédiction et effets marginaux
dpsecuq
x dx
openness 25.179˚˚˚
(10.561)
lprodagri 9.878˚˚˚
(1.674)
N 2160
˚ p ă 0.1, ˚˚ p ă 0.05, ˚˚˚ p ă 0.01
Note : Les statistiques entre parenthèses sont les erreurs standards.
Source : Auteurs, 2020.
150
90
85
100
80
secu
secu
75
50
70
65
0 .2 .4 .6 .8 1 -17 -13 -9 -5 -1
openness lprodagri
3.4.3 Implications
D’un point de vue politique, certaines recommandations peuvent être tirées des résultats
empiriques. De façon précise, nos résultats suggèrent l’importance de l’ouverture commer-
ciale des pays en développement et émergents et, de l’intégration du marché mondial pour le
renforcement des disponibilités alimentaires. Tout comme l’énoncait Ghosh (2014), l’idée est
que l’ouverture commerciale pourrait servir à tirer les prix des produits de consommation
vers le bas et, ainsi permettre aux ménages d’avoir accès a des produits de consommation
à bon prix. Dès lors, que ce soit dans le sens de réductions progressives des niveaux de
protection et/ou de l’élimination des politiques qui faussent les échanges, l’ouverture au
commerce international devrait être comme une composante fondamentale d’un ensemble
de politiques visant à renforcer la sécurité alimentaire.
Par ailleurs, nos résultats suggèrent également les effets de l’ouverture commerciale sur la
sécurité alimentaire ne se font pas conditionnellement aux changements dans la production
agricole. On pourrait donc penser a un effet sur la sécurité alimentaire qui passerait par les
99
importations alimentaires, ce qui soulève la problématique de dépendance de ces pays aux
importations alimentaires, que nous tenterons de vérifier dans le prochain chapitre. L’ab-
sence d’un effet de l’ouverture commerciale sur la sécurité alimentaire conditionnellement
aux changements dans la production agricole suggère, d’après notre analyse, une complé-
mentarité ou une symétrie de rôles entre l’ouverture commerciale et la production agricole
dans la formation des disponibilités alimentaires. Dès lors, les politiques en matière du com-
merce international devraient être considérées comme des politiques complémentaires aux
politiques visant à booster la production agricole devant l’objectif de constitution des dispo-
nibilités alimentaires.
Les gouvernements, tout en jouant sur les leviers permettant de participer davantage au
commerce international, ne devraient pas négliger les facteurs qui favoriseraient davantage
les activités de production agricole à l’échalle national. En d’autres termes, l’État doit in-
vestir pour le développement du secteur agricole. Cela passe, entre autres, par des poli-
tiques comme la diffusion de nouvelles technologies, la fourniture de crédit, de services
de vulgarisation et d’intrants agricoles. Cependant, toutes ces stratégies se doivent, d’être
durables. C’est pourquoi une attention particulière doit être portée aux changements clima-
tiques. En effet, il faudra complèter des mesures pour atténuer les effets des sécheresses et
autres phénomènes climatologiques sur les activités de production agricole (Dithmer and
Abdulai, 2017). Par exemple, les investissements dans l’amélioration de la gestion de l’eau
et des systèmes d’irrigation, tout comme ceux pour la promotion des cultures de variétés
d’aliments de base, résistantes à la sécheresse, pourraient jouer un rôle central garantissant
la production agricole et alimentaire dans les zones arides.
3.5 Conclusion
Dans la présente étude, grâce à l’utilisation d’une approche de modélisation en plusieurs
étapes, nous avons montré que l’ouverture commerciale et la production agricole ont, en
moyenne chacun, un impact positif net statistiquement significatif sur la sécurité alimen-
taire des pays en développement et émergents, notamment du point de vue des disponi-
bilités alimentaires. Cela implique que l’ouverture commerciale, même dans les contextes
économiques non avancés, peut avoir un impact positif sur l’offre alimentaire. En ce sens,
les résultats soutiennent l’idée que le commerce international peut être un outil efficace dans
l’atteinte des objectifs de consolidation des dispobilités alimentaires (Dithmer and Abdulai,
2017).
Par ailleurs, les résultats montre également l’importance du secteur agricole, notamment
les niveaux de production agricole, pour l’amélioration des résultats de sécurité alimentaire
dans les pays en développement et émergents ; l’extension des terres agricoles, de crédits
agricoles ou encore la constitution de capitaux en agriculture pourraient être des préalables
100
car elles améliorent significativement la production agricole. Néanmoins, étant donné la
croissance continue des populations de ces pays, les pressions continues que l’agriculture
exerce sur l’environnement et, les enseignements tirés de la crise alimentaire de 2008, l’on
ne devrait pas oublier que pour continuer à garantir des quantités suffisantes de denrées
alimentaires à long terme, il serait souhaitable d’agir en promouvant des pratiques agricoles
qui ne compromettraient pas la sécurité alimentaire à long terme (Aiking and De Boer, 2004).
En effet, la crise de 2008 a révélé, par exemple, que les variations des cours mondiaux ont
été transmises aux marchés intérieurs des pays par le biais de la politique commerciale, qui
fut le facteur le plus déterminant 7 (Bedossa and Letilly, 2011). Plus précisément, pour Gal-
tier (2012), le degré auquel le gouvernement fixe le volume du commerce (exportations ou
importations) au lieu de laisser le soin au secteur privé, est le facteur qui influence le plus la
transmission des prix. Mais si les contrôles du commerce pourraient amortir la transmission
des prix depuis les marchés internationaux volatils, ils comportent aussi des inconvénients
(Galtier, 2012). Par exemple, les contrôles sont susceptibles d’aggraver la volatilité des prix
liée à l’offre intérieure 8 . De même, la hausse des prix sur les marchés intérieurs, dans la
plupart des cas, tend aussi à favoriser la recrudescence de la pauvreté 9 .
Enfin, les résultats de cette partie confirme que rien ne devrait être négligée (politique in-
térieure ou politique commerciale) dans la réalisation de solutions de long terme pour le
problème de la sécurité alimentaire. À titre d’exemples, l’élaboration de la politique du com-
merce international doit prendre en compte la politique agricole intérieure et vice-versa.
Mais, s’il est vrai, d’après les théories du commerce international, que la participation aux
échanges internationaux permet d’accéder à des marchés plus importants et ouvre des pers-
pectives de production spécialisée et d’économies d’échelle sûr dans le cas des petits pays,
le fait que les effets de l’ouverture commerciale sur la sécurité alimentaire ne se réalisent
pas, pour les pays étudiés, conditionnellement aux changements dans la production agri-
cole, on pourrait penser, à raison, que cet effet passerait par les importations alimentaires.
Une telle situation soulevant la problématique de dépendance de ces pays aux importations
alimentaires.
7. La transmission des prix des marchés mondiaux aux marchés intérieurs est déterminée par d’autres fac-
teurs, notamment les coûts de transport, le degré d’autosuffisance des pays, les taux de change et les chocs inté-
rieurs (Bedossa and Letilly, 2011). Voir aussi plus de détails dans : http ://www.fao.org/3/i2330f/i2330f04.pdf
8. voir « Quelles sont les incidences de l’autosuffisance sur la volatilité des prix ? » dans Enseignements tirés
de la crise alimentaire mondiale de 2006-2008 : http ://www.fao.org/3/i2330f/i2330f04.pdf
9. voir « Coûts et avantages des hauts niveaux et des bas niveaux des prix des denrées alimentaires » dans
Enseignements tirés de la crise alimentaire mondiale de 2006-2008 : http ://www.fao.org/3/i2330f/i2330f04.pdf
101
3.6 Bibliographie
Alesina, A. and Wacziarg, R. (1998). Openness, country size and government. Journal of
public Economics, 69(3) :305–321.
Anderson, J. E. and Marcouiller, D. (2002). Insecurity and the pattern of trade : An empirical
investigation. Review of Economics and statistics, 84(2) :342–352.
Askari, H. and Cummings, J. T. (1977). Estimating agricultural supply response with the
nerlove model : a survey. International economic review, pages 257–292.
Baier, S. L. and Bergstrand, J. H. (2009). Estimating the effects of free trade agreements on
international trade flows using matching econometrics. Journal of international Economics,
77(1) :63–76.
Bedossa, B. and Letilly, G. (2011). La crise économique mondiale de 2008-2009 : quels impacts
dans les pays d’afrique subsaharienne ? MacroDev, pages 1–28.
Bejan, M. (2006). Trade openness and output volatility. Available at SSRN 965824.
Braulke, M. (1982). A note on the nerlove model of agricultural supply response. International
economic review, pages 241–244.
Broll, U. and Eckwert, B. (1999). Exchange rate volatility and international trade. Southern
Economic Journal, pages 178–185.
Choi, D., Chung, C. Y., and Young, J. (2019). Are economic distance and geographic remote-
ness important in sustainable trade ? evidence from the bilateral trade between china and
kazakhstan. Sustainability, 11(21) :6068.
Combary, O. S. (2016). Decisions for adopting and intensifying the use of chemical fertilizers
in cereal production in burkina faso. African Journal of Agricultural Research, 11(47) :4824–
4830.
Cook, D. O., Kieschnick, R., and McCullough, B. D. (2008). Regression analysis of propor-
tions in finance with self selection. Journal of empirical finance, 15(5) :860–867.
De Grauwe, P. (1988). Exchange rate variability and the slowdown in growth of international
trade. Staff Papers, 35(1) :63–84.
102
Decelles, S. (2015). L’association entre le niveau de sécurité alimentaire des premières nations
du manitoba et leurs apports nutritionnels.
Di Giovanni, J., Levchenko, A. A., et al. (2006). Openness, volatility and the risk content of
exports. In Conference The Growth and Welfare Effects of Macroeconomic Volatility by The World
Bank, CEPR and CREI, Barcelona, pages 17–18.
Dithmer, J. and Abdulai, A. (2017). Does trade openness contribute to food security ? a dy-
namic panel analysis. Food Policy, 69 :218–230.
Easterly, W., Islam, R., and Stiglitz, J. E. (2001). Shaken and stirred : explaining growth volati-
lity. In Annual World Bank conference on development economics, volume 2000, pages 191–211.
Worl Bank.
FAO. (2001). The State of Food and Agriculture 2001. Number 33. Food & Agriculture Org.
Ferrari, S. and Cribari-Neto, F. (2004). Beta regression for modelling rates and proportions.
Journal of applied statistics, 31(7) :799–815.
Ferretti, G. M. M. and Razin, A. (2000). Current account reversals and currency crises :
empirical regularities. In Currency crises, pages 285–323. University of Chicago Press.
Fujii, E. (2017). Government size, trade openness, and output volatility : a case of fully
integrated economies. Open Economies Review, 28(4) :661–684.
Galtier, F. (2012). Gérer l’instabilité des prix alimentaires. Revue Tiers Monde, (3) :51–70.
Ghosh, A. (2014). How do openness and exchange-rate regimes affect inflation ? International
Review of Economics & Finance, 34 :190–202.
Hallaert, J.-J. (2006). A history of empirical literature on the relationship between trade and
growth. Mondes en développement, (3) :63–77.
103
John, M. and Moffit, R. (1980). The uses of tobit analysis. The Review of Economics and Statistics,
62(2) :318–321.
JS Ramalho, J. and da Silva, J. V. (2009). A two-part fractional regression model for the
financial leverage decisions of micro, small, medium and large firms. Quantitative Finance,
9(5) :621–636.
Kane, T., Holmes, K. R., and O’Grady, M. A. (2007). 2007 index of economic freedom.
