Modélisation de la matière nucléaire
Modélisation de la matière nucléaire
12h CM
1
PLAN DU COURS
2
VIII. Equation d’état à température nulle
1. La matière nucléaire
On appelle matière nucléaire l’idéalisation théorique d’un milieu homogène, infini (sans effets
de bords) électriquement neutre, constitué de degrés de liberté élémentaires nucléoniques. Le
concept de matière nucléaire permet de décrire les propriétés collectives des noyaux
atomiques en termes de variables macroscopiques telles que l’énergie, la pression, la
température, le potentiel chimique. La matière nucléaire n’est pas seulement un outil
théorique pour appréhender les propriétés des noyaux, elle existe abondement en nature dans
les objets célestes : il s’agit de la matière qui se trouve au cœur des étoiles après effondrement
(supernovae, étoiles à neutrons).
Les propriétés de cette matière peuvent être analysées en étudiant les noyaux lourds et
exotiques dans leur état fondamental et en collision. Les collisions d’ions lourds permettent
d’atteindre de façon éphémère mais détectable des états d’énergie et de densité baryonique
comparables à ceux des étoiles à neutrons dans leurs différentes couches. De ce point de vue
les expériences en physique nucléaires peuvent donc être considérées comme un laboratoire
pour l’astrophysique.
Les propriétés qualitatives principales de la matière nucléaire, telles qui émergent des
différentes études théoriques, sont présentées dans les figures suivantes.
3
l’asymétrie entre neutrons et protons. La matière neutronique (ou protonique) pure n’est pas
liée. La divergence à haute densité reflet le cœur dur de l’interaction nucléon-nucléon.
Température finie : plusieurs phases différentes sont prévues pour la matière nucléaire : un
plasma de quarks et gluons à très haute température et densité, une phase fluide hadronique, et
à basse température deux phases métastables liquide et gaz et une phase de coexistence à
l’intérieur d’une zone instable (spinodale) se terminant dans un point critique. Dans cette
région les températures sont de l’ordre de quelques MeV et le densités comparables à la
densité de saturation, ce qui implique que la distance moyenne entre nucléons est de l’ordre
du fermi : les degrés de liberté sont essentiellement nucléoniques et les nucléons peuvent être
considérés comme des objets sans structure.
Notre connaissance expérimentale des propriétés de la matière nucléaire est encore très
limitée. Les propriétés empiriques connues sont reportées dans le tableau suivant. Elles se
réfèrent toutes à la matière nucléaire symétrique, ou proche de la symétrie.
4
Le degré de confiance et la précision des ces mesures est loin d’être uniforme. En particulier
la valeur du coefficient de compressibilité et de la température limite font encore l’objet de
larges débats dans la communauté scientifique.
r r r
ψ kr ( x ) =
1
eik ⋅ x
(2πh )3
et les conditions aux bords imposent une distribution des états constante jusqu’à une
impulsion maximale, l’impulsion de Fermi pF = hkF
d 3n 1 d 3n V
= = θ ( p − pF )
d 3 p h 3 d 3k h 3
où V=L3 est le volume total et l’impulsion de Fermi pour les protons kFp et les neutrons kFn
s’obtient en imposant que, conformément au principe d’exclusion de Pauli, dans l’état
fondamental tous les niveaux de plus basse énergie sont occupés par des particules identiques
dans les deux différents états de spin (gn =gp =2)
2 ππ K Fn 2 ππ KFp
d 3n d 3n
N = gn ∫ ∫ ∫ 3
d k 3 ; Z = gp ∫∫ ∫ d 3k
0 0 0
d k 0 0 0
d 3k
ce qui donne
1/3 1/3
2N 2Z
k Fn = kF ; kFp = kF
A A
avec
1/3
3π 2 ρ
k F =
2
où ρ = ρn +ρp est la densité baryonique totale.
L’énergie totale résulte
E
[
= ε F (1 + δ )5 / 3 + (1 − δ )5 / 3
3 1
A 5 2
]
où ε F = h2 kF2 /2m (énergie de Fermi) et δ = (ρ n −ρp )/ρ = (N-Z)/A (asymétrie), et nous avons
confondu la masse du proton et la masse du neutron.
La fonctionnelle d’énergie obtenue est minimale pour une densité baryonique nulle : il est
clair que, indépendamment de la profondeur choisie pour le puit de potentiel, cette
fonctionnelle ne peut pas rendre compte de la propriété de saturation de la matière nucléaire.
5
La raison de cet échec est que le champ moyen nucléaire est un champ produit par les
nucléons eux- mêmes (champ auto-cohérent) : il dépend donc de la densité et ne peut pas être
modélisé par un potentiel externe U(r).
Exercice : montrer que pour des noyaux proches de la ligne N=Z le modèle à gaz de Fermi
prédit pour l’énergie de symétrie
Esym ε F
=
A 3
Comparer à la valeur phénoménologique issue de la formule de masse de Weiszacker asym ~25
MeV. Conclusions ?
Notons dans l’espace R une fonction d’onde générique de particule seule définie par
r r
l’ensemble i de nombres quantiques r i = ϕi (r ) . L’interaction élémentaire nucléon- nucléon
r r r
vik (r , r ') produit en chaque point r de l’espace un potentiel (champ moyen)
r r * r r r r
U i (r ) = ∑ nk ∫ d r ϕ
' k (r ')vik (r , r ' )ϕ k (r ' )
k
où nk est l’occupation de l’état (k). L’équation de Schrödinger s’écrit pour chaque état (i)
h2 2 r r r r r r r r
− ∇ ϕi (r ) + ∑ nk ∫ dr 'ϕk* (r ')vik (r , r ')ϕ k (r ')ϕi (r ) = eiϕi (r )
2m k
h2 2 r r r r r r r r
− ∇ ϕi (r ) + U H (r )ϕi (r ) − ∫ dr 'U F (r , r ')ϕi (r ') = eiϕi (r )
2m
6
Fixée une base dans l’espace d’Hilbert de particule seule (des ondes planes pour la matière
nucléaire ou des fonctions d’onde d’oscillateur harmonique pour les noyaux finis), les
équations d’Hartree Fock se résolvent itérativement en imposant <E> = min(Σ iei), ce qui
permet de déterminer l’occupation nk des différentes fonctions d’onde.
Cette méthode permet en principe de déterminer l’énergie du fondamental et toute autre
observable du système global à partir de la seule connaissance de l’interaction élémentaire
nucléon-nucléon.
La méthode d’Hartree Fock est valable dans la mesure dans laquelle la forme que nous avons
posé pour la fonction d’onde à N corps représente un ansatz réaliste pour un système en
interaction.
Malheureusement ce n’est pas le cas.
En effet toute interaction à deux corps comporte une corrélation entre particules, et donc une
fonction d’onde à deux corps qui n’est pas factorisable dans deux fonctions d’onde à un corps
ψ ij ≠ ϕ iϕ j
Cette limitation fondamentale propre à toutes les approches de champ moyen peut être (en
partie) résolue en introduisant à la place de l’interaction élémentaire des interactions
effectives.
Nota Bene :
Il est important d’observer que la dérivation que nous avons donnée des équations d’Hartree
Fock, bien que intuitive, n’est pas rigoureuse. En effet il est possible de montrer que ces
équations s’obtiennent naturellement à partir du principe variationnel δ<Ε>=δ<Φ|Η|Φ>=0 si
on restreint le choix pour la fonction d’onde du système total à l’ensemble des déterminants
de Slater, i.e. des produits antisymétrisés de fonctions d’onde de particule seule
r r r r r r
Φ (r1,K , rA ) = r1 ,K, rA Φ = C∑ ε Pϕ1 (r1 )Kϕ A (rA )
P
où C est une normalisation, la somme porte sur toutes les permutations possibles des états de
particule seule, et le facteur ε P=1(-1) si la permutation correspond à un échange d’un
nombre pair (impair) d’états.
Hˆ = Hˆ 0 (1) + Hˆ 0 ( 2) + vˆ12
7
Hˆ 0ϕk = ekϕ k
par exemple des ondes planes pour la matière nucléaire infinie ou des fonctions d’oscillateur
harmonique pour les noyaux finis.
