Imagerie Des Urgences 2019
Imagerie Des Urgences 2019
Du même auteur
TDM en traumatologie, de P. Taourel et I. Millet-Cénac, 2009, 408 pages.
Autres ouvrages
Cas cliniques en imagerie abdominale, de C. Marcus, 2017, 288 pages.
Cas cliniques en imagerie ostéoarticulaire : membre supérieur, de J.-L. Drapé, 2018, 244 pages.
Kathia Chaumoitre
Catherine Cyteval
Mathieu Lederlin
Nicolas Menjot de Champfleur
Ingrid Millet
Céline Orliac
Elsevier Masson SAS, 65, rue Camille-Desmoulins, 92442 Issy-les-Moulineaux cedex, France
Imagerie des urgences, de Patrice Taourel.
© 2019 Elsevier Masson SAS
ISBN : 978-2-294-70430-7
e-ISBN : 978-2-294-74905-6
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44 07 47 70.
Liste des collaborateurs
■■Pierre Auloge, interne, service d'imagerie, CHU de Reims
■■ Marie-Pierre Baron-Sarrabère, PH, service d'imagerie médicale, Hôpital
Lapeyronie, CHU de Montpellier
■■ Alain Bonafé, PU-PH, service d'imagerie médicale, Hôpital Gui de Chauliac,
CHU de Montpellier
■■ David Byl, PH, service de neuroradiologie, Hôpital Gui de Chauliac,
CHU de Montpellier
■■ Kathia Chaumoitre, PU-PH, service d'imagerie médicale, Hôpital Nord, AP-HM,
CHU de Marseille
■■ Arthur Coget, CCA, service de neuroradiologie, Hôpital Gui de Chauliac,
CHU de Montpellier
■■ Stéphanie Coze, PH, service d'imagerie médicale, Hôpital Nord, AP-HM,
CHU de Marseille
■■ Catherine Cyteval, PU-PH, service d'imagerie médicale, Hôpital Lapeyronie,
CHU de Montpellier
■■ Alexia Dabadie, CCA, service de radiopédiatrie, Hôpital Timone Enfant,
AP-HM, CHU de Marseille
■■ Claire Faget, PH, service d'imagerie médicale, Hôpital Lapeyronie, CHU
de Montpellier
■■ Aymeric Hamard, CCA, service de neuroradiologie, Hôpital Gui de Chauliac,
CHU de Montpellier
■■ Jean-Francois Heautot, PH, service d'imagerie, CHU de Rennes
■■ Damien Laneelle, PH, service de médecine vasculaire, CHU de Caen
■■ Ahmed Larbi, PH, service d'imagerie, CHU de Nîmes
■■ Antoine Larralde, PH, service d'imagerie, CHU de Rennes
■■ Mathieu Lederlin, PU-PH, service d'imagerie, CHU de Rennes
■■ Guillaume Mahe, PU-PH, service de médecine vasculaire, CHU de Caen
■■ Caroline Mandoul, CCA, service d'imagerie médicale, Hôpital Lapeyronie,
CHU de Montpellier
■■ Nicolas Menjot de Champfleur, MCU-PH, service de neuroradiologie, Hôpital
Gui de Chauliac, CHU de Montpellier
■■ Ingrid Millet, PU-PH, service d'imagerie médicale, Hôpital Lapeyronie, CHU
de Montpellier
■■ Hélène Mohammad, AH, service d'imagerie digestive, Hôpital Pontchaillou,
CHU de Rennes
■■ Céline Orliac, CCA, service d'imagerie médicale, Hôpital Lapeyronie, CHU de
Montpellier
X Liste des collaborateurs
Patrice Taourel
CHAPITRE
1
Épidémiologie
des douleurs abdominales
PLAN DU CHAPITRE
■ GÉNÉRALITÉS
Tableau 1.1.
Répartition diagnostique des douleurs abdominales aiguës selon les études OMGE et ARC
.
OMGE ARC
(6 097 cas) (3 772 cas)
Douleur abdominale non spécifique 43 % 22 %
Appendicite 24,1 % 26 %
Cholécystite 8,9 % 10 %
Atteinte gynécologique 6 % 7 %
Occlusion 4 % 9 %
Colique néphrétique 3,4 % 4 %
Ulcère gastroduodénal perforé 2,8 % 4 %
Pancréatite aiguë 2,3 % 4 %
Diverticulite 2,1 % 2 %
Orientation diagnostique en fonction du siège de la douleur 7
Tableau 1.2.
Syndrome douloureux abdominal aigu – orientation diagnostique selon le siège de la douleur
.
Siège Diagnostic principal Diagnostic différentiel
Hypochondre Complication de la – Hépatite virale, alcoolique ou toxique
droit lithiase biliaire : – Abcès hépatique
– colique hépatique – Congestion hépatique
– cholécystite – Ulcère gastroduodénal
– angiocholite – Appendicite sous-hépatique
– Pancréatite
– Périhépatite
– Colique néphrétique et pyélonéphrite
– Pleuropneumopathie de la base droite
Épigastre Pancréatite – Colique hépatique et cholécystite
– Atteinte inflammatoire ou ulcéreuse
gastroduodénale
– Perforation digestive
– Infarctus du myocarde
– Torsion du grand épiploon
Lombaire Colique néphrétique – Pyélonéphrite non compliquée ou compliquée
sur calcul (néphrite bactérienne focale, abcès)
– Atteinte rachidienne ou discale
– Appendicite rétrocæcale (à droite)
– Colite diverticulaire (à gauche)
– Fissuration d'anévrisme de l'aorte
– Pathologie gynécologique
Fosse iliaque Appendicite – Adénolymphite mésentérique
droite – Iléite inflammatoire
– Diverticulite
– Colite neutropénique
– Torsion d'appendice épiploïque ou du grand
épiploon
– Colique néphrétique et pyélonéphrite
– Pathologie gynécologique
– Colopathie fonctionnelle
(Suite)
8 Épidémiologie des douleurs abdominales
Tableau 1.2.
Suite.
2
Douleurs aiguës
de l'hypochondre droit –
éliminer une lithiase
biliaire compliquée
PLAN DU CHAPITRE
■ RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
■ TECHNIQUES D'IMAGERIE
• Abdomen sans préparation
• Échographie
• Tomodensitométrie
• Cholangio-IRM et écho-endoscopie
■ RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
• Lithiase biliaire symptomatique ou compliquée
• Douleurs sans rapport avec une pathologie biliaire
■ STRATÉGIE DIAGNOSTIQUE
RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
Les douleurs de l'hypochondre droit représentent une situation extrêmement fré-
quente en pratique clinique quotidienne. Elles orientent vers une atteinte de la
sphère hépatobiliaire et en premier lieu vers une lithiase biliaire symptomatique ou
compliquée. La prévalence de la lithiase biliaire est importante, touchant 15 % des
adultes en France et augmentant régulièrement avec l'âge. Un quart des sujets ayant
un calcul biliaire présenteront des symptômes (colique hépatique) et/ou des com-
plications (cholécystite aiguë, migration cholédocienne). La recherche d'une cholé-
cystite et d'une angiocholite est donc le premier objectif de l'imagerie devant des
douleurs fébriles de l'hypochondre droit.
TECHNIQUES D'IMAGERIE
ABDOMEN SANS PRÉPARATION
Cet examen n'a plus d'intérêt dans la recherche d'une cause biliaire à une douleur
abdominale.
ÉCHOGRAPHIE
L'échographie est l'examen de première intention pour l'exploration de la vésicule
biliaire et des voies biliaires intra- et extrahépatiques. La voie biliaire principale, tou-
jours bien explorée à l'étage pédiculaire haut, peut être plus difficile à examiner
dans sa partie basse du fait de superpositions gazeuses digestives. Chez les patients
minces, lorsque la vésicule biliaire est superficielle, l'examen de la vésicule biliaire,
voire de la voie biliaire principale, peut être affiné par l'utilisation d'une sonde de
haute fréquence, plus performante pour la recherche de petits calculs ou de petits
amas de boue biliaire.
TOMODENSITOMÉTRIE
La tomodensitométrie (TDM) a des performances inférieures à celles de l'échogra-
phie pour la recherche de calculs vésiculaires, puisqu'environ 30 % des calculs ont
la même densité que la bile et ne sont donc pas individualisés. La TDM a l'intérêt de
permettre l'exploration, souvent plus facile qu'en échographie, de la partie basse de
la voie biliaire principale, et de l'environnement périvésiculaire. Elle est surtout utili-
sée dans les cholécystites compliquées ou dans la recherche de certains diagnostics
différentiels d'origine pancréatique ou digestive (appendicite sous-hépatique, per-
foration d'un ulcère gastroduodénal). Si un scanner est indiqué après une échogra-
phie non contributive, il doit être réalisé dans un premier temps sans injection de
produit de contraste pour mieux identifier un calcul de la voie biliaire principale s'il
est peu calcifié.
Résultats de l'imagerie 11
CHOLANGIO-IRM ET ÉCHO-ENDOSCOPIE
Ces deux techniques ont le grand avantage d'avoir des performances excellentes
pour l'examen de la voie biliaire principale, notamment dans sa partie terminale,
et donc pour le diagnostic des lithiases cholédociennes. Elles ont en outre des per-
formances proches de l'échographie dans l'examen de la vésicule biliaire. Elles ont
comme inconvénients leur coût, leur manque de disponibilité, en particulier en
urgence, et leur caractère invasif.
RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
LITHIASE BILIAIRE SYMPTOMATIQUE OU COMPLIQUÉE
Diagnostic positif
Lithiase vésiculaire
La majorité des lithiases vésiculaires est asymptomatique ; cependant, les calculs
vésiculaires peuvent migrer dans le canal cystique qu'ils obstruent. La mise sous ten-
sion de la vésicule et l'ischémie qui en résulte déclenchent la douleur. L'échographie
recherche des calculs dans la vésicule biliaire, notamment dans la région infundibu-
laire, et dans le canal cystique. Ces calculs se présentent sous la forme de structures
hyperéchogènes, mobiles, intraluminales, avec un cône d'ombre postérieur. Les
petits calculs mesurant moins de 3 mm peuvent ne pas générer de cône d'ombre,
dont la formation est en revanche indépendante de la composition du calcul.
Cholécystite aiguë
La cholécystite aiguë est l'inflammation aiguë de la paroi vésiculaire ; elle com-
plique en général l'obstruction brutale de l'infundibulum par un calcul. La rétention
biliaire induite entraîne une distension de la vésicule, une irritation et un œdème
pariétal. La compression des vaisseaux vésiculaires peut entraîner une ischémie.
Secondairement, le contenu vésiculaire s'infecte et devient purulent.
L'échographie est là encore l'examen de première intention et recherche (figure 2.1) :
■ des anomalies du contenu vésiculaire en rapport avec un ou des calculs et/ou
avec de la boue biliaire plus ou moins mélangée à du pus (liquide échogène) ;
■ un épaississement de la paroi vésiculaire significatif lorsqu'il est supérieur
à 4 mm sur une vésicule distendue (diamètre transversal supérieur à 4 mm),
typiquement irrégulier et d'apparence pluristratifiée avec alternance de bandes
hyper- et hypoéchogènes. Il n'existe pas de corrélation entre l'importance de
l'épaississement et la sévérité de l'inflammation pariétale ;
■ une douleur provoquée par le passage de la sonde sur la vésicule biliaire : signe
de Murphy échographique qui constitue le signe le plus fiable de cholécystite ;
■ un épanchement périvésiculaire.
Les cholécystites aiguës peuvent se compliquer en particulier sur certains terrains :
patients âgés, diabétiques, immunodéprimés. Six types de complications peuvent
être individualisés.
12 Douleurs aiguës de l'hypochondre droit
Figure 2.1.
Cholécystite aiguë.
Épaississement de la paroi vésiculaire et anomalie du contenu vésiculaire en rapport
avec de la boue.
Figure 2.2.
Cholécystite aiguë compliquée de microabcès.
Microabcès dont les parois sont rehaussées au sein de l'épaississement d'une paroi vésiculaire.
A B
Figure 2.3.
Cholécystite hémorragique.
Hyperdensité spontanée du contenu vésiculaire et hématome périhépatique
hyperdense (A) avec absence de saignement actif authentifié (B).
14 Douleurs aiguës de l'hypochondre droit
A B
Figure 2.4.
Pyléphlébite compliquant une cholécystite.
Thrombose segmentaire des branches portales gauches (A) avec épaississement
relativement modéré des parois de la vésicule biliaire et infiltration de la graisse
périvésiculaire (flèche) (B).
Figure 2.5.
Cholécystite aiguë.
Épaississement des parois de la vésicule biliaire associé à une infiltration de la graisse
périvésiculaire.
Figure 2.6.
Cholécystite compliquée.
Il existe un épaississement marqué des parois de la vésicule biliaire rehaussé associé à
une interruption localisée de la muqueuse pariétale (flèche).
16 Douleurs aiguës de l'hypochondre droit
A B
Figure 2.7.
Abcès hépatiques compliquant une cholécystite gangréneuse.
Absence de visualisation de la paroi vésiculaire dans le cadre d'une cholécystite
gangréneuse mieux vue en TDM (B) qu'en échographie (A).
Figure 2.8.
Cholécystite avec épaississement réactionnel de la paroi du deuxième duodénum (flèche).
Lithiase cholédocienne
Les calculs de la voie biliaire principale proviennent dans la grande majorité des
cas de la migration d'un calcul vésiculaire ou plus rarement se forment de novo en
amont d'un obstacle. La lithiase peut rester asymptomatique, entraîner un tableau
de colique hépatique ou bien entraîner des signes d'angiocholite.
Résultats de l'imagerie 17
Figure 2.9.
Empierrement cholédocien avec lithiase spontanément hyperdense bien vue sur le
scanner sans injection de produit de contraste.
18 Douleurs aiguës de l'hypochondre droit
Lithiase intrahépatique
La découverte de calculs intrahépatiques ou de calculs récidivants de la voie biliaire
principale chez un patient jeune doit faire rechercher une anomalie génétique sous-
jacente (syndrome LPAC pour low phospholipid associated cholelithiasis).
Pièges diagnostiques
Dans le diagnostic et le bilan d'une lithiase biliaire et de ses complications, les diffi-
cultés tiennent à la mise en évidence directe du calcul, en particulier pour les calculs
de la voie biliaire principale, et à l'interprétation d'un épaississement de la paroi
vésiculaire.
Tableau 2.1.
Autres causes d'épaississement des parois de la vésicule biliaire.
Causes biliaires Causes non biliaires
– Adénomyomatose – Ascite
– Cancer de la vésicule biliaire – Hépatite virale
– Cholangiopathie du sida – Pancréatite
– Cholangite sclérosante – Insuffisance cardiaque
– Vésicule contractée – Hypoprotéinémie
– Cirrhose
– Hypertension portale
– Obstruction lymphatique
– Réaction à un foyer inflammatoire de voisinage
Résultats de l'imagerie 19
Cholécystites alithiasiques
Les cholécystites alithiasiques posent des problèmes diagnostiques particuliers.
Elles doivent être évoquées devant des douleurs de l'hypochondre droit ou, plus
souvent, une altération du bilan hépatique dans un contexte clinique particulier
(postopératoire, post-traumatique, réanimation). Le diagnostic échographique
est difficile compte tenu de la fréquence de l'épaississement de la paroi vési-
culaire, de la fréquence d'une distension vésiculaire et de la présence de boue
biliaire chez ce type de patients. L'analyse bactériologique du liquide intravési-
culaire obtenu par ponction est souvent négative, même en cas de cholécystite
authentifiée. Aussi, l'amélioration de la symptomatologie clinique et biologique
après cholécystostomie percutanée représente souvent a posteriori le seul argu-
ment en faveur du diagnostic.
A B
Figure 2.10.
Volvulus de la vésicule biliaire.
L'échographie (A) et la TDM (B) montrent une vésicule biliaire distendue siégeant dans la
fosse iliaque droite.
Figure 2.11.
Cancer de la vésicule biliaire.
L'épaississement est irrégulier, non circonférentiel, asymétrique.
Abcès hépatique
Les abcès hépatiques peuvent être dus à des germes banaux (abcès à pyogènes), à
une amibiase, à des champignons ou à des parasites.
Abcès à Candida
Ces abcès sont en général de très petite taille, faiblement hypoéchogènes,
hypodenses, à contour souvent net en TDM. Ils surviennent dans un contexte évo-
cateur : chimiothérapie, transplantation d'un organe avec traitement immunosup-
presseur, sida au cours desquels les atteintes par mycobactérie atypique ou un
Pneumocystis carinii sont également relativement fréquentes.
Parasitoses hépatiques
Le kyste hydatique et l'échinococcose alvéolaire sont rarement révélés par un
tableau aigu ; en revanche, les distomatoses hépatiques (Fasciola hepatica) se mani-
festent à la phase d'infection par une hépatomégalie douloureuse et fébrile évo-
quant cliniquement un abcès hépatique. Les lésions d'échostructure variable sont
hypodenses au scanner, de disposition grossièrement linéaire, à raccordement
juxtacapsulaire.
Congestion hépatique
La stase veineuse hépatique est à l'origine de douleurs de l'hypochondre droit qui
font partie de la symptomatologie du foie cardiaque. En dehors des signes d'insuffi-
sance cardiaque droite clinique, l'échographie recherche une dilatation de la veine
cave inférieure, une dilatation des veines sus-hépatiques (diamètre supérieur à 2 cm
à 1 cm de leur ostium) et le Doppler montrera une accentuation de la régurgitation
auriculaire et une modulation cave du flux porte.
Syndrome de Budd-Chiari
Un syndrome de Budd-Chiari aigu peut également se manifester par une douleur
de l'hypochondre droit de début brutal. Du fait du caractère aigu, il n'existe en règle
22 Douleurs aiguës de l'hypochondre droit
Tumeur du foie
Les tumeurs hépatiques se manifestent relativement rarement par des dou-
leurs aiguës isolées de l'hypochondre droit. Cependant, des métastases volu-
mineuses, un hépatocarcinome rompu dans le péritoine ou un adénome
hémorragique peuvent être à l'origine d'un syndrome douloureux abdominal
aigu de l'hypochondre droit. Le diagnostic est alors fait sur la découverte d'une
ou de plusieurs lésions hépatiques circonscrites qui, si elles sont hypo- ou ané-
chogènes en échographie et peu rehaussées en TDM, devront être distinguées
d'un abcès du foie.
Figure 2.12.
Appendicite sous-hépatique.
Résultats de l'imagerie 23
Figure 2.13.
Torsion du grand omentum.
Noter la position très haute du grand omentum de siège pré-hépatique et sous-
diaphragmatique avec une infiltration de la graisse omentale, localisée à droite (flèches).
STRATÉGIE DIAGNOSTIQUE
La stratégie d'imagerie devant des douleurs de l'hypochondre droit repose sur
l'échographie.
Le plus souvent (pathologie lithiasique biliaire simple, pathologie hépatique), l'écho-
graphie est le seul examen d'imagerie réalisé (mis à part la classique radiologie du
thorax). En pratique, dans un tableau clinique atypique, un scanner est souvent
réalisé.
Dans certains cas, en fonction de la présomption clinique, des données de l'échogra-
phie, ou du scanner d'autres examens peuvent être réalisés : fibroscopie gastroduo-
dénale, écho-endoscopie ou cholangiographie-IRM (voir figure 2.10).
CHAPITRE
3
Douleurs aiguës
épigastriques – éliminer
une pancréatite
PLAN DU CHAPITRE
■ RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
■ TECHNIQUES D'IMAGERIE
• Abdomen sans préparation (ASP)
• Échographie
• Tomodensitométrie
• Cholangiographie rétrograde et écho-endoscopie
■ RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
• Pancréatite aiguë
• Douleurs épigastriques d'origine digestive
• Douleurs épigastriques d'origine biliaire
• Panniculite mésentérique et mésentérique rétractile
• Ischémie du mésentère
• Fissuration d'un anévrisme de l'aorte ou d'une de ses branches
• Dissection de l'aorte abdominale ou de ses branches
■ STRATÉGIE DIAGNOSTIQUE
RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
Par comparaison aux douleurs siégeant dans la fosse iliaque ou dans l'hypo-
chondre, il arrive souvent qu'il ne soit pas retrouvé de cause aux douleurs épi-
gastriques, la symptomatologie étant en rapport avec une banale gastrite. Les
trois causes à rechercher en priorité devant une douleur épigastrique sont une
lithiase biliaire symptomatique, une pathologie inflammatoire ou ulcéreuse gas-
troduodénale et une pancréatite aiguë. L'imagerie a une importance majeure
dans la définition précise de la pancréatite aiguë et la terminologie à utiliser pour
classer une pancréatite aiguë a été récemment révisée au cours de la conférence
d'Atlanta tenue en 2012.
TECHNIQUES D'IMAGERIE
ABDOMEN SANS PRÉPARATION (ASP)
L'ASP n'a plus d'indication dans l'exploration d'une douleur épigastrique.
ÉCHOGRAPHIE
Dans l'exploration de douleurs épigastriques aiguës, l'échographie per-
met l'étude de l'arbre biliaire à la recherche de lithiases, mais aussi de
l'estomac pour lequel elle analyse mieux la paroi antérieure que la paroi
postérieure car les ultrasons seront arrêtés par les gaz. Elle n'a pas d'inté-
rêt dans le diagnostic positif de pancréatite aiguë, mais est utile dans la
recherche d'une cause (lithiase cholédocienne).
TOMODENSITOMÉTRIE
Le scanner est l'examen de choix dans le diagnostic et le bilan d'une pancréatite
aiguë. Des coupes sans injection de produit de contraste ont le double intérêt de
rechercher une hémorragie intra- ou péripancréatique, et d'orienter vers une éven-
tuelle cause lithiasique de la pancréatite aiguë. Les coupes après injection sont indis-
pensables dans la recherche d'une nécrose intraparenchymateuse. Par ailleurs, le
scanner a l'intérêt de rechercher des diagnostics différentiels extrapancréatiques et
de permettre le diagnostic d'un petit pneumopéritoine ou d'un épaississement gas-
trique ou duodénal nécessitant, pour être significatif, une distension suffisante de
l'estomac et du duodénum.
Les indications du scanner dans la pancréatite aiguë sont bien codifiées :
■ diagnostique à l'admission si un des deux critères clinique (douleur abdomi-
nale épigastrique avec irradiation dorsale) et biologique (lipase à au moins trois
fois la normale) est absent ou en cas de défaillance viscérale ;
Résultats de l'imagerie 27
RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
PANCRÉATITE AIGUË
Diagnostic
La tomodensitométrie (TDM) est l'examen de référence dans le diagnostic morpho-
logique de pancréatite et dans l'évaluation de sa gravité et de ses complications.
Diagnostic positif
La TDM recherche des signes d'atteinte de la loge pancréatique et des signes d'ex-
tension péripancréatique :
■ au niveau de la loge pancréatique, le pancréas est souvent augmenté de volume
de façon totale ou partielle (figure 3.1) avec effacement de la lobulation pancréatique.
L'évaluation de la nécrose pancréatique diagnostiquée comme une zone focale ou
A B
Figure 3.1.
Collection liquidienne aiguë péripancréatique.
La collection est bien visualisée à la face postérieure du pancréas (A) avec une disparition
complète après une semaine (B) et une diminution du volume du pancréas.
28 Douleurs aiguës épigastriques – éliminer une pancréatite
diffuse bien limitée de pancréas non rehaussé est essentielle (figure 3.2). La nécrose
n'est souvent diagnostiquée qu'après au moins 3 jours d'évolution, lorsqu'elle est
bien établie. La nécrose intrapancréatique est exceptionnellement isolée (moins de
5 % des cas) ; elle est souvent associée à une nécrose péripancréatique ;
Figure 3.2.
Collection aiguë nécrotique.
Noter la densité hétérogène de la collection avec des éléments de contenu
pseudoliquidien, des éléments plus denses et de la graisse.
Elles disparaissent dans la majorité des cas et évoluent vers des pseudokystes
dans 10 à 20 % des cas ;
● les collections aiguës nécrotiques (CAN), de contenu mixte liquidien et non
A B
Figure 3.3.
Collection aiguë nécrotique.
Collection occupant la tête et l'isthme du pancréas (A) avec évolution vers une nécrose
organisée pancréatique (B) sous forme d'une collection à parois épaisses associée à une
thrombose partielle du confluent splénomésentérique.
Pronostic
La TDM permet de classifier la sévérité de la pancréatite aiguë par un score : le CTSI
ou CT Score Index, prenant en compte la nécrose pancréatique et l'extension péri-
pancréatique (tableau 3.2).
Ce score, qui varie de 0 et 10, est corrélé au taux de mortalité et de complications :
pour les scores inférieurs à 3, la mortalité est inférieure à 5 % et les complications
à 10 %, alors que pour les scores supérieurs à 7, la mortalité atteint 20 % et les
complications 90 %.
30 Douleurs aiguës épigastriques – éliminer une pancréatite
Tableau 3.2.
Score de sévérité tomodensitométrique des pancréatites aiguës.
Inflammation péripancréatique Cotation Nécrose pancréatique Cotation
– Pancréas normal (grade A) 0 – Pas de nécrose 0
– Élargissement focal ou diffus du 1 – Nécrose inférieure à 30 % 2
pancréas (grade B)
– Pancréas hétérogène associé 2 – Nécrose entre 30 % et 50 % 4
à une densification de la graisse
péripancréatique (grade C)
– Présence d'une collection 3 – Nécrose supérieure à 50 % 6
péripancréatique (grade D)
– Présence de deux (ou plus) collections 4
péripancréatiques ou présence de
densités aériques à l'intérieur d'une
collection non drainée (sepsis) (grade E)
Complications
La surinfection très grave est suspectée sur des données clinicobiologiques (douleur,
fièvre, hyperleucocytose, augmentation de la protéine C réactive [CRP]). Les quatre
types de collections décrits, mais surtout les collections contenant de la nécrose,
peuvent se surinfecter. La TDM recherche des bulles d'air qui sont inconstantes et
relativement spécifiques de surinfection (voir figure 3.3), bien que pouvant témoi-
gner d'une fistule digestive ou d'un geste préalable percutané, endoscopique, ou
chirurgical. Aussi, en cas de suspicion clinique étayée, la ponction de la collection
permet de confirmer la surinfection d'une nécrose pancréatique ou péripancréa-
tique ou l'existence d'un abcès et d'établir un diagnostic bactériologique et un
antibiogramme. Les collections abcédées peuvent être drainées par voie percuta-
née sous contrôle TDM, en complément ou à la place d'un geste de débridement
chirurgical.
Les complications vasculaires incluent les thromboses veineuses, spléniques, mésen-
tériques et portes, et surtout les hémorragies en rapport avec des ruptures de
pseudo-anévrismes conséquence de l'érosion de la paroi artérielle par les coulées de
nécrose. La TDM montre une collection hémorragique, hyperdense sur les coupes
sans injection et recherche une fuite active (figure 3.4) ou bien l'image directe du
pseudo-anévrisme. L'artériographie n'a de rôle que pour une embolisation.
Diagnostic étiologique
Les causes principales de la pancréatite aiguë sont la lithiase cholédocienne, dont
la recherche justifie les coupes sans injection et l'alcool. De façon plus rare, la pan-
créatite est en rapport avec une infection, une hypertriglycéridémie, une connecti-
vite, un pancréas divisum ou une dystrophie kystique sur pancréas aberrant, ou un
Résultats de l'imagerie 31
A B
Figure 3.4.
Collection aiguë nécrotique compliquée d'un saignement actif.
A. Collection de densité hétérogène péripancréatique étendue associée à une
extravasation de produit de contraste témoignant d'un saignement actif. B. En
angiographie, extravasation à partir d'une artère gastro-épiploïque avant embolisation.
c ancer du pancréas. Chez les patients de plus de 40 ans présentant une première
poussée sans cause évidente, le scanner a donc aussi pour rôle de rechercher un
éventuel cancer du pancréas.
Pièges diagnostiques
La TDM est performante pour le diagnostic de pancréatite aiguë avec une bonne
sensibilité et une bonne spécificité. Elle peut cependant être normale dans les pre-
mières 24 heures (figure 3.5). Il existe de plus un certain nombre de pancréatites
aiguës œdémateuses peu sévères à TDM normale.
A B
Figure 3.5.
Pancréatite aiguë méconnue à la phase initiale.
Pancréas d'aspect strictement normal (A) alors que sur un scanner réalisé 48 heures
après (B), on visualise bien l'augmentation de volume du pancréas et les collections
aiguës péripancréatiques.
32 Douleurs aiguës épigastriques – éliminer une pancréatite
A B C
Figure 3.6.
Dystrophie kystique sur pancréas aberrant.
Existence d'une infiltration siégeant entre le duodénum et le pancréas bien visualisée au
temps portal (A) avec un rehaussement au temps tardif (B). Les éléments kystiques sont
mieux visualisés sur l'IRM (C).
Figure 3.7.
Perforation d'ulcère duodénal bien individualisée par la solution de continuité au sein de
la paroi duodénale.
ISCHÉMIE DU MÉSENTÈRE
L'ischémie du mésentère est plus souvent responsable de douleurs abdominales dif-
fuses importantes. La place de l'imagerie dans le diagnostic des ischémies aiguës du
mésentère est traitée dans le chapitre 8.
Résultats de l'imagerie 35
Figure 3.8.
Panniculite mésentérique.
Formation de densité intermédiaire entre la graisse et l'eau englobant les vaisseaux
mésentériques sans les refouler.
Figure 3.9.
Dissection de l'artère mésentérique supérieure.
36 Douleurs aiguës épigastriques – éliminer une pancréatite
STRATÉGIE DIAGNOSTIQUE
Les pathologies qui sont le plus souvent à l'origine de douleurs épigastriques sont les
pathologies biliaires lithiasiques, et inflammatoires ou ulcéreuses gastroduodénales
et les pancréatites aiguës, pour lesquelles les antécédents, les caractéristiques de la
douleur (intense, irradiation postérieure) et surtout l'hyperlioasémie permettent en
règle le diagnostic. Les investigations reposent sur l'échographie pour rechercher
une pathologie lithiasique biliaire et la fibroscopie pour rechercher une pathologie
gastroduodénale. La TDM est réalisée en deuxième intention si les investigations
précédentes sont négatives et si la symptomatologie ne s'amende pas ou d'emblée
si le tableau clinique est sévère. Dans les pancréatites aiguës, les indications sont
classiquement ciblées aux doutes diagnostiques, aux pancréatites sévères (score de
Ranson supérieur à 3, score d'Apache supérieur à 8), aux suspicions de complica-
tions au cours d'une pancréatite aiguë initialement évaluée comme modérée, ou
lorsqu'il n'existe pas d'amélioration clinique de la pancréatite dans les 3 jours suivant
le début des symptômes.
CHAPITRE
4
Douleurs lombaires
– éliminer une colique
néphrétique
PLAN DU CHAPITRE
■ RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
■ TECHNIQUES D'IMAGERIE
• Abdomen sans préparation
• Urographie intraveineuse
• Écho-Doppler
• Tomodensitométrie
■ RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
• Colique néphrétique
• Pyélonéphrite aiguë
• Infarctus du rein
• Thrombose de la veine rénale
• Hémorragie rénales
• Douleurs d'origine non urinaire
■ STRATÉGIE DIAGNOSTIQUE
RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
Le premier diagnostic évoqué devant une douleur lombaire aiguë latéralisée
est celui de colique néphrétique, pathologie très fréquente puisque 2 à 3 %
de la population aura un jour un épisode de colique néphrétique qui réitérera
dans les 5 ans chez la moitié de ces patients. Cependant, la colique néphré-
tique n'est pas la seule cause de douleur lombaire aiguë, et environ 30 % des
patients présentant un tableau clinique évocateur de colique néphrétique
n'ont pas d'obstruction urétérale ; aussi, l'existence ou non d'une obstruction
urétérale reste la principale question posée devant un tableau de douleur lom-
baire aiguë.
TECHNIQUES D'IMAGERIE
ABDOMEN SANS PRÉPARATION
L'abdomen sans préparation (ASP) est utilisé depuis plus d'un siècle pour le diagnos-
tic de calcul rénal ou urétéral, avec une sensibilité d'environ 60 %. La numérisation
n'a pas significativement modifié les performances de l'ASP dans la détection des
calculs urinaires.
UROGRAPHIE INTRAVEINEUSE
L'urographie intraveineuse (UIV), longtemps considérée comme l'examen de réfé-
rence pour le diagnostic et le bilan d'une colique néphrétique, n'a plus d'indication
dans l'exploration d'une douleur lombaire aiguë.
ÉCHO-DOPPLER
L'échographie recherche en premier lieu une dilatation du système collec-
teur, conséquence de l'obstruction. Cela peut être le seul objectif d'une
échographie dite simplifiée aux urgences pour augmenter la performance
des scores cliniques. Une échographie complète recherchera également un
calcul, cause de l'obstruction, inconstamment visualisé, et a le grand intérêt
d'en évaluer la taille.
TOMODENSITOMÉTRIE
Depuis 1995, la tomodensitométrie (TDM) est devenue l'imagerie de référence
pour un patient suspect de colique néphrétique. Ses performances sont excellentes
puisqu'elle sert aujourd'hui de gold standard pour le diagnostic de colique néphré-
tique. Elle est réalisée en basse dose (≤ 3 mSv) pour les patients dont l'indice de
masse corporelle (IMC) est inférieur à 30.
Résultats de l'imagerie 39
RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
COLIQUE NÉPHRÉTIQUE
Diagnostic positif
La sémiologie du calcul urinaire et de son retentissement sur les voies excrétrices
dépend de la modalité d'imagerie utilisée.
Échographie et Doppler
En échographie, les calculs sont inconstamment identifiés sous forme d'une image
hyperéchogène avec cône d'ombre postérieur. Ils sont surtout vus lorsqu'ils siègent
au niveau de la jonction pyélo-urétérale ou au niveau de la jonction urétérovési-
cale (figure 4.1). Leur retentissement sur le système excréteur dilaté est en revanche
rapidement diagnostiqué.
Le Doppler est maintenant un ajout intéressant. Il peut montrer :
■ une vasoconstriction des artères rénales se traduisant par une élévation de
l'index de résistance du coté obstrué par rapport au côté sain. Celle-ci peut
manquer dans les obstructions récentes (inférieures à 6 heures), dans les obs-
tructions partielles ou modérées, ou sous l'effet des anti-inflammatoires non
stéroïdiens ;
A B
Figure 4.1.
Colique néphrétique due à un calcul enclavé au niveau de la jonction urétérovésicale.
A. Dilatation urétérale bien vue sur une coupe échographique longitudinale de l'uretère
pelvien. B. Calcul sans cône d'ombre évident vu sous forme d'une image, échogène,
arciforme au niveau de la jonction urétéropelvienne.
40 Douleurs lombaires – éliminer une colique néphrétique
■ une anomalie du jet urétéral du côté obstrué. L'étude du jet urétéral nécessite
une hydratation suffisante du patient et surtout que la vessie n'ait pas été vidée
avant l'examen. Même en cas de calcul avéré, le jet urétéral peut être présent si
l'obstruction est partielle ;
■ un artéfact de scintillement, ou encore « effet Arlequin », qui se manifeste en
Doppler couleur par une traînée multicolore visible en arrière du calcul.
Tomodensitométrie
En TDM, le calcul est visualisé sous la forme d'une image hyperdense siégeant dans la
lumière urétérale. La densité des calculs varie entre 300 et 1 500 UH selon leur contenu,
même les calculs radiotransparents des lithiases xantique ou urique ont une densité
supérieure à 200 UH. Associés à ce calcul directement visualisé, il existe souvent des
signes indirects avec une dilatation des cavités pyélocalicielles, une infiltration de la
graisse périrénale (voire une collection périrénale en cas de rupture du fornix), une
infiltration de la graisse péri-urétérale, plus rarement une augmentation de volume du
rein. Le diagnostic différentiel entre un calcul et les calcifications d'une paroi veineuse
(phlébolite) se fait sur le siège de l'hyperdensité anormale puisque le trajet de l'uretère
normal peut être suivi sur toute sa longueur sur un scanner sans injection (figure 4.2).
Aussi sont devenus moins pertinents les deux signes classiquement utilisés pour dif-
férencier lithiase et phlébolithe (figure 4.2) :
■ couronne hypodense autour du calcul traduisant l'épaississement de la paroi
urétérale en regard du calcul ;
■ aspect en queue de comète en rapport avec la portion non calcifiée de la
veine pelvienne.
Figure 4.2.
Différence entre un calcul et un phlébolithe.
Il existe un calcul à droite avec la paroi urétérale bien vue autour du calcul alors qu'à
gauche, il s'agit d'un phlébolithe. En pratique, c'est la visualisation de l'uretère (flèche)
suivi sur toutes les coupes en arrière et en dehors du phlébolithe qui permet d'affirmer
l'origine extra-urétérale de cette calcification.
Résultats de l'imagerie 41
Pièges diagnostiques
Les erreurs diagnostiques (faux positifs et négatifs) dépendent de la modalité d'ima-
gerie utilisée.
Échographie
Une obstruction peut être méconnue :
■ parce que la dilatation des voies excrétrices manque dans le cas d'une obstruc-
tion aiguë débutante ou plus rarement au cours d'une obstruction ayant entraîné
une rupture de la voie excrétrice au niveau d'un fornix ;
■ parce qu'une dilatation avérée n'est pas diagnostiquée si elle est modérée
chez un patient difficile à examiner du fait de sa corpulence ou du fait du
contenu échogène du système collecteur en rapport avec des caillots ou une
suppuration.
À l'inverse, des faux positifs peuvent être dus à :
■ une dilatation hypotonique des cavités sécrétrices traduisant la séquelle d'un
obstacle ou d'un reflux vésico-urétéral ;
■ la présence au sein du sinus de kystes parapyéliques ou de veines de gros
calibres ;
■ une distension vésicale au moment de l'examen ;
■ un bassinet globuleux en position extrasinusale ;
■ ou enfin des pyramides de Malpighi très hypoéchogènes dans certaines
néphropathies avec accentuation de la différenciation corticomédullaire.
Tomodensitométrie
Les calculs urétéraux non visualisés en TDM sont exceptionnels. En effet, même les
petits calculs de 2 mm dont la signification clinique est parfois discutable sont iden-
tifiés ; de même, les calculs considérés comme radiotransparents sur l'abdomen sans
préparation sont également individualisés.
Seules les lithiases très hypodenses, médicamenteuses ne sont pas identifiées. Les
principaux médicaments en cause sont le Crixivan® chez les patients atteints du VIH
traités par trithérapie, certains diurétiques (Isobar®, Prestol®) les sulfamides hypogly-
cémiants et les pansements gastriques (Polysilane®).
Les calculs représentent 95 % des causes de colique néphrétique. Parmi les autres
causes, dominent les caillots (figure 4.3) et de façon plus rare les tumeurs et les
nécroses papillaires.
42 Douleurs lombaires – éliminer une colique néphrétique
A B C
Figure 4.3.
Colique néphrétique gauche chez un patient hémophile explicable par la présence d'une
lithiase mais également de caillots.
A. Hyperdensité spontanée gauche au sein des cavités pyélocalicielles en rapport avec
des caillots. B. Les caillots en amont et la lithiase en aval sont bien visualisés. C. L'injection
de produit de contraste démontre la réalité du syndrome obstructif avec une asymétrie
de néphrographie, tubulaire à droite et corticomédullaire à gauche.
Tableau 4.1.
Score STONE – score clinique identifiant un niveau de probabilité de colique néphrétique⁎.
Items Points
Sexe
Homme 2
Femme 0
Durée de la douleur (Timing)
> 24 h 0
6–24 h 1
< 6 h 3
Origine
Couleur noire de la peau 0
Couleur non noire de la peau 3
Nausée/vomissement
Vomissement 2
Nausée 1
Non 0
Érythrocytes
Hématurie BU
Présente 3
Absente 0
Total
⁎
Probabilité basse (10 %) : 0–5 points ; probabilité intermédiaire (50 %) : 6–9 points ; probabilité haute (90 %) : 10–13 points.
Une lithiase nécessitera un traitement urologique dans environ 30 % des cas du fait
de sa taille et de sa non-expulsion spontanée. Ce traitement pourra être :
■ une séance de LEC, moins invasive, mais inefficace dans les calculs très denses
ou chez les patients obèses ;
■ une urétérosocopie avec fragmentation du calcul, plus invasif mais plus
efficace, et plus facile à réaliser dans les calculs urétéraux bas. Le choix entre
la LEC et l'urétéroscopie dépend du siège et de la composition du calcul,
mais aussi des habitudes de l'urologue ;
■ de façon beaucoup plus rare, une néphrolithotomie percutanée, réservée au
gros calcul de plus de 15 mm enclavé dans les calices ou dans le pyélon.
Aussi, un compte-rendu (encadré 4.1) de suspicion de colique néphrétique,
lorsqu'une lithiase est individualisé, devrait comporter à la fois des facteurs pronos-
tiques sur le passage spontané du calcul et d'orientation sur le type de traitement
urologique nécessaire.
44 Douleurs lombaires – éliminer une colique néphrétique
Encadré 4.1
Compte-rendu structuré de lithiase
■ Taille (plus grand diamètre transversal, fenêtre osseuse)
■ Nombre
■ Composition
PYÉLONÉPHRITE AIGUË
En dehors des lithiases, les pyélonéphrites, compliquées ou non, sont les principales
causes de douleurs lombaires d'origine urinaire.
Le tableau le plus commun est celui d'une pyélonéphrite aiguë dont les signes cli-
niques et biologiques sont évocateurs et pour laquelle le plus souvent aucune ima-
gerie n'est nécessaire.
Une échographie ou un scanner devrait être réalisé dans les 24 premières heures
en cas de symptomatologie hyperalgique à la recherche d'une pyélonéphrite aiguë
obstructive pour laquelle le drainage d'urine infectée est une urgence (figure 4.4).
A B C
Figure 4.4.
Pyélonéphrite aiguë obstructive sur lithiase siégeant au niveau de la jonction
urétérovésicale gauche.
A. Dilatation des cavités pyélocalicielles à gauche avec syndrome obstructif authentifié
par l'asymétrie de la néphrographie et l'épaississement des parois pyéliques très
rehaussées. B. Infiltration marquée de la graisse périrénale gauche et visualisation d'un
calcul au niveau de la portion intramurale de l'uretère gauche. C. Sonde mono J mise par
voie endoscopique, visualisée sur le topogramme d'un scanner de contrôle.
Résultats de l'imagerie 45
Figure 4.5.
Pyélonéphrite emphysémateuse avec présence d'air au sein du parenchyme rénal.
Figure 4.6.
Pyélonéphrite xantogranulomateuse en amont de volumineux calculs pyélocaliciels.
■ la pyélonéphrite est dans la très grande majorité des cas une pathologie par
voie ascendante (en dehors de la survenue dans un contexte de s epticémie à
bactéries à Gram positif ) ; elle est donc précédée d'une pyélite, et l'épaississement
et le rehaussement anormal des parois pyéliques sont des signes diagnostiques
insuffisamment recherchés, en sachant que ces signes ne sont pas spécifiques
d'une pyélite et peuvent être d'origine tumorale (figure 4.7) ;
A B
Figure 4.7.
Cancer urothélial.
A. Épaississement des parois pyéliques rehaussé (flèche). B. Au contact de cet épaississement,
il existe une infiltration tumorale de la lèvre antérieure du rein droit. Le piège diagnostique
serait de conclure à une pyélonéphrite aiguë associée à une néphrite bactérienne focale.
Résultats de l'imagerie 47
INFARCTUS DU REIN
Les infarctus du rein peuvent entraîner un tableau de colique néphrétique ou de pyé-
lonéphrite car l'infarctus peut entraîner de la fièvre et une hyperleucocytose modérée.
Le diagnostic devra toujours être évoqué devant toute douleur lombaire aiguë chez un
sujet de plus de 50 ans, d'autant plus qu'il existe des facteurs de risque cardiovasculaires
(antécédent d'infarctus, d'anévrisme de l'aorte ou de maladie valvulaire cardiaque).
Le scanner montre une plage hypodense, triangulaire, à base périphérique, ne
déformant pas les contours du rein. Le rehaussement d'une bande périphérique
(cortex corticis) par les artères sous-capsulaires est un signe spécifique d'infarctus
rénal, mais retardé et très inconstant (vu dans 20 % des cas). L'absence d'infiltration
de la graisse périrénale et surtout l'absence de rehaussement du pyélon sont des
éléments forts contre le diagnostic de pyélonéphrite, principal diagnostic différen-
tiel en imagerie.
Le temps artériel est utile pour rechercher une thrombose ou bien une dissection de
l'artère rénale (figure 4.8) avec un élargissement localisé de la partie tronculaire de
l'artère rénale gauche, avec un flap intimal et un faux chenal parfois thrombosé. Les
dissections spontanées de l'artère rénale surviennent plus spécifiquement chez les
hommes de 50 ans, fumeurs et hypertendus.
A B
Figure 4.8.
Dissection spontanée de l'artère rénale droite.
A, B. Absence de néphrographie à droite. Existence de séquelles d'infarctus à gauche.
Interruption de l'artère rénale droite disséquée avec un fin chenal perméable sur environ
2 cm (flèche).
48 Douleurs lombaires – éliminer une colique néphrétique
HÉMORRAGIE RÉNALES
Les principales causes d'hémorragie rénale non traumatique sont indiquées dans
l'encadré 4.2.
Le diagnostic d'hémorragie intra- ou périrénale est très facile en TDM sous la forme
d'une hyperdensité spontanée. Les deux défis sont :
■ reconnaître une fuite active nécessitant une embolisation et la différencier de
microanévrismes éventuellement à l'origine du saignement ;
■ identifier une tumeur masquée par le saignement, d'où la nécessité d'une
comparaison soigneuse du temps sans injection et du temps néphrographique
pour rechercher un rehaussement tumoral, et de refaire le scanner à distance (1 à
2 mois) lorsque le caillot se sera au moins partiellement résorbé.
Encadré 4.2
Principales causes d'hémorragie rénale non traumatique
■ Tumeurs rénales :
– adénocarcinomes
– angiomyolipomes pour lesquels une taille supérieure à 4 cm et des anévrismes
supérieurs à 5 mm sont les principaux facteurs de risque de saignement
■ Tumeurs surrénaliennes : phéochromocytomes surtout
■ Saignements intrakystiques :
– polykystoses rénales : environ 80 % des patients avec une polykystose autosomique
dominante auront une douleur lombaire en rapport avec un saignement kystique
– kyste isolé
■ Ruptures de microanévrismes (périartérite noueuse, etc.)
■ Troubles de la coagulation
STRATÉGIE DIAGNOSTIQUE
La suspicion de colique néphrétique est vécue comme une urgence par le patient
du fait de l'intensité d'une douleur, et l'urgence est en effet à calmer cette douleur
par des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) par voie intraveineuse à associer
à un antalgique morphinique en cas de douleur majeure d'emblée.
Lorsqu'il existe des signes de gravité comme une fièvre, un rein unique, une oligoa-
nurie, il y a une indication impérative à rechercher une dilatation des cavités pyé-
localicielles. Lorsque la colique néphrétique est hyperalgique (c'est-à-dire résistant
à un traitement bien conduit par l'association AINS-morphine à dose suffisante), la
crainte de méconnaître une fissuration d'anévrisme de l'aorte abdominale, d'autant
plus que le sujet est âgé, ou une torsion de l'ovaire chez la femme jeune justifie une
imagerie en urgence.
En l'absence de signes de gravité, l'imagerie pourra être effectuée dans un second
temps (entre 12 et 48 heures) selon les recommandations 2008 de l'Association fran-
çaise d'urologie (AFU) en cas de colique néphrétique simple. Ce bilan radiologique
dépend des antécédents du patient (maladie lithiasique connue ou non) et du
risque potentiel de l'irradiation (enfant, femme enceinte).
Il repose sur le couple ASP-échographie ou le scanner :
■ chez l'adulte jeune, devant une suspicion de première crise de colique néphré-
tique, le choix entre ASP-échographie et TDM basse dose dépend des équipes
radiologiques et les référentiels ne tranchent pas entre ces deux choix ;
■ chez l'adulte plus âgé, la TDM basse dose est à recommander ;
■ devant une suspicion de récidive de colique néphrétique, le couple ASP-écho-
graphie est à recommander en première intention ;
■ enfin un calcul traité ou non sera suivi par ASP.
CHAPITRE
5
Douleurs aiguës de la fosse
iliaque droite – éliminer
une appendicite
PLAN DU CHAPITRE
■ RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
■ TECHNIQUES D'IMAGERIE
• Abdomen sans préparation
• Échographie
• Tomodensitométrie
■ RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
• Appendicite aiguë
• Pathologies non appendiculaires
■ STRATÉGIE DIAGNOSTIQUE
• Patients justifiables d'une exploration par imagerie
• Choix entre échographie et tomodensitométrie
RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
La consultation pour douleur aiguë de la fosse iliaque droite est une situation très
fréquente en pratique clinique. Chez plus de 30 % des patients, la douleur s'amen-
dera spontanément et ne pourra être rattachée à aucune étiologie. Cependant, sur
les seules bases de l'interrogatoire et de l'examen clinique, il est souvent difficile de
différencier ces patients des patients nécessitant un traitement chirurgical. En effet,
devant une douleur aiguë de la fosse iliaque droite, le premier diagnostic à évo-
quer reste celui d'appendicite, pathologie qui représente plus du quart des douleurs
abdominales aiguës non traumatiques nécessitant une hospitalisation dans un ser-
vice de chirurgie et plus de la moitié des interventions chirurgicales abdominales
en urgence. Du fait de la fréquence de l'appendicite et de l'importance de ne pas la
laisser évoluer en péritonite, l'existence ou non d'une appendicite est la principale
question posée devant une douleur de la fosse iliaque droite.
TECHNIQUES D'IMAGERIE
ABDOMEN SANS PRÉPARATION
L'abdomen sans préparation (ASP) n'a plus d'intérêt dans l'exploration d'une douleur
de la fosse iliaque droite, comme cela a été clairement énoncé dans le rapport de la
Haute autorité de santé (HAS) publié en 2009.
ÉCHOGRAPHIE
Pour être performante dans l'exploration d'une douleur de la fosse iliaque droite,
l'échographie nécessite l'utilisation d'une sonde de haute fréquence à large bande
(5–7,5 MHz) et une technique soigneuse avec compression dosée des anses diges-
tives. L'échographie permet de principe l'étude des voies biliaires, du rein droit, de
l'utérus et des ovaires chez la femme, mais sera dans cette situation clinique focali-
sée sur le côlon droit, la dernière anse grêle et l'appendice. L'examen est commencé
en coupes axiales transverses qui permettent de repérer le côlon droit et le cæcum
et de retrouver des rapports connus entre l'appendice et les vaisseaux iliaques d'une
part, et le muscle psoas d'autre part. Dans des mains entraînées, un appendice nor-
mal peut être visualisé dans 50 à 75 % des cas. L'appendice a quatre caractéristiques
échographiques :
■ il a comme toute structure digestive une couche interne hypoéchogène
correspondant à la muqueuse, une couche intermédiaire hyperéchogène cor-
respondant à la sous-muqueuse, et une couche externe hypoéchogène corres-
pondant à la muqueuse ;
■ il naît du bas fond cæcal ;
■ il est borgne ;
■ il n'a pas de mouvement péristaltique.
Résultats de l'imagerie 53
TOMODENSITOMÉTRIE
Un certain nombre de points dans la réalisation d'une TDM abdominale dans les
douleurs de la fosse iliaque droite restent discutés :
■ examen réalisé sans ou avec injection de produite de contraste ;
■ scanner low dose ;
■ examen focalisé de façon exclusive sur la fosse iliaque droite ;
■ opacification orale ou rectale.
Dans notre service, les scanners sont réalisés d'emblée avec injection de produite
de contraste au temps portal, sans opacification digestive. Les coupes intéressent
l'ensemble de l'abdomen et du pelvis. Elles sont analysées de façon systématique
dans les plans axial et coronal avec des coupes reconstruites en 2,5 mm d'épaisseur
et la lecture au moindre doute des coupes millimétriques pour augmenter la réso-
lution spatiale.
L'appendice normal est visualisé dans 90 % des cas en scanner. À la différence de
l'échographie où le diamètre de l'appendice sain ne doit pas être supérieur à 6 mm
sous compression, en TDM un appendice sain peut mesurer jusqu'à 10 mm de dia-
mètre. La longueur moyenne de l'appendice est de 8 à 10 cm mais reste très variable,
pouvant aller jusqu'à 25 cm ; un appendice long exposerait plus aux risques d'ap-
pendicite. Son siège préférentiel est au bord interne du cæcum, mais il peut être
latéro- ou rétrocæcal, pelvien, sous-hépatique ou mésocœliaque, et alors respon-
sable d'un tableau clinique trompeur.
La TDM est plus performante que l'échographie dans l'exploration des patients
obèses ou ayant une distension aérique digestive gênant l'exploration ultrasonore,
dans l'exploration des appendicites rétrocæcales, dans le bilan des appendicites
compliquées (phlegmon, perforation), et enfin dans certains diagnostics alternatifs,
comme les coliques néphrétiques.
RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
APPENDICITE AIGUË
Diagnostic positif
Sémiologie de l'appendicite aiguë simple
L'échographie comme la TDM recherchent des signes appendiculaires et des signes
extra-appendiculaires :
54 Douleurs aiguës de la fosse iliaque droite – éliminer une appendicite
Figure 5.1.
Appendicite aiguë en échographie.
La paroi appendiculaire est épaissie et bien différenciée.
Figure 5.2.
Appendicite aiguë en TDM.
La paroi appendiculaire est épaissie et bien rehaussée. Noter la rétention liquidienne
intraluminale.
Résultats de l'imagerie 55
A B
Figure 5.3.
Collection péri-appendiculaire vue en échographie (A) et en TDM (B).
La difficulté dans ces volumineuses collections est l'individualisation de l'appendice normale.
A B C
Figure 5.4.
Perforation appendiculaire.
La coupe axiale (A) montre une interruption de la paroi appendiculaire (flèche)
avec une collection hydroaérique au contact. Les reconstructions sagittales montrant
un stercolithe intra-appendiculaire (B) et extra-appendiculaire (C).
Pièges diagnostiques
Malgré les sensibilité et spécificité élevées de l'échographie et de la TDM pour le dia-
gnostic d'appendicite, supérieures à 90 % dans la plupart des études prospectives,
il existe un certain nombre de faux négatifs et de faux positifs faits par l'imagerie.
Faux négatifs
Le siège de l'appendice n'est pas univoque, expliquant que les repères classiques uti-
lisés pour le chercher (en avant du muscle psoas et en dehors des vaisseaux iliaques)
puissent être pris en défaut.
En échographie, les faux négatifs sont principalement rencontrés chez les sujets
obèses ou ayant une distension aérique abdominale, dans les appendicites rétro-
cæcales et dans les appendicites perforées où la structure appendiculaire n'est plus
reconnaissable.
À l'inverse, en TDM les faux négatifs sont rencontrés chez les sujets minces lorsqu'il
n'existe pas de graisse pour silhouetter l'appendice et lorsque l'appendice patho
logique est confondu avec une anse digestive.
Enfin, en échographie comme en TDM les appendicites localisées à la pointe appen-
diculaire et les appendicites débutantes peuvent être méconnues.
Un épaississement de la paroi cæcale ne devra pas orienter vers une pathologie
colique car il peut être réactionnel à une pathologie appendiculaire de voisinage
(figure 5.5).
Il faudra savoir penser à une appendicite compliquée perforée, complètement détruite
devant un gros abcès de la fosse iliaque droite d'origine indéterminée (figure 5.6).
Faux positifs
Une structure extra-appendiculaire tubulaire normale ou pathologique (anse
digestive, trompe utérine, uretère dilaté, veine gonadique thrombosée) peut être
prise à tort pour une appendicite. Par ailleurs, il peut exister des épaississements
Résultats de l'imagerie 57
A B
Figure 5.5.
Appendicite avec épaississement cæcal réactionnel.
