0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
724 vues38 pages

Cours Responsabilité - civ.AKKOUR

Transféré par

Rajaa
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
724 vues38 pages

Cours Responsabilité - civ.AKKOUR

Transféré par

Rajaa
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Cours « Responsabilité civile »

[Link] Soumaya

Plan du cours :
Introduction
I- Evolution historique du droit de la responsabilité
II- La responsabilité civile et les autres responsabilités
A- Distinction entre la responsabilité civile et responsabilité pénale
1- La distinction reposant sur la fonction de la responsabilité
1-1-La fonction de la responsabilité pénale
1-2-La fonction de la responsabilité civile
2-Distinction fondée sur l’application des deux responsabilités
3-Distinction fondée sur les juridictions compétentes
B- Responsabilité contractuelle et responsabilité délictuelle
III-Fondements de l’obligation de réparer
A- Responsabilité pour faute
B-Responsabilité pour risque
IV- Les conditions de la responsabilité civile
A- Le fait de prouver
B-Le principe de liberté de la preuve et les conditions de la responsabilité
C-Les conditions de la responsabilité civile
1-Le dommage/préjudice
1-1-La distinction entre dommage et préjudice
1-2-Les différentes catégories de dommages réparables
1-2-1-Préjudice matériel, moral et corporel
1-2-2-Préjudice immédiat et préjudice médiat
1-2-3-Préjudice individuel et préjudice collectif
1-3-Les caractères généraux du dommage réparable
1-3-1-Le caractère direct du dommage
1-3-2- Le caractère certain du dommage
1-3-3-La légitimité du préjudice
1-3-4-Préjudice non déjà réparé
2-Le fait dommageable
2-1-Le fait personnel
2-1-1-Définition de la faute
2-1-2-Les diverses catégories de fautes
2-1-3- Les conséquences de la responsabilité contractuelle
2-1-4-La preuve de la faute
2-2--Le fait d’autrui
2-2-1-Responsabilité extracontractuelle du fait d’autrui
2-2-2-Responsabilité contractuelle du fait d’autrui
2-3-- Le fait des choses
2-3-1-Responsabilité du gardien de la chose
2-3-2- La responsabilité du fait des animaux (Articles 86 et 87 du D.O.C)
2-3-3- Les cas particuliers du fait des choses
2-4--Le fait d’un tiers
2-5-La faute de la victime
3--Le lien de causalité
3-1-Définition et preuve de la causalité
3-1-1-Pluralité de causes concomitantes
3-1-2-Pluralité de causes successives
3-2-La preuve de la non- causalité : la cause étrangère
3-2-1-La force majeure
3-2-2-Les caractères de l’événement consistant en une force majeure
3-2-3-Les effets de la force majeure
V- La réparation du préjudice
A-Le principe de la réparation intégrale
B -Le point de départ de la réparation
C-La forme de la réparation
1-La réparation par nature
2- La réparation en équivalent
2-1-Les dommages-intérêts
2-2-Le principe de la réparation intégrale
2-3-Les difficultés relatives à la réparation du préjudice corporel
2-4-Les difficultés relatives à la réparation des dommages aux biens
Introduction

La vie s’accompagne inévitablement de dommages dont certains se trouveront être les victimes, plus ou
moins innocentes suivant les cas. Face à cette donnée de fait, la question est de savoir qui doit en supporter
la charge. D’une manière ou d’une autre, on doit savoir de quelle responsabilité juridique s’agit-il ?

En droit, être responsable, c’est assumer les conséquences de ses actes. Donc, il peut s’agir de la
responsabilité civile, comme il peut s’agir de la responsabilité pénale.

Le droit de la responsabilité s’intéresse à la responsabilité en général qu’elle soit civile ou pénale. Tandis
que le droit de la responsabilité civile est une branche du droit qui régit la réparation du préjudice causé à
autrui. Elle recouvre l’ensemble des règles relatives aux obligations qui naissent sans la volonté des
parties.

I- Evolution historique du droit de la responsabilité

Aux cours des siècles, la responsabilité a parcouru une évolution énorme.

A l’origine, la responsabilité civile n’a pas eu d’existence distincte. La responsabilité semblait


entièrement pénale et même essentiellement religieuse. Elle était par principe fondée sur la faute,
poursuivant de ce fait, au-delà de l’indemnisation de la victime, un certain but de sanction du
comportement fautif. Ce qui fait que les sanctions consistaient en des sacrifices et pénitences, en paraissant
dépourvues de toute préoccupation indemnitaire. Elles ne cherchaient qu’à punir les atteintes portées à
l’être social ou au Dieu qui le symbolise.

A partir de la deuxième moitié du XIXᵉ siècle, un vaste mouvement d’extension de la responsabilité civile,
fomenté par la doctrine, allait s’amorcer dont les effets devaient se prolonger tout au long du XXᵉ siècle.
Un double phénomène d’«objectivation » et de « collectivisation » de la responsabilité allait ainsi inverser
le cours.

La transformation radicale de la société au cours du XIXᵉ siècle en raison de la survenance de la révolution


industrielle a constitué le tournant de l’évolution du droit de la responsabilité civile. Les nouvelles
activités humaines ont engendré une formidable multiplication en même temps qu’une aggravation des
dommages à cause du développement du machinisme et de l’industrialisation, ce qui a profondément
altéré l’appréhension juridique de la responsabilité.

La valorisation de la personne humaine conduit les citoyens à exiger toujours plus de sécurité et les incitent
à se montrer de plus en plus exigeant. La réparation des dommages devient un droit.
Certains auteurs, préparant l’évolution ultérieure, préconisaient de jeter la faute par-dessus bord,
proposant de lui substituer l’idée de risque. A les suivre, l’on ne serait pas seulement responsable de ses
fautes, mais également de la réalisation des risques que l’on a créés. Plutôt que de s’attacher au seul
comportement du sujet responsable, le droit devrait s’orienter vers l’objet de la responsabilité civile : la
réparation des dommages.

Ces évolutions historiques ont mis en valeur les limites d’une responsabilité exclusivement fondée sur la
faute, car les victimes d’accidents sont souvent dans l’impossibilité d’établir un comportement
répréhensible de l’auteur du fait dommageable. C’est pourquoi, dès les années 1880, la jurisprudence a
commencé à reconnaître les responsabilités sans faute, à promouvoir les régimes de responsabilité du fait
d’autrui, et plus tardivement, à exercer une altération de la notion même de faute

L’objectivation de la responsabilité n’eut cependant pas suffit à atteindre le but d’indemnisation qu’elle
se fixait, car les patrimoines individuels se montrent bien trop étroits pour garantir effectivement la
réparation de tous les dommages dont chacun peut être déclaré responsable indépendamment de sa faute.
Il devenait nécessaire d’assurer une « collectivisation » de la responsabilité afin de diluer la charge de
l’indemnisation et de la rendre plus supportable.

Ces créations prétoriennes ont été rendues possibles grâce au développement de l’assurance de
responsabilité civile, qui a permis au juge de satisfaire son désir toujours plus grand d’indemnisation des
victimes.

L’intervention de l’assureur garantit la solvabilité du débiteur d’indemnités. Elle a ainsi permis le


développement des responsabilités sans faute, et a largement contribué à une politique jurisprudentielle
d’augmentation du montant des dommages et intérêts notamment lors de la survenance d’un dommage
corporel.

En vertu de la mutualisation des risques que réalise l’assurance, le poids de la réparation repose sur la
collectivité des assurés à travers les primes qu’ils versent. Par cette répartition qu’elle réalise de la charge
des dommages, l’assurance de responsabilité représente une première forme de « collectivisation » de la
responsabilité.

D’autres institutions assurent au contraire une indemnisation collective directe des victimes. C’est ainsi
que l’Etat, la sécurité sociale, certains Fonds de garantie prennent en charge certains dommages sans le
préalable d’une recherche de responsabilité. Ces institutions sont l’expression directe de la solidarité
sociale face au malheur qui frappe certains ce qui contribue à réaliser une véritable « socialisation des
risques ».

II- La responsabilité civile et les autres responsabilités

A-Distinctions entre la responsabilité civile et la responsabilité pénale :


La distinction nécessite une intention particulière, pour éviter toute confusion conceptuelle, entre les
différentes catégories de responsabilités, il s’agit de :

1- La distinction reposant sur la fonction de la responsabilité :

Il convient de régler d’entrée une question qui est source de nombreuses confusions. Il s’agit de la
distinction entre la responsabilité pénale et la responsabilité civile.

La distinction entre les deux responsabilités peut être décelée à travers plusieurs niveaux. Ceux-ci peuvent
être résumés en deux : la distinction au niveau de la fonction des deux responsabilités et celle au niveau
de la juridiction compétente en matière de chaque responsabilité.

1.1- La fonction de la responsabilité pénale :

Les fonctions des responsabilités civiles et pénales sont par principe opposées.

Le droit pénal réprime un certain nombre de comportements asociaux ou antisociaux et édicte des peines
destinées à châtier les coupables. Ces comportements répréhensibles sont déterminés et définis de manière
limitative par la loi, qui dans le même temps précise la peine applicable à chaque infraction considérée.
Ces infractions engagent la responsabilité pénale de leurs auteurs.

Cette responsabilité pénale a pour seul et unique but de sanctionner l’auteur d’une infraction d’une peine
(prison, amende, par exemple), et non de réparer un préjudice causé au particulier. Donc, la responsabilité
pénale tend en effet à la punition du coupable, par le prononcé d’une peine d’amende ou
d’emprisonnement, et vise à la réformation de son comportement.

En général, la responsabilité pénale ayant pour objectifs de neutraliser des individus nuisibles à la société
et les réadapter.
Concernant le principe de la responsabilité civile, il est posé par les articles 77 et 78 du DOC.

1.2- La fonction de la responsabilité civile :

Parallèlement au droit pénal, le droit civil impose à celui qui cause un dommage à autrui l’obligation de
le réparer. De ce point de vue, il ne se préoccupe nullement de châtier un coupable mais d’indemniser une
victime, en lui allouant par exemple des dommages et intérêts qui ne doivent pas être compris comme une
sanction (à la différence de l’amende) mais comme la juste et exacte réparation d’un préjudice.

La responsabilité civile quant à elle est tournée vers la réparation du préjudice causé par l’indemnisation
de la victime de ce dommage. Elle poursuit un but essentiel d’indemnisation des victimes.
Elle se propose l’indemnisation de tous les dommages injustes, qu’ils étaient causés par une infraction
pénale ou, comme c’est le cas le plus souvent, par un comportement non réprimé par la loi pénale.
Par exemple, en matière de contrats, celui qui n’exécute pas dans les délais ou cause un préjudice à son
cocontractant sans encourir pour autant en général une condamnation pénale, et de même, en dehors de
tout contrat, l’entreprise qui émet des bruits ou des odeurs gênantes pour les voisins, et celui qui cause
des dégâts purement matériels à autrui
Toutefois, la responsabilité civile n’est cependant pas dépourvue d’un certain rôle de sanction dès l’instant
où la condamnation à des dommages et intérêts s’impute sur le patrimoine du responsable. Elle peut
également jouer un rôle de prévention, la condamnation à réparation étant susceptible d’entraîner une
vigilance accrue de l’auteur du fait dommageable.

Finalement, Compte tenu de la différence de la fonction des deux matières, cela n’est pas sans entraîner
d’importantes interactions au niveau de l’action en réparation.

2-Distinction fondée sur l’application des deux responsabilités :


La responsabilité civile est engagée dès qu’il y a préjudice en présence ou en absence de faute, alors que
la responsabilité pénale trouve application chaque fois qu’il y a un texte légal, et ne peut être engagée en
dehors d’un texte légal érigeant en infraction le comportement objet de poursuite.

3-Distinction fondée sur les juridictions compétentes :


L’originalité de la responsabilité civile se marque en outre d’abord sur le plan de la procédure qui est
profondément différente et qui se déroule en principe devant les juridictions civiles ou commerciales.
Alors que pour la procédure en matière de responsabilité pénale, ce sont les juridictions répressives qui
statuent sur les questions relatives à la responsabilité pénale.
A cet égard, il est à signaler que la juridiction pénale pourra souvent saisie à la fois de l’action publique
tendant au prononcé d’une peine (responsabilité pénale) et de l’action civile en réparation du dommage
(responsabilité civile).