Le principe des approches effectifs est de remplacer l’interaction « nue » v̂12 par une
interaction effective Ĝ (matrice G) qui ait sur l’état non corrélé le même effet que
l’interaction originale avait sur l’état corrélé
Gˆ ϕ kϕl = vˆψ kl
Cette idée conduit à deux stratégies possibles pour résoudre le problème à N corps:
• L’ansatz décorrélée pour la fonction d’onde (déterminant de Slater) est gardée et une
interaction effective dans le milieu est introduite. Cette interaction est la solution de
Qˆ
l’équation de Brueckner Gˆ = vˆ + vˆ Gˆ où Qˆ = ∑ ab ab est le projecteur sur
ekl − H 0 a, b
les états inoccupés et H0 = ek +el est l’énergie du problème sans int eraction. On parle
alors d’approches microscopiques effectives.
• L’interaction nue nucléon- nucléon est employée, mais on introduit un corrélateur à
deux corps dans la fonction d’onde, obtenue à partir de l’équation de Bethe Goldstone
Qˆ
ψ kl = ϕk ϕl + vˆψ kl . On parle alors d’approches ab-initio.
ekl − H 0
Qˆ Qˆ Qˆ
ψ kl = ϕk ϕl + vˆϕk ϕl + vˆ ϕk ϕl + K
ekl − H 0 ekl − H 0 ekl − H 0
αβ vˆ kl αβ vˆ γδ γδ vˆ kl
= kl + ∑ αβ
αβ + ∑ αβ
αβ + K
αβ ekl − H 0 αβγδ ekl − H 0 ekl − H 0γδ
Non seulement ce calcul est complexe, mais il s’avère que (au moins en régime non
relativiste) des forces seulement à deux corps ne peuvent pas rendre compte des propriétés
expérimentales de la saturation et le calcul avec des forces à trois corps est encore plus
complexe. De façon générale, les calculs microscopiques et ab- initio sont prohibitifs sauf que
pour un très restreint nombre de corps.
Il s’avère donc judicieux d’utiliser sur une base de fonctions d’ondes décorrélées, des
interactions effectives phénoménologiques. Ces interactions respectent les propriétés de
symétrie et invaria nce de l’interaction nucléaire, et dépendent d’un certain nombre de
constantes de couplage qui doivent être contraintes par les données expérimentales.
L’interaction effective de Skyrme est une interaction effective locale dépendante de la densité
et de l’impulsion
r r
( ) r
v (r1 , r2 ) = t 0 1 + x0 Pˆσ δ (r ) terme central
8
+
1
2
( r
)(
r r r
t1 1 + x1Pˆσ p'2 δ (r ) + δ (r ) p 2
termes non locaux
)
( r
)
r r
+ t 2 1 + x2 Pˆσ p' ⋅ δ (r ) p
( r r
+ t 3 1 + x0Pˆσ ρ γ R δ (r )
1
6
) () terme dépendant de la densité
+ iW 0 σ ⋅ ( p '2 δ (r ) + δ (r ) p 2 )
r r r r r
spin orbite
avec
r rr1 + rr2
r r r
r = r1 − r2 ; R =
2
r 1 r
; p=
2i
r r
( )
∇1 − ∇ 2 ; p ' son c.c. agissant vers la gauche
r v r r r
σ = σ 1 + σ 2 matrices de Pauli ; Pˆσ = (1 + σ1 ⋅ σ 2 ) opérateur d’échange de spin
1
2
avec
vij (ri , rj ) = ri rj vˆij = t 0δ (ri − r j ) ; vijk (ri , r j , rk ) = ri r j rk vˆijk = t 3δ (ri − r j )δ (rj − rk )
r r r r r r r r r r rr r r r r
Si nous indiquons |HF> la fonction d’onde du système dans l’approximation Hartree Fock,
l’énergie moyenne s’écrit E = HF Kˆ + Vˆ HF = K + V . Nous avons déjà calculé l’énergie
cinétique pour un système homogène
r2 r
p dn p 2
K = ∑ nk ϕ k ϕ k = ∫∫ d r d p r r
3 3
= ∫ d 3r ε K
k 2 m dr dp 2 m
(1 + δ )5 / 3 + (1 − δ )5 / 3
2/3
3 h 2 3π 2
εK =
h2
2m
(
τ n (r) + τ p (r)) =
5 2m 2
ρ 5 /3
r r r 2
τ q (r ) = ∑ nkq ∇ϕ kq (r , σ ) q = p, n
k ,σ
9
V2 = HF ∑ vˆij HF =
1 A
∑
2 i ≠ j=1
( )
ij vˆij 1 − Pˆij ij
i< j
r r r r r r 1 r r r r r r
∑ nkq nlq ∫∫ d 3r d 3r 'ϕkq* (r ,σ )ϕlq* (r ' ,σ ')δ (r − r ')1 − (1 + σ ⋅ σ ')δ qq' ϕkq (r ,σ )ϕlq' (r ' , σ ')
t0
=
2 k,l 2
σ ,σ '
q, q '
Dans cette équation la dernière somme court sur les états de particule seule représentés par
l’ensemble de leurs nombres quantiques k,σ,q, nk t représente leur occupation fonction de
l’isospin q, nous avons noté les fonctions d’onde dans l’espace R – spin isospin
r r r
r k = ϕ kq ( r ,σ ) , et Pij est l’opérateur de permutation des nombres quantiques entre deux
états
( 2) r
L’évaluation de cette intégrale conduit à la densité d’énergie ( V2 = ∫ d 3r ε HF (r ) )
( 2) r t 2 r 1 2 r 1 2 r
ε HF (r ) = 0 ρ (r ) − ρ p (r ) − ρn (r )
2 2 2
r r r 2
ρ q (r ) = ∑ nkq ϕkq (r ,σ ) q = p, n
k ,σ
r r
et nous avons utilisé le fait que σ ⋅σ ' = 0 si le système est saturé en spin. Dans le cas
homogène il est immédiat d’évaluer l’énergie par nucléon
t Z 2 + N2
e( 2)
= 0 ρ 1 −
HF
2 2 A2
Il est facile de se convaincre que une interaction à deux corps n’est pas suffisante pour rendre
compte des propriétés de saturation de la matière nucléaire. En effet considérons par
simplicité le cas symétrique et homogène ρn = ρp . En incluant la contribution de l’énergie
2/3
3 3π 2
3
cinétique, l’énergie par nucléon vaut e = c0 ρ 2/3
+ aρ avec c0 =
et a = t 0 . Cette
5 2
8
fonctionnelle ne présente pas de minimum à une densité finie. Si a<0 (l’interaction entre
nucléons étant attractive) le minimum d’énergie s’obtient pour un état effondré à densité
infinie. Ce résultat non physique n’est pas lié à l’interaction simplifiée vij = t 0δ (ri − rj ) que
r r
nous avons utilisé, mais plus généralement il est du au fait que l’utilisation d’interactions
effectives n’est pas suffisante pour rende compte entièrement des corrélations à N corps. En
effet il est facile de montrer que les autres termes à deux corps permis par les invariances et
lois de conservation ne modifient pas la dépendance en densité de l’équation d’état : les
termes non locaux conduisent à une simple renormalisation de la masse, et le terme de spin-
orbite est nul pour la matière nucléaire.
Il est donc indispensable d’introduire des corrélations à trois corps.
10
r r r r
( r r
)r r r
Exercice : considérer l’interaction non locale v (r1 , r2 ) = a p'2 δ (r ) + δ (r ) p 2 + 2b p 'δ (r ) p .
• Montrer que la densité d’énergie Hartree Fock correspondante s’écrit pour la matière
nucléaire homogène
a 1 1 b 1 1
ε p = τρ − τ n ρn − τ p ρ p + τρ + τ n ρn + τ p ρ p
2 2 2 2 2 2
où ρ q = ∑n
kσ
q
k kσ q k σ q est la densité de matière dépendante de l’isospin et
r s r s
τ q = ∇ρ∇ = ∑ nk ∇ kσq kσq ∇ la densité d’énergie cinétique.
q
kσ
• Démontrer l’égalité suivante
r
h2 r p2
d r τ q (r ) = HF
2mq ∫
3
HF
2m
• Déduire que l’énergie totale s’écrit
3 h 2k Fn h 2k Fp
2 2
< E >= +
5 2 mn*
2m p
*
avec des valeurs m*n , m*p pour la masse effective des neutrons et des protons que l’on
calculera.