Épaississement des parois du cæcum de nature inflammatoire, circonférentiel et
symétrique, avec infiltration de la graisse péricæcale (A). Cet épaississement est en
rapport avec une appendicite aiguë de siège classique plongeant en dedans des
vaisseaux iliaques droits (B).
A B
Figure 5.6.
Volumineux abcès de la fosse iliaque droite.
La collection vient au contact du muscle psoas droit qui est laminé (A). La présence
d'un stercolithe permet de montrer que cet abcès est d'origine appendiculaire
avec une perforation appendiculaire ayant complètement détruit l'appendice (B).
A B
+
+
A
Figure 5.7.
Aspect de pseuso-appendicite en postopératoire immédiat d'une appendicectomie.
L'échographie montre une structure tubulaire dilatée avec un stercolithe (A). Le scanner
retrouve également une structure d'apparence digestive avec une paroi épaisse, une
lumière dilatée et un stercolithe (B). À la chirurgie, il s'agissait d'un abcès postopératoire
siégeant dans le lit de l'appendicectomie et ayant épousé la forme de l'appendicite.
A B
Figure 5.8.
Tumeur appendiculaire et cæcale perforée dans la paroi musculaire avec abcès pariétal
vue en coupe axiale (A) et coronale (B).
Résultats de l'imagerie 59
L'échographie recherchera :
■ des ganglions mésentériques, de nombre supérieur à trois, et de plus petit
diamètre supérieur à 5 mm ;
■ l'absence d'atteinte inflammatoire du tube digestif.
Maladie de Crohn
La maladie de Crohn se révèle dans un cas sur trois par un tableau pseudo-
appendiculaire avec un diagnostic encore souvent fait à l'occasion d'une appendi-
cectomie ou dans les suites compliquées de celle-ci.
L'imagerie permet d'évoquer le diagnostic de maladie de Crohn devant (figure 5.9) :
■ la présence d'un épaississement, circonférentiel et symétrique, atteignant
l'iléon terminal et le cæcum ;
■ des ulcérations transmurales mieux vues en échographie ;
■ une sclérolipomatose mieux vue en TDM.
Les complications péridigestives à type de phlegmon, d'abcès ou de fistule entéro-
entérique ou entérovésicale sont très évocatrices du diagnostic de maladie de Crohn.
La conservation de la différenciation pariétale témoigne d'une maladie active alors
qu'une dé-différenciation pariétale ou de la graisse intrapariétale correspondrait à
une maladie chronique.
A B
Figure 5.9.
Maladie de Crohn.
L'échographie (A) et le scanner (B) retrouvent un épaississement des parois de l'iléal distal.
Le scanner individualise plus facilement que l'échographie une sclérolipomateuse associée.
Entérocolite infectieuse
Le plus souvent, une entérocolite infectieuse ne nécessite pas d'imagerie avec un
tableau de diarrhée fébrile. Les germes le plus souvent à l'origine d'atteinte iléo-
cæcale sont Yersinia enterocolitica, Campylobacter jejuni et, dans un moindre degré,
Salmonella alors que Escherichia coli entraîne plutôt des pancolites. L'échographie
Résultats de l'imagerie 61
Diverticulite colique
La diverticulite est une maladie fréquente, à l'origine d'un tableau pseudo-
appendiculaire par deux mécanismes :
■ une boucle sigmoïdienne dans la fosse iliaque droite chez les patients ayant un
dolichosigmoïde ;
■ une diverticulite cæcale.
La sémiologie est celle des diverticulites sigmoïdiennes rapportée dans le
chapitre 6.
Diverticulite iléale
L'iléon est un siège relativement rare de diverticules avec deux types de diverticules :
■ les diverticules iléaux acquis qui siègent sur le bord mésentérique de l'iléon
terminal ;
■ le diverticule de Meckel qui siège sur le bord antimésentérique, à environ un
mètre de la valvule de Bauhin. Le scanner dans les diverticulites de Meckel montre
une formation borgne de taille variable, communiquant avec le tube digestif et pré-
sentant une paroi épaissie, rehaussée avec une infiltration de la graisse péridigestive.
Appendicite épiploïque
Les appendicites épiploïques, résultant de la torsion ou de l'inflammation des franges
graisseuses appendues au côlon, constituent une cause de douleur abdominale
aiguë, dont la fréquence est sous-estimée. Lorsque la frange graisseuse enflammée
ou ischémiée est appendue au cæcum ou au côlon droit (figure 5.10), le tableau
62 Douleurs aiguës de la fosse iliaque droite – éliminer une appendicite
Figure 5.10.
Torsion d'un appendice épiploïque rétrocæcal.
Tumeur maligne
Un certain nombre de tumeurs de la région iléocæcale peuvent se révéler par une
douleur de la fosse iliaque droite, une masse palpable et un syndrome septique, en
Stratégie diagnostique 63
STRATÉGIE DIAGNOSTIQUE
L'élaboration d'une stratégie diagnostique doit répondre à deux questions :
■ Quels patients sont justifiables d'une exploration par imagerie ?
■ Faut-il recommander une échographie ou une TDM ?
6
Douleurs aiguës
de la fosse iliaque gauche
– éliminer une diverticulite
sigmoïdienne
PLAN DU CHAPITRE
■ RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
■ TECHNIQUES D'IMAGERIE
• Lavement opaque
• Échographie abdominale
• Tomodensitométrie
■ RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
• Diverticulite sigmoïdienne
• Pathologies non diverticulaires
■ STRATÉGIE DIAGNOSTIQUE
RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
En France, le premier diagnostic à évoquer devant une douleur aiguë de la fosse
iliaque gauche chez un sujet de plus de 50 ans est celui de diverticulose colique com-
pliquée. En effet, la prévalence des diverticules coliques est importante dans les pays
occidentaux du fait de la diminution de la teneur en fibre de nos régimes alimentaires.
La diverticulose colique atteint un tiers de la population de plus de 45 ans et près de la
moitié de la population de plus de 65 ans. Parmi les patients porteurs d'une diverticu-
lose colique, près du quart vont un jour avoir une complication à type de diverticulite
sigmoïdienne.
Aussi, le principal objectif de l'imagerie devant des douleurs de la fosse iliaque gauche
chez un sujet de plus de 50 ans est de rechercher des signes de diverticulite sigmoï-
dienne, non compliquée ou compliquée par une occlusion, une perforation de la
grande cavité péritonéale, une fistule ou un abcès avec comme diagnostic différen-
tiel d'autres colites infectieuses, inflammatoires ou ischémiques. À l'inverse, chez un
sujet jeune, les principales origines évoquées devant une douleur de la fosse iliaque
gauche seront urinaires ou gynécologiques chez la femme en période d'activité géni-
tale, même si 30 % des patients font leur première poussée de sigmoïdite avant 50 ans.
TECHNIQUES D'IMAGERIE
LAVEMENT OPAQUE
Longtemps réalisé, le lavement opaque n'a plus d'indication dans l'exploration de
pathologie colique, en dehors de la recherche de fistule anastomotique colique
postopératoire.
ÉCHOGRAPHIE ABDOMINALE
L'échographie est proposée comme examen non invasif et rapidement disponible
pour faire le diagnostic de diverticulite sigmoïdienne. Elle a des performances égales
à la tomodensitométrie (TDM) pour diagnostiquer un épaississement des parois du
côlon sigmoïde dont elle apprécie mieux la différenciation. Elle reste moins perfor-
mante que la TDM pour la recherche de complications, l'évaluation du siège et du
volume d'éventuels abcès parfois volumineux, ou l'identification d'un pneumopé-
ritoine témoignant d'une perforation. L'échographie a par ailleurs chez la femme le
grand intérêt de rechercher une pathologie gynécologique. Dans les recommanda-
tions HAS 2006, elle n'a pas d'indications en dehors de la suspicion de pathologie
utéro-annexielle.
TOMODENSITOMÉTRIE
La TDM est actuellement l'examen d'imagerie recommandé en première inten-
tion chez un patient suspect de diverticulite colique. La technique de réalisation
Résultats de l'imagerie 67
RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
DIVERTICULITE SIGMOÏDIENNE
Diagnostic positif
Dans les sigmoïdites aiguës diverticulaires non compliquées, l'échographie comme
la TDM recherchent un épaississement de la paroi du côlon sigmoïde, une infiltration
de la graisse péricolique, et des images de diverticules enflammés :
■ l'épaississement de la paroi sigmoïdienne est mesuré à plus de 4 mm,
les couches de la paroi sigmoïdienne restent au début bien différenciées et
l'épaississement porte surtout sur la musculeuse hypoéchogène ;
■ l'infiltration de la graisse périsigmoïdienne est plus facile à détecter en TDM
qu'en échographie. De plus, la TDM peut mettre en évidence une infiltration de
la racine du mésosigmoïde (figure 6.1) et un engorgement vasculaire avec dila-
tation des vaisseaux mésosigmoïdiens, visualisés sous forme de fines structures
perpendiculaires à la paroi sigmoïdienne ;
■ les diverticules sont plus facilement retrouvés en TDM qu'en échographie
sous la forme d'image d'addition aérique, l'inflammation diverticulaire se mani-
festant par un épaississement de la paroi du diverticule qui peut contenir des
matières fécales ou de l'air. Un diverticule enflammé ne devra pas être confondu
avec de l'air extradigestif témoignant d'une perforation et qui n'est pas limité
par une paroi.
A B
Figure 6.1.
A, B. Diverticulite sigmoïdienne compliquée.
Noter l'épaississement des parois du côlon sigmoïde, l'infiltration marquée de la graisse
périsigmoïdienne, l'épaississement de la racine du côlon sigmoïde (flèches) et l'air
extradigestif dans le mésosigmoïde témoignant d'une perforation cloisonnée.
68 Douleurs aiguës de la fosse iliaque gauche
Figure 6.2.
Diverticulite sigmoïdienne compliquée.
Il existe une collection périsigmoïdienne avec une bulle d'air extradigestive (doubles
flèches) à différencier d'un diverticule dont les parois sont bien visualisées (flèche).
A B
Figure 6.3.
Diverticulite sigmoïdienne compliquée.
La coupe axiale (A) montre un abcès pelvien bilobé sous forme d'une collection
liquidienne contenant des bulles d'air. La reconstruction coronale (B) montre une
thrombose de la veine mésentérique inférieure.
Pièges diagnostiques
Le diagnostic de sigmoïdite diverticulaire se fait en imagerie sur l'association d'un
épaississement des parois du côlon sigmoïde et d'une infiltration de la graisse
périsigmoïdienne.
La seule constatation d'un épaississement pariétal isolé ne doit pas faire por-
ter le diagnostic de diverticulite, car celui-ci peut témoigner d'une hypertro-
phie musculaire et/ou d'une lésion de fibrose intramurale rencontrées dans une
diverticulose non compliquée. De la même façon, la visualisation de diverticules
est un phénomène banal rencontré chez près de la moitié des patients de plus
de 65 ans.
À l'inverse, dans les formes cliniquement peu sévères traitées en externe, un scan-
ner réalisé plusieurs jours après la mise en route du traitement ne montre souvent
qu'un épaississement de la paroi colique. L'absence d'infiltration de la graisse péri-
colique ne permet pas de poser le diagnostic de poussée de diverticulite. Or, des
70 Douleurs aiguës de la fosse iliaque gauche
A B
Figure 6.4.
Perforation sur cancer sigmoïdien.
La coupe axiale (A) montre une bulle d'air extradigestive (flèche). Sur la reconstruction
coronale (B), il existe un épaississement court et irrégulier de la paroi du côlon sigmoïde (flèche).
Cette sémiologie ne dispense pas d'un contrôle à distance endoscopique afin d'éli-
miner une néoplasie sigmoïdienne.
Par ailleurs, dans un tableau de douleur aiguë de la fosse iliaque gauche avec fièvre,
se pose devant un épaississement de la paroi colique et une infiltration de la graisse
Résultats de l'imagerie 71
Tableau 6.1.
Causes de colites inflammatoires, infectieuses ou ischémiques.
Éléments cliniques Signes d'imagerie
Colite diverticulaire – Antécédent de diverticulite – Atteinte sigmoïdienne
– Tableau infectieux
Maladie de Crohn – Antécédent de douleur – Atteinte iléale associée
abdominale – Sclérolipomatose
– Diarrhée – Fistule
– Sujet jeune
Rectocolite – Antécédent de douleur – Atteinte rectale associée
ulcéro-hémorragique abdominale – Lésion muqueuse
– Diarrhée prédominante (1re couche
– Rectorragie hypoéchogène)
– Sujet jeune
Colite ischémique – Sujet âgé – Atteinte segmentaire de la
– Antécédent vasculaire moitié gauche du côlon transverse
– Pas de tableau infectieux jusqu'au sigmoïde
– Rectorragie – Pneumatose colique
– Stratification pariétale
Colite infectieuse – Tableau brutal – Atteinte pancolique et iléale
– Diarrhée – Adénopathies
– Voyage intercontinental – Liquide intraluminal
Colite – Patient de réanimation sous – Atteinte pancolique
pseudomembraneuse antibiothérapie – Rehaussement muqueux ++
– Épaississement pariétal très
important
– Ascite
Colite neutropénique – Patient neutropénique après – Atteinte cæcale
greffe de moelle osseuse – Épaississement stratifié
et rehaussé
– Pneumatose isolée possible
Colites infectieuses
Les colites infectieuses, fréquentes et d'origine variée, entraînent le plus souvent un
syndrome douloureux abdominal associé à une diarrhée aiguë dans un contexte
évocateur (immunodéprimé, antibiothérapie récente, voyages intercontinentaux).
Résultats de l'imagerie 73
Figure 6.5.
Colite pseudomembraneuse.
Colite neutropénique
La colite neutropénique touche les patients avec une neutropénie traités pour
hémopathie. Les facteurs favorisants sont multiples et associés, avec en particu-
lier une atteinte infectieuse par des germes opportunistes. L'atteinte est cæcale ou
iléocæcale avec des signes TDM inflammatoires marqués et/ou parfois une pneu-
matose cæcale.
74 Douleurs aiguës de la fosse iliaque gauche
Colites ischémiques
Les colites ischémiques touchent des patients vasculaires, âgés, parfois au décours d'un
épisode aigu de déshydratation ou de collapsus. Elles atteignent préférentiellement les
zones de jonction vasculaire (angle colique gauche et côlon transverse, charnière rec-
tosigmoïdienne). Le diagnostic doit être évoqué de principe devant des douleurs de
l'hypochondre gauche sans fièvre chez un sujet âgé avec un épaississement pariétal
segmentaire colique, typiquement siégeant de la partie moyenne du côlon transverse
au côlon sigmoïde (figure 6.6). L'infiltration de la graisse péricolique manque chez un
tiers des patients. Une absence de rehaussement de la paroi colique et/ou une pneu-
matose pariétale colique témoignent d'une colite ischémique grave (figure 6.7).
A B C
Figure 6.6.
Colite ischémique segmentaire.
La colite atteint la partie gauche du côlon transverse (B) et le côlon gauche (C)
hypoperfusés alors que la partie droite du côlon transverse est normalement rehaussée (A).
La flèche matérialise la démarcation entre le côlon sain et le côlon ischémique.
A B
Figure 6.7.
Colite ischémique grave de siège sigmoïdien.
Absence totale de rehaussement de la paroi colique.
Résultats de l'imagerie 75
Néoplasie sigmoïdienne
Les formes compliquées de néoplasie colique peuvent se révéler par un syndrome
abdominal aigu. La plus fréquente des complications des cancers coliques est l'oc-
clusion colique avec une douleur en cadre, un arrêt du transit et des vomissements
plus tardifs, mais un cancer sigmoïdien peut se surinfecter et donner le tableau cli-
nique et tomodensitométrique d'une sigmoïdite, d'autant plus trompeuse que l'as-
sociation cancer du côlon-sigmoïdite est fréquente.
Origine urinaire
Chez 3 à 5 % des patients avec un tableau de sigmoïdite, la douleur de la fosse
iliaque droite est due à une obstruction urétérale gauche par un calcul, siégeant
en général au niveau de la jonction urétérovésicale. La sémiologie de ces calculs
en imagerie et la place de l'imagerie dans leur exploration ont été traitées au
chapitre 4. Lorsque la fièvre domine, le diagnostic de pyélonéphrite sera le plus
probable.
Chez le sujet âgé, toute douleur des fosses iliaque ou pelvienne doit faire éliminer
un globe vésical. Ce diagnostic théoriquement clinique fait devant une douleur sus-
pubienne intense parfois associée à de la fièvre, des frissons ou une hématurie est
parfois méconnu et porté par l'échographie.
Origine gynécologique
Devant une douleur de la fosse iliaque gauche chez une femme en période d'acti-
vité génitale, une origine gynécologique (salpingite, grossesse extra-utérine, kyste
de l'ovaire compliqué, torsion d'ovaire, fibrome en nécrobiose, dysovulation, infec-
tion génitale) devra être évoquée en première intention. La sémiologie de ces affec-
tions en imagerie et la place de l'imagerie dans leur diagnostic et leur traitement
sont traitées au chapitre 7.
En revanche, devant un tableau clinique et d'imagerie de salpingite chez une
patiente âgée, il faudra rechercher une cause digestive à l'origine du tableau de sal-
pingite (diverticulite, cancer sigmoïdien).
76 Douleurs aiguës de la fosse iliaque gauche
STRATÉGIE DIAGNOSTIQUE
Devant des douleurs aiguës de la fosse iliaque gauche et une suspicion de diverticu-
lite sigmoïdienne, la TDM est l'examen nécessaire et suffisant. Chez la femme jeune
pour laquelle une pathologie gynécologique sera suspectée en première intention,
une échographie sus-pubienne et endovaginale devra être réalisée en première
intention.
CHAPITRE
Douleurs aiguës
pelviennes – éliminer
une grossesse extra-utérine
PLAN DU CHAPITRE
■ RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
■ TECHNIQUES D'IMAGERIE
• Échographie
• Tomodensitométrie
• IRM
■ RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
• Grossesse extra-utérine
• Torsion de l'ovaire
• Hémorragie et/ou rupture de kyste ovarien
• Infections génitales hautes
• Fibromes compliqués
• Thrombose d'une veine ovarienne
• Grossesse intra-utérine abortive
• Dysménorrhée
• Appendicite pelvienne
• Calcul urétéral
■ STRATÉGIE DIAGNOSTIQUE
RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
Les douleurs pelviennes représentent la première cause de consultation dans un
service d'urgence chez les femmes en période d'activité génitale. Même si elles sont
bien plus souvent en rapport avec une dysménorrhée qu'avec une grossesse extra-
utérine, la première question posée à l'imagerie est d'affirmer ou d'éliminer cette
urgence absolue que représente la menace de rupture de grossesse extra-utérine.
La démarche diagnostique repose, comme dans toutes les douleurs abdominales,
sur la prise en compte des antécédents et sur l'examen clinique, mais également sur
le dosage de βHCG qui permet de différencier deux situations : grossesse (intra- ou
extra-utérine) plausible, absence de grossesse.
TECHNIQUES D'IMAGERIE
ÉCHOGRAPHIE
L'échographie pelvienne par voie sus-pubienne puis endovaginale (hormis chez
la jeune fille) est l'examen d'imagerie fondamental dans l'exploration des douleurs
pelviennes.
Le Doppler couleur a un intérêt dans les suspicions de grossesse extra-utérine pour
évaluer le flux sanguin dans les annexes et rechercher la couronne trophoblastique
du sac gestationnel.
TOMODENSITOMÉTRIE
La tomodensitométrie (TDM) a des indications limitées dans les douleurs aiguës pel-
viennes chez les femmes en période d'activité génitale. Elle permet éventuellement
de mieux analyser un pyosalpinx évolué ou de rechercher des lésions non gynéco
logiques à l'origine de douleurs pelviennes comme une appendicite pelvienne ou
un calcul urétéral. En pratique clinique, étant donné la très large diffusion du scanner
dans les urgences abdominales, le diagnostic d'infection utéro-annexielle, de com-
plications de kyste ovarien ou de torsion ovarienne est souvent fait en scanner. La
TDM est pratiquée en première intention en cas de trouble hémodynamique associé
aux douleurs abdominales, étant donné l'urgence et la possibilité de causes extra-
pelviennes à la symptomatologie.
IRM
Il s'agit d'un examen très performant pour le diagnostic des urgences gynéco-
logiques avec une meilleure résolution en contraste que le scanner dans l'iden-
tification d'une trompe anormale ou dans l'identification du contenu d'un kyste
ou des remaniements d'un fibrome. Seuls le manque d'accès à l'IRM et donc le
manque d'expérience des radiologues dans cette situation clinique limitent son
utilisation.
Résultats de l'imagerie 79
RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
GROSSESSE EXTRA-UTÉRINE
Diagnostic positif
Le diagnostic positif de grossesse extra-utérine est fait sur des signes positifs, sur des
signes négatifs, et sur l'interprétation de ces signes en fonction du dosage des βHCG.
Signes positifs
Le signe positif le plus spécifique de grossesse extra-utérine est la visualisation d'un
sac gestationnel comprenant un embryon en situation extra-utérine. Celui-ci n'est
visualisé que dans moins d'un cas sur quatre.
Plus souvent (dans près d'un cas sur deux), seuls sont visualisés une masse
tubaire d'échostructure tissulaire (figure 7.1), à différencier de l'ovaire, ou un
anneau tubaire formé par une bande de tissu échogène entourant une collec-
tion liquidienne. Au sein de cette masse, la visualisation d'un flux extra-utérin
de type placentaire, c'est-à-dire de haute fréquence et de basse résistance,
permet d'orienter vers une grossesse extra-utérine et de différencier cet
hématosalpinx en rapport avec la grossesse extra-utérine d'un hématosalpinx
d'origine rétrograde dû au remplissage par du sang de la trompe utérine à par-
tir de l'utérus.
Enfin, dans près d'un cas sur quatre, l'échographie endovaginale ne visualise pas de
signe annexiel malgré une grossesse extra-utérine.
L'échographie recherche également un épanchement péritonéal dans le cul-de-
sac de Douglas, qui, s'il est anéchogène, aura peu de valeur d'orientation, mais s'il
contient des débris échogènes évoquera un hémopéritoine et orientera vers un dia-
gnostic de grossesse extra-utérine.
Figure 7.1.
Grossesse extra-utérine (GEU) ampullaire gauche non rompue avec hématosalpinx
de 5 cm apparaissant sous la forme d'une masse d'échostructure tissulaire (A).
Noter la couronne trophoblastique très vascularisée au sein de l'hématosalpinx (B)
et la lame d'épanchement péritonéal liquidien.
80 Douleurs aiguës pelviennes – éliminer une grossesse extra-utérine
Signes négatifs
Les signes négatifs sont utiles au diagnostic : l'absence de grossesse intra-utérine
a une très grande valeur diagnostique lorsqu'une grossesse a pu être affirmée
par le dosage de βHCG. En effet, la conjonction de l'absence de sac gestationnel
intra-utérin et d'un dosage de βHCG supérieur à 1 500 UI/l oriente fortement vers
le diagnostic de grossesse extra-utérine puisqu'un sac ovulaire intra-utérin est nor-
malement décelé par voie endovaginale à partir d'un taux de βHCG variant entre
1 000 et 2 000 UI/l selon la méthode de dosage.
Dans certaines situations devant un état de choc d'origine hémorragique, dont les
causes peuvent être multiples, un scanner fait d'emblée en l'absence du résultat
du dosage des βHCG mettra en évidence un hémopéritoine et l'« anneau de feu »
signant la couronne trophoblastique (figure 7.2).
Figure 7.2.
GEU ampullaire gauche révélée par un choc hémorragique.
Hyperdensité spontanée (étoile) témoignant d'un hémopéritoine (A). Couronne
trophoblastique fortement rehaussée au temps portal après injection (flèche) (B).
Noter le corps jaune ovarien droit.
Pièges diagnostiques
Les signes annexiels, utérins ou péritonéaux de grossesse extra-utérine peuvent
poser des problèmes de diagnostic différentiel :
■ un anneau tubaire en rapport avec une grossesse extra-utérine peut être pris
pour un kyste du corps jaune, pour un hydrosalpinx ou pour un kyste paratubaire ;
Résultats de l'imagerie 81
■ une masse pleine tubaire peut être confondue avec un hématosalpinx consé-
cutif au passage rétrograde de sang à partir d'une grossesse avortée intra-utérine
ou même à partir des règles ;
■ un pseudosac gestationnel central ne doit pas être confondu avec un sac ges-
tationnel (tableau 7.1) ;
■ un épanchement péritonéal de petite abondance n'est pas pathologique chez
une femme en période d'activité génitale ; lorsqu'il est plus abondant, il n'est pas
spécifique de grossesse extra-utérine et peut accompagner une autre pathologie
pelvienne aiguë : rupture de kyste ovarien, salpingite ou pyosalpinx, torsion de
l'ovaire ou encore grossesse intra-utérine, au cours de laquelle il peut exister à
partir de l'utérus un passage rétrograde de sang dans la trompe puis dans le cul-
de-sac de Douglas. Un hémopéritoine en échographie accompagne 25 % des
grossesses intra-utérines.
Un contexte d'assistance médicale à la procréation pose un problème dia-
gnostique spécifique avec un risque de grossesse extra-utérine même si un ou
plusieurs œufs intra-utérins sont visualisés. En effet, 1 à 3 % de ces grossesses
comportent un œuf hétérotopique. La visualisation de l'œuf ectopique est plus
difficile car les ovaires sont stimulés, l'épanchement fréquent et les trompes sou-
vent anormales.
Tableau 7.1.
Différences entre un sac gestationnel et un pseudosac gestationnel.
Sac gestationnel Pseudosac gestationnel
(formation liquidienne hématique)
Siège endométrial Siège intracavitaire
Couronne trophoblastique épaisse Couronne endométriale fine
TORSION DE L'OVAIRE
La torsion de l'ovaire est une urgence chirurgicale puisqu'une détorsion permet de
sauver l'ovaire si elle est réalisée tôt. Les torsions de l'ovaire surviennent en règle
sur un ovaire tumoral (kyste, tumeur solide bénigne) ou stimulé par un traitement
inducteur de l'ovulation, sauf chez l'enfant et l'adolescente ou la torsion se produit
plus fréquemment sur un ovaire normal.
Les problèmes de l'imagerie sont différents selon que la torsion survient sur un
ovaire tumoral – cas largement le plus fréquent – ou non.
En présence d'une tumeur ovarienne, l'objectif est de démontrer que cette tumeur
facilement identifiable a entraîné une torsion. Le point clé diagnostique, quelle
que soit la technique d'imagerie – échographie, TDM ou IRM – est d'identifier la
masse inter-utéro-ovarienne correspondant à la trompe turgescente, conséquence
de la stase veineuse et lymphatique (figure 7.3). L'ovaire tordu peut être déplacé
médialement ou controlatéralement, ou bien rester en topographie habituelle.
Résultats de l'imagerie 83
A B
Figure 7.3.
Torsion annexielle droite sur kyste de l'ovaire.
La coupe IRM axiale pondérée en T2 (A) et la coupe après injection de gadolinium (B)
montrent une masse inter-utéro-ovarienne droite (flèche), un ovaire droit en position
anormale en arrière de l'ovaire gauche normal (double flèche), un kyste de 10 cm de diamètre
de l'ovaire avec niveau liquide témoignant d'un saignement et un utérus latérodévié à droite.
A B
Figure 7.4.
Torsion annexielle spontanée chez une adolescente.
Ovaire droit œdémateux, discrètement augmenté de volume avec follicules répartis
en périphérie et hypertrophie échogène du stroma (A) bien vu à droite de l'utérus (U).
Masse péri-ovarienne droite (flèche), le « téton » sur l'ovaire (o), siège d'une vascularisation
tubulée, correspondant au tour de spire tubaire et au pédicule vasculaire (B).
84 Douleurs aiguës pelviennes – éliminer une grossesse extra-utérine
A B
Figure 7.5.
Kyste ovarien droit hémorragique.
Contenu échogène, hétérogène, en filet de pêche, avec niveau intrakystique (A),
sans signal Doppler (B) correspondant à un kyste fonctionnel hémorragique typique.
Noter la trompe droite refoulée vers le bas (flèche).
Résultats de l'imagerie 85
Figure 7.6.
Rupture d'un kyste du corps jaune.
Épanchement pelvien hétérogène correspondant à un hémopéritoine avec caillots
échogènes (flèche). Corps jaune ovarien droit affaissé, dont les parois sont épaisses
et hypervasculaires.
Encadré 7.1
Recommandations du Collège national des gynécologues
et obstétriciens français (CNGOF) devant la suspicion
d'une infection génitale haute
Critères majeurs proposés (l'absence des critères tend à éliminer
le diagnostic d'infection génitale haute)
■
Douleur pelvienne spontanée (en l'absence d'autres pathologies)
■ ET :
– douleur annexielle provoquée
– et/ou douleur à la mobilisation utérine
A B C
Figure 7.7.
Pyosalpinx gauche.
Structure tubulée, avec indentations pariétales (A), ayant un aspect en « roue dentée »
en axial (B) correspondant aux franges tubaires, de parois épaisses et siège d'un niveau
déclive. Noter l'aspect inflammatoire hyperéchogène de la graisse adjacente. Même
aspect en TDM (C).
A B
Figure 7.8.
Abcès tubo-ovarien.
Masse annexielle gauche complexe, échogène, avec une portion ovalaire. Les parois sont
épaisses et très vascularisées, et le contenu est épais, avasculaire. Pas de parenchyme
ovarien identifiable.
88 Douleurs aiguës pelviennes – éliminer une grossesse extra-utérine
Figure 7.9.
Péritonite pelvienne.
Salpingite avec pyosalpinx gauche et pelvipéritonite.
Infiltration de la graisse épiploïque inférieure (flèche) avec épanchement pelvien
modérément dense (astérisque) et épaississement du feuillet péritonéal (flèche pointillée)
au contact de la trompe dilatée dont le contenu est liquidien et les parois rehaussées.
FIBROMES COMPLIQUÉS
La nécrobiose complique les volumineux fibromes, typiquement en cours de
grossesse. Le diagnostic est évoqué devant une volumineuse masse myométriale
d'échostructure très hypoéchogène, non rehaussée après injection de produit de
contraste (figure 7.10). L'IRM confirme le diagnostic si nécessaire.
La rupture hémorragique complique les volumineux fibromes sous-séreux et est
favorisée par la torsion du fibrome (figure 7.11).
Résultats de l'imagerie 89
A B
Figure 7.10.
Nécrobiose compliquant un fibrome utérin.
L'échographie (A) et la TDM (B) montrent la masse hypoéchogène et hypodense
non rehaussée refoulant l'endomètre vers la gauche.
Figure 7.11.
Rupture hémorragique intrapéritonéale d'un fibrome sous-séreux.
A B
Figure 7.12.
Thrombose de la veine ovarienne à J5 post-césarienne.
Veine gonadique droite dilatée siège d'un thrombus (flèche) spontanément dense
sans injection (A), puis réalisant une image de soustraction dans la lumière vasculaire
au temps portal après injection (B). Noter l'utérus gravide et les bulles d'emphysème
sous-cutanées résiduelles postchirurgicales.
DYSMÉNORRHÉE
La dysménorrhée se définit par une douleur contemporaine des règles. Elle est très
fréquente puisqu'elle représente la première cause d'absentéisme scolaire et profes-
sionnel chez l'adolescente et la jeune femme. Elle est parfois particulièrement aiguë,
amenant la patiente à consulter en urgence. Le diagnostic est fait sur l'interroga-
toire, retrouvant le caractère cyclique de la douleur au moment des règles. L'examen
gynécologique éventuellement complété par une échographie recherche l'absence
de malformation vaginale ou utérine, de sténose du col et confirme le volume nor-
mal de l'utérus.
APPENDICITE PELVIENNE
Les appendicites de siège pelvien sont responsables d'un syndrome douloureux pel-
vien aigu, en général associé à de la fièvre. Elles représentent le principal diagnostic
différentiel des salpingites. La séméiologie de l'appendicite en échographie et en
TDM est traitée au chapitre 5. Lorsque l'appendice est de siège pelvien, l'échogra-
phie endovaginale est d'un grand apport pour retrouver les signes échographiques
classiques de l'appendicite.
Stratégie diagnostique 91
CALCUL URÉTÉRAL
Les lithiases urinaires, responsables typiquement d'un tableau douloureux de la fosse
lombaire, peuvent également se manifester par des douleurs pelviennes aiguës. Les
caractéristiques de ces calculs en imagerie sont traitées au chapitre 4. Comme pour
l'appendicite, l'échographie endovaginale peut être utile pour identifier un calcul au
niveau d'un méat urétéral, puisqu'elle visualise bien la paroi postérieure de la vessie
et les jonctions urétérovésicales.
STRATÉGIE DIAGNOSTIQUE
Devant des douleurs pelviennes chez une femme en période d'activité génitale,
la stratégie diagnostique repose sur le couple βHCG-échographie endovaginale.
Lorsque le taux de βHCG est élevé, l'objectif de l'imagerie est d'affirmer ou d'éli-
miner une grossesse intra-utérine (figure 7.13). Si ce taux est supérieur à 1 500 UI/l,
l'absence de sac ovulaire intra-utérin décelable en échographie endovaginale rend
le diagnostic de grossesse extra-utérine très probable. Si ce taux est élevé mais infé-
rieur à 1 500 UI/l, le diagnostic de grossesse extra-utérine est porté soit sur des signes
annexiels directs en échographie endovaginale, soit par la répétition du dosage des
βHCG et de l'échographie endovaginale qui montrera une croissance du taux de
βHCG sans apparition d'un sac ovulaire intra-utérin. Dans ce contexte de grossesse,
les pathologies autres que la grossesse extra-utérine à l'origine des douleurs pel-
viennes aiguës sont une grossesse intra-utérine normale ou abortive, ou la com-
plication d'un kyste du corps jaune associée à la grossesse (rupture, hémorragie
intrakystique, torsion ovarienne).
Lorsqu'une grossesse a été éliminée (taux de βHCG normal), le diagnostic repose
également sur l'échographie endovaginale, la pathologie la plus fréquemment
responsable de la douleur étant l'infection utéro-annexielle s'il existe de la fièvre
et/ou des leucorrhées ou un kyste ovarien compliqué (rupture et hémorragie plus
fréquentes que la torsion) en l'absence de symptomatologie infectieuse.
92
Douleur pelvienne de la femme en activité génitale
hCG
=
Ovaire Ovaire Ø Hématosalpinx Hématosalpinx GEU
« normal » anormal jusqu'à
=
(= corps jaune) Grossesse de GEU preuve
=
− Kyste hémorragique localisation jusqu'à du
=
Répéter hCG
Écho. +++
Figure 7.13.
Stratégie d'exploration devant une suspicion de grossesse extra-utérine (GEU).
AMP : aide médicale à la procréation ; Écho : échographie ; GIU : grossesse intra-utérine ; hCG : hormone chorionique gonadotrope humaine.
CHAPITRE
8
Douleurs abdominales
associées à un état
de choc – éliminer une
rupture d'anévrisme
de l'aorte abdominale
PLAN DU CHAPITRE
■ RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
■ TECHNIQUES D'IMAGERIE
■ RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
• Rupture d'anévrisme de l'aorte abdominale
• Hémorragie rétropéritonéale d'autres étiologies
• Hémorragie intrapéritonéale
• Autres causes de choc associé à des douleurs abdominales
• Ischémie aiguë du mésentère
• Péritonite
• Pancréatite
• Infarctus du myocarde
■ STRATÉGIE DIAGNOSTIQUE
RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
Les douleurs abdominales accompagnées d'un état de choc ou de signes hémo-
dynamiques péjoratifs, tels que des marbrures ou une polypnée, constituent une
urgence vitale et nécessitent un diagnostic et un traitement immédiats. Cette asso-
ciation d'une douleur abdominale et de signes de défaillance cardiovasculaire
évoque en premier lieu un saignement intra-abdominal, plus souvent rétropérito-
néal qu'intrapéritonéal, ou bien une ischémie digestive. Le principal diagnostic diffé-
rentiel de ces urgences abdominales vasculaires est l'infarctus du myocarde.
Parmi les saignements intra-abdominaux non traumatiques, le premier diagnos-
tic à évoquer chez un patient de plus de 50 ans est la rupture de l'anévrisme de
l'aorte abdominale toujours mortelle en l'absence de prise en charge en urgence.
La rupture d'un anévrisme de l'aorte abdominale représente la troisième cause de
mortalité d'origine cardiovasculaire. Le risque de rupture dépend du diamètre de
l'anévrisme et la fréquence des anévrismes de l'aorte abdominale est liée aux prin-
cipaux facteurs de risque cardiovasculaire, expliquant la validation en 2013 par la
Haute autorité de santé (HAS) du dépistage ciblé, unique et opportuniste de l'ané-
vrisme de l'aorte abdominal. L'anévrisme de l'aorte abdominale est défini par une
rupture de parallélisme des bords de l'aorte avec un plus grand diamètre perpen-
diculaire à l'axe de l'aorte supérieur à 3 cm. Il doit être dépisté dans les populations
suivantes :
■ homme entre 65 et 75 ans, tabagique chronique actuel ou passé ;
■ homme entre 50 et 75 ans ayant des antécédents familiaux d'anévrisme de
l'aorte abdominale.
TECHNIQUES D'IMAGERIE
La tomodensitométrie (TDM) est l'examen à réaliser en urgence devant une douleur
abdominale associée à un état de choc. L'échographie est théoriquement perfor-
mante pour rechercher un hémopéritoine et mesurer le calibre de l'aorte abdomi-
nale ; ses performances sont moindres pour le diagnostic d'hémorétropéritoine et,
quoi qu'il en soit, elle ne permettra pas de donner les renseignements suffisants à
une prise en charge thérapeutique.
RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
RUPTURE D'ANÉVRISME DE L'AORTE ABDOMINALE
Diagnostic positif
Le diagnostic d'anévrisme de l'aorte abdominale est facile, porté sur une rupture
de parallélisme des bords de l'aorte avec un plus grand diamètre perpendiculaire à
l'axe de l'aorte supérieur à 3 cm. Dans une rupture franche, il est visualisé en plus de
l'anévrisme :
Résultats de l'imagerie 95
Figure 8.1.
Rupture d'anévrisme de l'aorte abdominale.
Extravasation de produit de contraste au sein d'un thrombus anévrismal et volumineux
hématome rétropéritonéal latéralisé à droite.
Pièges diagnostiques
Les difficultés diagnostiques peuvent être dues à la présentation clinique, au type de
rupture – fissuration dans le thrombus anévrismale plutôt que rupture franche extra-
aortique –, ou à une localisation rare de la rupture, même si celle-ci est franche :
■ présentation clinique :
●
pseudo-urologique évoquant une colique néphrétique, d'où la méfiance
nécessaire devant une première crise de colique néphrétique chez un homme
de plus de 50 ans ;
●
neurologique par compression par un hématome rétropéritonéal ;
●
pseudo-orthopédique avec une lombalgie aiguë évoquant un tassement
vertébral ou une fracture rachidienne ;
●
digestive avec une hémorragie digestive due à une rupture de l'anévrisme
dans le troisième duodénum.
96 Douleurs abdominales associées à un état de choc
A B
Figure 8.2.
Intérêt du temps portal pour mieux voir une fuite artérielle.
L'extravasation de produit de contraste au sein du thrombus anévrismal, traduisant
une rupture de l'anévrisme de l'aorte abdominale, est mieux visualisée et plus étendue
au temps portal (B) qu'au temps artériel (A).
Figure 8.3.
Rupture d'anévrisme de l'aorte abdominale.
Noter la discontinuité des calcifications qui pointe le siège de la fuite, latéral droit,
authentifié par le siège de l'hématome rétropéritonéal.
Résultats de l'imagerie 97
●
augmentation du diamètre de l'anévrisme et du ratio diamètre de l'aorte
circulante/diamètre de l'anévrisme ;
●
signe du croissant avec hyperdensité spontanée d'un hématome frais au
sein du thrombus. Ce signe a une valeur forte et justifie pour certains un pas-
sage sans injection (figure 8.4) ou, à notre avis, des coupes tardives s'il y a un
doute diagnostique ; il nécessite, pour être plus facilement repéré, de serrer les
constantes de visualisation ;
●
signe du drapé lorsque la paroi postérieure de l'anévrisme épouse la forme
du bord antérieur de la vertèbre ;
●
déformation très localisée de la paroi anévrismale.
A B
Figure 8.4.
Rupture d'anévrisme de l'aorte abdominale avec hyperdensité spontanée au sein
du thrombus.
Sur la coupe sans injection (A), il existe un hématome spontané intramural mieux vu par
son hyperdensité spontanée que sur la coupe après injection de produit de contraste (B).
A B
Figure 8.5.
Anévrisme de l'aorte abdominale sous-rénale.
L'hématome rétropéritonéal abondant refoulant le rein droit et le duodénum est
bien visualisé (A). Les reconstructions (B) montrent clairement que l'anévrisme siège
au-dessous des artères rénales.
Dans tous les cas, il faut rechercher une lésion expliquant cette hémorragie spon-
tanée, et notamment une tumeur rénale (angiomyolipome – figure 8.6 – le plus
souvent, adénocarcinome) ou surrénalienne (phéochromocytome), ou bien des
anévrismes de branches distales de l'artère rénale entrant dans le cadre d'une périar-
térite noueuse.
Figure 8.6.
Angiomyolipome rénal saignant dans le rétropéritoine.
HÉMORRAGIE INTRAPÉRITONÉALE
Les douleurs abdominales accompagnées d'un état de choc ou de signes hémo
dynamiques péjoratifs (marbrure, hypotension, polypnée) peuvent témoigner d'une
hémorragie intrapéritonéale.
Les causes d'hémorragie intrapéritonéale non traumatiques sont multiples
(tableau 8.1), d'origine gastro-entérologique ou gynécologique.
Chez une femme en période d'activité génitale, le contexte clinique fera suspec-
ter avant toute autre cause une grossesse extra-utérine rompue et fera indiquer en
urgence une échographie sus-pubienne et endovaginale. Les signes d'imagerie des
grossesses extra-utérines sont traités dans le chapitre 7. En dehors d'une grossesse
extra-utérine, la visualisation d'un hématome péri-utérin, en règle asymétrique et
localisé à proximité d'un kyste souvent collabé, permettra le diagnostic de rupture
de kyste fonctionnel (figure 8.7), en sachant que les saignements compliquant les
kystes fonctionnels sont le plus souvent intrakystiques et alors rarement respon-
sables d'un état de choc.
En l'absence d'un contexte évocateur de grossesse extra-utérine, les deux causes
principales d'hémopéritoine non traumatique sont la rupture d'un anévrisme et la
rupture d'une tumeur viscérale.
100 Douleurs abdominales associées à un état de choc
Tableau 8.1.
Étiologie des hémopéritoines non traumatiques.
Figure 8.7.
Rupture extra-ovarienne d'un kyste du corps jaune.
Il existe un volumineux hématome pelvien, péri-utérin et latéralisé à droite autour d'un
kyste de l'ovaire, à paroi rehaussée, et collabé du fait de sa rupture (flèche).
Les ruptures intrapéritonéales d'anévrisme sont surtout le fait des anévrismes de l'ar-
tère splénique et des branches gastroduodénales, plus rarement des anévrismes du
tronc cœliaque, de l'artère hépatique ou de l' artère mésentérique. La TDM permet
de bien préciser la topographie de l'anévrisme et d'apprécier la diffusion hémor
ragique péri-anévrismale. L'angiographie a aujourd'hui des indications réservées au
traitement par matériel embolisant de l'anévrisme et de la fuite anévrismale.
Résultats de l'imagerie 101
Les ruptures hémorragiques intrapéritionéales d'une tumeur viscérale sont le fait des
lésions hypervasculaires à remaniement hémorragique ou nécrotique ; c'est le cas
des adénomes hépatiques, des carcinomes hépatocellulaires (figure 8.8) et de
certaines tumeurs digestives stromales à développement exoluminal, n otamment
gastrique. La TDM apprécie l'importance de l'hémopéritoine et recherche la lésion
tumorale causale qui, dans certains adénomes hépatiques, est parfois tellement
remaniée par des phénomènes nécrotico-hémorragiques qu'elle prend le masque
d'un hématome et ne se rehausse pas après injection de produit de contraste.
Figure 8.8.
Rupture intrapéritonéale d'un hépatocarcinome.
La coupe axiale au temps artériel montre une extravasation de produit de contraste
siégeant au sein d'une tumeur du foie gauche (A). Sur la reconstruction coronale (B),
un hématome péritumoral intrapéritonéal est bien visualisé.
Encadré 8.1
Étiologie des ischémies mésentériques aiguës
■ Embolie artérielle (25 % des cas)
– Le plus souvent d'origine cardiaque
– Artère mésentérique supérieure préférentiellement atteinte
■ Thrombose artérielle (25 % des cas)
– Thrombophilie
– Pyléphlébite
La TDM est l'examen princeps du diagnostic et recherche des signes pariétaux diges-
tifs témoignant de la souffrance digestive, des signes péridigestifs et des signes vas-
culaires orientant sur la cause :
■ signes pariétaux :
●
une diminution du rehaussement de la paroi du tube digestif, très évocatrice
d'ischémie artérielle : la paroi de certaines (figure 8.9) anses grêles ou de l'ensemble
Résultats de l'imagerie 103
de celles-ci n'est pas rehaussée alors que, par comparaison, la paroi de l'estomac
ou du côlon est bien rehaussée. Une acquisition sans injection peut être utile pour
évaluer le rehaussement pariétal et ne pas confondre une paroi digestive rehaus-
sée avec une paroi spontanément hyperdense du fait d'un saignement ;
●
une pneumatose pariétale digestive qui est un signe rare et non spécifique
puisqu'une distension digestive, en particulier gastrique, peut entraîner une
pneumatose ;
●
au contraire, un épaississement pariétal avec rehaussement persistant après
injection très évocateur d'ischémie veineuse.
■ signes péridigestifs : une infiltration de la graisse péridigestive, qui est le signe
le plus sensible ;
■ signes vasculaires : une oblitération de l'artère mésentérique supérieure proxi-
male (thrombose) ou plus distale (embolie) ou bien de la veine mésentérique
supérieure.
En dehors de l'ischémie primitive du mésentère, dans le cadre d'une occlusion
mécanique du grêle, l'existence d'un état de choc peut témoigner d'un mécanisme
de strangulation entraînant une ischémie digestive.
Figure 8.9.
Ischémie primitive du mésentère.
Différence nette de rehaussement entre certaines anses digestives iléales non
rehaussées alors que des anses jéjunales ont une paroi parfaitement rehaussée.
104 Douleurs abdominales associées à un état de choc
PÉRITONITE
En plus d'un tableau douloureux abdominal, les péritonites peuvent se compliquer
d'un choc septique si elles ne sont pas traitées. Les causes les plus fréquentes de
ces chocs septiques sont les perforations digestives, les atteintes péritonéales com-
pliquant une cholécystite, en particulier chez le sujet âgé, ou une diverticulite ainsi
que les pyélonéphrites et pyonéphroses. Les signes en imagerie de ces différentes
pathologies sont traités dans les chapitres correspondants. En cas de discordance
entre une atteinte du type diverticulite, appendicite ou cholécystite peu marquée
en imagerie et un sepsis important, il faudra savoir rechercher une thrombophlébite
septique au niveau des veines mésentérique inférieure (diverticulite sigmoïdienne),
mésentérique supérieure (appendicite) ou portale (cholécystite).
PANCRÉATITE
L'état de choc constitue le signe principal des complications systémiques de la pan-
créatite aiguë, complications qui en font la gravité.
INFARCTUS DU MYOCARDE
L'infarctus du myocarde représente une cause fréquente de douleurs abdominales
avec état de choc. Dans tous les cas, un électrocardiogramme doit être réalisé à la
recherche de signes directs d'infarctus du myocarde et de troubles du rythme.
STRATÉGIE DIAGNOSTIQUE
Le choix des examens devant un tableau associant une douleur abdominale et un
état de choc a pour objectif de permettre un diagnostic, mais surtout de ne pas retar-
der un éventuel traitement chirurgical urgent. Si l'état de choc est contrôlé par une
réanimation, la TDM est certainement l'examen le plus rentable. En revanche, dans
les exceptionnels cas de collapsus totalement incontrôlable malgré une réanimation
bien conduite, une échographie rapide doit être réalisée en salle de déchocage à la
recherche d'un hémopéritoine ou d'un anévrisme de l'aorte abdominale, anévrisme
qui, même s'il n'est pas visualisé d'hématome rétropéritonéal, doit conduire dans ce
contexte clinique à une chirurgie en extrême urgence.
CHAPITRE
9
Occlusion intestinale aiguë
– éliminer une occlusion
mécanique compliquée
d'une strangulation
PLAN DU CHAPITRE
■ RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
■ TECHNIQUES D'IMAGERIE
• Abdomen sans préparation
• Échographie
• Tomodensitométrie
■ RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
• Diagnostic d'occlusion mécanique versus occlusion fonctionnelle
• Diagnostic topographique
• Diagnostic étiologique des occlusions mécaniques
• Diagnostic étiologique d'une occlusion fonctionnelle
• Diagnostic de gravité d'une occlusion mécanique
• Impact thérapeutique
RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
L'occlusion intestinale est un syndrome défini par un empêchement à la progres-
sion aborale du contenu intestinal par obstacle mécanique ou par faillite de l'acti-
vité musculaire intestinale. Elle représente 10 % des douleurs abdominales aiguës
de l'adulte et constitue la deuxième cause d'hospitalisation en urgence en chirurgie
après l'appendicite aiguë.
Les occlusions mécaniques sont localisées au niveau de l'estomac dans 1 % des cas,
de l'intestin grêle dans 75 % des cas et du côlon dans 25 % des cas.
Devant une suspicion d'occlusion, les objectifs de l'imagerie sont bien codifiés.
Objectifs de l'imagerie
■
Déterminer le caractère organique (ou mécanique) ou bien fonctionnel
(ou paralytique) de l'occlusion
■
Dans les occlusions mécaniques, déterminer le siège grêle ou colique
de l'occlusion
■
Déterminer la cause de l'occlusion, qu'elle soit mécanique, grêle ou colique,
ou fonctionnelle
■
Rechercher des signes d'ischémie pouvant aboutir très rapidement à la
gangrène intestinale et à la perforation
■
Orienter sur la conduite thérapeutique : traitement chirurgical par laparoto-
mie ou par cœlioscopie, ou surveillance en milieu médical ou chirurgical
La prise en charge des occlusions mécaniques a évolué, avec des attitudes de plus
en plus conservatrices dans les occlusions mécaniques du grêle sur bride, qui repré-
sentent le siège et la cause les plus fréquents d'occlusion mécanique. À l'inverse,
les occlusions compliquées d'une strangulation constituent une urgence chirurgi-
cale. Aussi, le premier objectif devant un tableau clinique d'occlusion est d'éliminer
une strangulation, dont la mortalité et la morbidité sont directement liées au retard
thérapeutique.
TECHNIQUES D'IMAGERIE
ABDOMEN SANS PRÉPARATION
L'abdomen sans préparation (ASP) n'a plus d'indications reconnues pour le diagnos-
tic d'occlusion mécanique du grêle. La présence de niveaux hydroaériques n'est
pas spécifique d'une occlusion mécanique et peut être retrouvée dans un iléus.
À l'inverse, lorsque les anses digestives en amont d'un obstacle sont remplies de
Résultats de l'imagerie 107
liquide sans air, il n'y a pas de niveaux hydroaériques. S'appuyant sur l'avis des socié-
tés savantes de radiologie mais aussi de chirurgie, de gastro-entérologie et d'ur-
gence, la Haute autorité de santé (HAS) a clairement conclu en 2009 que l'ASP n'a
plus d'indication dans les occlusions.
ÉCHOGRAPHIE
L'échographie n'a pas d'intérêt dans les suspicions d'occlusion mécanique en dehors
du cas particulier d'une hernie pariétale étranglée.
TOMODENSITOMÉTRIE
La tomodensitométrie a considérablement amélioré la prise en charge diagnostique
des syndromes occlusifs. Elle a des performances élevées pour les différentes étapes
du diagnostic : diagnostic positif d'une occlusion mécanique, diagnostic de siège,
de cause, de strangulation, et un impact important sur la prise en charge théra-
peutique. L'injection est indispensable au diagnostic de strangulation. Les recons-
tructions coronales et sagittales sont utiles à l'identification de la zone de transition.
Les opacifications digestives sont inutiles et non recommandées dans ce contexte
d'urgence.
RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
DIAGNOSTIC D'OCCLUSION MÉCANIQUE VERSUS OCCLUSION
FONCTIONNELLE
Les signes TDM d'occlusion mécanique du grêle associent :
■ un syndrome sus-lésionnel au-dessus de l'obstacle avec des anses digestives
dilatées mesurant un diamètre de plus de 25 mm pour l'intestin grêle et plus de
6 cm pour le côlon ;
■ un syndrome sous-lésionnel au-dessous de l'obstacle avec des anses diges-
tives collabées ;
■ une zone de transition ;
■ dans les occlusions mécaniques du grêle (OMG), la présence de pseudoma-
tières (feces findings) accumulées au-dessus de l'obstacle orientant vers le siège
de la zone de transition.
La TDM est très performante pour différencier une occlusion mécanique d'une occlu-
sion fonctionnelle, car elle permet de mieux suivre les structures digestives disten-
dues depuis l'estomac et les structures digestives collabées depuis le rectosigmoïde,
et donc de visualiser une zone de transition permettant d'affirmer le caractère méca-
nique de l'occlusion.
108 Occlusion intestinale aiguë
La TDM garde des difficultés pour différencier une occlusion de bas grade sur
adhérences multiples, donc sans niveau transitionnel net, d'une occlusion
fonctionnelle.
DIAGNOSTIC TOPOGRAPHIQUE
De fait, l'identification de la zone de transition nécessaire au diagnostic d'occlu-
sion mécanique permet d'identifier le siège de l'occlusion mécanique. Un certain
nombre de pièges doivent être connus :
■ des anses grêles collabées car siégeant très en amont de l'obstacle ne doivent
pas être prises pour des anses siégeant en aval de l'obstacle ;
■ dans certaines OMG, dites « à ventre plat », les anses grêles dilatées sont peu
nombreuses. Ces occlusions sont souvent compliquées d'une strangulation ;
■ les iléus (occlusions fonctionnelles) peuvent s'accompagner d'une dilatation
colique limitée au côlon droit et transverse avec un côlon gauche plat. C'est l'indi-
vidualisation d'une lésion au niveau de l'angle colique gauche qui fera le diagnos-
tic d'occlusion mécanique du côlon ;
■ la présence d'air dans le rectum a peu de signification puisque le caractère
progressif et longtemps incomplet des occlusions coliques basses explique qu'il
soit fréquent d'observer des clartés gazeuses dans l'ampoule rectale, même en
l'absence de toucher rectal préalable.
Tableau 9.1.
Causes des occlusions mécaniques gastroduodénales.
Lésions intraluminales Lésions pariétales Lésions extrinsèques
« Corps étranger » Tumeur de la paroi Maladie inflammatoire de voisinage
au sens large Maladie inflammatoire Complication de la chirurgie (bariatrique)
Invagination Hématome Masse tumorale de voisinage (pancréas,
duodénoduodénale Sténose congénitale vésicule biliaire)
du pylore Syndrome de l'artère mésentérique
supérieure
Pancréas annulaire
Volvulus
Figure 9.1.
Sténose post-ulcéreuse de D2.
La coupe axiale (A) et la reconstruction coronale (B) montrent une sténose courte
(flèche) avec un épaississement pariétal symétrique rehaussé.
Figure 9.2.
Sténose néoplasique de D4 compliquant un cancer du corps du pancréas.
Noter la présence de métastases hépatiques.
110 Occlusion intestinale aiguë
Tableau 9.2.
Causes des occlusions mécaniques du grêle.