La confusion parfois commise dans le public entre ces deux types de responsabilités découle sans doute
de cette faculté offerte à la victime de porter son action civile en réparation devant la juridiction pénale et
de déclencher par là même l’action publique. Cela repose sur une dualité de sources et de régime entre
ces deux responsabilités. Dans la responsabilité contractuelle, c’est en effet la volonté des parties qui
détermine pour la plus grande part les contours de l’obligation à réparation. Dans les autres cas, la source
et la mesure de cette obligation résident dans la loi.

Néanmoins, il n’en demeure pas moins que ce sont deux questions bien distinctes. Ainsi, il est fait
interdiction au juge pénal de retenir une faute civile découlant de faits qui n’entrent pas dans les prévisions
de l’infraction.

Au-delà de leur diversité de fonctions, les responsabilités civile et pénale connaissent des points de
rapprochement, essentiellement d’un point de vue procédural :
-La victime d’une infraction peut obtenir réparation du préjudice subi, non seulement devant le juge, mais
également devant la juridiction pénale dans le cadre d’une action civile. L’action civile peut être exercée
en même temps que l’action publique et devant la même juridiction. La victime dispose donc d’un choix
pour obtenir réparation du préjudice causé par l’infraction : agir devant le juge civil dans les termes du
droit commun, ou devant le juge pénal dans le cadre d’une action civile.

-Lorsqu’un même fait est source de responsabilité civile et pénale, les énonciations du jugement pénal ont
une autorité absolue de chose jugée à l’égard du juge civil, qui perd sa liberté d’appréciation. Ainsi, si le
Tribunal répressif, constatant la matérialité des faits, déclare le prévenu coupable de coups et blessures
volontaires, le juge civil ne peut exclure sa faute, car le jugement pénal sur le caractère fautif du
comportement s’impose à lui.

Il est à signaler qu’un même fait peut être à la fois source d’une responsabilité civile et pénale. Ainsi,
l’auteur d’un coup volontaire peut être poursuivi pénalement, et tenu à indemniser la victime des
conséquences dommageables de son acte.

Puis, au niveau de la saisine, la juridiction compétente peut être saisie en matière du droit civil par le
créancier ou son ayant droit, alors qu’en responsabilité pénale, elle est saisie par le créancier, ses ayants
droit ou la société.

Enfin, au niveau de la sanction, la réparation en matière de la responsabilité civile prend la forme de


dommages et intérêts selon la gravité du préjudice, tandis qu’en matière de responsabilité pénale la
sanction prend la forme de peine privative de liberté et/ou une somme d’argent.

B- Responsabilité contractuelle et responsabilité délictuelle :

Au sein de la responsabilité civile, une distinction de principe doit être établie entre responsabilité
délictuelle et contractuelle.

La responsabilité civile délictuelle doit être située par rapport aux autres responsabilités que peut encourir
l’auteur d’un fait dommageable sachant qu’un même comportement peut être source de diverses
responsabilités.
S’agissant de l’opposition faite au sein de la responsabilité civile, entre responsabilité contractuelle et
responsabilité délictuelle, il s’agit dans les deux cas d’une obligation de réparer, même s’il existe quelques
différences tenant à ce que le fait dommageable est tantôt l’inexécution ou la mauvaise exécution d’un
contrat, tantôt la violation du devoir général de ne pas nuire à autrui.

S’agissant de la responsabilité contractuelle, au moment où le contractant n’exécute pas les obligations


mises à sa charge par le contrat, ce qui peut causer un préjudice à son contractant. Le créancier de
l’obligation inexécutée ou mal exécutée pourra agir en justice pour faire condamner le débiteur à lui verser
une somme d’argent destinée à réparer le préjudice résultant de l’inexécution du contrat.

Prenons les exemples suivants, qui illustrent des cas d’obligations de réparer les dommages causés, ce qui
fait que la responsabilité contractuelle engage celui qui a causé le dommage sur la base d’une obligation
contractuelle préexistante : en matière de contrat de transport le transporteur est obligé à réparer le
dommage causé à un voyageur par un accident survenu au cours du voyage , également le contrat de vente
oblige le vendeur à réparer le dommage causé à l’acheteur par son retard à livrer l’objet vendu ou par les
vices de cet objet.
Dans cette perspective, il faut signaler que la responsabilité contractuelle remplit une double fonction :
d’une part, elle a une fonction de paiement en ce qu’elle assure l’exécution par équivalent de l’obligation
contractuelle inexécutée, et d’autre part une fonction de réparation en ce qu’elle réalise l’indemnisation
des dommages causés par l’inexécution ou la mauvaise exécution du contrat.

Cependant, Il n’est pas question uniquement de contrat écrit, mais d’un engagement immatériel, pouvant
être exprès ou tacite, onéreux ou gratuit. A titre d’exemple, l’adhésion à une association équivaut à un
contrat passé entre cette association et l’adhérent. Ce faisant, les dommages dont pourrait être victime
l’adhérent engagerait la responsabilité contractuelle de l’association.
Les règles régissant la responsabilité contractuelle sont édictées par le DOC (articles 261 et suivants)
et abondamment complétées par la jurisprudence.
Alors que la responsabilité est délictuelle lorsqu’elle repose en dehors de tout contrat sur un délit ou un
quasi-délit, l’auteur du dommage a l’obligation de réparer le dommage causé. La victime reçoit des
dommages et intérêts dans la réparation du préjudice matériel et moral subi.

La responsabilité civile délictuelle est prévue par les articles 77 à 106 du D.O.C.

III- Fondements de l’obligation de réparer :


Par fondements, on entend les raisons d’ordre juridique qui justifient la mise en œuvre d’une
responsabilité civile.

En dépit du rôle important que conserve la faute dans la responsabilité civile, l’évolution qui a été décrite
a montré qu’elle n’en est plus, dans le droit contemporain, le seul ni même le principal fondement. La
doctrine se réfère souvent au risque ou à la garantie pour justifier les cas de plus en plus nombreux de
responsabilité sans faute.

A- La responsabilité pour faute :


En droit marocain, aux termes de l’article 77 du DOC « tout fait quelconque de l’homme, qui sans
l’autorité de la loi, cause sciemment à autrui un dommage matériel ou moral, oblige son auteur à réparer
ledit dommage, lorsqu’il est établi que ce fait en est la cause directe »
Ce qui fait qu’au-delà du contrat et de l’acte unilatéral, le DOC reconnaît un effet créateur d’obligation à
de simples faits juridiques.

C’est ainsi que le délit, fait matériel illicite, engendre à la charge de son auteur une obligation de réparation
du préjudice subi par la victime.

Bien que ce principe général de responsabilité civile soit complété par quelques textes, relatifs les uns à
la responsabilité pour inexécution des contrats, les autres à la responsabilité en dehors de tout contrat, des
hésitations ont surgi quant aux conditions de l’obligation de réparer.

Selon l’article 263 du DOC, « les dommages- intérêts sont dus, soit à raison de l’inexécution de
l’obligation, soit en raison du retard dans l’exécution et encore qu’il n’y ait aucune mauvaise foi de la part
du débiteur ».

S’agissant du défaut d’exécution, pour réparer le préjudice causé, le juge accorde des dommages-intérêts
compensatoires. Le créancier peut réclamer réparation du préjudice que lui cause une inexécution totale,
mais il peut tout aussi bien, demander réparation du dommage que lui cause une inexécution partielle ou
encore une inexécution défectueuse qui, suivant son importance, sera assimilée à une inexécution totale
ou partielle ; si l’ouvrage réalisé n’est pas apte à l’usage auquel il était destiné, le juge fera comme s’il y
avait inexécution totale, par contre, si l’ouvrage réalisé est apte à l’usage auquel il était destiné mais ne
répond pas aux normes de qualité ou de performances convenues, le juge procèdera comme s’il y avait
exécution partielle.

Alors que s’agissant du retard dans l’exécution du contrat, les dommages-intérêts moratoires assurent la
réparation du retard apporté dans l’exécution du contrat. Si l’exécution a lieu tardivement, le créancier est
en droit de réclamer la réparation du dommage qu’il a subi du fait du retard. Ainsi, toute somme d’argent
versée tardivement prive le créancier de l’utilisation de cet argent pendant la durée du retard et exige donc
réparation.

En droit marocain, le créancier devra justifier le préjudice subi sans pour autant que le montant de la
réparation soit limité aux intérêts fixés par la loi. Dans ce cas, comme dans les autres cas, le juge devra
rechercher la perte effective que le créancier a éprouvée et le gain dont il a été privé.

Par ailleurs, l’inexécution tardive peut, lorsqu’elle ne présente plus d’utilité pour le créancier, être
assimilée à une inexécution totale (ex : musiciens chargés d’animer une soirée qui arrivent au moment où
les invités prennent congé, marchandises commandées pour une période déterminée et livrées après…)

Ces conditions dépendent pour une large part du fondement qu’on assigne à la responsabilité civile. Une
évolution s’est faite et se poursuit qui tend à substituer à une responsabilité subjective fondée sur l’idée
morale de faute, une responsabilité objective reposant sur une notion assez imprécise de garantie des
risques (théorie du risque).
Pendant très longtemps on a considéré qu’obliger les individus en dehors de leur volonté devait être
exceptionnel, il fallait une justification impérieuse qu’on s’accorde à trouver dans l’idée de faute. La
démarche consistait à se tourner vers l’auteur du dommage et à porter une appréciation sur sa conduite.

L’insuffisance de ce fondement est apparue sur le plan pratique avec la multiplication de


dommages « anonymes » pour lesquels il est très difficile de discerner une faute au sens fort de ce mot.

Tel était plus spécialement le cas des accidents dus à des choses et consécutifs au machinisme, à
l’industrialisation, etc. Dans ces diverses hypothèses, en l’absence de faute prouvable, la victime n’était
pas indemnisée. Cela fut ressenti d’autant plus durement que notre époque se caractérise par un souci
toujours accru de sécurité. Plutôt que de rechercher une faute, en la personne de l’auteur du dommage, on
se penche plus volontiers vers la victime, dans le désir de lui assurer une garantie d’indemnisation. Par là
même, la responsabilité civile dont l’objet est de réparer un préjudice, s’éloigne de plus en plus de la
responsabilité pénale laquelle se propose de punir un coupable. On est en quelque sorte passé d’une dette
de réparation à une créance d’indemnisation.

On peut schématiser cette opposition entre la théorie de la faute et celle du risque de la manière suivante
: dans la première conception, seule la faute justifie que l’auteur d’un dommage soit rendu débiteur, dans
la seconde, le dommage à lui seul justifie que la victime soit rendue créancière.

Ainsi, suivant que l’on s’attache à l’auteur du dommage ou à la victime, la perspective change. L’auteur
ne peut être tenu responsable que si le dommage lui est imputable, mais la victime doit être indemnisée
du seul fait qu’elle subit un préjudice injuste.

B-Responsabilité pour risque : Glissement de la faute au risque :

Dans le droit positif actuel, la faute et le risque coexistent. La faute expliquant certaines solutions, alors
que l’idée de risque ou de garantie en fonde d’autres.

Il est certain que le domaine de la faute tend à se réduire au profit de celui du risque, mais on ne saurait
pour autant considérer que la responsabilité peut être totalement détachée de l’idée de faute.

Il est très délicat d’établir une hiérarchie entre les deux fondements, car cela dépend du point de vue
auquel on se place. Sur un plan théorique, on peut encore dire qu’en droit commun une faute est nécessaire
pour que soit engagée la responsabilité civile d’une personne, mais il faut ajouter tout de suite que se
multiplient les exceptions fondées sur l’idée de risque qui réduisent considérablement la portée de la règle
de droit commun.

- Théorie du risque :
Selon cette théorie, lorsqu’une activité crée un danger spécial pour autrui, le créateur du risque est tenu,
de ce seul fait et en dehors de sa faute, à l’indemnisation des dommages causés aux tiers. Cette thèse
permet ainsi de justifier l’obligation à réparation des préjudices causés en dehors de toute faute, sur la
simple constatation de la création du risque. Elle paraît surtout inspirée par l’équité. Par son activité,
l’homme peut se procurer un profit (ou, à tout le moins, un plaisir), il est juste (équitable) qu’en
contrepartie il répare les dommages qu’elle provoque.

Cette théorie a cependant exprimé d’importantes critiques dont la principale fut celle de Planiol. On lui
reprocha notamment, par la liaison automatique qu’elle établit entre création d’un risque et responsabilité,
de condamner l’homme à l’immobilité. On la stigmatisa surtout pour son iniquité, car il peut paraître
injuste de condamner un individu à indemniser un dommage, alors qu’il a seulement créé un danger pour
les tiers, en dehors de toute faute de sa part.