HF ∑ vˆijk HF =
1 A
6∑
( )
ijk vˆijk 1 + Pˆ ijk
i< j < k ijk
L’opérateur d’échange s’obtient en considérant les 3 ! permutations possibles des états |ijk>
( 3) r
ε HF (r ) = t3 ρ p (rr)ρ n (rr )ρ (rr )
4
t 3 2 NZ
(3 )
eHF = ρ
4 A2
Si l’interaction à trois corps est répulsive, la présence de ce terme garantit l’existence d’un
minimum dans l’équation d’état à température nulle. Il est possible de fixer les paramètres t0
et t3 pour que ce minimum corresponde aux propriétés empiriques de la matière nucléaire,
toutefois le coefficient de compressibilité correspondant résulte trop élevé par rapport aux
évidences expérimentales.
Exercice : considérer l’énergie par nucléon obtenue dans le cadre de l’interaction simplifiée
t 0 -t3 pour la matière symétrique homogène
11
2/3
3 3π 2
e = c0 ρ 2/3
+ aρ + bρ 2
avec c0 = .
5 2
• Déterminer la valeur des paramètres a,b pour que les propriétés empiriques de
saturation de la matière nucléaire (e(ρ0 )=−16 A.MeV avec ρ0 =.17 fm -3 ) soient
reproduites.
• Evaluer le coefficient de compressibilité et comparer à la valeur expérimentale K~200
MeV. Conclusions ?
densité vij (ri , r j ) = t 3 (1 + x0Pσ )ρ γ (ri + rj )δ (ri − r j ) qui rend compte de manière effective les
r r 1 r r r r
6
corrélations d’ordre supérieur plus complexes, et permet de rendre compte du coefficient de
compressibilité empirique.
En considérant tous les termes de l’interaction de Skyrme présentés au paragraphe 5, le
résultat final pour la densité d’énergie s’écrit pour la matière nucléaire
t 0 x0 2
ε HF
skyrme
( )
= 22 / 3 c0 ρ 5p / 3 + ρ 5n / 3 +
2
1
(
1 + ρ − x0 + ρ 2p + ρ n2
2
) +
2
+
t3 γ
24
( (
ρ (2 + x3 )ρ 2 − (2 x3 + 1) ρ 2p + ρ n2 + ))
+ (t1(2 + x1 ) + t 2 (2 + x 2 ))τρ +
1
8
+ (t 2 (2 x2 + 1) − t1(2 x1 + 1))(τ p ρ p + τ n ρ n )
1
8
Les paramètres t0 , t1 , t2 , t3 ,x0 , x1 , x2 , x3 ,γ sont fixés pour reproduire les propriétés empiriques
de la matière nucléaire et des noyaux finis.
12
r
suppose que les neutrons individuels sont décrits par des ondes planes d’impulsion hk avec
k ≤ k F , où k F est le moment de Fermi.
1. Sachant que la masse m du neutron est égale à m = 1.67 ×10 −24 g , montrer que le rayon R
de l’étoile à neutrons est relié au moment de Fermi k F par la relation k F × R = 2 × 1019
2. Montrer que l’énergie cinétique 〈T 〉 peut s’écrire 〈T 〉 = a / R 2 où a est une constante que
l’on calculera. On donne h 2 m = 41.47 MeVfm2 .
3. On néglige d’abord les interactions nucléaires entre les neutrons et on suppose que
l’interaction entre deux neutrons est le potentiel gravitationnel : U g = −Gm2 / r , où
Gm2 = 1.15 ×10 −36 MeV ⋅ fm et où r est la distance entre les deux neutrons. Montrer qu’en
négligeant les termes d’échange, l’énergie d’interaction gravitationnelle est égale à
3
〈U g 〉 = −b / R où b = Gm 2 N 2 , et où N est le nombre de neutrons de l’étoile.
5
4. Calculer le rayon d’équilibre de l’étoile à neutrons en ne considérant que l’énergie
cinétique et l’énergie potentielle due à la gravitation. Comparer la densité d’équilibre de
l’étoile à la densité des neutrons au centre des noyaux.
5. On considère la forme de Weiszacker :
1 ( N − Z ) 2 3Z 2e 2
E ( N , Z ) = −bvol ( N + Z ) + bsurf ( N + Z ) + bsym
2/3
+ qui donne
2 N +Z 5R
l’énergie E(N,Z) de l’état fondamental d’un noyau ayant N neutrons et Z protons. Sachant
que bvol = 16MeV et que bsym = 50MeV , montrer qu’à la densité normale au centre des
noyaux l’énergie d’un système infiniment grand et composé de neutrons uniquement, est
égale à 9 MeV/neutron. Ce système est-il lié ?
r
6. On suppose que l’interaction nucléaire entre deux neutrons a la forme U N = −Uδ (r ) .
Calculer la constante U en supposant que à la densité normale l’énergie d’un système de
neutrons infiniment grand est égale à 9 MeV par neutron. On négligera pour ce calcul les
forces gravitationnelles.
7. Montrer que l’énergie d’interaction nucléaire de l’étoile à neutrons est égale à
〈U N 〉 = −c / R 3 où c est une constante qu’on calculera.
8. Montrer que si l’on inclut à la fois les interactions nucléaires et gravitationnelles définies
dans les questions 6 et 3 l’étoile de neutrons n’a plus de rayon d’équilibre. Ce résultat
vous paraît-il vraisemblable ? Discuter qualitativement les processus qui pourraient
stabiliser l’étoile à neutrons.
7. Propriétés d’isospin
En physique nucléaire le spin isotopique ou isospin est un bon nombre quantique, car
l’interaction forte est symétrique par rapport à l’échange d’isospin. Cette invariance de
l’interaction n’implique pas que la composition isotopique des systèmes de nucléons soit
indifférente à leur énergétique : les nucléons sont des fermions, et l’antisymétrisation de la
fonction d’onde induit des effets d’isospin. Un exemple bien connu de ce fait est donné par le
cas du deuton : bien que l’interaction ne dépend pas de l’isospin, le deuton est lié quand le di-
neutron et le di-proton ne le sont pas. En effet l’état fondamental pour un système de deux
nucléons est l’état symétrique Jπ=1+ : pour que la fonction d’onde soit globalement
antisymétrique, un tel état doit être antisymétrique d’isospin, T=0, c'est-à-dire occupé par
deux particules différentes.
13
En ce qui concerne la matière nucléaire, il se pose donc aussi la question de la dépendance en
isospin de l’équation d’état.
Si l’asymétrie n’est pas importante, nous pouvons développer le fonctionnel d’énergie autour
de la matière symétrique
e( ρ , δ ) ≅ ek (ρ , δ ) + V0 ( ρ ) + V2 (ρ )δ 2
où ρ = ρn +ρp est la densité baryonique et δ = (ρ n +ρp )/ρ l’asymétrie d’isospin. Cette relation
implique pour l’énergie de symétrie
1 ∂ 2e 5
esym ( ρ ) ≡ ≅ e (ρ , δ = 0 ) + V2 (ρ )
2 ∂δ 2 9 k
Cette approximation (approximation parabolique) se révèle bien vérifiée pour toute valeur de
l’asymétrie pour la plus part des interactions effectives (voir figure). En particulier il s’agit
d’une identité exacte pour les forces de Skyrme.
Exercice : montrer que dans le cas du modèle de Skyrme simplifié t 0 -t 3 l’énergie par nucléon
peut s’écrire pour la matière homogène
e=
3 εF
5 2
[ ]
(1 + δ )5 / 3 + (1 − δ )5 / 3 +
3 t t 1 t
+ 0 + 3 ρ 2 − t 0ρ + 3 ρ 2 δ 2
8 ρ 16 8 16
14
D’un point de vue expérimental, seule est connue l’énergie de symétrie autour de la densité de
saturation. Les différentes approches théoriques donnent des prédictions drastiquement
différentes sur cette quantité (voir figure).
La détermination expérimentale de l’énergie de symétrie demande la comparaison de
collisions d’ions lourds exotiques à haute énergie avec des modèles statistiques ou de
transport dans lesquels les différentes équations d’état peuvent être implémentées. Ce projet
constitue un des importants thèmes de recherche autour des nouveaux accélérateurs d’ions
exotiques (SPIRALII, FAIR, RIA).
