Traitement Postural de Pelvispondylite
Traitement Postural de Pelvispondylite
STRASBOURG
à Monsieur Michaël NISAND, pour les années passées au service de notre profession,
Merci pour votre étroite et complémentaire collaboration. Elle permet à cette technique
kinésithérapique de progresser encore, et d’être enseignée au plus grand nombre.
à Monsieur Gilles KNOERY, à Monsieur Graham HOLDUP, pour leur nécessaire soutien
informatique.
de cette formation.
à Christian FLECK, mon époux, pour m’avoir toujours encouragé et soutenu dans ce
au patient, sans qui ce travail n’aurait jamais vu le jour, et qui m’encourage à progresser
Ce qui va toujours m’encourager, dans une voie certes difficile, où la remise en cause s’impose
« Le thérapeute peut pratiquer son art dans la durée et construire un projet mobilisateur. Son
engagement, son implication prennent une dimension symbolique forte. Pour lui, son projet est
reconstructeur : pour moi, après deux années de travail, il est devenu re-créateur. »
Le patient
RESUME
privilégié qu’elle autorise et favorise, de par l’engagement qu’elle nécessite de la part du patient et du
thérapeute.
La période étudiée est de trois ans (1993 à 1996). Les résultats sont encourageants sur le
plan fonctionnel avec sédation des algies. Le traitement se poursuivra bien au-delà de la période
étudiée.
Mots clés :
RESUME
1. INTRODUCTION 1
2. PRESENTATIONS 1
3. LA KINESITHERAPIE CLASSIQUE 4
5.1.1. Clinique 18
5.1.2. Fonctionnel 18
5.1.3. Morphologique 20
5.2. Synthèse 25
5.4.1. Clinique 32
5.4.2. Fonctionnel 33
5.4.3. Morphologique 34
6. CONCLUSION 37
BIBLIOGRAPHIE
ANNEXES
1. INTRODUCTION
monde médical depuis 1898, et pour laquelle les moyens thérapeutiques ont relativement peu évolués.
rééducation bien établi. En 1947 est née la Méthode Mézières, technique complètement novatrice, qui
va révolutionner la kinésithérapie dans le fond et dans la forme. De cette méthode a découlé tout à fait
logiquement la Reconstruction Posturale, qui a vu le jour en 1991. Grâce à la création d’un Diplôme
de l’Université Louis Pasteur de Strasbourg, la Reconstruction Posturale est entrée dans le monde
universitaire.
Ce mémoire a pour but d’étudier ce que la Reconstruction Posturale peut apporter de différent ou de
nouveau dans le traitement de la PSR, si elle est susceptible d’offrir un nouvel espoir aux malades
atteints par cette maladie au long cours, ayant toujours un retentissement considérable d’un point de
Cette étude portant sur un seul cas, n’a en aucune façon, valeur de statistique. Elle fait part d’une
expérience, qui ne demande qu’à être renouvelée auprès du plus grand nombre.
2. PRESENTATIONS
Elle oblige le thérapeute à reconsidérer des concepts classiquement admis. Elle permet une
compréhension plus juste des mécanismes de déformation, par la prise en considération de réalités
anatomo-physiologiques déjà énoncées par Françoise Mézières, et par une analyse complète et précise
manuelle (elle ne nécessite dans son mode d’exercice aucun appareil), « le savoir-faire » seul
individuelle, un seul patient peut être traité à la fois, pour une durée moyenne d’une heure par
séance.
pour le thérapeute, dont la disponibilité doit être complète et l’implication dans le rôle de
guide, totale.
PSR est un rhumatisme inflammatoire chronique à forte tendance ossifiante et ankylosante, atteignant
avec prédilection le squelette axial, plus rarement les articulations périphériques. Elle peut se
compliquer de lésions oculaires, cardiaques et pulmonaires. Des travaux ont démontré que la PSR
survenait avec prédilection chez des sujets porteurs de l’antigène d’histocompatibilité HLA B27.
La fréquence de la maladie est évaluée selon les auteurs entre 0,3 et 1 pour 2000 habitants, avec une
très nette prédominance masculine (90 %). Son début se situe entre 15 et 30 ans.
D’un point de vue anatomo-pathologique, elle est caractérisée par la coexistence de lésions
inflammatoires avec leurs conséquences destructrices, et de proliférations osseuses aux sites d’attache
tendineux, ligamentaires ou capsulaires. Sont concernées les articulations synoviales (la sacro-iliaque
mais aussi certaines syndesmoses et certaines zones extra articulaires d’attache ligamentaire ou
tendineuse.
Elle survient sur un terrain génétiquement prédisposé (2), sous l’influence d’un facteur extérieur
Médicamenteux : Il fait appel aux AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens), qui ont pour but de
Ils sont prescrits à la demande et leur posologie continuellement adaptée par le malade lui-même,
à son état clinique, aussi longtemps que le besoin s’en fait sentir et en restant dans les limites
posologiques. Tous les AINS sont efficaces et particulièrement l’Indocid, qui reste l’AINS de
référence. Il faut toutefois signaler l’existence d’effets secondaires aux AINS, non négligeables et
mal maîtrisés.
Orthopédique : Le port d’un corset en plastique moulé est rarement préconisé. La chirurgie par
ostéotomie vertébrale de redressement pour corriger des cyphoses extrêmes n’est plus vraiment
d’actualité.
L’étude porte sur un patient âgé de 37 ans au début de son traitement de Reconstruction
La maladie en est à son stade d’état, sa diffusion a été rapide, son extension ascendante.
La pelvispondylite atteint les articulations sacro-iliaques, le rachis lombaire et dorsal dans son
Il n’y a pas d’atteinte des articulations périphériques, ce qui bien sur, allège le pronostic fonctionnel.
laquelle, au départ d’une nouvelle prescription, nous lui avons proposé la Reconstruction Posturale.
3. LA KINESITHERAPIE CLASSIQUE
En position debout, sur une vue de profil, la colonne vertébrale est postérieure, les
viscères et les côtes sont antérieurs, la charge est par conséquent en avant du rachis.
La pesanteur tend constamment à nous projeter vers le sol. Une force à l’arrière est nécessaire pour
maintenir notre équilibre debout. L’hypercyphose dorsale qui nous voûte est la conséquence de la trop
grande faiblesse des muscles postérieurs paravertébraux, encore appelés muscles « extenseurs » ou
« érecteurs » ou encore « antigravifiques ». Ces muscles représentent les moyens et les garants de
Dans le concept classique, la pesanteur est considérée comme une ennemie, elle a une
action générale de tassement. La station debout nécessite une dépense d’énergie, le travail musculaire
est indispensable pour maintenir notre équilibre. Les abdominaux sont des muscles de sangle, de
contention du ventre. Nous les considérons comme des muscles « délordosants » lombaires. A ce titre,
ils sont antagonistes des dorsaux. Hypotoniques, ils sont responsables de l’hyperlordorse lombaire.
L’attitude asthénique générale observée favorise l’expiration au détriment de l’inspiration. La
souplesse articulaire est considéré comme étant le seul fait des articulations et de leurs ligaments.
pour réduire l’hypercyphose dorsale, nous renforçons les dorsaux. Notre œil est accroché par les
de plus, nous apprenons au patient à respirer correctement en favorisant le temps inspiratoire, pour
pour récupérer la souplesse d’une articulation, nous utilisons le mouvement passif au départ, puis
Notre rééducation se veut analytique et segmentaire, tant dans le renforcement que dans
lordose lombaire physiologique. Le ventre est globuleux et présente un gonflement inspiratoire, parce
L’œil du thérapeute est heurté par les « bosses », auxquelles le thérapeute s’attaque d’emblée.
But :
Ralentir l’évolution de l’affection, en amoindrir les symptômes et rendre au patient une vie plus
confortable, en permettant l’ossification du rachis dans une position la plus physiologique possible,
Principe :
restant toujours infra douloureux. La rééducation se fait toujours en dehors des poussées
inflammatoires.
