Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 1
COURS DE DROIT PENAL DES AFFAIRES
Master1 CCA
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PLAN DU COURS
Introduction
TITRE I : LES INFRACTIONS DE DROIT COMMUN APPLICABLES AUX
AFFAIRES
CHAPITRE I : LES ATTEINTES A LA PROPRIETE D’AUTRUI
SECTION I : L’ESCROQUERIE
Paragraphe 1 - Les éléments constitutifs
A - La tromperie
B - La remise de la chose.
C - L’existence d’un préjudice
D - L’intention frauduleuse
Paragraphe 2. La répression
A- Les peines de l’escroquerie simple
B - Les circonstances aggravantes
Section II : les infractions à la législation spécifique sur les chèques
Paragraphe 1 - Les faits commis par le tireur ou l’émission de chèque sans
provision.
Paragraphe 2 - Les faits commis par le bénéficiaire : Délit du porteur ou du
bénéficiaire
Paragraphe 3 - Les faits commis par le tiré : le débit imputable au tiré
Paragraphe 4 - Les faits commis par des tiers
SECTION III : l’abus de confiance
Paragraphe 1 - Les éléments constitutifs
A- Le détournement ou la dissipation
B - La notion de préjudice
C - Les choses susceptibles de faire l’objet d’un abus de confiance
D - La remise de la chose en vertu d’un contrat déterminé
E - L’intention coupable
B - la répression de l’abus de confiance
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Section IV : le recel et le blanchissement d’argent
Paragraphe 1 - Le recel
A- Les éléments constitutifs
B - la répression du recel
Paragraphe 2 - le blanchissement d’argent.
A-Origine de l'expression
B-Méthode de blanchiment
C- Lutte contre le blanchiment d'argent et obligations légales
D- Les Dispositifs nationaux et internationaux de lutte contre le
blanchiment
E- Les éléments constitutifs
F- L’intention coupable
G- Les personnes punissables
CHAPITRE II : LES ATTEINTES A LA FOI PUBLIQUE
Section I : les faux en écritures.
Paragraphe 1 - Les éléments constitutifs.
B - L’altération de l’écrit
C - L’intention frauduleuse.
Paragraphe 2 - La répression des faux en écritures
Section II - L’usage de faux.
Paragraphe 1 - Les éléments constitutifs
Paragraphe 2 - Les sanctions pénales
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CHAPITRE III – LA CORRUPTION ET LE TRAFIC D’INFLUENCE
Section I – Les éléments constitutifs
Paragraphe 1 - Les éléments constitutifs de la corruption passive
Paragraphe 2 - Les éléments constitutifs du trafic d’influence.
Paragraphe 3 - Les éléments constitutifs de la corruption active.
Section II - les pénalités.
Paragraphe 1 - Les peines principales de l’infraction.
Paragraphe 2 - Les peines complémentaires.
CHAPITRE IV- LES PARADIS FISCAUX
Section 1- Les paradis fiscaux et leurs conséquences
Section 2- Faut-il lutter contre les paradis fiscaux ?
TITRE II : LE DROIT PENAL DES SOCIETES COMMERCIALES
CHAPITRE I : LES INFRACTIONS RELATIVES A LA CONSTITUTION ET AU
FONCTIONNEMENT DE LA SOCIETE.
SECTION I : LES INFRACTIONS RELATIVES A LA CONSTITUTION DU
CAPITAL SOCIAL
Paragraphe 1 - Le mensonge dans les déclarations
Paragraphe 2 - La simulation de souscription ou de versement et la publication de
faits ou de noms faux.
Paragraphe 3 - La fausse déclaration dans l’acte de société
Paragraphe 4 - Le délit de majoration frauduleuse des apports en nature.
Paragraphe 5 - Les sanctions pénales
SECTION II : LES INFRACTIONS RELATIVES AU FONCTIONNEMENT DE
SOCIETE.
Paragraphe 1 - Les abus des biens et du crédit des sociétés.
Paragraphe 2 - La présentation ou la publication d’un bilan inexact ou faux
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CHAPITRE II : LES INFRACTIONS RELATIVES AU PRIX ET AU DROIT DE
LA CONCURRENCE.
SECTION I : LA REGLEMENTION DES PRIX
Paragraphe 1 - Le principe de la liberté des prix.
Paragraphe 2 - Les infractions aux règles de la transparence du marché
Paragraphe 3 - Les sanctions pénales :
SECTION II : LES OBSTACLES A LA TRANSPARENCE DU MARCHE OU LES
REGLES APPLICABLES EN MATIERE DE CONCURRENCE.
Paragraphe 1 - Les pratiques anticoncurrentielles
Paragraphe 2 - Les pratiques restrictives de la concurrence
Paragraphe 3 - Les sanctions pénales
CHAPITRE III : LA BANQUEROUTE
SECTION I : LES DIFFERENTS CAS DE BANQUEROUTE
Paragraphe 1 - La banqueroute simple
Paragraphe 2 - La banqueroute frauduleuse
SECTION II : LA POURSUITE ET LA REPRESSION DES DELITS DE
BANQUEROUTE
Paragraphe 1 - Les peines applicables
Paragraphe 2 - La particularité de la poursuite.
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Introduction
Le droit pénal des affaires est une branche assez récente du droit pénal général
qui présente des particularismes marqués, mais qui reste soumis aux principes
fondamentaux du droit pénal.
Il est défini comme un ensemble des règles de droit concernant les infractions
susceptibles d'intervenir dans la vie des affaires, mais aussi de l'ensemble des
règles économiques qui peuvent être sanctionnées pénalement.
C’est l’étude du droit pénal dans les affaires, études des incriminations
commises par des personnes, la plus part du temps au cours de leur vie
professionnelle.
On évoquera la notion de droit pénal des affaires et son évolution.
I- La notion de droit pénal des affaires :
Cette notion est une notion assez récente.
Entre les deux guerres on parlait principalement de droit pénal financier.
Ensuite, aux alentours de la seconde guerre mondiale évoque plus tôt la notion
de droit commercial ou de droit pénal économique.
Le premier ouvrage à utiliser la notion de droit pénal des affaires est écrit par
Mme Delmas Marty et depuis c’est cette dénomination qui est utilisée par
tous les auteurs car elle correspond à un champ plus large de recherche.
Michel Véron parlant du droit pénal des affaires se demande si c’est un
mythe ou une réalité.
A- Les affaires:
Le petit robert nous dit que ce sont les activités économiques notamment
dans leurs conséquences commerciales et financières.
On la retrouve dans de nombreuses expressions populaires.
C’est un peu comme un monde à part, un monde important, un monde d’argent.
Dumas disait : Les affaires c’est bien simple c’est l’argent des autres.
Parfois on dit que les affaires c’est un monde de mensonge.
Eva Joly, ancienne magistrat française, qui a instruit l’affaire Elf, renchérit
en disant que faute pour la société française d’avoir pensé l’argent, l’argent
s’est mis à penser pour elle et la corruption s’est développée de manière assez
impressionnante. Plus positivement c’est un monde d’investissement.
Les nombreuses expressions anecdotiques nous amènent à évoquer la morale
des affaires et une affaire de morale.
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La morale des affaires est un vieux discours, toute la culture classique se
prête à ce discours.
Aristote constate l’existence d’échanges commerciaux mais condamne la
notion de prêts à intérêts.
Pour Saint Thomas d’Acquin, faire du commerce c’est pêcher.
Au XIXème siècle c’est l’épanouissement du capitalisme, c’est le règne des
affaires. En dehors du domaine économique, on va la retrouver dans des pièces
de théâtres, notamment L’auberge des attraits.
Il y a aussi des ouvrages, toute la littérature de Zola.
L’Affaire de Panama, énorme scandale financier sous la troisième République, il
s’agit de solliciter le public pour permettre la construction de ce canal.
Beaucoup de cet argent va être utilisé pour soutenir des campagnes de
presses, mais ça va échouer. Nouvelle tentative avec le soutien de
parlementaires et de ministres. Ferdinand de l’ebsès va mettre en place des
emprunts. Et finalement la banqueroute est déclarée des centaines de
milliers de souscripteurs sont ruiné. Ferdinand et son fils sont poursuivis pour
abus de confiance et escroquerie et ne seront finalement pas condamné à cause
d’un vice de procédure. Au final, un seul Ministre sera condamné car il avait
avoué avoir été acheté pour avoir influencé un certain nombre de projets.
Le XXème siècle c’est la crise économique de 1929, le Président Houve a
expliqué dans ses mémoires que la spéculation sans limite qui a mené à la
crise de 1929 est pire que l’assassinat.
Après la seconde Guerre mondiale, il y a eu d’autres affaires importantes,
notamment dans le secteur immobilier qui a fait l’objet d’une règlementation
importante, le ciné dans les 70, 80, s’est emparé de ces question, Wall Street,
premier film porno sur l’argent, puis « révélation » de Mickael Man ou «
L’ivresse du pouvoir » de Claude Chavrole.
On a aussi des romans : toute la littérature de denis Robert, journaliste qui
a beaucoup travaillé sur ces questions-là, il y a les ouvrage d’Eva Joly.
Une affaire de morale : c’est-à-dire la prise de conscience depuis 15 - 20
ans qu’il est nécessaire de mettre en place une éthique, une déontologie.
Aux USA, le mouvement a débuté d’abord là-bas avec un enseignement dans
les écoles qui forment des hommes d’affaires, le mouvement s’est poursuivi
en France et pendant les années 2000, le mouvement s’est accentué, une
volonté de réaffirmer une déontologie dans les affaires; de nombreuses
Chartes de déontologie ont été rédigée et ont pour objectif de définir les
devoirs d’un comportement professionnel, exigé pour les personnes
physiques ou morales dans les relations avec les usagers, entre eux et pour la
profession elle-même.
Ces chartes sont d’origine parfois purement privée, parfois elles sont
homologuées par l’Etat et parfois elles ont été créé par l’Etat, elles ont pour
modèles les codes de déontologie créé par les ordres professionnels.
Aujourd’hui, le législateur délègue à des professionnels l’adoption d’un
certain nombre de règles, l’exemple le plus récent est la loi du 4 aout 2008
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de modernisation de l’économie par laquelle le législateur autorise le
gouvernement à prendre par ordonnance des mesures qui ont pour objet de
prévoir la mise en place de ces codes de conduite.
Cette loi vise deux domaines spécifiques : le domaine financier, la
question des instruments financiers, mais aussi tout le domaine de
l’épargne et de l’assurance sur la vie.
Le législateur a délégué son pouvoir à l’exécutif pour prendre des ordonnances
et le gouvernement français a pris une première ordonnance le 5 décembre
2008 dans les deux domaines précités.
Donc on a un code de déontologie rédigé par le secteur professionnel puis
homologué par l’exécutif.
Le gouvernement prend un arrêté d’homologation et dès lors il vaut règlement,
il a valeur normative contraignante.
Des professionnels se sont émus de ce système car d’ordinaire, il est
approuvé par décret en conseil d’Etat et pour apprécier la valeur de cette
charte, le conseil peut recourir à un grand nombre de principe, or la comité
d’homologation est constitué en majorité par des professionnels du secteur et
des administratif, il n’y a que deux parlementaires et un membre du CE, il
convient d’attendre pour apprécier les effets liés à cette procédure et vérifier
comment les AAI apprécieront l’application de ces règles déontologique,
pour le moment la question est pendante.
B - La délinquance d’affaire
1 - La littérature criminologique :
La criminalité est apparue sous une terminologie qui a fait fortune : la
criminalité en col blanc, au Québec ou parle en collet blanc et en Italie en
gant blanc.
Cette terminologie a été utilisée par un homme politique britannique dès
la fin du XIXème siècle 1872.
Elle a ensuite été utilisée par Gabriel Tarde, théorie de l’imitation : il a posé le
problème des rapports entre la criminalité et les professions.
Un Américain, Edwin Sutherland a une conception qui se développe autour
de trois domaines : le crime, son auteur et la société où il est commis.
C’est l’acte d’une personne respectée, elle va violer une règle qui peut
être professionnelle, cet acte va consister à exploiter la confiance, la
crédulité des autres et cet acte est réalisée de façon ingénieuse, rusée, on
parle de criminalité occulte, cachée.
Ce concept de crime en col blanc est important pour Sutherland car il va
permettre d’attirer l’attention sur certains point, notamment sur certains
illégalismes, conduites antisociales qui jusqu’au début des années 30 n’était
pas prise en compte par la criminalité traditionnelle, c’est un nouveau champ
de recherche qu’il met en avant.
Il explique que c’est une criminalité des classes aisées, il faut la distinguer
de certaines criminalité segmentaires, c’est un acte générique qui s’intéresse à
une certaine catégorie de personne, elle est portant relative aux activités
^professionnelles de ces criminels.
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Enfin, il insiste sur la gravité de cette criminalité, car elle est sournoise,
elle peut provoquer des dommages importants, les victimes peuvent être
nombreuses. Quant à l’auteur de cette délinquance, il s’agit d’un citoyen
au-dessus de tout soupçon, c’est un personne conscient de ce qu’il fait, il
connait le caractère illégal ou illégitime de son acte, mais il ne s’estime pas
délinquant, il est convaincu de la justesse de son acte.
Il explique que le rationnel, le rentable l’emporte sur les aspects légaux du
comportement.
Enfin l’auteur de cet acte estime avoir un droit personnel à violer les lois, sa
position sociale l’autorise à.
Le troisième élément étudié est la société.
Il y a deux critères retenus par l’auteur, l’état de la société au moment où le
crime est commis puis la réaction de la société.
Edwin Sutherland va reprendre les concepts mis en avant par Emil
Durkheim qui a beaucoup étudier la notion d’anomie, c’est une société dans
laquelle il n’y a quasiment pas de normes et pour lui, à notre époque il y
aurait une distorsion assez forte entre les objectifs poursuivit et les moyens
légaux pour y accéder.
Objectifs : réussite sociale, argent…
Moyens légaux : travail, héritage, investissements …, mais ils sont tellement
importants au nombre de personnes qui vont utiliser tous les moyens possible
pour atteindre cet objectif et les moyens légaux ne sont pas suffisants,
l’important est de gagner, peu importe les règles du jeu.
Quant à la réaction de la société, Sutherland est assez pessimiste, il la
qualifie de plusieurs manières. Il y a une certaine ignorance de cette
criminalité en col blanc. Ensuite, une certaine indifférence à son égard,
l’opinion publique et les médias de l’époque s’en désintéressant.
Ensuite, une sorte de crainte, si on met les entreprises en difficultés, que va-t-il
se passer? Une crainte à ce que des poursuites entrainent un frein un
dynamisme des entreprises, entravent la compétitivité. Mais également
l’admiration pour l’argent, pour ces personnages qui osent qui
réussissent qui sont audacieux. Il y a également une notion de solidarité
entre les membres de la société et le criminel d’affaire, pour lui, il apparait
dans notre société occidentale comme un homme comme un autre. Mais il
appartient au groupe social, alors que les délinquants de droit commun
seraient des êtres différents.
La classe dominante met en place des mécanismes préférentiels pour traiter
deux sortes d’illégalisme, ce sont des questions sur lesquelles reviendra Michel
Fouqueau.
Il y aurait deux formes d’illégalismes : des illégalismes des biens et des droit.
La première accessible aux classes populaires, relève des tribunaux
ordinaires, des châtiments répressifs, c’est la délinquance commune et ils
relèvent du pénal.
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Deuxième catégorie, l’illégalisme des droits, plutôt l’idée de savoir
contourner les lois, les règlements, elle serait réservée à la bourgeoisie, classe
aisée qui a cette possibilité et elle va elle bénéficier de juridiction particulière et
va bénéficier de procédure spéciale, procédure de la transaction, et plutôt
sanctionner d’amende et très peu d’emprisonnement.
Sutherland appartient à une littérature criminologique de combat, très
engagée. Il voulait d’abords mettre en avant, en évidence la criminalité
d’affaire, sa dangerosité, y compris pour la société et également l’injustice
qui en découlait lié au traitement différentiel entre les différents criminels.
Sutherland a ouvert la voie pour que les politiques prennent en considération ce
type de délinquance.
Les infractions relatives à la criminalité d’affaire sont très diverses, il y a des
infractions de droit commun.
Les condamnations dans ce domaine-là représentent un peu moins de
5% de l’ensemble des condamnations pénales, elles coutent également 10 fois
plus cher, car c’est souvent obscure, les recherches sont nombreuses, à prend du
temps. Les condamnations concernent surtout l’escroquerie et également en
droit du travail.
On sait que le chiffre noir est très important dans ce domaine-là, beaucoup
plus que le chiffre noir concernant la délinquance ordinaire. On retrouve des
infraction cachées, occultes …, des victimes qui sont absentes qui ne savant
pas, une tolérance et puis des infractions qui ont une dimension
internationale dans beaucoup de situations.
En droit pénal des affaire, le rôle des Administrations est très important,
l’administration a en effet le pouvoir de transiger, d’éviter les poursuites
judiciaires et on constate aussi assez peu de dénonciation de l’administration
vers l’aspect judiciaire. Notamment, les douanes qui ont un devoir de conseil,
également des services très pointus tels les organismes qui reçoivent des
déclaration de clients, ce service a été pendant très longtemps assez peu en
relation avec le système judicaire, c’est préjudiciable à la justice et ça
augmente le chiffre noir. En 1994, un magistrat expliquait qu’aucune
instruction d’envergure n’était encore arrivé jusqu’au jugement devant un
tribunal français. Ce n’est plus le cas, mais il y a c’est vrai un déficit. « On va à
la chasse au rapaces, mais on ne ramène que des passereaux. »
C - Lien entre droit pénal et affaires
Il y a à ce sujet plusieurs discussions qui n’ont pas complètement abouti.
Il y a un premier débat sur l’opportunité du droit pénal des affaires et un débat
sur la spécialité du droit pénal des affaires.
Débat sur l’opportunité : deux questions se posent, est-il légitime de créer un
droit pénal dans un secteur si important? Son efficacité?
Ceux qui la contestent : les milieux d’affaires en générale, selon eux il y a des
logiques contradictoires entre le monde des affaires et celui des juges.
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La première demande de la rapidité, dans le deuxième il faut prendre du
temps.
La notion de temps ne correspond pas du tout.
La philosophie non plus ne correspond pas.
Un PDG d’une grande société française avait été interrogé comme témoins
dans l’affaire ELF : il n’y a vraiment que les magistrats français pour
ignorer que le capitalisme français s’est construit à coup de délit d’initiés.
Le droit pénal freine le droit des affaires.
Ripert disait qu’en affaire il fallait préférer la tolérance d’une habile
immoralité à l’inquiétude d’une suspicion.
Gavalda disait que le droit pénal est aux affaires ce que la chirurgie est à la
médecine : l’aveu de l’insuffisance de sa technique.
Sont convaincus les juristes et les membres de l’administration.
1er argument : dans tout domaine il convient de fixer des limites à la liberté
de chacun, limiter la liberté du professionnel lorsqu’il y atteinte de la
personne en situation de faiblesse et limitation à la liberté au regard de
l’intérêt général puisque dans certaines hypothèses les finances de l’Etat
peuvent être touchées.
2ème argument : question d’égalité entre les citoyens devant la répression,
principe de confiance, principe de crédibilité de ce droit des affaires qui
comme les autres a ses brebis galeuses.
Fouqueau explique que c’est une technique tout à fait malsaine de rompre le
principe d’égalité entre les citoyens.
3ème : évoquer un paradoxe puisque le droit pénal des affaires ne serait pas
un droit de répression, il s’agirait de prévenir le crime et de rendre la règle
pénale symbolique.
L’aspect symbolique dans le sens où le droit pénal contribuerait à faire
évoluer les mentalités. Certains expliquent que le capitalisme a pu
évoluer grâce à l’existence d’un certain droit pénal, il a pu se civiliser.
On va admettre qu’il est légitime.
Est-il effectif, efficace en droit des affaires? Il y a de nombreuses
querelles, querelles non seulement doctrinales, qui se retrouvent devant le
Parlement ou au prétoire.
Les partisans de l’efficacité : le droit pénal viendrait suppléer des droits
spécialisés car ils sont incapables de s’assumer seuls et finalement si l’on
accepte cette doctrine on peut dire que le droit pénal deviendrait le meilleur
protecteur du droit des affaires, principalement en raison des principes que la
chambre criminelle doit appliquer, notamment le principe de la légalité et de
l’interprétation stricte de la loi pénale. Si l’on compare la jurisprudence de la
chambre sociale et celle de la chambre criminelle ce principe est d’avantage
ancrée dans la jurisprudence criminelle, la chambre sociale fonctionne sur un
modèle beaucoup plus casuistique. La chambre criminelle doit interpréter
strictement le texte quand il existe et l’appliquer. Quand la chambre
criminelle interprète le texte, elle doit le faire en tenant compte de la volonté du
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législateur. La chambre sociale peut s’écarter un peu plus de la loi, elle
peut renoncer à certaines dispositions législatives, il y a une sorte de sécurité en
pénal qui n’existe pas en civil, cette position est celle de Mme Judith
Delage.
Les adversaires vont mettre en avant le risque de banalisation du droit pénal.
Pour eux, si on se sert mal du droit pénal, il s’use beaucoup. Pour eux, il y a
beaucoup trop de droit pénal dans la vie des affaires. L’Etat de façon
générale crée beaucoup trop d’infraction, donc on ne les voie plus, on ne les
dénonce plus on ne les puni plus. On s’habitue à avoir un droit pénal qui n’est
pas utilisé dans toute son amplitude. En pratique cette idée de dépénaliser le
droit des affaires existe depuis longtemps. Il y a d’une part la loi du 25
janvier 85 relative au redressement et à la liquidation judiciaire des
entreprises qui a dépénalisé notamment les cas de banqueroute. Ordonnance du
1er décembre 86 qui a éliminé des incriminations, en transformant
certaines en contravention. Elle a supprimé le délit d’entente, elle l’a
transformé en manquement au droit de la concurrence et a fait glisser l’acte
Interdit de façon administrative et c’est donc le Conseil de la concurrence qui
devient compétent pour traiter de ces questions. Dans ces année-là on va créer
de nombreuses AAI, dans les années 80, elles ont un pouvoir important parallèle
au pouvoir judiciaire. Rapport Coulon : c’est le président de la république
qui à la fin de l’année 2007 a demandé à ce magistrat de réfléchir sur la
dépénalisation du droit des affaires. L’objectif affiché correspond aux positions
prises par les adversaires de la pénalisation : la sur pénalisation entraine
l’insécurité juridique et freine l’initiative d’entreprise. Il est vrai qu’une
infraction non utilisé devrait disparaitre, elle n’a aucun intérêt. Le rapport
Coulon a été remis à la présidence le 20 février 2008 et on y fait un certain
nombre de propositions. Mais finalement ça ne change pas beaucoup les choses.
On souhaite articuler de façon plus harmonieuse les pouvoirs qui existent au sein
des AAI avec les pouvoirs du juge. On veut modifier les règles de la
prescription. Le point de départ a été considéré dans de nombreuses
affaires comme le jour de la découverte de l’infraction : c’est une pirouette
jurisprudentielle, normalement c’est 3 ans à compter des faits. Cette règle est
contra legem et crée de l’insécurité, donc le rapport souhaite que l’on revienne
au principe de départ : point de départ = commission des faits. Le rapports
propose d’augmenter le délai de prescription. Il propose de créer une action de
groupe, permettre à l’ensemble des citoyens d’engager une action même s’ils ne
sont pas dans une association.
Deuxième débat : sur la spécialité du droit pénal.
Le droit pénal des affaires est un droit spécial car il a des liens
spécifiques avec le droit commun, c’est un droit spécialisé.
Un droit spécial:les influences entre ce droit et le DP commun sont importantes.
1ère raison : les incriminations traditionnelles : vol, escroquerie, abus de
confiance s’appliquent aussi au droit des affaires. Les infractions
traditionnelles vont servir de modèle pour créer des infractions spécifiques,
c’est le cas de l’abus de confiance ou l’abus de biens sociaux, c’est le cas de
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l’escroquerie à l’origine de la publicité mensongère. C’est plutôt le droit
pénal des affaires qui a influencé le droit spécial commun. C’est l’originalité
qui a rejailli sur le droit pénal spécial.
Un droit pénal spécialisé du point de vu de l’auteur. Un délit de
professionnels, d’initiés qui agissent dans le cadre de leur activité. Il est
spécialisé du point de vue du cadre, du contexte de la commission de
l’infraction. Il y a l’infraction qui ont un rapport nécessaire avec
l’entreprise, il y a la législation du travail…, il y a une deuxième catégorie qui
ont un rapport occasionnel avec l’entreprise qui va faciliter la commission de
l’infraction.
II - Evolution du Droit Pénal des affaires :
Robert Vouin disait déjà en 1970 « les affaires de droit pénal ne se sont
jamais ignorées ».
On évoquera les prémisses de cette rencontre, puis la consécration de ce DPA,
puis on s’intéressera aux sources essentielles.
