Corrigé
BCPST2 D08M 16/12/2014
On dénit la suite de polynômes (Tn )n∈N de R[X] par :
T0 = 1, T1 = X et ∀n ∈ N, Tn+2 = 2XTn+1 − Tn
Pour tout n de N, Tn s'appelle le n-ième polynôme de Tchebychev.
1
◦) Calculer les polynômes T2 et T3 .
â T2 = 2XT1 − T0 = 2X 2 − 1
â T3 = 2XT2 − T1 = 4X 3 − 3X
2
◦) Déterminer, pour tout n de N, le degré et le coecient dominant de Tn .
Nous allons montrer par récurrence d'ordre 2 sur n, la propriété suivante :
Hn : Tn est de degré n et son coecient dominant est 2n−1 .
â La propriété est manifestement vraie au rang 0 et 1.
â Soit n > 0. Supposons que la propriété est vériée au rang n et n + 1.
Montrons la au rang n + 2.
Comme Hn+1 est vériée, Tn+1 s'écrit sous la forme : Tn+1 = 2n X n+1 +Q où deg(Q) 6
n.
On a alors Tn+2 = 2XTn+1 − Tn = 2n+1 X n+2 + 2XQ − Tn avec
deg(2XQ − Tn ) 6 max(deg(2XQ), deg(Tn )) 6 max(n + 1, n) = n + 1.
Donc Hn+2 est vériée.
â Par principe de récurrence, on a donc montré Hn pour tout entier n.
3
◦) Étudier, pour tout n de N, la parité de la fonction polynôme Tn .
Nous allons montrer par récurrence sur n, la propriété
Hn0 : Tn est de la parité de n, ce qui peut s'écrire : Tn (−X) = (−1)n Tn (X).
â La propriété est manifestement vraie au rang 0 et 1.
â Soit n > 0. Supposons que la propriété est vériée au rang n et n + 1.
Montrons la au rang n + 2. On a :
Tn+2 (−X) = 2(−X)Tn+1 (−X) − Tn (−X)
= −2X(−1)n+1 Tn+1 (X) − (−1)n Tn (X)
= (−1)n+2 (2XTn+1 (X) − Tn (X))
= (−1)n+2 Tn+2 (X)
Ainsi, Hn+2
0
est vériée.
â Par principe de récurrence, on a donc montré Hn0 pour tout entier n.
4
◦) Calculer, pour tout n de N, la valeur de Tn (0).
Pour n impair, comme Tn est alors impair, on a Tn (0) = 0.
Pour n pair, on écrit n = 2p et la relation de récurrence, évaluée en 0 donne : T2p+2 (0) =
−T2p (0). Par récurrence immédiate et en tenant compte que T0 (0) = 1, on a T2p (0) = (−1)p
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◦) . Montrer : ∀n ∈ N, ∀α ∈ R, Tn cos(α) = cos(nα).
5 a
Allez courage, encore une petite récurrence...
Nous allons montrer par récurrence sur n, la propriété
H”n : ∀α ∈ R, Tn cos(α) = cos(nα).
â La propriété est manifestement vraie au rang 0 et 1. ( car cos(0α) = 1)
â Soit n > 0. Supposons que la propriété est vériée au rang n et n + 1.
Montrons la au rang n + 2. Soit α ∈ R, on a :
Tn+2 (cos(α)) = 2(cos(α))Tn+1 (cos(α)) − Tn (cos(α))
= 2 cos(α) cos((n + 1)α) − cos(nα)
= cos((n + 2)α) (∗)
Ainsi, H”n+2 est vériée.
Pour (∗), il sut de remarquer :
cos (n + 1 + 1)α = cos(α) cos (n + 1)α − sin(α) sin (n + 1)α
cos (n + 1 − 1)α = cos(α) cos (n + 1)α + sin(α) sin (n + 1)α
puis de sommer ces deux égalités.
