Cours de Génie Chimique
: Opérations Unitaires I
CHAPITRE I : DISTILLATION
I. Définitions et principe :
I.1. Définition de la distillation :
La distillation est une opération de transfert de matière qui permet de séparer un ou plusieurs
constituants d’un mélange liquide homogène (l’un des constituants doit au moins être liquide).
Elle met à profit la différence de volatilités ou différences de températures d’ébullition des
constituants à séparer. En effet, la vapeur émise, en équilibre avec le liquide qui lui a donné
naissance, est plus riche en composé le plus volatil.
Le terme distillation s’associe à différentes opérations :
La concentration dont l’objectif est d’obtenir un produit plus concentré qu’au départ,
le solvant éliminé étant souvent sans intérêt ;
La rectification dont l’objectif est d’obtenir une vapeur la plus pure possible, le résidu
restant étant souvent intérêt.
I.2. Terminologie et principe de la distillation :
En vaporisant partiellement un liquide contenant deux constituants ayant des volatilités
différentes, on obtient une phase vapeur enrichie en constituant le volatil. La distillation est
donc réalisée par évaporation partielle du mélange à séparer. Après condensation de la vapeur
générée, on obtient un liquide nommé distillat ou extrait (produit de tête). La phase liquide
non évaporée constitue le résidu ou le raffinat (produit de pied ou de fond).
Mamadou FAYE Chapitre I : Distillation Page 1
Cours de Génie Chimique : Opérations Unitaires I
I.3. Domaines d’application :
La distillation est une opération utilisée dans de nombreux domaines. Elle est d’ailleurs la
plus utilisée, aussi bien au laboratoire qu’en entreprise, pour séparer des mélanges liquides
homogènes bien qu’elle soit énergivore :
Laboratoire : Production d’eau distillée pour analyses et autres ;
Pétrochimie : Raffinage du pétrole, séparation des différentes fractions du pétrole
brut (Essence, Gasoil, Kérosène, Pétrole lampant, Fuel oil, Fuel lourd etc.) ;
Industries chimiques : Fabrication d’alcool (Séparation de l’alcool de l’eau et des
impuretés après fermentation) ;
Industries alimentaires : Fabrication du vin, de la bière etc. ;
Industries pharmaceutiques : Séparation de la matière active après extraction au
solvant ;
Industries phytosanitaires : Séparation de la matière active après extraction au
solvant ;
I.4. Dimensionnement des colonnes à distiller :
Industriellement, la séparation est effectuée dans des colonnes à distiller dans lesquelles une
phase vapeur ascendante est mise en contact avec une phase liquide descendante. Les
colonnes sont munies de plateaux (ou garnissages) favorisant le transfert simultané de matière
et de chaleur entre les deux phases. Le dimensionnement consiste alors à estimer le nombre de
plateaux ou la hauteur de garnissage nécessaire pour effectuer la séparation voulue.
Technique très empirique jusqu’au début du 20ème siècle, la distillation a connu de gros
progrès depuis la mise au point de méthodes de détermination graphique par PONCHON et
SAVARIT en France en 1921-1922 et par Mc CABE et THIELE aux Etats Unis en 1925.
Mamadou FAYE Chapitre I : Distillation Page 2
Cours de Génie Chimique : Opérations Unitaires I
Ces méthodes graphiques basées sur les méthodes analytiques de SOREL et LEWIS qui sont
très complexe, ont facilité le calcul des installations de distillation.
II. Equilibre liquide-vapeur :
II.1. Caractérisation d’un système à l’équilibre :
La connaissance des équilibres entre phase est une étape préliminaire incontournable de la
résolution des problèmes de séparation des mélanges. En effet, si deux phases φ1 et φ2 n’étant
pas initialement à l’équilibre, sont mises en contact, il y aura nécessairement transfert (de
matière et/ou de chaleur), toujours de la phase dans laquelle elles se trouvent en excès vers
celle où elles se trouvent en défaut. Autrement dit, les entités se déplacent toujours dans le
sens des potentiels décroissants de manière à ce que le système formé tende vers un état
d’équilibre. Ainsi, deux phases sont en équilibre si on ne constate, pour aucune des deux, un
changement de composition en quelque point que ce soit dans le temps et dans l’espace.
II.2. Quelques caractéristiques thermodynamiques des corps purs :
Une espèce chimique est caractérisée par sa formule chimique, son aspect physique
(couleur, forme liquide solide ou gazeuse (définie à une température et à une pression
donnée)) et des grandeurs physiques (solubilité, température d’ébullition et de fusion, masse
volumique).
