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Usinabilité Des Aciers Inoxydables: Christian TROMBERT

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Usinabilité des aciers inoxydables

par Christian TROMBERT


Docteur en métallurgie
Responsable section Usinabilité
Centre de recherche d’Ugine CRU

1. Usinabilité − Aspects généraux ............................................................ M 726 — 2


1.1 Définitions ..................................................................................................... — 2
1.2 Critères d’usinabilité .................................................................................... — 2
1.3 Caractérisations de l’usinabilité .................................................................. — 2
1.4 Modes de dégradation de l’outil ................................................................. — 3
2. Aciers inoxydables et usinabilité ......................................................... — 3
2.1 Rappel des différentes structures ............................................................... — 3
2.2 Influence des propriétés physiques ............................................................ — 3
2.2.1 Effet de la conductivité thermique ..................................................... — 3
2.2.2 Rôle du coefficient de dilatation......................................................... — 4
2.2.3 Influence du coefficient de frottement outil/copeau......................... — 4
2.3 Propriétés métallurgiques à froid ............................................................... — 4
2.3.1 Influence des caractéristiques mécaniques et de l’écrouissabilité . — 4
2.3.2 Influence de la taille de grain ............................................................. — 5
2.4 Propriétés métallurgiques à chaud ............................................................. — 5
2.5 Rôle des inclusions....................................................................................... — 6
2.5.1 Additions de soufre ............................................................................. — 6
2.5.2 Contrôle des oxydes............................................................................ — 6
2.5.3 Autres additions (plomb, tellure, sélénium)...................................... — 8
2.6 Conclusion : comparaison de l’usinabilité des différentes nuances ........ — 10
3. Évolution des outils ................................................................................. — 10
3.1 Adaptation des outils de coupe................................................................... — 10
4. Conclusion : des progrès continuels................................................... — 12

L e marché mondial des produits longs (billettes, fil machine, barres) en acier
inoxydable s’élève aujourd’hui à près de deux millions de tonnes. Plus de la
moitié de ces produits verront au cours de leur mise en forme au moins une
opération d’usinage. Cet usinage peut être limité, entre autre pour les pièces for-
gées, mais il est aussi parfois très important, c’est le cas des pièces mécani-
ques. Ainsi, dans le décolletage, les coûts d’usinage sont à l’origine de la plus
grande partie des coûts de revient des pièces finies et nous arrivons alors au
paradoxe suivant : l’usinabilité se situe parmi les propriétés les plus importan-
tes exigées des produits longs aciers inoxydables.
Cette usinabilité met en jeu plusieurs paramètres : bien sûr le matériau lui-
même, mais aussi la machine sur laquelle le matériau va être transformé, les
outils de coupe, le lubrifiant, pour ne citer que les paramètres les plus immé-
diats. Nous connaissons une évolution rapide de tous ces paramètres, en parti-
culier du matériau, à tel point que la mauvaise réputation des aciers inoxydables
en usinabilité devient de plus en plus injustifiée.
Nous rappellerons, dans une première partie, quelques définitions concernant
l’usinabilité, ses critères d’appréciations et les diverses techniques d’usinage.
Puis nous étudierons l’influence des propriétés physiques et métallurgiques du

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matériau sur son usinabilité, en prenant en compte les paramètres liés à la


matrice et le rôle des inclusions. Enfin, nous reviendrons sur les outils de coupe
pour montrer les perspectives nouvelles apportées par leur évolution rapide.