Malgré ces critiques, cette théorie a fortement imprégné notre droit positif, en habituant les esprits à l’idée
d’une responsabilité détachée de la faute. Elle semble en effet justifier, sous certaines réserves, la
responsabilité du fait des choses et certains cas de responsabilité du fait d’autrui, dont celle du commettant
du fait de ses préposés, fondée sur l’idée d’une garantie des risques de l’entreprise.

-Caractère judiciaire de la responsabilité civile :

Lorsque deux personnes concluent un contrat, les obligations stipulées naissent du seul fait du contrat, en
dehors de toute intervention judiciaire (Article premier du DOC).

Tout au plus faudra-t-il sacrifier à quelques formalités, par exemple, établir un acte écrit afin de se réserver
la preuve du contrat, ou passer l’acte devant notaire. S’il en est ainsi, c’est qu’une telle obligation est
conventionnelle. Elle découle de la volonté, non de la loi.

En effet, libres de prévoir les termes de leur accord, les parties peuvent aussi décider quelles seront les
conséquences d’un éventuel manquement au contrat, elles peuvent, par exemple, évaluer d’avance et
forfaitairement le préjudice dans une clause pénale, ce qui évite les aléas d’une évaluation judiciaire.

Mais, le plus souvent, les litiges de responsabilité civile se terminent devant le juge. Ce domaine est sans
aucun doute l’un de ceux où on plaide le plus et il représente une part importante de l’activité judiciaire.

IV- Les conditions de la responsabilité civile :

Alors que devant la juridiction pénale, la réunion des éléments de preuve incombe à un magistrat et / ou
enquêteurs, gendarmes ou policiers, devant la juridiction civile c’est à la victime qu’il appartient de
démontrer que sont réunies les conditions de la responsabilité civile.

A- Le fait de prouver :

Les questions de preuve se posent ici en des termes qui diffèrent de la preuve des contrats. Cela tient à la
nature même du fait à prouver, et aux circonstances qui ont présidé à sa naissance.
S’agissant d’un contrat, acte juridique entre plusieurs personnes, les parties ont eu tout le loisir de
matérialiser sur support papier ou électronique les termes de leur accord de volonté. C’est tout le contraire
pour les faits juridiques (par opposition aux actes juridiques, aux contrats), dont la responsabilité civile
est le meilleur exemple.

Cela est évident pour la responsabilité délictuelle qui met face à face deux personnes étrangères l’une à
l’autre, par exemple, lorsque deux véhicules se percutent à un carrefour, on ne peut pas exiger de leurs
conducteurs une preuve écrite qu’ils ne pouvaient préconstituer avant l’accident et que l’un d’eux refuse
peut-être d’établir après coup.

Et il en est de même pour la responsabilité contractuelle. Sans doute y va-t-il un contrat dont on pourra
et devra faire la preuve écrite, mais la violation du contrat, sa mauvaise exécution, si elle donne naissance
à une responsabilité, est un fait matériel au même titre que le fait dommageable survenu en dehors de tout
contrat. Un tel fait ne se prête pas à l’établissement préalable d’un écrit et nul n’acceptera, après la
réalisation d’un dommage de signer un écrit susceptible de servir de preuve contre lui.

B- Le principe de liberté de la preuve et les conditions de la responsabilité :

Il s’ensuit qu’en matière de responsabilité la preuve est libre. On dit qu’elle peut être faite par tous moyens.
C’est ainsi que l’article 401 du D.O.C consacre cette règle dans le chapitre relatif à la preuve des
obligations

En pratique, ces moyens varient en fonction de l’objet de la preuve. Il s’agit de démontrer l’étendue d’un
dommage, la victime pourra demander au juge de désigner un huissier pour faire un constat ou, mieux
encore, un expert, suivant les cas, il s’agit d’un expert-comptable, d’un ingénieur, d’un médecin,…il s’agit
de prouver la faute ou, de manière plus générale, le fait dommageable et les circonstances dans lesquelles
il est intervenu, on recourra tout naturellement à une enquête ordonnée par le juge pour entendre des
témoins, ou encore à une expertise. Enfin, le lien de causalité entre le fait et le dommage sera le plus
souvent tiré de présomptions ou indices soumis à l’appréciation des magistrats.

Ces trois éléments : le dommage, le fait qui l’a provoqué, et le lien de causalité entre les deux, sont les
conditions posées par la loi pour qu’une personne soit responsable, c'est-à-dire obligée à réparation.

De ces trois conditions, deux, le dommage et le lien de causalité, sont considérées comme des constantes
de la responsabilité civile.

Au contraire, le fait dommageable est un terme plus imprécis qui recouvre des réalités variables suivant
la cause de la demande. La responsabilité d’une personne sera retenue tantôt pour un fait qui lui est
personnel, tantôt pour le fait d’une personne dont elle doit répondre, tantôt pour le fait d’une chose qu’elle
a sous sa garde.
C- Les conditions de la responsabilité civile :

1-Le dommage/préjudice

1.1-la distinction entre dommage et préjudice :

Ces deux termes étant souvent considérés comme synonymes, on parle indifféremment de dommage ou
de préjudice. Toutefois, certains opèrent une distinction en considérant que le préjudice désigne l’atteinte
à la personne ou aux biens de la victime, alors que le dommage signifie la lésion des intérêts patrimoniaux
ou extrapatrimoniaux qui en résulte.

La responsabilité civile qui est une obligation de réparer, ne peut naître que s’il y a un dommage à réparer :
c’est là une condition première et essentielle sur laquelle on ne saurait trop insister. Une faute, si grossière
et répréhensible soit-elle, qui ne causerait aucun dommage, pourrait le cas échéant entraîner la
responsabilité pénale de son auteur si elle constituait une infraction, mais sûrement pas sa responsabilité
civile.

1.2 - Les différentes catégories de dommages réparables :


L’évolution générale a tendu vers une réparation de tous les dommages, à quelques catégories qu’ils
appartiennent, à la condition qu’ils présentent certains caractères. C’est à la victime qu’il incombe de
démontrer l’existence d’un dommage répondant à ces caractères.

On a longtemps opposé préjudice matériel et préjudice moral, par suite d’une controverse sur l’opportunité
de réparer le dommage moral. Sur ces catégories classiques est venue s’en greffer une nouvelle, relative
au préjudice corporel, qui participe de l’une et de l’autre.

1.2.1-Préjudice matériel, moral et corporel :

-Préjudice matériel

Il peut être défini comme un dommage objectif portant atteinte au patrimoine, et susceptible d’être
directement évalué en argent, d’où le qualificatif de dommage pécuniaire qui lui est parfois donné. Il revêt
diverses formes, suivant le point auquel on se place.

Selon l’article 264 du DOC, le préjudice consiste dans la « perte effective que le créancier a éprouvée »,
mais aussi « le gain dont il a été privé ».

✓ La perte éprouvée :
L’inexécution ou la mauvaise exécution peut provoquer des pertes pour le créancier. Il y a perte pour le
créancier quand celui-ci n’a rien reçu en contrepartie du prix payé ou qu’il reçoit des marchandises ou des
services d’une quantité inférieure à la qualité convenue (le plaideur a versé des honoraires à son avocat
mais celui-ci ne l’a pas représenté à la justice, les travaux réalisés par un entrepreneur se révèlent
défectueux et le propriétaire est obligé d’effectuer des réparations,…).
Il y a aussi perte pour le créancier quand en raison de l’inexécution, il se trouve obligé d’engager des
dépenses qui n’auraient pas eu lieu si le contrat avait été correctement exécuté (le voyageur blessé au
cours d’un transport doit dépenser pour se faire soigner, le client intoxiqué par un plat doit engager des
dépenses pour se faire soigner,…).

Il y également, perte pour le créancier quand l’exécution tardive l’oblige à engager des frais(les travaux
de construction n’étant pas achevés dans les délais prévus, le propriétaire devra prendre en location
d’autres locaux,…).

Dans tous les cas, et dans bien d’autres, le créancier sera fondé à réclamer le remboursement des frais
engagés et la réparation des pertes subies du fait de l’inexécution.

✓ Le manque à gagner :
L’inexécution du contrat peut placer le créancier dans l’impossibilité provisoire ou durable d’exercer
normalement ses activités professionnelles ou de tenir ses propres engagements à l’égard de ses clients
ou d’autres partenaires.

Le voyageur victime d’un accident en cours de transport devra aussi interrompre ou cesser ses activités
professionnelles et sera privé de ses revenus.

De même le retard apporté dans la fabrication de telles machines aura pour effet de retarder la mise
en fonctionnement de l’usine et donc de priver l’entreprise des profits qu’elle aurait réalisés.

Dans tous les cas, et dans bien d’autres, le créancier sera privé des gains qu’il aurait réalisés si le
contrat avait été correctement exécuté et sera fondé à réclamer une indemnisation.

Le créancier devra naturellement justifier de l’étendue du manque à gagner faute de quoi le tribunal
s’en tiendra à ce qui pouvait être légitimement espéré. En tout état de cause, la réparation se limitera
au manque à gagner établi avec certitude et le juge ne prendra pas en considération le manque à gagner
simplement hypothétique.

- Le préjudice moral :
Est celui, subjectif, qui ne portant pas atteinte au patrimoine, ne se prête guère à une évaluation en argent.
Il peut être causé non seulement à une personne physique mais aussi à une personne morale, notamment
pour atteinte à l’environnement.

Le créancier de l’obligation inexécutée qui subit un préjudice moral est donc admis à en demander
réparation.

Il peut s’agir d’une atteinte à un droit extrapatrimonial, par exemple, à l’honneur d’une personne, au droit
qu’elle a sur son nom( par une usurpation), sur son image ou sur sa vie privée( par une publication ou une
divulgation intempestives), ou d’une atteinte à son intégrité corporelle( douleur physique ou psychique),
ou encore, le plus souvent peut être, d’une atteinte à ses sentiments d’affection( décès accidentel d’un être
cher).

Il peut également s’agir du préjudice d’agrément, qui se limite désormais à l’impossibilité de pratiquer
une activité sportive ou de loisir, qui est complété par le déficit fonctionnel qui désigne la perte de
certaines joies de la vie, ce qu’en droit italien on appelle le préjudice « existentiel ».

Plus récemment, la jurisprudence a admis le préjudice moral d’anxiété ou d’angoisse, par exemple
l’angoisse de contracter une maladie due à l’amiante dont les conditions ont été largement assouplies, ou
d’être victime de la défaillance d’une prothèse. Le préjudice spécifique de contamination est également
un chef de préjudice souvent invoqué. Quant à l’indemnisation du préjudice spécifique
d’accompagnement accordée aux proches en cas de décès de la victime directe, il est désormais
conditionné à la preuve d’une communauté de vie affective qui a été effective.

En matière médicale, du manquement du médecin à son obligation d’information, indépendamment de la


perte d’une chance lorsque le patient aurait pu refuser le traitement ou l’opération, peut résulter un
préjudice, tantôt moral, tantôt rapproché d’une violation d’un droit à l’information, tantôt rattaché à la
notion de préjudice d’impréparation, le patient n’a pas été préparé au risque qui s’est finalement réalisé.

Même si les textes relatifs à la responsabilité contractuelle ne font aucune allusion au dommage moral, la
jurisprudence n’hésite pas à en admettre la réparation.

-Le préjudice corporel :

Le préjudice corporel ne s’oppose ni au préjudice matériel, ni au préjudice moral. Il emprunte aux deux
puisque tout dommage corporel porte atteinte à la fois au patrimoine, frais médicaux, perte de gains ou
salaires correspondant à l’incapacité de travail, et aux sentiments, souffrances physiques, morales,
esthétiques. C’est ainsi qu’une multiplicité de préjudices relève de la notion de préjudice corporel. La
tendance actuelle est de ranger le préjudice corporel dans une catégorie à part pour mettre en valeur sa
fréquence et ses particularités,

notamment du point de vue de l’évaluation.

1.2.2-Préjudice immédiat et préjudice médiat :

- Préjudice immédiat :
En règle générale, le préjudice est immédiat en ce sens qu’il atteint la victime dans sa personne ou
dans ses biens, sans intermédiaire. La réparation de ce préjudice a toujours été admise sans difficulté.

