Etudes de Genre
Etudes de Genre
Bien plus qu’une « simple » réflexion sur les femmes et les hommes, le genre permet avant
tout de réfléchir sur les rapports sociaux entre les sexes. C’est d’ailleurs ce que désigne le
genre, et c’est à ce titre que son étude est importante dans un cursus de science politique
et, au-delà, pour comprendre les enjeux de société actuels.
Le concept de genre
L’adoption du concept de genre, développé pour distinguer la part sociale du rôle sexué
de la part biologique du sexe a constitué un tournant majeur en sciences sociales. Avec
l’apparition de ce nouveau terme dans le vocabulaire scientifique, l’opposition entre les
recherches sur les femmes et les recherches féministes qui structurait ce champ d’études a
été remplacé par une typologie qui distingue les recherches axées sur les femmes et
utilisent comme concept central le sexe, et celles qui mobilisent le concept de genre.
Le concept « genre » permet d’aller plus loin que la variable « sexe » →Ex : comparer les
effets des systèmes électoraux sur les chances d’élection des femmes par rapport aux
hommes ne nous renseigne pas sur ce qui est propre aux relations de genre dans ces
processus de marginalisation politique. En somme la variable sexe ne permet pas
d’analyser ce qui est spécifique aux femmes par rapport à d’autres groupes
sous-représentés. Bref le Genre est un concept bien plus prometteur à la fois pour :
Le genre est un système de relations sociales qui détermine la définition et le contenu des
groupes « hommes » et « femmes » aussi bien à travers la division sexuelle du travail que
l’hétérosexualité normative et par le biais des discours, des idéologies et des pratiques.
Apport des études sur le genre → permet de parler des hommes et des femmes et a fortiori
des rapports entre les deux catégories.
Les études de genre : l’ensemble des recherches qui prennent pour objet les femmes et les
hommes, le féminin et le masculin.
1- Le genre est une construction sociale → la 1ère démarche des études sur le genre est
de faire éclater les visions essentialistes qui postulent et attribuent des caractéristiques
immuables aux hommes et aux femmes en fonction de leurs caractéristiques biologiques.
Perspective anti-essentialiste au cœur de la démarche de de Beauvoir dans le Deuxième
sexe (on ne naît pas femme on le devient). Pas d’essence de la féminité ou de la
masculinité, mais un apprentissage tout au long de la vie des comportements socialement
attendus d’une femme ou d’un homme.
3- Le genre est un rapport de pouvoir → En 3ème lieu, il s’agit d’appréhender les relations
sociales entre les sexes comme un rapport de pouvoir. Les études sur le genre ne disent
pas simplement que les deux sexes sont socialement différents mais montrent que ce
rapport est hiérarchisé : la distribution des ressources et des valorisations symboliques
tend à être inégalitaire, avec modalités et intensité variable.
Des différences entre les courants d’études : pour les théoriciennes féministes matérialistes
(Delphy, Colette Guillaumin, etc.) mise en évidence de l’exploitation du travail et du corps
des femmes au sein d’un système appelé « patriarcat ». Notion de « valeur différentielle des
sexes » F. Héritier montre que les valeurs associées au féminin sont systématiquement
déconsidérées par rapport à celles qui sont associées au masculin. Terme de « domination
masculine » a aussi été employé pour désigner les structures matérielles et symboliques de
l’infériorisation des femmes par rapport aux hommes (Godelier, Bourdieu)
Mais genre pas seulement un rapport de domination des hommes sur les femmes : il est
aussi un ordre normatif qui implique la production d’une frontière entre deux catégories de
sexe. Le système du genre enjoint à chacun d’appartenir à un sexe (celui assigné à la
naissance) et à un seul et à adopter des manières d’être conformes à la définition sociale de
son exe. Cette dimension normative du genre est dénoncée par les perspectives « queer »
dans le prolongement de l’ouvrage de J. Butler Trouble dans le genre (sur lequel on
reviendra, cf. séance prochaine).
Le genre désigne le système qui produit une bipartition hiérarchisée, les sexes renvoient
aux groupes et catégories produites par ce système.
Socialisation genrée I
Les études sur le genre ont placé au cœur de leurs préoccupations les analyses de la
socialisation.
➔ Socialisation: l’ensemble des processus par lesquels l’individu est construit – formé,
modelé, façonné, fabriqué, conditionné – par la société globale et locale dans laquelle il vit,
processus au cours duquel l’individu acquiert - apprend, intériorise, incorpore, intègre – des
façons de faire, de penser et d’être qui sont socialement situées.
➔ Socialisation de genre : processus par lesquels les individus assignés depuis leur
naissance à une classe de sexe apprennent à se comporter, à sentir et à penser selon les
formes socialement associées à leur sexe et à « voir » le monde au prisme de la différence
des sexes.
Par la socialisation de genre, il s’agit pour chaque individu sexué d’apprendre à se situer et
à situer les objets et les êtres qui l’entourent au sein d’une hiérarchie sociale et symbolique
entre les hommes et les femmes, entre le masculin et le féminin.
Un mot sur la socialisation → c’est un processus largement pratique et inconscient ; c’est un
processus qui s’opère tout au long de la vie ; et enfin, c’est un processus imbriqué dans les
contextes.
Etudier les normes de comportements différents qu’on inculque aux garçons et aux filles →
2 ouvrages classiques :
- Ducôtédespetitesfilles,1973parElenaBelotti(écrivaineféministeitalienne,unedes
directrices d’un centre Montessori)
- La fabrication des mâles 1977 George Falconnet et Nadine Lefaucheur
Les 2 montrent la manière dont l’éducation des enfants contribue à développer en eux des
rôles stéréotypés. Ces « rôles de sexe » ne sont pas symétriques : garçons et filles ne se
développent pas indépendamment les uns des autres mais au sein d’un rapport social
inégalitaire. Ce qui est appris par un individu n’est pas seulement son propre rôle mais aussi
toute l’économie politique qui donne sens à ce dernier. Or cette économie asymétrique
organise la construction du masculin comme une rupture avec le féminin, alors que l’inverse
est moins vrai.