Kose, M. A., Prasad, E. S., and Terrones, M. E. (2003). Financial integration and macroecono-
mic volatility. IMF Staff papers, 50(1) :119–142.
Krebs, T., Krishna, P., and Maloney, W. (2010). Trade policy, income risk, and welfare. The
Review of Economics and Statistics, 92(3) :467–481.
Leeper, T. J. (2017). Interpreting regression results using average marginal effects with r’s
margins. Reference manual, 32.
Linders, G.-J. and De Groot, H. L. (2006). Estimation of the gravity equation in the presence
of zero flows.
McDonald, J. F. and Moffitt, R. A. (1980). The uses of tobit analysis. The review of economics
and statistics, pages 318–321.
Melitz, J. (2007). North, south and distance in the gravity model. European Economic Review,
51(4) :971–991.
Mullahy, J. (1986). Specification and testing of some modified count data models. Journal of
econometrics, 33(3) :341–365.
Newman, C., Henchion, M., and Matthews, A. (2003). A double-hurdle model of irish hou-
sehold expenditure on prepared meals. Applied Economics, 35(9) :1053–1061.
Oberhofer, H. and Pfaffermayr, M. (2014). Two-part models for fractional responses defined
as ratios of integers. Econometrics, 2(3) :123–144.
104
Olagunju, F. and Ajiboye, A. (2010). Agricultural lending decision : a tobit regression analy-
sis. African journal of food, agriculture, nutrition and development, 10(5).
Rahman, S., Hossain, M., and Rahman, S. (2003). Determinants of pesticide use in hybrid ve-
getable and cereal seed production in bangladesh : a tobit-decomposition analysis. ASIAN
PROFILE, 31(5) :429–442.
Rodrik, D. (1998). Has globalization gone too far ? Challenge, 41(2) :81–94.
Roodman, D. (2007). Cmp : Stata module to implement conditional (recursive) mixed process
estimator.
Roodman, D. (2011). Fitting fully observed recursive mixed-process models with cmp. The
Stata Journal, 11(2) :159–206.
Roodman, D. (2018). Cmp : Stata module to implement conditional (recursive) mixed process
estimator.
Rose, A. K. (2004). Do we really know that the wto increases trade ? American Economic
Review, 94(1) :98–114.
Siziba, S., Nyikahadzoi, K., Diagne, A., Fatunbi, A., and Adekunle, A. (2011). Determinants
of cereal market participation by sub-saharan africa smallholder farmer. Journals of Agri-
culture & Environmental Studies, 2(1).
Slimane, M. B. (2016). Investissements directs étrangers et sécurité alimentaire dans les pays en
développement. PhD thesis.
Slimane, M. B., Huchet-Bourdon, M., and Zitouna, H. (2016). The role of sectoral fdi in
promoting agricultural production and improving food security. International economics,
145 :50–65.
Soloaga, I. and Wintersb, L. A. (2001). Regionalism in the nineties : What effect on trade ?
The North American Journal of Economics and Finance, 12(1) :1–29.
Tahir, M., Mazhar, T., and Afridi, M. A. (2019). Trade openness and sectoral growth in deve-
loping countries : some new insights. Journal of Chinese Economic and Foreign Trade Studies.
105
Wei, S.-J. (1996). Intra-national versus international trade : how stubborn are nations in global
integration ? Technical report, National Bureau of Economic Research.
Wooldridge, J. M. (2010). Econometric analysis of cross section and panel data. MIT press.
106
Chapitre 4
4.1 Introduction
4.1.1 Contexte
Dans le chapitre 2 de ce document, la figure 2.1 montre que les politiques commerciales et
les mesures de soutien à l’agriculture peuvent affecter la sécurité alimentaire. Dans cette
partie, nous testons empiriquement, pour 52 pays en développement, les effets des mesures
de soutien à l’agriculture sur la dépendance aux importations alimentaires. Dans son rapport
sur l’État de l’insécurité alimentaire dans le monde, Fao and Et (2011) révélaient trois grands
groupes de pays qui se sont formés à la suite de la flambée des prix alimentaires de 2006-
2008, étant donné leur capacité à limiter le choc des prix ou à en atténuer les effets (voir
Figure 4.1). Il en ressortait qu’en dehors des pays qui ont tiré globalement profit (en termes
d’amélioration de leur niveau de sous-alimentation) de la hausse des prix (la majorité des
pauvres de ces pays sont des vendeurs nets de produits alimentaires) (Fao and Et, 2011, p.10),
si certains comme la Chine ont vu leur ratio nombre de personnes sous-alimentées baissé (en
raison de la panoplie de mesures de soutien auxquels ils ont recouru), la plupart des pays
ont connu une détérioration de leur situation de sous-alimentation (Fao and Et, 2011). Un tel
constat mettait en évidence toute la problématique des questionnements quant à l’efficacité
des mesures de soutien pour la sécurité alimentaire dans les pays pauvres.
107
F IGURE 4.1 – Comparaison de la capacité de rebond des pays confrontés à la crise des prix
alimentaires
Par ailleurs, si cette flambée des prix agricoles mondiaux a montré que les pays pauvres,
particulièrement ceux d’Afrique, sont constamment menacés par une crise alimentaire chro-
nique (Fao and Et, 2011), de nombreux auteurs sont pourtant d’avis que la sécurité alimen-
taire pourrait être améliorée grâce au importations des produits agroalimentaires (Larochez-
Dupraz and Huchet-Bourdon, 2016; Headey and Fan, 2010). Selon eux, les importations de
ces produits compenseraient facilement les insuffisances du marché local et fourniraient aux
consommateurs des produits alimentaires de base à bas prix (Larochez-Dupraz and Huchet-
Bourdon, 2016). Toutefois, en l’absence de mesures qui garantiraient l’accessibilité aux pro-
duits importés pour les plus pauvres, Headey and Fan (2010) ont montré que les importa-
tions agroalimentaires n’arrangeraient aucunément la situation de sécurité alimentaire de
ces pays ; la dépendance de ces derniers à l’égard de ces importations pourrait même ac-
croître l’insécurité alimentaire chez certaines catégories de leur population en cas de hausses
non maîtrisées des prix dans la facture alimentaire nationale (Headey and Fan, 2010).
108
Il en résulte, par exemple, que l’état des disponibilités alimentaires sous forme d’importa-
tions de denrées alimentaires ne suffirait donc plus à lui seul ; il faudra conjuguer avec la ré-
ponse des prix au consommateur des produits importés aux mesures commerciales (Headey
and Fan, 2010). En d’autres termes, si cette dernière est élevée, le recours aux importations
de produits alimentaires pourrait, en l’absence de mesures de soutien visant à baisser les
prix à la consommation, devenir inefficace pour résoudre les problèmes de sécurité alimen-
taire. Ces différentes réflexions constituent l’essence des questionnements quant aux effets
sur la sécurité alimentaire des politiques de soutien à l’industrie agroalimentaire (Larochez-
Dupraz and Huchet-Bourdon, 2016).
Pour Magrini et al. (2017), l’analyse des effets des mesures de soutien à l’agriculture sur la
sécurité alimentaire doit prendre en considération que différents facteurs sous-jacents pour-
raient influencer le niveau d’intervention gouvernementale. En effet, de manière générale,
les interventions politiques ne sont pas aléatoires ; elles pourraient être motivées par des
facteurs macroéconomiques (par ex. niveau de développement du pays, conditions agro-
climatiques, dotations naturelles, etc) (Magrini et al., 2017; Matthews, 2013; Yu et al., 2010) ou
d’ordre socio-politique (éducation, démocratie, nature et durabilité des régimes, etc.) (Thom-
son, 2017; Steinberg and Malhotra, 2014; Nooruddin, 2012). Pourtant, en retour, ces différents
facteurs peuvent être un prétexe pour le recours aux importations que font les pays pour
combler le déficit alimentaire.
À titre d’exemples, les travaux de Sen (1987) révèlent que les famines ne se sont pas pro-
duites et qu’il est peu probable qu’elles se soient produites dans une démocratie. En d’autres
termes, les démocraties pourraient plus facilement recourir aux importations alimentaires
en cas de déficit national (Sen, 1987). Pour Ozturk (2008), l’éducation des pauvres contri-
buerait à améliorer leur alimentation ; dès lors, dans les pays ayant des niveaux d’éducation
élevés, les exigences des consommateurs pourraient se faire en termes de la demande de
diversification de l’offre alimentaire et, le recours aux importations pourrait y pallier (Oz-
109
turk, 2008; Pollard et al., 2002). Ces différentes réflexions suggèrent l’existence de plusieurs
sources d’endogénéité possibles qui pourraient biaiser l’analyse empirique d’une relation
entre les mesures de soutien à l’agriculture et la dépendance des pays aux importations ali-
mentaires.
Nous traitons les biais d’auto-sélection et d’endogénéïté en nous appuyant sur le modèle de
traitement continu pour l’estimation d’une fonction dose-réponse avec endogénéïté proposé
par Cerulli et al. (2012). Contrairement aux autres techniques d’analyse des effets de trai-
tement avec endogénéïté dans le traitement Hirano and Imbens (2004); Imai and Van Dyk
(2004), le modèle de traitement continu pour l’estimation d’une fonction dose-réponse avec
endogénéïté s’appuie sur une technique de regression en étapes par variables instrumentales
Cerulli et al. (2012). Elle est appropriée dans le cadre de notre analyse, car l’intensité des me-
sures de soutien est une variable continue et varie considérablement d’un pays à l’autre, et
dans le temps Magrini et al. (2017). Mais, l’une des difficultés de l’utilisation des variables
instrumentales pour l’estimation du modèle à traitement endogène, bien établie dans la lit-
térature économétrique, est l’identification des instruments valables.
Selon Krueger et al. (1988), repris par Swinnen (1994), les secteurs d’exportation sont taxés
dans les pays en développement, tandis que les cultures vivrières le sont moins. De même,
ils obtiennent en moyenne une légère subvention positive (Swinnen, 1994). La littérature
théorique consacrée à l’analyse de ces faits soulignent le rôle des coûts d’organisation (coûts
de transports et de communication) sur le processus de décision politique. Pour Olson (1990),
les coûts d’organisation en agriculture baissent avec le développement économique et, cette
situation emmène vers des politiques gouvernementales de plus en plus bénéfiques pour
l’agriculture. D’autres études sur les déterminants des politiques agricoles ont mis l’accent
sur les facteurs affectant les effets distributifs de la protection agricole en se concentrant
principalement sur les résultats empiriques (Swinnen, 1994).
À titre d’exemples, Gardner (1987) note une relation négative entre la protection agricole
et le taux d’autosuffisance des produits agricoles. Ses travaux sur les États-Unis ont révélé
110
de faibles élasticités de l’offre et de la demande associées à une plus grande intervention
(Gardner, 1987). Swinnen (2009) et Thies and Porche (2007) ont recensé dans la littérature
empirique l’importance des variables dont, l’intensité des facteurs de production, la part des
dépenses alimentaires, la part de l’agriculture dans le PNB et l’emploi, le rapport entre l’ex-
cédent du marché et les dépenses totales et la réactivité des bénéfices industriels aux prix
des denrées alimentaires, dans la détermination des politiques agricoles. Mais leurs travaux,
à l’instar de ceux de Swinnen (1994), concluent le peu d’intérêt, porté par la recherche empi-
rique, à la corrélation négative entre la protection agricole et, le revenu agricole en pourcen-
tage des autres revenus. Outre ce dernier, Swinnen (1994) a aussi montré que la protection
agricole diminue avec la réduction des inégalités entre les ménages urbains et ruraux et la
baisse de la pauvreté.
