Analyse des lois-cadres environnementales RDC
Analyse des lois-cadres environnementales RDC
avec
Le présent document a été préparé grâce au soutien financier du Programme des Nations
Unies pour l’Environnement (PNUE).
Table des matières
Introduction ................................................................................................................................. 9
Annexe I : Exemples de mesures juridiques imprécises ou équivoques tirées des deux projets de loi-
cadre .......................................................................................................................................... 50
Annexe II : Comparaison des deux projets en matière de gestion des déchets ................................ 52
Annexe III : Principes pour la mise en œuvre d‘une législation sur les biotechnologies (analyse
détaillée du projet parlementaire) ............................................................................................... 57
Annexe V : Analyse détaillée des dispositions sur les évaluations environnementales et les
installations classées contenues dans les deux projets de loi-cadre environnementale.................... 61
Contexte
L’objectif affiché de la présente analyse est d’accompagner ces acteurs vers l’adoption d’un
projet de loi-cadre environnementale abouti, complet et satisfaisant, sans se perdre dans les
détails, et en captant toute les dimensions de la question. Cette analyse comparative vise à
rappeler les conditions de fond, de forme et de procédure s’appliquant aux lois-cadres
environnementales, ainsi que les enjeux pratiques et les questions à traiter tout en procédant
à l’analyse et à la comparaison des deux projets.
En dépit du fait qu´il n´existe pas de loi-cadre environnementale type, on peut tout de même
définir les objectifs généraux de cet instrument spécifique. Une loi-cadre environnementale
est un outil juridique qui va fixer les grandes lignes encadrant le droit de l´environnement
d´un pays. Elle va notamment organiser les principes généraux de la gestion de
l´environnement, les institutions et le rôle des acteurs environnementaux dans la mise en
œuvre de la politique environnementale ainsi que les mécanismes de protection de
l´environnement. La plupart du temps, il s´agit d´un texte à la portée normative générale,
auquel vont venir s´ajouter des législations sectorielles. Seules ces dernières vont alors
mettre en œuvre des normes juridiques détaillées. En effet, une loi-cadre environnementale
n´a pas pour vocation de règlementer précisément tous les aspects de l´environnement. Elle
1
Emmanuel G. Moutondo, « Les lois-cadres environnementales dans les pays francophones
d´Afrique », in Aspects contemporains du droit de l´environnement en Afrique de l´ouest et centrale,
ouvrage coordonné par Laurent Granier, UICN, Droit et politique de l´environnement, n°69, 2008, P.
58.
Enfin, le respect de la norme supérieure ne doit pas être négligé lors de l´élaboration de la
loi-cadre environnementale. Cette dernière doit respecter les principes et normes
constitutionnelles, notamment le partage des compétences entre le pouvoir législatif et
exécutif opéré par la Constitution. La loi-cadre doit être avant tout un instrument de
référence.
Les deux projets sont assez identiques dans leur structure. Ils fixent tous deux des objectifs
généraux de conservation de l´environnement, encadrent l´interprétation des dispositions en
définissant les termes qu´elles contiennent, souvent, au risque que les définitions foisonnent
et perdent de leur pertinence, organisent les droits et devoirs du public et mettent en place
des mécanismes d´évaluation environnementale et d´enquête publique.
Les deux projets organisent également les institutions publiques, en délimitant les
compétences, rôles et missions de chacune dans l´élaboration des politiques et normes
environnementales. Un rôle important est également accordé au secteur privé, comme les
organisations non-gouvernementales (ci-après « ONG »), dans l´élaboration des normes.
On peut cependant regretter la faible implication des entités collectives territoriales dans les
politiques environnementales. De plus, les communautés locales et autochtones sont
absentes des deux projets de loi-cadre alors qu´il existe de nombreuses ethnies en RDC et
que celles-ci jouent un rôle important dans la gestion des ressources naturelles.
Les deux projets prévoient des mécanismes de financement, incluant le mécanisme du fonds
environnemental. Le projet ministériel prévoit la mise en place de paiements pour services
environnementaux alors que le projet parlementaire prévoit un approvisionnement varié du
fonds.
Les deux projets abordent la majorité des secteurs couverts par les problématiques de la
conservation de la nature et de la lutte contre les pollutions et les nuisances. Cependant, ils
couvrent parfois certains secteurs de manière trop détaillée alors que ceux-ci devraient faire
l´objet de législations sectorielles.
Les deux projets sont complémentaires sur la question de la protection des forêts, le projet
parlementaire impliquant de nombreux acteurs dans l´élaboration de la politique forestière.
Le projet final pourrait faire référence au mécanisme de la REDD qui trouverait une
application pertinente au sein d´un pays forestier comme la RDC.
Des dispositions concernant la gestion des ressources génétiques font également défaut aux
deux projets de loi-cadre, en dépit du Traité international sur les ressources phytogénétiques
pour l´alimentation et l´agriculture auquel la RDC est partie.
En matière de lutte contre la pollution de l´air, les deux projets mettent en place un régime
général assez similaire et prévoient des normes environnementales. De plus, les deux
projets manquent de référence à des actions de lutte contre le réchauffement climatique,
notamment en terme d´adaptation à ses effets. Enfin, le projet ministériel prévoit un régime
de lutte contre les pollutions causées par les substances détériorant la couche d´ozone plus
protecteur que le projet parlementaire.
Les deux projets mettent en place un régime de contrôle des substances chimiques toxiques
et dangereuses. Le projet parlementaire présente l´avantage de viser directement les
polluants organiques persistants, même si le projet ministériel encadre quand même leur
contrôle.
Seul le projet parlementaire prévoit un régime d´encadrement des activités liées aux
organismes génétiquement modifiés (ci-après «OGM »), respectant ainsi les obligations
découlant du Protocole de Carthagène sur la prévention des risques biotechnologiques
relatif à la Convention sur la Diversité Biologique.
Les deux projets prévoient des mesures concernant la gestion des catastrophes naturelles et
de pollution par les hydrocarbures. On remarquera que le projet parlementaire encadre les
plans provinciaux.
La lutte contre les nuisances provoquées par les activités dans les mines, les carrières et les
exploitations d´hydrocarbures est assurée au sein des deux projets de loi-cadre qui se
montrent ambitieux.
Les installations classées font également l´objet de dispositions au sein des deux projets, le
projet parlementaire créant un nouveau régime pour celles-ci. Le législateur devra sans
doute revoir la pertinence de l´existence de ces normes au sein d´une loi-cadre.
Enfin, il faut préciser que les deux projets prévoient des mécanismes de sanction et de
réparation en cas d´atteinte ou de dommage à l´environnement et à la santé humaine. De
plus, le projet parlementaire prévoit un régime de responsabilité.
Conclusions et recommandations
Les deux projets étant tous deux légitimes constitutionnellement et de qualité générale
égale, il faudra travailler en « bonne intelligence » ou sous arbitrage pour obtenir un projet
final qui prenne le meilleur des deux projets. En revanche, ils débordent tous deux sur le
champ de compétence du règlement alors que la loi-cadre doit s’en tenir aux principes et
mécanismes généraux. Il faut donc nettoyer les projets de leurs dispositions sectorielles
spécifiques dans l´hypothèse où les parties prenantes s’entendraient sur la nature du projet
visé et décideraient de conserver la forme de la loi-cadre. De plus, e l projet final doit
déterminer de manière précise comment les dispositions nouvelles vont s´insérer aux
dispositions antérieures.
Il faut ajouter que les mesures relatives à l’organisation du cadre politique, institutionnel et
financier doivent donner lieu à des arbitrages. Les projets sont lacunaires sur les questions
2 Selon la théorie fondatrice de la « pyramide législative ». Hans Kelsen, « Théorie pure du droit », 2e
édition traduite par Charles Eisenmann, Dalloz, 1962, Paris.
3 Depuis son adoption en droit européen et en droit français, notamment par son insertion dans la
charte de l’environnement accolée à la constitution française, le principe de précaution a connu des
applications jurisprudentielles nombreuses et importantes. Sur l’application du principe de précaution
en droit français, voir « Le Principe de précaution », François Ewald, Ch. Gollier et N. de Sadeleer,
PUF, 2001 et Michel PRIEUR « Les nouveaux principes du droit de l’environnement : L’exemple du
9
Cependant, la RDC a pris un retard important dans la construction de son arsenal juridique
environnemental. Annoncée depuis dix ans (1999), la loi-cadre sur l’environnement fait
gravement défaut au pays, tout comme une loi sur la conservation de la nature et des
ressources naturelles, un code de l’eau, etc. Le Ministre de l’Environnement a annoncé fin
2008 que ces projets de texte feraient l’objet d’un examen parlementaire début 2009.
Dans le cas de la RDC, le processus de préparation de la loi-cadre est bien avancé. En effet,
il existe deux projets de loi-cadre environnementale en concurrence : la « proposition de loi-
cadre relative à la protection de l´environnement » (ci-après « projet parlementaire »),
réalisée par l´Honorable Crispin Mutumbe Mbuya, et le « projet de loi-cadre sur la gestion et
la protection de l´environnement » (ci-après « projet ministériel »), réalisé par le Ministère de
l´Environnement, de la Conservation de la Nature et du Tourisme. Selon l´article 130 de la
Constitution de la RDC, l’exécutif et le législatif sont tous deux légitimes dans leur fonction
de proposition législative en matière d’environnement. Même si les deux projets sont
légitimes, la présence de deux propositions de textes n’en reste pas moins une situation
originale et exceptionnelle
L´objectif de cette analyse est donc d´aider les acteurs politiques concernés à trouver un
compromis afin d´accélérer l´adoption d´un outil juridique qui manque cruellement à la RDC.
La première partie de l’étude porte sur l’encadrement et les conditions d’élaboration de la loi-
cadre sur l’environnement en RDC. Puis la deuxième partie porte sur une analyse
comparative qui permet de décrire les avantages comparatifs et les carences de ces projets,
dans la perspective de l’adoption d’un projet de texte final. L’étude est conclue par des
recommandations visant à progresser vers l’adoption d’un projet abouti.
Cette étude est ponctuée d’encadrés et d’annexes permettant de creuser les nombreuses
questions que suscite l’adoption d’un instrument aussi important. Egalement, deux
documents de travail connexes ont été élaborés à l’appui de cette étude. Il s’agit :
10
11
Selon Emmanuel G. Moutondo, d’un point de vue général, une loi-cadre environnementale
est « un instrument qui encourage une gestion visant à centraliser et à coordonner les
différentes interventions ou approches, ainsi que les régimes qui sont centrés autour des
ressources fonctionnelles des différents secteurs d’intervention pour « protéger
l’environnement ». C’est aussi le moyen formel d’obtenir un système intégré de gestion
environnementale, en rassemblant des régimes juridiques souvent autonomes à chaque
secteur, tout en établissant un régime généralisé d’interfaces entre les secteurs ». L´analyse
de lois-cadres environnementales mises en place dans différents pays du continent africain
permet de se rendre compte que l´on retrouve régulièrement certains aspects spécifiques :
4
Emmanuel G. Moutondo, « Les lois-cadres environnementales dans les pays francophones
d´Afrique », in Aspects contemporains du droit de l´environnement en Afrique de l´ouest et centrale,
ouvrage coordonné par Laurent Granier, UICN, Droit et politique de l´environnement, n°69, 2008, P.
58.
12
Point-clé n°1 : Il n´existe pas de loi-cadre environnementale type. Toutefois, une loi-
cadre environnementale a pour objectif de fixer les règles et principes généraux en
matière de gestion de l´environnement. Elle va notamment organiser les principes,
les acteurs ainsi que les mécanismes associés au droit de l´environnement.
Si l’on considère la variété de lois environnementales des pays africains, il peut sembler
difficile de déterminer quelles lois méritent d’être qualifiées ou non de lois-cadres
environnementales. Dans les faits, effectivement, des variantes existent dans l’organisation
du cadre juridique et institutionnel des états. Alors que toutes ont pour objectif
l’organisation générale du système de gestion de l’environnement, certaines débordent
et couvrent parfois des aspects sectoriels. Certaines lois-cadres sont en réalité hybrides,
composées de dispositions générales et, à l’occasion, de dispositions détaillées sur des
législations sectorielles. Cependant, les règles sectorielles ne trouvent pas leur place
dans des lois-cadres. Ces dernières ne doivent en effet pas servir d’opportunité pour faire
passer des mesures qui trouveront mieux leur place dans des lois particulières. Il est vrai
qu’il est tentant, une fois que l’on a défini le principe pollueur-payeur ou le principe de
prévention par exemple, d’enchaîner sur son application avec le régime des installations
classées ou des études d’impact, etc. Il s´agit d´une carence de beaucoup de lois-cadres
environnementales.
5
Avec la réserve que nous émettons plus bas dans ce chapitre.
13
A partir des années 1990, il y eut une grande vague d´adoption de lois-cadres
environnementales en Afrique francophone. Aussi, si les lois-cadres environnementales
adoptées au début ou bien à la fin des années 1990 se ressemblent fortement, par un effet
de mimétisme juridique (ou de « mode »), l’on peut espérer qu’une loi-cadre
environnementale adoptée en 2009 ou en 2010 reflètera également les dernières évolutions
du droit. La RDC doit donc prendre la mesure de ce rendez-vous politique. Cela implique
deux choses :
• s’assurer que les projets sur la table s’inspirent des dernières évolutions du droit et
reflètent les dernières connaissances de la science ;
• s’assurer que le processus de préparation des textes est adapté. En effet, la façon
dont s’élaborent et se négocient les textes juridiques a fortement évolué depuis les
années 1990. Aujourd’hui, la « participation » et la « gouvernance » sont les maîtres
mots et il n’est plus concevable pour un Etat moderne de forger des règles sans
l’intervention des acteurs de la société civile, de la recherche, etc.
Une loi-cadre environnementale a pour but d´assurer une double cohérence, au niveau
vertical, entre la Constitution de la RDC et l’ensemble de la législation environnementale,
ainsi qu’au niveau horizontal, entre les différentes législations sectorielles
environnementales. Pour cela, elle doit respecter le partage de compétence instauré par
la Constitution de la RDC et être rédigée en des termes clairs et non équivoques.
14
Comme dans la majorité des systèmes juridiques mondiaux, selon la Constitution de la RDC,
l’environnement relève du domaine de la loi (articles 9, 53, 54, 55, 123, 202 et 203). Seuls
les aspects complémentaires, précisant les modalités d’application de la loi, relèvent des
textes réglementaires. Bien entendu, dans le contexte d’une législation aussi fondamentale
qu’une loi-cadre environnementale, nous sommes indiscutablement dans le domaine de la
loi. Il faut émettre une réserve pour certaines dispositions contenues dans les deux projets
qui relèvent selon nous du domaine des décrets ou bien de lois connexes.
Point-clé n°4 : Il est important qu´un projet de texte unique soit dégagé de la part
des institutions politiques de la RDC afin d´accélérer le processus d´élaboration
d´une loi-cadre environnementale en RDC.
Le projet de loi-cadre doit donc être traité comme le reste des lois, c’est-à-dire en vertu de
l’article 123 de la Constitution organisant la répartition des compétences. Or, en application
de l’article 123 de la Constitution, « la loi détermine les principes fondamentaux »
concernant notamment en matière d’environnement « le régime foncier, minier, forestier et
immobilier », « l’agriculture, l’élevage, la pêche et l’aquaculture », « la protection de
l’environnement et le tourisme » et « la protection des groupes vulnérables ».