â Par principe de récurrence, on a donc montré H”n pour tout entier n.
b . Soit n ∈ N. Montrer que Tn est l'unique polynôme P de R[X] vériant la relation :
∀α ∈ R, P cos(α) = cos(nα)
Soit n ∈ N.
â Il est clair que Tn vérie la propriété.
â Soit P un autre polynôme de R[X] vériant la propriété. Considérons alors Q =
T − Tn . Q est un polynôme réel, admettant comme racines au moins tous les réels
de la forme cos(α), soit le segment [−1, 1], soit une innité. Donc Q est nul et
P = Tn .
6
◦) Soient n, m ∈ N.
1
. Montrer : Tn+m cos(α) + Tn−m cos(α) .
a ∀α ∈ R, Tn cos(α) Tm cos(α) =
2
Soient n, m ∈ N et α ∈ R. On a :
Tn+m cos(α) = cos((n + m)α) = cos(nα) cos(mα) − sin(nα) sin(mα)
Tn−m cos(α) = cos((n − m)α) = cos(nα) cos(mα) + sin(nα) sin(mα)
En demi-sommant, on obtient :
1
Tn+m cos(α) + Tn−m cos(α) = cos(nα) cos(mα)
2
= Tn (cos(α))Tm (cos(α))
1
. En déduire l'égalité de polynômes suivante : Tn+m + Tn−m .
b Tn Tm =
2
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1
Considérons le polynôme Q = Tn Tm − Tn+m + Tn−m , d'après la question précédente,
2
1
ce polynôme admet une innité de racines, il est donc nul. On a donc Tn Tm = Tn+m + Tn−m
2
c . En raisonnant de la même façon, montrer : Tn ◦ Tm = Tnm .
Caclulons donc :
Tn ◦ Tm (cos(α)) = Tn (cos(mα))
= cos(nmα)
= Tnm (cos(α))
Ainsi, le polynôme Tn ◦ Tm − Tnm admet une innité de racines : il est nul, soit
Tn ◦ Tm = Tnm .
7
◦ ) Racines et factorisation du polynôme Tn .
Soit n ∈ N.
a . Déterminer tous les réels α de [0 ; π] vériant : cos(nα) = 0.
Soit α ∈ [0, π].
π
cos(nα) = 0 ⇐⇒ nα = + kπ avec k ∈ Z
2
π kπ
⇐⇒ α = + avec k ∈ Z
2n n
On cherche α ∈ [0, π]. On a :
π kπ
α ∈ [0, π] ⇐⇒ 0 6 + 6π
2n n
1 1
⇐⇒ − 6 k 6 n −
2 2
⇐⇒ k ∈ J0, n − 1K puisque k ∈ Z.
π kπ
Les réels cherchés sont donc αk = + pour k ∈ J0, n − 1K.
2n n
b . En déduire les racines du polynôme Tn , puis la factorisation de Tn dans R[X].
(2k + 1)π
Comme la fonction cos est strictement décroissante sur [0, π], les réels xk = cos
2n
pour k ∈ J0, n − 1K sont distincts. On a donc trouvé n racines distinctes du polynôme
Tn . Ce polynôme est de degré n, on a donc trouvé toutes les racines.
n−1 n−1
(2k + 1)π (2k + 1)π
. En utilisant la valeur de Tn (0), donner une expression simple de et de
Y X
c cos cos
k=0
2n k=0
2n
Comme on a trouvé toutes les racines de Tn , on peut alors écrire Tn sous forme facto-
risée :
n−1
Y (2k + 1)π
n−1
Tn = 2 X − cos
k=0
2n
En développant cette expression et on obtient en identiant :
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n−1 (2k + 1)π
â les termes de degré n − 1 : −2 = 0 puisque le polynôme
X
n−1
cos
k=0
2n
étant de la parité de n, son terme de degré n − 1 est nul.
n−1 (2k + 1)π
Soit
X
cos =0
k=0
2n
n−1 (2k + 1)π
â les termes de degré 0 : 2 = Tn (0) soit
Y
n−1 n
(−1) cos
k=0
2n
0 si n est impair
n−1
(
Y (2k + 1)π
cos = (−1)p
2n si n = 2p
k=0 2n−1
8
◦ ) Expression du polynôme Tn .
