"Éradiquer la pauvreté d'ici 2030"
"Éradiquer la pauvreté d'ici 2030"
Tribune Fonda N°237 - Faire des ODD un projet de société - Mars 2018
Aleth Vennin
Mars 2018
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Présentation et approche prospective de l'Objectif de développement durable n°1. Cette fiche est publiée dans le
supplément au numéro 237 de la Tribune Fonda « Faire des ODD un projet de société ».
Cette fiche a été réalisée par Aleth Vennin, étudiante en master Politiques publiques à Sciences Po, avec le concours de
François de Jouvenel, délégué général de Futuribles International, et Bastien Engelbach, coordonnateur des
programmes de la Fonda.
L'objectif de développement durable n°1 vise à mettre fin à la pauvreté sous toutes ses formes et partout dans le
monde d’ici à 2030. Il insiste sur la multi-dimensionnalité de la pauvreté, qui ne se limite pas à l’insuffisance de revenus.
L’ONU préconise d’adopter une vision plurielle, en se concentrant sur la satisfaction des besoins les plus élémentaires,
tels que la faim, la santé, l’éducation, et l’accès à l’eau et l’assainissement.
Repères
Indicateurs à suivre
Nombre de personnes se situant sous le seuil de 60% du revenu médian après transferts sociaux, c’est-à-dire en
prenant en compte les prestations de la protection sociale ainsi que les biens et services non marchands tels que
l’éducation et la santé (seuils français et européen)
Personnes menacées de pauvreté ou d'exclusion sociale (Eurostat), c'est-à-dire affectées par au moins une des trois
conditions suivantes :
- en situation de pauvreté après transferts sociaux
- en situation de privation matérielle sévère
- vivant dans des ménages à faible intensité de travail
Personnes en situation de privation matérielle sévère (en %) ; personnes remplissant au moins 4 des 9 indicateurs
de privation : régler le loyer ou les factures pour les services d’utilité publique ; chauffer convenablement le
domicile ; faire face à des dépenses imprévues ; consommer de la viande, du poisson ou un équivalent protéiné
tous les deux jours ; partir en vacances hors du domicile une semaine par an ; acheter une voiture ; acheter une
machine à laver le linge ; acheter une télévision couleur ; payer une connexion téléphonique.
Où en sommes-nous en France ?
La cible de l’ONU est de réduire d’ici 2030 de 50% la pauvreté, comprise selon les critères de définition établis par
chaque gouvernement. Bien que la pauvreté extrême ait été éliminée en France, celle-ci n’a pas défini d’objectif chiffré.
Au niveau de l’Union européenne, la stratégie Europe 2020 vise à réduire d’au moins vingt millions le nombre de
personnes touchées ou menacées par la pauvreté et l’exclusion sociale.
En France, 8,9 millions de personnes sont pauvres, ce qui correspond à 14,3 % de la population au seuil de 60 % du
revenu médian (Insee, 2017). En 2015, 4 millions de personnes sont allocataires de minima sociaux, dont 1,8 millions
touchent le RSA. En ajoutant les ayants droit, un peu plus de 6 millions de personnes sont officiellement reconnues par la
société comme ayant besoin d’un soutien (Observatoire des inégalités). 17,7% de la population française est en risque de
pauvreté ou d’exclusion sociale. 4,5% des Français sont en situation de privation matérielle sévère (Eurostat).
Prospective exploratoire
Tendances lourdes
La France a fait de grands progrès dans l’élimination de la pauvreté par rapport aux années 1970. La pauvreté a fortement
reculé des années 1970 aux années 1990.
Ainsi, en 1970, le taux de pauvreté au seuil de 60 % du revenu médian était de 18 %. En 1990, il tombe à 13,8 %.
Les années 2000 marquent cependant un tournant dans l’évolution de la pauvreté en France. La crise de 2008, en
contribuant à l’augmentation du chômage, a provoqué une augmentation de la pauvreté. Le nombre d’individus pauvres a
augmenté de 600 000 en dix ans. Entre 2008 et 2012, le taux de pauvreté à 60 % du revenu médian a augmenté de 13,2 %
à 14,2 %. Ainsi, l’écart se creuse entre les plus pauvres et les couches moyennes. Les statistiques disponibles s’arrêtent à
2015. Depuis lors, une reprise de l’activité économique est perceptible. Entre décembre 2015 et mars 2017, le nombre
d’allocataires du revenu de solidarité active (RSA) a diminué de 5 %. Le taux de chômage diminue également, passant de
10,6 % en 2015 à 9,8 % en 2017. L’Insee estime que le taux de pauvreté à 60 % du revenu médian aurait baissé en 2016,
pour atteindre son niveau de 2014.
L’Observatoire des inégalités remarque cependant que seul un mouvement beaucoup plus important et durable
permettrait de revenir à la situation du milieu des années 2000, où le taux de pauvreté à 60 % était de 12,8 % (L’état de la
pauvreté en France, novembre 2017).
La pauvreté a connu de profondes transformations au cours des dernières décennies (données Insee) :
La famille monoparentale
Les familles monoparentales sont surreprésentées dans la population pauvre par rapport à leur poids dans la
population totale. En effet, 25 % des pauvres en 2015 vivent dans une famille monoparentale.
L’urbanisation de la pauvreté
65 % des personnes pauvres vivent dans les grandes villes. La pauvreté s’est urbanisée, baissant d’environ quatre
points entre 1996 et 2010 dans les zones rurales, et augmentant de cinq points dans l’agglomération parisienne. Les
grandes zones urbaines sont ainsi les endroits où les inégalités de revenus sont les plus élevées.
Les jeunes
Les enfants et les adolescents représentent plus d’un tiers des personnes pauvres. Ce sont des individus qui ont
hérité de la pauvreté de leurs parents. Les jeunes de 20 à 29 ans représentent 17 % des pauvres. Il s’agit souvent de
jeunes peu qualifiés, en difficulté d’insertion sur le marché du travail.
Les seniors
Les plus de 60 ans sont moins concernés par la pauvreté. Ils représentent un dixième de l’ensemble des personnes
vivant sous le seuil de pauvreté. Cependant, cette situation reste préoccupante puisqu’elle n’est pas appelée à
évoluer, contrairement à celle des plus jeunes. De plus, le nombre de personnes pauvres chez les seniors tend à
augmenter.
Les catégories socio-professionnelles
Les inactifs et les chômeurs représentent plus de 70 % des personnes pauvres. La pauvreté ne concerne pas de
manière égale l’ensemble des catégories socio-professionnelles. Les employés et les ouvriers constituent la
majorité de la population pauvre. Près des deux tiers des pauvres appartiennent à un ménage dont la personne de
référence est ouvrière ou employée.
Incertitudes majeures
La population française est frappée par le phénomène des travailleurs pauvres : 700 000 salariés disposent d’un niveau de
vie inférieur au seuil de pauvreté, soit parce qu’ils travaillent à temps partiel avec de très bas salaires, soit parce qu’ils
n’ont travaillé qu’une partie de l’année. Ainsi, l’emploi de mauvaise qualité alimente la pauvreté.
Les mutations du monde du travail et de la famille accentuent la pauvreté des Français. La transformation actuelle de
l’économie, vers une économie fondée sur le savoir et les services, risque d’accentuer le précariat des travailleurs. La
robotisation du marché du travail présente également le risque de pousser vers la sortie de l’emploi une part croissante de
travailleurs.
Dès lors, il faudrait repenser le fonctionnement de la protection sociale, dont les revenus ne viendraient plus uniquement
du travail. Les prochaines décennies seront décisives pour l’avenir de la protection sociale : avec l’individualisation de la
société, quelle responsabilité les individus seront-ils prêts à prendre sur les risques collectifs ? Le rôle des corps
intermédiaires, notamment celui des associations et des centres d’hébergement, dans la lutte contre la pauvreté, est plus
que jamais d'actualité.
Allons-nous vers un modèle de croissance économique inclusive, ou vers une société marquée par des inégalités
croissantes ?
Le sujet du revenu universel revient régulièrement dans le débat public. Ce dernier est controversé, car s’il permettrait
d’instaurer un filet de sécurité pour les individus et de leur garantir un minimum de subsistance, ses difficultés de mise en
place posent question.
La question de son financement, ainsi que de la place laissée à la protection sociale, diffèrent grandement selon les
propositions. Derrière ce débat se cachent les incertitudes quant au futur du modèle français d’État-Providence.
Émergences
La Commission européenne définit les innovations sociales comme de nouvelles solutions qui répondent à un besoin
social plus efficacement que les solutions existantes, et créent de nouvelles et meilleures capabilités et relations, ainsi
qu’un meilleur usage des ressources. En d’autres mots, les innovations sociales améliorent la capacité de la société à
agir.
Selon l’Avise, « l’entrepreneuriat social est une manière d’entreprendre qui place l’efficacité économique au service de
l’homme et de l’environnement ». En France, de nombreuses initiatives ont émergé ces vingt dernières années :
nouvelles formes de coopératives (Scic, coopératives d’activité et d’emploi), services aux personnes, entreprises
d’insertion, etc. (Avise).
La loi du 31 juillet 2014 a inscrit les entreprises sociales dans l'Économie sociale et solidaire (ESS). Selon le Mouvement
des entrepreneurs sociaux (Mouves), « les entreprises sociales sont des entreprises à finalité sociale, sociétale ou
environnementale et à lucrativité limitée. Elles cherchent à associer leurs parties prenantes à leur gouvernance ».
Un mouvement d’idées recentrant l’individu et ses capacités d’agir est ainsi de plus en plus présent. L’accent mis sur
l’empowerment, afin de redonner au citoyen une expression politique et économique, en est un exemple.
— La crise des migrants de 2015
La pauvreté frappe déjà lourdement les immigrés. 37,6 % des personnes vivant dans un ménage immigré sont considérées
comme pauvres en 2013, contre 14 % pour l’ensemble de la population. Ce niveau s’explique par la présence de
chômage, des discriminations, et des niveaux de qualification plus faibles de cette population.
La crise des migrants qui a commencé à toucher l’Europe en 2015 constitue un phénomène émergent : comment la
société française peut-elle se préparer à accueillir une nouvelle population et la protéger contre la pauvreté ?
Selon l’Observatoire des inégalités, 5,4 millions d’emplois dans les secteurs publics et privés demeurent fermés aux
étrangers, soit environ plus de 20 % des emplois en France. Le marché du travail devra ainsi s’adapter à cette arrivée de
nouveaux travailleurs.
Ressources
La Tribune Fonda
La revue qui éclaire le futur du monde associatif et de l’ESS
Faire des ODD un projet de société
N° 237 - mars 2018
Tribune Fonda N°237 - Faire des ODD un projet de société - Mars 2018
Aleth Vennin
Mars 2018
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Présentation et approche prospective de l'Objectif de développement durable n°2. Cette fiche est publiée dans le
supplément au numéro 237 de la Tribune Fonda « Faire des ODD un projet de société ».
Cette fiche a été réalisée par Aleth Vennin, étudiante en master Politiques publiques à Sciences Po, avec le concours de
François de Jouvenel, délégué général de Futuribles International, et Bastien Engelbach, coordonnateur des
programmes de la Fonda.
L’objectif est d’éliminer la faim, d’assurer la sécurité alimentaire, d’améliorer la nutrition et de promouvoir
l’agriculture durable. Cet objectif tend à repenser la manière dont nous cultivons, partageons et consommons les
aliments, afin de soutenir un développement centré sur les régions rurales et la protection de l’environnement.
Le défi de nourrir les 925 millions de personnes souffrant de la faim et les 2 milliards de personnes supplémentaires dans
le monde d’ici 2050 nécessitent en effet de repenser les systèmes actuels d’alimentation.
Repères
Indicateurs à suivre
Où en sommes-nous en France ?
La France a éradiqué la malnutrition aiguë sur son territoire. Des problèmes demeurent cependant.
— Insécurité alimentaire
Selon le ministère de l’Agriculture, 3,9 millions de personnes, soit environ 6 % de la population totale, utilisent les
services de l’aide alimentaire (banques alimentaires, Restos du Cœur, etc.). Chaque hiver, entre 100 000 et 300 000 repas
sont distribués dans toute la France.
— Hausse de la sous-alimentation
Si la sous-alimentation avait décliné ces 20 dernières années, la crise économique de 2008 a marqué son retour à la
hausse. Cette crise a provoqué une hausse des prix alimentaires qui ont entraîné de nombreux Français sous le seuil de la
sous-alimentation.
—Malnutrition
311 517 personnes sont traitées en France chaque année pour malnutrition sévère, 264 523 sont traitées pour malnutrition
modérée (Action contre la Faim).
—Inégalités et alimentation
Les comportements et habitudes alimentaires reflètent les inégalités sociales. Un individu ayant fait des études
supérieures consomme plus de produits frais, et deux fois plus d’aliments biologiques, qu’un individu ayant arrêté ses
études au collège ou au lycée.
—Terres agricoles
En 2012, 3 % de la surface agricole est occupée par de l’agriculture biologique. La surface de terres cultivées selon le
mode biologique a augmenté de 17 % en 2016 et 2015 : elle est actuellement de 1 583 047 hectares (chiffres Agencebio).
Prospective exploratoire
Tendances lourdes
La part de l’alimentation dans le budget des ménages diminue : elle est passée de 35 % en 1960 à 17 % en 2017 (INSEE).
Le panier alimentaire moyen se modifie, les produits transformés et les plats préparés prenant la place des produits frais
et des boissons alcoolisées. La baisse du temps consacré à la cuisine et la hausse du pouvoir d’achat des ménages
expliquent ces transformations. De même, la consommation bio a augmenté de 22 % de 2015 à 2016 (Agence Bio).
Se posent aujourd’hui de nouveaux enjeux liés à notre mode d’alimentation : la proportion des personnes obèses en
France est passée de 8,5 % à 14,5 % entre 1997 et 2009, tandis qu’en 2015, 4,8 % de la population souffre de diabète de
type II. (Fédération française des diabétiques).
De même, les taux d’incidence de cancer sont de 353 pour 100 000 hommes et 282 pour 100 000 femmes en 2017
(Institut national du cancer). L’Institut national du cancer souligne le rôle de certaines habitudes alimentaires dans la
prévalence des cancers, telles que la consommation de boissons alcoolisés, le surpoids, et l’excès de viandes rouges ou de
charcuteries.