Moyens :
Des mouvements vertébro-thoraciques assouplissants actifs, doux et prudents sont proposés. Les
Des mouvements de gymnastique respiratoire qui exercent principalement l’inspiration pour lutter
contre l’attitude asthénique, en s’aidant de l’élévation des bras, pour aider au relèvement des côtes
sont demandés. Le traitement a une visée antalgique propose des massages doux ou des
hydromassages.
toujours été associé au traitement médical. L’objectif principal est d’éviter l’aggravation de l’ankylose
en maintenant le niveau fonctionnel existant, et d’obtenir l’antalgie grâce à des massages et des
hydromassages.
Le patient a été contraint d’accepter une réduction lente et inéluctable de ses possibilités
fonctionnelles, avec des souffrances quotidiennes. Un sentiment d’invalidité de plus en plus présent,
installé. La kinésithérapie proposée n’a pas vraiment apporté de solutions. L’antalgie procurée est de
courte durée, l’ankylose se fait ressentir de façon de plus en plus évidente. La fonction est tout au plus
maintenue au niveau existant, mais on ne peut pas parler l’amélioration fonctionnelle, ni d’antalgie
durable. Le patient n’est guère motivé et ne suit pas ses séances de manière assidue et régulière.
Patient et thérapeute se trouvent enfermés dans un cercle vicieux porteur ni d’espoir, ni d’avenir. Nous
réalisons bien les limites du traitement classique proposé, et nous devons proposer un traitement
différent.
La Reconstruction Posturale vient à point nommé, elle remet en cause les prérequis sur lesquels la
« traditionnel ».
4. LA TECHNIQUE DE RECONSTRUCTION POSTURALE
Grâce à l’héritage laissé par Françoise Mézières, énoncé dans son livre : « Originalités de
Certains muscles, dont ceux du tonus postural, sont agencés en chaînes musculaires :
la chaîne corporéale postérieure, qui s’étend de la base du crâne à la tubérosité tibiale antérieure,
la chaîne antérieure du cou (muscles droit antérieur de la tête, long de la tête, long du cou).
Les muscles d’une même chaîne se comportent comme un seul et même muscle (loi n°1), du fait
Par conséquent, les muscles des chaînes sont tous trop toniques (hypertonie physiologique). Ils
deviendront aussi trop courts (loi n°2). Le système ainsi formé sera très puissant.
De plus, toute modification de la longueur d’un maillon de la chaîne, que ce soit l’élongation ou le
sur les insertions du maillon suivant, l’agencement étant concaténé (loi n°3).
La vocation des muscles des chaînes est triple et se fait dans les trois plans de l’espace.
On comprend bien pourquoi, lorsqu’on s’oppose au raccourcissement par une mise en tension de
la chaîne, on produit instantanément les latéro-flexions et des rotations du rachis et des membres
(loi n°4).
La rotation des membres due à l’hypertonie dans les chaînes se fera toujours en dedans, du fait de
la prédominance tonique des muscles rotateurs internes (pourtant moins nombreux), par rapport
Le diaphragme fait partie de la chaîne antérieure des lombes, (il est donc lui aussi, trop tonique et
trop court). Toute tentative d’élongation de la chaîne, de même que toute douleur ou tout effort, va
Puisque les muscles sont organisés en chaîne, nous ne pouvons pas avoir d’action isolée sur un
muscle. Les muscles étant trop toniques et trop courts, il devient souhaitable de chercher à
De plus, du fait de cette hypertonie physiologique résiduelle dans les chaînes, les muscles perdent
Ces mouvements vont forcément être compensés, d’autant plus, que le raccourcissement de la
chaîne sera important. Des rétractions apparaissent. Elles vont fixer des déformations, sous forme
de creux ou de bosses qui ne sont pas d’origine. Ces dysmorphismes nous éloignent du Parangon.
Le Parangon est la morphologie parfaite, idéale, originelle, pour laquelle tous les éléments
musculaires composant les chaînes ont leur longueur physiologique normale. L’équilibre tonique y
est parfait.
Une fois ce seuil dépassé, il y a apparition de la douleur mécanique, dans les bosses en général,
parce qu’il y a conflit entre les chaînes qui veulent déformer et la structure qui refuse. Cette
douleur va jouer le rôle d’un véritable signal d’alarme. La fonction de l’appareil locomoteur sera
altérée.
A terme, la fonction organique sera perturbée, avec apparition de douleurs inflammatoires. Nous
pouvons éteindre le signal d’alarme par un traitement symptomatique ou alors par un traitement
Ils sont au nombre de deux. Un bloc est une zone anatomique à l’intérieur de laquelle tous
Le bloc supérieur comprend la tête, la ceinture scapulaire, les deux membres supérieurs, et la
ceinture pelvienne et les deux membres inférieurs. Les chaînes appartenant à ce bloc sont :
Les muscles d’agrafage communs aux deux blocs appartenant à la chaînes corporéale postérieure sont
• le transversaire épineux
Le travail segmentaire à visée purement analytique devient impossible. Les muscles dorsaux sont
postéro-fléchisseurs et non pas érecteurs. Ils appartiennent à la chaîne corporéale postérieure, par
conséquent, ils sont eux aussi hypertoniques donc trop courts. Il n’est de ce fait pas souhaitable de
chercher à les renforcer encore, au risque de les raccourcir davantage, donc d’être aggravant.
Les muscles abdominaux sont hypotoniques, ils ne font pas partie d’une chaîne musculaire, leur
La forme conditionne réellement la fonction. Un mouvement normal ne peut se faire, que s’il n’est
pas entravé par le raccourcissement des muscles des chaînes. On ne peut récupérer la fonction en
exerçant la fonction.
L’analyse d’un sujet sur une vue de profil, en position debout les deux pieds joints des talons aux
orteils devient fondamentalement différente. L’oeil du reconstructeur sera heurté par les « creux » (les
une lordose haute cervico-thoracique, qui descend au minimum jusqu’en T4, le plus souvent
jusqu’en T7 et qui est orientée vers l’arrière et généralement vers le haut (plus ou moins).
une lordose inférieure thoraco-lombaire, qui s’étend de T8 jusqu’en L5 et qui est orientée vers
Ces deux lordoses auront par conséquent, tendance à diverger, alors que chez le Parangon, elles
pas une vraie cyphose dorsale. Cette zone de transition peut s’étendre en moyenne sur une à quatre
ou cinq vertèbres. Elle n’est que consécutive aux deux lordoses sus et sous-jacentes.
Les deux lordoses observées de profil sont paramédianes sur une vue frontale, du fait de l’action
conjuguée dans tous les plans de l’espace de la rétraction des muscles des chaînes.
Chaque lordose montre une limite supérieure et inférieure, que l’on nommera un pilier. Le pilier
Il pourra s’agir le plus souvent d’un pilier « épine de la scapula » ou encore d’un pilier « pointe de la
scapula ». Le pilier inférieur de cette même lordose, le plus souvent et pour des raisons probablement
antalgiques, se déplace vers le bas et peut se situer, soit au niveau de la fesse, du genou, du mollet, du
talon ou encore des orteils. Le concept de la lordose se voit donc étendu aux membres inférieurs.
La lordose cervico-thoracique n’a pas la possibilité de se diluer vers le haut en éloignant son pilier
pointe des mamelons. Son orientation dans le Parangon est oblique vers le bas et vers l’avant à 45°
et est rectiligne.
le segment inférieur de la ligne antérieure : il s’étend depuis la pointe des mamelons jusqu’au
pubis. Son orientation est oblique vers le bas et légèrement vers l’arrière et est rectiligne.
