Chapitre 2. Le consommateur.
2.1. Le problème du consommateur
On s’intéresse à la consommation de biens d’un consommateur donné.
On définit un plan de consommation du consommateur comme la donnée
de sa consommation de chaque bien k. Formellement, c’est un point x dans
l’espace des biens RK .
On appelle ensemble de consommation du consommateur l’ensemble des
plans de consommation satisfaisant ses besoins vitaux. C’est un sous-ensemble
X de l’espace des biens RK .
Remarque 2.1. Dans X, la consommation d’un bien par le consommateur
peut être négative (Cf., par exemple, le temps, la demande de loisir et l’offre de
travail).
2.2. Préférences du consommateur.
On admet que, face à deux plans de consommation quelconques, le con-
sommateur peut dire s’il préfère l’un, l’autre, ou s’il est indifférent. On admet
ensuite que ces préférences peuvent être représentées par une fonction d’utilité,
associant à tout plan de consommation x dans RK un nombre U (x) ayant
l’interprétation suivante :
U (x0 ) > U (x1 ) ⇔ le consommateur préfère x0 à x1 .
2.3 Notions dérivées
On définit une courbe d’indifférence du consommateur comme un ensem-
ble de points de l’espace des biens RK équivalents au sens des préférences du
consommateur. Tous les points x d’une même courbe d’indifférence ont même
utilité U (x) = u.
x2
Courbe
d’indifférence
x’
+
x
+
O x1
1
Exercice 2.1. Représenter la courbe d’indifférence U (x) = 1 quand le con-
¡ ∗ ¢2
sommateur est caractérisé par l’ensemble de consommation X = R+ et la
fonction d’utilité U (x) = ln (x1 ) + ln (x2 ) définie sur X.
2.3 Propriétés des préférences
On expose et on commente ici les hypothèses utilisées par la suite.
Hypothèse 2.1 : L’ensemble de consommation X vérifie les propriétés :
- il est convexe, fermé et borné inférieurement ;
- il contient le vecteur nul ;
- il vérifie : si x ∈ X et x0 > x, alors x0 ∈ X.
x2
O x1
Hypothèse 2.2 : La fonction d’utilité U est définie sur X, continue et crois-
sante :
Si x0 > x, alors U (x0 ) > U (x) .
En d’autres termes, le consommateur n’est jamais saturé de consommation.
Hypothèse 2.3 : La fonction d’utilité U est différentiable deux fois. Ses
dérivées premières ne sont jamais toutes simultanément nulles.
Hypothèse 2.4 : La fonction d’utilité U est strictement quasi-concave :
∀t, 0 < t < 1, on a U (tx + (1 − t) x0 ) > min {U (x) , U (x0 )}
Autrement dit, l’ensemble des plans de consommation préférés à un plan de
consommation x quelconque est strictement convexe. Une justification de cette
hypothèse peut être un goût du consommateur pour la variété.
2.3 Substitution et valeur
La notion de valeur se confond avec celle de termes d’échange entre les biens.
Pour le consommateur, la valeur d’un bien se définit par rapport aux autres
biens, en comparant leurs capacités respectives à lui procurer une satisfaction.
2
On définit le taux marginal de substitution du bien 1 par le bien 2, noté
T M S12 , comme le ratio
dx2 U 0 (x)
T M S12 = − = 10 .
dx1 U2 (x)
Cette notion correspond graphiquement à la pente de la courbe d’indifférence
au point x (en valeur absolue) dans le plan (O, x1 , x2 ). C’est la valeur du
quotient dx2 /dx1 , quand dx1 → 0 et quand dx2 est choisi pour maintenir U (x)
inchangé.
Un raisonnement simple permet d’en retrouver l’expression. Soient x et
x + dx deux plans de consommation. Si la fonction d’utilité est différentiable,
l’utilité en ces deux points est liée par la relation
K
X
U (x + dx) = U (x) + Uk0 (x) dxk + o (dx) .
k=1
Supposons que dxk = 0, sauf pour les biens 1 et 2, et que U (x + dx) = U (x)
(par définition du T M S12 , le consommateur est indifférent entre les deux plans
de consommation). On a l’égalité
U10 (x) dx1 + U20 (x) dx2 = 0,
qui permet de retrouver l’expression du T M S12 .
