Cas Microsoft
Cas Microsoft
Etude de cas
LA TRAJECTOIRE STRATEGIQUE
DE MICROSOFT Corp
Sommaire
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LA TRAJECTOIRE STRATEGIQUE DE MICROSOFT Corp
Etude de cas
pages
1. le développement des grands systèmes 2
1.1.du MS-DOS à Windows
1.2. de Windows à Office
1.3. la génération NT
Questions suggérées 10
Références bibliographiques
Mots-clés
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LA TRAJECTOIRE STRATEGIQUE DE MICROSOFT Corp
Microsoft corp a été un des groupes les plus créateurs de valeur pour ses actionnaires depuis
sa fondation en 1975 à Albuquerque. Sa capitalisation, qui a atteint 338 milliards $ à la fin de
2007 (soit trois fois plus qu‟IBM), est une des plus élevées de l‟histoire boursière. Selon la
plupart des observateurs, le leader mondial du software personnel doit sa profitabilité
exceptionnelle à la pertinence de sa stratégie de recherche & développement, à l‟attractivité
commerciale de ses 180 produits – notamment Windows et Office – et à l‟originalité de sa
culture d‟entreprise. Plus de trente années après sa création par Bill Gates et Paul Allen,
Microsoft corp poursuit toujours son objectif de demeurer « le leader mondial des solutions et
des systèmes informatique et de communication dédiés aux particuliers et aux
professionnels ». Pourtant, ses ingénieurs semblent rencontrer de plus en plus de difficultés à
concevoir, à lancer et à assurer la maintenance de nouveaux systèmes (comme Vista en 2006
et Office en 2007) ; ses managers se heurtent à la complexité du pilotage d‟une organisation
internationale liée à plusieurs centaines de partenaires et employant plus de 63 000 salariés;
son millier de juristes peine à défendre les intérêts d‟un groupe régulièrement accusé
d‟atteintes à la concurrence ; le départ de son fondateur en juillet 2008 remet en question le
leadership du groupe…
La construction de l‟avantage concurrentiel de Microsoft corp repose sur la vision simple d‟un
équipement de tous les foyers domestiques en ordinateurs personnels dotés du software
Microsoft. Sa coopération avec IBM, à la fois premier constructeur mondial d‟ordinateurs et
premier éditeur de logiciels professionnels, lui a permis d‟imposer, au cours des années 1980,
dans plus des trois quarts des foyers, ses standards MS-DOS, Windows et Office. Mais, au
cours de la décennie suivante, le développement d‟internet, l‟émergence des logiciels libres,
les progrès de la convergence multimédia… ont de plus en plus menacé sa rente de situation.
Le premier logiciel conçu à la fin des années 1970 par la jeune équipe de Microsoft fut une
version concentrée du langage Basic destinée au premier ordinateur personnel (PC) lancé par
IBM. Après en avoir développé plusieurs versions, les fondateurs de Microsoft furent chargés
par IBM de concevoir le système d‟exploitation (OS) de son nouveau PC. Gates transforma
un programme existant en un nouveau système – appelé MS-DOS – fonctionnant sur micro-
processeur intel. En 1981, les ingénieurs de Microsoft mirent au point un premier interface
graphique (GUI), baptisé Windows et inspiré de celui d‟Apple. En 1985, un nouveau système
(OS/2) fut lancé sur le marché, exploitable à la fois sur les équipements IBM et MacIntosh.
Les produits de Microsoft couvrirent ainsi 85% de la demande mondiale de software
personnel. La valeur de l‟action Microsoft, introduite sur le Nasdaq en 1986, doubla en
quelques mois et dépassa celle d‟IBM au début des années 1990. La même année, le nouveau
siège du groupe fut érigé sur le campus de Redmond, près de Seattle (le lieu de naissance de
Bill Gates).
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Au début des années 1990, poursuivant la même stratégie, la société de Seattle lança
simultanément les versions windows 3.0 « IBM compatible » et «easy-to-use » pour Apple
Mcintosh OS. La part la plus importante de sa production était alors vendue aux assembleurs
de PC (Original Equipment Manufacturers ou OEMs) ; les commerciaux de Microsoft
s‟efforcèrent ensuite de diversifier les canaux de vente en passant par les grands distributeurs
de matériel informatique (généralistes ou spécialisés), par la cession de licences d‟exploitation
aux entreprises et aux administrations équipées de serveurs, puis par les sites d‟e.commerce.