L’énergie de symétrie n’est pas seulement relevante pour la structure des noyaux exotiques,
mais elle a aussi une grande importance astrophysique en ce qui concerne la dynamique
d’explosion de supernovae et la structure des étoiles à neutrons.
Pour donner un exemple, calculons la fraction protonique x=ρp /ρ=(1−δ)/2 pour une étoile à
neutrons (voir figure).
Dans les régions de l’étoile où la densité est de l’ordre de la densité normale, une étoile à
neutrons peut se considérer composée essentiellement de neutrons, protons et électrons.
L’équilibre chimique des réactions n ↔ p + e− implique pour les potentiels chimiques
15
2∂ E
µe = µ n − µ p ≡
A ∂δ
La température de l’étoile étant très inférieure à la température de Fermi pour les électrons,
ces derniers constituent en première approximation un gaz relativiste dégénéré
(
µe = me2 + p 2Fe ) 1/ 2
(
≅ p Fe = h 3π 2 ρe )
1/ 3
(
h 3π 2 ρe )
1/3
= 4(1 − 2 x )esym ( ρ )
qui montre que la fraction protonique d’une étoile à neutrons est entièrement déterminée par
l’énergie de symétrie.
16
17
Matière nucléaire à température finie
A
h2 2 r
H ≅ H 0 = ∑ hi avec hi = − * ∇i + U HF (ri )
i =1 2m
[ ]
où m* = mt* ρ n , ρ p , U HF = U HF
t
[ ]
ρn , ρ p dépendent de la densité locale et de l’isospin de la
particule.
La thermodynamique d’un système se base sur le calcul de la fonction de partition
p2
= ∑ g t ∫ d 3 p ln1 + exp − β *
+ U tHF − µ t
t 2mt
avec α t = −µt /T , β = T-1 . Nous pouvons reconnaître la fonction de partition d’un gaz de
fermions sans interaction, où le potentiel chimique est décalé
µt → µ~t = µt − U HF
t
∂ ln Z0 d 3rd 3 p r ∂ ln Z 0 d 3rd 3 p r
N = = 2∫ nn ( p ) Z = = 2∫ np ( p)
∂α n h 3
∂α p h 3
−1
r p2 ~
nt ( p ) = 1 + exp β * − µt
2mt
∂ ln Z 0 d 3rd 3 p r r
E0 =− = 2∑ ∫ nt ( p )et ( p ) = Ek + U 0
∂β t h 3
1 ∂ ln Z0 2 r p2 2 EK
= ∑ 3 ∫ d p nt ( p ) * =
2
p0 = 3
β ∂V 3 t h 2mt 3 V
18
Nous pouvons observer que l’énergie de particule seule n’est pas égale à l’énergie moyenne
par particule si il y a interaction. Ceci implique que Z0 n’est pas la fonction de partition du
champ moyen. En effet la maximisation de l’entropie sous contrainte de l’énergie moyenne
<EHF> et du nombre des particules <N>, <Z> impose pour la fonction de partition
ln Z HF = S − β EHF + α n N + α p Z
ln Z 0 = S − β E0 + α n N + α p Z
1 ∂ ln Z HF ∂ EHF
pot
∂e pot
p= = p0 − = p0 + ρ 2 HF
β ∂V ∂V ∂ρ
∞
f ( x)
I = ∫ dx
x−m
0 1 + exp
T
En général il faut faire recours à des méthodes numériques. Ils existent toutefois des solutions
analytiques dans les limites de basse et haute température, que nous allo ns examiner dans la
prochaine section.
Dans la limite de température nulle la distribution de Fermi se réduit à une fonction à marche
d’escalier.
Les observables résultent
2 2V ~ 3 / 2 Z = 2 2V 4πm* 2 m* µ~3 / 2
N= 3
4πm*n 2m*n µn p p p
3 h 3 h3
2 2V 2 2V
Ek( n) = 3
4πm*n 2m*n µ~n5 / 2 Ek( p) = 4πm*p 2m*p µ~p5 / 2
5h 5 h3
p = (ρ nµ~n + ρ p µ~ )
2
p
5
Nous pouvons reconnaître les résultats du modèle du gaz de Fermi dégénéré, avec
l’importante différence que les énergies sont décalées du fond du puit de potentiel.
Pour calculer les observables dans la limite de basse température il est convenable d’utiliser le
développement
19
∞
π 2 2 df
m
dxf ( x )
∫0 1 + exp( x − m) / T = ∫0 dxf ( x) + 6 T dx m + O(T )
4
~ = µ − U ( n) = ε 1 − π T
2 2
µ Fn 2
12 ε Fn
n n HF
3 5π 2 T 2 3 5π 2 T 2
Ek = Nε Fn 1 + 2
+ Z ε 1+
5 12 ε Fn 5
Fp
12 ε 2
Fp
3
Ek = Aε F + a FG ( A, ρ )T 2
5
1
W ( A, E ) = exp 2 a FG E*
2π Σ
où E* =<Ek >(T)-<Ek >(T=0) est l’énergie cinétique calculée à partir de la surface de Fermi ou
énergie d’excitation, et Σ est le déterminant de la matrice des dérivées deuxièmes
∂ 2 ln Z ∂ 2 ln Z
∂α 2 ∂α∂β
∑= 2
∂ ln Z ∂ 2 ln Z
∂α∂β ∂β 2
20
~ = −T ln g (2πmT )3 / 2
µ
ρh 3
3
Ek = AT
2
2 dε pot
p = ε k − ε pot + ρ
3 dρ
∂F
µ= = f'
∂A V
∂F
p =− = ρµ − f '
∂V A
Ces relations montrent que si la pression ou le potentiel chimique présentent une inversion de
pente, alors F doit présenter un défaut de concavité, comme il est montré dans la figure.
fl
f
fg
ρ
µ
µt
ρ
p
pt
ρ
ρg ρl
∂F ∂F
= min ; = min
∂A V ∂V A
ce qui implique l’égalité des potentiels chimiques et des pressions à la transition, ou de façon
équivalente que l’interpolation linéaire est une construction tangente pour l’énergie libre.
La construction tangente est une construction de Maxwell de surfaces égales car
22
ρ ρ
∆f l l
∂f ∂f
= = µt
∂ρ ρl
∂ρ ρg
ρl
ρg
∫ f 'dρ = µ (ρ t l − ρg )
Tout au long de ce chapitre nous avons par simplicité considéré seulement le cas symétrique.
Bien évidemment pour avoir des prédictions comparables avec les données expérimentales il
est nécessaire de distinguer explicitement les neutrons des protons. En ce qui concerne la
détermination de la zone de coexistence, ceci revient à considérer une construction tangente
non plus selon l’axe densité baryonique ρ mais dans le plan ρn − ρp , et imposer l’égalité des
potentiels chimiques pour les deux composantes
∂f ∂f
= = µ nt
∂ρ n ρnl
∂ρ n ρ ng
∂f ∂f
= = µ pt
∂ρ p ρ pl
∂ρ p ρ pg
23
6. Modélisation de la zone de coexistence
Dans la zone de coexistence le système est hautement non homogène, et une théorie de champ
moyen comme l’approche HF ne fournit pas une description adéquate d’un tel phénomène.
Le développement de corrélations à N corps dans un système fermionique dilué à partir d’une
théorie microscopique est un problème excessivement complexe que nous n’aborderons pas
ici. L’approche alternative que nous adopterons, due à Fisher (1967), bien que certainement
très schématique, s’est révélée un outil très puissant dans la description de la zone de
coexistence autant dans les réactions nucléaires que dans la physique de la matière condensée.
L’hypothèse de base de l’approche de Fisher est que un système hautement corrélé de
particules en interaction attractive puisse être schématisé par un système non corrélé de
fragments sans interaction.
La longueur d’onde de Broglie associé au mouvement thermique du gaz de fragments
λ = h / 2Me ≈ h / 3MT est inférieure au fm pour les températures correspondantes à la
24
coexistence, le mouvement translationnel des fragments peut donc être modélisé comme
classique.
L’énergie libre d’un gaz classique de particules sans interaction s’écrit dans le formalisme
grancanonique
ln Z βµ = ∑ exp − β (ek − µ ) = ω exp βµ
k
où ek est l’énergie de l’état de particule seule et ω=Σ k exp-βek est la fonction de partition
canonique pour les états individuels.