A- Les prémices :
En Italie, au XIVème siècle, il y a quelques textes qui sont applicables autour
des grands lacs concernant les pêcheurs et les bouchers.
Pendant le Carème, le poisson est très demandé et l’offre et la demande
sont déséquilibrées.
La règlementation va essayer de rééquilibrer : pas de vente cachée, ils
doivent vendre sur les places et les marché + obligation de vendre à prix
fixe, obligation de vendre aux concitoyens italiens avant les étrangers +
prohibition du refus de vente.
Les bouchers doivent posséder une balance exacte et marqué.
Il est interdit de gonfler les bêtes d ’air, l’abattage et le dépeçage doit se
faire sous contrôle du public, on ne peut vendre des bêtes malades et il est
interdit de vendre sous une fausse appellation.
En France, le premier secteur des affaires touchées par le droit pénal est le
secteur des impôts. Au XVème siècle, les compagnies fermières fraudaient le
fisc et des enquêtes ont été ordonné.
La première enquête mise en œuvre par Charles VII, il s’agit de fermiers
généraux qui vont détourner de l’argent. Plus tard, à peu près à la même
époque, Louis XI va ordonner une enquête de grande envergure, condamnation.
Un siècle plus tard, on intègre le crime de Péculat, il s’agit de commettre un
vol de deniers publics par ceux qui en ont l’administration et le maniement.
Sanction : confiscation des biens de la personne.
Jean Pinnet, receveur général des impôts, pendu en 1866 pour avoir commis
ce crime de péculat.
L’hôtel Pinnet va être confisqué par l’Etat, vendu au grand séminaire et c’est
aujourd’hui le siège de la présidence de l’université.
Cet ensemble législatif va être codifié par l’ordonnance de 1681.
La fondamentale est la loi du 28 avril 1816, loi fiscale.
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Le deuxième secteur touché est celui des produits alimentaires.
Il y a un embryon ancien du droit pénal de la consommation.
L’idée est de faire respecter la loyauté des transaction et d’être attentif à la
sécurité publique. Au XVème siècle les sanctions sont sévères : le pilori.
LA loi fondamentale est celle du premier aout 1905 sur la répression des
fraudes dans les ventes de marchandises et de falsification des denrées
alimentaires et des denrées agricole. Elle a été intégré dans le code de la
consommation par une loi du 26 juillet 93.
Troisième secteur : le domaine des ventes. L’objectif est d’organiser un certain
ordre économique et sociale, maintenir la paix sociale, règlementé tout le
processus de vente. Au XVIIIème siècle on va prohibé la technique de
l’accaparâmes, il s’agissait de bloquer les ventes, stocker les marchandises
pour faire augmenter les prix et vendre au prix fort. Au XIXème siècle on voit
surgir une règlementation dirigiste en matière de prix, de modalité de
vente…
Quatrième domaine : le droit douanier. Il est très marqué par ses
origines sous l’ancien régime. Le droit douanier actuel a été codifié par les
ordonnances royales au XVIIème siècle. Le droit douanier a évolué de façon
constante, y compris pendant la révolution française. C’est en 48 que le code des
douanes françaises va être refondu et le dernier changement notable est lié à la
mise en place d’un code des douanes communautaires depuis 1992.
Le droit pénal des affaires a été mobilisé par deux grandes catégories d’intérêts,
les intérêts particuliers et l’intérêt général, cad les intérêts de l’Etat et tout
ce qui touche à son budget. Pour tenter d ’associer ces deux intérêts, on met en
place une protection de l’individu et des marchés qui se développe au début du
XIXème siècle, époque pendant laquelle l’Etat ne doit intervenir que dans les
cas extrêmes où les opérateurs économiques ne peuvent réguler seul les
marchés. C’est le principe de liberté. C’est la logique du laisser faire, laisser
passer. Le droit pénal existe à minima, c ’est un droit pénal butoir, au service
d’un OP minimum.
B- La consécration d’un Droit pénal des affaires :
Elle est évidente au début du XXème siècle.
C’est entre les deux guerres que le droit pénal est confirmé. Il faut
évoquer les motifs de cette consécration et ses conséquences.
La date à retenir est 1935. Motifs de 3 ordres :
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Les concepts économiques ont changé, à partir de 35 on se rend compte
que l’intervention de l’Etat est utile.
La crise économique de 1929 qui rend nécessaire la protection de certaines
activités commerciales, industrielles et agricoles dès lors que des formes de
concurrence dangereuses ont été mises en place dans les années. Organisation
de certains marchés : blé, vin, viande… pour permettre aux français d’avoir
un minimum de produits disponibles.
On va créer un comité de surveillance des prix permettant de réprimer les
hausses excessives et injustifiées des prix. C’est une loi de 36.
Quelques célèbres affaires financières qui vont devenir des scandales dont
l’affaire Stavisky : il va crée un établissement financier dans les sud de la France
qui va émettre des bons caisses et il va y avoir des détournements d’argent
importants, entre 34 et 500 millions de francs s’envolent.
Ces détournements de fonds avaient été tacitement acceptés par quelques
politiques et notamment le député maire de Bayonne. Stavyski avait
également des amitiés avec la presse, le pouvoir judiciaire ce qui ralentie la
procédure. Le scandale éclate. Stavyski avait rémunéré ces services. Il s’enfuit et
est retrouvé suicidé.
Conséquences : le législateur va adopter un certain nombre de textes très
importants à partir des années 30.
Quatre lois qui ont modifié le paysage.
Décret-loi, 8 aout 35 qui crée 3 niveaux délits en droit des sociétés :
présentation inexacte de comptes sociaux, abus de biens sociaux ou de
crédit, l’abus de pouvoir ou des voix. Par cette loi, l’usure devient un délit
simple non plus d’habitude, donc plus sévèrement réprimé.
2juin 45, 2 grandes ordonnances par lesquelles on voit apparaitre la notion de
droit pénal économique. La première s’intéresse à la règlementation des prix.
La deuxième s’intéresse plutôt aux questions de concurrence, relative à la
contestation, poursuite et répression des infraction à la législation
économique. Apparait une police spécialisé et qui a un pouvoir d’enquête au
près d’entreprises suspectées de malversation, ex : pouvoir de visite ou
communication de dossier de l’entreprise. C’est une police administrative qui
a un rôle très important. La responsabilité pénale entant que dirigeant de
l’entreprise. Ces deux ordonnance sont été abrogées et remplacé par une
ordonnance intégrée dans le code de commerce en 2009.
L’ordonnance du 28 septembre 1967, on est dans le domaine boursier et on va
créer une autorité particulière, la commission des opérations de bourse,
COB, elle a un rôle de régulation du secteur, de surveillance des opérations de
bourses et parallèlement on va créer un nouveau délit d’exploitation abusive
d’informations privilégiées, nommé couramment par l’expression délit
d’initié. Par cette ordonnance on veut surtout que soit respecté l’égalité entre
opérateurs boursiers et transparence dans la circulation d’information, pour que
tous est l’information utile pour pronostiquer et aller plus loin dans leur activité.
Dans le domaine boursier, domaine où l’opacité est importante, certains
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 16
opérateurs peuvent être mieux placer que d’autres pour avoir les
informations utiles. Le délit va exister à partir du moment où on utilise les
informations connues dans les conditions de non concurrence.
Loi du 4 aout 75 qui introduit dans le CPP un nouveau titre « de la poursuite
et du jugement des infractions en matière économique et financière. ». On voit
apparaitre des magistrat instructeurs spécialisés, des juridictions spécialisées…
C’est donc un droit pénal multiforme qui a été prolongé par des conventions
internationales.
Jusqu’aux années 70, quasiment aucune convention ne s’intéressaient à ce
domaine.
Convention d’assistance mutuelle administrative, très souvent bilatérale,
parfois multilatérale, c’est par exemple la convention de Nairobi du 9 juin
77, convention ONU, qui permet aux autorités douanières de se coordonner
afin de prévenir, rechercher et réprimer les infractions douanières. Au sein
de l’Union Européenne, une directive du 17 décembre 77, relative à
l’assistance mutuelle des autorités compétentes des Etats membres dans le
domaine des impôts directes.
Au sein du Conseil de l’Europe, une simple recommandation demandant aux
Etats de réprimer tout ce qui touche à la protection de l ’environnement, au
domaine informatique et à la protection des travailleurs.
Le respect du droit pénal des affaires est assuré en partie par les juridictions
pénales et en partie par des autorités administratives indépendantes (ou AAI) :
Conseil national de la concurrence.
Ainsi, le droit pénal des affaires comprend des infractions de droit commun
applicables au Droit des affaires (vol, escroquerie, abus de confiance,
corruption) et les infractions spécifiques au Droit des affaires, c’est à dire en
matière de droit des sociétés (ex: majoration des apports en nature, abus de bien
social ...), de droit de la concurrence (ex: entente, abus de position
dominante ...), de droit de la consommation (ex: publicité trompeuse), de droit
boursier (ex: délit d'initié).
En Volume horaire de cours, en année de Master I de l’U-AUBEN, il serait
fastidieux de faire une analyse exhaustive de toutes ces infractions comme si
c’était sous l’optique du droit pénal spécial.
C’est pourquoi le présent cours sera limitée à une étude générale de différentes
infractions "courantes" telles que l'escroquerie, l'abus de confiance, les faux en
écriture, l'usage de faux, le recel, ainsi que les conditions préalables nécessaires
en droit à la constitution de l'infraction et, par conséquent, à sa répression.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 17
Dans une seconde partie, seront étudiées des infractions spécifiques aux
dirigeants sociaux : infractions relatives à la constitution du capital, à l’abus des
dirigeants (abus de biens sociaux et du crédit de la société), présentation de
faux bilans ou inexacts (éléments constitutifs et répression), dividendes fictifs
(éléments constitutifs et répression), la banqueroute.
TITRE I : LES INFRACTIONS DE DROIT COMMUN APPLICABLES
AUX AFFAIRES
CHAPITRE I : LES ATTEINTES A LA PROPRIETE D’AUTRUI
SECTION I : L’ESCROQUERIE
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 18
L’escroquerie est un délit tendant, à l’appropriation frauduleuse de la fortune
d’autrui.
Dans l’escroquerie, c’est la tromperie qui détermine le consentement de la
victime, qui retient l’attention.
L’article 477 du code pénal incrimine quiconque :
- Soit en faisant usage de faux nom ou de fausse qualité,
- Soit en employant des manœuvres frauduleuses pour persuader de
l’existence de fausses entreprises, d’un pouvoir ou d’un crédit imaginaire,
ou pour faire naître l’espérance où la crainte d’un succès, d’un accident ou
tout autre évènement chimérique,
- Se sera fait remettre ou délivrer, ou aura tenté de se faire remettre ou
délivrer des fonds, des meubles ou des obligations, dispositions, billets,
promesses, quittances ou décharges.
- Et aura, par un de ces moyens, escroqué ou tenté d’escroquer la totalité ou
partie de la fortune d’autrui.
L’analyse de cette définition révèle une grande diversité dans les moyens mis en
œuvre par les auteurs pour tromper les victimes et obtenir la remise d’une chose.
Paragraphe 1 - Les éléments constitutifs
Au regard de l’article 477 C.P., le délit d’escroquerie consiste à utiliser
sciemment un moyen faux ou des manœuvres frauduleuses dans le but d’obtenir
la remise d’une chose.
A - La tromperie
Elle peut résulter soit de l’emploi d’un moyen faux, soit de l’emploi de
manœuvres frauduleuses.
a - L’emploi d’un moyen faux :
Le mensonge est suffisant. Il peut porter aussi bien sur l’utilisation d’un faux
nom que sur une fausse qualité.
L’usage d’une fausse identité par un faux nom ou prénom suffit à caractériser
l’escroquerie.
Il suffit qu’il y ait entre cet usage et la remise de la chose, une relation de cause
à effet. Peu importe que le nom utilisé existe. Le faux nom peut être purement
imaginaire ou appartenir effectivement à un tiers.
Lorsqu’un faux nom a été pris par écrit, ce fait peut être constitutif du délit de
faux et usage de faux en même temps que l’escroquerie, il y aura alors concours
idéal d’infractions et la poursuite doit être exercée sous la plus haute
qualification qui est celle du faux.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 19
La qualité peut être une fonction, une nationalité. L’usage de la fausse qualité
peut donc consister à prendre le faux titre de mandataire ou de préposé d’un
tiers, ou à se parer du faux titre de fonctionnaire public, d’ecclésiastique,
d’avocat, de chômeur pour inspirer une confiance.
Peu importe que l’auteur ait antérieurement possédé la qualité dont il fait état,
dès l’instant où il ne la possède plus. Mais l’affirmation fallacieuse d’un droit ne
constitue pas la fausse qualité.
b - L’emploi de manœuvres frauduleuses
Le simple mensonge ne suffit plus à tromper la victime. Il faut accréditer ce
mensonge par des justifications, manœuvres ou mises en scène. L’intervention
d’un tiers est souvent utilisée pour persuader de l’existence du fait allégué.
1 - Quelle est la nature des manœuvres ?
Aucune énumération n’est donnée par la loi et toute manœuvre peut être retenue,
mais elle doit être antérieure et déterminante pour la remise de la chose.
Elle peut consister en une action positive, une intervention manuelle, une ruse,
une machination, une mise en scène.
Constitue aussi une manœuvre frauduleuse au sens de l’article 477 du code
pénal, la production à l’appui d’allégations mensongères d’un document délivré
par une administration publique tendant à faire croire à l’existence d’un crédit
imaginaire ou corroborant un mensonge. Il en est ainsi en cas de présentation
d’une attestation de vol.
Se faire délivrer d’une fausse déclaration de vol pour obtenir une indemnisation
de la compagnie d’assurance à laquelle on déclare un vol.
La manœuvre frauduleuse peut consister dans l’intervention d’un tiers, qui peut
être de mauvaise fois et agir de connivence ou qui peut être un témoin malgré
lui. Tel est le cas du comptable qui de bonne foi, transmet un bilan dont il
certifie l’exactitude alors qu’il s’agit d’un faux bilan.
La manœuvre frauduleuse peut par ailleurs consister dans une publication
d’annonces attirant les victimes ou dans l’abus d’une qualité vraie.
2 - Quel est le but ou l’objet de la manœuvre ?
Le législateur énumère limitativement les buts qui doivent être poursuivis par
l’auteur à savoir :
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 20
Persuader l’existence d’une fausse entreprise. Il peut s’agir d’une
entreprise ayant une existence réelle mais qui ne poursuit ses opérations que par
des moyens frauduleux. Exemple, une entreprise est en état de cessation de
paiement, mais pour se procurer une trésorerie, elle achète des marchandises à
crédit qu’elle revend au comptant, sachant que les fonds ne seront pas utilisés
pour payer les marchandises achetées.
Persuader d’un pouvoir ou d’un crédit imaginaire. Ces termes sont limitatifs
mais suffisamment généraux pour permettre au juge d’appréhender toutes
manœuvres frauduleuses.
Il peut s’agir d’une personne qui fait des annonces permettant de gagner des lots
de grande valeur alors que ceux-ci n’existent pas ou dont le règlement est tel
qu’il ne peut exister aucun gagnant. Par contre celui qui persuade l’existence
d’un pourvoir surnaturel ou qui se prétend "envoyé de Dieu" n’est pas coupable
d’escroquerie, faute de pouvoir vérifier l’affirmation.
Faire naître l’espérance ou la crainte d’un succès, d’un accident ou de tout autre
évènement chimérique.
Il peut s’agir d’un concours paraissant d’une facilité dérisoire mais dont la
difficulté réelle est dissimilée par des artifices d’un règlement volontairement
trompeur.
B - La remise de la chose.
En matière d’escroquerie, le législateur donne la liste des biens qui peuvent être
remise. Cette énumération est limitative.
a- Les choses susceptibles d’être remises.
Trois sortes de choses sont susceptibles d’êtres remises, il s’agit :
Des fonds c’est-à-dire des moyens financiers. Il faut exclure les fonds
immobiliers et les fonds de commerce bien que la remise de la chose soit
parfaitement concevable à leur égard.
Des meubles, ce qui exclut les immeubles, mais aussi les immeubles par
destination. Le meuble s’entend donc de toute chose mobilière susceptible
d’appropriation individuelle, que sa valeur en soit grande ou petite,
matérielle ou morale.
Des obligation, dispositions, billets, promesses, quittances ou décharges,
c’est-à-dire tout acte dont peut résulter un lien de droit à l’aide duquel il
peut être porté préjudice à la fortune d’autrui. La quittance ou décharge
est tout acte qui donne faussement à un créancier l’illusion d’avoir reçu
son dû.
Peu importe la valeur de la chose. Une escroquerie peut aussi porter sur
un jugement.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 21
Ainsi en se prétendant faussement victime d’un accident et en utilisant des
manœuvres frauduleuses pour accréditer cette déclaration et obtenir du juge des
dommages – intérêts est une escroquerie au jugement.
b - La remise proprement dite de la chose
Le délit se consomme par la remise de la chose. Elle est implicite. Mais la
notion de décharge a donné lieu à une difficulté d’interprétation. Par exemple
une personne, en utilisant une rondelle de cuivre qu’il introduit dans un
paramètre, obtient le droit de stationner sans bourse délier. Il n’y a eu aucune
remise de ticket, ni a priori décharge. Mais il a été jugé que l’auteur a obtenu
frauduleusement une décharge de prix bien qu’il n’y ait eu aucune remise
matérielle. Les peines de l’escroquerie restent donc applicables à l’introduction
d’une rondelle de cuivre sans valeur un parcmètre. Le même principe s’applique
également pour l’escroquerie au Taxiphone et aux appareils distributeurs de
billets de banques.
C - L’existence d’un préjudice
L’escroquerie suppose chez la victime un préjudice et chez le coupable
l’appropriation de la chose remise. Le législateur exige l’existence d’un
préjudice et le juge doit en faire état, car il est stipulé dans l’article 477 du code
pénal que l’auteur doit avoir par ce moyen, escroqué ou tenté d’escroquer la
totalité ou partie de la fortune d’autrui.
L’escroquerie suppose donc un préjudice, mais ce dernier a un caractère
particulier et peut n’être qu’éventuel. Il y a nécessairement préjudice, lorsqu’il y
a eu remise de la chose.
D’une manière générale, il a escroquerie lorsque la remise de la chose a été le
résultat de moyens frauduleux et non librement consentie. La notion de
préjudice peut donc s’analyser en un viol du consentement.
Un dommage moral suffit. De même, le préjudice peut n’être qu’éventuel.
D - L’intention frauduleuse
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 22
L’escroquerie est un délit intentionnel. L’auteur doit avoir conscience des
moyens frauduleux utilisés pour obtenir la remise de la chose. Une simple
négligence ne constitue pas la mauvaise foi.
Il faut distinguer l’intention et le mobile. Ainsi un créancier ne peut se faire
remettre par son débiteur des fonds qu’il n’aurait pas délivrés sans manœuvres
frauduleuses.
Peu importe donc le mobile auquel a obéi. C’est au juge qu’il appartient
d’apprécier souverainement la mauvaise foi.
Paragraphe 2. La répression
L’escroquerie n’est jamais un crime. Cependant certaines circonstances
aggravantes ont pour effet d’élever ses peines au-dessus du taux ordinaire des
sanctions correctionnelles.
A- Les peines de l’escroquerie simple
L’escroquerie simple est un délit puni d’une peine d’emprisonnement d’un an au
moins et de cinq ans au plus et d’une amende de 300 000 F à 1.500 000F. En
outre les coupables peuvent être frappés de l’interdiction des droits de l’article
37 du code pénal pour cinq ans au plus ainsi que de l’interdiction de séjour.
La tentative est punissable.
B - Les circonstances aggravantes
La peine d’emprisonnement encourue est de cinq à dix ans lorsque les faits ont
été commis par des personnes chargées de recueillir du public des souscriptions
d’actions ou d’obligations, bons, parts ou titres quelconques soit d’une société,
soit d’une entreprise commerciale ou industrielle.
Section II : les infractions à la législation spécifique sur les chèques
Aujourd’hui le paiement par le chèque est entré dans les us et habitudes comme
dans le langage.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 23
Ainsi la possibilité d’obtenir la remise de biens en effectuant le paiement non
par le versement d’espèces mais par un document bancaire a attiré de nombreux
escrocs. Il suffit d’ouvrir un compte courant dans une banque, en portant au
crédit une certaine somme, pour obtenir un carnet de chèques permettant
d’émettre des titres remis aux bénéficiaires qui n’étaient payés que si le compte
était suffisamment créditeur mais qui, d’ores et déjà, avaient remis les biens à
l’émetteur du titre. Il n’y avait pas nécessairement manœuvres frauduleuses et
les éléments constitutifs de l’escroquerie n’étaient pas réunis. Le législateur a
comblé ce vide juridique, sachant le développement que connaissait et allait
connaître l’usage du chèque.
C’est le décret-loi du 30 octobre 1935 unifiant le droit en matière de chèque et la
loi du 1er février 1943 relative aux règlements par chèque et virement qui vont
incriminer certains faits. Ces lois ont été actualisées depuis par l’ordonnance n°
75/45/PRES/MIJ du 15 septembre 1975 portant règlement du chèque ainsi que
par les articles 486 du code pénal et la loi numéro 037/97/II/AN du 17 décembre
1997 portant loi uniforme sur les instruments de paiement dans l’UEMOA :
chèque, carte de paiement, lettre de change, billet à l’ordre.
Les infractions à la législation spécifique sur les chèques peuvent être commises
par différentes personnes.
Paragraphe 1 - Les faits commis par le tireur ou l’émission de chèque sans
provision.
Le tireur, c’est celui qui émet le chèque et qui, par une écriture sur une formule,
va tirer de son compte une somme supérieure à celle qui existe au crédit. Il peut
s’agir d’un chèque postal mais non d’un " traveller’s chèque" ou du chèque
certifié.
A- Les éléments constitutifs
a - L’émission :
Il suffit de signer la formule de chèque, même si la somme est laissée en
blanc, puisque le tireur accepte que le bénéficier y appose la somme de son
choix. Il importe peu, également, que la date de création soit absente ou
fausse ou qu’il n’y ait pas d’ordre (chèque en blanc), dès l’instant où la
signature de la formule oblige le tiré à payer.
b - L’absence de provision :
Avant d’émettre le chèque, le tireur doit s’assurer que le crédit de son compte
lui permet d’effectuer un tel retrait.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 24
Le retrait de la provision suffisante après émission de chèque est
répréhensible sauf s’il y a eu perte ou vol du chèque, ou jugement de
redressement judiciaire ou opposition. Ainsi, la loi ne punit pas seulement
celui qui émet le chèque sans disposer d’une provision suffisante, mais aussi
celui qui, ayant disposé de cette provision lors de l’émission du chèque, l’a
retirée, de mauvaise foi avant que le chèque ait été présenté au paiement. Il
en est de même en cas de blocage de la provision ou de la défense faite au
tiré de payer le chèque.
c - L’intention de porter préjudice à autrui.
Le simple fait que la provision n’existait pas au moment de l’émission du
chèque, compte tenu des chèques qui avaient été précédemment émis, même
s’ils n’avaient pas été encaissés, suffit à démontrer la mauvaise foi du tireur.
Il est donc nécessaire d’apporter la preuve que l’auteur a émis le chèque dans
l’intention de porter préjudice à autrui.
Cette preuve n’est pas rapportée lorsque le tireur pouvait penser que le
banquier allait payer le chèque alors qu’il existait déjà un découvert qui
n’avait suscité aucune observation de la banque.
B - La répression
a- Les sanctions pénales
Le décret- loi du 30 octobre 1935 réprimait, par référence aux dispositions de
l’escroquerie de l’article 405 de l’ancienne ode Pénal, les faits d’émission de
chèque sans provision.
Mais l’ordonnance du 15 septembre 1975 et la loi n° 43/96/ADP du 13
novembre 1996 portant code pénal ainsi que la loi n° 037/97/II/AN du 17
décembre 1997 sont venues modifier ces dispositions.
Ainsi est passible d’un emprisonnement d’un an au moins et de cinq ans au plus
et d’une amende égale à la moitié du montant du chèque sans pouvoir être
inférieure à 5000F celui qui :
- a émis un chèque sans provision préalable et disponible ou avec une provision
inférieure au montant du chèque ;
- a émis un chèque dont la provision est, au jour de présentation, du fait du
titulaire du compte ou de ses mandataires, inexistante, insuffisante ou
indisponible ;
- de mauvaise foi, a émis un chèque non daté ou revêtu d’une fausse date ou ne
portant indication de la somme ni en chiffres ni en lettres.
Le prévenu reconnu coupable d’émission de chèque sans provision sera
seulement condamné à une peine d’amende égale à 10% du montant du chèque
sans pouvoir être inférieur à 2 000F ni excéder 50 000F, s’il apporte la preuve
qu’il s’est acquitté du montant du chèque.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 25
Le tribunal peut en outre, prononcer l’interdiction d’émettre des chèques pour
une durée de un à cinq ans et ordonner la publication.