Les contributions théoriques dans le domaine de l’économie politique concernant les institu-
tions et l’élaboration des politiques (Acemoglu et al., 2012), le rôle des constitutions (Persson
et al., 2000), et les institutions électorales (Besley and Persson, 2011) ont permis d’approfon-
dir la recherche sur l’économie politique des politiques agricoles. En effet, plusieurs écono-
mistes se sont intéressés aux effets des règles électorales, de la nature des régimes, des formes
de gouvernement, des institutions et de l’idéologie du gouvernement sur les politiques liées
au commerce agricole (Anderson, 2010). Ainsi, les travaux de Mulgan (2013) et ceux de Dutt
and Mitra (2010) ont montré que les gouvernements de droite sont en moyenne plus protec-
tionnistes que les gouvernements de gauche. Pour Swinnen (2010), ce constat est cohérent
avec la réalité française, où les grandes exploitations et les propriétaires terriens sont associés
à des partis politiques de droite et les petites exploitations à des partis de gauche.
Toutefois, Dutt and Mitra (2010) et Olper (2007) font observer que l’idéologie de gauche tend
à soutenir les agriculteurs dans les sociétés inégales, et la relation tient mieux dans les dé-
mocraties que dans les dictatures. En ce qui concerne les institutions, le modèle de l’électeur
médian prédit que leur démocratisation pourrait conduire à une réduction de la fiscalité agri-
cole et une augmentation des subventions agricoles (Olper and Raimondi, 2013). Dans les
autocraties ou les régimes communistes, le même modèle prédit que le subventionnement
du secteur agricole n’interviendrait qu’au cours du développement économique (Olper and
Raimondi, 2013; Rozelle and Swinnen, 2010). Pour Pokrivcak et al. (2006), les réformes de
la politique agricole sont déterminées par une interaction complexe des règles de vote à la
majorité et des changements dans l’environnement extérieur.
Bates and Block (2011) soulignent qu’en l’absence de compétition électorale entre les par-
tis politiques, la fiscalité agricole augmente avec la part de la population rurale. Toutefois,
l’existence de la concurrence transforme le désavantage du lobbying de la majorité rurale
en un avantage politique et réduit la discrimination à l’encontre de l’exploitation du secteur
agricole (Bates and Block, 2011). Par ailleurs, les auteurs trouvent que la fiscalité est plus
modérée si le dirigeant d’un pays vient de cette région ; de plus, les gouvernements des pays
111
riches en ressources ont tendance à taxer davantage les producteurs exportateurs (Bates and
Block, 2011). Gawande and Hoekman (2006) ont constaté qu’un gouvernement confronté à
une forte concurrence électorale est plus susceptible de subventionner les exportations et de
s’engager dans la protection des importations. Pour ces auteurs, la probabilité que les ex-
portations soient taxées augmente avec la proportion de terres arables et la proportion de la
population vivant dans les zones rurales (Gawande and Hoekman, 2006).
Ces différents suggèrent une gamme variées d’instruments aux mesures de soutien à l’agri-
culture. Nous choisissons, aux fins de cette étude, l’indice du capital humain, les inégalités
de revenu, le degré de démocratie, la durabilité des régimes et l’ouverture et la compétitivité
du recrutement de l’exécutif, comme déterminants de la décision des gouvernants d’accor-
der des mesures de soutien à l’agriculture. La section suivante présente le cadre économé-
trique d’analyse de notre relation. Ensuite, nous présentons les statistiques descriptives puis,
nos résultats d’analyse. Nous concluons avec des implications de politiques pour la sécurité
alimentaire dans les pays en développement.
Nous définissons deux fonctions distinctes, g1 (xiT ) et g0 (xiT ), comme étant les réponses du
pays i au vecteur de variables xiT lorsque le pays i est respectivement traitée et non traitée
1. Dans tout le travail, le traitement refère à la situation où un pays fournit un soutien à l’agriculture, donc
TAN ‰ 0
2. Voir le mode de calcul dans la section de calcul des indicateurs
3. Voir le mode de calcul dans la section de calcul des indicateurs
112
au temps T. Supposons que µ1 et µ0 soient deux scalaires, et e1 et e0 deux variables aléatoires
ayant une moyenne inconditionnelle nulle et une variance constante. Enfin, nous définissons
la variable tiT , qui prend des valeurs dans la plage continue [0 ;100], comme l’indicateur de
traitement continu, et h(tiT ) est une fonction générale dérivable de tiT . Dans tout ce qui suit,
afin de simplifier la notation, nous nous débarrasserons des indices i et T lors de la définition
des quantités et des relations.
Étant donné les notations précédentes, nous supposons un processus spécifique de généra-
tion de catégories de pays pour les deux résultats potentiels exclusifs, f di1 et f di0 , comme
suit :
#
w “ 1 : f di1 “ µ1 ` g1 pxq ` hptq ` e1
(4.1)
w “ 0 : f di0 “ µ0 ` g0 pxq ` e0
où la fonction h(t) n’est différente de zéro que dans l’état traité. Compte tenu de cela, nous
pouvons également définir les paramètres causaux d’intérêts. En effet, en définissant l’effet
de traitement comme la différence TE = ( f di1 - f di0 ), nous définissons les paramètres causaux
d’intérêts, comme les effets de traitement moyens de la population (ATE) conditionnés par
x et f, en d’autres termes :
$
’
’ ATEpx; tq “ Ep f di1 ´ f di0 |x, tq
&
ATETpx; t ą 0q “ Ep f di1 ´ f di0 |x, t ą 0q (4.2)
’
’
ATENTpx; t “ 0q “ Ep f di1 ´ f di0 |x, t “ 0q
%
où ATE indique l’effet du traitement moyen global, ATET l’effet du traitement moyen sur les
pays traités, et ATENT celui sur les pays non traités. En supposant une forme paramétrique
linéaire des paramètres g1 pxq et g0 pxq, on peut écrire l’effet de traitement moyen conditionné
par x et t :
“ ‰
ATE “ ppw “ 1q µ ` x̄tą0 δ ` h̄tą0 ` ppw “ 0q rµ ` x̄t“0 δs (4.4)
où p() est une probabilité, et h̄tą0 est la moyenne de la fonction de réponse prise sur t>0.
Dans la mesure où, par la loi de l’espérance itérative, nous avons ATE “ ppw “ 1q ˆ ATET `
ppw “ 0q ˆ ATENT, nous tirons de la formule précédente que :
113
$ “ ‰
’
’ ATE “ ppw “ 1q µ ` x̄tą0 δ ` h̄tą0 ` ppw “ 0q rµ ` x̄t“0 δs
&
ATET “ µ ` x̄tą0 δ ` h̄tą0 (4.5)
’
’
ATENT “ µ ` x̄t“0
%
# “ ‰
ATET ` hptq ´ h̄tą0 si t ą 0
ATEptq “ (4.6)
ATENT si t “ 0
qui est une fonction de l’intensité de traitement t. L’estimation de l’équation (4.6) sous diffé-
rentes hypothèses d’identification est le principal objectif des sections suivantes.
´ Modèle de regression
“ ‰
f diiT “ µ0T ` wiT ATE ` xiT δ0T ` wiT rxiT ´ x̄ T s δT ` wiT hptiT q ´ h̄ T ` ηiT (4.7)
Dans la pratique, l’équation présentée en (4.7) fournit le modèle de base pour estimer tous
nos paramètres (µ0T , µ1T , δ0T , δ1T etATE), par les moindres carrées ordinaires, de même que
tous les ATE restants. Une approche semi-paramétrique ou paramétrique peut être utilisée
dès qu’une forme paramétrique ou non paramétrique de la fonction h(t) est supposée. Ce-
pendant, afin d’obtenir une estimation cohérente des paramètres de base, nous devons tenir
compte de l’existence probable d’endogénéïté dans la variable de traitement, ce qui nous
envoie vers modèle de regression sous traitement endogène
En supposant l’endogénéïté dans notre variable de traitement, l’équation (4.7) ne peut plus
être estimé par les moindres carrés ordinaires. Ainsi, une estimation par variables instru-
mentales peut, cependant être mise en œuvre pour rétablir la cohérence. À cette fin, il suffit
d’exprimer le modèle précédent (4.7) sous une forme semi-structurelle. Le modèle à estimer
devient alors :
114
f diiT “ µ0T ` wiT ATE ` xiT δ0T ` wiT rxiT ´ x̄ T s δT ` wiT H1iT ` bwiT H2iT ` cwiT H3iT ` ηiT
(4.8a)
w˚iT “ xw,iT β w,T ` ew,iT (4.8b)
t1iT “ xt,iT β t,T ` et,iT (4.8c)
(4.8d)
où H1iT “ tiT ´ EptiT q, H2iT “ t2iT ´ Ept2iT q et H3iT “ t3iT ´ Ept3iT q. w˚iT représente la contre-
partie inobservable latente de la variable binaire wiT . xw,iT et xt,iT sont deux ensembles de
régresseurs exogènes. ew,iT , et,iT et ηiT sont des termes d’erreur. L’équation (4.8b) est l’équa-
tion de sélection ; elle définit la régression expliquant l’indicateur de bénéfice net w et, le
vecteur des covariables xw,iT enrégistre les critères de sélection utilisés par les pays pour dé-
finir les groupes traités et non traités. Par ailleurs, l’équation (4.8c) est l’équation du niveau
de traitement ; elle définit la manière dont le niveau de traitement des pays est décidé, et le
vecteur des covariables xt,iT enrégistre les variables exogènes considérées comme détermi-
nant le niveau de traitement.Dans l’équation (4.8a), les variables wiT , H1iT , H2iT et H3iT sont
endogènes ; les trois dernières étant des fonctions du traitement t endogène.
Nous testons la validité de ces instruments en empruntant, à la fois, les tests d’endogénéité
de Durbin et Wu-Hausman (Sheikhi et al., 2020) et, ceux de Basmann (1960) et Sargan (1958)
sur le chi carré et, en complétant avec un test de correlation entre les variabes. Que ce soit
l’estimation par les moindres carrés ordinaires (MCO) ou par variables instrumentales (IV),
la fonction dose-réponse correspond à l’effet moyen de traitement (c’est-à-dire ATE(t) où
t="TAN") ; toutefois, d’autres paramètres d’intérêt, comme l’effet de traitement moyen in-
conditionnel (ATE), l’effet de traitement moyen sur les personnes traitées (ATET) et l’effet de
traitement moyen sur les personnes non traitées (ATENT) ont été estimés (Baum and Cerulli,
2016).
115
Comparée à l’approche d’estimation proposée par Hirano and Imbens (2004) et, mis en
œuvre dans Stata par Bia and Mattei (2008) (où l’hypothèse de normalité de la distribution
de la variables de traitement est requise), notre approche d’estimation, inspirée des travaux
de Cerulli (2015), n’a pas besoin d’une hypothèse de normalité totale. Elle est bien adaptée
lorsque plusieurs observations ont un niveau de traitement zéro (ce qu’on appelle le "pic à
zéro") (Cerulli, 2015). En effet, lorsque plusieurs observations ne sont pas exposées au traite-
ment, la distribution de TAN présente un "pic" ou une masse de probabilité non nulle à zéro,
en d’autres termes Pr(t=0)>0. Cela signifie que supposer que la distribution conditionnelle
de la variable de traitement tests de provient d’une distribution normale (ou de mélanges de
distributions normales), comme le supposent Hirano and Imbens (2004), est intenable, car en
présence d’un pic à zéro, cette distribution est clairement discontinue et donc non normale
(Baum and Cerulli, 2016).