15
Or, il apparaît que certaines dispositions des deux projets méconnaissent les normes
constitutionnelles en vigueur en venant empiéter sur le domaine réglementaire. Ces
dispositions sont signalées dans l’étude comparative des deux projets (2ème partie).
La rédaction des normes en des termes flous et équivoques s’explique sans doute par le fait
que les deux projets ont puisé leur inspiration dans d´autres exemples nationaux,
n´échappant pas ainsi au phénomène d’empreint à d’autres législations. Par exemple, on
retrouve pêle-mêle des pans de la législation algérienne relative à la protection de
l'environnement dans le cadre du développement durable, du Code de l’Environnement
6
A défaut d’un tel respect, en pratique, les dispositions en cause ne pourront être modifiées ou abrogées
que par une nouvelle loi, sauf si la Cour Constitutionnelle, instituée par l’article 157 de la Constitution de la
RDC, saisie en application de l’article 160 de la même Constitution, de la loi initiale après son adoption, les
qualifie de réglementaires, en application de l’article 128.
16
7
Une simple recherche Internet de morceaux de texte pris au hasard sur des moteurs aussi puissants
que google permet de constater ce phénomène du «copié-collé ». Nous estimons à plus d’une
quinzaine le nombre de textes étrangers utilisés pour la construction de ces textes, sans pouvoir dire
lesquels sont antérieurs aux autres tant l’ « empreint » est un phénomène (hélas) courant. S’il n’est
pas interdit de s’inspirer d’une législation existante afin de ne pas « réinventer la roue », cette pratique
connaît cependant des abus qu’il convient de rappeler ici.
8
Le Principe 11 de la Déclaration de Rio sur l´Environnement et le Développement dispose que: « les
Etats doivent promulguer des mesures législatives efficaces en matière d’environnement. Les normes
écologiques et les objectifs et priorités pour la gestion de l’environnement devraient être adaptés à la
situation en matière d’environnement et de développement à laquelle ils s’appliquent… ». L’Agenda
21 dispose également que (chapitre 8.13) : « les lois et réglementations adaptés à la situation
particulière de chaque pays figurent parmi les instruments les plus importants pour assurer
l’application des politiques de l’environnement et du développement, non seulement en raison de leur
caractère obligatoire mais aussi de par leur effet normatif sur la planification économique et les
instruments du marché. Cependant, bien que les textes juridiques soient de plus en plus nombreux
dans ce domaine, une grande partie d’entre eux ont été établis au coup par coup en fonction des
17
• une partie recensant les dispositions de chacun des deux projets qui mettent en
place les obligations découlant des conventions internationales ratifiées par la RDC.
Ils sont également parfois mentionnés dans l’analyse juridique comparative (2ème partie)
La RDC fait partie de plusieurs organisations régionales africaines. On peut citer à titre
d´exemple la Communauté de Développement de l´Afrique Australe (ci-après « SADC ») ou
circonstances ou n’ont pas été assortis des structures de l’autorité institutionnelle nécessaires pour
être appliqués, et adaptés en temps utiles. »
18
Une convention à laquelle a adhérée la RDC peut être mentionnée dans la formation des
lois-cadres environnementales contemporaines africaines : il s’agit de la Convention
africaine pour la conservation de la nature et des ressources naturelles de 1968 (ci-après
« Convention d´Alger »). Cet accord panafricain a été remis à jour en 2003 et doit encore
obtenir un nombre de ratifications suffisantes pour entrer en vigueur. En effet, similairement
aux lois-cadres, la Convention d´Alger balaye l’ensemble des secteurs de la gestion de
l’environnement tout en étant adaptée aux spécificités africaines (dégradation des sols,
droits des communautés locales, aires protégées, etc.). Cet instrument, qualifié de
« directive communautaire africaine pour l’environnement » 9, trouve une application
importante dans sa transposition, par l’intermédiaire de lois-cadres notamment. Cette
Convention est une référence importante à prendre en compte dans l’édiction d’une loi-cadre
contemporaine10.
9
Laurent Granier, introduction à l’ouvrage PNUE-UICN « Aspects Contemporains du Droit de
l’Environnement en Afrique de l’Ouest et Centrale », UICN environmentl law and policy papers, N°69.
10
Voir notamment « La convention africaine révisée sur la conservation de la nature et des ressources
naturelles : un cadre nouveau pour le développement intégré du droit de l’environnement en Afrique »,
A. Mekouar et S. Doumbé-Billé, ouvrage PNUE-UICN « Aspects Contemporains du Droit de
l’Environnement en Afrique de l’Ouest et Centrale », UICN environmentl law and policy papers, N°69.
11
Vincent Zakane, « problématique de l’effectivité du droit de l’environnement en Afrique : Le cas du
Burkina-Faso », ouvrage PNUE -UICN « Aspects Contemporains du Droit de l’Environnement en
Afrique de l’Ouest et Centrale » sous la coordination de Laurent Granier, UICN environmentl law and
policy papers, N°69
19
Il est donc primordial de penser le droit dans l’optique de son applicabilité et de son
efficience dans le contexte du pays. La recherche de l’équilibre entre la théorie et la
pratique, entre des dispositions apparemment « modernes » et des mesures efficaces, est
fondamentale. Non qu’un pays en proie à des difficultés ne puisse se doter d’une loi-cadre
moderne, mais plutôt que la modernité consisterait à (enfin) produire en Afrique des lois
ancrées dans les réalités et les spécificités socioculturelles.
De plus, il est recommandé de mener une réflexion en profondeur sur trois ou quatre
mesures phares de la loi-cadre environnementale de la RDC, des engagements
politiques forts, qui le moment venu seront appliqués avec vigueur et succès. Cela peut, par
exemple, être le cas d’un mécanisme d’accès à la justice pour les associations de protection
de l’environnement ou encore un système de financement pertinent. Cela peut en outre
prendre la forme d’un engagement ou d’un mécanisme opérationnel sur la gestion des forêts
ou encore d’une mesure relative à l’intégration de la gestion de l’environnement et des
établissements humains.
Il est essentiel que le législateur choisisse l´outil le mieux adapté aux besoins de la
RDC en terme de réglementation environnementale. En effet, on constate que la RDC ne
dispose pas d´une législation adéquate dans beaucoup de secteurs liés à la protection de
l´environnement. Par exemple, la législation sur les installations classées polluantes est
désuète ou encore, il n´existe pas d´encadrement réglementaire de la gestion des déchets. Il
est donc important que des outils juridiques soient élaborés pour soit combler les vides
juridiques présents soit remédier aux déficiences des législations existantes.
12
Vincent Zakane, « problématique de l’effectivité du droit de l’environnement en Afrique : Le cas du
Burkina-Faso », ouvrage PNUE -UICN « Aspects Contemporains du Droit de l’Environnement en
Afrique de l’Ouest et Centrale » sous la coordination de Laurent Granier, UICN Environmental law and
policy papers, N°69
20
Il doit également s´agir d´une réflexion sur le long terme, anticipant l´élaboration de
textes règlementaires dans le futur. Prenons l´exemple de la France où la logique de
réorganisation de la pyramide législative sous un chapeau unique a connu son apogée lors
de l’adoption du Code de l’Environnement en 2000. Cela avait pour but de regrouper une
multitude de textes environnementaux au sein d´un seul et même code. Même si la France
n’est pas passée par l’étape « loi-cadre » d’un point de vue formel, elle s’était contentée
pendant longtemps de principes ici, de mécanismes là et de règles institutionnelles ailleurs.
La codification a permis d´améliorer la lisibilité de la norme et l´accès du public au droit de
l´environnement. Actuellement, la France complète son dispositif, le met à jour, etc. toujours
sous l´égide du cadre organisé en 2000. La RDC peut s´inspirer de cet exemple lors de
l´édiction de sa loi-cadre environnementale. La codification pourrait être la prochaine étape
et la loi-cadre pourrait être pensée en fonction de cet objectif.
Point-clé n° 10: Une réflexion devrait être menée pour déterminer si la loi-cadre
environnementale est le meilleur outil juridique pour améliorer le droit de
l’environnement en RDC. L’élaboration d’un texte normatif devrait anticiper sur les
futurs besoins du pays en terme de progrès de la norme environnementale.
21
Les deux projets comportent des dispositions qui interviennent dans des domaines déjà
couverts par des dispositions sectorielles antérieures ou bien connexes 13. Cela laisse
entrevoir plusieurs difficultés. Tout d´abord, il va se poser le problème de l´articulation des
nouvelles dispositions sectorielles avec les dispositions déjà existantes. En effet, si le texte
final prévoit des dispositions nouvelles, que va t´il advenir des dispositions anciennes en
contradiction avec les nouvelles normes ? De plus, si des normes concernant un sujet sont
éparpillées dans plusieurs textes, l´accès du public et des praticiens du droit à ces normes
risque d´être entravé. Par ailleurs, l´existence de dispositions sur un sujet dans de multiples
textes risque d´être source d'erreurs et de compromettre la bonne application des règles.
Il y a au moins un double avantage à incorporer les nouvelles règles dans un texte existant :
Point-clé n° 11: Il est important que le législateur encadre l’articulation des normes
nouvelles avec les normes préexistantes. Cette question dépendra en partie de la
nature du texte final qui sera adopté. Il faudra alors procéder soit à la modification,
l’insertion ou l’abrogation des textes existants.
13 ème
Voir exemples en matière de mines et carrières, dans la 2 partie.
22
Afin de procéder à l’analyse juridique comparative des deux projets de loi-cadre, nous ne
pouvons éviter la revue, une à une, des différentes mesures concernées. Pour cela nous
procédons à une étude des avantages comparatifs des deux projets. Tantôt
complémentaires, tantôt mutuellement exclusives, parfois lacunaires, les mesures proposées
dans les deux projets font l’objet d’une présentation, autant que possible, dynamique et
constructive. Cette présentation se fera en partie sous la forme de textes et de tableaux
permettant de visualiser rapidement les différences, ce afin de parvenir plus facilement à des
décisions, compromis ou arbitrages nécessaires. Certains détails d’analyse, néanmoins
importants, sont consignés en annexes.
A. Définitions
La question des définitions est importante dans une loi-cadre organisant les «principes
fondamentaux » du droit de l’environnement et l’organisation des secteurs administratifs de
l’environnement. Toutefois, il s’agit d’un aspect où la création juridique est limitée, les
définitions étant souvent des émanations des accords internationaux. Les définitions
des deux projets sont valables mais un travail éventuel de vérification et de complément sera
effectué en dernier lieu, lorsque le contenu définitif de la loi sera arrêté.
Si le projet final doit devenir une loi-cadre dans le sens classique du terme, on pourrait se
demander s’il est vraiment nécessaire d’avoir autant de définitions.
B. Principes généraux
23
• que l’ensemble de la législation devra s’y conformer et que des mesures spéciales
devront être prises pour mettre en œuvre ces principes14 ;
• qu’ils doivent être mis à jour en tenant compte des engagements souscrits par le
RDC.
TABLEAU COMPARATIF :
Contenu Contenu
14
Par exemple, si le projet final se réfère au principe d’accès à la justice, il devrait contenir des
remarques en ce qui concerne les mécanismes d’accès à la justice ainsi que d’application des
jugements, ou au moins des références aux instruments juridiques de mise en œuvre à développer.
15
Principe pas suivi de modalités de mise en œuvre pratiques.
24
Principe du pollueur-payeur
Principe d’intégration
Coopération
Remarques Remarques
- Le principe de prévention n’est pas - La liste des principes est complète et bien
mentionné dans la liste des principes mais explicitée dans le corps du texte
apparaît pratiquement dans le texte (par
exemple dans les régimes d’autorisations - La mise en œuvre des principes d’Aarhus
préalables) (information, participation, accès à la justice)
est excellente
- Le principe d’accès à la justice n’est pas
mentionné alors que bien traité à l’article 26
et s.
Pour les deux projets de textes, d’autres principes ou concepts juridiques devraient être
envisagés comme:
• la responsabilité environnementale ;
• le principe de la gestion intégrée des ressources en eau (ci-après « GIRE »), etc.
25
Il faut aller dans le détail de ces dispositions et voir quel rôle est attribué à chaque type
d’acteur et comment s’effectue pratiquement la coordination entre les secteurs.
Cette coordination par le Ministère est essentielle, mais plus importants sont les mécanismes
de coordination avec les autres secteurs. Le PM en propose 5 :
• la fixation par décret ou par arrêté des normes sectorielles (eau, air, pollution, sol,
etc.) par le Ministère de l’Environnement en collaboration avec les autres ministères
concernés (cf. infra : analyses sectorielles).
L’un des maux de l’environnement est le manque de coordination réelle entre des
administrations qui fonctionnent parfois quasi-indépendamment. Le rôle et les
attributions du Comité Interministériel est donc très important car il doit « coordonner et
harmoniser les interventions des ministères et des services publics en matière de gestion de
l’environnement » (art. 23 c) et « émettre un avis préalable à tout projet de loi ou de
règlement élaboré par les différents ministères et concernant l’un des secteurs de
l’environnement » (art. 23 d). L’on aurait souhaité que le projet de loi-cadre précise au moins
la composition de ce Comité Interministériel car le texte renvoie « la composition,
l'organisation et le fonctionnement du Comité Interministériel pour l'Environnement » à un
« décret délibéré en Conseil des Ministres ». Cette mesure cruciale demande un
engagement fort et solennel car bon nombre de structures interministérielles, comme par
exemple le Conseil de l’Eau au Sénégal, se sont montrées inopérantes face aux dynamiques
sectorielles et administratives classiques, chacun considérant qu’il a « son mandat », et
« son code » alors que l’environnement ne connaît pas les frontières administratives.
27
• des administrations,
• du secteur privé,
• des ONG et
Le projet de politique ainsi élaboré est ensuite « soumis » « pour avis et considérations » à
un deuxième collège , élargi cette fois et formé :
S’agissant de la mise en œuvre, elle appartient au gouvernement (art. 21) et les ONG
« participent à la mise en œuvre à la base de la politique nationale » environnementale et
elles « contribuent à la sensibilisation, à l’information, etc. ».
Rappelons également que les normes sectorielles sont fixées dans ce projet par le Premier
Ministre en Conseil des Ministres sur proposition des ministres concernés par la question
(par exemple en matière d’étude d’impact).
28
Système mis en place par le projet Système mis en place par le projet
ministériel parlementaire
29
La société civile est probablement la grande gagnante dans les deux projets. Sa fonction de
proposition, de participation à la mise en œuvre des politiques et sa capacité à ester en
justice sont bien reconnues.
Le PP donne à la société civile une place à part entière au sein du Conseil Consultatif
National (cf. supra). Cette reconnaissance de la société civile au sein des institutions
nationales chargées de l’élaboration de la politique nationale est de taille. Celle-ci participe à
l’élaboration de la politique nationale et elle participe également à sa mise en œuvre, très
pratiquement. En effet, selon les articles 22 et 23, les ONG ont également pour rôle de
participer à la « mise en œuvre à la base de la politique nationale en matière
d’environnement » et « contribuent à la sensibilisation, à l’information », etc. ». En confiant
ce rôle important de mise en œuvre à «la base » de la politique nationale, il faudrait
également que ce projet de loi encadre certains aspects de ces ONG, notamment leur
financement, car elles vont remplir une véritable mission de service public. Des instruments
juridiques de mise en œuvre pourraient clarifier ces questions, mais pour l’instant aucune
référence à ces instruments n’existe.
En terme d’accès à l’information, le régime applicable au public leur est appliqué (cf. infra).