Ainsi le nombre de chèques sans provision s’accroissant, il a fallu concevoir un
moyen rapide pour éviter que le tireur ne réitère son acte et ne fasse d’autres
victimes avant d’être jugé.
Le moyen le plus simple est de lui retirer son carnet de chèques. Le banquier
doit en outre enjoindre au titulaire du compte de restituer les formules et lui
interdire d’émettre des chèques autres que ceux qui permettent exclusivement le
retrait de fonds par le tireur auprès du tiré ou ceux qui sont certifiés.
Si le titulaire enfreint l’interdiction d’émettre des chèques, il est passible d’un
emprisonnement de un an ou moins et de cinq ans au plus et d’une amende de
600 000F au moins et de 1 500 000F au plus. Si le compte est commun à
plusieurs personnes, l’interdiction bancaire vise tous les titulaires. Mais un
interdit bancaire peut-il être mandataire d’une personne non frappée de pareille
mesure ?
La réponse est affirmative. En effet un interdit bancaire peut agir par
procuration, l’interdiction n’étant d’ailleurs liée qu’à la personne et au compte
où l’incident a éclaté. Ensuite la loi pénale n’autorise pas, en matière
disciplinaire l’interprétation extensive.
b - L’action en remboursement
L’action en remboursement d’un chèque impayé est exercée contre le tireur du
chèque. Il résulte d’un principe fondamental établi par jurisprudence que si en
présence d’un chèque resté non payé (émis sans provision, retrait de la
provision, défense faite au tiré de payer, chèque falsifié), le juge répressif est
autorisé a condamner le tireur au profit du bénéficiaire au paiement d’une
somme égale au montant du chèque, sans préjudice le cas échéant, de tous
dommages - intérêts. Mais il ne peut le faire qu’après s’être assuré que l’objet et
la cause de l’obligation pour laquelle le chèque a été délivré justifient la
condamnation sollicitée par la partie civile.
En effet la victime a la possibilité de se constituer partie civile et de réclamer le
remboursement du montant du chèque bien qu’il s’agisse alors d’une créance
civile et non d’un préjudice lié à l’infraction.
Cette partie civile désire obtenir, non pas la réparation du préjudice causé par le
tireur du chèque, mais le paiement d’une créance préexistante qu’il importe donc
d’apprécier exceptionnellement, le juge répressif bénéficiant dans cette
hypothèse d’une prorogation de compétence qui l’autorise à tenir compte
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 26
d’éléments antérieurs et extérieurs au délit, c'est-à-dire à contrôler l’origine
et la nature de la dette. Il appartient au tireur de faire la preuve du caractère
illicite de la cause de l’obligation dès lors qu’il oppose cette exception au
bénéficiaire. Même en l’absence de toute constitution de partie civile, le tribunal
peut ordonner d’office le remboursement du montant du chèque.
Au défaut de paiement, le bénéficiaire peut demander au tiré un certificat ou une
attestation ou tout autre acte authentique appelé « protêt » établissant le défaut
de paiement/ il peut demander à un huissier ou mandataire de justice de signifier
ce titre au tireur. Cette signification faite au tireur du protêt dressé faute de
paiement pur défaut ou l’insuffisance de provision vaut commandement de
payer. Et à défaut de paiement dans les dix jours francs, l’huissier peut, sans
autre procédure, saisir les biens meubles du tireur. A l’expiration d’un délai d’un
mois à compter de la saisie, le porteur du chèque peut faire procéder à la vente
des objets saisis.
Tous les incidents bancaires relatifs à l’émission de chèque sans provision
doivent être déclarés à la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest
(BCEAO).
Paragraphe 2 - Les faits commis par le bénéficiaire : Délit du porteur ou du
bénéficiaire
Celui qui, sciemment, provoque ou accepte que lui soit remis un chèque sans
provision ou irrégulier encourt une peine d’emprisonnement de trois à cinq ans
et une amende de 900 000 à 1 500 000 F.
S’il est commerçant, la fermeture temporaire ou définitive de son établissement
pourra en outre être ordonnée par le tribunal.
On peut, toutefois, s’interroger sur le point de savoir s’il y a chèque sans
provision, puisque dorénavant l’infraction n’existe que si le tireur a entendu
porter atteinte aux droits du bénéficiaire. Si ce dernier accepte le chèque sachant
qu’il est sans provision, il reconnaît implicitement qu’il ne subit pas de préjudice
du fait de l’émission frauduleuse. C’est le cas des chèques de garantie, exigés
par le bénéficiaire comme moyen de contrainte de débiteur au paiement.
Paragraphe 3 - Les faits commis par le tiré : le débit imputable au tiré
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 27
Le banquier qui, de mauvaise foi, refuse le paiement d’un chèque au motif
que la provision est insuffisante alors qu’elle existait, ou qui de mauvaise foi
indique une provision inférieure à la provision existante et disponible, comment
une faute pénalement répréhensible du préjudice causé au tireur.
La peine encourue est une amende de 100 000F à 3 000 000 F.
La même peine est encourue par le tiré qui :
- délivre à des individus condamnés en application des articles 478 et 480
du code pénal, des formules de chèques autres que celles qui leur
permettent exclusivement des retraits de fonds au guichet.
- Délivre des formules de chèques à un nouveau client sans consulter
préalablement la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest
(BCAO).
- Omet d’enjoindre au titulaire d’un compte de restituer les formules de
chèque suivant les directives de la BCEAO et de ne plus émettre des
chèques.
-
Paragraphe 4 - Les faits commis par des tiers
Celui qui contrefait la signature du tireur, qui falsifie un chèque pour le mettre à
son ordre ou pour majorer la somme portée, qui en connaissance de cause fait
usage ou tente de faire usage d’un chèque contrefait ou falsifie est passible d’un
emprisonnement de un an au moins et de cinq ans au plus et d’une amende de
300 000F à 500 000F.
L’usage de chèques falsifiés, assorti de la production de fausses pièces
d’identité, est de plus répandu au point que les commerçants refusent le
paiement par chèque. A ce propos, il convient de rappeler que le paiement par
chèque n’est pas obligatoire pour un particulier. Selon les dispositions de la loi
du 22 octobre 1940, n’est qu’entre commerçants que le paiement par chèque est
obligatoire au-dessus de 50 000 F.
1) voir règlement n° 15 2002 UEMOA, plusieurs personnes sont astreintes
au paiement par chèque ou par virement bancaire.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 28
SECTION III : l’abus de confiance
Selon l’article 487 du code pénal, est coupable d’abus de confiance quiconque
aura détourné ou dissipé au préjudice des propriétaires, possesseurs ou
détenteurs des animaux, des effets, deniers, marchandises, billets, quittances ou
tous autres écrits contenant ou opérant obligation ou décharge qui ne lui auraient
été remis qu’a titre de louage, de dépôt, de mandat, de nantissement, de prêt à
usage ou pour un travail salarié ou non salarié, à charge de les rendre ou les
représenter, ou d’en faire un usage ou un emploi déterminé.
A la différence de l’escroquerie, la remise du bien est licite, mais l’auteur va
refuser d’exécuter la convention qui assortissait cette remise et qui était fondée
sur la confiance. C’est l’inexécution du contrat qui va être pénalisée.
On peut se demander pourquoi le législateur a t-il voulu ériger en faute pénale
cette inexécution qui peut être sanctionnée sur le plan civil par l’obligation de
faire ou d’indemniser ?
C’est la nécessité de maintenir, une juste valeur à la foi que l’on accorde à autrui
quand il n’est pas possible de détecter une tromperie qui, en principe, n’existe
pas encore, ni s’en protéger. C’est donc une règle importante de la vie en
société.
Paragraphe 1 - Les éléments constitutifs
L’acte délictueux constitutif de l’abus de confiance est caractérisé par le
détournement ou la dissipation d’une chose préalablement remise par la victime
au titre de l’un des contrats énumérés par l’article 487 du code pénal.
A- Le détournement ou la dissipation
Les deux termes ont un sens différent, bien que l’un et l’autre sous-entendent, la
volonté de ne pas représenter el bien on avait qu’une détention fondé sur la
confiance.
La dissipation implique la perte de la détention alors que le détournement ne
suppose pas nécessairement un changement de possession.
a- La dissipation de la chose
Le fait de détruire, de disposer à titre onéreux ou gratuit de la chose qui n’avait
été remise qu’à titre précaire, par convention, va mettre le détenteur dans
l’impossibilité de la restituer et de respecter sa parole.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 29
L’impossibilité de restituer s’induit des faits. Toutefois ce principe n’est pas
valable pour les choses fongibles puisqu’il est de leur nature de pouvoir être
restituée en équivalent.
La dissipation peut résulter soit de la destruction matérielle du bien, de sa
détérioration, de son abandon ou de la consommation de la chose, soit d’un acte
juridique d’aliénation, de disposition, de vente, de donation ou de mise en gage
du bien .il en est ainsi de l’utilisation de la chose à des fins personnelles dont on
retire profit ou même sans profit, comme par exemple l’abandon sur la voie
publique d’un véhicule prêté.
Dans tous les cas le délit résulte de ce que l’auteur se comporte en maître de la
chose et s’attribue vis-à-vis d’elle un pouvoir juridique qui ne lui appartient pas.
b - Le détournement de la chose
Le bien remis existe toujours et pourrait donc être restitué. Il convient alors
d’établir le refus de restituer et la première démarche parait être de mettre le
détenteur en demeure de restituer. Trois situations peuvent être rencontrées.
Le détenteur refuse de restituer, manifestant ainsi sa volonté de s’approprier le
bien mais ne peut justifier d’aucun droit lui permettant d’exercer une telle
rétention.
Le détenteur excipe d’un droit de rétention ou de compensation pour refuser la
restitution, mais ce droit n’est pas juridiquement admissible. Un agent
immobilier, en droit de détenir des fonds, ne peut, en cas de non réalisation de
l’opération, refuser de restituer ces fonds.
Le détenteur ne restitue pas sur le champ, la jurisprudence estime que le simple
retard à restituer ne constitue pas un détournement. Mais comment distinguer
celui qui, par négligence, tarde à restituer ou celui qui après avoir commis le
délit, et revenu à de meilleurs sentiments, restitue à la victime.
C’est évidemment dans l’étude de l’intention coupable qu’il faudra trouver la
solution, car elle seule permettra de donner une collaboration pénale à
l’inexécution du contrat.
La mise en demeure, bien qu’utile, n’est donc pas déterminante. C’est pourquoi
il a été jugé qu’elle n’est pas nécessaire et la preuve du détournement peut
résulter de tous moyens.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 30
Admettons maintenant que le détenteur qui n’a pas dissipé le bien et qui ne
refuse pas de restituer en ait fait un usage non-conforme à celui qui était prévu, y
a-t-il détournement ?
Par exemple vous prêtez un véhicule à un ami pour qu’il effectue un trajet de
100 kilomètres, il en effectue 500km. Il a abusé de votre confiance mais a-t-il
commis un abus de confiance ?
Il convient de faire une différence entre le dépassement des limites d’un droit
accordé, ce qui est le cas de l’exemple donné, et l’exercice d’un droit non prévu
et dont on s’investit par abus, tel le cas du préposé qui utilise à des fins
personnelles un véhicule qui a été confié pour les besoins professionnels. Dans
ce dernier cas, l’utilisateur se conduit comme un propriétaire de la chose et il y a
détournement.
De même le fait pour un utilisateur de carte de crédit de se faire délivrer par un
appareil distributeur de billets de banque alors que son compte n’est pas
provisionné, ne constitue pas un usage abusif. Par contre, si mis en demeure de
restituer la carte, le titulaire continue à l’utiliser, il y a usage abusif et délit
d’abus de confiance.
B - La notion de préjudice
L’article 487 du code pénal est formel, il faut un préjudice. Mais ce préjudice
peut n'être qu’éventuel, c’est-à-dire lorsqu’il peut être réparé soit à la suite d’un
repentir, soit en exécution d’une décision de justice. Le préjudice doit être subi
par le propriétaire, le possesseur ou le détenteur. Cette énumération est large
puisqu’elle inclut la notion de propriété ou de simple détention.
Celui qui achète un bien à crédit et qui le dissipe avant d’en avoir payé le prix ne
commet-il pas un abus de confiance ? La réponse est négative car le vendeur non
payé n’aura aucun recours sur le bien, mais il a accepté d’avance cette
éventualité. La confiance n’existe pas au niveau du bien mais de l’obligation de
payer le prix. En tout état de cause, le contrat de vente ne fait pas partie de
l’énumération de l’article 487 C.P.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 31
C - Les choses susceptibles de faire l’objet d’un abus de confiance
L’article 487 du code pénal énumère les choses dont le détournement ou la
dissipation constitue un abus de confiance.
Il vise aussi bien les meubles matériels (denrées, marchandises, appareils, outils,
meubles meublants) que les écrits, document qui sont dans le commerce et ont
une valeur appréciable en argent.
Sont donc exclus du champ d’application de l’article 487 du code pénal, les
immeubles par nature ou par destination et les prestations de services. Mais une
fois détaché de l’immeuble, l’élément ainsi séparé prend un caractère mobilier et
son détournement entre dans les prévisions du délit d’abus de confiance.
De même un fichier de clientèle peut être détourné ainsi que les bandes
magnétiques, mais aussi des titres financiers, deniers, billets, effets et d’une
manière générale tout écrit constatant une obligation ou son exécution. Tout
autre écrit ne peut être incriminé.
Des choses fongibles peuvent également donner lieu au détournement constitutif
de l’abus de confiance.
Par ailleurs les animaux peuvent aussi donner lieu au détournement constitutif
du délit d’abus de confiance.
D - La remise de la chose en vertu d’un contrat déterminé
Il n’y a abus de confiance que si les choses détournées ou dissipées ont été au
préalable remise par la victime au titre de l’un des contrats énumérés par
l’article 487 du code pénal et dont l’extension par analogie n’est pas possible.
Il est à noter que la loi française n’énonce plus les contrats susceptibles de
constituer le délit d’abus de confiance.
Désormais l’abus de confiance est le fait par une personne de détourner, au
préjudice d’autrui, des fonds, des valeurs ou un bien quelconque qui lui ont été
remis et qu’elle a accepté à charge de les rendre, de les présenter ou d’en faire
un usage déterminé.
Le délit d’abus de confiance réside cependant, essentiellement dans l’atteinte
injustifiée à la propriété d’autrui et non dans la sanction de l’inexécution d’un
contrat.
a) Les contrats énumérés :
L’acte de dissipation ou de détournement frauduleux constitutif de l’abus de
confiance n’existe autant qu’il porte sur une chose remise à titre de louange, de
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 32
dépôt, de mandat, de nantissement, de prêt à usage ou pour un travail
salarié ou non salarié. S’il s’avère donc que la chose qui a été détournée ou
dissipée avait été remise à un titre autre que l’un des six contrats limitativement
énumérés à l’article 487 C.P. l’infraction d’abus de confiance ne saurait être
retenue.
1 - Le louage :
Le louage d’une chose ou d’ouvrage est un contrat par lequel l’une des parties
s’oblige à faire jouir l’autre d’une chose pendant un certain temps ou s’engage à
faire quelque chose pour l’autre, moyennant un certain prix.
Le bail d’une chose mobilière oblige le locataire à restituer la dite chose. Le
crédit-bail ou leasing est un contrat de louage qu’il convient de distinguer de la
vente à tempérament qui, étant une vente, ne peut faire l’objet d’un abus de
confiance. Dans le cas du crédit-bail, le locataire a la possibilité d’acheter alors
que dans le cas de la vente à tempérament, il devient ipso facto propriétaire.
L’abus de confiance ne peut avoir pour objet qu’un meuble.
Cependant dans le bail à loyer, l’incrimination atteint le locataire en garni qui
détourne l’un des meubles garnissant les lieux loués. De même, en ce qui
concerne le bail à cheptel, la vente d’un animal par le preneur constitue un abus
de confiance.
2 - le dépôt
Il consiste à remettre un bien à une personne à charge pour elle de le représenter
dans des conditions déterminées. Il faut faire une distinction entre le dépôt
irrégulier portant sur un bien fongible qui peut être restitué en équivalent et le
dépôt régulier qui exige la restitution en nature. Il n’y a abus de confiance que
dans le dépôt régulier, sauf preuve de détournement. Le contrat
d’approvisionnement de meubles conclu entre un fabricant et un commerçant
constitue un stock en perpétuel renouvellement et non un dépôt régulier. Le
dépôt peut être volontaire ou ordonné comme par exemple le séquestre.
Il faut retenir que le détournement d’objet saisi ainsi que le détournement
d’objet donné en gage font l’objet de dispositions particulières prévues aux
articles 466 et 467 du code pénal.
Autrefois, des textes spéciaux s’appliquaient aux détournements commis par les
dépositaires publics et les particuliers. Mais ces textes de loi ont été abrogés par
la loi N°043/96ADP du 13 novembre 1996 portant code pénal.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 33
3 - Le mandat ou procuration
C’est un contrat par lequel une personne acquiert le pouvoir de faire quelque
chose pour le compte et au nom d’une autre personne.
Toutes les formes de mandat peuvent être incriminées à savoir :
- Le mandat exprès ou tacite
- Le mandat légal ou conventionnel
- Le mandat à titre onéreux ou à titre gratuit, principal ou accessoire.
Les choses considérées comme remise à titre de mandat sont, non seulement
celles que le mandataire a reçu du mandant lui-même mais aussi celles qu’il a
reçu de tiers pour les remettre au mandant.
Il en est ainsi du détournement d’un encaisseur de banque qui détient à titre de
mandat non seulement les fonds que le patron lui a remis pour effectuer des
paiements, mais encore ceux qu’il recueille au cours de sa tournée pour les
remettre au patron. Constitue aussi un abus de confiance le détournement du
tuteur sur les biens du pupille.
4 - Le nantissement :
C’est un contrat par lequel un débiteur remet à un créancier une chose destinée à
garantir le paiement de sa créance.
L’abus de confiance ne pouvant avoir pour objet qu’un meuble, le nantissement
s’entend du gage mobilier, mais non l’antichrèse qui porte sur des immeubles.
Il est nécessaire d’établir préalablement l’existence du contrat de nantissement.
Car si le débiteur détourne un bien dont il est propriétaire mais qui a fait l’objet
d’une procédure d’exécution, il y a détournement d’objet saisi et non abus de
confiance.
5 - Le prêt à usage ou commodat :
Appelé aussi commodat, le prêt à usage suppose la remise d’une chose
déterminée et individualisée à être restituée en nature et après usage.
Il convient donc de distinguer l’usage de la consommation. Dans ce dernier cas,
il ne peut y avoir abus de confiance puisque les parties ont convenue de la non
restitution de la chose prêtée. De même si le prêt porte sur une somme d’argent
ou sur des choses consomptibles l’abus de confiance est inconcevable. Le prêt
doit donc porter une chose qui doit être restituée, même après usage.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 34
6 - La remise pour un travail salarié ou non salarié
La chose peut avoir été remise pour l’accomplissement d’un travail salarié ou
non salarié. Ce n’est pas la rémunération du travail qui compte mais la confiance
faite à celui qui l’exécute.
Ainsi commet un abus de confiance l’ouvrier ou l’entrepreneur qui détourne la
chose qui lui a été remise pour réparation ou transformation, ou qui ne restitue
pas les outils dont il disposait pour travailler.
Il en est de même de celui qui détourne des objets d’art qui lui avaient été remis
aux fins de restauration ou du représentant de commerce qui ne restitue pas la
collection qui lui avait été remise pour démarcher la clientèle.
Commet aussi un abus de confiance la personne chargée de la vente des billets
de loterie qui détourne un billet qui lui a été remis pour qu’elle vérifie s’il est
gagnant ou non.
Par contre la caissière d’une grande surface qui emporte des marchandises sans
les payer commet un vol et non un abus de confiance, car les marchandises ne
lui ont pas été remis pour l’exécution de son travail.
A l’exception de ces six contrats limitativement énumérés par l’article 487 CP,
le détournement d’une chose remise au titre d’un autre contrat ne peut constituer
un abus de confiance.
Ainsi n’entrent pas dans les prévisions de l’article 487 du code pénal :
1) Le contrat de vente ou le transfert de propriété fait disparaître la notion de
confiance dans la restitution.
2) La location vente assimilée à la vente à crédit puisqu’à l’expiration du
délai, le locataire devient ipso facto propriétaire.
3) Le contrat d’entreprise. A la différence du travail salarié, l’entrepreneur
conserve son indépendance, exclusive de tout lien de préposition.
4) Contrat de société. Mais il existe d’abus de biens sociaux.
5) Le contrat d’échange.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 35
b - La preuve du contrat
Le juge répressif est juge de l’exception.
Il lui appartient de trancher et il n’a pas à surseoir à statuer jusqu'à ce que le juge
civil se soit prononcé sur l’existence déniée du contrat.
Mais la preuve du contrat dont le délit d’abus de confiance suppose l’existence,
ne peut être faite, même devant la juridiction criminelle, que conformément aux
règles du droit civil, lequel ne permet pas la preuve testimoniale au dessus de
500 F à moins qu’il n’existe un commencement de preuve par écrit.
Tout contrat portant sur une obligation dont la valeur est supérieure à 50 000
FCFA doit être fait par écrit, sauf s’il s’agit d’un contrat commercial ou si le
demandeur justifie d’un commencement de preuve par écrit rendant
vraisemblable le contrat allégué, ou de l’impossibilité matérielle ou morale de se
procurer un écrit.
E - L’intention coupable
L’article 487 du code pénal n’indique pas que la dissipation ou le détournement
doit être accompli « sciemment » ou « volontairement.
Mais le délit n’existe que si l’auteur a eu conscience de la précarité de sa
détention, de son obligation de restituer ou de l’affectation déterminée du bien,
ou du préjudice éventuel dont son détournement pouvait être la cause.
Il suffit que cette intention existe lors du détournement. Elle s’induit des
circonstances des faits constituant le détournement ou la dissipation. La loi
établie donc, à partir des éléments de faits, une véritable présomption de fraude,
opérant ainsi un renversement de la charge de la preuve au détriment du prévenu
qui ne pourra guère la renverser que par la preuve d’un cas de force majeure
l’ayant empêché de restituer.
Ainsi, il a été jugé qu’il n’y avait pas intention coupable pour le dirigeant d’une
société qui tarde à verser les cotisations sociales ouvrières précomptées en
raison des difficultés de l’entreprise.
De même la simple négligence n’est pas suffisante.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 36
B - la répression de l’abus de confiance
L’article 487 du code pénal fixe les peines du délit simple et prévoit des
circonstances aggravantes.
a- Les peines du délit simple
La sanction prévue par l’article 487 du code pénal est un emprisonnement d’un
an au moins et de cinq au plus et une amende de 300 000F au moins et de
1 500 000 F au plus, ou de l’une des ces deux peines seulement.
b - Les circonstances aggravantes
En raison de leur qualité, certaines personnes encourent des sanctions aggravées.
- Ainsi, si l’auteur est une personne faisant appel au public pour se faire remettre
des fonds ou valeurs par contrat de dépôt, de mandat ou de nantissement, soit
pour son propre compte, soit comme directeur, administrateur ou gérant d’une
société ou d’une entreprise commerciale ou industrielle, ou s’il s’agit d’un
intermédiaire professionnel (courtier, agent immobilier) la peine encourue est un
emprisonnement de cinq à dix ans.
- De même, si l’auteur est un officier public ou ministériel (notaire, huissier,
commissaire-priseur, agent de change, greffier du tribunal de commerce), un
syndic de faillite, un liquidateur de société, un séquestre, un agent d’affaire, un
mandataire commercial ou quiconque faisant profession de gérer les affaires
d’autrui, dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions ou de sa
profession, l’infraction devient aussi un crime puni d’une peine de réclusion
criminelle à temps de cinq à dix ans.
- La prescription court à compter du jour où l’abus de confiance a pu être
constaté et non du jour du détournement, bien qu’il s’agisse d’un délit
instantané.
La tentative n’est pas punissable car elle n’est pas prévue par la loi. La
complicité en revanche est répréhensible suivant les règles du droit commun.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 37
Section IV : le recel et le blanchiement d’argent
Le blanchiement d’argent et le recel ont été érigés en infractions distinctes par le
législateur en vue de sanctionner certains actes accomplis après la commission
d’autres infractions.
Ainsi, le blanchiement d’argent et le recel présentent des points communs dans
la mesure où ils sanctionnent des actes qui portent sur le produit de tout crime
ou délit dont les auteurs ont agi en toute connaissance de leur origine
délictueuse.
Paragraphe 1 - Le recel
Le recel de choses, selon l’article 473 du code pénal, est retenu contre ceux qui,
sciemment auront recelé en tout ou partie des choses enlevées, détournées ou
obtenues à l’aide d’un crime ou d’un délit ou tout autre objet d’origine
délictueuse.
A- Les éléments constitutifs
Pour que l’infraction de recel soit constituée, quatre éléments constitutifs
doivent être réunis, à savoir, une infraction préalable, une chose objet du recel,
un acte matériel de détention de la chose, et enfin une intention criminelle.
a - L’infraction préalable
Le recel a nécessairement pour objet une chose d’origine délictueuse.