Mais, Guardabascio and Ventura (2014) ont proposé une généralisation du modèle d’Hirano
and Imbens (2004) en étendant l’approche de ces auteurs au cas d’une variable de traitement
continue non normale. Ils considèrent qu’un ensemble de distributions alternatives (bino-
miale, de poisson, gamma, inverse-gaussienne, etc.) dérivées de la répartition des familles
exponentielle (Baum and Cerulli, 2016). Bien que riche dans sa portée, un tel modèle est en-
core inadapté à l’incorporation du traitement zéro et de l’endogénéité potentielle du traite-
ment. Notre approche d’estimation essaie de surmonter ces deux limites : Nous modélisons
la variable de résultat pour les valeurs de la variable de traitement nulles ou non. De plus,
nous sommes en mesure de tenir compte à la fois de l’importance des valeurs nulles dans la
variable de traitement et l’endogénéité de cette dernière sous des hypothèses raisonnables.
Il faut enfin ajouter que, que ce soit pour l’estimation par les moindres carrés ordinaires ou
par variables instrumentales, nous modélisons la fonction dose-réponse en approximant par
un polynôme du troisième degré. L’utilisation de cette forme fonctionnelle se fait puisque
notre approche postule que la relation 4 étudiée entre l’aide au taux nominal et la dépendance
aux importations alimentaires peut contenir ou non des seuils (niveaux d’exposition au-
dessus desquels les effets augmenteraient fortement) (Magrini et al., 2017). Quant à elle,
l’estimation par variables instrumentales est basée sur une sélection bivariée de la méthode
d’Heckman (également connue sous le nom de tobit de type 2) (Marchenko and Genton,
2012) pour la décision oui/non de traiter une observation donnée et le niveau du traitement
fourni dans une première étape ; ensuite, une estimation des moindres carrés en deux étapes
(2SLS) pour l’équation de résultat dans la deuxième étape (Baum and Cerulli, 2016).
4. Il s’agit d’une relation complexe pour deux raisons : Premièrement, l’indicateur mesurant le soutien agri-
cole est une mesure complexe ; deuxièmement, les effets du soutien agricole sur la sécurité alimentaire pourraient
s’avérer particulièrement complexes, incorporant à la fois des effets positifs et négatifs (Anderson, 2009; Ander-
son and Nelgen, 2012; Magrini et al., 2017).
116
4.3 Statistiques descriptives
4.3.1 Sources de données
Dans le cadre de cette étude, nous disposons de données annuelles de 52 pays en dévelop-
pement sur la période 1985-2017. Elles sont issues de différentes sources (voir Tableau 4.1).
Dans ce travail, le taux nominal d’assistance 5 (TAN) est utilisé comme indicateur du ni-
veau de soutien à l’agriculture Larochez-Dupraz and Huchet-Bourdon (2016). Calculé par la
Banque mondiale 6 (Anderson and Nelgen, 2012; Anderson, 2009), le TAN 7 évalue les "dis-
torsions des incitations agricoles" en tenant compte non seulement des subventions ou des
taxes dans le secteur agricole, mais aussi des effets indirects dus à d’autres politiques secto-
rielles ou des distorsions des taux de change (Anderson and Nelgen, 2012). Nous utilisons la
base de données de la dernière version mise à jour par Anderson and Nelgen (2012). Nous
commençons par calculer le TAN en faisant la somme de la TAN pour les produits couverts
et non couverts.
Étant donné que la mise à jour des données n’a permis d’élargir la période de couverture que
jusqu’en 2011 (Anderson and Nelgen, 2012), nous avons opté pour son extension en complé-
tant avec la prédiction des valeurs du TAN pour la période 2012-2017, après avoir regressé,
sur la base d’un modèle de régression linéaire multiple, le TAN sur les variables taux de
5. voir plus de détails dans : http ://www.fondation-farm.org/zoe/doc/farmd octrav72 01507s outienagri.pd f
6. Outre la base de données de la Banque mondiale, il y a d’autres initiatives comme la base de données
de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sur les estimations du soutien
aux producteurs et aux consommateurs pour les pays de l’OCDE, la base de données de la FAO sur le suivi et
l’analyse des politiques alimentaires et agricoles (MAFAP) pour les pays subsahariens, et la base de données
de la Banque interaméricaine de développement (BID) sur les estimations du soutien aux producteurs pour
l’Amérique latine et les Caraïbes. Nous utilisons la base de données de la Banque mondiale car aucun des autres
ensembles de données ne fournit la couverture de pays ou de période requise pour effectuer la présente analyse.
7. La base de données de la Banque mondiale d’Anderson and Nelgen (2012) fournit des valeurs annuelles
pour un ensemble de mesures normalisées des distorsions liées aux politiques, pour un total de quatre-vingt-
deux pays (qui représentent ensemble plus de 90% de la production agricole mondiale) et soixante-dix produits,
sur la période 1955-2011 (Magrini et al., 2017).
117
TABLE 4.1 – Description des variables
Variables Définition et références Source
Variable dépendante
lfdi logarithme de l’indicateur de dépen- Le mode de calcul et les sources des don-
dance aux importations alimentaire (en nées utilisées sont précisées dans les para-
$%$) (Larochez-Dupraz et al., 2016) graphes suivants
Variables de traitement
cna coefficient nominal d’assistance (Magrini Calculé à partir des données sur le taux
et al., 2017) nominal. Ces dernières proviennent de la
base de données de la Banque mondiale
(voir détails dans les paragraphes sui-
vants
Covariables
lcons logarithme du taux de croissance an- Banque mondiale
nuelle des dépenses de consommation (https ://data.worldbank.org/indicator/
des ménages par habitant (en $%$) //NE.CON.PRVT.PC.KD.ZG)
(Swinnen, 2009 ; Thies et Porche, 2007)
Instruments
hc indice du capital humain (en $%$) Centre de croissance et de développement
cna (Feenstra et al., 2015) de Groningen (www.ggdc.net/pwt)
En d’autres termes, il indique que les pays sont passés 8 de la protection des prix à la frontière
ou par le biais de subventions sur les produits ou les intrants (mesurée par le taux nominal de
protection, TNP) à la protection des revenus, en incluant dans le calcul du TNP, les paiements
directs et d’autres formes de subventions non liées aux prix (Josling and Valdés, 2004).
Dans la pratique, le taux nominal d’assistance (TAN) correspond au taux nominal de protec-
tion (TNP) plus ou moins les subventions reçus ou les impôts payés ?Anderson and Nelgen
(2012). D’autre part, le TNP de tout bien est la différence proportionnelle entre son prix
intérieur et son prix international (Flatters, 2005). Le taux de change intervient explicite-
ment dans le calcul des TNP dans la mesure où il est utilisé pour comparer les prix inté-
rieurs aux prix à la frontière (Anderson and Nelgen, 2012; Flatters, 2005). Les données sur
le taux de change proviennent du site de la FAO (http ://www.fao.org/faostat/en/data) et,
celles sur les taxes et subventions gouvernementales proviennent du site de UNU-WIDER
(https ://www.wider.unu.edu/data).
Les valeurs positives du TAN dénotent une augmentation du revenu brut des producteurs
nationaux (le prix observé est plus élevé en raison de la présence d’une subvention à la pro-
duction et / ou d’une taxe à la consommation), tandis que les valeurs négatives dénotent
un rendement brut inférieur pour les producteurs nationaux (les producteurs perçoivent un
prix inférieur au prix du même produit en l’absence d’interventions gouvernementales) (An-
derson and Valenzuela, 2008). La figure présente l’évolution des taux nominaux d’assistance
pour quelques pays sur la période 1985-2011.
En nous inspirant des travaux de (Magrini et al., 2017), nous effectuons notre analyse empi-
rique en convertissant les valeurs obtenues du TAN en des coefficients positifs normalisés
(cna). Les valeurs du TAN étant comprises entre -2 et 3 (´2 ă TAN ă 3), nous leur ajoutons
la valeur 2 puis, divisons les valeurs obtenues par la valeur maximale.
Selon Díaz-Bonilla and Ron (2010), le rapport entre les dépenses nationales d’importation de
produits alimentaires et la valeur des exportations totales est un indicateur utile de l’accès
8. Dans la situation des pays développés par exemple, il est devenu évident que l’analyse du soutien agri-
cole serait incomplète si l’on ne tenait pas compte de l’influence des dépenses publiques sur les revenus des
agriculteurs sous la forme de subventions en capital, de subventions aux intrants et de divers autres transferts
impliquant des dépenses publiques (Josling and Valdés, 2004).
119
F IGURE 4.2 – Évolution du TAN de quelques pays sur la période 1985-2011
1
taux nominal d'assistance
-.5 0 -1 .5
1985 1990 1995 2000 2005 2010
year
Brazil China
Cote d'Ivoire India
Mexico Morocco
Russian Federation South Africa
national à l’approvisionnement alimentaire mondial. Il est encore connu sous le nom d’in-
dice de Bonilla (Larochez-Dupraz and Huchet-Bourdon, 2016). Tout comme dans les travaux
de Larochez-Dupraz and Huchet-Bourdon (2016), nous l’utilisons comme mesure de dépen-
dance aux importations alimentaires ( f dit ). Il est calculé pour chaque pays ainsi que suit :
Vm f t vm f t ˆ Vmt
f dit “ “ (4.9)
Vxt 100 ˆ Vxt
Où Vm f t est la valeur des importations de produits alimentaires au temps t ; Vxt est la valeur
totales des exportations de marchandises au temps t ; vm f t est la valeur des importations de
produits alimentaires en % de la valeur totale des importations de marchantidises et Vmt est
la valeur totale des importations de marchandises au temps t.
Les données sur les importations de produits alimentaires et, celles sur les importations et
exportations totales de marchandises sont obtenues sur le site de la Banque mondiale. Pour
Díaz-Bonilla and Ron (2010) puis Larochez-Dupraz and Huchet-Bourdon (2016), cette me-
sure est un indicateur cohérent de la sécurité alimentaire nationale car, il traduit la capacité
des pays à combler le déficit alimentaire national en financant les importations alimentaires
par les recettes d’exportations.
Mais, plusieurs critiques existent à l’encontre de cet indicateur comme mesure de la sécurité
alimentaire. Par exemple, Hoering (2013) montre qu’il y a une différence entre la sécurité
alimentaire nationale et la sécurité alimentaire des populations les plus pauvres. En d’autres
termes, même s’il y a suffisamment de nourriture disponible dans un pays donné, l’accès
à celle-ci dépend de facteurs de distribution comme le revenu ou l’infrastructure (Hoering,
2013).
120
Pour De Schutter (2011), la question de la sécurité alimentaire nationale ne peut pas être réduite
à un simple problème d’approvisionnement ou de production. Et, si la production et les impor-
tations alimentaires continuent d’augmenter parallèlement à la marginalisation accrue des
petits agriculteurs, la bataille contre la sécurité alimentaire pourrait être perdue (De Schut-
ter, 2010, 2011). En dépit de ces critiques, quoique pertinent, nous retenons cette mesure de
dépendance aux importations alimentaires dans notre analyse.
fdi ratio de dépendance aux importations alimentaires (en %) 0.2108 0.2864 0.1328 4.9876
cons taux de croissance des dépenses de consommation par tête (en %) 0.6542 0.1281 0.2748 1.3842
tar moyenne des taux tarifaires pondéres par produit importé (en %) 9.6665 7.4791 0.0440 56.3600
pop population totale (en millions d’habitants) 85.1634 226.5825 1.9434 1421.0220
agripib production du secteur agricole (en % du PIB) 0.2975 2.1740 4.92 ˆ 10´ 6 57.0475
poprur population rurale (en millions d’habitants) 49.8789 147.0594 0.5185 889.2167
121
le tableau 4.1 ci-dessus et leur validité est discutée dans le paragraphe suivant ainsi que la
robustesse du modèle de traitement endogène.