C’est en terme d’accès à la justice que les deux projets sont inégaux. Le projet ministériel
prévoit que :
• « les associations légalement agréées peuvent exercer les droits reconnus à la partie
civile en ce qui concerne les faits portant un préjudice direct ou indirect aux intérêts
collectifs qu’elles ont pour objet de défendre et constituant une infraction à la
protection de l’environnement, à l’amélioration du cadre de vie, à la protection de
l’eau, de l’air et de l’atmosphère, des sols et sous-sols, des espaces naturels, des
forêts, à l’urbanisme ou ayant pour objet la lutte contre les pollutions » (art. 28) ;
• « lorsque des personnes physiques ont subi des préjudices individuels qui ont été
causés par le fait d’une même personne et qui ont une origine commune, dans les
domaines mentionnés à l’article, toute association agréée au titre de l’article 26 peut,
si elle a été mandatée par au moins deux des personnes physiques concernées, agir
30
Le projet parlementaire prévoit lui que (art. 12) « tout congolais ou toute organisation non
gouvernementale de protection de l’environnement constituée et reconnue conformément à
la législation en vigueur a le droit d’introduire un recours contre toute décision de l’autorité
publique en cas de violation de la présente loi ou pour défendre les droits garantis par le
présent chapitre et intérêts protégés par le présente loi et ses mesures d’exécution ». Il ne
s’agit pas d’un système aussi protecteur que le projet ministériel puisqu’il ne permet
ni la constitution de partie civile , ni la défense de l’intérêt général. De plus, il se limite
aux décisions de l’autorité publique dans le cadre de la loi-cadre et de ses « mesures
d’exécution ».
Le droit de tout congolais d’introduire un recours en justice mis à part (PP), le public est
essentiellement en droit d’obtenir des informations, d’émettre des avis et des propositions et
de recevoir une éducation environnementale.
• le régime des enquêtes publiques est développé par ce projet (chapitre V) et dont
l’objet est (i) d’informer le public en général et la population locale en particulier sur le
projet, (ii) de recueillir des informations sur la nature et l’étendue des droits que
pourraient détenir des tiers sur la zone affectée par le projet, notamment les
concessionnaires fonciers et les communautés locales et (iii) de recueillir les
appréciations, suggestions et contre-propositions, afin de permettre à l’autorité
compétente de disposer de tous les éléments nécessaires à sa décision. Les
principes sont là et leur application est soumise à des décrets ;
31
• un régime d’étude d’impact qui prend en compte les aspects « santé humaine » des
populations, (sans consacrer, comme le PM, l’étude d’impact sociale). Un décret en
Conseil des Ministres devrait notamment fixer les conditions, la procédure et les
modalités de participation du public. Il ne prévoit pas la procédure et les modalités de
l’enquête publique.
Le projet parlementaire restreint l´accès à certains droits qu´il consacre aux seules
personnes de nationalité « congolaise ». A titre d´exemple, l´article 7 prévoit que « tout
congolais a le droit d´accéder aux information disponibles, complètes et exactes relatives à
l´environnement ». La mise en place d´un tel critère de restriction est dangereux car il peut
conduire à des discriminations entre les « congolais » et les autres personnes « non-
congolaises ». De plus, le projet ne définit pas qui est congolais de qui ne l´est pas, ce qui
peut créer des problèmes de mise en œuvre et d´interprétation de la loi dans le futur.
Les « entités territoriales décentralisées » sont évoquées très partiellement dans les deux
projets de Loi. Tantôt responsabilisées dans la gestion des déchets, dans les autorisations
relatives aux installations classées, dans le secteur de l’eau, elles ne bénéficient pas à
proprement dit de compétences transférées en matière d’environnement16. Les deux projets
précisent qu’elles concourent à la protection de l’environnement (cf. art. 66 du projet
parlementaire sur la pollution de l’air à titre d´exemple) mais n’encadrent pas les moyens
d’action de ces acteurs importants.
16
Voir commentaire sur la nécessité d’introduire le principe de subsidiarité.
32
Quant aux communautés locales et aux populations autochtones, ce sont les grandes
oubliées de ces textes. Pour un pays comptant des dizaines d’ethnies et autant de peuples
premiers utilisateurs et gestionnaires de l’environnement, cet « oubli » constitue un
manquement important tant au bon sens qu’aux obligations internationales. De plus, cet
oubli constitue un retard important en comparaison avec les systèmes des pays voisins,
comme le Gabon ou le Cameroun par exemple, qui ont compris qu’aux cotés des ONG, les
communautés elles-mêmes sont les meilleures gestionnaires de l’environnement. Le projet
final devrait faire des références au rôle des communautés locales ainsi que des populations
autochtones.
Il faut cependant préciser que le projet de loi sur la conservation de la nature actuellement
en cours d´élaboration prévoit un chapitre sur l’implication des communautés locales dans la
conservation et la gestion des aires protégées.
Le projet ministériel met également en place une mesure très intéressante même s´il
faudrait que le projet ministériel précise les conditions entourant la mise en place d´une telle
mesure et si l´argent obtenu viendra alimenter le Fonds d’Intervention pour l’Environnement.
Il s´agit de la « transaction de services environnementaux sur une base onéreuse » (art.
48). Il s’agit du système de paiement pour services environnementaux (ci-après « PSE »).
Les externalités environnementales peuvent être internalisées par négociation entre les
agents économiques acceptant de payer pour réduire un problème environnemental et ceux
17
Moutondo, Emmanuel G., « Les lois-cadres environnementales dans les pays francophones
d´Afrique », in Aspects contemporains du droit de l´environnement en Afrique de l´Ouest et Centrale,
ouvrage coordonné par Laurent Granier, UICN, Droit et politique de l´environnement, n°69, 2008, P.
57 à 70
33
Au niveau fiscal, les articles 137 et 138 prévoient des mesures incitatives et fiscales en
faveur des technologies et pratiques « propres ».
Le projet parlementaire est plus directif (et peut être plus réaliste) et précise qu’ « outre le
budget de l’Etat, le financement de la mise en œuvre de la politique nationale en matière
d’environnement est assuré notamment par :
Les modalités de fonctionnement de ces fonds sont habilement renvoyées à des décrets du
Premier Ministre sur proposition conjointe des ministères concernés. (art. 23).
Au niveau fiscal, ce projet fait obligation à l’exécutif d’adopter des mesures économiques et
fiscales incitatives en vue d’encourager les investissements dans l’acquisition et l’utilisation
des équipements et technologies moins polluantes. (art. 128).
A. Protection de la biodiversité
34
• conservation des zones humides (Convention RAMSAR relative aux zones humides
d´importance internationale particulièrement comme habitats des oiseaux d´eau).
Le projet final devrait encadrer des mesures mettant en œuvre les obligations internationales
de la RDC, notamment en terme de préservation des espèces menacées, de conservation
des habitats, de commerce d´espèces menacées, de prévention de l´introduction d´espèces
exotiques envahissantes, etc.
Il est également important que le projet final mette en œuvre des mesures en lien avec
la Convention sur la Diversité Biologique (ci-après «CDB »). Beaucoup d´obligations
découlant de cette convention fondamentale ont été négligées. Les deux projets ne font
pas de référence à l´utilisation durable des éléments de la biodiversité ni même au
partage juste et équitable des avantages découlant de l´exploitation des ressources
génétiques. Il n´y a également pas de prise en compte du droit coutumier traditionnel,
notamment des savoirs traditionnels positifs des populations locales en matière
environnementale alors que le droit coutumier traditionnel s´insère dans la réalité sociale et
juridique du pays. De plus, « les techniques et méthodes traditionnelles de gestion durable
des ressources naturelles sont celles qui sont à même de mieux assurer les droits locaux
des populations en matière de gestion des ressources naturelles »18. Ce sont aussi souvent
les plus efficaces pour protéger la ressource.
Point-clé n°12 : Il est essentiel que le projet final fasse au moins des références aux
obligations découlant des conventions internationales en matière de protection de la
diversité biologique, notamment à la CDB. Etant donné le contexte social de la RDC,
il est important que cette dernière prenne en compte le rôle du droit coutumier local
ainsi que des savoirs traditionnels positifs des populations locales en matière de
gestion de la ressource naturelle.
18
Garane, Amidou et Zakane, Vincent, Droit de l´environnement Burkinabé, Collection Précis de Droit
Burkinabé, 2008.
35
L’érosion, la désertification, la pollution des sols, y compris par les déchets domestiques et
industriels, incluant les substances radioactives, sont bien visés par le projet ministériel qui
prévoit également des mesures répressives spécifiques. L’application est renvoyée à des
arrêtés.
Tout d´abord, avec son régime des « ressources en terre », il prévoit tout un ensemble de
mesures de planification pour lutter contre la désertification et la dégradation des sols .
Il prévoit en plus des « stratégies » intégrées, des « plans d’utilisation » et des mesures de
« conservation et d´amélioration » en relation avec la politique foncière. L’approche
« planification » de ce projet est bien pensée en terme d’intégration des institutions en
charge. De plus, elle répond aux obligations de la Convention internationale sur la lutte
contre la désertification dans les pays gravement touchés par la sécheresse et/ou la
désertification, en particulier en Afrique. Il est également important de préciser que le
projet parlementaire implique les parties prenantes dans le processus décisionnel, ce
qui est un avantage qui devrait être mis en avant dans le projet définitif. On peut toutefois
regretter que le projet parlementaire ne donne aucune indication précise quant au contenu
de telles mesures de planification. Il semble qu´il ne renvoie pas non plus à l´élaboration
d´une loi sectorielle sur ce sujet. Cela risque de poser problème lors de l´élaboration et
l´application de telles mesures. Par exemple, il crée une infraction en cas de violation des
dispositions d´un plan d´utilisation des sols, sans pour autant préciser quel est le contenu
des dispositions d´un plan d´utilisation des sols.
Le projet ministériel prévoit un chapitre particulier sur les ressources forestières (art. 45 à
50). Ce chapitre replace la problématique des forêts sous l’égide de la protection de
l’environnement en général, le régime des forêts étant prévu par un code particulier de
2002. Il prévoit notamment des mesures de classement, la capacité de créer des zones de
protection spéciale et des transactions de services environnementaux. Il est également
prévu que s’y appliquent les études d’impact environnementales et sociales. A ce titre, il est
très complet pour un cadre.
36
Le projet ministériel (section 5) prévoit des références trop vagues aux aires protégées.
Il évoque une « réglementation spéciale à adopter » mais devrait se référer à la législation
spéciale en cours d´élaboration. De plus, il ne vise pas explicitement les aires protégées
marines ainsi que les aires protégées transfrontalières. Ce projet a pour avantage, en
revanche, de prendre en compte la protection des espaces à caractère historique,
culturel, etc. Des références plus explicites sont donc nécessaires.
Le projet parlementaire, article 42, vise lui la protection des ressources halieutiques et fait
justement référence au projet de loi sur la pêche. Les autres aspects de la protection du
milieu marin et côtier soulignés pour le projet ministériel font également défaut ici.
F. Protection de l’e au
Un régime spécial sur l’eau (Code de l’Eau) doit être adopté en RDC. Le projet ministériel y
fait référence (art. 34 et s.).
Le PM précise que les normes de rejets, etc. sont fixées par arrêté du Ministre de
l’Environnement, ce qui est peut-être une anticipation hasardeuse du futur code de l’eau. Les
articles 47 et 48 prévoient des régimes particuliers de protection des cours d’eau, des plans
d’eau, etc. Il prévoit également des « valeurs limites et valeurs indicatives pour la qualité de
l’environnement », y compris en matière d’eau (art. 134) et des dispositions répressives
particulières.
Point-clé n°13 : Dans un souci d´efficacité, il serait préférable que le projet final, s´il
s´agit d´une loi-cadre, se contente d´énoncer des principes et normes généraux,
laissant les détails à une législation ultérieure.
Comme l´analyse l´a déjà précisé, qu’il s’agisse de la conservation « ex-situ » des
ressources génétiques (« banques de gènes », etc.) ou des régimes d’accès aux ressources
génétiques et du partage des avantages (CDB), les deux projets de texte sont muets. Seul le
38
De plus, la RDC étant Etat Partie au Traité international sur les ressources
phytogénétiques pour l´alimentation et l´agriculture, elle a l´obligation de mettre en place
des mesures pour assurer la bonne application du traité au niveau national. Toutefois, elle
ne fait aucune référence à ce traité, lacune à laquelle le projet final devrait remédier (cf.
Document de travail n°2 : Transposition des obligations internationales de la RDC au
sein des deux projets de loi-cadre environnementale ).
Ce chapitre de l´analyse se consacre au régime général mis en place par chacun des deux
projets en matière de lutte contre les pollutions et les nuisances.
Les deux projets fixent des normes générales afin de lutter contre la pollution de l´air.
Toutefois, le PP contient des normes plus détaillées que celles du PM.
• Article 66/PP et article 37/pm sont assez similaires en terme de lutte générale
contre la pollution de l´air.
Ils visent les mêmes acteurs institutionnels (autant publics que privés) et les mêmes
objectifs. Les deux projets font également mention de l´utilisation rationnelle de
l´énergie. Cependant, le PM est plus large que le PP, ce dernier fixant des obligations plus
précises à la charge des acteurs impliqués dans la lutte contre la pollution de l´air. Le PP
rappelle que l´Etat, les provinces etc. concourent à faire respecter le droit de chacun à
respirer un air qui ne nuise pas à sa santé et fixe l´obligation, à leur charge, de prendre des
mesures pour lutter contre la pollution de l´air. Le PP précise que ces mesures
contribuent à la réduction des gaz à effet de serre. Ce dernier point est important car il
montre la volonté du législateur de lutter contre le réchauffement climatique.
Toutefois, simplement mentionner la lutte contre le réchauffement climatique ne
semble pas assez suffisant au regard des obligations internationales de la RDC.
39
Le PM prévoit des normes d´émission (art. 39/PM) mais également des normes de
produit concernant les véhicules à moteur ainsi que les carburants (art. 40/PM). Ce
dernier point est intéressant et devrait être conservé au sein du projet final.
Le projet ministériel (art. 41/PM) met en place un régime plus protecteur de l´environnement.
En effet, il prévoit l´interdiction absolue d´importation, de fabrication, d´utilisation et de vente
de ces substances ainsi que la réglementation de leur élimination et recyclage. Le projet
parlementaire (art. 89, al 2/PP) ne couvre que l´importation de ces substances. De plus, il
n´édicte pas d´interdiction absolue d´importation étant donné qu´il prévoit également la
réglementation de l´utilisation de ces substances.
Point-clé n°14 : Le projet ministériel met en place un régime de lutte contre les
pollutions causées par les substances appauvrissant la couche d’ozone plus stricte
que le projet parlementaire.
• Changements climatiques :
La lutte contre le réchauffement climatique ne semble pas figurer au sein des priorités
d´action des deux projets en matière de protection de l´environnement. Quelques
références sont faites à la coopération internationale (art. 17/PM), à l´utilisation rationnelle de
l´énergie (art. 66, al 1/PP), à des mesures incitatives économiques et fiscales en la matière
(art. 128, al 2/PP) etc. Toutefois, les deux projets manquent de références concrètes à
une action politique contre le réchauffement climatique.