Lésions intraluminales Lésions pariétales Lésions extrinsèques
« Corps étranger » Tumeur de la paroi Bride et adhérence
au sens large Maladie inflammatoire Hernie externe et interne
Invagination Ischémie Masse tumorale
Hématome Abcès
Masse autre
Volvulus
Brides
Le principal facteur favorisant est un antécédent de chirurgie abdominale, même
si dans environ 5 % des cas de brides, on ne retrouve pas d'antécédents chirurgi-
caux. Le diagnostic de bride se fait sur des signes indirects et des signes directs :
■ signe indirect : la visualisation d'une zone de transition entre l'intestin dilaté et
l'intestin collabé, sans cause individualisable au niveau du site de l'obstruction ;
■ signe direct : la présence d'un signe du bec et d'un signe de l'encoche grais-
seuse traduisant la compression par la bride d'une anse intestinale (figure 9.3).
Figure 9.3.
Occlusion mécanique du grêle sur bride.
Présence d'un signe du bec et d'un signe de l'encoche graisseuse témoignant d'une
compression d'une anse iléale par une bride sur deux anses adjacentes. La présence de deux
signes du bec sur deux anses grêles adjacentes témoigne d'un mécanisme par incarcération.
Résultats de l'imagerie 111
Obstacle endoluminal
L'obstacle peut être une tumeur, un corps étranger (calcul, bézoard) ou un segment
digestif invaginé.
Tumeurs
Les tumeurs malignes primitives ou secondaires sont responsables de moins de
10 % des occlusions mécaniques du grêle. Les tumeurs le plus souvent en cause
sont les adénocarcinomes, les tumeurs carcinoïdes et les métastases d'un méla-
nome malin.
Corps étrangers
Les corps étrangers responsables d'une occlusion peuvent être des calculs (iléus
biliaire) ou des corps étrangers alimentaires. Les calculs traduisent une fistule bilio-
digestive avec un obstacle siégeant normalement au niveau de l'iléon terminal.
La TDM permet de visualiser une aérobilie et un ou plusieurs calculs. De même
que pour les lithiases biliaires, ces calculs ne sont pas toujours calcifiés et denses
(figure 9.4).
Les corps étrangers alimentaires représentent une cause relativement fréquente
d'obstruction endoluminale chez les patients ayant des antécédents de chirurgie
gastroduodénale. Leurs formes et densité dépendent de leur nature.
Invagination intestinale aiguë
L'invagination d'un segment intestinal dans celui situé immédiatement en aval
associe à une obstruction des risques d'ischémie et de nécrose par un mécanisme
d'étranglement. Cependant, dans certains cas, l'invagination intestinale aiguë est
transitoire, avec une désinvagination spontanée, et peut être une découverte d'ima-
gerie en l'absence de symptomatologie d'occlusion. Chez l'adulte, elle doit faire
rechercher une lésion pariétale sous-jacente, bénigne (lipome, polype) ou maligne
112 Occlusion intestinale aiguë
B
Figure 9.4.
Iléus biliaire.
Le calcul (flèche) responsable de l'occlusion iléale est bien silhouetté par le liquide
intraluminale (A). La reconstruction coronale (B) montre l'aérobilie.
(métastase de mélanome, lymphome), présente une fois sur deux. Le scanner visua-
lise bien l'invagination qui se présente comme des strates concentriques hypo- et
hyperdenses et permet parfois l'identification de la lésion causale qui reste cepen-
dant difficile à différencier du segment invaginé.
Obstacle pariétal
L'obstacle pariétal peut correspondre à une lésion tumorale, inflammatoire, isché-
mique ou à un hématome.
Résultats de l'imagerie 113
Carcinose péritonéale
Les atteintes tumorales de la séreuse péridigestive entrent dans le cadre des
carcinoses péritonéales. La TDM recherche, associée à un épaississement de la
paroi digestive, une atteinte du grand épiploon sous forme d'une infiltration tis-
sulaire réalisant le classique gâteau épiploïque, un épaississement du péritoine
au niveau périhépatique, une infiltration nodulaire mésentérique et une ascite
inconstante.
Entérites postradiques
Les entérites postradiques compliquent le plus souvent des traitements radiothé-
rapiques de cancers de l'appareil génito-urinaire ou du rectum et prédominent sur
l'iléon pelvien. La TDM retrouve un épaississement pariétal concentrique régulier
parfois associé à des signes de rétraction mésentérique, mais sans masse péritonéale
ou ganglionnaire.
Ischémie intestino-mésentérique
Dans leur forme aiguë, les ischémies intestino-mésentériques entraînent plus
souvent un iléus qu'une occlusion mécanique ; à l'inverse, les formes chroniques
peuvent se manifester par une occlusion mécanique conséquence d'une sténose
infundibulaire de l'intestin grêle. La TDM montre, en plus des signes d'obstruction
veineuse, un épaississement des parois du tube digestif avec une infiltration de la
graisse péridigestive.
Entérite de Crohn
L'occlusion, qui peut révéler la maladie, est la complication la plus fréquente
de la maladie de Crohn, atteignant au cours de son évolution près d'un patient
sur trois, avec plus souvent des épisodes de subocclusion que d'occlusions
aiguës vraies. L'échographie et le scanner visualisent un épaississement
pariétal circonférentiel, prédominant sur la sous-muqueuse, associé à une
sclérolipomatose.
114 Occlusion intestinale aiguë
Hernies
Bien que la paroi abdominale soit de plus en plus souvent réparée avant la surve-
nue d'une occlusion dans les pays développés, les hernies externes représentent
encore en France une cause plus fréquente d'occlusion mécanique que les her-
nies internes.
Hernies externes
Les hernies externes sont théoriquement de diagnostic clinique ; cependant, chez
les patients âgés et obèses, à l'abdomen hypotonique, la clinique peut être mise
en défaut. L'échographie est alors un bon complément de l'examen clinique pour
l'examen des orifices herniaires. Les hernies externes sont le plus souvent de siège
inguinal, crural, ombilical ou hypogastrique. Dans les cas difficiles, l'échographie et
la TDM identifient le sac herniaire, son contenu, sa genèse dans l'occlusion, avec
une anse dilatée juste en amont des anses herniées et une anse collabée juste en
aval (figure 9.5). Elles permettent aussi le diagnostic de hernies externes de siège
plus rare, mais de diagnostic clinique difficile, telles les hernies obturatrices prenant
souvent le masque d'une cruralgie, les hernies de Spiegel ou les hernies lombaires.
Figure 9.5.
Hernie ombilicale.
A, B. Les reconstructions sagittales montrent bien l'anse grêle dilatée (flèche) juste en
amont des anses intra-herniaires et l'anse collabée juste en aval (tête de flèche).
Hernies internes
Les hernies internes se définissent par la protrusion d'un viscère creux à travers
un orifice péritonéal ou mésentérique. Elles peuvent être acquises à travers un
Résultats de l'imagerie 115
Figure 9.6.
Hernie paraduodénale droite vue en coupe axiale (A) et reconstruction coronale (B).
Tableau 9.3.
Causes des occlusions mécaniques du côlon.
Lésions intraluminales Lésions pariétales Lésions extrinsèques
« Corps étranger » au sens Cancer colique Bride
large (fécalome) Maladie inflammatoire Masse tumorale
Invagination colocolique Colite ischémique Abcès de voisinage
Hématome Masse autre
Volvulus
116 Occlusion intestinale aiguë
Cancer du côlon
Les deux tiers des occlusions coliques siègent sur les côlons gauche et sigmoïde.
Si le scanner sans préparation colique spécifique n'est pas un bon examen de
dépistage du cancer colique, dans le cadre d'une OMC il identifiera la tumeur
colique sous la forme d'un épaississement pariétal, court, irrégulier, asymétrique,
et responsable d'une dilatation du côlon d'amont. Il recherchera des adénomé-
galies péritumorales.
Le scanner peut éventuellement mettre en évidence d'autres localisations ou une
colite ischémique d'amont, et mesurer la distension cæcale induite, dont l'impor-
tance est corrélée au risque de perforation diastatique.
Devant un épaississement de la paroi colique à l'origine d'une sténose et
d'une OMC, les principaux diagnostics différentiels sont la colite ischémique
et la diverticulite sigmoïdienne. Les arguments en faveur de la néoplasie sont
(figure 9.7) :
■ le caractère court et excentré de la sténose ;
■ l'importance de l'épaississement pariétal ;
■ l'absence de différenciation pariétale (pas de rehaussement limité à la
muqueuse individualisé) ;
■ la présence d'adénomégalies péritumorales ou d'une diffusion néoplasique
(métastases hépatiques, carcinose péritonéale).
Figure 9.7.
Occlusion mécanique du côlon compliquant un cancer du côlon sigmoïde.
Épaississement marqué et irrégulier des parois du côlon sigmoïde distal (A). Noter la
présence de ganglions péritumoraux et, sur une coupe plus haut située (B), la dilatation
prédiastatique du cæcum.
Diverticulite sigmoïdienne
Les diverticules sigmoïdiennes représentent la première cause d'occlusions fébriles
chez le sujet âgé.
Résultats de l'imagerie 117
Endométriose rectocolique
Le diagnostic doit être évoqué devant une occlusion basse chez une patiente en
période d'activité génitale, avec un syndrome tumoral sténosant excentré, à endosco-
pie normale. La charnière rectosigmoïdienne et plus rarement le cæcum sont atteints.
Volvulus du sigmoïde
Il s'agit du volvulus le plus fréquent du tube digestif. Il est favorisé par l'âge, un doli-
chosigmoïde et une constipation chronique.
La TDM visualise une volumineuse boucle sigmoïdienne en position ectopique avec
une ou deux sténoses en bec selon qu'il s'agit d'un volvulus organo-axial (figure 9.8)
ou mésentérico-axial, et avec un signe du tourbillon sous forme d'une masse ronde,
composée de bandes tissulaire et graisseuses, centrée par des vaisseaux, et formant
des tours de spires. Il s'agit d'une des rares pathologies aiguës du tube digestif dans
lequel le volume rendering, comme post-traitement en TDM, peut avoir un apport
diagnostique en donnant une image de pseudo-ASP.
Figure 9.8.
Volvulus du sigmoïde.
La coupe axiale (A) et la reconstruction coronale (B) montrent la dilatation du côlon
sigmoïde en amont d'une sténose courte sans épaississement pariétal avec un signe du
bec unique, témoignant du caractère organo-axial du volvulus.
118 Occlusion intestinale aiguë
Volvulus du cæcum
Le volvulus du côlon droit et du cæcum est plus rare que celui du sigmoïde et sur-
vient en l'absence d'accolement du fascia de Toldt lorsque le cæcum ou le côlon
droit restent mobiles.
La TDM montre (figure 9.9) :
■ une dilatation du cæcum ;
■ un signe du bec avec une forme en bec d'oiseau du cæcum au niveau du point
de torsion ;
■ un signe du tourbillon ;
■ et enfin dans un cas sur deux une localisation anormale du cæcum dans l'hy-
pocondre gauche.
Figure 9.9.
Volvulus du cæcum.
Les reconstructions coronales montrent la dilatation du cæcum en position anormale,
le signe du bec (A) et l'enroulement des vaisseaux mésentériques avec le signe du
tourbillon (B).
(voir figure 9.10).
■ Mécanisme : incarcération avec la présence d'au moins deux zones de tran-
Figure 9.10.
Ischémie grêle par strangulation compliquant une occlusion mécanique du grêle.
La comparaison des coupes sans injection (A) et après injection (B) montre l'absence
de rehaussement de la paroi digestive des anses grêles siégeant dans la fosse iliaque
gauche, dont certaines ont une hyperdensité pariétale spontanée, à comparer avec
le rehaussement normal des anses grêles siégeant dans la fosse iliaque gauche. Noter
également l'œdème mésentérique.
IMPACT THÉRAPEUTIQUE
Devant une occlusion mécanique, la conduite thérapeutique dépend du siège
et de la cause de l'obstacle, et de la vitalité de l'intestin, soulignant l'impor-
tance du bilan TDM. Un certain nombre de règles sont en général suivies pour
le traitement :
■ une occlusion du grêle avec strangulation nécessite une chirurgie en urgence, le
retard à un geste chirurgical générant une morbidité et une mortalité significatives ;
■ une occlusion sur tumeur du grêle nécessite la résection de la tumeur et le
rétablissement immédiat de la continuité ;
■ une occlusion du grêle présumée sur bride sans signe d'ischémie est d'abord
traitée de façon médicale avec aspiration gastrique et rééquilibration hydroélec-
trolytique, permettant dans la majorité des cas d'éviter une chirurgie des brides
elle-même pourvoyeuse de brides ;
■ une occlusion du grêle sur entérite radique, hématome digestif ou carcinose
péritonéale nécessite un traitement médical ;
Résultats de l'imagerie 121
■ une occlusion sur volvulus du sigmoïde est traitée en urgence par endoscopie,
les indications de la chirurgie en urgence se limitant au volvulus vu tardivement,
ou compliqué de péritonite, ou en cas d'échec de l'endoscopie ;
■ une occlusion sur cancer colique est dans l'idéal traitée médicalement dans
un premier temps afin de préparer le côlon et d'opérer dans un climat proche
de la chirurgie à froid, permettant alors le traitement de l'occlusion et de la
lésion causale et le rétablissement de la continuité au cours du même temps
opératoire.
Cet impact est d'autant plus évident que l'occlusion survient dans un contexte pour
lequel les hypothèses diagnostiques sont multiples. Citons les occlusions postopé-
ratoires précoces, les occlusions fébriles et les occlusions chez un patient ayant des
antécédents de tumeur maligne abdominopelvienne.
Les occlusions postopératoires précoces surviennent au décours d'une intervention
chirurgicale abdominale, et leur diagnostic est rendu plus complexe par de nom-
breux facteurs : difficultés de l'examen clinique, perturbation de la physiologie,
existence d'un pneumopéritoine d'interprétation difficile, occlusion fonctionnelle
habituelle « précédant la reprise des gaz ». Plusieurs causes d'occlusion postopéra-
toire précoce doivent être individualisés car leurs prises en charge thérapeutiques
sont différentes :
■ occlusion fonctionnelle d'origine médicale anormalement prolongée, en par-
ticulier parce que coexistent des groupes hydroélectrolytiques ;
■ occlusion sur une collection suppurée ou une péritonite ;
■ occlusion mécanique sur bride ou adhérence, voire sur hernie interne acquise.
Les occlusions fébriles, en dehors des occlusions par strangulation, dans lesquelles
une fièvre supérieure à 38 °C est un signe d'ischémie intestinale, font évoquer en
priorité :
■ l'appendicite mésocœliaque chez le sujet jeune ;
■ la sigmoïdite chez le sujet âgé ;
■ de façon plus rare, l'occlusion fébrile peut également être due à une péritonite
d'origine annexielle ou à un diverticule de Meckel infecté.
Les occlusions chez des patients ayant des antécédents néoplasiques sont de plus en
plus fréquentes avec le vieillissement de la population et peuvent être en rapport
avec :
■ une récidive tumorale locorégionale ;
■ une carcinose péritonéale ;
■ une entérite radique ;
■ une lésion sur stomie externe (sténose inflammatoire ou hernie parastomiale) ;
■ une hernie interne acquise ;
■ ou des brides ou adhérences postchirurgicales qui demeurent la cause la plus
fréquente de l'occlusion, même dans ce contexte.
CHAPITRE
10
Douleurs abdominales
associées à une défense
ou une contracture – éliminer
une perforation digestive
PLAN DU CHAPITRE
■ RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
■ TECHNIQUES D'IMAGERIE
• Abdomen sans préparation
• Échographie
• Tomodensitométrie
■ RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
• Perforation digestive
• Péritonites d'autre origine
• Autre pathologie abdominale aiguë particulière par l'intensité de la douleur et/ou
l'association avec une défense
• Douleurs abdominales aiguës d'origine extra-abdominale
RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
Les douleurs abdominales accompagnées d'une contracture ou a minima d'une
défense abdominale doivent faire rechercher une péritonite. La péritonite est une
inflammation ou une infection aiguë du péritoine ; elle représente près de 5 % des
douleurs abdominales aiguës de l'adulte. Elle est le plus souvent secondaire à une
cause intra-abdominale.
TECHNIQUES D'IMAGERIE
ABDOMEN SANS PRÉPARATION
Dans le cadre des douleurs abdominales aiguës, l'ASP n'a plus d'indication même
pour la recherche d'un pneumopéritoine.
ÉCHOGRAPHIE
Dans les diagnostics évoqués ci-dessus, l'échographie est largement supplantée par
le scanner. Elle garde un intérêt en première intention lorsque le diagnostic évoqué
en première intention est une cholécystite aiguë compliquée.
Résultats de l'imagerie 125
TOMODENSITOMÉTRIE
En dehors d'une suspicion de péritonite d'origine biliaire, la TDM est l'examen
à réaliser en urgence devant un tableau douloureux abdominal associé à une
symptomatologie bruyante (contracture, douleur particulière par son intensité, etc.).
RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
PERFORATION DIGESTIVE
Diagnostic
Diagnostic positif
Les deux signes cardinaux de perforation digestive sont la présence d'air en position
extradigestive et la présence d'une solution de continuité au sein de la paroi digestive.
Air en position extradigestive
L'air en position extradigestive peut siéger dans la grande cavité péritonéale et donc
en position antérieure chez un patient couché (figure 10.1), dans l'espace sous-
péritonéal au sein d'un méso (figure 10.2), ou bien dans le rétropéritoine en cas
de perforation d'une portion du tube digestif accolé (portions duodénales, côlon
ascendant et descendant ; figure 10.3). Le pneumopéritoine libre est facilement
visualisé, à condition d'utiliser des fenêtres larges et des coupes fines. Les bulles d'air
piégées dans un méso ne doivent pas être confondues avec de l'air intradigestif, et
une collection hydroaérique avec une anse digestive.
Figure 10.1.
Perforation d'un diverticule de Meckel en péritoine libre.
La reconstruction sagittale (A) montre bien le pneumopéritoine libre de siège antérieur
et supérieur. Le diverticule de Meckel est bien visualisé sur la coupe axiale pelvienne (B)
sous forme d'une structure tubulaire à paroi épaissie avec infiltration de la graisse sans
bulle d'air piégée dans le méso.
126 Douleurs abdominales associées à une défense ou une contracture
Figure 10.2.
Perforation sur maladie de Crohn.
La coupe axiale (A) montre de nombreuses bulles d'air piégées dans le mésentère.
La reconstruction coronale (B) montre un épaississement des parois d'une anse grêle
distale (flèches) associé à une sclérolipomatose.
Figure 10.3.
Perforation rétropéritonéale d'un ulcère duodénal.
La solution de continuité au niveau de la paroi postérieure du deuxième duodénum
est visualisée au contact d'un rétropneumopéritoine.
Figure 10.4.
Perforation d'un ulcère de la face antérieure de l'antre.
La solution de continuité au sein de la paroi antrale antérieure est bien visualisée.
Diagnostic topographique
Les deux meilleurs signes orientant vars le diagnostic topographique de la perforation
digestive sont l'infiltration localisée de la graisse au contact du tube digestif perforé et
surtout la présence d'air dans l'espace sous-péritonéal piégé dans un méso (figure 10.5).
Le siège des bulles d'air oriente vers le siège de la perforation (tableau 10.1).
Figure 10.5.
Perforation d'un lymphome digestif traité chez un patient transplanté rénal.
Il existe une collection pelvienne avec de l'air à l'intérieur signant une perforation
digestive (flèche). Il existe un épaississement des parois d'une anse grêle au contact de la
collection (doubles flèches) en rapport avec le lymphome digestif.
128 Douleurs abdominales associées à une défense ou une contracture
Tableau 10.1.
Siège des bulles d'air et signes associés.
Siège Signes
Grêle Bulles piégées dans le mésentère
Côlon sigmoïde Bulles piégées dans le mésosigmoïde
Côlon ascendant ou descendant, deuxième duodénum Bulles piégées dans le rétropéritoine
Figure 10.6.
Perforation sur cancer du sigmoïde.
Existence d'un épaississement nodulaire des parois du côlon sigmoïde (double flèche)
avec de l'air dans le méso au contact (A). Noter l'épaississement des parois des anses
grêles avec rehaussement en double cible de nature réactionnelle (B).
Diagnostic étiologique
Les deux premières causes d'une perforation digestive sont les perforations d'ulcère
gastroduodénal et les perforations sur diverticulites sigmoïdiennes.
Le raisonnement pour faire un diagnostic étiologique repose, en plus des arguments
de fréquence et de la visualisation directe de la solution de continuité digestive, sur
le diagnostic topographique qui renvoie à des causes spécifiques résumées dans
l'encadré 10.1.
Résultats de l'imagerie 129
Encadré 10.1
Causes des perforations digestives non traumatiques
■
Perforations œsophagiennes
– Syndrome de Boerhaave (après effort de vomissement, classiquement chez le
patient obèse éthylique, perforation du bord gauche tiers inférieur de l'œsophage,
associé à une médiastinite et à un épanchement pleural par rupture de la plèvre
médiastinale)
– Corps étranger
– Cancer
■
Perforations gastroduodénales
– Ulcère gastroduodénal (favorisé par la prise d'anti-inflammatoires non stéroïdiens
[AINS], plus rarement par une maladie de Crohn ou un syndrome de Zollinger-Ellison)
++++ (voir figures 10.3 et 10.4)
– Cancer : adénocarcinome, léiomyosarcome, lymphome
– Volvulus
– Diverticule duodénal
■
Perforations grêles
– Ischémie primitive ou compliquant une occlusion mécanique du grêle
– Inflammation (maladie de Crohn ++) (voir figure 10.2)
– Infection
– Tumoral (lymphome digestif, en particulier lymphome T sous chimiothérapie ; voir
figure 10.5)
– Diverticulite (voir figure 10.1)
– Vascularite
– Corps étranger
■
Perforations appendiculaires
– Appendicite compliquée
■
Perforations coliques
– Diverticulite sigmoïdienne en particulier ++++, à classer suivant la classification
de Hinchey : stade I, phlegmon ou abcès péricolique ; stade II, abcès péricolique
volumineux ou abcès à distance ; stade III, péritonite purulente ; stade IV, péritonite
stercorale
– Cancer : la perforation pouvant être soit d'origine diastatique en amont du cancer,
soit tumorale
– Ischémie
– Colite stercorale (figure 10.7). La présence de matière située dans le mésocôlon est
un signe de gravité d'une perforation colique (figure 10.7).
■
Perforations rectales
– Corps étrangers (la recherche d'un corps étranger demeure l'indication résiduelle
de l'ASP dans les abdomen aigus)
– Manœuvres instrumentales
130 Douleurs abdominales associées à une défense ou une contracture
Figure 10.7.
Perforation sur colique stercorale gauche avec matière au sein du mésocôlon gauche.
Pièges diagnostiques
Les pièges diagnostiques sont à l'origine de faux positif et de faux négatif.
Faux positif
■ De l'air en position prépéritonéale ne doit pas être confondu avec un petit
pneumopéritoine antérieur, ce problème diagnostique se posant surtout dans les
traumatismes de l'abdomen.
■ Il existe d'authentiques pneumopéritoines sans perforation digestive.
obstructive, etc.)
■ Manœuvre instrumentale intrapéritonéale
emphysémateuse
■ Origine gynécologique avec diffusion à partir des trompes utérines
Faux négatif
Un certain nombre de perforations, en particulier sur ulcère gastroduodénal, pour-
rait ne pas avoir de pneumopéritoine retrouvé en TDM et, dans certains cas, ce pneu-
mopéritoine n'apparaît que sur les scanners retardés (après 6 heures). La présence et
la quantité d'air présente dans le péritoine dépendent du siège de la perforation, de
son étendue, de la distension digestive préexistante, mais également et surtout de
l'intervalle de temps entre la survenue de la perforation et la réalisation du scanner.
Résultats de l'imagerie 131
Figure 10.8.
Pneumomésentère et pneumopéritoine libres sur pneumatose bulleuse, grêle et colique
bénigne.
Il a récemment été décrit plusieurs cas de rupture gastrique dans les suites d'une
réanimation respiratoire, après oxygénothérapie nasale ou ventilation non invasive,
avec un pneumopéritoine abondant, sans que le scanner n'ait pu mettre en évi-
dence de solution de continuité au sein de la paroi gastrique.
Figure 10.9.
Ischémie aiguë du mésentère.
La coupe axiale (A) montre l'absence de rehaussement des parois du grêle avec une
pneumatose digestive et veineuse. La reconstruction sagittale au temps artériel (B)
montre un thrombus au sein de l'artère mésentérique supérieure 3 cm après son ostium.
Dissection aortique
Les dissections aortiques sont la conséquence d'une déchirure intimale permettant
l'irruption brutale du sang sous pression au sein de la média aortique.
Elles sont rarement isolées à l'aorte abdominale et accompagnent souvent une dis-
section de l'aorte thoracique. Lorsque la dissection est isolée à l'aorte abdominale,
elle est souvent de siège sous-rénal et associée à un anévrisme de l'aorte abdomi-
nale avec l'extension distale du flap intimal qui peut occlure les artères iliaques ou
fémorales. Une cause particulière de dissection isolée de l'aorte abdominale est une
manœuvre instrumentale après abord percutané endovasculaire.
Plus haut située, la dissection peut s'étendre aux artères mésentériques et rénales et
entraîner une ischémie digestive ou rénale. La malperfusion viscérale peut également
être due à une compression d'une artère viscérale à son ostium par le flap intimal.
Comme pour toutes les dissections aortiques, le diagnostic positif de dissection
repose sur la visualisation de deux chenaux circulants séparés par une mem-
brane flottante correspondant au décollement intimal (figure 10.10). Le vrai che-
nal est en règle plus petit et opacifié de façon plus précoce que le faux chenal,
ce dernier étant souvent de siège postérolatéral. Le scanner peut également voir
une asymétrie de rehaussement rénal, conséquence de la malperfusion rénale
(figure 10.11).
134 Douleurs abdominales associées à une défense ou une contracture
A B
C D
Figure 10.10.
Dissection aortique de type B avec atteinte de l'aorte abdominale et compression
des artères rénales.
La dissection aortique née au niveau de la crosse aortique (A), se prolonge au niveau
de l'aorte abdominale (B). Les artères rénales droite et gauche naissent du vrai chenal
antérieur de petite taille avec une compression des ostiums des artères rénales droite (C)
et gauche (D) par le flap intimal.
Hématome intramural
Un hématome intramural correspond à un saignement dans la média aortique en
rapport avec une rupture des vasa vasorum sans caractère circulant.
En TDM, il se présente sous la forme d'un épaississement de la paroi aortique qu'il est
essentiel de ne pas confondre avec une plaque d'athérome grâce aux critères suivants :
■ caractère spontanément hyperdense qui est le meilleur signe et qui justifie un
scanner sans injection iodée ;
■ refoulement vers la lumière des calcifications intimales ;
■ épaississement long et régulier ;
■ le plus souvent, absence d'association avec un anévrisme.
L'injection de produit de contraste confirme l'absence de flap intimal et de deu-
xième chenal circulant, caractéristique de dissection. Par ailleurs, à la différence d'un
deuxième chenal thrombosé, l'hématome a une forme rectiligne et non pas spiralée.
A D
B C
Figure 10.11.
Dissection aortique abdominale étendue au tronc cœliaque (A) avec deux artères rénales
gauches (flèches) naissant pour la plus basse d'entre elles au niveau du vrai chenal (B) et
pour la plus haute au niveau du faux chenal.
Il existe un retard de perfusion de la partie supérieure et moyenne du parenchyme rénal dû
à la compression par le flap intimal de l'ostium de l'artère rénale naissant du faux chenal.
au sein de la média aortique. Le risque majeur rencontré dans 10 à 25 % des cas est
la rupture de l'ulcère. À la différence des plaques d'athérome ulcérée, ils déforment
le contour externe de la paroi aortique.
Ces trois entités décrites ci-dessus ont un aspect anatomique et une sémiolo-
gie en imagerie différents ; néanmoins, elles correspondent à une maladie aiguë
de l'aorte :
■ avec les mêmes facteurs de risque (hypertension artérielle, athérome, vascula-
rite et plus rarement maladie de Marfan, prise de cocaïne, grossesse) ;
■ avec des évolutions possibles d'une entité vers l'autre :
●
un hématome intramural peut régresser, se stabiliser ou évoluer vers une
dissection ou un ulcère focal ;
●
un ulcère pénétrant coexiste une fois sur deux avec un hématome intra
mural ou avec une dissection aortique.
136 Douleurs abdominales associées à une défense ou une contracture
Troubles métaboliques
Dans certaines conditions particulières, des douleurs abdominales aiguës peuvent
révéler une acidocétose diabétique ou alcoolique, une hypercalcémie aiguë, une
insuffisance surrénalienne aiguë ou une crise thyrotoxique.
Pathologie de système
Certaines causes très rares de douleurs abdominales doivent être évoquées chez
des patients consultant à plusieurs reprises pour des plaintes récurrentes, avec
une discordance entre une symptomatologie allant jusqu'à un tableau d'abdomen
chirurgical et une imagerie négative. Citons la porphyrie hépatique aiguë, la maladie
périodique et l'œdème angioneurotonique héréditaire. Pour ce dernier diagnostic,
l'imagerie peut montrer un épaississement des parois du grêle associé à un épan-
chement péritonéal.
CHAPITRE
11
Douleurs testiculaires
aiguës non traumatiques
PLAN DU CHAPITRE
■ RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
■ TECHNIQUES D'IMAGERIE
• Échographie
■ RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
• Torsion du testicule
• Orchiépididymite
• Torsion d'hydatide
• Pathologie tumorale
■ DIAGNOSTICS DIFFÉRENTIELS EXTRATESTICULAIRES
• Colique néphrétique
• Hernie inguinale étranglée
■ STRATÉGIE DIAGNOSTIQUE – PATIENTS JUSTIFIABLES D'UNE EXPLORATION
PAR ÉCHOGRAPHIE
RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
La douleur testiculaire ou scrotale aiguë est un motif de consultation assez fré-
quent en urgence. Les diagnostics différentiels regroupent la torsion testiculaire, les
infections (épididymite, orchite, orchiépididymite), la torsion d'hydatide, la hernie
inguinale étranglée et plus rarement la pathologie tumorale (hémorragie intratumo-
rale). Les causes les plus communes varient en fonction de l'âge mais, dans tous les
groupes d'âge, la torsion testiculaire et les infections sont, de loin, les étiologies les
plus fréquentes (tableau 11.1).
En pratique courante, affirmer ou éliminer le diagnostic de torsion testiculaire est
une urgence car la torsion, en l'absence de réduction rapide, mènera, en quelques
heures, à l'infarctus testiculaire sanctionné par une orchidectomie.
Tableau 11.1.
Diagnostics différentiels dans le cadre d'une douleur testiculaire aiguë.
Cause la plus fréquente Causes relativement fréquentes Causes rares
Enfants Torsion Infection Tumeur
Torsion d'hydatide Traumatisme
Hernie
Adultes Infection Torsion Torsion d'hydatide
Tumeur
Traumatisme
Hernie
TECHNIQUES D'IMAGERIE
ÉCHOGRAPHIE
C'est l'examen de référence de toute pathologie scrotale aiguë, qui nécessite,
pour être performant, l'utilisation d'une sonde de haute fréquence à large bande
(7,5-10 MHz) (figures 11.1 à 11.5). L'échographie sera systématiquement couplée à
une étude Doppler couleur, voire parfois à une étude Doppler énergie, plus sensible
pour détecter des flux très lents. Plus rarement, l'analyse échographique du testicule
pourra faire appel à une étude Doppler pulsé à la recherche d'une modification des
index de résistance des artères intratesticulaires.
Dans tous les cas, l'examen échographique sera conduit de manière bilatérale et
comparative afin de dépister toute asymétrie de taille, de morphologie, d'échostruc-
ture ou de vascularisation entre les deux testicules.
Techniques d'imagerie 139
A B
Figure 11.1.
Aspect échographique d'un testicule normal.
A. Testicule de forme ovalaire de contours réguliers, d'échostructure homogène
(flèche bleue), avec albuginée en périphérie visible sous la forme d'un liseré
hyperéchogène (flèche blanche). B. Rete testis (flèche violette) visible sous la forme
d'une bande hyperéchogène.
A B
Figure 11.2.
Volume testiculaire normal : environ 15 ml (hypotrophique si moins de 10 ml) en coupe
longitudinale (A) et axiale (B).
140 Douleurs testiculaires aiguës non traumatiques
A B
C
Figure 11.3.
Aspect d'un épididyme normal en échographie.
A. Tête de l'épididyme gauche (flèche blanche) : au pôle supérieur du testicule,
forme triangulaire, de 8 à 10 mm, d'échostructure iso-échogène au testicule.
Peut être le siège de résidus embryonnaires : hydatides pédiculée de Morgagni.
B. Corps de l'épididyme gauche (flèches bleues) : de forme tubulaire, à la partie
postérieure du testicule, hypoéchogène, d'épaisseur maximale 5 mm. C. Queue
de l'épididyme gauche (flèche violette) : au pôle inférieur du testicule, de forme
arrondie, de même échostructure que le corps, de 5 à 6 mm, en continuité avec le
canal défèrent.
Résultats de l'imagerie 141
Figure 11.4.
Aspect échographique d'un cordon spermatique gauche normal (flèche).
Structures vasculaires et canal défèrent hypoéchogènes entourés de graisse
hyperéchogène, de forme ovalaire.
HYDATIDE D
Dist A 3,5 mm
Figure 11.5.
Exemple de résidu embryonnaire.
Hydatide sessile de Morgagni (flèche), dans le sillon épididimo-testiculaire, visible grâce
à une lame d'hydrocèle.
RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
TORSION DU TESTICULE
Il existe deux pics de fréquence : en périnatal et postpubertaire.
Diagnostic positif
Échographie mode B
Le signe cardinal de torsion testiculaire est la visualisation directe du tour de spire du cor-
don spermatique (en coupes axiales et longitudinales), qu'il soit vascularisé (en cas de tor-
sion incomplète) ou non en Doppler couleur (en cas de torsion complète) (figure 11.6).
142 Douleurs testiculaires aiguës non traumatiques
B
Figure 11.6.
Torsion testiculaire droite.
A. Testicule droit augmenté de taille comparativement au côté controlatéral (flèche bleue),
complètement dévascularisé en Doppler (flèche blanche), mais d'échostructure homogène
sans signe de nécrose (recoloration après détorsion à la chirurgie). B. Visualisation d'un tour
de spire du cordon spermatique (flèche violette).
Pièges diagnostiques
Dans environ 10 % des cas, le diagnostic de torsion testiculaire est porté à tort, l'ab-
sence de signal Doppler pouvant s'expliquer par un mauvais réglage ou la difficulté
de détecter un flux dans des petits vaisseaux, surtout chez l'enfant.
Le taux de faux négatifs peut aller jusqu'à 31 % en raison de certains cas trom-
peurs : torsion incomplète, torsion/détorsion, hyperhémie scrotale interprétée à tort
comme un flux artériel testiculaire.
La torsion testiculaire sur testicule cryptorchide est une forme trompeuse qui
se présente volontiers comme un syndrome douloureux abdominal, avec une
douleur localisée dans la fosse iliaque. La découverte d'une bourse vide à l'exa-
men clinique doit conduire à réaliser une échographie en urgence. Cet examen
montre le plus souvent une masse dans la région inguinale qui est très doulou-
reuse au passage de la sonde. Une exploration chirurgicale s'impose rapidement
afin de détordre, d'abaisser et de fixer le testicule en un temps.
ORCHIÉPIDIDYMITE
L'épididymite aiguë constitue la pathologie scrotale aiguë la plus fréquente de l'adulte.
Du fait d'une extension rétrograde de l'infection à partir d'un point de départ urinaire le
plus souvent, la queue de l'épididyme est touchée en premier (figure 11.7), avant le corps
et la tête. C'est pourquoi une évaluation complète de l'épididyme et notamment de la
queue est nécessaire pour détecter des signes précoces d'infection.
144 Douleurs testiculaires aiguës non traumatiques
A B
C
Figure 11.7.
Épididymite de la queue.
A. Échographie 2D : aspect élargi de la queue. B. Hyperhémie en Doppler énergie en regard.
C. Nette hyperhémie de la queue de l'épididyme droite comparativement au côté gauche.
Dans environ 25 % des cas, cette inflammation s'étend au testicule et elle est bilatérale
dans 10 % des cas. L'orchite aiguë isolée est rare, essentiellement d'origine ourlienne.
Les agents pathogènes sont Chlamydia trachomalis et Neisseria gonorrhœae avant
35 ans, et Escherichia coli et Proteus mirabilis en prépubertaire et après 35 ans.
Quel que soit l'élément intrascrotal concerné, l'inflammation se traduit constam-
ment par les signes cardinaux suivants :
■ augmentation de volume de l'organe ;
■ modifications de l'échostructure (tendance à l'hypoéchogénicité du fait de
l'œdème) ;
■ hypervascularisation en Doppler couleur. Le Doppler a une sensibilité proche
de 100 %, avec dans 20 % des épididymites et 40 % des orchites une anomalie
Doppler (hyperhémie débutante) précédant les anomalies morphologiques ;
■ modification du spectre Doppler (peu réalisé en routine) avec majoration de
la vitesse artérielle (8 à 60 cm/s) et diminution des index de résistance (inférieur à
0,5 en intratesticulaire et 0,7 au niveau de l'épididyme).
Résultats de l'imagerie 145
Figure 11.8.
Complication : abcès de la queue de l'épididyme.
Plage mal délimitée hypoéchogène avasculaire avec hyperhémie périphérique.
146 Douleurs testiculaires aiguës non traumatiques
Figure 11.9.
Complication : abcès intratesticulaire.
Plage mal délimitée intratesticulaire hypoéchogène avasculaire. Noter l'aspect épaissi
des enveloppes scrotales.
TORSION D'HYDATIDE
Dans les premières heures, la torsion d'hydatide est visible sous la forme d'une
petite tuméfaction bleutée juste sous la peau, très sensible à la palpation,
située à la jonction épididymo-testiculaire (hydatide sessile) ou à la partie supé-
rieure de la tête de l'épididyme (hydatide pédiculée), avec un scrotum non
inflammatoire.
Au-delà de 6 heures, le tableau clinique est celui de la torsion testiculaire et l'image-
rie est importante pour le diagnostic différentiel.
En imagerie, elle se traduit par une petite masse non vascularisée située au pôle
supérieur du testicule ou de la tête de l'épididyme avec parfois hyperhémie épidi-
dymaire réactionnelle.
PATHOLOGIE TUMORALE
De manière occasionnelle, une nécrose hémorragique au sein d'une tumeur testicu-
laire peut être responsable d'une douleur scrotale aiguë. Environ 10 % des tumeurs
testiculaires se révèlent par des douleurs et une tuméfaction de la bourse pouvant
147
STRATÉGIE DIAGNOSTIQUE
12
Hémorragie digestive
PLAN DU CHAPITRE
■ RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
■ APPROCHE CLINIQUE
• Quelle hémorragie digestive ?
• Quelle gravité ?
• Quelles étiologies ?
■ TECHNIQUE D'IMAGERIE
• Tomodensitométrie
• Artériographie
■ RÉSULTATS
• Hémorragies digestives hautes
• Hémorragies digestives basses
■ STRATÉGIE DIAGNOSTIQUE EN IMAGERIE EN URGENCE
RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
L'hémorragie digestive est un motif fréquent de consultation aux urgences,
représentant environ 65 000 cas par an en France. Chez les patients âgés de plus de
80 ans, elle concerne jusqu'à 1 % des patients. Les hémorragies digestives hautes,
définies par un saignement provenant de l'amont de l'angle de Treitz, sont plus fré-
quentes, avec une incidence estimée à 100 à 150/100 000 patients. Les hémorragies
digestives basses, définies par un saignement survenant en aval de l'angle de Treitz,
sont plus rares, avec une incidence estimée à 10 à 20/100 000 patients.
Une prise en charge efficiente implique nécessairement une approche multidiscipli-
naire avec une collaboration étroite entre les différentes spécialités, endoscopique,
radiologique et chirurgicale. Dans la majorité des cas, l'évolution est spontanément
favorable. Le taux de mortalité varie de 3 à 10 %, nettement plus important en cas
de persistance ou de récidive des saignements.
APPROCHE CLINIQUE
L'approche diagnostique et la thérapeutique dépendent du site hémorragique, de la
gravité de l'hémorragie et de la nature de la lésion hémorragique.
QUELLE GRAVITÉ ?
L'évaluation de la gravité de l'hémorragie digestive est essentielle, avant toute
démarche diagnostique et thérapeutique. Elle s'appuie sur la recherche de signes
de choc clinicobiologiques, sur l'âge et sur la présence de comorbidités.
Approche clinique 151
QUELLES ÉTIOLOGIES ?
Les causes dépendent du type d'hémorragie digestive, haute ou basse (tableau 12.1).
La majorité des hémorragies digestives est d'origine artérielle, les saignements d'ori-
gine veineuse sont en rapport avec une hypertension portale.
Tableau 12.1.
Causes d'hémorragies digestives hautes et basses.
Causes d'hémorragies digestives hautes Causes d'hémorragies digestives basses
Ulcère gastroduodénal 40 % Diverticulose colique 40 %
Hypertension portale : 30 % Angiodysplasie 10 %
– varices œsophagiennes et
gastriques
– gastrite d'hypertension portale
Gastrites et duodénites Tumeur : 10–20 %
– adénocarcinome
– polype
Causes œsophagiennes : Colites
– œsophagites – inflammatoires chroniques
– syndrome de Mallory-Weiss – infectieuses
– iatrogène : post-endoscopie – ischémiques
ou post-échographie – radiques
transœsophagienne
Tumeurs : estomac, œsophage, Iatrogène :
duodénum – postpolypectomie
– ulcérations traumatiques
rectales
Ulcère de Dieulafoy Origine grêlique 10
Vasculaires : angiodysplasie,
malformations artérioveineuses
Tumorales : GIST, lymphome, ADK
Ulcérations : Dieulafoy,
médicament, maladie de Crohn
Diverticule jéjunal, Meckel
Causes extradigestives : 10 % Causes anales
– hémobilie – hémorroïdes
– fistule aortoduodénale – fissures anales
152 Hémorragie digestive
TECHNIQUE D'IMAGERIE
TOMODENSITOMÉTRIE
Il s'agit de l'examen d'imagerie de référence dans l'exploration des hémorragies
digestives aiguës, étant sensible et de réalisation rapide.
Technique
La réalisation du scanner doit comprendre :
■ boîte d'acquisition : de la xiphoïde à la symphyse pubienne. Le scanner permet
l'exploration du tractus digestif de la jonction œsogastrique à l'anus ;
■ absence de balisage digestif car le balisage digestif, hyperdense, va masquer
l'extravasation de produit de contraste iodé. Le remplissage digestif par de l'eau
ne permet pas une augmentation des performances diagnostiques, et n'est donc
pas recommandé ;
■ trois phases d'acquisition : sans injection, artérielle et portale.
L'acquisition sans injection est indispensable. Elle permet d'éliminer toutes les causes
d'hyperdensité spontanée endoluminale digestive.
Les acquisitions après injection, aux phases artérielle et portale, permettent la
recherche d'un saignement actif, d'origine artérielle ou veineuse.
Une acquisition à la phase tardive peut être réalisée afin d'améliorer la détection
d'un saignement de faible abondance ou d'origine veineuse.
L'injection a les caractéristiques suivantes : produit à forte concentration (350 mg/ml) ;
dose : 1,5 ml/kg ; débit : 4 ml/s car un débit important va sensibiliser la détection
de l'extravasation de produit de contraste.
Interprétation
L'identification en scanner d'un saignement digestif repose sur la visualisation d'une
extravasation du produit de contraste iodé dans la lumière digestive. Une extra-
vasation se présente sous la forme d'une plage hyperdense au sein de la lumière
digestive visible aux phases artérielle et portale, mais non visible sur la phase sans
injection. Cette extravasation peut se modifier en forme et en taille entre les phases
artérielle et portale selon l'intensité du saignement.
Le scanner permet dans 90 % des cas de localiser le saignement. Il peut permettre
également l'identification de l'artère responsable du saignement.
Le diagnostic étiologique peut être évoqué par la localisation du saignement (par
exemple, par argument de fréquence, un saignement duodénal est plus souvent lié à un
ulcère). La présence d'un épaississement des parois digestives, celles d'une masse, d'une
sténose, d'une infiltration mésentérique sont aussi des signes d'orientation étiologique.
Le scanner permet :
■ la détection d'un saignement actif endoluminal à partir de 0,3 ml/min (contre
0,5 ml/min pour l'artériographie) ;
■ la constitution d'une cartographie vasculaire.
Résultats 153
ARTÉRIOGRAPHIE
Technique
Le premier temps est diagnostique avec opacification de chaque branche artérielle
digestive principale. Le tronc cœliaque est privilégié en cas d'hémorragie digestive
haute et les artères mésentériques en cas d'hémorragie digestive basse.
Le second temps est thérapeutique, qui seul justifie la réalisation de l'angiogra-
phie, avec embolisation du site de saignement. La technique et le matériel utilisé
dépendent du type et du site de l'hémorragie.
Interprétation
Le diagnostic positif est donné par la présence de contraste iodé dans la lumière
digestive. Cet examen doit être réalisé en période hémorragique, étant donné le
caractère fréquemment intermittent du saignement. L'extravasation de produit de
contraste au sein de la lumière digestive persiste au temps veineux, et se disperse au
sein du tube digestif, étant donné le péristaltisme digestif.
Des éléments étiologiques peuvent être retrouvés par l'artériographie : pseudo-
anévrisme, fistule artérioveineuse, néovascularisation tumorale.
L'artériographie permet de détecter un saignement dont le débit minimal est de
0,5 ml/min. La sensibilité de détection du saignement est évaluée dans la littérature à 60 à
90 % en cas d'hémorragie digestive haute et à 40 à 80 % en cas d'hémorragie digestive
basse. Le taux de succès de l'artériographie thérapeutique est supérieur à 95 %, jusqu'à
98 % pour les hémorragies non variqueuses. Le risque de complication est minime.
RÉSULTATS
HÉMORRAGIES DIGESTIVES HAUTES
Maladie ulcéreuse (35 à 50 %)
Cause la plus fréquente d'hémorragie digestive haute, l'ulcère peut être de localisation
duodénale (17 à 37 %) ou gastrique (11 à 24 %). Une extravasation au sein de la paroi et de
la lumière duodénale oriente vers un saignement sur ulcère gastroduodénal (figure 12.1).
La prise en charge de l'hémorragie digestive d'origine ulcéreuse repose sur l'endosco-
pie œso-gastro-duodénale à visée diagnostique et thérapeutique. Après au moins deux
échecs successifs de l'endoscopie, une artériographie avec embolisation est indiquée.
Hypertension portale
Le saignement est en rapport avec des varices œsophagiennes et gastriques (30 %)
ou une gastrite d'hypertension portale.
Il s'agit d'une pathologie fréquente ; 50 % des patients cirrhotiques, lors du diagnos-
tic de cirrhose, présentent des varices gastroduodénales. L'hémorragie digestive
représente 30 % des causes de décès des patients cirrhotiques. Ces hémorragies
sont souvent importantes, avec un taux de récidive précoce haut évalué entre
154 Hémorragie digestive
A B
C D
Figure 12.1.
Hémorragie digestive haute aiguë active d'origine duodénale en rapport avec un ulcère.
Coupes axiales sans injection (A), à la phase artérielle (B), reconstructions coronales à la
phase artérielle (C) et portale (D). Extravasation importante de produit de contraste au
sein de la lumière duodénale visible dès la phase artérielle, s'étendant à la phase portale.
20 et 50 %, majeur pendant les six premiers jours. La mortalité est importante,
jusqu'à 20 % la première semaine, et 40 % la première année. La rupture de varices
gastriques est plus sévère que la rupture de varices œsophagiennes.
Le scanner permet principalement de faire le bilan de la maladie sous-jacente. Il met
en évidence des signes d'hypertension portale avec multiples varices gastroduo-
dénales. Il peut également rechercher des facteurs d'aggravation de l'hypertension
portale : thrombose porte (incidence de l'hémorragie multipliée par deux, avec taux
de récidive important) et carcinome hépatocellulaire.
La prise en charge thérapeutique repose sur l'endoscopie digestive haute qui per-
met le traitement de l'hémorragie digestive aiguë (colle ou ligature) et la prévention
d'une récidive hémorragique.
A B C
D E
Figure 12.2.
Hémorragie digestive aiguë active d'origine diverticulaire.
Scanner abdominopelvien en coupe axiale sans injection (A), à la phase artérielle (B),
à la phase portale (C), artériographie préthérapeutique (D) et artériographie post-
thérapeutique (E). Extravasation de produit de contraste au sein de la lumière colique du
cæcum visible dès la phase artérielle, se majorant à la phase portale. Fuite de produit de
contraste retrouvée lors de l'artériographie (D), ayant nécessité un cathétérisme sélectif
de l'artère colique droite et la mise en place d'un coil (E).
156 Hémorragie digestive
Angiodysplasie (30 %)
Il s'agit de dilatations acquises des capillaires ou veinules superficielles de la paroi
digestive. Elles peuvent siéger dans l'ensemble du tube digestif ; la localisation
colique droite étant la plus fréquente.
Elles peuvent être responsables de rectorragies massives et récidivantes.
Leur diagnostic positif et leur localisation peuvent être difficiles : ils s'appuient sur l'as-
sociation de l'endoscopie, de l'imagerie tomodensitométrique et de la vidéocapsule.
Au scanner, le diagnostic est évoqué en l'absence d'élément d'orientation, par argu-
ment de fréquence. Il peut être évoqué devant de multiples vaisseaux présentant
un remplissage veineux précoce et une suppléance par des artères élargies, au sein
de la paroi colique ou sur une extravasation de siège grêle ou colique (figure 12.3).
En artériographie, le diagnostic positif repose sur la présence de vaisseaux digestifs
avec aspect « en touffe », en période hémorragique.
A B
C D
Figure 12.3.
Hémorragie digestive aiguë basse d'origine sigmoïdienne sur angiodysplasie.
Scanner abdominopelvien réalisé sans injection (A) et avec injection à la phase artérielle
(B), portale (C) et tardive (D). Extravasation endoluminale de produit de contraste au
niveau du côlon sigmoïde, à la phase artérielle se majorant à la phase tardive.
Stratégie diagnostique en imagerie en urgence 157
Gastroscopie en urgence
Artériographie : embolisation
Scanner abdomino-
pelvien injecté
Chirurgie : ligature vasculaire, résection
Figure 12.4.
Stratégie diagnostique devant une hémorragie digestive haute.
158 Hémorragie digestive
Signes de choc + –
Coloscopie complète
Figure 12.5.
Stratégie diagnostique devant une hémorragie digestive basse.
Figure 12.6.
Localisations anatomiques des causes d'hémorragies digestives.
Stratégie diagnostique en imagerie en urgence 159
L'encadré 12.1 résume les points clés de la stratégie diagnostique devant une
hémorragie digestive.
Encadré 12.1
Points clés de la stratégie diagnostique devant
une hémorragie digestive
■ L'exploration d'une hémorragie digestive haute aiguë repose sur l'endoscopie diges-
un rôle thérapeutique.
■
Aucune exploration d'imagerie n'est indiquée en urgence dans les hémorragies diges-
tives chroniques. Une imagerie pourra être réalisée, dans ce contexte, après bilan endos-
copique complet et à visée étiologique.
■
Les principales étiologies d'hémorragie digestive haute sont l'ulcère gastroduodénal et
l'hypertension portale, et celles d'hémorragie digestive basse, la diverticulose colique et
les angiodysplasies.
CHAPITRE
13
Douleur thoracique
– éliminer une dissection
PLAN DU CHAPITRE
■ RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
■ TECHNIQUES D'IMAGERIE
• Radiographie thoracique
• Angioscanner de l'aorte
• IRM
• Échographie cardiaque
■ RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
• Syndromes aortiques aigus
• Autres causes de douleur thoracique
■ STRATÉGIE DIAGNOSTIQUE
RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
La douleur thoracique est un symptôme extrêmement fréquent qui peut revêtir des
formes cliniques équivoques et révéler des pathologies très variées (tableau 13.1).
Les douleurs thoraciques aiguës liées à une pathologie cardiovasculaire constituent
une urgence, le pronostic vital pouvant rapidement être mis en jeu. L'interrogatoire
et le recueil des antécédents sont essentiels car ils vont orienter les investigations.
La plupart des éléments constitutifs du thorax peuvent être à l'origine de la dou-
leur, à l'exception notable des bronches et du parenchyme pulmonaire non inner-
vés. Certaines pathologies abdominales peuvent également avoir une traduction
thoracique.
Les trois grandes urgences thoraciques vasculaires sont l'infarctus du myocarde, la dis-
section aortique et l'embolie pulmonaire. L'infarctus du myocarde est évoqué au vu des
éléments cliniques, électriques et biologiques (élévation des troponines) et sa prise en
charge est en règle exclusivement cardiologique sans recours à l'imagerie en coupes.
Le scanner joue en revanche un rôle fondamental dans le diagnostic des syndromes
aortiques aigus dont le chef de file est la dissection aortique. Le rôle du scanner est
également prépondérant pour le diagnostic d'embolie pulmonaire ; néanmoins, celle-
ci ne se manifeste par une douleur thoracique que dans 10 à 20 % des cas lorsqu'elle
se complique d'infarctus pulmonaire avec irritation pleurale (voir chapitre 14).
Tableau 13.1.
Principales causes de douleur thoracique aiguë.
TECHNIQUES D'IMAGERIE
RADIOGRAPHIE THORACIQUE
Élément de base de l'arbre décisionnel, c'est souvent le premier examen d'imagerie
réalisé (cliché de face en inspiration), permettant notamment le diagnostic immé-
diat des douleurs d'origine pleurale (pneumothorax et pleurésie). Le cliché en expi-
ration est indiqué uniquement en cas de suspicion de pneumothorax de petite taille
non visible sur le cliché en inspiration.
Chez un patient suspect de dissection ou instable hémodynamiquement, la radio-
graphie ne doit pas retarder la réalisation du scanner, d'autant que le classique élar-
gissement médiastinal n'est ni sensible ni spécifique.
ANGIOSCANNER DE L'AORTE
L'angioscanner aortique est l'examen clé devant une douleur thoracique aiguë non
coronarienne, à radiographie normale ou non contributive. Sa priorité est d'élimi-
ner un syndrome aortique aigu, mais il permet également de nombreux diagnos-
tics différentiels. Compte tenu du risque vital, une insuffisance rénale ou une notion
d'allergie nécessitent de prendre certaines précautions mais ne doivent pas retarder
l'examen.
Les choix faits par le radiologue à la console d'acquisition sont cruciaux pour la
réussite de l'examen. Comme pour les autres urgences thoraciques (dyspnée,
hémoptysie), l'idéal est d'obtenir une opacification concomitante de l'aorte et du
réseau artériel pulmonaire. Plus que les paramètres purement techniques main-
tenant bien standardisés (acquisition volumique, collimation inframillimétrique,
injection à la seringue automatique), quelques principes apparaissent essentiels
pour faire le bilan le plus complet possible et éviter les errances diagnostiques
(tableau 13.2).
IRM
Bien qu'informative dans la dissection aortique, l'IRM n'est pas adaptée au contexte
d'urgence vitale. En semi-urgence, l'IRM cardiaque possède un réel intérêt dans la
prise en charge des douleurs thoraciques avec modifications électriques et enzyma-
tiques sans lésion coronaire significative (myocardites, Tako-Tsubo, infarctus à coro-
naires saines).
ÉCHOGRAPHIE CARDIAQUE
Examen réalisé par les cardiologues, l'échographie cardiaque a l'avantage
de pouvoir être pratiquée au lit du malade, en particulier aux soins intensifs.
L'échocardiographie transthoracique peut mettre en évidence une dysfonction
ventriculaire gauche ou un épanchement péricardique, mais la visualisation de
166 Douleur thoracique – éliminer une dissection
Tableau 13.2.
Principes d'une exploration TDM pour douleur thoracique aiguë.