Les marketers de Redmond privilégièrent les mises à jour (upgradings) fréquentes de versions
existantes (vendues par abonnements) aux lancements de nouveaux systèmes. Les coûts de
développement de ces derniers ne cessèrent d‟augmenter, passant de quelques dizaines de
millions $ pour Windows 3.0, à plus de 500 millions pour Windows 95 et à 2 milliards pour le
système Windows Vista, commercialisé en 2006 après 5 années de mises au point. Bill Gates
déclara que le développement de ce système avait coûté aussi cher que la conquête de la lune
(Magee, 2003). Dans le même temps, les prix des licences aux OEMs étaient portés de 15 $
pour Windows 3.0, à 40 $ pour Windows 95, et 50 $ à 55 $ pour Windows 98 et XP. Courant
2008, une première révision de Vista (Service pack 1) a été mise sur le marché.
Au cours des années 1990, Microsoft étendit progressivement la pratique de la vente à prix
discount de suites Office de logiciels de bureautique, afin de faire face à la concurrence des
Independant Software Vendors (ISV) – comme Lotus, Worldperfect, Borland… - qui
développaient leurs propres Applications Programs Interfaces (API ou Hooks), à des prix de
plus en plus compétitifs. Sous l‟effet de ces baisses de prix, les applications fonctionnelles
(principalement, word, excel, powerpoint…), qui représentaient les deux tiers du chiffre
d‟affaires de Microsoft au début des années 1990, n‟en couvraient plus qu‟un tiers à la fin de
la décennie. Ce l‟affaiblissement des marges sur les grands systèmes contraignit le groupe à
diversifier ses activités.
Une nouvelle version de windows XP (baptisée Longhorn puis Vista ) fut lancée à la fin de
2006 après 5 années de conception et de tests. Cette version comporte les solutions les plus
techniquement avancées (outils de création graphique, de partage de fichiers, d‟accès sécurisé
à internet mobile, de gestion des droits numériques, de création de DVD…). Malgré un
accueil mitigé de la part de la presse professionnelle, qui l‟a dans l‟ensemble jugée
insuffisamment innovante et flexible, le marché adopta la nouvelle offre de Microsoft.
L‟année suivante, le groupe mit sur le marché la version 2007 de la suite Office, qui concentre
ses dernières avancées technologiques en matière de bureautique.
1.3. la génération NT
Au début des années 1990, les ingénieurs de Microsoft s‟intéressèrent au software des réseaux
de serveurs connectés à un ordinateur central (host) et au « réseau des réseaux » (web). Après
quelques difficultés de mise au point, ils lancèrent le système Windows NT, adapté en
principe à tous les types de processeurs, et destiné à concurrencer les systèmes Unix (IBM) et
Netware (Novell‟s), alors leader du marché. La version NT 4.0, lancée en 1996, connut un
succès commercial. Les équipes de Redmond développèrent alors la version Windows 20001,
afin d‟équiper à la fois les PC (au prix de 200 $) et les serveurs (pour 1000 à 4000 $ selon la
taille des réseaux). Début 2008, le groupe lança Windows Server 2008 et SQL Server 2008.
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le système windows 2000 a requis 35 millions de lignes de code écrites par 5000 ingénieurs et
testées par 750 000 utilisateurs.
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Après ces lancements, Microsoft couvrait les deux tiers du marché du software professionnel
standard destiné au Small and Medium Business.