- Préjudice médiat :
Le préjudice est au contraire médiat, ou par ricochet, lorsqu’il est la conséquence d’un préjudice
immédiat frappant une première personne. Exemple : une personne blessée ou tuée dans un accident
subit un dommage immédiat évident, mais du fait de ces blessures ou de ce décès, ses proches vont
éprouver un dommage médiat à la fois matériel (perte du soutien de famille) et moral (atteinte aux
sentiments d’affection portés à la victime).

A la suite d’une longue évolution marquée par le désir d’éviter une multiplication abusive des victimes
par ricochet (tout le monde pourrait se prétendre atteint dans ses sentiments d’affection : les cousins
éloignés, les amis,) ; la jurisprudence a fini par décider que la qualité de victime par ricochet n’était
pas réservée aux parents, et n’était pas subordonnée à l’existence d’un lien de droit entre le défunt et
le demandeur en indemnisation. C’est à cette occasion que, dans un premier temps, la jurisprudence
avait exigé que le demandeur victime justifie d’un intérêt juridique légitimement protégé.

Sont aujourd’hui admis à se présenter comme victimes par ricochet tous ceux qui peuvent justifier
d’un préjudice matériel ou moral consécutif au décès d’une personne : par exemple une fiancée, et
plus généralement tous les proches.

1.2.3 -Préjudice individuel et préjudice collectif :


- Préjudice individuel :
Est celui éprouvé par une ou plusieurs personnes déterminées.
- Préjudice collectif :
L’expression vise le dommage éprouvé par un groupement, en dehors de tout individu déterminé.
Une distinction s’impose donc « avec l’action de groupe » qui permet d’indemniser un ensemble
d’individus et constitue en ce sens la réparation d’une addition de préjudices individuels.
Parmi les préjudices collectifs, il faut citer le préjudice « environnemental », c'est-à-dire résultant
d’atteintes à l’environnement.
Pour l’instant, la jurisprudence ne fournit que peu d’exemples de tels préjudices.

1.3- Les caractères généraux du dommage réparable :


Enonçant les caractères généraux du dommage réparable, on dit souvent que, pour être réparable, le
dommage doit être direct, et certain. A ces caractères, dont le premier est contesté, il faut ajouter que
le dommage ne doit pas avoir été déjà réparé par une autre source juridique.

1.3.1- Le caractère direct du dommage :


Quand on dit que le dommage doit être direct, cela signifie qu’il doit découler directement du fait
dommageable.

En définitive, ce n’est pas là une qualité particulière du préjudice, mais le rappel du lien de causalité
qui doit exister entre la faute et le dommage.

1.3.2- Le caractère certain du dommage :


Le dommage doit être certain. La condition est sans nul doute remplie lorsque le préjudice est actuel, déjà
réalisé.

A la certitude dans le présent peut être assimilée la certitude dans l’avenir. Aussi répare- t- on le préjudice
futur s’il apparaît comme la prolongation certaine et directe d’un état de choses actuel, par exemple, en
cas d’incapacité permanente d’un accidenté, on réparera tout de suite un préjudice- la perte de salaires-
qui n’apparaîtra

que mois après mois.

Au préjudice futur dont la réalisation à venir est certaine, on oppose le préjudice éventuel, c'est-à-dire de
réalisation incertaine, qui ne sera réparé que s’il survient effectivement. Par exemple, le propriétaire qui,
pour l’entretien des câbles aériens qui traversent sa propriété, doit souffrir le passage des agents à époques
régulières, éprouve un préjudice futur, mais le risque de chute des câbles ou d’incendie est préjudice
seulement éventuel.

En revanche, les dépenses destinées à prévenir un risque de dommage ou un danger sont en soi un
préjudice certain. La question du préjudice futur soulève un problème particulièrement délicat en matière
de responsabilité des constructeurs.

La jurisprudence française considère comme un préjudice certain la perte d’une chance, car cette chance
de gagner un procès, de réussir un examen, d’enlever un marché,…- constitue à elle seule une valeur
patrimoniale susceptible d’évaluation par un calcul de probabilités. Cette question de la perte d’une chance
donne lieu à de très nombreux litiges.

La jurisprudence a admis à ce titre la réparation de la perte d’une chance de survie découlant de


l’insuffisance des soins donnés à un malade ou de toute autre cause, , de la perte d’une chance d’obtenir
une aide alimentaire d’une victime qui aurait pu avoir un bel avenir,…

A la perte d’une chance, la jurisprudence a récemment assimilé le risque de dommage, ce afin de pallier
les incertitudes pesant sur l’existence du lien de causalité. La perte d’une chance en cas de manquement
du médecin à son obligation d’information peut également être analysée en ce sens.

1.3.3- La légitimité du préjudice :


Cette condition a évolué dans le temps. Elle est apparue dans les années 1960.

Le fait illicite ( règle édictée par l’article 77 du DOC)

Sont ainsi indemnisés les dommages corporels subis par un voyageur sans billet, du passager d’un
véhicule volé, du toxicomane blessé alors qu’il venait acheter sa drogue, parce qu’il n’ya pas de lien direct
entre le dommage et l’activité irrégulière. En revanche, ne sera pas indemnisée la privation de revenus
tirés d’une activité illicite par un commerçant étranger en situation irrégulière expulsé par son bailleur,…
1.3.4- Préjudice non déjà réparé :
Parce qu’on ne répare pas deux fois le même préjudice, le dommage ne doit pas avoir été déjà indemnisé
par une autre source juridique. La situation se rencontre lorsque les conséquences d’un accident ont été,
en tout ou en partie, couvertes par des prestations versées par l’Etat, les organismes de sécurité sociale ou
les assurances.

2-Le fait dommageable


Tous les régimes de responsabilité civile, sur quelque texte qu’ils soient fondés, requièrent l’existence
d’un dommage. Mais tous n’exigent pas vraiment une faute, avec toute coloration morale dont ce mot
demeure chargé dans notre langue. On préfère employer le terme, le plus neutre, de fait dommageable.

Ce fait est exigé pour que soit engagée tant la responsabilité contractuelle que celle délictuelle. Mais il
n’a pas toujours la même définition.

Le fait dommageable sera envisagé dans ses divers aspects : le fait personnel, le fait s’autrui, le fait des
choses.

2.1- Le fait personnel (la faute)


Dans notre droit positif, le fait personnel ne peut être que la faute. Cette responsabilité constitue
aujourd’hui encore le droit commun en matière délictuelle comme en matière contractuelle. Mais
ce droit commun est de plus en plus souvent battu en brèche par l’instauration de régimes spéciaux.
2.1.1- Définition de la faute :
La loi n’ayant pas défini la faute, il appartient à l’interprète de le faire, de manière que chacun
sache quels sont les actes susceptibles d’entraîner sa responsabilité.
Les dispositions du DOC sont peu explicites. Son article 263 autorise à dire que la faute
intentionnelle n’est pas exigée et que la responsabilité contractuelle peut être retenue en dehors de
la mauvaise foi du débiteur. Mais cet article ne dit pas si l’inexécution génératrice de responsabilité
doit être fautive ou non.
La notion de faute est une notion standard, ce qui fait que son contenu dépend des circonstances.
La jurisprudence marocaine a appliqué l’alinéa 2 de l’article 78 du DOC sur les quasi-délits pour
la définition de la faute intentionnelle, ledit article qui dispose que « la faute consiste, soit à
omettre ce qu’on était tenu de faire, soit à faire ce dont on était tenu de s’abstenir, sans intention
de causer un dommage ; »
Malgré les incertitudes qui planent sur la notion de faute, on peut la cerner en distinguant deux
éléments, l’un objectif, l’autre subjectif.
✓ L’élément subjectif :
L’article 78 du DOC vise aussi les dommages non intentionnels, c'est-à-dire le dommage causé
par la faute soit en omettant ce qu’on était tenu de faire sans intention de nuire. Il faut relever que
l’article ne vise pas seulement la commission du fait dommageable mais aussi l’abstention et les
dommages causés par omission.

✓ L’élément objectif :
La définition de cet élément objectif soulève des difficultés quasi insurmontables. Il n’y a pas de critère
précis de la faute, ce qui a laissé une marge d’appréciation assez large au juge.

Suivant les auteurs, la faute est définie comme un fait illicite, ou comme la violation d’une obligation
préexistante, ou encore comme une erreur de conduite.

Le fait illicite (règle édictée par l’article 77 du DOC)

En pratique, ces définitions permettent dans la plupart des cas de décider s’il y a faute. En effet, le droit
pose un grand nombre de règles de conduite et toute violation d’une règle constitue une faute.

Ainsi en est –il des règles contractuelles auxquelles les parties se sont volontairement soumises : il y a
faute à ne pas respecter les engagements souscrits et les obligations qui en découlent. Sans doute les
contrats ne prévoient-ils pas toutes les situations, mais ce n’est là qu’affaire d’interprétation.

Par ailleurs, de très nombreuses règles légales imposent des devoirs aux particuliers dans les domaines les
plus divers. Peu importe que ces règles figurent dans des lois, des décrets ou des arrêts.

Toute violation d’un texte impératif est une faute susceptible d’engager la responsabilité de son auteur s’il
en résulte un dommage.

Enfin, il peut même y avoir faute dans l’exercice d’un droit, lorsqu’il y a abus du droit. En effet, bien qu’il
n’y a aucun texte sur cette question, la jurisprudence considère que, si quelques rares droits sont
discrétionnaires, d’autres plus nombreux ne sont que relatifs et donc susceptibles d’abus. Tel est le cas du
droit de propriété, du droit d’ester en justice, du droit de se contracter, du droit de rompre un contrat de
concession,…

2.1.2- Les diverses catégories de fautes :


On peut classer les fautes suivant divers critères : leur origine (contractuelle ou extracontractuelle), leur
forme (faute de commission et faute par omission), leur gravité (faute intentionnelle et non intentionnelle).

✓ Faute contractuelle et faute extracontractuelle :


Est une faute contractuelle l’inexécution ou la mauvaise exécution d’une obligation résultant d’un contrat
valable. Toute autre faute, notamment en dehors de tout contrat, est extracontractuelle.

De manière traditionnelle quoique fort ambigüe, on lui donne le nom de délit ou quasi-délit ( à ne pas
confondre avec le délit du droit pénal).
La nature contractuelle ou extracontractuelle de la faute est l’un des éléments qui permettent de dire si
s’appliqueront les règles de la responsabilité contractuelle ou celles de la responsabilité extracontractuelle.

On rappellera à cette occasion que la faute intervenant au cours de la période de formation du contrat,
n’étant pas la violation d’une obligation contractuelle, mais elle relève de la responsabilité
extracontractuelle.

✓ Faute de commission et faute d’omission :


La faute de commission, c'est-à-dire celle qui s’accomplit par un acte positif, ne soulève pas de réel
problème. Il ne fait pas de doute qu’elle engage la responsabilité de son auteur dès l’instant qu’elle
contrevient à une obligation de ne pas faire, légale ou contractuelle.

On s’est au contraire demandé si une omission, une simple abstention, pouvait constituer une faute. Une
réponse affirmative s’impose si cette abstention viole une règle faisant obligation d’agir. De telles
obligations d’agir sont fréquentes dans les contrats, par exemple, l’obligation d’information : celui qui
n’accomplit pas cette obligation de faire commet indiscutablement une faute, et il doit en outre l’accomplir
loyalement. Elles sont à l’inverse l’exception en dehors des contrats, car il est rare que la loi impose aux
particuliers l’accomplissement de prestations positives. Aussi, hormis les cas expressément prévus (par
ex, obligation de porter secours aux personnes en danger), les tribunaux recherchent dans chaque cas si
l’omission constitue ou non une erreur de conduite. Par exemple, omission d’un hôtel sur une liste établie
par un syndicat d’initiative.

✓ Faute intentionnelle et faute non intentionnelle :


La faute intentionnelle est appelée délit en matière extracontractuelle et dol ou faute dolosive en matière
contractuelle. Il s’agit bien évidemment du dol dans l’exécution du contrat et non du dol dans la conclusion
du contrat qui est une cause de nullité.

La définition de la faute intentionnelle diffère suivant qu’elle est intervenue ou non dans le cadre d’un
contrat.

En dehors de tout contrat, il y a faute intentionnelle ou délit lorsque l’auteur a accompli l’acte illicite avec
l’intention de produire le dommage, il a voulu non seulement l’acte, mais aussi son résultat (sinon, ce ne
serait qu’un quasi-délit), par exemple, le dénigrement des produits fabriqués par un concurrent.