—Le rôle des perturbateurs endocriniens
L’Organisation mondiale de la santé définit un perturbateur endocrinien comme « une substance ou un mélange de
substances, qui altère les fonctions du système endocrinien et de ce fait induit des effets néfastes dans un organisme
intact, chez sa progéniture ou au sein de (sous)-populations ». Les perturbateurs endocriniens sont présents dans
l’environnement ou dans des produits de consommation. Leur impact sanitaire est controversé, car ils sont soupçonnés
d’être à l’origine du développement de pathologies touchant notamment les organes de la reproduction.
Dans les pays développés, 40 % de la nourriture produite est gaspillée chaque année, selon un rapport de la FAO publié
en 2012. La France gaspille quant à elle 10 millions de kilogrammes de nourriture par an (Planetoscope).
L’estimation des pertes causées par le gaspillage est comprise entre 12 et 20 milliards d’euros par an (ministère de
l’Agriculture).
Des circuits alimentaires courts se sont développés ces dernières années dans les régions urbaines. En 2015, plus de 2 000
associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP) sont présentes sur le territoire. Elles permettent de
créer un système agro-alimentaire local et solidaire.
Émergences
De nouvelles pratiques de régimes alimentaires alternatifs se sont répandues dans les dernières décennies. Elles sont les
témoins d’une nouvelle relation à l’alimentation, et de nouvelles attitudes envers l’environnement, tels que la recherche
d’une faible empreinte écologique, d’un respect de la santé humaine, d’un refus de l’exploitation animale, et du respect
d’un commerce équitable. La consommation de viande a notamment diminué de 7 % entre 1998 et 2011
(FranceAgriMer).
Ces dernières années ont vu émerger de nouvelles formes d’agriculture durable. L’agriculture urbaine en est un exemple,
avec le développement de fermes verticales, de bâtiments végétalisés, ou de potagers en villes. De même, le
développement de la permaculture ou de l’agriculture raisonnée montre le gain d’intérêt des systèmes l’agriculture pour
le respect de l’environnement.
Ressources
_ FAO, FIDA, OMS, PAM et UNICEF : « L’État de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde 2017.
Renforcer la résilience pour favoriser la paix et la sécurité alimentaire », 2017.
_ Brigitte Larochette et Joan Sanchez-Gonzalez, Cinquante ans de consommation alimentaire : une croissance modérée,
mais de profonds changements, Insee première, n°1568, 2015.
_ FAO, « Pertes et gaspillages alimentaires dans le monde – Ampleur, causes et prévention », 2012.
Typologie
Tribune Fonda N°237 - Faire des ODD un projet de société - Mars 2018
Aleth Vennin
Mars 2018
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Présentation et approche prospective de l'Objectif de développement durable n°3. Cette fiche est publiée dans le
supplément au numéro 237 de la Tribune Fonda « Faire des ODD un projet de société ».
Cette fiche a été réalisée par Aleth Vennin, étudiante en master Politiques publiques à Sciences Po, avec le concours de
François de Jouvenel, délégué général de Futuribles International, et Bastien Engelbach, coordonnateur des
programmes de la Fonda.
L'objectif de développement durable n°3 vise à donner les moyens de mener une vie saine et promeut le bien-être
de tous à tous les âges.
L’Organisation mondiale de la santé définit la santé comme « un état de complet bien-être physique, mental et social, et
ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ».
Repères
Indicateurs à suivre
Où en sommes-nous en France ?
La France a atteint l’objectif d’éradication des maladies telles que la tuberculose. Elle a également atteint les deux
premières cibles concernant les mortalités maternelles et infantiles.
En revanche, du fait d’un contexte de croissance de la sédentarité et du vieillissement de la population, 87 % des décès en
France sont estimés être dus aux maladies non transmissibles (MNT) comme les maladies cardiovasculaires, les cancers,
les diabètes et maladies respiratoires chroniques. La France s’est engagée à réduire d’un tiers le nombre de décès dus aux
MNT.
Elle s’est également engagée dans le Non Communicable Disease Action Plan 2013-2020 de l’Organisation mondiale de
la santé (OMS), visant à réduire d’un quart le taux de mortalité prématurée (avant 70 ans) dues à des MNT d’ici 2025 au
niveau global.
Concernant la sécurité routière, depuis que le port de la ceinture de sécurité a été imposé en 1972, le nombre de morts sur
la route a décru en continu. Cependant, cela fait quatre années consécutives que la mortalité routière augmente
légèrement. Deux grands plans ont été lancés par le gouvernement depuis la hausse amorcée en 2014.
La consommation de psychotropes et d’anxiolytiques est élevée en France, bien qu’une baisse ait été amorcée depuis
2012. En 2015, environ 13 % de la population française a consommé au moins une fois un anxiolytique, ce qui est une
baisse de 5 % par rapport à 2012.
La France fait face à un phénomène de désertification médicale. La densité de médecins est hétérogène sur le territoire,
le secteur rural et les banlieues faisant face à une pénurie de médecins. Les professions paramédicales comme les
infirmières et les masseurs-kinésithérapeutes connaissent en parallèle une baisse d’effectifs.
Prospective exploratoire
Tendances lourdes
— La transition épidémiologique : le stade des maladies chroniques
La transition sanitaire correspond aux évolutions de la morbidité d’une population en fonction de son développement
économique et social. Elle prend en compte les transitions démographiques et sanitaires. Cette dernière est divisée en
quatre stades (Futuribles, Rapport Vigie 2016).
Le premier correspond à celui de la peste et des famines : il est caractérisé par une très forte mortalité, des grandes
épidémies, et une espérance de vie très faible. C’est celui que connaissent des États tels que le Soudan, ou la Corée du
Nord.
Le deuxième stade décrit le recul des pandémies. Les principales causes de mortalité sont les maladies infectieuses, la
mortalité maternelle et la malnutrition. Ce stade correspond à la situation des Pays les moins avancés (PMA).
Le troisième stade est celui des maladies chroniques. Les principales causes de mortalité sont des maladies comme le
diabète, les cancers, les maladies pulmonaires et cardio-vasculaires. Il décrit la situation des pays à moyens revenus et des
PMA les plus riches. Le quatrième stade, désigné comme celui des maladies dégénératives, est celui que la France
s’apprête à connaître. Il décrit une diminution de la mortalité due aux maladies cardio-vasculaires et les cancers, et une
importance des démences (Alzheimer) et autres maladies dégénératives.
— Le retour des maladies infectieuses
Si dans les années 1960, il était communément admis que le combat contre les maladies infectieuses allait être gagné, le
début des années 1990 et la réémergence
de maladies infectieuses comme le Sida marquent une nouvelle prise de conscience.
À l’horizon 2030, cette tendance peut s’intensifier du fait de l’augmentation des migrations humaines à longue distance,
et de l’intensification des contacts entre hommes et animaux.
— Une couverture universelle
L’introduction de la Couverture maladie universelle, d'abord expérimentée par l'association ATD Quart-Monde, puis de
la Protection maladie universelle ont permis à tout Français de bénéficier d’une assurance maladie. Cependant, les
incertitudes concernant le financement de la Sécurité sociale posent la question de son avenir.
Les dépenses de santé connaissent une croissance depuis ces cinquante dernières années. En France, la consommation de
soins et de biens médicaux représentait 3,4% du PIB en 1960, 6,3 % en 1980, 8,2 %
en 2007 et 8,8 % en 2013 (DRESS).
Cette hausse des dépenses de santé est principalement due au progrès médical et technologique, et à la hausse des prix
des biens et services de santé.
En France, le vieillissement aurait également contribué pour un tiers à la croissance des dépenses de santé entre 1995 et
2009. Les dernières projections du Trésor prévoient que les dépenses de santé augmenteraient de 9 % du PIB en 2011 à
11,5 % en 2060. Ceci pose la question du financement de la Sécurité sociale, dont le déficit est actuellement de 4,4
milliards d’euros.
— Le vieillissement de la population française
Le vieillissement de la population est dû à la baisse de la fécondité, et à l’allongement de l’espérance de vie : entre 1960
et 2012, la part des 0-19 ans est passée de 30 % à 24 % de la population totale tandis que celle des 60 ans ou plus
augmentait de 16 % à près de 24 %.
Durant les décennies à venir, la part des plus de 60 ans continuera à croître, notamment sous l’effet de l’arrivée à cet âge
des baby-boomers. En 2030, 8 millions de Français auront plus de 75 ans, alors qu’ils sont 5 millions aujourd’hui. Ce
phénomène pose des questions en matière de santé publique, et plus globalement d'adaptation de la société au
vieillissement.
— La pollution de l’air
L’exposition aux particules augmente le risque de mortalité liée à des maladies respiratoires et cardio-vasculaires
(CGDD/SOeS, 2015). Le taux de mortalité dû à la pollution de l’air s’élevait à 17,2 pour 100 000 en France en 2012
(OMS, 2016).
Le respect de la norme de pollution de l’air édictée par l’OMS augmenterait l’espérance de vie de 5,8 mois à Paris et de
7,5 mois à Marseille (étude Aphekom). La population française est inégalement touchée par les effets de la pollution de
l’air, les personnes pauvres étant plus sensibles et exposées aux particules fines.
— Des inégalités d’accès aux soins
Bien que le nombre de médecins en France ait augmenté – en 1985, la densité de médecins est de 275 praticiens pour 100
000 habitants, en 2015, elle est de 336,5 pour 100 000 habitants – leur présence est hétérogène sur le territoire. Il existe
une fracture médicale au sein de la population française. Des déserts médicaux s’installent sur certains territoires. Par
exemple, Paris compte 798 médecins pour 100 000 habitants, tandis que le département de l’Eure ne possède que 180
médecins pour 100 000 habitants. Les déserts médicaux sont majoritairement les zones rurales ainsi que les banlieues
périphériques des villes. On observe également une baisse d’effectifs pour les professions paramédicales telles que les
infirmières.
Afin de lutter contre le développement de ces déserts médicaux, le Pacte Territoire Santé a notamment été lancé en
décembre 2012. Ce dispositif vise à inciter l’installation de jeunes médecins dans les territoires déficitaires, et encourage
le développement d’infrastructures de soin telles que les maisons ou les pôles de santé. Le nouveau gouvernement a
également lancé un nouveau plan en octobre 2017 afin de « renforcer l’accès territorial aux soins ».
La population française souffre également d’inégalités sociales en termes de conditions de vie et d’accès aux soins de
santé. Le poids des déterminants sociaux sur la santé est illustré par la corrélation entre les indicateurs de santé et la
catégorie socioprofessionnelle. Ces déterminants agissent dès l’enfance, contribuant à l’état de santé et à la trajectoire de
vie en limitant l’accès aux études supérieures, à un emploi qualifié et à des revenus permettant de recourir à des soins de
santé (groupe de travail « santé et accès aux soins » du gouvernement).
Ainsi, les hommes cadres supérieurs ont une espérance de vie de 82 ans, et les ouvriers de 76 ans (Insee). Les conditions
de vie des Français sont marquées par des inégalités fortes. En effet, à 35 ans, les cadres supérieurs peuvent espérer vivre
encore 34 ans sans aucune incapacité (difficultés visuelles, auditives, de la marche ou des gestes de la vie quotidienne).
En revanche, cette durée est de 24 ans pour un ouvrier. Pour les femmes, l’écart d’espérance de vie est plus réduit (il est
de seulement 2 ans), mais une femme ouvrière à 35 ans connaîtra une incapacité au cours des 22 dernières années de sa
vie, contre 16 années pour une femme cadre supérieure.
Selon l’Institut national pour la prévention et d’éducation pour la santé (INPES), les inégalités sociales face à la santé ont
eu tendance à s’aggraver ces vingt dernières années. Ainsi, si la mortalité a diminué globalement depuis 1968, certaines
catégories en ont plus bénéficié que d’autres.
Les actions engagées dans le domaine de l’accès à la santé doivent donc adopter une approche intersectorielle, en
considérant les déterminants sociaux, économiques et géographiques.
Incertitudes majeures
— Le transhumanisme
Ce mouvement prône l'utilisation des progrès technologiques et scientifiques dans le but d’améliorer la condition
humaine. Le transhumanisme cherche à dépasser les limites biologiques de l’homme, en éliminant les maladies ou les
handicaps, et en permettant à l’homme d’être “augmenté”, intellectuellement et physiquement, par les nouvelles
technologies.
Émergences
Les biotechnologies rouges, c’est-à-dire appliquées à la médecine, sont en train de révolutionner le domaine de la santé.
Elles se sont progressivement imposées comme étant l’un des moteurs majeurs de l’innovation thérapeutique et de la
croissance de l’industrie pharmaceutique.
Les biotechnologies représentent un marché économique considérable : en 2014, le secteur biotechnologique du marché
du médicament représente le tiers du marché mondial.
Les nouvelles technologies promettent de bouleverser profondément la pratique médicale. L’intelligence artificielle sera
ainsi bientôt capable d’effectuer de nombreuses tâches médicales, comme le diagnostic.
— La médecine des 4P
Prédictive, personnalisée, préemptive et participative. Une nouvelle méthode pour les professionnels de santé se
développe. Celle-ci permet d’anticiper les maladies (prédictive), de se centrer vers le patient (personnalisée), de prendre
des mesures correctives avant le développement d’une maladie (préemptive), et d’indiquer au patient un mode de vie
adapté (participation).
Cette nouvelle manière de pratiquer la médecine a pour but de responsabiliser les patients, en les rendant eux-mêmes
acteurs de la santé. Ce phénomène aura de forts impacts sur la pratique clinique et l’industrie de la santé. Il sera en effet
possible d’identifier les risques en amont, et de traiter une maladie avant que ses signes cliniques n’apparaissent.
Selon la Haute autorité de santé (HAS) « L’éducation thérapeutique du patient (ETP) vise à aider les patients à gérer au
mieux leur vie avec une maladie chronique. Elle est un processus continu, qui fait partie intégrante et de façon
permanente de la prise en charge du patient ».
De même, « le PPS est un plan d’action concernant les personnes âgées en situation de fragilité et/ou atteintes d’une ou
plusieurs maladie(s) chronique(s), et nécessitant un travail formalisé entre acteurs de proximité. Il s’agit de favoriser la
prise en charge en équipe pluriprofessionnelle dans un cadre de coopération non hiérarchique. Ce plan d’action fait suite
à une évaluation globale de la situation médicale, psychologique et sociale de la personne afin d’identifier les situations à
problèmes. Il débouche sur un suivi et une réévaluation ». Le premier modèle du plan a été mis en place en 2013.