➔ Plus profondément c’est tout une identité de genre que développent les enfants durant
leur socialisation : la majorité s’identifient rapidement à l’un ou l’autre sexe, apprennent à
utiliser le bon genre grammatical pour parler d’eux-mêmes, et à se comporter différemment
selon le sexe des personnes présentes. Les rôles de sexes sont modelés par la perspective
de l’hétérosexualité.
L’asymétrie entre les sexes se donne également à voir dans les processus de construction
des identités masculines et féminines, notamment lors du passage de l’enfance à l’âge
adulte.→ Construction de l’identité masculine comme arrachement à l’univers féminin se
donne à voir dans rites d’initiation dans certaines sociétés (cf. certaines ethnies de
Papouasie Nouvelle-Guinée), avec circoncision dans d’autres. Dans sociétés occidentales
contemporaines c’est moins spectaculaire mais des choses demeurent par ex avant service
militaire comme institution de la masculinité.
Ex des parents qui laissent plus facilement les filles jouer à des jeux de garçons que le
contraire, qui achètent plus facilement des livres dont les héros sont masculins aux filles
que le contraire.
Cette asymétrie symbolique reflète une inégalité politique : les hommes ont plus à perdre
que les femmes à renoncer aux signes extérieurs de leur sexe – l’identité masculine est à la
fois dominante et plus précaire que l’identité féminine.
Les normes font sens entre elles. Si toutes les normes ne sont pas écrites d’avance et sont
en permanence réélaborées dans les interactions, c'est le plus souvent en accord avec le «
sens du jeu ».
Deux manières dont les parents, et plus généralement les adultes, modèlent le rôle de sexe
des enfants : 1- les parents sont des êtres sexués ; 2- les parents agissent différemment
avec les garçons et les filles. Enfin quelques mots sur les transgressions de genre.
Pères et mères incarnent des rôles différents aussi parce qu’ils s’investissent généralement
de manière très inégale dans le travail domestique et parental.
Certes, ces dernières années, un nouveau modèle de paternité a émergé. Discours sur les «
nouveaux pères » diffusé dans les médias a été sanctionné par évolutions juridiques, ex
congés paternités (cf. nouvelle loi septembre 2020 en France). Mais ce nouveau modèle de
paternité se décline largement comme une « paternité d’intention » : davantage circonscrite
à un engagement personnel qu’à une injonction sociale ; avant tout perçu comme un choix.
Pour les mères, les rôles associés à la maternité constituent des injonctions dont il est
difficile de s’exonérer sans coût. Les contraintes et les attentes pesant sur l’investissement
maternel dans l’éducation des enfants sont également recomposées avec l’émergence des
couples homosexués
➔ Virginie Descoutures Les mères lesbiennes 2010 : pas de reproduction simple des rôles
sociaux de père et de mère, en particulier au niveau du travail parental. Certes, comme tous
les couples, les familles lesboparentales connaissent une répartition inégale du travail de
soin des enfants et du travail domestique mais cette inégalité n’est ni renforcée ni
naturalisée comme une norme de genre intériorisée. Au contraire, elle est en permanence
renégociée au gré de la relation conjugale. L'égalité des rôles est un horizon permanent des
arrangements conjugaux. Confrontées en permanence à la nécessité de légitimer leur rôle
et leur place dans un univers hétéronormatif culpabilisant ces mères s’investissent d’autant
plus dans les formes stéréotypiques du soin qu’elles cherchent à faire la preuve d’une
forme de « savoir maternel inné ».
Ce sont plus les mères qui s’occupent du travail scolaire (du coup le diplôme de la mère
aura plus d’effet sur la réussite de l’enfant que celui du père). En observant leurs parents,
les enfants apprennent les dichotomies hiérarchiques hommes/femmes, extérieur/intérieur,
public/privé. Perçoivent vite tâches « féminines » et « masculines »
Comportements différenciés
➔ La différenciation sexuée passe souvent moins par des injonctions explicites ou des
sanctions négatives que par un «renforcement différentiel» des comportements
spontanément affichés par leurs enfants. [Renforcement différentiel→fait pour les parents
de récompenser et d’encourager davantage les comportements « masculins » chez les petits
garçons et les comportements « féminins » chez les petites filles]
L’asymétrie sexuée des injonctions parentales commence dès la prime enfance : les filles
sont “mignonnes, petites”; les garçons “solides, éveillés, costauds”. Dès l’enfance, et de
manière plus frappante à l’adolescence, les filles sont davantage que les garçons retenues
dans l’espace de la famille.
Dès l’enfance, les garçons apprennent plus que les filles à se détacher de la sphère
familiale.
Des études ont été faites sur des cas « atypiques » cf. travail de C. Mennesson sur les filles
footballeuses et les garçons danseurs classiques.
Dans cette deuxième partie sur genre et socialisation on s’intéressera aux « agents
périphériques de socialisation » (Anne Dafflon Novelle Filles-garçons : socialisation
différenciée ? 2006), à savoir les objets qui composent l’environnement matériel et
symbolique des individus dès leur plus jeune âge et à l’autre grande institution de
socialisation à savoir le système scolaire. On dira quelques mots sur la socialisation en
pratiques
Le genre des objets et contenus culturels
La distribution sexuée des objets et contenus culturels est largement déterminée par le
monde des adultes qui offrent des environnements matériels différenciés aux garçons et
aux filles.
Il existe également une « taxinomie chromatique » des habits. Jusqu’au XXè siècle, la
couleur des vêtements ne diffère pas significativement selon le sexe de l’enfant.
• Les jouets → Leur vertu socialisatrice est d’autant plus grande que les jeux d’enfants
consistent le plus souvent à jouer l’adulte. Au milieu du XXè, les jouets offerts aux garçons
évoquent le transport et l’extérieur (vélos, voitures à pédales, trains, etc.) tandis que les
jouets féminins évoquent l’univers domestique et le soin des enfants.