Certes, la RDC, en tant que pays en voie de développement, n´a pas à respecter des
objectifs chiffrés de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre. Toutefois, elle est
quand même Etat Partie à la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements
Climatiques (ci-après « CCNUCC ») et du Protocole de Kyoto à la CCNUCC (ci-après
« PK ») et a des obligations à respecter à ce titre. Le projet final devrait contenir des
références à la mise en œuvre des objectifs ou/et obligations figurant au sein de la
CCNUCC et du PK, comme, par exemple, le mécanisme de développement propre, qui
constitue une opportunité pour la RDC de parvenir à se développer de manière durable, tout
en évitant le rejet de gaz à effet de serre dans l´atmosphère. De plus, la RDC est un pays
vulnérable face aux effets du réchauffement climatique, qui vont avoir des impacts plus
40
Point-clé n° 15: Le projet final devrait clairement identifié des mesures de lutte
contre le réchauffement climatique, notamment en terme d´adaptation aux effets des
changements climatiques.
Le projet parlementaire est plus complet et vise, en plus, les polluants organiques
persistants et les pesticides dangereux (art. 85 et s.). De plus, il met en œuvre la
Convention de Bâle concernant le contrôle des mouvements transfrontières de déchets
dangereux et leur élimination (ci-après « Convention de Bâle ») ainsi que la Convention de
Bamako sur l´interdiction d´importer en Afrique des déchets dangereux et sur le contrôle des
mouvements transfrontières (ci-après « Convention de Bamako ») concernant l’importation
41
D. Déchets
Les deux projets sont également très complets concernant le régime applicable aux
déchets. Cela s’explique notamment par le fait que la RDC ne possède pas de législation en
la matière et a besoin de combler un vide juridique. Toutefois, ce genre de détails n´a pas
lieu de se trouver dans un projet de loi-cadre. Suivant que cette forme sera retenue ou
pas pour le projet définitif, il faudra sans doute retravailler cette partie.
Chacun des deux projets prévoit un régime général des déchets. Ils présentent l´avantage
de se compléter en abordant des perspectives différentes dans la gestion des déchets.
Tandis que le projet ministériel établit des obligations et des interdictions générales, le projet
parlementaire organise la mise en place de normes techniques en matière de traitement des
déchets (art. 94).
S’agissant des régimes particuliers, un tableau comparatif a été préparé (cf. Annexe II :
Comparaison des deux projets en matière de gestion des déchets).
Point-clé n° 16: Les régimes mis en place par les deux projets en matière de gestion
des déchets sont trop détaillés et ne trouvent pas leur place au sein d´une loi-cadre
environnementale.
42
Le Protocole de Carthagène prévoit que les Parties doivent prendre des mesures juridiques,
administratives et autres nécessaires et appropriées pour s´acquitter de leurs obligations. La
désignation des autorités nationales compétentes fait notamment partie des obligations
imposées aux Parties. Le projet parlementaire prévoit l´intervention de certaines institutions
dans l´application du Protocole : le Gouvernement, le Premier Ministre, le Ministre en charge
de l´Environnement, le Comité Scientifique et Technique de Biosécurité, une Autorité
Nationale Compétente. Le projet prévoit également l´implication du public dans le processus
décisionnel19. Une loi particulière est censée fixer le cadre institutionnel de gestion de la
biosécurité (Cf. Annexe III : Principes pour la mise en œuvre d’une législation sur les
biotechnologies : analyse du projet parlementaire).
Sur les catastrophes naturelles, le projet ministériel précise simplement que « pour faire
face aux situations critiques génératrices de pollution grave de l’environnement ou aux
catastrophes naturelles, des plans d’urgence sont préparés par le Ministre en collaboration
avec les ministères et toutes autres structures publiques ou privées concernés. Les plans
d’urgence prévoient la mise en place et les règles de fonctionnement des comités ou
organismes d’intervention aptes à permettre de faire face à toute situation critique ».
Le projet parlementaire est plus précis puisqu’il y consacre un chapitre entier. Il présente
notamment l’avantage de mettre en place des plans provinciaux d’urgence. Il prévoit
en outre un système national de lutte rapide contre les pollutions par hydrocarbures.
G. La lutte contre les nuisances causées par les mines, carrières et hydrocarbures
19
Cf. Article 114, al 4: « Un décret du 1er Ministre pris en exécution de la législation particulière sur la
biosécurité détermine la procédure d´octroi de l´agrément et les modalités de consultation du Comité
scientifique et technique de biosécurité et d´information et de participation du public concerné ».
43
Les deux projets encadrent les activités liées à l´exploitation de mines, de carrières et
d´hydrocarbures. Ces activités font déjà l´objet de législations en RDC. Toutefois, il apparaît
cohérent qu´une loi-cadre environnementale prévoit des mesures générales de prévention et
de limitation des nuisances causées par ces activités polluantes. Cependant, ces
dispositions doivent se cantonner à la fixation de règles et principes généraux en la matière
(cf. Annexe IV : Régime applicable aux mines, carrières et hydrocarbures - analyse
détaillée des deux projets de loi-cadre environnementale).
Sur les mines, carrières et hydrocarbures, qui relèvent de codes différents, le projet
ministériel présente l’avantage de clairement placer ces thèmes sous le sceau de
l’environnement (art. 120) en terme d’application des études d’impact environnementales et
sociales, de création de zones interdites à la prospection en dehors des aires protégées,
d’enquêtes publiques. Il applique également la recommandation de l’UICN adoptée au
Congrès Mondial de la Nature de Kuala Lumpur selon laquelle « la prospection et
l’exploitation minière ou de carrière, industrielle ou artisanale, sont strictement interdites
dans tout site ou aire protégée » (art. 121). Il l’étend au delà des zones centrales des aires
protégées et l’applique également aux hydrocarbures.
Le projet parlementaire est sensiblement similaire. Il prévoit en outre que le titulaire des
droits miniers et de carrière fournit une «sûreté » pour garantir la mise en œuvre des
obligations environnementales (notamment du plan de gestion environnemental et de
réhabilitation). En matière d’hydrocarbures, il précise que la convention pétrolière doit en
outre définir les obligations environnementales, les mesures de prévention, de lutte contre la
pollution marine, de traitement des déchets (…) ainsi que les mesures de réhabilitation des
sites pollués, etc.
Les deux projets encadrent les évaluations environnementales de manière générale. Ils se
concentrent principalement sur l´élaboration d´étude d´impact sur l´environnement.
Toutefois, le projet ministériel présente l´avantage de faire une référence à l´audit
environnemental (art 77/PM).
44
Quant au contenu, les deux projets prévoient qu´un texte règlementaire viendra fixer les
conditions de réalisation de telles évaluations (art 71/PM et art 25/PP). Toutefois, le projet
ministériel présente l´avantage de fixer des règles plus détaillées quant au contenu de ces
évaluations, assurant ainsi une sécurité juridique (art 72/PM et 28/PP). De plus, il prévoit que
la fourniture d´information erronées ou inexactes est passible de sanctions pénales (art
142/PM).
Quant aux effets, le projet ministériel prévoit que toute autorisation délivrée en l´absence de
la réalisation des évaluations environnementales qu´il vise sont nulle de plein droit (art
76/pm). De plus, il prévoit des sanctions pénales pour toute personne qui réalise ou
contribue à réaliser un ouvrage sans étude d´impact alors qu´elle y était soumise (art
141/pm). Le tribunal peut ordonner la destruction de l´ouvrage ou la remise en état des lieux
aux frais des intéressés. Le projet ministériel prévoit également des sanctions pénales en
cas d´absenc e d´étude d´impact environnemental ou d´absence d´approbation (art 143/pp).
Pour une analyse plus approfondie du régime des évaluations environnementales, cf.
Annexe V : Analyse détaillée des dispositions sur les évaluation environnementales et
les installations classées contenues dans les deux projets de loi-cadre
environnementale.
Sur les enquêtes publiques, le projet parlementaire est extrêmement complet (art. 63 et s.),
avec des références à l’obligation d’enquête publique pour les exploitations minières, des
carrières et des hydrocarbures notamment20. Le projet parlementaire, en revanche,
n’encadre pas la procédure d’enquête publique. Il s´agit d´une carence que le projet final
devrait prendre en compte.
Les deux projets, en particulier le projet parlementaire, détaillent trop le régime des
installations classées au-regard des objectifs d´une loi-cadre. Le projet parlementaire
20
Voir également commentaires sous le chapitre de l’étude consacré aux « acteurs » de
l’environnement : le « public ».
45
Pour une analyse plus approfondie du régime des installations classées, cf. Annexe V :
Analyse détaillée des dispositions sur les évaluation environnementales et les
installations classées contenues dans les deux projets de loi-cadre environnementale.
En relation avec les mesures sectorielles spécifiques à la gestion des sols, des terres et de
l’eau, des déchets, etc., des mesures spécifiques sont prévues à juste titre par les deux
projets. Il s’agit d’une particularité de ces projets qui, du point de vue d’aménagement
global durable, sont réellement innovants.
Le dispositif du projet ministériel (art. 58 à 62) est extrêmement bien fait et complet. Il
prévoit notamment que l’ensemble des « documents d’urbanisme » (Schémas
d’Aménagement du Territoire au niveau national, les Plans d’Aménagement Régionaux,
Locaux et Particuliers) :
En relation avec les dispositions concernant la gestion des terres, la gestion de l´eau, la
conservation de la diversité biologique, la lutte contre la pollution des sols, des déchets, des
OGM et des installations classées, le projet parlementaire présente trois innovations
intéressantes :
• le concept de « périmètres rapprochés des points d’eau » évoqué plus haut (art. 70 et
suivants);
46
Les deux projets prévoient des mécanismes de sanction et de réparation en cas d´atteinte
ou de dommage à l´environnement et à la santé humaine.
Le projet ministériel prévoit que des transactions peuvent être consenties. Il est
important que celles-ci soient strictement encadrées par la loi, pour éviter que le recours
aux transactions soit systématique et que les délinquants environnementaux échappent a
toute poursuite judiciaire.
47
Dans la plupart des situations visées, le projet parlementaire prévoit que le dommage a été
causé directement ou indirectement, ce qui permet de faciliter la mise en œuvre de la
responsabilité civile.
48
4. Il faut que les parties prenantes s’entendent sur la nature du projet visé : loi-cadre, loi
mixte (contenant des dispositions sectorielles) ou bien processus de codification.
5. Les deux projets présentent des avantages qui apparaissent dans l’analyse
comparée. Souvent, ils sont complémentaires, donc la rédaction d’un « troisième
projet » issu des deux projets actuels est possible techniquement.
6. Le projet final doit déterminer de manière précise comment les dispositions nouvelles
vont s´insérer aux dispositions antérieures. Un processus de réflexion devrait avoir
lieu pour savoir quelles sont les dispositions antérieures qui devraient être abrogées,
etc.
10. Une feuille de route pour la finalisation de ce projet de loi-cadre devrait être établie,
avec un segment politique et un groupe restreint de rédaction technique constitué
des représentants des acteurs.
49
1. Le projet ministériel :
• L’article 9 du projet ministériel selon lequel « si, à une action susceptible d’avoir un
impact préjudiciable à l’environnement, peut être substituée une autre action qui
présente un risque ou un danger bien moindre, cette dernière action est choisie
même si elle entraîne des coûts plus élevés en rapport avec les valeurs à protéger ».
• L’article 140 du projet ministériel qui prévoit que « sont compétents pour
rechercher et constater les infractions aux dispositions de la présente loi et de ses
mesures d’application, outre les officiers du ministère public et de la police judiciaire,
les fonctionnaires et agents assermentés des administrations centrales, provinciales
ou locales ayant compétence en matière de gestion et de protection de
l’environnement ».
2. Le projet parlementaire :
50
51
21
Le projet final devrait sans doute définir ou apporter plus de précisions quant au
« responsable ».
22
Cet article prête à confusion. La formulation de cet article devrait être retravaillée.
52
Les deux projets prévoient des régimes de gestion des déchets urbains qui contiennent des
dispositions similaires. Ils prévoient notamment que les entités territoriales décentralisées
assurent la gestion des déchets urbains (art. 108/PM et 97/PP). Le projet parlementaire
ajoute qu´elles doivent également assurer les opérations d´assainissement des eaux usées.
Ils prévoient la mise en plan de plans provinciaux ou locaux directeurs de gestion des
déchets urbains (art. 108/PM et 97/PP).
Concernant les déchets médicaux, le projet parlementaire est plus élaboré que le projet
ministériel. Ce dernier prévoit que les producteurs de déchets hospitaliers, médicaux et
biomédicaux veillent à leur stockage et à leur élimination séparée. Un texte réglementaire
doit fixer les conditions particulières de leur traitement et élimination (art. 113/PM).
54
Dans le projet ministériel, tout déchet en provenance de l´étranger est présumé dangereux.
Le projet interdit l´importation de déchets nucléaires et autres déchets dangereux, c´est-à-
dire provenant de l´étranger. Le Ministre de l´Env. fixe la liste des déchets visés par cette
interdiction. On peut se demander si cette interdiction d´importation est également applicable
aux déchets en provenance du continent africain. La prudence s´impose quant à des
mesures d´interdiction absolue, qui doivent être lues en rapprochement avec les obligations
conventionnelles qui s´imposent à la RDC. En effet, si elles sont conformes à la Convention
de Bâle, qui reconnaît le droit pour toute Partie d´interdire des mouvements transfrontières
sur son territoire, elles s´avèrent difficilement compatibles avec la Convention de Bamako.
Cette dernière prohibe tout mouvement de déchets dangereux d´origine extra-africaine mais
autorise et organise les mouvements transfrontières de déchets d´origine africaine sur le
continent. Une mesure d´interdiction absolue peut poser un problème de réciprocité dans la
mise en œuvre de la Convention de Bamako.
Le projet parlementaire définit un déchet dangereux comme étant un déchet défini par le
Premier Ministre en tant que tel et considéré comme dangereux pour la santé humaine ou
l´environnement. On remarque que, contrairement au projet ministériel, aucun élément
d´extranéité n´intervient dans la définition de « déchet dangereux ». Le projet parlementaire
interdit l´importation de déchets considérés comme dangereux et de déchets radioactifs.
Toutefois, il ne s´agit pas d´une interdiction absolue car elle est modérée par l´article 105
selon lequel l´importation de déchets peut être interdite si le gouvernement a des raisons de
croire qu´ils n´y seront pas gérés selon des méthodes écologiquement rationnelles (en
accord avec la Convention de Bale).
Seul le projet parlementaire prévoit des dispositions spéciales sur les déchets nucléaires.
Ces dispositions présentent l´avantage de rester générales, ce qui facilite leur insertion au
sein d´une loi-cadre. Il prévoit que les déchets radioactifs produits au Congo doivent être
réduits au strict minimum et traités, transportés, stockés et éliminés sans danger afin de
protéger la santé humaine et l´environnement.
55
56
23
Cf. Article 118.
57
La plupart de ces aspects n´ont pas lieu de figurer au sein d´une loi-cadre environnementale
mais plutôt dans une loi sectorielle sur les biotechnologies. La RDC est actuellement en train
d´élaborer une législation en la matière qui, souhaitons-le, abordera et détaillera ces
différents aspects.
58
De manière générale, les deux projets prévoient des mesures de prévention des risques :
59
60
Les deux projets encadrent les évaluations environnementales de manière générale. Ils se
concentrent principalement sur l´élaboration d´étude d´impact sur l´environnement. Le projet
ministériel prévoit la réalisation d’un audit environnemental.
Champ d´application :
- l´étude d´impact environnemental et social est obligatoire et préalable alors que dans le
projet parlementaire, l´évaluation environnementale est réalisée à un stade aussi précoce
que possible (art. 24, al 2/PP).