Comme annoncé ci-dessus, nous commencons par tester l’endogénéïté de la variable de trai-
tement (le coefficent nominal d’assistance) ainsi que la validité de nos intruments. Les résul-
tats des tests d’endogénéÏté sont présentés dans le tableau 4.3.
Les différents tests présentés dans le tableau 4.3 révèlent des résultats significatifs au seuil
statistique de 1%. L’hypothèse nulle d’exogénéïté du coefficent nominal d’assistance est re-
jettée au regard du test de Durbin et Wu-Hausman. De plus, les tests de Basmann (1960) et
Sargan (1958) sur le chi carré confirment la validité de nos instruments. Tous ces résultats
semblent cohérents avec le tableau de correlation (Table 11) en annexe de de document où,
l’on peut observer une correlation relativement entre les instruments utilisés et les variables
de traitement.
Eu égard à ces différents résultats, il ne serait pas faux de penser que l’estimation par va-
riables instrumentales serait supérieure à l’estimation par les moindres carrés ordinaires. Le
tableau 4.4 présente les résultats de l’estimation par variables instrumentales.
Nous observons que l’effet de traitement moyen est toujours négatif (-2,837) et significatif ; de
plus, il est en valeur absolue supérieur à celui observé dans le cadre du traitement exogène
ci-dessus. De son côté, la courbe de fonction dose-réponse (figure 4.3) présente un schéma si-
milaire à celui obtenu dans le modèle d’estimation par les moindres carrés ordinaires (figure
11 en annexe) ; toutefois, sa dérivée présente une forme moins convexe bien que le mini-
mum se situe toujours entre les doses 60 et 70. En effet, en corrigeant pour l’endogénéité
(voir figure 4.3), la fonction de réponse est restée négative, quelque soit la dose de soutien à
l’agriculture ; cette situation est identique celle observée dans la figure 11 en annexe. Ainsi,
pour des doses inférieures à 70, la dépendance vis-à-vis des importations alimentaires croît
plus rapidement avec des mesures de soutien plus faibles et diminue à mesure que les me-
sures de soutien deviennent plus fortes (figure 4.3). La situation inverse semble se produire
122
TABLE 4.4 – Estimation du modèle dose-réponse avec traitement endogène (Variable Dépen-
dante : fdi)
lfdi
t -2.827˚
(-2.09)
_ws_ltar 0.679
(1.23)
_ws_lpop -3.436˚˚˚
(-5.22)
_ws_lagripib -1.833˚˚˚
(-4.90)
Tw_1 0.845
(1.01)
Tw_2 -0.0156
(-0.83)
Tw_3 0.0000809
(0.60)
lcons 2.501˚˚˚
(7.48)
ltar -0.413
(-0.80)
lpop 3.229˚˚˚
(5.04)
lagripib 1.87˚˚˚
(4.71)
_cons 1.290
(0.77)
N 1716
t statistics in parentheses
˚ p ă 0.05, ˚˚ p ă 0.01, ˚˚˚ p ă 0.001
Source Calculs de l’auteur sous Stata, 2020
Par ailleurs, on y observe également que si une hausse du taux de croissance annuel des
123
F IGURE 4.3 – Fonction dose-réponse et dérivée
Dose-response function
Outcome variable: lfidi
40
20
Response function
0
-20
-40 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
Dose (t)
ATE(t)
5% significance
Model: ct-iv
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
Dose (t)
Der_ATE(t)
5% significance
Model: ct-iv
Les résultats du tableau 12 en annexe suggèrent également que la crise en 2008 a eu un effet
significativement négatif sur la probabilité que les gouvernements soutiennent l’agriculture
et sur les niveaux de soutien, sans être significatif. Enfin, les résultats du tableau 12 en annexe
montrent que les effets de l’indice de capital humain sont positifs aussi bien sur la probabilité
que les gouvernements soutiennent l’agriculture que sur les niveaux de soutien accordés,
mais sont significatifs seulement dans ce dernier cas.
124
F IGURE 4.4 – Distribution des effets de traitements et fonction dose-réponse
1
Outcome variable: food imports dependency
.8
40
Densité du noyau
20
Response function
.6
0
.4
-20
.2
-40
0
-60
-20 -15 -10 -5 0 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
nominal rate assistance intensity
ATE(x)
ATET(x) ATE(t)
ATENT(x) 1% significance
kernel = epanechnikov, bandwidth = 0.5886 Model: ct-iv
Pour compléter ce tableau de résultat issu de l’estimation du modèle par variables instru-
mentales, le tableau 4.4 révèle que le soutien à l’agriculture, le taux de croissance annuelle
des dépenses de consommation des ménages, la taille de la population et la part de l’agricul-
ture dans le pib ont des effets significatifs au seuil statistique de 1% sur la dépendance aux
importations alimentaires. Plus précisement, si le taux de croissance annuel des dépenses de
consommation, la taille de la population et la part de l’agriculture dans le pib augmentent
respectivement de 1%, la dépendance aux importations alimentaires s’accroît respectivement
de 2,06%, 3,23% et 1,87%, toutes choses étant égales par ailleurs. Pour leur part, les tarifs ont
un effet négatif mais non significatif sur la dépendance aux importations alimentaires.
Le tableau 4.5 présente les statistiques sur l’effet de traitement moyen inconditionnel (ATE),
l’effet de traitement moyen sur les personnes traitées (ATET) et l’effet de traitement moyen
sur les personnes non traitées (ATENT).
Variable Mean N
ATE -2.827 1716
ATET -2.136 1619
ATENT -14.363 97
Source Calculs de l’auteur sous Stata, 2020
125
Un regard sur les distributions des estimations de la densité des noyaux, il ressort une ten-
dance quasi similaire dans l’évolution des effets entre les courbes ATE(x) et ATET(x), ce qui
laisse supposer que la tendance quant à la dépendance aux importations alimentaires des
pays ayant en place des mesures de soutien à l’agriculture est presque la même que celle
de tous les pays pris globalement dans leur ensemble. L’observation de la fonction dose ré-
ponse révèle une relation en forme de U inversé pour des doses plus faibles que 70 et, une
relation en forme U pour les doses plus grandes que 70. Cela implique pour les doses plus
petites que 70, la dépendance aux importations alimentaires croît plus vite avec des mesures
de soutien plus faible et, diminument à mesure que les soutiens se renforcent. La situation
inverse semble se profiler pour des dose supérieures à 70.
Si la tendance globale des effets de traitement de tous les pays semble relativement similaire
à celle des pays traités, les différences pourraient exister entre les pays, voire les régions.
En effet, les mesures de soutien diffèrent d’un ppays à un autre et, il en est de même des
intensités de ces mesures de soutien. On pourrait à juste titre penser que d’une région à une
autre, les intensités de mise en oeuvre des mesures de soutien varient et, par ricochet leurs
effets. Nous entreprenons, sur la base des résultats de notre estimation de la fonction dose
réponse, de comparer la situation de effets de traitement moyen entre les régions 10 à l’étude.
Le tableau 4.6 présente les résultats des effets moyens par région. Les résultats confirment
statistiquement le fait que les effets de traitements moyens diffèrent 11 d’une région à une
autre. Par ailleurs, on observe qu’en valeur absolue, les effets sur la dépendance aux impor-
tations alimentaires des mesures de soutien sont plus importants dans les régions d’Asie,
d’Europe Centrale, d’Amérique Latine puis en Afrique. Si cette tendance globale est simi-
laire à ce qui est observé aussi bien chez les personnes traitées que chez les personnes non
traitées, il est à remarquer que chez ces dernières, les mesures de soutien sembleraient re-
lativement plus efficace en Afrique qu’en Amérique Latine pour contrer la dépendance aux
10. Voir les régions à l’étude en annexe (Table 13) de ce document
11. Les résultats du test t des moyennes rejettent au seuil statistique de 1% l’égalité des moyennes observées
entre les régions
126
importations alimentaires.
Eu égard à ces différents résultats, il est importer de présenter l’état de la situation dans
chacune des régions en se basant sur les covariables utilisées dans le cadre de notre éva-
luation d’impact des mesures de soutien à l’agriculture sur la dépendance aux importations
alimentaires. Le tableau 4.7 dresse les statistiques descriptives par région.
TABLE 4.7 – STatistiques descriptives des covariables dans l’analyse des effets de traitement
par région
Régions
Variables Statistiques Afrique Asie Europe et Océanie Amérique latine
4.4.2 Implications
´ Déterminants de la décision et/ou de l’intensité du soutien à l’agriculture
Les résultats de cet article suggèrent que le renforcement du processus démocratique dans
les pays en développement, à travers l’ouverture et la compétitivité dans le recrutement des
cadres ou l’intensité du processus démocratique, sont des déterminants de la décision ou de
l’intensité du soutien à l’agriculture. Ceci semble cohérent avec les prédictions de nombreux
auteurs (Abler, 1991; Olper, 2001; Lopez, 2001; De Gorter and Swinnen, 2002; Fałkowski and
Olper, 2014; Thomson, 2019), qui partent du constat que, dans ces pays, le secteur agricole se-
127
rait plus important que le secteur manufacturier (Thomson, 2019) et, concentrerait la grande
majorité des pauvres (De Gorter and Swinnen, 2002). Ainsi, à mesure que le processus dé-
mocratique se renforce, on peut s’attendre à ce que ce segment important de la population
mondiale fasse également pression sur les élites gouvernementales pour qu’elles agissent en
faveur de l’agriculture (Abler, 1991; Lopez, 2001; De Gorter and Swinnen, 2002).
A cela s’ajoute le fait que les résultats de ces travaux soutiennent la thèse selon laquelle les
mesures de soutien à l’agriculture pourraient être utilisées pour assurer la pérennité des sys-
tèmes politiques dans les pays en développement. L’idée est que l’agriculture dans les pays
en développement utilise encore des moyens rudimentaires (Peterman et al., 2014). Et, dans
ces conditions où les besoins seraient en termes de modernisation des moyens agricoles,
la survie des régimes politiques, loin de dépendre d’une gestion fine de la société ou d’un
contrôle gouvernemental strict sur les processus sociaux, dépendrait plutôt des résultats des
réponses politiques. sensible aux forces du changement, des ajustements flexibles des struc-
tures du système pour répondre aux besoins d’innovation et des processus politiques ou-
verts qui permettraient un développement agricole progressif et ordonné (Gwartney et al.,
1998). Par exemple, une grande partie du monde démocratique occidental aurait fait des pro-
grès pacifiques de cette manière, malgré les nouvelles philosophies politiques, la croissance
démographique, les innovations industrielles et technologiques et de nombreuses autres ten-
sions sociales et économiques (voir « Découpage : la clé de la politique dans les années 1980 »
de Heslop (1980)).