La fonction de partition du gaz de Boltzmann est donnée par le développement en série
∞
ϖN
Z βµ = ∑
N =0 N!
∞ ∞
ϖ nAA
Z βµ = ∑∏ = ∏ exp ϖ A
nA A =1 n A ! A =1
d 3 rd 3 p p2
ϖA =∫ 3 ∑ g k exp − β
E i + − µ A
h k 2mA
∂ϖ A V E + aT 2 + µ A
nA = T = 3 (2πmAT ) exp − GS
3/2
∂µ A h T
∂ ln Z βµ 1 ∞
p =T
∂V
=
V
A =1
∑n
A T
∂ ln Z βµ ∞
3
E = T2 = ∑ n A T + EGS ( A) + aT 2 − µA
∂T A =1 2
25
Pour conclure il est important de remarquer que, en dépit de son élégance et simplicité,
l’adaptation de la théorie de Fisher (et des modèles dérivés, très utilisés couramment dans les
analyses expérimentales) aux données de multifragmentation n’est pas évidente à priori. En
particulier le calcul purement statistique des taux d’émission ne prend pas en compte la
dynamique de la réaction, et seule une analyse multiparametrique complexe des produits de
réaction peut permettre de sélectionner la partie de la section efficace comparable avec la
théorie.
Un exemple de comparaison entre les taux de production de fragments mesurés pour
différentes centralités de la réaction, et le taux de production statistique pour l’énergie et la
masse correspondantes à l’expérience, est présenté en figure. Il s’agit de collisions
périphériques Au+Au à 35 MeV/nucléon, mesurées au MSU (USA) par la collaboration
MULTICS en 1999.
26
2. Approches microscopiques à la dynamique des
collisions
∂ A
ih Φ = Hˆ Φ ; Hˆ = ∑ Tˆi + ∑ vˆij
∂t i =1 i< j
Il est facile de vérifier que cette équation est équivalente à l’équation de Liouville Von
Neumann
ih
∂
∂t
[
ρ1KA = Hˆ , ρ1K A ]
où la matrice densité est définie par ρ1K A = Φ Φ pour un état pur et par
ρ1K A = ∑λ Φ p λ Φ pour un état mélange. Ces équations en général ne peuvent pas être
résolues exactement car Φ dépend d’un nombre infini de paramètres : les coefficients du
développement sur une base donnée, ou en représentation d’espace r la valeur de la fonction
d’onde sur tous les points d’une grille dans un espace à 3A dimensions. Il est donc évident
qu’il faut trouver des solutions approchées qui traitent correctement les degrés de libertés
pertinents du problème. D’un point de vue historique, deux approches radicalement opposées
se sont confrontées, la théorie de champ moyen dépendante du temps et la cascade
internucléaire. Dans ce chapitre nous commencerons par analyser ces deux approches, et en
suite nous examinerons le formalisme théorique qui permet de les comprendre dans un cadre
unifié, et d’aller au delà pour obtenir des théories de transport nucléaires plus élaborées.
27
5. Théorie d’Hartree Fock dépendante du temps (TDHF)
Comme nous avons déjà souligné, l’approximation d’Hartree Fock (champ moyen) consiste à
approximer l’hamiltonien du système par une somme de termes à un corps
A
r
Hˆ ≅ Hˆ 0 = ∑ hˆi avec hˆi = Tˆi + Uˆ HF (ri )
i =1
Dans cette approximation la dynamique peut être calculée dans l’espace restreint de fonctions
d’onde de particule seule
ih
∂
∂t
[ ]
ρ1 = hˆ , ρ1
avec la matrice densité à un corps ρ1 = ∑ i=1 i i . Dans cette approximation les particules
A
sont indépendantes, l’interaction mutuelle étant remplacée par un champ global qui représente
l’effet combiné moyen de toutes les autres particules, le potentiel d’Hartree Fock
r r r r r r r r r r
Uˆ HF (r ) = ∫ dr 'vˆ(r − r ')ρ1 (r ' , r ') + vˆ(r − r ')ρ1 (r ', r )
Exercice : Montrer que les équations de Schroedinger dépendantes du temps dans l’espace de
∂ r r
particule seule ih ϕi ( r ) = hˆiϕi (r ) dans le formalisme des matrices densité s’écrivent
∂t
∂
[ ]
ih ρ1 = hˆ , ρ1 (TDHF)
∂t
Si le système ne présente pas des fortes dishomogénéités, cette approximation est assez bien
vérifiée. Tel est le cas que nous avons déjà examiné de la matière nucléaire (mises à part les
zones de coexistence) et de la plupart des noyaux finis dans leur état fondamental et dans
leurs niveaux excités de basse énergie. Dans le cas dynamique toutefois, l’équation d’Hartree
Fock présente l’inconvénient majeur de conserver l’entropie au cours du temps
dS
dt
([ ] ) (
= − Tr ρ1 ln ρ1 = −Tr (ρ&1 ln ρ1 + ρ&1 ) = −Tr hˆ, ρ1 (ln ρ1 + 1) = −Tr hˆ [ρ1, ln ρ1 + 1] = 0
d
dt
)
L’équation TDHF ne contient donc pas de dissipation, et ne peut pas décrire la relaxation vers
l’équilibre (voir figure)
28
2. Modèle de la cascade inter-nucléaire (INC)
Une autre approche extrêmement populaire pour décrire la dynamique des réactions est le
modèle de la cascade internucléaire, qui consiste à résoudre une équation de Boltzmann
r r
∂ r r r r
f (r , p, t ) + ⋅ ∇ f (r , p, t ) = I col
p
∂t m
r r
où f i ≡ f (r , pi , t ) , et la probabilité de transition est liée à la section efficace de diffusion
élastique nucléon-nucléon paramétrée à partir des données expérimentales
1 dσ r r
W (12 → 34 ) =
m dΩ
2
r r
(
δ ( p1 + p2 − p3 − p4 )δ p12 + p22 − p32 − p42 )
Le théorème H de Boltzmann garantit que cette équation converge correctement vers
l’équilibre, toutefois il s’agit d’une approche insatisfaisante de plusieurs points de vue : les
noyaux ne sont pas liés, la section efficace est introduite de façon phénoménologique ainsi
que le principe de Pauli.
2 λ/d
1 λB/d
29
Le rapport λ / d fournit une mesure de la dominance du champ moyen ( λ / d >> 1 ) ou des
processus de collision élémentaires ( λ / d << 1 ). Le rapport λB / d permet d’estimer le
caractère quantique ( λB / d >> 1 ) ou non ( λB / d << 1 ) de la collision. Il est clair que la gamme
d’énergie autour de l’énergie de Fermi ne peut à priori être décrite ni par un modèle quantique
de champ moyen, ni par un modèle classique collisionnel.
Dans les sections suivantes nous montrons comment les deux approches complémentaires de
la cascade internucléaire et du champ moyen dépendant du temps peuvent être combinés dans
une équation plus complète, l’équation de Boltzmann nucléaire, qui peut être dérivée de façon
rigoureuse à partir de l’équation exacte de Schrödinger.
4. La hiérarchie BBGKY
La matrice densité à un corps qui intervient dans TDHF peut s’obtenir à partir de la matrice
densité à A corps en intégrant sur les variables qui ne nous intéressent pas
ρ1 = ATr2,K, A ρ1, K, A
A!
ρ1,K, k = Trk + 1,K A ρ1,K, A
( A − k )!
En remplaçant cette définition dans l’équation de Liouville von Neumann, il est facile de
montrer que cette dernière est équivalente à une hiérarchie (connue sous le nom de BBGKY)
d’équations qui couple la matrice densité à k corps à la matrice d’ordre supérieure
∂
ih
∂t
[ ]
ρ1 = Tˆ1, ρ1 + Tr2[vˆ12, ρ12 ]
∂
[ ]
ih ρ12 = Tˆ1 + Tˆ2 , ρ12 + [vˆ12, ρ12 ] + Tr3 [vˆ13 + vˆ23, ρ123]
∂t
L
Il est évident que la solution de la hiérarchie est un problème autant complexe que la solution
de l’équation de Liouville von Neumann de départ, toutefois si les corrélations fondamentales
impliquent un nombre limité de corps, nous allons pouvoir envisager des troncations de la
hiérarchie qui conduisent à des équations dans un espace plus restreint.