Nous avons donc chez le sujet parangonique, un alignement parfait des différentes masses observées :
La perturbation de cet alignement des masses, donc de l’orientation des lordoses, donc de l’orientation
la chaîne antérieure du cou, avec un point fixe inférieur, propulse la tête en avant, on parle
d’antéposition de la tête avec un rachis cervical plus ou moins en cyphose. Si le point fixe de cette
chaîne est supérieur (donné par la chaîne postérieure), il y a accentuation de la lordose cervico-
thoracique.
la chaîne antérieure des lombes, avec un point fixe supérieur, propulse le bassin en avant, on parle
d’antéposition du bassin. Avec un point fixe inférieur, elle contribue à l’accentuation de la lordose
thoraco-lombaire.
la chaîne corporéale postérieure, dans son segment propre au bloc supérieur, aggrave la lordose
haute et provoque une postéro-pulsion de la tête. Dans son segment propre au bloc inférieur, elle
Le but :
Il est la normalisation du tonus résiduel dans les chaînes musculaires, pour aboutir à un meilleur
équilibre tonique entre les muscles faisant partie des chaînes (hypertonie physiologique) et les muscles
n’en faisant pas partie (hypotonie physiologique consécutive à l’hypertonie des chaînes).
Le critère:
Nos déformations acquises (les « creux » et les « bosses » qui ne sont pas d’origine, dues au
Le travail se fait à distance des lésions et/ou de la douleur, ce qui en fait un traitement de choix dans
les affections inflammatoires dont la PSR fait partie. La technique, à condition de respecter ce
principe, nous autorise à démarrer un traitement par Reconstruction Posturale, même en phase aigu,
hyperalgique.
Il s’agit de La Contraction à Effet Excentrant (CEE). Elle nécessite une contraction volontaire
localisée, qui va provoquer à distance, une modification du tonus résiduel. Cet outil essentiel sera
L’ objectif est le retour vers la forme normale (rééducation morphologique), ce qui permet une
amélioration de la fonction et une extinction du signal d’alarme donné par la douleur. Le travail réalisé
est un travail de fond au long cours, respectant un rythme dans la séance et entre les séances.
La technique utilise, pour la mise en œuvre de la CEE, des postures thérapeutiques qui
La manœuvre :
Il s’agit d’un mouvement passif ou actif, se faisant dans la plus grande amplitude physiologique
La clé :
Il s’agit d’une manœuvre spécifique, qui engendre à distance une compensation inéluctable
également utilisée dans certaines postures thérapeutiques. Le recul de la tête entraîne de façon
Les quatre autres clés sont explorées dans la position du décubitus dorsal strict.
la deuxième clé, l’abduction du membre supérieur, provoque un élargissement dans le plan frontal
la troisième clé, l’inclinaison latérale de la tête, provoque un élargissement dans le plan frontal de
l’hémi-thorax controlatéral.
la cinquième clé, la rotation de la tête, provoque un soulèvement dans le plan sagittal de l’hémi-
thorax controlatéral.
tension des chaînes maintenues dans le temps. Elle comportera obligatoirement et au minimum une
manœuvre aggravante d’emblée. Les manœuvres de première catégorie sont correctrices d’emblée
pour un étage et dans un plan donné. Les manœuvres de deuxième catégorie sont aggravantes
d’emblée, toujours pour un étage et dans un plan donné. Une posture thérapeutique ne peut jamais, à
elle toute seule, être correctrice d’emblée à tous les étages et dans tous les plans de l’espace.
Une manœuvre ou une clé nécessite une contraction volontaire localisée appelée « contraction
inductrice » ou encore « contraction d’origine », mise en œuvre par un mouvement actif dans toute
l’amplitude physiologique possible et tenu en fin d’amplitude. Ce mouvement peut également être
passif, dirigé par le thérapeute, et tenu activement en fin d’amplitude par le patient, dans la clé
d’inclinaison latérale de la tête par exemple. La manœuvre peut également faire appel à des
mouvements exécutés de façon dynamique dans toute l’amplitude physiologique possible, tels les
Cette contraction inductrice provoque à distance une modification du tonus résiduel. Dans un premier
induit par la mise en tension des chaînes. C’est la compensation évoquée ou induite. Dans un second
Les muscles des chaînes, trop toniques et trop courts, qui entretiennent la déformation, vont avoir
recours, pour rester forts, à des muscles alliés, qui vont se contracter de façon tout à fait involontaire,
pour se mettre au service de l’hypertonie des chaînes. Ces compensations induites à distance
Lorsque ce « bouclier » musculaire aura été supprimé, l’augmentation restante du dysmorphisme sera
C’est elle qui intéresse plus particulièrement le reconstructeur, puisqu’elle est « l’ennemi » à
combattre.
Par la tenue de la posture dans le temps, le tonus s’épuise progressivement, ceci d’autant plus
La contraction inductrice aura eu son effet excentrant à distance (CEE), et ceci s’objective par la
Cette phase de prise de conscience est une étape capitale dans le traitement reconstructeur. Elle ne doit
L’installation de l’augmentation du tonus est insidieuse, lente et progressive. Il en sera de même pour
morphologiques :
dans le plan frontal, la ligne latérale du thorax, qui s’étend depuis le creux de l’aisselle jusqu’au
dans le plan sagittal, le segment supérieur de la ligne antérieure doit être rectiligne vers le bas et
vers l’avant, et le segment inférieur de la ligne antérieure, rectiligne vers le bas et l’arrière.
dans le plan horizontal, la ligne tendue entre les deux épines iliaques antéro-supérieures, devra être
proche de la rectitude.
4.3. RESUME DES CONCEPTS ET LEURS IMPLICATIONS
Concepts classiques
La pesanteur est notre ennemie. Dans la position debout, la charge est en avant du rachis. La pesanteur
tend à nous faire tomber vers l’avant. Il nous faut une force à l’arrière pour maintenir l’équilibre. Les
dorsaux, muscles extenseurs ou « antigravifiques » sont les moyens et les garants de notre équilibre
debout. La faiblesse des dorsaux favorise l’hypercyphose dorsale.
Les abdominaux, muscles de la sangle abdominale seraient des muscles « délordosants » pour la
colonne lombaire. La faiblesse des abdominaux favorise l’hyperlordose lombaire. La souplesse
articulaire est le seul fait des articulations et de leurs ligaments. Notre attitude asthénique qui nous
voûte, favorise l’expiration au détriment de l’inspiration. Il n’existe pas de morphologie normale, mais
seulement des morphotypes innés.
Concepts reconstructeurs
La pesanteur n’est pas notre ennemie. Il ne faut pas de force à l’arrière pour maintenir la position
debout. La pesanteur participe au maintien de notre équilibre, qui nécessite la projection du centre de
gravité dans le polygone de sustentation.
Les dorsaux appartiennent à la chaîne postérieure, ils sont postéro-fléchisseurs et hypertoniques. Les
abdominaux ne font pas partie d’une chaîne. Leur hypotonie est consécutive à l’hypertonie des
chaînes.
La raideur articulaire est consécutive au raccourcissement des chaînes, lui-même consécutif à
l’hypertonie (excès de tonus dans les chaînes musculaires).
Le diaphragme appartient à la chaîne antérieure des lombes. Conjointement au psoas, il a une action
lordosante de la colonne lombaire. Il existe une norme morphologique de référence : le parangon.
Implications pour le traitement reconstructeur
Le travail à visée analytique et segmentaire est impossible. C’est la forme qui conditionne la
fonction. Pour récupérer la fonction, il faut revenir vers la forme normale. Cela est possible par
normalisation du tonus postural dans les chaînes musculaires.
Le principe thérapeutique consiste à rester à distance des lésions et/ou des algies.
Le moyen thérapeutique est la mise en œuvre de la Contraction à Effet Excentrant.
Les muscles des chaînes récupèrent ainsi leur longueur, leur souplesse donc leur efficacité. Le
mouvement normal n’est plus entravé, la fonction est récupérée, la posture est améliorée et ne
demande aucun effort.
5.1.1. Clinique
Les algies
Elles sont fessières hautes, lombaires, lombo-sacrées, avec épisodiquement des irradiations
radiculaires, de topographie sciatique gauche incomplète, jamais crurales. Elles ne sont jamais
dorsales, ni intercostales. Elles sont parfois cervicales, mais rarement. Elles sont quotidiennes et
Elles sont de façon très irrégulières, parfois nocturnes avec nécessité de dérouillage matinal. Les
Général.
