INTRODUCTION
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1. Résumé du roman, auteur, contexte... 3 partie du roman : Mlle de
Chartres a épousé le prince de Clèves, qui l’aime sans retour.
La princesse de Clèves est rongée par sa passion pour le duc de Nemours. Elle tente de
résister, se réfugie à la campagne (Coulommiers) mais son mari la presse de regagner
Paris, la Cour (et donc Nemours). Dans un premier temps, elle refuse en prétextant son
besoin de repos, ce qui paraît suspect à son mari. Dans cette scène, elle finit par avouer à
son mari la véritable raison de sa retraite.
NB : Le duc de Nemours, caché, écoute leur échange.
NB : Aveu déjà envisagé à deux reprises :
● après scène portrait dérobé
● après rédaction commune d’une lettre avec Nemours
2. scène la + célèbre et la plus controversée du roman / question de la
nécessité et du caractère vraisemblable de cet aveu + moralité
3. Problématique : En quoi peut-on parler d’une scène tragique ?
Ou : En quoi cette scène de l’aveu met-elle en scène deux personnages sublimes ?
Nb « sublime » = dont la conduite et les sentiments atteignent une élévation extrême, un
niveau d’exigence qui impressionne, provoque l’admiration.
Mouvements du texte :
● L. 1 à 9 : l’aveu de la princesse
● L. 10 à 13 : Réaction de M de Clèves face à cet aveu
● L. 14 à fin : la réponse de M de Clèves
L. 1 à 9 : l’aveu de la princesse
Tirade de Mme de Clèves qui affirme son aveu et la justifie.
- Prise de parole, discours direct qui donne plus de force à cet aveu (la transcription
directe des paroles les rend plus émouvantes) et qui marque le caractère exceptionnel,
inouï de cet aveu au 17ème(initiative de la femme qui inverse la représentation traditionnelle
des rapports mari/ femme)
Nb « Eh bien » : interjection qui marque la violence sur soi, l’effort qu’il y a à livrer cette
confession
● Posture pathétique
Cf « en se jetant à ses genoux » : posture de coupable, humilité + scène théâtrale, forte
● Premiers mots : « un aveu que l’on n’a jamais fait à son mari » :
hyperbole = geste exceptionnel, inédit
Elle légitime ensuite cet aveu
1) Affirmation immédiate de son innocence
Cf « l’innocence de ma conduite et des mes intentions » : elle ne s’estime pas coupable, ce
qui explique son aveu.
2) Evocation des « raisons » et des « périls » encourus (l. 3). Formulation générale,
tournure impersonnelle (« où se trouvent quelquefois les personnes de mon âge » : pluriels
+ présent de vérité générale)= jeu sur l’implicite, les dangers de la galanterie. Importance
de la bienséance qui explique cette passion avouée à demi-mots
Nb elle reprend les mêmes mots que sa mère avait utilisés pour la mettre en garde contre
les dangers de la Cour.
4. Mise en avant de son courage, de sa fermeté
Champ lexical de l’héroïsme :
« je n’ai jamais donné nulle marque de faiblesse »
NB A nuancer (cf tournoi + portrait dérobé)
« m’en donne la force »
« quelque dangereux que soit » (proposition concessive)
« Songez que pour faire ce que je fais »
→ Caractère héroïque à opposer au comportement de la cour (=mensonge, dissimulation),
motivations nobles, modèle de vertu (= force d’âme)
Grandeur et pathétique de l’héroïne tragique
Cf l. 4 et 5 : les 2 propositions subordonnées circonstancielles de condition la présentent
comme une victime
cf position d’objet « me retirer », « me conduire » : seule solution de la fuite
l. 6 : Appel à la pitié
« je vous demande mille pardons » (hyperbole)
« si j’ai des sentiments qui vous déplaisent, je ne vous déplairai pas par mes actions »
NB : valeur du futur simple, dit futur catégorique, qui vaut comme engagement formel.
NB : chiasme ABBA
Souligner aussi la cruauté de ces paroles de la princesse :
● qui oppose les « actions » aux « sentiments » qu’elle garde
(inclination pour Nemours) cf « si j’ai des sentiments qui vous
déplaisent »
● qui emploie les mots « amitié », « estime », « me conserver digne
d’être à vous » = devoir marital, obligations morales pour évoquer sa
relation au prince
l. 9 : Trois impératifs juxtaposés qui la placent sous l’autorité, la bienveillance charitable de
son mari, recherche d’un deuxième guide spirituel (après sa mère ) cf « conduisez-moi »
« si vous pouvez » =
a. si vous le pouvez malgré cet aveu
b. si vous êtes capable de la même hauteur morale que moi
Conclusion : force de cette tirade
● Fermeté du discours de la princesse : cf connecteurs logiques, reprises
de termes (ex : « quelque dangereux que soit le parti que je prends, je
le prends avec joie »)
● Personnage pathétique dominé par une force supérieure (passion) et
qui ne trouve que la retraite comme solution pour garder sa vertu.
Grandeur tragique.
● Cruauté des termes pour M. de Clèves MAIS aussi preuve de
confiance ou délicatesse (implicite comme manière de le ménager)
L. 10 à 13 : La réaction de Monsieur de Clèves face à cet aveu
2èmemoment marqué par retour à la ligne et aux temps du récit
Mélange contradictoire de stupeur et d’admiration, réaction à la mesure du caractère inouï
de cet aveu.