Bien sûr, il y a des détournements et des usages multiples. Des parents qui offrent des
jouets différents. Il n’empêche, l’enfant n’est pas un simple produit de sa socialisation
familiale mais également un « cheval de troie » du genre dans la famille
Les livres d’enfants sont un site central de l’analyse mais aussi la publicité qui joue souvent
sur les stéréotypes de genre pour faire vendre, elle accompagne aussi les transformations
d’une société.
Quelques éléments : enfants choisissent plus facilement un héros de leur sexe, les animaux
héros plutôt masculins (quand féminins, sont très féminisés et souvent petits animaux)
A noter : Les usages → bien voir que les usages ne sont jamais totalement anticipés.
Apport des cultural studies et des études de la réception. Cf. lecture des romans « à l’eau de
rose » ou encore des mangas (cf. article de Détrez).
Fin années 1980, ouvrage Baudelot et Establet, Allez les filles dresse le constat de
l’amélioration des taux de scolarité et de la réussite scolaire des filles. De là prend en
compte la question du genre.
Depuis le début des années 1970 l’école est devenue l’un des rares lieux où l’inégalité
semble s’être renversée au profit des filles : réussissent mieux dans leur parcours scolaire.
Depuis 1971 plus de bachelières que de bacheliers (2009, 92% des filles en S contre 88%
des garçons, avec 34% des filles avec mention B ou TB contre 28% des garçons)
Attention toutefois à la ségrégation sexuée des filières scolaires et pro. En majorité les filles
vont vers les sections littéraires moins valorisées (2009, 79% des filles en L, 45% en S). A
l’université les filles investissent des filières « relationnelles » qui leur donnent accès aux
métiers de l’éducation, du social et de la santé ; alors que les garçons vont dans les études
d’ingénieur conservant leur domination dans l’accès aux postes à responsabilité dans le
monde de l’industrie et des affaires.
➔ A noter que le coût de la transgression subi par les filles est plus élevé que pour les
garçons : une fille qui aura fait des études d’électronique aura moins de chances d’avoir un
emploi, une rémunération plus faible ; un garçon qui devient sage-femme sera plus « prisé »
et ont un avenir pro plus rapide.
Bref, paradoxe : plus grande réussite des filles mais orientation vers les filières les plus
dévalorisées symboliquement et les moins rentables sur le marché du travail.
Explications de Baudelot & Establet → les filles sont, dès l'enfance, socialisées de manière
à être davantage en conformité avec les attentes de l’univers scolaire que les garçons.
Apprennent plus facilement le « métier d’élève » que les garçons.
Si la socialisation féminine permet de comprendre le succès scolaire des filles, elle permet
aussi de comprendre leur mise à l’écart des filières les plus prestigieuses : les filles sont
moins socialisées que les garçons à la compétition et à l’affrontement, elles vont avoir
tendance à se mettre en retrait lorsque la sélection scolaire s’élève. La socialisation
masculine prépare davantage les garçons à la « certitude de soi » et à la culture du conflit.
D’autres explications et nuances ces explications qui négligent les capacités de résistance
des filles et leurs usages de l’institution scolaire.
- SelonMarieDuru-BellatL’écoledesfilles.Quelleformationpourquelsrôlessociaux?L’Har
mattan 1990 → les choix d’orientation des filles sont des « stratégies » sous
contrainte : les filles s’orientent vers les filières qui, selon leurs anticipations, leur
permettront de s’intégrer au mieux dans un marché du travail largement ségrégué
selon le sexe, et qui exclut largement les femmes des emplois liés à l’exercice du
pouvoir.
- Catherine Marry, les femmes ingénieurs. Une révolution respectueuse Belin,
2004→thèse de « l’insoumission discrète » : dans leurs choix d’orientation souvent
davantage formulés en termes de « goûts » les filles manifestent une certaine
distance à l’égard du « modèle canonique d’excellence » fondé sur le diktat des
maths et l’investissement exclusif sur la carrière.
De fait, les travaux croisant sociologie du genre et sociologie de l’éducation
montrent que l’école n’est pas un lieu neutre.
- En premier lieu, les rapports de genre affectent la distribution des rôles et des
positions des professionnels de l’institution scolaire : dans les programmes, on voit
plus d’hommes dirigeants que de femmes ; du point de vue des profs, plus de
femmes parmi les enseignantes du primaire (81.7%) et les enseignantes du second
degré (57.9%), alors que les profs agrégés sont plutôt des hommes (54%).
- Ensuite, pas les mêmes comportements à l’égard des élèves filles qu’avec les
garçons. Les garçons sont davantage perçus comme des individualités alors que les
filles apparaissent comme plus indifférenciées. Les profs récompensent les
performances des garçons alors qu’ils valorisent plutôt la conformité des filles. Ils
attribuent les réussites des filles à leurs efforts, et celles des garçons à leurs talents
(cf . analyse des annotations sur les copies et bulletins). En cas d’échec, il est dit que
les garçons « n’exploitent pas toutes leurs capacités »
- Attentes stéréotypées quant aux comportements des deux sexes : on attend à ce
que les filles soient sages et les garçons dissipés. Les filles deviennent souvent les «
auxiliaires pédagogiques » des garçons. En retour ces attentes formatent aussi les
comportements
L’école est aussi un lieu de socialisation horizontale par les pairs. Cf. la cour de
récréation, division sexuée des jeux et de l’espace.
La socialisation de genre en pratiques
- Le sport
- Pratiques culturelles fortement sexuées à l’adolescence -→jeux vidéos vs écriture
de journal
intime...jeux de rôles vs phénomène de fans ...pop vs rap
- Pratiques amoureuses et sexuelles sont un autre site important d’apprentissage des
normes de genre (cf. article de Diter sur EPI)
- La délinquance
Genre et travail
Les réflexions sur le travail→volet central des études sur le genre. A l’origine de ces
réflexions : la mise en évidence du travail domestique. Et de son corollaire la division
sexuée du travail.