Il n’y a pas d’insuffisance aortique. Il n’y a pas de dyspnée, ni même à l’effort. Mais il existe une
hypertension artérielle. En 1979, il y a eu suspicion d’un iritis de l’œil gauche, en 1988, un véritable
iritis unilatéral de l’œil gauche est diagnostiqué, ce qui peut être le cas dans 5 à 10% des cas. Sa
régression a été complète et a nécessité six semaines. Cet iritis est susceptible de récidiver sur le même
œil ou sur l’autre. Le patient souffre épisodiquement de gastralgies, mais sans grandes conséquences.
5.1.2. Fonctionnel
La marche
Le membre inférieur droit pose régulièrement des problèmes, avec une sensation de « fuite vers la
droite » et une sensation de mauvaise adaptation du pas, du fait d’une mauvaise évaluation de la
longueur de ce pas. La marche est lente, elle est un acte réfléchi, avec une crainte permanente de
l’obstacle. Les enjambées sont courtes, parce que freinées. L’accélération du pas, qui nécessite un
changement de rythme rapide, est difficile. Elle se fait toujours avec les deux membres supérieurs
tenus par les deux poignets dans le dos. Le mouvement de balancement automatique des deux bras est
inexistant.
Les escaliers
La montée et la descente se font de façon normale (une marche après l’autre), mais il y a impossibilité
de monter de deux marches en deux marches, les enjambées étant trop courtes.
La course.
Elle est impossible, le pied donnant l’impression de ne pouvoir réellement décoller du sol. Les jambes
L’habillage et le déshabillage.
Il est réfléchi et ne se fait pas automatiquement. Le patient ne porte jamais de chaussures à lacets.
Le sommeil
Le patient ne dort jamais sur le dos, la position étant trop inconfortable et provoquant des douleurs à la
La conduite en voiture
Elle est aisée, avec toutefois une difficulté à tourner la tête à gauche. Le champ de vision latérale est
Le sport
Le patient essaie, dans la mesure du possible, d’aller à la piscine, parce qu’on lui a dit que cela serait
bien pour lui. Mais il a la sensation de ne plus savoir nager. Avant sa maladie, il était un sportif
accompli, avec une véritable passion pour le football. Ce sport est impossible, même à minima. Le
geste qui consiste à taper dans un ballon est freiné par des tensions musculaires importantes et
douloureuses.
La course est impossible. De plus, l’appréhension est terrible, la peur d’avoir mal, sidérante et
paralysante. L’impact psychologique de cette impossibilité semble être important chez ce patient.
5.1.3. Morphologique
En position debout
Pour être en mesure de faire un examen morphologique précis, le reconstructeur fait référence au
Parangon. Le Parangon représente, rappelons-le, la morphologie normale qui n’est pas altérée par le
raccourcissement des chaînes consécutif à l’hypertonie dans les chaînes musculaires. C’est la forme
Les lignes du Parangon sont belles, parce que symétriques, rectilignes et obliques.
Le patient se tient debout, dans une position naturelle, les pieds joints des talons jusqu’aux orteils.
Nous observons :
De face :
Un léger hallux valgus des 2 gros orteils, plus marqué à gauche. Les phalanges distales des deux gros
Les bords externes ne sont pas rectilignes, avec une cassure au niveau de la tête du 5è métatarsien. Les
pieds sont presque beaux, avec une morphologie peu perturbée, les orteils sont bien posés au sol dans
Les malléoles internes ne sont pas en contact, mais peu distantes, il en est de même pour les mollets et
les genoux. Le seul contact existant se situe au niveau du haut des cuisses.
La symétrie du bassin est difficile à apprécier, parce que le ventre est proéminent. Les contours
proximale. L’épaule gauche semble plus basse que la droite et l’épaule droite apparaît plus antérieure.
De dos :
Les fesses sont « plates ». La colonne lombaire est creuse sur une courte portion. La colonne cervicale
est très creuse et montre un pli cutané très marqué. Les scapulaes se devinent à peine, avec néanmoins
une saillance de la pointe de la scapula droite. Les membres supérieurs sont en pronation et montrent
même les paumes des mains. De cette vue c’est l’épaule droite qui semble plus basse, il s’agit là d’un
paradoxe.
La tête est très en avant, mais paradoxalement semble être plus en avant sur une vue de face que sur la
vue de dos. Le poids du corps se porte davantage sur le membre inférieur gauche.
De profil :
Les profils droit et gauche sont observés comparativement. Les deux genoux sont dans une position de
flexum, plus marqué à droite qu’à gauche. Le ventre est très proéminent, tant dans sa partie sus
ombilicale, que sous-ombilicale ++++. Les deux membres supérieurs sont rétropulsés. La tête est
antéposée de façon très marquée ++++. On note que la position debout imposée est difficilement
maintenue, elle correspond déjà à une mise en tension importante des chaînes musculaires.
La flexion plantigrade
Elle est très difficile et oblige le patient à se mettre en position complètement fléchie, tant au niveau
des hanches, qu’au niveau des genoux. Elle montre une très grande raideur de la colonne vertébrale, en
Le décubitus dorsal
Le passage à cette position est fortement appréhendé. Ce passage demande du temps, se fait
progressivement, en plusieurs phases bien étudiées. La tête est distante du sol de 15 cm.
La ligne blanche des abdominaux est très saillante. La respiration se bloque par intermittence.
Les hanches sont en flexion de 20° à droite et de 10° à gauche. Les genoux sont en flexum avec
toujours une prédominance pour le côté droit. Les deux membres inférieurs sont abductés de 40°
environ.
essentiellement dans les membres inférieurs et surtout dans les fléchisseurs de la hanche droite, le
Le rapprochement des deux membres inférieurs est impossible, de fait de la trop grande tension
musculaire, la longueur des membres ne peut être comparée. Le positionnement du pied sur la face
A gauche elle est possible, confortable jusqu’à 30° d’élévation, après elle devient impossible,
douloureuse, du fait de la trop grande raideur postérieure. A droite, elle ne peut se faire que jusqu’à
Cette palpation permet d’apprécier la courbure cervico-thoracique haute. Elle permet d’établir une
cartographie précise du bloc supérieur. De C1 jusqu’à C5, elle est directe et se fait sur les masses
latérales des vertèbres concernées. A partir de C6, la palpation est dite indirecte, du fait de
l’inaccessibilité des masses latérales. Elle se fait par l’intermédiaire des apophyses épineuses, en
sachant que l’épineuse d’une vertèbre se projette toujours dans la concavité de la courbure vertébrale.
Au-dessus de C7, elle est impossible, tant le rachis cervical est lordosé et les vertèbres enfoncées. En
dessous de C7, la palpation des épineuses jusqu’en T4 se fait à droite, mais de façon modérée, ce qui
laisserait supposer une courbure cervico-thoracique haute à convexité gauche, avec une lordose du
la première clé.
Elle n’est pas explorée dans le cadre du bilan dans la position du décubitus dorsal. En effet, si l’on
demande un recul de la tête, nous donnons un point fixe à l’occiput. La contraction volontaire
demandée est le recul actif de la tête. Elle ne peut rester localisée au bloc supérieur et s’étend à
l’ensemble de la chaîne postérieure. Elle se fait en chaîne fermée, ce qui est rédhibitoire à
l’établissement et/ou à la diminution de l’hypertonie induite et, de plus, peut être pathogène pour la
colonne cervicale.
homolatéral de l’hémithorax.
Les compensations se voient à distance sous forme de contractions involontaires très importantes en
Les deux abductions sont pourtant différentes, la droite montrant davantage d’activité loin de la
contraction d’origine que l’abduction gauche. Elles provoquent instantanément une abduction du
membre inférieur contro-latéral, plus marquée dans l’abduction droite. L’abduction gauche déforme
très modérément le thorax dans sa partie basse, au niveau des côtes inférieures, en emportant le bassin.
Les antépulsions.