Les associations de patients se mobilisent également dans cette direction, comme le collectif [Im]Patients Chroniques et
Associés, qui demande à ce que les malades soient informés des décisions relatives à leurs soins.
Projet en coopération - « Un chez soi d’abord », quand logement rime avec accompagnement
Ressources
_ « Rapport Impact sanitaire de la pollution atmosphérique dans neuf villes françaises. Résultats du projet Aphekom »,
2012
_ Synthèse du rapport « L’état de santé de la population en France », Direction de la recherche, des études, de
l’évaluation et des statistiques de Santé publique France, 2017
_ Albertine Aouba, Françoise Péquignot, Alain Le Toullec, Eric Jougla, Les causes médicales de décès en France en
2004 et leur évolution 1980-2004, Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès, Inserm CépiDc.
_ Isabelle Robert-Bobée, « Projections de population pour la France métropolitaine à l’horizon 2050 », INSEE première,
2006.
_ Potvin L., Moquet M.-J., Jones C. (sous la dir.), Réduire les inégalités sociales en santé, INPES, coll. Santé en action,
2010
_ « Santé et accès aux soins : pour un accès plus égal et facilité à la santé et aux soins », travaux préparatoires de la
Conférence nationale de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale, novembre 2012.
1Selon les indicateurs du « Vivre mieux » de l'OCDE, la France se positionne au-dessus de la moyenne dans les
dimensions des revenus et du patrimoine, du bien-être, de la santé, de l'engagement civique, de l'équilibre vie
professionnelle-vie privée et de la sécurité. Fiche ODD n°3 - Bonne santé et bien-
être
Tribune Fonda N°237 - Faire des ODD un projet de société - Mars 2018
Aleth Vennin
Mars 2018
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Présentation et approche prospective de l'Objectif de développement durable n°3. Cette fiche est publiée dans le
supplément au numéro 237 de la Tribune Fonda « Faire des ODD un projet de société ».
Cette fiche a été réalisée par Aleth Vennin, étudiante en master Politiques publiques à Sciences Po, avec le concours de
François de Jouvenel, délégué général de Futuribles International, et Bastien Engelbach, coordonnateur des
programmes de la Fonda.
L'objectif de développement durable n°3 vise à donner les moyens de mener une vie saine et promeut le bien-être
de tous à tous les âges.
L’Organisation mondiale de la santé définit la santé comme « un état de complet bien-être physique, mental et social, et
ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ».
Repères
Indicateurs à suivre
Où en sommes-nous en France ?
La France a atteint l’objectif d’éradication des maladies telles que la tuberculose. Elle a également atteint les deux
premières cibles concernant les mortalités maternelles et infantiles.
En revanche, du fait d’un contexte de croissance de la sédentarité et du vieillissement de la population, 87 % des décès en
France sont estimés être dus aux maladies non transmissibles (MNT) comme les maladies cardiovasculaires, les cancers,
les diabètes et maladies respiratoires chroniques. La France s’est engagée à réduire d’un tiers le nombre de décès dus aux
MNT.
Elle s’est également engagée dans le Non Communicable Disease Action Plan 2013-2020 de l’Organisation mondiale de
la santé (OMS), visant à réduire d’un quart le taux de mortalité prématurée (avant 70 ans) dues à des MNT d’ici 2025 au
niveau global.
Concernant la sécurité routière, depuis que le port de la ceinture de sécurité a été imposé en 1972, le nombre de morts sur
la route a décru en continu. Cependant, cela fait quatre années consécutives que la mortalité routière augmente
légèrement. Deux grands plans ont été lancés par le gouvernement depuis la hausse amorcée en 2014.
La consommation de psychotropes et d’anxiolytiques est élevée en France, bien qu’une baisse ait été amorcée depuis
2012. En 2015, environ 13 % de la population française a consommé au moins une fois un anxiolytique, ce qui est une
baisse de 5 % par rapport à 2012.
La France fait face à un phénomène de désertification médicale. La densité de médecins est hétérogène sur le territoire,
le secteur rural et les banlieues faisant face à une pénurie de médecins. Les professions paramédicales comme les
infirmières et les masseurs-kinésithérapeutes connaissent en parallèle une baisse d’effectifs.
Prospective exploratoire
Tendances lourdes
— La transition épidémiologique : le stade des maladies chroniques
La transition sanitaire correspond aux évolutions de la morbidité d’une population en fonction de son développement
économique et social. Elle prend en compte les transitions démographiques et sanitaires. Cette dernière est divisée en
quatre stades (Futuribles, Rapport Vigie 2016).
Le premier correspond à celui de la peste et des famines : il est caractérisé par une très forte mortalité, des grandes
épidémies, et une espérance de vie très faible. C’est celui que connaissent des États tels que le Soudan, ou la Corée du
Nord.
Le deuxième stade décrit le recul des pandémies. Les principales causes de mortalité sont les maladies infectieuses, la
mortalité maternelle et la malnutrition. Ce stade correspond à la situation des Pays les moins avancés (PMA).
Le troisième stade est celui des maladies chroniques. Les principales causes de mortalité sont des maladies comme le
diabète, les cancers, les maladies pulmonaires et cardio-vasculaires. Il décrit la situation des pays à moyens revenus et des
PMA les plus riches. Le quatrième stade, désigné comme celui des maladies dégénératives, est celui que la France
s’apprête à connaître. Il décrit une diminution de la mortalité due aux maladies cardio-vasculaires et les cancers, et une
importance des démences (Alzheimer) et autres maladies dégénératives.
— Le retour des maladies infectieuses
Si dans les années 1960, il était communément admis que le combat contre les maladies infectieuses allait être gagné, le
début des années 1990 et la réémergence
de maladies infectieuses comme le Sida marquent une nouvelle prise de conscience.
À l’horizon 2030, cette tendance peut s’intensifier du fait de l’augmentation des migrations humaines à longue distance,
et de l’intensification des contacts entre hommes et animaux.
— Une couverture universelle
L’introduction de la Couverture maladie universelle, d'abord expérimentée par l'association ATD Quart-Monde, puis de
la Protection maladie universelle ont permis à tout Français de bénéficier d’une assurance maladie. Cependant, les
incertitudes concernant le financement de la Sécurité sociale posent la question de son avenir.
Les dépenses de santé connaissent une croissance depuis ces cinquante dernières années. En France, la consommation de
soins et de biens médicaux représentait 3,4% du PIB en 1960, 6,3 % en 1980, 8,2 %
en 2007 et 8,8 % en 2013 (DRESS).
Cette hausse des dépenses de santé est principalement due au progrès médical et technologique, et à la hausse des prix
des biens et services de santé.
En France, le vieillissement aurait également contribué pour un tiers à la croissance des dépenses de santé entre 1995 et
2009. Les dernières projections du Trésor prévoient que les dépenses de santé augmenteraient de 9 % du PIB en 2011 à
11,5 % en 2060. Ceci pose la question du financement de la Sécurité sociale, dont le déficit est actuellement de 4,4
milliards d’euros.
— Le vieillissement de la population française
Le vieillissement de la population est dû à la baisse de la fécondité, et à l’allongement de l’espérance de vie : entre 1960
et 2012, la part des 0-19 ans est passée de 30 % à 24 % de la population totale tandis que celle des 60 ans ou plus
augmentait de 16 % à près de 24 %.
Durant les décennies à venir, la part des plus de 60 ans continuera à croître, notamment sous l’effet de l’arrivée à cet âge
des baby-boomers. En 2030, 8 millions de Français auront plus de 75 ans, alors qu’ils sont 5 millions aujourd’hui. Ce
phénomène pose des questions en matière de santé publique, et plus globalement d'adaptation de la société au
vieillissement.
— La pollution de l’air
L’exposition aux particules augmente le risque de mortalité liée à des maladies respiratoires et cardio-vasculaires
(CGDD/SOeS, 2015). Le taux de mortalité dû à la pollution de l’air s’élevait à 17,2 pour 100 000 en France en 2012
(OMS, 2016).
Le respect de la norme de pollution de l’air édictée par l’OMS augmenterait l’espérance de vie de 5,8 mois à Paris et de
7,5 mois à Marseille (étude Aphekom). La population française est inégalement touchée par les effets de la pollution de
l’air, les personnes pauvres étant plus sensibles et exposées aux particules fines.
— Des inégalités d’accès aux soins
Bien que le nombre de médecins en France ait augmenté – en 1985, la densité de médecins est de 275 praticiens pour 100
000 habitants, en 2015, elle est de 336,5 pour 100 000 habitants – leur présence est hétérogène sur le territoire. Il existe
une fracture médicale au sein de la population française. Des déserts médicaux s’installent sur certains territoires. Par
exemple, Paris compte 798 médecins pour 100 000 habitants, tandis que le département de l’Eure ne possède que 180
médecins pour 100 000 habitants. Les déserts médicaux sont majoritairement les zones rurales ainsi que les banlieues
périphériques des villes. On observe également une baisse d’effectifs pour les professions paramédicales telles que les
infirmières.
Afin de lutter contre le développement de ces déserts médicaux, le Pacte Territoire Santé a notamment été lancé en
décembre 2012. Ce dispositif vise à inciter l’installation de jeunes médecins dans les territoires déficitaires, et encourage
le développement d’infrastructures de soin telles que les maisons ou les pôles de santé. Le nouveau gouvernement a
également lancé un nouveau plan en octobre 2017 afin de « renforcer l’accès territorial aux soins ».
La population française souffre également d’inégalités sociales en termes de conditions de vie et d’accès aux soins de
santé. Le poids des déterminants sociaux sur la santé est illustré par la corrélation entre les indicateurs de santé et la
catégorie socioprofessionnelle. Ces déterminants agissent dès l’enfance, contribuant à l’état de santé et à la trajectoire de
vie en limitant l’accès aux études supérieures, à un emploi qualifié et à des revenus permettant de recourir à des soins de
santé (groupe de travail « santé et accès aux soins » du gouvernement).
Ainsi, les hommes cadres supérieurs ont une espérance de vie de 82 ans, et les ouvriers de 76 ans (Insee). Les conditions
de vie des Français sont marquées par des inégalités fortes. En effet, à 35 ans, les cadres supérieurs peuvent espérer vivre
encore 34 ans sans aucune incapacité (difficultés visuelles, auditives, de la marche ou des gestes de la vie quotidienne).
En revanche, cette durée est de 24 ans pour un ouvrier. Pour les femmes, l’écart d’espérance de vie est plus réduit (il est
de seulement 2 ans), mais une femme ouvrière à 35 ans connaîtra une incapacité au cours des 22 dernières années de sa
vie, contre 16 années pour une femme cadre supérieure.
Selon l’Institut national pour la prévention et d’éducation pour la santé (INPES), les inégalités sociales face à la santé ont
eu tendance à s’aggraver ces vingt dernières années. Ainsi, si la mortalité a diminué globalement depuis 1968, certaines
catégories en ont plus bénéficié que d’autres.
Les actions engagées dans le domaine de l’accès à la santé doivent donc adopter une approche intersectorielle, en
considérant les déterminants sociaux, économiques et géographiques.
Incertitudes majeures
— Le transhumanisme
Ce mouvement prône l'utilisation des progrès technologiques et scientifiques dans le but d’améliorer la condition
humaine. Le transhumanisme cherche à dépasser les limites biologiques de l’homme, en éliminant les maladies ou les
handicaps, et en permettant à l’homme d’être “augmenté”, intellectuellement et physiquement, par les nouvelles
technologies.
Émergences
Les biotechnologies rouges, c’est-à-dire appliquées à la médecine, sont en train de révolutionner le domaine de la santé.
Elles se sont progressivement imposées comme étant l’un des moteurs majeurs de l’innovation thérapeutique et de la
croissance de l’industrie pharmaceutique.
Les biotechnologies représentent un marché économique considérable : en 2014, le secteur biotechnologique du marché
du médicament représente le tiers du marché mondial.
Les nouvelles technologies promettent de bouleverser profondément la pratique médicale. L’intelligence artificielle sera
ainsi bientôt capable d’effectuer de nombreuses tâches médicales, comme le diagnostic.
— La médecine des 4P
Prédictive, personnalisée, préemptive et participative. Une nouvelle méthode pour les professionnels de santé se
développe. Celle-ci permet d’anticiper les maladies (prédictive), de se centrer vers le patient (personnalisée), de prendre
des mesures correctives avant le développement d’une maladie (préemptive), et d’indiquer au patient un mode de vie
adapté (participation).
Cette nouvelle manière de pratiquer la médecine a pour but de responsabiliser les patients, en les rendant eux-mêmes
acteurs de la santé. Ce phénomène aura de forts impacts sur la pratique clinique et l’industrie de la santé. Il sera en effet
possible d’identifier les risques en amont, et de traiter une maladie avant que ses signes cliniques n’apparaissent.
Selon la Haute autorité de santé (HAS) « L’éducation thérapeutique du patient (ETP) vise à aider les patients à gérer au
mieux leur vie avec une maladie chronique. Elle est un processus continu, qui fait partie intégrante et de façon
permanente de la prise en charge du patient ».
De même, « le PPS est un plan d’action concernant les personnes âgées en situation de fragilité et/ou atteintes d’une ou
plusieurs maladie(s) chronique(s), et nécessitant un travail formalisé entre acteurs de proximité. Il s’agit de favoriser la
prise en charge en équipe pluriprofessionnelle dans un cadre de coopération non hiérarchique. Ce plan d’action fait suite
à une évaluation globale de la situation médicale, psychologique et sociale de la personne afin d’identifier les situations à
problèmes. Il débouche sur un suivi et une réévaluation ». Le premier modèle du plan a été mis en place en 2013.
Les associations de patients se mobilisent également dans cette direction, comme le collectif [Im]Patients Chroniques et
Associés, qui demande à ce que les malades soient informés des décisions relatives à leurs soins.
Projet en coopération - « Un chez soi d’abord », quand logement rime avec accompagnement
Ressources
_ « Rapport Impact sanitaire de la pollution atmosphérique dans neuf villes françaises. Résultats du projet Aphekom »,
2012
_ Synthèse du rapport « L’état de santé de la population en France », Direction de la recherche, des études, de
l’évaluation et des statistiques de Santé publique France, 2017
_ Albertine Aouba, Françoise Péquignot, Alain Le Toullec, Eric Jougla, Les causes médicales de décès en France en
2004 et leur évolution 1980-2004, Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès, Inserm CépiDc.