Au contraire, la faute intentionnelle ou dol dans l’exécution d’un contrat n’exige pas une véritable
intention de nuire, suivant la jurisprudence, il y a dol d’un cocontractant lorsque, de propos délibéré, il se
refuse à exécuter ses obligations contractuelles, même si ce refus n’est pas dicté par l’intention de nuire.
Telle est la notion que retient la jurisprudence de manière générale, notamment lorsqu’elle définit la faute
dolosive faisant échec à une clause limitative de responsabilité.

✓ Assimilation de la faute lourde au dol :


Pour écarter une clause limitative de responsabilité, il n’est même pas nécessaire de qualifier de faute
intentionnelle l’inexécution délibérée d’un contrat. Il suffit d’y voir une faute lourde, car en matière
contractuelle, la faute lourde, c'est-à-dire celle si grossière qu’elle paraît faite exprès, est suivant une
longue tradition équipollente au dol pour certains effets, et spécialement pour écarter tant les clauses
limitatives de garantie que la limitation de réparation.

En droit marocain, la distinction entre la faute ordinaire et le dol présente un intérêt particulier, du fait
qu’elle peut produire des conséquences sur le montant de la réparation. L’article 264 du DOC invite
en effet le juge à « évaluer différemment la mesure des dommages-intérêts, selon qu’il s’agit de la

faute du débiteur ou de son dol ».

Dans l’interprétation de cette disposition, il convient de ne pas perdre de vue la finalité première de la
responsabilité civile qui est d’assurer la réparation du dommage causé au créancier. Dès lors, il faut
admettre que le montant des dommages-intérêts doit être fonction, non pas de la gravité de la faute,
comme semble l’affirmer l’article 264, mais de l’étendue du préjudice étant entendu qu’une faute
même légère, peut causer d’importants dégâts. La réparation doit donc couvrir l’intégralité du
préjudice quelle que soit la gravité de la faute.

En pratique, la définition de la faute lourde varie suivant le domaine dans lequel on se trouve. Ainsi,
s’agissant de la responsabilité de l’Etat pour mauvais fonctionnement du service de la justice, la
jurisprudence décide que constitue une faute lourde « toute déficience caractérisée par un fait ou une série
de faits traduisant l’inaptitude du service public de la justice à remplir la mission dont il est investi ».

S’agissant de la responsabilité du transporteur, la faute lourde s’entend d’une négligence d’une extrême
gravité, confinant au dol et dénotant l’inaptitude du transporteur, maître de son action, à
l’accomplissement de la mission contractuelle qu’il a acceptée. Alors cette définition est devenue caduque
avec l’évolution jurisprudentielle en la matière. Ce qui fait que la faute lourde ne saurait résulter du seul
manquement à une obligation contractuelle, elle doit se déduire de la gravité du comportement du débiteur.

2.1.3- Conséquences propres à la responsabilité contractuelle :


En matière extracontractuelle, le dommage est toujours réparé dans son entier, qu’il soit dû à un délit ou
à un quasi-délit. En matière contractuelle, au contraire, la réparation n’est complète qu’en cas de dol ou
de faute lourde équipollente au dol, si la faute est légère, l’article 264 du DOC limite l’indemnisation au
dommage prévisible lors du contrat.

De même, les clauses limitatives de responsabilité, à travers lesquelles les parties conviennent d’avance
qu’en cas d’inexécution le montant des dommages-intérêts ne dépassera pas une somme déterminée, ne
permettent pas de s’exonérer des conséquences dommageables de ses fautes intentionnelles ou lourdes, il
est en effet admissible de stipuler par avance l’absolution de ses maladresses ou imprudences, mais pas
de sa mauvaise foi.
Comme les clauses pénales, les clauses limitatives de responsabilité peuvent se révéler dangereuses, ainsi
le législateur parvient-il parfois pour les interdire (exemple : contrat d’hôtellerie, article 743 DOC) ou
pour les réglementer (contrat de transport aérien). De plus, si le préjudice trouve sa source dans le dol ou
dans la faute lourde du débiteur, la clause limitative de responsabilité cesse de produire effet (art 232 du
DOC).

La jurisprudence fait application sévère des clauses limitatives aux fabricants et aux vendeurs
professionnels, puisque ces derniers sont censés connaitre les vices des produits qu’ils fabriquent ou qu’ils
vendent, et même tenus de les connaître, ils peuvent éluder leur responsabilité par ces clauses, sauf à
l’égard d’autres professionnels de même spécialité.

2.1.4- La preuve de la faute :


La faute étant l’inexécution d’une obligation, il va de soi que la victime doit d’abord démontrer l’existence
de l’obligation. Cette première exigence n’a de portée que pour les obligations résultant d’un contrat,
lequel devra être prouvé.

Quant aux obligations légales, elles n’ont pas besoin d’être prouvées, il suffit d’indiquer le texte ou le
principe d’où elles découlent.

- Charge de la preuve en matière extracontractuelle :


Une fois démontrée l’existence de l’obligation, il reste à prouver le caractère fautif de l’inexécution.
Lorsqu’un dommage survient en dehors d’un contrat, c’est en principe à la victime de démontrer que
l’auteur a manqué au devoir général de ne pas nuire à autrui. A elle seule, la réalisation d’un préjudice ne
fait pas présumer la faute. Cette règle, qui paraît sévère pour la victime, est en fait tempérée par l’existence
de préemptions de responsabilité du fait d’autrui et du fait des choses- qui reversent la charge de la preuve.

- Charge de la preuve en matière contractuelle :


En matière contractuelle, le texte de base en matière de responsabilité est l’article 263 du DOC suivant
lequel « Les dommages-intérêts sont dus, soit à raison de l’inexécution de l’obligation, soit à raison du
retard dans l’exécution ». II appartient alors au débiteur de justifier que l’inexécution provient d’une cause
étrangère qui ne peut lui être imputée, encore qu’il n’y ait aucune mauvaise foi de sa part.

Mais d’autres dispositions du DOC relatives à l’obligation de veiller à la conservation de la chose, édictent
que le débiteur est tenu d’y apporter tous les soins d’un bon père de la famille. Ici, c’est au créancier de
l’obligation de démontrer que le débiteur n’a pas agi en bon père de famille, en bref qu’il a commis une
faute.

- La preuve en matière d’obligation de moyens et d’obligation de résultat :


Il n’y a évidemment pas de problème si la loi précise elle-même l’intensité de l’obligation, ce qui est
infiniment rare.
A défaut, les parties peuvent également le faire, mais c’est assez rare et, en outre, la qualification retenue
par les parties ne lie pas le juge.

En définitive, c’est donc le plus souvent le juge saisi d’un litige qui aura à se prononcer sur l’étendue de
l’obligation.

Le critère premier, est celui de l’aléa. Si l’obligation souscrite n’est pas soumise à aucun aléa particulier,
on dira qu’on est en présence d’une obligation de résultat. Le débiteur s’engage alors à fournir un résultat
déterminé, tel est le cas de l’obligation du transporteur, ou du constructeur, car dans l’un et l’autre cas le
risque est- ou devrait être- faible sinon inexistant.

Dès lors, le créancier qui entend agir en responsabilité n’a plus besoin de prouver la faute du débiteur,
tout ce qu’il aura à prouver c’est que le résultat n’a pas été atteint au moment où il devait l’être.

Lorsqu’il s’agit d’une obligation de moyens, le débiteur promet de mettre en œuvre les moyens dont il
dispose en vue de parvenir à un certain résultat. Il promet de se comporter avec prudence et diligence en
vue d’atteindre un certain but. Ainsi, le médecin promet d’utiliser son savoir et d’agir d’une manière
consciencieuse et diligente pour conduire son patient à la guérison.

Alors, le créancier d’une obligation de moyens qui veut engager la responsabilité de son cocontractant
devra prouver que le débiteur n’a pas mis en œuvre les moyens promis, qu’il n’a pas agi conformément
aux règles de l’art ou qu’il ne s’est pas comporté avec prudence et diligence. Bref, s’agissant des
obligations de moyens, la faute(ou l’inexécution fautive) constitue une condition essentielle de la
responsabilité du débiteur au point que le créancier qui ne parvient pas à trouver la faute du débiteur ne
pourra obtenir aucune réparation, et le débiteur qui réussit à prouver qu’il n’a commis aucune faute sera
exonéré de toute responsabilité.

En second lieu, on prend en considération le rôle actif ou passif de la victime. Ainsi, on opposera le touriste
que l’on juche sur un âne pour la visite d’un site escarpé dont le rôle est purement passif, au cavalier
expérimenté qui loue un cheval dans un manège, qui conduit l’animal à son gré et joue donc un rôle actif.

Quant aux modes de preuve, ils sont libres. Ainsi pourra-t-on faire entendre des témoins dans le cadre
d’une enquête, ou demander une expertise pour éclairer le tribunal, etc.

A supposer que la faute soit ainsi prouvée, la responsabilité contractuelle ou extracontractuelle sera établie
à moins que l’auteur ne puisse dénier l’existence d’un lien de causalité entre sa faute et le dommage.
Ainsi, pourra-il échapper à sa responsabilité si sa faute n’a pas été la cause du dommage ou encore si son
acte illicite lui a été imposé par un cas de force majeure.

2.2 -Le fait d’autrui :


En matière pénale où la responsabilité est toujours personnelle, nul ne saurait en principe être condamné
à une peine pour une infraction commise par autrui (sous réserve de certains cas tels que la responsabilité
pénale des chefs d’entreprises). Ce principe ne se retrouve pas en matière civile où l’article 85 du DOC
pose une règle inverse.

Ainsi, un père peut être condamné à réparer le préjudice causé par son enfant mineur, et un patron celui
provoqué par ses ouvriers et employés.

Prenons l’exemple d’un chauffeur en état d’ébriété qui a causé un grave accident entraînant le décès d’une
personne. La situation se présentera de la manière suivante : sur le plan pénal, seul le chauffeur pourra
encourir une peine de prison ou d’amende et il purgera personnellement, tandis que sur le plan civil, la
victime pourra, à son choix, demander réparation ( dommages et intérêts) soit au chauffeur lui-même pour
son fait personnel, soit à l’entreprise pour le fait de son chauffeur, soit aux deux ensembles.

Originairement, et parfois encore, cette responsabilité du fait d’autrui trouve son fondement dans
l’obligation de surveillance. Mais, le plus souvent, le but poursuivi est d’offrir à la victime, outre un
éventuel recours contre l’auteur du dommage, un second recours contre une personne supposée plus
solvable que la première et qui jouera un rôle de garantie à l’égard des tiers. Il convient d’ajouter que la
garant condamné à payer pour autrui peut dans certains cas, se tourner contre le véritable responsable. En
pratique, pour des motifs divers, insolvabilité du responsable, assurance du garant excluant le recours, il
est rare que cette action récursoire soit mise en œuvre.

La responsabilité du fait d’autrui se rencontre tant en matière extracontractuelle qu’en matière


contractuelle.

2.2.1- Responsabilité extracontractuelle du fait d’autrui :


Dans un certain domaine, la jurisprudence consacre un principe général de responsabilité du fait d’autrui,
étant précisé que cette responsabilité de plein droit ne tombe pas devant la preuve de l’absence de faute
du présumé responsable. En revanche, il reste à préciser que si cette responsabilité suppose une faute de
la personne gardée, ou un simple fait causal comme en matière de responsabilité des parents du fait de
leurs enfants mineurs.

2.2.2- Responsabilité contractuelle du fait d’autrui :


Au Maroc la RFA a été instituée en premier lieu par le DOC 1913 dans son ART 85 véritable reprise de
l’Art 1384 de la loi française de 1804.
L’Art 85 a connu plusieurs modifications tendant à élargir son domaine d’application et a préciser ses
contours : la première modification est celle de 1929 qui a remanié profondément l’Art 85 en ajoutant
aussi bien la responsabilité des maîtres et commettants à l’égard des domestiques et préposés que celle
des instituteurs et des artisans à l’égard des élèves et apprentis.
La deuxième révision a eu lieu le 19 juillet 1937 suite à la révision de l’Art 1384 du CCF, puisque le
législateur de l’époque a adouci le régime sévère de la responsabilité de l’instituteur par la suppression de
la présomption de faute à leur encontre.
Cinq ans plus tard le législateur avait de nouveau consacré par le Dahir 4 MAI 1942 leurs responsabilités
en ajoutant l’Art 85 BIS qui reprend pour l’essentiel les dispositions de la loi française du 5 AVRIL 1937
avec la seule différence que le nôtre traite aussi de la responsabilité des fonctionnaires des services de la
jeunesse et du sport.
La RFA posée par l’art 85 constitue une dérogation aux principes généraux du droit commun posés par les articles
77 et 78 du DOC dans la mesure où l’art 85 du DOC oblige une personne autre que l’auteur du fait dommageable
(généralement plus solvable) à la réparation de ce dernier en indemnisant la victime et ceci dans un but protecteur
de cette dernière.