Le réseau internet se développa rapidement à partir de la fin des années 1980, pour atteindre
une communauté constituée d‟ 1,1 milliard d‟internautes en 20072. Il s‟amplifia en trois
vagues successives: le web 1.0, basé sur le protocole TCP/IP, permet d‟interconnecter les
réseaux techniques ; le web 1.5 contribue aux échanges entre les réseaux commerciaux ; le
web 2.0 favorise les liens entre les réseaux sociaux. Les browsers permettent d‟assurer
l‟interopérabilité entre les standards de communication ; l‟hypertext transfer protocole (http)
permet les requêtes et l‟hypertext market language (html) contribue aux restitutions. Les
ingénieurs de Microsoft intégrèrent Explorer 3.0 à Windows 98, et conquirent ainsi plus de
80% du marché, malgré la concurrence de Firefox, de Netscape, et des logiciels libres basés
sur son code Mozilla.
Au début des années 1990, Linus Tornwald mit en ligne sur internet une version adaptée
d’Unix, appelée Linux, à la fois librement accessible (open source) et aisément adaptable. Ce
lancement constituait d‟autant plus une menace pour Microsoft que ses utilisateurs les plus
sensibles au prix se situaient sur les marchés prometteurs des pays émergents. Selon les
dirigeants de Mandriva et de Fedora (réseaux travaillant pour Red Hat, leader du marché), les
développeurs de logiciels libres fonctionnent en communautés, « dont les animateurs
reçoivent chaque jour par mails des centaines de propositions de logiciels de la part de
bénévoles (les « hookers »)»; ces contributions sont intégrées par des « mainteneurs » salariés
des éditeurs. Le nouveau langage fut qualifié dans un rapport, baptisé « halloween », destiné
aux dirigeants de Microsoft, de « cancer susceptible de désorganiser le software personnel ».
Mais une enquête révéla en 2004, que les deux tiers des firmes américaines utilisaient au
moins un logiciel libre et que son développement était encouragé par IBM. Bien que son
accès soit libre et que son exploitation soit aisée, l‟open source souffre toutefois de coûts
élevés de maintenance ; son coût complet (total cost of ownership ou TCO) est souvent jugé
équivalent à celui d‟un logiciel standard. Afin de contrer l‟offre de Linux (« système gratuit et
ouvert »), Microsoft voulut casser l‟image de son « système coûteux et fermé », en divulguant
les codes sources de certaines de ses applications dans le cadre de la Shared Source Initiative
(SSI).
2
dont Etats-Unis : 210 millions, Chine : 160 millions ; Japon : 86 millions ; Allemagne : 50 millions ; France :
33 millions…
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A la fin des années 1990, Sun Microsystems lança un nouveau concept de plate-forme appelé
Java Virtual Machine, adapté à tous types d‟OS et permettant de capter et de développer - via
internet ou un réseau intranet – des mini-programmes fonctionnels (ou « applets »). Ce type
d‟application - dit de middleware (intermédiaire entre les OS et les applicatifs) – favorise
l„interopérabilité entre les différents types d‟ordinateurs. Les ingénieurs de Redmond
programmèrent une version spécifique de Windows à partir d‟une licence d‟exploitation du
brevet de Sun, mais cette dernière engagea une action en justice à l‟encontre de Microsoft, qui
fut conclue par un compromis.
La recherche de convergence entre les grands media, conduisit Microsoft à exploiter les
réseaux de téléphonie mobile, contrôlés par des opérateurs, des équipementiers (Original
Device Manufacturers ou ODM) et des éditeurs de solutions spécifiques pour mobiles.
Microsoft corp conclut des accords de coopération avec plusieurs opérateurs (Verizon,
Vodaphone, Cingular, T-Mobile), afin d‟imposer sa version mobile de Windows, face à la
concurrence de Palmsource et de Symbian, plate-forme contrôlée par un consortium
d‟équipementiers téléphoniques (Nokia, Ericson, Panasonic et Samsung). Les ingénieurs de
Redmond cherchèrent à promouvoir le PC émulé par les systèmes Microsoft, au rang de
« nouvelle plate-forme de divertissements ».