1. Usinabilité − Aspects 1.2 Critères d’usinabilité


généraux
Les critères pouvant permettre d’évaluer l’usinabilité d’un maté-
riau sont nombreux et dépendent non seulement du type d’opéra-
tion, mais aussi de l’objectif de l’usineur. Cette notion d’usinabilité
1.1 Définitions reste néanmoins toujours liée à la production au moindre coût.
Les principaux paramètres pris en compte lors de la caractérisa-
tion de l’usinabilité des aciers inoxydables sont :
L’usinabilité peut être définie comme l’aptitude d’un matériau à — la durée de vie des outils, éventuellement l’évolution de leurs
subir une mise en forme par enlèvement de matière. Les techniques usures au cours du temps ;
d’usinage sont nombreuses, la plupart pouvant être appliquées aux — les conditions de coupe ;
aciers inoxydables. Nous les diviserons en deux catégories : — les efforts de coupe et la puissance consommée par la coupe ;
— le fractionnement du copeau ;
■ Usinages par méthodes non traditionnelles — l’état de surface obtenu sur la pièce, dont la rugosité ;
Ces méthodes sont classées en fonction des mécanismes physi- — la tenue des cotes ;
ques mis en jeu : — la productivité, qui est liée à la plupart des paramètres ci-des-
sus cités.
— méthodes thermiques, utilisant : les faisceaux d’électron, le
plasma, le laser ;
— méthodes chimiques, entre autre la dissolution chimique, l’usi-
nage électrochimique ; 1.3 Caractérisations de l’usinabilité
— méthodes mécaniques, à savoir les jets liquides avec abrasifs,
les ultrasons. Nous l’avons vu au paragraphe précédent, il n’existe pas de cri-
tère universel pour caractériser l’usinabilité ; il en va bien sûr de
Ces méthodes restent très marginales pour les aciers inoxydables
même pour les essais.
de par leur faible productivité et leur difficulté de mise en œuvre.
Nous citerons ici les principaux essais dont sont issus les résultats
Il est cependant intéressant de noter qu’un certain nombre de ces qui sont présentés par la suite.
techniques peut venir en appoint des méthodes traditionnelles :
c’est le cas de l’usinage assisté par laser, par ultrasons, ou encore ■ Suivi d’usure et mort d’outils :
avec une lubrification à haute pression [1]. — en tournage avec des outils en acier-rapide : Mathon, essai de
tournage accéléré Ugine [2] ;
■ Usinages par outils coupants (méthodes traditionnelles) — en tournage avec des outils en carbure massif ou revêtu : suivi
de l’usure de l’outil (dépouille, cratère, entaille, ...) au cours du
Nous limiterons la suite de l’exposé à ces méthodes d’usinage,
temps pour des conditions de coupe données. L’essai Vb 30/0,3 avec
qui resteront pour longtemps encore le moyen privilégié d’usinage
carbures massifs illustre bien cette catégorie d’essais : vitesse pour
des aciers inoxydables.
laquelle l’outil aura une usure en dépouille de 0,30 mm après 30 min
L’enlèvement de matière par un outil coupant peut être obtenu par d’usinage (figure 2) ; l’essai Vb 15/0,15, dont il sera largement fait
diverses méthodes, principalement fonction des caractéristiques mention dans la suite consiste à déterminer la vitesse qui permet
géométriques de la pièce à réaliser : tournage, fraisage, filetage, d’obtenir 0,15 mm d’usure en dépouille sur un outil en carbure
perçage, alésage, taraudage, opérations de décolletage (chariotage, revêtu après 15 min de tournage ;
fonçage, tronçonnage, perçage, ... voir figure 1). — essais de longue durée en perçage : essais 50 trous.
■ Essais de fragmentation de copeaux :
Ils conduisent à un diagramme profondeur de passe/avance de
Fonçages bon fractionnement et pour une vitesse donnée [3].
des gorges
■ Mesure des efforts de coupe :
Tronçonnage Chariotage — détermination de zones optimales de fonctionnement (métho-
dologie mise au point par Stellram, producteur Suisse d’outils car-
bures, et testée sur des aciers inoxydables [4]) qui intègrent sur un
diagramme passe/avance les efforts spécifiques de coupe et les
Perçage observations faites lors du tournage (fragmentation, vibrations,
∅ 10 mm états de surface...) ; le choix de la vitesse se fait en réalisant une
(∅ 4 mm)
courbe effort/vitesse ; ces courbes présentent toujours une gamme
de vitesse dans laquelle les efforts sont à un minimum stable, il est
Figure 1 – Diverses opérations de décolletage donc préférable d’usiner dans cette gamme de vitesse ; les outils

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les quatre grandes familles : les austénitiques, les ferritiques, les


V b (mm) martensitiques et les austéno-ferritiques.
v3 v2
0,35 ■ Les austénitiques ont une structure cubique à faces centrées et
comportent généralement 18 % de chrome, 8 à 10 % de nickel et de
0,30 0,02 à 0,06 % de carbone. Le molybdène améliore leur résistance à
la corrosion.
0,25
Ces aciers sont hypertrempés à partir de 1 050 ou 1 100 oC afin
0,20 d’éviter la précipitation des carbures de chrome aux joints de grains.
v1
0,15 ■ Les ferritiques, de structure cubique centrée comprennent princi-
palement deux familles : les riches en chrome (25 % à 30 %) et les
0,10 17 % de chrome.
Ils subissent après laminage un recuit de normalisation qui leur
0,05
confère une ductilité maximale.
0,00
0 5 10 15 20 25 30 35 ■ Les martensitiques sont obtenus par trempe depuis l’état austé-
Temps (mn) nitique à chaud. Ils sont riches en carbone (0,1 à 0,4 % en général) et
a (mm) profondeur de passe figurent parmi les moins alliés (les plus courants ont 13 % de
f 0,25 mm / tr avance chrome, mais ils peuvent avoir 17 % de chrome avec du nickel).
Vitesses de coupe :
Ils sont principalement livrés à l’état traité (trempe puis revenu
v 1 200 m/min
v 2 220 m/min
pour améliorer la ductilité qui est très faible après la trempe) et à
v 3 250 m/min l’état adouci (décomposition par traitement thermique de la struc-
ture martensitique en ferrite + carbures qui leur confère une ducti-
Vb (mm) largeur de la zone d'usure en dépouille
lité plus grande).
Tournage carbure massif
Outil S1 X 7 - Stellram ■ Enfin, les austéno-ferritiques ont une structure mixte ferrite/aus-
ténite et sont chargés en éléments d’alliage : 22 à 25 % de chrome, 5
Figure 2 – Suivi de l’usure en dépouille au cours d’essais Vb 30/0,3.
à 6 % de nickel, 2 à 3 % de molybdène. Ils ont de bonnes propriétés
Nuance 1.4301
mécaniques et surtout une très bonne résistance à la corrosion.