Un corps pur est, en chimie, est un corps ne comportant qu'une seule espèce chimique, à la
différence d'un mélange qui est une substance (solide, liquide ou gaz) constituée de plusieurs
sortes de molécules. On distingue les corps purs élémentaires (Cu, Zn, Fe etc.), les corps purs
simples (H2, Cl2 O2 N2 etc.) et les corps purs composés (H 2O, H2SO4, etc.). Il se présente
généralement trois états : solide, liquide et gazeux.
II.2.1. Distinction entre gaz et vapeur
Les deux dénominations réfèrent strictement au même état physique : l’état gazeux.
Cependant, en distillation, il convient de faire une distinction entre un gaz et une vapeur.
Gaz : on nomme un gaz un corps pur existant seulement à l’état gazeux sous 1 atm à 20°C.
Exemple : O2, CO2.
Vapeur : une vapeur est un cops pouvant exister sous forme liquide ou gazeuse dans les
conditions citées (1 atm, 20°C) Exemple : Eau, Ethanol
Mamadou FAYE Chapitre I : Distillation Page 3
Cours de Génie Chimique : Opérations Unitaires I
II.2.2. Point d’ébullition d’un corps pur :
On appelle point d'ébullition d'un corps pur les conditions de température et de pression qui
doivent être réunies pour qu'il passe rapidement de l'état liquide à l'état gazeux. Le point de
condensation désigne le processus inverse, se produisant au même point.
II.2.3. Pression de vapeur Saturante (P°) et Volatilité d’un corps pur (V) :
La pression de vapeur saturante ou tension de vapeur est la pression à laquelle la phase vapeur
d’un corps est en équilibre avec sa phase liquide dans un système fermé. Elle dépend
exclusivement de la température. C’est donc la pression à laquelle un fluide passe de l’état
gazeux à l’état liquide (ou de l’état liquide à l’état gazeux) pour une température donnée.
Ainsi, un constituant possédant une pression de vapeur saturante élevée est dit volatile. Cette
dernière mesure la plus ou moins grande facilité de vaporisation d’une substance. Le terme est
principalement appliqué aux liquides. Cependant, il peut aussi être utilisé pour décrire les
processus de sublimation qui est associé à des substances solides.
II.2.4. Chaleur massique d’un corps pur
La chaleur massique (noté C ou Cp), ou capacité thermique massique d’un constituant
représente la quantité d'énergie à apporter par échange thermique pour élever d'un degré
la température de l'unité de masse de ce constituant. Ci-dessous quelques chaleurs massiques
de quelques constituants usuels.
II.2.5. Chaleur massique ou molaire de Changement d’état
II.2.5.1. Changement d’état
Les composés chimiques existent naturellement sous trois états physiques : l’état solide, l’état
liquide et l’état gazeux. Il est possible de faire passer facilement un corps d’un état à un autre
en apportant ou en éliminant de la chaleur. Les changements d’état ou de phase sont donc
accompagnés d’effets thermiques plus ou moins importants (absorption ou libération de la
chaleur) qu’on appelle Enthalpie de changement d’état, chaleur latente ou chaleur de
transformation.
Ces transformations sont réversibles et les quantités de chaleur mises en jeu sont égales, en
valeur absolue, pour les modifications suivantes :
Mamadou FAYE Chapitre I : Distillation Page 4
Cours de Génie Chimique : Opérations Unitaires I
Vaporisation et liquéfaction ;
Fusion et solidification ;
Sublimation et condensation.
II.2.5.2. Enthalpie massique ou molaire de transformation
L’enthalpie massique de transformation, noté L, est le quotient de la quantité de chaleur mise
en œuvre pour effectuer le changement d’état, Q, par la masse, m, du corps impliqué.
Equations aux dimensions : L2T-2
Unités : [Link]-1 ; [Link]-1 ; J.g-1 ; cal.g-1 ; erg.g-1
L’enthalpie molaire de transformation est l’enthalpie de transformation rapportée à une mole
de corps. Elle est aussi égale au produit de la chaleur massique de transformation par la masse
molaire composé.
Equations aux dimensions : M.L-2T-2 N-1
Unités : [Link]-1 ; [Link]-1 ; [Link]-1 ; [Link]-1 ; [Link]-1
Exemple : Chaleur latente de vaporisation de l’eau
en [Link]-1 et θ en °C
Mamadou FAYE Chapitre I : Distillation Page 5
Cours de Génie Chimique : Opérations Unitaires I
II.2.6. Diagramme d’équilibre d’un corps pur : cas de l’eau
Un diagramme d’équilibre d’un corps pur indique quelle phase est stable dans des conditions
données de température et de pression lorsque ce corps est seul présent dans cette enceinte.