Notre analyse montre que dans les pays en développement, les mesures de soutien à l’agri-
128
culture profitent globalement aux objectifs de sécurité alimentaire. Les résultats montrent
qu’ils améliorent la dépendance vis-à-vis des importations alimentaires. De plus, l’ampleur
de l’amélioration semble augmenter avec l’intensité du soutien. Ces résultats sont cohérents
avec les conclusions d’Anderson et al. (2013) et d’Hammoudi et al. (2015), qui montrent que
les mesures de soutien à l’agriculture réduiraient la dépendance aux importations alimen-
taires tout en assurant le bien-être des producteurs et des consommateurs. L’idée est que
l’application de ces mesures, principalement axées sur les cultures d’exportation dans les
pays en développement, créerait ou s’accompagnerait de conditions favorables à la promo-
tion des cultures vivrières (Hammoudi et al., 2015).
En effet, les gouvernements de ces pays pourraient contribuer en veillant à ce que la mise
en œuvre de mesures de soutien aux cultures d’exportation ne se fasse pas au détriment
de la production alimentaire nationale. Ce faisant, les producteurs vivriers (qui sont relati-
vement la partie la plus pauvre de la population rurale de ces pays) pourraient, à l’instar
des producteurs de cultures d’exportation, participer et bénéficier des activités de produc-
tion domestique, ce qui, en plus d’assurer leurs revenus, pourrait contribuer à la construc-
tion augmenter les stocks alimentaires (Hammoudi et al., 2015). Cependant, il convient de
noter qu’en l’absence d’un mécanisme de gestion des stocks alimentaires, les producteurs
alimentaires pourraient subir des pertes qui saperaient les efforts de constitution du stock
alimentaire national (Campbell, 1990; Matthews, 2014). C’est le cas, par exemple, des taxes à
l’exportation ou des subventions à l’importation.
4.5 Conclusion
Les politiques agricoles visent les activités de production agroalimentaires pour le bénéfice
des populations. Plusieurs études ont été conduites pour mettre en évidence leurs impacts
sur la sécurité alimentaire. Très peu ont réussi à établir la causalité et, donner un portrait adé-
quat des effets de traitement (Magrini et al., 2017). Cette étude complète la liste en évaluant
si les pays qui appliquent des stratégies différentes de soutien à l’agriculture diffèrent dans
leurs performances en matière d’importations de produits alimentaires. Pour y arriver, nous
avons appliqué le modèle de traitement continu pour estimer une fonction dose-réponse
sous endogénéité, élaboré par Cerulli et al. (2012).
Tout comme dans les travaux Magrini et al. (2017), nos résultats suggèrent que la prise en
compte du rôle des mesures de soutien dans l’atteinte des objectifs de sécurité alimentaire
n’est pas à banaliser. En d’autres termmes, elles pourraient impacter la dépendance des pays
aux importations de produits alimentaire et, l’impact est variable selon le niveau d’intensité
de la mesure et ce, de manière non linéaire. Tout comme Magrini et al. (2017), nous avons
constaté que les pays qui fournissent un soutien modéré à l’agriculture ont tendance à faire
mieux dans le recours aux importations de produits agroalimentaires. Somme toute, ces ré-
129
sultats viennent en soutien aux analyses qui traitent les effets des instruments politiques
spécifiques et des combinaisons de politiques réelles au niveau des pays.
Notre approche a une limite importante : elle est basée sur des données d’observation. En
d’autres termes, nous n’avons pas de plan de recherche expérimental. En tant que tels, nos
résultats ne testent que les implications observables des théories causales sur les mesures
de soutien à l’agriculture et la dépendance aux importations alimentaires. Une déclaration
causale complète devrait donc attendre de futures recherches.
130
4.6 Bibliographie
Abler, D. G. (1991). Campaign contributions and house voting on sugar and dairy legislation.
American Journal of Agricultural Economics, 73(1) :11–17.
Acemoglu, D., Johnson, S., and Robinson, J. A. (2012). The colonial origins of comparative
development : An empirical investigation : Reply. American Economic Review, 102(6) :3077–
3110.
Allanson, P. (2005). The impact of farm income support on absolute inequality. In 94th EAAE
Seminar," From households to firms with independent legal status : the spectrum of institutional
units in the development of European agriculture.".
Anderson, K. (2010). The political economy of agricultural price distortions. Cambridge Univer-
sity Press.
Anderson, K., Hayami, Y., and Mulgan, A. G. (1986). The political economy of agricultural
protection : East Asia in international perspective. World Scientific.
Anderson, K. and Nelgen, S. (2012). Updated national and global estimates of distortions to
agricultural incentives, 1955 to 2010. Database to be uploaded in March.
Anderson, K., Rausser, G., and Swinnen, J. (2013). Political economy of public policies :
insights from distortions to agricultural and food markets. Journal of Economic Literature,
51(2) :423–77.
Bates, R. H. and Block, S. (2011). Political institutions and agricultural trade interventions in
africa. American Journal of Agricultural Economics, 93(2) :317–323.
Besley, T. and Persson, T. (2011). Pillars of prosperity : The political economics of development
clusters. Princeton University Press.
131
Bia, M. and Mattei, A. (2008). A stata package for the estimation of the dose-response func-
tion through adjustment for the generalized propensity score. The Stata Journal, 8(3) :354–
373.
Campbell, D. J. (1990). Strategies for coping with severe food deficits in rural africa : a review
of the literature. Food and foodways, 4(2) :143–162.
Cerulli, G. (2015). ctreatreg : Command for fitting dose–response models under exogenous
and endogenous treatment. The Stata Journal, 15(4) :1019–1045.
Cerulli, G. et al. (2012). A continuous treatment model for estimating a dose response func-
tion under endogeneity and heterogeneous response to observable confounders : Descrip-
tion and implementation via the stata module “ctreatreg”. Technical report, Institute for
Economic Research on Firms and Growth-Moncalieri (TO) ITALY . . . .
De Schutter, O. (2010). The right to food. Report of the Special Rapporteur on the right to food,
New York, 11.
De Schutter, O. (2011). The right of everyone to enjoy the benefits of scientific progress and
the right to food : from conflict to complementarity. Human Rights Quarterly, pages 304–
350.
Díaz-Bonilla, E. and Ron, J. F. (2010). Food security, price volatility, and trade : Some reflec-
tions for developing countries. Issue paper, 8.
Diaz-Bonilla, E., Thomas, M., Robinson, S., and Cattaneo, A. (2000). Food security and trade
negotiations in the world trade organization : A cluster analysis of country groups. Tech-
nical report.
Djomo, J. M. N. and Sikod, F. (2012). The effects of human capital on agricultural productivity
and farmer’s income in cameroon. International Business Research, 5(4) :134.
Dutt, P. and Mitra, D. (2010). Impacts of ideology, inequality, lobbying, and public finance.
The political economy of agricultural price distortions, pages 278–303.
Fałkowski, J. and Olper, A. (2014). Political competition and policy choices : the evidence
from agricultural protection. Agricultural Economics, 45(2) :143–158.
132
Finger, R. and El Benni, N. (2014). A note on the effects of the income stabilisation tool on
income inequality in agriculture. Journal of Agricultural Economics, 65(3) :739–745.
Flatters, F. (2005). Measuring the impacts of trade policies : Effective rates of protection.
Technical report, Citeseer.
Gawande, K. and Hoekman, B. (2006). Lobbying and agricultural trade policy in the united
states. International Organization, 60(3) :527–561.
Gwartney, J. D., Lawson, R., and Holcombe, R. G. (1998). The size and functions of government
and economic growth. Joint Economic Committee Washington.
Hammoudi, A., Hamza, O., and Migliore, S. (2015). Sécurité alimentaire dans les pays en
développement : quelle contribution des filières d’exportation ? Revue d’économie politique,
125(4) :601–631.
Headey, D. and Fan, S. (2010). Reflections on the global food crisis : How did it happen ? How has
it hurt ? And how can we prevent the next one ?, volume 165. Intl Food Policy Res Inst.
Heslop, A. (1980). Redistricting : The Key to Politics in the 1980’s. Rose Institute of State and
Local government.
Hirano, K. and Imbens, G. W. (2004). The propensity score with continuous treatments.
Applied Bayesian modeling and causal inference from incomplete-data perspectives, 226164 :73–
84.
Imai, K. and Van Dyk, D. A. (2004). Causal inference with general treatment regimes : Gene-
ralizing the propensity score. Journal of the American Statistical Association, 99(467) :854–866.
Keeney, M. (2000). The distributional impact of direct payments on irish farm incomes. Jour-
nal of agricultural economics, 51(2) :252–265.
133
Krueger, A. O., Schiff, M., and Valdés, A. (1988). Agricultural incentives in developing coun-
tries : Measuring the effect of sectoral and economywide policies. The World Bank Economic
Review, 2(3) :255–271.
Lopez, R. A. (2001). Campaign contributions and agricultural subsidies. Economics & Politics,
13(3) :257–279.
Magrini, E., Montalbano, P., Nenci, S., and Salvatici, L. (2017). Agricultural (dis) incentives
and food security : Is there a link ? American Journal of Agricultural Economics, 99(4) :847–
871.
Matthews, A. (2014). Trade rules, food security and the multilateral trade negotiations. Eu-
ropean Review of Agricultural Economics, 41(3) :511–535.
Nooruddin, I. (2012). Electoral systems and the balance of consumer–producer power. by eric
cc chang, mark andreas kayser, drew a. linzer, and ronald rogowski. new york : Cambridge
university press, 2010. 262p. 89.00cloth,28.99 paper. Perspectives on Politics, 10(4) :1012–
1013.
Olper, A. (2001). Determinants of agricultural protection : The role of democracy and insti-
tutional setting alessandro olper. Journal of Agricultural Economics, 52(2) :75–92.
Olper, A. (2007). Land inequality, government ideology and agricultural protection. Food
policy, 32(1) :67–83.
Olper, A. and Raimondi, V. (2013). Electoral rules, forms of government and redistributive
policy : Evidence from agriculture and food policies. Journal of Comparative Economics,
41(1) :141–158.
134
Persson, T., Roland, G., and Tabellini, G. (2000). Comparative politics and public finance.
Journal of political Economy, 108(6) :1121–1161.
Peterman, A., Behrman, J. A., and Quisumbing, A. R. (2014). A review of empirical evidence
on gender differences in nonland agricultural inputs, technology, and services in develo-
ping countries. Gender in agriculture, pages 145–186.
Pokrivcak, J., Crombez, C., and Swinnen, J. F. (2006). The status quo bias and reform of
the common agricultural policy : impact of voting rules, the european commission and
external changes. European Review of Agricultural Economics, 33(4) :562–590.
Pollard, J., Kirk, S. L., and Cade, J. E. (2002). Factors affecting food choice in relation to fruit
and vegetable intake : a review. Nutrition research reviews, 15(2) :373–387.
Rubin, D. B. (2005). Causal inference using potential outcomes : Design, modeling, decisions.
Journal of the American Statistical Association, 100(469) :322–331.
Sheikhi, A., Bahador, F., and Arashi, M. (2020). On a generalization of the test of endogeneity
in a two stage least squares estimation. Journal of Applied Statistics, pages 1–13.
Steinberg, D. A. and Malhotra, K. (2014). The effect of authoritarian regime type on exchange
rate policy. World Politics, pages 491–529.
Swinnen, J. F. (2009). Political economy of agricultural distortions : The literature to date. World
Bank.
Swinnen, J. F. (2010). The political economy of agricultural and food policies : recent contri-
butions, new insights, and areas for further research. Applied Economic Perspectives and
Policy, 32(1) :33–58.
Thies, C. G. and Porche, S. (2007). The political economy of agricultural protection. The
Journal of Politics, 69(1) :116–127.