auront les durées de vie les plus longues et les plus fiables dans les
zones de bon fonctionnement mises en évidence sur le diagramme ; 2.2 Influence des propriétés physiques
— essais de perçage de courte durée : mesure des efforts de per-
çage (couple, effort de pénétration) et détermination de courbes
efforts/vitesses.
Les propriétés physiques qui jouent un rôle important lors de
■ Compréhension des mécanismes de formation du copeau : l’usinage des aciers inoxydables sont la conductivité thermique, les
coefficients de frottement et les coefficients de dilatation.
Les essais dans ce domaine ne sont limités que par l’ingéniosité
des chercheurs et nous ne citerons que celui qui figure parmi les
plus connus : la coupe orthogonale interrompue (quick stop, [5]).
Couplée à la mesure d’efforts de coupe et à l’observation métallo- 2.2.1 Effet de la conductivité thermique
graphique du copeau, cet essai a apporté de nombreux renseigne-
ments, en particulier sur le rôle des inclusions (cf. § 2.5). Nous pouvons retenir que les sources de chaleur lors de la forma-
tion du copeau sont localisées dans les zones de cisaillement pri-
maire et de cisaillement secondaire (figure 3, issue de [6]) :
1.4 Modes de dégradation de l’outil Une conductivité thermique élevée évite un échauffement trop
important de la zone de coupe grâce à une bonne évacuation de la
chaleur produite à l’interface outil/copeau dans toute l’épaisseur du
Les mécanismes d’usures et la mesure des endommagements copeau.
occasionnés sont ceux présentés en détail au chapitre endommage-
ment des outils de coupe [11] c’est-à-dire pour les mécanismes :
l’adhésion, l’abrasion, la diffusion et l’écaillage.

Outil

2. Aciers inoxydables Copeau Dissipation par


frottement
et usinabilité
Zone de cisaillement
2.1 Rappel des différentes structures secondaire
Zone de cisaillement
primaire
Les différentes structures des aciers inoxydables ont des compor-
tements très différents vis-à-vis de l’usinage. Nous rappellerons ici Figure 3 – Distribution des sources de chaleur en coupe orthogonale

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Conductivité thermique Déformation vraie ε


(W. m–1. k –1) Rm (MPa) 0,25 0,5

2 000
32 X 10 Cr Ni 18 - 8
Austénitiques

29 X 5 Cr Ni 18 - 10 (AISI 304)
1 500
X 5 Cr Ni Mo17 - 12 - 2 (AISI 316)
Nuances
26 martensitiques
1 000 X 6 Cr 17 (AlSl 430) Ferritique
X 12 Cr 13 (AlSl 410)
23
Nuances X 20 Cr 13 (AlSl 420) Martensitiques
ferritiques Nuances
austénitiques 500
20
0 10 20 30 40 50 60 70
Taux d'écrouissage (%)
17
Figure 5 – Écrouissabilité des aciers inoxydables austénitiques,
ferritiques et martensitiques
14

particulier et conduit à des solutions bien spécifiques, que ce soit


11 dans l’amélioration des matériaux ou dans le choix des outils.
0 200 400 600 800 1 000
Température (°C)

Figure 4 – Conductivité thermique des aciers inoxydables 2.3 Propriétés métallurgiques à froid

Il s’avère que les aciers inoxydables présentent des conductivités La mauvaise conductivité des aciers inoxydables provoque un fort
thermiques beaucoup plus faibles que les aciers peu alliés (1,5 à gradient de température à l’intérieur même du copeau, d’autre part
3 fois plus faibles). Les austénitiques sont de loin les plus défavori- les températures varient énormément avec les conditions de coupe.
sés (figure 4), même si une augmentation de la température dimi- Il est donc nécessaire de prendre en compte non seulement les
nue leur handicap. Les martensitiques sont les moins pénalisés, propriétés à froid du matériau usiné, mais aussi les propriétés à
mais leur conductivité reste tout de même environ 1,5 fois plus fai- chaud. Ceci est d’autant plus vrai que les caractéristiques des aciers
bles que les aciers peu alliés. inoxydables évoluent beaucoup avec la température dans la gamme
Cette mauvaise conductivité a alors pour conséquences : rencontrée en usinage.
— des températures à l’interface outil/copeau élevées et des Nous commencerons à étudier l’influence des propriétés à froid,
efforts de coupe importants ; en particulier les caractéristiques mécaniques, l’écrouissabilité, la
taille de grain.
— une tendance à des conditions de déformation de type adiaba-
tique aux vitesses de coupe élevées, d’où une instabilité plastique ;
— une usure des outils par fatigue thermique et par diffusion plus 2.3.1 Influence des caractéristiques mécaniques
importante.
et de l’écrouissabilité