Exemple : cas de l’eau pur
II.3. Equilibre liquide-vapeur : cas des mélanges binaires
II.3.1. Hypothèses et Annotations :
Dans la suite du cours nous nous limiterons au cas des mélanges à deux constituants :
mélange binaire. Le constituant le plus volatil sera noté A et le moins volatil sera noté par B.
Les paramètres qui jouent des rôles majeurs dans le processus de séparation sont la pression
(noté P), la température (noté Ɵ) et la composition du mélange. Pour cette dernière, on
utilisera généralement la fraction molaire noté X pour le liquide et Y pour la vapeur.
Avec :
nA: le nombre de moles du constituants A
nB: le nombre de moles du constituants B
Mamadou FAYE Chapitre I : Distillation Page 6
Cours de Génie Chimique : Opérations Unitaires I
Remarque : En distillation, on raisonne toujours par rapport au composé le plus volatil : noté
A dans le cas des mélanges binaires A-B.
II.3.2. Pression partielle
Soit un mélange binaire A et B dans un milieu fermé. La pression partielle du gaz A est la
pression qu’exercerait le gaz A s’il occupait seul le volume contenant le mélange (A+B) de
gaz.
A
(
Y
et Avec
A)
II.3.3. Lois de RAOULT et de DALTON
B
Considérons un mélange binaire A+B( en équilibre avec sa vapeur.
Y
B)
D’après la loi de RAOULT (François Marie RAOULT) on a pour une température θ fixe :
La loi de Dalton (John DALTON) est une combinaison des lois de Raoult et des pressions
partielles.
et
et
II.3.4. Diagramme d’équilibre de mélange binaire
Le diagramme d’état d’un mélange binaire nécessite une représentation en trois dimensions
(pression, température et concentration ou fraction molaire). Mais en fixant la pression ou la
Mamadou FAYE Chapitre I : Distillation Page 7
Cours de Génie Chimique : Opérations Unitaires I
température on peut représenter un diagramme d’état d’un mélange liquide binaire sur un
plan. Les différents types de diagrammes utilisés sont :
Diagramme à température constante (diagramme isotherme) ;
Diagramme à pression constante (diagramme isobare).
II.3.4.1. Diagramme d’équilibre isotherme
Soit un mélange binaire A-B et considérons les lois de Raoult et de Dalton :
et
(Droite)
et
On a
(Hyperbole)
Remarque :
La courbe dont la variable est la composition de la phase liquide (P=f(XA)) est
appelée courbe d’ébullition : elle sépare le domaine liquide du domaine biphasique
(présence simultanée des deux phases) ;
Celle dont la variable est la composition de la phase vapeur (P = f(YA)) est nommée
courbe de rosée : elle sépare le domaine gazeux du domaine biphasique.
Mamadou FAYE Chapitre I : Distillation Page 8
Cours de Génie Chimique : Opérations Unitaires I
II.3.4.2. Diagramme d’équilibre isobare
De la même façon que l’on trace des diagrammes d’équilibre isothermes, on peut tracer des
diagrammes d’équilibre isobares en traçant les équations θ=f(X A) et θ=f(YA) sous forme
d’hyperbole. Dans le cas des diagrammes isobares, la courbe d’ébullition est par contre en-
dessous de la courbe de rosée : on favorise la phase liquide en abaissant la température.
Certains auteurs comme DUPERRAY ont proposé des relations empiriques qui permettent de
liées la pression à la température. A partir de ces relations, il est possible de déterminer les
équations θ=f(XA) et θ=f(YA) mais généralement les courbes d’ébullition et de rosée sont
obtenues à partir de données expérimentales.
Exemple 1 : avec 100 < θ < 250
Exemple 2 :
Avec A= 10380 et B= 8,961 si P est exprimée en Torr et θ en Kelvin
Mamadou FAYE Chapitre I : Distillation Page 9
Cours de Génie Chimique : Opérations Unitaires I
II.3.4.3. Utilisations des diagrammes d’équilibres : théorème des moments
inverses :
Pour un mélange binaire (A-B) initial M 0 de composition X0, à la température Ɵ0,
l’augmentation de la température déplace le point M0 sur la verticale. Au point M1, le mélange
se sépare en phase liquide et en phase vapeur.
Bilans matières :
Mamadou FAYE Chapitre I : Distillation Page 10
Cours de Génie Chimique : Opérations Unitaires I
Théorème des moments inverses ou règle des segments inverses
Exercice d’application :
Le butan-1-ol et le chlorobenzène forment un mélange binaire présentant un homoazéotrope à
minimum. Le tableau ci-dessous donne les fractions molaires de butan-1-ol dans la phase
liquide X et dans la phase vapeur Y, sous pression atmosphérique, lorsque le mélange est à
l’ébullition.
D’autre part, les températures d’ébullition du chlorobenzène pur et du butan-1-ol pur sont
respectivement de 404,9 et de 390,9 K.