Pour l’interprétation, notons qu’en posant dx1 = −1, cette relation implique
U 0 (x)
qu’il faut que dx2 = U10 (x) = T M S12 pour que le consommateur garde la même
2
utilité. Il revient au même de dire que, du point de vue du consommateur, une
unité du bien 1 vaut T M S12 unités du bien 2.
Exercice 2.2. Calculer le T M S12 pour la fonction d’utilité donnée dans
l’exercice 2.1.
2.4. Comportement du consommateur.
Par hypothèse, le consommateur cherche à maximiser son utilité U (x).
Comme pour l’entreprise, on admet les trois hypothèses suivantes. Avec la
définition de son objectif, elles déterminent sans ambiguïté le comportement du
consommateur dans une économie de marché.
Hypothèse 2.5. (d’information parfaite). Le consommateur a une informa-
tion parfaite sur les prix p et sur ses préférences U (x).
Hypothèse 2.6. (de rationalité parfaite). Il est capable de résoudre sans coût
n’importe quel problème d’optimisation sous contrainte.
Hypothèse 2.7. (de concurrence parfaite). Il considère le vecteur de prix p
comme une donnée et pense pouvoir vendre ou acheter aux prix p n’importe
quelle quantité.
3
2.5. Equilibre du consommateur.
Soient p le vecteur des prix prévalant dans l’économie et R le revenu du
consommateur (supposé donné). Un équilibre du consommateur est un plan
de consommation x0 qui maximise son utilité U (x) dans l’ensemble des plans
de consommation possibles physiquement (x ∈ X) et économiquement (p · x =
PK
k=1 pk xk 6 R) pour lui. Formellement, un équilibre du consommateur vérifie
x0 maximise U (x) , sous x ∈ X et p · x 6 R.
2.5.1. Existence et unicité de l’équilibre.
L’existence d’un équilibre du consommateur est assuré du fait que l’ensemble
des plans de consommation vérifiant x ∈ X et p · x 6 R est fermé, borné et
non vide si R > 0 (Hypothèse 2.1) et du fait que la fonction d’utilité U du
consommateur est continue (Hypothèse 2.2).
L’unicité est garantie du fait que la fonction d’utilité U est strictement quasi-
concave (Hypothèse 2.4).
2.5.2. Propriétés différentielles de l’équilibre.
Une première propriété découle de l’hypothèse 2.2, postulant que l’utilité
est croissante. Par l’absurde, il est évident de montrer qu’elle implique qu’à
l’équilibre, le consommateur sature toujours son budget. Formellement, si x0
est un équilibre du consommateur pour les prix p et le revenu R, il vérifie
P K 0
i=1 pi xi = R.
En utilisant l’hypothèse 2.4 (de différentiabilité de U ), d’autres propriétés
pertinentes peuvent être dérivées.
Alors, si x0 est un équilibre du consommateur et si x0 est intérieur à l’ensemble
de consommation X (il n’est pas sur la frontière), il existe un multiplicateur de
Lagrange λ et une fonction Lagrangienne
ÃK !
X
L (x) = U (x) − λ pi xi − R .
i=1
telle que x0 vérifie les conditions du premier ordre
¡ ¢ ¡ ¢
L0i x0 = Ui0 x0 − λpi = 0, i = 1, 2, ..., K,
et la condition du second ordre
X K
K X K
X
¡ 0¢
00
zi Uij x zj 6 0, pour tout (z1 , z2 , ..., zK ) tel que pi zi = 0.
i=1 j=1 i=1
4
x2
Courbe
d’indifférence
x0
X n {p.x = R}
O x1
p.x=R
Les conditions du premier ordre impliquent qu’à l’équilibre du consomma-
teur, le taux marginal de substitution d’un bien par un autre est égal au rapport
de prix de ces biens. Par exemple, pour les biens 1 et 2, on a
U10 p1
T M S12 = 0 = .