Elles sont limitées dans leur amplitude par la tension musculaire douloureuse et vont elles aussi
Ce passage est fait par le thérapeute, il est donc passif pour le patient, sauf en ce qui concerne le port
de tête. Le relâchement des membres supérieurs, tout particulièrement au niveau des triceps et des
fléchisseurs des poignets est impossible. Le port de la tête est pénible et douloureux.
chaîne corporéale postérieure est très importante. Ce passage oblige une flexion-abduction des deux
membres inférieurs et aboutit à une flexion du tronc très limitée. Le patient ne peut tenir assis tout
seul, sans prendre rapidement appui sur ses deux mains. La chaîne antérieure du cou attire de façon
très importante la tête en avant. Lorsqu’on examine le dos, il persiste une lordose lombaire courte, déjà
nouveaux clichés n’ont pas été demandés. Ceux en notre possession nous semblaient suffisamment
éloquents.
Elles montrent de façon très nette l’atteinte bilatérale et symétrique des articulations sacro-iliaques,
avec une sacro-ilite qui a complètement effacé l’interligne articulaire. La sacro-ilite est le maître signe
rachis cervical inférieur. On notera tout particulièrement une déminéralisation osseuse diffuse, une
spondylite antérieure, qui correspond à une lyse osseuse ayant aboutit à la « mise au carré » ou
« squarring » de la vertèbre et qui se voit sur les clichés de profil, surtout au niveau lombaire.
On note encore des signes d’ostéocondensation et des syndesmophytes qui sont de véritables
ossifications entre deux corps vertébraux adjacents, ce qui aboutit à la formation de vrais ponts osseux
La syndesmophytose se voit sur le cliché radio, sous la forme d’un trait calcique linéaire épais,
donnant l’aspect de face dit de « colonne bambou ». La colonne cervicale est surtout atteinte par un
processus arthrosique.
Les principaux dysmorphismes que nous observons se font principalement dans un plan
sagittal. Nous proposons de montrer en comparaison, une photographie du profil du patient, avec une
postérieure.
La lordose basse thoraco-lombaire est peu marquée au niveau lombaire parce qu’elle se
« dilue » très loin vers le bas, avec des piliers inférieures au niveau des talons, ce qui
positionnent les genoux en flexum. Les fesses apparaissent plates car les ischions, malgré
la lordose lombaire, « s’enfilent entre les membres inférieurs » et ce, à partir de la zone de
transition.
Entre les deux, nous avons une zone de transition qui s’est allongée, du fait du processus
position debout, de voir l’orientation que la colonne tend à prendre dans le plan frontal et dans le plan
horizontal.
La pointe de la scapula droite est plus marquée. Elle est le pilier supérieur de la lordose
paramédiane à droite, avec une épaule droite plus antérieure que la gauche. La position des
La situation de la lordose du bloc inférieur par rapport à l’axe médian est beaucoup plus
difficile à préciser d’emblée. Du fait du processus rigidifiant de la maladie, les muscles des
chaînes n’ont eu d’autre choix que de déformer le corps de cette manière. Tout se passe
comme si la déformation dans les autres plans a été rendue impossible, dans tous les cas,
déformer d’une toute autre manière, peut-être en véritable et franche sinusoïde, avec une
sinistro-convexe.
Les membres inférieurs sont très peu déformés. S’ils avaient pu davantage se déformer, on
peut se demander dans quelle mesure la colonne vertébrale ne souffrirait pas moins. La
algique.
La rétraction des chaînes brachiales est importante et montre bien, du fait du positionnement
pronateurs.
L’atteinte est sévère. Les algies sont quotidiennes, la fonction est perturbée de façon
importante. Postulant à présent que c’est bien la forme qui conditionne la fonction, nous allons mettre
Comme tout individu, le patient se trouve « revêtu d’un habit musculaire » trop
« étriqué », trop « court » parce que trop « tonique », à la différence qu’un processus pathologique
déformer d’une manière caractéristique. Le traitement va avoir pour objectif principal, la baisse du
tonus postural dans les chaînes musculaires, afin de neutraliser une éventuelle composante musculaire
à l’étiologie inconnue de cette maladie et à libérer au mieux les mouvements. La structure ossifiée et
rigide, constituée par l’ensemble de la colonne dorso-lombaire et cervicale inférieure impose des
limites au retour vers la forme normale. Nous le savons d’emblée. Le patient se plaint de douleurs
lombaires qui se situent donc dans le bloc inférieur. Notre principe thérapeutique étant de nous tenir à
distance des lésions et/ou des algies, nous choisissons dans un premier temps de placer la contraction
inductrice dans le bloc supérieur, à distance du siège des algies. Nous envisagerons dans un second
temps le travail à partir du bloc inférieur. Nous l’avons déjà observé dans le bilan, le simple décubitus
dorsal est déjà une « épreuve » pour les chaînes musculaires, en particulier pour la chaîne antérieure
des lombes.
Cette position, sans mise en tension supplémentaire, provoque un blocage respiratoire sur le temps
inspiratoire. Le rythme respiratoire est irrégulier. Les membres inférieurs s’abductent très volontiers à
Une première étape va simplement consister à obtenir sur cette position une respiration régulière, libre
imposée, qui doit être savamment dosée. Si on demande trop d’emblée, on obtient l’effet inverse de
celui recherché.
Lors d’une posture choisie pour aggraver un dysmorphisme préexistant, le thérapeute cherche les
contractions musculaires involontaires, automatiques, pour atteindre le tonus postural, qui sera
vulnérable c’est-à-dire épuisable, lorsque les contractions involontaires auront été réduites.
La séance demande un investissement total du patient. Les réactions neuro-végétatives d’après séances
sont importantes. La fatigue se fait sentir pendant au moins 48 heures, les courbatures sont
Pendant la séance, nous pouvons diminuer la hauteur de la cale sous la tête de 15 cm au début, à 12 cm
à la fin de la séance. Au début de la séance suivante, nous revenons toutefois à la hauteur initiale.
Toute douleur locale, engendrée par la contraction inductrice doit être évitée.
Nous mettons en place la contraction inductrice soit dans le bloc supérieur, soit dans le bloc inférieur.
Elle est d’autant plus intéressante qu’elle provoque des compensations qui auront traversé la frontière
des deux blocs (T7), grâce aux muscles d’agrafage de la chaîne corporéale postérieure.
Nous allons à présent détailler quelques postures thérapeutiques élaborées pour ce patient.
5.3.2. Postures choisies
Elles ne peuvent être exploitées, étant donné l’impossibilité pour la tête de reposer au sol.
C’est l’abduction gauche qui a été travaillée de façon préférentielle. Elle déforme latéralement le
thorax gauche dans sa partie inférieure de manière très discrète, mais provoque à distance de
nombreuses compensations.
L’antépulsion a été peu travaillée, la position du membre est douloureuse, non pas par insuffisance de
précaution quant au placement de l’épaule, mais du fait de tensions musculaires locales trop pénibles à
Elle est envisagée au bout de trois mois de traitement. La position met en tension les muscles de la
chaîne postérieure propres au bloc inférieur par l’exploitation de la poulie de réflexion pelvienne
postérieure. La flexion de la hanche va obliger le recul des vertèbres du bloc inférieur, ce qui constitue
une manœuvre de première catégorie, par rapport à la lordose thoraco-lombaire. La chaîne postérieure
La chaîne antérieure du cou propulse non seulement la tête en avant, mais aussi l’ensemble du bloc
supérieur en avant, de par son importante hypertonie. La chaîne antérieure des lombes tire fortement le
dessus du sacrum, ce qui sollicite très fortement les psoas. Le patient cherche ensuite à aligner
l’occiput au-dessus du scapulum, en reculant l’ensemble du bloc supérieur, sans reculer la zone de
Rappelons, le recul de la tête provoque instantanément le recul du sacrum. Dans la position décrite, le
réellement une mise en jeu de la C.E.E. En ayant pris soin de supprimer toutes les autres
compensations dues aux contractions involontaires automatiques, nous aurons forcément une baisse du
tonus, par épuisement progressif de celui-ci. Localement, nous constatons une réduction de la lordose
du bloc inférieur, avec des réactions neuro-végétatives à type de sudation dans la lordose, ce qui signe
Une phase d’éducation est nécessaire pour la bonne compréhension du mouvement de recul de la tête.