1. Tracer l’allure du diagramme isobare de ce mélange binaire. Attribuer à chaque zone
du plan la nature physico-chimique du système ;
2. Un mélange de fraction molaire globale de 0,25 et de température initiale de 385 K est
progressivement chauffé jusqu’à atteindre la température de 405 K. Quels sont les
phénomènes observés ?
3. Au cours du processus précédent, on stabilise le système à la température de 393,9 K,
la quantité de matière totale du système étant n=5 mol. Calculer les quantités de
matière de chaque constituant de chaque phase ;
4. Ce mélange est placé dans un appareil de distillation fractionnée de laboratoire.
Décrire le dispositif. Qu’obtient-on dans le distillat en supposant une séparation
optimale ?
Température (K) 396,6 393,9 391,6 390,1 389 388,7 388,6
Fraction molaire (X) 0,107 0,170 0,265 0,369 0,502 0,609 0,717
Fraction Molaire (Y) 0,286 0,369 0,451 0,514 0,584 0,641 0,707
II.3.5. Volatilité relative
La volatilité désigne la plus ou moins grande facilité de vaporisation d’une substance. On
distingue la volatilité absolue et la volatilité relative.
La volatilité absolue est définie comme étant le rapport entre la pression partielle à l’équilibre,
de la substance dans la phase vapeur et le titre molaire de la substance dans la phase liquide.
Mamadou FAYE Chapitre I : Distillation Page 11
Cours de Génie Chimique : Opérations Unitaires I
Or dans le cas d’un mélange idéal on a :
La volatilité relative (α) est définie comme étant le rapport entre les volatilités absolues des
constituants du mélange liquide. Elle est, généralement, exprimée par rapport à la plus grande
volatilité, de sorte que sa valeur est supérieure à l’unité.
et
On a aussi :
Les pressions de vapeurs saturantes varient avec la température. Les volatilités absolues aussi.
Cependant, la volatilité relative α ne varie que légèrement avec la température. On définit une
volatilité relative moyenne par la relation :
; ;
II.3.6. Courbe d’équilibre liquide-vapeur
La courbe d’équilibre liquide vapeur exprime la variation du titre molaire du constituant le
plus volatil dans la phase vapeur en fonction de celui dans la phase liquide à l’équilibre sous
une pression donnée. Elle peut être déterminée graphiquement à partir des isobares
d’ébullition et de rosée soit par calcul.
On avait établi les relations suivantes :
Mamadou FAYE Chapitre I : Distillation Page 12
Cours de Génie Chimique : Opérations Unitaires I
et
Courbe d’équilibre
Cette courbe passe par les points (0,0) et (1,1).
III. Distillation simple
Dans un processus de distillation simple, le mélange liquide à purifier est porté à ébullition et
les vapeurs émises sont condensées. Ce processus de séparation n’est donc utilisé que dans le
cas particulier ou il y a une grande différence de température d’ébullition entre les
constituants du mélange.
Remarque : lorsque l’on doit concentrer ou purifier le constituant lourd par élimination du
constituant léger, l’opération est appelée évaporation.
L’appareillage de la distillation simple se compose des éléments suivants :
Un bouilleur qui contient le mélange à séparer ;
Une source d’énergie pour chauffer le bouilleur ;
Mamadou FAYE Chapitre I : Distillation Page 13
Cours de Génie Chimique : Opérations Unitaires I
Un condenseur pour liquéfier les vapeurs émises au bouilleur.
IV. Distillation Fractionnée
La distillation fractionnée, procédé de séparation par fractionnement, est une succession de
distillation simple. Ainsi, en augmentant le nombre de distillation il est possible d’obtenir une
vapeur très pure en A (constituant le plus volatil). L’inconvénient de la distillation fractionnée
est qu’elle consomme beaucoup d’énergie et aboutit souvent à des rendements très faibles.
V. Rectification discontinue
La mise en œuvre se fait généralement dans une colonne à distiller (colonne industrielle ou
pilote) constituée d’un long cylindre dans lequel sont disposés des obstacles ayant pour but de
faciliter le contact entre les phases vapeur et liquide. Les transferts de matières sont ainsi plus
importants et plus rapides et conduisent donc à une meilleure séparation des constituants. Ces
obstacles peuvent être, soit :
Des corps de remplissage (garnissage de colonne) ;
Des plateaux (ou étages) physiques ou réels ayant des efficacités variables.