Principe Objectif
– Une suspicion de dissection n'attend pas – Opérer le plus rapidement possible une
et passe devant les autres demandes de TDM dissection de type A
– Commencer systématiquement par une – Diagnostic d'un hématome de paroi aortique,
série sans injection sur le thorax d'un hémopéricarde ou d'un hémothorax
– Injection d'au moins 100 ml de produit de – Opacification de l'aorte entière
contraste (si les fonctions rénale et cardiaque – Opacification concomitante des artères
le permettent) pulmonaires
– Couverture anatomique depuis la – Bilan exhaustif d'une dissection aortique
région cervicale (incluant les troncs supra-
aortiques) jusqu'aux creux inguinaux
– Si forte suspicion de dissection, sujet – S'affranchir des artéfacts cinétiques liés à la
de plus de 50 ans, et si l'équipement le pulsatilité de l'aorte ascendante
permet, angioscanner de l'aorte entière avec – Localiser précisément la porte d'entrée dans
synchronisation ECG d'emblée sur le massif les dissections de type A
cardiaque – Voir une éventuelle extension du trait de
– Dans les autres cas, angioscanner de dissection aux artères coronaires
l'aorte entière sans synchronisation (rester à – Diagnostics possibles de dissection,
la console pendant l'acquisition), suivi en cas d'infarctus et d'embolie (« triple rule-out »)
de dissection d'un passage avec réinjection
et synchro ECG sur le culot aortique
– Déclenchement manuel de l'acquisition à – Éviter un retard d'acquisition si la région
l'arrivée du bolus sur l'aorte horizontale d'intérêt est positionnée dans le faux chenal
– Compléter l'examen par une acquisition – Recherche de signes de malperfusion
abdominopelvienne au temps portal si viscérale
dissection et plus généralement devant – Opacification d'un faux chenal circulant
toute douleur thoracique mal systématisée lentement
(sujet âgé +++) – Douleurs projetées non rares chez le sujet âgé
RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
SYNDROMES AORTIQUES AIGUS
Les syndromes aortiques aigus sont représentés par la dissection aortique, l'héma-
tome de paroi aortique, l'ulcère pénétrant athéroscléreux et la fissuration anévrismale.
Résultats de l'imagerie 167
Dissection aortique
C'est le syndrome aortique aigu le plus fréquent et aussi le plus grave. Une dissection
survient à la faveur d'une déchirure intimale permettant l'irruption brutale du sang
sous pression à l'intérieur de la paroi aortique, avec constitution d'un clivage longi-
tudinal entre les deux feuillets de la média.
L'angioscanner volumique de l'aorte est l'examen de référence, permettant de faire
le diagnostic de dissection, d'identifier son origine (porte d'entrée) et d'analyser son
extension.
Diagnostic positif
Le diagnostic positif de dissection repose sur la visualisation de deux chenaux circu-
lants séparés par une membrane flottante correspondant au décollement intimal.
Le vrai chenal est souvent plus petit et opacifié de façon plus précoce que le faux
chenal (figure 13.1). Sur une coupe axiale transverse, le flap intimal du faux chenal
se raccorde à angle aigu avec la paroi aortique, et des brides ou cobwebs, résidus
fibreux de média, peuvent flotter dans la fausse lumière à partir du flap intimal.
Figure 13.1.
Dissection aortique de type A.
Le décollement intimal intéresse l'aorte ascendante et descendante. Le vrai chenal
(flèches) est le plus petit ; il se raccorde à angle obtus avec la paroi aortique et apparaît
discrètement plus dense que le faux chenal sur ce temps précoce.
168 Douleur thoracique – éliminer une dissection
Figure 13.2.
Types de dissection.
A. Dissection de type A. Elle débute sur l'aorte ascendante. Les traits en pointillé
indiquent l'extension possible de la dissection. B. Dissection de type B. Elle débute après
la naissance de l'artère sous-clavière gauche. Les traits en pointillé indiquent l'extension
possible anté- ou rétrograde de la dissection.
Figure 13.3.
Dissection de type B.
A-C. Patiente de 52 ans aux antécédents de maladie de Marfan (pectus carinatum). La porte
d'entrée (flèche) se situe juste en aval de l'origine de l'artère sous-clavière gauche. Cobweb
(flèche pointillée). D. Reconstruction sagittale oblique montrant l'absence d'atteinte de
l'aorte ascendante et des troncs supra-aortiques (examen réalisé avec synchronisation ECG).
Figure 13.4.
Intérêt de la synchronisation à l'ECG.
A-D. Patiente de 43 ans, douleur thoracique avec forte suspicion de dissection en
échocardiographie transthoracique. Le scanner réalisé sans synchronisation ECG montre
un dédoublement de la paroi de l'aorte ascendante (flèches) qui a été considéré comme
une dissection. Une sternotomie a été réalisée, mais l'aorte s'est avérée strictement
normale et n'a donc pas été remplacée. E-H. Scanner synchronisé à l'ECG réalisé à J4
postopératoire (fils métalliques de sternotomie) confirmant l'absence de dissection
aortique. L'artéfact a totalement disparu.
Figure 13.5.
Faux chenal compressif au niveau de la racine aortique.
Dissection de type A avec un risque d'ischémie myocardique du fait d'une compression
dynamique du vrai chenal par le faux chenal à hauteur de la naissance du tronc commun.
Résultats de l'imagerie 171
Figure 13.6.
Thrombose de l'artère coronaire droite.
Absence de dissection aortique mais présence d'une thrombose aiguë de l'artère
coronaire droite à son origine, bien visible grâce à la synchronisation ECG.
Extension de la dissection
Le décollement intimal tend à se propager de façon spiroïde à l'aorte d'aval ainsi
qu'à ses branches collatérales. Les différentes acquisitions (temps artériel et temps
portal) ainsi que les reconstructions multiplanaires permettent d'analyser la perméa-
bilité du vrai et du faux chenal, l'extension de la dissection aux artères viscérales, les
orifices de réentrée, ainsi que d'éventuelles variations anatomiques.
172 Douleur thoracique – éliminer une dissection
Les mécanismes à l'origine d'une malperfusion doivent être décrits le plus préci-
sément possible. La classique distinction entre ischémie statique et dynamique ne
reflète qu'imparfaitement la physiopathologie complexe des mécanismes d'hypo-
perfusion, ceux-ci dépendant beaucoup des niveaux de pression dans le faux chenal
et donc des portes d'entrée et de réentrée. Schématiquement, on peut distinguer
les situations suivantes :
■ extension du trait de dissection à une collatérale, le faux chenal venant sténo-
ser le vrai chenal de façon statique (faux chenal thrombosé) ou dynamique (faux
chenal perméable) (figure 13.7) ;
■ collatérale naissant du vrai chenal siège d'une compression dynamique par le
faux chenal (figure 13.8) ;
■ collatérale naissant du faux chenal avec arrachement partiel (figure 13.9) ou
complet (figure 13.10) de l'ostium du vrai chenal.
Selon le mécanisme lésionnel, différents traitements endovasculaires pourront être
proposés : pose d'une endoprothèse couverte sur la porte d'entrée, fenestration du
voile intimal, ou stenting d'une collatérale sténosée.
Figure 13.7.
Extension de la dissection aux artères viscérales.
Le trait de dissection s'étend à l'artère mésentérique supérieure avec une sténose du vrai
chenal (flèche) par le faux chenal. Stricto sensu, le mécanisme de la compression ne peut
être qualifié de statique qu'en cas de thrombose du faux chenal.
Résultats de l'imagerie 173
Figure 13.8.
Compression dynamique du vrai chenal par le faux chenal.
L'artère rénale gauche naît du vrai chenal (flèches) mais le voile intimal vient se plaquer
contre son ostium, entraînant une malperfusion rénale très nette comparativement au
côté droit (flèches pointillées).
Figure 13.9.
Arrachement ostial incomplet.
L'artère rénale droite nait du faux chenal avec un arrachement ostial incomplet (flèches)
et un aspect de flap persistant dans sa lumière. Ce mécanisme est à l'origine d'une
malperfusion rénale droite que l'on devine comparativement au côté gauche.
174 Douleur thoracique – éliminer une dissection
Figure 13.10.
Arrachement ostial complet.
Naissance de l'artère rénale droite du faux chenal avec arrachement complet de l'ostium
du vrai chenal. Ischémie rénale droite.
Formes particulières
La dissection aortique à faux chenal perméable peut avoir une évolution anévris-
male dont le risque de rupture devient important à partir de 55 mm de diamètre.
Cette dilatation aortique est le plus souvent d'installation progressive mais peut
parfois survenir d'emblée. Elle pose alors dans les types B de difficiles problèmes
thérapeutiques compte tenu du risque de paraplégie inhérent à toute chirurgie de
l'aorte thoracique descendante.
La réapparition d'un syndrome douloureux chez un patient porteur d'une dissection
chronique ancienne est également une situation complexe. Elle nécessite d'éliminer
une poussée disséquante en s'aidant de la comparaison avec les documents d'ima-
gerie antérieurs.
Figure 13.11.
Hématome de paroi aortique.
Acquisition TDM sans injection montrant un épaississement pariétal non circonférentiel
spontanément hyperdense (flèches) développé aux dépens de l'aorte ascendante et
transverse, et compliqué d'un hémopéricarde.
176 Douleur thoracique – éliminer une dissection
Figure 13.12.
Ulcères pénétrants athéroscléreux.
L'aorte thoracique descendante est le siège d'un épaississement pariétal athéromateux
irrégulier au sein duquel la lumière circulante forme de petites images d'addition
(flèches) correspondant à des ulcères pénétrants.
Figure 13.13.
Découverte fortuite d'un infarctus aigu du myocarde.
Scanner thoraco-abdomino-pelvien réalisé pour douleurs abdominales chez un homme
de 78 ans. Large hypodensité ventriculaire gauche systématisée au territoire circonflexe
(flèches) en rapport avec un infarctus myocardique en voie de constitution.
STRATÉGIE DIAGNOSTIQUE
Une douleur thoracique qui s'accompagne d'un choc est une extrême urgence qui
impose la prise en charge immédiate en unité de soins intensifs cardiologiques.
Les examens complémentaires (électrocardiogramme [ECG], échocardiographies
transthoracique et transœsophagienne [ETT, ETO]) seront réalisés au lit du malade
et rechercheront un infarctus, une dissection aortique ou une embolie pulmonaire.
178 Douleur thoracique – éliminer une dissection
Chez les patients stables, la stratégie est avant tout orientée par les caractéristiques
cliniques de la douleur. L'ECG permet d'éliminer les infarctus avec élévation du
segment ST.
En l'absence d'infarctus, le recours à l'angioscanner aortique doit être large pour ne
pas méconnaître une dissection, notamment devant une douleur rétrosternale ou
dorsale migratrice.
Dans certains cas, une forte suspicion clinique de dissection peut conduire directe-
ment les patients au bloc opératoire où le diagnostic sera confirmé par ETO lors de
la sédation anesthésique.
CHAPITRE
14
Dyspnée – éliminer
une embolie pulmonaire
PLAN DU CHAPITRE
■ RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
■ TECHNIQUES D'IMAGERIE
• Radiographie du thorax
• Tomodensitométrie
• Écho-Doppler veineux des membres inférieurs
• Scintigraphie pulmonaire ventilation/perfusion
• Angio-IRM des artères pulmonaires
• Échographie cardiaque
■ RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
• Causes de dyspnée d'origine cardiaque
• Causes de dyspnée d'origine pulmonaire
■ STRATÉGIE DIAGNOSTIQUE
RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
La dyspnée est un symptôme très fréquent qui recouvre des causes multiples, en
premier lieu respiratoires et cardiovasculaires, mais également ORL, neurologiques,
musculaires et métaboliques. L'examen clinique est primordial pour orienter le diag
nostic étiologique et rechercher des signes de gravité pouvant nécessiter des gestes
d'urgence préalablement à tout examen complémentaire. L'imagerie par rayons X
joue un rôle essentiel dans la démarche diagnostique. La radiographie thoracique
est systématique devant toute dyspnée, tandis que la tomodensitométrie (TDM) est
extrêmement sensible et spécifique pour le diagnostic des affections respiratoires et
cardiovasculaires (tableau 14.1).
Tableau 14.1.
Causes de dyspnée aiguë.
Spécificité de Spécificité
la radiographie de la TDM
thoracique thoracique
Causes respiratoires
Pneumothorax +++ +++
Pleurésie +++ +++
Pneumopathies infectieuses
– Communautaires ++ +++
– Opportunistes ++ +++
Pneumopathies aiguës non infectieuses
– Pneumonie organisée + +++
– Pneumopathie d'hypersensibilité + +++
– Pneumonie aiguë à éosinophiles + +++
– Pneumopathie médicamenteuse + ++
– Hémorragie alvéolaire + +++
– Syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA) + +++
Décompensation ou exacerbation de pneumopathies chroniques
– Brochopneumopathie chronique obstructive (BPCO) + +++
– Asthme + ++
– Dilatation des bronches + +++
– Mucoviscidose ++ +++
– Sarcoïdose ++ +++
– Maladies pulmonaires fibrosantes ++ +++
– Maladies pulmonaires kystiques + +++
Rappel épidémiologique 181
Causes tumorales
– Tumeur trachéale, carinaire ou bronchique proximale + +++
– Envahissement médiastinal avec syndrome cave supérieur + +++
– Lymphangite carcinomateuse + +++
– Miliaire carcinomateuse + +++
– Adénocarcinome mucineux diffus de forme pneumonique + +++
Causes traumatiques
– Volet costal ++ +++
– Contusion ou lacération pulmonaire + +++
Causes cardiovasculaires
– Embolie pulmonaire aiguë – +++
– Œdème aigu du poumon +++ +++
– Hypertension artérielle pulmonaire + +++
– Épanchement péricardique + +++
– Trouble du rythme cardiaque aigu – –
Autres causes
Causes ORL
– Corps étranger inhalé + ++
– Goitre + ++
– Œdème de Quincke – –
– Tumeur laryngée – –
– Épiglottite, laryngite – –
Causes neuromusculaires
– Éventration ou hernie diaphragmatique ++ +++
– Envahissement tumoral du nerf phrénique + +++
– Lésion haute de la moelle épinière – –
– Accident vasculaire cérébral bulbaire – –
– Myasthénie – –
– Syndrome de Guillain-Barré – –
– Myopathie – –
Causes métaboliques
– Anémie – –
– Acidose métabolique – –
Dyspnée sine materia
182 Dyspnée – éliminer une embolie pulmonaire
TECHNIQUES D'IMAGERIE
RADIOGRAPHIE DU THORAX
Le cliché standard est réalisé de face et dans la mesure du possible en inspiration. Le
cliché de profil n'est pas systématique et ne doit pas retarder la réalisation d'un scan-
ner lorsque la dyspnée est mal tolérée.
TOMODENSITOMÉTRIE
L'angioscanner des artères pulmonaires est la technique de référence pour le diag
nostic positif ou négatif d'embolie pulmonaire et permet en outre de nombreux
diagnostics alternatifs. Le radiologue doit s'assurer qu'un score de probabilité cli-
nique a été calculé et valide l'indication d'angioscanner (figure 14.1). Le scanner doit
être réalisé rapidement, un retard de prise en charge de plus de 90 minutes étant
corrélé à une surmortalité. La difficulté de l'angioscanner des artères pulmonaires ne
réside pas tant dans son interprétation que dans sa réalisation, laquelle dépend en
grande partie des choix techniques effectués par le radiologue.
Préparation du patient :
Insuffisance rénale ?
Ou insuffisance cardiaque ?
Non Oui
– Volume de PDC = 100–120 ml (suivis de 40 ml de NaCl) – Volume de PDC = 50–80 ml (suivis de 40 ml de NaCl)
– Débit d'injection ≥ 4 ml/s – Débit d'injection ≥ 4 ml/s
– Déclenchement de l'acquisition 25 s après injection – ROI dans le tronc de l'artère pulmonaire
– Déclenchement de l'acquisition au seuil de 150 UH
Figure 14.2.
Choix du protocole d'acquisition en angioscanner des artères pulmonaires.
PDC : produit de contraste ; ROI : region of interest.
ÉCHOGRAPHIE CARDIAQUE
L'échographie permet de voir des signes de décompensation ventriculaire droite
mais ne montre qu'exceptionnellement des signes directs d'embolie. C'est l'exa-
men de première intention chez un patient instable hémodynamiquement suspect
d'embolie massive, la présence d'un cœur pulmonaire aigu permettant d'initier le
traitement en urgence avant même la confirmation scanographique de l'embolie.
Résultats de l'imagerie 185
RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
CAUSES DE DYSPNÉE D'ORIGINE CARDIAQUE
Embolie pulmonaire
La radiographie thoracique n'est ni sensible ni spécifique pour le diagnostic d'embolie
pulmonaire aiguë. Si l'acquisition TDM est de bonne qualité technique (densité du tronc
artériel pulmonaire > 250 UH, bonne opacification des artères segmentaires et des cavités
droites, absence d'artéfact respiratoire), la visualisation d'une embolie est généralement
facile, avec d'excellentes performances diagnostiques rapportées (Se/Sp = 0,90/0,95). Le
diagnostic d'embolie pulmonaire aiguë repose uniquement sur des signes directs : pré-
sence d'un ou de plusieurs thrombus hypodenses dans la lumière d'une branche arté-
rielle pulmonaire. Une image de thrombus cerclé par du produit de contraste, paraissant
flotter dans la lumière vasculaire (« image en cocarde ») signe le caractère aigu de l'em-
bolie (figure 14.3). Parfois, l'obstruction vasculaire est complète mais le calibre du vais-
seau reste normal, au contraire de l'embolie chronique où celui-ci peut être diminué ou
irrégulier. Les pièges diagnostiques peuvent consister en de fausses images d'embolies
liées à des artéfacts respiratoires ou aux battements cardiaques (figure 14.4). Il faut aussi
connaître l'existence de faux positifs liés à un passage après injection trop précoce chez
des sujets porteurs de bronchectasies sévères. L'importante inflammation bronchique
s'accompagne d'un hyperdébit systémique au sein d'artères bronchiques dilatées, à l'ori-
gine de shunts systémico-pulmonaires à contre-courant générant des images de sous-
traction par « flux de lavage » dans la lumière des artères pulmonaires. La parade consiste
à réaliser l'acquisition à 25 secondes voire plus, pour permettre une opacification homo-
gène des artères pulmonaires, de l'aorte et des artères bronchiques (figure 14.5).
Figure 14.3.
Thrombus flottant dans la lumière de l'artère lobaire inférieure droite en faveur de son
caractère aigu.
D'autres images de thrombus, plus petits, sont visibles dans le lobe inférieur gauche.
186 Dyspnée – éliminer une embolie pulmonaire
Figure 14.4.
A. Fausses images d'embolies dans les branches artérielles de la pyramide basale
gauche (flèches). B. L'analyse en fenêtre parenchymateuse montre l'existence d'artéfacts
cinétiques liés aux battements cardiaques dans la lingula et le lobe inférieur gauche.
Figure 14.5.
En haut : fausse image d'embolie (flèche) chez un patient de 78 ans présentant une
dyspnée avec crachats hémoptoïques. L'acquisition est trop précoce pour opacifier l'aorte.
La présence de bronchectasies surinfectées dans les bases (à droite) associées aux
crachats hémoptoïques conduit à répéter l'examen à 48 heures sans administrer
d'anticoagulants. En bas : l'acquisition déclenchée 25 secondes après injection
permet d'opacifier le réseau artériel pulmonaire et l'aorte, et d'infirmer le diagnostic
d'embolie (flèche pleine). Elle montre en outre la dilatation des artères bronchiques
(flèche pointillée).
Résultats de l'imagerie 187
Figure 14.6.
Signes de gravité d'une embolie pulmonaire.
Figure 14.7.
Infarctus pulmonaire du segment antérolatéral de la pyramide basale droite, consécutif
à une embolie segmentaire dans la branche A8D (flèche).
188 Dyspnée – éliminer une embolie pulmonaire
En cas d'examen non contributif du fait d'un défaut d'opacification du réseau artériel
pulmonaire, il faut dans un premier temps analyser les raisons de l'échec (passage
trop précoce ou trop tardif, manœuvre de Valsalva en cours d'acquisition, volume
ou débit de produit de contraste insuffisant, mouvements respiratoires, etc.). Il est
ensuite possible, si la fonction rénale l'autorise, de relancer une acquisition avec
injection en corrigeant les facteurs d'échec.
Figure 14.8.
Hypertension artérielle pulmonaire post-embolique.
Présence de thrombus marginés partiellement occlusifs dans l'artère interlobaire droite
(petites flèches) et d'une thrombose complète de l'artère lobaire inférieure gauche
responsable d'une dévascularisation de la base gauche (flèche épaisse). Il s'y associe
des signes d'HTAP (dilatation du tronc artériel pulmonaire, dilatation et hypertrophie du
ventricule droit).
Résultats de l'imagerie 189
Figure 14.9.
Aspergillose angio-invasive chez un patient en aplasie médullaire.
Macronodule du lobe supérieur droit entouré d'un halo en verre dépoli représentant
l'hémorragie alvéolaire périlésionnelle. Le caractère nécrosant rapidement évolutif de
cette infection fait peser le risque d'hémoptysie grave, ici d'autant plus que la lésion est
en situation relativement centrale.
Figure 14.10.
Pneumocystose chez un sujet séropositif au VIH.
Verre dépoli pulmonaire bilatéral diffus.
Il faut également savoir évoquer des causes de dyspnée non infectieuses chez le
patient immunodéprimé, notamment une surcharge hydrostatique, une hémorra-
gie alvéolaire ou une pneumopathie médicamenteuse (tableau 14.2).
Tableau 14.2.
Causes de dyspnée aiguë devant une atteinte bilatérale diffuse chez un patient immunodéprimé.
Aplasie médullaire, allogreffe de moelle, neutropénie profonde
Œdème hydrostatique
Pneumopathies infectieuses
– Aspergillose angio-invasive et autres mycoses pulmonaires
– Bronchopneumonies à germes extracellulaires
Hémorragie alvéolaire
Infiltration pulmonaire leucémique
Leucostase
Pneumopathie médicamenteuse
TRALI
Immunodépression cellulaire (sida, immunosuppresseurs ou corticoïdes au long
cours, J30-J100 post-allogreffe de moelle)
Pneumopathies infectieuses
– Pneumocystose
– Tuberculose
– Infections virales
Pneumopathie médicamenteuse
Pneumonie organisée
Lymphome malin non hodgkinien pulmonaire
Kaposi pulmonaire
IRIS syndrome
IRIS syndrome : immune reconstitution inflammatory syndrome (syndrome inflammatoire de reconstitution immune) ;
TRALI : transfusion-related acute lung injury (syndrome respiratoire aigu post-transfusionnel).
Résultats de l'imagerie 191
Une dyspnée aiguë ou subaiguë peut aussi révéler une néoplasie. Le mécanisme
peut être une obstruction des voies aériennes, un syndrome cave supérieur, un
envahissement lymphangitique ou hématogène (figure 14.11).
Figure 14.11.
A. Masse médiastinale envahissant la veine cave supérieure chez un patient porteur
d'un carcinome bronchique à petites cellules. B. Autre patient présentant un aspect
de lymphangite carcinomateuse bilatérale (lignes septales profuses nodulaires,
épaississement péribronchovasculaire).
Figure 14.12.
Patient de 74 ans suivi pour une fibrose pulmonaire idiopathique.
A. Scanner réalisé au cours du suivi normal, montrant des réticulations, du rayon de miel et des
signes de distorsion parenchymateuse. B. Chez ce même patient, une dyspnée d'installation
rapide conduit à réaliser ce scanner qui montre un verre dépoli diffus surajouté aux signes de
fibrose, en rapport avec un épisode d'exacerbation de la fibrose pulmonaire idiopathique.
192 Dyspnée – éliminer une embolie pulmonaire
STRATÉGIE DIAGNOSTIQUE
Sauf détresse respiratoire aiguë, la radiographie thoracique est systématique
devant une dyspnée et permet souvent d'orienter le diagnostic vers une cause
pulmonaire ou cardiaque. En cas de suspicion d'embolie pulmonaire chez un sujet
stable, la stratégie générale est fondée sur les scores de probabilité clinique, les
D-dimères et le scanner (voir figure 14.1). La suspicion d'embolie chez la femme
enceinte fait l'objet d'un algorithme distinct tenant compte, d'une part, de la
nécessité de limiter l'irradiation fœtale et maternelle, d'autre part, de l'absence de
validation à grande échelle des scores cliniques et des D-dimères (figure 14.13).
Chez le patient instable hémodynamiquement, la prise en charge se fait aux soins
intensifs et l'échographie cardiaque est l'examen de première intention. Ces stra-
tégies sont bien entendu variables selon les centres en fonction des plateaux tech-
niques et de l'organisation locale.
+ –
Radiographie thoracique
Normale Anormale
Scintigraphie de Angioscanner
ventilation/perfusion
+ –
+ – Indéterminée
STOP
STOP
Traitement
Figure 14.13.
Algorithme diagnostique chez la femme enceinte suspecte d'embolie pulmonaire.
CHAPITRE
15
Hémoptysie
PLAN DU CHAPITRE
■ RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
■ TECHNIQUES D'IMAGERIE
• Radiographie thoracique
• Scanner thoracique
• Fibroscopie bronchique
• IRM
• Angiographie invasive
■ RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
• Dilatations des bronches
• Infections
• Causes tumorales
• Autres causes non exceptionnelles
■ STRATÉGIE DIAGNOSTIQUE
RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
L'hémoptysie se rencontre fréquemment en pratique pneumologique et peut
avoir de nombreuses causes (tableau 15.1). Elle correspond à une expectoration
de sang provenant du système respiratoire sous-glottique. Dans la majorité des
cas, l'hémoptysie est de faible abondance (< 50–100 ml/24 heures) et représente
un symptôme – jamais anodin – d'une pathologie qu'il faudra identifier. Dans 5 %
des cas environ, l'hémoptysie est abondante voire massive (> 300 ml/24 heures)
et met en jeu le pronostic vital par insuffisance respiratoire aiguë (inondation
pulmonaire) plus que par déplétion sanguine. Mais même de faible abondance,
une hémoptysie possède un caractère imprévisible et peut récidiver sous forme
massive. Il s'agit donc dans tous les cas d'une urgence diagnostique.
TECHNIQUES D'IMAGERIE
RADIOGRAPHIE THORACIQUE
Le cliché de face en inspiration est souvent réalisé mais est généralement peu infor-
matif dans le diagnostic étiologique d'une hémoptysie.
SCANNER THORACIQUE
L'angioscanner thoracique est l'examen clé et doit être systématique devant un pre-
mier épisode d'hémoptysie. Un passage initial sans injection n'est pas systématique
mais s'avère intéressant en cas de pneumopathie nécrosante (tuberculose notam-
ment) afin de pouvoir affirmer le rehaussement d'un éventuel faux anévrisme arté-
riel pulmonaire. En cas d'altération de la fonction rénale, il ne faut pas se priver de
réaliser une acquisition sans injection qui apporte toujours des éléments diagnos-
tiques précieux.
Le standard reste néanmoins, comme dans les autres urgences thoraciques, l'an-
gioscanner opacifiant à la fois le réseau artériel pulmonaire et le réseau aortique.
L'acquisition doit couvrir l'ensemble du thorax de la région cervicale jusqu'à la
partie haute de l'abdomen afin d'inclure dans le champ d'exploration d'éven-
tuelles artères systémiques non bronchiques issues des artères sous-clavières ou
diaphragmatiques.
Cette double opacification est obtenue, en l'absence d'insuffisance rénale ou car-
diaque, par une acquisition réalisée à un délai fixe de 25 secondes après injection
d'au minimum 100 ml de produit de contraste à un débit de 4 ml/seconde suivi
de 40 ml de NaCl. L'alternative est le bolus tracking, utilisé en positionnant la région
d'intérêt dans l'aorte thoracique descendante (afin d'obtenir une bonne opacifica-
tion des artères bronchiques), mais faisant courir le risque d'une opacification sous-
optimale des artères pulmonaires.
Techniques d'imagerie 195
Tableau 15.1.
Étiologie des hémoptysies.
Étiologie
Bronchectasies Mucoviscidose, dyskinésies ciliaires
Séquelles de bronchopneumopathies aiguës de l'enfance (coqueluche,
VRS, rougeole, tuberculose, etc.)
Déficits immunitaires congénitaux
Connectivites, BPCO, asthme
Infections Tuberculose : formes actives (post-primaire, faux anévrisme de
Rasmussen) ou séquellaire (bronchectasies, cavernes, aspergillome)
Aspergilloses : formes angio-invasives, broncho-invasives, chroniques
cavitaires, aspergillomes, ABPA
Pneumonies nécrosantes (S. aureus, P. aeruginosa, Actinomyces, Nocardia,
mycobactéries atypiques, etc.)
Bronchites infectieuses
Cancer Carcinome bronchopulmonaire
Tumeur carcinoïde endobronchique
Embolie pulmonaire Embolie pulmonaire aiguë avec infarctus pulmonaire
HTAP postembolique
Hémorragie Vascularites (polyangéite microscopique, Wegener, etc.)
alvéolaire Syndrome de Goodpasture
Hémopathies malignes
Traumatique (contusion pulmonaire), iatrogène (biopsie)
Diathèse hémorragique
Toxiques, drogues (cocaïne, crack)
Dommage alvéolaire diffus
Cardiaque Insuffisance cardiaque gauche
Rétrécissement mitral
Cardiopathies congénitales (APSO, shunts G-D)
Vasculaire et/ou Malformation artérioveineuse (Rendu-Osler ou sporadique)
malformative Faux anévrisme pulmonaire (Swan-Ganz)
Anévrisme pulmonaire (Behçet ou sporadique)
Sténose de l'artère pulmonaire
Séquestration bronchique
Fistulisation bronchique d'un anévrisme de l'aorte
Causes rares Médiastinite fibreuse (silicose, sarcoïdose)
Endométriose pulmonaire
Barotraumatisme
Cause inconnue ou Tabagisme chronique
mécanisme peu clair Syndrome de Dieulafoy bronchique
Hémosidérose pulmonaire de l'enfant
Hémoptysie cryptogénique
ABPA : aspergillose bronchopulmonaire allergique ; APSO : atrésie pulmonaire à septum ouvert ; BPCO :
bronchopneumopathie chronique obstructive ; HTAP : hypertension artérielle pulmonaire ; VRS : virus respiratoire syncytial.
196 Hémoptysie
FIBROSCOPIE BRONCHIQUE
La fibroscopie est fréquemment réalisée lors d'une hémoptysie. Elle permet
d'explorer les voies aériennes, de réaliser des prélèvements, parfois de repé-
rer un saignement actif et le cas échéant de pratiquer un geste d'hémostase
locale. Cependant, elle n'explore que l'arbre bronchique proximal et un saigne-
ment abondant peut gêner la visualisation. Pour cette raison, sa sensibilité est
inférieure à celle de l'angioscanner pour identifier la cause de l'hémorragie
(8 % versus 77 %).
IRM
L'IRM n'a pas de place en urgence dans l'exploration d'une hémoptysie.
ANGIOGRAPHIE INVASIVE
L'angiographie invasive est réalisée uniquement à visée thérapeutique. Selon le
mécanisme de l'hémorragie déterminé par le scanner, le geste pourra être :
■ dans la majorité des cas une artériographie sélective des artères bronchiques
avec embolisation par microparticules ;
■ plus rarement, une angiographie pulmonaire avec vaso-occlusion par coils
d'une branche qui saigne.
RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
L'analyse des images TDM consiste dans un premier temps à localiser le
saignement en identifiant le verre dépoli qui, dans ce contexte, correspond
généralement à de l'hémorragie alvéolaire. L'étendue du verre dépoli et des
condensations reflète le degré d'inondation alvéolaire et donne une idée de la
gravité de l'épisode. Il n'y a pas nécessairement de corrélation avec la quantité
de sang extériorisé.
Il faut ensuite rechercher la cause du saignement en analysant conjointement
l'arbre bronchique, le parenchyme pulmonaire et les structures vasculaires. Les
dilatations des bronches associées aux infections bronchiques sont les causes
d'hémoptysie les plus fréquentes. Le cancer bronchique et l'embolie pulmonaire
sont rarement révélés par une hémoptysie, mais devront cependant être systé-
matiquement éliminés.
L'angioscanner artériel pulmonaire et aortique est capital pour comprendre le
mécanisme de l'hémorragie, souvent en lien étroit avec sa cause. Dans plus de
90 % des cas, le saignement est lié à un hyperdébit artériel systémique consécu-
tif à une inflammation chronique des voies aériennes (dilatation des bronches,
mucoviscidose, tuberculose, aspergillose chronique cavitaire, etc.). On ne voit
Résultats de l'imagerie 197
INFECTIONS
Tuberculose
Compte tenu de son caractère nécrosant, la tuberculose est fréquemment à l'ori-
gine d'hémoptysies, que ce soit dans sa forme aiguë bacillifère ou dans sa forme
chronique séquellaire (figure 15.3). La survenue d'une hémoptysie dans un contexte
de tuberculose ancienne doit faire rechercher une récidive bacillaire ou une greffe
aspergillaire au sein d'une caverne. Le mécanisme du saignement est le plus sou-
vent une hypervascularisation systémique. Une exception est le faux anévrisme de
Rasmussen, rare, qui correspond à une érosion d'une branche artérielle pulmonaire
au contact d'un foyer ulcérocaséeux (figure 15.4).
198 Hémoptysie
Figure 15.1.
Hémoptysie chez un homme de 22 ans suivi pour mucoviscidose.
A. Bronchectasies variqueuses, bronchocèles bilatérales, et plages d'hémorragie
alvéolaire (verre dépoli) dans la partie antérieure du lobe supérieur droit. B, C. MIP
axial et coronal montrant une volumineuse artère bronchique droite (flèches). D, E.
Artériographie bronchique droite (flèche) confirmant l'aspect pathologique du réseau
distal. Contrôle postembolisation montrant l'ouverture d'anastomoses avec des
branches artérielles pulmonaire (flèches pointillées).
Figure 15.2.
Hémoptysie chez une femme de 25 ans suivie pour déficit immunitaire commun variable.
A, B. Bronchectasies variqueuses avec signes de surinfection et/ou hémorragie en région
paracardiaque. (Note : le poumon droit est le siège d'une perfusion en mosaïque et non
pas de verre dépoli.) C, D. Hypervascularisation systémique de la base pulmonaire droite
essentiellement due à une volumineuse artère diaphragmatique droite (flèches).
Résultats de l'imagerie 199
Figure 15.3.
Hémoptysie massive chez un homme de 31 ans révélant une tuberculose bacillifère.
A–E. Lésion excavée de l'apex pulmonaire gauche. Hémorragie alvéolaire sous la forme
d'un verre dépoli soutenu paramédiastinal gauche et de plages périphériques moins
denses descendant dans la lingula. L'artère bronchique gauche (flèche) n'est que
discrètement dilatée. F, G. Artériographie bronchique gauche (flèche) montrant un
réseau distal tortueux à l'apex, et après embolisation sélective, une large opacification de
la bronche culminale expliquant le caractère massif de l'hémoptysie.
Figure 15.4.
Patient de 27 ans d'origine géorgienne porteur d'une tuberculose sévère ayant nécessité
une pneumectomie gauche.
A–D. Plage de nécrose lobaire inférieure droite avec extravasation de produit de
contraste (flèche) révélant un faux anévrisme de Rasmussen. E. Contrôle radiographique
après vaso-occlusion par coil de la branche alimentant le faux anévrisme.
200 Hémoptysie
Aspergillose
Aspergillus fumigatus peut être à l'origine d'atteintes pulmonaires très diverses
qui peuvent toutes se compliquer d'hémoptysies (tableau 15.2). La connaissance
du contexte clinique et l'analyse des images scanographiques permettent sou-
vent d'évoquer ces diagnostics avant éventuelle confirmation par des examens
biologiques.
Tableau 15.2.
Aspergilloses pulmonaires.
Contexte clinique Aspect TDM
Aspergillose Hémopathies malignes (aplasie Nodules ou masses entourés d'un
angio-invasive médullaire, allogreffe de moelle, halo en verre dépoli
neutropénies profondes) Plus rarement halo inversé (central)
Transplantés pulmonaires Excavation sous traitement
(séquestre)
Aspergillose Immunodépression cellulaire Tableau de bronchopneumonie
broncho-invasive (sida, greffés d'organe, (épaississement pariétal bronchique,
J30–J100 postallogreffe nodules centrolobulaires avec
de moelle, traitement par arbre en bourgeons, condensations
immunosuppresseurs ou alvéolaires)
corticoïdes au long cours)
Aspergillome Lésions cavitaires séquellaires Cavité apicale comblée par une
(tuberculose, sarcoïdose, boule mycélienne
emphysème, etc.) Croissant clair gazeux (signe du
grelot)
Hypertrophie des artères
bronchiques
Aspergillose Lésions cavitaires séquellaires Cavité apicale comblée par une boule
chronique cavitaire (tuberculose, sarcoïdose, mycélienne avec croissant clair gazeux
emphysème) Condensation pulmonaire
Diabète, alcoolisme, dénutrition, Épaississement pleural en regard
etc. Hypertrophie des artères bronchiques
Aspergillose Mucoviscidose Bronchectasies proximales à
bronchopulmonaire Asthme prédominance supérieure
allergique Bronchocèles spontanément
hyperdenses
Figure 15.5.
Aplasie médullaire chez une jeune fille de 16 ans traitée pour leucémie aiguë myéloïde.
A. Masse lobaire supérieure droite avec verre dépoli péri- et intralésionnel
(mucormycose). B. Cavitation de la lésion contemporaine d'une hémoptysie massive
conduisant à une chirurgie en urgence. C. Contrôle postlobectomie (clips chirurgicaux).
Figure 15.6.
Crachats hémoptoïques chez une patiente de 45 ans aux antécédents de sarcoïdose
stade 4.
A. Fibrose des apex avec remaniements cavitaires, épaississement pleural droit et boule
mycélienne (flèche). B. Reconstruction MIP montrant une artère bronchique droite
anormalement dilatée et tortueuse (flèche).
CAUSES TUMORALES
Un cancer bronchique est rarement à l'origine d'une hémoptysie ; néanmoins,
la prévalence élevée de ce cancer rend cette situation non exceptionnelle. Il
s'agit le plus souvent de formes centrales inopérables. La double opacification
artérielle pulmonaire et aortique est indispensable pour analyser le plus préci-
sément possible le mécanisme du saignement et décider d'un éventuel geste
d'hémostase.
Le carcinome épidermoïde est le plus grand pourvoyeur d'hémoptysies en raison
d'une tendance à l'excavation plus marquée (figure 15.7). L'adénocarcinome peut
s'excaver secondairement, notamment sous traitement par bévacizumab, raison
pour laquelle ce médicament est contre-indiqué dans les cancers épidermoïdes et
Résultats de l'imagerie 203
les adénocarcinomes centraux. Les tumeurs carcinoïdes sont plus rares et sans lien
étroit avec le tabagisme. Elles peuvent entraîner une hémoptysie lorsqu'elles sont en
situation endobronchique. Toute hémoptysie impose donc de suivre l'arbre aérien
dans sa totalité pour rechercher une lésion endobronchique parfois accompagnée
de troubles ventilatoires d'aval (figure 15.8). En fibroscopie bronchique, les tumeurs
carcinoïdes ont fréquemment un aspect rouge framboisé lié à leur caractère hyper-
vasculaire, et par conséquent un risque hémorragique non négligeable en cas de
biopsie.
Figure 15.7.
Hémoptysie massive chez un homme de 59 ans suivi pour un carcinome épidermoïde.
A. Volumineuse masse nécrotique partiellement excavée du culmen avec hémorragie
du parenchyme environnant (flèche). B. Faux anévrisme de l'artère pulmonaire gauche.
Traitement par pneumonectomie.
Figure 15.8.
Tumeur carcinoïde endobronchique (flèche).
204 Hémoptysie
Hémorragie alvéolaire
Les hémorragies alvéolaires spontanées sont souvent bilatérales et se traduisent en
scanner par des plages plus ou moins diffuses de verre dépoli ou de condensation
(figure 15.9). Elles n'entraînent pas nécessairement de saignement extériorisé. Leur
traitement est d'abord celui de la cause. Elles sont généralement non accessibles aux
gestes de radiologie interventionnelle.
Figure 15.9.
Hémorragie alvéolaire chez une patiente de 40 ans traitée pour LAM3 avec CIVD,
présentant une hémoptysie.
LBA : formule proche de celle du sang.
Hémoptysie cryptogénique
Dans 10 à 25 % des cas, aucune cause n'est retrouvée en imagerie et l'hémoptysie
est dite cryptogénique. Cependant, la proportion importante de fumeurs chez ces
patients suggère le rôle favorisant de l'inflammation bronchique (figure 15.10). Il faut
penser à réaliser un contrôle TDM à distance devant toute hémoptysie non expliquée.
Figure 15.10.
Crachats hémoptoïques chez un patient fumeur.
Le scanner montre des opacités en verre dépoli du sommet droit, associées à des lésions
d'emphysème ainsi qu'un discret verre dépoli bilatéral diffus (probable bronchiolite
tabagique).
STRATÉGIE DIAGNOSTIQUE
Une hémoptysie, quelle que soit son abondance, soulève en priorité la question
de son étiologie. Malgré l'absence de recommandation officielle, un consensus se
dégage pour positionner le scanner en première intention, plus performant que la
fibroscopie pour déterminer l'origine de l'hémoptysie et comprendre son méca-
nisme. Le scanner offre par ailleurs la possibilité de planifier un geste d
'hémostase
(embolisation bronchique le plus souvent), ce qui permet de limiter l'irradiation, la
quantité de produit de contraste et la durée totale de la procédure interventionnelle.
Un scanner normal n'interdit pas de recourir à l'embolisation bronchique. En cas
d'hémoptysie abondante ou récidivante sans cause retrouvée, l'embolisation bron-
chique peut s'avérer efficace, même si les artères bronchiques sont scanographique-
ment normales.
La figure 15.11 propose une stratégie générale, susceptible de varier en fonction des
présentations cliniques, des plateaux techniques et des habitudes de chaque centre.
206 Hémoptysie
Hémoptysie
Radiographie
thoracique
Angioscanner thoracique
Fibroscopie
bronchique
Mécanisme du saignement
Chirurgie de sauvetage
Figure 15.11.
Algorithme décisionnel devant une hémoptysie.
CHAPITRE
16
Paraplégie et tétraplégie
aiguës
PLAN DU CHAPITRE
■ RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
■ SÉMÉIOLOGIE CLINIQUE
• Syndrome médullaire
• Syndrome de la queue de cheval
■ TECHNIQUES D'IMAGERIE
• Radiographie du rachis et myélographie
• Imagerie par résonance magnétique
• Tomodensitométrie
■ ÉTIOLOGIES ET RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
• Processus pathologique de localisation intradurale et intramédullaire
• Processus pathologique de localisation intradurale et extramédullaire
• Processus pathologique de localisation extradurale
■ CONCLUSION
RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
Les paraplégies aiguës sont définies par un déficit brutal de la motricité des deux
membres inférieurs, et la tétraplégie par un déficit brutal de la motricité intéressant
les quatre membres. L'ensemble du système nerveux (cerveau, tronc cérébral, moelle
épinière, système nerveux périphérique, jonction neuromusculaire et muscle) peut
être à l'origine de l'une ou l'autre, que le déficit moteur soit symétrique ou non. Les
paraplégies et tétraplégies sont d'origine non traumatique dans 30 à 40 % des cas et
réalisent une urgence diagnostique et parfois thérapeutique. Ce mode de présenta-
tion est avant tout symptomatique de lésions médullaires ou de la queue de cheval,
de mécanisme compressif, vasculaire, infectieux ou inflammatoire.
De façon plus rare, une tétraplégie aiguë peut traduire une atteinte ischémique ou
hémorragique du système nerveux central, en général dans le territoire vertébro-
basilaire. Enfin, les pathologies de la jonction neuromusculaire (syndrome myasthé-
nique) ou du système nerveux périphérique (syndrome de Guillain-Barré) présentent
plus volontiers une installation rapidement progressive.
SÉMÉIOLOGIE CLINIQUE
SYNDROME MÉDULLAIRE
Le syndrome médullaire associe dans son mode de présentation classique un syn-
drome rachidien, un syndrome lésionnel et un syndrome sous-lésionnel.
Syndrome rachidien
Ce syndrome précède parfois l'atteinte médullaire dans les compressions aiguës.
Une raideur segmentaire du rachis est associée à une douleur localisée à la pression
et percussion des épineuses.
Ce syndrome peut induire une déformation du rachis à long terme.
Syndrome lésionnel
Le syndrome lésionnel donne le niveau de l'atteinte médullaire. Les signes neurolo-
giques sont absents au-dessus de ce niveau.
Il associe trois éléments sémiologiques cliniques.
■ douleur d'origine radiculaire en ceinture ou hémiceinture, accentuée à l'effort,
notamment à la toux ; l'aggravation est progressive, rebelle aux antalgiques ;
■ déficit moteur neurogène radiculaire dans le territoire de la racine comprimée
avec diminution ou abolition des réflexes ostéotendineux ou cutanés ;
■ hypoesthésie ou anesthésie à tous les modes dans le dermatome correspondant.
Syndrome sous-lésionnel
Ce syndrome correspond à une atteinte des voies longues médullaires, remontant
progressivement jusqu'au niveau lésionnel, parfois discret au stade initial.
Techniques d'imagerie 211
Syndrome complet
Sont retrouvés :
■ une paraplégie flasque avec hypotonie, amyotrophie et aréflexie ostéotendineuse ;
■ une anesthésie à tous les modes à partir et en dessous de L2 ;
■ un syndrome périnéal complet (incontinence/rétention urinaire, alternance
constipation/diarrhées, anesthésie en selle, abolition des réflexes périnéaux,
impuissance).
Syndrome incomplet
Les tableaux cliniques diffèrent selon la localisation :
■ forme haute (L2, L3, L4) : cruralgies, déficit sensitivomoteur proximal, aréflexie
rotulienne ;
■ forme moyenne (L5, S1) : sciatalgie bilatérale, déficit sensitivomoteur distal,
aréflexie achilléenne ;
■ forme basse (S2, S3, S4, S5) : anesthésie en selle, troubles sphinctériens et génitaux.
TECHNIQUES D'IMAGERIE
RADIOGRAPHIE DU RACHIS ET MYÉLOGRAPHIE
Ces examens ne sont pas indiqués en urgence et n'ont pas de place dans le bilan
initial d'une paraplégie ou d'une tétraplégie.
212 Paraplégie et tétraplégie aiguës
Tableau 16.1.
IRM médullaire.
Séquences requises
Séquence sagittale T1
Séquence sagittale T2
Séquence sagittale T2 STIR
Séquence sagittale T1 après injection de chélates de gadolinium
Séquences optionnelles
Imagerie de diffusion (sagittale et axiale en cas de suspicion d'ischémie médullaire)
Acquisition T2 écho de gradient (sagittale si suspicion d'hématome médullaire)
Acquisitions axiales T2 centrées sur les zones pathologiques
Acquisitions axiales T1 après injection centrées sur les zones pathologiques
Les séquences sagittales sont acquises en coupes de 3 mm d'épaisseur, jointives.
Les acquisitions axiales sont centrées sur le niveau pathologique.
Une injection de produit de contraste n'est pas requise en cas de contexte traumatique.
TOMODENSITOMÉTRIE
La TDM garde une place limitée en cas de paraplégie ou de tétraplégie d'installation
brutale.
Ses indications sont les suivantes :
■ appréciation du retentissement osseux d'une lésion tumorale, infectieuse ou
traumatique ;
■ enquête étiologique dans les ischémies médullaires à l'aide d'un angioscanner
artériel thoraco-abdominal (dissection aortique) ;
■ bilan préopératoire (bilan osseux avant ostéosynthèse, bilan vasculaire
localisant l'artère d'Adamkiewicz).
Étiologies et résultats de l'imagerie 213
Tableau 16.2.
Gammes diagnostiques des lésions médullaires et des racines de la queue de cheval selon
l'épicentre lésionnel.
Localisation Localisation intramédullaire Localisation Localisation
du processus intradurale et extradurale
pathologique extramédullaire
Origine Myélopathie
dégénérative cervicarthrosique
Hernie discale
Origine tumorale Métastase intramédullaire Schwannome Métastase épidurale
Lésions gliales Méningiome
Épendymome Neurofibrome
Hémangioblastome (maladie de
von Hippel-Lindau)
Origine Virale (virus herpès simplex, Méningomyélites Spondylodiscite
infectieuse virus zona-varicelle, rubéole, infectieuses Abcès épiduraux
rougeole, poliovirus, virus (tuberculose,
d'Epstein-Barr) maladie de Lyme)
Bactérienne (tuberculose,
maladie de Lyme)
Fongique
Parasitaire
Origine vasculaire Ischémie médullaire Malformation Hématome épidural
Cavernome médullaire artérioveineuse
Fistule
artérioveineuse
durale
Origine Maladie de système (lupus) Granulomatose
inflammatoire
A C
B
Figure 16.1.
Ischémie médullaire.
Patient de 40 ans hospitalisé pour prise en charge d'une paraplégie complète,
sensitivomotrice de niveau T10. Hyperintensité T2 du cordon médullaire (A) intéressant
les cornes antérieures de la moelle, de façon bilatérale et symétrique (B), hypo-intense
en T1 (C).
Étiologies et résultats de l'imagerie 215
Figure 16.2.
Myélite transverse.
Élargissement et hyperintensité T2 (A) de la moelle spinale cervicale, à hauteur des corps
vertébraux C2-C3, discrètement rehaussé après injection (B), en rapport avec une myélite
transverse.
A B C
Figure 16.3.
Myéloméningo-radiculite sarcoïdosique.
Déficit sensitivomoteur d'installation progressive, révélateur d'une localisation
myéloméningo-radiculaire de sarcoïdose. Un hypersignal T2 (A) du cône médullaire
est associé à un épaississement des racines rachidiennes. Après injection (B et C),
un rehaussement leptoméningé et des racines de la queue de cheval est identifié.
216 Paraplégie et tétraplégie aiguës
A B C
Figure 16.4.
Myélite inflammatoire.
Paraparésie d'installation rapidement progressive chez une patiente de 30 ans. Myélite
de niveau T10, hyperintense en STIR (A) et en T2 (B), rehaussée après injection (C),
révélatrice d'une sclérose en plaques.
A
B
C D
Figure 16.5.
Méningomyélite tuberculeuse.
Déficit sensitivomoteur chez une patiente de 30 ans. Anomalie de signal du cordon
médullaire, hyperintense en T2 (A) et en STIR (B), associée à des prises de contraste
leptoméningées et épidurales après injection de produit de contraste (C, séquence
sagittale T1 ; D, séquence axiale T1 avec suppression du signal de la graisse).
Étiologies et résultats de l'imagerie 217
■
Hypersignal T2 médullaire, plus fréquent sur les cornes antérieures (aspect
en « yeux de hibou » évocateur sur les coupes axiales T2) par atteinte de
l'artère spinale antérieure
■
IRM normale dans 50 % des cas
■
Moelle augmentée de diamètre, et hyperintensité T2 d'étendue variable
(étendue inférieure à la hauteur de deux corps vertébraux dans la sclérose
en plaques)
■ Prise de contraste variable
A B C
D
Figure 16.6.
Schwannome rachidien.
Dorsalgies et névralgies de niveau T7 chez un homme de 30 ans. Masse intradurale
extramédullaire, arrondie, bien limitée, hypo-intense en T2 (A), hypo-intense en T1 (B),
rehaussée de façon homogène après injection de produit de contraste (C), refoulant le
cordon médullaire (D, acquisition transverse T1 après injection de chélates de gadolinium).
A B
Figure 16.7.
Métastase épidurale.
Déficit sensitivomoteur d'installation progressive, révélateur de métastases épidurales
d'un cancer pulmonaire, hypo-intense en T2 (A), de localisation épidurale, rehaussées
après injection de produit de contraste (B).
CONCLUSION
Une paraplégie ou une tétraplégie d'installation brutale doivent faire rechercher une
pathologie médullaire ou de la queue de cheval. L'examen neurologique permet
le plus souvent un diagnostic topographique. L'examen radiologique de choix est
l'IRM, à réaliser en urgence. Cet examen doit intégrer la réalisation de deux plans
orthogonaux, une exploration des racines rachidiennes jusqu'au cul-de-sac dural.
Une injection de produit de contraste doit systématiquement être discutée.
Le diagnostic précoce d'une compression médullaire est capital afin de lever le phé-
nomène compressif avant l'installation d'un ramollissement médullaire et la surve-
nue de lésions irréversibles.
Dans les atteintes extramédullaires, les lésions tumorales osseuses et épidurales
sont les plus fréquentes. En cas d'atteinte intramédullaire, les causes infectieuses et
inflammatoires prédominent.
CHAPITRE
17
Tableau
neurologique fébrile
PLAN DU CHAPITRE
■ RAPPELS ÉPIDÉMIOLOGIQUES
■ TECHNIQUES D'IMAGERIE
• Tomodensitométrie
• Imagerie par résonance magnétique
• Autres méthodes d'imagerie
■ RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
• Syndrome méningé fébrile
• Syndrome neurologique central fébrile
• Infections cérébrales du sujet immunocompétent
• Infections du système nerveux central chez le sujet immunodéprimé
• Syndrome médullaire fébrile
■ CONCLUSION
RAPPELS ÉPIDÉMIOLOGIQUES
L'association d'une fièvre et de signes neurologiques est une situation clinique
relativement fréquente. En raison de sa morbidité potentielle, cette association doit faire
évoquer en premier lieu la possibilité d'une infection du système nerveux central.
Le tableau neurologique permet d'établir les orientations diagnostiques :
■ un syndrome méningé fébrile orientera en premier lieu vers une méningite
infectieuse ;
■ un syndrome neurologique central fébrile (convulsions, troubles de conscience
et syndrome déficitaire) doit faire évoquer une encéphalite infectieuse ou un
abcès intraparenchymateux. Les hypothèses diagnostiques dépendent alors du
contexte clinique et notamment de l'état d'immunodépression du patient ;
■ un syndrome médullaire fébrile (tétraparésie ou paraparésie) doit faire évo-
quer en premier lieu une atteinte médullaire ou épidurale infectieuse (voir
chapitre 16).
Ces différents tableaux cliniques nécessitent une stratégie d'exploration rapide,
menant à un diagnostic précoce et à la mise en place sans délai d'un traitement
adapté et efficace.
Les objectifs de l'imagerie devant une suspicion d'infection du système nerveux
central sont les suivants :
■ confirmer le diagnostic d'infection du système nerveux central (encéphalite,
méningoencéphalite, abcès cérébral, empyème) ;
■ rechercher des complications (thrombose veineuse cérébrale) ;
■ évaluer la propagation intracrânienne des processus infectieux locorégionaux
(sphère ORL, voûte crânienne).
TECHNIQUES D'IMAGERIE
Le bilan d'imagerie dépend de la présentation clinique (syndrome méningé fébrile,
syndrome neurologique central fébrile ou syndrome médullaire fébrile).
TOMODENSITOMÉTRIE
La tomodensitométrie (TDM) est souvent le premier examen réalisé devant une sus-
picion d'atteinte infectieuse. Elle est réalisée sans puis après injection de produit de
contraste. L'examen peut être complété, en fonction des renseignements cliniques
et des premiers résultats de cette imagerie :
■ par des reformatages en algorithme osseux sur les étages antérieur et moyen
de la base du crâne (signes d'otomastoïdite, de rhinosinusite ou d'ostéite) ;
■ par une acquisition au temps veineux sur le réseau veineux intracrânien
(thrombose veineuse cérébrale) ;
■ par une acquisition au temps artériel sur le polygone artériel anastomotique
de Willis (anévrisme mycotique compliquant une endocardite infectieuse).
Techniques d'imagerie 223
Tableau 17.1.
Procédure d'acquisition en IRM encéphalique⁎.