Le groupe Microsoft a également diversifié ses web services, en créant notamment MSN.com
(e-mails) , hotmail (mails gratuits), MSN access (portail d‟accès), MSN TV (TV via internet ),
MSN BC (chaîne câblée en partenariat avec NBC), MSN search (moteur de recherche)... Ses
derniers services de messagerie (Windows Live) et d‟exploitation pour téléphones mobiles
(Windows mobile) comptent respectivement 420 millions et 10 millions d‟utilisateurs à la fin
de 2008. Il a conclu des accords de partenariat avec des fournisseurs de contenus comme
ABC, Disney et MGN). Les revenus tirés de ces activités proviennent de la publicité (environ
50%), du trafic (40%) et des abonnements (10%). Sur le marché des moteurs de recherche
(internet et desktop), MSN affronte principalement Google, créé seulement en 1998, mais
leader incontesté avec 4,6 milliards de pages exploitées et 67 millions de visiteurs uniques en
2006, contre respectivement 816 millions et 40 millions pour MSN.
Le groupe de Seattle implanta en 1999 une filiale à Mountain View dans la Silicon Valley
(pour un coût de 3,8 milliards $), afin de développer de nouveaux produits permettant de
répondre aux diverses fonctionnalités d‟information, de communication, de divertissement,
désormais nécessaires aux foyers domestiques. Il pénétra en 2001 le marché en pleine
expansion des jeux vidéos, avec ses consoles Xbox puis Xbox Live, accessible à la fois par
internet, CD, DVD et MP3, qui était alors contrôlé par les éditeurs japonais Sony et Nintendo.
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Il prit le risque d‟acquérir deux créateurs de jeux vidéos, d‟acheter 1,5 millions de consoles et
de lancer à grande échelle son nouveau produit. Avec plus de 18 millions d’Xbox vendues de
2001 à 2007, il a pu se hisser au 3e rang mondial après Sony (77 millions de playstations) ,
mais avant Nintendo (22 millions de game cubes). A la fin de 2005, il lança la « centrale de
divertissements Xbox 360, afin de concurrencer le sony’ PS3 et proposa le Xbox Live Service
TM
, une formule d‟abonnement à des jeux interactifs via internet, dont l‟exploitation est sous-
traitée à Electronic Art. La filiale de Mountain View s‟efforça par ailleurs d‟enrichir son
bouquet d‟offre en proposant un programme de téléchargement de musique et la location de
vidéos à la demande (itunes) , en partenariat avec la Fox.
Les recherches de Microsoft portèrent également sur des fonctions aussi diverses que les
systèmes d‟imagerie, de navigation automobile (Windows automotive technology), de
multifonctionnalités des montres (Smart watch)… Par un flux continu de dépôt de brevets
d‟invention dans plusieurs pays, Microsoft entend ainsi montrer la capacité d‟innovation de
ses équipes et désarmer les critiques de ses détracteurs. La vision initiale des dirigeants de
Microsoft (« équiper chaque foyer d‟un PC ») est ainsi devenue « permettre à chacun de faire
ce qu‟il veut, d‟où il veut, avec n‟importe quel système ».
A partir des années 2000, les dirigeants de Microsoft considérèrent le marché du software des
PME/PMI (Small and Medium-size Businesses ou SMB) comme prioritaire. Il était alors
relativement négligé par les éditeurs de solutions professionnelles, comme SAP et Oracle,
orientés vers les grands comptes (Large Entreprises ou LEs). Le groupe de Redmond acquit
les sociétés Great Plains et Demark‟s Navision, afin de créer MBS (Microsoft Business
Solutions), avec pour objectif de créer une plate-forme de développement de nouveaux outils
de gestion principalement destinés aux PME. Il noua des partenariats avec plusieurs
laboratoires de recherche comme l‟Inria (Institut de National de Recherche en Informatique et
en Automatisme), afin de développer de nouveaux logiciels d‟analyse et de sécurisation des
données scientifiques.
A la fin de 2007, le catalogue des produits de Microsoft corp se présentait comme suit :
6
Tableau 1. principaux produits brevetés et commercialisés par Microsoft (2007)
La position dominante des systèmes de Microsoft attira rapidement les prédateurs (hackers),
qui, pour des raisons diverses, multiplièrent à une cadence accélérée les virus, espions,
troyens, vers, robots, malwares…, dans le cadre des transactions sur internet. En 2005, le coût
du piratage sur internet était estimé à 29 milliards $ à l‟échelle mondiale. Les équipes du
groupe de Seattle multiplièrent les parades anti-virus conçues à partir de solutions
développées par des sociétés spécialisées comme Ge, Cad, Sybase, Grant Software,
Transworthy Computing… Vista, la dernière version de windows, est ainsi dotée d‟une
architecture dite Next Genuine Secure Computing Base (NGSCB), permettant de gérer les
droits numériques des utilisateurs (logins, mots de passe, certificats…). Afin de limiter le
piratage et de faire face aux versions concurrentes (Apple OSX, linux 64…), les ingénieurs de
Redmond lancèrent également le programme « Windows genuine advantage » empêchant les
mises à jour piratées.