Il nous paraît intéressant de préparer cette posture par un travail en position quadrupédique. La posture
thérapeutique du recul de la tête en position assise est extrêmement pénible pour le patient. Elle
provoque des tensions très douloureuses dans les deux quadriceps et plus particulièrement à droite.
Elles sont régulièrement exploitées. Le fait de demander une poussée latérale des deux membres
supérieurs, avec une abduction des deux scapulae est intéressante et provoque à distance une
Elle nécessite un mouvement d’une grande précision, génère de nombreuses réactions musculaires au
niveau des muscles fessiers, des ischio-jambiers, des quadriceps, et des releveurs des pieds ainsi que
des muscles fibulaires latéraux. Ces contractions sont involontaires, certaines peuvent être supprimées
grâce au sens proprioceptif du patient, d’autres sont totalement inconscientes et sont le témoin d’une
hypertonie sous-jacente. Ce travail est très intéressant , mais il provoque des réactions douloureuses
post-séances au niveau inter-scapulaire à droite. A chaque fois que cette manœuvre est utilisée, les
réactions sont identiques. Nous n’arrivons pas à expliquer pourquoi : la manœuvre est différée dans le
temps, d’autant que les douleurs qu’elles provoquent durent bien au-delà de la séance.
Les hanches sont fléchies bien au-delà de l’angle droit, jusqu’à obtention d’une mise en tension
efficace des chaînes. Cette position augmente la mise en tension des muscles de la chaîne postérieure
Pour que cette manœuvre soit thérapeutiquement intéressante, il faut que l’amplitude du mouvement
de flexion des hanches soit suffisante pour chasser la lordose du bloc inférieur vers le bloc supérieur,
Chez ce patient, l’élévation simultanée des deux membres inférieurs est fortement limitée par la
raideur postérieure qui provoque des tensions douloureuses intolérables. De ce fait, ce travail n’est pas
Nous mettons en tension le bloc inférieur dans la position du décubitus dorsal. Son but est de générer
De manière très nette, nous observons une épaule gauche qui cherche à s’enfoncer dans le sol, avec un
membre supérieur gauche qui se place en rotation latérale du bras avec exagération du valgus du coude
et un abaissement de l’épaule.
Cette exagération d’un dysmorphisme déjà observé (l’épaule gauche est plus postérieure que l’épaule
droite sur une vue de face), intéresse le thérapeute, qui par la poursuite du travail à distance et la
chasse constante des compensations proximales, cherche à atteindre le tonus pour l’épuiser.
Ce travail est très localisé et très analytique et est destiné à distance à provoquer une augmentation du
tonus résiduel. Il est réalisé de façon régulière et provoque une réaction douloureuse au niveau de la
Pour qu’une séance soit équilibrée, il faut réaliser dans la même séance des postures destinées à faire
5.4.1. Clinique
Les algies
Les douleurs lombaires ont disparu. Il n’y a plus d’irradiation à topographie sciatique depuis environ
deux ans. Le patient termine sa journée de travail avec une sensation de fatigue normale, liée à
Général.
Le patient souffre de gastralgies, peut être liées aux AINS, une gastroscopie lui a été conseillée. Il y a
eu une prise de poids d’une dizaine de kilos. Au printemps 1995, il a été victime d’une uvéite
antérieure de l’œil gauche. Sa régression a été totale, mais a nécessité environ trois mois. D’un point
de vue biologique, elle n’a pas été accompagnée d’une augmentation de la V.S.
5.4.2. Fonctionnel
La marche
Elle est aisée. La foulée peut être augmentée et la cadence accélérée. La position unipodale est
possible, le patient peut sautiller, piétiner, danser, il peut en quelque sorte « s’amuser » avec son corps.
Le positionnement des membres supérieurs ne se fait plus jamais avec les bras tenus par les deux
poignets dans le dos. Les bras ont retrouvé leur balancement automatique. La marche n’est plus un
La course
Le patient peut courir, le pied décolle du sol, la foulée est suffisamment longue, il n’y a plus de
L’habillage et le déshabillage
Les gestes se font naturellement sans être réfléchis. Le port de chaussures à lacets est à présent
Le sommeil
Il arrive au patient de dormir sur le dos. Ce n’est certes pas sa position préférée, mais cela est autorisé.
Le sport.
Depuis l’automne 1995, le patient joue au football. Il a commencé à jouer avec son fils, en faisant des
échanges de balles, le geste n’étant plus freiné ; la course avec la balle au pied est possible. Bien
entendu ces déplacements sont limités dans le temps, la fatigue apparaît vite, mais il n’y a plus
d’appréhension. En février 1996, il décide de passer les différentes épreuves qui pourront le conduire à
être animateur sportif d’une équipe de jeunes. Pour cela, il a dû satisfaire à une épreuve pratique qui
L’épreuve a été réussie, cela a été un grand bonheur, une victoire, des projets d’avenir sont mis en
place, le regard des autres laisse à présent indifférent, le sentiment d’invalidité est effacé.
5.4.3. Morphologique
La position debout
Le but du traitement est une normalisation du tonus dans les chaînes musculaires, objectivée par une
On note une diminution de la position en flexum des membres inférieurs. Les membres supérieurs se
positionnent naturellement, les bras ne sont plus rétropulsés, les paumes des mains ne tournent plus en
pronation. Le tonus dans les chaînes brachiales aurait diminué, la prédominance des rotateurs médiaux
par rapport aux rotateurs latéraux n’étant plus aussi marquée. La tête est toujours nettement
Le décubitus dorsal
Dans cette position, la cale sous la tête est toujours aussi importante en début de séance, pour baisser
de 3 à 4 cm en cours de séance. La limite supportable par le patient, sans algies se situe pour une
hauteur de 12 cm. En dessous de ce seuil, les douleurs sont importantes et génèrent à distance des
problèmes, il n’y a plus d’appréhension, le geste est automatique. Les deux membres inférieurs
peuvent à présent être rapprochés. L’hypertonie dans les muscles adducteurs aurait fortement diminué.
La longueur des membres inférieurs peut être appréciée et nous ne notons pas de différence entre les
deux membres. Il est possible de positionner le pied sur son talon. La respiration se rythme beaucoup
plus rapidement et facilement. La position ne provoque plus de douleurs à la racine des membres, en
particulier à droite. Les contractions involontaires sont moins nombreuses, le quadriceps droit et le
tibial antérieur n’ont plus cette activité incessante et automatique comme au début du traitement.
La montée des membres inférieurs
L’amplitude de la montée des membres inférieurs est plus importante. A droite, elle est de 40° et à
gauche de 50°. Les deux membres peuvent être montés simultanément à 60°.
Le relâchement volontaire des triceps brachiaux est possible, le tronc et les membres supérieurs ne
forment plus un « bloc rigide ». La colonne cervicale est nettement moins douloureuse. La flexion du
tronc autour de la poulie de réflexion pelvienne est plus importante, le tronc va plus loin en avant et le
patient peut poser ses mains sur ses cuisses de courts instants, sans être instantanément tiré vers
l’arrière, comme au départ. L’abduction des deux membres inférieurs est nettement moins importante.
Elles montrent une discrète évolution du processus ossifiant au niveau lombaire, tant dans
l’image de la mise au squarring des vertèbres, que dans la fusion intersomatique postérieure, que dans
quotidienne est de 50 mg par jour, ce qui est difficilement chiffrable en terme de conséquences à
moyen et à long termes, en particulier sur le système digestif. Dans l’avenir, il est permis d’espérer
que la posologie puisse encore se réduire. La réduction de la dose d’AINS a impliqué pour le patient
dans les muscles des chaînes. Néanmoins, l’amélioration morphologique obtenue est infime. Pourtant,
ce retour aussi discret soit-il, a permis l’extinction du signal d’alarme : les algies, mais aussi une
amélioration nette de la fonction. Michaël NISAND1 a énoncé une théorie qui semble être d’actualité
(5) : « il n’est pas nécessaire d’aller jusqu’à la disparition complète du dysmorphisme pour obtenir
l’extinction du signal d’alarme qu’est la douleur. Le simple retour en deçà du seuil d’acceptation de la
déformation apparaît suffisant. Il est toutefois capital que la réduction du dysmorphisme se poursuive
pour avoir une durabilité des résultats fonctionnels ». La vie quotidienne du patient s’est grandement
améliorée. La notion de handicap n’est plus présente. Le patient ne se considère plus invalide. Son état
d’esprit est tout autre, il est redevenu un battant, un conquérant, il a des projets et entend bien les
mener à terme. Il est bien entendu indispensable de poursuivre le traitement de façon régulière. A la
demande du patient, nous sommes à un rythme d’une séance tous les 10 jours environ.