_ Isabelle Robert-Bobée, « Projections de population pour la France métropolitaine à l’horizon 2050 », INSEE première,
2006.
_ Potvin L., Moquet M.-J., Jones C. (sous la dir.), Réduire les inégalités sociales en santé, INPES, coll. Santé en action,
2010
_ « Santé et accès aux soins : pour un accès plus égal et facilité à la santé et aux soins », travaux préparatoires de la
Conférence nationale de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale, novembre 2012.
1Selon les indicateurs du « Vivre mieux » de l'OCDE, la France se positionne au-dessus de la moyenne dans les dimensions des revenus et du
patrimoine, du bien-être, de la santé, de l'engagement civique, de l'équilibre vie professionnelle-vie privée et de la sécurité.
Typologie
Tribune Fonda N°237 - Faire des ODD un projet de société - Mars 2018
Aleth Vennin
Mars 2018
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Présentation et approche prospective de l'Objectif de développement durable n°4. Cette fiche est publiée dans le
supplément au numéro 237 de la Tribune Fonda « Faire des ODD un projet de société ».
Cette fiche a été réalisée par Aleth Vennin, étudiante en master Politiques publiques à Sciences Po, avec le concours de
François de Jouvenel, délégué général de Futuribles International, et Bastien Engelbach, coordonnateur des
programmes de la Fonda.
Cet objectif vise à assurer l’accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et à promouvoir les
possibilités d’apprentissage tout au long de la vie. L’éducation est présentée par l’ONU comme la clé de voûte de la
réalisation des autres objectifs de développement durable : elle permet de sortir de la pauvreté, de réduire les inégalités et
d’instaurer un climat de paix et de tolérance dans chaque société.
Repères
Indicateurs à suivre
Taux d'accès annuel à la formation des 18-64 ans, par sexe (Insee)
Enquêtes PISA : proportion de jeunes de 15 ans ayant acquis les compétences nécessaires en lecture et
mathématiques
Taux de réussite au baccalauréat (Éducation nationale)
Nombre d’élèves sortant du système scolaire sans aucun diplôme (Éducation nationale)
Nombre de projets d'éducation au développement durable dans les écoles, collèges et lycées (Insee)
Où en sommes-nous en France ?
— Le système éducatif en France est globalement de bonne qualité : le taux de scolarisation des moins de 16 ans est de
quasiment 100 % (96,5 % selon l’Insee), l’école maternelle est bien structurée, et les élèves ont du plaisir à apprendre
(Charbonnier, 2013).
Cependant, les résultats de l’enquête PISA, réalisée par l’OCDE, soulignent les inégalités présentes dans ce système. La
différence de résultats entre les élèves de 15 ans les plus défavorisés (quartile inférieur de l’indice du milieu socio-
économique) et les plus favorisés (quartile supérieur de l’indice du milieu socioéconomique) est particulièrement
marquée en France, pays de l’OCDE où le déterminisme social est le plus fort (OCDE, 2012). Cependant, l’enquête PISA
ne fait pas l’unanimité, les critiques lui reprochant de se fonder sur une conception trop utilitariste de l’éducation, et
d’évaluer uniquement les compétences les plus aisément mesurables.
Sur la période 2009-2013, le ratio des écarts concernant le taux d’achèvement du collège est de 0,84 (une égalité parfaite
correspond à un ratio de 1). La loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République
(2013) fixe l’objectif de ramener à moins de 10 % l’écart de réussite scolaire entre les élèves de l’éducation prioritaire et
les autres élèves de France.
— En France, les élèves de 15 ans des milieux les plus défavorisés sont surreprésentés dans les filières professionnelles.
— En 2015, 88,6 % de jeunes réussissent leurs études secondaires - CAP, BEP, Bac, etc. (Éducation nationale).
— En 2013, 660 000 étudiants, soit 35 % d'entre eux, bénéficient d’une bourse dans une formation y ouvrant droit
(Ministère de l’Éducation nationale, 2015).
— Chaque année, 100 000 jeunes décrochent du système scolaire sans diplôme (ministère de l’Éducation nationale). Les
personnes n’ayant aucun diplôme ont particulièrement du mal à s’insérer sur le marché de l’emploi, à accéder à la
formation continue, et sont le plus touchées par la précarité.
— 17 millions de personnes bénéficient d’une formation continue chaque année (Fédération de la formation
professionnelle).
— La dépense nationale pour la formation continue et l’apprentissage est de 31,4 milliards d’euros en 2013. Ce chiffre
est stable depuis une petite dizaine d’années.
Prospective exploratoire
Tendances lourdes
Ces dernières années, les enquêtes internationales comparatives et leurs recommandations pour les politiques nationales
éducatives ont connu une influence grandissante. Depuis 1990, avec son rapport annuel « Regards sur l’éducation »,
l’OCDE publie des indicateurs internationaux comparatifs.
Cette internationalisation des normes éducatives, conséquence de l’impact des classements internationaux tels que le
classement de Shanghai, est de plus en plus critiquée.
Les établissements d’enseignement supérieur connaissent un mouvement d’ouverture, l’internationalisation étant devenue
un critère d’attractivité et de modernité. Les universités se rassemblent selon une logique de compétitivité : en témoigne
la création de Communautés d’universités et d’établissements (ComUE) en France telles que Paris Saclay ou Paris
Sciences et Lettres.
Ce mouvement, combiné à l’influence des classements internationaux, présente le risque d’un alignement de l’offre
scolaire mondiale derrière celle des pays riches (Baudelot). En effet, en comparant avec une échelle unique l’ensemble
des pays, les classements tels que PISA offre un modèle unique et ne permettent pas de prendre en compte des critères
plus qualitatifs de l’enseignement.
L’éducation est perçue en France comme le meilleur rempart contre les aléas du marché du travail (chômage,
précarisation). Ainsi, les familles investissent de plus en plus dans l’éducation des enfants, en les plaçant dans les
établissements privés (17 % des effectifs par an), ou en faisant appel à des organismes privés de soutien scolaire (les
dépenses privées d’éducation dans les pays de l’OCDE se sont accrues de 45 % entre 2000 et 2011).
La population française souffre d’un manque de confiance dans la capacité de l’école à assurer l’égalité des chances : 69
% des Français estiment que l’Éducation nationale ne garantit plus cette égalité et 55 % pensent que l’école joue de
moins en moins un rôle de promotion sociale (IFOP, 2014).
Les parcours professionnels sont de moins en moins linéaires. Par conséquent, la formation continue professionnelle
devient indispensable pour préparer les individus à des changements d’emplois et à s’adapter à de nouveaux
environnements professionnels. Cependant, des inégalités d’accès à cette formation continue existent.
Les personnes occupant un emploi ont plus souvent accès à une formation que les chômeurs : en 2012, entre 25 et 54 ans,
60 % des personnes en emploi ont participé à au moins une formation au cours des douze mois précédant l’enquête de
l’Insee, contre 40 % des chômeurs. En 2012, 68 % des cadres supérieurs et 61 % des professions intermédiaires ont eu
accès à la formation professionnelle continue, contre 37 % des ouvriers et 43 % des employés (Insee).
Ainsi, la formation professionnelle continue profite en premier lieu aux personnes qui en ont le moins besoin, car elles
sont déjà bien intégrées sur le marché du travail. La
formation professionnelle est ainsi davantage utilisée pour adapter au changement et renouveler les compétences des
salariés les plus diplômés, que pour constituer une deuxième chance pour les salariés les moins qualifiés.
Le financement de la formation professionnelle continue est principalement assuré par les employeurs : en 2012, 43 %
des formations étaient financées par les entreprises, contre 14 % de l’État et 14 % des régions (Insee). Ainsi, les salariés
bénéficient plus facilement de formations que les non-salariés (51 % contre 33 % en 2012).
De plus, la méconnaissance de l’existence des dispositifs comme le Compte personnel de formation (CPF) parmi les
personnes éloignées du marché du travail, explique les inégalités de taux d’accès à la formation continue.
On observe depuis les années 2000 une ouverture de l’école française vers les parents, les territoires, et les professionnels
de la santé. L’effet de ce mouvement est controversé, car il pousse à dévaluer le rôle de l’enseignant. En résultent un
malaise et une perte de confiance des enseignants au sein de l’Éducation nationale.
Émergences
L’entrée du numérique dans le champ de l’éducation modifie profondément les apprentissages. Le phénomène de classe
inversée permet aux élèves d’acquérir les savoirs fondamentaux chez eux, tandis que la classe est réservée à des
accompagnements plus personnalisés, ou à des travaux pratiques.
L’éducation en ligne illustrée notamment par les Mooc, bouleverse l’enseignement supérieur, les universités et écoles
supérieures adaptant leur formation au numérique. Cependant, les Mooc ou le e-learning ont un taux de décrochage très
élevé, car très peu de personnes suivent ces formations jusqu’au bout.
Afin d’accompagner la transition vers une société du savoir, de nouvelles formes de pédagogie émergent. Le rapport «
Vers une société apprenante » de Taddéi, Houzel et Beccheti-Bizot indique « Dans une société apprenante, chaque
individu doit pouvoir à son niveau construire et partager ses connaissances et ses découvertes avec les autres, documenter
ses apprentissages, disposer des ressources, des lieux et des accompagnements nécessaires pour progresser mais aussi
pour permettre à d’autres de s’en inspirer et d’améliorer leurs pratiques. »
Ces dernières années, la pédagogie vise ainsi à donner à l’apprenant un rôle de plus en plus actif dans son apprentissage.
En particulier, des méthodes participatives et des parcours apprenants ont pour but de permettre le développement
personnel et professionnel à tout âge.
Les outils numériques constituent des leviers potentiels d’universalisation de l’accès au savoir, à condition d’en connaître
les logiques et enjeux sous-jacents. Ils permettent la personnalisation et l’autonomie des apprenants, ainsi que de collecter
des données pour améliorer la qualité des apprentissages. Les nouvelles technologies bouleversent l’accès et les lieux de
transmission de savoir.
Ainsi, l’émergence de réseaux sociaux d’échange de savoirs et de communautés professionnelles apprenantes remettent
en question la relation entre élève et professeur, soulevant l’enjeu de réappropriation par les enseignants des nouvelles
méthodes pédagogiques.
De même, l’apport des sciences cognitives et les avancées scientifiques promettent des bouleversements de la pédagogie.
En témoigne le nouveau conseil scientifique que le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, a créé. Ce
conseil, composé de personnalités venant de disciplines différentes, a pour but d'éclairer les décisions politiques à la
lumière des apports scientifiques.
Incertitudes majeures
Ressources
_ Catherine Becchetti-Bizot, Guillaume Houzel et François Taddei, « Vers une société apprenante. Rapport sur la
recherche et développement de l'éducation tout au long de la vie », 2017.
_ Alain Michel, « L’influence croissante des études comparatives », Rapport Vigie 2016, Futuribles International, 2016,
p.132.
_ Bernard Hugonnier, « Investissement croissant des familles dans l’éducation », Rapport Vigie 2016, Futuribles
International, 2016, p. 139.
_ Lorène Prigent, « Développement de nouvelles formes de coéducation : un défi pour les enseignants » Rapport Vigie
2016, Futuribles International, 2016, p. 131.
_ Christian Baudelot, « Vers une mondialisation de l'éducation », Sciences Humaines, « Les grands enjeux du monde
contemporain », mars-avril 2017.
_ Sébastien Gossiaux, Patrick Pommier, « La formation des adultes : un accès plus fréquent pour les jeunes, les salariés
des grandes entreprises et les plus diplômés », Insee Première, N° 1468 - Octobre 2013.
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Note d'éclairage
Mots clés
Tribune Fonda N°237 - Faire des ODD un projet de société - Mars 2018
Aleth Vennin
Mars 2018
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Présentation et approche prospective de l'Objectif de développement durable n°5. Cette fiche est publiée dans le
supplément au numéro 237 de la Tribune Fonda « Faire des ODD un projet de société ».
Cette fiche a été réalisée par Aleth Vennin, étudiante en master Politiques publiques à Sciences Po, avec le concours de
François de Jouvenel, délégué général de Futuribles International, et Bastien Engelbach, coordonnateur des
programmes de la Fonda.
Cet objectif vise à atteindre l’égalité des sexes et à autonomiser les femmes. Bien que les inégalités entre les sexes se
soient réduites ces dernières années en France, les femmes continuent de subir des discriminations et des violences. Les
grandes lignes suivies par cet objectif sont celles de la garantie d’accès des femmes à l’éducation, aux soins de santé, à un
travail de qualité et à une représentation politique.
Repères
Indicateurs à suivre
Proportion de femmes victimes de violences au sein et en dehors du ménage chaque année (Insee)
Temps consacré au travail domestique au cours d’une journée moyenne par sexe (Insee)
Participation des femmes à la vie politique (Insee)
- au Parlement
- dans les administrations locales
Proportion de femmes cadres dirigeants (Insee)
Écart de salaire entre homme et femme à poste équivalent
Proportion de filles dans les filières scientifiques (Éducation nationale)
Où en sommes-nous en France ?
En 2017, les hommes perçoivent en moyenne un salaire supérieur de 22,8 % à celui des femmes, en équivalent temps
plein (Insee). De manière générale, les femmes travaillent plus souvent à temps partiel et ont moins accès aux postes à
responsabilité.
En 2010, les femmes consacraient 4h01 aux tâches domestiques par jour, contre 2h13 pour les hommes. En onze ans, le
temps de travail domestique des femmes a baissé de 22 minutes, tandis que celui des hommes est resté le même. Les
femmes consacrent en moyenne 2h45 par jour à leurs loisirs (lecture, promenade, télévision, sport, etc), contre 3h20 pour
les hommes. Cette inégale répartition des tâches domestiques est un des facteurs explicatifs de l’importance du temps
partiel féminin, et également de leur faible représentation en politique.
La participation des femmes à la vie politique est de plus en plus importante : en 2017, les femmes représentent 39 % des
députés (contre 27 % en 2012 et et 20 % en 2007), 40 % des conseillers municipaux, 42 % des députés européens, 48 %
des conseillers régionaux et 50 % des conseillers départementaux (Insee).