Pour les sociologues, l’analyse de cette division sexuée du travail constitue une clé
essentielle d’élucidation des inégalités de genre dans la sphère professionnelle que l’on
peut travailler selon deux volets : inégalités d’accès à l’emploi (partie I du cours) et
inégalités dans le travail (partie II du cours).
➔ En 1963, Betty Friedan dans The Feminine Mystique dénonce le malaise qui n’a pas de
nom des femmes au foyer. Sa réflexion s’inspire des courants libéraux et égalitaires du
féminisme qui feront de la participation des femmes au marché du travail à égalité avec les
hommes la clé de leur émancipation.
Parmi les tâches du travail domestique : il y a celles qui ont vocation interne à la sphère
familiale (ménages, enfants, etc.) et celles qui bien que réalisées dans la sphère privée
participent à l’activité productive : ex les tâches réalisées pour le compte du conjoint dans
l’agriculture, le commerce, l’artisanat ou les professions libérales.
Si les différents mouvements divergent quant aux solutions proposées, tous s’accordent
pour identifier l’invisibilité sociale de ce travail féminin comme un problème.
A cet égard, en France, étude réalisée en 1981 par Anne Chadeau et Annie Fouquet à partir
des enquêtes « Emploi du temps » de l’INSEE
Dans cette enquête, définition du travail domestique : « toute activité réalisée gratuitement
au domicile et qui a un substitut marchand »
➔ Parmi les résultats : en 1974 une femme dite « inactive » accomplit 40 heures de travail
domestique par semaine.
La participation des femmes au marché du travail ne s’accompagne pas d’une redistribution
égalitaire du travail domestique entre les sexes : les femmes qui travaillent à temps plein
consacrent 27.7h /semaine au travail domestique ; les homme 16.5h/semaine.
Sur le temps long → Le travail domestique des femmes s’est significativement réduit : de
7.3h/jour en 1966 à 4.7h/jour en 1998.
De fait, l’épouse fournit des biens et services domestiques à son mari en échange, non
d’une rémunération, mais d’un entretien. Caractère injuste de cet échange qui suppose une
disponibilité infinie contre un entretien non garanti. Quand la femme a un travail, cela ne
s’arrête pas.
Division sexuée du travail a des implications plus générales pour la citoyenneté sociale des
femmes. Par exemple, les droits sociaux sont très souvent reliés à l’emploi.
Le travail salarié des femmes apparaît plus nettement au XXè. D’ailleurs c’est marqué par
un encadrement législatif spécifique à partir du tournant du XXè en France : législation «
protectrice » du travail féminin (une des mesures emblématiques est l’interdiction du travail
de nuit des femmes en 1892) entérine les inégalités structurelles entre hommes et femmes
(différentiel de salaire notamment), l’instauration d’un congé de maternité (1913) constitue
une forme de reconnaissance d’un modèle de mère active sur le marché du travail.
A partir des années 1960 taux d’activité des femmes amorce une progression rapide : en
France, ce taux pour les femmes de 25 à 49 ans passe de 59.9% en 1975 à 84.2% en 2010,
le nombre de femmes actives (tous âges confondus) a pratiquement doublé entre 1962 et
1999 de 6.6 millions à 12.2 millions. Cette tendance concerne tous les pays de l’Union
européenne. Elle correspond à une extension de l’emploi salarié qui accompagne la
tertiarisation de l’économie.
Mères actives
Progression significative de l’activité des mères : en 1954 et 1982, taux d’activité des mères
de deux enfants passe de 24.7% à 57.7%
Cf. Maruani dans Travail et emploi des femmes, en France le modèle dominant dans
l’articulation entre activité professionnelle et maternité n’est ni celui du « choix » ni celui de «
l’alternance » mais celui du «cumul» selon lequel les maternités n’induisent pas
d’interruption de la trajectoire professionnelle.
En général mères majoritairement actives, c’est à l’arrivée du 3ème enfant que le taux
d’activité baisse de façon significative.
En France ce taux a été favorisé à partir des années 1970 par le développement de services
de garde pour enfants. A relever que ces moyens de garde extra-familiaux ne concernent
qu’une minorité (30%) d’enfants.
Progression globale donc mais modalités d’insertion des h et des f restent différenciées.
Spécificité sur le temps de travail (plus de temps partiel qui reste une forme d’emploi
essentiellement féminine) et sur le chômage (frontière entre chômage et inactivité plus
poreuse que pour les hommes)
Le travail à temps partiel est un travail de femmes. Dans UE, en 2009, 31.5% des f
travaillent à temps partiel contre 8.3% des hommes. En France, en 2010, 30.1% des
femmes actives sont à temps partiel contre 6.7% des h, cette forme d’emploi est à 80%
féminine.
Temps partiel ne connaît progression que dans les années 1980 (16.4% des actives en
1975, 28.9% en 1995). En somme, dans contexte de crise, cette forme d’emploi a été
encouragée par les pouvoirs publics, à travers divers dispositifs incitatifs visant aussi bien le
public que le privé.
Les employeurs se sont saisis de ces incitations : dans des secteurs tels que commerce,
nettoyage, services à la personne, le temps partiel constitue une forme permanente de
gestion de main d’œuvre. C’est donc majoritairement imposé par les employeurs que choisi
ou demandé par les employés.
Sens commun : temps partiel privilégié par les mères or, quand on regarde les chiffres, il est
relativement plus fréquent chez les moins de 25 ans et les plus de 59 an, seuls 34% des
emplois féminins à temps partiels ont été choisis pour des raisons familiales.
Le temps partiel « choisi » pour raisons familiales concerne des femmes plus qualifiées,
dans des emplois stables souvent dans le public.
Chômage et inactivité
Le chômage féminin tend à être sous-évalué. Se déclarent inactives plutôt que chômeuses.