1
Kinésithérapeute, ancien élève de F.Mézières, Responsable de Formation à l’ULP de Strasbourg
6. CONCLUSION
Le cas choisi pour cette étude est, nous en étions bien conscients, une indication limite
pour un traitement de Reconstruction Posturale, dans la mesure où le rachis est ossifié. Mais même en
sachant d’emblée que l’amélioration morphologique ne pourrait être qu’infime, nous nous devions
pour ce patient de proposer la Reconstruction Posturale en ayant pour principal objectif de faire
diminuer le tonus dans les chaînes musculaires, afin d’améliorer la fonction quotidienne et de prévenir
La notion de handicap s’estompe, l’avenir est envisagé avec davantage de sérénité. Trois ans de
traitement, cela peut paraître long, mais en réalité, c’est très peu, si l’on apprécie le chemin parcouru,
Cette étude porte sur le traitement d’un seul cas. Nous ne pouvons en dégager de conclusions
condition toutefois d’en respecter son principe thérapeutique. Il serait intéressant d’étudier, dans
Pour l’avenir, il est permis de se demander si un tel traitement à une incidence sur la
vitesse d’ossification. On ne pourra répondre objectivement à cette question qu’en étudiant un grand
« Spondylarthrite Ankylosante ». - Encycl. Méd. Chir. (Paris, France), Radiodiagnostic II, 31310 A10,
5-1987.
4. Encycl. Méd. Chir. (Paris, France) - Kinésithérapie. Rééducation Fonctionnelle III - , 26400 A10 –
Figure 1 Figure 2
Face Dos
Figure 3 Figure 4
Profil droit Profil gauche
ANNEXE II
MESURES FONCTIONNELLES
DOIGT-SOL 28 cm 28 cm
OCCIPUT-MUR 13 cm 13,5 cm
EXPANSION THORACIQUE 2 cm 3 cm
Nous comparons le coût du traitement par Reconstruction Posturale, au coût d’un traitement
kinésithérapique classique. Nous prenons en considération une période d’un an, dont nous soustrayons
cinq semaines de congés, soit 47 semaines de traitement. La séance de kinésithérapie classique est
prise en charge par la Sécurité Sociale à 90 % par le régime local et à 60 % par le régime général.
traitement préventif dans le cadre de cette pathologie, comme le Décret N° 96-879 du 8.10.1996 dans
son article 4 nous y autorise. A ce titre, comme pour tout autre acte de prévention quelque soit la
HN (Hors Nomenclature). Ces honoraires seront fixés librement et acceptés avant le début des soins
par le patient, qui en aura préalablement été informé en signant un devis de soins. La base de
remboursement demeurera identique au titre de l’assurance maladie, dans tous les cas. Cependant,
complémentaire, une participation à ces frais. Cette participation varie d’une société à l’autre, et au
TRAITEMENT CLASSIQUE
TRAITEMENT DE RP
NB. SEANCES / AN 2 X 47 = 94 1 x 47 = 47
En ce qui concerne les arrêts de travail, il se trouve que ce patient n’en a jamais été consommateur, ni
Il en est de même pour les cures. Pour ce qui est des effets secondaires des AINS, la dose d’AINS a
été réduite de moitié, ce qui est difficilement chiffrable en terme de conséquences à moyen et à long
« Cela fait plus de trois ans que j’ai entrepris ce long voyage qui, finalement me
ramènera à moi-même. Retour à la case départ avec, en prime, sans doute, la force retrouvée de la
jeunesse. Pérégrination insolite pour des retrouvailles probables avec ce corps qui s’est égaré, comme
si, devenu étranger à lui-même, il avait décidé de rompre les amarres pour vivre sa propre vie, courir
sa propre destinée dans les splendeurs de l’infini. Cette séparation à l’amiable convenue par simple
accord tacite finissait par me peser. Mon corps, il me tardait de le voir revivre, de le sentir, de
l’éprouver, de l’émouvoir. C’est chose faite maintenant ; la mécanique est dégrippée et je ne finirai
pas ma vie comme une épave rouillée. Aujourd’hui, je suis un sportif qui retrouve la « gloire des
Ma maladie est sans doute venue à un mauvais moment. Le chant de cette sirène maudite devait être
Je me suis livré à elle et ai accepté cette emprise croissante qui annonce l’ankylose. J’ai renoncé à
toute résistance. La maladie exerce un droit acquis, elle progresse en terrain conquis et les choses
s’établissent d’elles-mêmes. Même entravée par l’action du médicament, elle est assurée de
triompher.
La lutte semble inégale, l’esprit finit par intellectualiser l’idée d’ankylose et surtout par abdiquer
devant cette équation programmée qui ronge, brûle, dévore, déforme et rend insupportable le regard
des autres.
La première victoire de la maladie et peut-être même la plus grande est cette prise de possession de
l’esprit.
Le terme prophétique d’ankylose n’a rien de mobilisateur. L’effet d’annonce se trouve garanti quand
le praticien, tout heureux de voir son diagnostic confirmé par la lecture attentive des résultats d’une
prise de sang, prend soudain un air désolé pour vous dire : « c’est comme çà, on n’y peut rien : il
faudra prendre son mal en patience. Faudra faire de la kiné et beaucoup de piscine, au moins trois
fois par semaine ». Dieu merci avec la Reconstruction Posturale, j’ai échappé à cette épreuve
trihebdomadaire. D’ailleurs cette prescription m’a toujours parue saugrenue. Je ne connais personne,
à part les nageurs de club, qui aient le temps d’y aller à cette fréquence.
Pour finir avec l’ankylose, je dirai que je préfère l’expression de pelvispondylite rhumatismale qui me
paraît plus technique et plus neutre. La notion d’ankylose n’y figure point et c’est, à mes yeux, une
renoncement évoqué précédemment. Fort heureusement, l’Indocid (100 mg/jour) fige la douleur et
L’effet du médicament avoisine les vingt heures, couvrant largement la nuit ainsi qu’une grande partie
L’absence de douleur me satisfaisait en soi et cette paix temporaire ne m’a guère encouragé à en tirer
profit. La paix des braves paraissait acceptable. Je me suis installé dans un confort douillet (le repos)
et me suis construit un monde plus protecteur et moins mouvementé. Comme bien des malades, j’ai un
J’ai appris à m’attacher à la quotidienneté des choses et à prendre plaisir à ces mille et une choses
baromètre sensible qui régulent et installent votre vie dans le court terme. Lorsqu’elles se manifestent
c’est pour rappeler ces vérités élémentaires qui tiennent à la relativité, la fragilité et l’incertitude.
Les séances de kiné que j’ai peu demandées apparaissaient comme un appoint prescrit à la suite d’un
rappel à l’ordre (le devoir de faire quelque chose) pointant une négligence personnelle.
Alors de la vie, qu’en reste-t-il ? Il reste cette formidable conquête de la banalité. De celle qui fixe la
trame des jours ordinaires. La délivrance vient des contraintes qui œuvrent à votre insertion dans la
vie.
Je puis vous affirmer que le « petit bonheur » se trouve bien à portée de main. Je sais que je ne le
trouverai pas dans l’accomplissement d’exploits exceptionnels mais tout simplement chaque jeudi
Il suffit d’un rien pour vivre somme toute heureux et se masquer la vue pour ne pas affronter une autre
Aujourd’hui, j’ai l’intime, conviction que ce cercle rassurant est brisé et qu’en retrouvant des
que le soir, sitôt rentré à la maison, il me fallait dormir. Ce besoin naissait vers 17 heures et
coïncidait avec l’arrivée des premières douleurs. Une semaine ordinaire se composait ainsi de cinq
l’invalidité s’affirmait au fil des années comme l’aboutissement normal du processus ankylosant
longtemps annoncé.