U2 p2
Ce résultat se comprend de la manière suivante. Par définition, le T M S12 =
U10 /U20 est la valeur du bien 1 mesurée en unités de bien 2 pour le consom-
mateur (son utilité est constante s’il obtient T M S12 unités supplémentaires du
bien 2 pour compenser une unité en moins du bien 1). Le terme d’échange entre
ces deux biens sur le marché est tel qu’une unité du bien 1 permet d’acheter
p1 /p2 unités du bien 2. Les conditions du premier ordre impliquent donc qu’à
l’équilibre du consommateur, les valeurs interne et sur le marché des biens coïn-
cident.
¡ La¢ condition du second ordre implique que la surface d’indifférence U (x) =
U x0 est localement au-dessus du plan de budget p · x = R, ce qui garantit
bien qu’on a un maximum d’utilité.
Remarque 2.2. (Ecriture des conditions d’optimalité sous forme matricielle).
Sous forme matricielle, les conditions du premier ordre s’écrivent de manière
plus courte ¡ ¢
Il existe λ tel que DU x0 = λp,
en notant ⎡ ⎤
U10 (x)
⎢ .. ⎥
DU (x) = ⎣ . ⎦
0
UK (x)
le vecteur colonne des dérivées de U au point x. Autrement
PK dit, la normale
à l’ensemble U (x) = 0 et la normale au plan de budget k=1 pi xi = R sont
5
colinéaires en x0 . La condition du second ordre s’écrit
¡ ¡ ¢¢
z 0 D2 U x0 z 6 0, pour tout z tel que (p)0 z = 0
en notant ⎡ ⎤
00 00
U11 (x) · · · U1K (x)
2 ⎢ .
.. .. .. ⎥
D U (x) = ⎣ . . ⎦
00 00
UK1 (x) · · · UKK (x)
la matrice hessienne de f au point y.
Exercice 2.3. Soit un consommateur, caractérisé par son ensemble de con-
¡ ∗ ¢K PK
sommation X = R+ , sa fonction d’utilité U (x) = k=1 ak ln (xk ) (avec
PK
ak > 0, pour tout k, et k=1 ak = 1) et son revenu R. Calculer DU (x) et
D2 U (x). Donner les conditions du premier ordre et du second ordre vérifiées à
l’équilibre du consommateur, noté x0 .
2.6. Fonctions de demande.
Sous les hypothèses 2.1 à 2.4, l’équilibre du consommateur x0 existe et est
unique, pour tout p et tout R. On peut donc définir, pour chaque bien k, une
fonction de demande nette dk (p, R) du consommateur, associant à tout vecteur
de prix p et à tout niveau de revenu R, la quantité x0k prévue dans le plan de
consommation d’équilibre x0 . On établit maintenant les propriétés des fonctions
de demande nette.
On sait que l’équilibre x0 du consommateur pour les prix p et le revenu R
satisfait les conditions
¡ ¢
Ui0 x0 − λpi = 0, i = 1, 2, ..., K,
PK 0
i=1 pi xi = R.
Notons que, si on multiplie tous les prix et le revenu par une même constante
positive, le problème du consommateur est en fait inchangé (il peut s’acheter les
mêmes plans de consommation et sa fonction d’utilité n’est pas modifiée) et a
donc même solution. On en déduit que l’équilibre du consommateur ne change
pas non plus. On a donc la propriété suivante.
Propriété 2.1. (d’homogénéité des fonctions de demande). Les fonctions de
demandes sont homogènes de degré 0 par rapport à p et R.
On interpréte parfois cela en disant que le consommateur n’est pas victime
d’illusion monétaire.
Exercice 2.3. (Suite). Donner l’expression de la fonction de demande dk (p, R)
du consommateur. Montrer qu’elle satisfait la propriété 2.1.
Pour obtenir d’autres propriétés moins immédiates des fonctions de demande
nette, imaginons une modification infinitésimale du vecteur de prix dp et du
revenu dR et cherchons les ajustements dx de l’équilibre initial x0 nécessaires
6
pour retrouver le nouvel équilibre du consommateur ; autrement dit, x0 + dx est
l’équilibre du consommateur pour les prix p + dp et le revenu R + dR, et vérifie
les conditions précédentes.
Différentions le système précédent pour obtenir
µ ¶
PK 00
¡ 0¢ Ui0 (x0 )
U
j=1 ij x dx j − dλ pi = λ − λdpi = 0, i = 1, 2, ..., K,
µ ¶
PK 0
PK Ui0 (x0 )
i=1 dpi xi + i=1 pi = λ dxi = dR.