7
Les dirigeants du groupe prirent diverses initiatives afin de préserver les pratiques et les
valeurs socio-professionnelles, qui avaient fait son succès au cours des années 1980 , tout en
stimulant de nouvelles valeurs lui permettant de s‟adapter, au cours des années 1990 et 2000,
à l‟environnement à la fois plus complexe et plus concurrentiel des nouvelles technologies de
l‟information et de la communication.
Les fondateurs du groupe ont recréé au siège de Redmond, près de Seattle, un environnement
architectural et social rappelant ceux des grands campus universitaires américains. Le site
comporte de nombreuses cafétérias dont les fournitures sont gratuites pour le personnel (la
société dépense annuellement en consommations près de 8000 $ par salarié). Chaque cadre
ou technicien dispose d‟un bureau fermé et personnalisé d‟environ 12 mètres carrés, conçu
pour « s‟asseoir et réfléchir ». A l‟époque pionnière, il était encouragé à y « travailler 14
heures par jour », « week-ends inclus », et à doter son appartement d‟un PC équipé des
solutions Microsoft les plus avancées..
Afin de conserver l‟esprit d‟un laboratoire de recherche, les fondateurs de Microsoft corp ont
constamment reconfiguré le groupe en petites unités relativement autonomes de 30 à 200
personnes, constituées en centres de profit et décomposées en équipes de projet plus ou moins
rivales. Ce recours intensif au management de projet a progressivement cloisonné
l‟organisation et affaibli la transversalité des procédures, le partage des connaissances et
l‟interactivité entre les groupes de projet. Afin de mettre sous-tension l‟ensemble de
l‟organisation, un des grands principes de gestion des ressources humaines appliqués par la
Direction de Microsoft a été de demeurer constamment en sous-effectif (la philosophie du « n
moins 1 »), même en période de sur-activité, et de ne pas laisser longtemps des acteurs peu
performants occuper les postes-clés de l‟entreprise. En 2003, l‟organisation du groupe fut
restructurée en divisions par métiers et par opérations :
Les dirigeants de Microsoft ont attribué le succès du groupe à sa capacité à détecter, à recruter
et à fidéliser de jeunes talents. A l‟origine, Bill Gates et Paul Allen engagèrent leurs premiers
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collaborateurs parmi leurs « smart friends », issus d‟un nombre restreint de grandes
universités américaines - notamment Harvard, Yale, le MIT, Carnegie Mellon, Stanford… -
puis canadiennes, japonaises et européennes. Bill Gates déclarait en 1992 : « nous sommes
dans des métiers basés sur la connaissance ; notre réussite repose sur l‟efficacité de nos
développeurs… ; si nous perdions nos vingt meilleurs éléments, Microsoft deviendrait une
entreprise comme les autres ». A tous les niveaux, le personnel a la conviction de « changer le
monde » et d‟appartenir à une élite intellectuelle dotée de ses propres coutumes et de son
langage plus ou moins ésotérique, formé de « techno-concepts ». Mais les fondateurs
rencontrèrent de plus en plus de difficultés à maintenir cet esprit, car l‟effectif du groupe
progressa de manière spectaculaire pour atteindre en 2007, environ 63 000 salariés (dont 8000
chercheurs) de diverses nationalités et origines.