Séquences Objectif
T1 SE sagittal Signes de thrombose veineuse cérébrale
T2 SE axial Analyse du parenchyme cérébral
FLAIR axial Recherche d'abcès cérébral, de signes de
méningite
T2 EG axial Recherche de saignement intracrânien
Imagerie de diffusion axiale Recherche d'abcès intraparenchymateux, d'un
empyème sous-dural
Acquisition volumique T1 après injection de Recherche de collection intracrânienne
produit de contraste
Séquences optionnelles Objectif
FLAIR coronal Suspicion d'encéphalite herpétique
Angio-IRM veineuse Recherche de thrombose veineuse cérébrale
Angio-IRM artérielle Recherche d'anévrisme mycotique, de signes
de vascularite
⁎
L'IRM cérébrale est réalisée en acquisitions de 3 à 4 mm d'épaisseur sans puis après injection intraveineuse de produit
de contraste. L'angio-IRM artérielle doit explorer l'ensemble du volume intracrânien.
D'après le Guide pratique d'imagerie diagnostique à l'usage des médecins radiologues, édité par la Société française de radiologie.
RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
Les éléments du compte-rendu d'imagerie sont les suivants :
■ analyse du système ventriculaire (effet de masse, dilatation du système
ventriculaire) ;
■ analyse des espaces sous-arachnoïdiens (rehaussement) ;
■ analyse du parenchyme cérébral (encéphalite, abcès) ;
■ perméabilité du réseau veineux (thrombose veineuse cérébrale) ;
■ analyse du polygone artériel anastomotique de Willis (anévrisme mycotique,
vascularite) ;
■ analyse de la base du crâne et des cavités nasosinusiennes ;
■ analyse des cavités tympanomastoïdiennes.
Tableau 17.2.
Principales étiologies des méningites infectieuses.
Aspect du liquide Composition cytochimique Agents infectieux
cérébrospinal (LCS) du LCS
Liquide clair
Liquide de composition Méningisme observé au cours de
normale certaines infections ORL – phase précoce
d'une infection bactérienne, avant
irruption de polynucléaires dans le LCS
Méningite lymphocytaire Méningite virale (oreillons, varicelle,
normoglycorachique mononucléose infectieuse, zona, rougeole)
avec hyperprotéinorachie – éliminer toute manifestation neurologique
modérée (< 1 g/l) centrale pouvant faire évoquer une
méningo-encéphalite herpétique)
Méningite lymphocytaire Méningite tuberculeuse – listériose
hypoglycorachique avec
protéinorachie élevée (> 1 g/l)
Autres méningites à liquide Méningites bactériennes (syphilis,
clair leptospirose, borréliose, brucellose)
Méningites parasitaires (paludisme,
toxoplasmose)
Méningites fongiques (cryptococcose et
candidose neuroméningée)
Liquide trouble ou
purulent
Polynucléaires Méningite bactérienne
Protéinorachie > 1 g/l
Glycorachie abaissée
Chlorurorachie normale ou
abaissée
Liquide purulent et aseptique Collections purulentes juxtaméningées
(empyème, thrombose veineuse cérébrale
septique)
Encadré 17.1
Gamme diagnostique devant des hypersignaux FLAIR
des espaces sous-arachnoïdiens
1. Avant injection
■
Hémorragie sous-arachnoïdienne
■
Ralentissement circulatoire artériel
■
Antécédents récents d'administration de chélates de gadolinium
■
Hyperoxie (examen sous anesthésie générale)
■
Artéfacts (métal, mouvements)
■
Lésions riches en mélanine (mélanose, métastase de mélanome)
2. Après injection (voir encadré 17.2)
226 Tableau neurologique fébrile
Encadré 17.2
Gamme diagnostique devant un rehaussement leptoméningé
1. Origine tumorale
■
Lymphome cérébral
■
Méningite carcinomateuse (rehaussement épais et nodulaire)
2. Origine infectieuse
■
Méningite virale (rehaussement fin et linéaire)
■
Méningite bactérienne (rehaussement fin et linéaire)
■
Méningite parasitaire
■
Méningite fongique (rehaussement épais et nodulaire)
3. Maladies de système
■
Sarcoïdose
4. Origine vasculaire
■
Angiomes piaux
A B C
D E
Figure 17.1.
Méningite pneumococcique compliquée de vascularite.
Méningite pneumococcique chez une enfant de 14 ans. Installation d'une hémiplégie
gauche massive avec hémianesthésie gauche. L'IRM permet de mettre en évidence des
signes de méningite, particulièrement marqués à hauteur des citernes de la base du
crâne, sous la forme d'hyperintensités FLAIR (A), rehaussées après injection de chélates
de gadolinium (B). La méningite infectieuse est responsable d'une hydrocéphalie aiguë
et d'une vascularite infectieuse, sous la forme de lésions ischémiques constituées en
imagerie de diffusion (C, D) et d'irrégularités de calibres des axes artériels intracrâniens (E).
Résultats de l'imagerie 227
Méningo-encéphalites infectieuses
Le tableau clinique des méningo-encéphalites infectieuses associe :
■ un syndrome méningé ;
■ un syndrome encéphalitique ;
■ un syndrome infectieux.
La plus fréquente est l'encéphalite herpétique, qui doit être évoquée devant :
■ toute céphalée fébrile ;
■ toute confusion fébrile ;
■ tout coma fébrile.
Urgence diagnostique et thérapeutique (risque de séquelles graves), survenant à
tout âge (âge moyen : 40 ans), l'encéphalite herpétique est due à une réplication du
virus herpès simplex (HSV) de type 1 (95 % des cas) ou de type 2 (5 % des cas). Elle
réalise une méningo-encéphalite nécrosante, hémorragique de la face interne des
lobes temporaux, notamment les régions hippocampiques, et l'insula, puis gagne
secondairement le gyrus cingulaire et les lobes frontaux (figure 17.2). À distance,
une évolution vers l'atrophie des noyaux amygdaliens et de l'hippocampe est sou-
vent observée (figure 17.3).
La TDM est évocatrice lorsqu'elle retrouve une hypodensité temporale (dès J3-J5),
initialement unilatérale, avec une tendance à la bilatéralisation ultérieure et à la dif-
fusion frontale et insulaire. L'IRM cérébrale est plus sensible que la TDM et doit être
réalisée rapidement, sans retarder la mise en route du traitement. Elle montre un
hypersignal T2 cortico-sous-cortical bien visualisé sur les coupes coronales centrées
sur les lobes temporaux, associé éventuellement à un effet de masse. Cet hyper-
signal cortico-sous-cortical n'est pas spécifique d'une encéphalite (encadré 17.3).
Tableau 17.3.
228
Principales affections du système nerveux central chez le sujet immunodéprimé.
Étiologie Signes cliniques Aspect IRM Diagnostic positif
Toxoplasmose cérébrale Signes neurologiques focaux Lésions multiples des noyaux gris centraux et de la Traitement d'épreuve
déficitaires ou irritatifs, fièvre jonction substance blanche-substance grise
Rehaussement annulaire
Lymphome Signes neurologiques focaux Plage d'anomalie de signal cortico-sous-corticale ou Examen anatomopathologique
déficitaires ou irritatifs, profonde, hyperdense en TDM, hypo-intense en T1,
troubles cognitifs, troubles du hypo-intense en T2, hyperintense en FLAIR
comportement Rehaussement homogène
Tableau neurologique fébrile
Fièvre parfois présente Effet de masse modéré
Cytomégalovirus (CMV) Démence, atteinte ophtalmique ou Ventriculite, signes de leptoméningite Coexistence d'autres lésions
nerveuse périphérique, fièvre dues au CMV (rétinite)
Tuberculose Évolution progressive Tuberculome, miliaire, atteinte méningée Preuve bactériologique
Syndrome infectieux parfois absent
Cryptococcose Tableau de méningo-encéphalite Imagerie parfois normale. Dilatations kystiques des Immunodiagnostic par
fébrile espaces périvasculaires de Virchow et Robin recherche d'antigène circulant
Signes de leptoméningite dans le liquide cérébrospinal
Leucoencéphalopathie Démence progressive Plages parfois multiples d'anomalies de signal de la Examen virologique du liquide
multifocale progressive Absence de fièvre substance blanche, hyperintenses en FLAIR, hypo- cérébrospinal
intenses en T1, non rehaussées après injection
Hypo-intensité du cortex en T2* et en imagerie de
susceptibilité magnétique
Encéphalite du VIH Démence progressive, absence de Atteinte diffuse bilatérale parfois asymétrique de la Confrontation
fièvre substance blanche, hyperintense en FLAIR clinicoradiologique
Pas de rehaussement
Atrophie cérébrale
Résultats de l'imagerie 229
A B
C D
Figure 17.2.
Méningo-encéphalite herpétique.
Enfant de 7 ans, hospitalisée pour état de mal épileptique de début partiel et
secondairement généralisé associé à une hyperthermie. Une TDM est réalisée en urgence,
qui révèle une hypodensité cortico-sous-corticale insulaire droite (A). Une méningite
lymphocytaire hyperprotéinorachique est retrouvée. Une IRM est réalisée retrouvant une
anomalie de signal cortico-sous-corticale insulaire droite hypo-intense en imagerie de
diffusion (B), hyperintense en T2 (C, D), non rehaussée après injection. La topographie
insulaire de l'atteinte est classique dans la méningoencéphalite herpétique.
Abcès cérébral
Les abcès cérébraux sont plus souvent secondaires à une infection de voisinage
(sinusite, otite moyenne aiguë, infection dentaire) qu'à une infection transmise par
voie hématogène. Les germes en cause sont anaérobies, pyogènes (streptocoque,
staphylocoque, pneumocoque). Ils passent par une phase d'encéphalite présuppu-
rative, avant d'évoluer vers le stade d'abcès collecté.
230 Tableau neurologique fébrile
A B
C
Figure 17.3.
Méningo-encéphalite herpétique ancienne.
Patient identique à la figure 17.2. Une IRM est réalisée 10 ans après l'épisode infectieux.
L'examen retrouve une lésion cavitaire, hyperintense en T2 (A), hypo-intense en FLAIR
(B), hypo-intense en T1 IR (C). Les lésions sont plus étendues que sur l'IRM réalisée
initialement, témoignant de l'extension des lésions sous traitement optimal.
Encadré 17.3
Gamme diagnostique devant un hypersignal FLAIR
cortico-sous-cortical temporal interne
1. Encéphalite virale (herpétique)
2. Accident vasculaire cérébral ischémique du territoire de l'artère cérébrale postérieure
3. Crise convulsive ou état de mal épileptique
4. Gliome de bas grade
5. Encéphalite auto-immune paranéoplasique ou non paranéoplasique
Résultats de l'imagerie 231
A B C
D E
G H
Figure 17.4.
Abcès cérébral au stade collecté.
Lésion nodulaire hétérogène en TDM, hypodense (A), présentant un rehaussement
annulaire après injection de produit de contraste (B). En IRM, la lésion apparaît
hyperintense sur l'imagerie de diffusion (C), en restriction sur la cartographie du
coefficient de diffusion apparent (D), siège d'un œdème périlésionnel en FLAIR (E),
et en T2 (F), hypo-intense en T1 (G) et rehaussée de façon annulaire après injection
de produit de contraste (H).
Résultats de l'imagerie 233
A B
C D
Figure 17.5.
Abcès cérébraux multiples.
Multiples lésions nodulaires hyperintenses en imagerie de diffusion (A), en restriction sur
la cartographie du coefficient de diffusion apparent (B), hyperintenses sur la séquence
FLAIR (C), hypo-intenses en T1, présentant un rehaussement annulaire après injection de
chélates de gadolinium (D).
234 Tableau neurologique fébrile
Empyème sous-dural
L'empyème sous-dural (figure 17.6) est une collection sous-durale septique, géné-
ralement secondaire à une infection sinusienne. En TDM, il apparaît sous la forme
d'une collection d'épaisseur variable, isodense au parenchyme cérébral, et ses parois
sont nettement rehaussées après injection. La TDM précise également l'étendue des
lésions osseuses et un éventuel foyer infectieux de proximité (nasosinusien, otomas-
toïdien). En IRM, il apparaît hyperintense en FLAIR, hypo-intense en T1, hyperintense
sur l'imagerie de diffusion, en restriction sur la cartographie du coefficient de diffu-
sion apparent et ses parois sont rehaussées après injection. L'IRM apprécie, par ail-
leurs, une atteinte intraparenchymateuse par contamination de voisinage ou une
thrombose veineuse cérébrale associée.
A B C
D E
Figure 17.6.
Empyème sous-dural.
Enfant de 11 ans. Sinusite frontale compliquée d'un empyème sous-dural. Collection
intracrânienne extraparenchymateuse, bien limitée, hyperintense sur les séquences
FLAIR (A) et T2 (B), hyperintense en imagerie de diffusion (C), en restriction sur la
cartographie du coefficient de diffusion apparent (D), rehaussée de façon annulaire
après injection de produit de contraste (E).
Les thromboses septiques des sinus veineux intracrâniens sont rares mais graves
(mortalité 50 %). L'aspect TDM et IRM est identique aux thromboses veineuses
cérébrales aseptiques.
Toxoplasmose cérébrale
La toxoplasmose cérébrale (figure 17.7) doit être évoquée en premier lieu
devant tout symptôme neurologique associé à une fièvre chez un patient VIH.
Figure 17.7.
Toxoplasmose cérébrale chez un patient séropositif pour le VIH non traité.
Lésion nodulaire intracrânienne intraparenchymateuse capsulothalamique droite,
hétérogène sur les séquences FLAIR (A) et T2 (B), présentant une vaste plage
d'œdème périlésionnel. Le centre de la lésion apparaît hypo-intense sur l'imagerie
de diffusion (C), et présente une augmentation du coefficient de diffusion apparent
(D). La lésion est hypo-intense en T1 (E), siège d'un rehaussement annulaire après
injection de chélates de gadolinium (F).
236 Tableau neurologique fébrile
L'aspect en imagerie est celui de lésions volontiers multiples touchant les noyaux
gris centraux et la jonction substance blanche-substance grise. Ces lésions à la
phase d'abcès présentent un rehaussement classiquement annulaire, mais qui
peut être homogène et nodulaire pour les lésions de petite taille. Elles s'accom-
pagnent d'un œdème périlésionnel et d'un effet de masse. Les lésions anciennes
sont fréquemment calcifiées. Le principal diagnostic différentiel sur l'imagerie
est le lymphome cérébral primitif, qui doit être évoqué en particulier devant une
lésion unique de siège périventriculaire.
CONCLUSION
Qu'il s'agisse d'une atteinte encéphalique ou médullaire, l'IRM est l'examen d'ima-
gerie de choix pour l'étude des atteintes infectieuses du système nerveux central.
Sa grande sensibilité en fait un élément clé du diagnostic. Elle permet également de
suivre l'évolution des lésions sous traitement.
CHAPITRE
18
Imagerie des céphalées
PLAN DU CHAPITRE
■ INTRODUCTION
■ CONCLUSION
INTRODUCTION
Les céphalées ou douleurs crâniennes sont un symptôme fréquent de consulta-
tion. Selon les critères d'anamnèse et de l'examen physique, les céphalées sont dis-
tinguées en céphalées primaires, les plus fréquentes, sans cause reconnue, et les
céphalées secondaires ou symptomatiques.
L'imagerie n'est pas nécessaire en cas de céphalée primaire typique ; en revanche,
un bilan d'imagerie à la recherche d'argument en faveur d'une céphalée symptoma-
tique (secondaire) est nécessaire devant les signes d'alerte suivants :
■ caractéristique de la céphalée :
●
céphalée brutale récente ;
●
céphalée en coup de tonnerre ;
●
céphalée aiguë brutale ;
●
céphalée progressive récente ;
●
céphalée aggravée, modifiée ou accompagnée de signes neurologiques
chez un patient céphalalgique connu.
■ terrain :
●
âge > 50 ans ;
●
pathologie évolutive (infection VIH, cancer) ;
●
contexte particulier (ponction lombaire, accouchement, traumatisme) ;
●
céphalée d'effort, aux changements de position, nocturne et matinale ;
●
altération de l'état général, fièvre ;
●
signes neurologiques focaux ;
●
crise convulsive.
En cas de céphalées intenses et brutales, un scanner ou une IRM doivent être réa-
lisés en urgence afin d'éliminer une hémorragie intracrânienne. Dans les autres cas
de céphalées nécessitant un examen complémentaire, l'accès à l'IRM est à favoriser.
L'algorithme décisionnel de prise en charge en imagerie d'un patient céphalalgique
est déterminé par le terrain et l'anamnèse et les questions posées par la gestion en
imagerie des céphalées sont les suivantes.
■ Quels patients explorer et dans quel délai ?
■ Comment les explorer (quelle modalité, quelle procédure d'exploration) ?
■ Que rechercher sur l'imagerie ?
durée d'évolution ;
●
mode évolutif.
●
Examen physique 239
■ caractère de la céphalée :
●
la céphalée est-elle différente des céphalées habituelles ?
●
type de céphalée (pulsatile, continue) ;
●
facteur déclenchant (postural, traumatisme, effort) ;
●
signes d'accompagnement (rhinorrhée, fièvre) ;
●
signes neurologiques (crise convulsive, troubles visuels).
DÉFINITIONS
En fonction des données de l'anamnèse, plusieurs types de céphalées peuvent être
définis, dont les modalités de prise en charge en imagerie seront distinctes.
Céphalée récente
■ Céphalée brutale récente :
●
céphalée en coup de tonnerre, définie par les critères suivants :
– un début brutal ;
– une céphalée très sévère (échelle visuelle analogique [EVA] > 8/10) ;
– une intensité maximale atteinte en moins d'une minute ;
– une durée de plus de 5 minutes.
●
céphalée aiguë brutale.
■ Céphalée progressive récente.
Céphalée chronique
Dans ce dernier groupe, les céphalées primaires sont majoritaires et ne nécessitent
le plus souvent pas d'exploration en imagerie. Le spectre des céphalées chroniques
ne sera pas abordé ici.
Certains signes d'alerte doivent toutefois mener à la réalisation d'une imagerie :
céphalée aggravée ;
●
EXAMEN PHYSIQUE
L'examen physique doit s'attacher à rechercher les éléments suivants :
■ examen physique neurologique :
trouble du comportement ;
●
syndrome méningé ;
●
Encadré 18.1
Exploration en tomodensitométrie d'une céphalée récente
Le protocole d'acquisition inclut un temps sans injection puis un angioscanner du poly-
gone artériel anastomotique de Willis. Les passages sur les troncs artériels supra-aortiques,
l'imagerie au temps veineux et tardif doivent être discutés en fonction des hypothèses
diagnostiques.
1. Tomodensitométrie sans injection
■ Recherche d'une hémorragie sous-arachnoïdienne (hyperdensité spontanée des
espaces sous-arachnoïdiens)
■ Recherche d'un hématome intraparenchymateux
– sinus paranasaux
– orbites
– région sellaire (apoplexie pituitaire)
2. Angioscanner du polygone de Willis
■ Anévrisme artériel intracrânien
■ Vascularite cérébrale
■ Malformation artérioveineuse
Encadré 18.2
Exploration en IRM d'une céphalée récente
L'ensemble de la boîte crânienne doit être couverte par le champ d'acquisition.
■
Séquence T1 sagittale
– Recherche d'une anomalie de la charnière cervico-occipitale
■
Séquence FLAIR (plan transverse ou 3D)
– Détection d'une hémorragie sous-arachnoïdienne récente
■
Séquence T2 écho de gradient (plan transverse)
– Détection de lésions hémorragiques
■
Imagerie en temps de vol du polygone de Willis
– Recherche d'anévrismes intracrâniens
■
Séquence T2 (plan coronal)
– Analyse du parenchyme
– Analyse de la selle turcique
– Analyse du signal des nerfs optiques et de la taille de leur gaine
– Perméabilité du réseau veineux (vide de flux)
■
Imagerie de diffusion standard
– Recherche de lésion ischémique (dissection artérielle)
■ Séquences optionnelles
HÉMORRAGIE SOUS-ARACHNOÏDIENNE
L'hémorragie sous-arachnoïdienne (HSA, ou hémorragie méningée) se définit
comme un épanchement hématique dans les espaces sous-arachnoïdiens. Elle est
de mauvais pronostic, avec une mortalité de 50 % à 6 mois. L'âge de survenue est
situé entre 45 et 50 ans avec une légère prédominance féminine.
242 Imagerie des céphalées
Un anévrisme artériel intracrânien en est la cause dans 70 à 80 % des cas et l'urgence
est liée au risque de resaignement, de vasospasme et d'hydrocéphalie.
Les autres causes d'hémorragie méningée sont les suivantes :
■ fistule artérioveineuse ;
■ syndrome de vasoconstriction cérébrale réversible ;
■ thrombose veineuse cérébrale corticale ;
■ traumatisme crânien ;
■ contexte postopératoire ;
■ angiopathie amyloïde cérébrale ;
■ coagulopathie ou prise d'anticoagulant.
Le bilan étiologique est négatif dans 5 à 10 % des cas.
Le diagnostic d'HSA est suspecté par l'examen clinique (céphalées brutales, syndrome
méningé, troubles neurologiques, coma) et facilement confirmé par la TDM (figure 18.1).
Les objectifs de l'imagerie sont les suivants :
■ confirmer l'hémorragie sous-arachnoïdienne ;
■ établir le grade de Fisher ;
■ confirmer la présence d'un ou de plusieurs anévrismes artériels intracrâniens ;
■ détecter l'anévrisme responsable du saignement (aspect en bissac du fond
anévrismal) ;
■ donner leur topographie ;
■ apprécier les éventuelles possibilités endovasculaires ;
■ rechercher les complications (hydrocéphalie aiguë, ischémie retardée).
La TDM sans injection montre une hyperdensité spontanée des espaces sous-
arachnoïdiens. L'HSA peut être diffuse ou localisée. Sa localisation oriente alors vers
le siège possible de la malformation vasculaire en cause. L'HSA peut être isolée ou
associée à une hémorragie intraparenchymateuse (hémorragie cérébroméningée),
une hémorragie intraventriculaire voire un hématome sous-dural aigu (association
devant faire suspecter une fistule durale).
Céphalées en coup de tonnerre 243
A B
C D E
Figure 18.1.
Hémorragie sous-arachnoïdienne par rupture d'un anévrisme artériel intracrânien.
Céphalées en coup de tonnerre. La tomodensitométrie sans injection met en évidence
une hyperdensité spontanée des espaces sous-arachnoïdiens et du quatrième ventricule
(A), en rapport avec une hémorragie sous-arachnoïdienne associée à une inondation
ventriculaire, responsable d'une hydrocéphalie (B). L'angio-TDM du polygone artériel de
Willis permet d'identifier un anévrisme sacciforme de l'artère basilaire (C). Le traitement
de l'anévrisme est réalisé par voie endovasculaire par mise en place de coils (D, E).
A B
C D
Figure 18.2.
Syndrome de vasoconstriction cérébrale réversible.
Céphalées en coup de tonnerre chez une patiente de 63 ans, révélatrice d'une
hémorragie sous-arachnoïdienne (A, B). Une IRM réalisée au décours immédiat de
l'épisode ne met pas en évidence d'anomalie de calibre des axes artériels du polygone
de Willis (C). Une artériographie cérébrale réalisée ours après l'épisode de céphalée
permet d'identifier des irrégularités de calibres des artères intracrâniennes, disparaissant
sur un contrôle réalisé à 12 mois (D).
Encadré 18.3
Causes de céphalée aiguë brutale
■ Hématome intraparenchymateux
■ Hémorragie intraventriculaire
■ Hématome sous-dural
■
Syndrome d'encéphalopathie postérieure réversible (voir figure 18.3)
■ Thrombose veineuse cérébrale (voir
figure 18.4)
■ Vascularite cérébrale
■
Nécrose pituitaire ou remaniement hémorragique d'un macroadénome hypophysaire
(voir figure 18.5)
■
Sinusite aiguë bloquée
■
Tumeur cérébrale ou intraventriculaire
■
Méningite infectieuse
■
Abcès cérébral
■
Hydrocéphalie aiguë (figure 18.6)
■
Hypotension intracrânienne (figure 18.7)
Céphalée aiguë brutale 247
A B
C D
Figure 18.3.
Encéphalopathie postérieure réversible.
Patiente de 26 ans, présentant, au décours d'un accouchement par césarienne, un
tableau clinique associant céphalée aiguë brutale, cécité brutale et crises convulsives.
Une IRM permet d'identifier des anomalies de signal hyperintenses sur la séquence FLAIR
(A, B), cortico-sous-corticales, bilatérales, asymétriques en faveur d'une encéphalopathie
postérieure réversible. L'évolution clinique et radiologique est favorable, avec une
normalisation de l'IRM à un mois de l'épisode (C, D).
248 Imagerie des céphalées
Diagnostic positif
Les TVC siègent principalement au niveau du sinus sagittal supérieur, des sinus trans-
verses ou sigmoïdes, responsables d'un tableau d'hypertension intracrânienne. La
thrombose des loges caverneuses se manifeste par une exophtalmie douloureuse,
un œdème palpébral et conjonctival, éventuellement complétés par l'atteinte d'un
nerf crânien cheminant dans la loge caverneuse (III, IV, V1, VI).
En TDM sans injection, la thrombose apparaît spontanément hyperdense. En IRM, le
thrombus apparaît le plus souvent hyperintense en T1, responsable d'un effet de sus-
ceptibilité magnétique sur la séquence T2 écho de gradient, et induit une disparition
des effets de flux en pondération T2. L'imagerie angio-TDM veineuse ou angio-IRM
veineuse permet d'identifier la thrombose sous la forme d'une image de soustrac-
tion endoluminale. L'angio-IRM pourra être réalisée avec ou sans injection de pro-
duit de contraste. Une hyperhémie dure-mérienne est souvent associée, sous la
forme d'un rehaussement intense des parois du sinus. La thrombose veineuse d'une
veine superficielle peut entraîner une hémorragie sous-arachnoïdienne focale. Le
retentissement parenchymateux est idéalement étudié en IRM (figure 18.4) et peut
prendre la forme d'un œdème cérébral (œdème vasogénique, en augmentation du
coefficient de diffusion apparent), d'un foyer hémorragique ou d'une ischémie vei-
neuse (œdème cytotoxique, en restriction sur la cartographie du coefficient de dif-
fusion apparent).
Les lésions de voisinage doivent être évaluées (extension à la veine ophtal-
mique pour la thrombose de la loge caverneuse, infection nasosinusienne ou
otomastoïdienne).
Pièges diagnostiques
■ Faux négatifs :
●
en IRM, le thrombus peut être hypo-intense en T1 et T2 les premiers jours et
simuler un sinus perméable en l'absence de séquence angio-IRM.
Céphalée aiguë brutale 249
A B
C D
Figure 18.4.
Thrombose veineuse cérébrale.
Céphalée aiguë brutale et troubles psychiatriques chez une patiente de 20 ans sans
antécédent. Une hyperdensité spontanée de la veine cérébrale interne droite et de la
veine de Galien est identifiée (A) ainsi qu'un défaut d'opacification au temps veineux (B)
témoignant d'une thrombose veineuse cérébrale profonde. L'IRM retrouve un hyposignal
des structures veineuses sur la séquence T2 écho de gradient et des signes d'ischémie
veineuse sur l'imagerie de diffusion (C, imagerie de diffusion b = 1 000 s/mm2 et D,
cartographie du coefficient de diffusion apparent).
■ Faux positifs :
●
en IRM, une hyperintensité spontanée T1 endoluminale peut être le fait
d'artéfacts de flux, en particulier dans les sinus transverses et sigmoïdes ;
●
en IRM ou en TDM, une hypoplasie d'un sinus transverse ou sinus sigmoïde, une
granulation de Pacchioni peuvent simuler une thrombose veineuse cérébrale.
250 Imagerie des céphalées
A B
C D
E
Figure 18.5.
Remaniements hémorragiques d'un macroadénome hypophysaire.
Céphalée aiguë brutale chez un homme de 23 ans associée à une hémianopsie
bitemporale. L'IRM met en évidence un syndrome de masse de la région sellaire,
hétérogène sur la séquence T2 (A). Cette lésion présente des remaniements
hémorragiques périphériques sur les séquences T2 écho de gradient (B), T2 écho de spin
(C). La lésion est rehaussée après injection (D, E).
Céphalée aiguë brutale 251
A B C
Figure 18.6.
Hydrocéphalie aiguë compliquant une méningite carcinomateuse.
Céphalées progressives récentes chez un patient de 59 ans présentant une néoplasie
pulmonaire. Une TDM cérébrale réalisée après injection de produit de contraste
(A) retrouve une dilatation du système ventriculaire associée à des hypodensités
périventriculaires traduisant une résorption transépendymaire du liquide cérébrospinal.
Une IRM cérébrale confirme le diagnostic d'hydrocéphalie aiguë (B, séquence FLAIR) et
met en évidence un rehaussement diffus de la leptoméninge et des nerfs crâniens (C, T1
après injection de produit de contraste ; rehaussement des segments intraméatiques des
paquets acousticofaciaux).
Figure 18.7.
Hypotension intracrânienne.
Céphalées progressives récentes chez une patiente de 36 ans révélatrices d'une
hypotension intracrânienne. Collections liquidiennes sous-durales hyperintenses sur la
séquence FLAIR, symétriques (A) associées à un épaississement pachyméningé, rehaussé
après injection (B), linéaire, symétrique, continu.
252 Imagerie des céphalées
de Valsalva ;
les principales étiologies sont :
●
A B
C D
Figure 18.8.
Hypertension intracrânienne idiopathique pharmacorésistante.
Tableau d'hypertension intracrânienne idiopathique chez une patiente de 21 ans.
Un aspect de sténose des sinus latéraux est retrouvé sur l'angio-IRM veineuse (A).
L'aggravation progressive d'un œdème papillaire au fond d'œil justifie le recours à un
traitement endovasculaire par mise en place d'un stent au sein du sinus latéral (B–D).
Céphalées progressives récentes 253
■ un syndrome méningé :
●
la ponction lombaire est alors l'examen de première intention ;
●
la place de l'imagerie est marginale, à la recherche d'une épistaxis ménin-
gée ou de signes de méningite ou d'une méningoradiculite.
CONCLUSION
La prise en charge en imagerie des céphalées recouvre des situations cliniques
variées et l'anamnèse ainsi que l'examen clinique sont primordiaux pour caractériser
la céphalée.
Une céphalée brutale récente doit mener à la réalisation d'une tomodensitométrie
en urgence et le cadre particulier d'une céphalée en coup de tonnerre doit faire
évoquer trois diagnostics principaux : l'hémorragie sous-arachnoïdienne par rupture
d'un anévrisme intracrânien, le syndrome de vasoconstriction cérébrale réversible
et la dissection d'une artère à destinée encéphalique (cervicale ou intracrânienne).
L'analyse de l'imagerie doit être soigneuse et méthodique (encadré 18.4). L'IRM est le
plus souvent un examen de seconde intention.
Encadré 18.4
Éléments du compte-rendu devant une céphalée récente
■
Recherche d'anomalie de la charnière cervico-occipitale (malformation de Chiari,
signes d'hypotension intracrânienne)
■
Système ventriculaire (volume)
■
Densité des espaces sous-arachnoïdiens (hémorragie sous-arachnoïdienne)
■
Analyse du système veineux (thrombose veineuse cérébrale)
■
Analyse de la selle turcique
■
Analyse des orbites
■
Analyse des sinus paranasaux et des fosses nasales
■
Analyse des vaisseaux du cou et du polygone artériel anastomotique de Willis (ané-
vrisme, dissection)
CHAPITRE
19
PLAN DU CHAPITRE
■ DÉFINITIONS
• Crise convulsive
• Crise convulsive symptomatique aiguë
• Crise convulsive généralisée
• Crise convulsive partielle
• État de mal épileptique
• État de mal épileptique réfractaire
• État de mal épileptique réfractaire inaugural ou de novo
• État de mal épileptique super-réfractaire
• Épilepsie
■ ÉPIDÉMIOLOGIE
■ DIAGNOSTICS DIFFÉRENTIELS
• Ictus amnésique
• Migraine avec aura
Définitions 257
DÉFINITIONS
CRISE CONVULSIVE
Une crise convulsive est définie comme la survenue transitoire de symptômes dus
à une activité neuronale cérébrale excessive ou anormalement synchrone. Elle peut
être partielle ou généralisée.
Encadré 19.1
Étiologies d'un état de mal épileptique réfractaire inaugural
■ Origine cryptogénique (52 %)
■ Pathologies auto-immunes non paranéoplasiques (19 %) : encéphalites auto-immunes
à anticorps anti-NMDA-R, anti-VGKC complex, anti-GAD
■ Pathologies auto-immunes paranéoplasiques (18 %)
■ Cytopathies mitochondriales
■ Maladie cœliaque
■ Porphyrie
ÉPILEPSIE
L'épilepsie est une maladie chronique définie par la récurrence de crises convulsives.
ÉPIDÉMIOLOGIE
La prévalence de l'épilepsie en population générale en Europe et en Amérique du
Nord est d'environ 5/1 000 habitants. Il existe peu de données sur l'incidence de la
première crise d'épilepsie. L'incidence des crises symptomatiques aiguës est estimée
PLACE DE L'IMAGERIE DANS LE BILAN D'UNE CRISE CONVULSIVE 259
Encadré 19.2
Indications d'une imagerie cérébrale en urgence devant
une crise convulsive
■ Déficit neurologique focal
■ Début focal rapporté par les témoins avant généralisation
■ Signes d'hypertension intracrânienne
■ Altération de l'état de conscience
■ Céphalées persistantes
■ Fièvre
■ Traumatisme crânien récent
■ Antécédent néoplasique
■ Traitement anticoagulant
■ Immunosuppression
■ Âge supérieur à 40 ans
■ Suivi neurologique ultérieur incertain
TECHNIQUES D'IMAGERIE
Tomodensitométrie
La TDM sera réalisée sans injection de produit de contraste et permettra d'exclure
la présence de lésions nécessitant une prise en charge en urgence (lésions hémor-
ragiques, phénomènes d'engagement). Le protocole d'acquisition (encadré 19.3)
inclut un temps sans injection. L'injection de produit de contraste est à discuter en
fonction de la situation clinique et servira essentiellement à rechercher des signes
en faveur d'une thrombose veineuse cérébrale ou d'une lésion tumorale. La réalisa-
tion d'une imagerie aux temps veineux ou tardif est donc fonction des hypothèses
diagnostiques. Dans le cas de la découverte d'un processus expansif intracrânien,
l'injection n'est pas indispensable puisque le bilan diagnostique sera réalisé en IRM.
Encadré 19.3
Éléments du bilan en tomodensitométrie d'une crise convulsive
■
Tomodensitométrie sans injection
– Recherche d'un syndrome de masse intracrânien
– Recherche d'un hématome intraparenchymateux
– Recherche d'une affection extraneurologique (foyer infectieux nasosinusien, etc.)
■
Angioscanner cérébral au temps veineux
– Recherche d'une thrombose veineuse cérébrale
■ Tomodensitométrie cérébrale au temps parenchymateux
ÉTIOLOGIES
Les étiologies de crises convulsives sont nombreuses.
1. Crise convulsive symptomatique d'une affection du système nerveux central récente :
■ maladie cérébrovasculaire (récente ou ancienne) :
●
accident vasculaire cérébral ischémique ;
●
accident vasculaire cérébral hémorragique ;
●
thrombose veineuse cérébrale ;
●
encéphalopathie postérieure réversible.
■ tumeur intrâcraniennes (évolution, remaniements hémorragiques) ;
■ origine toxique (volontaire/accident) :
●
intoxication alcoolique aiguë ;
●
intoxication au monoxyde de carbone.
■ origine métabolique :
●
hypoglycémie ;
●
troubles de la calcémie ;
●
sevrage alcoolique ou médicamenteux (benzodiazépines).
■ infection du système nerveux central :
●
méningo-encéphalite ;
●
abcès cérébral ;
●
empyème.
262 Imagerie des crises convulsives et des déficits postcritiques
MALADIE CÉRÉBROVASCULAIRE
Les maladies cérébrovasculaires anciennes ou récentes peuvent être responsable de
crises convulsives ou d'une épilepsie.
■ Accident vasculaire cérébral ischémique (voir chapitre 21) :
les lésions ischémiques anciennes sont une cause fréquente de crise
●
convulsive ;
les crises convulsives surviennent plus rarement lors de la constitution
●
A B C
Figure 19.1.
A–C. Thrombose veineuse cérébrale intéressant le sinus latéral droit et le sinus sagittal
supérieur.
Étiologies 263
Figure 19.2.
A–F. Crise convulsive et déficit moteur brutal de l'hémicorps gauche révélateurs d'un
hématome intraparenchymateux sur rupture de malformation artérioveineuse.
La séquence T2 coronale (B) permet d'identifier des artéfacts vasculaires ou flow voids
(tête de flèche blanche), en rapport avec des structures vasculaires dilatées, à flux rapide.
Figure 19.3.
A–D. Crise convulsive révélatrice d'un cavernome cérébral temporal interne droit.
264 Imagerie des crises convulsives et des déficits postcritiques
TUMEURS INTRÂCRANIENNES
Les lésions tumorales, qu'elles soient primitives ou secondaires, intraparenchy-
mateuses ou méningées, sont susceptibles d'engendrer des crises convulsives
(figure 19.4). Chez un patient porteur d'une tumeur intracrânienne, des crises
convulsives peuvent survenir, à la faveur de remaniements hémorragiques ou d'une
progression vers une forme plus agressive de la maladie (figure 19.5).
Figure 19.4.
A–D. Crise convulsive révélatrice d'une métastase cérébrale, frontale gauche, de mélanome.
Antécédent d'exérèse d'une lésion métastatique occipitale droite.
A B
C D
Figure 19.5.
Tumeur gliale de bas grade connue.
Survenue de crises convulsives en rapport avec une transformation anaplasique de la lésion.
Étiologies 265
ENCÉPHALITES AUTO-IMMUNES
Les encéphalites auto-immunes regroupent un ensemble de processus patho
logiques médiés par des anticorps dirigés contre des structures du système nerveux.
Les encéphalites auto-immunes avec anticorps ciblant des antigènes intracellulaires
sont plus fréquemment associées à une lésion maligne sous-jacente (origine para-
néoplasique) alors que les encéphalites auto-immunes avec anticorps ciblant des
antigènes de surface sont plus volontiers non paranéoplasiques. Elles présentent
une prédilection pour le système limbique (encéphalite limbique) indépendam-
ment de l'étiologie ou de l'anticorps concerné.
ORIGINE TRAUMATIQUE
Les lésions traumatiques, qu'elles soient anciennes et fixées, avec atteinte corticale,
ou aiguës (contusions intraparenchymateuses, collections extra-axiales), peuvent
provoquer des crises convulsives (figure 19.6).
Figure 19.6.
Traumatisme crânien ancien.
266 Imagerie des crises convulsives et des déficits postcritiques
Figure 19.7.
A–C. Anomalies de signal postcritiques, hyperintense sur l'imagerie de diffusion
(b = 1 000 s/mm2) cortico-sous-corticales pariétales gauches, de l'hippocampe gauche
et du pulvinar gauche.
Diagnostics différentiels 267
Elles sont hyperintenses sur les séquences T2 et FLAIR, hyperintenses sur l'imagerie de
diffusion, en restriction sur la cartographie du coefficient de diffusion apparent. Elles
sont généralement réversibles dans les semaines qui suivent.
DIAGNOSTICS DIFFÉRENTIELS
ICTUS AMNÉSIQUE
L'ictus amnésique est défini par la survenue brutale d'un épisode généralement
unique durant moins de 24 heures pendant lequel le patient présente un oubli à
mesure. L'imagerie conventionnelle est classiquement normale. Toutefois, l'imagerie
de diffusion peut montrer une restriction de la diffusion de la région hippocampique
(figure 19.8), parfois bilatérale.
Figure 19.8.
Ictus amnésique.
20
Troubles de conscience
PLAN DU CHAPITRE
■ INTRODUCTION
INTRODUCTION
Les troubles de conscience (syndrome confusionnel ou coma) sont un motif fré-
quent d'admission aux urgences et nécessitent souvent une imagerie cérébrale en
urgence. Ils sont évalués cliniquement par le score de Glasgow.
Le cas de troubles de conscience survenant au décours d'un traumatisme cranio-
facial pose la question de lésions encéphaliques traumatiques primaires (lésions
axonales diffuses, contusions parenchymateuses) ou secondaires (accident vas-
culaire cérébral ischémique compliquant une dissection artérielle traumatique).
Le bilan reposera, en urgence, sur la tomodensitométrie (TDM) encéphalique et
celle du rachis cervical, qui pourront être accompagnées d'un angioscanner des
vaisseaux du cou.
La situation des troubles de conscience d'origine non traumatique pose la difficile
question de l'indication à un bilan d'imagerie, de la modalité d'imagerie et de son
délai de réalisation. Les circonstances cliniques vont guider la prise en charge : pro-
fondeur des troubles de conscience, rapidité d'installation du trouble, circonstances
(intoxication), symptômes associés (fièvre, céphalée brutale, déficit neurologique). Les
examens paracliniques simples vont ensuite aider au diagnostic étiologique (glycé-
mie capillaire, ponction lombaire, dosages des toxiques, électroencéphalogramme).
L'apparition brutale de troubles de la conscience justifie la réalisation d'une TDM
encéphalique sans injection en urgence, à la recherche d'une hémorragie intracrâ-
nienne, d'une hydrocéphalie aiguë ou d'un syndrome de masse intracrânien. Si la
TDM sans injection apparaît normale, il est recommandé de réaliser une angio-TDM
des axes vasculaires cervicaux et intracrâniens et un angioscanner à la recherche
d'une thrombose de l'artère basilaire (voir chapitre 21).
L'imagerie par résonance magnétique (IRM) encéphalique sera réalisé en seconde
intention avec de meilleures performances diagnostiques (encadré 20.1).
Encadré 20.1
Procédure d'acquisition IRM dans le cadre d'un trouble
de conscience d'origine non traumatique
1. Imagerie de diffusion
■
Recherche de lésion ischémique
■
Détection précoce d'anomalie dans les encéphalopathies toxiques et métaboliques ou
dans la maladie de Creutzfeldt-Jakob.
2. T1 sans injection
3. FLAIR
4. T2 écho de gradient
5. Acquisition volumique T1 après injection de chélates de gadolinium
■
Recherche de rehaussement parenchymateux
■
Recherche de rehaussement leptoméningé
6. Imagerie en temps de vol du polygone de Willis ou angio-IRM
■
Recherche d'argument en faveur d'une vascularite
■
Bilan d'une éventuelle lésion ischémique
7. Séquences optionnelles
■
Spectroscopie (recherche d'une origine métabolique)
Figure 20.1.
Encéphalite auto-immune chez un patient de 21 ans.
Hyperintensité bilatérale et symétrique des hippocampes en T2 spin écho (A) et en FLAIR (B).
peut présenter des troubles de conscience, des signes moteurs, des céphalées, des
convulsions, une fièvre. En imagerie (figure 20.2), l'atteinte est multifocale, bilatérale et
asymétrique. Les anomalies concernent la substance blanche hémisphérique, la subs-
tance grise (cortex et noyaux gris centraux), le cervelet, le tronc cérébral et la moelle épi-
nière. Les lésions peuvent être punctiformes, larges, voire pseudotumorales. En IRM, les
lésions apparaissent hyperintenses en FLAIR et T2, avec un comportement variable en
diffusion. Le rehaussement peut être punctiforme, ou périphérique en anneau complet
ou incomplet, ou être absent. Au scanner, les lésions apparaîtront hypodenses.
Figure 20.2.
Encéphalomyélite aiguë disséminée chez un enfant de 6 ans.
Lésions cortico-sous-corticales, hypodenses en tomodensitométrie (A) et hyperintenses
en FLAIR (B), bilatérales et asymétriques.
MALADIE DE CREUTZFELDT-JAKOB
La maladie de Creutzfeldt-Jakob est une maladie neurodégénérative rapidement
progressive liée à l'altération de la protéine prion. Plusieurs types peuvent être
décrits : une forme sporadique, une forme héréditaire et une forme acquise. Les
patients présentent une démence d'évolution rapidement progressive, des myoclo-
nies, une ataxie, des signes pyramidaux et extrapyramidaux, des troubles de la vision,
avec une akinésie et un mutisme aux derniers stades de la maladie.
En imagerie (figure 20.3), les anomalies concernent classiquement le cortex
(épargnant les régions périrolandiques), le striatum (putamen et noyau caudé)
ainsi que le thalamus. L'atteinte est généralement bilatérale et symétrique,
hyperintense en imagerie de diffusion et en restriction sur la cartographie du
coefficient de diffusion apparent (CDA). Les éléments négatifs sont : l'absence
d'atteinte de la substance blanche et l'absence de rehaussement après injection
de produit de contraste.
Encéphalopathies non infectieuses 273
Figure 20.3.
Forme sporadique de maladie de Creutzfeldt-Jakob.
Atteinte striatale et thalamique, bilatérale et symétrique, hyperintense en FLAIR
et sur l'imagerie de diffusion (A), en restriction sur la cartographie du coefficient
de diffusion apparent (B).
ENCÉPHALOPATHIE ANOXO-ISCHÉMIQUE
L'encéphalopathie anoxo-ischémique complique les hypoxies ou anoxies induites
par les hypoperfusions cérébrales (arrêts cardiorespiratoires, noyades). Elle se traduit
par une hyperintensité T2 des ganglions de la base, associée à une hyperintensité sur
l'imagerie de diffusion, en restriction sur la cartographie ADC (figure 20.4).
Figure 20.4.
Arrêt cardiocirculatoire responsable d'une encéphalopathie anoxo-ischémique.
Atteinte pallidale bilatérale ainsi que du splénium du corps calleux et de la substance
blanche profonde, hyperintense en FLAIR (A) et hyperintense en imagerie de diffusion (B).
274 Troubles de conscience
ÉTIOLOGIES TOXIQUES
INTOXICATION PAR LE MONOXYDE DE CARBONE
L'intoxication par le monoxyde de carbone est d'origine accidentelle ou volontaire
(tentative de suicide). Le patient peut présenter des nausées, des vomissements, des
vertiges, des céphalées, des troubles de la vision, des troubles de l'humeur et des
troubles de conscience, voire un coma.
En imagerie, l'atteinte classique est la nécrose bilatérale et symétrique des glo-
bus pallidus, fréquemment associée à une atteinte de la substance blanche sus-
tentorielle (en particulier des centres semi-ovales). D'autres sites peuvent être
concernés : les noyaux caudés, les putamens, les thalamus, les hippocampes, le cer-
velet, le cortex. Ces anomalies apparaissent hypodenses en TDM et sous la forme
d'un œdème cytotoxique en IRM, hypo-intense en T1, hyperintense en T2 et FLAIR,
hyperintense en imagerie de diffusion, en restriction sur la cartographie du CDA.
INTOXICATION AU MÉTHANOL
Le méthanol est retrouvé, entre autres, dans les antigels et l'intoxication peut être
volontaire ou accidentelle. Les premiers symptômes sont des troubles de la vision,
des céphalées, des nausées, des vomissements, puis surviennent des crises convul-
sives, une confusion, un coma.
En imagerie, l'intoxication au méthanol entraîne une nécrose hémorragique des
putamens, hyperintense en T2, hypo-intense en T2 écho de gradient, de signal
variable en T1, hyperintense en imagerie de diffusion.
ÉTIOLOGIES MÉTABOLIQUES
HYPOGLYCÉMIE
L'hypoglycémie est plus fréquente chez les patients diabétiques, souvent d'origine
iatrogène. Les symptômes sont liés à la neuroglucopénie : troubles du comporte-
ment, troubles visuels, convulsions, déficits neurologiques focaux variés (sensitifs ou
moteurs) et troubles de la conscience jusqu'au coma hypoglycémique. Il s'y associe
des signes dysautonomiques : nausées, sueurs, pâleurs, tremblements.
En imagerie (figure 20.5), l'atteinte est bilatérale, souvent asymétrique. Les anoma-
lies peuvent intéresser la substance grise (cortex, hippocampes, noyaux caudés et
lenticulaires) et la substance blanche (centres semi-ovales, capsules internes, splé-
nium du corps calleux). Le thalamus, le tronc cérébral et le cervelet sont classique-
ment épargnés (diagnostic différentiel avec une anoxie cérébrale). L'étendue des
lésions dépend de la profondeur et de la durée de l'hypoglycémie. Les lésions sont
hypodenses en TDM. En IRM, elles apparaissent hyperintenses en FLAIR et T2, hypo-
intenses en T1, hyperintenses en imagerie de diffusion, en restriction sur la carto-
graphie ADC.
Étiologies métaboliques 275
Figure 20.5.
Coma hypoglycémique sur intoxication médicamenteuse volontaire par insuline.
Atteinte du splénium du corps calleux et de la substance blanche profonde,
hyperintense sur l'imagerie de diffusion (A), en restriction sur la cartographie
du coefficient de diffusion apparent (B).
ENCÉPHALOPATHIE DE GAYET-WERNICKE
L'encéphalopathie de Gayet-Wernicke est une urgence thérapeutique. Liée à un
déficit en thiamine, elle est le plus souvent rencontrée dans le cadre d'une dénutri-
tion sévère. La triade clinique classique associe ataxie, confusion et ophtalmoplégie.
L'atteinte en imagerie est bilatérale et symétrique (figure 20.6), intéressant la partie
médiale des thalamus, les corps mamillaires, la lame tectale et la substance grise
Figure 20.6.
Encéphalopathie de Gayet-Wernicke dans un contexte d'alcoolisme chronique.
Hyperintensité FLAIR des thalamus de façon bilatérale et symétrique (A), rehaussement
des corps mamillaires sur la séquence T1 réalisée après injection de produit de contraste (B).
276 Troubles de conscience
ENCÉPHALOPATHIE DE MARCHIAFAVA-BIGNAMI
L'encéphalopathie de Marchiafava-Bignami est une maladie rare survenant la plu-
part du temps dans un contexte d'alcoolisme chronique. Elle est caractérisée par une
nécrose et une démyélinisation du corps calleux. Les troubles de conscience sont
sévères et d'installation brutale. Des crises convulsives peuvent être rencontrées.
En imagerie (figure 20.7), l'atteinte concerne le corps calleux, plus particulièrement
son splénium et la substance blanche profonde. Les lésions sont hypodenses en
TDM. En IRM, elles apparaissent sous la forme d'un œdème cytotoxique parfois asso-
cié à des phénomènes de rupture de barrière hémato-encéphalique (rehaussement
T1 après injection). L'évolution se fait vers la cavitation.
Figure 20.7.
Syndrome confusionnel aigu révélateur d'une encéphalopathie de Marchiafava-Bignami.
Atteinte du splénium du corps calleux, hyperintense sur la séquence FLAIR.
DÉMYÉLINISATION OSMOTIQUE
Le syndrome de démyélinisation osmotique se manifeste dans un contexte
d'hyponatrémie corrigée de façon trop rapide par l'apparition de troubles de la
conscience associés à un syndrome pseudobulbaire et des crises comitiales. En
imagerie, la démyélinisation peut être centropontique, réalisant une image de
277
CONCLUSION
Figure 20.8.
Agitation et syndrome confusionnel chez un patient alcoolique chronique.
Atteinte du pont avec respect du tegmentum, hyperintense sur la séquence FLAIR (A)
et hypo-intense en T1 (B).
ENCÉPHALOPATHIE HÉPATIQUE
L'encéphalopathie hépatique est potentiellement réversible, dans le cadre une
insuffisance hépatique aiguë ou d'une décompensation d'insuffisance hépatique
chronique. Le patient peut présenter un syndrome extrapyramidal, des myoclo-
nies négatives (astérixis ou flapping tremor), des troubles de la conscience ou un
coma. L'imagerie combine des lésions liées à l'insuffisance hépatique chronique
(accumulation chronique de manganèse avec hyperintensité T1 des globus palli-
dus, de l'hypothalamus, du mésencéphale et de l'antéhypophyse) et une atteinte
liée à l'encéphalopathie hépatique aiguë. Cette dernière réalise un œdème céré-
bral cytotoxique hyperintense en FLAIR, intéressant le cortex cérébral, avec une
épargne relative du cortex prérolandique et du cortex occipital. Les lésions ne se
rehaussent pas après injection de gadolinium. En TDM, l'œdème cérébral se mani-
feste sous la forme d'une dédifférenciation entre la substance blanche et la subs-
tance grise.
278 Troubles de conscience
CONCLUSION
L'imagerie a une place centrale dans la prise en charge diagnostique des troubles
de la conscience. Le scanner étant l'examen le plus accessible, il sera réalisé en pre-
mière intention dans le cadre de l'urgence. L'IRM, réalisée le plus souvent en deu-
xième intention, est l'examen ayant les meilleures performances diagnostiques.
La prise en compte du contexte clinique et biologique associée à une analyse
sémiologique IRM précise permettra de se rapprocher au mieux du diagnostic
étiologique.
CHAPITRE
21
Déficit neurologique brutal
PLAN DU CHAPITRE
■ INTRODUCTION
■ STRATÉGIE DIAGNOSTIQUE
■ TECHNIQUES D'IMAGERIE
• Imagerie du parenchyme cérébral
• Angiographie par résonance magnétique (ARM)
• Imagerie de perfusion
• Tomodensitométrie encéphalique
• Échographie-Doppler couleur
• Angiographie conventionnelle
■ ACCIDENT VASCULAIRE CÉRÉBRAL ISCHÉMIQUE
• Cas particulier : l'accident ischémique transitoire (AIT)
• Imagerie de l'accident vasculaire cérébral ischémique
• Indications thérapeutiques et sélection des patients
■ ACCIDENT VASCULAIRE CÉRÉBRAL HÉMORRAGIQUE
• Diagnostic positif
• Diagnostic étiologique
■ CONCLUSION
INTRODUCTION
Les accidents vasculaires cérébraux (AVC) représentent, dans les pays à niveau de
vie élevé, la troisième cause de mortalité après les affections cardiaques et les can-
cers. Les AVC d'origine artérielle sont les plus fréquents et se répartissent en trois
grands groupes : 80 % d'accidents ischémiques, 15 % d'hémorragies intraparenchy-
mateuses et 5 % d'hémorragies méningées. Cette répartition varie en fonction de
l'âge, du sexe, du pays et de la communauté ethnique.
STRATÉGIE DIAGNOSTIQUE
Face à un déficit neurologique brutal, le radiologue doit savoir remplir, en urgence,
les objectifs suivants :
■ confirmer le diagnostic d'AVC ;
■ identifier la nature hémorragique ou ischémique de l'AVC ;
■ évaluer l'étendue des lésions et évaluer le volume de nécrose cérébrale (score
ASPECTS [Alberta Stroke Program Early CT score] ou évaluation quantitative) ;
■ dater un AVC ischémique ;
■ identifier le niveau d'occlusion vasculaire ;
■ rechercher une atteinte des vaisseaux du cou (lésion sténo-occlusive ou
dissection) ;
■ évaluer la pénombre ischémique ;
■ évaluer le bénéfice d'une stratégie de revascularisation.
La tomodensitométrie (TDM) et l'imagerie par résonance magnétique (IRM) per-
mettent de répondre à l'ensemble de ces questions. Toutefois, l'IRM (recomman-
dations de la Haute autorité de santé [HAS]) associant imagerie du parenchyme,
imagerie de perfusion et séquence d'angio-IRM est l'examen de choix. Quelle que
soit la technique employée, son résultat devra être transmis sans délai.
TECHNIQUES D'IMAGERIE
L'IRM est actuellement l'examen de première intention (recommandations HAS) dès
qu'une attitude thérapeutique est à entreprendre. La TDM garde tout son intérêt à
distance de l'accident ischémique ou dans le diagnostic de l'hémorragie cérébro
méningée (encadré 21.1).
Encadré 21.1
Exploration en IRM d'un déficit neurologique brutal
L'ensemble de la boîte crânienne doit être couverte par le champ d'acquisition.
■
Imagerie de diffusion
– Recherche de lésion ischémique
– Évaluation de l'extension de l'ischémie (score ASPECTS) (figure 21.1)
■
Séquence FLAIR
– Datation d'un AVC ischémique
– Détection d'une hémorragie sous-arachnoïdienne récente
– Analyse du parenchyme cérébral
■
Séquence T2 écho de gradient ou imagerie de susceptibilité magnétique
– Détection de lésions hémorragiques
– Détection d'un thrombus artériel
■
Imagerie de perfusion
– Évaluation de la pénombre ischémique
■ Angio-IRM des troncs supra-aortiques
Figure 21.1.