Thomson, H. (2017). Food and power : agricultural policy under democracy and dictator-
ship. Comparative Politics, 49(2) :273–296.
135
Thomson, H. (2019). Food and power : Regime type, agricultural policy, and political stability.
Cambridge University Press.
Wu, D.-M. (1973). Alternative tests of independence between stochastic regressors and dis-
turbances. Econometrica : journal of the Econometric Society, pages 733–750.
Yu, B., You, L., Fan, S., et al. (2010). Toward a typology of food security in developing coun-
tries. Technical report, International Food Policy Research Institute (IFPRI).
136
Conclusion
Les politiques d’ouverture commerciale, les mesures de soutien à l’agriculture et leur impact
sur la sécurité alimentaire des pays en développement ont été analysés dans le cadre de cette
thèse. Une telle analyse est fondée étant donné que ces pays sont souvent poussés à réduire
leurs mesures de protection des activités agricoles pour favoriser les importations. Les pres-
sions proviennent, soit de négociations commerciales, soit des politiques conseillées par les
donateurs ou encore des organisations internationales. L’argument utilisé est qu’une libéra-
lisation plus poussée des politiques agricoles est appropriée pour tous les pays, quel que soit
le niveau de développement qu’ils ont atteint ou les politiques commerciales de leurs parte-
naires commerciaux. Les avantages de notre méthodologie pour traiter cette problématique
sont : (i) de traiter la question de sécurité sous l’angle de différents indicateurs de mesures ;
(ii) de conceptualiser la problématique en mettant en évidence les différents canaux pour
une analyse empirique ; (iii) d’utiliser des modèles empiriques.
Dans le premier chapitre 1, nous avons passé en revue le concept de sécurité alimentaire
et identifier les instruments de mesure. Cette question est intéressante car elle contribue à
identifier des instruments simples sur lesquels l’action politique nationale et internationale
pourrait se concentrer pour la fixation d’objectifs en termes de sécurité alimentaire. Quelque
soit les pays dans le monde, il est important d’explorer ce qui peut aider à avancer devant
de tels objectifs et, ce comportement est davantage observé en ce qui concerne les pays en
développement où les défis (nourrir une population en forte croissance, prévenir les crises
et les famines, réduire le taux de mortalité enfantine, etc) sont importants et complexes en
matière de sécurité alimentaires.
Dans le chapitre 2, nous avons également passé en revue la littérature théorique et empirique
sur la relation qu’entretiennent les politiques commerciales et les mesures de soutien avec
la sécurité alimentaire. Cette étape également fut importante dans la mesure où elle nous a
permis d’explorer comment ces politiques affectent les différentes dimensions de la sécurité
alimentaire. Nous avons trouvé que le commerce international exercerait un lien direct sur
les disponibilités alimentaires, mais que le lien avec les autres dimensions de la sécurité
alimentaire n’est pas direct. Il faudrait compléter avec d’autres politiques, dont les mesures
de soutien interne à l’agriculture par exemple. Ce constat nous a permis de passer en revue
137
la relation entre dix différentes mesures de soutien à l’agriculture et les dimensions de la
sécurité alimentaire. Nous avons vu que les mesures de soutien à l’agriculture sont classées
en fonction de l’intensité des distorsions qu’elles créent dans les activités agricoles, ce qui
ferait varier leur effet sur la sécurité alimentaire. Ces différents développements ont permis
également de confirmer l’importance du secteur agricole dans la mise en oeuvre des objectifs
de sécurité alimentaire.
Dans le chapitre 3, nous avons testé empiriquement l’impact du dégré d’ouverture commer-
ciale sur la sécurité alimentaire de 120 pays en développement et émergents sur la période
2000 - 2017. L’indicateur d’ouverture commerciale utilisé est la part du commerce (importa-
tions + exportations) dans le produit intérieur brut (PIB) et, celui d’ouverture commerciale
est calculé sur la base d’une analyse en composantes principales à partir des données sur
les indicateurs de la disponibilité alimentaire de la FAO. Nous avons utilisé une approche
de regression en plusieurs étapes et la technique d’estimation des modèles conditionnels
à processus mixte (CMP) de David Roodman (2011). Nous avons contrôlé la relation ou-
verture commerciale - sécurité alimentaire en utilisant la production agricole et la variable
d’interaction entre production agricole et ouverture commerciale.La littérature empirique
a révélé l’existence de potentiels biais d’endogénéïté dans l’estimation d’une telle relation.
Nous avons corrigé l’endogénéïté en instrumentant à la fois l’ouverture commerciale et la
production agricole. Nos résultats révèlent que l’ouverture commerciale et la production ont
un effet positif sur la sécurité alimentaire. Cependant, l’effet de l’interaction entre ces deux
variables est non significatif. Si nos résultats confirment l’importance des facteurs de pro-
ductions, des niveaux de production des autres secteurs de l’économie et de la volatilité des
prix aux producteurs dans les résultats de production agricole, ils révèlent également, outre
les facteurs traditionnels, le rôle des libertés économiques dans les décisions d’ouverture
commerciale.
Enfin, dans le chapitre 4, nous avons testé empiriquement l’impact des mesures de soutien à
l’agriculture sur la dépendance aux importations alimentaires de 52 pays en développement
et émergents sur la période 1985 - 2017. L’indicateur de mesure de soutien à l’agriculture est
le taux nominal de soutien (TNA) calculé par la Banque mondiale avec les travaux d’An-
derson (2012). Étant donné que ces données existent seulement sur la période 1985-2011,
nous avons complété avec la prédiction des valeurs du TAN pour la période 2012-2017,
après avoir regressé le TAN sur les variables taux de change, taxes et subventions gouverne-
mentales. L’indicateur de dépendance aux importations alimentaires utilisée est la part des
importations de produits alimentaires dans les recettes totales d’exportations. Aux fins de
l’estimation de notre modèle d’analyse, nous avons utilisé une approche de regression basée
sur les modèles à effets de traitement continu et endogène de Cerrulli (2012). Nous avons
corrigé l’endogénéïté dans notre variable de traitement en utilisant l’approche des variables
instrumentales. Nos résultats révèlent que l’effet des mesures de soutien à l’agriculture sur
138
la dépendance aux importations alimentaires dans les pays en développement et émergents
varie en fonction du niveau de soutien. Nous avons constaté que les pays qui fournissent un
soutien modéré à l’agriculture ont tendance à faire mieux dans le recours aux importations
de produits alimentaires. Nos résultats confirment enfin le rôle des dépenses de consomma-
tion, de la taille de la population et des niveaux de production agricole dans les importations
de produits alimentaires dans les pays en développement et émergents.
En résumé, cette thèse a répondu à deux questions principales pour le compte des pays en
développement et émergents. Premièrement, les effets des mesures de soutien à l’agriculture
sur la sécurité alimentaire dépendent de l’intensité de ces mesures. Deuxièmement, l’ouver-
ture commerciale est bénéfique pour la sécurité alimentaire. Cette étude comporte cependant
des limites. Certaines de ces limites sont attribuables à la disponibilité de données. À titres
d’exemples, dans la méthodologie utilisée pour prédire les valeurs du taux nominal de sou-
tien à l’agriculture sur la période 2012-207, nous avons regressé le TAN sur les variables
taux de change, taxes et subventions gouvernementales. Bien que le taux de change reste
un bon déterminant du taux nominal de protection, la dispoibilité de données sur le taux
de protection nominal aurait permis de calculer le TAN. Une autre limite réside dans notre
incapacité à faire des implications normatives sur la base de nos résultats, étant donné que
notre démarche d’analyse ne prend pas en compte les coûts de traitement.
139
Annexe
140
Tableau A.1. Texte original des définitions de la sécurité alimentaire dans le Tableau 2.1
Auteurs Définitions
Nations Unis Availability at all times of adequate world food supplies of basic
(1975) foodstuffs to sustain a steady expansion of food consumption and
to offset fluctuations in production and prices.
Siamwalla et Food security may be defined as the ability of food-deficit countries,
Valdes (1980) or regions or households within these countries, to meet target le-
vels of consumption on a yearly basis
Valdes et Food security in developing countries is the uncertain ability to fi-
Konandreas nance needed imports to meet immediate targets for consumption
(1981) levels. There are two main causes of food insecurity : shortfalls in
domestic production and sudden fluctuations in the prices of food
imports and national food or non-food exports.
FAO (1983) Food security is ensuring that all people at all times have both phy-
sical and economic access to the food they need.
Reutlinger (1985) Food security is defined as access by all people at all times to enough
food for active and healthy life.
Maxwell (1988) A country and people are food secure when their food system ope-
rates in such a way as to remove the fear that there will not be en-
ough to eat.
Programme Food security refers to the sustained ability of all people to have
Alimentaire physical and economic access to their basic food consumption needs
Mondial (1989) at all times.
Staatz (1990) Food Security is the ability of a country or a region to assure, on
a long-term basis, that its food system provides the total popula-
tion access to a timely, reliable, and nutritionally adequate supply
of food.
Frankenberger Food insecurity is when the viability of the household as a produc-
et Gooldstein tive and reproductive unit is threatened by food shortage.
(1991)
FAO (1996) Food security exists when all people, at all times, have physical and
economic access to sufficient, safe and nutritious food to meet their
dietary needs and food preferences for an active and healthy life.
FAO (2001) A situation that exists when all people, at all times, have physical,
social and economic access to sufficient, safe and nutritious food
that meets their dietary needs and food preferences for an active
and healthy life.
141
F IGURE .5 – B.1. Les Systèmes d’information et de cartographie sur l’insécurité alimentaire
et la vulnérabilité de la FAO (SICIAV – FAO)
142
F IGURE .6 – B.2. Cadre de l’UNICEF en matière de nutrition
143
F IGURE .7 – B.3. Cadre d’analyse du département britannique de développement internatio-
nal (DFID) : cadre des moyens d’existences durables
144
F IGURE .8 – B.4. Cadre de l’approche des quatre piliers / deux fronts de la FAO
145
TABLE .8 – Variables d’intérêt
Modèles Variable dépendante Variables indépendantes
Indicateur Description Indicateur Description Références
prix Mengoub
(2018)
fcagri Mengoub
(2018)
credagri Teryomenko
(2008) ; Easterly
(2005)
teragri Teryomenko
(2008)
aleas Mengoub
(2018)
openness*prodagri
146
F IGURE .9 – Encadré A1
Dans cette étude, la sécurité alimentaire est mesurée par la dimension de disponibilité alimentaire.
Ce dernier utilise cinq indicateurs, selon les données de la FAO (2020) que sont : l’adéquation de
l’apport énergétique alimentaire moyen (adeq), la valeur moyenne de la production alimentaire
par habitant (valmoy), la part de l’apport énergétique alimentaire provenant des céréales, des
racines et des tubercules (apenerg), l’apport moyen en protéines (approt) et l’approvisionnement
moyen en protéines d’origine animale (aprprot). Nous empruntons les techniques d’analyse en
correspondances principales 1.
Le tableau A révèle les résultats de l’analyse de la correlation entre ces cinq (05) compo- santes.
Il en ressort l’existence de correlation entre elles (voir Tableau A), toutes choses qui justifieraient la
démarche en composantes principales.