L’infraction préalable peut être un crime ou un délit mais non une contravention.
Ça peut être un vol, une escroquerie, un abus de confiance, un faux etc., dont
l’auteur est nécessairement un autre que le receleur. Selon certains, on ne peut
être voleur et receleur des mêmes objets, et il serait paradoxal de reprocher à un
voleur, de conserver l’objet volé car, s’il a volé, c’est précisément pour
s’approprier la chose, et pour en profiter. Considérer donc comme un receleur
l’auteur d’un vol ou d’une escroquerie qui conserve l’objet soustrait ou escroqué
constituerait pour Pradel et Varinard des cas de qualification dites
« incompatibles ou inconciliables »
Peu importe que l’auteur de l’infraction première soit déjà puni ou qu’il ne
puisse l’être (sauf en cas d’amnistie) même qu’il soit connu.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 38
L’importance des faits délictueux commis par ceux qui profitent des vols
ou qui les suscitent a conduit le législateur à donner son autonomie à cette
infraction qui, avant 1915, était sanctionnée dans le cadre de la complicité. Il
faut noter qu’en France la loi n°87-962 du 30 novembre 1987 relative à la vente
ou à l’échange d’objets mobiliers a aggravé la répression du recel.
b - La chose recelée
Il s’agit de la chose obtenue au moyen de la première infraction. Peu importe la
façon dont la réception de l’objet s’est réalisée : achat, don, dépôt, louage etc.
-Le recel peut porter sur l’objet matériel ou somme d’argent, chose fongible ou
non fongible provenant de l’infraction originaire.
-En application de la subrogation réelle, le recel peut aussi porter sur l’argent
produit par la négociation de l‘objet délictueux (prix de vente de la chose volée).
-Enfin le recel peut porter sur la chose acquise avec le produit de la négociation
de la chose procurée par l’infraction première.
c - La détention de la chose : Acte matériel
Receler, c’est cacher. Mais la dissimulation n’est pas nécessaire. Il suffit de
détenir la chose, même pour le compte d’autrui, ou de la recevoir tout en
connaissant son origine délictueuse.
Par extension, la jurisprudence estime que celui qui tire profit de la chose, sans
la détenir matériellement est un receleur comme par exemple le passager d’un
véhicule volé.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 39
d- L’intention coupable
Pour que l’intention criminelle soit caractérisée, il suffit que le receleur ait reçu
ou conservé, à un titre quelconque, la chose en connaissant son origine
délictueuse.
En principe, c’est lors de la réception de la chose que le receleur aura
connaissance des faits précis de la première infraction. Il suffit qu’il sache
qu’elle a été obtenue frauduleusement.
En effet, en matière de recel les juges du fond doivent constater l’origine
frauduleuse de la chose recelée et la connaissance qu’avait le prévenu de cette
origine délictueuse.
Qu’en est-il lorsque l’auteur n’apprend qu’ultérieurement l’origine délictueuse
de la chose ? S’il conserve la chose postérieurement à la connaissance acquise
de l’origine douteuse, il devient receleur.
Mais lorsqu’une personne acquiert un bien mobilier, régulièrement et de bonne
foi, et apprend ultérieurement qu’il est d’origine délictueuse, devient-elle un
receleur si elle le conserve ?
Le principe ci-dessus énoncé se heurte alors aux dispositions de l’article 2279 du
code civil qui stipule qu’en fait de meubles possession vaut titre. Etant donc
propriétaire, elle est en droit de conserver la chose.
Sur ce point les juridictions répressives étaient opposées aux juridictions civiles.
C’est par un arrêt de 24 novembre 1977 Bulletin n°371, que la chambre
criminelle de la cour de Cassation Française a consacré un revirement de
jurisprudence qui évite le conflit entre le droit pénal et le droit civil.
Ainsi ne peut être déclaré coupable de recel celui qui a acquis un bien mobilier
régulièrement, même s’il apprend ultérieurement son origine délictueuse.
Exemple du cas d’un créancier qui a été remboursé avec de l’argent volé.
La mauvaise foi est appréciée souverainement par le juge.
B - la répression du recel
En matière de répression du recel, on distingue les peines applicables au recel
simple de celles applicables au recel aggravé.
a- Le recel simple
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 40
Les articles 473 et 508 du code pénal punissent d’une peine d’emprisonnement
de un à cinq ans et d’une amende de 300 000 F à 1 500 000 F quiconque recèle
sciemment en tout ou partie des choses enlevées, détournées ou obtenues à
l’aide d’un crime ou d’un délit.
L’amende peut être portée au-delà de 1 500 000F sans pouvoir être supérieur à
la moitié de la valeur des objets recelés, le tout sans préjudice des peines plus
fortes s’il y a lieu, en cas de complicité de crime.
A titre facultatif, le coupable pourra en outre être frappé de l’interdiction
d’exercice des droits civiques et/ou de l’interdiction de séjour pour une durée
qui ne peut excéder cinq ans.
b - Le recel aggravé.
Aux termes de l’article 510 du code pénal, lorsque l’infraction première est
punie d’une peine privative de liberté supérieure à celles prévues pour le recel,
le receleur sera puni de la peine prévue pour l’infraction dont il a eu
connaissance.
De même si l’infraction première est aggravée par des circonstances
aggravantes, le receleur encourt la peine attachée à la circonstance aggravante
dont il a eu connaissance.
Paragraphe 2 - le blanchiment d’argent.
Pendant longtemps, la réception du blanchissement d’argent illicite a été limitée
aux seules opérations portant sur les produits du trafic de stupéfiants.
Cette infraction qui n’est pas prévue ni réprimée par notre code pénale, occupe
une place de choix parmi les préoccupations des institutions internationales et
dans la législation pénale des certains pays occidentaux comme la France.
En effet, depuis la loi française du 13 mai 1996, les articles 324-1 et suivants du
nouveau code pénal ont été érigé en infraction de blanchissement d’argent et
étendu son champ d’application au blanchissement des produits de tout crime ou
Délit.
Le blanchiment d'argent est un élément des techniques de la criminalité
financière.
C'est l'action de dissimuler la provenance d'argent acquis de manière illégale
(spéculations illégales, activités mafieuses, trafic de drogue, d'armes, extorsion,
corruption , népotisme…) afin de le réinvestir dans des activités légales (par
exemple la construction immobilière…).
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 41
C'est une étape importante, car sans le blanchiment, les criminels ne
pourraient pas utiliser de façon massive ces revenus illégaux sans être repérés.
Le blanchiment est une technique.
En amont du blanchiment il y a toujours une infraction sous-jacente c’est-à-dire
une activité dont le revenu est considéré comme de l'argent sale (prostitution,
vente illégale de médicaments, trafic de drogue, corruption, détournement de
fonds...).
Les infractions sous-jacentes sont listées par le Groupe d'action financière
(GAFI) et dans le code pénal de chaque pays.
Le noircissement d'argent est l'inverse du blanchiment d'argent.
A- Origine de l'expression
L'expression « blanchiment d'argent » (money laundering en anglais) vient du
fait que l'argent acquis illégalement est appelé de l'argent sale (finance noire).
Cet argent est souvent issu de trafics d'armes, de drogue, d'êtres humains ou
d'autres activités mafieuses.
Le blanchiment permet à cet argent de passer pour propre, c'est-à-dire de
prendre une apparence honnête.
Une autre origine peu vraisemblable est souvent avancée : l'expression
« blanchiment d'argent » viendrait du fait qu’Al Capone (chef d'une famille
mafieuse) aurait racheté en 1928, à Chicago, une chaîne de blanchisseries : les
Sanitary Cleaning Shops.
Cette façade légale lui permettait ainsi de recycler les ressources tirées de ses
nombreuses activités illicites.
En réalité l'expression n'apparaît qu'au cours des années 1970 autour du
Watergate et il faut attendre 1982 pour qu'elle soit utilisée dans une affaire
judiciaire .
Toutefois l'arrestation d'Al Capone pour fraude fiscale, et non pour les crimes
commis, montre l'importance et la difficulté du blanchiment d'argent dans la
lutte contre les organisations criminelles.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 42
Le mafioso Lucky Luciano et son bras droit Meyer Lansky comprirent dès
1932 l'importance d'inventer de nouvelles techniques de blanchiment de fonds,
notamment grâce au réseau d'îles politiquement indépendantes, dit pays
offshores.
B- Méthodes de blanchiment
Avec la lutte de plus en plus importante contre le blanchiment d'argent auprès
des banques et des paradis fiscaux, ainsi que la levée du secret bancaire sur
ordre de la Justice, les criminels sont obligés de se tourner vers d'autres
intermédiaires pour blanchir leur argent.
Les commerces comme les bijouteries et les entreprises d'import-export sont les
premières cibles pour blanchir l'argent.
L'établissement de plusieurs fausses factures entre des sociétés écran permet
également de faire croire que cet argent est tout à fait propre.
Mais il existe bien sûr beaucoup d'autres méthodes, l'imagination des criminels
dans ce cas est presque sans limite:
Schtroumpfage : Le schtroumpfage est probablement la méthode la plus
courante de blanchiment d’argent. Cette méthode nécessite l’implication
de nombreuses personnes dont le rôle consiste à déposer des sommes en
espèces dans des comptes bancaires ou à se procurer des traites bancaires
de moins de 10 000 de la monnaie du pays afin d’éviter le seuil de
déclaration.
Complicité bancaire : Il y a complicité bancaire lorsqu’un employé de la
banque s’est impliqué criminellement afin de faciliter le processus du
blanchiment d’argent. Toutefois, les criminels ont de plus en plus de
difficulté à utiliser cette méthode en raison des principes directeurs, des
pratiques et des procédés de formation préconisés par l’Association des
banquiers canadiens (ABC), ainsi qu'en France avec la Fédération
Bancaire Française et l'application stricte de la législation (Code
monétaire et financier, Code pénal) et de la réglementation bancaire qui
en découle.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 43
Entreprise de transfert de fonds et bureaux de change : Les entreprises
de transfert de fonds et les bureaux de change mettent à la disposition de
leurs clients des services qui leur permettent de se procurer des devises
étrangères qui peuvent être emportées outre-frontière. On peut aussi, par
l’entremise de ces bureaux, télégraphier des fonds à des comptes ouverts
dans des banques étrangères. Il est de même possible de se procurer des
mandats, des chèques bancaires ainsi que des chèques de voyage à travers
ces entreprises.
Achat de biens au comptant : Les blanchisseurs achètent et paient en
espèces des biens de grande valeur tels que des automobiles, des bateaux
ou certains biens de luxe tels que des bijoux ou de l’équipement
électronique. Ils utiliseront ces articles, mais ils s’en distancieront en les
enregistrant ou en les achetant au nom d’un associé.
Transfert électronique de fonds : Aussi connue sous le nom de
virements électronique ou télévirement, cette méthode permet de
transférer des fonds d’une ville ou d’un pays à l’autre afin d’éviter le
transport physique de l’argent.
Mandats-poste : Cette technique consiste à échanger des sommes en
espèces contre des mandats- poste, lesquels sont ensuite transmis à
l’étranger pour fin de dépôt bancaire.
Cartes de crédit : Les malfaiteurs paient en trop le solde de leurs cartes
de crédit et conservent un solde créditeur élevé pouvant être utilisé de
nombreuses façons telles que l’achat de biens de valeur ou la conversion
du solde créditeur en chèque bancaire.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 44
Casinos : Les blanchisseurs se rendent au casino, où ils se procurent des
jetons en échange d’argent comptant pour ensuite encaisser leurs jetons
sous forme de chèque.
Arnaque à la loterie : Les trafiquants sont amenés à acheter un ticket de
type PMU, jeu à gratter ou bulletin de loto gagnant au prix de la somme
remportée, pour blanchir une somme moyenne d’argent sale.
Raffinage : Cette technique consiste à échanger de petites coupures
contre des grosses dans le but d’en diminuer le volume. Pour ce faire, le
blanchisseur échange des sommes d’argent d’une banque à l’autre afin
d'éviter d’éveiller les soupçons. Cela sert à diminuer les grandes sommes
d’argent.
Amalgamation de fonds dans des entreprises honnêtes : Les
organisations criminelles ainsi que les individus qui y sont impliqués
peuvent blanchir des fonds en investissant dans des entreprises qui
affichent normalement un volume élevé de transactions au comptant afin
d’incorporer des produits de la criminalité aux activités commerciales
légitimes brassées par l’entreprise. Enfin, il arrive que des criminels
achètent des commerces qui génèrent des recettes brutes par des ventes au
comptant. C’est le cas des restaurants, bars, boîtes de nuit, hôtels, bureaux
de change et compagnies de distributrices automatiques. Ils investissent
ensuite ces fonds obtenus par des moyens frauduleux en les amalgamant à
un revenu qui ne suffirait pas autrement à soutenir une entreprise honnête.
Altération des valeurs : Un blanchisseur peut acheter un bien immobilier
d’une personne disposée à déclarer un prix de vente sensiblement
inférieur à la valeur réelle du bien et se faire payer la différence en argent
comptant « en cachette ». Le blanchisseur peut acheter, par exemple, une
maison d’une valeur de deux millions de dollars pour seulement un
million et transmettre en secret au vendeur le reste de l’argent qu’il lui
doit. Après une certaine période de rétention du bien immobilier, le
blanchisseur la vend à son prix réel, soit deux millions de dollars.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 45
Auto-prêt : Pour les besoins de cette technique, le trafiquant remet à un
complice une somme d’argent illicite. Ce complice lui « prête » une
somme équivalente, documents de prêt à l’appui, pour créer l’illusion que
l’argent du criminel est légitime. Le calendrier de remboursement de
l’emprunt par le criminel ajoute à l’apparence de légitimité de cette
combine, et procure encore un autre moyen de transférer des fonds
Assurance -Vie : Comme étape de placement d'argent, il est possible de
souscrire des contrats d'assurance-vie avec des primes très élevés et les
faire annuler plus tard pour toucher que la moitié.
C- Lutte contre le blanchiment d'argent et obligations légales
Avec la mondialisation et les échanges de capitaux qui sont de plus en plus
importants et fréquents, la lutte contre le blanchiment d'argent est maintenant
effectuée à l'échelle internationale.
C'est ainsi que différents groupes comme le GAFI (Groupe d'Action Financière),
se réunissent régulièrement pour faire le point et mettre en place de nouvelles
méthodes de lutte et ainsi s'adapter aux nouvelles techniques des criminels.
Le blanchiment d'argent contribue (entre autres) au financement du terrorisme,
de partis politiques, de syndicats, etc.
a- Dans les pays de l’UEMOA et de la CEDEAO
"Le concept de blanchiment a suscité une immense attention au cours des trois
dernières décennies, mais il existe encore des problèmes émergents qui y sont
associés et empêchent les enquêtes d’aller plus loin".
C’est la conviction du Groupe intergouvernemental d’action contre le
blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA) qui entend créer une
plate-forme de réseautage pour le partage d’information entre acteurs impliqués,
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 46
dans les enquêtes sur le blanchiment d’argent dans la sous-région, à travers
l’organisation de plusieurs séminaires de formation.
Pour le GIABA, "il faut accorder beaucoup d’importance à l’investigation, car
le sous-région ouest-africaine est difficile à cerner à cause de sa diversité". Selon
lui, le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme ne constituent
pas une nouveauté en Afrique de l’Ouest.
Des exercices ont déjà permis d’identifier un certain nombre de cas de
blanchiment de capitaux, mais les pays de l’espace CEDEAO doivent agir de
concert avec les autres nations et organismes internationaux concernés pour
assurer la protection des économies du monde des abus criminels.
L’espace CEDEAO a organisé une rencontre qui a regroupé, entre autres, des
officiers supérieurs de police judiciaire, du personnels des agences anti drogues,
des douanes, de cellules de renseignements financiers de la sécurité de l’Etat.
Elles visait a renforcer leurs capacités à travers des techniques appropriées pour
rassembler, organiser, analyser et présenter des renseignements financiers.
Ainsi, ils ont pu détecter et suivre les activités de blanchiment d’argent afin de
saisir les avoirs d’origine criminelle et d’obtenir la poursuite judiciaire des
auteurs.
Au Burkina Faso, l’environnement de la lutte contre le blanchiment d’argent est
essentiellement caractérisé par la signature et la ratification des principaux
instruments juridiques internationaux.
Le pays est directement exposé aux menaces du phénomène, et l’ingéniosité des
criminels est à craindre.
Ils exploitent les opportunités offertes par les lacunes du cadre législatif,
réglementaire et opérationnel des institutions financières pour perpétuer leurs
actes.
Il est donc nécessaire de rendre plus opérationnels les structures des différents
pays " pour barrer la route aux criminels qui tentent de légitimer les produits
illicites de leurs activités illégales en les canalisant vers des institutions
financières ou d’autres régions.
En rappel, le Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment
d’argent (GIABA) a été créé par la conférence des Chefs d’Etat et de
gouvernement de la CEDEAO en 2000 pour encourager et faciliter les efforts
régionaux visant à lutter contre le blanchiment de capitaux et le financement du
terrorisme.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 47
En dehors des instruments juridiques internationaux relatifs à la lutte
contre le blanchiment d’Argent que notre pays a signé ou ratifié, quelques textes
et règlements de portée nationale ou régionale ont été adoptés dans ce sens.
– Instruments Juridiques Internationaux
La Déclaration de Bâle de 1988
La Convention des Nations Unies contre le trafic illicite des stupéfiants et
des substances psychotropes de 1988 (ratifiée)
La Déclaration Politique et Plan d’Action de l’ONU contre le blanchiment
d’argent de 1998
La Convention des Nations Unies contre la Criminalité Transnationale
Organisée de Décembre 2000 (signée – procédure de ratification en cours)
– Les Textes Régionaux ou Communautaires
Directive N° 07/2002/CM/UEMOA de l’UEMOA relative à la lutte
contre le blanchiment d’argent adoptée à Cotonou le 19 septembre 2002.
Loi Uniforme de l’UEMOA contre le blanchiment d’argent a été adoptée
en février 2003 à Dakar. Elle est rentrer en vigueur dans les six mois
suivant son adoption, soit en Août 2003.
b – En France
En matière d'obligations légales en France, les textes nationaux et européens ont
sans cesse, depuis 1990, élargi le champ des professions assujetties à la lutte
contre le blanchiment, ainsi que leurs obligations proprement dites.
Le texte fondateur de la lutte contre le blanchiment est la loi n° 96-392 du 13
mai 1996 relative à la lutte contre le blanchiment, rapporté devant les
assemblées parlementaires par Michel Hunault et Paul Girod. Parmi les
professions concernées figurent notamment les établissements de crédits, les
changeurs manuels, les casinos, les intermédiaires en biens immobiliers, les
professions juridiques (notaires, administrateurs judiciaires, huissiers et
avocats), les experts comptables et les commissaires aux comptes.
Les déclarations de soupçon : le principe consiste, pour les professions
assujetties à ces obligations, à déclarer à TRACFIN les opérations ou les
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 48
sommes qui pourraient provenir de certains délits. Réservées à l’origine
au seul blanchiment du produit du trafic de stupéfiants, les déclarations de
soupçon concernent dorénavant le blanchiment du produit des délits
suivants : trafic de stupéfiants, fraude aux intérêts de la communauté
européenne, financement du terrorisme, corruption, et activité criminelle
organisée.
Avec la prochaine transposition de la troisième directive européenne, les
déclarations de soupçon devraient couvrir le blanchiment du produit des
crimes et des délits punis d’une peine supérieure à un an (soit la quasi-
totalité du code pénal dont les délits fiscaux).
Des déclarations de soupçon doivent aussi être effectuées lorsque les
établissements financiers ne sont pas en mesure de connaître avec
certitude l’identité du véritable donneur d’ordre d’une opération (par
exemple dans le cas d’un trust ou d’une fiducie).
Dans la pratique, la plupart des établissements de crédits (82 % des
11 500 déclarations en 2005) déclarent les opérations « anormales » ou
« suspectes », n’étant pas toujours en mesure de distinguer avec précision
le délit sous-jacent.
Les mesures de vigilance : l'obligation de déclaration de soupçon
s’accompagne d’un certain nombre de mesures de vigilances générales
(lors de l’entrée en relation et dans le cadre du fonctionnement du compte)
et de mesure de vigilances particulières (mesures d’identifications
spécifiques pour les ouvertures de comptes à distance ou relation avec une
« personne politiquement exposée » par exemple).
Le financement du terrorisme : les mesures particulières destinées à
lutter contre le financement du terrorisme consistent principalement dans
la comparaison (le plus souvent informatique) entre des listes de
terroristes connus avec les noms des donneurs d'ordre ou de bénéficiaires
des virements internationaux ou des titulaires de comptes bancaires.
Ce dispositif est appelé « gel des avoirs » puisqu'il permet, en cas de
doute, au MINEFI d'ordonner à l’établissement de bloquer les fonds.
Deux risques très différents peuvent être encourus par les professions
assujetties :
d’une part un risque réglementaire en cas de non-respect des obligations
décrites ci-dessus pour les professions qui ont un régulateur (la
Commission bancaire, organe de tutelle des établissements de crédits,
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 49
veille tout particulièrement à la mise en œuvre effective de ces règles.
Les nombreuses sanctions sur le sujet en témoignent)
d’autre part un risque pénal : indépendamment des obligations très
spécifiques des professions assujetties, le Code pénal français punit de 5
ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d'amende tout acte
intentionnel de blanchiment. Ce délit qui s’applique à toute la population,
expose quotidiennement les établissements de crédit, passage obligé du
blanchiment, au moins au risque de poursuite (mise en examen) de ce chef
d’accusation. Les nombreuses mises en cause de salariés ou de
mandataires sociaux des banques en témoignent.
Les obligations de lutte contre le blanchiment ont parfois du mal à se concilier
avec d’autres textes législatifs destinés à protéger des libertés individuelles :
le secret bancaire : quasiment tous les pays du monde ont été obligés
d’assouplir leur législation relative au secret bancaire pour des impératifs
de lutte contre le blanchiment des capitaux. Les établissements de crédits
ont ainsi souvent la possibilité de communiquer à leur maison mère située
à l’étranger des informations nominatives sur leurs clients. La 3e Directive
Européenne va plus loin en prévoyant la possibilité d’échange
d’informations entre les établissements de crédit ;
la CNIL a dû autoriser un régime dérogatoire pour les systèmes de
traitement de données liés à la lutte contre le blanchiment et contre le
financement du terrorisme ;
le « droit au compte », qui permet à la Banque de France d’imposer un
client à un établissement de crédit pour la tenue de son compte, peut, en
pratique, poser quelques difficultés au regard de la mise en œuvre par les
banques des dispositions anti-blanchiment. En effet, de nombreux
établissements de crédit rompent dorénavant les relations avec un client
qui a fait l’objet d’une déclaration de soupçon afin de ne pas se voir
reprocher dans le cadre d’une enquête pénale pour blanchiment d’argent,
d’avoir continué à mettre à disposition du blanchisseur les moyens
d’accomplir le délit. Ainsi, la banque de France impose régulièrement à
des établissements de crédit des clients qui ont déjà fait l’objet de
déclarations de soupçon de la part d’autres banques.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 50
c - En Suisse
La lutte contre le blanchiment est régie principalement par la "Loi fédérale
concernant la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du
terrorisme dans le secteur financier (loi sur le blanchiment d'argent - LBA)".
Sont soumis à cette loi tous les intermédiaires financiers: banques, assurance-
vie, casinos, sociétés d'investissement, négociants en valeurs mobilières, etc.
Sont également soumis par assimilation les personnes qui, à titre professionnel,
acceptent, gardent en dépôt ou aident à placer ou à transférer des valeurs
patrimoniales appartenant à des tiers (incluant, s'ils pratiquent ce type d'activité,
les notaires, avocats, société fiduciaires, etc.).
La loi prévoit, principalement, l'obligation d'identification du cocontractant,
l'identification de l'ayant droit économique, l'obligation de conserver les
documents, l'obligation de formation des collaborateurs de l'intermédiaire
financier, l'obligation de dénoncer les cas soupçonneux et le blocage des avoirs.
En outre, toute personne soumise à la loi est liée à un organe de contrôle et de
régulation.
Le blanchiment est puni par 5 ans de prison et 500 jours-amendes (art. 305 bis
du code pénal, y compris si le délit a eu lieu à l'étranger).
Le défaut de vigilance est puni d'un an de prison (art. 305 ter du code pénal
suisse).
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 51
D- Les Dispositifs nationaux et internationaux de lutte contre le
blanchiment
Les États ont mis en place différents organismes et services en vue de lutter
contre le blanchiment d'argent :
en France, le dispositif de Traitement du renseignement et action contre
les circuits financiers clandestins (TRACFIN) a été mis en place par le
Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie (MINEFI) : les
établissements financiers et banques sont tenus de déclarer les
comportements suspects de leur clientèle. Ces "déclarations de soupçons"
sont traitées en interne, les plus crédibles et exploitables sont transmises
aux différents parquets nationaux. Les procureurs de la République
décident alors des éventuelles poursuites. L'Office central pour la
répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) de la Direction
centrale de la police judiciaire est destinataire d'une grande partie de ces
saisines.