Porosité des frontières entre chômage et inactivité. Subjectif : parfois plus valorisant de se
présenter comme mères au foyer que comme chômeuses. La réciproque masculine reste
inconcevable : cette alternative entre chômage et inactivité n’existe pas pour les h et ceux-ci
vivent par ailleurs l’expérience du chômage comme une épreuve pour leur masculinité (cf.
art. sur l’EPI de Pochic)
Les politiques sont loin d’être neutres aussi. Tentation grande d’inciter au passage du
chômage à l’inactivité (inactives sont chômeuses en moins). Une des logiques qui en France
ont présidé à l’adoption de l’Allocation parentale d’éducation (APE) versée aux parents (de
fait aux mères dans 98% des cas).
Bref→la féminisation du marché du travail n’a pas débouché sur une véritable égalité dans
l’accès à l’emploi. La parentalité continue de produire des effets différenciés sur l’activité. La
division sexuée du travail perdure par-delà la progression globale de l’activité féminine.
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Hommes et femmes n’occupent le plus souvent pas les mêmes postes, ni dans les mêmes
conditions.
On verra que 1- ils continuent, tendanciellement, à ne pas exercer les mêmes métiers et
2-quand ils le font ce n’est pas dans les mêmes conditions et enfin, 3-ils ne connaissent pas
les mêmes progressions de carrière.
Déjà on l’a dit les formations restent différenciées (cf. socialisation de genre et école)
Les femmes restent concentrées dans un nombre plus restreint de métiers que les h. Dans
le secteur tertiaire qu’elles ont largement investi, elles sont venues grossir les rangs des
professions déjà anciennement féminisées, notamment l’éducation, la santé, le social et
l’administration publique. A contrario, le secteur secondaire reste fortement masculin.
Femmes concentrées dans métiers aux contours mal définis dont la qualification est peu
reconnue et qui sont par conséquent peu rémunérés. Les métiers du care, relatifs aux soins
et à la prise en charge des enfants et des adultes dépendants.
➔ Parce que ces métiers sont perçus comme s’inscrivant dans la continuité du rôle
et des valeurs associées aux f dans la sphère privée, leur qualification est peu
reconnue et leur professionnalisation limitée.
➔ Faible reconnaissance sociale du travail du care est aussi liée au fait que la
discrétion voire l’invisibilisation sont justement les conditions d’une réalisation
efficace des tâches concernées « pour être efficace le travail du care doit s’effacer
comme travail ; il faut savoir anticiper sur les demandes et dissimuler les efforts
pour parvenir au résultat souhaité » (Pascale Molinier) Cf. art donné à lire sur « se
salir les mains »
De manière générale et au-delà des métiers du care, il faut bien voir que l’analogie
avec le travail domestique, ainsi qu’avec les valeurs associées aux femmes dans la
sphère privée (minutie, répétitivité, soin, dévouement, séduction, patience) constitue
un ressort durable des représentations sociales du travail des f et de l’assignation
de ces dernières à certaines tâches.
Enjeux de la mixité
Les travaux montrent que la mixité s’accompagne d’une recomposition plutôt que d’un
effacement des distinctions sexuées et des inégalités.
Analyse empirique → la progression des f dans une profession n’induit pas nécessairement
une dévalorisation de cette dernière. En revanche elle peut dans certains cas lui faire suite,
l’accès des femmes étant facilitée par la moindre attractivité de la profession concernée
pour les h.
➔ la perte de prestige est le plus souvent liée à d’autres facteurs que la féminisation. Par
ex : alors que la perte de prestige de l’enseignement primaire et secondaire a pu être
associée à la féminisation de la profession, la dévalorisation est plus liée au changement du
statut de cet enseignement au sein de la formation initiale, du fait de la démocratisation
scolaire et de l’allongement des études.
Au sein des professions mixtes, tendent à se définir des spécialités masculines et féminines.
Parmi les musiciennes professionnelles des différenciations se font jour à travers les
instruments, entre interprètes et chanteuses ou encore entre enseignantes et interprètes
Dans les professions mixtes, certains segments, parmi les plus valorisés socialement,
restent des bastions masculins.
De plus, les f dans milieu masculin sont susceptibles de souffrir d’une culture masculine qui
imprègne les interactions quotidiennes. Geneviève Pruvost dans les « coulisses » du travail
policier (art. dans Sociétés contemporaines)→pot bien arrosé, blagues à caractère
scatologique et sexuel ou encore exhibition du désir sexuel constituent autant
d’illustrations d’une sociabilité entre policiers fondée sur « une exaltation de la virilité ». La
présence des f a entraîné un recul des formes les plus extrêmes de ce sexisme
institutionnel, il n’en demeure pas moins que leur présence n’est tolérée qu’au prix de leur
absence de contestation de cette culture masculine et du harcèlement sexiste qu’elle
implique.
1- Laprésencedesfdanscesprofessionsn’esttoléréequ’entantqu’elleresteminoitaire(ce
qui peut conduire à l’établissement de quotas informels) et que les f ne contestent
pas le sexisme institutionnel
2- Les travaux sur l’expérience des h minoritaires dans des professions à dominante
féminine montrent que les effets de cette spécialisation des tâches en termes de
progression
hiérarchique sont encore plus nets : on a ainsi pu parler « d’escalator de verre », non
seulement pas de freins à l’embauche mais dans leur métier ils sont canalisés vers les
tâches les plus valorisées et utiles pour leur progression de carrière. Chez aucun d’eux on
ne retrouve de récit comparable à ceux des environnements de travail « empoisonnés »
décrits par les f minoritaires dans professions masculines
Dans une profession donnée les f sont de moins en moins présentes au fur et à mesure que
l’on s’élève dans la hiérarchie, elles sont très rares aux postes de plus haut niveau→plafond
de verre. Existe dans entreprises privées mais aussi administrations publiques. En France
17% de f sont dirigeantes d’entreprises, que 15% des membres des CA d’entreprises du
CAC 40. Dans fonction publique, en 2007, les f sont 63% des agents de rang A, elles ne
sont plus que 22% parmi les corps et emplois d’encadrement et de direction.