5. Troncations de la hiérarchie
a. TDHF
Si nous avons des raisons physiques d’exprimer la densité à k corps en fonction des densités à
1, 2,…,k-1 corps, alors le nombre d’équations à résoudre sera limité. La troncation la plus
simple de la hiérarchie consiste à négliger complètement les corrélations entre particules,
ρ12 = ρ1ρ2 . Cette simplification introduite dans la hiérarchie permet d’obtenir une équation
fermée pour la matrice densité à un corps
ih
∂
∂t
[ ] [ ] [
ρ1 = Tˆ1 , ρ1 + Tr2 [vˆ12 , ρ1ρ2 ] = Tˆ1 + Tr2vˆ12ρ 2 , ρ1 = hˆ ( ρ1), ρ1 ]
30
Nous pouvons reconnaître la partie directe (Hartree) de l’équation Hartree Fock dépendante
du temps. La partie d’échange s’obtient si on considère l’antisymétrisation des fonctions
d’onde, et donc des matrices densité ρ12 = A12 ρ1ρ 2 . En effet si nous écrivons cette matrice
r r r r r r r r r r r r
dans la représentation de l’espace r, ρ12 (r1, r1' ; r2 , r2 ') = ρ1(r1, r1')ρ1(r2 , r2 ') − ρ1(r1, r2 ')ρ1(r2 , r1 ') et
nous remplaçons cette expression dans l’équation du mouvement, nous pouvons reconnaître
l’équation d’Hartree Fock dépendante du temps introduite plus haut.
Pour aller au delà de l’approximation TDHF, il faudra prendre en compte la partie corrélée de
la matrice densité à un corps, ρ12 = A12 ρ1ρ 2 + c12 . La première équation de la hiérarchie est
ih
∂
∂t
[ ]
ρ1 − hˆ ( ρ1 ), ρ1 = I col
avec I col = Tr2 (vˆ12c12 − c12vˆ12 ) . Pour fermer cette équation il faut introduire l’hypothèse de
chaos moléculaire, qui consiste à imposer que entre deux interactions (ou collisions)
successives le système perde entièrement mémoire des ses corrélations
Cette hypothèse implique deux échelles de temps bien séparées dans la réaction : un temps de
collision ∆t col et un temps entre deux collisions successives ∆t=tcol-t0 >>∆t col. Cette inégalité
signifie que les détails microscopiques sur l’échelle de temps de ∆t col ne sont pas importants
pour la dynamique : la matrice densité peut être considérée comme moyennée sur l’intervalle
∆t col de telle façon que avant chaque collision la mémoire des collisions précédentes soit
perdue. Cette hypothèse implicite de moyenne (coarse graining) est à l’origine de
l’irréversibilité de la dynamique. Dans la prochaine section nous donnons les lignes générales
de la dérivation complète de l’équation de Boltzmann nucléaire, ou équation TDHF étendue.
Nous verrons que la notion d’interaction effective émerge naturellement, ainsi que les facteurs
de blocage de Pauli sur les états finaux de l’intégrale de collision.
Cette équation est toutefois trop compliquée pour être résolue, même numériquement. C’est
pourquoi il est convenable de considérer la limite semiclassique de ce modèle, ce qui nous
ferons dans la section suivante.
Pour obtenir une équation à la Boltzmann il faut exprimer c12 (t) en fonction de c12 (t0 ), c'est-à-
dire résoudre la dynamique à deux corps entre deux collisions successives. Pour ce faire nous
avons besoin de l’équation dynamique pour ρ12 , la deuxième équation de la hiérarchie.
Si le système est très dilué, nous pouvons négliger le terme Tr3 [vˆ13 + vˆ23 , ρ123 ] dans cette
équation. En effet l’ordre de grandeur de ce terme est Tr3[vˆ13, ρ123] ≈ ρvˆ12 ρ12 qui à faible
densité peut se négliger.
31
Exercice : Considérer la définition suivante pour les matrices densité réduites
( A − k )!
ρ~1... k = V k ρ1.. k où V est le volume total du système.
A!
1 ~ 1
1. Montrer que cette définition implique pour la matrice densité à un corps Trρ1 =
A ρ
où ρ est la densité baryonique, et pour la matrice d’ordre k Tr1,..., k ρ~1... k =V .
k
i
(
) i
Vˆ2 (t ) = exp − t Tˆ1 + Tˆ2 + vˆ12 ; Vˆ0 ( t ) = exp − t Tˆ1 + Tˆ2 ( )
h h
Dans l’hypothèse de chaos moléculaire la matrice densité à deux corps peut s’exprimer en
fonction du produit de matrices à un corps évaluées au meme temps si l’on introduit
l’opérateur de Moller S12 = lim( t → ∞)Vˆ2 (t )Vˆ0 ( −t ) (avec S12+ = lim( t → ∞)Vˆ0 (t )Vˆ2 (−t ) ). Le
découplage entre les deux échelles du temps permet alors d’écrire
ih
∂
∂t
[ ] (
ρ1 − Tˆ1 , ρ1 = I col = Tr2 vˆ12 S12 A12 ρ1 (t ) ρ2 (t ) S12+ − S12 A12 ρ1 (t ) ρ2 (t ) S12+ vˆ12 )
Nous remarquons que à cause de l’approximation de gaz dilué le terme de champ moyen n’est
plus présent.
Il est clair que dans le cas nucléaire cette approximation de gaz dilué n’est pas valable.
L’interaction entre particules a lieu à l’intérieur d’un champ moyen généré par les autres
particules, ce qui implique que la densité à trois corps ne peut pas être négligée. L’évolution
de la densité à deux corps peut se calculer en faisant l’hypothèse que les interactions à trois
corps soient négligeables, c'est-à-dire que au maximum deux particules se trouvent au même
instant à l’intérieur de la sphère d’interaction et que l’influence des autres particules est
donnée par le champ moyen (approximation de paires indépendantes). La matrice densité à
trois corps s’exprime alors
32
Si nous appliquons à nouveau l’hypothèse de chaos moléculaire à cette expression, la
première équation de la hiérarchie est encore une fois une équation fermée. Nous nous
limitons à donner le résultat pour l’équation de Boltzmann nucléaire
ih
∂
∂t
[ ]
ρ1 − Tˆ1 + Uˆ 1 , ρ1 = 2πiTr2 (Gˆ A12 ρ1 ρ2 Gˆ + (1 − ρ1 )(1 − ρ 2 )δ ( E12 − H120 ) −
où la matrice G représente l’interaction effective (ou matrice de Bruckner) Gˆ = vˆ12 Sˆ12 qui
apparaît à la fois dans l’intégrale de collision et dans le terme de champ moyen
Uˆ i = Tr3vˆi 3Sˆ13 Aˆ13ρ3 . Ceci signifie que en principe la même interaction effective nucléon -
nucléon est à l’origine du champ moyen et de la section efficace de collision. Les facteurs de
blocage de Pauli sur les états finaux qui avaient été introduits de façon phénoménologique
dans la cascade internucléaire apparaissent aussi naturellement dans cette théorie.
33
d. Transformation de Wigner et limite semi-classique
r r r i r r r r r r
f 1(r , p, t ) = ρW = ∫ dy exp p ⋅ y ρ1(r + y / 2, r − y / 2)
h
[ ]
à la limite h → 0 cette expression se réduit aux crochets de Poisson Aˆ , Bˆ W / i h → AˆW , BˆW , la { }
fonction de Wigner est positive et peut s’interpréter comme une fonction de distribution. La
hiérarchie devient
r r r
∂ p r r r ∂
f1 + ⋅ ∇ f1 = ∫ dr2dp2∇1vˆ12 ⋅ f12
∂t m ∂p1
r r r r r r
∂ p r p2 r r ∂ r ∂ r r r ∂ r ∂
f12 + ⋅ ∇f 12 + ⋅ ∇ 2 f12 − ∇1vˆ12 ⋅ f12 − ∇ 2vˆ12 ⋅ f12 = ∫ dr3dp3 ∇1vˆ12 ⋅ f123 − ∇ 2 vˆ12 ⋅ f 123
∂t m m ∂p1 ∂p2 ∂p1 ∂ p2
L
La fonction de distribution à deux corps consiste d’une partie décorrélée et d’une partie
corrélée f 12 = f1 f 2 + c12 . Cette expression remplacée dans la première équation de la
hiérarchie donne
r r r r
∂ p r r r ∂f1 r r r ∂
f1 + ⋅ ∇ f1 − ∇ 1 ∫ dr2 ρ (r2 )vˆ12 ⋅
∂p1 ∫
= d r2 d p2 ∇1vˆ12 ⋅ c12
∂t m ∂p1
r r r r r r
où U = ∫ dr2 ρ ( r2 )vˆ12 est le champ moyen et ρ ( r , t ) = ∫ dpf (r , p , t ) est la densité locale de
matière. La hiérarchie est fermée si nous introduisons l’hypothèse de chaos
moléculaire c12 ( t0 ) = f1 (t 0 ) f 2 (t 0 ) , qui impose que les corrélations induites par les collisions se
perdent entre deux collisions successives.