Sous forme matricielle, ceci s’écrit
⎡ 00 ¡ 0 ¢ 00
¡ 0¢ ¡ ¢ ⎤⎡ ⎤ ⎡ ⎤⎡ ⎤
U11 x · · · U1K x −U10 x0 dx1 1 ··· 0 0 dp1
1⎢⎢
..
.¡ ¢
..
.
..
.¡ ¢
..
.¡ ¢
⎥ ⎢ .. ⎥ ⎢
⎥⎢ . ⎥ ⎢
..
.
..
.
..
. 0 ⎥
⎥ ⎢ .. ⎥
⎢ ⎥
⎢ ⎥⎢ ⎥=⎢ ⎥⎢ . ⎥
λ ⎣ U 00 x0 · · · U 00
x 0
−U 0 0 ⎦ ⎣ dxK ⎦ ⎣ 0 ··· 1 0 ⎦ ⎣ dpK ⎦
K1 ¡ ¢ KK ¡ ¢ K x
0
−U1 x 0
· · · −UK x 0 0
0 dλ/λ x01 ··· x0K −1 dR
soit encore
∙ ¡ ¢ ¡ ¢ ¸∙ ¸ ∙ ¸∙ ¸
1 D2 U x0 −DU x0 dx I 0 dp
¡ ¡ ¢¢0 = ¡ 0 ¢0
λ −DU x0 0 dλ/λ x −1 dR
La solution en dx de ce système linéaire détermine les propriétés des fonctions
de demande. Elle existe et est unique si et seulement si la matrice
∙ ¡ ¢ ¡ ¢ ¸−1 ∙ ¸
1 D2 U x0 −DU x0 A −B
¡ ¡ ¢¢0 =
λ −DU x0 0 (−B)0 C
existe (en posant A (K, K), B (K, 1) et C (1, 1)). On a alors
∙ ¸ " ¡ ¢0 #∙ ¸
dx A − B x0 B dp
= 0 ¡ ¢0
dλ/λ (−B) + C x0 −C dR
et on écrit ³ ¡ ¢0 ´
dx = Adp + B dR − x0 dp .
Cette relation s’écrit aussi sous la forme plus explicite
⎛ ⎞
XK XK
dxi = aij dpj + bi ⎝dR − x0j dpj ⎠ , i = 1, 2, ..., K.
j=1 j=1
Cette équation décompose la variation de x en deux parties, que nous disso-
cions dans les paragraphes suivants.
2.6.1. Effet de revenu.
7
Entre l’état initial et l’état final :
- le revenu a varié de dR ; ¡ ¢0 PK
- le coût du panier de biens x0 a varié de x0 dp = j=1 x0j dpj .
¡ On appelle variation compensatrice du revenu la différence dRC = dR −
¢
0 0
x dp. C’est une mesure de la variation du pouvoir d’achat du consommateur
entre les deux états intial et final. Elle est positive si le consommateur bénéficie
d’une augmentation de son pouvoir d’achat, négative sinon.
On appelle effet de revenu la variation dx du plan d’équilibre du consomma-
teur résultant de la variation du pourvoir d’achat de son revenu seulement. On
le détermine en posant dp = 0 dans³ l’expression précédente. L’effet de revenu
¡ ¢0 ´
est donc égal à dx = BdRC = B dR − x0 dp .
On montre que si la variation compensatrice du revenu est nulle, l’utilité du
consommateur reste constante.
Ceci découle directement des conditions du premier ordre. En effet, à l’équilibre,
le
PK budget du consommateur est toujours
PK 0saturé. POn a donc toujours R =
0 K
j=1 pj xj . Il s’ensuit que dR = i=1 xi dpi + i=1 pi dxi . Donc si dR =
PK 0 PK ¡ ¢
i=1 xi dpi , on a i=1 pi dxi = 0. Or à l’équilibre, Ui0 x0 = λpi . En substi-
PK ¡ ¢
tuant, on trouve finalement i=1 Ui0 x0 dxi = 0. Autrement dit, l’utilité est
constante.