2.2.2 Rôle du coefficient de dilatation Nous distinguerons dans ce paragraphe les trois grandes familles
que sont les austénitiques, les martensitiques et les ferritiques, du
fait de caractéristiques et de comportements différents.
Les coefficients de dilatation élevés ont une influence directe sur
Les austénitiques ont, à l’état hypertrempé, une charge à rupture
la tenue des cotes et sur les déformations des pièces usinées. Ceci
relativement importante (typiquement 600 MPa) ainsi qu’un allon-
est tout particulièrement vrai pour les austénitiques pour lesquels le
gement à rupture relativement élevé (de l’ordre de 60 % avec une
cumul de températures de coupe élevées et de forts coefficients de
striction de 70 à 80 %). L’énergie de déformation à apporter lors de
dilatation peut poser des problèmes lorsqu’une grande précision
la coupe est donc élevée et de plus le copeau sera difficile à fraction-
d’usinage est exigée.
ner.
En outre, la limite d’élasticité croît très fortement avec l’écrouis-
2.2.3 Influence du coefficient sage (figure 5) pour atteindre des valeurs dépassant 1 500, voire
de frottement outil/copeau 2 000 MPa pour des taux de déformation de l’ordre de 50 %. L’usina-
bilité, jugée par des critères d’usures d’outils, d’efforts de coupe, ou
bien encore de conditions de coupe optimales, va alors se trouver
Les aciers inoxydables austénitiques ont des coefficients de frot- très largement dégradée (figure 6). Par contre, une augmentation de
tement élevés, ce qui a pour conséquence une usure rapide des la dureté ira plutôt dans le sens d’une amélioration de la fragmenta-
outils ainsi que des risques de collage qui vont conduire à des tion du copeau.
dégradations d’outil de type adhésion.
Les variations du taux d’écrouissage suite à des transformations à
En conséquence, les aciers inoxydables, et tout particulièrement froid (étirage par exemple) ou suite à des premières passes d’usi-
les austénitiques, ont des propriétés physiques qui les pénalisent nage avec des conditions de coupe mal adaptées vont alors faire
lors de l’usinage. Ceci rend l’usinage des aciers inoxydables très varier notablement l’usinabilité.

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Vitesse de coupe Vitesse de tournage


m/min (m /min)
75
74
30 73
72
71
70
69
68
25
67
66
65
64
63
20 62
0 5 10 15 20 25 30 61
60
Taux d'écrouissage (%)
560 580 600 620 640 660 680 700 720 740
Figure 6 – Influence de l’écrouissage sur l’usinabilité d’un acier R (MPa)
austénitique resulfuré X8CrNiS18-9 (1.4305) en tournage avec outil Essai Mathon outil en acier rapide
en acier rapide [5]
Acier X12 CrS13

Figure 8 – Influence de la dureté sur l’usinabilité de la nuance


martensitique
Vitesse optimale Effort de perçage
(m /min) (daN)

Le niveau de dureté et d’écrouissabilité est, à niveau de carbone


constant, lié aux traitements thermiques. Il est dangereux de tirer
Effort
des conclusions générales à partir de l’exemple de la nuance 1.4005.
40 400 L’augmentation de l’usinabilité avec la diminution de la dureté reste
vraie tant que cette dernière n’est pas accompagnée d’un change-
ment radical de structure. L’exemple de la nuance martensitique
1.4021 est tout à fait représentatif : l’état traité (Rm = 800 MPa, struc-
30 Vitesse ture martensitique) s’usine mieux que l’état adouci (Rm = 550 MPa,
structure ferrite + carbures), voir la comparaison des Vb 15/0,15 des
différentes nuances § 2.6 ([8]).

20 350
Les ferritiques aciers inoxydables présentent les caractéristiques
mécaniques les plus basses des aciers inoxydables, ainsi que
l’écrouissabilité la plus faible à l’état recuit.
0 1 2 3 4 Une augmentation de la dureté permettra pour cette famille une
Teneur en cuivre (% en masse) amélioration de la fragmentation du copeau qui est un des problè-
mes principaux de la famille. Cette augmentation détériorera cepen-
Acier inoxydable austénitique à 18 % Cr, 8 % Ni et 2 % Mo
dant l’usinabilité, mais dans une mesure moindre que pour les
Perçage avec foret en acier rapide
austénitiques.

Figure 7 – Influence du cuivre sur l’usinabilité d’un acier


austénitique (perçage d’acier rapide) 2.3.2 Influence de la taille de grain

Un acier inoxydable à grains grossiers est plus fragile qu’un acier


Les éléments d’alliages ont des influences diverses sur cette inoxydable à grains fins. Il n’est donc pas étonnant qu’une structure
écrouissabilité : à grains fins soit un facteur pénalisant pour l’enlèvement du métal.
— le carbone et l’azote l’augmentent ; En revanche, le grain fin conduira souvent à un meilleur aspect de
— le cuivre la diminue ; surface.
— Mn, Cr, Ni, Mo, Si n’exercent pas d’influence notable, tant
qu’ils ne modifient pas la quantité d’austénite susceptible d’être
transformée en martensite ou la quantité de ferrite delta de la
nuance.
2.4 Propriétés métallurgiques à chaud
La figure 7 montre l’effet bénéfique de l’addition de cuivre dans
un acier austénitique lors d’une opération de perçage avec un foret Les vitesses de déformation ainsi que les températures qui préva-
en acier rapide. L’effet est ressenti à la fois sur les efforts de pénétra- lent dans les zones les plus chaudes du copeau se situent dans le
tion du foret et sur les vitesses de coupe optimales [7]. domaine du corroyage (déformation plastique) à chaud. Il faut donc
Les aciers inoxydables martensitiques sont réputés pour leurs tenir compte :
caractéristiques mécaniques élevées. La relation dureté-usinabilité — des changements de phase : formation d’austénite dans les
de ces aciers est représentée par les essais effectués sur une nuance aciers martensitiques et les ferritiques non stabilisés, à interstitiels
EN 1.4005 (figure 8). élevés ;