L’appareillage d’une rectification discontinue contient, en plus de celui d’une distillation, une
colonne de rectification qui permet la mise en contact des phases liquide et vapeur circulant à
contre-courant tout au long de la colonne. La vapeur qui arrive en tête de colonne est
entièrement condensée. Une partie des condensats est récupérée (c’est le Distillat) et l’autre
partie est retournée dans la colonne (c’est le reflux). Ainsi, on définit le taux de reflux (r) par
la relation suivante :
V.1. Notion de plateaux (étages) théoriques en distillation :
Mamadou FAYE Chapitre I : Distillation Page 14
Cours de Génie Chimique : Opérations Unitaires I
Dans une colonne de rectification, on utilise des récipients dans lesquels, s’effectuent les
échanges de matières. Ces récipients ou se produit à chaque fois un équilibre, donc une
distillation simple, sont appelés plateaux théoriques. Dans chaque plateau, une partie de la
vapeur provenant du plateau inférieur se condense en barbotant dans le liquide, la chaleur
ainsi dégagée permet de vaporiser une partie du liquide venant du plateau supérieur.
V.2. Evolution des titres le long de la colonne
Le long d’une colonne de rectification on observe les évolutions suivantes :
Le titre molaire du constituant le plus volatil augmente dans la phase vapeur du bas
vers le haut de la colonne ;
Le titre molaire du constituant le moins volatil augmente dans la phase liquide du haut
vers le bas de la colonne ;
La température diminue, dans la colonne, du bas vers le haut. En effet, le bouilleur est
le seul apport énergétique de la colonne. Ainsi, dans chaque plateau, la chaleur issue
Mamadou FAYE Chapitre I : Distillation Page 15
Cours de Génie Chimique : Opérations Unitaires I
de la condensation d’une partie de la vapeur est utilisée pour évaporer une partie du
liquide.
Ainsi, en fonction du nombre d’étages, il est possible d’obtenir, en tête de colonne, un distillat
très riche en A et en bas de colonne un résidu très riche en B.
VI. Rectification Continue :
VI.1. Définitions et principe :
La rectification continue est un procédé de séparation dans lequel le mélange à séparer est
introduit dans la colonne avec un débit constant. On soutire, en bas de colonne, un résidu très
concentré en B et on récupère en tête de colonne après condensation un liquide dont une
partie est retournée dans la colonne, le reflux, et l’autre partie, le distillat, est récupérée.
La partie de la colonne au-dessus du niveau d’alimentation est appelée tronçon de
concentration, de rectification ou d’enrichissement (la vapeur s’y enrichit en constituant le
plus volatil). La partie en dessous du niveau d’alimentation est appelée tronçon d’épuisement
(la phase liquide s’y épuise en A).
Mamadou FAYE Chapitre I : Distillation Page 16
Cours de Génie Chimique : Opérations Unitaires I
VI.2. Notations :
Dans l’appareillage, l’alimentation de débit F et de titre massique X F est introduite à la
température ƟF. Les débits de vapeur et de liquide sont notés par les lettres V et L. Les titres
massiques de la vapeur et du liquide sont notés respectivement y et x. Pour les titres on se
réfère toujours au corps le plus volatil. On affecte aux débits et aux titres les indices
correspondant au numéro du plateau dont les phases sont issues.
Mamadou FAYE Chapitre I : Distillation Page 17
Cours de Génie Chimique : Opérations Unitaires I
La vapeur Vn s’échappant du dernier plateau (haut de colonne) est condensée à la température
ƟD. Une partie du liquide de débit R constituant le reflux est alors réinjecté dans la colonne
par le haut. L’autre partie est soutirée à un débit D : c’est le distillat (titre massique X D). La
chaleur évacuée au condenseur est Qc.
Le liquide qui descend s’appauvrit en constituant A en croisant la vapeur qui monte et qui elle
s’enrichit en A. Le liquide arrivant dans le bouilleur (bas de colonne) est partiellement
vaporisé à une température ƟW>ƟD par une chaleur QB fournie au bouilleur. On récupère par
trop plein au bouilleur le résidu W (titre massique noté XW).
Mamadou FAYE Chapitre I : Distillation Page 18
Cours de Génie Chimique : Opérations Unitaires I
VI.3. Bilans matières
Les bilans matières dans les colonnes de rectification continue sont établis en régime
stationnaire. Ainsi, après un délai de mise en régime, les températures, les pressions, les débits
et les compositions d’entrée et de sortie sont constants avec le temps.