Les séances de kiné ne m’ont jamais rien apporté. A part la chaleur bienfaisante d’un bain pris en fin
de journée ou la sensation de bien-être d’un massage revigorant. Mais force est de dire que la
disponibilité du thérapeute est bien souvent partagée entre plusieurs patients. Les conditions ne sont
pas idéales pour entamer un travail de fond. J’ai longtemps pensé que les thérapeutes se trouvaient
désarmés face à cette maladie. Ce constat accroît volontiers l’idée selon laquelle seule la médication
J’aurais sans doute aimé que l’on me proposât un projet thérapeutique conçu dans la durée et formé
d’étapes avec évaluation des progrès obtenus. Cela m’aurait mobilisé davantage car un projet est
J’ajouterai pour conclure que la valeur technique des séances n’atteint pas et de loin celle proposée
en Reconstruction Posturale.
La valeur ajoutée est comparativement moindre et, avec le recul, je dirai que la valeur d’une séance
se réduit aux seuls bienfaits d’un bon massage. La rééducation me semble partielle : seule la partie
dorsale est concernée, les autres parties du corps étant délaissées et aucun travail respiratoire n’est
réellement entrepris. L’approche est loin d’être globale. S’ajoute à cela le fait que le thérapeute passe
d’un patient à l’autre. Son attention se trouve ainsi requise par les différents traitements en cours. Le
thérapeute n’est pas en situation idéale pour assurer un suivi satisfaisant et pour entreprendre un
Pourquoi j’aime la Reconstruction Posturale ? J’aime la Reconstruction Posturale parce qu’elle est
Parce qu’elle est à la fois technique et qu’elle va au-delà de la technique. Parce qu’elle contient un
puissant message d’espoir tangible, palpable. Parce qu’elle est un refus, parce qu’elle est une
réconciliation.
J’ai accepté de suivre les séances de Reconstruction Posturale pour sortir de cette situation d’impasse
Cette proposition venait à point nommé car elle constituait une réponse à la fois nouvelle, concrète et
Cette possibilité comportait aussi un pari d’où l’envie maintenant de m’engager dans une voie
différente. Le temps est donc venu pour vivre cette nouvelle aventure.
Ce pari-là est aujourd’hui gagné puisque c’est avec constance et insistance que je demande le
renouvellement des prescriptions de séances. Ce fait mérite d’être rappelé d’autant que pendant près
d’un an et demi, le lieu d’exercice initialement à cent mètres de mon domicile s’est déplacé de dix
kilomètres.
Depuis la première prescription, j’ai bénéficié des séances de Reconstruction Posturale de façon
continue. J’ajoutera qu’au-delà des dix jours d’intervalle qui me sont parfois nécessaires pour
La peur de l’invalidité est chez moi réelle et notamment les conséquences financières souvent
désastreuses, attachées à cette situation. S’ajoutent le refus d’être dépendant et la hantise d’être,
Ce sentiment est puissamment ancré en moi, même si l’impression contraire ressort peut-être de ce qui
J’annonce cette vérité première sans m’y attarder car le plus important se situe dans l’engagement
et la séance d’haltères de l’autre. Il occupe à part entière un espace de travail pendant une durée
disponibilité et cette exclusivité permettent sans conteste possible de poser les bases d’un travail de
fond.
Le thérapeute peut pratiquer son art dans la durée et construire un projet mobilisateur. Son
engagement, son implication prennent une dimension symbolique forte. Pour lui, son projet est
reconstructeur ; pour moi, après deux années de travail, il est devenu re-créateur.
Entre nous, la ligne de partage est bien établie. La « mécanique » j’emploie souvent cette expression-
relève du praticien, le reste m’appartient. Le bornage est clairement arrêté et je n’accepterai jamais
Cette précision a le mérite d’être fixée, même si en réalité, je n’ai jamais senti de tentative quelconque
de franchissement de ce no man’s land. Je tiens ainsi à saluer expressément les hautes qualités
morales de mon thérapeute. Je tiens également à saluer sa capacité à adapter le contenu d’une séance
à l’état de fatigue constaté. La tentation est parfois grande de vouloir entreprendre ou poursuivre une
Le thérapeute se trouve dans l’obligation de réussir ; le patient le ressent. Son implication ne peut
Le patient n’est plus seul dans l’épreuve, le combat peut s’engager, la lutte étant moins inégale et
se place en juge et partie. Les premiers résultats annoncent le commencement d’une renaissance. Je
Pour le patient, les premiers résultats tardent à venir. Il m’a fallu à peu près un an avant de percevoir
les premiers effets bénéfiques des séances. C’est long. Mes points de repère sont bien sûr différents et
mon champ d’analyse est plus mesuré probablement. Le praticien et le patient se sont pas encore sur
Le praticien gagnerait certainement à mieux considérer cette période de doute qui est longue,
respirer. Exercice banal. Je me souviens du raidissement de toutes les parties de mon corps lorsque
mes jambes furent attachées? Je craquai de toutes parts comme le bois d’un vieux meuble. Je me
souviens qu’au terme ce cette séance, j’ai failli m’évanouir. J’avais l’impression d’être un astronaute
qui retrouvait la terre après un très long voyage dans l’univers. J’étais comme assommé. Mon premier
contact avec ce corps, pour douloureux qu’il fut, me rappela son existence. Au bout de trois mois, le
travail respiratoire se compléta par un travail assis qui, bien que difficile, constituait une étape
importante.
C’est à ce moment que la technique de travail se diversifia et, surtout, m’apparut plus riche. Le travail
prit alors une dimension nouvelle. La notion de projet me parut plus évidente même si l’objectif
Au bout de ces années de travail presque continu, je suis heureux d’avoir évacué de mon esprit l’idée
de l’invalidité. C’est un mot qui est assurément banni de mon vocabulaire. Avant, il me venait
J’ai également réduit de moitié ma dose quotidienne d’Indocid (50 mg/jour). Je ne suis pas en mesure
d’établir une corrélation entre l’amélioration de mon était général du aux séances et cette réduction,
car il y a une part psychologique non négligeable dans cette prise régulière de médicaments. Par
contre, le fait d’être dans une démarche positive a créé les conditions psychologiques me permettant
Enfin, j’ai retrouvé mon corps. Il me fait moins souffrir. Avant, j’étais sujet à des sciatalgies
J’ai retrouvé une certaine aisance ce qui n’est pas sans me réjouir. Les douleurs localisées dans le
Avant, mon pied droit fuyait à droite, aujourd’hui ma démarche est bien synchronisée, ma foulée plus
ample avec possibilité d’accélération. Je peux monter les marches deux par deux, avec un certain
allant.
De même, une marche de longue durée ne me fait pas peur. Mes bras participent à l’effort sans que
D’une façon générale, je n’ai plus à réfléchir pour faire des choses simples comme marcher. Avant, il
Mes gestes ont retrouvé leur naturel. Je peux facilement taper dans un ballon, le geste technique
offrant un mouvement parfaitement régulier et indolore. Avant, il m’était impossible de tirer dans un
ballon, le mouvement était fractionné en deux phases et hésitant par crainte de la douleur.
La foulée est possible. Je peux marcher, accélérer et brusquement commencer une petite course ou
effectuer un petit saut à cloche-pied. Je peux à nouveau m’amuser avec mon corps, m’accroupir,
actifs.
Voilà résumé, le bilan que je fais de ce travail commun : les séances de Reconstruction Posturale
m’ont redonné le goût de faire et d’entreprendre. J’ai retrouvé le mouvement et l’espace, en un mot, la
vie.
Cette conquête du terrain perdu s’est fait lentement et progressivement et chaque jour j’en mesure le
Je voudrais exprimer ma gratitude à Mme DESTIEUX pour toutes les qualités professionnelles et