61
Contenu :
Les deux projets prévoient qu´un texte règlementaire viendra fixer les conditions de
réalisation de telles évaluations (art. 71/PM et art. 25/PP). Toutefois, le projet ministériel
présente l´avantage de fixer des règles plus détaillées quant au contenu de ces évaluations,
assurant un minimum de sécurité juridique (art. 72/PM et 28/PP). De plus, il prévoit que la
fourniture d´information erronées ou inexactes est passible de sanctions pénales (art.
142/PM).
Procédure :
Effets :
Le projet ministériel prévoit que toute autorisation délivrée en l´absence de la réalisation des
évaluations environnementales qu´il vise est nulle de plein droit (art. 76/PM). De plus, il
prévoit des sanctions pénales pour toute personne qui réalise ou contribue à réaliser un
ouvrage sans étude d´impact alors qu´elle y était soumise (art. 141/PM). Le tribunal peut
ordonner la destruction de l´ouvrage ou la remise en état des lieux aux frais des intéressés.
Le projet ministériel prévoit également des sanctions pénales en cas d´absence d´étude
d´impact environnemental ou d´absence d´approbation (art. 143/PP).
• L´audit environnemental
Les deux projets, en particulier le projet parlementaire, détaillent trop le régime des
installations classées au regard des objectifs d´une loi-cadre. Le projet parlementaire fixe
presque entièrement le régime des installations classées (les différentes classes
d´installations, les obligations selon la classe, l´obligation de réaliser une étude de danger, la
constitution de garanties financières, les cas d´extension et de transformation...). Si la RDC a
besoin de se doter d´une nouvelle législation en matière d´installations classées, cette
dernière étant d´une telle complexité, elle serait mieux encadrée par une législation
sectorielle.
Définition :
62
Le projet ministériel prévoit la répartition des installations classées en deux classes alors que
le projet parlementaire prévoit la création de trois classes au sein de la nomenclature (art.
80/PM et art. 46/PP). Le projet ministériel présente l´avantage de mettre en place un
système de classification simple et claire.
Toute installation classée doit, selon les cas, obtenir une autorisation administrative ou se
déclarer auprès de l´administration pour exercer ses activités. Les deux projets prévoient des
dispositions quant à la procédure d´ouverture des installations classées, en particulier le
projet parlementaire.
Consultation publique :
Une fois que l´installation s´est vue délivrée une autorisation administrative pour exercer ses
activités ou s´est déclarée auprès de l´administration, elle doit respecter un certain nombre
de prescriptions techniques. Les deux projets prévoient que le Ministre de l´Environnement
fixe les prescriptions techniques s´imposant aux installations classées (art. 83/PM et art.
51/PP).
Le projet ministériel énonce également que l´acte d´autorisation doit préciser les conditions
d´installation et d´exploitation de l´installation (art. 84/PM). De plus, le projet parlementaire
prévoit et encadre la mise en place de servitudes d´utilité publique (art. 56 et suivants/PP).
Les deux projets prévoient la remise en état du site d´exploitation. Le projet ministériel
prévoit que « tout exploitant est tenu de remettre en état le site d´exploitation après
cessation des activités » (art. 88/PM). Le projet parlementaire prévoit que toute installation
classée soumise à autorisation prévoit, dans son étude d´impact, les conditions de remise,
après exploitation, du site dans un état tel qu´il n´y ait plus d´inconvénients ou de dangers
pour la santé ou l´environnement (art. 60/PP). On remarque que le projet ministériel ne
distingue pas entre installations soumises à autorisation et installations soumises à
déclaration, contrairement au projet parlementaire. Toutes les installations semblent
soumises à l´obligation de remise en état après la cessation de l´activité. De plus, le projet
ministériel met en place une obligation stricte de remise en état alors que le projet
parlementaire fait juste mention de l´obligation de prévoir les conditions de remise en état du
site dans le cadre de l´étude d´impact.
64
Il est intéressant de noter que les deux projets autorisent les sanctions administratives après
mise en demeure assortie d´un délai d´exécution (exécution d´office des travaux
nécessaires, suspension du fonctionnement de l´installation jusqu´à la réalisation des
travaux, fermeture définitive de l´installation) (art. 87/PM et art. 59/PP).
65
Ce document de travail n°1 a pour but de donner un aperçu général de la composition d´une
loi-cadre environnementale. Il s´est inspiré de différentes lois-cadres élaborées par des pays
Africains francophones et anglophones, ce qui signifie qu´il est imprégné des traditions
juridiques et des réalités économiques et environnementales de ce continent.
En lisant ce document, il est important de garder à l´esprit qu´il n´existe pas de loi-cadre
environnementale type. Il s´agit d´un instrument juridique flexible qui s´adapte au contexte
historique, économique, culturel et environnemental du pays auquel il a vocation à
s´appliquer. Les exemples fournis dans ce document sont issus des pratiques nationales, ce
qui implique qu´ils ne sont pas forcément pertinents pour tous les pays. Donc, une loi-cadre
environnementale ne traitera pas forcément de tous les thèmes vus ici.
• Une loi-cadre est avant tout une loi qui va fixer les règles et principes généraux
en matière de gestion de l´environnement.
• De manière générale, elle va encadrer l´élaboration des politiques
environnementales, l´organisation des institutions, les relations entre les
acteurs environnementaux, la prévention des pollutions ainsi que la
réglementation de la pollution, la protection des ressources naturelles ainsi
que les régimes de contrôle et de sanction.
• Une loi-cadre n´a pas pour vocation de règlementer tous ces aspects de
l´environnement de manière détaillée.
• Elle a pour but d´assurer une cohérence entre des législations sectorielles
environnementales détaillées. Il s´agit avant tout d´un instrument d´intégration
juridique de la gestion de l´environnement24.
Les exemples fournis dans ce qui suit doivent faciliter la compréhension du lecteur.
24
Emmanuel G. Moutondo, « Les lois-cadres environnementales dans les pays francophones
d´Afrique », in Aspects contemporains du droit de l´environnement en Afrique de l´ouest et centrale,
ouvrage coordonné par Laurent Granier, UICN, Droit et politique de l´environnement, n°69, 2008, P.
58.
66
Une loi-cadre environnementale contient toujours des dispositions précisant son objet ou ses
objectifs. Elle peut notamment viser un objectif de protection de l´environnement de manière
générale ou de développement durable.
II. Définitions
Toutes lois-cadres prévoient des définitions des termes juridiques qu´elles utilisent dans le
but de fournir une application uniforme des règles juridiques. Le degré de précision ainsi que
le nombre de ces définitions varient d´une loi-cadre à une autre. Cependant, il faut noter
qu’une brève liste de définitions est préférable pour limiter la complexité de la loi et
promouvoir sa mise en œuvre.
Il s´agit d´une partie essentielle au sein d´une loi-cadre. En effet, une loi-cadre
environnementale poursuit généralement un certain nombre de fonctions, dont l´application
des principes et des dispositions constitutionnelles fondamentales souvent identifiés dans
d´autres instruments tels que des accords environnementaux multilatéraux. La plupart du
temps, les principes généraux utilisés au sein des lois-cadres environnementales découlent
de la Conférence de Rio de 1992 ou sont considérés comme des principes généraux
découlant du droit international25.
• Principe de prévention
• Principe de précaution
• Principe du pollueur-payeur
• Principe de substitution
• Principe de responsabilité
25
Ibid., P. 59-60.
67
V. Arrangements institutionnels
26
Cf. Part II, 1), the Kenya´s Environnemental Management and Co-ordination Act (EMCA), No. 8 of
1999, disponible à l´adresse Internet suivante [Link] .
27
Cf. Part II, 2).
28
Cf. Article 6.1), Loi n°96/12 du 5 aout 1996 portant loi-cadre relative à la gestion de l´environnement
de la République du Cameroun, disponible à l´adresse Internet suivante [Link]
[Link]/images/textes/Cameroun/Cameroun%20-%20Loi%[Link] .
68
Généralement, les lois-cadres fixent les ressources qui alimentent le fonds ainsi que la
destination des sommes du fonds. Il est important d’assurer un approvisionnement continu
du fonds, une gestion transparente du fonds, et une responsabilité comptable claire et
stricte. La loi-cadre des Comores prévoit la création d´un fonds d´affectation spéciale pour la
gestion de l´Environnement et contient des dispositions sur l´alimentation de ce fonds ainsi
29
Cf. Titre Premier, Chapitre Premier, Loi n°98-030 du 12 février 1999 portant loi-cadre sur
l´environnement en République du Bénin, disponible à l´adresse Internet suivante
[Link] .
30
Cf. Part 3, The Zanzibar’s Environmental Management for Sustainable Development Act, Act no. 2
of 1996, disponible à l´adresse Internet suivante [Link] .
31
Cf. Part 4.
32
Cf. Articles 40 et suivants, Loi organique portant modalités de protéger, sauvegarder et promouvoir
l´environnement au Rwanda, No. 04/2005 du 08/04/2005, disponible à l´adresse Internet suivante
[Link] .
69
La loi-cadre du Niger prévoit des mesures économiques incitatives. Par exemple, « l´Etat
peut octroyer, sous forme de prêts, subventions, avantages fiscaux, des aides aux
entreprises et établissements qui s´engagent à réduire progressivement les pollutions et
nuisances qu´ils produisent »35.
Une bonne majorité des lois-cadres environnementales36 prévoit des dispositions générales
encadrant l´information, la participation du public lors de l´élaboration des politiques
environnementales ainsi que l´accès à la justice (par exemple, la loi-cadre du Cameroun
consacre tout un chapitre à la participation des populations 37). Cela se concrétise par
l´encadrement de :
33
Cf. articles 15 et 16, Loi-Cadre n°94-018 du 22 juin 1994 relative à l´Environnement de la
République Fédérale Islamique des Comores, disponible à l´adresse Internet suivante
[Link] .
34
Cf. Article 17.
35
Cf. Articles 24, 25 et 26, Loi N° 98- 56 du 29 Décembre 1998 portant loi-cadre relative à la Gestion
de l’Environnement de la République du Niger, disponible à l´adresse Internet suivante
[Link] .
36
Les lois-cadres environnementales récentes intègrent et mettent en place plus volontiers les
principes d´information, de participation et d´accès à la justice en matière environnementale du public.
Cela est dû à une prise en compte de l´évolution du droit international de l´environnement, notamment
l´émergence et l´ancrage de ces principes par les acteurs politiques internationaux.
37
Cf. Articles 72 et suivants.
38
Cf. Article 21.
39
Cf. Article 19.
70
L´objectif d´une loi-cadre environnementale est de prévenir ou de lutter contre toute atteinte
dommageable à l´environnement, peu importe si elle concerne la pollution de l´atmosphère,
la dégradation des eaux ou des sols, ou encore la protection du bien-être et de la vie
humaine, ainsi que les ressources animales ou végétales 43. Les dispositions concernant la
protection de l´environnement en tant que telle vont donc revêtir une importance majeure.
Dans bien des cas, on va trouver la majorité des dispositions touchant à la protection de
l´environnement sous deux thèmes majeurs: la conservation des ressources naturelles et la
prévention de la pollution44. Il est difficile de fixer avec précision le contenu des lois-cadres
environnementales concernant la protection de l´environnement. Toutefois, on voit se
dégager des tendances :
40
Cf. Article 8.
41
Cf. Articles 17 et suivants.
42
Cf. Part 5.
43
Emmanuel G. Moutondo, op. cit., P. 57.
44
Par exemple, la loi-cadre environnementale du Zanzibar traite de ces deux thèmes sous deux
parties : la première s´intitule « control and management of specific environmental threats » et traite
de la prévention de la pollution. La seconde s´intitule « protected areas and biological diversity » et
traite de la conservation de la nature.
71
Les activités humaines, aussi bien en terre qu´en mer, constituent une menace pour les
milieux marins qui n´ont cessé de se détériorer ces dernières années, en dépit de
l´élaboration d´instruments juridiques internationaux de lutte contre les dégradations de
l´environnement marin. Les lois-cadres environnementales prennent généralement en
compte les aspects de cette pollution et traitent de :
73
La préservation et l´accès à l´eau sont des questions préoccupantes qui figurent au sein des
dispositions de la plupart des lois-cadres environnementales. Ces dernières peuvent
encadrer :
Une loi-cadre environnementale peut contenir des dispositions concernant la lutte contre la
pollution de l´air et la détérioration de l´atmosphère qui touchent à :
Une loi-environnementale peut contenir des dispositions sur la protection des sols et sous -
sols qui vont toucher :
56
Cf. Article 39.
57
Cf. Article 48.
58
Cf. Article 43.
59
Cf. Articles 21 et 22.
60
Cf. Article 27.
74
La problématique de la production, de la gestion et de la fin de vie des déchets est une des
préoccupations majeures des temps actuels, souvent reflétée au sein des lois-cadres
environnementales. Ces dernières vont contenir des dispositions règlementant la gestion des
déchets de manière générale et/ou certains cas de figure comme les déchets radioactifs ou
le commerce international de déchets provenant de l´étranger.
61
Cf. Article 67.
62
Cf. Article 20.
63
Cf. Articles 86 et suivants.
64
Cf. Articles 65 et suivants.
65
Cf. Articles 62 et suivants.
75
66
Cf. Articles 57 et suivants.
67
Cf. Article 92.
68
Cf. Article 93.
69
Cf. Articles 94 et 101.
70
Cf. Articles 95, 96 et 97.
71
Cf. Article 98.
76
Généralement, les lois-cadres environnementales vont encadrer la lutte contre le bruit et les
nuisances olfactives. Par exemple, la loi-cadre Camerounaise prévoit que sont interdites les
émissions de bruits et d´odeurs susceptibles de nuire à la santé de l´homme, de constituer
une gêne excessive pour le voisinage ou de porter atteinte à l´environnement et précise
qu´un décret d´application doit intervenir 74.
Comme ce document l´a déjà précisé, il est difficile d´arrêter un contenu fixe pour une loi-
cadre environnementale. Ici figurent d´autres matières qui peuvent être traitées au sein de
lois-cadres :
• La surveillance et le contrôle
72
Cf. Articles 54 et suivants.
73
Cf. Articles 68 et 69.
74
Cf. Articles 60 et suivants.
75
Cf. Articles 74 et suivants.
77
Généralement, une loi-cadre prévoit des infractions pénales, assorties de sanctions pénales,
pour quiconque viole ses dispositions. Par exemple, la loi-cadre environnementale des
Comores prévoit un cadre répressif en cas de violations de ses dispositions. Elle crée des
infractions pénales, assorties de peines d´emprisonnement ou d´amende 76. Certaines lois-
cadres environnementales vont même plus loin. Par exemple, la loi-cadre environnementale
du Bénin précise que les délits et infractions environnementaux peuvent faire l´objet de
transactions77, encadre la mise en mouvement de l´action publique, notamment par les
associations environnementales 78, désigne la responsabilité du chef d´entreprise79, aborde la
remise en état des biens ou sites dégradés 80… Quant à la loi-cadre environnementale du
Kenya, elle crée un Tribunal National Environnemental en charge de résoudre les litiges en
rapport avec l´environnement 81.
Dans certains pays, la loi-cadre environnementale prévoit des dispositions de droit civil. Ces
dernières sont variées. Il peut s´agir de dispositions touchant à la responsabilité civile, au
droit de propriété ou encore à la remise en état. Par exemple, la loi-cadre environnementale
du Kenya encadre la procédure de remise en état et de restauration du milieu détérioré, les
servitudes environnementales...82
Généralement, les lois-cadres prévoient l´entrée en vigueur de leurs dispositions ainsi qu´un
délai afin que les dispositions contenues dans des lois ou règlementations antérieures soient
mises en conformité avec la loi-cadre ou soient abrogées.