34
Dans ce cas l’intégrale de collision devient fonction seulement des fonctions de distribution à
un corps. Comme dans le cas quantique discuté plus haut, l’expression de c12 (t ) a partir de
c12 ( t0 ) s’obtient avec une hypothèse sur la densité à trois corps. Si on pose f 123 ≈ 0 , après des
passage d’algèbre (et en négligeant la variation de f dans l’espace qui correspond à
l’extension spatiale de la collision) nous obtenons
r
∂ p r r r r
f1 + ⋅ ∇f1 = I col = ∫ dp2dp3dp4W (12 → 34 )( f 3 f 4 − f1 f 2 )
∂t m
35
Cette intégrale de collision est la transformée de Wigner dans la limite h → 0 de l’équation
de Waldmann Snider. De façon analogue il est possible (mais compliqué) de montrer que la
limite h → 0 de la transformée de Wigner de l’équation de Boltzmann nucléaire complète
donne l’équation de Boltzmann Uehling Uhlenbeck (BUU) qui contient explicitement le
champ moyen auto-cohérent et les facteurs de blocage de Pauli sur les états finaux des
collisions.
r r r
∂ p r ∂f1
f1 + ⋅ ∇ f1 − ∇1U ⋅ = I col
∂t m ∂p1
r r r
= ∫ dp2dp3dp4W (12 → 34 )( f 3 f 4 (1 − f1 )(1 − f 2 ) − f1 f 2 (1 − f 3 )(1 − f 4 ) )
Il est intéressant de noter que cette équation, bien que classique, respecte exactement le
principe de Pauli. En effet le théorème de Liouville garantit que le volume occupé de l’espace
de phase est conservé au cours du temps par la partie champ moyen de cette équation, c'est-à-
dire en l’absence de l’intégrale de collision
r r r
df ∂f r ∂r ∂f ∂p
= + ∇f ⋅ + ⋅ f =0
dt ∂t ∂t ∂p ∂t
Etant donné que le principe de Pauli est vérifié par construction par l’intégrale de collision,
ceci signifie que si la fonction de distribution est initialisée de telle façon à respecter le
principe de Pauli à l’instant initial, ce principe restera valable à tous les temps.
La figure montre un exemple de résolution numérique de l’équation BUU. Il est clair que
l’introduction de corrélations à deux corps sous la forme de collisions nucléon-nucléon
permet de décrire la dynamique de la collision vers l’équilibre : contrairement au cas TDHF
discuté plus haut, toutes les collisions à paramètre d’impacte central conduisent à la formation
d’un noyau composé.
L’interaction entre nucléons apparaît dans BUU deux fois, dans le champ moyen et dans la
section efficace nucléon-nucléon. Nous avons vu dans la dérivation quantique que en principe
le champ moyen et la section efficace s’obtiennent tous les deux à partir d’une même
interaction effective (matrice G), bien que la difficulté de résolution numérique de l’équation
de Bruckner Hartree Fock pour la matrice G fait si que l’on utilise dans la pratique des
simulations des paramétrisations indépendantes pour ces deux quantités.
En particulier le champ moyen est lié à la densité d’énergie par la relationδε = U δρ , et nous
avons vu qu’il y a une correspondance univoque entre interaction effective et densité
d’énergie.
L’interaction effective est très mal connue à densité différente de la densité normale et au
dehors de la vallée de stabilité neutron proton. La figure montre trois expressions différentes
proposées dans la littérature pour l’énergie de symétrie
(
esym ( ρ ) = 2 2 / 3 − 1 )35 ε (u
F
2/3
)
− F (u ) + esym (ρ 0 )F (u )
avec u = ρ / ρ0 et
2u 2
F1(u ) = ; F2 (u ) = u ; F3 (u ) = u
1+ u
36
La confrontation des données expérimentales aux résultats de l’équation BUU peut permettre
de valider l’une des paramétrisations de l’interaction effective.
La figure montre l’exemple d’une observable (le rapport entre nombre de neutrons et protons
de pre-équilibre) qui peut permettre de déterminer la dépendance en densité de l’énergie de
symétrie. En effet cette observable apparaît indépendante de la compressibilité, de la section
efficace dans le milieu et aussi du paramètre d’impacte (qui peut être déterminé
expérimentalement seulement de façon approchée), mais elle montre, pour les particules
d’énergie cinétique élevée, une forte sensibilité à la dépendance en densité de l’énergie de
symétrie (voir figure).
Il est évidemment nécessaire de mesurer les neutrons au même temps que les particules
chargées pour mener à bien cette étude, ce qui n’est pas possible avec les détecteurs
37
disponibles actuellement, mais pourra sans doute se faire avec les détecteurs de prochaine
génération.
38
• L’interaction résiduelle est introduite dans BUU seulement en ce qui concerne les
collisions élastiques binaires, le formalisme toutefois peut être étendu à l’introduction
de collisions inélastiques, d’états liés et de collisions multiples avec formation de
fragments (P.Danielewicz, Phys.Rev.C51(1995)716).
• L’hypothèse d’échelles de temps bien séparées, essentielle pour exprimer à tous les
temps f12 en fonction de f1 et f2 , est questionnable. Si cette hypothèse est relaxée, des
équations de transport plus compliquées peuvent être dérivées (S.Ayik 1990).
Toutefois l’inclusion des ces effets non Markoviens de mémoire entre deux collisions
successives semble avoir des conséquences négligeables sur les observables
(K.Morawetz 2000).
• L’intégrale de collision est un terme de dissipation, mais l’équation ne contie nt pas
les fluctuations associées. Ceci signifie que la distribution à un corps doit être
interprétée comme une distribution moyenne, qui préserve exactement les symétries
de l’état initial. Cette équation ne peut pas donc décrire les largeurs des observables,
ni l’un des phénomènes les plus importants des collisions aux énergies
intermédiaires, la production de fragments. Dans la prochaine section nous
examinons les extensions proposées pour aller au-delà de la description des valeurs
moyennes.
m v& = −γ v + F (t )
où F est une force aléatoire gaussienne, ou bruit blanc F (t ) = 0 , F (t ) F ( t ' ) = 2γT δ (t − t ' ) .
Cette équation décrit l’évolution de la vitesse événement par événement. L’évolution de
l’ensemble est donnée par m < v& >= −γ < v > , qui contient encore le terme dissipatif mais pas
de terme stochastique.
Reprenons l’équation de Boltzmann nucléaire, dans sa version sémi-classique (BUU). Pour
des petites amplitudes cette équation peut être linéarisée
r r
∂ p r r ∂f d f − f eq
f + ⋅ ∇f − ∇U ⋅ = f =−
∂t m ∂p dt τ
Le fait que cette équation de transport soit dissipative mais déterministe signifie, comme dans
le cas du mouvement brownien, que la fonction de distribution f doit être interprétée comme
une distribution moyenne f = <fk > (en effet cette interprétation est implicite dans l’hypothèse
de chaos moléculaire que nous avons introduit pour obtenir l’équation à partir de la
hiérarchie). Dans l’esprit de l’équation de Langevin nous pouvons écrire pour chaque
événement de réaction
r r r r
r r f k (r , p, t ) − f eq (r , p, t ) k r r
f k (r , p , t ) = − (r , p, t )
d
+ δI col
dt τ
avec δI col
k
= 0 et δI col
k
(rr, pr , t )δI colk (rr' , pr , t') = 2 δ (rr − rr' )δ (t − t ' ) feq (rr, pr, t ) dans le cas
τ
classique.