Comme dans la plupart des start-up, la rétribution des personnels de Microsoft a largement
reposé sur la distribution d‟options d‟achat d‟actions (stock options) de la société. A partir de
1986, fut introduit un système de notation de 1 à 5 des performances, inspiré de celui d‟Intel,
qui servit de base à la répartition des boni. Les salariés se répartirent globalement entre trois
groupes d‟égale importance notés respectivement de 1 à 3 (insuffisants), 3 à 4 (moyens) et 4
à 5 (excellents). En 2007, plus de dix mille salariés détenaient un portefeuille d‟options évalué
à plus de 1 million $, quatre dirigeants étaient milliardaires en dollars et les 22 plus hauts
postes contrôlaient 31 % du capital de la société (dont près de 10% pour Bill Gates et 3,5%
pour Steve Ballmer). La chute du cours de l‟action Microsoft en 1999 et 2000, a entraîné une
dévalorisation des stock options distribuées au cours des années précédentes à tous les salariés
du groupe. Steve Ballmer décida alors de revaloriser les salaires fixes, de limiter la part des
stock-options dans la rétribution et de lui substituer partiellement la distribution de primes en
cash et d‟actions de la société. Afin de relancer le cours boursier, le conseil d‟administration
décida de distribuer 3 milliards $ de dividendes en 2005 et de procéder au rachat de 30
milliards $ d‟actions afin de limiter l‟effet de dilution.
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3.3. une culture du leadership
En 1998, Steve Ballmer, recruté directement par Bill Gates en 1980, fut nommé président du
groupe, tandis que ce dernier prenait le titre de « chief software architect », se consacrant
parallèlement à sa fondation caritative, créée en partenariat avec Warren Buffett, fondateur
d‟un des premiers fonds d‟investissement américains. Les années qui suivirent furent
difficiles, marquées à la fois par l‟éclatement de la « bulle internet » (1999) et la récession des
marchés du software et de l’e-business. Plusieurs dizaines d‟experts et de managers
démissionnèrent du groupe, à la fois déçus par l‟alourdissement des structures 3 et par la
bureaucratisation des procédures, mais aussi attirés par les perspectives offertes par les
nouveaux métiers de l‟e-business. Le taux d‟attrition du personnel de Microsoft était
d‟environ 7% de l‟effectif en 1990, soit deux fois inférieur à celui de ses concurrents ; il
doubla entre 1990 et 2000. Une enquête fut menée auprès des cadres confirmés sur les
facteurs-clés de succès du renouveau de l‟identité culturelle de Microsoft. Il en ressortit une
cartographie de cinq valeurs de base (core values) : la recherche de création de valeur à long
terme, la passion de la technologie, l‟esprit-client, le sens du résultat, le travail en équipe. Une
boite à outils fut alors mise à la disposition des dirigeants afin de décliner ces valeurs dans les
différentes situations de gestion auxquelles ils sont couramment confrontés. Une culture
moins « stakhanoviste » fut également insufflée dans l‟ensemble de l‟entreprise, les
ingénieurs de Redmond et de Mountain View étant encouragés à rechercher un meilleur
équilibre entre leurs vies professionnelle et privée.
3
L‟organigramme du groupe comporte, sous l‟autorité du Chairman et du CEO, des Group Vice-Presidents VP),
de senior VP, VP, General managers, managers…
10
Malgré les difficultés et les menaces de divers ordres affrontées au cours de ses 32 années
d‟existence, Microsoft corp affiche en 2007 des résultats jugés satisfaisants par le marché
financier, puisque son chiffre d‟affaires (58 milliards $4, dont 17% consacrés à la R&D)
progresse de 26% et son résultat net (16,5 milliards $) de 13%. Son PER 5 de 19 est
légèrement inférieur à la moyenne du secteur (23 à 24). Mais ses performances reposent
largement sur son core business, basé sur ses grands systèmes Windows et Office, et les
ingénieurs de Redmond et de Mountain View, désormais sur la défensive, semblent de plus en
plus confrontés au défi de l‟intégration des technologies de l‟information et de la
communication.
Questions suggérées
4
Réparti entre les clients particuliers (18), les serveurs et outils (12), les services en ligne (3), les entreprises (18)
et les loisirs et matériels (7).
5
Price Earning Ratio : ratio cours boursier sur bénéfice par action.