Cela vise le cas où l’exécution d’un contrat, confiée à un représentant ou préposé par l’un des contractants
a entraîné un préjudice pour l’autre.

Ainsi, un locataire est responsable à l’égard du propriétaire du fait des sous-locataires ou autres occupants,
un entrepreneur est responsable vis-vis de son client du fait des personnes qu’il emploie, de même un
hôtelier est responsable des vols commis par ses employés au détriment des clients,…

A partir de ces exemples, certains auteurs considèrent qu’il y a un principe général de responsabilité
contractuelle du fait d’autrui. Cette position se trouve aujourd’hui grandement confrontée par la
jurisprudence instituant un principe général de responsabilité du fait d’autrui en matière
extracontractuelle.

✓ La présomption de responsabilité des parents et des artisans :


Cette responsabilité du fait d’autrui est longtemps restée très proche de la responsabilité du fait personnel.
Elle reposait sur l’idée que l’acte dommageable de l’enfant ou de l’apprenti suppose chez les parents ou
les artisans une faute soit de surveillance, soit d’éducation (pour les parents seulement) (Article 85 DOC
Dahir du 19 juillet 1937).

S’agissant de la responsabilité des parents, elle ne saurait être engagée que si celle de l’enfant mineur ou
de l’apprenti l’est également. Cela suppose donc qu’il y ait un dommage, un fait dommageable et un lien
de causalité entre les deux.

Pendant longtemps, la jurisprudence a exigé une faute de l’enfant. Puis, elle s’est contentée d’un fait
objectivement illicite, sans connotation morale. Peu importe donc qu’il s’agisse d’un enfant en bas âge,
privé de discernement. Il suffit même que l’enfant soit responsable capable d’apprécier les conséquences
de ses actes sur le fondement de l’article 96 du D.O.C.

Il s’ensuit que désormais les parents sont garants de tous les dommages causés par leurs enfants mineurs,
que ces dommages résultent d’un acte anormal (faute objective de l’enfant, fait de la chose dont il est
gardien, accident avec un véhicule volé) ou d’un acte normal( l’exercice d’un sport de contact par l’enfant,
tout en respectant les règles du jeu).

En ce qui concerne les parents, la présomption pèse sur le père et la mère, solidairement, tant qu’ils
exercent le droit de garde, aujourd’hui l’autorité parentale, à l’exclusion de toute autre personne, et ce
même s’ils sont incapables majeurs.

Cette autorité parentale appartient en principe aux père et mère jusqu’à la majorité ou l’émancipation de
l’enfant, mais elle peut n’appartenir qu’à l’un d’entre eux dans certaines circonstances, notamment en cas
de décès ou de séparation des parents.

Les parents ne répondent que des dommages causés par leurs enfants mineurs habitant avec eux (Article
85 Alin2 du D.O.C). C’est la condition de cohabitation qui était traditionnellement exigée et qui était liée
à l’idée initiale que les parents sont tenus d’une obligation de surveillance sur leurs enfants mineurs,
obligation qui cessait lorsque l’enfant était à l’école ou confié à ses grands-parents, …

✓ Responsabilité du fait des apprentis :


La présomption de responsabilité pèse également sur celui, artisan, commerçant ou industriel, qui donne
une formation professionnelle à un apprenti (par opposition à un ouvrier ou à un employé, même mineur).
Et elle est limitée dans le temps à la période pendant laquelle l’apprenti est sous la surveillance du maître ;
dans la conception actuelle de l’apprentissage où l’apprenti ne loge que rarement chez son patron, cela ne
vise plus guère que les heures de travail. (Article 85 du D.O.C)

A l’origine, les solutions retenues pour les pères et mères s’appliquaient de la même manière aux artisans,
notamment en ce qui concerne la force de la présomption.

Mais en pratique, l’absence de jurisprudence relative à la responsabilité du fait des apprentis ne permet
pas de se prononcer sur le point de savoir si l’évolution constatée en matière de responsabilité des parents
doit être étendue ici.

Force majeure ou faute de la victime. Parce qu’elle reposait sur une présomption de faute, cette
responsabilité s’effaçait devant la preuve de l’absence de la faute.

✓ La présomption de responsabilité des commettants du fait de leurs préposés :


Les maîtres et commettants, c'est-à-dire les patrons, sont responsables du dommage causé par leurs
domestiques et préposés dans les fonctions auxquelles ils les ont employés. (Article 85 Alin.4 du D.O.C)

La responsabilité des commettants du fait de leurs préposés suppose que les premiers soient bien des
commettants et les seconds des préposés.
En l’absence de texte, la jurisprudence considère que ce lien est caractérisé lorsqu’existent entre deux
personnes des rapports d’autorité et de subordination, ou encore suivant une autre formule, de dépendance
économique et sociale.

Donc, toutes les personnes liées par un contrat de travail sont toujours dans un rapport de commettant à
préposé : ainsi les patrons au regard des salariés, ouvriers ou employés. A l’inverse, l’entrepreneur ou
l’artisan, si modeste soit-il, le médecin, le comptable, le notaire,…ne sont pas en principe des préposés de
leurs clients parce que, leur assignerait-on le but à atteindre, ils demeureraient libres des moyens à
employer. Il en va de même du sous-traitant qui n’est pas le préposé de l’entrepreneur principal.

La responsabilité des commettants jouant un rôle de garantie à l’égard des tiers de l’activité dommageable
des préposés, on en déduisait classiquement que la responsabilité des patrons du fait de leurs préposés ne
pouvait être recherchée que si celle du préposé elle-même engagée à l’égard du tiers demandeur, et qui
plus est sur le fondement de la faute, non sur celui de la garde d’une chose.

En effet, suivant la jurisprudence, le préposé, se servant de la chose suivant les instructions de son patron,
ne saurait être gardien, faute de disposer de la liberté nécessaire à la qualité de gardien: on exprime cela
en disant que les qualités de préposé et de gardien sont incompatibles. Le commettant demeure donc
gardien de la chose, par exemple, du véhicule dont il confie l’usage à son préposé ; il s’ensuit qu’en cas
d’accident causé par le préposé conducteur, le commettant en est responsable en sa qualité de gardien du
véhicule, et non pas en qualité de commettant du conducteur. On enseigne en conséquence que la
présomption de responsabilité du commettant suppose que le dommage soit dû à une faute-intentionnelle
ou non- commise par le préposé et prouvée conformément aux règles de la responsabilité du fait
personnel ; il peut s’agir aussi d’une faute commise par un préposé en état de démence. Il doit
généralement y avoir un lien de causalité entre la faute et le dommage.

La jurisprudence décide que la présomption de responsabilité, qui pèse automatiquement sur le


commettant lorsque les conditions sont réunies, est irréfragable.

Ainsi, les commettants ne peuvent échapper à leur responsabilité par la preuve de l’absence de la faute ;
de même, à la différence des parents ou des artisans, ils ne peuvent invoquer un cas de force majeure. Le
seul moyen possible est de démontrer que les conditions de la présomption ne sont pas réunies : soit que le
préposé n’a pas commis de fait illicite dommageable, soit qu’il n y a pas de lien de subordination, soit que
le fait dommageable n’a pas été commis dans l’exercice des fonctions .

2.3- Le fait des choses :

Pour qu’il y ait responsabilité du fait des choses, il suffit d’une chose quelconque, d’un fait dommageable
de cette chose, et d’un gardien qui sera le responsable.(Article 88 du D.O.C)
Peu importe notamment que la chose soit un meuble ou un immeuble. Pour le cas où il s’agirait d’un
immeuble, ne sont exclus que les dommages résultant de la ruine d’un bâtiment (Article 89 du D.O.C)
Peu importe également que la chose soit dangereuse ou non. Sans doute les choses dangereuses
nécessitent-elles une surveillance plus attentive, mais ce ne saurait être un argument en faveur d’une
exonération de responsabilité pour les choses non dangereuses ; d’ailleurs, le fait de provoquer un
dommage démontre a posteriori que la chose était en fait dangereuse.

Peu importe que le fait dommageable soit dû ou non à un vice inhérent à la chose.

Peu importe que la chose soit ou non actionnée par l’homme.

Peu importe que la chose ait été ou non en contact avec la victime (le plus souvent, le dommage sera dû à
un choc, collision,… mais il peut tout aussi bien se produire en l’absence de contact matériel), par
exemple : l’accident s’est produit parce que la victime a voulu éviter un obstacle.

Pau importe que la chose ait été inerte ou en mouvement. Ex : en mouvement : une voiture, inerte :marche
d’escalier)

2.3.1- La responsabilité du gardien de la chose :


La notion de garde est une notion juridique sans rapport avec le sens de ce terme dans la langue courante.
Dans le langage courant, un gardien est un employé auquel aura été confié le soin de veiller sur une chose.

En droit, un employé ne peut jamais être gardien d’une chose de son patron.

A supposer qu’un ouvrier d’une entreprise provoque un dommage en faisant tomber une échelle, le tiers
victime peut intenter diverses actions : contre l’ouvrier( l’action en responsabilité du fait personnel, s’il a
excédé les limites de la mission qui lui a été impartie par son commettant ou s’il a commis une infraction
pénale, mais pas l’action en responsabilité du fait des choses parce que la garde de la chose demeure entre
les mains du patron ; contre le chef d’entreprise :soit l’action en responsabilité du fait d’autrui qui suppose
un fait illicite du préposé, soit l’action en responsabilité du fait des choses parce qu’il est le gardien de
l’échelle).

En pratique, le propriétaire demeure gardien et il le demeure lorsqu’il confie la chose à un préposé. On


considère ici, de manière quelque peu artificielle, que le préposé, s’il a bien l’usage de la chose, exerce
cet usage sous la direction et le contrôle de son commettant. Cette solution s’applique également au
préposé occasionnel, par exemple, au cas où le propriétaire d’un véhicule confie le volant à l’un de ses
passagers qui le relaie. Cela dit, peu importe que ce propriétaire soit mineur ou même dément, ou encore
enfant en bas âge.

Le propriétaire peut transférer la garde à une tierce personne. Tel est le cas lorsque, par un contrat de prêt
ou de louage, il investit son cocontractant des pouvoirs d’usage, de direction et de contrôle de telle sorte
que ce dernier a toute possibilité de prévenir lui-même le préjudice que la chose peut causer. Il y aura
ainsi transfert de la garde au locataire d’un appartement, ou d’un camion, à l’entrepreneur de construction
qui a la maîtrise du chantier, à l’ami ou au parent qui, dans le cadre d’une convention d’assistance, utilise
une échelle ou un outil de bûcheronnage,…

En revanche, il n’y aura pas transfert de la garde d’un immeuble à l’entreprise qui en assure la surveillance,
ou des cuves au pompistes, ou des gravats contenant un détonateur à l’ouvrier qui y jette les siens propres,
et ce parce qu’ils n’ont pas le contrôle et la direction de la chose.

2.3.2- La responsabilité du fait des animaux : (Articles 86 et 87 du D.O.C)


Il s’agit des animaux appropriés. Se pose donc le problème de détermination du gardien et du transfert de
la garde, la solution variant selon les circonstances de fait et le type d’animal.

On rencontre également la question de la garde commune, lorsque le dommage est causé par un groupe
d’animaux appartenant à plusieurs propriétaires. Cette présomption tombe devant la preuve de la cause
étrangère, notamment la faute de la victime.

2.3.3- Les cas particuliers du fait des choses :


Toutes les choses qui causent un dommage à autrui peuvent en principe entraîner la responsabilité de leur
gardien. N’y échappent que les choses qui n’ont pas de gardien : l’air, l’eau, les animaux sauvages,…

2.4- Le fait d’un tiers :


Une personne dont la responsabilité –contractuelle ou extracontractuelle-est mise en cause peut y échapper
en démontrant que le dommage est imputable en tout ou en partie au fait d’un tiers. Peu importe que ce
fait soit ou non fautif.

Par tiers, il faut entendre toute personne étrangère à l’activité du responsable, par opposition aux personnes
dont il doit répondre. Il s’ensuit qu’un entrepreneur ne saurait, pour échapper à sa responsabilité, invoquer
comme fait d’un tiers le fait de l’un de ses préposés, ou celui d’un sous-traitant, ou encore d’un
fournisseur.