Monaco dispose du "Service d'Information et de Contrôle des Circuits
Financiers" (SICCFIN) .
les États-Unis disposent de l'Office of Foreign Assets Control (OFAC) .
la Suisse avec la Convention de diligence des banques dispose d'un outil
permettant d'identifier chaque client d'une banque. La provenance et
l'utilisation des fonds font également l'objet de recherche. Par ailleurs,
l'obligation de remonter jusqu’à l'ayant droit économique des fonds
supprime les risques liées aux sociétés écrans.
l' Italie dispose de la Guardia di Finanza, est la police douanière et
financière italienne, dépend directement du ministre de l'économie et des
finances et possède de nombreuses compétences de police judiciaire.
Mais cette lutte doit également se faire à un niveau international :
Les membres du G7 (devenu depuis le G8) ont mis en place en 1989 le
Groupe d'Action Financière sur le blanchiment de capitaux (GAFI) [6] ou
en anglais le Financial Action Task Force (FATF). Depuis, ce dernier
s'est élargi à d'autres membres.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 52
L'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) a dans
une directive de 2002 réaffirme sa volonté de lutter contre le blanchiment
d'argent.
Le Groupe intergouvernemental d'action contre le blanchiment d'argent et
le financement du terrorisme (GIABA), actif en Afrique de l'Ouest
E- Les éléments constitutifs
Au regard de l’article 324-1 du code pénal français, deux séries d’actes sont
sanctionnés dans le blanchissement d’argent, à savoir la justification
mensongère des ressources ou des revenus et le concours à une opération de
placement ou de conversion. Ces deux séries d’actes supposent nécessairement
l’existence d’une infraction préalable.
a- La justification mensongère des ressources
Cette première modalité de blanchiment consiste dans le fait « de faciliter par
tout moyen, la justification mensongère de l’origine des biens ou des revenues
de l’auteur d’un crime ou d’un délit ayant procuré à celui-ci un profit direct ou
indirect »
La justification mensongère peut consister par exemple dans la délivrance
de fausses factures, d’un faux contrat de travail ou d’un faux bulletin de paie en
toute connaissance de cause.
b- Le concours à une opération de placement ou de conversion
La deuxième modalité de blanchiment d’argent consiste dans le fait « d’apporter
un concours à une opération de placement, de dissimulation ou de conversion du
produit directe d’un crime ou d’un délit ».
L’opération peut constituer par exemple à intégrer le produit de l’infraction
première dans un circuit financier licite ou à faire perdre la trace de l’origine
illicite du produit.
Ces deux modalités de blanchiment de capitaux permettent de lutter donc contre
toutes les formes de délinquance ou crimes organisés en ce sens désormais,
l’argent sale ou illicite qui doit être blanchi ne provient plus seulement du trafic
de stupéfiants.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 53
En effet la formulation du texte de loi, par sa généralité, permet de poursuivre le
blanchiment des produits procurés par tous les crimes ou délits tels le
proxénétisme, la corruption, le trafic des véhicules et d’œuvres d’art volés, la
fraude fiscale et douanière, les jeux et paris clandestin, les rançons demandés par
les preneurs d’otages ou d’enlèvement de personnes, la fausse monnaie etc.
F - L’intention coupable
Pour que le blanchiment d’argent soit caractérisé, il faut que le coupable ait
conscience que la personne dont il justifie mensongèrement les ressources, ou à
qui il apporte son concours dans une opération de placement, de dissimulation
ou de conversion, a commis un crime ou un délit dont elle a tiré un profit direct
ou indirect. Mais il n’est pas nécessaire que le prévenu connaisse l’auteur ou la
qualification exacte de l’infraction préalable.
G - Les personnes punissables
La répression du blanchiment de capitaux est alignée sur la répression du recel.
Les personnes punissables peuvent être des personnes physiques organisées en
bandes, ou utilisant les facilités que leur procure l’exercice d’une activité
professionnelle tels que les banquiers, les notaires, ou des personnes morales.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 54
CHAPITRE II : LES ATTEINTES A LA FOI PUBLIQUE
La valeur attaché à l’écrit qui, de tout temps est le moyen de preuve parfait, a
conduit certaines personnes malhonnêtes à imager de le falsifier pour obtenir ce
à quoi elles n’ont pas droit. Cette attitude doit être incriminée sous peine de
porter atteinte à la crédibilité de l’écrit.
Ainsi le législateur dans les articles 276 à 287 du code pénal réprime deux types
d’infractions différentes.
D’une part, est sanctionné celui qui fabrique le faux.
Ce dernier peut porter sur :
- Des écritures publiques authentiques
- Des écritures de commerce ou de banque
- Des écritures privées.
D’autre part, est sanctionné celui qui utilise le faux. Il s’agit d’une infraction
distincte, car le faussaire n’est pas toujours l’utilisateur.
Depuis une ordonnance du 23 décembre 1958, tous les faux commis dans les
écritures privées, de commerce ou de banque ont été correctionnalisés. Seuls
sont maintenus comme crime, les faux en écritures publiques ou authentiques.
Section I : les faux en écritures.
L’infraction de faux suppose l’existence d’un écrit, dont la nature et la teneur
devront être appréciées par les juges. Ne constitue pas un faux, l’altération
verbale de la vérité. Celle-ci est réprimée par le délit de faux témoignage (article
288 du code pénal) et le délit de faux serment (article 297 du code pénal.)
Paragraphe 1 - Les éléments constitutifs.
Les crimes et délits de faux en écriture ont toujours fait l’objet de
développements considérables dans les manuels de droit pénal, car il n’est pas
toujours aisé de qualifier le type de faux auquel on a affaire. Il importe donc
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 55
pour les juges de savoir distinguer l’infraction de l’absence d’infraction, le
crime du délit et le crime ou délit des autres infractions prévues par la loi pénale.
Le crime ou le délit de faux s’analyse en trois éléments constitutifs à savoir
l’existence d’un écrit, l’acte matériel d’altération de la vérité dans cet écrit et
une intention coupable.
A - L’écrit protégé
Il existe plusieurs types d’écritures protégées. En effet, les articles 278, 280 du
code pénal répriment les faux en écritures publiques ou authentiques et les faux
en écritures privées, de commerce ou de banque.
a- Les écritures publiques ou authentiques
L’écriture publique est l’œuvre ou est réputée être l’œuvre d’un fonctionnaire.
L’écriture authentique est l’œuvre qui émane ou est réputée émaner d’un officier
public ou d’une personne préposée par la loi pour dresser certains actes ou faire
certaines constations.
On distingue quatre catégories d’actes publics ou authentiques, à savoir :
- les actes politiques émanant des pouvoirs législatifs ou exécutifs tels que les
lois, décrets, ordonnances et traités internationaux.
- Les actes judiciaires dressés par les magistrats ou leurs auxiliaires tels que les
jugements, arrêts, procès-verbaux d’enquête de gendarmerie ou de police,
rapports d’expert désigné en justice, procès-verbaux d’adjudication, etc.
- Les actes administratifs ou extraits d’actes émanant de diverses administrations
tels que les arrêtés ministériels ou préfectoraux, les expéditions d’actes de
naissance ou de décès, les diplômes universitaire, les listes électorales, les billets
de loterie, les reçus de la poste, etc.
- Les actes extraordinaires établis par les officiers publics tels que les actes
notariés, les actes d’huissiers, de commissaires priseurs, d’argents de changes
etc.…
b - Les écritures de commerce ou de banque
L’écriture de commerce ou de banque est l’écriture qui a pour objet de constater
une opération constituant un acte de commerce.
On peut distinguer quatre types d’écritures de commerce ou de banque.
Ainsi il peut s’agir :
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 56
- des instruments de crédits de paiement ou effets de commerce constitués par
les lettres de change ou les billets à ordre.
- Des écritures comptables que constituent les livres de commerce susceptibles
de faire preuve entre commerçants et les bilans.
- Des écritures sociales constituées par les écrits émis par les commerçants et
relatifs à leur commerce et qui bénéficient de la présomption de commercialité
comme par exemple les correspondances, les titres des sociétés commerciales,
les procès-verbaux de délibération d’une assemblée des porteurs de parts ou du
conseil d’administration, les feuilles de présences d’une assemblée, les rapports
des commissaires aux comptes.
-Des écrits relatifs au commerce tels que le registre du brocanteur, les feuilles de
salaires, les factures, les bons de livraison.
c - les écritures privées
On attend par des écritures privées, les actes et papiers faits entre particuliers et
destinés à constituer en justice la preuve de certaines obligations ou décharges.
Les écritures privées sont donc toutes celles qui ne sont pas publiques ou
authentiques, ni commerciales. On peut citer les reçus et les quittances de
règlement amiable entre non commerçants, les attestations, les constats
amiables, les testaments olographes, les calques de plan, les contrats etc.
d - La teneur de l’écrit.
L’altération de la vérité doit être réalisée dans un document source d’un droit ou
d’une obligation et porter sur les mentions substantielles de l’acte. Ainsi le
document doit constituer un titre, ou être source d’obligations, ou avoir une
valeur probatoire. Un écrit peut devenir un titre selon l’usage que l’on fait. La
forme prise par l’acte importe peu. Ainsi il peut s’agir d’un document sur lequel
est portée une écriture manuscrite, imprimée ou dactylographiée. Cependant, le
document doit avoir une existence certaine.
B - L’altération de l’écrit
Pour que l’écrit falsifié soit punissable, trois éléments doivent être réunis à
savoir l’altération de la vérité causant un préjudice et un élément intentionnel.
a - L’altération de la vérité
Elle peut se réaliser soit par commission, soit par omission. Mais il est
nécessaire que le fait énoncé dans le document soit inexact.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 57
Le législateur distingue deux procédés que la doctrine et la jurisprudence
classent en deux catégories. Ainsi l’altération de la vérité est soit matérielle soit
intellectuelle.
L’altération matérielle :
Le faux est dit matériel lorsqu’il s’effectue par une altération physique d’un écrit
laissant des traces et pouvant être décelée par expertise.
Elle peut consister pour une personne soit à signer un acte d’un nom qui ne lui
appartient pas ou de celui d’une personne imaginaire, soit à imiter la signature
d’une autre personne.
Elle peut aussi consister dans un changement matériel caractérisé par une
addition ou une suppression de clauses, une surcharge, un grattage, un lavage ou
une dissimilation ou tous autres procédés fallacieux.
L’altération de la vérité consiste aussi dans la contrefaçon d’écritures par
l’imitation d’une écriture ou dans la fabrication de conventions, dispositions,
obligations ou décharges.
L’altération intellectuelle :
A la différence de l’altération matérielle, l’altération intellectuelle ne laisse
aucune trace physique. Le faux intellectuel est l’altération de la vérité exprimée
par l’auteur d’un écrit, soit par affirmation, soit par omission. En d’autres
termes, c’est l’altération du sens ou de la portée des faits que l’acte avait pour
objet de constater.
Le faux intellectuel peut résulter de plusieurs procédés à savoir :
- La supposition de personnes : dans ce cas, l’auteur du délit énonce faussement
dans l’acte le nom d’une personne n’ayant pas participé à la rédaction de l’acte.
- La dénaturation de la substance ou des circonstances : c’est par exemple
l’écriture de conventions ou dispositions autres que celles qui avaient été dictées
par les parties ou la constatation comme vrais des faits faux.
- La simulation : elle consiste à créer un acte apparent qui ne correspond à
aucune opération réelle, ou à déguiser un acte véritable sous l’apparence d’un
autre acte pour tromper les tiers.
La preuve de l’altération intellectuelle est souvent plus difficile à rapporter.
b - Le préjudice
Le faux n’est punissable que s’il est de nature à occasionner à autrui un
préjudice. Dès lors qu’il admet l’existence d’un faux en écriture, le juge du fond
est tenu d’apprécier l’existence ou non d’un préjudice et ses énonciations de ce
chef sont souveraines. Il n’est donc pas nécessaire que le préjudice soit réalisé.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 58
Il suffit qu’il ait été possible.
Le préjudice peut résulter de la nature de l’acte. Ainsi le préjudice peut-être
matériel, moral ou social.
Le préjudice est matériel quand le faux atteint une personne dans son
patrimoine.
Il est moral quand le faux porte atteinte à l’honneur ou à la considération
d’autrui.
Le préjudice est social quand le faux porte atteinte à la société.
Ainsi tout acte authentique faux porte atteinte à la foi publique attachée à cet
acte.
C - L’intention frauduleuse.
Qualifié souvent de crime ou délit de la main, et surtout de l’esprit, le faux en
écriture n’est incriminé qu’autant qu’il est accompli sciemment et
frauduleusement.
L’intention frauduleuse se caractérise par la conscience chez le faussaire
d’altérer la vérité et que cette altération est susceptible de porter préjudice au
moment de l’exécution du faux.
Toutefois, une présomption simple de mauvaise foi est établie lorsque le
document falsifié est un acte authentique ou public.
Il importe donc peu qu’il y ait eu ou non intention de nuire.
Paragraphe 2 - La répression des faux en écritures
La loi punit de peines criminelles les faux en écritures publiques ou authentiques
et de peines correctionnelles les faux en écritures privées de commerce ou de
banque.
A- Les faux en écritures authentiques ou publiques
Au terme des articles 278 à 282 du code pénal, la loi prévoit deux hypothèses.
Ainsi, le faux en écritures publiques ou authentiques est un crime puni de :
La réclusion criminelle de dix à vingt ans si le coupable est un fonctionnaire ou
un officier public agissant dans le cadre de ses fonctions.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 59
La réclusion criminelle de cinq à dix ans si l’infraction a été commise par
les particuliers.
Par contre, l’article 281 du code pénal prévoit une peine d’emprisonnement de
trois ans et une amende de 75 000 F à 900 000F pour un particulier qui se sera
fait délivrer indûment ou aura tenté de se faire délivrer indûment des documents
authentiques ou publics, soit en faisant de fausses déclarations, soit en prenant
un faux nom ou une fausse qualité, soit en fournissant de faux renseignements,
certificats ou attestations. Il y a là un exemple de correctionnalisation législative.
B - Les faux en écritures privées, de commerce ou de banque.
L’article 285 al 1 C.P. punit d’un emprisonnement de un à cinq ans et d’une
amende de 300 000F à 1 500 000F toute personne qui commet ou tente de
commettre un faux en écriture privée, de commerce ou de banque.
Lorsque le coupable de l’infraction est un banquier, un administrateur de société
ou une personne ayant fait appel au public e vue de l’émission d’actions,
d’obligations, bons, parts ou titres quelconques, soit d’une société, soit d’une
entreprise commerciale ou industrielle, la peine est un emprisonnement de trois
à cinq ans et une amende de 900 000F à 1 500 000F.
Le coupable pourra en outre être privé des droits civiques, professionnels et
soumis à l’interdiction de séjour pour une durée qui ne peut excéder cinq ans.
La tentative est punie des mêmes peines.
Section II - L’usage de faux.
L’usage de faux est une infraction distincte du faux car le faussaire n’est pas
toujours l’utilisateur du faux. Prévu et réprimé par l’article 283 du code pénal,
l’usage de faux sera souvent plus facile à poursuivre, l’identité de l’usager étant
plus facile à connaître que celle de l’auteur du faux.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 60
Paragraphe 1 - Les éléments constitutifs
L’usage de faux suppose un acte d’usage portant sur une pièce fausse et causant
un préjudice. Ainsi pour être punissable l’usage de faux doit remplir quatre
conditions :
- Il faut qu’il y ait un acte d’usage consistant à mettre en circulation une
pièce falsifiée.
- La pièce doit présenter matériellement les caractères d’un faux punissable
indépendamment de toute considération relative à la culpabilité de l’auteur
du faux.
- Un préjudice doit résulter de cet usage ou susceptible d’en résulter.
- Celui qui utilise le document faux, doit, au moment de l’usage, être de
mauvaise foi, c’est-à-dire qu’il doit avoir eu connaissance de la falsification
de la pièce par lui utilisée.
Le délit d’usage de faux peut être poursuivi alors que le faux est prescrit, car la
prescription ne court pour l’usage qu’à compter du dernier usage.
Paragraphe 2 - Les sanctions pénales
Aux termes des articles 283 et 284 CP, l’usage de faux est puni d’un
emprisonnement de deux à cinq ans. La juridiction saisie peut en outre
prononcer contre les auteurs des faits l’interdiction d’exercice des droits
civiques, professionnels et l’interdiction de séjour pour une durée qui ne peut
excéder cinq ans.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 61
CHAPITRE III – LA CORRUPTION ET LE TRAFIC D’INFLUENCE
Ces infractions constituent une atteinte grave au devoir de probité du citoyen. Il
existe deux sortes de corruption, à savoir : La corruption passive ou infraction
du fonctionnaire ou de l’agent corrompu et la corruption active ou infraction du
corrupteur.
Section I – Les éléments constitutifs
La loi fait de la corruption passive, la corruption active et du trafic d’influence
trois infractions distinctes ayant chacune ses éléments, et dont l’une peut exister
alors que les autres ne sont pas caractérisées.
En effet, la corruption par sa nature suppose deux faits principaux exclusif de
complicité dans leur rapport réciproque et dont chacun constitue une infraction
distincte et séparée, incriminée l’une comme corruption passive, l’autre comme
corruption active.
Et les règles de la complicité ne peuvent être applicables qu’à celui qui, n’étant
ni le corrupteur, ni le corrompu, a, avec connaissance, aidé l’un ou l’autre dans
la préparation du délit.
Le corrompu et le corrupteur concourent ainsi à l’infraction et jouent en fait un
rôle égal.
Paragraphe 1 - Les éléments constitutifs de la corruption passive
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 62
A- la qualité de l’agent
Peuvent seules être condamnées pour corruption passive les personnes
comprises dans l’une ou l’autre des cinq catégories visées à l’article 156 du code
pénal. Ainsi il peut s’agir de personne investie d’un mandat électif (député,
maire), de fonctionnaire public de l’ordre administratif ou judiciaire, de militaire
ou assimilé sans distinction de grade, d’agent ou préposé d’une administration
publique, d’un citoyen chargé d’un ministère de service public. La loi étend
aussi la qualification aux experts et arbitre nommés soit par les tribunaux ou par
les parties, aux médecins, chirurgiens, dentistes, ou sages-femmes et enfin aux
employé ou préposés, salariés ou rémunéré sous une forme quelconque d’un
commerçant ou d’un industriel.
B - L’acte matériel
La corruption passive est le fait de quiconque, qui aura sollicité ou agréé des
offres ou promesse, sollicité ou reçu des dons ou présents, soit pour accomplir
un acte de sa fonction, soit pour s’en abstenir.
Peut importe la nature de l’objet proposé au coupable pour le corrompre ou
agréé par lui.
L’acte coupable peut se présenter deux façons à savoir l’acceptation ou la
sollicitation.
L’acceptation consomme l’infraction, qu’elle ait pour objet un don ou un présent
actuellement reçu ou une promesse dont la réalité est remise à plus tard.
La sollicitation, acte par lequel l’auteur prend l’initiative, consomme elle aussi
l’infraction, même si elle n’est pas suivie du consentement de la personne
sollicitée. La tentative ne se distingue donc pas du délit même. En d’autres
termes, la corruption passive par sollicitation, délit formel, est consommée avant
même d’avoir produit son effet.
C - L’intention coupable
Celui qui sollicite ou agrée les dons ou les promesses ne tombe sous le coup de
la loi que s’il agit en sachant que ce qu’il accepte ou sollicite doit avoir pour
contre partie la complaisance qu’on lui demande ou qu’il propose, et en
manifestant son intention de consentir cette complaisance.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 63
D - Le but de la corruption passive.
La corruption passive suppose que l’acceptation ou la sollicitation d’un don ou
d’une promesse est commise pour faire ou s’abstenir de faire un acte de ses
fonctions ou de son emploi. La corruption passive peut donc avoir pour but soit
un acte positif, soit une abstention.
La loi retient aussi, outre l’acte compris dans l’exercice de la fonction ou de
l’emploi, celui est simplement facilité par la fonction ou l’emploi.
Paragraphe 2 - Les éléments constitutifs du trafic d’influence.
Le trafic d’influence est une infraction qui peut être commise par toute
personne, et non plus uniquement par celles qui sont investies d’un mandat
électif ou d’une partie de la puissance publique. En effet, la qualification
suppose que le coupable a sollicité ou agréé des dons ou promesses et aura
abusée de l’influence réelle ou supposée que lui donne sont statut pour faire
obtenir ou tenter de faire obtenir des décorations, médailles, distinctions ou des
récompense, des places, fonctions ou emplois ou des faveurs quelconques
accordées par l’autorité publique, des marchés, entreprises ou autres bénéfices
résultant de traités conclus avec l’autorité publique ou avec l’administration
placée sous le contrôle de la puissance publique ou, de façon générale, une
décision favorable d’une telle autorité administration et abus ainsi d’une
influence réelle ou supposées.
En d’autres termes, le trafic d’influence, prévu et puni par l’article 157 du code
pénal est le délit du tiers qui, moyennant rétribution reçues d’un autre, intervient
dans l’intérêt de celui-ci auprès du dépositaire de l’autorité publique pour en
obtenir la faveur en vue de laquelle lui-même aura été payé.
Paragraphe 3 - Les éléments constitutifs de la corruption active.
A- Le but de la corruption active
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 64
La corruption active est le fait de celui qui agit vue de se procurer à lui-même
l’avantage que peut accorder ou consentir autrui. Elle est commise par
l’administré ou le justiciable qui rémunère la complaisance du fonctionnaire, de
l’agent ou du préposé.
La corruption active se commet pour obtenir soit l’accomplissement ou
l’abstention d’un acte soit pour obtenir une opinion favorable, des procès-
verbaux, états, certificats ou estimations contraires à la vérité, des places
emplois, adjudications, entreprise des ou autres bénéfices quelconques ou tous
autres actes du ministre du fonctionnaire, de l’agent ou du préposé.
B - l’acte matériel de corruption active
La corruption active se commet indifféremment de deux façons :
Soit en usant de voies de fait ou de menaces ou encore de promesses, offres,
dons, présents.
Soit en cédant à des sollicitations tendant à la corruption et dont l’initiative est
prise par autrui.
La peine est applicable que la contrainte ou la corruption ait ou non produit son
effet. Ainsi l’offre de sommes d’argent à un fonctionnaire, même non agréé,
constitue le délit même de la corruption active.
C - la qualité de la personne corrompue.
La personne que l’inculpé a corrompue ou a voulu corrompre doit être de l’ordre
administratif ou judiciaire, militaire ou assimilé, agent ou préposé d’une
administration publique ou d’une administration placée sous le contrôle de la
puissance publique, citoyen chargé d’un ministère de service public, médecin,
expert ou arbitre, commis employé au préposé d’un particulier. Il s’agit donc des
personnes visées par l’article 156 du code pénal.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 65
Section II - les pénalités.
Paragraphe 1 - Les peines principales de l’infraction.
La peine de la corruption passive et du trafic d’influence st un emprisonnement
de deux à cinq ans et une amende double de la valeur des promesses demandées
ou des choses reçues ou demandées sans que cette amende puisse être inférieur à
600 000 lorsque le couplage est l’une des personnes visées à l’article 156 du
code pénal (fonctionnaire ou assimilé, militaires ou assimilé, experts ou arbitres,
médecins, sages-femmes, chirurgiens, dentistes, etc.) la peine est d’un
emprisonnement de un à trois ans et d’une amende de 300 000F à 900 000F
lorsque le coupable est un employé ou préposé, salarié rémunéré sous une forme
quelconque.
L’article 158 du code pénal punit la corruption active des mêmes peines que
celles applicables à la corruption passives.
Paragraphe 2 - Les peines complémentaires.
Deux peines complémentaires sont prévues par la loi. La juridiction saisie peut
prononcer :
L’interdiction d’exercer des droits civiques et/ou de fonction ou d’emploi pour
une durée qui ne peut excéder cinq ans.
La confiscation spéciale des choses livrées par le corrupteur ou leur valeur au
profit du trésor. Elles ne peuvent jamais être restituées à ce corrupteur.
D’une matière générale, la lutte contre la corruption s’impose de plus en plus
comme une nécessité aux yeux de la communauté internationale.
CHAPITRE IV Les paradis fiscaux
A la faveur de la présente crise financière dont les solutions sont encore à
trouver, les paradis fiscaux (pudiquement appelés par certains « centres non
contrôlés ») sont revenus au devant de l’actualité comme étant de possibles
sources de cette situation difficile au plan international. On se souvient encore
de la passe d’arme il y a quelques semaines entre le président en exercice de
l’union européenne, le président français Nicola Sarkosy et le premier ministre
luxembourgeois, le premier accusant le second de créer un refuge pour les
fraudeurs et de mettre ainsi à mal la cohésion des solutions de sorties de la crise
financière.