76
Cf. Partie 7 « des dispositions pénales ».
77
Cf. Article 108.
78
Cf. Article 109.
79
Cf. Article 110.
80
Cf. Article 111.
81
Cf. Articles 125 et suivants.
82
Cf. Articles 108 à 116.
78
79
Convention de Ramsar relative aux zones humides d'importance internationale particulièrement comme habitats des
oiseaux d'eau
Objectif :
Favoriser la conservation et l´utilisation rationnelle des zones humides par des mesures prises au plan national et par la
coopération internationale comme moyens de parvenir au développement durable dans le monde entier.
- La restauration des milieux endommagés est un des objets de - Obligation de procéder à une étude d´impact
la loi (art 1). environnementale quand des ouvrages, projets ou activités vont
affecter les ressources naturelles, les écosystèmes ou nuire à la
- Mise en place de politiques et de programmes de coopération biodiversité (art 24, al 2). La non-réalisation de cette étude ou
internationale dans le domaine de la sauvegarde de la diversité l´absence d´approbation est passible de sanctions pénales (art
biologique dans le cadre d´accords internationaux (article 17). 143).
- Article 48 : - Les politiques, programmes et autres documents de
planification dont la réalisation est susceptible d´affecter les
*Certains espaces, forêts, cours d´eau ou lacs peuvent être
déclarés zones de protection spéciale en raison de leur valeur ressources naturelles, les écosystèmes ou la diversité
scientifique, écologique, culturelle, esthétique, sociale, récréative biologique font l´objet d´une évaluation environnementale (art
ou de la richesse de leur paysage. 27).
80
*Ils peuvent donner lieu à des transactions de services - Article 41 :
environnementaux sur une base onéreuse.
*Etablissement d´un système d´aires protégées viable et
- Le Ministre de l´Env. peut proposer des mesures en vue de représentatif des écosystèmes et de la diversité biologique ;
protéger et maintenir la diversité biologique hors des zones
protégées (article 49). *Etablissement de sites où des mesures spéciales sont prises
pour assurer la conservation des écosystèmes et des habitats
- La réalisation d´une étude d´impact environnementale et naturels, des espèces de faune et de flore sauvages ;
sociale préalable est obligatoire lors de la réalisation de tout
programme, plan, projet de développement… dont l´activité *Création et gestion concertée d´aires protégées transfrontières
risque d´avoir des impacts sur l´environnement et le patrimoine afin de conserver des habitats naturels, de protéger des
culturel physique (art 70). L´absence d´étude d´impact (art 141) espèces de faune et de flore sauvages et de développer la
et la fourniture d´informations erronées ou inexactes (art 142) recherche et le tourisme ;
sont passibles de sanctions pénales.
*Conservation ex situ ;
- L´étude d´impact environnementale et sociale s´applique à *Renvoi à une loi sectorielle sur la conservation de la nature
toute exploitation de forêts à titre industriel ou commercial ou pour fixer les règles relatives à la création et à la gestion des
transaction pour services environnementaux portant sur une aires protégées.
quelconque forêt, zone protégée ou écosystème (art 50).
- Ne sont pas autorisées les prospections minières (art 61) ni
- Les documents d´urbanisme doivent tenir compte des l´exploitation de gisements d´hydrocarbures (art 62) dans les
exigences de la protection de l´environnement, du respect du aires protégées.
mode de vie et du bien-être de la population locale, des aires
protégées… (article 58). - Une convention pétrolière définit les obligations
environnementales et les mesures de préservation des
- Les plans d´aménagement doivent être élaborés de manière à ressources de la faune et de la flore dans le périmètre
respecter la préservation des écosystèmes naturels, les zones
d´exploitation des gisements d´hydrocarbures (art 64).
protégées… Ils sont soumis à une étude d´impact
environnementale et sociale (article 59). - Les activités les plus polluantes de l´air sont limitées dans les
aires ou sites protégés (article 67, al 2).
- La réalisation de projets d´aménagements, d´ouvrages ou de
81
travaux est précédée d´une enquête publique lors de la création - Certains documents d´urbanisme préservent les espaces
d´aires protégées (art 63). terrestres et marins, zones protégées, milieux nécessaires
présentant un intérêt écologique… (article 125, al 2).
- La prospection et l´exploitation minière ou de carrière,
industrielle ou artisanale, sont strictement interdites dans tout site - Compétence du 1 er Ministre pour fixer la liste et modalités des
ou aire protégée (article 121). espaces et milieux à préserver (article 125, al 3).
- La prospection ou l´exploitation minière ou de carrière peut - Quiconque endommage ou détruit un site, un paysage ou un
également être interdite en dehors des aires protégées, afin de monument naturel est passible de sanctions pénales (article
sauvegarder des écosystèmes remarquables ou des espèces de 154).
faune et de flore menacées (article 122).
Remarques : Il n´existe pas de dispositions particulières qui traitent directement de la conservation des zones humides et des
oiseaux d´eaux dans les deux projets. Toutefois, chacun de ces projets crée un régime général sur les aires protégées dans lequel
82
peuvent s´insérer certaines obligations découlant de la Convention RAMSAR (comme la création de réserves naturelles dans les
zones humides).
Globalement, les deux projets abordent la création d´aires protégées de la même manière. Toutefois, le projet ministériel ne fait pas
référence à des « aires protégées » mais à des « zones de protection spéciale » (est-ce que cela signifie qu´il met en place un
système de conservation de la diversité biologique moins protecteur ?) tandis que le projet parlementaire distingue entre la création
d´ « aires protégées » et des « sites où des mesures spéciales sont prises ».
A noter également que le projet ministériel prévoit la réalisation d´une étude d´impact environnementale et sociale . De plus, il prévoit
que les zones de protection spéciale peuvent donner lieu à des transactions de services environnementaux sur une base onéreus e.
83
Convention de l´UNESCO concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel
Objectif :
Encourager l´identification, la protection et la préservation du patrimoine culturel et naturel à travers le monde considéré comme
ayant une valeur exceptionnelle pour l´humanité
- Certains espaces , forêts, cours d´eau ou lacs peuvent être - Obligation de procéder à une étude d´impact environnementale
déclarés zones de protection spéciale en raison de leur valeur quand des ouvrages, projets ou activités vont affecter les
scientifique, écologique, culturelle, esthétique, sociale, récréative ressources naturelles, les écosystèmes ou nuire à la biodiversité
ou de la richesse de leur paysage (article 48). (art 24, al 2). La non-réalisation de cette étude ou l´absence
d´approbation est passible de sanctions pénales (art 143).
- La réalisation d´une étude d´impact environnementale et
sociale préalable est obligatoire lors de la réalisation de tout - Les politiques, programmes et autres documents de
programme, plan, projet de développement… dont l´activité planification dont la réalisation est susceptible d´affecter les
risque d´avoir des impacts sur l´environnement et le patrimoine ressources naturelles, les écosystèmes ou la diversité biologique
culturel physique (art 70). L´absence d´étude d´impact (art 141) font l´objet d´une évaluation environnementale (art 27).
et la fourniture d´informations erronées ou inexactes (art 142)
sont passibles de sanctions pénales. - Article 39 :
- L´étude d´impact environnementale et sociale s´applique à *Rôle du gouvernement dans l´identification, la protection, la
84
toute exploitation de forêts à titre industriel ou commercial ou conservation, la mise en valeur et la transmission aux
transaction pour services environnementaux portant sur une générations futures du patrimoine naturel et culturel situé sur le
quelconque forêt, zone protégée ou écosystème (art 50). territoire national ;
- Les documents d´urbanisme doivent tenir compte des *Mise en place d´une politique générale visant à assigner une
exigences de la protection de l´environnement, du respect du fonction au patrimoine naturel et culturel et à les protéger.
mode de vie et du bien-être de la population locale, des aires
protégées, et des spécificités culturelles et architecturales des - Article 41 :
sites et paysages (article 58). *Etablissement d´un système d´aires protégées viable et
- Les plans d´aménagement doivent être élaborés de manière à représentatif des écosystèmes et de la diversité biologique ;
respecter la préservation des écosystèmes naturels, les zones * Etablissement d´un système de sites où des mesures spéciales
protégées… Ils sont soumis à une étude d´impact sont prises pour assurer la conservation des écosystèmes et des
environnementale et sociale (article 59).
habitats naturels, des espèces de faune et de flore sauvages
- La réalisation de projets d´aménagements, d´ouvrages ou de ainsi que des monuments classés d´intérêt scientifique, culturel
travaux est précédée d´une enquête publique lors de la création et historique ;
d´aires protégées (art 63). *Création et gestion concertée d´aires protégées transfrontières
- La prospection et l´exploitation minière ou de carrière, afin de conserver des habitats naturels, de protéger des espèces
industrielle ou artisanale, sont strictement interdites dans tout site de faune et de flore sauvages et de développer la recherche et le
ou aire protégée (article 121). tourisme ;
85
127). - Ne sont pas autorisées les prospections minières (art 61) ni
l´exploitation de gisements d´hydrocarbures (art 62) dans les
- La reconnaissance, l´exploration et l´exploitation aires protégées.
d´hydrocarbures peut également être interdite en dehors des
aires protégées, afin de sauvegarder des écosystèmes - Une convention pétrolière définit les obligations
remarquables ou des espèces de faune et de flore menacées environnementales et les mesures de préservation des
(article 128). ressources de la faune et de la flore dans le périmètre
d´exploitation des gisements d´hydrocarbures (art 64).
- Responsabilité des organismes de droit public dans la
protection et mise en valeur du patrimoine culturel et historique - Les activités les plus polluantes de l´air sont limitées dans les
(article 131). aires ou sites protégés (article 67, al 2).
- Interdiction de la destruction ou dégradation des sites et des - Certains documents d´urbanisme préservent les espaces
monuments présentant un intérêt scientifique, culturel et terrestres et marins, zones protégées, sites et paysages
historique (article 132). remarquables ou caractéristiques du patrimoine naturel et
culturel du littoral et les milieux nécessaires présentant un intérêt
- Le Ministre en charge de la culture fixe les conditions et écologique (article 125, al 2).
modalités de protection du patrimoine culturel, historique et
architectural (article 133). - Compétence du 1 er Ministre pour fixer la liste et modalités des
espaces et milieux à préserver (article 125, al 3).
- Toute personne qui détruit ou dégrade un site ou un monument
classé est passible de sanctions pénales (article 155). - Quiconque endommage ou détruit un site, un paysage ou un
monument naturel ou culturel est passible de sanctions pénales
(article 154).
Remarques : Chacun des deux projets prévoit un régime de conservation du patrimoine naturel et culturel ayant un intérêt particulier
(scientifique, culturel, historique…). Ils prévoient également la réalisation d´une étude d´impact environnementale au préalable. Il faut
noter que le projet ministériel vise la réalisation d´une « étude d´impact environnementale et sociale ».
86
Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES)
Objectif :
Encadrer et réglementer le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d´extinction
Remarques : Dans les deux projets, il n´y a aucune référence à la CITES, sans doute pour les raisons suivantes :
- Il existe déjà une réglementation nationale encadrant le commerce des espèces sauvages désignées par la CITES83.
- Une nouvelle législation sur la conservation de la nature est en cours de réalisation 84.
83
Les principaux textes sont les suivants : Ordonnance loi n°69 -041 du 22 août 1969 relative à la Conservation de la Nature, Loi n°82-002 du 28
mai 1982 portant réglementation de la chasse, Arrêté départemental 069 du 04 décembre 1980 portant dispositions relatives à la délivrance du
permis de légitime détention et du permis d’importation ou d’exportation, Arrêté n°056 CAB/MIN/AFF-ECNT/F/01/00 du 28 mars 2000 portant
réglementation du commerce international des espèces de la faune et de la flore menacées d'extinction, Protocole d'accord de collaboration
administrative pour la lutte contre le commerce des espèces CITES du 19 août 2002.
87
- Les deux textes manquent d´ambition en matière de protection de la nature.
Etat Partie à la CITES, la RDC possède un nombre important d´espèces figurant dans les annexes de la CITES : un peu moins de
300 espèces actuellement menacées d´extinction sont concernées par la réglementation du commerce les touchant. Etant donné le
contexte, il serait pertinent que le projet final fasse au moins une référence au commerce des espèces menacées85.
84
Ndungidi, P., “Une nouvelle loi pour la conservation de la nature”, Médiaterre, 20 août 2008, on Internet:
[Link]
85
UNEP-WCMC. 3 February, 2009. UNEP-WCMC Species Database: CITES-Listed Species, on Internet : [Link]
[Link]/isdb/CITES/Taxonomy/country_list.cfm/isdb/CITES/Taxonomy/country_list.cfm?displaylanguage=fra&Country=CD&submit=OK
88
Convention de Bonn sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage
Objectif :
Assurer la conservation des espèces migratrices terrestres, marines et aériennes sur l'ensemble de leur aire de répartition.
- La restauration des milieux endommagés est un des objets de - Obligation de procéder à une étude d´impact environnementale
la loi (art 1). quand des ouvrages, projets ou activités vont affecter les
ressources naturelles, les écosystèmes ou nuire à la biodiversité
- Mise en œuvre de politiques et de programmes de coopération (art 24, al 2). La non-réalisation de cette étude ou l´absence
internationale (art 17). d´approbation est passible de sanctions pénales (art 143).
- Article 48 : - Les politiques, programmes et autres documents de
*Certains espaces, forêts, cours d´eau ou lacs peuvent être planification dont la réalisation est susceptible d´affecter les
déclarés zones de protection spéciale en raison de leur valeur ressources naturelles, les écosystèmes ou la diversité biologique
scientifique, écologique, culturelle, es thétique, sociale, récréative font l´objet d´une évaluation environnementale (art 27).
ou de la richesse de leur paysage ; - Article 29 :
*Ils peuvent donner lieu à des transactions de services *Développement de la formation et de la recherche scientifique et
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environnementaux sur une base onéreuse. technologique ;
- Le Ministre de l´Env. peut proposer des mesures en vue de *L´Etat finance le développement de la recherche scientifique et
protéger et maintenir la diversité biologique hors des zones technologique en vue de la mise en œuvre des AME et
protégées (article 49). encourage les progrès scientifiques en matière de diversité
biologique.
- La réalisation d´une étude d´impact environnementale et
sociale préalable est obligatoire lors de la réalisation de tout - Article 41 :
programme, plan, projet de développement… dont l´activité
risque d´avoir des impacts sur l´environnement et le patrimoine *Etablissement d´un système d´aires protégées viable et
culturel physique (art 70). L´absence d´étude d´impact (art 141) représentatif des écosystèmes et de la diversité biologique ;
et la fourniture d´informations erronées ou inexactes (art 142) *Etablissement de sites où des mesures spéciales sont prises
sont passibles de sanctions pénales. L´étude d´impact pour assurer la conservation des écosystèmes et des habitats
environnementale et sociale s´applique à toute exploitation de
naturels, des espèces de faune et de flore sauvages ;
forêts à titre industriel ou commercial ou transaction pour
services environnementaux portant sur une quelconque forêt, *Création et gestion concertée d´aires protégées transfrontières
zone protégée ou écosystème (art 50). afin de conserver des habitats naturels, de protéger des espèces
de faune et de flore sauvages et de développer la recherche et le
- Les documents d´urbanisme doivent tenir compte des
tourisme ;
exigences de la protection de l´environnement, du respect du
mode de vie et du bien-être de la population locale, des aires *Conservation ex situ ;
protégées… (article 58).