2.6.2 Effet de substitution.
On appelle effet de substitution la variation dx du plan d’équilibre du con-
sommateur résultant de la variation des prix seulement, soit à pouvoir d’achat
du revenu constant. Le pouvoir d’achat est constant si la variation compen-
satrice du revenu est nulle ou, ce qui revient au même, si l’utilité du consomma-
teur est maintenue
¡ ¢0 constante. Donc, l’effet de substitution s’obtient en posant
dRC = dR − x0 dp = 0 dans l’expression précédente. L’effet de substitution
est finalement donnée par dx = Adp. C’est le produit de la matrice A, dite
matrice des coefficients de substitution de Slutsky, par la variation des prix dp.
On parle d’effet de substitution car quand dRC = 0, le plan de consomma-
tion initial reste accessible au budget du consommateur (par définition) et, par
conséquent, toute modification du plan de consommation s’explique entièrement
par la variation des prix relatifs.
On peut montrer que la matrice des coefficients de substitution de Slutsky
est symétrique et semi-definie négative. Il sensuit les deux propriétés suivantes.
Propriété 2.2. (de symétrie des effets de substitution). Lorsque la variation
du revenu est compensée, les effets de substitution sont symétriques.
En effet, si dRC = 0, on a
dxi dxj
= aij = aji = , pour tout i et j,
dpj dpi
8
car la matrice A = (aij ) est symétrique.
Cette propriété permet de définir sans ambiguïté les notions de substitua-
bilité et de complémentarité pour le consommateur. Deux biens sont substituts
si aij = aji > 0 (l’augmentation du prix du bien j suscite une hausse de la
demande du bien i) et compléments si aij = aji < 0 (l’augmentation du prix du
bien j suscite une baisse de la demande du bien i).
Propriété 2.3. (de décroissance de la fonction de demande). La demande
d’un bien est non croissante avec une variation positive compensée de son prix.
En effet, si dRC = 0, on a
dxi
= aii 6 0, pour tout i,
dpi
car la matrice A = (aij ) est semi-définie négative (tous les termes de la diagonale
sont négatifs ou nuls).
Exercice 2.3. (Suite). Supposons que pk = ak , pour tout k, et R = 1.
Alors, le plan de consommation d’équilibre x0 du consommateur est x0k = 1 pour
chaque bien k (vérifier-le). Déterminer la matrice des coefficients de substitution
de Slutsky associée à ce cas (Inverser la matrice hessienne bordée, obtenue à
la section 2.6, après différentiation des conditions vérifiées par l’équilibre du
consommateur). En déduire dxi /dpj , pour i = j et i 6= j. Retrouver ces
résultats à partir des fonctions de demande dk (p, R).
2.6.3 Représentation graphique
Dans le cas où il y a deux biens, une représentation graphique des définitions
et des résultats précédents est possible.
x2 U+dU
U0
A
E
E’
F
C x1
O B
p0.x=R (p0+dp).x=R
Dans l’état initial, les prix et le revenu du consommateur détermine la droite
de budget AB. Le plan de consommation d’équilibre du consommateur est alors
au point E.
9
On considère une modification de l’état initial telle que dp1 < 0, dp2 = 0 et
dR = 0.
Ce nouvel état définit la droite de budget AC du consommateur. Le plan de
consommation d’équilibre du consommateur se déplace au point E 0 .
Comme vu ci-dessus, on peut décomposer le passage de E à E 0 en distinguant
les effets de revenu et de substitution.
L’effet de substitution correspond au passage de E à F .
Le point F serait l’équilibre du consommateur si sa droite de budget était
la droite en pointillés sur la figure. Cette droite de budget "intermédiaire"
est construite parallèle à AC (même rapport de prix) et telle qu’à l’équilibre
"intermédiaire" F , le consommateur ait la même utilité qu’en E (on se déplace le
long de la courbe d’indifférence initiale). Comme vue ci-dessus, cette propriété
est caractéristique d’une variation du revenu compensant la variation des prix
(dRC = 0).
Par définition, on appelle effet de substitution le passage des points E à F
ainsi construits. On vérifie bien que, suite à la baisse du prix du bien 1, le con-
sommateur, la variation du revenu étant compensée, augmente sa consommation
du bien 1 et diminue celle du bien 2.