Soit n ∈ N.
[n]
2
n
. Montrer : (−1)k sin2k (α) cosn−2k (α).
X
a ∀α ∈ R, cos(nα) =
k=0
2k
n
exp(inα) = exp(iα)
n
= cos(α) + i sin(α)
n
X n
= (i)k sink (α) cosn−k (α)
k=0
k
n n
2 2
X n p 2p n−2p
X n
= (−1) sin (α) cos (α) + (−1)p sin2p+1 (α) cosn−2p−1 (α)
p=0
2p p=0
2p + 1
n
[2]
n
Ainsi, en identiant les parties réelles, cos(nα) = (−1)p sin2p (α) cosn−2p (α) .
X
p=0
2p
[n]
2
n 2
. En déduire : (X − 1)k X n−2k .
X
b Tn =
k=0
2k
De la formule précédente, on obtient :
n
[2]
X n
cos(nα) = (−1)p sin2p (α) cosn−2p (α)
p=0
2p
n
[2]
X n p
= (−1)p 1 − cos2 (α) cosn−2p (α)
p=0
2p
n
[2]
n
avec P =
X
= P (cos(α)) (X 2 − 1)p X n−2p
p=0
2p
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Or comme Tn est l'unique polynôme à vérier cette relation, on obtient :
n
[2]
X n
Tn = (X 2 − 1)p X n−2p
p=0
2p
c . Retrouver, à partir de cette formule, le degré et le coecient dominant de Tn .
Il est clair à partir de cette relation que deg(Tn ) 6 n.
n
[2]
n
Dans la relation précédent, recherchons le terme an de degré n : an = .
X
p=0
2p
Comme on a : n
n n
X n
2 = (1 + 1) =
k
k=0
n
X n
n
(−1)k
0 = (1 − 1) =
k
k=0
n
[2]
n
On demi-somme, (on garde donc que les termes pairs), et on obtient : an =
X
=
p=0
2p
2n−1 .
9
◦ ) Extremums du polynôme Tn sur [−1 ; 1]
Soit n ∈ N.
a. Montrer : ∀x ∈ [−1 ; 1], |Tn (x)| 6 1.
Soit x ∈ [−1 ; 1]. x peut s'écrire sous la forme x = cos(α). On a alors :
|Tn (x)| = |Tn (cos(α))| = | cos(nα)| 6 1
kπ
b . On pose, pour tout k de J0 ; nK, ck = cos .
n
Montrer : Tn (c0 ) = 1 et ∀k ∈ J0 ; n − 1K, Tn (ck+1 ) = −Tn (ck ).
â Tn (c0 ) = Tn (cos(0)) = cos(n0) = cos(0) = 1
(k + 1)π
â Tn (ck+1 ) = Tn cos = cos (k + 1)π = − cos(kπ) = −Tn (ck )
n
c . Représenter la fonction polynôme T3 , en précisant sur le graphe les réels c0 , c1 , c2 , c3 .
1
• • •
• • • •
c3 c2 c1 c0
• • •
-1
10
◦ ) Une application
Soit n ∈ N∗ . On souhaite démontrer le résultat suivant :
si P est un polynôme de degré n et de coecient dominant égal à 1, alors sup
x∈[−1 ;1]
|P (x)| >
1
2n−1
.
Autrement dit, un tel polynôme ne peut avoir l'allure suivante :
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1
mais doit obligatoirement atteindre ou dépasser le bord de la bande de hauteur centrée en 0.
2n−1
An d'établir ce résultat, nous allons raisonner par l'absurde et supposer qu'il existe un polynôme P de degré n et de coecient
1 Tn
dominant égal à 1 tel que : ∀x ∈ [−1, 1], |P (x)| < n−1 . On dénit le polynôme Q = P − n−1 .