A l’état stationnaire, les bilans matières (global et partiel) sur l’ensemble de la colonne
s’écrivent comme suit :
Bilan global : F = D + W
Bilan partiel sur le plus léger : F XF = D XD + W XW
Les bilans matières sur un plateau quelconque i sont :
Bilan global : Vi-1 + Li+1 = Vi + Li
Bilan partiel sur le plus léger : Vi-1 Yi-1+ Li+1Xi+1 = ViYi + LiXi
Les bilans matières sur le plateau d’alimentation :
Bilan global : F + V’p-1 + Lp+1 = Vp + L’p
Bilan partiel sur le plus léger : FXF + V’p-1 Yp-1+ Lp+1Xp+1 = VpYp + L’pXp
Le bilan matière au du condenseur :
Bilan global : Vn = R + D
Bilan partiel sur le plus léger : Vn Yn = RXD + DXD
VI.4. Dimensionnement des colonnes à distiller : méthode graphique de
Mac Cabe et Thiele
VI.4.1. Hypothèses de Mac Cabe et Thiele
D’une manière générale, pour simplifier l’étude de la distillation, les hypothèses de Mac Cabe
et Thièle sont admises par défaut.
La colonne est adiabatique : pas de pertes thermiques c’est-à-dire transfert par conduction,
convection et rayonnement ;
Le reflux est liquide : la condensation des vapeurs en tête de colonne est totale ;
Les échanges de chaleur et de matière s’effectuent dans les plateaux : pas d’échange entre
les plateaux ;
Mamadou FAYE Chapitre I : Distillation Page 19
Cours de Génie Chimique : Opérations Unitaires I
Les chaleurs latentes de vaporisation des deux constituants sont proches et les chaleurs
de mélange sont négligeables : les débits des phases liquide et vapeur dans les deux tronçons
sont constants à la traversée de l’appareillage.
VI.4.2. Fonctionnement d’une colonne : modélisation par cascade d’étages
théoriques à contre-courant
L’efficacité d’une colonne est donnée par le Nombre d’Etages Théoriques (NET) utilisés en
cascade à contre-courant. Le NET sera considéré comme l’association de N étages théoriques
en intégrant le bouilleur (en bas de colonne). Ce dernier portera arbitrairement le plateau
théorique numéro 1 et, par voie de conséquence, l’étage situé au-dessus du bouilleur (le
premier vrai plateau de la colonne) portera le numéro 2. Le condenseur (n’est pas un plateau
théorique) se situe au-dessus du dernier plateau de la colonne : il condense toutes les vapeurs
arrivant en tête de colonne.
La détermination du NET repose sur la détermination de deux relations :
Une relation qui décrit l’équilibre dans les plateaux théoriques : la courbe
d’équilibre (yi=f(Xi)) ;
Une relation (droite) qui décrit les conditions opératoires : les différences de
débits et le taux de reflux opératoire : (Yi-1=f(Xi)). On distingue la droite opératoire
du tronçon de concentration et la droite opératoire du tronçon d’épuisement.
VI.4.3. Détermination de la Droite Opératoire du Tronçon de
Concentration (DOTC) :
Pour déterminer la DOTC, on établit les bilans matières partiels du constituant le plus volatil
sur un étage quelconque i et sur les étages supérieurs.
Bilan sur i : Vi-1 Yi-1+ Li+1Xi+1 = ViYi + LiXi
Bilan sur i+1 : Vi Yi+ Li+2Xi+2 = Vi+1Yi+1 + Li+1Xi+1
Bilan sur i+2 : Vi+1 Yi+1+ Li+3Xi+3 = Vi+2Yi+2 + Li+2Xi+2
………………………………………………………..
Bilan sur n-1 : Vn-2 Yn-2+ LnXn = Vn-1Yn-1 + Ln-1Xn-1
Mamadou FAYE Chapitre I : Distillation Page 20
Cours de Génie Chimique : Opérations Unitaires I
Bilan sur n : Vn-1 Yn-1+ Ln+1Xn+1 = VnYn + LnXn
En faisant la somme de toutes ces équations on obtient :
Vn Yn+ LiXi = Vi-1Yi-1 + Ln+1Xn+1
Or on a :
Vn = Vi-1 = V = R+D = D(r+1) ;
Li = Ln+1=R = rD ;
Yn = Xn+1 = XD.
D(r+1)XD+ rDXi = D(r+1)Yi-1 + rDXD
Après simplification l’équation devient:
(DOTC)
Remarque : La Droite Opératoire du Tronçon de Concentration passe par les points suivants :
(XD, XD) ;
(0,
VI.4.4. Détermination de la Droite Opératoire du Tronçon de
d’Epuisement (DOTE) :
Pour déterminer la DOTE, on établit les bilans matières partiels du constituant le plus volatil
sur un étage quelconque j dans le tronçon d’épuisement et sur les étages inférieurs.
Bilan sur j : V’j-1 Yj-1+ L’j+1Xj+1 = V’jYj + L’jXj
Bilan sur j-1 : V’j-2 Yj-2+ L’jXj = V’j-1Yj-1 + L’j-1Xj-1
Bilan sur j-2 : V’j-3 Yj-3+ L’j-1Xj-1 = V’j-2Yj-2 + L’j-2Xj-2
………………………………………………………...