Score ASPECTS.
Le score ASPECTS (Alberta Stroke Program Early CT Score) est un outil de quantification
simple et reproductible, des signes précoces de l'ischémie cérébrale. Initialement développé
en tomodensitométrie, son utilisation est étendue à l'imagerie de diffusion. Le score est
établi à partir de deux plans de coupes. Le premier plan de coupe passe par le thalamus
et les noyaux lenticulaires (A). Le second plan de coupe passe par les ventricules latéraux,
adjacents au bord supérieur des ganglions de la base (B). Le territoire de l'artère cérébrale
moyenne est subdivisé en dix régions, chacune valant un point. Un point est soustrait
pour chaque région intéressée par l'ischémie. Un score ASPECTS de 0 signifie donc une
ischémie de tout le territoire de l'artère cérébrale moyenne. Le score est corrélé au risque
de saignement symptomatique et de surmortalité. C : noyau caudé ; IC : internal capsule
(capsule interne) ; I : insula ; M1 à M6 : cortex antérieur, latéral et postérieur.
Source : Barber PA, Demchuk AM, Zhang J, Buchan AM. Validity and reliability of a quantitative computed tomography score in
predicting outcome of hyperacute stroke before thrombolytic therapy. ASPECTS Study Group. Alberta Stroke Program Early CT Score.
Lancet 2000 ; 355 : 1670–4.
Séquence FLAIR
Cette séquence permet :
■ la datation des AVC (intérêt dans les déficits du réveil) ;
■ la visualisation des flux lents après le niveau de l'occlusion artérielle (facteur de
bon pronostic en cas de revascularisation).
IMAGERIE DE PERFUSION
Cette technique d'imagerie cherche à étudier la qualité de la vascularisation cérébrale.
Immédiatement après l'injection du produit de contraste, une série d'acquisitions en
séquence T2 écho de gradient sont réalisées. L'arrivée du produit de contraste dans
les artères cérébrales se manifeste par une chute rapide du signal. Dans une situation
d'occlusion artérielle, cette chute du signal, en aval de l'occlusion, sera retardée et
incomplète. Ce phénomène se traduit par un allongement du délai entre l'injection
et la chute du signal. Cette séquence permet d'étudier, de manière semi-quantitative,
voxel par voxel la qualité de la vascularisation cérébrale selon une échelle de cou-
leur et de distinguer les zones d'ischémie et de pénombre ischémique. Les régions
cérébrales où le coefficient de diffusion apparent est abaissé (ischémie constituée) et
celles apparaissant en hypoperfusion, en aval d'une occlusion artérielle, sont compa-
rées. Les territoires associant signes de pénombre ischémique et absence d'œdème
cytotoxique sont qualifiés de territoires de mismatch (ou discordance) entre l'image-
rie de diffusion et l'imagerie de perfusion. À cet égard, il est fréquent de constater
une discordance entre le déficit neurologique clinique et les anomalies de diffusion.
L'imagerie de perfusion fournit une explication à ce mismatch entre signes cliniques
et imagerie de diffusion (mismatch clinicoradiologique) puisque c'est l'ensemble du
territoire hypoperfusé qui est responsable de la symptomatologie clinique. Il s'agit
actuellement d'un outil d'aide à la décision médicale puisque l'existence de tels ter-
ritoires laisse supposer qu'un geste de recanalisation précoce pourrait permettre de
rétablir un débit sanguin cérébral suffisant et d'éviter qu'une ischémie irréversible ne
s'installe.
TOMODENSITOMÉTRIE ENCÉPHALIQUE
Les indications de la TDM sans injection sont aujourd'hui marginales et cet examen
est essentiellement utilisé pour éliminer une hémorragie intracérébrale.
La TDM encéphalique avec imagerie de perfusion et angioscanner des troncs
supra-aortiques (encadré 21.2) est, quant à elle, une alternative intéressante à l'IRM
dans la prise en charge de l'AVC ischémique du territoire carotidien, lorsque l'heure
de début est connue et si l'IRM n'est pas réalisable. L'imagerie de perfusion per-
met l'évaluation de la pénombre ischémique et l'angioscanner est un examen de
choix dans le bilan vasculaire. Son utilisation doit cependant être mesurée chez les
patients âgés, insuffisants rénaux ou aux antécédents d'allergie à l'iode.
À distance de la phase aiguë, la TDM cranio-encéphalique garde tout son intérêt,
permettant une évaluation de l'extension du territoire ischémique et la recherche
de remaniements hémorragiques post-thérapeutiques.
284 Déficit neurologique brutal
Encadré 21.2
Exploration en TDM d'un déficit neurologique brutal
L'ensemble de la boîte crânienne doit être couverte par le champ d'acquisition.
■ TDM sans injection
ÉCHOGRAPHIE-DOPPLER COULEUR
Rarement réalisée dans le cadre de l'urgence, l'échographie-Doppler permet une
analyse non invasive, morphologique et dynamique des axes cervico-encéphaliques.
Elle localise et quantifie une sténose. L'athérosclérose des artères à destinée
cérébrale est la principale étiologie des accidents ischémiques. Les lésions athéro-
mateuses débutent généralement sur les artères carotides, en particulier à hauteur
des bifurcations.
ANGIOGRAPHIE CONVENTIONNELLE
Une recanalisation artérielle rapide et efficace visant à restaurer le flux sanguin et
améliorer le pronostic fonctionnel est le but principal de la prise en charge à la
phase aiguë de l'infarctus cérébral. En cas d'occlusion artérielle proximale, l'effica-
cité de la thrombolyse intraveineuse est limitée et l'angiographie conventionnelle
avec thrombectomie mécanique occupe maintenant une place thérapeutique pri-
vilégiée. La thrombectomie mécanique est maintenant validée comme traitement
de référence des infarctus liés à une occlusion artérielle d'un gros tronc de la circu-
lation antérieure et permet une amélioration significative du pronostic clinique des
patients.
La place de l'angiographie diagnostique est, elle, très limitée. Elle étudie la gerbe aor-
tique et de façon sélective les quatre axes, carotidiens et vertébraux. Ses indications
sont la recherche d'une vascularite cérébrale lorsque l'imagerie diagnostique avec
imagerie de la paroi artérielle n'est pas contributive et le bilan de certaines hémor-
ragies intraparenchymateuses.
La place de l'angiographie dans la prise en charge des hémorragies sous-
arachnoïdiennes est traitée en dehors de ce chapitre.
Accident vasculaire cérébral ischémique 285
Tomodensitométrie
La TDM sans injection permet de déterminer l'origine ischémique d'un déficit neu-
rologique focal constitué en montrant l'absence d'hyperdensité en rapport avec une
hémorragie (figure 21.2).
Figure 21.2.
Accident vasculaire cérébral ischémique du
territoire de l'artère cérébrale moyenne gauche.
Hypodensité du territoire de l'artère cérébrale
moyenne droite en rapport avec un AVC
ischémique constitué.
286 Déficit neurologique brutal
Territoires artériels
sylvien superficiel
sylvien profond
cérébral antérieur
cérébral postérieur
vertébro-basilaire
(pontique et cérébelleux
sauf cérébral postérieur)
Figure 21.3.
Schématisation des territoires artériels.
Accident vasculaire cérébral ischémique 287
Bilan étiologique
La prévention de la récidive de l'AVC ischémique passe par le traitement de la cause.
Une enquête étiologique doit donc être entreprise au plus tôt. Le bilan cardiaque
comporte électrocardiogramme (ECG) et échocardiographie transthoracique (ETT)
ou transœsophagienne (ETO) ainsi qu'un Holter tensionnel.
Le bilan vasculaire doit chercher à dépister une sténose athéromateuse et, chez le
sujet jeune, une dissection artérielle ou une vascularite. La dissection artérielle repré-
sente 20 % des AVC du sujet jeune. L'anamnèse retrouve des cervicalgies et par-
fois un traumatisme cervical. L'IRM va rechercher une déchirure pariétale (séquences
axiales T1 avec saturation de graisse).
A B
C D
E F
Figure 21.4.
Accident vasculaire cérébral ischémique du territoire de l'artère cérébrale moyenne gauche.
Sur l'imagerie de diffusion (A), hypersignal du territoire profond de l'artère cérébrale
moyenne gauche, en restriction sur la cartographie du coefficient de diffusion apparent (B).
Le score ASPECT est estimé à 8 (atteinte du noyau caudé gauche et du noyau lenticulaire
gauche), sur l'imagerie de diffusion (A et C). L'AVC n'est pas identifié sur la séquence FLAIR
(D), donc en rapport avec un accident ischémique constitué récent (vu avant 4 h 30).
Phénomènes de ralentissement circulatoires sous la forme d'hyperintensités FLAIR des
branches de division de l'artère cérébrale moyenne gauche. Effet de susceptibilité à
hauteur du segment M1 de l'artère cérébrale moyenne gauche (E) traduisant la présence
d'un thrombus endoluminal associé à une occlusion de l'artère cérébrale moyenne sur la
séquence d'angio-IRM (F).
Accident vasculaire cérébral hémorragique 289
Thrombectomie mécanique
La publication des études randomisées a permis l'élaboration de nouvelles recomman-
dations pour la prise en charge des patients victimes d'infarctus cérébral lié à une occlu-
sion d'un gros tronc artériel. La décision de réaliser une thrombectomie mécanique
repose sur une collaboration multidisciplinaire en respectant les critères suivants :
■ une occlusion artérielle documentée d'un gros tronc artériel de la circulation
antérieure (artère cérébrale moyenne, artère carotide interne) ;
■ un déficit clinique pertinent (estimé par un score NIHSS [National Institute of
Health Stroke Score] > 5) ;
■ un infarctus présentant une extension limitée en imagerie (ASPECTS > 5) ;
■ une absence de handicap sévère préalable à l'infarctus ;
■ un délai de 6 heures entre la survenue des symptômes et la réalisation de la
thrombectomie mécanique.
DIAGNOSTIC POSITIF
La densité en TDM et le signal en IRM de l'hématome dépendent de son ancienneté
et de sa composition (encadré 21.3). Une plage d'œdème périlésionnel apparaît dès
le deuxième ou troisième jour, responsable d'une majoration de l'effet de masse et
d'un risque d'engagement.
L'hémorragie peut rester localisée ou aboutir à une effraction de la paroi
ventriculaire (hémorragie intraventriculaire), exposant alors au risque
d'hydrocéphalie obstructive. Elle peut également s'associer à une hémorragie
sous-arachnoïdienne, particulièrement lorsque la lésion causale est une malfor-
mation artérioveineuse.
Encadré 21.3
Stades évolutifs de l'hémorragie intraparenchymateuse
■
Stade hyperaigu (< 6 heures) : oxyhémoglobine (l'hématome apparaît iso-intense au
plasma)
■
Stade aigu (6 heures-J3) : désoxyhémoglobine (hypo-intensité T2 écho de gradient)
■
Stade subaigu (J3-J30) : méthémoglobine (hyperintensité T1)
■
Stade chronique (au-delà de 1 mois) : cavité emplie de liquide cérébrospinal, cerclée
d'une couronne d'hémosidérine hypo-intense en T2 écho de gradient.
290 Déficit neurologique brutal
Tomodensitométrie
L'hématome se traduit par un syndrome de masse arrondi ou ovalaire, spontané-
ment hyperdense (50–60 UH), hétérogène (figure 21.5). En fonction de son volume,
il peut être responsable d'un effet de masse sur les structures adjacentes et de signes
d'engagement. L'hyperdensité s'atténue ensuite de façon centripète.
Figure 21.5.
Hémorragie intraparenchymateuse frontale droite en TDM.
A B
C D
E
Figure 21.6.
A–E. Hémorragie intraparenchymateuse frontale droite en IRM.
292 Déficit neurologique brutal
DIAGNOSTIC ÉTIOLOGIQUE
Les principales causes d'hématomes intraparenchymateux sont les suivantes :
■ chez le sujet jeune (< 45 ans) :
malformation vasculaire cérébrale (cavernome, malformation artérioveineuse) ;
●
vascularite ;
●
intoxication.
●
trouble de la coagulation ;
●
tumeur cérébrale.
●
Figure 21.7.
Angiopathie amyloïde cérébrale.
Séquence T2 écho de gradient. Hémorragies intraparenchymateuses multiples,
de prédominance lobaire.
Le siège de l'hématome peut orienter vers l'origine du saignement. Ainsi, les saigne-
ments profonds (noyaux gris centraux, capsule interne, protubérance, hémisphère céré-
belleux) sont volontiers associés à l'artériolosclérose. Un saignement lobaire, superficiel,
doit orienter vers une angiopathie amyloïde cérébrale chez le sujet âgé et vers une lésion
sous-jacente (malformation artérioveineuse ou tumeur cérébrale) chez le sujet jeune.
Dans la situation d'une hémorragie lobaire chez le sujet jeune, un bilan étiologique
fouillé doit être envisagé, et une artériographie cérébrale peut être discutée. Dans
le bilan étiologique, angio-TDM ou angio-IRM artérielle et/ou veineuse, angio-
IRM dynamique et imagerie de perfusion (encadré 21.4) ont leur rôle à jouer, à la
293
CONCLUSION
Encadré 21.4
Exploration d'un hématome intraparenchymateux en IRM
Couverture anatomique de tout l'encéphale.
■ Séquence T1 (écho de spin ou écho de gradient)
– Datation du saignement
■ Séquence T2 écho de spin
■ Séquences optionnelles
– ARM dynamique
– Imagerie de perfusion
CONCLUSION
L'IRM cérébrale est l'examen d'urgence de première ligne en cas de déficit neurolo-
gique brutal et de suspicion d'AVC. Elle permet de confirmer le diagnostic, de visua-
liser l'étendue des lésions constituées et de visualiser l'occlusion vasculaire en cause.
Les techniques de perfusion en TDM permettent toutefois d'étudier la pénombre
ischémique. Les patients ayant un AVC ischémique aigu doivent être traités et
recanalisés dès que possible. Le délai écoulé depuis le début des symptômes et le
type d'occlusion sont les critères principaux pour décider de la thérapie à adopter.
Enfin, l'imagerie avancée est nécessaire afin de définir la meilleure thérapie pour
les patients vus à plus de 6 heures du début des symptômes ou lorsque l'heure de
début est incertaine.
CHAPITRE
22
Diagnostic de mort
encéphalique
PLAN DU CHAPITRE
■ INTRODUCTION
■ RÉALISATION DE L'ANGIOSCANNER
• Quand ?
• Comment ?
■ DIAGNOSTIC DE MORT ENCÉPHALIQUE AU SCANNER
INTRODUCTION
La mort encéphalique (ME) correspond à une destruction irréversible et isolée de
l'ensemble des fonctions cérébrales. C'est la conséquence d'un arrêt circulatoire
encéphalique complet lié à une augmentation de la pression intracrânienne (PIC ;
secondaire à un traumatisme crânien ou à une ischémie cérébrale).
La ME est un diagnostic clinique médico-légal.
Le constat de ME repose sur l'absence totale de conscience et de mouvement volon-
taire, l'absence de ventilation spontanée et l'abolition de tous les réflexes du tronc céré-
bral. Il doit être posé en l'absence de médicaments dépresseurs du système nerveux
central dans le sang, de relaxants musculaires, d'hypotension artérielle et d'hypothermie.
Si le sujet est assisté par ventilation mécanique, l'absence de ventilation spontanée
doit être confirmée par une épreuve d'hypercapnie qui est fondée sur l'absence de
mouvements respiratoires déclenchés par un stimulus hypercapnique.
Sa confirmation par des examens complémentaires est obligatoire et régie par le Code
de santé publique (décret n° 96-1041 du 2 décembre 1996), qui stipule « qu'il doit être
recouru pour attester du caractère irréversible de la destruction encéphalique :
■ soit à deux électroencéphalogrammes nuls et aréactifs effectués à un intervalle
minimal de quatre heures, réalisés avec amplification maximale sur une durée
d'enregistrement de trente minutes et dont le résultat doit être immédiatement
consigné par le médecin qui en fait l'interprétation ;
■ soit à une angiographie objectivant l'arrêt de la circulation encéphalique et
dont le résultat doit être immédiatement consigné par le radiologue qui en fait
l'interprétation. »
En pratique courante, l'angioscanner a remplacé la réalisation d'une angiographie, suite
notamment aux travaux de B. Dupas dans l'American Journal of Neuroradiology en 1998,
définissant des critères angioscannographiques de ME, validés ensuite par la Société
française de radiologie et la Société française d'anesthésie-réanimation en 2003.
Les dernières recommandations pour la réalisation et l'interprétation de l'angioscan-
ner dans cette indication ont été éditées par la Société française de neuroradiologie,
la Société française de radiologie et l'Agence de la biomédecine en 2011. Nous les
détaillons ci-après.
RÉALISATION DE L'ANGIOSCANNER
QUAND ?
Les conditions hémodynamiques doivent permettre la perfusion cérébrale au
moment de l'injection. Il est recommandé un délai minimal de 6 heures entre le pas-
sage en ME clinique et la réalisation de l'examen de confirmation par angioscanner.
En effet, l'opacification des artères intracérébrales peut persister quelques heures
après les signes cliniques de ME, et il peut donc y avoir des cas de faux négatifs.
Diagnostic de mort encéphalique au scanner 297
COMMENT ?
Le but de l'examen est de prouver l'arrêt circulatoire sur des acquisitions répétées après
injection de produit de contraste. Un scanner équipé d'au minimum 16 rangées de
détecteurs est nécessaire pour une exploration rapide de l'encéphale, éventuellement
associée à un protocole scanner corps entier pour le bilan avant éventuel don d'organes.
Les hélices doivent durer moins de 15 secondes et couvrir un volume d'acquisition
allant au minimum de la selle turcique au vertex.
Une série sans injection est systématiquement réalisée pour servir de référence.
La réalisation d'une hélice intermédiaire 20 secondes après le début de l'injection
est nécessaire pour visualiser la cinétique du produit de contraste et le niveau d'arrêt
circulatoire.
La dernière acquisition est réalisée 60 secondes après l'injection, acquisition sur
laquelle on étudie l'opacification des veines cérébrales internes et des artères céré-
brales moyennes.
Une exploration thoraco-abdomino-pelvienne peut être réalisée à 20 secondes (sur
l'étage cervico-thoraco-abdomino-pelvien) et à 80 secondes (pour l'étage abdomi-
nopelvien) pour caractériser les organes éligibles pour la greffe.
L'injection de 2 ml/kg de produit de contraste (maximum 120 ml) est suffisante et doit
être réalisée par un abord veineux permettant un débit de 3 ml/s, au mieux sur voie
veineuse périphérique. Il est conseillé de débuter l'acquisition par déclenchement
manuel de l'hélice 60 secondes après l'arrivée du produit de contraste dans les artères
carotides communes en programmant une coupe de référence à hauteur de C5-C6.
Figure 22.1.
Diagnostic de mort encéphalique au scanner.
Le passage intravasculaire du produit de contraste est vérifié par l'opacification des
artères temporales superficielles (flèches).
Figure 22.2.
Diagnostic de mort encéphalique au scanner.
1 et 1′ : absence d'opacification des deux veines cérébrales internes ; 2 et 2′ : absence
d'opacification bilatérale des branches corticales (M4) des artères cérébrales moyennes
sur une coupe passant par le toit des ventricules latéraux.
Diagnostic de mort encéphalique au scanner 299
NOM :
PRÉNOM :
DATE DE NAISSANCE :
TECHNIQUE
Injection de : …………………….. ml
Prérequis : Visualisation des artères temporales superficielles droite et gauche
******
1 : Non-opacification 0 : Opacification
Date et heure :
Nom du radiologue et fonction : Signature :
Figure 22.3.
Modèle de compte-rendu de diagnostic de mort encéphalique d'après la Société
française de neuroradiologie.
CHAPITRE
23
PLAN DU CHAPITRE
■ RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
■ TECHNIQUE D'IMAGERIE
■ RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
■ STRATÉGIE DIAGNOSTIQUE
RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
La grosse jambe, qui se définit par une augmentation du volume d'un membre
inférieur, est un motif de consultation fréquent aux urgences. Toute augmentation
de volume n'est pas forcément un œdème (inflation hydrique du secteur interstitiel)
et l'étiologie peut être multiple. Il est important de préciser si cette grosse jambe est
un phénomène aigu ou chronique car les hypothèses diagnostiques sont alors dif-
férentes (tableau 23.1).
Tableau 23.1.
Principales étiologies d'une augmentation de volume d'un membre inférieur.
Grosse jambe aiguë Grosse jambe chronique
Thrombose veineuse profonde Insuffisance veineuse chronique :
Rupture de kyste poplité – superficielle primaire (très fréquent)
Hématome – syndrome post-thrombotique (peu
Lésion ligamentaire fréquent)
Infection (érésipèle, lymphangite, cellulite, etc.) – valvulaire primitive (rare)
Œdème de revascularisation (postopératoire) Lymphœdème
Algodystrophie Malformation vasculaire
Algodystrophie
TECHNIQUE D'IMAGERIE
Actuellement, le diagnostic de TVP est fondé sur la réalisation d'un écho-Doppler
veineux des membres inférieurs uniquement après évaluation de la probabilité cli-
nique. Il n'y a pas lieu de réaliser une phlébographie. Le phléboscanner peut être
discuté exceptionnellement.
L'examen écho-Doppler veineux se réalise en décubitus dorsal. Deux sondes d'échogra-
phie sont principalement utilisées pour la réalisation de l'examen : une sonde convexe
entre 2 et 5 MHz pour l'exploration de l'étage abdominal et une sonde linéaire comprise
entre 7 et 10 MHz pour l'exploration des membres inférieurs. Il est important de noter
que, lorsque l'œdème est important, la sonde convexe (2 à 5 MHz) peut être utilisée
pour l'évaluation des membres inférieurs. L'examen échographique va permettre d'étu-
dier les vaisseaux et leurs contenus, mais aussi les tissus environnants. L'examinateur va
rechercher en mode B la présence ou non d'un thrombus (figure 23.1).
Figure 23.1.
Échographie en mode B de la veine fémorale (flèche fine).
Présence d'un thrombus partiel hyperéchogène (flèche épaisse) spontanément visible
en mode B, au sein de cette veine.
Figure 23.2.
À gauche, échographie en mode B de la veine fémorale commune (flèche fine) sans
anomalie morphologique spontanément visualisée.
À droite, localisation identique après manœuvre de compression retrouvant une
incompressibilité de cette veine fémorale, posant le diagnostic de thrombus
hypoéchogène (flèche épaisse). On constate la discrète déformation de l'artère fémorale
sus-jacente secondaire à la pression appliquée par l'examinateur.
Figure 23.3.
Échographie en mode B double affichage d'un examen normal.
L'artère fémorale (flèche épaisse) et la veine fémorale (flèche fine) sans compression à
gauche et avec compression à droite. La veine normale est compressible et sa lumière
n'est donc plus visualisable lors de la compression.
flux est enregistré. L'analyse du flux Doppler veineux peut aussi être un moyen
indirect d'évoquer une thrombose. En effet, en l'absence de thrombose, le flux
veineux est modulé par la respiration (figure 23.4). Lors de la présence d'une
thrombose, le flux perd cette modulation respiratoire. Il est important d'évaluer
les deux membres inférieurs afin de ne pas passer à côté d'une thrombose sur le
membre controlatéral.
Figure 23.4.
Modulation respiratoire physiologique du flux de la veine iliaque externe en mode triplex.
RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
L'examen écho-Doppler va permettre de diagnostiquer une TVP devant la présence
d'un thrombus endoluminal (voir figure 23.1), la perte de compressibilité de la veine
(voir figure 23.2) ou la perte de modulation du flux Doppler veineux.
L'échographie ne permet pas de dater une thrombose. Il existe néanmoins des cri-
tères faisant évoquer son caractère récent : l'augmentation du diamètre de la veine
au niveau de la thrombose, le caractère hypoéchogène du thrombus. La thrombose
plus ancienne aura un calibre veineux non augmenté voire diminué, la présence de
veines collatérales qui seront trop bien visibles.
Lors de l'examen, il sera important de noter le diamètre de la veine sous compres-
sion, de déterminer où se situe la tête du thrombus et de décrire l'ensemble des
veines thrombosées afin d'avoir une cartographie précise des lésions.
L'examen échographique permet souvent un diagnostic différentiel expliquant la
symptomatologie du patient. L'hématome est secondaire à un traumatisme direct,
une lésion musculotendineuse ou un acte chirurgical. Quand il est localisé et de
petite taille, il peut mimer une TVP, notamment à l'étage sural. Il convient alors de voir
si l'image se poursuit dans la veine ou non. L'autre diagnostic différentiel retrouvé à
308 Grosse jambe
l'échographe est la rupture de kyste poplité, qui est une image mal limitée plutôt
anéchogène en lien avec l'articulation du genou (figure 23.5).
Figure 23.5.
Diagnostic différentiel.
À gauche : rupture partielle du tendon d'Achille. Au milieu : hématome du chef latéral
du gastrocnémien. À droite : rupture de kyste poplité.
Enfin, il faut se méfier de la récidive de thrombose dont le diagnostic n'est pas évident
et repose sur la comparaison avec l'examen écho-Doppler précédent. La récidive est
confirmée soit par non-compressibilité d'un nouveau segment veineux, soit par aug-
mentation du diamètre veineux après compression de plus de 4 mm. La TVP proxi-
male ischémique correspond à une ischémie microcirculatoire et met en jeu la vitalité
du membre. Elle se présente sous la forme d'une grosse jambe froide et douloureuse.
Le diagnostic est clinique, mais l'examen échographique du membre inférieur met en
évidence une thrombose de tous les axes veineux profonds et superficiels.
Le compte-rendu doit faire apparaître plusieurs éléments importants : l'indication de
l'examen, le calcul du score de probabilité clinique, le résultat éventuel du dosage
de D-dimères, les antécédents du patient et familiaux en matière de MTEV, les traite-
ments et en particulier la présence de traitement antithrombotique, l'échogénicité
(bonne, moyenne ou mauvaise), les veines explorées afin que le clinicien sache ce
qui a été étudié, la présence ou non d'une thrombose, sa localisation et son diamètre
sous compression. La conclusion du compte-rendu doit préciser si la thrombose vei-
neuse est proximale ou distale ainsi que le caractère provoqué ou non provoqué et
l'association éventuelle avec un cancer.
STRATÉGIE DIAGNOSTIQUE
La stratégie diagnostique est fondée sur l'évaluation de la probabilité clinique par le
score de Wells modifié (tableau 23.2).
En fonction du calcul de probabilité clinique, un dosage de D-dimères peut être
réalisés (figure 23.6). Lorsque la probabilité clinique est forte (score de Wells ≥ 2), un
examen écho-Doppler des membres inférieurs complet doit être réalisé sans dosage
préalable. Lorsque la probabilité clinique n'est pas forte, le dosage des D-dimères est
Stratégie diagnostique 309
Tableau 23.2.
Estimation de la probabilité clinique de thrombose veineuse profonde des membres inférieurs
⁎
par le score de Wells modifié .
Item Points
Cancer actif (traitement en cours ou < 6 mois ou palliatif ) 1
Parésie, paralysie ou immobilisation plâtrée récente des membres inférieurs 1
Chirurgie lourde (anesthésie générale ou locorégionale) récente < 12 semaines 1
ou alitement récent > 3 jours
Sensibilité le long du trajet veineux profond 1
Augmentation du volume généralisé du membre inférieur 1
Augmentation du volume du mollet > 3 cm par rapport au mollet controlatéral 1
Œdème unilatéral prenant le godet 1
Circulation veineuse collatérale superficielle (hors varices) 1
Antécédent de thrombose veineuse profonde documentée 1
Diagnostic différentiel au moins aussi probable –2
⁎
Score ≤ 1 : probabilité faible ; score ≥ 2 : probabilité forte.
Probabilité : Probabilité :
non forte forte
D-dimères : D-dimères :
négatif positif
24
Infections ostéoarticulaires
PLAN DU CHAPITRE
■ MÉCANISMES LÉSIONNELS ET LÉSIONS ÉLÉMENTAIRES
RADIOGRAPHIE STANDARD
Les radiographies standard sont souvent normales au début, mais peuvent ensuite
montrer successivement une tuméfaction des tissus mous, une raréfaction osseuse
dystrophique, une réaction périostée et enfin une ostéolyse.
Les plans graisseux visibles en radiographie sont classiquement effacés en cas
d'infection (figure 24.1).
Figure 24.1.
Arthrite du coude chez un enfant de 7 ans. Radiographies du coude face et profil.
Noter la raréfaction osseuse de l'humérus distal, les appositions périostées (têtes de flèche)
et la tuméfaction des parties molles en rapport avec un épanchement articulaire (flèche).
La réaction périostée est souvent présente en cas d'ostéomyélite. Elle est assez pré-
coce chez l'enfant liée au caractère épais du périoste à cet âge.
L'ostéolyse est liée à la réaction inflammatoire et à la nécrose septique des travées
osseuses. Elle se traduit au début par une déminéralisation osseuse de l'os trabécu-
laire à limites floues qui va ensuite évoluer en une véritable destruction osseuse qui
va s'étendre à la corticale (figure 24.2).
314 Infections ostéoarticulaires
Figure 24.2.
Ostéomyélite de l'hallux chez un patient de 69 ans, diabétique.
Radiographie de l'avant-pied. Noter l'ostéolyse perméative de P1 et la destruction de P2.
On retrouve également une tuméfaction marquée des parties molles.
TOMODENSITOMÉTRIE
La TDM n'a que peu de place en cas d'infection aiguë. Elle peut remplacer l'IRM en
cas d'indisponibilité pour rechercher, après injection de produit de contraste iodé,
des collections dans les parties molles.
ÉCHOGRAPHIE
L'échographie est l'examen de première intention pour rechercher une collection
des parties molles, un abcès sous-périosté, une synovite et un épanchement arti-
culaire (figure 24.3). Elle pourra éventuellement guider une ponction à but diag
nostique. Cependant, elle ne permettra pas de faire une cartographie précise des
collections dans les tissus mous.
Techniques d'imagerie et résultats 315
Figure 24.3.
Abcès de la cuisse chez un patient de 72 ans porteur d'une prothèse totale de hanche
(PTH) surinfectée.
Échographie de la hanche-cuisse et IRM coronale en pondération STIR. Noter les
collections hypoéchogènes avec épanchement articulaire (flèches). L'IRM permet de faire
une cartographie précise des collections (tête de flèche).
IRM
L'IRM permet une analyse exhaustive des tissus mous, de l'os (cortical et spongieux)
et des articulations.
Devant une suspicion d'infection osseuse, les principales séquences utilisées sont :
une pondération T1 (séquence morphologique) à la recherche d'un remplacement
du signal médullaire graisseux osseux par du tissu de granulation (franc hyposignal
T1 spontané) et non par un œdème osseux plus flou et à travers lequel la moelle
osseuse reste toujours visible ; une pondération en T2 avec saturation du signal de
la graisse ou STIR (séquence de détection) et enfin l'injection de gadolinium avec
saturation du signal de la graisse qui permettra de mieux détecter l'inflammation et
de mieux préciser d'éventuelles collections des parties molles ou abcès intraosseux
(figures 24.4 et 24.5).
Dans les atteintes des parties molles, l'IRM peut aider à différencier les fasciites nécro-
santes des infections plus superficielles (dermohypodermites). La présence de gaz
dans les fascias nécrosés est caractéristique, mais inconstante. L'anomalie principale
est un épaississement des fascias profonds, par accumulation de liquide et réaction
hyperhémique (signal élevé en pondération T1 avec contraste et en pondération
T2, surtout avec annulation du signal de la graisse). Cette séméiologie est malheu-
reusement peu spécifique car elle peut être présente dans des fasciites non nécro-
santes et même dans des affections non inflammatoires. Les signes qui plaident
en faveur d'une fasciite nécrosante sont l'atteinte extensive de fascias profonds
intermusculaires (très sensible mais peu spécifique), un épaississement supérieur à
3 mm et une absence partielle ou complète de rehaussement de signal des fascias
épaissis après l'injection de gadolinium (figure 24.6).
316 Infections ostéoarticulaires
Figure 24.4.
Ostéomyélite de contiguïté du calcanéus chez un patient diabétique de 75 ans porteur
d'un mal perforant.
IRM, coupes sagittales en pondération T1 et T1 après injection de gadolinium et
saturation de graisse. Noter l'hyposignal T1 franc du calcanéus « os fantomatique » en
rapport avec le remplacement médullaire lié à l'ostéomyélite (astérisque). L'origine de
cette ostéomyélite calcanéenne est l'ulcération cutanée en regard (tête de flèche).
Figure 24.5.
Arthrite septique du coude chez un enfant de 7 ans.
IRM séquences sagittale et axiale en pondération T1 après injection de gadolinium et
saturation du signal de la graisse. Noter l'épaississement inflammatoire de la synoviale
(flèches), l'épanchement articulaire (tête de flèche) et l'infiltration des tissus mous
péri-articulaires (astérisque).
Stratégie diagnostique 317
Figure 24.6.
Coupes IRM axiale de la jambe chez une femme de 75 ans chez laquelle on suspecte une
fasciite nécrosante.
Séquences pondérées en T1 (A) en STIR (B) en T1 après injection de gadolinium
et saturation de la graisse (C). L'examen retrouve une très importante infiltration
dermohypodermique en hyposignal franc dans la graisse dans les séquences pondérées
en T1 (têtes de flèches), d'hypersignal franc dans les séquences STIR et avec une prise de
contraste lors de l'injection de gadolinium. Il n'existe pas d'épaississement important des
fascias profonds intermusculaires. Il s'agit donc d'une dermohypodermite et non d'une
fasciite nécrosante.
STRATÉGIE DIAGNOSTIQUE
Devant toute suspicion clinique et biologique d'infection ostéoarticulaire, des radio-
graphies standard seront réalisées en première intention, suivies d'une échographie
en cas de suspicion d'arthrite septique. Cette dernière permettra de guider un éven-
tuel geste de prélèvements à visée cytologique et bactériologique.
L'IRM est l'examen de référence à réaliser en urgence (extrême en cas de fasciite
nécrosante, mais cela ne doit en aucun cas retarder la prise en charge chirurgicale
urgente des cas avérés). Elle permettra d'établir un bilan exhaustif de l'atteinte infec-
tieuse afin de proposer une thérapeutique adaptée (antibiothérapie seule ou en
association avec un geste chirurgical).
CHAPITRE
25
Thorax pédiatrique
PLAN DU CHAPITRE
■ RADIOGRAPHIE DU THORAX
• Technique
• Place du profil et du cliché en expiration
■ PLACE DES AUTRES EXAMENS D'IMAGERIE EN URGENCE
• Échographie
• Scanner
■ BASES D'INTERPRÉTATION DU CLICHÉ DE THORAX DE FACE
• Piège classique : le thymus
■ VOLUME PULMONAIRE ANORMAL
• Bronchiolite et asthme
• Inhalation de corps étranger
• Petit poumon dysharmonieux
■ PATHOLOGIE PLEURALE
• Pneumothorax du nouveau-né
• Épanchement pleural liquidien
■ OPACITÉS PARENCHYMATEUSES
• Signes radiologiques d'une opacité alvéolaire
• Signes radiologiques d'une atélectasie
RADIOGRAPHIE DU THORAX
TECHNIQUE
La technique de ce cliché doit être irréprochable même dans le cadre de l'urgence :
■ paramètres d'exposition adaptés respectant les niveaux de référence diagnos-
tique ou NRD (PDS 3-8 μGy.m2) ;
■ matériel récent permettant des doses faibles (un cliché de thorax de face équi-
vaut à une dose inférieure à une semaine d'irradiation naturelle) ;
■ matériel de contention adapté à l'âge de l'enfant : cliché couché chez le petit
enfant en incidence antéropostérieure, ce qui engendre de fait un élargissement
de la silhouette cardiomédiastinale. Le cliché pourra être fait debout en incidence
postéro-antérieure chez le grand enfant ;
■ contrôles qualité réguliers (tableau 25.1).
Un défaut technique, notamment un défaut d'inspiration peut entraîner des erreurs
d'interprétation (figure 25.1).
Tableau 25.1.
Critères de qualité.
Marquage du cliché Le marquage ne doit pas se superposer sur des zones du patient
Cliché de face Bords internes des côtes symétriques par rapport au milieu du rachis
En inspiration Six arcs costaux antérieurs au-dessus du diaphragme (très difficile
à avoir chez le nourrisson, donc quand ils y sont, cela peut être
un signe d'hyperinsufflation)
Cadrage du cliché Attention, les culs-de-sac pleuraux internes sont plus bas que
les culs-de-sac latéraux, donc il ne faut pas que la limite inférieure
du cliché s'arrête au niveau des culs-de-sac latéraux
Paramètres d'exposition Il faut voir les vaisseaux en périphérie, la clarté rétrocardiaque
et distinguer les espaces discaux
Place des autres examens d'imagerie en urgence 323
DEBOUT DEBOUT
A B
Figure 25.1.
Exemple d'un cliché du thorax avec défaut d'inspiration (A) pouvant donner
l'impression d'une silhouette cardiaque élargie et d'une opacité de la base gauche
alors que la radiographie du même patient faite avec des critères de qualité techniques
irréprochables quelques minutes plus tard est parfaitement normale (B).
Le cliché de profil est très difficile à interpréter en raison de la superposition des deux
champs pulmonaires. Pour la pathologie pulmonaire de routine, le cliché de profil
n'a pas d'intérêt ; il faut simplement savoir analyser le cliché de face en s'aidant du
signe de la silhouette (voir plus loin) et ne pas hésiter à compléter par une échogra-
phie en cas d'opacité. En cas de pathologie plus complexe (masse pulmonaire ou
médiastinale), c'est le scanner qui sera l'examen de choix.
Cliché en expiration
Le cliché en expiration n'est plus recommandé par la Haute autorité de santé (HAS)
pour la recherche de pneumothorax en raison du risque de malaise. Le pneumotho-
rax est une pathologie très rare chez l'enfant (en dehors de la pathologie néonatale).
Le cliché en expiration peut être utile pour rechercher un piégeage, notamment en
cas de suspicion d'inhalation de corps étranger (voir plus loin).
B C
Figure 25.2.
Apport de l'échographie en cas d'opacité pulmonaire.
Enfant avec une radiographie du thorax en faveur d'une pleuropneumopathie du lobe
inférieur gauche (A) avec un état général très altéré et un syndrome inflammatoire
majeur : l'échographie confirme la condensation alvéolaire et met en évidence de
multiples plages de nécrose parenchymateuses non vascularisées (B, C).
SCANNER
La rapidité d'acquisition des scanners récents permet dans la quasi-totalité des
cas de réaliser un scanner thoracique sans sédation en utilisant une contention
adaptée. L'utilisation de paramètres d'acquisition adaptés au poids de l'enfant et
de protocoles basse dose est indispensable. L'intérêt de cet examen dans le cadre
de l'urgence est limité aux anomalies médiastinales du grand enfant (lymphome)
et à la suspicion de corps étranger inhalé (voir plus loin).
et systématique toutes les données du cliché : tout doit être vu de la paroi au média
stin par une analyse concentrique. Il est possible également de s'aider de caches
pour la lecture du cliché : cache sur les deux tiers inférieurs du cliché pour analyser
les apex, puis caches sur le tiers supérieur et le tiers inférieur pour analyser la région
des hiles, puis cache sur les deux tiers supérieurs pour analyser les bases.
Il est important de connaître les critères de normalité qui guideront aussi l'analyse :
■ les volumes pulmonaires droit et gauche doivent être identiques en faisant
abstraction de la silhouette cardiaque ;
■ la transparence des plages pulmonaires doit être identique à droite et à gauche ;
■ le hile gauche est plus haut que le droit ;
■ il faut rechercher la petite scissure qui sépare la plage pulmonaire droite en deux
parties égales et permet d'éliminer un trouble ventilatoire à droite (atélectasie) ;
■ les vaisseaux pulmonaires doivent être bien visibles en arrière du cœur et du
foie (recherche de condensation des lobes inférieurs).
On s'aidera également du signe de la silhouette pour préciser la topographie d'une
opacité : si les deux opacités sont dans le même plan, elles n'auront pas de limites
visibles. Ce signe permet de préciser la topographie d'une masse du médiastin ainsi
que la topographie d'une pneumopathie droite (figure 25.3).
A B
Figure 25.3.
Signe de la silhouette.
A. Chez cet enfant de 3 ans venu pour fièvre, il existe un foyer alvéolaire de la base droite
n'effaçant pas le bord droit du cœur ; donc il s'agit d'une pneumopathie du lobe inférieur
droit. B. Cette pneumopathie qui s'appuie sur la petite scissure efface le bord droit
du cœur ; elle est dans le même plan, soit antérieure ; donc il s'agit d'une pneumopathie
du lobe moyen.
326 Thorax pédiatrique
A B
C D
Figure 25.4.
Le thymus.
A. Opacité dans le même plan que le cœur avec signe de la vague correspondant au
thymus qui se moule sur les côtes. C. signe de la voile chez un autre patient. En cas
de doute, une échographie permettra facilement de faire le diagnostic du thymus
hypoéchogène avec petit piqueté échogène (B, D).
Volume pulmonaire anormal 327
BRONCHIOLITE ET ASTHME
Bronchiolite aiguë
C'est une pathologie hivernale très fréquente du nourrisson de moins de 2 ans (pic 2
à 8 mois). Il s'agit d'une bronchopathie obstructive d'origine infectieuse, liée le plus
souvent au virus respiratoire syncytial (VRS).
En cas de première crise sans critères de gravité clinique, il n'est pas recommandé de
réaliser de radiographie du thorax.
Si l'enfant a des critères de gravité (fièvre mal tolérée, hypoxie) ou qu'il s'agit d'une
récidive, la radiographie du thorax pourra être faite, notamment pour rechercher des
complications (surinfection bactérienne).
Les signes radiologiques de bronchiolite aiguë (figure 25.5) sont les suivants :
■ hyperinsufflation ;
■ épaississements péribronchovasculaires ;
A B
Figure 25.5.
Deux exemples de bronchiolite.
A. Bronchiolite classique avec hyperinsufflation et épaississements péri-broncho-vasculaires.
B. Bronchiolite mal tolérée cliniquement : en plus de l'hyperinsufflation, on note des
opacités alvéolaires des bases associées à des atélectasies planes.
328 Thorax pédiatrique
■ condensations parenchymateuses ;
■ atélectasies planes ;
■ évolutivité des images sur les éventuels contrôles d'imagerie (bouchons muqueux).
Asthme
Il s'agit là aussi d'une bronchopathie obstructive mais chez l'enfant plus grand.
La radiographie du thorax n'est pas recommandée au premier épisode de siffle-
ment, mais elle est indispensable quand le diagnostic est évoqué (trois épisodes de
sifflement). Il s'agira alors d'une radiographie en dehors de la crise en inspiration et
expiration ou d'un scanner basse dose.
Dans le cadre de l'urgence, l'exploration radiographique d'un asthme sera faite si la
tolérance clinique n'est pas bonne, si on suspecte une surinfection ou que le traite-
ment par bronchodilatateur ne permet pas d'améliorer la saturation et l'état clinique.
Les signes radiographiques à rechercher seront les mêmes que la bronchiolite
(figure 25.6A). Dans certains cas, l'hyperinsufflation associée au piégeage pourra
entraîner un pneumomédiastin (figure 25.6B).
A B
Figure 25.6.
Deux exemples d'asthme.
Un asthme classique (A) avec hyperinsufflation et syndrome bronchique et un asthme
sévère mal toléré cliniquement (B) avec pneumomédiastin et emphysème sous-cutané.
deux poumons se vident bien ; mais il est souvent très difficile d'avoir ce type de cli-
chés chez le petit enfant et on pourra faire un seul cliché sans chercher à avoir une
inspiration forcée.
Les caractéristiques suivantes sont retrouvées au thorax de face en cas d'inhalation
de corps étranger :
■ parfois normal ;
■ asymétrie de volume avec hyperclarté par piégeage du côté du corps étranger
(figure 25.7A) ;
■ plus rarement : atélectasie (quand il y a un retard diagnostique) ;
■ classiquement, le corps étranger est plus souvent à droite en raison de la verti-
calité de la bronche souche droite, mais en pratique c'est 55 % à droite et 45 % à
gauche ; donc cela n'est pas une aide au diagnostic ;
■ pneumomédiastin : l'hyperpression dans les alvéoles du territoire concerné
peut entraîner des ruptures d'alvéoles dans les espaces péribronchiques puis
un pneumomédiastin voire un emphysème le long des vaisseaux du cou
(figure 25.7B).
Une fois le diagnostic suspecté sur la clinique et la radiographie, la prise en charge
habituelle est une endoscopie bronchique pour confirmer le diagnostic et procéder
à l'ablation du corps étranger.
A B
Figure 25.7.
A, B. Deux exemples de radiographies du thorax en cas d'inhalation de corps étranger.
Dans ces deux cas, le corps étranger radiotransparent (petit bout de Lego® et
cacahouète) est dans la bronche souche gauche car le piégeage concerne l'ensemble du
poumon gauche qui est hyperclair et hyperinsufflé. Dans le deuxième cas (B), il existe en
plus une déviation du médiastin vers la droite, un pneumomédiastin et un emphysème
le long des vaisseaux du cou (flèches).
330 Thorax pédiatrique
A B
C
Figure 25.8.
Suspicion d'inhalation de corps étranger chez une fillette de 6 ans (pop-corn).
Examen clinique aux urgences normal et âge inhabituel pour une inhalation. Thorax de
face subnormal (A) avec discrète hyperclarté à droite sans hyperinsufflation. On confirme
l'estomac plein de pop-corn. Le scanner basse dose met facilement en évidence le pop-corn
dans la bronche souche droite (B, flèche). Il peut être utile de réaliser des reconstructions
minIP pour localiser précisément le corps étranger sur une vue coronale (C, flèche).
Volume pulmonaire anormal 331
A B
C
Figure 25.9.
Enfant de 18 mois se présentant pour une hémoptysie.
La radiographie du thorax (A) met en évidence un petit poumon droit disharmonieux
avec un volume pulmonaire droit nettement plus petit que le gauche. Il faut noter
la différence de vascularisation (vaisseaux grêles à droite et augmentés de calibre à
gauche) et une crosse de l'azygos très volumineuse (astérisque). Toutes ces données sont
en faveur d'une anomalie cardiovasculaire, confirmée par le scanner (B) avec injection (C)
mettant en évidence une agénésie de l'artère pulmonaire droite avec hypertrophie de la
circulation systémique (artères bronchiques et mammaires).
332 Thorax pédiatrique
PATHOLOGIE PLEURALE
PNEUMOTHORAX DU NOUVEAU-NÉ
Le pneumothorax est fréquent chez le prématuré en soins intensifs ou chez le nou-
veau-né à terme né par césarienne. Son diagnostic pourra être fait sur un cliché de
thorax couché de face (figure 25.10).
B C
Figure 25.10.
Nouveau-né avec détresse respiratoire en salle de naissance.
La radiographie standard montre un pneumothorax droit volumineux entraînant
une hyperclarté de l'hémichamp droit et une ligne de décollement pleural visible en
paracardiaque (flèches). Le suivi de ce pneumothorax est fait par échographie pour ne
pas répéter les radiographies. Le premier contrôle échographique retrouve toujours le
pneumothorax droit (B) avec un aspect de lignes parallèles alors que le poumon gauche
est à la paroi avec un aspect de queue de comète (C).
Pathologie pleurale 333
A B
Figure 25.11.
Épanchement pleural droit sur la radiographie (A).
En échographie (B), cet épanchement est multicloisonné.
334 Thorax pédiatrique
OPACITÉS PARENCHYMATEUSES
Il existe deux grands types d'opacités :
■ opacités alvéolaires correspondant au comblement des alvéoles (par exemple
pneumopathie) ;
■ atélectasie correspondant à une zone de poumon non ventilée mais vasculari-
sée (par exemple bouchon muqueux de l'asthme).
A B
Figure 25.12.
Exemples d'opacités alvéolaires en rapport avec des pneumopathies.
Le premier cas (A) est une pneumopathie du lobe supérieur droit sous la forme
d'une opacité à limites floues, dont les limites deviennent nettes au contact de la petite
scissure, sans perte de volume. Le deuxième cas (B) est un foyer alvéolaire du lobe
inférieur gauche avec bronchogramme aérique en son sein.
Opacités parenchymateuses 335
A B
Figure 25.13.
Pièges : pneumopathies rondes.
Deux cas concernant le hile droit (A) et le hile gauche (B).
A B
Figure 25.14.
Pièges : opacités alvéolaires
rétrocardiaques (A, B).
Ce sont les foyers alvéolaires les plus
souvent ratés. Il faut toujours bien
analyser la région rétrocardiaque
à la recherche d'une opacité avec
disparition de la visibilité des
vaisseaux pulmonaires (A).
Ce type de pneumopathie des bases
peut donner des douleurs abdominales
C et il ne faut pas hésiter à compléter
par une échographie qui confirmera le
diagnostic (C).
336 Thorax pédiatrique
26
Urgences abdominales
de l'enfant
(hors traumatisme)
PLAN DU CHAPITRE
■ MOYENS D'EXPLORATIONS
• Échographie
• Clichés standard
• Tomodensitométrie
• IRM
■ NOURRISSON VOMISSEUR
• Sténose hypertrophique du pylore (SHP)
• Volvulus et anomalies d'accolement
■ DOULEURS ABDOMINALES DE L'ENFANT
• Invagination intestinale aiguë (IIA)
• Appendicite
• Diverticule de Meckel
• Lymphome
• Purpura rhumatoïde
• Hépatite A
• Plèvre et poumon
• Torsion d'annexe chez la fille
MOYENS D'EXPLORATIONS
ÉCHOGRAPHIE
L'examen clé dans l'exploration des urgences abdominales de l'enfant est sans
conteste l'échographie qui, dans cette indication, est l'équivalent du scanner abdo-
minal chez l'adulte. Dans un monde idéal, l'échographie est réalisée après un exa-
men clinique bien conduit complété si besoin par un bilan biologique et en réponse
à une demande précise du clinicien. En pratique, il s'agit souvent d'un examen de
débrouillage chez un enfant dont l'examen clinique est parfois trompeur et le bilan
biologique souvent peu contributif.
Cette exploration échographique, grâce à la bonne échogénicité de l'enfant (peu
de graisse, paroi abdominale peu musclée, petit volume corporel), doit s'appréhen-
der comme un prolongement de l'examen clinique et ne pas se limiter à l'abdomen
uniquement, mais permettre une exploration très large, guidée par la clinique et la
connaissance des pathologies pédiatriques en intégrant l'exploration des plèvres,
des bases pulmonaires, des régions inguinales voire des articulations.
L'appareil d'échographie doit être utilisé de façon optimale en combinant sondes
convexes et linéaires, haute fréquence, Doppler. L'arsenal du radiopédiatre en salle
d'échographie comprend également un chauffe-gel, des jouets, des dosettes de
G30 pour calmer les bébés. La présence des parents en salle d'échographie est habi-
tuelle pour rassurer l'enfant, mais parfois néfaste chez le grand enfant turbulent.
CLICHÉS STANDARD
Abdomen sans préparation
Les indications de ce cliché chez l'enfant sont très limitées et se résument aux situa-
tions suivantes :
■ ingestion de corps étrangers acérés ou dangereux (par exemple pile au
lithium), situation fréquente pour laquelle une fluoroscopie thoraco-abdominale
de face est généralement suffisante et beaucoup moins irradiante qu'un cliché ;
■ suspicion de volvulus du mésentère (voir plus loin) ;
■ occlusion néonatale (situation très spécifique qui ne sera pas traitée dans cet
ouvrage) ;
Moyens d'explorations 339
Radiographie du thorax
La radiographie du thorax a parfois sa place dans la douleur abdominale de l'enfant,
notamment du petit enfant, car les pneumopathies des bases peuvent se manifester
par une douleur abdominale fébrile.
TOMODENSITOMÉTRIE
Contrairement à l'adulte, le scanner abdominal de l'enfant est un examen peu per-
formant dans la majorité des cas en raison de l'absence de graisse intra-abdominale,
rendant très difficile l'analyse des structures digestives, et des difficultés de réali-
sation de cet examen chez les petits enfants (mise en place d'une voie veineuse,
contention). Tout cela rend cet examen irradiant très peu utile en cas d'urgences
abdominales chez l'enfant.
Nous verrons qu'il garde des indications en cas de traumatisme (voir chapitre 38). En
dehors du traumatisme, il faut absolument privilégier l'échographie, quitte à renou-
veler l'examen, et limiter l'utilisation du scanner à de rares cas, essentiellement des
grands enfants obèses dont le morphotype est celui d'un adulte et pour lesquels
l'échographie est parfois difficile (suspicion d'appendicite). Dans ces cas rares, l'ac-
quisition abdominale sera faite avec injection de produit de contraste iodée à un
temps portal d'emblée en adaptant au mieux les paramètres pour limiter la dose.
IRM
Cette technique pourrait être séduisante chez l'enfant en raison de son caractère
non ionisant, mais la durée de l'examen et la nécessité d'immobilité et de coopé-
ration rendent son utilisation peu adaptée aux urgences abdominales de l'enfant
jusqu'à 6 à 7 ans. Elle peut remplacer le scanner en cas de syndrome appendicu-
laire chez l'enfant obèse dans les équipes habituées à utiliser l'IRM en cas d'ur-
gence abdominale adulte. Elle a toute sa place en cas de suspicion de torsion
d'annexe chez la jeune fille quand l'échographie ne permet pas de conclure.
340 Urgences abdominales de l'enfant (hors traumatisme)
NOURRISSON VOMISSEUR
Les vomissements ou les régurgitations sont très fréquents chez le nourrisson et
dans la majorité des cas il s'agit de pathologies bénignes (reflux gastro-œsophagien,
intolérance aux protéines du lait de vache). Plus rarement, il pourra s'agir de patho-
logies chirurgicales nécessitant un diagnostic et une prise en charge rapides.
Les deux pathologies principales à rechercher/éliminer sont :
■ la sténose hypertrophique du pylore (SHP) ;
■ le volvulus du grêle : c'est la seule réelle urgence chirurgicale en pathologie vis-
cérale pédiatrique car un retard diagnostique peut aboutir à une nécrose totale
du grêle.
L'examen de référence est l'échographie abdominale. Elle sera réalisée dans un
premier temps avec une petite sonde convexe en commençant par la région
épigastrique pour vérifier la bonne position des vaisseaux mésentériques. Il est
important d'analyser cette région en premier car, si l'enfant pleure, il remplit son
estomac d'air et il devient très difficile de voir les vaisseaux mésentériques. Après
une analyse complète de l'abdomen et du pelvis avec la sonde convexe, il faut
utiliser une sonde linéaire haute fréquence pour l'analyse fine des parenchymes
pleins et l'analyse du tube digestif. Le Doppler couleur permettra de vérifier la
bonne vascularisation des structures, notamment s'il existe des anomalies du
tube digestif.
Aspect échographique
Le diagnostic de SHP en échographie n'est pas difficile (figures 26.1 et 26.2).
Il faut s'entraîner à visualiser un pylore normal chez les nourrissons. Le pre-
mier temps de l'échographie doit être la vérification de la bonne position des
vaisseaux mésentériques (artère mésentérique à gauche et veine à droite)
(figure 26.3). Le pylore s'analyse en sonde superficielle linéaire, en se plaçant en
région é pigastrique avec sa sonde dans un plan transverse, ce qui permet de
visualiser le pylore dans son grand axe sagittal. En cas de SHP, l'aspect du pylore
est typique (figure 26.2) et s'accompagne d'un estomac plein en amont avec
contractions péristaltiques.
Nourrisson vomisseur 341
A B
Figure 26.1.
Aspect échographique normal du pylore dans un plan sagittal (A).
La paroi du pylore est fine (flèches). La musculeuse est visible sous la forme d'une petite
ligne hypoéchogène externe. En cas d'absence de sténose hypertrophique du pylore, le
canal pylorique s'ouvre largement en cours d'examen (B).
A B
Figure 26.2.