Les femmes représentent 84 % des parents à la tête d’une famille monoparentale et ont un niveau de vie inférieur de 24 %
à leurs homologues masculins (Insee).
Au cours de leur vie, 14,5 % des femmes déclarent avoir vécu au moins une forme d’agression sexuelle, contre 3,9 % des
hommes (Ined). En 2016, 225 000 femmes ont déclaré avoir été victime de violences physiques et/ou sexuelles par leur
conjoint et/ou ex-conjoint. Face à cette situation, moins d’une femme sur cinq victimes ont porté plainte (chiffres du
Gouvernement)
La France comptait en 2004, environ 53 000 femmes adultes qui auraient subi des mutilations sexuelles (hypothèse
moyenne). Neuf victimes sur dix ont été excisées avant l’âge de 10 ans (Ined).
En 2010, 80 à 90 % des personnes prostituées en France sont des femmes (rapport Ocreth 2010).
Le gouvernement a fait de l’égalité femmes-hommes une grande cause du quinquennat en cours. Ainsi, 13 % du budget
du ministère des Solidarités est alloué à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, sanctuarisé sur toute la durée du
quinquennat, et un budget interministériel de 420 millions d’euros a été établi pour atteindre l'égalité entre les femmes et
les hommes.
Prospective exploratoire
Tendances lourdes
La parité correspond à l’égalité des conditions entre hommes et femmes. Le classement du Forum économique mondial
sur la parité de genre de 2017 a montré une amélioration de la performance de la France en la matière. Pour ce faire, un
indicateur synthétise les ressources et opportunités offertes aux femmes. Quatre domaines sont pris en compte : la
représentation et les opportunités économiques (salaires, accès à des postes à responsabilité), l’éducation, l’émancipation
politique et la santé.
Le classement indique une meilleure intégration politique ces dernières années, mais une intégration économique à
favoriser. L’amélioration de la représentation des femmes dans la politique a permis à la France de se hisser dans le
classement. En revanche, les différences persistantes de salaire marquent un frein à la réalisation de l’égalité entre les
sexes.
Le taux de pauvreté à 50% du revenu médian est quasiment identique, autour de 8%, pour les deux sexes. Les femmes
sont cependant plus souvent touchées par la pauvreté entre 30 et 50 ans du fait de la monoparentalité. En effet, elles
représentent 87 % des parents à la tête des familles monoparentale.
La pauvreté des seniors est également marquée par un écart : 3,4 % des femmes de plus de 75 ans sont pauvres (seuil de
50 %) contre 2,2 % des hommes de cet âge. En 2014, 56 % des allocataires du minimum vieillesse sont des femmes. Ce
phénomène est dû au fait que les femmes perçoivent des retraites plus faibles (l’écart entre le montant de la retraite de
droit direct est de 653 € en 2014) ou une faible pension de réversion, et sont également plus souvent célibataires, car elles
ont une espérance de vie plus élevée que les hommes.
Ainsi, au niveau de l’enseignement général, les filles s’orientent moins dans les filières scientifiques que leurs résultats ne
leur permettraient : en 2011, 14,7 % des filles s’orientent vers une première Littéraire contre 4,5 % des garçons, et 27,6 %
des filles s’orientent vers une première Scientifique contre 38,1 % des garçons (Insee). Au niveau de l’enseignement
supérieur, les filles se concentrent dans les spécialités tertiaires et délaissent les formations scientifiques : en 2012, les
filles représentent 84 % des inscrits en écoles paramédicales et sociales, 42 % des classes préparatoires aux grandes
écoles dont 29,7 % des classes préparatoires scientifiques, et 27 % dans les formations d’ingénieurs (hors classes
préparatoires) (Insee).
Les femmes sont défavorisées sur le marché du travail. Elles occupent plus souvent les emplois à temps partiel, 80 % des
travailleurs à temps partiel étant des femmes en 2014. En 2015, 1,2 million de femmes salariées sont en situation de
temps partiel subi, contre 471 800 hommes (Insee).
Depuis 1998, la proportion de femmes occupant des postes à responsabilité (cadres moyens et supérieurs) a connu une
hausse jusqu’en 2011, puis a retrouvé son niveau initial. Elle est actuellement de 31 %.
Les femmes se heurtent souvent au « plafond de verre » qui les freine dans leur carrière et les empêche d’accéder à de
hautes responsabilités.
Le taux d’activité des femmes diminue avec l’arrivée des enfants. Il est de 79,9 % avec un enfant de moins de trois ans, et
de 65,7 % avec deux enfants dont un au moins de moins de trois ans. Pour les hommes, ces chiffres sont respectivement
de 95,9 % et 96,9 %.
La répartition des charges domestiques n’a pas évolué au cours des 25 dernières années : en 2010, les femmes étaient
responsables de 64 % des tâches domestiques et 71 % des tâches parentales au sein du foyer. En 1985, ces taux étaient
respectivement de 69 % et 80 %.
Les femmes sont également concernées par la charge mentale : dans les couples hétérosexuels, même si le partage des
tâches est équitable, les femmes sont souvent considérées comme responsables de l’organisation et de la gestion du foyer.
Incertitudes majeures
Le premier mode de garde est ainsi informel, un enfant sur deux étant gardé par un membre de sa famille. L’aide
familiale joue un rôle important. La France est donc en déficit de modes de garde adaptés aux nouveaux modèles
familiaux. La gestion des modes de garde pose la question de la responsabilité collective, ainsi que du modèle de
solidarité intergénérationnelle qui permettra de réaliser l’objectif d’égalité entre les sexes.
Le développement d’un accueil universel de la petite enfance est mis en avant comme objectif prioritaire par les
défenseurs de l’investissement social, comme un mode de prévention de la reproduction des inégalités et pour faciliter
l’accès des femmes au marché de l’emploi .
Émergences
Dans sa formulation, l’ODD 5 parle d’égalité entre les sexes, sans mentionner la question du genre. Il s’agit pourtant d’un
aspect important, tant les freins à la mobilité sociale et professionnelle des femmes reposent sur des représentations
genrées. Parler de genre incite également à poser la question de la place des individus transgenres dans la société. Ces
derniers sont victimes de nombreuses discriminations sur le marché du travail, et de différentes formes de violences
transphobes ou homophobes, peu prises en considération jusqu’ici.
Ces dernières années, de nombreux mouvements de revendication d’égalité entre les sexes ont connu un fort succès
médiatique. C’est notamment le cas du mouvement #MeeToo, hashtag utilisé sur les réseaux sociaux afin de dénoncer les
agressions et harcèlement sexuels, et lancé en octobre 2017 après la révélation de l’affaire autour de Harvey Weinstein.
Des mouvements sociaux se créent autour de cette nouvelle vague de réaffirmation des femmes sur ces enjeux. Cette
évolution est accompagnée par la mise
sur l’agenda politique de mesures de lutte contre les discriminations sexuées, telles que le congé paternité (2002), ou
des mesures de discrimination positive.
Ressources
_ Fabienne Rosenwald, « Filles et garçons dans le système éducatif depuis vingt ans », Insee Première, La société
française - données sociales, édition 2016.
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La Tribune Fonda
La revue qui éclaire le futur du monde associatif et de l’ESS
Faire des ODD un projet de société
N° 237 - mars 2018
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Les fondamentaux du fait associatif - Sommaire
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Dossier « L'inclusion comme horizon » de la Tribune Fonda
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Tribune Fonda N°237 - Faire des ODD un projet de société - Mars 2018
Mateusz Evesque
Mars 2018
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Présentation et approche prospective de l'Objectif de développement durable n°6. Cette fiche est publiée dans le
supplément au numéro 237 de la Tribune Fonda « Faire des ODD un projet de société ».
Cette fiche a été réalisée par Mateusz Evesque, étudiant en master Politiques publiques à Sciences Po, avec le concours
de François de Jouvenel, délégué général de Futuribles International, et Bastien Engelbach, coordonnateur des
programmes de la Fonda.
Pouvoir accéder à l’eau, aux services d’assainissement et d’hygiène est un droit humain. Malgré cela, les chiffres de
l’ONU montrent que 2,4 milliards de personnes sont privées des services de base comme les latrines et que 1,8 milliard
consomment de l’eau contaminée. Un problème auquel il faut ajouter le manque d’eau qui touche 40 % de la population
et qui risque de s'accroître, ainsi que la pollution des cours d’eaux par les activités humaines. Qualité et viabilité de
l’accès à l’eau d’un côté, accessibilité à des sanitaires de l’autre sont ainsi les deux grands enjeux de cet ODD.
Repères
Indicateurs à suivre
Où en sommes-nous en France ?
L’ODD n°6 de l’ONU concerne peu la France dans la mesure où elle dispose de systèmes de traitements des eaux usées
efficaces. La France a d’ailleurs des ambitions plus élevées que l’ONU en ce domaine. Par exemple, son objectif de
réduction des eaux usées non traitées d’ici à 2030 est de 100 % (pour un taux d’eaux usées de 3% en 2014 selon l’Insee)
tandis que l’objectif affiché par l’ONU est de 50 %. Le taux de conformité de la performance des stations de traitement
des eaux usées domestiques quant à lui avoisine les 90 % depuis 2010 (Insee) et 99 % de la population est raccordée à ces
stations (Insee).
En matière d’état quantitatif et qualitatif des eaux (souterraines et de surfaces) et cours d’eaux, l’ONU ne mentionne pas
d’objectif chiffré, contrairement aux directives européennes. Ainsi peut-on lire sur le site du ministère de la Transition
écologique et solidaire que la France s’est fixé l’objectif d’avoir en 2015 deux tiers de ses masses d’eaux continentales en
bon état pour répondre à la directive cadre sur l’eau (DCE) ; les chiffres de l’année 2013 montrent que la directive est
respectée pour les eaux souterraines (67 % de masses d’eau en bon état chimique, 91 % en bon état quantitatif) mais ne
l’est pas pour les eaux de surface (43 % de masses d’eau en bon état écologique, 48 % en bon état chimique).
Les directives « nitrates » et directive cadre sur l’eau fixent quant à elle les normes concernant aussi les cours d’eaux et
l’on peut lire sur le site du ministère que la France a connu depuis 1998 une diminution forte de la teneur en
orthophosphates des cours d’eaux grâce à la baisse importante de l’utilisation des engrais phosphatés, sans que toutefois
la teneur en nitrates ne diminue considérablement.
Une question en termes d’inégalités d'accès à l’eau se pose sur le territoire national. Inégalités géographiques tout
d’abord dans la mesure où les territoires d’outre-mer connaissent un moins bon traitement des eaux usées que la
métropole, et que certaines régions françaises sont plus touchées par les pénuries d’eau (Sud-Ouest de la France
notamment lors des sécheresses). Des inégalités sociales d’autre part: des centaines de milliers de personnes, en situation
de précarité, d’exclusion ou de mal-logement souffrent des difficultés d’accès aux services de base.
La question de l’accès universel et équitable à l’eau se pose principalement pour les personnes victimes de l’une ou
l’autre de ces inégalités, qui la plupart du temps se recoupent.
Prospective exploratoire
Tendances lourdes
Les eaux usées industrielles contiennent matières organiques azotées ou phosphorées mais aussi parfois produits
toxiques, solvants, métaux lourds, micropolluants organiques ou bien encore des hydrocarbures. Les eaux de pluies enfin
peuvent se charger d’impuretés au contact de l’air (résidus de pesticides, fumées industrielles) mais aussi de résidus
déposés du fait des ruissellements sur les chaussées des villes ou les toits (métaux lourds, résidus de pneus, carburants...).
Si avant 2007 la France faisait figure de mauvaise élève au sein de l’Union européenne en matière de traitement des eaux
usées, elle a depuis largement rattrapé son retard. En témoigne la station d’épuration Seine Aval, plus grande station
d’Europe, qui connaît actuellement une phase de modernisation.
On parle de stress hydrique lorsque la demande en eau dépasse la quantité disponible pendant une certaine période ou
lorsque sa mauvaise qualité en limite l’usage.
Pour lutter contre ce phénomène, la France augmente sa part de prélèvements d’eaux dont le renouvellement naturel est
suffisamment rapide pour qu’elles puissent être considérées comme inépuisables à l’échelle du temps humain (eaux
renouvelables).
Le stress hydrique est fort là où l’agriculture est très consommatrice en eau et touche particulièrement le Sud de la
France.
Le Paquet énergie-climat de l’Union européenne engage la France à augmenter progressivement la part des énergies
renouvelables (dont l’eau) dans sa consommation énergétique finale (à hauteur de 32 % en 2030), engagement transposé
dans la Loi de transition énergétique pour la croissance verte (Loi TECV), sans que toutefois la France ne réussisse en
2014 à atteindre une part qui soit à la hauteur de la trajectoire fixée.
Incertitudes majeures
Le modèle actuel d’agriculture, intensif en engrais, est, via les engrais azotés, le premier responsable de la pollution des
eaux souterraines. À première vue, l’apparition et la promotion d’une agriculture alternative plus écologique et saine
laissent présager une solution au problème, que ce soit par la réduction des engrais artificiels ou par l'utilisation plus
rationnelle - car plus raisonnée et raisonnable - des engrais naturels comme le fumier (qui eux aussi polluent les eaux
souterraines).
L’agriculture productiviste dispose cependant d’une force d’inertie car elle répond à un besoin massif d’une majorité de
la population, aux habitudes solidement ancrées et difficiles à inverser rapidement. Seuls ceux disposant des moyens
nécessaires et des informations suffisantes se tournent vers cette agriculture alternative et la question demeure de savoir si
cette minorité croissante pourra devenir majoritaire.
L’impact du réchauffement climatique mondial sur l’eau est d’ores et déjà une réalité pour la France, celui-ci radicalisant
les phénomènes climatiques comme les pluies. Certaines zones sont ponctuellement touchées, soit par des phénomènes de
sécheresse (sud de la France par exemple) qui accentuent le stress hydrique, soit par des phénomènes de forte pluie où
d’intenses ruissellements peuvent faire pression sur les capacités d’assainissement de l’eau et aboutir à un déversement
de l’eau pollué en milieu naturel.