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2.5.1 Additions de soufre


Effort axial
(N)
L’addition de soufre est certainement la voie d’amélioration de
l’usinabilité la plus utilisée. Le soufre conduit dans les aciers inoxy-
dables à la formation de sulfures, généralement de manganèse,
3 000
légèrement substitués en chrome. La présence de ces sulfures a
malheureusement l’inconvénient de dégrader la résistance à la cor-
rosion, ainsi que la soudabilité et les propriétés de déformation à
chaud et à froid.
Trois niveaux de soufre sont normalisés selon le compromis des
propriétés jugées importantes :
— les nuances de décolletage, pour lesquelles l’usinabilité est pri-
mordiale. La teneur en soufre de ces nuances est supérieure à 0,2 et
peut atteindre 0,35 %, nous retrouvons ces nuances resulfurées
dans les trois grandes familles : par exemple, nous avons le
X12CrS13 (EN 1.4005) en aciers martensitiques, le X6CrMoS17
0
(EN 1.4105) en ferritique et le X8CrNiS18-09 (EN 1.4305) en
1 2
Mo (% en masse)
austénitique ;
— les nuances standard, dont le maximum est fixé à 0,03 % de
soufre ; pour garder une usinabilité correcte, la teneur en soufre est
Conditions de coupe :
comprise entre 0,020 et 0,030 % ;
– sans avant trou ; – N : 220 tr/min — les nuances à basses teneurs en soufre pour marchés particu-
– avec lubrification ; – a : 0,16 mm/tr liers (S < 0,010 %) ; l’usinabilité de ces nuances reste alors relative-
ment médiocre, encore que la voie du contrôle des oxydes ait
permis d’apporter une amélioration.
Figure 9 – Influence de la teneur en molybdène sur l’usinabilité Les mécanismes d’action des sulfures ont été compris grâce à des
d’un acier inoxydable austénitique (essais de perçage en acier rapide) examens fins des outils et des copeaux, en particulier sur les essais
de coupe interrompue ([9]).
Tout d’abord, les sulfures présents dans le métal vont former un
— du rôle des éléments d’addition à chaud différents, ce qui sera film lubrifiant à l’interface outil/copeau. Ce film va permettre une
vu dans la suite. diminution du frottement du copeau sur l’outil et de son échauffe-
ment, donc une augmentation de sa durée de vie. La présence de ce
Les caractéristiques mécaniques de la ferrite chutent rapidement, film lors de l’usinage est mise en évidence lors de l’examen des
et plus vite que celle de l’austénite, avec l’augmentation de la tem- outils au microscope électronique à balayage couplé à une analyse
pérature. L’écart d’usinabilité entre ces deux nuances s’en trouve par RX : nous décelons (figure 10) au fond de l’usure en cratère
donc creusé, les ferritiques ayant l’avantage. d’une plaquette carbure, ayant servi en tournage, la présence des
éléments Mn et S.
Dans les aciers inoxydables austénitiques, le molybdène va
accroître très fortement la contrainte d’écoulement à chaud et par D’autre part, la présence des sulfures va améliorer très significati-
vement le fractionnement du copeau, problème crucial pour les
conséquent détériorer l’usinabilité. Cela est illustré par les essais de
aciers inoxydables. Les examens métallographiques de copeaux
perçage présentés figure 9 : nous assistons à une augmentation de
issus de l’essai de coupe interrompue mettent en évidence
l’effort de pénétration avec l’accroissement de la teneur en molyb-
l’allongement des sulfures dans la zone de cisaillement entre le
dène entre 0 et 2 %. métal et le copeau ainsi que dans la zone de frottement copeau/outil
(figure 11).
Le carbone et l’azote vont conserver un effet durcissant à haute
température, d’où une aggravation de l’usure des outils. Ces sulfures allongés vont favoriser le bon fractionnement du
copeau. Cet état de fait est très bien illustré par la comparaison des
Les aciers inoxydables martensitiques ont un comportement diagrammes de fractionnement d’un acier AISI 304 [X5CrNi18-10
intermédiaire entre ces deux familles : dans le domaine intercriti- (EN 1.4301)] et d’un AISI 303 [X8CrNiS18-09 (EN 1.4305)]
que, on retrouve des effets analogues à ceux rencontrés dans les (figure 12).
aciers ferritiques, tandis qu’aux températures plus élevées, on La figure 13 montre l’amélioration de l’usinabilité, appréciée par
retrouve les effets décrits pour les aciers austénitiques. le test Vb15/0,15, en fonction de la teneur en soufre.

2.5.2 Contrôle des oxydes


2.5 Rôle des inclusions
L’amélioration de l’usinabilité par la voie soufre a des inconvé-
nients majeurs, en particulier au niveau de la résistance à la corro-
sion, de la soudabilité et de la déformabilité à chaud comme à froid.
Aucun des paramètres étudiés dans les paragraphes précédents
ne tient compte des inclusions. Or, ces inclusions sont bien un des Il a alors fallu trouver une nouvelle voie d’amélioration de l’usina-
paramètres les plus importants pour améliorer l’usinabilité des bilité exempte de tous ces inconvénients, ce qui a été réalisé grâce
aciers inoxydables. au contrôle des inclusions d’oxydes.
Les inclusions d’oxydes de type alumine et chromite, « naturel-
Nous examinerons donc successivement l’influence de l’ajout de lement » obtenues dans les aciers inoxydables, sont dures et néfas-
soufre, qui fait partie des moyens classiques et éprouvés, puis du tes à l’usinabilité. Elles ont en effet un caractère abrasif qui va con-
contrôle des oxydes, et enfin des autres additions, qui restent mar- duire à des usures rapides des outils de coupe. À l’inverse, un ajout
ginales à cause de leurs inconvénients majeurs. de calcium conjugué à un contrôle précis de l’élaboration permet-