Aspect échographique d'une sténose hypertrophique du pylore dans le plan sagittal (A)
et transverse (B).
Le pylore est allongé (longueur > 17 mm) et incurvé avec un canal fin sans passage
de nourriture. Il est au contact de la vésicule biliaire avec un discret effet de masse sur
celle-ci. La musculeuse est épaissie (épaisseur > 3 mm) (flèches).
Figure 26.3.
Position normale des vaisseaux mésentériques en échographie avec la veine
mésentérique à droite et l'artère à gauche (flèche).
342 Urgences abdominales de l'enfant (hors traumatisme)
Pièges
Il existe deux pièges :
■ en cas de forte réplétion gastrique en rapport avec une SHP, cela peut entraî-
ner une bascule postérieure du pylore qui se retrouve derrière l'estomac aéré et
devient difficile à voir en échographie. Il existe deux solutions dans ce cas : un
abord postérieur en procubitus (mais il est plus difficile de se repérer et égale-
ment de vérifier la position des vaisseaux mésentériques) ou la mise en place
d'une sonde gastrique avec aspiration douce ;
■ une SHP peut s'installer progressivement en quelques jours. Il arrive que
l'aspect échographique du pylore soit en faveur d'une SHP mais avec des pas-
sages pyloriques encore présents et un enfant qui ne vomit pas beaucoup.
Dans ce cas, il faut expliquer aux parents, surveiller l'enfant et prévoir une
échographie de contrôle à 24 à 48 heures ou plus tôt si les vomissements
augmentent.
Quand y penser ?
■ Tout le temps : toujours vérifier la position des vaisseaux mésentériques.
■ Occlusion du nouveau-né.
■ Vomissements bilieux à ventre plat ++.
■ État de choc du nouveau-né.
■ Douleurs abdominales et vomissements chroniques chez le grand enfant.
Imagerie
■ Échographie +++++.
■ Recherche de la position des vaisseaux mésentériques (voir figure 26.3).
■ Spire de torsion avec la veine mésentérique supérieure qui tourne autour de
l'artère associée à une « masse mésentérique » médiane (figure 26.4).
■ Recherche des signes de souffrance digestive : épanchement péritonéal,
pneumopéritoine, épaississement de la paroi digestive, pneumatose, aéroportie,
défaut de vascularisation au Doppler.
■ ASP (figure 26.5) en complément de l'échographie quand celle-ci évoque le
diagnostic.
■ ± TOGD (pour les formes chroniques ou les patients asymptomatiques avec
découverte fortuite d'une anomalie d'accolement).
À retenir
Tout nourrisson qui vomit vert a un volvulus du mésentère jusqu'à preuve du
contraire.
A B
Figure 26.4.
Volvulus du mésentère bien visible en échographie simple (A) et en Doppler couleur (B)
avec un enroulement de la veine autour de l'artère et un aspect de « masse mésentérique ».
344 Urgences abdominales de l'enfant (hors traumatisme)
A B
C
Figure 26.5.
ASP dans deux cas de volvulus du grêle.
Cas 1 : nouveau-né à 5 jours de vie avec vomissements bilieux montrant la distension
gastrique avec faible aération en aval (A). Cas 2 : nourrisson de 1 mois avec
vomissements et état de choc : le grêle peu aéré est en position centrale (B) et on peut
visualiser l'enroulement du grêle (C).
Douleurs abdominales de l'enfant 345
Tableau typique
■ Enfant de 3 mois à 3 ans (pic vers 8 mois).
■ Douleurs paroxystiques, vomissements, rectorragies.
■ Parfois prostration (formes neurologiques).
■ Masse palpable.
■ Fébriles dans 30 % des cas.
Formes et étiologies
■ IIA iléo-cæco-colique dite « idiopathique » : forme fréquente (95 %) qui bénéfi-
ciera d'un traitement par insufflation colique.
■ IIA secondaires à une pathologie digestive dans 5 % des cas : diverticule de
Meckel, hématome de paroi (purpura rhumatoïde), polype bénin, lymphome,
duplication digestive. Y penser chez l'enfant de plus de 5 ans. Il faudra bien analy-
ser le contenu de l'invagination (leading point).
■ IIA iléo-iléale : très fréquente, de petite taille (< 2 cm), banale si transitoire lors
d'une échographie (figure 26.5). Elle pourra être symptomatique dans le purpura
rhumatoïde.
Imagerie
Le diagnostic repose sur l'échographie abdominale qui a d'excellentes sensibilité
et spécificité. L'ASP n'a pas sa place dans le diagnostic. Il sera fait en revanche au
moment du traitement par insufflation colique, en début de procédure.
346 Urgences abdominales de l'enfant (hors traumatisme)
A B
Figure 26.6.
Invagination intestinale aiguë (IIA) grêlo-grêlique transitoire en coupe transverse
(A) et longitudinale (B).
Cet aspect est banal chez un enfant asymptomatique. Ce type d'IIA est favorisé
par un hyperpéristaltisme (gastro-entérite par exemple) et ne dure que quelques
secondes ou minutes sans épaississement digestif ni distension en amont. Le boudin
d'invagination est de petite taille (environ 2 cm).
A B
Figure 26.7.
Aspect échographique d'une invagination intestinale aiguë iléocæcale.
Le boudin en coupe transverse (A) est situé en hypochondre droit. Sa taille est proche de celle
du rein. La périphérie du boudin correspond au cæcum et l'intérieur du boudin à l'iléon. En
coupe longitudinale (B), le boudin apparaît sous la forme d'une image en sandwich ou en rail.
Figure 26.8.
Croissant liquidien piégé dans un boudin d'invagination (astérisque).
Ce signe échographique est en faveur d'une souffrance digestive et, quand il est présent,
le taux de réussite de désinvagination est diminué. Sa présence, sans tableau péritonéal,
ne contre-indique pas une tentative de désinvagination.
APPENDICITE
C'est la première cause d'intervention chirurgicale chez l'enfant.
L'ASP n'a plus sa place dans cette indication. Le diagnostic repose sur l'échographie
avec les mêmes signes que chez l'adulte.
348 Urgences abdominales de l'enfant (hors traumatisme)
A B
C
Figure 26.9.
Appendicite du nourrisson : péritonite.
L'échographie met en évidence un épanchement péritonéal épais dans la gouttière
pariétocolique droite (A, astérisques) associé à une infiltration de la graisse iléocæcale.
L'appendice est volumineux avec un stercolithe (B, C, flèches).
Douleurs abdominales de l'enfant 349
DIVERTICULE DE MECKEL
C'est un reliquat digestif implanté sur le bord antimésentérique de l'iléon. Cette
structure borgne contient des cellules ectopiques (gastriques et/ou pancréatiques).
Le diverticule est rarement découvert de manière fortuite mais plutôt lors d'une de
ses complications :
■ inflammation : meckelite (aspect proche d'une appendicite, en position sus-
vésicale, distincte de l'appendice) (figure 26.10) ;
■ hémorragie aiguë ou anémie par saignement chronique ;
■ IIA (figure 26.11).
LYMPHOME
Le tableau typique est le suivant :
■ masse, douleur abdominale, IIA, tableau chirurgical ;
■ âge : 7 ans ;
■ localisation : surtout iléon (Burkitt).
■ En imagerie sont réalisés :
■ une échographie abdominale : masse ou épaississement marqué d'un seg-
ment digestif, volumineuses adénopathies très hypoéchogènes, épanchement
intrapéritonéal. Extension possible : rein, rate, foie ;
■ un bilan d'extension : scanner TAP ± cavum.
A B
Figure 26.10.
Inflammation d'un diverticule de Meckel : meckelite.
Le diverticule de Meckel est une structure digestive borgne (A, coupe longitudinale ; B,
coupe transverse), située en région pelvienne médiane.
350 Urgences abdominales de l'enfant (hors traumatisme)
A B
C D
Figure 26.11.
Invagination intestinale aiguë sur Meckel chez un enfant de 10 ans entré pour syndrome
occlusif.
L'échographie en sonde convexe met en évidence une occlusion grêle (A). L'étude en
sonde linéaire de la zone de transition montre une invagination au contenu échogène
(B, C) située à distance de la région iléocæcale qui était normale. L'enfant a été opéré et
la chirurgie a confirmé la présence du Meckel au sein de l'invagination (D).
PURPURA RHUMATOÏDE
Il s'agit d'une vascularite immuno-allergique entraînant des lésions hémorragiques/
hématomes :
■ digestives (duodénum et grêle) qui peut précéder l'atteinte cutanée classique
(purpura) ;
■ urologiques (uretère, vessie, rein) ;
■ hématome des grands droits.
Le diagnostic est généralement clinique, mais peut être évoqué en échographie
devant un épaississement digestif peu différencié, hypervascularisé, avec œdème
sous-muqueux (figure 26.12). Ces épaississements digestifs peuvent entraîner des
IIA grêlo-grêliques parfois symptomatiques (occlusion).
Douleurs abdominales de l'enfant 351
A B
Figure 26.12.
A, B. Atteinte jéjunale lors d'un purpura rhumatoïde.
Épaississement sous-muqueux dédifférencié correspondant à un hématome d'aspect
assez caractéristique (empreinte de pouce).
HÉPATITE A
L'hépatite A est fréquente chez l'enfant, souvent asymptomatique. Elle peut entraî-
ner des douleurs abdominales parfois importantes voire un syndrome pseudo-
appendiculaire. Le diagnostic est biologique (cytolyse + bilan viral).
En échographie, ce diagnostic pourra être évoqué devant la triade :
■ épaississement de la paroi vésiculaire (ressemblant à une cholécystite) ;
■ hépatomégalie ;
■ adénopathie hilaire hépatique.
PLÈVRE ET POUMON
Une pleurésie ou une pneumopathie des bases peut s'exprimer sous la forme de
douleurs abdominales, notamment chez le petit enfant avec des signes respira-
toires au deuxième plan.
Devant toute douleur abdominale, surtout si l'exploration échographique de la
cavité abdominale est sans particularité, il faut penser à regarder les culs-de-sac
pleuraux et les bases pulmonaires en échographie car il est facile de faire le diagnos-
tic de pneumopathie des bases ou d'épanchement pleural (voir chapitre 25).
A B
C
Figure 26.13.
Douleurs pelviennes gauche chez une fillette de 8 ans.
L'échographie sus-pubienne permet de visualiser un ovaire droit normal, folliculaire,
en forme d'amande (A). L'ovaire gauche est augmenté de volume avec des follicules
en périphérie et un stroma plus important (B). Il existe une lame d'épanchement au
contact (B, astérisque) et surtout une petite structure arrondie collée contre l'ovaire
correspondant à la spire de torsion (B, flèches). Pas de vascularisation en Doppler (C),
mais ce signe n'est pas spécifique car il est difficile de voir la vascularisation normale
de l'ovaire chez l'enfant. Il s'agit donc d'une torsion d'ovaire gauche.
Douleurs abdominales de l'enfant 353
A B
C
Figure 26.14.
IRM pelvienne chez une adolescente présentant une torsion d'annexe.
L'échographie n'a pas pu trancher entre la torsion d'un ovaire normal et la possibilité d'une
masse ovarienne tordue. Le séquence en pondération T2 dans un plan axial (A) montre
l'ovaire gauche normal et l'ovaire droit augmenté de taille en hyposignal sans masse
suspecte. Le plan coronal T2 (B) montre la spire de torsion au contact de l'ovaire droit.
La séquence T1 avec gadolinium confirme la nécrose complète de l'ovaire gauche (C).
354 Urgences abdominales de l'enfant (hors traumatisme)
27
Boiterie de l'enfant
dans le cadre de l'urgence
PLAN DU CHAPITRE
■ BILAN D'IMAGERIE
C'est une demande fréquente. Chez le petit enfant, l'interrogatoire et l'examen cli-
nique ne sont pas toujours faciles. Pour localiser la douleur à la hanche, il faut exami-
ner l'enfant couché à plat en effectuant une rotation passive de la cuisse (comme un
rouleau à pâtisserie) : cela permet de savoir si la douleur concerne la hanche ou pas.
En l'absence de critère de gravité (fièvre, altération de l'état général) ou de trauma-
tisme, l'étiologie la plus fréquente dans la tranche d'âge 2–6 ans est celle de la synovite
aiguë de hanche (« rhume de hanche »), pour laquelle le bilan radiologique n'est fait
que si la boiterie et la douleur persistent après 48 heures de repos sous antalgiques.
BILAN D'IMAGERIE
■ En cas de boiterie sans douleur de hanche chez le petit enfant :
●
radiographie du membre inférieur concerné face et profil par segments
(fémur, jambe, pied) pour rechercher notamment une fracture en cheveu (voir
chapitre 39).
■ En cas de boiterie avec douleur de hanche :
●
radiographie du bassin de face couché + bassin avec hanches en abduc-
tion – incidence de Lauenstein ou bassin « grenouille » chez le petit enfant
(figure 27.1) ; chez le grand enfant, on se contentera d'un bassin de face et de
la hanche concernée de profil. Chez le garçon, le protège-gonade doit être
placé sans gêner l'analyse des structures osseuses du bassin ;
A B
Figure 27.1.
Radiographie du bassin de face (A) et incidence Lauenstein (« grenouille ») (B).
L'incidence de Lauenstein (B) permet d'avoir un profil des hanches chez le petit enfant
et de dépister une ostéochondrite débutante comme dans ce cas sous la forme d'une
image linéaire sous-chondrale de la tête fémorale gauche (flèche).
●
échographie des articulations coxofémorales pour rechercher un épan-
chement (figure 27.2). Le caractère transsonore ou au contraire échogène
de l'épanchement ne préjuge pas de son caractère infecté ou non. Cette
échographie sera complétée systématiquement par une échographie des
genoux (recherche d'épanchement) et une échographie abdominopelvienne
Étiologies selon l'âge 357
Figure 27.2.
Échographie de hanche à la recherche d'un épanchement, examen à la sonde linéaire
avec la sonde dans l'axe du col.
Examen comparatif. Épanchement à gauche au sein de la capsule articulaire (astérisque).
Résultats d'imagerie
■ Radiographie : excentration de la tête fémorale (figure 27.3A).
■ Échographie : épanchement de l'articulation coxofémorale souvent échogène
(figure 27.3B).
A B
Figure 27.3.
Ostéoarthrite de hanche d'un nouveau-né.
Excentration de la tête fémorale gauche sur la radiographie du bassin (A) et épanchement
échogène sur l'échographie (B) dans un contexte d'enfant septique en réanimation
néonatale avec diminution de la mobilité du membre.
Résultats d'imagerie
■ Radiographie (bassin face et Lauenstein) : normale.
■ Échographie : épanchement de l'articulation coxofémorale généralement ané-
chogène (voir figure 27.2).
Résultats d'imagerie
■ Radiographie (bassin face et Lauenstein) :
●
normale au début (environ 10 jours) ;
●
puis « coup d'ongle » sous-chondral radioclair (voir figure 27.1) ;
●
puis affaissement et fragmentation du noyau avec élargissement du col
(figure 27.4) ;
A B
Figure 27.4.
Ostéochondrite droite à un stade de fragmentation du noyau.
Bassin de face (A) et hanche droite de profil (B). Élargissement de l'espace entre le toit du
cotyle et le noyau fémoral droit (astérisque) dû à un arrêt de croissance du noyau par rapport
au côté gauche normal. La fragmentation du noyau est mieux visible sur le cliché de profil (B).
360 Boiterie de l'enfant dans le cadre de l'urgence
●
puis phase de reconstruction sur plusieurs mois avec déformation séquel-
laire plus ou moins marquée.
■ Échographie : normale au début, parfois petit épanchement, ce qui peut faire
évoquer à tort une synovite transitoire.
■ En dehors de l'urgence :
●
scintigraphie : défaut de fixation de la tête fémorale ;
●
IRM avec IV : diagnostique et pronostique.
A B
C D
Figure 27.5.
Signes radiologiques à chercher pour dépister un glissement épiphysaire (droit dans cet
exemple) au stade chronique.
Augmentation de la flèche basicapitale (A) ; diminution du recouvrement col-ischion
(triangle de Capener) (B) ; construction de la classique ligne de Klein (C) qui ne doit pas
couper la tête s'il existe un glissement et qui est pris en défaut sur cet exemple (signe
peu fiable). Analyse du profil (D) montrant un défaut d'alignement entre le col et la tête
(l'axe du col n'est plus perpendiculaire au cartilage de conjugaison).
Étiologies selon l'âge 361
Urgent
■
Arthrite du nourrisson : épanchement à l'échographie → ponction + anti-
biotique
■
Glissement épiphysaire : adolescent en surpoids : radiographie de hanche
profil +++
Fréquent
■ Synovite aiguë transitoire : épanchement à l'échographie et radiographie
normale
■ Imagerie négative : petit traumatisme, synovite a minima
Rare
■
Ostéochondrite : imagerie normale au début
■
Tumeur : primitive, secondaire, hémopathies
28
5
Traumatisme de l'abdomen
PLAN DU CHAPITRE
■ RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
■ LÉSIONS ÉLÉMENTAIRES
■ TECHNIQUES D'IMAGERIE
• Échographie
• Tomodensitométrie
• Artériographie
• IRM
■ RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
• Épanchement liquidien intra-abdominal
• Lésions de la rate
• Lésions du foie
• Lésions du pancréas
• Lésions du tube digestif et du mésentère
• Lésions rénales
• Lésions de la vessie
• Autres lésions
■ STRATÉGIE DIAGNOSTIQUE ET THÉRAPEUTIQUE
RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
Les traumatismes fermés de l'abdomen constituent environ 10 % des causes de
décès par traumatisme. Le diagnostic des lésions abdominales est important et par-
fois difficile, car des lésions potentiellement graves, voire mortelles, peuvent être peu
symptomatiques lors de l'évaluation clinique initiale du traumatisé.
Les causes d'un traumatisme de l'abdomen sont dans plus de 70 % des cas des acci-
dents de la voie publique, automobilistes, motards et piétons confondus ; viennent
ensuite les accidents du travail, les accidents du sport et les tentatives d'autolyse.
Deux mécanismes principaux engendrent des lésions abdominales au cours d'un
traumatisme. Le mécanisme le plus fréquent des traumatismes fermés est le choc
direct sur la paroi (par exemple volant) où l'impact de l'agent vulnérant entraîne
des lésions allant de l'ecchymose pariétale jusqu'aux éclatements viscéraux ; la gra-
vité des lésions viscérales est alors étroitement liée à l'intensité du choc. Le deu-
xième mécanisme rencontré est la décélération au cours de laquelle le corps s'arrête
brutalement alors que les organes continuent leur mouvement avec une énergie
cinétique proportionnelle à leur masse et au carré de la vitesse, ce qui entraîne des
tractions considérables sur les vaisseaux et sur les moyens de fixité des organes
que sont les ligaments et les mésos, entraînant des dégâts viscéraux par étirement,
déchirure et rupture.
Les organes les plus souvent atteints au cours d'un traumatisme fermé de l'abdo-
men sont, par ordre de fréquence décroissante, la rate, le foie, les reins, l'intestin
grêle, la vessie, le duodénum et le pancréas.
Le traitement d'un traumatisme abdominal est majoritairement conservateur, la
chirurgie en urgence restant réservée aux saignements actifs responsables d'une
instabilité hémodynamique, aux perforations digestives et aux ruptures intrapérito-
néales de vessie.
LÉSIONS ÉLÉMENTAIRES
Les lésions anatomiques induites par un traumatisme fermé dépendent du méca-
nisme en cause (tableau 28.1), les mécanismes lésionnels pouvant être combinés.
Les traumatismes en compression/choc direct provoquent des lésions se situant du
côté de l'impact. Les lésions en décélération provoquent des lésions qui n'ont pas
de topographie préférentielle et qui peuvent être diffuses sur les différents étages
explorés (thorax, cou, etc.). On parlera de fracture lorsqu'une lacération rejoint deux
surfaces viscérales d'un organe.
Les lésions traumatiques vasculaires, qu'elles soient d'origine artérielle ou vei-
neuse, peuvent prendre un aspect de dissection, de thrombose, de pseudo-
anévrisme (rupture « contenue »), de rupture complète (saignement dit « actif »
par extravasation de contraste iodé) ou, plus exceptionnellement, de fistule
artérioveineuse.
Lésions élémentaires 369
Tableau 28.1.
Nomenclature des lésions élémentaires abdominales en fonction du mécanisme lésionnel
.
Compression Décélération
Contusion = ecchymose Lacération = déchirure
Plage hypodense de contours irréguliers au Hypodensité linéaire au sein d'un organe plein
sein d'un organe plein Infiltration focale hématique de la graisse au
Épaississement focal circonférentiel de la paroi niveau du mésentère
intestinale
Hématome Ischémie = infarctus lié à une lésion
Hyperdensité spontanée (> 40 UH) de traumatique vasculaire
contours plus ou moins réguliers au sein Plage hypodense de contours très nets au sein
d'un organe plein ou du mésentère ou en d'un organe plein
topographie sous-capsulaire Absence de rehaussement de la paroi
intestinale
Fractures des éléments osseux au niveau du Fractures des éléments osseux avec des
site d'impact mécanismes en distraction
Figure 28.1.
Traumatisme en compression latérale droite associant une vaste plage de contusion
hépatique, des fractures de côtes (tête de flèche) et une contusion de la surrénale droite
(flèche).
TECHNIQUES D'IMAGERIE
ÉCHOGRAPHIE
L'échographie a pour objectif principal de détecter un épanchement intrapérito-
néal ; elle est capable de dépister des épanchements de très petite abondance, de
l'ordre de 100 ml. En revanche, les performances de l'échographie pour le diag
nostic d'un saignement rétropéritonéal et en termes de détection de lésion d'or-
ganes sont beaucoup plus limitées. Aisée à réaliser au lit du patient en salle de
déchocage, son rôle essentiel réside dans l'orientation thérapeutique d'un patient
instable hémodynamiquement vers la chirurgie abdominale en cas d'épanche-
ment intrapéritonéal abondant, ou vers un autre type de chirurgie en l'absence
d'hémopéritoine.
L'échographie garde une place de choix pour l'évaluation des lésions traumatiques
intra-abdominales chez l'enfant et chez la femme enceinte.
TOMODENSITOMÉTRIE
Le scanner avec injection de produit de contraste iodé est l'examen de référence
chez l'adulte dans le bilan d'un traumatisme de l'abdomen dès que l'état hémo-
dynamique du patient le permet. La qualité de sa réalisation conditionne la qua-
lité de l'interprétation. L'installation du patient doit permettre de retirer tout le
matériel de réanimation (scope, seringues électriques, etc.) en dehors du champ
d'acquisition. Les bras doivent être relevés au-dessus de la tête pour limiter l'ex-
position aux rayonnements ionisants et éviter les artéfacts de durcissement à
l'origine d'une dégradation de la qualité de l'image. La sonde urinaire doit être
clampée.
Il n'y a pas de consensus sur la technique scanographique et plusieurs protocoles
peuvent être utilisés à l'aide d'une injection simple ou biphasique. Le produit de
contraste (PDC) iodé est injecté avec une dose suffisante et un débit élevé à la
seringue électrique (au moins 100 ml de PDC à 3–4 ml/s).
Le passage sans injection est réalisé avec des doses standard (pas de low dose). Il
permet :
■ de diagnostiquer les hématomes intraparenchymateux et/ou mésentériques
qui ont une hyperdensité spontanée > 40 UH ;
■ d'évaluer la densité basale des organes, notamment du tube digestif, pour
mieux apprécier par la suite leur rehaussement ;
■ de localiser les éléments osseux ou calcifiés afin de ne pas les confondre avec
un éventuel saignement actif.
Il est communément admis qu'une acquisition au temps artériel est souhaitable afin
de discriminer l'origine d'un saignement actif (c'est-à-dire artériel versus veineux)
permettant le choix du traitement approprié (embolisation versus chirurgie versus
traitement conservateur). L'utilisation d'un système de détection automatique du
Résultats de l'imagerie 371
PDC dans l'aorte garantit la qualité de l'injection et doit être préférée aux intervalles
de temps fixes prédéterminés.
L'acquisition au temps portal est indispensable pour apprécier l'intégrité des viscères.
Une acquisition au temps tardif doit venir compléter le bilan en cas de suspicion de
plaie des voies urinaires ou pour mieux caractériser un saignement (c'est-à-dire libre
versus contenu) (figure 28.2).
Les générations actuelles de scanner utilisant des acquisitions en multi-énergie
modifieront probablement les futurs protocoles.
A B C
Figure 28.2.
Extravasat de produit de contraste iodé libre en intrapéritonéal mieux visible sur le
temps tardif (C, flèches) en faveur d'un saignement actif libre dans le péritoine en
provenance du pédicule splénique.
Caillot sentinelle en périphérie de la rate (astérisque). A. Artériel. B. Portal. C. Tardif.
ARTÉRIOGRAPHIE
L'artériographie dans le bilan d'un traumatisme de l'abdomen n'a aucun rôle diag
nostique. Son seul intérêt est thérapeutique afin de permettre une embolisation
guidée par le siège d'une extravasation artérielle visualisée en scanner.
IRM
L'IRM n'a pas de place dans le bilan initial d'un traumatisme abdominal. Elle peut être
indiquée en seconde intention dans le bilan d'un traumatisme biliopancréatique
afin de vérifier l'intégrité de la voie biliaire principale ou du canal pancréatique com-
mun en utilisant des PDC gadolinés à excrétion biliaire (Multihance®).
RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
ÉPANCHEMENT LIQUIDIEN INTRA-ABDOMINAL
L'échographie comme la TDM sont très performantes pour diagnostiquer un petit
épanchement, en estimant de façon qualitative son volume.
372 Traumatisme de l'abdomen
Siège de l'épanchement
La connaissance des espaces péritonéaux et rétropéritonéaux permet d'identifier
le siège de l'épanchement (figure 28.3) qui a une valeur d'orientation sur la lésion à
l'origine du saignement.
Un épanchement rétropéritonéal abondant peut diffuser à travers le péritoine
pariétal postérieur, générant un épanchement intrapéritonéal en l'absence de
lésion hémorragique intrapéritonéale. Il peut aussi diffuser vers le bas vers le péri-
née et la cuisse.
A B
C
Figure 28.3.
A–C. Épanchement intrapéritonéal abondant avec épaississement des feuillets
péritonéaux sur une pathologie non traumatique permettant de bien mettre
en évidence les compartiments intrapéritonéaux (siège de l'épanchement)
et rétropéritonéaux (qui restent ici graisseux).
Résultats de l'imagerie 373
Densité de l'épanchement
Mesurée par le scanner, cette densité permet d'identifier trois grandes « classes »
d'épanchement : l'extravasation de PDC iodé qui peut être d'origine vasculaire ou
urinaire ; l'hémopéritoine ou hémorétropéritoine traduisant la présence d'un sai-
gnement ; et les épanchements liquidiens purs d'origine souvent urinaire, biliaire ou
digestive (tableau 28.2).
Une densité entre 40 et 70 UH au sein d'un épanchement témoigne d'un caillot
récent, lequel est situé préférentiellement au contact de l'organe traumatisé ; on
parle alors de « caillot sentinelle ».
Tableau 28.2.
Valeur diagnostique de la mesure de densité d'un épanchement péritonéal
.
Densité Nature
0–25 UH Ascite préexistante
Bile
Urine
Liquide digestif
Sang très dilué ou vieilli
25–40 UH Sang libre non cailloté
40–70 UH Sang cailloté/hématome sentinelle
> 80 UH Extravasation de produit de contraste iodé
Origine de l'épanchement
La cause de l'épanchement peut être déterminée grâce à son siège et à sa densité.
Ainsi, un épanchement hématique intrapéritonéal doit faire rechercher avant tout
un traumatisme du foie ou de la rate. En l'absence de lésions des organes pleins
intrapéritonéaux, la présence d'un épanchement intrapéritonéal devra faire évoquer
l'hypothèse d'une plaie intestino-mésentérique (d'autant qu'il existe un caillot sen-
tinelle entre les feuillets du mésentère) ou du dôme de la vessie. Un épanchement
isolé à l'arrière-cavité des épiploons doit faire rechercher un traumatisme du pan-
créas ou du cholédoque.
La topographie de l'hématome rétropéritonéal a une valeur d'orientation sur le
siège précis de la lésion à l'origine du saignement (tableau 28.3).
Tableau 28.3.
Origine des hématomes rétropéritonéaux
.
Topographie Origine
Espace psoas Vertèbre
Psoas
Aorte
Duodénum
Pancréas
(Suite)
374 Traumatisme de l'abdomen
Tableau 28.3.
Suite.
Topographie Origine
Espace périrénal Rein
Surrénale
Espace pararénal antérieur droit Zone dépéritonéisée du foie
Duodénum
Pancréas
Espace pararénal antérieur gauche Pancréas
Espace pararénal postérieur Paroi
Muscle
Vertèbre
Espace rétropéritonéal médian Vertèbre
Aorte, artères rénales ou lombaires
Veine cave inférieure
Tableau 28.4.
Artères lésées en fonction de la topographie de l'extravasat et du type de fracture .
LÉSIONS DE LA RATE
Diagnostic positif
L'échographie sous-estime ou ignore des lésions parenchymateuses spléniques
dans 20 à 40 % des cas. La TDM est l'examen le plus performant pour diagnosti-
quer une lésion traumatique splénique. Elle peut mettre en évidence un hématome
sous-capsulaire qui comprime ou déforme le parenchyme splénique, un hématome
périsplénique qui classiquement refoule la rate sans la déformer, une contusion
intrasplénique, des lacérations se manifestant par des bandes hypodenses, uniques
ou multiples (figure 28.4) qui, lorsqu'elles sont accompagnées d'une atteinte vascu-
laire, entraînent une dévascularisation splénique partielle ou totale.
A B C
Figure 28.4.
Quelques lésions élémentaires spléniques.
A. Lacérations multiples spléniques avec fracture. B. Lacération splénique unique.
C. Hématome intrasplénique avec saignement actif contenu dans le parenchyme.
Pièges diagnostiques
Un certain nombre d'images peuvent en imposer à tort pour un traumatisme de la
rate. Il s'agit :
■ de l'hétérogénicité splénique transitoire pendant 30 à 60 secondes après le
bolus intraveineux ;
■ des incisures congénitales spléniques ;
■ la rate de choc, visualisée sous la forme d'hypodensités sous-capsulaires
triangulaires de la rate en rapport avec une hypovascularisation liée à une vaso-
constriction réflexe de l'artère splénique pouvant engendrer au maximum une
absence totale de rehaussement de la rate (figure 28.5).
376 Traumatisme de l'abdomen
A B C
Figure 28.5.
A, B. Complexe scanographique d'hypoperfusion lié à un saignement majeur hépatique
(flèche), associant une rate de choc (astérisque), des surrénales hyper-rehaussées
(flèches courbes) et des reins striés. C. Après packing en urgence (étoile), rehaussement
normal des reins montrant bien l'absence de lésion traumatique sous-jacente .
A B C
Figure 28.6.
Saignement actif d'origine splénique, contenu, ne se modifiant pas en forme selon les temps
de l'injection, mais traité par splénectomie compte tenu d'autres saignements associés.
A. Artériel. B. Portal. C. Tardif.
LÉSIONS DU FOIE
Diagnostic positif
Comme pour les traumatismes de la rate, l'échographie dans les traumatismes
du foie sous-estime les lésions traumatiques intraparenchymateuses. Le scanner
permet de reconnaître les lésions élémentaires qui ont une sémiologie analogue aux
Résultats de l'imagerie 377
A B
C D
Figure 28.7.
A. Fracture du foie passant par le hile hépatique. B. À J11, organisation du foyer de
fracture et majoration de l'épanchement intrapéritonéal en faveur d'un cholépéritoine.
C. CPRE mettant en évidence une plaie de la convergence biliaire proche du canal
hépatique gauche traité par endoprothèse hépatique droite avec une évolution
favorable à 2 mois (D).
378 Traumatisme de l'abdomen
A B
Figure 28.8.
AVP avec choc direct sur l'hypochondre droit.
Traumatisme de la vésicule biliaire avec hémobilie (A), évoluant à un mois vers une
cholécystite aiguë ulcérée (B) avec de nombreux caillots au sein de la vésicule et de la
voie biliaire principale en peropératoire.
Pièges diagnostiques
Les images pièges sont d'origine ischémique par hypoperfusion dans un contexte
de choc hypovolémique, régressant normalement après une réanimation bien
conduite. L'association avec d'autres signes scanographiques de choc hypovolé-
mique (encadré 28.1) permet de redresser le diagnostic.
Encadré 28.1
Signes TDM de choc hypovolémique.
■
Veine cave inférieure collabée = diamètre antéropostérieur à hauteur de la veine rénale
gauche inférieur à un quart de son diamètre transverse sans compression extrinsèque, ou
inférieur à 9 mm
■
Aorte de petit calibre
■
Néphrogramme persistant sans excrétion
■ Rate hypodense, non rehaussée sans atteinte du pédicule splénique
■
Rehaussement pariétal intense de la muqueuse du grêle qui est dilatée et/ou épaissie
■
Hyper-rehaussement des glandes surrénaliennes
Résultats de l'imagerie 379
A B
Figure 28.9.
Œdème périportal (A), œdème vésiculaire (B, flèche) sans lésion traumatique,
liés à un remplissage vasculaire massif.
Encadré 28.2
Éléments ayant un impact sur la prise en charge
thérapeutique des traumatismes hépatiques.
■
Nombre de segments atteints par les lacérations (grave si atteinte d'au moins trois segments)
■
Topographie centrale ou sous-capsulaire des lacérations et des contusions
■
Extension des lésions dans le hile ou dans le lit vésiculaire
■
Abondance de l'hémopéritoine
■
Lésions vasculaires avec saignement actif
Figure 28.10.
Traumatisme de la veine hépatique gauche avec saignement actif à la jonction
cavo-hépatique .
LÉSIONS DU PANCRÉAS
Diagnostic positif
L'échographie est médiocre au stade initial du traumatisme, l'examen du pan-
créas étant souvent gêné par la distension gastrique. La TDM permet de recon-
naître la majorité de ces traumatismes, même si les lésions sont souvent plus
nettes sur un scanner réalisé 2 ou 3 jours après le traumatisme ; en effet, près de
40 % des scanners sont normaux à la phase initiale du traumatisme pancréatique.
Les signes directs rencontrés sont la présence de lacérations ou de fractures pan-
créatiques visualisées sous la forme de traits linéaires ou de bandes hypodenses
intrapancréatiques (figure 28.11). Les signes indirects classiquement décrits sont
l'élargissement de la glande pancréatique, la localisation d'un épanchement
Résultats de l'imagerie 381
A B
Figure 28.11.
Fracture du pancréas (A, flèche), mieux visible sur le scanner de contrôle à J6 (B) avec
constitution d'un pseudokyste (astérisque) lié à une rupture canalaire pancréatique.
Figure 28.12.
Rupture du 2e duodénum avec rétropneumopéritoine (flèche), lié à un traumatisme
direct épigastrique
.
382 Traumatisme de l'abdomen
Figure 28.13.
Pneumopéritoine libre (tête de flèche) lié à une transsection jéjunale complète, les deux
« moignons » digestifs étant ouverts vers l'avant (flèches).
Résultats de l'imagerie 383
Figure 28.14.
Infiltration focale du mésentère (flèche) sans pneumopéritoine, ni saignement actif
ni défaut de rehaussement digestif, en rapport avec une lacération mésentérique
d'évolution favorable sans chirurgie.
Noter l'hémopéritoine interanses (astérisque).
Pièges diagnostiques
La présence d'air extradigestif peut être secondaire à un traumatisme ouvert abdo-
minal sans lésion digestive (air en provenance de l'extérieur), à la diffusion d'un
pneumothorax via une brèche diaphragmatique ou à une rupture vésicale intra-
péritonéale chez un patient sondé. Un pneumomédiastin peut causer un rétro-
pneumopéritoine par diffusion de l'air à travers le hiatus aortique. Des bulles d'air
prépéritonéales, souvent associées à un pneumothorax, ne doivent pas être prises à
tort pour un pneumopéritoine (figure 28.15).
384 Traumatisme de l'abdomen
Figure 28.15.
Air prépéritonéal (flèche) en avant du feuillet pariétal antérieur du péritoine, ne devant
pas être pris à tort pour un pneumopéritoine .
Figure 28.16.
Intestin de choc.
Résultats de l'imagerie 385
A B C
Figure 28.17.
Seat-belt syndrome associant un épaississement pariétal focal du grêle en lien
avec une plaie sérosomusculaire digestive (A, flèche), une dissection de la bifurcation
aorto-iliaque (B, flèche courbe), et une fracture rachidienne instable en distraction
postérieure (C, flèche pointillée).
Le traitement associe respectivement une suture digestive, une anticoagulation
efficace et une ostéosynthèse rachidienne en urgence.
LÉSIONS RÉNALES
Diagnostic positif
L'échographie méconnaît ou sous-estime la plupart des traumatismes rénaux. Le
scanner injecté avec réalisation de coupes tardives (5 à 7 minutes après le début de
l'injection) est l'examen de référence pour l'étude complète morphologique et fonc-
tionnelle d'un traumatisme du rein. Il permet d'identifier :
■ les hématomes sous-capsulaires déformant le contour du rein ou les héma-
tomes péri- et/ou pararénaux refoulant le rein ;
■ les lésions du parenchyme rénal représentées par des contusions, des lacéra-
tions et des fractures ;
■ une atteinte des voies excrétrices entraînant la constitution d'un urohé-
matome identifié par l'extravasation du PDC urinaire sur des coupes tardives
(figure 28.18) ;
386 Traumatisme de l'abdomen
A B
Figure 28.18.
Fracture du rein droit (A, coupe coronale) avec urinome (B, coupe axiale)
au sein de l'hématome rétropéritonéal .
A B
Figure 28.19.
Traumatisme de la veine rénale gauche siège d'un thrombus avec retard de néphrographie (A).
Anticoagulation efficace avec thrombus bien visible au sein de la veine à J10 (B).
Résultats de l'imagerie 387
Pièges diagnostiques
La TDM est très performante dans le bilan des lésions traumatiques rénales. Les prin-
cipales erreurs sont dues à une méconnaissance d'une atteinte des voies excrétrices
du fait de l'absence de coupes tardives. Les plages de contusion rénales peuvent être
confondues avec des plages d'ischémie distale ; ces dernières, de contours beaucoup
plus nets et sans hémorétropéritoine, doivent faire rechercher une dissection des artères
segmentaires ou polaires secondaire à un mécanisme de décélération (figure 28.20). En
cas de fracture complexe, certains fragments de parenchyme rénal disloqués peuvent
mimer des extravasations de contraste vasculaire ; une analyse minutieuse de l'aspect
selon les différents temps de l'injection permet de redresser le diagnostic.
A B
Figure 28.20.
Dissection traumatique d'une branche artérielle segmentaire supérieure (A, flèche)
du rein droit avec plage d'infarctus d'aval (B, flèche courbe).
Noter le saignement actif d'origine surrénalienne au-dessus du rein.
LÉSIONS DE LA VESSIE
Diagnostic positif
L'imagerie recherche des signes de contusion et de rupture intra- ou extrapérito-
néale. Les contusions se visualisent sous la forme d'un épaississement de la paroi
vésicale sans extravasation de contraste urinaire. Le diagnostic de rupture vésicale
388 Traumatisme de l'abdomen
nécessite la réalisation d'un passage très tardif (au moins 10 minutes après le début
de l'injection) avec clampage au préalable de la sonde urinaire, ou réalisation d'un
cystoscanner (remplissage vésical par la sonde urinaire avec 250 ml de PDC dilué
à 1/5e) permettant d'objectiver et de localiser l'extravasation de contraste urinaire.
En dehors de signes vésicaux, l'imagerie recherche des lésions traumatiques du
cadre pelvien qui sont présentes chez 80 % des patients ayant des lésions trauma-
tiques vésicales, alors qu'à l'inverse ces lésions vésicales ne se retrouvent que dans
5 à 10 % des fractures du bassin.
Pièges diagnostiques
Une mauvaise distension vésicale peut limiter la visualisation d'une rupture vésicale,
notamment lorsqu'elle est située au niveau du dôme.
L'extravasation de l'urine opacifiée au cours d'une rupture extrapéritonéale se fait
dans l'espace de Retzius (figure 28.21) entre le fascia transversalis et le péritoine
pariétal, et peut remonter haut, ne devant alors pas être confondue avec une fuite
intrapéritonéale.
A B
Figure 28.21.
Fracture du bassin avec hématome sous-péritonéal (A, flèche) associée à une rupture
extrapéritonéale de vessie (B, flèche courbe) avec urinome sous-péritonéal dans l'espace
de Retzius (astérisque).
A B
Figure 28.22.
A, B. Rupture intrapéritonéale de vessie (flèche) avec inondation du péritoine
par le produit de contraste urinaire.
AUTRES LÉSIONS
Uretère
Les lésions sont rares et siègent au niveau des points de fixation de l'uretère,
uretéro-pyélique et urétéro-vésical. L'urinome est de siège périrénal ou paraver-
tébral. L'absence d'opacification de l'uretère sous-jacent témoigne d'une rup-
ture complète qui est une indication chirurgicale, alors que des lacérations ou
ruptures incomplètes sont le plus souvent traitées de façon conservatrice par
la mise en place d'un tuteur urétéral. Les anomalies congénitales (syndrome
de la jonction, malposition) favorisent les lésions urétérales au cours d'un
traumatisme.
Surrénale
L'atteinte de la glande surrénalienne droite est la plus fréquente. Des lésions
des organes de voisinage doivent être systématiquement recherchées. La
surrénale peut être le siège d'une contusion, d'un hématome ou d'une plaie
vasculaire avec un saignement actif. Un aspect d'hypertrophie bilatérale des
surrénales avec un rehaussement très intense fait partie du complexe scanogra-
phique d'hypoperfusion (voir encadré 28.1) et ne correspond pas à une lésion
traumatique. Le diagnostic de traumatisme surrénalien a peu d'impact car l'at-
teinte surrénalienne est sans traduction clinique, et la résolution spontanée des
images est la règle.
390 Traumatisme de l'abdomen
Urètre masculin
Les traumatismes de l'urètre masculin siègent le plus souvent au niveau de
l'urètre membraneux et doivent être évoqués devant une fracture du bassin avec
disjonction pubienne. Ils siègent plus rarement au niveau de l'urètre antérieur
où ils sont dus à des chutes à califourchon ou à des traumatismes sur pénis en
érection (faux pas du coït) et sont dans ce dernier cas associés à des ruptures des
corps caverneux.
Quelques signes scanographiques permettent d'évoquer le diagnostic : héma-
tome des muscles ischiocaverneux, comblement de la graisse préprostatique ou du
diaphragme urogénital. Le diagnostic de certitude est apporté par l'urétrographie
rétrograde, de réalisation différée, qui permet de faire le bilan précis du siège et du
type de la lésion (figure 28.23).
A B
Figure 28.23.
Lésion traumatique de l'urètre.
Sur le scanner initial (A), aspect de disjonction pubienne (astérisque) et comblement de
l'apex de la graisse du diaphragme urogénital (flèche) lié à une section de l'urètre avec
absence d'opacification de l'urètre postérieur sur l'urétrographie rétrograde différée (B).
A B
C D
Figure 28.24.
Traumatisme par arme à feu avec un trajet vers le bas et l'arrière de la balle (A),
responsable d'un hématome sur le versant postérolatéral gauche de la vessie (B, tête de
flèche) contenant des bulles d'air (plaie digestive) et d'une extravasation de contraste
urinaire sur le temps tardif (C, flèche) en faveur d'une plaie urétérale gauche (D).
Traitement chirurgical en urgence avec suture des plaies digestives et de la plaie
urétérale.
CHAPITRE
29
Traumatismes des organes
génitaux externes
PLAN DU CHAPITRE
■ TRAUMATISME DE LA VERGE
• Rappel épidémiologique
• Techniques d'imagerie
• Résultats de l'imagerie
• Stratégie diagnostique – patients justifiables d'une exploration par imagerie
■ TRAUMATISME TESTICULAIRE
• Rappel épidémiologique
• Techniques d'imagerie
• Résultats de l'imagerie
• Complications et séquelles traumatiques
• Stratégie diagnostique – patients justifiables d'une exploration par échographie
TRAUMATISME DE LA VERGE
RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
Le traumatisme de la verge représente une pathologie rare provoquée par une
courbure non physiologique du pénis en érection, survenant le plus souvent chez
l'adulte jeune (âge moyen de 30 ans) au cours d'un rapport sexuel.
On décrit :
■ les traumatismes sur verge en érection (les plus fréquents) entraînant une frac-
ture des corps caverneux, le faux pas du coït étant le mécanisme le plus fréquent
dans les pays occidentaux (30 à 50 % des cas) avec possibilité de rupture de
l'urètre associée, à la différence des pays du Moyen-Orient où les ruptures sont
le plus souvent secondaires à une manipulation pour stopper l'érection matinale
ou par masturbation. Dans ce cas, l'atteinte urétrale est plus rare (0 à 30 %). Le
traitement est chirurgical ;
■ les traumatismes sur verge flaccide : choc externe avec écrasement de la
racine de la verge contre les os pelviens entraînant des hématomes caver-
neux souvent bilatéraux avec une albuginée intacte (traitement médical)
pouvant être associé à des traumatismes de l'urètre (à environ 1 cm en avant
du bulbe).
TECHNIQUES D'IMAGERIE
Échographie
C'est l'examen de référence à réaliser en première intention dans les traumatismes
de la verge, qui nécessite, tout comme pour l'exploration testiculaire, l'utilisation
d'une sonde superficielle linéaire de haute fréquence (7,5 MHz).
IRM
L'IRM est réalisée en deuxième intention en cas de doute diagnostique en échogra-
phie et a une sensibilité de 70 à 100 %.
■ Les conditions de réalisation sont les suivantes :
●
placer entre les jambes sous le périnée une serviette pliée destinée à suré-
lever le scrotum et le pénis ;
●
verge placée en dorsiflexion sur la ligne médiane du pubis, maintenue par
l'antenne de surface
■ Le protocole est le suivant :
●
trois plans T2 ;
●
sagittal ou axial T1 ;
Traumatisme de la verge 395
Urétrographie rétrograde
Cet examen peut être indiqué en cas de suspicion de rupture de l'urètre. Cependant,
dans le contexte de l'urgence, si une lésion urétrale est suspectée, l'urétrocysto
scopie lui est préférée compte tenu des risques de faux négatifs en présence d'un
hématome pouvant masquer la fuite de produit de contraste.
RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
Aspect normal de la verge en imagerie
La verge est constituée (figures 29.1 et 29.2 et tableau 29.1) :
■ de deux corps caverneux à la face dorsale de la verge, parcourus au centre par
les artères profondes de la verge (ou artères centrocaverneuses) ;
■ d'un corps spongieux médioventral, parcouru par l'urètre ;
Albuginée
Artère
centro-caverneuse
Fascia superficiel
(Dartos)
Figure 29.1.
Schéma de la verge.
396 Traumatismes des organes génitaux externes
A B
D
C
Figure 29.2.
Anatomie IRM de la verge.
A. En coupe axiale T2. B. En axial T1 : toutes les structures sont en isosignal en dehors de
l'albuginée (flèche blanche) en franc hyposignal. C. En coupe coronale T2. D. En coupe
sagittale T2. Flèche bleue : urètre entouré du corps spongieux. Flèche violette : septum
intercaverneux. Flèches vertes : prépuce et extrémité distale du corps spongieux. Flèche
rouge : corps spongieux. Flèche jaune : corps caverneux gauche. Flèche orange : corps
caverneux droit. Flèches roses : artère centro-caverneuse.
Traumatisme de la verge 397
Tableau 29.1.
Aspect normal des différentes structures de la verge en imagerie.
Échographie IRM
Corps caverneux Échogènes Isosignal T1, hypersignal T2 plus ou moins homogène en
homogènes fonction du volume sanguin qu'ils contiennent
Corps spongieux Discrètement Hypersignal T2 homogène
hyperéchogène
Urètre Hypoéchogène Difficilement visible en T1 (hyposignal) et T2 (hypersignal),
prise de contraste précoce après injection
Albuginée et Hyperchogène Hyposignal T1 et T2
fascia de Buck
■ de l'albuginée, enveloppe fibreuse (l'un des facias les plus résistants du corps
humain) entourant les corps caverneux, mesurant 2 mm d'épaisseur au repos
et 0,25 mm en érection, d'où sa vulnérabilité au-delà d'une pression supérieur à
1 500 mmHg.
Le fascia de Buck n'est pas différenciable de l'albuginée du fait de leur proximité et
de leur signal identique.
perte de continuité de l'albuginée : interruption du liseré hyperécho-
●
gène.
■ Doppler couleur et pulsé : recherche de fistule artérioveineuse associée (voir
chapitre correspondant).
398 Traumatismes des organes génitaux externes
B
Figure 29.3.
A. Lésion des corps caverneux et rupture de l'albuginée en échographie (coupes axiale
et sagittale). Flèches blanches : hématome des corps caverneux s'étendant au fascia
de Buck. Flèche bleue : interruption de l'albuginée. B. Correspondance IRM. Flèche
violette : hématome. Flèche verte : corps spongieux. Flèches rouges : corps caverneux.
Flèche jaune : interruption de l'albuginée.
A B C
Figure 29.4.
Rupture focale de l'albuginée du corps caverneux droit (échographie, A, flèche orange)
avec correspondance IRM (B, C) en axial de verge T2.
Flèches blanches : hématome. Flèche bleue : rupture focale de l'albuginée.
Traumatisme de la verge 399
Figure 29.5.
Autre exemple de lésion caverneuse avec rupture de l'albuginée.
Flèche blanche : rupture de l'albuginée. Flèche bleue : hématome. Flèche verte : corps
caverneux droit.
Pièges diagnostiques
Des faux négatifs sont possibles en fonction de la taille de la rupture et de l'expé-
rience de l'opérateur, notamment en échographie.
Les lésions urétrales sont difficiles à voir aussi bien en échographie qu'en IRM.
400 Traumatismes des organes génitaux externes
Figure 29.6.
Fracture du corps spongieux (flèche blanche) et du corps caverneux (flèche bleue) en
IRM, coupe sagittale.
Flèche verte : hématome des corps spongieux et caverneux, rupture de l'albuginée.
Traumatisme de la verge 401
A B
C D
Figure 29.7.
A, B. Association de séquelle de traumatisme ancien non opéré (hématome des deux
corps caverneux visible sous la forme de plages de fibrose séquellaire en hyposignal T2,
flèches bleues en B) et de lésion récente caverneuse gauche, spongieuse et urétrale
étendue sur 3 cm à la chirurgie (flèche blanche en A).
C, D. Même patient en échographie : suspicion de lésion du corps spongieux (C) et
hématome ancien du corps caverneux (datation difficile en échographie) (D).
Échographie mode B
La visualisation d'une lésion urétrale est limitée en échographie. Le bilan sera fait par
urétrographie. Cependant, en cas de visualisation de bulles d'air au sein des corps
caverneux, une lésion urétrale doit être suspectée.
IRM
Rehaussement précoce de la muqueuse urétrale, permettant de mieux mettre en
évidence le site de la déchirure.
Urétrographie rétrograde
Cet examen reste l'examen de référence même s'il est susceptible d'aggraver les
lésions. Il recherche :
■ une solution de continuité urétrale ;
■ s'il existe ou non un passage de produit de contraste dans la vessie ;
■ la mesure de l'écart interfragmentaire en cas de rupture complète urétrale.
Pièges diagnostiques
En cas d'hématome, la brèche urétérale peut être colmatée par ce dernier et rendre
l'urétrographie faussement négative.
402 Traumatismes des organes génitaux externes
Lésions vasculaires
Fistule artérioveineuse : priapisme à haut débit
Cela survient le plus souvent dans les 24 à 48 heures suivant un traumatisme fermé
(traumatisme du bassin) sur pénis flaccide.
■ Clinique : priapisme artériel (= à haut débit), érection prolongée, partielle, en
dehors de tout désir sexuel, non douloureuse.
■ Mécanisme : dérégulation de l'apport artériel dans les corps caverneux faisant
suite le plus souvent au traumatisme par fistule ou pseudo-anévrisme de l'artère
centrocaverneuse.
■ Imagerie :
●
échographie : lésion hypoéchogène, avec aliasing en Doppler couleur (fis-
tule), ou image de pseudo-anévrisme ;
●
Doppler : dispersion spectrale.
■ Traitement : non urgent, régression spontanée (62 % des cas) ou embolisation
sélective.
■ Diagnostic différentiel : priapisme de stase (veineux ou encore à bas débit).
Le priapisme à haut débit diffère du priapisme de stase (veineux ou encore à bas
débit), plus fréquent et véritable urgence thérapeutique. Le priapisme à bas débit, qui
survient en dehors de tout contexte traumatique, est engendré par une anomalie du
retour veineux (obstruction prolongée du retour veineux entraînant une élévation
prolongée des pressions dans les corps caverneux, menant par hypoxie et acidose
des corps caverneux à une ischémie irréversible de ces derniers). La symptomato-
logie est radicalement différente avec un tableau de douleur aiguë. Les étiologies
retrouvées sont les suivantes : drépanocytose (40 %), leucémie, nutrition parentérale,
médicamenteuse, injection intracaverneuse, causes neurologiques, idiopathique (30
à 50 %). Le diagnostic est clinique et l'imagerie n'a pas de place en première inten-
tion. À l'inverse du priapisme artériel, il s'agit donc d'une urgence thérapeutique
dans les 6 heures du fait du risque d'ischémie des corps caverneux. Le traitement
consiste en des alpha-mimétiques ou une aspiration des corps caverneux. Il y a un
risque de fibrose cicatricielle et donc de dysfonction érectile irréversible.
TRAUMATISME TESTICULAIRE
RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
Les traumatismes fermés des bourses sont de plus en plus fréquents, avec pour
cause principale les accidents de la voie publique avec les traumatismes directs sur
un réservoir de moto ou la chute à califourchon sur un cadre de bicyclette. Les testi-
cules sont le plus souvent lésés par un traumatisme direct de bas en haut avec écra-
sement de ceux-ci sur la symphyse pubienne. Le testicule droit, du fait de sa position
plus haut située en intrascrotal, est le plus souvent atteint.
Les lésions testiculaires que l'on peut observer sont de trois sortes :
■ la contusion testiculaire, sans lésion de l'albuginée ni hématome intratesti-
culaire ;
■ l'hématome intratesticulaire sans lésion de l'albuginée ;
■ la rupture testiculaire où l'albuginée est interrompue avec issue de pulpe testi-
culaire par le site de rupture.
Par ailleurs, il existe aussi des lésions traumatiques de l'épididyme et du cordon
spermatique.
TECHNIQUES D'IMAGERIE
Abdomen sans préparation, tomodensitométrie
Ces examens ne sont d'aucun intérêt dans le diagnostic de traumatisme testiculaire.
Échographie
C'est l'examen de référence de toute pathologie scrotale aiguë, qui nécessite, pour
être performant, l'utilisation d'une sonde de haute fréquence à large bande (7,–10 MHz).
Dans tous les cas, l'examen échographique sera conduit de manière bilatérale et
comparative. Le but de l'échographie dans les traumatismes testiculaires est de
décrire les signes péjoratifs incitant à l'exploration chirurgicale de la bourse.
IRM
En pratique, l'IRM n'est pas utilisée dans l'exploration d'un traumatisme testiculaire,
même si sa sensibilité serait meilleure pour le diagnostic des petites déchirures de
l'albuginée (interruption du liseré en hyposignal T2) manquée ou non visibles en
échographie.
RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
Traumatisme du testicule
Diagnostic positif
Échographie mode B
■ Hématocèle : fréquente (environ 50 %), témoin d'un traumatisme sévère.
Visible sous la forme d'un épanchement échogène se liquéfiant progressivement.
404 Traumatismes des organes génitaux externes
Figure 29.8.
Rupture de l'albuginée.
Saillie de pulpe testiculaire (étoile) à travers la zone de rupture de l'albuginée (flèche blanche).
Figure 29.9.
Hématome intratesticulaire (étoile) associé à une rupture de l'albuginée (flèche blanche).