En matière d’atténuation du réchauffement climatique, la France ne peut guère avoir d’impact à l’échelle seulement
locale et doit donc pour se faire agir sur la scène internationale. Elle peut seulement avoir prise sur tout ce qui concerne
l’adaptation au changement climatique, avec l’incertitude de savoir jusqu’à quel point il est possible de s’adapter. Les
Agences de l’eau notamment anticipent les adaptations nécessaires. En fonction de l’évaluation quantitative des
précipitations (pluviométrie), elles peuvent prendre des mesures pour diminuer les risques encourus par de trop
fortes/faibles pluies (par exemple limitation de l’usage de l’eau en temps de sécheresse).
Les villes de taille moyenne risquent de connaître des difficultés importantes d'approvisionnement en eau, du fait du
réchauffement climatique, faute d'expertise et de capacités techniques suffisantes. Mais des métropoles sont également
menacées de pénurie, telle Los Angeles, en Californie, ou sont appliquées régulièrement des mesures de rétention d'eau.
Émergences
Une telle sensibilité fait que des possibilités de stratégies participatives pour la gestion locale de l’eau par les citoyens
apparaissent. Dynamique incarnée principalement par les Parc naturels régionaux (PNR), au nombre de 52 en 2018 et
dont un des objectifs est d’expérimenter de nouvelles formes d’actions publique et collective.
Citons par exemple l’observatoire participatif de l’eau en Chartreuse-Guiers qui par le biais de la négociation et de la
concertation a réalisé une base de donnée cartographique après 4 années de travail (2012-2016).
Toujours en France, le Partenariat français pour l’eau (PFE) s’est emparé de l’ODD n°6 et par ses activités contribue à
sensibiliser la population aux enjeux de l’eau.
Dans une fiche thématique consacrée à cet ODD, le PFE adresse aux citoyens, aux représentants et élus, aux agriculteurs,
aux associations et aux chercheurs des recommandations pour contribuer à la réalisation de l’ODD.
En 2011, la France se voit assignée en justice devant la Cour de justice de l’Union européenne pour non-conformité.
Selon les normes de la directive européenne sur les eaux résiduaires urbaines (DERU), 3,1 % de ces eaux ne sont pas
traitées correctement. Cette non-conformité est liée à la situation des départements d'outremer que s’explique cette non-
conformité.
Un plan d’action pour les services d’eau potable et d’assainissement en Guadeloupe, Guyane, Martinique, à la Réunion,
Mayotte et Saint-Martin, dit plan « Eau Dom » a été ainsi lancé en juin 2016. Reste à voir l’impact concret de ce plan.
Ressources
_ Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI), « La France passera-t-elle les Objectifs du
développement durable ? », 2016.
_ Comité 21, « Quelle appropriation des ODD par les acteurs non-étatiques français ? », 2017.
_ Futuribles international, Rapport Vigie 2016, 2016
Tribune Fonda N°237 - Faire des ODD un projet de société - Mars 2018
Garantir l’accès de tous à des services énergétiques fiables, durables, modernes, à un coût abordable. « L’énergie est au
centre de presque tous les défis majeurs, mais aussi des perspectives prometteuses, qui se présentent au monde
aujourd’hui. Qu’il s’agisse d’emplois, de sécurité, de changement climatique, de production de nourriture ou
d’accroissement des revenus, l’accès de tous à l’énergie est essentiel. » 1
Repères
Dans la lignée de l’accord de Paris sur le climat, les États signataires, dont la France, montrent une ambition de produire
et consommer une énergie plus propre et plus durable. Cette transition énergétique ne doit cependant pas se faire au
détriment de la sécurité énergétique et de l’accès de la population à l’énergie, deux autres axes fondamentaux dans
l’évaluation du système énergétique d’un pays. On assiste aujourd’hui à l’électrification progressive du secteur des
transports, or ce secteur représente près du tiers de la consommation finale d’énergie. Son électrification aura donc un
impact à surveiller sur l’équilibre du système électrique français, qui sera de plus en plus sollicité.
Indicateurs à suivre
Où en sommes-nous en France ?
Bien que 100 % des ménages aient accès à l’électricité, il faut rester attentif à la vulnérabilité énergétique qui touche
encore plus d’un ménage sur sept aujourd’hui, et ce malgré certaines mesures du gouvernement (tarifs sociaux, chèque
énergie, rénovations, etc). Bien que la dépense des ménages en énergie soit restée stable en France globalement, le
nombre de ménages ne pouvant faire face à leurs dépenses en énergie pour le logement augmente : d’après l’Observatoire
national de la précarité énergétique (ONPE), on serait passé de 3,2 millions de ménages en 2006 à 3,8 millions en 2013.
En ce qui concerne la qualité des services énergétiques (« fiables, durables et modernes »), la France a adopté la loi de
transition énergétique pour La croissance verte (LTECV) en 2015. Celle-ci vise à « permettre à la France de contribuer
plus efficacement à la lutte contre le dérèglement climatique et à la préservation de l’environnement, ainsi que de
renforcer son indépendance énergétique tout en offrant à ses entreprises et ses citoyens l’accès à l’énergie à un coût
compétitif ».
L’atteinte d’une part d’énergies renouvelables (EnR) de 23 % en 2020 et 32 % en 2030 dans la consommation
finale ; cette part était de 14,9 % en 2015 (SOeS)
Une réduction de la consommation finale d’énergie de 20 % d’ici 2030 (par rapport à 2012)
Une réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) de 40 % entre 1990 et 2030
La lutte contre la précarité énergétique.
Si la France est en bonne voie pour atteindre ses objectifs de développement des EnR, des efforts restent encore à fournir
sur le plan de l’efficacité énergétique pour l’atteinte de cet objectif.
Prospective exploratoire
Tendances lourdes
Après une hausse continue depuis les années 1980, la consommation finale d’énergie en France s’est stabilisée depuis les
années 2000. Le PIB de la France ayant par ailleurs augmenté durant cette période, cela signifie une baisse de l’intensité
énergétique en France ces dernières années.
Le parc nucléaire français s’est développé suite au choc pétrolier de 1973, et une majorité du parc français actuel a été
développée dans les années 1980. Le nucléaire représente aujourd’hui plus de 70 % de la production d’électricité en
France. Bien qu’elle soit jugée coûteuse et controversée en termes de sécurité, l’énergie nucléaire a permis à la France
d’avoir une électricité relativement propre ces dernières décennies. Le nucléaire a également joué un rôle dans
l’indépendance énergétique de la France.
Malgré les craintes exprimées par une partie des pouvoirs publics et de la population au sujet de la sécurité des centrales
nucléaires et de l’avenir des déchets nucléaires, le gouvernement français a récemment exprimé sa volonté de repousser à
2035 la réduction à 50 % de la part du nucléaire dans le mix électrique français.
Cependant, dans un contexte où les mouvements anti-nucléaire prennent davantage d’ampleur, certains pays ont fait le
choix de sortir du nucléaire. C’est le cas par exemple de l’Allemagne et de Taïwan. Le Japon a également exprimé le
souhait d’en sortir après l’accident de Fukushima, mais semble aujourd’hui revoir cette position. Un accident dans une
centrale nucléaire - pouvant aussi être provoqué par un acte terroriste - reste un évènement probable, et un tel accident
pourrait radicalement changer l’opinion publique concernant cette source de production d’énergie.
— Une décentralisation des moyens de production d’électricité
Ces dernières années, le système électrique français a connu un fort mouvement de décentralisation des moyens de
production, qui est amené à s’intensifier dans les années à venir. Cette décentralisation a été rendue possible
particulièrement grâce au développement des énergie renouvelables et à leur compétitivité accrue.
L’efficacité énergétique s’est développée ces dernières années en France, à la fois dans les secteurs industriel et
résidentiel. Industriels comme résidentiels ont bien compris que l’investissement dans des solutions d’économie
d’énergie pouvait être rapidement rentabilisé grâce aux économies sur la facture d’électricité.
Dans le résidentiel, l’efficacité énergétique dans les logements a connu un grand essor grâce aux mesures prises par le
gouvernement, comme l’élimination des « passoires thermiques », ou encore la mise en place de règlementations
thermiques. La réglementation thermique prévue pour 2020 pourrait donner lieu à une potentielle explosion du nombre de
bâtiments à énergie positive en France (BEPOS).
L’efficacité énergétique dans les logements est aussi un moyen important de lutte contre la précarité énergé[Link]
potentiel d’efficacité énergétique devrait aussi être décuplé (à la fois dans les logements et dans l’industrie) par le
développement actuel des technologies de communication entre appareils, d'intelligence artificielle et d’analyse de
masses des données. La start-up Sensing Vision est un exemple d’acteur proposant des solutions dans ce domaine.
Incertitudes majeures
— Le développement des technologies de stockage d’électricité
Les technologies de stockage d’électricité connaissent un fort développement en parallèle de celui des énergies
renouvelables. Le caractère intermittent de certaines sources renouvelables (solaire, éolien, etc.) donne en effet un intérêt
particulier à l’utilisation de technologies de stockage. Par exemple, l’utilisation du stockage couplée à des panneaux
solaires fait son apparition dans le secteur résidentiel français.
Cependant, les technologies de stockage sont aujourd’hui encore trop polluantes, volumineuses et chères pour pouvoir
imaginer leur déploiement à grande échelle. Bien que leur coût ait fortement chuté ces dernières années, il reste
suffisamment important pour limiter son développement à grande échelle. Mais les efforts en R&D et les gains d’échelle
laissent espérer une croissance rapide du stockage à travers le monde au cours des prochaines années.
D’autres technologies (comme le stockage par hydrogène) voient aussi le jour, et les investissements continus en R&D
laissent espérer la mise au point d’une technologie économiquement viable, permettant son application à grande échelle.
Émergences
Les villes se sont également saisies de ces enjeux, comme la ville de Paris et son plan climat. Paris est également membre
de l’organisation C40. D’autres mouvements comme « villes en transition » ont également vu le jour ces dernières
années, dont le but est de faire face au défi du dérèglement climatique.
De nombreuses initiatives à l’échelle des territoires et collectivités se développent également dans le cadre de la transition
énergétique (TEPOS, REPOS4 etc.), désormais appuyées par les institutions et des mesures du gouvernement (comme les
TEP-CV5 ).
De nombreuses initiatives font leur apparition dans l’économie sociale et solidaire (ESS), permettant une appropriation
sociale des enjeux actuels de la transition énergétique. Si les pouvoirs publics ont un rôle important à jouer dans cette
transition, l’appropriation de ses enjeux par la société est indispensable à son succès.
Concernant le rôle des collectifs citoyens, la Ferme de Figeac est un bon exemple : cette initiative regroupe près de six
cents adhérents, principalement des éleveurs, cherchant à diversifier leurs revenus grâce à la valorisation des ressources
naturelles de leur territoire. Ce type d’initiative est aussi une occasion de renforcer la dynamique locale.
— Apparition des nouvelles technologies dans le secteur de l’énergie, avec un potentiel d’impact encore incertain
Les smart grids, réseaux intelligent rendus possibles par les innovations technologiques, continuent à se développer. Leur
principal atout est de permettre d’intégrer plus d’énergies renouvelables au système électrique. D’autres technologies
comme le Big Data ou la blockchain commencent à faire leur entrée dans le secteur de l’énergie. Bien qu’encore
incertain, leur potentiel impact sur le secteur n’est pas à négliger.
Là où le Big Data permettrait d’améliorer l’efficacité des processus industriels ou de l’exploitation des réseaux, la
blockchain permettrait, elle, l’échange décentralisé d’énergie, favorisant par exemple l’auto-consommation collective.
Daisee est un exemple de programme open design visant à construire un « Internet de l’énergie » sûr et distribué.
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Tribune Fonda N°237 - Faire des ODD un projet de société - Mars 2018
Philippe Queruau Lamerie
Mars 2018
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Présentation et approche prospective de l'Objectif de développement durable n°8. Cette fiche est publiée dans le supplément au numéro
François de Jouvenel, délégué général de Futuribles International, et Bastien Engelbach, coordonnateur des programmes de la Fonda.
Promouvoir une croissance économique soutenue, partagée et durable, le plein emploi productif et un travail décent pour tous.
« La société dans son ensemble bénéficie du fait que plus de personnes sont productives et contribuent à la croissance de leur pays.
L’emploi productif et le travail décent sont des éléments clés essentiels à la réalisation d’une mondialisation juste et à la réduction de la
pauvreté. En outre, si rien n’est fait, le chômage peut mener à l’instabilité et perturber la paix. »1
Repères
Non seulement il faut pouvoir donner accès à l’emploi à tous, et dans des conditions d’égalité, mais il faut aussi s’assurer que cet emploi
Indicateurs à suivre
Croissance du PIB en volume par habitant
Taux de chômage
Accidents de travail
Où en sommes-nous en France ?
Héritage de plusieurs décennies de forte croissance économique, les travailleurs français bénéficient aujourd’hui d’un système de
protection sociale performant, qui couvre un nombre élevé de risque sociaux. Les actifs sont cependant inégalement protégés, selon le
contrat et le type de statut auquel ils ont accès, avec un écart voué à se creuser en matière de retraite, de droit à la formation, ou encore
de continuité du revenu. Le CDI reste cependant la forme de contrat de travail prédominante : sa part est restée stable depuis le début des
La France est également marquée par un taux de chômage élevé (en particulier chez les jeunes), qui s’élevait à 10,4 % en 2015, et ce
malgré les dépenses publiques faites en faveur de l’emploi ces trente dernières années. Ce taux grimpe à 18 % lorsqu’il s’agit de
personnes en situation de handicap (données du ministère du Travail, 2013). S’il existe une corrélation entre les situations de chômage
ou de précarité et le niveau de diplôme, les personnes sans diplôme ont aussi davantage de difficultés à accéder à la formation continue.
Un autre problème majeur sur ce plan reste le décrochage scolaire, malgré de récents progrès. Son nombre est ainsi passé de 140 000
Enfin, les disparités entre femmes et hommes face à l’emploi se retrouvent non seulement dans le salaire, mais aussi dans l’accès à
l’emploi ainsi qu’aux postes à responsabilité (cf. Fiche ODD n°5). D’après les données 2015 de l’INSEE, parmi les 1,7 millions de
S’il est urgent d’améliorer rapidement les conditions d’emploi, cela doit se faire dans un contexte où la France semble faire face à un
défi double :
Dans ce contexte, la notion de croissance, longtemps vue comme condition nécessaire à la prospérité de la société, se voit remise en
cause par certains. Les principaux arguments sont qu’elle serait porteuse d’inégalités au sein de la population, et contribuerait à la
destruction de l’environnement. Suivant cette logique, des alternatives ou des actions complémentaires correctives seraient à chercher.
d’adaptation va être nécessaire dans les années à venir afin d’y répondre et en tirer le meilleur profit.