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x 8 CrNiS 18 – 9
Figure 10 – Examen MEB et analyse EDX du cratère sur outil carbure après tournage d’un acier austénitique

4
Profondeur de passe
Cisaillement primaire (mm)

Cisaillement secondaire
0
0 0,1 0,2
Avance (mm/ tour)
a acier austénitique type 304 [X5 CrNi 18 – 10 (1.4301)] avec S = 0,025 %
a AISI 304 : S = 0,025 %

Profondeur de passe
(mm)
3

0
0 0,1 0,2
b acier austénitique type 303 [X8 CrNi S18 – 9 (1.4305)] avec S = 0,30 % Avance (mm/ tour)
b AISI 303 : S = 0,300 %
Vitesse de coupe 180 m/min
Vitesse de coupe 180 m /min
Figure 11 – Essai de coupe interrompue : examens micrographiques
Figure 12 – Diagrammes de fragmentation de copeau
du copeau

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Vb 15/ 0,15 (m/min)


400
AISI 303 Oxyde globulaire
350
300
250 AISI 304
304 bas soufre
200

150
2 4 6 8 2 4 6 8
1 10 100 300 1 000
lg S

Sur l'axe des abscisses, la teneur en soufre est exprimée en 10–3 %

Figure 13 – Usinabilité en fonction de la teneur en soufre

tent de remplacer les inclusions dures par des oxydes à basse tem-
pérature de fusion du diagramme ternaire CaO—Al2O3—SiO2.
Ugine-Savoie a développé un savoir-faire très pointu en la
matière grâce à ses efforts de recherches. Cela a conduit à la mise au
point de nuances inoxydables « à oxydes contrôlés », maintenant a X5 CrNi 18 – 10
réputées sous le nom de nuances UGIMA.
Tout d’abord, ces oxydes ont des propriétés leur permettant de se
déformer lors de la coupe et s’allonger dans les zones de cisaille- Allongement des oxydes
ment du copeau et de frottement entre le métal et l’outil [10]. Ce
phénomène est très bien illustré par l’observation métallographique
de copeaux d’acier AISI 304 (EN 1.4301). La figure 14 compare les
examens des copeaux obtenus sur un AISI 304 standard et sur un
AISI 304 à oxydes contrôlés. Les oxydes sont les parties les plus fon-
cées du copeau.
Il faut noter la meilleure régularité de la distance entre les bandes
de cisaillement sur l’acier ayant subi l’élaboration avec un contrôle
de la nature des oxydes. Nous aurons donc une amélioration de la
fragmentation des copeaux, ce qui est confirmé par les diagrammes
présentés sur la figure 15.
De plus, l’examen au microscope électronique à balayage du cra-
tère des outils montre la présence d’un film dont la nature a été ana-
lysée grâce aux RX : il contient d’une part les classiques MnS, mais
aussi des oxydes riches en Ca, Al, Si (figure 16).
Ceci confirme la formation d’un film d’oxydes lubrifiant l’outil de
coupe, ce qui va permettre de diminuer ses usures. La figure 17
illustre bien ce propos : les usures d’un outil en carbure revêtu sont
diminuées de 20 à 30 % lorsqu’on passe d’un AISI 316L (EN 1.4404) b X5 CrNi 18 – 10 à oxydes contrôlés
standard à un AISI 316L à usinabilité améliorée. Les essais montrent
également que la vitesse de coupe peut être augmentée de 20 à Vitesse de coupe 180 m /min
30 % lorsqu’on passe d’une version standard à une version à oxydes
contrôlés, sans pour autant dégrader l’usure des outils. Figure 14 – Examens métallographiques de copeaux nuance
Le mécanisme d’action de ces oxydes est donc très semblable à X5CrNi18-10 (1.4301) et de la même nuance à oxydes controlés
celle des sulfures. Cependant, ces inclusions d’oxydes ont une tem-
pérature de fusion nettement plus élevée que les sulfures et ils ne
sont réellement malléables qu’à des températures relativement éle- soufre standard et contenant environ 3 % de cuivre, d’atteindre un
vées ou lors de déformations à grande vitesse. Ils ne joueront donc Vb15/0,15 de 320 m/min.
parfaitement leur rôle que lorsque les températures de coupe ou les
vitesses de déformation seront suffisamment hautes. L’usinage avec
des outils en carbure remplit bien cette condition. Dans le cas des 2.5.3 Autres additions (plomb, tellure, sélénium)
outils en aciers rapides, nous bénéficierons mieux des effets des
oxydes lorsque les conditions d’usinage seront relativement sévè- D’autres éléments ont été ajoutés aux aciers pour en améliorer
res [perçage avec de fortes avances par exemple (figure 18)]. l’usinabilité, mais souvent au prix d’une détérioration catastrophi-
La figure 19 présente le gain en usinabilité, donné par le Vb15/ que d’autres propriétés.
0,15, pour des aciers inoxydables austénitiques avec différentes
■ Le plomb, insoluble dans l’acier, apparaît sous forme de nodules
teneurs en soufre. Le gain est plus important sur les versions resul-
sphériques, même après corroyage. Il a des mécanismes d’action
furées. Le soufre permet en effet d’atteindre des vitesses élevées,
assez semblables aux sulfures, ayant lui aussi une basse tempéra-
d’où un gain plus important apporté par les oxydes malléables.
ture de fusion. Son addition dans les nuances sulfurées permet un
Dans le même esprit, nous avons constaté une synergie entre gain supplémentaire en usinabilité. Malheureusement, il a des
l’effet du cuivre et l’effet UGIMA, qui permet à une nuance à inconvénients rédhibitoires :