Si le fait du tiers a été imprévisible et irrésistible, il constitue une variété de force majeure et exonère
totalement celui qui était poursuivis comme responsable, quel que soit le fondement de la responsabilité.
C’est en effet la preuve qu’il n’avait pas commis de faute causale, ou que la présomption de responsabilité
qui pesait sur lui n’était pas justifiée.

Si le fait du tiers ne revêt pas les caractères de la force majeure, il faut distinguer suivant que la
responsabilité du défendeur est recherchée sur le fondement de la faute ou sur celui de la responsabilité
du fait des choses.

Si la responsabilité est recherchée sur le fondement de la faute, la situation se présente ainsi. A l’égard de
la victime, chacun est censé avoir concouru à la production du dommage en son entier, si bien que les
coauteurs seront tenus in solidum en matière contractuelle. Celle-ci pourra donc poursuivre pour le tout
des coauteurs sans qu’aucun ne puisse invoquer la faute du tiers comme une cause d’exonération partielle
de sa responsabilité. En revanche, dans les rapports entre coauteurs, celui qui a indemnisé la victime
disposera d’un recours contre l’autre. En définitive, la responsabilité est partagée entre ce tiers et le
défendeur, partage que la jurisprudence opère en fonction de la gravité des fautes respectives.

Si la responsabilité est recherchée sur le fondement de la garde des choses, le fait d’un tiers, que ce tiers
soit ou non identifié, n’exonère le gardien de sa responsabilité que s’il constitue un cas de force majeure.
A défaut, le défendeur est responsable pour le tout à l’égard de la victime, mais il pourra exercer un recours
contre le tiers sur le fondement de la faute, et le partage s’opérera en fonction de la gravité des fautes
respectives ; et, si le tiers était lui aussi responsable sur le fondement de la garde, le partage se fera par
moitié.

2-5- La faute de la victime :


La faute de la victime s’apprécie de la même manière que la faute de l’auteur du dommage. C’est dire
qu’il y a faute même si la victime n’est pas consciente de ses actes, notamment à raison de son jeune âge.
Cette solution apparaît particulièrement sévère lorsque la victime est un enfant en bas âge mais, en dépit
d’un certain assouplissement, la jurisprudence maintient la règle.

Cette faute peut résider dans l’acceptation des risques, par exemple, le fait de participer à une compétition
sportive. Ou encore, en matière de construction, il y aura faute du maître de l’ouvrage en cas d’acceptation
délibérée des risques inhérents à telle modification qu’il a imposée à son constructeur en con naissance
de cause.

La faute de la victime ne sera retenue que dans la mesure où elle a joué un rôle causal dans l’accident. Tel
n’est pas le cas par exemple du voyageur victime d’un accident de train qui voyageait sans billet, ou du
maître de l’ouvrage victime de désordres de construction pour lesquels il a mois de s’assurer. En effet, le
défaut de billet ou d’assurance n’est pas la cause de l’accident.

3 -Le lien de causalité :

La faute n’engage la responsabilité de son auteur qu’à la condition qu’elle ait été la cause du dommage.
Tout événement est nécessairement la conséquence d’une série de causes proches et lointaines ;le juge,
cependant ,ne saurait tenir compte de toutes, et il doit choisir celle ou celles d’entre elles qui lui paraissent
le plus directement en rapport avec le dommage. Il n’est pas possible de trouver à cet égard un critère
applicable dans tous les cas, et il appartient au juge, dans chaque affaire, de retenir ou d’écarter l’existence
d’un lien direct de causalité entre tel ou tel fait et le dommage, en fonction des éléments de preuve soumis
à son appréciation, Ainsi il doit rechercher : si le dommage a eu pour cause certaine une faute du défendeur
à l’action en responsabilité intentée par la victime, ou si au contraire il est dû à une cause étrangère à ce
défendeur(cas fortuit ou de force majeure, faute de la victime ou faute d’un tiers) ;et si, une faute étant
établie à la charge du défendeur, chacun des différents préjudices dont il est demandé réparation est lui-
même en relation suffisamment directe avec cette faute (c’est la question de la limite du dommage
réparable).

Ainsi,il n’y a lieu à responsabilité qu’autant le dommage constitue « la conséquence directe de


l’inexécution de l’obligation » (article 264 du DOC).

L’exigence d’un lien de causalité ou de cause à effet entre le fait et le dommage est une condition de bon
sens. Elle n’est d’ailleurs qu’implicitement rappelée par les textes, lorsque ceux-ci parlent du dommage
causé par le fait personnel, ou le fait d’autrui, ou le fait des choses. Chacun est donc responsable du
dommage qu’il cause, et de celui-là seulement.

Cela dit, les circonstances dans lesquelles est survenu un dommage ne sont pas toujours très claires.
Plusieurs personnes ont pu être impliquées, Plusieurs choses ont pu intervenir, entre lesquelles il va falloir
choisir ou partager.

En pratique, le problème de la causalité, comme le dommage et le fait dommageable, se pose en des termes
de preuve. C’est en principe à la victime qu’il appartient de rapporter cette preuve en matière de
responsabilité du fait personnel. Au contraire, la causalité est présumée dès l’instant qu’une chose est
intervenue dans la production d’un dommage.

3.1- Définition et preuve de la causalité :


Il est impossible de définir de manière abstraite et mathématique le lien de causalité parce qu’il s’y mêle
toujours des considérations de fait ou d’opportunité morale, ce qui soulève d’énormes difficultés.

Parmi lesquelles, celle qui consiste en ce que souvent le préjudice subi par le créancier est dû non
seulement au fait du débiteur mais aussi à un concours de circonstances étrangères au débiteur.

En vérité, un dommage est toujours dû à une conjonction fâcheuse de plusieurs causes entre lesquelles le
juge est invité à choisir. A cet égard, il aura une tendance naturelle à trouver la causalité du côté où est la
faute : la faute montre du doigt le responsable, mais ce guide ne lui sera plus d’aucune utilité dans les cas
de responsabilité sans faute et, en particulier, de responsabilité du fait des choses.

Celui qui doit faire la preuve du lien de causalité peut rencontrer deux types de problèmes, suivant que le
dommage est dû à plusieurs causes concomitantes ou à plusieurs causes successives.

3.1.1-Pluralité de causes concomitantes :


On peut dire que tout dommage résulte d’une rencontre de deux personnes, ou de deux événements, ou de
deux choses, ou d’une personne et d’une chose,…par ex : un passager attendant son train au bord du quai
est effrayé par deux jeunes voyous se battant un peu plus loin et, faisant un écart tombe sur la voie au
moment où le train arrive. Il y a ici conjonction de plusieurs facteurs : les deux jeunes voyous qui se
rencontrent et se battent sur le quai, le passager qui prend peur et chute sur la voie, et le train qui survient
au même moment.

Parmi ces causes possibles, le juge doit-il choisir, et dans l’affirmative, comment ? en l’absence de texte
précisant un critère, la doctrine a dégagé deux conceptions possibles : la causalité adéquate et
l’équivalence des conditions. La théorie de l’équivalence des conditions consiste à placer sur un pied
d’égalité toutes les conditions qui ont concouru à la production du dommage et à dire que chacune d’entre
elles a été la cause du dommage. Elle repose sur cette constatation très simple que, si l’une des conditions
avait manqué, le dommage ne serait pas produit, on en déduit que, objectivement, toutes les conditions
sont équivalentes.

La théorie de la causalité adéquate consiste à retenir, parmi les causes, la cause génératrice du dommage,
c'est-à-dire l’événement qui était de nature à produire normalement le dommage et qui a joué un rôle
prépondérant dans sa réalisation : dans l’exemple choisi, les deux jeunes voyous qui ont eu un
comportement anormal.

On enseigne généralement que les décisions recherchent plus souvent la cause génératrice du dommage
et que, de ce fait, elles consacrent implicitement la théorie de la causalité adéquate. En fait, les juges ne
font presque jamais référence à l’une ou à l’autre théorie, probablement de manière à se laisser la plus
grande marge possible d’appréciation. Il s’ensuit que, si certaines décisions semblent s’inspirer de la
causalité adéquate, d’autres retiendront comme équivalentes les diverses causes possibles. En pratique,
tout dépend des circonstances et de l’appréciation ponctuelle qu’en fera le juge.

En ce qui concerne la preuve, la causalité peut être établie par de simples présomptions, à la condition
qu’elles soient précises et concordantes. Si la causalité est établie à l’égard d’un seul, c’est celui-là
seulement qui sera tenu pour responsable ; si c’est la victime, elle conservera l’entier dommage à sa
charge. Si elle est établie à l’égard de plusieurs qui ont contribué à causer le même dommage à un tiers,
le tribunal condamnera les responsables in solidum ; il s’ensuit que la victime pourra s’adresser pour le
tout à l’un des responsables, lequel fera son affaire des recours contre les autres. L’obligation in solidum
ne joue toutefois que dans le cas où un dommage unique est dû à l’action conjuguée et indissociable des
co-auteurs, chacun ayant contribué à causer le dommage dans son entier.

Il en va différemment dans le cas, par exemple, où plusieurs désordres affectant le même bien sont
attribuables distinctement à l’action des divers co-auteurs.

Enfin, la responsabilité peut être aussi partagée entre l’auteur et la victime du dommage s’ils ont l’un et
l’autre participé à sa production ; en pratique, ce partage se traduira par une indemnisation partielle, la
victime conservant à sa charge la part de dommage qui lui est imputable.

A l’inverse, il peut arriver que la causalité soit impossible à établir avec certitude. L’exemple-type est
celui de l’accident de chasse lorsque plusieurs chasseurs ont tiré en même temps et que le plomb reçu par
la victime n’a pas pu être identifié. Pour assurer néanmoins l’indemnisation de la victime dans ces
accidents de groupe, les tribunaux admettent volontiers l’idée soit d’une mauvaise organisation de la
chasse ou du jeu, soit d’une garde en commun et donc d’une responsabilité collective.

3.1.2- Pluralité de causes successives :


Il arrive parfois qu’un préjudice soit dû à une série de causes s’enchaînant les unes les autres dans le
temps. Par exemple : par suite de la défaillance d’un fournisseur, une entreprise ne peut faire face à ses
engagements vis-à-vis d’un client important, perd ce client, d’où elle est contrainte à s’endetter pour
poursuivre et, compte tenu à la fois d’un incendie volontaire commis par un employé licencié et de la
conjoncture économique soudain défavorable, elle cesse ses paiements et tombe en faillite, etc. Parmi ces
causes successives, le juge ne doit-il retenir que la dernière, la plus proche du dommage ? ou peut-il
remonter de quelques degrés dans l’échelle des causes ?

La solution est donnée par l’article 264 du DOC en matière contractuelle, mais on s’accorde à l’étendre
à la responsabilité en dehors des contrats : seuls sont réparés les dommages qui sont la suite immédiate et
directe du fait dommageable. C’est cela qu’on veut dire lorsqu’on déclare que, pour être réparé, le
préjudice doit être direct.

Il suffit de retourner la formule pour raisonner en termes de causalité. Ne peut être retenue comme cause
que celle dont le dommage est la suite immédiate et directe ou encore la suite nécessaire. C’est une
invitation à retenir soit le dernier événement (la suite immédiate), soit un événement antérieur dont le rôle
causal serait particulièrement marqué (la suite nécessaire), soit les deux. Si les principes sont bien fixés,
leur application soulève parfois de grandes difficultés.

On s’interroge également sur le point de savoir si les prédispositions de la victime, par exemple son
tempérament suicidaire, doivent ou non être retenues comme l’une des causes du dommage ; on admet
généralement que la responsabilité de l’auteur du dommage n’est diminuée du fait des prédispositions de
la victime.

3.2- La preuve de la non- causalité : la cause étrangère :


Lorsqu’il y a un dommage et que le fait dommageable (suivant le cas, la faute, le fait d’autrui ou le fait
des choses) est établi, le responsable en puissance ne peut s’exonérer de sa responsabilité qu’en déniant
le lien de causalité. Il lui faut pour cela démontrer qu’au-delà d’apparences trompeuses le dommage est
dû, en tout ou en partie, à une cause étrangère qui ne lui est pas imputable. Le DOC pose la règle en
matière de responsabilité contractuelle, mais on s’accorde à y voir une règle générale. Cette cause
étrangère peut être soit la force majeure, soit le fait d’un tiers soit la faute de la victime.