*Renvoi à une loi sectorielle sur la conservation de la nature pour
- Les plans d´aménagement doivent être élaborés de manière à fixer les règles relatives à la création et à la gestion des aires
respecter la préservation des écosystèmes naturels, les zones protégées.
protégées… Ils sont soumis à une étude d´impact
environnementale et sociale (article 59). - Ne sont pas autorisées les prospections minières (art 61) ni
l´exploitation de gisements d´hydrocarbures (art 62) dans les
- La réalisation de projets d´aménagements, d´ouvrages ou de aires protégées.
travaux est précédée d´une enquête publique lors de la création
- Une convention pétrolière définit les obligations
90
d´aires protégées (art 63). environnementales et les mesures de préservation des
ressources de la faune et de la flore dans le périmètre
- La prospection et l´exploitation minière ou de carrière, d´exploitation des gisements d´hydrocarbures (art 64).
industrielle ou artisanale, sont strictement interdites dans tout site
ou aire protégée (article 121). - Les activités les plus polluantes de l´air sont limitées dans les
aires ou sites protégés (article 67, al 2).
- La prospection ou l´exploitation minière ou de carrière peut
également être interdite en dehors des aires protégées, afin de - Certains documents d´urbanisme préservent les espaces
sauvegarder des écosystèmes remarquables ou des espèces de terrestres et marins, zones protégées, milieux nécessaires
faune et de flore menacées (article 122). présentant un intérêt écologique… (article 125, al 2).
- La reconnaissance, l´exploration et l´exploitation - Compétence du 1 er Ministre pour fixer la liste et modalités des
d´hydrocarbures est interdite dans tout site ou aire protégée (art espaces et milieux à préserver (article 125, al 3).
127). La reconnaissance, l´exploration et l´exploitation
d´hydrocarbures peut également être interdite en dehors des - Quiconque endommage ou détruit un site, un paysage ou un
aires protégées, afin de sauvegarder des écosystèmes monument naturel ou culturel est passible de sanctions pénales
remarquables ou des espèces de faune et de flore menacées (article 154).
(article 128).
Remarques : Au sein des deux projets, il n´ex iste pas de dispositions particulières qui traitent directement de la conservation des
espèces migratrices protégées par la Convention de Bonn, ses annexes et ses accords. Toutefois, chacun d´entre eux crée un
régime général sur les aires protégées dans lequel s´insèrent certaines obligations découlant de la Convention de Bonn (Cf. les
remarques sous la Convention RAMSAR, qui sont également valables dans ce cas de figure). Il est intéressant de constater que le
projet ministériel prévoit que le Ministre de l´Environnement peut proposer des mesures en vue de protéger et maintenir la diversité
biologique hors des zones protégées. Il peut donc proposer des mesures pour les protéger lors de leur migration par exemple.
91
Convention sur la diversité biologique (CDB)
Objectif :
- Le partage juste et équitable des avantages découlant de l´exploitation des ressources génétiques.
- L´objectif de la loi est notamment de restaurer les milieux - Affirmation que « la gestion durable des ressources naturelles »
endommagés et de promouvoir l´utilisation écologiquement est un objectif (article 1) ainsi qu´une obligation générale (article
rationnelle des ressources naturelles dans le respect entre autres 3). La gestion durable des ressources naturelles fait partie
des traditions et coutumes de la population de la RDC (article intégrante de la politique nationale de développement
1er). économique et sociale. Cette dernière intègre la préservation de
la diversité biologique (article 6).
- Lors de la planification et de l´exécution d´actes pouvant avoir
un impact important sur l´environnement, les autorités publiques - Tout congolais a le droit d´accéder à des informations relatives
et les particuliers se conforment à plusieurs principes, dont ceux à la diversité biologique (article 7).
de préservation de la diversité biologique et de non-dégradation
92
des ressources naturelles (article 7). - Tout congolais a le droit de participer au processus de décision
en matière de gestion des ressourc es naturelles (art 10).
- Prohibition de toute action préjudiciable à la diversité biologique
révélée par une étude d´impact environnementale et sociale, tout - Obligation de procéder à une étude d´impact lorsqu´un projet
instrument d´évaluation environnementale, ou plan ou une activité risque de nuire à la diversité biologique (art 24, al
d´aménagement forestier ou autre instrument similaire (art 10). 2). La non-réalisation de cette étude ou l´absence d´approbation
est passible de sanctions pénales (art 143).
- Article 14 :
- Les politiques, programmes et autres documents de
*Droit d´être informé de l´état de l´environnement et de participer planification dont la réalisation est susceptible d´affecter les
aux procédures préalables à la prise de décisions susceptibles ressources naturelles, les écosystèmes ou la diversité biologique
d´avoir des effets préjudiciables sur l´environnement ; font l´objet d´une évaluation environnementale (art 27).
*Les procédures de consultation et de participation sont définies - Evaluation environnementale des politiques, programmes et
en tenant compte des caractéristiques sociales et culturelles autres documents de planification qui risquent de nuire à la
ainsi que de l´origine ethnique des groupes potentiellement diversité biologique (art 27, al 1).
affectés et de la nature des impacts potentiels sur l´exercice de
leurs droits, y compris leurs droits coutumiers et la pratique de - Article 29 :
leurs traditions.
*Développement de la formation et de la recherche scientifique et
- Mise en place de politiques et de programmes de coopération technologique ;
internationale dans le domaine de la sauvegarde de la diversité
biologique dans le cadre d´accords internationaux (article 17). *L´Etat finance le développement de la recherche scientifique et
technologique en vue de la mise en œuvre des AME et
- Article 48 : encourage les progrès scientifiques en matière de diversité
biologique, de prévention des risques biotechnologiques…
*Certains espaces, forêts, cours d´eau ou lacs peuvent être
déclarés zones de protection spéciale en raison de leur valeur - Article 40
scientifique, écologique, culturelle, esthétique, sociale, récréative
ou de la richesse de leur paysage ; *Dans le cadre d´un processus participatif, le gouvernement
élabore et met en œuvre la politique nationale en matière de
*Ils peuvent donner lieu à des transactions de services conservation et d´utilisation durables des ressources
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environnementaux sur une base onéreuse, entreprises et biologiques ;
réalisées par le Ministre de l´Env. et les parties intéressées ayant
des droits ou jouissant de droits coutumiers sur les dites zones *Mise en place d´une Stratégie nationale et plan d´action de la
protégées. diversité biologique.
94
- Réalisation d´une enquête publique lors de la réalisation de d´exploitation des gisements d´hydrocarbures (art 64).
certains projets d´aménagement, d´ouvrages et de travaux. La
création d´aires protégées est concernée (Article 63). - Les activités les plus polluantes de l´air sont limitées dans les
aires ou sites protégés (article 67, al 2).
- La prospection et l´exploitation minière ou de carrière,
industrielle ou artisanale, sont strictement interdites dans tout site - Certains documents d´urbanisme préservent les espaces
ou aire protégée (article 121). terrestres et marins, zones protégées, sites et paysages
remarquables ou caractéristiques du patrimoine naturel et
- La prospection ou l´exploitation minière ou de carrière peut culturel du littoral et les milieux nécessaires présentant un intérêt
également être interdite en dehors des aires protégées, afin de écologique (article 125, al 2). Compétence du 1er Ministre pour
sauvegarder des écosystèmes remarquables ou des espèces de fixer la liste et modalités des espaces et milieux à préserver
faune et de flore menacées (article 122). (article 125, al 3)
95
morale qui exploite une installation à des fins de recherche, de
développement ou d’enseignement des OGM sans avoir obtenu
un agrément auprès de l´autorité compétente ou sans avoir
élaboré un programme de biosécurité et un plan de sécurité
biologique adaptés(art 152), ainsi que pour toute personne
physique ou morale qui importe ou met sur le marché un OGM
ou un produit dérivé sans une autorisation écrite préalable en
connaissance de cause ou sans avoir exigé et approuvé un
rapport d´évaluation des risques liés à cet OGM (art 153).
Remarques : La Convention sur la Diversité Biologique met en place des objectifs et principes essentiels de conservation des
ressources biologiques qui devraient inspirer le législateur lors de la rédaction d´une loi-cadre. Toutefois, les deux projets, même
s´ils contiennent des dispositions intéressantes, manquent de référence à l´utilisation durable des éléments de la diversité biologique
ainsi qu´au partage juste et équitable des avantages découlant de l´exploitation des ressources génétiques.
Le projet parlementaire propose une Stratégie Nationale et Plan d´Action de la diversité biologique (article 40). Cette mesure est
intéressante et mériterait d´être conservée au sein du projet final. Toutefois, le contenu de ces documents devrait être précisé pour
vérifier qu´ils fixent bien des objectifs à atteindre en matière de conservation de la biodiversité ainsi que des moyens d´action pour y
parvenir. De plus, le projet parlementaire prévoit des mesures concernant la prévention des risques liés aux organismes
génétiquement modifiés. Toutefois, il restreint l´accès aux droits qu´il met en place aux articles 7 et 10 accessibles uniquement aux
« congolais ».
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Protocole de Carthagène sur la prévention des risques biotechnologiques relatif à la CDB
Objectif :
Assurer un degré adéquat de protection pour le transfert, la manipulation et l´utilisation sans danger des organismes vivants modifiés
résultant de la biotechnologie moderne qui peuvent avoir des effets défavorables sur la conservation et l´utilisation durable de la
diversité biologique, compte tenu également des risques pour la santé humaine, en mettant l´accent sur les mouvements
transfrontières.
*Principe de Précaution ;
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tenant compte également des risques pour la santé humaine ;
- Article 114 :
98
- L´évaluation des risques fait appel à des m éthodes scientifiques
éprouvées (article 117).
Remarques : Seul le projet parlementaire prévoit un système de contrôle des organismes génétiquement modifiés. Ce dernier
reprend certaines obligations découlant du Protocole de Carthagène et va même au-delà de leur champ d´application. Le projet
parlementaire prévoit notamment une définition plus large (« organisme génétiquement modifié » contre « organisme vivant
modifié »). De plus, il ne semble pas restreindre son champ d´application au seul régime des mouvements transfrontières d´OGM,
contrairement au Protocole de Carthagène. Toutefois, le projet parlementaire ne semble pas prévoir de régime de responsabilité
civile. Il est cependant important de noter que le projet parlementaire fait référence à l´intervention d´une loi sectorielle sur la
biosécurité (qui est en cours d´élaboration).
99
Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l'alimentation et l'agriculture
Objectif :
Assurer la conservation et l’utilisation durable des ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture, et le partage juste
et équitable des avantages découlant de leur utilisation en harmonie avec la Convention sur la diversité biologique, pour une
agriculture durable et pour la sécurité alimentaire.
Remarques : Les deux projets n´abordent pas la thématique de l´utilisation durable des ressources phytogénétiques pour
l´alimentation et l´agriculture. Ils ne contiennent pas de dispositions concernant le partage des avantages découlant de l´utilisation
des ressources phytogénétiques pour l´alimentation et l´agriculture ainsi que la protection des connaissances traditionnelles. On peut
faire un rapprochement avec l´absence de traitement, par les deux projets, des mêmes objectifs découlant de la Convention sur la
Diversité Biologique, à savoir l´utilisation durable de ses éléments ainsi que le partage juste et équitable des avantages découlant de
l´exploitation des ressources génétiques.
100
Convention de Londres sur la prévention de la pollution des mers résultant de l’immersion de déchets
Objectif :
Prévenir la pollution des mers par l'immersion de déchets et d'autres matières susceptibles de mettre en danger la santé de
l'homme, de nuire aux ressources biologiques, à la faune et à la flore marines, de porter atteinte aux agréments ou de gêner toutes
autres utilisations légitimes de la mer.
- Interdiction de déverser et immerger dans les eaux maritimes - Interdiction d´immerger des substances nocives susceptibles de
de la RDC des substances et matières susceptibles de porter mettre en danger la santé de l´homme, de nuire aux ressources
atteinte à la santé publique et aux écosystèmes marins, nuire biologiques, à la faune et la flore marines, de porter atteinte aux
aux activités maritimes, d´altérer la qualité des eaux maritimes et agréments ou de gêner toutes autres utilisations légitimes de la
de dégrader les valeurs d´agrément de la mer et des zones mer et des eaux territoriales (article 73, al 1).
côtières (Article 51). Cependant, le Ministre de l´Env. peut
autoriser et encadrer ces opérations sous certaines conditions - Interdiction de toute immersion, toute incinération ou toute
(articles 52 et 54). élimination en mer, dans les eaux territoriales et dans tout cours
d´eau des déchets toxiques, dangereux ou radioactifs (article 73,
- L´immersion, l´incinération ou l´élimination par quelque procédé al 2).
que ce soit des déchets dans les eaux continentales ou
maritimes sont interdites (art 104). - Interdiction de l´immersion, de l´incinération ou de l´élimination
des déchets de quelque nature que ce soit dans les eaux
101
continentales et/ou maritimes ou de leur enfouissement dans le
sol (article 106, al 1).
Remarques : Les deux projets prévoient des mesures d´interdiction de certaines opérations d´immersion en mer dans une optique
de prévention de la pollution marine. Il est à noter que les deux projets prennent en compte le cas des déchets radioactifs : le projet
ministériel vise « les substances et matières susceptibles de porter atteinte à la santé publique… » de manière générale et ne
semble pas exclure les déchets radioactifs tandis que le projet parlementaire vise expressément les déchets radioactifs. De plus, il
apparaît que, dans ce dernier cas, le projet parlementaire élargisse son champ d´application aux eaux intérieures de la RDC (il vise
les eaux continentales, maritimes, fluviales et lacustres). Enfin, il faut préciser que le projet parlementaire traite à quatre reprises de
l´interdiction de l´immersion en mer car il prévoit différents cas de figure. Cet aspect rend la compréhension des normes qu´il définit
difficile d´accès.
102
Convention concernant la coopération halieutique entre les Etats Africains riverains de l’Océan Atlantique
Objectif :
Développer une utilisation rationnelle des ressources halieutiques dans le cadre d´une approche globale qui intègre toutes les
composantes du secteur des pêches ainsi que de développer, coordonner et harmoniser les efforts des Parties et leurs capacités en
vue de préserver, exploiter, mettre en valeur et commercialiser les ressources halieutiques.
- Article 42 :
103
développement national.
Remarques : Seul le projet parlementaire prévoit des dispositions sur l´utilisation des ressources halieutiques, notamment
l´élaboration d´une politique nationale de conservation et d´utilisation durable des ressources biologiques et halieutiques ainsi que
d´un plan directeur de développement de la pêche. Cependant, il n´est fait aucune mention de coopération internationale dans le
domaine. La loi sectorielle sur la pêche prévue par le texte devrait préciser le cadre général fixé par le projet parlementaire.
104
Convention de Bâle concernant le contrôle des mouvements transfrontières de déchets dangereux et leur élimination
Objectif :
Contrôler les mouvements transfrontières et l´élimination des déchets dangereux pour la santé humaine et l´environnement.
- Tout déchet en provenance de l´étranger est présumé - Notion de gestion efficace et écologiquement rationnelle des
dangereux (article 114). déchets dangereux, réduction de la production des déchets
dangereux, mesures de prévention de la pollution, utilisation de
- Article 115 : la technologie adéquate, compétence du 1er Ministre pour fixer
*Interdiction de tous actes relatifs à l´achat, à la vente, à les catégories de déchets ainsi que leur modalités d´élimination
l´importation, au transit, au dépôt ou au stockage de déchets (article 104).
dangereux. - Le gouvernement peut interdire l´importation des déchets sur le
*Le Ministre de l´Env. établit la liste des déchets visés. territoire national s´il a des raisons de croire qu´ils n´y seront pas
gérés selon des méthodes écologiquement rationnelles (article
105).