L’effet de revenu correspond au passage de F à E 0 .
Entre les courbes de budget AB et AC, le consommateur bénéficie d’une
hausse de pouvoir d’achat, "mesurable" par la distance séparant la droite de
budget compensée (en pointillé) et AC.
Par définition, on appelle effet de revenu le passage de F à E 0 . On voit que
le consommateur répercute sa hausse de pouvoir d’achat sur les deux biens.
Remarque 2.4. Il est tout à fait possible que, du fait de l’effet de revenu, la
baisse du prix du bien 1 se traduise au total par une diminution de la demande
du bien 1 et une augmentation de la demande du bien 2.
2.7. Corrigé des exercices.
Exercice 2.1. Représenter la courbe d’indifférence U (x) = 1 quand le con-
¡ ∗ ¢2
sommateur est caractérisé par l’ensemble de consommation X = R+ et la
fonction d’utilité U (x) = ln (x1 ) + ln (x2 ) définie sur X.
On doit représenter les points (x1 , x2 ) tels que ln (x1 ) + ln (x2 ) = ln (x1 x2 ) =
10
ln (e) = 1 ⇔ x2 = e/x1 .
x2
U(x) = 1 ⇔ x2 = e/x1
O x1
Exercice 2.2. Calculer le T M S12 pour la fonction d’utilité donnée dans
l’exercice 2.1.
On a, par définition :
U10 (x) 1/x1 x2
T M S12 = 0 = = .
U2 (x) 1/x2 x1
On peut aussi l’obtenir en calculant la pente de la courbe d’indifférence
U (x) = k dans le plan (O, x1 , x2 ). Elle a pour expression ln (x1 x2 ) = k ⇔ x2 =
2
ek /x1 . On a donc dx2 /dx1 = −ek / (x1 ) . En substituant ek = x1 x2 , on obtient
dx2 /dx1 = −x1 x2 / (x1 )2 = −x2 /x1 . Le T M S12 est la valeur absolue de cette
pente.
Exercice 2.3. Soit un consommateur, caractérisé par son ensemble de con-
¡ ∗ ¢K PK
sommations X = R+ , sa fonction d’utilité U (x) = k=1 ak ln (xk ) (avec
PK
ak > 0, pour tout k, et k=1 ak = 1) et son revenu R. Calculer DU (x) et
D2 U (x). Donner les conditions du premier ordre et du second ordre vérifiées à
l’équilibre du consommateur, noté x0 .
On a ⎡ ⎤ ⎡ ⎤
2
a1 /x1 −a1 / (x1 ) 0
⎢ ⎥ ⎢ ⎥
DU (x) = ⎣ ... ⎦ D2 U (x) = ⎣ ..
. ⎦
2
aK /xK 0 −aK / (xK )
On définit ci-dessous les trois matrices colonnes
⎡ ⎤ ⎡ 0⎤ ⎡ ⎤
p1 x1 z1
⎢ .. ⎥ 0 ⎢ .. ⎥ ⎢ .. ⎥
p = ⎣ . ⎦ , x = ⎣ . ⎦ et z = ⎣ . ⎦ .
pK x0K zK
¡ 0 ¢0
0
Leurs transposées sont notées respectivement (p) , x et (z)0 .
11
L’équilibre du consommateur x0 vérifie les conditions : P
(1) le consommateur sature son budget : (p)0 x0 = R (soit K 0
¡ p0k¢xk = R) ;
k=1
(2) il existe un multiplicateur de Langrange λ tel que : DU x = λp (soit
ak /x0k = λpk , pour tout k) ;
(3) l’utilité est non croissante en
¡ se déplaçant
¡ ¢¢ localement sur la surface de budget
: ∀z ∈ RK , (p)0 z = 0 =⇒ (z)0 D2 U x0 z 6 0.
¡ ¡ ¢¢ P ¡ ¢
0 2
Comme ∀z ∈ RK , (z)0 D2 U x0 z = − K k=1 ak zk /xk < 0, la dernière
condition est toujours satisfaite (la fonction d’utilité est concave).
Exercice 2.3. (Suite). Donner l’expression de la fonction de demande dk (p, R)
du consommateur. Montrer qu’elle satisfait la propriété 2.1.