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Effet des oxydes

Profondeur de passe Profondeur de passe


(mm) (mm)

4 4

3 3

2 2

1 1

0 0
0 0,1 0,2 0 0,1 0,2
Avance (mm/ tour) Avance (mm/ tour)

a AISI 304 standard (X 5 CrNi 18 – 10) b AISI 304 à oxydes contrôlés (X 5 CrNi 18 – 10 à oxydes contrôlés)

Figure 15 – Diagrammes de fractionnement de la nuance X5CrNi18-10 standard et à oxydes contrôlés : effet des oxydes

Figure 16 – Examen MEB et analyse EDX du cratère d’un outil ayant usiné un acier X5CrNi18-10 à oxydes contrôlés :
mise en évidence des films de sulfures et d’oxydes

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Usure (mm) Cratérisation (µm) Vb 15/0,15 (m/min)


550
303 UGIMA
500
450

0,30 400
300 AISI 303
316 L 350
Standard 300 304 Bas soufre 304 UGIMA
UGIMA
0,20 200 316 L 250
316 L Standard 200 AISI 304
Oxydes 304 Bas soufre
contrôlés 150
0,10 100 25 300
1 10 100 1 000
316 L lg S
Oxydes
contrôlés Standard UGIMA
0 10
10 20 30 20 30
Temps (min) Temps (min) Sur l'axe des abcisses la teneur en soufre est exprimée en 10 –3%

AlSI 316 L = Acier X2 Cr Ni Mo 17 – 12 – 2 (1.4404) Figure 19 – Amélioration de l’usinabilité apportée par les oxydes
contrôlés en fonction de la teneur en soufre
Figure 17 – Comparaison des usures d’outils en acier austénitique
standard ou à oxydes contrôlés : essais de tournage carbure
res de manganèse. Par contre, il détériore la forgeabilité presque
autant que le plomb dans les aciers inoxydables, ce qui a conduit à
l’abandonner au profit du sélénium.
Effort de pénétration
(kN) ■ Le sélénium a une action proche de celle du soufre. Il forme avec
6 le manganèse un composé MnSe qui est totalement miscible, à
l’état solide, avec le sulfure MnS qu’il a la propriété de globuliser. Il
améliore ainsi les propriétés en sens travers des nuances resulfu-
rées. Vu son prix élevé, il est seulement utilisé en complément du
5 soufre. De plus, sa toxicité est un inconvénient majeur qui limite
drastiquement son utilisation en aciérie.
Avance
316 L 0,19 mm/tr
4
2.6 Conclusion : comparaison
de l’usinabilité
3
316 L des différentes nuances
à oxydes Avance
contrôlés 0,08 mm/tr
La figure 20 compare les résultats des essais Vb15/0,15 de diffé-
2 rentes nuances dans les trois principales familles. Les nuances
UGIMA sont les variantes à oxydes contrôlés produites par Ugine-
316 L à Savoie. Nous retrouvons dans ce tableau de nombreux éléments
oxydes contrôlés évoqués aux paragraphes précédents : influence de la structure,
1 effet du molybdène, du soufre et des oxydes contrôlés...

0
0 10 20 30 40 3. Évolution des outils
Vitesse de coupe (m/min)

AlSl 316 L = Acier X 2 Cr Ni Mo 17 – 12 – 2 (1.4404)


3.1 Adaptation des outils de coupe
Figure 18 – Comparaison des efforts de pénétration lors du perçage
d’aciers austénitiques standard et à oxydes contrôlés
Nous ne ferons ici qu’un tour rapide des outils existants et de
leurs performances relatives.
— il dégrade de manière catastrophique la forgeabilité à chaud et
rend très difficile le laminage et le forgeage ; ■ Les aciers rapides
— le recyclage des aciers inoxydables risque d’en introduire éga- Ce sont historiquement les plus anciens. Ils ont l’avantage d’être
lement dans les nuances où il n’est pas souhaité ; réaffutables. Ils ne tolèrent pas des vitesses de coupes élevées et
— enfin, il est très toxique. perdent du terrain face aux carbures, même si des applications
récentes avec revêtements ont été développées. Ces revêtements
Pour toutes ces raisons, cette voie a été abandonnée par la plupart ont des efficacités variables et posent surtout le problème de leur
des producteurs. disparition au premier réaffutage.
■ Le tellure est utilisé couramment dans les aciers de construc- Ces outils sont aujourd’hui principalement utilisés pour les opéra-
tion. Il a la propriété de globuliser de manière très efficace les sulfu- tions difficiles telles que le taraudage, le brochage et le perçage fin.