2 2
a . Déterminer, pour tout k de J0, nK, le signe de Q(ck ) (le réel ck étant déni dans la question 9 b )
Tn (ck ) (−1)k
On a Q(ck ) = P (ck ) − = P (c k ) − par récurrence immédiate sur k à partir
2n−1 2n−1
1
de 9.b.. Or, comme ck ∈ [−1, 1], on a : |P (ck )| < n−1 donc Q(ck ) est du signe de (−1)k .
2
b . En déduire que Q admet n racines distinctes. En déduire que Q = 0.
Comme x 7→ Q(x) est continue et change de signe sur chaque intervalle ]ck+1 , ck [. Donc
Q admet une racine sur chacun de ces intervalles. Ces intervalles sont disjoints, ce qui
nous donne, au moins n racines distinctes pour Q.
T
On a Q = P − n−1 n
, donc deg(Q) 6 max(deg(P ), deg(Tn )) 6 n.
2
Par ailleurs, on a supposé que le coecient dominant de P est 1 et celui de Tn est 2n−1 ,
ainsi le coecient de degré n de Q est nul. Donc deg(Q) 6 n − 1.
Enn, on a montré l'existence de n racines distinctes au moins pour Q donc Q = 0.
c . Aboutir à une contradiction et conclure.
Tn
On a donc : P = .
2n−1
T (1) T (cos(0)) 1 1
Or P (1) = nn−1 = n n−1 = n−1 et on a aussi |P (1)| < n−1 . c'est donc absurde.
2 2 2 2
Donc, un tel polynôme P n'existe pas.
11
◦ ) Étude d'une suite d'intégrales
Z 1 1
a . À l'aide du changement de variable x = cos(t), montrer que l'intégrale √ dx converge et calculer sa valeur.
−1 1 − x2
Z 1
1
L'intégrale √ dx est impropre en −1 et 1.
−1 1 − x2
On eectue le changement de variable x = cos(t) avec t ∈ [0, π], cette intégrale sera
donc de même nature (et de même valeur en cas de convergente) que l'intégrale :
Z π Z π
1
√ sin(t) dt = dt = π
0 1 − cos2 t 0
Z 1 xn
b . Montrer que, pour tout n de N, l'intégrale √ dx converge et en déduire que, pour tout (n, m) de N2 , l'intégrale
−1 1 − x2
Z 1 Tn (x) Tm (x)
√ dx converge.
−1 1 − x2
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Z 1
1
Soit x ∈ [−1, 1], comme |x | 6 1 et que n √ dx est convergente, on en déduit
−1 1 − x2
1
xn
Z
que l'intégrale √ dx est absolument convergente et donc convergente.
−1 1 − x2
T (x) T (x) xk
De plus, n√ m 2 est une combinaison linéaire de termes de la forme √ donc
Z 1 1−x 1 − x2
Tn (x) Tm (x)
√ dx est convergente comme somme d'intégrales convergeentes.
−1 1 − x2
Z 1 Tn (x) Tm (x)
c . Calculer, pour tout (n, m) de N2 , la valeur de l'intégrale √ dx.
1 − x2
On séparera les cas n 6= m, n = m 6= 0 et n = m = 0. −1
Z 1 Z 1
T0 (x) T0 (x) 1
â n = m = 0. √ dx = √ dx = π
−1 1 − x2 −1 1 − x2
â n = m 6= 0.
Z 1 Z 1
Tn (x) Tn (x) T2n (x) + T0 (x)
√ dx = √ dx
−1 1 − x2 −1 2 1 − x2
Z π
T2n (cos u) + T0 (cos u)
= du
0 2
Z π
cos(2nu) + 1
= du
0 2
h sin(2nu) u iπ
= +
4n 2 0
π
=
2
â n 6= m.
Z 1 Z 1
Tn (x) Tm (x) Tn+m (x) + Tn−m (x)
√ dx = √ dx
−1 1 − x2 −1 2 1 − x2
Z π
Tn+m (cos u) + Tn−m (cos u)
= du
0 2
Z π
cos (n + m)u + cos (n − m)u
= du
0 2
= 0
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