Section1- Les paradis fiscaux et leurs conséquences
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 66
Les systèmes fiscaux internationaux ont généré depuis longtemps des
situations de plus en plus complexes dans leur volonté de trouver des ressources
aux Etats modernes pour le financement de leur développement.
L’impôt, on le sait, est la principale source de recettes des Etats modernes, et à
ce titre est manipulé dans le but premier de fournir les moyens aux pouvoirs
publics de remplir leurs obligations vis-à-vis de leurs populations.
Ainsi dit, les autorités de tous les pays créent les conditions pour que leurs
systèmes fiscaux soient les plus performants.
C’est dans ce sens que les lois et règlements sont adoptés et sont différents d’un
pays à un autre, c’es-à-dire que chaque pays adopte des législations en fonction
de ses besoins propres.
Les systèmes de taxation varient d’un pays à un autre, c’est-à-dire que la
pression fiscale sera traitée selon les avantages que chaque pays peut retirer.
C’est dans ce sens qu’il faut comprendre le concept de paradis fiscal. Pour
définir les paradis fiscaux et pour être simple, il faut se référer aux modes, à
l’intensité, mais aussi aux matières ou aux personnes qui pourraient faire l’objet
de taxation.
Dans la plupart de nos législations, du moins celles qui sont héritées du système
français, l’impôt doit toucher toute matière imposable, tout revenu.
Autrement, tout bien, voire toute personne est susceptible d’être frappé par le
prélèvement fiscal.
C’est un choix qui est essentiellement dicté par l’importance ou la
diversification des activités imposables.
Il peut y avoir aussi un autre choix, qui est celui de créer des conditions pour
emmener les entreprises ou les personnes physiques à s’installer dans leurs pays
en misant sur le moins de charges possibles et en jouant sur le secret des
informations.
Un adage africain dit bien que « l’argent n’aime pas le bruit ».
Les paradis fiscaux sont donc des espaces territoriaux dont les systèmes de
taxation se fondent sur de nombreuses exemptions fiscales et sur le respect d’un
strict secret relativement aux informations financières.
Il faut savoir qu’un des principes qui guident la finance internationale (aussi
bien publique que privée) est la transparence.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 67
Une entreprise ne peut pas être cotée en bourse si ses comptes ne sont pas
transparents, si ses comptes ne sont pas publiés et connus de tous les
intervenants. Ce qui n’est pas le cas des paradis fiscaux.
Comme leurs noms l’indiquent, ce sont des paradis, c’est-à-dire des territoires
où les opérateurs se sentent bien, en référence à des lieux paradisiaques.
Ce sont des lieux où la charge fiscale est quasi inexistante, où le contribuable
n’a pratiquement rien à payer.
L’existence des paradis fiscaux est fondée d’une part sur les principes de
souveraineté des Etats et d’autre part sur le développement d’autres activités
sources de revenus pour les Etats.
En effet, l’impôt est un des domaines par excellence dans lequel les Etats aiment
à imprimer leur souveraineté, où les pouvoirs publics affirment leur mainmise.
Dans la plupart des constitutions, le pouvoir fiscal de l’Etat est jalousement
gardé, et même dans le cadre des unions d’intégration économiques, des vifs
débats sont engagés entre les acteurs politiques, économiques et sociaux lorsque
l’Etat est dépouillé de cette prérogative importante dans la prise de décision.
De ce point de vue, il n’y a pas grand-chose à dire, sauf à remettre en cause le
sacro- saint principe de cette souveraineté.
Par ailleurs, les paradis fiscaux font référence aux sources de revenus des Etats
pour leur développement. Des Etats ont mis l’accent sur d’autres sources de
financement de leurs activités. Ceci pose la question de savoir comment vivent
les pouvoirs publics dans ce cas, comment les pouvoirs publics dans un paradis
fiscal financent leurs activités de développement ? La réponse à cette question se
trouve dans les choix que peut faire un pays pour sa stratégie de développement,
sur la nature des activités qu’il entend développer pour soutenir son économie.
Nous parlons au Burkina d’impôts, de fiscalité, de taxations, d’obligation de
payer l’impôt, etc. parce que tout simplement notre pays ne regorge pas
suffisamment de biens ou de sources de revenus autre que des cotisations
demandées aux personnes physiques et morales.
Dans les pays pétroliers et dans ceux dont les sous- sols contiennent de
nombreux gisements, la tâche dévolue aux administrations fiscales et douanières
(si elles existent et fonctionnent correctement) n’est pas la même que dans les
pays que la nature n’a pas favorisés sur ce plan.
L’impôt n’est pas la seule source de recettes de l’Etat.
Les conséquences des paradis fiscaux sont à trouver dans les rapports de ces
pays avec leurs partenaires économiques et financiers.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 68
Pour commercer à faire des affaires, il faut partir sur les mêmes bases, sur
les mêmes normes, afin que la concurrence soit loyale.
Hors les paradis fiscaux, en proposant une fiscalité quasi inexistante, créent des
dysfonctionnements dans les activités économiques. Les critères d’évaluation ou
de performance ne sont pas les mêmes, ce qui a pour conséquences d’entraîner
un basculement de la richesse d’un pays vers un autre pays.
L’investissement productif, sur lequel compte un pays qui n’a pas les mêmes
capacités de création de la richesse qu’un autre pays, risque d’être nul.
Dans l’espace UEMOA, il y a les politiques de convergences dont un des
objectifs est de mesurer les performances de chaque pays et de pouvoir ainsi
trouver des solutions globales.
Si les principes de taxation ne sont pas les mêmes, il y a des risques que les
objectifs ne soient pas atteints.
Section 2- Faut-il lutter contre les paradis fiscaux ?
La liste des paradis fiscaux est longue.
Selon un récent rapport de l’OCDE, il en existe plus de mille, aussi disparates
les uns que les autres, aussi grands les uns par rapport aux autres, et même que
certains sont intégrés dans des structures économiques de grande importance
dans le monde économique.
Les plus connus sont la principauté de Monaco (même si elle s’en défend), le
Linchtenstein , le Luxembourg.
On en trouve également dans les Caraïbes et en Asie. La question est de savoir
s’il faut lutter contre les paradis fiscaux. Cette question est récurrente et vient à
propos de la crise financière actuelle.
Le président français a récemment mis en cause le Luxembourg en sommant
quasiment ses responsables politiques de changer leurs textes et ceci dans les
meilleurs délais. Ce pays, membre actif de l’Union européenne, est vu par
certains de ses partenaires comme une anomalie dans le système actuel.
Mais on est souvent étonné de constater que la lutte contre les paradis fiscaux est
une question qui apparaît en période de crise, comme si tout le monde s’en
contentait en période plus calme. Et c’est à ce niveau que la lutte contre les
paradis fiscaux trouve une certaine limite objective.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 69
En effet, lutter contre les paradis fiscaux entraîne la remise en cause des
choix légitimes des pays concernés d’une part et d’autre part que les partenaires
économiques gagnent dans cette revendication.
La souveraineté des Etats est encore une fois posée dans ce débat.
Chaque pays étant libre, il est difficile de demander à un pays de renoncer à ses
choix économiques sans être accusé de s’immiscer dans les affaires internes de
ce pays.
De ce point de vue, on se rappelle que le 1er ministre luxembourgeois ne s’en
était pas privé lorsqu’il a été attaqué sur ce point.
Mais en même temps, les paradis fiscaux offrent des avantages certains à ceux
qui les combattent aujourd’hui.
Un des avantages reconnus est que les fonds qui y sont gelés sont parfois des
réservoirs qui sont injectés dans les économies en cas de difficultés.
Par ailleurs, les entreprises, en payant moins d’impôts, sauvegardent leurs outils
de travail, donc de nombreux emplois dans leurs pays d’origines.
A l’heure actuelle, les réponses à la crise financière sont nombreuses et leurs
sources sont à trouver partout, y compris dans la remise en cause des paradis
fiscaux.
Encore que certains spécialistes font la différence entre les paradis fiscaux
« acceptables » parce que jouant leurs rôles de refuge et les paradis fiscaux à
bannir parce que insaisissables, incontrôlés, inaccessibles et dont les pouvoirs
publics sont qualifiés de dictateurs.
Les paradis fiscaux, dans un système de globalisation des économies, constituent
une entorse aux grands principes de gestion qui sont enseignés et notamment
véhiculés par les instances internationales de financement comme la Banque
mondiale ou le Fonds monétaire international.
Mais, il ne faut pas s’y tromper car si les paradis fiscaux subsistent dans le
paysage fiscal et économique mondial, c’est que les avantages sont bien
compris. Il faut, pour ce faire, que toutes les parties soient dans une même
logique, celle d’avoir les mêmes règles de fonctionnement.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 70
TITRE II : LE DROIT PENAL DES SOCIETES COMMERCIALES
Sous cette rubrique consacrée au droit pénal des sociétés commerciales, seront
analysées les infractions relatives aux sociétés commerciales et surtout aux
grandes infractions relatives à :
1- La constitution du capital,
2- L’abus des biens et du crédit de la société,
3- La présentation d’un bilan faux ou inexact
4- La publicité mensongère,
5- La réglementation des prix et la transparence du marché,
6- La banqueroute,
7- La fraude fiscale.
Ces infractions sont prévues et punies selon les cas par les dispositions de
l’acte uniforme du 17 avril 1998 relatif au droit des sociétés commerciales et du
groupement d’intérêt économique et loi du 24 juillet 1967 relative au droit des
sociétés.
CHAPITRE I : LES INFRACTIONS RELATIVES A LA
CONSTITUTION ET AU FONCTIONNEMENT DE LA SOCIETE.
Si en France les infractions relatives à la constitution du capital social sont
prévues et punies par la loi du 24 juillet 1966, au Burkina Faso, elles le sont par
la loi du 24 juillet 1967 relative aux sociétés commerciales ainsi que par l’acte
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 71
uniforme du 17 avril 1997 ci-dessus cité, et la loi n°43/96/ADP du 13
Novembre 1996 portant code pénal.
SECTION I : LES INFRACTIONS RELATIVES A LA CONSTITUTION
DU CAPITAL SOCIAL
Le crédit d’une société repose sur le capital social qui demeure la garantie
minimale de ceux qui traitent avec les sociétés de capitaux, c’est-à-dire les
sociétés en commandite par actions, les sociétés anonymes et les sociétés à
responsabilité limitée.
Des irrégularités plus ou moins graves peuvent s’insérer lors de la formation de
ce capital social, lors de l’émission ou de la négociation des valeurs mobilières,
ou lors de la publicité ou de l’immatriculation de la société au registre du
commerce.
Paragraphe 1 - Le mensonge dans les déclarations
Selon l’article 97 de l’acte uniforme du 17 avril 1997, toute société doit être
immatriculée au registre du commerce et du crédit mobilier à l’exception de la
société en participation.
La procédure d’immatriculation d’une société au registre du commerce et du
crédit mobilier comporte une déclaration dans laquelle doivent être relatées
toutes les opérations effectuées en vue de constituer régulièrement la société et
une affirmation selon laquelle la constitution a été réalisée en conformité des
lois et règlements. Mais il arrive souvent que les fondateurs, les présidents
directeurs généraux des directeurs généraux ou l’administrateur général
affirment sciemment des faits matériellement faux ou omettent de relater la
totalité des opérations effectuées pour la constitution de la société.
Paragraphe 2 - La simulation de souscription ou de versement et la
publication de faits ou de noms faux.
En ce qui concerne les sociétés faisant appel public à l’épargne, les souscriptions
et les versements sont constatés par un certificat du dépositaire établi au moment
du dépôt des fonds, sur présentation des bulletins de souscription. Pour les
sociétés ne faisant pas appel à l’épargne, la loi dispose que les versements sont
constatés par un certificat du dépositaire établi au moment du dépôt des fonds
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 72
sur présentation de la liste des actionnaires mentionnant les montants des
sommes versées par chacun d’eux.
Les fonds provenant des souscriptions en numéraires et la liste des souscripteurs
avec indication des sommes versées par chacun d’eux sont déposés pour le
compte de la société en formation et par les personnes qui les ont reçus, soit
chez un notaire, soit dans une banque, selon les indications portées sur la notice.
Le dépôt doit être fait dans les huit jours à compter de la réception des fonds, à
moins que ceux-ci ne soient reçus par des banques, des établissements financiers
et des agents de change.
L’élément matériel du délit consiste soit dans le fait d’affirmer sincères et
véritables, des souscriptions fictives, soit dans le fait de déclarer comme
effectivement versés des fonds qui n’ont pas été mis définitivement à la
disposition de la société, soit encore dans le fait de remettre au dépositaire, une
liste des actionnaires mentionnant des souscriptions fictives ou le versement de
fonds qui n’ont pas été mis définitivement à la disposition de la société.
Le délit suppose en outre, un élément intentionnel. Ainsi, pour être pénalement
sanctionnés, les auteurs de l’infraction doivent connaître le caractère fictif des
souscriptions, c’est-à-dire, savoir que les souscriptions ne sont pas sincères,
véritables et réellement attachés à la société en possédant ce que l’on résume
dans l’expression « affectio societatis » qui est la volonté de mettre des biens en
commun en vue de courir ensemble les risques de perte ou de gain. Le texte
exige qu’ils aient agi en toute connaissance de cause, et avec l’intention de
tromper.
Les personnes punissables sont celles qui ont pour mission de faire la
déclaration des souscriptions et des versements à savoir les fondateurs lors de la
constitution de la société, et les administrateurs en cas d’augmentation de
capital.
Les complices sont également punissables. Ainsi, pourront être retenus comme
complices tous qui auront aidé les fondateurs, à savoir par exemple les banquiers
ayant délivré des listes de fausses souscriptions ou des certificats de
complaisance.
Paragraphe 3 - La fausse déclaration dans l’acte de société
Le délit de fausse déclaration relative à la répartition des parts sociales et leur
libération est prévu et puni par la loi du 24 juillet 1967.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 73
En effet, dans les sociétés à responsabilité limitée (SARL), les parts
sociales doivent être souscrites en totalité par les associés et intégralement
libérées, qu’elles représentent des apports en nature ou en numéraires. La loi
prévoit donc des sanctions pénales contre les associés qui font, dans l’acte de
société, une fausse déclaration concernant la répartition des parts sociales entre
tous les associés, la libération des parts et le dépôt des fonds, ou ont omis cette
déclaration. Le délit est constitué même en cas libération partielle des apports, et
en cas d’apport d’une créance irrécouvrable par la société.
En ce qui concerne les société par actions (SA et société en commandite par
action) la loi punit le président, les administrateurs ou le gérant, qui n’auront pas
procédé aux appels de fonds pour réaliser la libération intégrale du capital dans
le délai légal (trois ans à compter de l’immatriculation de la société au registre
du commerce) ou qui auront émis ou laissé émettre des obligations ou bons
alors que le capital social n’était pas intégralement libéré. Et tant que le capital
social n’est pas entièrement libéré la société ne peut augmenter son capital, sauf
si cette augmentation est réalisée par des apports en nature.
Paragraphe 4 - Le délit de majoration frauduleuse des apports en
nature.
Les textes qui s’appliquent aux majorations frauduleuses réalisées à l’occasion
de la constitution des sociétés ainsi qu’à celles commises lors de l’augmentation
du capital, ont pour but de protéger les créanciers de la société et qui pourraient
être trompés sur la valeur des garanties que pouvait leur offrir le patrimoine
social.
Les éléments constitutifs du délit consistent dans la surévaluation d’un apport en
nature et l’emploi de manœuvre frauduleuse.
En ce qui concerne les SARL, les personnes punissables sont celles qui ont
frauduleusement attribué à un apport en nature une valeur supérieure à sa valeur
réelle. Et dans les S.A les personnes punissables sont celles qui, sciemment,
dans la déclaration notariée constatant la souscription et le versement, ont
affirmé sincères et véritables les souscriptions qu’ils savaient frauduleuses.
Paragraphe 5 - Les sanctions pénales
L’article 15 de la loi du 24 juillet 1967 punit les infractions relatives à la
constitution du capital social des peines de l’escroquerie, c’est-à-dire d’un
emprisonnement de un an au moins et de cinq ans plus, et d’une amende de
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 74
300 000 F au moins et de 1 500 000 F au plus ou de l’une de ces deux
peines seulement.
SECTION II : LES INFRACTIONS RELATIVES AU
FONCTIONNEMENT DE SOCIETE.
En dépit de tous les mécanismes de contrôle mis en place sur le fonctionnement
des sociétés, il peut arriver que les dirigeants sociaux commettent des abus de
gestion et des irrégularités dans la présentation des bilans.
Paragraphe 1 - Les abus des biens et du crédit des sociétés.
L’abus des biens sociaux et du crédit est une infraction qui a été crée pour
rendre plus facile la poursuite qui, autrefois, ne pouvait être exercée que sur la
base de l’abus de confiance. Il vise un certain nombre d’opérations financières
portant pratiquement sur le maniement des fonds.
A- Les éléments constitutifs
Le délit d’abus des biens et du crédit de la société comporte quatre éléments
constitutifs.
1- Il faut qu’il y ait un usage des biens et du crédit de la société.
2- Cet usage doit être contraire à l’intérêt de la société.
3- L’usage doit être effectué dans un but personnel.
4- L’auteur doit être de mauvaise foi.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 75
Les biens de la société doivent s’entendre de tous les éléments constituant son
patrimoine mobilier ou immobilier.
Et faire usage des biens sociaux c’est accomplir sur ce patrimoine, non
seulement des actes de disposition comportant aliénation ou cession au profit
d’un tiers, mais aussi faire de simples actes d’administration tels que les prêts,
les avances, ou les baux.
Faire usage du crédit social, c’est engager la signature sociale ou exposer la
société à des paiements ou des décaissements éventuels, lui faire courir des
risques qui, normalement ne lui incombent pas comme par exemple faire
cautionner par la société, une dette personnelle, ou faire payer par la société, une
facture afférente à l’installation d’un poste radio sur une voiture personnelle.
Ce sont des dépenses dites somptuaires aux frais de la société.
La mauvaise foi de l’auteur doit s’apprécier au moment où les actes incriminés
ont été commis sans que l’aboutissement heureux des opérations pour la société
puisse effacer le caractère délictueux des faits.
B - L’imputation de la responsabilité pénale.
La responsabilité du délit incombe à titre d’auteur principal, aux dirigeants de la
société.
Le délai de prescription de l’action publique court à compter du jour où le délit a
pu être constaté.
Paragraphe 2 - La présentation ou la publication d’un bilan inexact ou
faux
La multiplication des infractions relatives aux comptes sociaux témoigne du
souci du législateur d’accroître l’information des actionnaires, des tiers et des
salariés.
Dans le domaine des diverses obligations relatives aux comptes sociaux, il existe
de nombreuses infractions d’omission et un délit d’action.
A- Les omissions sanctionnées.
Les délits d’omissions sont au nombre de quatre à savoir :
1- le délit d’omission d’établissement des états de synthèse annuel 5 (art 137
et 288 de l’acte uniforme OHADA du 14 avril 1997
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 76
Législateur énumère les documents comptables à établir suivant
a) L’inventaire comportant les comptes annuels et le rapport de gestion
dressé pour chaque exercice.
b) Le tableau comportant les renseignements sur la situation des filiales et
des participations
c) L’inventaire des valeurs mobilières détenues par la société (pour les
sociétés dont les actions sont inscrites à la cote officielle des bourses de
valeurs)
d) Le tableau relatif à la répartition et à l’affectation des sommes distribuable
proposées à l’assemblée générale.
2- Défaut de présentation des états financiers de synthèse annuel, du rapport
de gestion et l’inventaire.
Ce délit concerne non seulement le défaut de convocation de l’assemblée
générale ordinaire dans le délai légal (dans les six mois à compter de la clôture
de l’exercice, sous réserve de prolongation de ce délai par décision de justice).
Les dirigeants sont le plus souvent sanctionnés que lorsqu’ils n’auront pas
rempli leurs obligations, notamment à l’égard des actionnaires, ou les
commissaires aux comptes qui n’auront pas révélé au procureur du Faso les faits
délictueux dont ils auront eu connaissance.
CHAPITRE II DES INFRACTIONS PREVUES PAR LES ACTES
UNIFORMES DE L’ORGANISATION POUR L’HARMONISATION EN
AFRIQUE DU DROIT DES AFFAIRES (OHADA)
SECTIONI : REGLES GENERALES
Elles fixent les peines applicables aux infractions prévues dans le cadre de
l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (OHADA)
par les Actes uniformes :
˗ portant sur le droit commercial général ;
˗ portant organisation des sûretés ;
˗ relatif au droit des sociétés commerciales et du groupement d’intérêt
économique ;
˗ portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif ;
˗ portant organisation des procédures simplifiées de recouvrement et des voies
d’exécution ;
˗ portant organisation et harmonisation des comptabilités des entreprises ;
˗ relatif au droit des sociétés coopératives.
SECTION II : LES PEINES APPLICABLES
Paragraphe 1 - Les peines applicables aux infractions prévues par l’acte
uniforme relatif au droit commercial général
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 77
Selon l’Article 812-1 du code pénal : en application de l’article 69 de
l’Acte uniforme portant sur le droit commercial général, est punie d’une peine
d’emprisonnement de un à trois ans et d’une amende de deux cent cinquante
mille (250 000) à six cent mille (600 000) francs CFA, toute personne tenue
d’accomplir une des formalités prescrites
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 78
dans l’Acte uniforme et qui s’en abstient, ou encore qui effectue une
formalité par fraude.
S’il y a lieu, la juridiction qui prononce la condamnation ordonne l’inscription
ou la rectification des mentions inexactes.
L’article 140 de l’Acte uniforme portant sur le droit commercial général, puni
des peines prévues à l’article 812-1 ci-dessus le locataire-gérant qui n’indique
pas en entête de ses bons de commande, factures et autres documents à caractère
financier ou commercial, avec son numéro d’immatriculation au registre du
commerce et du crédit mobilier, sa qualité de locataire-gérant du fonds.
Paragraphe 2- les peines applicables aux infractions prévues par l’acte
uniforme portant organisation des sûretés
L’article 65 de l’Acte uniforme portant organisation des sûretés, punie d’une
peine d’emprisonnement de trois mois à trois ans et d’une amende de deux cent
cinquante mille (250 000) à un million (1 000 000) de francs CFA, toute
personne qui inscrit une sûreté mobilière soit par fraude, soit en portant des
indications inexactes ou données de mauvaise foi.
S’il y a lieu, la juridiction qui prononce la condamnation ordonne l’inscription
ou la rectification des mentions inexactes. Ces peines sont prévues au code pénal
à l’article 812-3
L’Article 812-4 : en application de l’article 184 de l’Acte uniforme portant
organisation des sûretés, puni d’une peine d’emprisonnement de trois mois à un
an et d’une amende de deux cent cinquante mille (250 000) à un million (1 000
000) de francs CFA, le preneur ou toute personne qui, par des manoeuvres
frauduleuses, prive totalement ou partiellement le bailleur de son privilège.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 79
Paragraphe 3 : Les peines applicables aux infractions prévues par
l’acte uniforme relatif au droit des sociétés commerciales et du groupement
d’intérêt économique
A: Des peines applicables aux infractions relatives à la constitution des
sociétés
L’Article 812-5 : en application de l’article 886 de l’Acte uniforme relatif au
droit des sociétés commerciales et du groupement d’intérêt économique, punis
d’une peine d’emprisonnement de trois mois à trois ans et d’une amende de un
million (1 000 000) à cinq millions (5 000 000) de francs CFA, les fondateurs, le
président-directeur général, le directeur général, l’administrateur général ou
l’administrateur général adjoint d’une société anonyme, qui émettent des actions
avant l’immatriculation ou à n’importe quelle époque, lorsque l’immatriculation
est obtenue par fraude ou que la société est irrégulièrement constituée.
L’Article 812-6 : en application de l’article 887 de l’Acte uniforme relatif au
droit des sociétés commerciales et du groupement d’intérêt économique, punis
d’une peine d’emprisonnement de trois mois à trois ans et d’une amende de un
million (1 000 000) à cinq millions (5 000 000) de francs CFA, ceux qui :
˗ sciemment, par l’établissement de la déclaration notariée de souscription et de
versement ou du certificat du dépositaire, auront affirmé sincères et véritables
des souscriptions qu’ils savaient fictives ou auront déclaré que les fonds qui
n’ont pas été mis définitivement à la disposition de la société ont été
effectivement versés ;
˗ auront remis au notaire ou au dépositaire, une liste des actionnaires ou des
bulletins de souscription et de versement mentionnant des souscriptions fictives
ou des versements de fonds qui n’ont pas été mis définitivement à la disposition
de la société ;
˗ sciemment, par simulation de souscription ou de versement ou par publication
de versement qui n’existent pas ou de tous autres faits faux, auront obtenu ou
tenté d’obtenir des souscriptions ou des versements ;
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 80
˗ sciemment, pour provoquer des souscriptions ou des versements, auront publié
les noms de personnes désignées contrairement à la vérité comme étant ou
devant être attachées à la société à un titre quelconque ;
˗ frauduleusement, auront fait attribuer à un apport en nature, une évaluation
supérieure à sa valeur réelle.