3.2.1- La force majeure :


L’article 268 du DOC parle de la force majeure et du cas fortuit, mais l’article 269 du DOC ne définit
que la seule force majeure.
La force majeure et le cas fortuit sont présentés comme une cause d’exonération en matière contractuelle
par l’article 268 la solution a été étendue ensuite en matière extracontractuelle. Aujourd’hui les deux
termes de cas fortuit et force majeure sont devenus synonymes.

On définit généralement la force majeure comme étant un événement imprévisible, irrésistible et extérieur
à l’activité du débiteur. Il peut s’agir de phénomènes naturels, par exemple le verglas qui est à l’origine
d’un accident, un cyclone, des chutes de neige jamais vues, un glissement de terrain, ou encore d’autres
événements tels que la grève ou une décision administrative constitutive d’un « fait du prince », ou un
bogue informatique.

En matière contractuelle, les parties sont libres de définir les événements qui seront constitutifs de force
majeure pour l’exécution du contrat, ou d’en attribuer la charge autrement que ne le ferait le droit commun.
C’est notamment une pratique courante dans les marchés de construction où sont définies les « causes
légitimes d’allongement du délai », qui ne seraient pas nécessairement considérées en droit commun
comme des cas de force majeur.

3.2.2- Les caractères de l’événement consistant en une force majeure :

✓ Le caractère d’imprévisibilité :
Ce caractère s’oppose à ce qu’on puisse reprocher à quiconque de n’avoir pas pris les précautions utiles :
nul ne saurait en effet se prémunir contre ce qui est imprévisible.

En matière contractuelle, l’imprévisibilité doit en principe être absolue, c'est-à-dire à l’égard de tout le
monde. Par exemple : une grève ne justifiera pas l’inexécution d’un contrat, à moins qu’il ne s’agisse
d’une grève « sauvage » tour à fait imprévisible.

✓ Le caractère d’irrésistibilité :
Ce caractère s’entend de l’impossibilité d’exécuter l’engagement souscrit ou de se conformer au devoir
légal. Comme l’imprévisibilité, l’irrésistibilité doit être en principe absolue, surtout en matière
contractuelle. En tout cas, le fait que l’exécution soit plus difficile que prévu ne suffirait pas à constituer
l’irrésistibilité ; sans cela, il serait trop facile d’échapper à ses engagements.

✓ Le caractère d’extériorité :
L’extériorité empêche que le débiteur puisse se prévaloir d’un événement qui serait lié à son activité. Par
exemple : la défaillance d’une machine, qui entraîne un arrêt de la production, n’exonère pas l’entreprise
de sa responsabilité à l’égard des clients qui ne sont pas livrés à temps.

3.2.3- Les effets de la force majeure :


En principe, celui qui justifie avoir été contraint par force majeure échappe à toute responsabilité : à
l’impossibilité, nul n’est tenu. Cette solution doit cependant être nuancée suivant que la force empêche
l’exécution d’un contrat ou explique la survenance d’un dommage en dehors de tout contrat.
- En matière d’exécution des contrats :

La force majeure peut entraîner une inexécution soit momentanée soit définitive. Si l’inexécution est
momentanée, par exemple maladie constitutive de force majeure, on pourra admettre que le contrat est
seulement suspendu, si son exécution tardive présente encore un intérêt pour le créancier. Si l’inexécution
est définitive, le contrat n’ayant plus d’objet disparaît : pour les contrats à obligations réciproques, il y
aura lieu à résolution. Le débiteur se trouve ainsi dégagé de son obligation, sans encourir de responsabilité,
c'est-à-dire sans avoir à payer des dommage-intérêts. Il n’en irait autrement que si, avant l’arrivée de la
force majeure, le débiteur avait été mis en demeure d’exécuter. Ces règles toutefois, ne sont pas d’ordre
public, les cocontractants sont donc libres de stipuler dans le contrat que le débiteur répondra de toute
inexécution, y compris de celle due à la force majeure.

- En dehors de tout contrat


Il faut distinguer si la force majeure est la cause unique du dommage, il y aura exonération totale de
l’auteur apparent ; il en serait de même si le dommage était dû, pour le tout, au fait d’un tiers ou à la faute
de la victime. Toutefois, il est dérogé à cette règle par la loi relative à l’indemnisation des victimes
d’accidents de la circulation.

Si le dommage est dû pour une part à la force majeure et pour une autre part à la faute prouvée ou présumée
de l’auteur, une jurisprudence admet que la responsabilité de ce dernier sera atténuée en conséquence : il
y a alors force majeure partielle. C’est le fameux arrêt Lamoricière, navire victime d’un naufrage dû à une
tempête exceptionnelle mais qui n’aurait peut-être fatale si le charbon du navire avait été de meilleur
qualité. Cette jurisprudence opère ici une sorte de partage de responsabilité entre l’auteur du dommage et
la force majeure, étant entendu qu’en définitive la part de la force majeure n’est payée par
personne…sinon par la victime qui la garde à sa charge. Mais la solution reste douteuse car elle est
vivement critiquée en doctrine et, en outre la jurisprudence dominante se prononce en sens contraire.

V- La réparation du préjudice :

Si les conditions de la responsabilité sont établies, le juge saisi du litige rendra une décision par laquelle
il attribuera la responsabilité à une ou plusieurs personnes.

A- Le principe de la réparation intégrale :


Ce principe n’est pas inscrit dans les textes de manière expresse, mais on s’accorde à reconnaître qu’il est
partout sous-entendu. Le principe est consacré par la jurisprudence qui considère que la responsabilité
civile a pour objet de « replacer la victime dans la situation où elle serait trouvée si l’acte dommageable
ne s’était pas produit », mais il n’implique pas de contrôle sur l’utilisation des fonds alloués à la victime
qui est libre de les affecter comme elle l’entend, soit à la réparation effective du dommage causé, soit à
toute satisfaction de remplacement. Ce principe a des incidences en ce qui concerne le point de départ du
droit à réparation et la forme de cette réparation ; mais son terrain est l’évaluation des dommages-intérêts.
B -Le point de départ de la réparation :

Entre le jour du dommage et celui de la décision définitive, il s’écoule toujours un certain délai qui, dans
les plus mauvaises circonstances, peut se chiffrer par années. Il est alors intéressant de savoir à quel
moment exact est né le droit à réparation, car c’est à partir de cette date que seront calculés les dommages-
intérêts moratoires réparant le retard mis à exécuter un contrat ou à effacer le préjudice. S’il va sans dire
que l’auteur du dommage doit supporter les conséquences de ce retard, encore faut-il préciser à quel
moment il commence.

Il s’agit donc de savoir, non quel est le montant de l’indemnité, mais à partir de quelle date ce montant
par le juge va être productif d’intérêts. la question porte ainsi sur les intérêts des dommages-intérêts, et
elle est commune aux deux types de responsabilité.

C-La forme de la réparation :

Le souci d’assurer à la victime une réparation intégrale doit normalement conduire à préférer une
réparation intégrale doit normalement conduire à préférer une réparation en nature parce que, remettent
les choses dans leur état antérieur, elle efface le préjudice. Cela dit, la victime est libre de demander une
réparation en équivalent, auquel cas le juge ne saurait lui imposer la réparation en nature offerte par son
cocontractant, un constructeur, auteur du dommage. En fait, le juge est souvent contraint d’accorder une
réparation en équivalent, c'est-à-dire en argent ; la monnaie qui représente la liquidité parfaite, est en effet
le substitut de tout : sans doute n’efface - t- elle pas le préjudice, mais elle le compense.

1-La réparation par nature :

C’est la réparation la plus adéquate a priori, du moins pour le préjudice matériel. Parfois, la loi elle-même
prévoit que la réparation interviendra en nature. Tel est notamment le cas des désordres affectant une
construction lorsqu’ils ont fait l’objet de réserves dans le procès-verbal de réception ou lorsque, survenant
par la suite, ils ont été dénoncés dans les années de la réception.

Quand la loi ne s’est pas prononcée, la jurisprudence laisse ici au juge la liberté de choisir entre réparation
en nature et réparation en équivalent, sous la forme d’une indemnité. La pratique fournit de nombreux
exemples de réparation en nature.

La réparation en nature n’est pas toujours possible. Parfois, des raisons matérielles s’y opposent par
exemple, pour le préjudice corporel irréversible. On ne rattrape pas en nature une incapacité de travail
permanente. D’autres fois, c’est à des motifs juridiques qu’on se heurte, notamment à la règle de l’article
1124 du code civil français. Ce texte interdit en principe aux juges de condamner un débiteur à exécuter
en nature une prestation nécessitant son activité personnelle. Pour tourner cette interdiction a créé de
toutes pièces des modes indirects, tels que l’astreinte. On peut enfin autoriser un créancier de
marchandises à se fournir en nature chez un tiers, en faisant payer la différence de prix à son cocontractant
en retard. Ainsi réalise-t-on au profit de la victime une satisfaction en nature tout en mettant à la charge
du responsable une réparation en équivalent.

2- La réparation en équivalent :

2.1-Les dommages-intérêts :

Il s’agit d’une satisfaction de remplacement, d’une somme d’argent allouée à titre de compensation, de
dommages-intérêts(ou dommages et intérêts) diton couramment. On distingue à cet égard : deux types de
dommages-intérêts.

En matière contractuelle, les dommages-intérêts moratoires indemnisent la victime du retard dont elle a
souffert dans l’exécution. Ils peuvent se rencontrer isolément, si à l’issue du retard, le contrat a été exécuté.
Ils peuvent aussi s’ajouter aux dommages-intérêts compensatoires. Ces derniers ont pour objet
l’indemnisation du préjudice causé par l’inexécution définitive du contrat, qu’elle soit partielle ou totale.

Comme il peut s’agir d’un capital ou d’une rente. Le plus souvent, il s’agit d’un capital, versé en une
seule fois, et qui correspond au montant du dommage indemnisé.

En revanche, la rente apparaît comme le mode le plus adéquat pour réparer un dommage qui s’étend dans
le temps, par exemple, une incapacité de travail résultant d’un dommage corporel ; elle remplace alors
tout ou partie d’un salaire qui était lui-même mensuel.

2.2-Le principe de la réparation intégrale :


La réparation devant être intégrale. Il convient de réparer tout le préjudice, mais rien au-delà. L’évaluation
des dommages et intérêts doit être fonction de l’étendue du préjudice, et non pas de la gravité de la faute
commise. La raison en tient à ce que la responsabilité civile a un simple rôle de réparation, s’attacher à la
gravité de la faute aboutira soit à une répression qui relève de la seule responsabilité pénale, soit à une
pénalité civile relevant des dommages-intérêts punitifs.

L’expérience prouve que les magistrats apprécient plus sévèrement les conséquences dommageables des
fautes graves que celle des fautes légères. Cette tendance se marque surtout en ce qui concerne l’évaluation
du préjudice moral qui, par sa nature même, est rebelle à toute règle rigide. On a pu dire que les dommages-
intérêts alloués à ce titre revêtaient le caractère d’une amende au profit de la victime, d’une peine privée.

Il en va de même lorsque le juge doit opérer un partage de responsabilité. La détermination du rôle causal
de chaque comportement étant le plus souvent impossible, les magistrats fondent volontiers le partage sur
la gravité respective des fautes commises.

2.3- Les difficultés relatives à la réparation du préjudice corporel :


Si les frais médicaux, chirurgicaux, pharmaceutiques, etc., peuvent être aisément chiffrés, il n’en va pas
de même de l’incapacité permanente de travail, partielle, ou totale. La solution d’un litige de ce genre
nécessite une expertise médicale visant à déterminer le taux d’incapacité permanente.

2.4- Les difficultés relatives à la réparation des dommages aux biens :


En cas de destruction d’un bien, la réparation doit être du prix de remplacement, déterminé par les cours
du marché ou par expert.

A supposer que le bien détruit, usagé, ait été remplacé par un neuf, il conviendrait normalement de faire
la déduction du vieux au neuf, faute de quoi la réparation excéderait le dommage ; mais tel n’est pas le
sens de la jurisprudence. La question se pose régulièrement en matière de dommages aux constructions
où, par définition même, la réfection ou la réparation sera faite en matériaux neufs. Si un mur a été détruit,
il sera reconstruit à neuf ;si un sinistre oblige à refaire les peintures, ou toute autre partie, ce sera encore
du neuf.

Vous aimerez peut-être aussi