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X 12 Cr S 13
X 20 Cr 13 (1.4021) traité Martensitiques
X 20 Cr 13 (1.4021) adouci
Martensitiques

X 6 Cr Mo S 17 (1.4105) Ferritiques
X 6 Cr 17 (1.4016) Ferritiques

X 6 Cr Ni Cu S 18-9-2 (1.4570) UGIMA


X 8 Cr Ni S 18-9 (1.4305) UGIMA
X 8 Cr Ni S 18-9 (1.4305)
X 2 Cr Ni Mo 17-12-2 (1.4404) UGIMA
X 2 Cr Ni Mo 17-12-2 (1.4404)
X 5 Cr Ni Mo 17-12-2 (1.4401) UGIMA
X 5 Cr Ni Mo 17-12-2 (1.4401)
Austénitiques
X 3 Cr Ni Cu 18-9-4 (1.4567) UGIMA
X 3 Cr Ni Cu 18-9-4 (1.4567) Austénitiques
X 2 Cr Ni 18-9 (1.4307) UGIMA
X 2 Cr Ni 18-9 (1.4307)
X 5 Cr Ni 18-10 (1.4301) UGIMA
X 5 Cr Ni 18-10 (1.4301)

0 100 200 300 400 500 600 700 800


Vb 15/ 0,15 (m/min)

Figure 20 – Comparaison de l’usinabilité des nuances les plus courantes d’aciers inoxydables

■ Les carbures
Vitesse de coupe
Ce sont des outils actuellement très utilisés. Ils sont essentielle- (m/min)
ment constitués de carbures de tungstène, de carbure de titane, de Ca
rb
tantale ou de niobium et d’un liant qui est généralement le cobalt. La 300 ur
e
variation des proportions des différents éléments d’alliage peut leur re

donner des propriétés très différentes en dureté et tenacité. Toute la Ca tu
rb
ur Ti
difficulté réside pour l’usineur dans le bon choix du compromis eP c-T
20 iN
dureté/tenacité, qui doit dépendre du matériau usiné ainsi que de
250
l’opération d’usinage.
La classification internationale ISO définit les classes de carbures
AISI 303
selon le compromis résistance à l’usure/résistance aux chocs, ces
deux propriétés étant antinomiques.
Ces carbures permettent d’accéder à des vitesses de coupe tout à 200
fait raisonnables. 10 20 30 40 50 70 90
En outre, le développement de géométries de plaquettes adap- Temps (min)
tées aux aciers inoxydables a permis de faire de gros progrès dans Figure 21 – Comparaison des droites de Taylor obtenues sur un acier
la maîtrise du copeau. X8CrNiS18-9 avec un outil en carbure et en carbure revêtu de TiC-TiN
■ Les carbures revêtus
Les progrès dans ce domaine ont été spectaculaires pendant les
dernières années. Les revêtements les plus courants sont : revêtement TiC-TiN lors du tournage d’aciers inoxydables. À noter,
— le nitrure de titane, réputé pour sa résistance à l’abrasion, il est qu’avec ces plaquettes, l’usure en cratère est quasi nulle.
souvent utilisé en dernière couche ;
■ Les cermets et les céramiques
— le carbure de titane, qui présente une bonne adhérence avec le
substrat, mais a le défaut d’être fragile ; Les cermets (TiC, TiN) massifs se sont avérés très bien adaptés au
— l’alumine, souvent utilisée en couche intermédiaire comme tournage en finition des aciers inoxydables. Ils se différencient des
barrière de chaleur. carbures revêtus par l’obtention d’états de surfaces remarquables à
Les gains pour la coupe des aciers inoxydables ont été très impor- de fortes vitesses de coupe. Ils restent cependant encore trop fragi-
tants grâce à ces carbures. Cependant, ils sont à utiliser avec précau- les pour être utilisés en ébauche.
tion dans la mesure où leurs performances sont très largement Les céramiques ont connu un développement qui est resté très
dépendantes du métal usiné, ce qui a conduit à la notion de couple marginal pour les aciers inoxydables. Elles permettent cependant
outil/matière. des gains qui peuvent être spectaculaires dans le cas des nuances
En ce qui concerne les aciers inoxydables, les meilleurs résultats d’aciers inoxydables difficiles à usiner, en particulier les aciers
semblent aujourd’hui être obtenus avec les revêtements TiN en cou- inoxydables réfractaires ou les martensitiques à durcissement struc-
che extérieure. La figure 21 donne une idée du gain apporté par un tural.

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4. Conclusion : meilleure maîtrise du copeau, l’amélioration des substrats et des


revêtements assure l’emploi de ces outils à des vitesses élevées.
des progrès continuels Enfin, aux voies traditionnelles d’amélioration de l’usinabilité,
vient s’ajouter le contrôle des oxydes. Cette nouvelle voie a
l’énorme avantage de ne dégrader aucune des autres propriétés du
matériau et d’être synergique avec la voie traditionnelle d’addition
Nous l’avons vu, tous les paramètres intervenant lors de la coupe
de soufre.
connaissent aujourd’hui une évolution rapide.
Son efficacité est d’autant meilleure que les vitesses de coupe
D’une part, les machines permettent d’atteindre des vitesses de seront élevées, ce qui sera de plus en plus pratiqué vue l’évolution
coupe élevées tout en intégrant de plus en plus de fonctionnalités et des machines et des outils.
en réduisant les temps morts grâce aux commandes numériques. Le savoir-faire d’Ugine-Savoie, traduit dans le procédé et les
D’autre part, les outils en carbure connaissent un développement nuances UGIMA est lui aussi en permanence amélioré et étendu.
important, avec des performances en permanence améliorées. Les Ainsi, ces nuances UGIMA ont connu et continuent à suivre un
progrès dans les géométries de brise-copeaux permettent une fort développement.

Bibliographie

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