Tableau A – Correlation
1
Le but de l’analyse en composantes principales est de réduire le nombre d’indicateurs par la transforma- tion d’un
ensemble de variables corrélées en un nouvel ensemble de variables non corrélées intitulé "composantes principales"
(Slimane, 2016)
147
F IGURE .10 – Encadré A2
Étant donné notre choix de la première composante, nous empruntons, pour cette première
composante, le vecteur propre correspondant tel que présenté dans le tableau C. Pour dé-
terminer notre indicateur de sécurité alimentaire, nous calculons pour chaque année donnée,
en multipliant, le score de chacun des cinq indicateurs de sécurité alimentaire retenus, par
le carré du coefficient de valeur propre lui correspondant. En d’autre terme, l’indicateur de
sécurité alimentaire du pays i au temps t (secit) est obtenu selon l’équation :
secit = 0.165ൈ adeqit + 0.155 ൈvalmoy it + 0.178 ൈ apenerg it + 0.247 ൈapprot it + 0.254 ൈ aprprot it
Bibliographie
Kaiser, H. F. (1960). The application of electronic computers to factor analysis. Educational and
psychological measurement, 20(1) :141–151.
Slimane, M. B. (2016). Investissements directs étrangers et sécurité alimentaire dans les pays en
développement. PhD thesis.
Verardi, V. (2009, September). Robust principal component analysis in Stata. In United Kingdom
Stata Users' Group Meetings 2009 (No. 02). Stata Users Group.
2
Les axes factoriels retenus sont ceux qui cumulativement permettent d’expliquer au moins 60 à 70 pour cent des
informations
3
Selon ce critère, il faut retenir des axes factoriels avec des valeurs propres supérieurs à 1.
148
TABLE .9 – Liste des pays en développement et émergents utilisés dans l’étude des effets de
l’ouverture commerciale sur la sécurité alimentaire
120 pays en développement
Afghanistan Burundi Ethiopia Kenya Namibia Solomon
Islands
Algeria Cabo Verde Fiji Kiribati Nepal South Africa
Angola Cambodia Gabon Kyrgyzstan Nicaragua Sri Lanka
Argentina Cameroon Gambia Lao Peo- Niger Suriname
ple’s De-
mocratic
Republic
Armenia Chile Ghana Lesotho Nigeria Tajikistan
Azerbaijan China Grenada Liberia Oman Tanzania
Bahamas Colombia Guatemala Lithuania Pakistan Thailand
Bahrain Comoros Guinea Madagascar Panama Timor-Leste
Bangladesh Congo Guinea- Malawi Papua New Togo
Bissau Guinea
Barbados Costa Rica Guyana Malaysia Paraguay Tonga
Belize Cote Haiti Maldives Peru Tunisia
d’Ivoire
Benin Croatia Honduras Mali Philippines Turkey
Bhutan Democratic Hungary Mauritania Qatar Turkmenistan
Republic of
the Congo
Bolivia Djibouti India Mauritius Russian Fe- Uganda
deration
Bosnia and Dominican Indonesia Mexico Rwanda Ukraine
Herzego- Republic
vina
Botswana Ecuador Iran Micronesia Saudi Ara- Uruguay
bia
Brazil Egypt Iraq Mongolia Senegal Vanuatu
Brunei Da- El Salvador Jamaica Morocco Seychelles Venezuela
russalam
Bulgaria Eritrea Jordan Mozambique Sierra Vietnam
Leone
Burkina Eswatini Kazakhstan Myanmar Singapore Zambia
Faso
149
TABLE .10 – Estimation du modèle dose-réponse avec traitement exogène (Variable Dépen-
dante : fdi)
lfdi
t -0.468˚˚˚
(-4.33)
lcons 2.692˚˚˚
(17.55)
ltar 0.310˚
(2.54)
lpop 0.746˚˚˚
(4.30)
lagripib 0.164˚˚˚
(3.63)
_ws_ltar -0.0877
(-0.71)
_ws_lpop -0.926˚˚˚
(-5.33)
_ws_lagripib -0.185˚˚˚
(-4.05)
Tw_1 0.0514
(1.68)
Tw_2 -0.000981
(-1.58)
Tw_3 0.00000536
(1.35)
_cons -3.542˚˚˚
(-9.36)
R ´ carr 0.3174
N 1716
t statistics in parentheses
˚ p ă 0.05, ˚˚ p ă 0.01, ˚˚˚ p ă 0.001
Source Calculs de l’auteur sous Stata, 2020
.1
Derivative of the response function
Response function
0
.05
-.5
0
-1
-1.5
-.05
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
Dose (t) Dose (t)
ATE(t) Der_ATE(t)
5% significance 5% significance
Model: ct-ols Model: ct-ols
150
F IGURE .12 – Fonction dose-réponse avec bootstrapp sur l’erreur standard
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
Dose (t)
5% significance
ATE(t)
Model: ct-ols
151
TABLE .11 – Tableau de correlation
Variables livsa lcons ltar lpop cna2 treatment hc gini crisis08 lpoprur democ durable xrcomp xropen
livsa 1.000
democ -0.352 -0.264 -0.524 -0.218 0.186 0.015 0.579 0.010 0.033 -0.535 1.000
(0.000) (0.000) (0.000) (0.000) (0.000) (0.542) (0.000) (0.683) (0.171) (0.000)
durable -0.140 -0.210 -0.170 -0.000 0.205 0.093 0.258 0.036 0.017 -0.260 0.131 1.000
(0.000) (0.000) (0.000) (0.990) (0.000) (0.000) (0.000) (0.140) (0.476) (0.000) (0.000)
xrcomp -0.335 -0.253 -0.408 -0.055 0.138 0.021 0.519 0.046 0.042 -0.479 0.906 0.158 1.000
(0.000) (0.000) (0.000) (0.023) (0.000) (0.384) (0.000) (0.055) (0.084) (0.000) (0.000) (0.000)
xropen -0.235 -0.217 -0.234 0.082 0.032 0.014 0.344 0.026 0.036 -0.294 0.524 0.164 0.739 1.000
(0.000) (0.000) (0.000) (0.001) (0.181) (0.563) (0.000) (0.283) (0.136) (0.000) (0.000) (0.000) (0.000)
TABLE .12 – Modèle de sélection d’Heckman
treatment cna
lcons 4.506˚˚˚ -9.955˚˚˚
(0.62) (3.02)
ltar -0.440˚˚˚ -0.637
(0.13) (0.487)
lpop 0.424˚˚˚ -0.166
(0.13) (0.32)
lagripib -0.039 0.322˚˚˚
(0.04) (0.11)
hc 0.261˚˚˚ 1.213˚˚
(0.18) (0.58)
gini 0.039˚˚˚ -0.120˚˚˚
(0.01) (0.03)
crisis08 -1.062˚˚˚ -1.189
(0.26) (1.67)
lpoprur 0.764˚˚˚
(0.22)
democ 0.232˚˚˚
(0.06)
durable 0.018˚˚˚
(0.00)
xrcomp -0.508˚˚
(0.20)
xropen 0.024
(0.07)
_cons -4.851˚˚˚ 50.888˚˚˚
(1.39) (3.41)
N 1716 1716
Mills lambda -11.064˚˚˚
(2.57)
Wald Chi2(7) 121.97˚˚˚
t statistics in parentheses
˚ p ă 0.05, ˚˚ p ă 0.01, ˚˚˚ p ă 0.001
Source Calculs de l’auteur sous Stata, 2020
153
TABLE .13 – Liste des pays en développement et émergents utilisés dans l’étude des effets
des mesures de soutien sur la vulnérabilité de la sécurité alimentaire au commerce
04 régions du monde
Afrique Asie Europe et Océanie Amérique latine
52 pays
Benin Bangladesh Bulgaria Argentina
Burkina Faso China Czech Republic Brazil
Cameroon India Hungary Chile
Chad Indonesia Latvia Colombia
Cote d’Ivoire Malaysia Lithuania Dominican Republic
Egypt Pakistan Russian Federation Ecuador
Ethiopia Philippines Slovakia Mexico
Ghana Sri Lanka Slovenia Nicaragua
Kenya Thailand Turkey
Madagascar Vietnam Ukraine
Mali Ireland
Morocco Portugal
Mozambique New zeanad
Nigeria
Senegal
South Africa
Tanzania
Togo
Uganda
Zambia
Zimbabwe
Africa Africa
.3
Asia Asia
Europe et Océanie Europe et Océanie
Latin America Latin America
.3
Densité du noyau
Densité du noyau
.2
.2
.1
.1
0
154
The influence of internal support policies and trade openness on food security in developing countries varies based on several factors. Trade openness generally increases availability and diversity of food, boosting food energy consumption . However, the results depend significantly on the country's agricultural productivity and socio-institutional characteristics . For instance, internal support policies such as subsidies can contribute to food security by enhancing agricultural productivity . Furthermore, trade openness might necessitate market structure adaptations to mitigate the dependency on imports, which can affect availability .
Internal and external agricultural support measures interact to maintain agricultural productivity and enhance food security. Internal measures, like subsidies, provide necessary stability and capacity building through direct financial support . External measures, such as trade agreements and technology transfer, increase food availability and diversity by opening access to international markets . The interaction between these supports helps to create resilient agricultural systems and secure food supplies, ensuring food security on both regional and global scales .
Both agricultural productivity and trade openness independently improve food availability significantly in the studied countries . However, the interaction between them does not show a significant effect, indicating that their impacts on food security are independent of each other . This suggests that while both factors are crucial, their combined effect does not create additional impacts beyond their separate contributions .
Subsidies in the agricultural sector are argued to enhance food security by promoting agricultural productivity and stability . They provide financial support, which can lower production costs, encourage investment in new technologies, and stabilize supply by protecting farmers against market fluctuations . However, there are critiques that subsidies can distort market prices, create trade barriers, and may not always reach the most needy producers, potentially undermining long-term food security .
Geopolitical distance significantly affects international trade patterns by reducing trade intensity. The greater the distance between trading partners, the lower the trade engagement, as transportation costs and logistical challenges increase . This conclusion supports traditional gravity models of trade, where distance negatively correlates with trade volume . Additionally, countries closer in proximity are likely to have stronger economic ties and more frequent trade interactions .
The transition from a net importer to a net exporter status usually results in increased trade openness. This shift often leads to an expansion of market opportunities and increased integration into global markets, promoting a more outward-focused trade policy . Becoming a net exporter can also increase foreign currency reserves, bolster economic stability, and enhance a country's trade profile, all promoting higher levels of openness .
Economic size, measured by GDP per capita, has a positive impact on trade openness, as larger economies have more resources and market potential, fostering global trade integration . Additionally, volatile currency exchange rates tend to increase trade openness due to the potential gains from trade adjustments in response to currency value changes . Thus, both factors drive engagement in international trade as larger economies and adaptable trade responses to currency volatility support greater openness .
Larger government size negatively influences trade openness. Increased government spending tends to reduce the probability of a country being open to trade due to the associated higher consumption costs, which can act as a deterrent to trade activities . This finding contrasts with some earlier predictions but aligns with the economic theories that suggest larger government size can stifle openness due to bureaucratic and regulatory burdens .
The volatility of producer prices positively affects agricultural production, as it can incentivize producers to increase output to capitalize on favorable prices . In contrast, temperature changes do not show a significant impact on agricultural production in the data analyzed, suggesting variability in temperature may have less immediate relevance compared to price volatility .
Accessibility plays a crucial role in influencing food security in rural Burkina Faso, where the main economic activity is agriculture, resulting in a significant reliance on self-consumption . Research by Ouédraogo et al. (2017) highlights that accessibility has the most substantial impact on food security, contrary to availability, which has the least influence. This is because households with lower production output often lack the economic resources to purchase food, emphasizing accessibility over availability .