L’Article 812-7 : en application de l’article 888 de l’Acte uniforme relatif au
droit des sociétés commerciales et du groupement d’intérêt économique, punis
d’une peine d’emprisonnement de trois mois à trois ans et d’une amende de un
million (1 000 000) à cinq millions (5 000 000) de francs CFA, ceux qui
sciemment négocient :
˗ des actions nominatives qui ne sont pas demeurées sous la forme nominative
jusqu’à leur entière libération ;
˗ des actions d’apport avant l’expiration du délai pendant lequel elles ne sont pas
négociables ;
˗ des actions de numéraire pour lesquelles le versement du quart du nominal
n’est pas effectué.
B : Les peines applicables aux infractions relatives à la gérance, à
l’administration et à la direction des sociétés
L’Article 812-8 : en application de l’article 889 de l’Acte uniforme relatif au
droit des sociétés commerciales et du groupement d’intérêt économique, punis
d’une peine d’emprisonnement de un à cinq ans et d’une amende de un million
(1 000 000) à dix millions (10 000 000) de francs CFA, les dirigeants sociaux
qui, en l’absence d’inventaire ou au moyen d’inventaires frauduleux, opèrent
sciemment entre les actionnaires ou les associés la répartition de dividendes
fictifs.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 81
L’Article 812-9 : en application de l’article 890 de l’Acte uniforme relatif
au droit des sociétés commerciales et du groupement d’intérêt économique, sont
punis d’une peine d’emprisonnement de un à cinq ans et d’une amende de un
million (1 000 000) à dix millions (10 000 000) de francs CFA, les dirigeants
sociaux qui sciemment, même en l’absence de toute distribution de dividendes,
publient ou présentent aux actionnaires ou associés, en vue de dissimuler la
véritable situation de la société, des états financiers de synthèse ne donnant pas,
pour chaque exercice, une image fidèle des opérations de l’exercice, de la
situation financière et de celle du patrimoine de la société, à l’expiration de cette
période.
L’Article 812-10 : en application de l’article 891 de l’Acte uniforme relatif au
droit des sociétés commerciales et du groupement d’intérêt économique, sont
punis d’une peine d’emprisonnement de un à cinq ans et d’une amende de deux
millions (2 000 000) à dix millions (10 000 000) de francs CFA, le gérant de la
société à responsabilité limitée, les administrateurs, le président directeur
général, l’administrateur général ou l’administrateur général adjoint qui, de
mauvaise foi, font des biens ou du crédit de la société, un usage qu’ils savent
contraire à l’intérêt de celle-ci, à des fins personnelles, matérielles ou morales,
ou pour favoriser une autre personne morale dans laquelle ils sont intéressés,
directement ou indirectement.
C : Les peines applicables aux infractions relatives aux assemblées
générales
L’Article 812-11 : en application de l’article 892 de l’Acte uniforme relatif au
droit des sociétés commerciales et du groupement d’intérêt économique, sont
punis d’une peine d’emprisonnement de trois mois à trois ans et d’une amende
de deux cent cinquante mille (250 000) à deux millions (2 000 000) de francs
CFA, ceux qui, sciemment, empêchent un actionnaire ou un associé de participer
à une assemblée générale.
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D : Les peines applicables aux infractions relatives aux modifications
du capital des sociétés anonymes
L’Article 812-12 : en application de l’article 893 de l’Acte uniforme relatif au
droit des sociétés commerciales et du groupement d’intérêt économique, sont
punis d’une peine d’emprisonnement de trois mois à trois ans et d’une amende
de un million (1 000 000) à cinq millions (5 000 000) de francs CFA, les
administrateurs, le président du conseil d’administration, le président directeur
général, le directeur général, l’administrateur général ou l’administrateur général
adjoint d’une société anonyme qui, lors d’une augmentation de capital, émettent
des actions ou des coupures d’actions :
˗ avant que le certificat du dépositaire soit établi ;
˗ sans que les formalités préalables à l’augmentation de capital soient
régulièrement accomplies ;
˗ sans que le capital antérieurement souscrit de la société soit intégralement
libéré ;
˗ sans que les nouvelles actions d’apport soient intégralement libérées avant
l’inscription modificative au registre du commerce et du crédit mobilier ;
˗ sans que les actions nouvelles soient libérées d’un quart au moins de leur
valeur nominale au moment de la souscription ;
˗ le cas échéant, sans que l’intégralité de la prime d’émission soit libérée au
moment de la souscription.
Sont punies des mêmes peines, les personnes visées au présent article qui ne
maintiennent pas les actions de numéraire sous forme nominative jusqu’à leur
entière libération.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 83
L’Article 812-13 : en application de l’article 894 de l’Acte uniforme
relatif au droit des sociétés commerciales et du groupement d’intérêt
économique, sont punis d’une peine d’emprisonnement de trois mois à trois ans
et d’une amende de un million (1 000 000) à cinq millions (5 000 000) de francs
CFA, les dirigeants sociaux qui lors d’une augmentation de capital :
˗ ne font pas bénéficier les actionnaires, proportionnellement au montant de
leurs actions, d’un droit préférentiel de souscription des actions de numéraire
lorsque ce droit n’a pas été supprimé par l’assemblée générale et que les
actionnaires n’y ont pas renoncé ;
˗ ne font pas réserver aux actionnaires un délai de vingt jours au moins, à dater
de l’ouverture de la souscription, sauf lorsque ce délai est clos par anticipation ;
˗ n’attribuent les actions rendues disponibles, faute d’un nombre suffisant de
souscriptions à titre irréductible, aux actionnaires qui ont souscrit à titre
réductible un nombre d’actions supérieur à celui qu’ils pouvaient souscrire à
titre irréductible, proportionnellement aux droits dont ils disposent ;
˗ ne réservent les droits des titulaires de bons de souscription.
L’Article 812-14 : en application de l’article 895 de l’Acte uniforme relatif au
droit des sociétés commerciales et du groupement d’intérêt économique, sont
punis d’une peine d’emprisonnement de trois mois à trois ans et d’une amende
de un million (1 000 000) à cinq millions (5 000 000) de francs CFA, les
dirigeants sociaux qui, sciemment, donnent ou confirment des indications
inexactes dans les rapports présentés à l’assemblée générale appelée à décider de
la suppression du droit préférentiel de souscription.
L’Article 812-15 : en application de l’article 896 de l’Acte uniforme relatif au
droit des sociétés commerciales et du groupement d’intérêt économique, sont
punis d’une peine d’emprisonnement de trois mois à trois ans et d’une amende
de deux cent cinquante mille (250 000) à un million (1 000 000) de francs CFA,
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 84
les administrateurs, le président directeur général, le directeur général,
l’administrateur général adjoint qui, sciemment, procèdent à une réduction de
capital :
˗ sans respecter l’égalité des actionnaires ;
˗ sans communiquer le projet de réduction du capital aux commissaires aux
comptes quarante-cinq jours avant la tenue de l’assemblée générale appelée à
statuer sur la réduction du capital.
E: Les peines applicables aux infractions relatives au contrôle des sociétés
L’Article 812-16 : en application de l’article 897 de l’Acte uniforme relatif au
droit des sociétés commerciales et du groupement d’intérêt économique, sont
punis d’une peine d’emprisonnement de un an à cinq ans et d’une amende de un
million (1 000 000) à cinq millions (5 000 000) de francs CFA, les dirigeants
sociaux qui ne provoquent pas la désignation des commissaires aux comptes de
la société ou ne les convoquent pas aux assemblées générales.
L’Article 812-17 : en application de l’article 898 de l’Acte uniforme relatif au
droit des sociétés commerciales et du groupement d’intérêt économique, est
punie d’une peine d’emprisonnement de un à cinq ans et d’une amende de un
million (1 000 000) à cinq millions (5 000 000) de francs CFA, toute personne
qui, soit en son nom personnel, soit à titre d’associé d’une société de
commissaires aux comptes, sciemment accepte, exerce ou conserve, des
fonctions de commissaires aux comptes, nonobstant les incompatibilités légales.
L’Article 812-18 : en application de l’article 899 de l’Acte uniforme relatif au
droit des sociétés commerciales et du groupement d’intérêt économique, est puni
d’une peine d’emprisonnement de un à cinq ans et d’une amende de deux
millions (2 000 000) à dix millions (10 000 000) de francs CFA, tout
commissaire aux comptes qui sciemment, soit en son nom personnel, soit à titre
d’associé d’une société de commissaires aux comptes, donne ou confirme des
informations
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 85
mensongères sur la situation de la société ou qui ne révèle pas au ministère
public les faits délictueux dont il a connaissance.
L’Article 812-19 : en application de l’article 900 de l’Acte uniforme relatif au
droit des sociétés commerciales et du groupement d’intérêt économique, sont
punis d’une peine d’emprisonnement de un an à cinq ans et d’une amende de
deux millions (2 000 000) à dix millions (10 000 000) de francs CFA, les
dirigeants sociaux ou toute personne au service de la société qui, sciemment,
font obstacle aux vérifications ou au contrôle des commissaires aux comptes ou
qui refusent la communication, sur place, de toutes pièces utiles à l’exercice de
leur mission et notamment de tous contrats, livres, documents comptables et
registres de procès-verbaux.
F : Les peines applicables aux infractions relatives à la dissolution des
sociétés
L’Article 812-20 : en application de l’article 901 de l’Acte uniforme relatif au
droit des sociétés commerciales et du groupement d’intérêt économique, sont
punis d’une peine d’emprisonnement de un an à cinq ans et d’une amende de
deux millions (2 000 000) à dix millions (10 000 000) de francs CFA, les
dirigeants sociaux qui, sciemment, lorsque les capitaux propres de la société
deviennent inférieurs à la moitié du capital social du fait des pertes constatées
dans les états financiers de synthèse :
˗ ne font pas convoquer, dans les quatre mois qui suivent l’approbation des états
financiers ayant fait paraître ces pertes, l’assemblée générale extraordinaire à
l’effet de décider, s’il y a lieu, de la dissolution anticipée de la société ;
˗ ne déposent pas au greffe du tribunal chargé des affaires commerciales, ne font
pas inscrire au registre du commerce et du crédit mobilier et ne font pas publier,
dans un journal habilité à recevoir les annonces légales, la dissolution anticipée
de la société.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 86
G : Des peines applicables aux infractions relatives à la liquidation des
sociétés
L’Article 812-21 : en application de l’article 902 de l’Acte uniforme relatif au
droit des sociétés commerciales et du groupement d’intérêt économique, est puni
d’une peine d’emprisonnement de trois mois à trois ans et d’une amende de un
million (1 000 000) à cinq millions (5 000 000) de francs CFA, le liquidateur
d’une société qui, sciemment :
˗ dans le délai d’un mois à compter de sa nomination, ne publie pas dans un
journal habilité à recevoir les annonces légales du lieu du siège social, l’acte le
nommant liquidateur et ne dépose pas au registre du commerce et du crédit
mobilier les décisions prononçant la dissolution ;
˗ ne convoque pas les associés, en fin de liquidation, pour statuer sur le compte
définitif de la liquidation, sur le quitus de sa gestion et la décharge de son
mandat et pour constater la clôture de la liquidation ;
˗ dans le cas prévu par l’article 219 de l’Acte uniforme relatif au droit des
sociétés commerciales et du groupement d’intérêt économique, ne dépose pas
ses comptes définitifs au greffe du tribunal chargé des affaires commerciales du
lieu du siège social, ni ne demande en justice l’approbation de ceux-ci.
L’Article 812-22 : en application de l’article 903 de l’Acte uniforme relatif au
droit des sociétés commerciales et du groupement d’intérêt économique, est puni
d’une peine d’emprisonnement de un an à cinq ans et d’une amende de un
million (1 000 000) à cinq millions (5 000 000) de francs CFA, lorsque la
liquidation intervient sur décision judiciaire, le liquidateur qui, sciemment :
- dans les six mois de sa nomination, ne présente pas un rapport sur la situation
active et passive de la société en liquidation, et sur la poursuite des opérations de
liquidation, ni ne sollicite les autorisations nécessaires pour les terminer ;
- dans les trois mois de la clôture de chaque exercice, n’établit pas les états
financiers de synthèse au vu de l’inventaire et un rapport écrit dans lequel
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 87
il rend compte des opérations de la liquidation au cours de l’exercice écoulé ;
- ne permet pas aux associés d’exercer, en période de liquidation, leur droit de
communication des documents sociaux dans les mêmes conditions
qu’antérieurement ;
- ne convoque pas les associés, au moins une fois par an, pour leur rendre
compte des états financiers de synthèse en cas de continuation de l’exploitation
sociale ;
- ne dépose pas à un compte ouvert dans une banque au nom de la société en
liquidation, dans le délai de quinze jours à compter de la décision de répartition,
les sommes affectées aux répartitions entre les associés et les créanciers ;
- ne dépose pas, sur un compte de consignation ouvert dans les écritures du
Trésor, dans le délai d’un an à compter de la clôture de la liquidation, les
sommes attribuées à des créanciers ou à des associés et non réclamées par eux.
L’Article 812-23 : en application de l’article 904 de l’Acte uniforme relatif au
droit des sociétés commerciales et du groupement d’intérêt économique, est puni
d’une peine d’emprisonnement de un an à cinq ans et d’une amende de deux
millions (2 000 000) à dix millions (10 000 000) de francs CFA, le liquidateur
qui, de mauvaise foi :
˗ fait des biens ou du crédit de la société en liquidation, un usage qu’il sait
contraire à l’intérêt de celle-ci, à des fins personnelles ou pour favoriser une
autre personne morale dans laquelle il est intéressé, directement ou
indirectement ;
˗ cède tout ou partie de l’actif de la société en liquidation à une personne ayant
eu dans la société la qualité d’associé en nom, de commandité, de gérant, de
membre du conseil d’administration, d’administrateur général ou de
commissaire aux comptes, sans avoir obtenu le consentement unanime des
associés ou, à défaut, l’autorisation de la juridiction compétente.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 88
H: Des peines applicables aux infractions en cas d’appel public à
l’épargne
L’Article 812-24 : en application de l’article 905 de l’Acte uniforme relatif au
droit des sociétés commerciales et du groupement d’intérêt économique, sont
punis d’une peine d’emprisonnement de trois mois à trois ans et d’une amende
de un million (1 000 000) à cinq millions (5 000 000) de francs CFA, les
présidents, les administrateurs ou les directeurs généraux de sociétés qui
émettent des valeurs mobilières offertes au public :
˗ sans insérer une notice dans un journal habilité à recevoir les annonces légales,
préalablement à toute mesure de publicité ;
˗ sans que les prospectus et circulaires reproduisent les énonciations de la notice
prévues au paragraphe ci-dessus et contiennent la mention de l’insertion de cette
notice au journal habilité à recevoir les annonces légales avec référence au
numéro dans lequel elle est publiée ;
˗ sans que les affiches et les annonces dans les journaux reproduisent les mêmes
énonciations ou tout au moins, un extrait de ces énonciations avec référence à
ladite notice, et indications du numéro du journal habilité à recevoir les
annonces légales dans lequel elle est publiée ;
˗ sans que les affiches, les prospectus et les circulaires mentionnent la signature
de la personne ou du représentant de la société dont l’offre émane et précisent si
les valeurs offertes sont cotées ou non et, dans l’affirmative, à quelle bourse.
Sont punies des peines prévues à l’alinéa 1, les personnes qui servent
d’intermédiaires à l’occasion de la cession de valeurs mobilières, sans qu’aient
été respectées les prescriptions énoncées au présent article.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 89
Paragraphe 4 : Des peines applicables aux infractions prévues par
l’acte uniforme portant organisation des procédures collectives
d’apurement du passif
A : Des peines applicables à la banqueroute simple et à la banqueroute
frauduleuse
L’Article 812-25 : en application de l’article 228 de l’Acte uniforme portant
organisation des procédures collectives d’apurement du passif, est coupable de
banqueroute simple et puni d’une peine d’emprisonnement de trois mois à trois
ans et d’une amende de deux cent cinquante mille (250 000) à un million (1 000
000) de francs CFA, toute personne physique en état de cessation des paiements
qui :
˗ contracte sans recevoir des valeurs en échange, des engagements jugés trop
importants eu égard à sa situation lorsqu’elle les contracte ;
˗ dans l’intention de retarder la constatation de la cessation de ses paiements, fait
des achats en vue d’une revente au-dessous du cours ou, dans la même intention,
emploie des moyens ruineux pour se procurer des fonds ;
˗ sans excuse légitime, ne fait pas au greffe de la juridiction compétente, la
déclaration de son état de cessation des paiements dans le délai de trente jours ;
˗ tient une comptabilité incomplète ou irrégulière ou ne la tient pas
conformément aux règles comptables et aux usages reconnus de la profession eu
égard à l’importance de l’entreprise ;
˗ ayant été déclarée deux fois en état de cessation des paiements dans un délai de
cinq ans, ces procédures sont clôturées pour insuffisance d’actif.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 90
L’Article 812-26 : en application de l’article 229 de l’Acte uniforme
portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif, est
coupable de banqueroute frauduleuse et puni d’une peine d’emprisonnement de
un à cinq ans et d’une amende de un million (1 000 000) à cinq millions (5 000
000) de francs CFA, toute personne physique qui, en cas de cessation des
paiements :
˗ soustrait sa comptabilité ;
˗ détourne ou dissipe tout ou partie de son actif ;
˗ se reconnait frauduleusement débitrice de sommes qu’elle ne devait pas soit
dans ses écritures, soit par des actes publiés ou des engagements sous seing
privé, soit dans son bilan ;
˗ exerce la profession commerciale contrairement à une interdiction prévue par
les Actes uniformes ou par la loi ;
˗ après la cessation de paiements, paye un créancier au préjudice de la masse ;
˗ stipule avec un créancier des avantages particuliers à raisons de son vote dans
les délibérations de la masse, ou fait avec un créancier un traité particulier
duquel il résulte pour ce dernier, un avantage à la charge de l’actif du débiteur à
partir du jour de la décision d’ouverture.
Est punie des peines prévues pour la banqueroute frauduleuse, toute personne
physique qui, à l’occasion d’une procédure de règlement judiciaire :
˗ de mauvaise foi, présente ou fait présenter un compte de résultats, un bilan, un
état de créances ou de dettes ou un état actif et passif des privilèges et sûretés,
inexact ou incomplet ;
˗ sans autorisation du président de la juridiction compétente, accomplit un des
actes interdits par l’article 11 de l’Acte uniforme organisant les procédures
collectives d’apurement du passif.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 91
L’Article 812-27 : en application de l’article 227 de l’Acte uniforme
portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif, les peines
prévues aux articles 812-25 et 812-26 ci-dessus sont applicables aux associés
des sociétés commerciales qui ont la qualité de commerçants. :
L’Article 812-28 : en application de l’article 230 de l’Acte uniforme portant
organisation des procédures collectives d’apurement du passif, les peines
prévues aux articles 812-29, 812-30 et 812-31 ci-dessous sont applicables aux
personnes physiques dirigeantes des personnes morales assujetties aux
procédures collectives et à leurs représentants permanents.
Les dirigeants visés au présent article s’entendent de tous les dirigeants de droit
ou de fait et d’une manière générale, de toutes personnes ayant directement ou
par personne interposée, administré, géré ou liquidé la personne morale sous le
couvert ou en lieu et place de ses représentants légaux.
L’Article 812-29 : en application de l’article 231 de l’Acte uniforme portant
organisation des procédures collectives d’apurement du passif, sont punis d’une
peine d’emprisonnement de un an à cinq ans et d’une amende de deux millions
(2 000 000) à dix millions (10 000 000) de francs CFA, les dirigeants visés à
l’article 812-28 ci-dessus qui, en cette qualité et de mauvaise foi :
˗ consomment des sommes appartenant à la personne morale en faisant des
opérations de pur hasard ou des opérations fictives ;
˗ font des achats en vue d’une revente au-dessous du cours ou emploient des
moyens ruineux pour se procurer des fonds, dans l’intention de retarder la
constatation de cessation des paiements de la personne morale ;
˗ payent ou font payer un créancier au préjudice de la masse après cessation des
paiements de la personne morale ;
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 92
˗ font contracter par la personne morale pour le compte d’autrui, sans qu’elle
reçoive des valeurs en échange, des engagements jugés trop importants eu égard
à sa situation lorsque ceux-ci ont été contractés ;
˗ tiennent, font tenir ou laissent tenir irrégulière ou incomplète la comptabilité de
la personne morale dans les conditions prévues à l’article 228-4 de l’Acte
uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif ;
˗ omettent de faire au greffe de la juridiction compétente, dans le délai de trente
jours, la déclaration de l’état de cessation des paiements de la personne morale ;
˗ détournent ou dissimulent, tentent de détourner ou de dissimuler une partie de
leurs biens ou se reconnaissent frauduleusement débiteurs de sommes qu’ils ne
doivent pas, en vue de soustraire tout ou partie de leur patrimoine aux poursuites
de la personne morale en état de cessation des paiements ou à celles des associés
ou des créanciers de la personne morale.
L’Article 812-30 : en application de l’article 232 de l’Acte uniforme portant
organisation des procédures collectives d’apurement du passif, sont coupables
de banqueroute simple et punis d’une peine d’emprisonnement de trois mois à
trois ans et d’une amende de un million (1 000 000) à cinq millions (5 000 000)
de francs CFA, les représentants légaux ou de fait des personnes morales
comportant des associés indéfiniment et solidairement responsables des dettes
de celles-ci qui, sans excuse légitime, ne font pas au greffe de la juridiction
compétente, la déclaration de l’état de cessation de paiements dans le délai de
trente jours ou si cette déclaration ne comporte pas la liste des associés
solidaires avec l’indication de leurs noms et domiciles.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 93
L’Article 812-31 : en application de l’article 233 de l’Acte uniforme
portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif, sont
punis d’une peine d’emprisonnement de un à cinq ans et d’une amende de deux
millions (2 000 000) à dix millions (10 000 000) de francs CFA, les dirigeants
visés à l’article 812-28 qui frauduleusement :
˗ soustraient les livres de la personne morale ;
˗ détournent ou dissimulent une partie de son actif ;
˗ reconnaissent la personne morale débitrice de sommes qu’elle ne doit pas, soit
dans les écritures, soit par des actes publics ou des engagements sous signature
privée, soit dans le bilan ;
˗ exercent la profession de dirigeant contrairement à une interdiction prévue par
les actes uniformes ou par la loi ;
˗ stipulent avec un créancier, au nom de la personne morale, des avantages
particuliers à raison de son vote dans les délibérations de la masse ou qui
concluent avec un créancier, une convention particulière de laquelle il résulte
pour ce dernier, un avantage à la charge de l’actif de la personne morale, à partir
du jour de la décision déclarant la cessation des paiements.
Sont punis des peines prévues à l’alinéa 1, les dirigeants visés à l’article 230 de
l’Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du
passif, qui à l’occasion d’une procédure de règlement préventif :
˗ de mauvaise foi, présentent ou font présenter un compte de résultats, un bilan,
un état de créances ou de dettes ou un état actif et passif des privilèges et
sûretés, inexact ou incomplet ;
˗ sans autorisation du président de la juridiction compétente, accomplissent un
des actes interdits par l’article 11 de l’Acte uniforme portant organisation des
procédures collectives d’apurement du passif.
L’Article 812-32 : Pour les infractions prévues à la présente section, la
juridiction saisie peut prononcer l’interdiction d’exercice de la profession pour
une durée qui ne peut excéder cinq ans.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 94
B : Des peines applicables aux infractions assimilées aux banqueroutes
L’Article 812-33 : en application de l’article 240 de l’Acte uniforme portant
organisation des procédures collectives d’apurement du passif, sont punies d’une
peine d’emprisonnement de un à cinq ans et d’une amende de un million (1 000
000) à cinq millions (5 000 000) de francs CFA :
˗ les personnes convaincues d’avoir, dans l’intérêt du débiteur, soustrait, recélé
ou dissimulé tout ou partie des biens meubles ou immeubles, sans préjudice de
l’application des dispositions pénales relatives à la complicité ;
˗ les personnes convaincues d’avoir frauduleusement produit dans la procédure
collective, soit en leur nom, soit par interposition ou supposition de personnes,
des créances supposées ;
˗ les personnes qui, faisant le commerce sous le nom d’autrui ou sous un nom
supposé, de mauvaise foi, détournent, dissimulent, tentent de détourner ou de
dissimuler une partie de leurs biens.
L’Article 812-34 : en application de l’article 241 de l’Acte uniforme portant
organisation des procédures collectives d’apurement du passif, sont punis d’une
peine d’emprisonnement de six mois à trois ans et d’une amende de deux cent
cinquante mille (250 000) à neuf cent mille (900 000) francs CFA, le conjoint,
les descendants, les ascendants ou les collatéraux du débiteur ou ses alliés
jusqu’au quatrième degré qui, à l’insu du débiteur, détournent, divertissent ou
recèlent des effets dépendant de l’actif du débiteur en état de cessation des
paiements, lorsque les infractions sont commises au préjudice d’un incapable.