- Sanctions pénales : - Interdiction de l´importation, du transit, du trafic illicite ou de
105
*Toute personne qui importe, transporte, dépose, abandonne, l´entreposage de déchets considérés comme dangereux (article
jette ou élimine des déchets de quelque nature que ce soit en 106, al 2).
contrevenant aux dispositions de la loi est passible de sanctions
pénales (art 144). - Définition de trafic illicite et modalités d´élimination de déchets
faisant l´objet d´un trafic illicite (articles 107 et 108).
*Toute personne qui importe des déchets dangereux en RDC est
passible de sanctions pénales (article 145).
- Un régime de responsabilité civile est prévu (art 132).
106
Convention de Bamako sur l'interdiction d'importer en Afrique des déchets dangereux et sur le contrôle des mouvements
transfrontières
Objectif :
Interdire l´importation en Afrique de tous les déchets dangereux en provenance des Parties non contractantes.
1) Interdiction de déverser des déchets dans la mer : - Notion de gestion efficace et écologiquement rationnelle des
déchets dangereux, réduction de la production des déchets
- Sont interdits le déversement, l´immersion et l´incinération dans dangereux, mesures de prévention de la pollution, utilisation de
les eaux maritimes des substances et matières susceptibles de la technologie adéquate, compétence du 1er Ministre pour fixer
porter atteinte à la santé publique et aux écosystèmes marins, de les catégories de déchets ainsi que leur modalités d´élimination
nuire aux activités maritimes, d´altérer la qualité des eaux (article 104).
maritimes et de dégrader les valeurs d´agrément de la mer et
des zones côtières (art 51). Cependant, le Ministre de l´Env.
peut, après enquête publique, autoriser le déversement, 1) Interdiction de déverser des déchets dans la mer :
l´immersion ou l´incinération en mer sous certaines conditions
(art 52 et 54). - Interdiction d´immerger des substances nocives susceptibles de
mettre en danger la santé de l´homme, de nuire aux ressources
107
- L´immersion, l´incinération ou l´élimination par quelque procédé biologiques, à la faune et la flore marines, de porter atteinte aux
que ce soit des déchets dans les eaux continentales ou agréments ou de gêner toutes autres utilisations légitimes de la
maritimes sont interdites (art 104). mer et des eaux territoriales (article 73, al 1).
108
- Sanctions pénales :
Remarques : Les deux textes organisent le régime juridique de l´importation de déchets dangereux en provenance de l´étranger,
s´inspirant à la fois de la Convention de Bâle concernant le contrôle des mouvements transfrontières de déchets dangereux et leur
élimination et de la Convention de Bamako sur l´interdiction d´importer en Afrique des déchets dangereux et sur le contrôle des
mouvements transfrontières.
Dans le projet ministériel, tout déchet en provenance de l´étranger est présumé dangereux. Le projet interdit l´importation de déchets
nucléaires et autres déchets dangereux, c´est-à-dire provenant de l´étranger. Le Ministre de l´Env. fixe la liste des déchets visés par
cette interdiction. On peut se demander si cette interdiction d´importation est également applicable aux déchets en provenance du
continent africain. La prudence s´impose quant à des mesures d´interdiction absolue, qui doivent être lues en rapprochement avec
les obligations conventionnelles qui s´imposent à la RDC. En effet, si elles sont conformes à la Convention de Bâle, qui reconnaît le
droit pour toute Partie d´interdire des mouvements transfrontières sur son territoire, elles s´avèrent difficilement compatibles avec la
Convention de Bamako. Cette dernière prohibe tout mouvement de déchets dangereux d´origine extra-africaine mais autorise et
organise les mouvements transfrontières de déchets d´origine africaine sur le continent. Une mesure d´interdiction absolue peut
poser un problème de réciprocité dans la mise en œuvre de la Convention de Bamako. De son côté, le projet parlementaire définit
un déchet dangereux comme étant un déchet défini par le Premier Ministre en tant que tel et considéré comme dangereux pour la
santé humaine ou l´environnement. On remarque que, contrairement au projet ministériel, aucun élément d´extranéité n´intervient
dans la définition de « déchet dangereux ». Le projet parlementaire interdit l´importation de déchets considérés comme dangereux
et de déchets radioactifs. Toutefois, il ne s´agit pas d´une interdiction absolue car elle est modérée par l´article 105 selon lequel
109
l´importation de déchets peut être interdite si le gouvernement a des raisons de croire qu´ils n´y seront pas gérés selon des
méthodes écologiquement rationnelles (en accord avec la Convention de Bale).
Les deux projets ont été influencés par la Convention de Bamako car ils interdisent l´importation de déchets nucléaires (ces déchets
ne figurent pas dans le champ d´application de la Convention de Bâle) ainsi que le déversement de déchets en mer. Toutefois, ces
dispositions posent le même problème que celui évoqué dans le paragraphe ci-dessus quant à la réciprocité dans la mise en œuvre
de la Convention de Bâle. Enfin, le projet parlementaire présente l´avantage d´aborder des questions fondamentales issues de la
gestion des déchets, comme la question de la gestion efficace et écologiquement rationnelle, la problématique de la réduction de la
production de déchets dangereux ou encore celle du trafic illicite.
110
Convention de Rotterdam sur la procédure de consentement préalable en connaissance de cause applicable à certains
produits chimiques et pesticides dangereux qui font l'objet d'un commerce international
Objectif :
Encourager le partage des responsabilités et la coopération entre Parties dans le domaine du commerce international de certains
produits chimiques dangereux, afin de protéger la santé des personnes et l'environnement contre des dommages éventuels, et afin
de contribuer à l'utilisation écologiquement rationnelle de ces produits en
facilitant l'échange d'informations sur leurs caractéristiques, en instituant un processus national de prise de décision applicable à leur
importation et à leur exportation et en assurant la communication de ces décisions aux Parties.
- Article 92 : - Article 85 :
* Tout producteur, importateur, exportateur, distributeur, * Le Ministre de l´Env. prend des mesures appropriées pour lutter
détaillant ou utilisateur industriel et artisanal prend les mesures contre les effets nuisibles des produits chimiques et POP ;
nécessaires pour prévenir les risques liés à la dissémination
dans l´environnement des substances chimiques et des * Le Premier Ministre fixe des normes national spécifiques en
préparations potentiellement toxiques pour l´environnement ; matière de qualité de l´environnement, d´émission et de rejets,
111
* Obligation d´information. des procédés et méthodes de production, et des produits ;
- Une liste de substances chimiques potentiellement toxiques * Désignation d´une autorité nationale spécifique.
pour l´homme ou l´environnement est établie par le Ministre de
l´Env. et les Ministres concernés (article 93). - L´importation de produits ou substances chimiques et des POP
est subordonnée à la procédure de consentement préalable en
- Le Ministre de l´Env. fixe a) l´interdiction totale, provisoire, ou connaissance de cause de l´autorité nationale compétente
partielle de production, d´importation, de mise sur le marché ou (article 86).
d´emploi pour certains usages, régénération, recyclage,
élimination, stockage, transport, composition, étiquetage, - Mise en place d´un processus national de prise de décision
emballage, dénomination commerciale et publicité, b) les applicable à l´importation des POP, des produits ou substances
prescriptions tendant à restreindre ou à règlementer les chimiques et pesticides sur le territoire national (article 87).
opérations mentionnées à l´alinéa a) (article 94). - Dispositions sur la réglementation des emballages et
- Article 95 : étiquetages (article 88).
*Les agents habilités en matière de répression des fraudes et les - Le 1er Ministre établit la liste des produits concernés dont la
agents assermentés des services compétents saisissent les fabrication ou l´importation est interdite et celle des produits
substances chimiques, nocives et dangereuses fabriquées, strictement règlementés ainsi que leur utilisation (article 89, al 1).
importées, distribuées, utilisées ou mises en vente en infraction - Un régime de responsabilité civile est prévu (articles 131+132).
avec la loi.
- Article 140 : Sanctions pénales pour quiconque
* Lorsque le danger le justifie, ces substances sont détruites ou
neutralisées dans les meilleurs délais aux frais de l´auteur de *produit et utilise des produits ou substances chimiques et des
l´infraction. Les entreprises industrielles peuvent être sollicitées POP interdits ;
pour apporter leur concours technique à l´élimination
écologiquement rationnelle de ces substances. *importe en vue de l´utilisation ou de la vente des produits ou
substances chimiques et des POP interdits ;
- Exclusion du champ d´application des médicaments à usage
humain, des substances nucléaires et radioactives (article 96). *viole les mesures en place quant à l´emballage et l´étiquetage
de ces produits.
112
- Toute personne qui produit, importe, utilise, met sur le marché
ou élimine des substances chimiques toxiques en contrevenant à
la présente loi est passible de sanction pénales (article 143).
Remarques : Les deux projets prennent des mesures pour interdire ou règlementer l´importation et l´usage de substances ou
produits chimiques dangereux. Il est à noter que le projet parlementaire prévoit la mise en place d´un processus national de prise de
décision applicable à l´importation des produits ou substances chimiques, pesticides et POP sur le territoire national. De plus, il
soumet les produits en cause à la procédure de consentement préalable en connaissance de cause. Quant au projet ministériel, il
exclut de son champ d´application les médicaments à usage humain ainsi que les substances nucléaires et radioactives, comme la
Convention de Rotterdam le prévoit.
113
Convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants
Objectif :
- Le Ministre de l´Env. fixe a) l´interdiction totale, provisoire, ou - L’importation de POP est subordonnée à la procédure de
partielle de production, d´importation, de mise sur le marché ou consentement préalable en connaissance de cause donnée par
d´emploi pour certains usages, régénération, recyclage,
114
élimination, stockage, transport, composition, étiquetage, l’autorité nationale compétente (article 86, al 1).
emballage, dénomination commerciale et publicité, b) les
prescriptions tendant à restreindre ou à règlementer les - Processus national de prise de décision applicable à
opérations mentionnées à l´alinéa a) (article 94). l´importation des POP (article 87).
115
de ces produits.
Remarques : Le projet parlementaire prévoit un régime spécifique concernant les polluants organiques persistants alors que le
projet ministériel fixe un régime de prévention des risques causés par les substances toxiques ou dangereuses de manière générale.
Les deux projets prévoient des mesures d´interdiction ou de réglementation des importations de POP ou de substances toxiques ou
dangereuses, respectant ainsi une des obligations majeures de la Convention. Il faut également retenir que le projet parlementaire
subordonne l´importation des POP à la procédure de consentement préalable en connaissance de cause et met en place un
processus national de prise de décision applicable à l´importation et l´exportation des POP.
116
Convention de Vienne pour la protection de la couche d´ozone
Objectif :
Protéger la santé humaine et l´environnement contre les effets néfastes résultant ou susceptibles de résulter des activités humaines
qui modifient ou sont susceptibles de modifier la couche d´ozone.
- Le Ministre de l´Environnement fixe par arrêté l´interdiction - Le 1er Ministre établit la liste des substances chimiques qui
d´importation, de fabrication, d´utilisation, de vente de appauvrissent la couche d´ozone et dont l´importation est soit
substances qui appauvrissent la couche d´ozone ou interdite, soit soumise à des mesures strictes de contrôle lors de
d´équipements en contenant et en réglemente l´élimination et le leur utilisation (article 89, al 2).
recyclage (article 41).
117
Remarques : Chacun des deux projets contient un article réglementant les substances appauvrissant la couche d´ozone. Le projet
ministériel met en place un régime plus protecteur de l´environnement. En effet, il prévoit l´interdiction absolue d´importation, de
fabrication, d´utilisation et de vente de ces substances ainsi que la réglementation de leur élimination et recyclage. Le projet
parlementaire ne prévoit pas d´interdiction absolue d´importation de ces substances, étant donné qu´il prévoit la réglementation de
leur utilisation également.
118
Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques
Protocole de Kyoto à la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques
Objectif :
Stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre dans l´atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique
dangereuse du système climatique.
- Toutes les alternatives sont considérées pour éviter les effets - Article 29 :
irréversibles sur le climat (article 11).
*Développement de la formation et de la recherche scientifique et
- Mise en place de programmes ou de politiques de coopération technologique.
internationale dans le domaine des changements climatiques
dans le cadre des accords internationaux (article 17). *L´Etat finance le développement de la recherche scientifique et
technologique et encourage les progrès scientifiques en matière
d´utilisation des énergies renouvelables et des données
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climatiques.
Remarques : La lutte contre le réchauffement climatique ainsi que l´adaptation aux changements du climat ne semblent pas figurer
au sein des priorités d´action des deux projets en matière de protection de l´environnement. Certes, la RDC, en tant que pays en
voie de développement, n´a pas à respecter des objectif chiffrés de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre. Toutefois,
elle est quand même Etat Partie à la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques et du Protocole de
Kyoto et a des obligations à respecter à ce titre. Le projet final devrait contenir des références à la mise en œuvre des objectifs,
mécanismes ou/et obligations figurant au sein de la Convention et du Protocole, comme, par exemple, le mécanisme de
développement propre qui constitue une opportunité pour la République Démocratique du Congo de parvenir à se développer de
manière durable, tout en évitant le rejet de GES dans l´atmosphère. De plus, la République Démocratique du Congo est un pays
vulnérable face aux effets du réchauffement climatique, qui vont avoir des impacts plus conséquents en Afrique, notamment en
terme de sécheresse, de désertification et de perte de la biodiversité. Elle devrait donc prendre en compte cette réalité dans le projet
de loi-cadre en prévoyant l´intervention de mesures nationales d´adaptation aux changements climatiques.
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Convention internationale sur la lutte contre la désertification dans les pays gravement touchés par la sécheresse et /ou la
désertification, en particulier en Afrique
Objectif :
Lutter contre la désertification et d'atténuer les effets de la sécheresse dans les pays gravement touchés par la sécheresse et/ou la
désertification, en particulier en Afrique, grâce à des mesures efficaces à tous les niveaux, appuyées par des arrangements
internationaux de coopération et de partenariat, dans le cadre d'une approche intégrée compatible avec le programme Action 21, en
vue de contribuer à l'instauration d'un développement durable dans les zones touchées.
- Toute personne qui pollue, dégrade les sols ou les sous -sols en - Article 31 :
contrevenant aux dispositions de la loi est passible de sanctions
*Implication de toutes les parties prenantes intéressées dans
pénales (article 148). l´élaboration et la mise en œuvre de plans d´utilisation des terres
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et de mesures de conservation et d´amélioration des sols.
Remarques : Les deux projets contiennent des dispositions qui respectent certaines obligations découlant de la Convention
internationale sur la lutte contre la désertification dans les pays gravement touchés par la sécheresse et /ou la désertification, en
particulier en Afrique, même si le projet parlementaire est plus complet en la matière. En effet, ce dernier prévoit tout un ensemble
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de mesures de planification et de gestion des sols (stratégies de conservation, plans d´utilisation des terres, mesures de
conservation et d´amélioration des sols…). De plus, il implique la participation des populations et des collectivités locales à la prise
de décision concernant la conception et l´exécution des programmes de lutte contre la dégradation des sols. Il encadre également
l´usage des pesticides. Ces mesures font écho aux obligations définies par la Convention. Toutefois, le projet parlementaire ne
donne pas assez de précision quant au contenu de ces documents stratégiques qu´il prévoit. En outre, il ne renvoie pas non plus à
une législation sectorielle dans ce domaine.
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