Comment expliquer que le public, où la promotion pro se fait par concours interne il puisse
y avoir un tel plafond ? Normalement le caractère formel, ouvert, méritocratique,
impersonnel.
Pour les entreprises privées, trois grands ensembles de facteurs peuvent être distingués qui
attestent la prévalence d’un modèle masculin de progression des carrières : 1- des
éléments ayant trait aux politiques formelles de gestion des carrières, 2- le rôle des
relations informelles dans la promotion professionnelle, 3- sur un plan plus symbolique la
prégnance d’attentes de rôles sexués quant à la figure idéal de manager.
Cf. art donné Bereni, Jacquemart sur « diriger comme un homme moderne »
Les normes organisationnelles, parce qu’elles sont marquées par un biais masculin
peuvent constituer des sources de discrimination envers les femmes
indépendamment de toute intention discriminatoire: la discrimination indirecte revêt
alors la forme d’une discrimination institutionnelle
L’analyse des normes et procédures organisationnelles s’avère ainsi
particulièrement féconde pour saisir les mécanismes de reproduction des inégalités
au travail. Elle révèle les contraintes structurelles qui au sein d’une organisation
donnée produisent des progressions à deux vitesses
Genre et politique
Plus que d’autres univers sociaux, le champ politique est associé au masculin.
Les recherches sur le genre et la politique se sont développées avec retard par rapport à
d’autres domaines des études sur le genre. Déjà parce que les recherches féministes n’ont
pas considéré ce champ comme un champ d’investigation prioritaire et ensuite parce que la
science politique, en tant que discipline, a été une discipline très masculine, et enfin, parce
que les politistes ont longtemps repris à leur compte les discours universalistes et
neutralisant des théoriciens et acteurs politiques masculins.
L'exclusion des femmes n’est pas une spécificité de l’époque contemporaine. La progression
des idées libérales et démocratiques n’a pas ébranlé la mise à l’écart politique des femmes.
Travail de Carol Pateman, The Disorder of Women : Democracy, Feminism and Political
Théory, 1989 → met à jour le “contrat sexuel” fondé sur la différence hiérarchique entre les
sexes caché derrière le « contrat social » affirmant l’égalité entre individus libres. Termes
hommes et individus sont lus comme génériques et universels. En d’autres termes, si on lit
attentivement seuls les hommes sont nés libres et égaux.
Locke Deux traités de gouvernement→Locke dissocie nettement la vie politique, régie par
des liens conventionnels entre individus libres et égaux, de la vie familiale où prévalent les
liens naturels. Une fois adultes, « les fils sont tout aussi libres et égaux que leurs pères » et
ne peuvent donc être gouvernés que par leur propre consentement. De fait, pour Locke, la
domination du mari sur son épouse est un fait incontestable parce qu’elle trouve son «
fondement » dans la nature.
Les individus engagés dans le contrat social sont de fait des hommes -passés du statut de
fils soumis à l’autorité du père à celui de frères égaux établissant leur propre loi.
Rousseau, l’exclusion des femmes est encore plus explicite. Surtout explicite dans Emile ou
de l’éducation : les femmes sont irréductiblement liées à la nature et seuls les hommes
peuvent accéder à la l’individualité abstraite.
En somme, pour les philosophes politiques, l’inégalité des sexes est considérée comme un
fait de nature, elle ne contredit pas le principe d’égalité affirmé dans la sphère politique.
Habermas → le récit historique est « aveugle au genre » ; au contraire selon John Landes
Women and the Public Sphere le genre est au cœur de la définition de la « sphère publique
républicaine » portée par les milieux bourgeois urbains au cours du XVIII en France en
particulier sous la Révolution.
Ce sont des qualités pensées comme masculines, telles la vertu et la raison, qui sont au
cœur de la définition de l’espace public républicain.
En dépit de leur participation, les femmes sont d’emblée privées de droits politiques dès les
1ères heures de la révolution (dès 1789 lois sur les élections les excluent). La Constitution
de 1791 reprend la distinction « citoyens actifs » et « citoyens passifs ». Comme enfants,
pauvres, domestiques et étrangers ont des droits politiques mais privées du droit de vote et
d’éligibilité.
Bref, pour l’écrasante majorité la mise à l’écart politique des f va de soi : pensée comme
fondée en nature, pré-politique et n’a dès lors nul besoin d’être explicitée. Perçues comme
des figures dépendantes.
Cf. Etats-Unis, les ligues de vertu et notamment le mouvement pour la tempérance contre
l’alcoolisme et pour la moralité des h, National Congress of Mothers pour l’éducation des
mères, Women’s trade Union League activités de réformes sociales. Bref, le social devient
une sphère légitime d’engagement féminin. Loi 1901 en France est par exemple une «
brèche pour s’engouffrer dans la vie citoyenne ».
➔ Ainsi face aux contradictions de l’ordre politique, affirmant à la fois moralité des f et leur
exclusion ces mouvements ont eu recours à des rhétoriques paradoxales : d’un côté les
militantes suffragistes ont réclamé l’inclusion politique des f au nom de l’égalité entre
citoyens abstraits ; de l’autre, elles ont revendiqué les droits politiques en vertu de
compétences traditionnellement attachées aux rôles de mère et d’épouse auxquelles elles
étaient assignées. Elles ont pu ainsi arguer que la présence des f en politique permettrait
d’améliorer la moralité de la vie politique.
Panorama → pas la peine d’épiloguer, juste quelques idées : au niveau mondial, le Rwanda
est champion avec 57% de femmes députées au sein de l’AN, Le Yémen est dernier (0,3%),
la France est au 36e rang mondial et 10ème au niveau européen. En majorité les 2/3 des
pays dans le monde sont en dessous de la barre des 20%
L’accès des f au pouvoir exécutif s’est donc opéré en France plus qu’ailleurs par le haut et
par le fait du Prince.