11
Note pédagogique de l’étude de cas
2. objectifs pédagogiques
3. traitement du cas
5. publics concernés
12
7. éléments de réponses aux questions suggérées
Questions pages
13
1. analyser l’évolution de la vision stratégique des dirigeants de Microsoft.
RAPPELS DE COURS
- Le cœur (ou noyau) de compétences (core competences) doit être construit à partir de la
vision (ou « intention ») stratégique (selon Hamel & Prahalad, Selznik) des leaders de
l‟entreprise: vision cohérente de l‟environnement technologique et du positionnement
concurrentiel à long terme de l‟entreprise, avec une anticipation des ruptures technologiques
exploitables (Foster).
- Le déploiement des core competences doit contribuer à la construction d‟avantages
concurrentiels durablement défendables ou soutenables (Porter), basés sur des sources de
différenciation (innovation de produit, technologie brevetée, image de marque, qualité,
réseaux actionnables…) ou de domination par les coûts (effet d‟apprentissage, économies
d‟échelle, innovation de procédé…).
- La construction d‟une vision stratégique a également pour objectif d‟orienter le
développement des ressources immatérielles (compétences connaissances, capacités
dynamiques des salariés) de l‟entreprise et de son réseau de partenaires. Elle constitue un
préalable nécessaire à la définition d‟un plan de gestion prévisionnelle des compétences et
des emplois et d‟un programme de communication interne et externe.
ELEMENTS DE REPONSES
1. Plus de trente années après sa création par Bill Gates et Paul Allen, Microsoft corp poursuit
son objectif de rester « le leader mondial des solutions et des systèmes informatique et de
communication dédiés aux particuliers et aux professionnels ».
2. La vision initiale des dirigeants de Microsoft (« équiper chaque foyer d‟un PC ») est
devenue « permettre à chacun de faire ce qu’il veut, d’où il veut, avec n’importe quel
système », et « créer un monde intégré et connecté, partout et pour tous ». Cette nouvelle
vision comporte de multiples implications technologiques, organisationnelles et socio-
culturelles: un développement des architectures informatique ouvertes (aux solutions
propriétaires et libres), une maîtrise de la convergence multi-media (réseaux internet extranet
et intranet, PC, radio-télévision…), l‟atteinte d‟une taille critique dans l‟économie de
l‟internet (notamment des portails et des moteurs de recherche), la mutation d‟une culture de
leader (sur le marché du génie logiciel propriétaire) à une culture de challenger (dans les
secteurs des architectures orientées services et de l‟e-business) ...
14
2. définir le (ou les) métier(s) et segmenter le champ concurrentiel de Microsoft.
RAPPELS DE COURS
- métier ou base stratégique (Porter): ensemble d‟activités partageant des ressources technologiques
homogènes ; core business : métier principal ou de base ; satellite business : métier auxiliaire ou
complémentaire.
- champ concurrentiel pertinent (Bidault) : univers des organisations, des ressources, des débouchés
et des valeurs, dans lequel l‟entreprise exercera son (ou ses) métiers et développera sa stratégie ; champ
structuré en secteurs d’activités, filières technologiques et réseaux d’acteurs économiques ; champ
dynamique influencé par les systèmes d‟innovation, les systèmes concurrentiels et les migrations de la
valeur attendue par les clients ; champ global (mondialisé), local (régional) ou « glocal ».
- segment stratégique ( Domaine d’Activité Stratégique ou DAS) selon Porter: métiers exercés sur
des (macro-) marchés (groupes homogènes de clients et zones géographiques de chalandise)
présentant des facteurs-clés de succès communs (économie de coûts, capacité d‟innovation, maîtrise
de la qualité, image de marque, schéma distinctif de services…) ; activité ayant des facteurs-clé de
succès spécifiques.
- facteur-clé de succès: facteur de création de valeur pour le client (usage, service, prix, image...) et
facteur d‟avantage concurrentiel pour le fournisseur (innovation, qualité, économie de coût,
image...).
ELEMENTS DE REPONSES
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Segmentations stratégiques possibles du champ concurrentiel de Microsoft
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3 . identifier les compétences distinctives de Microsoft.