A. 1èreréaction de M de Clèves : état de prostration [= passivité, accablement physique, état
de faiblesse, effondrement] = retentissement de cet aveu dans sa psyché. Etonné au sens
étymologique, cad frappé par la foudre.
Etude de la gestuelle : « demeuré », « la tête appuyée sur ses mains » : position qui
renvoie codes picturaux du désespoir. Registre tragique.
B. Egarement
Choc de cet aveu inattendu : « hors de lui-même » - « il n’avait pas songé » → plus de
respect du code social
C. Souffrance liée à l’amour
« mourir de douleurs » → hyperbole
D. Pitié et admiration (2 sentiments caractéristiques de la tragédie)
Cf « visage couvert de larmes, « beauté si admirable » : reconnaissance en la princesse de
Clèves d’une héroïne tragique. Beauté à la fois physique et morale
Cf « l’embrassant » : geste qui le présente déjà comme le parfait amant, qui annonce la
teneur de la réponse qui va suivre
Conclusion : passage qui n’est pas qu’une simple transition mais annonce, éclaire les
paroles du prince.
L. 14 à fin : La réponse de Monsieur de Clèves
L. 14-17 :
● Appel à la compassion :
NB « Ayez pitié de moi » à rapprocher de la même phrase prononcée par la princesse l. 9
De même : « j’en suis digne »répond à « si vous pouvez » l. 9
Il tente de se hisser au niveau de la princesse, de répondre à sa demande.
Il souligne le mérite de la princesse :
Cf « vous me paraissez plus digne d’estime et d’admiration que tout ce qu’il y a jamais eu
de femmes au monde »
mais il met aussi en avant sa douleur, son désespoir à travers des tournures hyperboliques :
« affliction aussi violente » - « le plus malheureux homme » → personnage pathétique et
admirable
L. 17-19: Lucidité de M de Clèves, personnage pathétique
- souvenir de la scène de première rencontre
- paroles de celui qui voudrait être un amant, et non pas seulement un mari « vos rigueurs
et votre possession n’ont pu l’éteindre » : renvoie au feu de la passion amoureuse, violente
qu’il éprouve pour elle
- Aveu d’impuissance : « je n’ai jamais pu vous donner de l’amour et je vois que vous
craignez d’en avoir pour un autre ». « je » impuissant, condamné à être spectateur (je
vois) de la passion de sa femme pour un autre homme
l. 19 à 21 : Phrases interrogatives : expression de la jalousie
● Accumulation de questions juxtaposées (4), interrogatoire pressant :
identité/temps/manière
● « Et qui ? » → question revient par la suite, cherche à savoir qui c’est,
comment il a atteint son cœur.
● Personnage profondément humain, déchiré par la jalousie : « cœur » - «
plaire » - « homme heureux » (ironie)
● Dernière phrase : souligne sa douleur qui est ancienne et se trouve renouvelée, attisée
par cet aveu qui lui montre son erreur : Mme de Clèves est sensible mais pas à son mari
qui prend, lui, csce de son sort.
CONCLUSION
1. Une scène tragique, des personnages sublimes
Pitié + admirationdevant la grandeur des héros qui luttent contre leur malheur. Les deux
personnages sont vertueux : Mme de Clèves avoue sa passion pour un autre pour mieux y
résister et M de Clèves ne cherche pas à se venger de cet aveu qui le met au désespoir.
Pur amour qui le conduira à la mort et elle à la retraite totale.
Rappels / Suite du texte = Aveu plein de conséquences :
● Monsieur de Nemours va relater, lui, la scène au vidame de Chartres.
● M. de Clèves va deviner le nom de l’amant de sa femme (voyage royal) et
soupçons d’adultère (scène du pavillon)
● Mort de Monsieur de Clèves.
● Retrait de Madame de Clèves dans un couvent car ne cède pas à ses
passions malgré mort de son mari.
2. Objet de débat : Qui est le plus admirable des deux ?
Acte héroïque, admirable de la Princesse ou acte faible et méprisable, égoïste ?
Ambiguïté qui permet d’enrichir l’analyse psychologique des personnages, de rendre
plus complexes les liens entre vertu, passion, amour-propre, amour.
(Donnez votre avis en le justifiant)
3. Textes complémentaires : la querelle de l’aveu
Point de vue de Bussy-Rabutin (aveu invraisemblable, extravagant, artificiel) / celui de
Fontenelle (aveu nécessaire car seul moyen pour la princesse de se protéger de son
penchant pour Nemours)
cf Donneau de Visé dans « Le Mercure français », pose la question de la moralité de
l’aveu : une femme vertueuse devait-elle faire confidence de sa passion à son mari, honnête
homme, ou la taire ?
Possibilité aussi pour ceux qui connaissent la pièce de Racine, Phèdre (mais vous avez le
temps de la lire ou de trouver un résumé) de rapprocher ce passage de la scène 6 de
l’Acte IV. Phèdre vient d’apprendre qu’Hippolyte , dont elle est amoureuse, aime Aricie.
cf texte complémentaire ci-dessous.
Même souffrance, même sentiment de jalousie, même stupéfaction d’apprendre qu’un autre
a réussi à susciter de l’amour chez l’être aimé alors qu’eux-mêmes ont échoué à le faire.
Différences :
● Phèdre connaît l’identité de sa rivale
● la douleur de Phèdre se change en colère folle, en désir de vengeance
contrairement à M. de Clèves qui écarte toute idée de vengeance.