A chaque collision est associé un bruit gaussien (la gaussienne étant la distribution pour la
variable aléatoire δIcol qui est entièrement caractérisée par ses deux premiers moments), qui
conduit à une variation aléatoire de l’occupation, qui est propagée par le champ moyen
39
jusqu’à la collision successive. Les trajectoires du système peuvent ainsi bifurquer dans
l’espace des phases et donner lieu aux fluctuations de grande amplitude et brisures de
symétrie qui caractérisent la formation de fragments.
Cette description intuitive de l’équation de Boltzmann Langevin (BLE) peut aussi se
formaliser à l’aide de la hiérarchie. Pour obtenir l’équation BUU la troncation était faite avec
l’hypothèse de chaos moléculaire c12 ( t0 ) = f1 (t 0 ) f 2 (t 0 ) . L’approximation Boltzmann
Langevin consiste à introduire une corrélation résiduelle c12 (t 0 ) = f1 (t 0 ) f 2 (t 0 ) + b12 (t 0 ) avec
b12 (t0 = 0 , ce qui correspond à un terme additionnel dans l’intégrale de Boltzmann
δI col
k
[ ]
= Tr2 vˆ12, Vˆ2 (t 0 − t ) b12 (t 0 ) avec δI col k
= 0 et
δI col
k
(rr, rp, t )δI col
k
(rr ' , pr ' , t ') = 2δ ( rr − rr ' )δ (t − t ' ) D( pr, pr ', t ) où le coefficient de diffusion D est
relié aux termes moyens de gain et de perte de l’intégrale de collision. La démonstration de
cette équation existe seulement dans le cas sémi- classique (Ph.Chomaz, J.Randrup 2003).
qui est équivalent à l’équation de Schroedinger pour le système à A corps initial. Au lieu de
rechercher une solution exacte ou quasi-exacte dans l’espace de Hilbert de particule seule, la
stratégie de la dynamique moléculaire consiste à garder la description à A corps, et à chercher
une paramétrisation approximée de la fonction d’onde qui contient un nombre limité de
variables pertinentes. Dénotons le choix restreint de variables par Q' (t ) = {q0 (t ), q1(t ), q2 (t ),...}
qui spécifie complètement la fonction d’onde totale Q' (t ) . En introduisant cette expression
dans le principe variationnel il est facile d’obtenir les équations du mouvement pour les
variables complexes Q’(t)
∂H ' ∂H ' ∂ ∂
ih ∑ Cµν q&ν = ; − ih ∑ Cµν q&ν =
'* *
avec H ' = Q' Hˆ Q' et C 'µν = * Q' Q' .
ν ∂qν
*
ν ∂qν ∂qµ ∂qν
d Q Bˆ Q * ∂B ∂B ∂H −1 ∂B ∂B −1 ∂H
B& = = ∑ q&ν * + q&ν = i h∑
Cµν * − Cµν *
dt Q Q ν ∂qν ∂qν µ ,ν ∂q µ ∂qν ∂q µ ∂qν
Il est intéressant de remarquer que si (et seulement si) la matrice C est la matrice identité,
alors les équations pour les variables q, q* deviennent des équations ordinaires d’Hamilton et
ℜ(qν ), ℑ( qν ) sont des variables canoniquement conjuguées. Dans ce cas nous retrouvons les
équations du mouvement de la mécanique classique pour la position et l’impulsion des A
41
nucléons classiques. C’est le cas si l’on choisit comme paramétrisation pour la fonction
d’onde
r r r r r r
Q = r1, p1 ⊗ r2 , p2 ⊗ K ⊗ rA , p A
avec des paquets d’onde gaussiens pour les fonctions d’onde de particule seule
r r
rr r ( x − rk )2 i r r
x rk , pk = (πa0 ) exp −
−3 / 4
+ pk ⋅ x
2 a 0 h
Ce modèle est connu dans la littérature sous le nom de Quantum Molecular Dynamics (QMD)
(J.Aichelin, Phys.Rep.202(1991)233). En dépit de la présence de fonctions d’onde pour les
particules, il s’agit d’un modèle classique.
La dynamique moléculaire fermionique (FMD, H.Feldmeier, Prog.Part.Nucl.Phys. 39 (1997)
393 ou AMD, A.Ono et al., Prog.Theor.Phys. 87 (1992) 1185) s’obtient en imposant
explicitement une fonction d’onde antisymétrisée
r r r
Q = A( q1 ⊗ q2 ⊗ K ⊗ q A )
et en introduisant pour les fonctions d’onde de particule seule une largeur dépendante du
temps et une variable de spin
rr
x qk = exp −
( r
xr − b
k
) ⊗ χ
2
r r i r
bk = rk + ak pk
2ak k
h
Ce modèle se révèle extrêmement puissant pour décrire la dynamique des collisions ainsi que
la structure des états fondamentaux. Un exemple est donné en figure pour la fonction d’onde
de l’état fondamental de différents isotopes légers. En particulier il est remarquable de voir
que le modèle retrouve pour le 12 C une claire structure α, sans que les corrélations α aient été
introduites à priori dans la fonction d’onde.
8. Quantum branching
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Le principe variationnel dépendant du temps conduit à une dynamique quantique approchée
dans l’espace restreint des états choisis. L’ensemble de tous les possibles déterminants de
Slater de paquets d’onde présenté plus haut constitue une base sur-complète de l’espace
d’Hilbert, ce qui signifie que la fonction d’onde exacte peut toujours s’exprimer en termes de
combinaisons linéaires de déterminants de Slater. Toutefois si nous limitons le choix pour la
fonction d’onde à un seul déterminant Qi (t ) , il est très probable que des régions de l’espace
d’Hilbert importantes pour la dynamique exacte ne puissent pas être explorées par les
équations du mouvement approchées dans cet espace restreint. Ce problème n’est pas très
grave pour les états fondamentaux, pour lesquels une description en termes de champ moyen
s’avère acceptable dans la plupart des cas, mais peut devenir sérieux pour la description de
collisions à énergies intermédiaires qui conduisent à des fluctuations de grande amplitude, à
des brisures spontanées de symétrie et à la formation de fragments. C’est pour quoi un modèle
de dynamique moléculaire amélioré doit contenir la possibilité de sauts quantiques entre
différentes trajectoires Qi (t ) et Q j (t ) avec une certaine probabilité.
Considérons la déviation entre la solution exacte et la solution approchée pendant un petit
intervalle de temps δt. Au premier ordre en δt :
i
∆( t , δt ) = Φ (t + δt ) − Q (t + δt ) = exp( − Hˆ δt ) Q (t ) − Q ( t + δt )
h
i δt ∂
= − Hˆ − ih ∑ q&ν Q( t)
h ν ∂qν
∂
L’opérateur ∆Hˆ = Hˆ − i h∑ q&ν qui apparaît dans cette expression peut être considéré
ν ∂qν
comme une perturbation qui conduit à la transition (« quantum branching ») entre les
différentes trajectoires Qi (t ) , qui suivent chacune leur dynamique approchée (voir schéma).
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La figure montre un exemple de solution numérique de l’équation AMD avec « quantum
branching ». Nous pouvons remarquer la formation de fragments et le bon accord avec
l’expérience.
Pour conclure il est important de noter que une équation comme AMD peut se résoudre aussi
pour un système confiné et une durée de temps d’évolution suffisante pour garantir
l’établissement de l’équilibre. Le théorème ergodique alors permet d’évaluer les équations
d’état à partir de la moyenne temporelle des observables. De cette façon il est possible
d’étudier les corrections à la thermodynamique dues au nombre fini de particules et aux
corrélations au-delà du champ moyen, que nous avons négligées dans les chapitres
précédents.
Un exemple d’un tel calcul est montré en figure pour la relation fonctionnelle entre
température et énergie d’excitation d’un noyau léger.
Finalement, la comparaison de ces équations d’état avec celles qu’on peut déduire à partir de
phénomènes de collisions, va permettre à terme de quantifier les déviations de l’équilibre dans
la dynamique des réactions, et proposer des observables pertinentes pour la mesure
expérimentale de la transition de phase.
Ce vaste programme de recherche est encore à ses débuts.
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