Ainsi, dans un contexte de changement, la France est face au double objectif d’améliorer à la fois le volume et la qualité des emplois,
tout en trouvant de nouvelles solutions face à une croissance économique en perte de vitesse, qui se doit d’être plus inclusive.
Aujourd’hui, le gouvernement semble placer les entreprises au cœur de la solution. Son plan d’action pour la croissance et la
transformation des entreprises (PACTE) a pour objectif de leur procurer le cadre nécessaire à leur bon développement, espérant ainsi
Prospective exploratoire
Tendances lourdes
fragmentation des chaînes de valeur des grandes filières industrielles. Cette fragmentation de l’écosystème entre grands groupes, sous-
traitants et individus a même été accélérée par l’avancée technologique de ces dernières années. Certaines conséquences attendues de
une intensification et une plus grande dispersion dans le travail, phénomène amplifié par la pénétration des moyens de
une fragmentation/recomposition des chaînes de valeur, se faisant à l’échelle mondiale grâce à la diffusion du numérique.
— L'automatisation
Après une ère où l’automatisation remplaçait progressivement les tâches à faible valeur ajoutée, l’automatisation fait face aujourd’hui à
un besoin de produits toujours plus personnalisés. Associant l’automatisation aux nouvelles technologies (Big Data, AI, IoT, etc), le
modèle de l’industrie 4.0 permet de répondre à ces nouvelles exigences, tout en garantissant des flux de production toujours plus tendus.
Au sein de cette nouvelle industrie, l’humain n’est plus remplacé par les robots mais travaille au contraire en complémentarité avec eux.
Cependant, en France, cette automatisation du secteur industriel s’est étendue aux autres secteurs, comme celui du tertiaire. Là, les
métiers sont de plus en plus réduits à des tâches entièrement standardisées et assistées par la technologie. Cet appauvrissement du travail
va jusqu’à se retrouver dans des fonctions d’ingénieur ou de cadre, privant l’employé du sentiment d’émancipation.
— La plate-formisation
Désintermédiation, nouvelles interfaces entre offre et demande d’emploi… Le numérique a également permis la plate-formisation du
travail, au sens où une plateforme informatique permet de croiser demandeurs et pourvoyeurs d’emploi ou de services. Bien que
concernant principalement des emplois peu qualifiés, cette tendance commence à prendre du terrain sur les secteurs plus qualifiés. Mais
cette plate-formisation peut faire apparaître une nouvelle forme de taylorisme, où la notion de stabilité de l’emploi disparaît avec
Ces formes nouvelles de travail redéfinissent également les risques associés : on passerait de troubles musculo-squelettiques à des
risques psycho-sociaux.
Cependant, ce nouveau taylorisme peut aussi offrir une nouvelle perspective sur le travail. La plate-formisation peut rendre le travail
plus coopératif : elle offre par exemple la possibilité de faire travailler le client (self-service), ou bien la masse (crowdfunding, crowd-
sourcing).
— L'individualisation
L’automatisation prenant le relais sur les tâches répétitives ou ne requérant que de la force physique, ce sont désormais les aspects
émotionnels et relationnels de l’homme qui apportent une réelle valeur dans son travail. Dans cette tendance à l’individualisation, définie
par Pierre Bréchon comme « une recherche d’autonomie et de valorisation des choix individuels », le travailleur se verra « augmenté » de
toute une batterie d’innovations technologiques le personnalisant d’autant plus. Les données émises par ces équipements, centralisées
Derrière cette individualisation du travailleur, se dessine une tendance à la singularisation. Le travailleur cumule désormais plusieurs
activités, plus ou moins proches de ses passions, plus ou moins rémunératrices, qui vont le définir. Style de vie et travail se mêlent, et là
où certains se qualifiant d’entrepreneurs jouiront de cette liberté, d’autres travailleurs moins qualifiés seront eux contraints à cumuler
— L'insubordination
Partant d’une société où nous sommes maîtres de notre temps libre, cette liberté est venue s’instiller dans notre rapport à l’entreprise et à
la hiérarchie. La subordination est en particulier mise à mal avec une part toujours plus importante de diplômés de l’enseignement
supérieur intégrant le marché de l’emploi. Ces nouveaux arrivants recherchent toujours plus d’autonomie et des responsabilités, et les
entreprises doivent s’adapter : ces jeunes travailleurs à la recherche de réussite individuelle se détournent de plus en plus de ces
moyenne 2,7 emplois au cours de sa carrière, contre 4,1 pour un homme né dans les années 196o ». La tendance serait maintenant à la
Les entreprises ne sont pas les seules à devoir s’adapter. Autonomie et insubordination amenant aussi leur lot d’incertitude, le système
de protection sociale doit être adapté à ce nouveau mode de fonctionnement. La protection sociale ne se construit plus dans l’entreprise,
mais individuellement pour chacun. De même, la formation professionnelle connaît une mutation où de nouveaux modèles apparaissent
Si la responsabilité sociale et environnementale (RSE) a toujours été une préoccupation pour les entreprises, cette tendance semble s’être
accélérée depuis le début du siècle. La crise financière de 2008 semble même avoir joué un rôle d’amplificateur dans cette recherche de
sens dans les entreprises2 . La RSE s’empare aujourd’hui de nombreux sujets de société (santé, égalité homme-femme, impact
Et si la RSE est perçue comme un véritable enjeu par les grandes entreprises - d’autant plus qu’elles sont aussi évaluées sur ces critères,
L’ESS désigne un mode d’entreprendre autrement. Statutairement elle regroupe les structures coopératives, les mutuelles, les
associations, les fondations, ainsi que les entreprises agréées entreprises solidaires d’utilité sociale (Esus). Ces modèles mettent en avant
une gestion démocratique et participative, une lucrativité limitée et une utilité sociale.
L’ESS représente aujourd’hui 10,5 % de l’emploi salarié français. Une loi qui lui est dédiée a été votée le 31 juillet 2014, afin d’en
Incertitudes majeures
— La révolution numérique semble être encore devant nous (cf. Gilbert Cette et Ombeline Julien de Pommerol)
À la vision d’une troisième révolution technologique déjà derrière nous, s’oppose la croyance que l’impact de la révolution numérique
est encore à venir. L’impact qu’elle a eu sur l’économie ces dernières années, qui connaît un ralentissement aujourd’hui, ne serait en
réalité que la première phase d’une révolution plus grande encore qui nous attend. Cependant, son effet dépendra également de la façon
dont les institutions s’y adaptent et des réformes qui seront menées.
Les entreprises européennes subissent la compétition des pays émergents ; dans ce contexte, le modèle social européen est sérieusement
remis en cause. Le CDI est vastement critiqué : en plus de faire peser des contraintes excessives pour les entreprises, il devient aussi
inadapté à un mode de travail en évolution. L’efficacité du code du travail est au cœur du débat, alors que les états européens semblent
Les salariés quant à eux se tournent de plus en plus vers le travail autonome, et ces nouvelles formes de travail qui apparaissent imposent
une redéfinition de la place du contrat de travail dans la législation. Avec l’apparition de nouvelles classes de travailleurs, il y a un risque
de voir apparaître des « statuts à la carte », voués à prendre en compte les particularités de chaque situation.
Émergences
Depuis quelques années, la vision d’une croissance qui soit une condition nécessaire à la prospérité de la société est de plus en plus
remise en cause. Le rapport au Club de Rome de 1972, qui avait suscité le débat, a été mis à jour en 2012, confirmant sa conclusion : «
Bien que la croissance soit une solution possible pour dynamiser l’emploi et favoriser la prospérité économique, elle est aussi vue
comme porteuse d’inégalités et favorisant la destruction de l’environnement. Ainsi, des visions alternatives à la croissance, jugées plus
— La prise en compte des critères sociaux et environnementaux dans les investissements
En conséquence de l’importance croissante de la RSE dans les entreprises - et qui gagne en importance dans les TPE-PME, les acteurs
financiers prennent eux aussi davantage ces critères en compte dans leurs analyses. Sans doute favorisée par la pression que peuvent
exercer les consommateurs, l’intégration des critères ESG (Environnementaux, sociaux et de gouvernance) prend une importance
l’accord de Paris sur le climat. Le changement climatique est en train de prendre une place dominante dans cette sphère, sans laquelle la
Projet en coopération - Les jardins de Solene, une légumerie hors-norme dans le Vaucluse
Ressources
_ Corinne Rouxel et Bastien Virely, « Les transformations des parcours d’emploi et de travail », in Emploi et salaires, Paris : Insee,
édition 2012.
_ « Crise économique et RSE, quel impact un an après », sondage CARE France et Be-linked, 2009.
_ Gilbert Cette et Ombeline Jullien de Pommerol, « Dromadaire ou chameau ? », Futuribles n°422, janvier-février 2018.
_ Nawel Louzari, « Les législations du travail : cap sur la protection des salariés ou sur la dérégulation ? », Rapport Vigie 2016,
Futuribles International.
2Cf. « Crise économique et RSE, quel impact un an après », 2009, sondage CARE France et Be-Linked
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La Tribune Fonda
La revue qui éclaire le futur du monde associatif et de l’ESS
Faire des ODD un projet de société
N° 237 - mars 2018
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Les fondamentaux du fait associatif - Sommaire
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Tribune Fonda N°237 - Faire des ODD un projet de société - Mars 2018
Philippe Queruau Lamerie
Mars 2018
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Présentation et approche prospective de l'Objectif de développement durable n°9. Cette fiche est publiée dans le
supplément au numéro 237 de la Tribune Fonda « Faire des ODD un projet de société ».
Cette fiche a été réalisée par Philippe Queruau-Lamerie, étudiant en master International Energy à Sciences Po, avec le
concours de François de Jouvenel, délégué général de Futuribles International, et Bastien Engelbach, coordonnateur des
programmes de la Fonda.
Bâtir une infrastructure résiliente, promouvoir une industrialisation durable qui profite à tous et encourager
l’innovation. « La croissance économique, le développement social et la lutte contre les changements climatiques
dépendent fortement des investissements dans les infrastructures, le développement industriel durable et le
progrès technologique. »1
Repères
PRÉSENTATION DE L'ODD
Les infrastructures de base, qui jouent un rôle de catalyseur dans le développement, restent trop rares dans de nombreux
pays en développement. En France, si notre réseau d’infrastructures est particulièrement bien développé, nous pouvons
en revanche redoubler d’efforts pour soutenir une croissance durable dans ces pays.
Nous devons également mettre davantage l’accent sur les aspects de résilience et de durabilité, par exemple en
encourageant l'innovation. Ces aspects sont tout aussi importants en regard de l’atteinte d’un développement durable
mondial.
Indicateurs à suivre
Où en sommes-nous en France ?
Le réseau d’infrastructures de transport est particulièrement dense en France (routes, rails, ports). Mais si la France a des
infrastructures très bien développées, la question de leur résilience et durabilité se pose. En plus de l’enjeu de l’entretien
et de la modernisation de ces infrastructures, c’est aussi la performance environnementale qui doit davantage être prise en
compte dans les projets.
En ce qui concerne la recherche et l’innovation, la France a encore des efforts à faire. Située au 10e rang mondial en part
de dépenses R&D dans le PIB (2,24 % en 2013), la France est encore loin de l’objectif européen des 3 % en 2020.
Emmanuel Macron souhaite cependant faire de la France un pays « leader de l’hyper-innovation », et a promis un fonds
de dix milliards d'euros dédié aux start-ups pour l’innovation. L’importance accordée par le gouvernement aux start-ups
dans le domaine du numérique se retrouve dans son label French Tech, ou encore l’incubateur GreenTech verte mettant
le numérique au service de la transition énergétique. La France poursuit ses efforts concernant la couverture numérique et
vise une couverture très haut débit intégrale du territoire d’ici 2022.
Prospective exploratoire
Tendances lourdes
Cependant, un autre problème majeur doit être traité en complément : l’appropriation de ces nouvelles technologies a un
rôle clé à jouer dans le développement, or il existe aujourd’hui un écart dans leur utilisation, qui reflète encore trop les
inégalités préexistantes entre les territoires. L’enjeu serait donc de développer les capacités de chacun à tirer profit des
outils numériques.
La création d’une mission « Société numérique » au sein de l’Agence du numérique souligne ainsi que le numérique ne
pourra tenir ses promesses que s’il parvient à bâtir une société innovante et inclusive. L’enquête Capacity, portant sur la
réalité de l’empowerment grâce au numérique souligne des disparités à deux niveaux : territoriaux et selon le niveau de
diplôme. Les villes moyennes sont globalement plus en retard tant sur l’équipement que sur les usages, tandis que les
personnes les moins diplômées peinent à faire de ces outils un vecteur de développement de leur capacité d’action.
L’enjeu central de la médiation numérique consiste à mettre en autonomie les personnes. On recense aujourd’hui 10 000
structures de la médiation, portées aussi bien par des associations que des collectivités, des espaces publics numériques,
des entreprises ou des collectivités.
— L'injonction à l’innovation
Droit à l’expérimentation ou droit à l’essai-erreur : ce principe favorise le droit d’innover dans les politiques publiques.
Cette injonction à l’innovation, par effet de propagation, bénéficie alors à tous les secteurs, industrie comprise.
Non cantonnée à l’industrie, l’innovation a aussi sa place dans le social. L’innovation sociale, qui peut se retrouver dans
tous les secteurs, consiste à élaborer des solutions à des besoins sociaux non ou mal satisfaits. Ce sont généralement des
enjeux auxquels ni l’État ni les entreprises ne peuvent apporter seuls une réponse adéquate. À ce titre, le principe
d’expérimentation législative locale introduit dans la constitution en 2003 est un outil pouvant stimuler l’innovation, mais
il reste encore trop peu utilisé par les décideurs publics. Il avait par exemple permis l’expérimentation du RSA en 2007,
avant qu’il ne soit ensuite généralisé à toute la France.
Mais l’innovation peut aussi se situer à la frontière entre industrie et social. Le développement actuel de l’économie
circulaire, l’économie de fonctionnalité ou encore l’économie de partage, en est une bonne illustration (cf. fiche ODD
n°12).