P PK
La condition (2) implique ∀k, ak = λpk x0k . Donc K k=1 ak = λ
0
k=1 pk xk .
PK
Sachant que k=1 ak = 1 et la condition (1), on en déduit λR = 1. Donc
λ = 1/R. En substituant dans les conditions du premier ordre (2), on trouve
finalement x0k = dk (p, R) = ak R/pk , pour tout k. On vérifie immédiatement la
propriété 2.1 : ∀t > 0, on a dk (tp, tR) = ak (tR) / (tpk ) = ak R/pk = dk (p, R),
pour tout k.
Exercice 2.3. (Suite). Supposons que pk = ak , pour tout k, et R = 1.
Alors, le plan de consommation d’équilibre x0 du consommateur est x0k = 1 pour
chaque bien k (vérifier-le). Déterminer la matrice des coefficients de substitution
de Slutsky associée à ce cas (Inverser la matrice hessienne bordée, obtenue à
la section 2.6, après différentiation des conditions vérifiées par l’équilibre du
consommateur). En déduire dxi /dpj , pour i = j et i 6= j. Retrouver ces
résultats à partir des fonctions de demande dk (p, R).
On vérifie immédiatement que x0k = dk (a1 , ..., aK , 1) = 1, pour tout k.
On doit calculer la matrice :
∙ ¡ ¢ ¡ ¢ ¸−1 ∙ ¸
1 D2 U x0 −DU x0 A −B
¡ ¡ 0 ¢¢0 = 0
λ −DU x 0 (−B) C
La matrice des coefficients de substitution de Slutsky est donnée par le sous-bloc
A.
Quand pk = ak , pour tout k, et R = 1, on a
⎡ ⎤
−a1 0 −a1
∙ ¡ ¢ ¡ ¢ ¸−1 ⎢ ⎥
1 D2 U x0 −DU x0 ⎢ .. ⎥
¡ ¡ 0 ¢¢0 =⎢ . ⎥
λ −DU x 0 ⎣ 0 −aK −aK ⎦
−a1 −aK 0
12
On peut inverser cette matrice en utilisant la méthode de Gauss Jordan :
La matrice de Slutsky est donc
⎡ a1 −1 ⎤
a1 1
⎢ .. ⎥
A=⎣ . ⎦
aK −1
1 aK
et on a
dxi ai − 1 dxi
= < 0 et = 1 > 0.
dpi ai dpj
On vérifie les propriétés 2.2 et 2.3. De plus, tous les biens sont substituts.
13
Pour retrouver ces résultats avec les dk (p, R), on doit considérer des varia-
P PK
tions compensées du revenu : dR = K 0
k=1 xk dpk =
0
k=1 dpk (car xk = 1, pour
tout k). On a
∂ ai R
di (p, R) = −
∂pi (pi )2
∂
di (p, R) = 0
∂pj
∂ ai
di (p, R) = −
∂R pi
Donc, ∀dpk , k = 1, ..., K, et ∀dR, on a
ak R ak
dx0k = − 2 dpk + dR
(pk ) pk
Sachant que x0k = ak R/pk , ceci s’écrit aussi
µ ¶
x0k x0 dpk dR
dx0k = − dpk + k dR = x0k − +
pk R pk R
P
Pour une variation compensée du revenu dR = K 0
k=1 xk dpk :
à PK !
0
dp k x dp k
dx0k = x0k − + k=1 k
pk R
Pour k = i et si seul le prix du bien i varie (dpk = 0, pour tout k 6= i), on
obtient µ ¶ µ ¶
dpi x0 dpi dpi pi x0i
dx0i = x0i − + i = x0i −1 +
pi R pi R
pi x0i
Or x0i = di (p, R) = apiiR =⇒ R = ai . Soit dx0i = x0i dp
pi (−1 + ai ). Si on pose
i
pi = ai , x0i = 1, on vérifie
ai − 1
dx0i = dpi
ai
Pour k = i et si seul le prix du bien j 6= i varie (dpk = 0, pour tout k 6= j), on
obtient
x0j dpj dpj pj x0j dpj
dx0i = x0i = x0i = x0i aj
R pj R pj
Si on pose pj = aj , x0i = x0j = 1, on vérifie
dx0j = dpj
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