Bilan sur 2 : V’1 Y1+ L’3X3 = V’2Y2 + L’2X2
Bilan sur 1 : 0+ L’2X2 = V’1Y1 + L’1X1
En faisant la somme de toutes ces équations on a :
L’j+1Xj+1 = V’jYj + L’1X1
Si l’alimentation est un liquide saturé (ƟF=ƟebF) :
L’j+1 = L’ = F+L =F+rD ;
V’j =V’ = V =D(r+1) ;
Mamadou FAYE Chapitre I : Distillation Page 21
Cours de Génie Chimique : Opérations Unitaires I
L’1 = W et X1 = XW
(F+rD) Xj+1 = D(r+1) Yj + WXW
(DOTE)
Remarque : La Droite Opératoire du Tronçon de d’Epuisement passe par (XW, XW).
VI.4.4. Détermination de la droite d’Alimentation (DA)
Le plateau d’alimentation appartient à la fois aux deux tronçons de la colonne. Par
conséquent, il appartient au point d’intersection des deux droites opératoires. Ce point peut
aussi être localisé grâce à la droite d’alimentation qui dépend fortement de la nature physique
de celle-ci.
Soit K la fraction de liquide dans l’alimentation :
donc
Le bilan matière sur le plateau d’alimentation permet de déterminer la relation suivante :
F + V’ + L = V + L’ où V’-V=L’-L-F=F(K-1)
Le bilan sur l’alimentation donne :
F(liquide)+F(vapeur) =F
(L’-L)+(V-V’)=F
(L’-L)XP+(V-V’)YP=FXF
(KF)XP-(F(k-1))YP=FXF
KXP-(k-1)YP=XF
droite d’alimentation
Elle passe par le point (XF, XF)
VI.4.5. Détermination du Nombre d’Etages Théoriques (NET)
Pour déterminer le NET dans chaque zone d’une colonne de rectification selon la méthode de
Mac Cabe et Thièle, on doit tracer la courbe d’équilibre, la droite d’alimentation et les deux
droites opératoires (DOTC et DOTE). La construction graphique est effectuée en réalisant les
opérations suivantes :
Mamadou FAYE Chapitre I : Distillation Page 22
Cours de Génie Chimique : Opérations Unitaires I
Tracer un segment vertical à l’abscisse XW=X1, qui s’arrête sur la courbe d’équilibre
au point de cordonnée (X1, Y1). Il s’agit des cordonnées représentatives de l’équilibre
au bouilleur ;
De ce point, tracer un segment horizontal qui s’arrête sur la droite opératoire au point
de coordonnées (X2, Y1) ;
De ce point, tracer un segment qui s’arrête sur la courbe d’équilibre au point (X2, Y2).
Ce point représente les coordonnées de l’équilibre sur le premier vrai plateau de la
colonne ;
On continue ainsi de suite en traçant les segments horizontaux vers la DOTE tant
que le titre en vapeur sur la courbe d’équilibre n’est pas supérieur à l’ordonnée du
point d’intersection des trois droites ;
A partir de là, on trace les segments horizontaux en projetant sur la DOTC jusqu’à ce
qu’on arrive à un point dont les coordonnées sont égales ou légèrement supérieures à
(XD, XD) ;
Le NET de la colonne est donné par le nombre d’escaliers utilisés par la construction
entre les droites opératoires et la courbe d’équilibre pour aller du point W (X W, XW) au
point D (XD, XD) ;
Remarque : Dans la mesure où il est peu probable que la construction donne exactement un
nombre entier d’étages, on arrondit à la valeur supérieure. L’escalier englobant le point A
(l’Alimentation) est assimilé au plateau d’alimentation. De ce fait, il est possible de
déterminer très facilement le nombre d’étages de chaque tronçon de la colonne.
Mamadou FAYE Chapitre I : Distillation Page 23
Cours de Génie Chimique : Opérations Unitaires I
VI.4.6. Effet du taux de reflux – Conditions limites
Les compositions de Résidu (XW) et du Distillat (XD) sont imposées par le cahier de charges,
il existe une DOTC de pente minimale qui coupe la DOTE et la DA sur la courbe d’équilibre.
La construction de Mac Cabe et Thièle montre que dans ce cas, il faudra un nombre de
plateaux théoriques infini pour effectuer la séparation (Pratiquement, partant de X W, on ne
peut pas atteindre XD) d’où une colonne de longueur infinie.
Un tel fonctionnement correspond à ce qu’on appelle Taux de reflux minimum (noté rmin).