A noter : les femmes ministres sont plus souvent que leurs homologues masculins issues
de la société civile -donc dépourvues de capitaux politiques – durent moins longtemps dans
leurs fonctions et passent plus inaperçues quand elles les quittent.
Globalement on peut dire que le sexe ne constitue plus aujourd’hui dans les pays
occidentaux une variable lourde de prédictions des comportements électoraux
contrairement à d’autres paramètres (patrimoine, lieu de résidence, niveau de diplôme, etc.)
Depuis années 80, les promotions de l’ENA se sont féminisées, leur % parmi les diplômés
varie
entre 1/3 et 1⁄4 et elles figurent en bonne place dans la « botte » les meilleurs classements
de sortie.
Cette féminisation a eu des effets sur le champ politique. Depuis 1980’s présence accrue
des f dans les cabinets ministériels, en 2012 30% des f parmi les conseillers de ministres.
Entrée dans le champ politique par le haut donc par la filière administrative : passage en
cabinet ministériel, portefeuille gouvernemental puis mandat parlementaire.
Bref, convergence des comportements politiques des h et des f, accès croissant des f aux
positions scolaires et pro de l’élite ne s’est pas traduite par une ascension correspondante
dans la champ politique démontrant la capacité de ce dernier à résister aux pressions de la
société. D’où intérêt d’explorer les logiques propres de ce champ.
Deux grands types de recherches sur les mécanismes de fabrication des hiérarchies de
genre au sein du champ politique : celles attentives à la production symbolique de
l’illégitimité des f, centrées sur les discours et les représentations ; celles attentives à la
fabrication organisationnelle de l’exclusion des f centrées sur les partis politiques.
- virilité privilège « style corporel où le physique n’est ni trop investi (ce qui est l’apanage
stéréotypé des classes populaires comme des peuples colonisés) ni trop peu investi (ce qui
a été la marque infamante des homosexuels, des invertis, des intellos bohèmes ou des juifs)
- virilité ressource mimant le style corporel plus ostensiblement viril des h des classes
populaires, historiquement mobilisé par des représentants des courants nationalistes,
populistes ou autoritaires comme manière de signifier la proximité avec le peuple.
Depuis la fin des années 1990, alors que le registre du dévoilement de l’intimité des élites
politiques s’est imposé comme un levier de rapprochement avec les citoyens, la vie
conjugale des h politiques se trouve mise en scène de manière croissante.
La bonne masculinité de l’homme politique est imbriquée dans des rapports sociaux de
race. Cf. étude E. Fassin sur la campagne de Barack Obama lors des primaires du parti
démocrate puis présidentielle.
Figures assignées de la féminité politique
Dans leur étude, Achin & Dorlin mettent en avant trois principales figures stéréotypiques
auxquelles les femmes pénétrant dans les territoires politiques masculins ont été assignées
:
Moins présentes que les h à la « base » des partis, les f sont de longue date
sous-représentées dans leurs instances dirigeantes. Cf. Enquête de l’Union parlementaire
en 1997→80 pays et 500 partis : dans 10,8% des cas le parti est dirigé par une f, seuls
33,1% incluent au moins une f dans leurs instances dirigeantes.
Travaux de Bargel sur les organisations de jeunesse du PS et de l’UMP : dans ces lieux qui
sont des lieux d’apprentissage du rôle de militant.e, « le genre agit pour définir la répartition
des tâches entre militant.e.s et les hiérarchiser ».
Prime aux insiders : plus on détient une position établie plus on a de chances de remporter
l’élection et donc de se voir confier l’investiture pour un mandat fortement convoité. Or les
femmes ont moins que leurs homologues masculins cumulé des capitaux politiques.
Bref, l'hégémonie masculine du champ politique s’auto-entretient : le fait que les hommes
détiennent une grande partie du pouvoir politique augmente leurs chances d’en accumuler
davantage.
Genre et politique à l’ère des quotas et de la parité
On peut classer les politiques de quotas en trois catégories : 1- réserver des sièges aux f
parmi les élus (Inde, 1993et Rwanda en 2003) ; 2- adopter une règle électorale imposant
aux partis de présenter un certain % de f sur les listes de candidats (Belgique, France avec
loi sur la parité en 2000, la plupart des pays d’AL) ; 3- quotas adoptés à l’initiative des
partis politiques (quota intra- partisan forme la plus répandue dans le monde, années 1980
en Allemagne, Danemark et Norvège puis années 1990 Afrique du Sud, Australie, Finlande
et Suède).
Première manière d’évaluer l’impact des quotas est de mesurer leur efficacité
numérique→de fait les études comparatives montrent que l’efficacité des dispositifs de
quotas ne dépend pas de leur caractère légal ou intra-partisan. Dans le cas des quotas
intrapartisans, les f représentent plus de 30% des parlementaires. L’élément le plus
déterminant est celui de la puissance des organisations féminines au sein des partis. Pour
les quotas légaux pas toujours très efficaces : leur impact dépend du niveau du quota, du
périmètre des élections concernées et de la nature des sanctions prévues. Ex au Brésil le %
de f a diminué faute de sanctions. Belgique on est passé des quotas à la parité et cela a
permis d’élever la représentation féminine au Parlement à plus de 35%.
Enquête d’Achin & co bilan en demi-teinte→la parité a ouvert la voie à une certaine
banalisation de la figure des « femmes politiques », les attributs sociaux de la féminité ont
pu devenir une ressource désormais mobilisée par des f politiques dans leurs stratégies de
présentation de soi à côté d’autres ressources politiques traditionnellement plus rentables
(diplômes, statut pro, longévité politique, etc.)
Idée de « mouvements sociaux sexués » dans le sillage des travaux de Danièle Kergoat. Le
concept clé de ce courant de recherche est la « division sexuée du travail militant » (transfert
de la notion de « division sexuée du travail » dans le cadre des collectifs militants)
Grosso modo, les femmes petites mains du travail syndical et du travail militant Cf.