Faisant suite à des années de délocalisation de la production dans une course à la réduction des coûts, on voit de
nouveaux modes de production apparaître. Parmi eux, deux modes de production émergent. Bien que très différents, ils
pourront tous deux avoir d’importantes conséquences sur la façon dont nous produisons :
— Le mouvement d’automatisation, déjà bien ancré, et qui s’oriente aujourd’hui vers l’industrie 4.0 : robots, big data,
intelligence artificielle, Internet of Things (IoT), permettront de produire de plus en plus efficacement, dans un
environnement où l’homme travaillera cette fois en complémentarité avec les robots (appelés alors « cobots »).
— L’autre mouvement, c’est celui des makers, qui utilisent le potentiel des nouvelles technologies ouvertes,
accessibles et moins onéreuses pour développer leurs propres projets et les partager. Ce nouveau mode de production et
d’innovation se pose alors en rupture avec l’ancien modèle où laboratoire et usine étaient indispensables pour pouvoir
innover et produire.
Les fablabs, imprimantes 3D, forums en ligne, crowdfunding, etc. sont autant d’outils rendant l’innovation accessible à
tous. Ce nouvel éventail de possibilités, où le numérique reste au centre, pourra mener à un changement radical dans la
logique de production, qui deviendra accessible même aux zones plus reculées. En effet, ce ne seraient plus les moyens à
disposition mais la créativité qui deviendra source et condition de création.
L’automatisation, nécessitant une organisation assez capitalistique, s’oppose donc à un mouvement de réappropriation de
l’industrie dans des plus petites unités où règne plutôt l’économie du partage, avec l’utilisation de logiciels libres, la mise
en commun d'idées et de moyens... Néanmoins, ces deux mouvements ne sont pas incompatibles et pourraient tous deux
mener à une relocalisation de l’industrie, le coût de la main d’œuvre n’étant alors plus un élément déterminant dans la
production.
Émergences
L’enjeu de durabilité de nos infrastructures doit être complété d’un enjeu de résilience. La résilience d’un système se
définit par sa capacité à résister à un choc. Ainsi, en plus de limiter l’impact de nos infrastructures sur l’environnement, il
faut aussi pouvoir garantir leur résistance à toute catastrophe (naturelle ou non). À la poursuite de performance, nous
cherchons à bâtir des infrastructures toujours plus complexes, que la technologie nous permet de mettre en réseau. Mais
complexification et interconnexion engendrent aussi une fragilisation, avec un accroissement non seulement des risques,
mais aussi de l’ampleur de leurs conséquences.
Actes terroristes et accidents constituent des risques potentiels. Un domaine de plus en plus concerné par les attaques
terroristes est la cybercriminalité. Cybercriminalité et hyper-connectivité constituent les principaux phénomènes que la
cyber-résilience doit aujourd’hui prendre en considération. Ce concept de cyber-résilience signifie que le risque zéro
n’existe pas dans le cyber-espace, et que l’on doit dès lors admettre l’éventualité des chocs et s’y préparer. Cyber-
résilience et résilience des infrastructures étant fortement liées, ces deux approches doivent être abordées conjointement
lorsque nous cherchons à garantir la survie du système face à un choc.
Le web que nous utilisons quotidiennement a des impacts environnementaux non-négligeables. Ainsi, des réflexions sont
menées concernant le développement d’un web soutenable, plus respectueux de l’environnement. Par l’utilisation
d’infrastructures plus légères ou d’une architecture décentralisée, ces solutions espèrent limiter les impacts de l’utilisation
du web sur nos écosystèmes.
Ces nouvelles réflexions sur l’avenir du web vont au-delà du technique, incluant les champs de la philosophie ou du
social, souvent dans une démarche prospective.
Certaines équipes s’interrogent par exemple sur l’interaction homme-machine, ou bien le mouvement « downscaling the
web » cherche des solutions pour développer l’accès au web dans des zones dépourvues d’infrastructures suffisantes.
Certains programmes se consacrent même par exemple au collapse informatics, en étudiant la possibilité d’un web
résistant à un potentiel effondrement de notre civilisation.
L’ODD n°9 met ainsi l’accent sur la nécessité de favoriser le développement économique, l’innovation, dans une logique
inclusive et durable, soucieuse donc de ne laisser personne de côté et respectueuse de l’environnement. Elle peut pour se
faire s’appuyer sur les logiques d’innovation sociale ainsi que les mécanismes de sobriété et de circularité.
La Troisième révolution industrielle (TRI) prônée par le prospectiviste américain Jérémy Rifkin, fondée sur la transition
énergétique et le développement du numérique, et l’idée d’une énergie distribuée plutôt que centralisée, propose d’aller
dans ce sens. Dans les Hauts-de-France, le « Master Plan TRI », présenté par Emmanuel Bertin et Antoine Goxe dans le
rapport du Comité 21, s’inspire de cette approche.
Il met ainsi en place une pluralité d’initiatives guidées par les principes suivants :
Ressources
_ Claudy Lebreton, « Les territoires numériques de la France de demain. Rapport à la ministre de l'Égalité des territoires
et du Logement », 2013.
_ Premiers résultats de l’enquête ANR Capacity sur les usages numériques des Français, mars 2017.
Tribune Fonda N°237 - Faire des ODD un projet de société - Mars 2018
Réduire les inégalités dans les pays et d’un pays à l’autre. « Les inégalités fondées sur les revenus, le sexe, l’âge, le
handicap, l’orientation sexuelle, la race, la classe, l’origine ethnique, la religion et les inégalités de chance persistent à
travers le monde, dans les pays et d’un pays à l’autre. Les inégalités constituent une menace pour le développement
économique et social, sont préjudiciables à la réduction de la pauvreté et sapent le sentiment l’accomplissement et
l’estime de soi desvindividus. Une telle situation risque à son tour de favoriser le crime, les maladies et la dégradation de
l’environnement. »1
Repères
Indicateurs à suivre
Indicateurs Insee
Taux de croissance du revenu réel par unité de consommation : pour les 40% plus pauvres / pour l’ensemble de la
population
Taux de pauvreté (seuil à 50% du revenu médian) : hommes vs. femmes / par âge
Poids des rémunérations des salariés dans le PIB
Où en sommes-nous en France ?
D’après les données 2015 de l’Insee, en France, 10 % des ménages les plus riches concentrent 47 % du patrimoine, et les
50 % les plus pauvres n’en représentent que 8 %. La France est donc directement concernée par les inégalités, qui
s’observent au sein de son espace national, et ont eu tendance à se renforcer au long des vingt dernières années.
La France est également traversée par des inégalités des chances. Il existe par exemple une corrélation entre les
performances scolaires et le milieu socio-économique des étudiants. Selon les données du ministère de l’Éducation
nationale 41 % des enfants de cadres supérieurs, chefs d’entreprises et professions libérales, ont un diplôme de niveau bac
+ 5, contre 4 % pour les enfants d’ouvriers non qualifiés, dont 60 % sortent du système scolaire avec un diplôme inférieur
au bac ou sans diplôme. Ces inégalités d’accès aux diplômes se prolongent ensuite dans les inégalités d’accès à un emploi
stable, ainsi que le soulignent les études du Cereq.
Selon la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah), la
France a vu une augmentation de 26 % des menaces discriminatoires en 2015.
La crise migratoire que connaît l’Europe actuellement ajoute le défi de prendre en charge efficacement l’intégration des
migrants.
La France est également sujette aux inégalités territoriales, y compris vis-à-vis de l’outre-mer, dans un contexte où la
métropolisation accentue les inégalités entre territoires.
La France mène une politique active sur le sujet des inégalités : elle s’attache à la protection des droits de l’homme et
dispose d’un système de redistribution des richesses qui limite les effets négatifs des inégalités de revenus. Mais la
persistance des inégalités et leur accroissement incitent à compléter ces approches.
Alors que le système actuel est plutôt curatif, il faudrait essayer de passer à une logique plus préventive, visant à limiter
au plus tôt l’apparition des inégalités, notamment en améliorant l’égalité des chances. En d’autres termes, certains experts
suggèrent de passer d’une logique de subvention et redistribution à une logique d’investissement social.
Prospective exploratoire
Tendances lourdes
Alors que certains articles faisaient état d’une « fatigue de la compassion » qui ferait son apparition en France, cette
affirmation a été remise en cause par des sondages. Contrairement aux pays anglo-saxons, qui ont pu dériver d’une guerre
contre la pauvreté à une guerre contre les pauvres, en tenant ces derniers pour responsables de leur situation, l’aversion
pour les inégalités et une empathie pour les personnes en difficulté est un trait national fort.
D’après une enquête réalisée par le Credoc en 2013, 62 % des Français interrogés considèrent que si une personne est
pauvre, c’est qu’elle n’a pas eu de chance. Si ce chiffre est en baisse par rapport aux 67 % de 2010, cette part a toujours
oscillé entre 60 et 70 % depuis les années 1990. Ainsi que le souligne Julien Damon, ces taux fluctuent en fonction de la
situation économique générale. Ces enquêtes soulignent par ailleurs que la défiance s’exerce moins à l’encontre des
personnes que des politiques sociales, avec la crainte d’un effet désincitatif de celles-ci.
Cependant les systèmes de protection sociale constituent le premier rempart contre la montée des inégalités. D’après
l’Organisation internationale du travail (OIT), les systèmes de protection sociale mis en place par les pays européens
après la Seconde Guerre mondiale ont permis de « réduire la pauvreté de manière spectaculaire et ont favorisé la
prospérité économique ». Avec 31,5 % de son PIB consacré à la dépense sociale en 2016 (OCDE), record des pays de
l’OCDE – dont la moyenne s’établit à 21 %, la France fait partie des pays les plus performants en terme de protection
sociale.
Selon les données présentées par l’Observatoire des inégalités, le taux des inégalités a globalement baissé depuis les
années 1970. Cependant, depuis les années 1990, les inégalités repartent à la hausse, sans retrouver cependant le niveau
des années 1970.
En 1970, les 10 % les plus pauvres avaient un niveau de vie 4,6 fois moins élevé que les 10 % les plus riches. En 1990, ce
rapport était de 3,3, contre 3,5 en 2015 après un pic à 3,6 en 2011.
Depuis le début des années 2000, le niveau de vie moyen des personnes les plus pauvres, au-delà des mouvements
conjoncturels, n’a que très peu bougé : + 6 € de 2003 à 2015 (en tenant compte de l’inflation), contre +356 € pour les plus
riches.
On peut identifier trois principaux facteurs expliquant la redistribution géographique de la création de richesses :
la métropolisation entraîne une concentration des emplois les plus qualifiés dans les métropoles ;
la désindustrialisation, qui touche de manière très contrastée les territoires, et qui s’accompagne en parallèle d’une
tertiairisation de l’économie ;
la forte mobilité des ménages ces dernières années, qui a participé à la reconfiguration des richesses et des moyens
de production dans les territoires.
Les territoires étant différemment exposés à ces facteurs, on voit se creuser des disparités entre eux dans la production de
richesses. Par exemple, les façades littorales au sud et à l’ouest, de par leur fort dynamisme démographique, ont pu tirer
profit au mieux de la tertiarisation de l’économie.
Cependant, si les disparités de production de richesse se creusent, les écarts de revenu entre les territoires semblent eux se
tasser. Ce découplage peut s’expliquer par plusieurs facteurs, dont la forte politique de redistribution de richesses de la
France, les déplacements des touristes et retraités vers d’autres régions, ou bien, plus localement, les travailleurs urbains
redistribuant les richesses dans leur périphérie résidentielle.
Avec un système de redistribution national fragilisé et l’apparition de solidarités plus locales, on peut s’attendre à ce que
les disparités entre territoires se creusent à l’avenir.
Incertitudes majeures
— Une bascule vers l’investissement social ?
Dans un contexte où le système social actuel semble avoir atteint ses limites, incapable de répondre efficacement à
l’évolution des besoin sociaux, des experts et le gouvernement s’interrogent sur des approches alternatives. En
développant une logique d’investissement social, ils cherchent à donner une nouvelle orientation plus préventive au
système social, actuellement fondé sur une logique plutôt curative.
Cette approche consisterait à accompagner davantage les individus dans leur parcours de vie, tout en cherchant à
intervenir aussi plus en amont pour leur donner les atouts nécessaires à leur réussite. L’idée est qu’en investissant sur le
développement des capacités individuelles et des compétences, l’État verra un retour sur investissement à la fois sur le
plan social et économique.
Poursuivant cette logique d’un État qui anticipe et intervient justement au cours de la vie, Bruno Palier identifie cinq
domaines d’attention :
Les transformations du travail, portées notamment par le numérique, mais aussi par d’autres phénomènes tels que la
financiarisation de l’économie, le renforcement de la concurrence international ou encore le développement du
capitalisme cognitif, font évoluer le marché de l’emploi.
Le phénomène de polarisation de l’emploi désigne l’évolution conjointe des emplois hautement qualifiés et celle, plus
faible, des emplois les moins qualifiés, tandis que les emplois intermédiaires voient leur proportion se réduire. Selon
France Stratégie, si ce phénomène est avéré aux États-Unis, il reste globalement contenu en Europe.
L’extension de l’automatisation des tâches administratives, y compris celles présentant un certain degré de complexité,
pourrait cependant changer la donne à terme. Un tel phénomène de polarisation est porteur d’un risque d’inégalités.
Ressources
_ Julien Damon, « L’investissement social : contenu et portée d’une notion en vogue », Revue de droit sanitaire et social,
4, 2015.
_ Julien Damon, « Y a-t-il une fatigue de la compassion en France ? », Telos, 2017.
_ Credoc, « Les Français en quête de lien social », baromètre de la cohésion sociale, 2013.
_ Organisation internationale du travail (OIT), « Protection sociale universelle pour atteindre les objectifs de
développement durable », rapport mondial sur la protection sociale 2017-2019.
_ Observatoire des inégalités, « Les inégalités de niveau de vie continuent d’augmenter ».
_ Frédéric Weill, « Avènement de la métropolisation et reconfiguration spatiale de la production des richesses » ; « Des
phénomènes de convergence et de différentiation de revenus entre territoires », Rapport Vigie 2016, Futuribles
International.
_ Cyprien Avenel et al., L’investissement social : quelle stratégie pour la France ?, La documentation française.
_ France Stratégie, « La polarité des emplois, une réalité plus américaine plus qu’européenne ? ».