L’Article 812-35 : en application de l’article 242 de l’Acte uniforme portant
organisation des procédures collectives d’apurement du passif, alors même qu’il
y aurait relaxe dans les cas prévus aux articles 240 et 241 dudit Acte, la
juridiction saisie statue sur les dommages-intérêts et sur la réintégration, dans le
patrimoine du débiteur, des biens, droits ou actions soustraites.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 95
L’Article 812-36 : en application de l’article 243 de l’Acte uniforme
portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif, est puni
d’une peine d’emprisonnement de un à cinq ans et d’une amende de deux
millions (2 000 000) à dix millions (10 000 000) de francs CFA, tout syndic
d’une procédure collective qui :
˗ exerce une activité personnelle sous le couvert de l’entreprise du débiteur
masquant ses agissements ;
˗ dispose du crédit ou des biens du débiteur comme des siens propres ;
˗ dissipe les biens du débiteur ;
˗ poursuit abusivement et de mauvaise foi, dans son intérêt personnel, soit
directement, soit indirectement, une exploitation déficitaire de l’entreprise du
débiteur ;
˗ se rend acquéreur pour son compte, directement ou indirectement, des biens du
débiteur, en violation de l’article 51 de l’Acte uniforme portant organisation des
procédures collectives d’apurement du passif.
L’Article 812-37 : en application de l’article 244 de l’Acte uniforme portant
organisation des procédures collectives d’apurement du passif, est puni d’une
peine d’emprisonnement de six mois à trois ans et d’une amende de deux cent
cinquante mille (250 000) à neuf cent mille (900 000) francs CFA, le créancier
qui :
˗ stipule avec le débiteur ou avec toute personne, des avantages particuliers à
raison de son vote dans les délibérations de la masse ;
˗ fait un traité particulier duquel il résulte en sa faveur, un avantage à la charge
de l’actif du débiteur à partir du jour de la décision d’ouverture de la procédure
collective.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 96
L’Article 812-38 : en application des dispositions de l’article 245 de
l’Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du
passif, les conventions prévues à l’article 244 dudit Acte uniforme sont, en
outre, déclarées nulles par la juridiction répressive, à l’égard de toutes
personnes, même du débiteur.
Le jugement ordonne en outre au créancier de rapporter, à qui de droit, les
sommes ou les valeurs qu’il a reçues en vertu de la convention annulée.
L’Article 812-39 : en application de l’article 246 de l’Acte uniforme portant
organisation des procédures collectives d’apurement du passif, sans préjudice
des dispositions relatives au casier judiciaire, toutes décisions de condamnation
rendues en vertu des dispositions de la présente section sont, aux frais des
condamnés, affichées et publiées dans un journal habilité à recevoir les annonces
légales ainsi que par extrait sommaire, au Journal officiel mentionnant le
numéro du journal d’annonces légales où la première insertion est publiée.
Paragraphe 5 : Des peines applicables aux infractions prévues par l’acte
uniforme portant organisation des procédures simplifiées de recouvrement
et des voies d’exécution
L’Article 812-40 : en application de l’article 36 alinéa 1 de l’Acte uniforme
portant organisation des procédures simplifiées de recouvrement et des voies
d’exécution, est puni d’une peine d’emprisonnement de un à cinq ans et d’une
amende de un million (1 000 000) à cinq millions (5 000 000) de francs CFA, le
débiteur saisi ou le tiers détenteur entre les mains de qui la saisie a été effectuée
qui ne représente pas les objets saisis alors qu’il en est réputé gardien.
L’Article 812-41 : en application des articles 64 alinéa 1-6e, 100-6e et 109-7e
de l’Acte uniforme portant organisation des procédures simplifiées de
recouvrement et des voies d’exécution, est puni d’une peine d’emprisonnement
de un à cinq ans et d’une amende de un million (1 000 000) à cinq millions (5
000 000) de franc CFA, le débiteur ou le tiers désigné qui, hors les cas prévus à
l’article 97 de l’Acte
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 97
uniforme ci-dessus énoncé, déplace ou aliène les biens saisis et placés sous
sa garde.
L’Article 812-42 : en application de l’article 128 de l’Acte uniforme portant
organisation des procédures simplifiées de recouvrement et voies d’exécution,
est puni d’une peine d’emprisonnement de un à six mois et d’une amende de
deux cent cinquante mille (250 000) à un million (1 000 000) de francs CFA le
commissaire-priseur ou tout autre auxiliaire de justice chargé de la vente qui
reçoit une somme au-dessus de l’enchère.
L’Article 812-43 : en application de l’article 231 alinéa 1, 5e de l’Acte
uniforme portant organisation des procédures simplifiées de recouvrement et
voies d’exécution, est puni d’une peine d’emprisonnement de un à cinq ans et
d’une amende de un million (1 000 000) à cinq millions (5 000 000) de francs
CFA, le détenteur qui, hors les cas prévus à l’article 103 dudit Acte, déplace ou
aliène les biens saisis et placés sous sa garde.
Paragraphe 6 : Des peines applicables aux infractions prévues par l’acte
uniforme relatif au droit comptable et à l’information financière
L’Article 812-44 : en application de l’article 111 de l’Acte uniforme portant
organisation et harmonisation des comptabilités des entreprises sont punis d’une
peine d’emprisonnement de trois mois à trois ans et d’une amende de un million
(1 000 000) à cinq millions (5 000 000) de francs CFA, les entrepreneurs
individuels et les dirigeants sociaux qui :
˗ pour chaque exercice social, ne dressent pas l’inventaire et n’établissent pas les
états financiers annuels ainsi que, le cas échéant, le rapport de gestion et le bilan
social ;
˗ sciemment établissent et communiquent des états financiers ne présentant pas
une image fidèle du patrimoine, de la situation financière et le résultat de
l’exercice.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 98
CHAPITRE III : LES INFRACTIONS RELATIVES AU PRIX ET AU
DROIT DE LA CONCURRENCE.
Le prix constitue l’un des éléments essentiels de la vente qui est parfaite dès que
les parties sont d’accord sur la chose vendue et sur le prix déterminé et désigné
par les parties. Les gouvernements, sur la foi des statistiques, veillent sur les
prix, les contrôlent ou les réglementent plus ou moins sévèrement suivant la
conjoncture économique et sociale. Ainsi, les dispositions sur les prix ont un
double visage. Elles favorisent la libre concurrence, en interdisant les pratiques
anticoncurrentielles ainsi que les pratiques qui portent atteinte à la loyauté dans
la concurrence.
SECTION I : LA REGLEMENTATION DES PRIX
La législation relative aux prix et aux droits de la concurrence est codifiée en
France dans l’ordonnance n°86-1243 du 1er décembre 1986 relative à la liberté
des prix et de la concurrence.
Cette ordonnance qui a abrogé les ordonnance n°45-1483 et n°45-1484 du 30
juin 1945 s’applique à toutes les activités de production, de distribution et de
service, y compris celles qui sont le fait de personnes publiques.
Au Burkina Faso, cette législation avait été codifiée dans les ordonnances n°74-
051 du 09 août 1974 et n°77-007 du 1er mars 1977 relatives à la constatation, à la
poursuite et la répression des infractions en matière des prix.
Mais la loi n°15-94/ADP du 5 mai 1994 portant organisation de la concurrence
au Burkina Faso est venue abroger ces ordonnances de 1974 et de 1977.
Cette nouvelle réglementation des prix et de la concurrence s’applique à tous les
produits et services.
Un produit s’entend de « toute chose matérielle résultant de l’activité humaine
qui l’a extraite de la nature ou transformée », quant aux services, ils sont
« toutes les manifestations de l’activité humaine qui servent à quelqu’un, sont
utilisés par lui de façon non gratuite pour en tirer un avantage ou un bénéfice
quelconque et constituent l’objet d’obligations ou d’opérations juridiques
portant sur les biens incorporels » (spectacle, voyage, transport, garage, contrat
de commission, coiffeur etc.)
En ce qui concerne les services offerts par les professions libérales (médecins,
dentiste, expert, architecte etc.…) ils n’échappent pas à la réglementation des
prix sauf lorsqu’ils font l’objet d’une réglementation spéciale (huissier, notaire,
commissaire priseur etc.…).
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 99
Paragraphe 1 - Le principe de la liberté des prix.
Selon l’article 1er de la loi n°15-94/ADP du 5 mai 1994, les prix des produits,
des biens et des services sont libres sur toute l’étendue du territoire, et
déterminés par le seul jeu de la concurrence loyale entre commerçant, industriels
et prestataires de services.
Toutefois, dans les secteurs d’activité économique ou dans les zones du territoire
où la concurrence par les prix est limitée en raison, soit de situation de
monopole, ou de difficultés durables d’approvisionnement, soit de dispositions
législatives ou réglementaires, un arrêté ministériel peut réglementer les prix.
De même, des mesures temporaires peuvent être adoptées contre des hausses
excessives des prix lorsqu’une situation de crise, des circonstances
exceptionnelles ou une situation anormale du marché dans un secteur
économique donné, les rendent nécessaires et ce pour une durée qui ne saurait
excéder six mois. En dépit de ce principe de la liberté des prix, il existe quelques
pratiques illicites de la concurrence.
Paragraphe 2 - Les infractions aux règles de la transparence du marché
Est qualifiée pratique illicite de la concurrence toute vente ou offre de vente de
produits, toute prestation de service ou offre de prestation de service à un prix
illicite. Est également qualifiée pratique illicite de la concurrence les reventes de
tout produit à un prix incluant une marge abusive par rapport au frais
effectivement pratiqués au même stade de la production, pour des produits
identiques, ou à défaut, similaires.
Le délit est non intentionnel et il est exclusif de toute notion de gain ou de perte.
La preuve du caractère illicite de la concurrence se fait par tous les moyens.
Ainsi, sont considérés comme pratique illicite de la concurrence :
1) La pratique de prix supérieur au prix limite déterminé par les règles
relatives au régime des prix et taxe.
2) La pratique de prix maintenu à son niveau précédent, alors qu’il a fait
l’objet d’une décision de diminution de prix.
3) La pratique de prix inférieur au prix impératif fixé par la réglementation
en vigueur.
4) La pratique de prix résultant de l’octroi à un revendeur d’une remise
inférieure à une remise minimale ou différente d’une remise impérative
lorsque celle-ci a été fixée par des textes réglementaires.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 100
Par contre, sont assimilés à la pratique illicite de la concurrence :
1) La mise en vente, avec utilisation de mesures autres que celles du système
métrique ou appareils non conformes à la réglementation du service des
poids et instruments de mesure.
2) Le fait de pratiquer des majorations discriminatoires de prix qui ne sont
pas justifiés par des augmentations correspondantes du prix de revient de
la fourniture ou du service.
3) Le fait de refuser de servir dans la mesure de ses disponibilités et dans les
conditions conformes aux usages commerciaux, aux demandes de
produits ou de prestation de service.
4) Le fait de subordonner la vente d’un produit, soit à l’achat concomitant,
par le client d’autres produits, soit à l’achat par le client d’une quantité
imposée. C’est la vente liée ou jumelée.
5) Le fait de limiter la vente de certains produits à certaines heures de la
journée alors que les entreprises ou les magasins restent ouverts pour la
vente des autres marchandises.
Paragraphe 3 - Les sanctions pénales :
Les infractions aux règles de la transparence du marché sont passibles d’une
amende de 50 000 F à 5 000 000 F et d’un emprisonnement de 6 jours à 6 mois
ou l’une de ces deux peines seulement (article 210 Cp.)
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 101
SECTION II : LES OBSTACLES A LA TRANSPARENCE DU MARCHE
OU LES REGLES APPLICABLES EN MATIERE DE CONCURRENCE.
Aux termes de la loi du 5 mai 1994, les pratiques anticoncurrentielles sont
prohibées lorsqu’elles tendent à limiter l’accès au marché ou le libre exercice de
la concurrence par d’autres entreprises, à faire obstacle à la fixation des prix par
le libre jeu du marché, en favorisant artificiellement leur baisse ou leur hausse, à
limiter ou contrôler la production, les débouchés, les investissements, ou les
progrès techniques, à répartir le marché ou les sources d’approvisionnement.
Paragraphe 1 - Les pratiques anticoncurrentielles
On distingue généralement deux cas de pratiques anticoncurrentielles, à savoir
les ententes et les abus de position dominante.
A- Les ententes
Selon l’article 5 de la loi du 5 mai 1994, on entend par entente « toutes formes
d’actions concertées, de conventions expresses ou tacites, ou de coalition ayant
pour objet ou pouvant avoir pour effet d’empêcher, de restreindre, ou de fausser
le jeu de la concurrence sur le marché ».
Les ententes ne sont donc interdites que lorsqu ‘elles sont de nature à fausser le
jeu normal de la concurrence. Il en est ainsi lorsque l’entente conduit à fermer le
marché à d’autres entreprises, ou si elle répartit le marché entre ses partenaires
ou encore si elle débouche sur une fixation de prix ou des tarifs.
B – Les abus de position dominante
Il y a position dominante lorsqu’une entreprise, par sa puissance économique,
est seul maître du marché. Ainsi, l’article 6 de la loi du 5 mai 1994 prohibe
l’exploitation abusive par une entreprise ou groupe d’entreprises, d’une position
dominante sur le marché intérieur ou une part substantielle de celui-ci, de l’état
de dépendance économique dans lequel se trouve à son égard, une entreprise
cliente ou fournisseur qui ne dispose pas de solution équivalente.
Lorsqu’il y a renforcement de la position dominante, le comportement ou les
pratiques de l’entreprise dominante peut faire obstacle au jeu de la concurrence
et devenir abusif. Ces abus peuvent consister en des refus de vente, en des
ventes liées, en des conditions de vente discriminatoires ou en des pratiques de
prix imposés ainsi que dans la rupture injustifiée de relation commerciales.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 102
Paragraphe 2 - Les pratiques restrictives de la concurrence
Certaines pratiques dont la liste figure à l’article 37 de la loi 5 mai 1994,
peuvent entraîner des restrictions de la transparence du marché. Il s’agit de la
non observation des règles de facturation, des ventes sauvages ou le para
commercialisme, et de la non observation des règles relatives à l’information du
consommateur.
A- La non observation des règles de facturation
La facture est un document établir par le vendeur pour l’acheteur dès la
réalisation de la vente ou de la prestation de service. Elle constitue la « carte
d’identité » de la marchandise vendue ou du service accompli. Elle comporte un
certain nombre d’informations importantes sur la vente ou la prestation de
service.
La délivrance de la facture est obligatoire lorsque les produits ou biens
achetés sont destinés à la vente ou lorsque le consommateur la réclame.
Malheureusement, la non observation de ces règles de facturation est une
pratique répandue dans le milieu d’affaires de notre pays. Cette pratique peut
cacher d’autres pratiques illicites telles que la pratique de prix illicites, la vente
des produits de la fraude ou des produits prohibés.
B - Les ventes sauvages ou le para commercialisme.
On qualifie de vente sauvage ou de para commercialisme, les actes que posent
les personnes occupant de façon anarchique les domaines publics de l’Etat et des
collectivités locales. Généralement ces personnes exercent le métier de
commerçant sans pour autant remplir les conditions exigées en la matière. De ce
fait, elles échappent aux obligations professionnelles des commerçants. Ainsi, la
plupart de tous ceux qui opèrent dans le secteur informel proposent des biens ou
ou des services sans les garanties de droit.
C - La non observation de règles relatives à l’information du
consommateur.
L’article 17 de la loi du 5 mai 1994 dispose que tout vendeur de produits, tout
prestataire de service, doit, par voie de marquage, d’étiquetage, d’affichage, ou
par tout autre procédé approprié, informer le consommateur sur les prix, les
limitations éventuelles de la responsabilité contractuelle, et les conditions
particulières de la vente et ce dans la langue officielle. Grâce à ces dispositions,
le consommateur peut avoir toutes les informations sur ce qu’il achète. Mais,
malheureusement, il se trouve que le défaut d’observation de ces règles constitue
le principe dans les milieux d’affaires burkinabé
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 103
Paragraphe 3 - Les sanctions pénales
En cas de délit d’entente ou d’abus de domination, les auteurs encourent une
peine d’emprisonnement de 2 mois à 2 ans et une amende de 1 000 000 F à
25 000 000 F ou l’une de ces deux peines seulement.
La juridiction saisie pourra en outre ordonner, aux frais du condamné, la
publication intégrale ou par extrait de la décision dans un ou plusieurs journaux
qu’elle désigne et son affichage dans les lieux qu’elle indique, ou prescrire
l’insertion du texte intégral de sa décision dans le rapport établi sur les
opérations de l’exercice par le gérant ou le conseil d’administration.
Les infractions aux règles de la transparence du marché, ainsi que les pratiques
restrictives de la concurrence sont, à l’exception de la publicité mensongère,
punies d’un emprisonnement de 6 jours à 6 mois et d’une amende de 5 000 F à
5 000 000 F ou de l’une de ces deux peine seulement.
Le tribunal peut en outre ordonner aux frais du condamné, la publication de la
décision dans les journaux qu’il désigne. De plus, le ministre chargé du
commerce peut procéder à l’arrêt immédiat de l’exercice de la profession à
l’occasion de laquelle l’infraction a été commise ou à l’évacuation du domaine
public irrégulièrement occupé à des fins commerciales.
La publicité mensongère ou trompeuse prévue à l’article 37al8 de la même loi
est passible d’une peine d’emprisonnement de 1 mois à 1 ans et d’une amende
de 50 000 F à 10 000 000 F ou de l’une de ces deux peines seulement.
L’administration peut, à titre de mesure conservatoire, ordonner la cessation de
la publicité en cause. L’annonceur pour le compte duquel la publicité est
diffusée est responsable à titre principal de l’infraction commise.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 104
CHAPITRE III : LA BANQUEROUTE
L’article 226 de l’acte uniforme du 10 avril 1998 portant organisation des
procédures collectives et d’apurement du passif énonce que les personnes
déclarées coupables de banqueroute et de délits assimilés à la banqueroute du
droit pénal en vigueur dans chaque Etat- partie.
Ainsi au Burkina Faso, les dispositions concernant le délit de banqueroute
figurent aux articles 494 à 505 du code pénal selon lequel il y a banqueroute
lorsqu’une personne, soit intentionnellement, accomplit des actes de nature à
nuire à ses créanciers. On rencontre alors plusieurs situations dans lesquelles il
peut y avoir banqueroute.
SECTION I : LES DIFFERENTS CAS DE BANQUEROUTE
D’une manière générale, les personnes susceptibles de se rendre coupables de
banqueroute sont aux termes de l’article 227 de l’acte uniforme ci-dessus cité et
de l’article 494 du code pénal, sont les commerçants, personnes physiques. Il
peut donc s’agir d’un commerçant, d’un représentant de personnes morales ou
d’une personne morale.
Il existe toutefois deux types de banqueroute, à savoir la banqueroute simple et
la banqueroute frauduleuse.
Paragraphe 1 - La banqueroute simple
Au regard du titre V de l’acte uniforme du 10 avril 1998 et des articles 494 et
suivants du code pénal, les cas de banqueroute simple paraissent nombreux et
variés. Pour notre part, une simplification s’avère nécessaire de même qu’on
pourrait s’interroger sur l’utilité pratique de la différence entre banqueroute
simple et banqueroute frauduleuse.
Ceci dit, pour l’ouverture des poursuites du chef de banqueroute simple, l’acte
uniforme suscité vise toute personne physique qui, étant en état de cessation de
paiement, se trouverait dans l’un des cinq cas suivant :
1) Avoir contracté sans recevoir des valeurs en échange, des engagements
jugés trop importants, eu égard à sa situation lorsqu’elle les a contractés.
2) Avoir, dans l’intention de retarder la constatation de la cessation de
paiement, soit fait des achats en vue d’une revente en dessous du cours,
soit employé, dans les mêmes conditions, des moyens ruineux pour se
procurer des fonds.
3) N’avoir pas fait au greffe de la juridiction compétente et sans excuse
légitime, la déclaration de son état de cessation de paiement dans le délai
de trente jours.
4) Avoir une comptabilité incomplète et irrégulièrement tenue ou n’avoir
tenu aucune comptabilité conforme aux règles comptables et aux usages
reconnus de la profession en égard à l’importance de l’entreprise.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 105
5) Avoir été déclaré deux fois en état de cessation de paiement dans
un délai de cinq ans, si ces procédures ont été clôturées pour insuffisance
d’actif.
Par ailleurs, les articles 495 et 496 du code pénal punissent des peines du
délit de banqueroute simple, tout commerçant en état de cessation de paiement,
qui :
1) par son train de vie, par des jeux ou des paris engage des dépenses jugées
excessives.
2) Dépense des sommes élèves dans des opérations de pur hasard ou dans
des opérations fictives de bourses ou sur marchandises.
3) Paie après cessation des ses paiements, un créancier au préjudice des
autres
4) Omet de tenir une comptabilité,
5) Exerce sa profession contrairement à une interdiction prévue par la loi
6) Omet de satisfaire aux obligations d’un concordat et est déclaré en faillite.
7) Omet de se présenter en personnes au syndic et dans les cas et les délais
fixés.
Il y a aussi banqueroute simple lorsque les dirigeants de droit ou de fait d’une
société en cessation de paiement organisent ou aggravent l’insolvabilité de cette
société ou qui, pour soustraire tout ou partie de leur patrimoine aux poursuites
de cette société, ou à celles des associés, ou créanciers sociaux, organisent leur
propre insolvabilité.
Paragraphe 2 - La banqueroute frauduleuse
Il y a banqueroute frauduleuse, toutes les fois qu’une personne physique ou un
commerçant, en état de cessation de paiement :
1) Soustrait sa comptabilité
2) détourne ou dissipe tout ou partie de son actif.
3) se reconnaît frauduleusement débiteur de sommes qu’il ne doit pas soit
dans ses écritures, soit par des actes publics ou des engagements sous
seing privé, soit dans ses bilans.
La rédaction des articles 228 et 229 de l’acte uniforme du 10 avril 1998 et des
articles 494 à 505 du code pénal, ne précise pas si l’ouverture d’une procédure
de redressement judiciaire est une condition préalable nécessaire à toute
poursuite pour banqueroute frauduleuse. En effet, au regard de l’article 230 de
l’acte uniforme on peut affirmer que cette condition préalable n’est pas exigée
dans la mesure où ce texte étend les infractions de banqueroute frauduleuse aux
personnes dirigeantes de personnes morales assujetties aux procédures
collectives. Or en France, aucune poursuite pour banqueroute ne peut être
envisagée indépendamment de l’ouverture d’une procédure de redressement
judiciaire.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 106
Par contre, les mêmes textes ci-dessus cités soumettent la poursuite pour
banqueroute frauduleuse à la constatation d’un état de cessation de paiement qui
peut être défini comme « l’impossibilité de faire face au passif exigible avec son
actif disponible ».
SECTION II : LA POURSUITE ET LA REPRESSION DES DELITS DE
BANQUEROUTE
Paragraphe 1 - Les peines applicables
Les articles 495 à 497 du code pénal punissent les auteurs de banqueroute
simple et les syndics de faillite qui se rendent coupable de malversations dans
leur gestion, d’un emprisonnement de 2 mois à 2 ans, tandis que les personnes
reconnues coupables de banqueroute frauduleuse encourent une peine
d’emprisonnement de 1 à 5 ans.
Quant aux conjoints, descendants ou ascendants du débiteur ou ses parents ou
alliés jusqu ‘au 4è degré inclusivement qui, sans avoir agi de complicité avec
l’auteur, détournent, divertissent ou recèlent une peine d’emprisonnement de 6
mois à 3 ans et une amende 150 000 F à 900 000 F ou l’une de ces deux peines
seulement.
Il en est de même en ce qui concerne les créanciers qui stipulent avec le
débiteur, ou avec toutes autres personnes, des avantages particuliers à raison de
leur vote dans les délibérations de la masse.
Au titre des peines complémentaires, la juridiction saisie pourra en outre
prononcer l’interdiction de l’exercice de la profession pour une durée qui ne
pourra excéder cinq ans et ordonner la publication de la décision dans un journal
au frais du condamné et son affichage dans des lieux qu’elle indique.
Paragraphe 2 - La particularité de la poursuite.
Depuis l’acte uniforme du 10 avril 1998, l’exercice de l’action publique suppose
une déclaration de cessation de paiement aux fins d’obtenir l’ouverture de
redressement judicaire ou de liquidation de biens quelle que soit la nature des
dettes. Cette déclaration doit être faite dans les trente jours de la cessation de
paiement et déposée au greffe du tribunal compétant.
La Juridiction répressive est saisie, soit sur la poursuite de ministère public, soit
sur la constitution de partie civile de l’administrateur, ou du commissaire aux
comptes, soit par voie de citation directe du syndic liquidateur.
Cours de Dr Koné Abdoul-Wahab 107
Toutefois, en dépit de la large ouverture de la saisine de la juridiction
répressive, on ne relève au niveau de la jurisprudence aucune décision relative à
la banqueroute.
Fin du cours