RAPPELS DE COURS
- une capacité financière élevée, basée sur un faible endettement et un cours de bourse bien
orienté (sauf de 2000 à 2003), qui incite la Direction du groupe à privilégier la croissance
externe, comme l‟illustre la tentative de prise de contrôle de Yahoo en 2008.
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Fonds de commerce, droits au bail, brevets, marques, enseignes, processus et systèmes, connaissances…
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4. dresser une cartographie des différents groupes stratégiques auxquels Microsoft
est confronté, et en déduire la trajectoire stratégique du groupe de Redmond.
RAPPELS DE COURS
globalisation
Groupe 1 1
2 2
3 3a 3b 3c 3d
4
4
DAS 1 2 3 4 5
Intégration technologique
DAS
1.systèmes pour PC 4.plate-formes open source/middleware
2.solutions professionnelles (pour serveurs) 5. autres services ou « devices »
3.web services et solutions pour mobiles (divertissements…)
Groupes stratégiques
1. éditeur global de software* (Microsoft) 3. éditeurs spécialisés (exemples : AOL ,
2. éditeurs de software professionnel (SAP, Google pour DAS 4 et Sony, Nintendo pour
Oracle…) DAS 5
4.communautés Linux (Redhat…)
* tous DAS sauf software grandes entreprises.
Les groupes stratégiques concurrents de Microsoft sont pour la plupart animés par l‟esprit
pionnier (ou « start up »), qui avait permis aux « smart people » du groupe de Redmond de
dominer le marché de la bureautique et qui semble leur manquer dans la conquête des
nouvelles architectures informatiques et des modèles d‟affaires de l‟économie de l‟internet.
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5. montrer l’évolution des traits caractéristiques de l’identité socio-culturelle de
Microsoft.
RAPPELS DE COURS
La culture d‟entreprise (Hofstede, Schein, Morgan, Smircich) est définie comme un ensemble
de représentations et de valeurs construites dans les interactions sociales et exprimées par des
métaphores, sous formes de symboles et d‟images. La culture d‟une entreprise est influencée
par :
- la culture globale (business culture) de l‟écosystème de l‟entreprise,
- la ou les cultures locales ou géographiques (nationale ou régionale) de ses marchés,
- la culture professionnelle du ou de ses métier(s),
- les cultures de ses groupes dominants,
- les cultures de ses leaders.
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6. identifier les risques liées au lancement de la campagne « terminator study ».
RAPPELS DE COURS
Malgré le jugement - jugé « dans l‟ensemble positif » par la Direction – porté sur
l‟organisation et la culture par les salariés du groupe, un certaine perte de confiance dans
la capacité du groupe à conquérir de nouveaux marchés à l‟aide de ses seules compétences
et capacités dynamiques (sans recourir à l‟absorption de nouvelles ressources) .
20
7. évaluer la portée et les limites de la culture du leadership développée au sein de
Microsoft.
RAPPELS DE COURS
Les leaders de l‟entreprise exercent des rôles essentiels dans la conduite du changement.
Les leaders de l‟organisation « conduisent le changement, tandis que les managers pilotent
l‟organisation » (Kotter).
Selon les auteurs, les leaders peuvent donc présenter des profils plutôt charismatiques,
traditionnels, légitimes, moraux…
2. Le co-fondateur de Microsoft a été perçu par les salariés du groupe comme étant:
- un leader charismatique, par sa capacité à incarner la vision et les valeurs fondamentales de
l‟entreprise, et ses qualités de communicateur,
- un leader légitime, par sa puissance de travail, sa réputation de concepteur de logiciels, sa
capacité à inspirer confiance,
- un leader moral, par son esprit de tolérance, son sens de l‟équité et son souci éthique,
attestés par la création de sa fondation philanthropique,
mais il ne semble pas être perçu comme étant un leader transformationnel (au sens de
Burns).
3. Le départ annoncé du leader limite donc la capacité du groupe à :
- restaurer ses valeurs pionnières ,
- entraîner les hommes par de nouveaux mythes, des désirs et des émotions,
- engager un processus de changement radical.
Le « bench program », destiné à détecter les futurs leaders du groupe, s‟est ainsi avéré être un
semi-échec.
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