A l’inverse lorsque , les DOTC et DOTE sont confondues avec la première bissectrice
(position la plus écartée possible de la courbe d’équilibre). Il faudra donc un nombre de
plateaux théoriques minimum (noté NETmin). Pour déterminer le NETmin il faut donc travailler
à reflux total.
Dans la pratique, il faudra nécessairement avoir simultanément un taux de reflux opératoire
supérieur à rmin et NET supérieur au NETmin sinon la séparation désirée sera impossible.
Mamadou FAYE Chapitre I : Distillation Page 24
Cours de Génie Chimique : Opérations Unitaires I
Il est parfois nécessaire de déterminer le taux de reflux minimum ainsi que le NET minimum
afin de choisir un taux de reflux opératoire optimal.
Si r=rmin l’équation de la DOTC devient :
Soit, b l’ordonnée à l’origine de cette DOTC, on a :
d’où
VI.4.6. Bilan énergétique d’une colonne de rectification continue
Le bilan énergétique d’une colonne de rectification continue permet de déterminer le flux de
chaleur à apporter au bouilleur (QB) et le flux de chaleur à évacuer au condenseur (Q C) afin de
dimensionner les échangeurs utilisés à cet effet. Ce bilan se traite en bilan enthalpique.
Soient :
HF : l’enthalpie massique ou molaire de l’Alimentation F ;
HD : l’enthalpie massique ou molaire du Distillat D ;
HW : l’enthalpie massique ou molaire du Résidu W ;
HR : l’enthalpie massique ou molaire du Reflux R ;
HV : l’enthalpie massique ou molaire de la vapeur V entrant dans le condenseur ;
LVD : la chaleur latente massique ou molaire de vaporisation du Distillat.
Le bilan énergétique au condenseur donne :
Mamadou FAYE Chapitre I : Distillation Page 25
Cours de Génie Chimique : Opérations Unitaires I
Or HD=HR
Puisque HV-HD = LVD, on trouve finalement la relation suivante :
Le bilan énergétique global donne :
VI.4.7. Influence de l’état thermique de l’alimentation sur la droite
d’alimentation
Sur le plateau d’alimentation, la redistribution du courant d’alimentation dépend de ses
conditions thermodynamiques par rapport à celles du plateau. La combinaison des bilans
matière et énergétique globaux sur le plateau permet d’exprimer K en fonction des enthalpies
des différentes phases.
Bilan matière sur le plateau d’alimentation :
On avait montré que L’-L = KF donc V’-V=F(K-1)
Bilan énergétique sur le plateau d’alimentation :
Or HL = HL’ et HV =HV’
Mamadou FAYE Chapitre I : Distillation Page 26
Cours de Génie Chimique : Opérations Unitaires I
Cas d’une alimentation liquide saturé (ƟF=ƟEb)
Si l’alimentation est introduite sous forme de liquide saturé, tout le débit va redescendre dans
la zone d’épuisement.
or HF=HL
Cas d’une alimentation liquide froid (ƟF<ƟEb)
Si l’alimentation est introduite sous forme de liquide froid, non seulement tout le débit va
redescendre dans la zone d’épuisement mais elle va aussi entrainer la condensation d’une
partie de la vapeur présente sur le plateau.
Avec :
CpF : Chaleur massique ou molaire de l’alimentation
LVD : Cheleur latente de vaporisation du Distillat
Ɵeb : Température d’ébullition de l’alimentation F
Cas d’une alimentation liquide-vapeur (ƟEb<ƟF<Ɵrosée)
Mamadou FAYE Chapitre I : Distillation Page 27
Cours de Génie Chimique : Opérations Unitaires I
Si l’alimentation est introduite sous forme d’un mélange liquide-vapeur, celle-ci va se répartir
dans chacune des zones (tronçons de concentration et d’épuisement).
Exemple : un mélange 1/3 liquide+2/3 vapeur : K=1/3
Cas d’une alimentation vapeur saturée (ƟF=ƟRosée)
Si l’alimentation est introduite sous forme de vapeur saturée, tout le débit va remonter dans la
zone de concentration.
or HF=HV
Cas d’une alimentation vapeur surchauffée (ƟF>ƟRosée)
Si l’alimentation est introduite sous forme de vapeur surchauffée, non seulement tout le débit
remonte dans la zone de concentration mais elle va aussi entrainer la vaporisation d’une partie
du liquide présent sur le plateau.
Mamadou FAYE Chapitre I : Distillation Page 28
Cours de Génie Chimique : Opérations Unitaires I
Avec :
CpF : Chaleur massique ou molaire de l’alimentation
LVD : Chaleur latente de vaporisation du Distillat
ƟRosée : Température d’ébullition de l’alimentation F
Mamadou FAYE Chapitre I : Distillation Page 29