McAdam Freedom Summer
Genre et syndicalisme
Au sein des associations les écarts se réduisent tendanciellement mais l’univers associatif
reste ségrégué selon le sexe. Les hommes s’engagent dans associations sportives, de loisir,
associations en lien avec la vie pro ou encore les associations de défense de
l’environnement. Les femmes sont plus nombreuses dans les associations de parents
d’élèves, dans les associations sanitaires, sociales, caritatives ou humanitaires ou encore
religieuses.
Les mouvements de femmes n’ont pas forcément comme objectif principal d’agir en faveur
des femmes ou contre la hiérarchie des sexes. Parfois ces mouvements peuvent même
véhiculer une idéologie hostile à tout changement des rôles de sexes : ex ligues féminines
catholiques.
Depuis le XIX l’Etat a beaucoup accru le périmètre de ses interventions dans les pays
occidentaux. Quels sont les présupposés et les effets de ces interventions du point de vue
du genre ?
Jusqu’aux années 1970 la dimension de genre des politiques publiques était très visibles
puisque la plupart appliquaient ouvertement des traitements différents et inégaux entre les
Evolutions, par exemple, les politiques familiales se sont de moins en moins adressées
spécifiquement aux mères et de plus en plus aux parents. Il n’empêche que les politiques
sociales continuent de reposer sur certaines représentations de ce que doivent être les
rapports de genre, et de produire des effets de ce point de vue.
Les femmes tributaires de leur statut d’épouse et de mère pour avooir des droits sociaux
Grande différence entre les modèles nationaux : modèle fort de male breadwinner (Irlande,
GB), modèle modifié (France) et modèle faible Suède.
Les politiques publiques en faveur de l’égalité des sexes Emergence des politiques d’égalité
des sexes
Intersectionnalité
Cf. texte Jaunait sur l’EPI→terme très utilisé, partout. L’intersectionnalité est d’abord le nom
d’un problème plutôt que celui d’une solution, et ses usages s’éclairent d’autant mieux
qu’on les réinsère dans les configurations où ils sont déployés. Dans la multiplicité de ses
occurrences, l’intersectionnalité reste un objet éminemment politique
Problématique à la fois sociologique et politique
Cette opération permet d’ouvrir un champ d’analyse spécifique à la question du genre elle
ouvre en même temps vers une stratégie politique de déspécification des rapports de genre
puisque ceux-ci sont pensés sous la forme plus générique de la domination : la domination
de genre n’est qu’un cas particulier de la domination sociale.➔Cela invite à rapprocher le
genre d’autres formes et c’est ce que vont faire les féministes matérialistes en proposant de
le comparer aux rapports de race et de classe. Mais au départ dans les années 1970
surtout en analogie avec la classe.
Les conflits internes au mouvement féministe ont amené à penser l’articulation du genre et
des autres rapports de domination, non plus sous la forme de la comparaison mais de
l’intersection, c’est-à-dire de la simultanéité ou de l’intrication des formes de domination de
race, de classe et de sexe.
Travaux sur les ouvrières : la condition des ouvrières ne se résume pas à une « double
oppression » mais s’insère dans un « système intégré » dans lequel l’exploitation capitaliste
n’est pas vécue de la même manière par les h et par les f. « Système intégré » : classe et
sexe ne s’additionnent pas comme des propriétés indépendantes mais se construisent
mutuellement.
Ce problème bien réel permet de déplacer le regard vers les cadres de représentation des
systèmes prenant en charge la lutte contre les discriminations, en montrant comment
ceux-ci sont systématiquement construits autour de sujets prototypiques : les hommes
noirs représentent le mouvement noir, et les femmes blanches le mouvement féministe. Par
conséquent, les femmes africaines-américaines apparaissent comme des sujets non
prototypiques de la domination combattue par ces mouvements, les constituant en cas
particuliers exclus de la représentation.
Le black feminism→non pas défendre une catégorie particulière, celle des femmes noires
ou de couleur, mais de penser, à partir d’une position sociale déterminée, une critique de la
domination qui soit susceptible de concerner tous les groupes opprimés.➔Courant
féministe critique formé à la fin des années 1970 aux Etats-Unis contestant l’hégémonie
des représentations blanches de classe moyenne qui guident les représentations du
féminisme majoritaire. Les black feminists proposent de reconstruire le sujet politique du
féminisme en pensant les intersections des différentes formes de domination et en
proposant des stratégies de coalition entre minorités politiques.
➔ En d’autres termes, la critique des Black feminists ne cherche pas tant, ou pas
seulement, à faire valoir une spécificité sociologique (être femme et noire est une situation
absolument spécifique) qu’à dénoncer un cadre de représentation qui les invisibilise et les
rend spécifiques (être femme et noire dans le mouvement des femmes et le mouvement
noir tels qu’ils sont constitués rend les femmes noires invisibles).
Tout système de représentation est en effet construit sur des cas génériques considérés
comme légitimes pour incarner un groupe et ses revendications. Si l’on cherche à reformuler
ce problème, la critique originelle des théories de l’intersectionnalité ne consiste pas tant à
désigner des groupes qui seraient intersectionnels par essence qu’à faire de
l’intersectionnalité une propriété des systèmes de représentation, mettant certains sujets
considérés comme non génériques en situationd’intersectionnalité.
➔ L’intersectionnalité représente un angle mort au sein d’un plan de coordonnées sur
lequel on s’obstine à tracer des droites, une position invisible créant une complexité
artificielle attribuée à certains sujets plutôt qu’à d’autres. Au niveau sociologique, il n’existe
pas de sujets plus intersectionnels que d’autres au sens de l’intersection des rapports de
pouvoir. En revanche, dans l’abstraction de la représentation qui caractérise la politique,
certains sujets sont bel et bien mis dans une situation qui les efface et les invisibilise.