Traumatisme de l'épididyme
La contusion épididymaire est rare. Elle concerne le plus souvent la queue épididy-
maire et se manifeste par une tuméfaction hypoéchogène un peu hétérogène et
hypervascularisée.
La rupture ou l'arrachement épididymaire peut s'accompagner d'une hématocèle.
Le diagnostic différentiel est difficile, avec une épididymite aiguë en l'absence de
contexte clinique traumatique connu.
Le traitement des lésions de l'épididyme isolées est en général non chirurgical.
30
5
Traumatisme du thorax
PLAN DU CHAPITRE
■ RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
■ TECHNIQUES D'IMAGERIE
• Radiographie du thorax
• Échographie
• Tomodensitométrie
■ RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
• Traumatisme pariétal
• Traumatisme pleural
• Traumatisme du parenchyme pulmonaire
• Traumatisme du médiastin
• Traumatisme diaphragmatique
RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
Les traumatismes du thorax sont le plus souvent dus aux accidents de la circu-
lation, plus rarement à une chute ou à un accident du travail ou du sport. Ils
s'intègrent près d'une fois sur deux dans le cadre d'un polytraumatisme. Lorsque
le traumatisme est associé à une autre lésion, il s'agit une fois sur deux d'une
lésion du crâne avec une atteinte cérébrale (qui aggrave l'hypoxie), une fois sur
trois d'une lésion d'un membre, et une fois sur cinq d'une lésion de l'abdomen
(avec parfois des lésions hémorragiques dont le remplissage pourra aggraver les
lésions pulmonaires).
Suivant le terrain sur lequel il survient, un même traumatisme pourra engendrer des
conséquences différentes :
■ chez l'insuffisant respiratoire chronique, un traumatisme bénin peut décom-
penser un équilibre précaire ;
■ chez l'insuffisant cardiaque, les lésions de contusions pulmonaires décompen-
seront facilement l'insuffisance cardiaque.
Les complications des traumatismes sont :
■ d'origine respiratoire, avec une hypoxie rattachée à quatre facteurs essentiels :
la douleur, les troubles de la mécanique ventilatoire, les épanchements pleuraux
et les contusions pulmonaires ;
■ d'origine circulatoire, la première cause de mortalité imputable à un trauma-
tisme du thorax étant la rupture aortique.
TECHNIQUES D'IMAGERIE
RADIOGRAPHIE DU THORAX
La radiographie du thorax reste incontournable. Elle peut être réalisée en salle de
déchocage sans mobiliser le patient. Chez les patients stables et mobilisables, elle
doit être réalisée debout afin d'éviter les fausses suspicions d'hémomédiastin du
fait de l'élargissement médiastinal dû aux clichés réalisés en décubitus. Elle doit être
complétée par une étude du gril costal en déroulant les arcs, seule manière de bien
objectiver les fractures de côtes.
ÉCHOGRAPHIE
L'échographie a également l'avantage d'être réalisable en salle de déchocage et en
préhospitalier. La recherche d'un épanchement pleural ou péricardique fait partie
du FAST-écho.
TOMODENSITOMÉTRIE
Les indications de la tomodensitométrie (TDM) sont actuellement élargies dans la
recherche des lésions thoraciques post-traumatiques et, en pratique clinique, un
examen corps entier est souvent réalisé. Une acquisition sans injection est recom-
mandée par certaines équipes pour rechercher un éventuel hématome de la paroi
thoracique. La synchronisation à l'électrocardiogramme (ECG) n'est pas recomman-
dée. Chez les patients intubés/ventilés, baisser temporairement la fréquence ventila-
toire permet d'éviter les artéfacts liés aux mouvements respiratoires.
RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
TRAUMATISME PARIÉTAL
Fractures de côtes
Les fractures de côtes sont présentes dans environ la moitié des traumatismes fer-
més du thorax
Diagnostic positif
Le diagnostic de fractures de côtes est à la fois clinique et radiologique.
Le bilan radiologique se compose d'un cliché du thorax et de clichés du gril costal,
et recherche les images linéaires claires des foyers de fracture et le déplacement
des fragments. Dans près d'un cas sur deux, les fractures de côtes sont méconnues,
en particulier lorsqu'elles concernent les cartilages costaux ; les fractures sont alors
visibles au moment de l'apparition du cal osseux sur des clichés de contrôle ultérieur.
Les fractures de côtes s'accompagnent souvent d'hématomes extrapleuraux qui, s'ils
sont abondants, doivent faire rechercher un saignement actif des artères intercos-
tales ou thoraciques internes.
412 Traumatisme du thorax
Les volets costaux sont définis par la présence de fractures sur au moins trois côtes
adjacentes en deux points différents. Le volet thoracique est soit impacté et peu
mobile, soit au contraire caractérisé par sa grande mobilité avec « respiration para-
doxale », surtout dans les localisations antérieures et latérales
Pièges diagnostiques
À la phase aiguë d'un traumatisme thoracique, la constatation de cals osseux
témoigne des séquelles de fractures costales en rapport avec des traumatismes plus
anciens. L'enfoncement pariétal est mal apprécié sur les clichés standard.
Impact diagnostique et thérapeutique
Le bilan précis du nombre et du siège des fractures costales a peu d'impact théra-
peutique et le bilan de fractures costales, en lui-même, n'est pas une indication de
TDM. Le point essentiel reste la recherche de lésions sous-jacentes, puisque ces frac-
tures de côtes peuvent être le signe d'alarme :
■ d'une atteinte du plexus brachial ou des vaisseaux sous-claviers en cas de frac-
ture des trois premières côtes ;
■ d'une atteinte hépatique ou splénique en cas de fracture des côtes basses.
Par ailleurs, du fait de la douleur qu'elle entraîne, une fracture de côte peut limiter la
ventilation et aggraver l'hypoxie, et un volet costal (fractures de plusieurs côtes adja-
centes en deux points différents) s'accompagne d'une hypokinésie pariétale respon-
sable d'une hypoventilation, d'une hypoxie proportionnelle à la taille du volet et
d'un encombrement bronchique.
Fractures du sternum
Les fractures du sternum entraînent une douleur médiane antérieure exquise accen-
tuée par les mouvements respiratoires. Elles surviennent dans moins de 10 % des
traumatismes fermés sévères du thorax avec une incidence en baisse du fait de la
généralisation des airbags. Elles sont parfois associées à des contusions myocar-
diques dont la fréquence est largement sous-estimée. Les fractures du sternum
peuvent être isolées dans les traumatismes de moyenne importance.
Diagnostic positif
Les clichés standard du sternum de profil montrent en règle les fractures transver-
sales ; en revanche, les fractures longitudinales sont sous-estimées sur les radiogra-
phies conventionnelles, alors que la TDM permet de bien visualiser une solution de
continuité sagittale.
Pièges diagnostiques
Les difficultés diagnostiques dans les fractures du sternum dépendent de l'orientation
de la fracture : les fractures transversales sont sous-estimées en TDM, les fractures lon-
gitudinales sont méconnues sur les radiographies conventionnelles. Les fractures du
sternum représentent la première cause d'hémomédiastin antérieur, à distinguer d'un
hémomédiastin péri-aortique car séparé de l'aorte par un liseré graisseux.
Résultats de l'imagerie 413
Les fausses images de fractures sont dues à un sternum bipartite ou à des artéfacts
respiratoires avec répétition des images artéfactuelles au niveau du revêtement
cutané antérieur.
TRAUMATISME PLEURAL
Pneumothorax
Les pneumothorax surviennent dans 30 à 40 % des traumatismes fermés du thorax.
L'air provient le plus souvent d'une perforation du parenchyme pulmonaire suite à
une fracture de côte, mais peut survenir par rupture d'un espace aérien fermé suite
à l'augmentation de la pression intrathoracique. Un pneumothorax peut également
être la conséquence d'un pneumomédiastin, le passage de l'air dans la cavité pleu-
rale témoignant alors d'une lésion de la plèvre médiastinale, alors qu'un pneumo-
médiastin ne peut pas être la conséquence d'un pneumothorax. Le plus souvent,
l'association d'un pneumothorax et d'un pneumomédiastin résulte d'une rupture
d'alvéoles par hyperpression associée à des lésions de la plèvre viscérale (figure 30.1).
Figure 30.1.
Association d'un pneumothorax, d'un pneumomédiastin et d'un emphysème sous-
cutané important.
414 Traumatisme du thorax
Diagnostic positif
Le diagnostic de pneumothorax est classiquement fait sur la radiographie de thorax,
l'air intrapleural se collectant en dehors du poumon et vers le haut si le patient est
debout ou au niveau des culs-de-sac costodiaphragmatiques antérieurs s'il est cou-
ché. En réalité, chez le patient en décubitus, les pneumothorax sont souvent mécon-
nus lorsqu'ils sont de petit volume, en particulier sur le cliché de face. L'échographie
a des performances supérieures à la radiographie de thorax. La TDM reste l'examen
de référence, avec une fiabilité parfaite ; elle permet de diagnostiquer des pneumo-
thorax peu abondants ou cloisonnés (figure 30.2).
Figure 30.2.
Pneumothorax cloisonné droit siégeant entre la plèvre médiastinale et viscérale.
Noter également le pneumopéritoine périhépatique associé, conséquence d'une désinsertion
de fibres diaphragmatiques périphériques ayant permis la diffusion du pneumothorax.
Pièges diagnostiques
Les pneumothorax de petite abondance ou de siège atypique du fait d'adhérences
pleurales sont souvent méconnus sur la radiographie du thorax.
Résultats de l'imagerie 415
Hémothorax
L'hémothorax est une lésion fréquente retrouvée dans plus de 30 % des trauma-
tismes graves du thorax. Il peut être la conséquence d'une lésion de la plèvre vis-
cérale associée à une contusion du parenchyme pulmonaire, d'une lésion de la
plèvre pariétale associée à une fracture de côte (figure 30.3), d'une lésion des gros
vaisseaux du médiastin ou des artères thoraciques internes, d'une lésion hépatique
ou splénique en cas de rupture diaphragmatique. Le saignement est le plus sou-
vent d'origine veineuse, à basse pression, et d'évolution favorable sous drainage.
Figure 30.3.
Hémothorax gauche sur fracture costale très déplacée avec esquille osseuse
intrapleurale.
416 Traumatisme du thorax
Diagnostic positif
Le diagnostic d'épanchement pleural liquidien est classiquement fait sur la radiogra-
phie du thorax, d'interprétation facile si le cliché a été réalisé debout, et qui montre
alors une opacité basale à limite supérieure concave vers le haut. Le diagnostic d'un
épanchement pleural chez un patient en décubitus dorsal est difficile, en particulier
s'il est de petite abondance.
L'échographie est un examen facile, rapide et performant, réalisable en préhospita-
lier ; elle permet de guider la pose d'un drain pleural.
La TDM permet de distinguer formellement un épanchement pleural d'une lésion
parenchymateuse et de préciser la topographie d'un épanchement enkysté afin
d'orienter un geste thérapeutique. Elle peut visualiser au sein de l'hémothorax de
densité entre 30 et 50 UH des plages encore plus denses traduisant un caillotage de
l'hémothorax, qui diminue l'efficacité du drainage pleural.
Pièges diagnostiques
La réalisation du cliché de thorax de face chez un patient en décubitus dorsal expose
à de nombreux faux diagnostics positifs d'épanchement pleural :
■ un effacement d'une ligne para-aortique peut avoir une origine parenchymateuse ;
■ la non-visualisation d'une coupole peut être due à une absence de tangence
pulmonaire ou à une hypertrophie de la graisse péridiaphragmatique ;
■ une asymétrie de transparence pulmonaire peut être en rapport avec une
lésion parenchymateuse pulmonaire, un hématome pariétal (extrapleural), un
pneumothorax controlatéral, ou une projection asymétrique des seins.
Lorsqu'un épanchement pleural apparaît plus de 48 heures après le traumatisme, il
faut évoquer un chylothorax, témoignant d'une rupture du canal thoracique avec
initialement formation d'un chylomédiastin qui rompt la plèvre médiastinale, habi-
tuellement à droite. La ponction de ces chylothorax révèle un aspect caractéristique
chez les patients normalement nutris, mais montre un liquide clair chez les patients
en alimentation parentérale ; la cytochimie du liquide pleural permet alors de faire le
diagnostic de chylothorax.
Contusion pulmonaire
Complication la plus fréquente des traumatismes pulmonaires, les contusions
pulmonaires correspondent à des alvéolites hémorragiques (équivalent de
« bleus »).
Leur cinétique est caractéristique :
■ elles sont visibles dès le traumatisme ou dans les six premières heures ;
■ elles s'aggravent dans les 24 à 48 premières heures ;
■ elles régressent en une ou deux semaines (figure 30.4).
A B
Figure 30.4.
Contusion pulmonaire du lobe supérieur droit (A).
Noter le respect du parenchyme pulmonaire sous-jacent. Normalisation ad integrum
à J4 (B).
418 Traumatisme du thorax
A B
Figure 30.5.
Contusion pulmonaire étendue du poumon gauche.
Noter la variabilité des lésions du parenchyme pulmonaire allant d'un aspect en verre
dépoli jusqu'à un foyer de condensation pulmonaire et le passage transscissural des
lésions (A). Régression des lésions à une semaine (B).
Lacération pulmonaire
Les lacérations pulmonaires correspondant à des destructions d'alvéoles avec consti-
tution de cavités rondes ou ovoïdes, fermées, emplies de sang (hématocèle), ou d'air
(pneumatocèle), plus ou moins associées (hématopneumatocèle). Leur diagnostic
différentiel est la bulle d'emphysème.
Résultats de l'imagerie 419
Figure 30.6.
Inhalation avec syndrome de condensation pulmonaire systématisée à droite.
TRAUMATISME DU MÉDIASTIN
Ruptures trachéobronchiques
Les ruptures trachéobronchiques sont rares mais graves, avec une mortalité estimée
à 30 %. Dans les traumatismes fermés, elles siègent le plus souvent sur la partie dis-
tale de la trachée ou sur la partie proximale de la bronche souche droite, à moins de
2 cm de la carène, alors que dans les traumatismes ouverts, elles siègent sur la trachée
cervicale. Elles entraînent un pneumomédiastin et/ou un emphysème sous-cutané.
Diagnostic positif
L'imagerie recherche :
■ un pneumomédiastin, un pneumothorax et des signes d'emphysème sous-
cutané. L'apparition ou l'aggravation de ces signes sous ventilation assistée est
très évocatrice de rupture trachéobronchique ;
■ une atélectasie ou la chute d'un segment pulmonaire collabé, détaché de la trachée ;
■ une déviation de la sonde d'intubation ou une hernie du ballonnet de la sonde
d'intubation au travers d'un défect pariétal ;
420 Traumatisme du thorax
A B
Figure 30.7.
Rupture trachéale large (flèche) avec pneumomédiastin (A).
Noter la diffusion du pneumomédiastin à l'étage abdominal
avec un rétropneumopéritoine (B).
Pièges diagnostiques
Le diagnostic de rupture trachéobronchique est relativement difficile par l'imagerie car
la lésion traumatique n'est pas directement visualisée. Le pneumomédiastin est le signe
indirect le plus sensible ; cependant, il est très peu spécifique puisqu'il existe d'autres
causes de pneumomédiastin traumatique (tableau 30.1), parmi lesquelles dominent les
ruptures alvéolaires avec diffusion de l'air le long de l'arbre bronchovasculaire (figure 30.8).
Tableau 30.1.
Causes des pneumomédiastins.
Causes thoraciques
– Médiastin : rupture trachéale, rupture bronchique, rupture œsophagienne ;
– Parenchyme pulmonaire : rupture d'alvéoles par hyperpression intra-alvéolaire (effort à glotte
fermée) avec diffusion de l'air le long des gaines vasculaires
– paroi thoracique : diffusion d'un emphysème pariétal, quelle que soit son origine
Le passage aérique direct de la cavité pleurale vers le médiastin est impossible sans brèche pleurale.
Causes extrathoraciques
– Cou et face : rupture laryngée, trachéale, etc., plaies du cou, traumatismes faciaux avec
emphysème sous-cutané (traumatisme des sinus). L'air transite des espaces celluleux du cou
vers le médiastin par l'orifice thoracique supérieur
– Rétropéritoine : rupture rétropéritonéale d'un organe creux digestif accolé (duodénum,
côlon) ou sous-péritonéal (rectum). L'air diffuse à travers les orifices diaphragmatiques.
Résultats de l'imagerie 421
A B
Figure 30.8.
A, B. Association d'un pneumomédiastin abondant, d'un pneumothorax gauche peu
abondant, d'une bulle d'air périphérique et d'un emphysème sous-cutané.
Ruptures œsophagiennes
Les ruptures œsophagiennes dans les traumatismes fermés sont exceptionnelles ;
elles compliquent le plus souvent le passage d'un corps étranger alimentaire, ou
sont d'origine iatrogène. Elles siègent au niveau de l'œsophage cervical et thora-
cique haut, ou au niveau du hiatus œsophagien. Le traitement est une urgence pour
éviter l'évolution vers la médiastinite.
Habituellement, les ruptures œsophagiennes entraînent un pneumomédiastin (pré-
sent dans 75 % des cas) et un hémomédiastin.
De façon plus rare, peuvent être visualisés un pneumothorax, un hémo- ou un pyo-
pneumothorax par rupture associée de la plèvre médiastinale, voire un pneumo
péricarde par rupture du péricarde.
Certains signes plus évocateurs d'une rupture œsophagienne doivent être
recherchés :
■ épaississement de la paroi œsophagienne ;
■ discontinuité de la paroi œsophagienne ;
■ collections médiastinales en rapport avec une médiastinite ;
■ fuite extra-œsophagienne de produit de contraste (hydrosoluble) ingéré, qui
est le meilleur test diagnostique.
422 Traumatisme du thorax
Diagnostic positif
Tomodensitométrie
La TDM est maintenant l'examen diagnostique de base dans la prise en charge d'un
traumatisé du thorax, grave ou potentiellement grave du fait de la suspicion d'une
lésion aortique. Elle visualise :
■ un hémomédiastin au niveau du médiastin moyen, au contact de l'aorte
(figure 30.9A) ;
■ des signes directs des lésions traumatiques aortiques :
image hypodense, polypoïde ou linéaire intraluminale ;
●
hématome intramural ;
●
pseudo-anévrisme localisé.
●
A B
Figure 30.9.
Hémomédiastin abondant en rapport avec une rupture isthmique chez deux patients
différents.
A. Hémomédiastin au niveau du médiastin moyen, au contact de l'aorte. B. Irrégularité
du contour aortique.
A B
Figure 30.10.
A, B. Rupture isthmique avec image d'addition péri-isthmique (flèche).
Hémomédiastin localisé péri-aortique.
Échographie endo-œsophagienne
L'échographie endo-œsophagienne est réalisée en deuxième intention en cas de
doute après la TDM. Elle retrouve également de façon fiable les signes indirects et
directs de rupture isthmique de l'aorte.
Pièges diagnostiques
Interprétation d'un hémomédiastin
Dans 80 % des cas, un hémomédiastin dans un contexte traumatique n'est pas
dû à une lésion aortique. Un hémomédiastin de siège antérieur est souvent en
rapport avec une fracture du sternum, et de siège postérieur avec une fracture
du rachis. Un hémomédiastin limité à la partie supérieure du thorax et se pro-
longeant vers le cou doit faire rechercher une lésion des vaisseaux sous-claviers.
Même lorsqu'il n'existe pas de cause sternale ou vertébrale à un hémomédiastin
et que celui-ci est localisé autour de l'aorte, le saignement peut ne pas être d'ori-
gine aortique (vaisseaux azygos, intercostaux ou petites veines du médiastin).
424 Traumatisme du thorax
Tableau 30.2.
Traitement des lésions traumatiques isthmiques aortiques.
Lésion Traitement
Lacération intimo-médiale Suivi TDM rapproché + contrôle
ou hématome mural tensionnel strict
Rupture isthmique sous-adventitielle Endoprothèse couverte dans les 24 heures
Rupture complète Endoprothèse couverte ou chirurgie
en urgence
Diagnostic positif
Les contusions myocardiques n'ont habituellement ni traduction clinique, ni traduc-
tion en imagerie. Leur diagnostic est porté sur un faisceau d'arguments électrocar-
diographiques, biologiques et échocardiographiques.
Résultats de l'imagerie 425
Les signes d'imagerie qui peuvent orienter vers une lésion cardiaque ou péricar-
dique sont l'hémopéricarde, le pneumopéricarde ou les signes de tamponnade qui
entraîne une augmentation brutale de la pression veineuse.
Dans la lésion rare qu'est la luxation cardiaque conséquence d'une rupture péricar-
dique, il existe des signes TDM évocateurs (figure 30.11) :
■ grand axe du cœur horizontal ;
■ apex cardiaque ascensionné ;
■ rotation horaire du septum avec orientation transverse.
A B
Figure 30.11.
A, B. Luxation cardiaque conséquence d'une rupture péricardique.
Noter l'horizontalisation du cœur et le pneumopéricarde (B).
Pièges diagnostiques
La signification lésionnelle d'un hémopéricarde ou d'un pneumopéricarde n'est pas
univoque.
■ Un hémopéricarde, à ne pas confondre avec un hémomédiastin antérieur,
peut témoigner de la rupture d'une paroi ventriculaire ou auriculaire, d'une lésion
vasculaire, notamment de l'aorte ascendante à son origine, ou de la diffusion d'un
hémomédiastin.
■ Un pneumopéricarde, à ne pas confondre avec un pneumomédiastin
(voir figure 30.8B) et reconnaissable par sa limite convexe antérieure (voir
figure 30.11), peut témoigner de la communication du péricarde avec le
parenchyme pulmonaire, avec la plèvre s'il existe un pneumothorax, ou être
en rapport avec une exceptionnelle fistule œsopéricardique ou trachéopé-
ricardique. Il peut également être dû à la migration d'un pneumomédiastin
dans le péricarde le long des vaisseaux pulmonaires. Enfin, une clarté diges-
tive intrapéricardique témoignant d'une hernie digestive intrapéricardique
compliquant une rupture de la partie centrale du diaphragme ne doit pas
être confondue avec un pneumopéricarde.
426 Traumatisme du thorax
TRAUMATISME DIAPHRAGMATIQUE
Les ruptures diaphragmatiques compliquent moins de 5 % des traumatismes graves
fermés du thorax. Elles siègent trois fois plus souvent à gauche qu'à droite et siègent
soit au niveau du dôme, soit en postérolatéral entre les insertions lombaires et cos-
tales du diaphragme ; le plus souvent, la rupture s'étend sur plus de 5 cm de longueur.
Diagnostic positif
Radiographie standard du thorax
La radiographie standard du thorax, positive dans moins d'un cas sur deux, recherchera :
■ une structure digestive le plus souvent gastrique de siège intrathoracique avec
un rétrécissement du segment digestif au niveau de son passage dans l'orifice
diaphragmatique traumatique ;
■ une position intrathoracique de l'extrémité de la sonde gastrique avec un tra-
jet en J inversé ;
■ un aspect en champignon en cas de hernie du dôme hépatique.
Scanner
Le scanner a d'excellentes performances grâce aux reconstructions coronales et
sagittales. Il visualise plus facilement :
■ la position sus-diaphragmatique du tube digestif ou de l'épiploon avec un
rétrécissement localisé d'un segment digestif au niveau de son passage trans-
diaphragmatique, donnant le signe du collet (figure 30.12) ;
■ l'organe hernié au contact de la paroi thoracique (signe de la chute) ;
■ une solution de continuité du diaphragme, avec des berges souvent épaissies ;
■ un hématome diaphragmatique (figure 30.13) ;
■ la diffusion d'un pneumothorax à la cavité péritonéale (voir figure 30.2).
Échographie et IRM
L'échographie a des performances médiocres et l'IRM a un abord multiplanaire inté-
ressant, mais est supplantée par la bonne résolution spatiale des reconstructions
permises par le scanner.
Résultats de l'imagerie 427
Figure 30.12.
Rupture diaphragmatique gauche avec passage transthoracique de l'estomac et signe
du collet (flèche).
A B
Figure 30.13.
Rupture diaphragmatique droite avec ascension hépatique (A) et épaississement
du pilier droit du diaphragme (B) en rapport avec un hématome.
La discontinuité du diaphragme n'était pas directement visualisée, mais la rupture
diaphragmatique droite a été confirmée à la chirurgie.
Pièges diagnostiques
L'identification de clartés digestives dans le thorax sur une radiographie de tho-
rax pose en règle peu de problèmes diagnostiques. Ces clartés peuvent cepen-
dant ne pas être visualisées du fait de lésions pulmonaires ou pleurales associées.
Surtout, souvent, il n'existe pas de façon nette de clartés digestives en position
sus-diaphragmatique sur la radiographie du thorax ; le diagnostic est évoqué sur des
428 Traumatisme du thorax
31
Traumatisme crânien
PLAN DU CHAPITRE
■ RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
■ TECHNIQUES D'IMAGERIE
• Tomodensitométrie
• IRM
■ RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
• Lésions extra-axiales
• Lésions intra-axiales
• Lésions secondaires
• Lésions osseuses : fractures de la voûte crânienne
• Stratégie diagnostique
RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
Les lésions intracérébrales représentent la première cause de décès en rapport avec
un traumatisme (plus de la moitié des cas). Les accidents de la circulation sont res-
ponsables de 70 % des traumatismes crâniens, les chutes étant la deuxième cause.
Elles résultent de deux principaux types de mécanismes :
■ coup/contre coup, directement lié au choc : le cerveau, masse viscogélatineuse
contenue dans une boîte crânienne osseuse inexpansible, vient s'écraser sur le
site d'impact et a tendance à se détacher du site diamétralement opposé. Lors
du retour à l'équilibre, il revient s'écraser sur la boîte crânienne à l'opposé du site
d'impact en s'éloignant du point de choc. Ainsi, les lésions sont doubles, situées
en diagonale par rapport au point d'impact (figure 31.1). Ce type de mécanisme
engendre :
●
au niveau du « coup » : des fractures osseuses, un hématome extradu-
ral (HED), une hémorragie sous-arachnoïdienne (HSA) et des contusions
parenchymateuses ;
●
au niveau du « contre-coup » : une HSA, un hématome sous-dural (HSD) et
des contusions plutôt pétéchiales.
Figure 31.1.
Schéma illustrant le mécanisme de coup/contre-coup.
Figure 31.2.
Schéma illustrant le mécanisme de cisaillement.
TECHNIQUES D'IMAGERIE
TOMODENSITOMÉTRIE
La tomodensitométrie (TDM), sans injection, est l'examen de référence dans le bilan
des traumatismes crâniens, dont elle a modifié la prise en charge depuis maintenant
de nombreuses années. La technique de réalisation est bien codifiée.
Les indications seront détaillées dans le paragraphe « Stratégie diagnostique ».
IRM
Les corrélations de l'IRM avec les lésions traumatiques macroscopiques intra-
cérébrales sont très supérieures à celles du scanner. L'IRM est plus performante
que le scanner dans le diagnostic des lésions axonales, des lésions corti-
cales en particulier non hémorragiques et dans la cartographie des lésions
sous-tentorielles.
434 Traumatisme crânien
RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
LÉSIONS EXTRA-AXIALES
Hématome extradural
Diagnostic positif
Il s'agit d'une collection hématique localisée dans l'espace épidural entre la table
interne de la voûte crânienne et le feuillet externe de la dure-mère, d'origine plus
souvent artérielle (près de 90 % des cas) que veineuse. L'HED résulte d'un méca-
nisme direct avec fracture associée de la voûte dans 80 à 90 % des cas.
L'image typique est celle d'une collection péricérébrale spontanément hyperdense,
en lentille biconvexe, homogène, temporale ou temporopariétale en regard du
site d'impact, avec fracture de la voûte et hématome sous-cutané au contact
(figures 31.3 et 31.4).
Figure 31.3.
Hématome extradural typique : hyperdensité spontanée en forme de lentille biconvexe.
Résultats de l'imagerie 435
Figure 31.4.
Fracture de la voûte crânienne pariétale droite en regard du point d'impact
et de l'hématome extradural.
Un HED ne franchit pas les sutures, sauf s'il existe une fracture ou un diasta-
sis de celles-ci ; mais étant en situation extradurale, il peut franchir les sinus
veineux.
Les HED d'origine veineuse (environ 10 % des cas) siègent préférentiellement au
niveau du vertex par plaie du sinus longitudinal supérieur ou au niveau de la fosse
postérieure par plaie du sinus transverse.
Un HED est associé dans 30 à 50 % des cas à des lésions de « contre-coup »
(contusions,
HSD, etc.) qu'il conviendra de rechercher.
Impact thérapeutique
Un HED reste une urgence neurochirurgicale dans la majorité des cas. Le pro-
nostic dépend de la rapidité du diagnostic et du traitement (environ 5 % de
mortalité au total). Néanmoins, un traitement conservateur est possible dans
certaines conditions (moins de 1,5 cm d'épaisseur, situé dans les convexités, sans
effet de masse et asymptomatique) imposant une surveillance stricte en milieu
neurochirurgical.
Hématome sous-dural
Les HSD sont plus fréquents que les HED. Il s'agit d'une collection hématique locali-
sée entre la table interne de la dure-mère et l'arachnoïde.
L'HSD a une origine veineuse et résulte d'un mécanisme soit par impact direct, soit
plus fréquemment par mécanisme d'accélération/décélération.
Il est favorisé par l'élargissement des espaces péricérébraux (physiologique chez les
nouveau-nés, par atrophie chez les patients éthyliques chroniques et les personnes
âgées) qui met en tension les « veines-pont » et favorise leur rupture.
Diagnostic positif
Il s'agit d'une collection péricérébrale spontanément hyperdense, en croissant,
concave en dedans, bien limitée, homogène avec extension antéropostérieure au
niveau d'une convexité hémisphérique (figure 31.5). L'hyperdensité ne s'insinue ni
dans les sillons, ni dans les citernes. L'HSD peut franchir les sutures mais pas les sinus
veineux.
Il existe une association lésionnelle dans plus de 70 % des cas avec une hémorragie
sous-arachnoïdienne, des lésions axonales diffuses ou des contusions parenchyma-
teuses qui conditionnent le pronostic.
Figure 31.5.
Hématome sous-dural typique : collection péricérébrale hyperdense en forme de croissant.
Figure 31.6.
Hématome sous-dural de la convexité droite pouvant être manqué sur ce fenêtrage
inadapté, se confondant avec la voûte crânienne.
438 Traumatisme crânien
Figure 31.7.
Même patient : l'hématome sous-dural est aisément détecté grâce au fenêtrage adapté
(W 150 UH ; L 70 UH).
Figure 31.8.
Hématome sous-dural de la faux du cerveau : épaississement asymétrique hyperdense
de la faux.
Résultats de l'imagerie 439
Figure 31.9.
Hématome sous-dural du clivus.
Diagnostic différentiel
Le diagnostic différentiel entre HED et HSD est indiqué dans le tableau 31.1.
Tableau 31.1.
Diagnostic différentiel entre hématome extradural (HED) et hématome sous-dural (HSD).
HED HSD
Lentille hyperdense biconvexe Lentille hyperdense convexo-concave
Limité Étendu
Homogène Parfois hétérogène
Extension craniocaudale Extension antéropostérieure
Extension antéropostérieure limitée par suture
Franchit la faux et la tente mais Ne franchit pas la faux ni la tente, franchit
pas les sutures les sutures
Unilatéral Uni- ou bilatéral
Origine artérielle +++ Origine veineuse +++
Souvent associé à une fracture Souvent associé à une HSA ou une contusion
Intervalle libre
440 Traumatisme crânien
Impact thérapeutique
L'HSD est une urgence neurochirurgicale en théorie si son épaisseur est supérieure
à 5 mm avec déplacement de la ligne médiane de plus de 5 mm. En pratique, l'indi-
cation chirurgicale est posée essentiellement en présence d'un engagement quelle
que soit l'épaisseur de l'HSD.
Hémorragie sous-arachnoïdienne
L'HSA correspond à la présence de sang dans les espaces sous-arachnoïdiens,
entre la pie-mère et l'arachnoïde, liée à la rupture d'artères cortico-pie-mériennes.
C'est une lésion très fréquente (présente dans environ 35 à 60 % des traumatismes
crâniens et presque 100 % lors des autopsies post-traumatiques), isolée ou plus sou-
vent en association avec des HSD, des contusions et/ou des fractures.
Diagnostic positif
L'HSA se traduit par une hyperdensité spontanée dans les espaces sous-
arachnoïdiens : sillons corticaux et citernes de la base (figure 31.10).
L'HSA peut être d'abondance variable. Si elle est de faible abondance, il faut la recher-
cher préférentiellement dans la citerne interpédonculaire (figure 31.11).
Figure 31.10.
Hémorragie sous-arachnoïdienne post-traumatique de petite abondance, au niveau d'un
sillon cortical frontal droit.
Résultats de l'imagerie 441
Figure 31.11.
Toujours vérifier la citerne interpédonculaire pour détecter une hémorragie sous-
arachnoïdienne de faible abondance.
Diagnostic différentiel
■ Calcifications vasculaires corticales.
■ HSD : ils sont plus épais, d'où l'intérêt des reconstructions coronales.
■ Contusion corticale sous-piale : il existe alors une hypodensité sous-corticale
au contact de l'hyperdensité corticale en rapport avec un œdème sous-lésionnel
témoignant de la topographie parenchymateuse de l'hyperdensité (figure 31.12).
■ HSA non traumatique (figure 31.13) : y penser si l'histoire clinique est atypique
et/ou si l'HSA siège essentiellement dans les citernes de la base, ou au niveau
442 Traumatisme crânien
Figure 31.12.
Contusion sous-piale frontale droite.
Le diagnostic différentiel avec l'hémorragie sous-arachnoïdienne se fait grâce
à l'hypodensité périlésionnelle, témoignant du caractère intraparenchymateux.
Figure 31.13.
Hémorragie sous-arachnoïdienne diffuse des citernes de la base, devant faire rechercher
une origine anévrismale.
Résultats de l'imagerie 443
Impact thérapeutique
La présence d'une HSA aggrave le pronostic. Si le saignement est abondant, il existe
un risque d'hydrocéphalie communicante par anomalie de résorption du LCR. Les
risques d'ischémie par vasospasme sont quant à eux très faibles mais mal connus ;
les chiffres rapportés dans la littérature sont très variables et dépendent vraisembla-
blement de l'importance de l'HSA. Le traitement est médical.
Hémorragie intraventriculaire
Une hémorragie intraventriculaire (HIV) peut résulter de trois mécanismes isolés ou
associés :
■ par contamination hématique d'un hématome périventriculaire ;
■ secondaire à une HSA ;
■ par cisaillement des veines sous-épendymaires.
Diagnostic positif
L'HIV se traduit par une hyperdensité spontanée dans les cavités ventriculaires. Cette
hémorragie peut prendre plusieurs aspects :
■ en présence de caillotage, cette hyperdensité est bien limitée, « moulant » les
cavités ventriculaires, et souvent asymétrique (figure 31.14) ;
■ en l'absence de caillotage, il existe rapidement une sédimentation avec niveau
liquide-liquide dans les régions déclives des ventricules : cornes occipitales
(figure 31.15).
Figure 31.14. Figure 31.15.
Caillot intraventriculaire. Hémorragie intraventriculaire de petite
abondance.
Sédimentation au niveau des cornes
occipitales.
444 Traumatisme crânien
Impact thérapeutique
Tout comme l'HSA, l'HIV aggrave le pronostic. Il existe un risque d'hydrocéphalie
soit non communicante par obstruction de l'aqueduc du mésencéphale, d'un fora-
men de Monro ou de Magendie par un caillot, soit communicante par trouble de la
résorption du LCR, soit d'origine mixte.
LÉSIONS INTRA-AXIALES
Contusion corticale
Une contusion corticale est une lésion traumatique du parenchyme (cortex) superfi-
ciel. Elle est très fréquente, présente chez près de la moitié des traumatisés crâniens.
Diagnostic positif
Dans plus de 50 % des cas, ce sont des lésions d'emblée hémorragiques, confluentes,
volontiers bilatérales, de topographie corticale avec extension à la substance blanche
sous-jacente et accompagnées d'une hypodensité (œdème) périlésionnelle.
Elles peuvent se présenter comme un ou plusieurs foyers d'hyperdensités puncti-
formes (pétéchiales) corticales (figure 31.16), ou linéaires gyriformes avec hypoden-
sité sous-corticale au contact (figure 31.17). Les contusions peuvent aussi se présenter
initialement par une plage hypodense d'œdème sans hémorragie (figure 31.18). Les
examens de contrôle permettront de démasquer ces lésions soit par majoration de
l'intensité de l'hypodensité, soit par apparition d'une hémorragie intralésionnelle
non présente sur l'examen initial (20 % des cas).
Diagnostic différentiel
■ AVC ischémique versus contusion œdémateuse (ou AVC hémorragique versus
contusion hémorragique) : les plages de contusions n'ont pas de systématisation
vasculaire et sont souvent bilatérales.
■ HSA localisée versus contusion pétéchiale : la contusion est en général plus
épaisse que l'HSA et elle s'accompagne d'un œdème sous-cortical témoignant
de son origine intra-axiale.
Résultats de l'imagerie 445
Figure 31.16.
Contusions hémorragiques pétéchiales frontales bilatérales.
Figure 31.17. Figure 31.18.
Contusions corticales frontales droites. Contusions de présentation essentiellement
œdémateuse temporales bilatérales.
Impact thérapeutique
Ces lésions ont un impact plus sur la morbidité (environ 25 % de séquelles) que
sur la mortalité (environ 10 % de décès). Le but de la prise en charge est d'éviter
les complications secondaires avec monitorage de la pression intracrânienne et
lutte contre l'hypertension intracrânienne (HTIC ; mesures anti-œdémateuses ++).
L'évolution se fait vers une plage d'encéphalomalacie (gliose) avec perte de volume
parenchymateux et risque d'épilepsie ultérieure.
446 Traumatisme crânien
Figure 31.19.
Coupe IRM coronale T2.
Illustration de l'extension craniocaudale des lésions axonales diffuses selon la violence
du traumatisme. SB-SG : substance blanche-substance grise.
Résultats de l'imagerie 447
Figure 31.20. Figure 31.21.
Lésions axonales diffuses. Lésions axonales diffuses.
Pétéchie ovoïde, sans œdème Pétéchie ovoïde, sans œdème
périlésionnel, de la corona radiata droite. périlésionnel, du corps du corps calleux.
Figure 31.22. Figure 31.23.
TDM en coupe axiale. IRM pondérée en T2 écho de gradient
Pas de lésion visible. montrant de multiples lésions en
hyposignal à la jonction substance
blanche-substance grise en rapport avec
des lésions axonales diffuses.
448 Traumatisme crânien
Impact thérapeutique
Il n'existe pas de traitement spécifique. Ces lésions ont un impact pronostique, en
fonction du nombre de lésions, avec une gravité croissante des lésions de la super-
ficie vers la profondeur.
Il existe des séquelles dans près de 90 % des cas (du simple trouble cognitif à l'état
végétatif ).
Hématomes profonds
Les hématomes profonds représentent environ 5 % des lésions intra-axiales primi-
tives. Ce sont des hématomes siégeant au niveau des noyaux gris centraux (thala-
mus, noyaux lenticulaires, noyau caudé) et/ou de la substance blanche profonde
(régions frontotemporales ++).
Ces hématomes sont secondaires à un mécanisme violent (cisaillement ++) et sont
souvent associés à des lésions intra- et extra-axiales.
Diagnostic positif
C'est une lésion nodulaire, hyperdense, au sein des noyaux gris centraux ou de la
substance blanche profonde avec couronne d'œdème exerçant plus ou moins d'ef-
fet de masse sur les structures adjacentes (figure 31.24).
Figure 31.24.
Hématome profond lenticulaire gauche.
Résultats de l'imagerie 449
Diagnostic différentiel
Hématome d'une autre origine : HTA (hématome plutôt profond des régions puta-
minale et thalamique), angiopathie amyloïde et malformation artérioveineuse
(hématome plutôt lobaire), cavernome, anévrisme, thrombose veineuse (hématome
plutôt sous-cortical sans systématisation artérielle), tumeur hémorragique, etc.
Impact thérapeutique
Toujours témoins d'un mécanisme violent, ces hématomes ont un pronostic variable.
Une prise en charge chirurgicale se discute au cas par cas.
Figure 31.25.
Lésion hémorragique au niveau de la partie postérieure du mésencéphale typique d'une
lésion axonale diffuse et de très mauvais pronostic.
450 Traumatisme crânien
LÉSIONS SECONDAIRES
Engagements cérébraux
Les engagements résultent d'un processus occupant expansif intracérébral
au sein d'une voûte crânienne inextensible ; les structures encéphaliques
vont donc se déplacer vers les orifices de communication des différents sec-
teurs intracrâniens, c'est-à-dire les citernes, les foramens (foramen magnum,
tente du cervelet) voire en extracérébral s'il existe une perte de substance
osseuse.
Les risques liés à l'engagement peuvent être d'ordre ischémique (par compres-
sion des structures artérielles ou parenchymateuses) ou liées à une hydrocéphalie
secondaire.
Il n'existe pas de diagnostic différentiel et le pronostic est lié à la rapidité de la prise
en charge des lésions causales.
Figure 31.26.
Engagement sous-falcique avec hématome extradural pariétal droit avec déplacement
du septum interventriculaire (flèche) vers la gauche par rapport à la ligne médiane (ligne
pleine) tracée entre les insertions antérieures et postérieures (lignes pointillées) de la
faux du cerveau. Il s'agit donc d'un engagement sous-falcique droit-gauche.
Figure 31.27.
Lésion hémorragique hémisphérique droite avec engagement sous-falcique
et hydrocéphalie d'exclusion.
Noter la hernie de parenchyme hémisphérique droit (ligne pointillée) sous la faux
du cerveau (flèche).
452 Traumatisme crânien
Figure 31.28.
Schéma illustrant le mécanisme de bâillement de la citerne ambiante avec protrusion de
l'uncus de l'hippocampe à travers la tente du cervelet (TC, flèche droite) responsable d'une
compression des espaces liquidiens périmésencéphaliques homolatéraux venant se déverser
dans la citerne ambiante (flèche courbe) engendrant un élargissement de cette dernière.
VL : ventricule latéral.
Figure 31.29.
Contusion temporopolaire gauche avec protrusion de l'uncus de l'hippocampe
(astérisque) à travers l'incisure tentorielle.
Noter le bâillement paradoxal de la citerne ambiante homolatérale (flèche).
Résultats de l'imagerie 453
Figure 31.30.
Engagement diencéphalique avec effacement des citernes périmésencéphaliques
et allongement de l'axe antéropostérieur du mésencéphale (double flèche).
Engagement amygdalien
Cet engagement est secondaire à des lésions de la fosse postérieure ou concomi-
tant d'un engagement diencéphalique. Il correspond à une hernie des amygdales
cérébelleuses à travers le foramen magnum.
Diagnostic TDM : verticalisation des tonsilles oblitérant le foramen magnum sur les
coupes axiales (figure 31.31), avec une protrusion sur une hauteur supérieure ou
égale à 5 mm sur les coupes sagittales (figure 31.32).
454 Traumatisme crânien
Figure 31.31.
Engagement amygdalien avec hernie des amygdales cérébelleuses (flèches) à travers
le foramen magnum.
Figure 31.32.
Hernie des amygdales cérébelleuses sur une hauteur (trait blanc perpendiculaire à l'axe
basion-opisthon) supérieure à 5 mm sur les reconstructions sagittales.
Résultats de l'imagerie 455
Œdème cérébral
C'est la plus redoutée des complications précoces car elle entraîne une augmen-
tation de la pression intracrânienne (PIC) avec risque d'engagement et de lésions
ischémiques associées. Sa présence aggrave considérablement le pronostic. Son
étendue est maximale dans les 24 à 48 premières heures et perdure 1 à 2 semaines.
Diagnostic positif
Les signes permettant d'évoquer ce diagnostic en TDM (figures 31.33 et 31.34)
sont :
■ un effacement des sillons corticaux ;
■ une petite taille des ventricules ;
■ une dédifférenciation substance blanche-substance grise avec hypodensité
globale du parenchyme ;
■ un engagement.
Ces signes d'œdème cérébral peuvent soit être visibles d'emblée sur la TDM, soit
apparaître secondairement selon l'évolution des lésions intracérébrales.
Figure 31.33. Figure 31.34.
Œdème cérébral diffus avec effacement Effacement des citernes de la base.
des sillons corticaux et dédifférenciation
substance blanche-substance grise.
Les ventricules sont de petite taille de manière normale chez les enfants et les adoles-
cents, donc attention aux diagnostics abusifs d'œdème cérébral chez les jeunes patients.
Impact thérapeutique
Le diagnostic positif est posé par la mesure directe de la pression intracrânienne
(PIC). Celle-ci est corrélée au taux de mortalité des traumatisés crâniens.
Ischémie cérébrale
Les mécanismes lésionnels sont multiples. L'ischémie cérébrale peut ainsi résulter :
■ d'une compression artérielle directe soit secondaire à un engagement, soit par
un hématome volumineux ;
■ d'un obstacle au retour veineux (ischémie veineuse) ;
■ d'une hypoperfusion systémique (ischémie dans les territoires jonctionnels) ;
■ d'un vasospasme en cas de HSA de volume important ;
■ d'une lésion vasculaire des axes cervico-encéphaliques (embole).
Elle est présente dans 90 % des traumatismes crâniens fatals.
Diagnostic positif
Le diagnostic TDM est identique aux lésions ischémiques non traumatiques, à savoir
dédifférenciation substance blanche-substance grise (SB-SG), effacement des sillons
corticaux aboutissant à une plage d'hypodensité systématisée à un territoire vascu-
laire (figure 31.35).
Figure 31.35.
Polytraumatisé, engagement diencéphalique sur la TDM initiale.
Après évacuation chirurgicale des hématomes sus-tentoriels, apparition d'une ischémie
dans le territoire cérébral choroïdien antérieur à droite.
Résultats de l'imagerie 457
Impact thérapeutique
Le but du traitement est d'éviter la survenue de ce genre de complication qui génère
beaucoup de séquelles fonctionnelles à long terme. Il faut donc rapidement traiter
les lésions initiales et assurer un monitorage de la PIC et de la perfusion cérébrale de
manière optimale.
Lésions artérielles
Dissections carotidiennes ou vertébrales
Figure 31.36.
Dissection focale de la carotide interne gauche sur fracture de la base du crâne.
Réduction de la lumière circulante de la carotide interne gauche (tête de flèche)
au contact de l'esquille traduisant une dissection focale.
Figure 31.37.
Fracture de l'étage moyen de la base du crâne avec hémosinus sphénoïdal (astérisque)
et fracture du canal carotidien gauche (flèche) avec esquille osseuse intracanalaire.
Résultats de l'imagerie 459
Diagnostic positif
Les signes en faveur d'une dissection artérielle sont :
■ une augmentation du calibre total de l'artère avec diminution de la lumière
circulante par épaississement pariétal circonférentiel (figure 31.38) ;
■ un flap intimal inconstant correspondant à un défect linéaire intraluminal ;
■ une sténose effilée/fusiforme due à un hématome mural, débutant à quelques
centimètres du bulbe et s'étendant jusqu'en intrapétreux (mode de révélation
fréquent) (figure 31.39) ;
■ une occlusion complète dans environ 20 % des cas ;
■ un pseudo-anévrisme : dissection anévrismale surtout localisée dans le seg-
ment sous-pétreux.
Compte tenu de son potentiel emboligène, toute dissection peut s'accompagner
de lésions ischémiques intracérébrales qu'il faut attentivement rechercher car elles
aggravent le pronostic fonctionnel et vital. Inversement, toute lésion ischémique
dans un contexte post-traumatique doit alerter le radiologue quant à la possibilité
d'une dissection causale.
Figure 31.38.
Irrégularité de calibre de V2 (tête de flèche) avec diminution de la lumière circulante, en
rapport avec une dissection focale.
460 Traumatisme crânien
A B
Figures 31.39.
Angio-TDM artérielle des vaisseaux du cou en coupes axiale (A) et coronale (B).
Dissection anévrismale carotidienne bilatérale avec sténose longue et effilée réduisant la
lumière circulante (flèches blanches) et dilatation anévrismale d'aval (têtes de flèches noires).
Anévrisme intracrânien
Image typique
Le diagnostic doit être évoqué en présence d'une HSA de volume trop impor-
tant, avec une localisation préférentielle au niveau de la scissure interhémisphé-
rique, d'une vallée sylvienne ou des citernes de la base et contrastant avec un faible
nombre de lésions associées intracérébrales.
Le diagnostic positif est posé au moindre doute par la visualisation d'une image
d'addition vasculaire, en général sacciforme.
Impact thérapeutique
En cas de rupture d'anévrisme, il existe un risque de vasospasme et d'hydrocéphalie
de gravité croissante en fonction de l'importance du saignement. Le traitement est
donc indispensable selon des modalités propres à chaque équipe : traitement par
voie endovasculaire (embolisation) ou chirurgical.
Lésions veineuses
Certaines lésions post-traumatiques sont à risque de thrombose veineuse.
Le diagnostic est évoqué sur une TDM sans injection en présence d'un trait de frac-
ture passant par un sinus veineux, d'autant qu'il existe une hyperdensité spontanée
de ce dernier.
L'angio-TDM veineuse (réalisée à 50 secondes) recherche un défaut d'opacification
total ou partiel d'un sinus veineux (figure 31.40).
462 Traumatisme crânien
A B
Figure 31.40.
TDM non injectée en fenêtrage osseux (A) et angio-TDM veineuse (B).
Fracture-disjonction temporo-occipitale gauche (flèche noire) passant par le foramen
jugulaire (tête de flèche) avec thrombus au sein du sinus sigmoïde et du golfe jugulaire
(flèches blanches).
Diagnostic positif
Cette fracture se présente sous la forme d'un trait bien limité, en « cheveux », sans
sclérose corticale, rompant la corticale interne et externe de l'os avec un hématome
sous-cutané au contact (figure 31.41). Les reconstructions VR permettent de mieux
préciser l'extension et la direction de ces traits de fracture.
Il faut systématiquement rechercher des lésions hémorragiques intracrâniennes en
regard (HED et contusions notamment).
Résultats de l'imagerie 463
Figure 31.41.
Trait de fracture de l'os pariétal droit.
Impact thérapeutique
Il n'existe aucun traitement spécifique ; la prise en charge consiste à traiter les lésions
associées.
Embarrure
Une embarrure est une fracture complexe qui résulte d'un choc violent appliqué sur
une faible surface, avec dépression au niveau du point d'impact et propagation cen-
trifuge de l'onde de choc.
Diagnostic positif
On parle d'embarrure en présence d'un trait de fracture complexe avec déplacement du
(ou des) fragment(s) osseux en dehors ou en dedans de la boîte crânienne (figure 31.42).
La distance du déplacement doit être égale ou supérieure à l'épaisseur de la voûte
crânienne (de la table interne à la table externe).
On parle d'embarrure ouverte lorsqu'il existe une perte de substance cutanée en
regard de la fracture faisant communiquer l'air extérieur avec l'endocrâne via le foyer
fracturaire et alors responsable d'une pneumencéphalie.
Les lésions associées sont fréquentes.
464 Traumatisme crânien
Figure 31.42.
Embarrure postérieure pariéto-occipitale.
Impact thérapeutique
Le traitement est une urgence chirurgicale en présence d'une embarrure ouverte ou
d'une embarrure fermée compressive.
Le traitement médical est toujours de rigueur avec antibioprophylaxie et vaccina-
tions antipneumococcique et antitétanique pour éviter toute surinfection encépha-
lique en cas de suspicion de brèche de LCR.
STRATÉGIE DIAGNOSTIQUE
Radiographies du crâne
Il n'y a plus aucune indication à réaliser des radiographies du crâne dans le bilan
post-traumatique.
Scanner cérébral
Selon les recommandations publiées en 2008 dans le Lancet, une TDM encé-
phalique doit être réalisée en urgence dans les circonstances indiquées dans la
figure 31.43.
Résultats de l'imagerie 465
Oui Non
Perte de connaissance
ou amnésie depuis le
traumatisme ?
Oui Non
− Âge ≥ 65 ans
− Coagulopathie
− Mécanisme à risque
• piéton ou cycliste
percuté par véhicule
• passager éjecté
d'un véhicule
• Chute > 1 m ou
5 marches
Scanner Pas
Oui Non
immédiat d'indication
d'imagerie
Le scanner doit être réalisè
dans les 8 h qui suivent le traumatisme
Figure 31.43.
Proposition d'algorithme de prise en charge des traumatisés crâniens, d'après Mendelow
et al, Lancet 2008.
GCS : Glasgow coma scale (score de Glasgow).
466 Traumatisme crânien
Le Guide du bon usage des examens d'imagerie édité en 2013 par la Société française
de radiologie reprend presque les mêmes éléments.
En cas de traumatisme crânien, le scanner cérébral est l'examen de première inten-
tion et recommandé pour :
■ les patients avec perte de connaissance ou amnésie post-traumatique si
seulement un des éléments suivants est présent : céphalées, vomissements,
âge > 60 ans, intoxication alcoolique ou drogues, déficit de la mémoire à court
terme, traumatisme au-dessus du niveau des clavicules, crise convulsive, score de
Glasgow < 15, déficit neurologique, coagulopathie ;
■ les patients sans perte de connaissance ou amnésie post-traumatique, si
un des éléments suivants est présent : déficit neurologique, vomissements,
céphalées sévères, âge > 65 ans, suspicion de fracture de la base, score de
Glasgow < 15, coagulopathie, traumatisme avec mécanisme dangereux
(éjection d'un véhicule à moteur, piéton renversé, chute de plus de cinq
marches).
IRM cérébrale
Malgré les meilleures performances de l'IRM pour la détection des lésions axonales
diffuses et des lésions du tronc cérébral, il n'y a pas de recommandation à réaliser
une IRM à la phase aiguë d'un traumatisme crânien.
CHAPITRE
32
Traumatismes
du massif facial
PLAN DU CHAPITRE
■ FRACTURES DE LE FORT
■ FRACTURE DE LA MANDIBULE
■ TRAUMATISMES DENTAIRES
Le massif facial est doté d'une armature osseuse solide constituée de poutres hori-
zontales et de piliers verticaux qui supportent la forme et la fonction de la face. Toute
atteinte traumatique de ces poutres et piliers nécessite un réalignement chirurgical
parfait par réduction et fixation interne pour diminuer l'incidence des séquelles.
La TDM, avec des reconstructions 3D volumiques de qualité, permet d'analyser le
type de fracture, le déplacement des différents foyers fracturaires et de faire l'état
des lieux des dégâts occasionnés sur l'architecture du massif facial et ainsi d'orienter
la prise en charge thérapeutique.
Les traumatismes faciaux résultent de chocs directs avec bascule de la tête soit en
avant (hyperflexion rachidienne), soit en arrière (hyperextension rachidienne), expli-
quant la fréquence accrue de lésions traumatiques du rachis cervical dans tout trau-
matisme facial qu'il faut s'attacher à rechercher systématiquement.
IMAGE TYPIQUE
Le diagnostic TDM est facile si le trait est transversal ou oblique sur les reconstruc-
tions sagittales (figure 32.1). Les conséquences sont esthétiques et respiratoires
(gêne respiratoire nasale, apnée du sommeil, etc.).
Figure 32.1.
Fracture des os propres du nez en reconstruction sagittale.
Noter qu'il existe également une fracture du processus frontal du maxillaire
et du plancher de l'orbite gauche.
Fracture de l'orbite 469
IMPACT THÉRAPEUTIQUE
Ces fractures nécessitent parfois en urgence la réalisation d'un méchage d'hémostase
mais le traitement propre est généralement différé. Ce dernier consiste en une rhino-
plastie avec septoplastie en fonction du déplacement et du retentissement respiratoire.
FRACTURE DE L'ORBITE
Le cadre orbitaire a une forme de pyramide quadrangulaire à base antérieure et
sommet postérieur centré par le canal optique. Il est composé de parois osseuses
épaisses et résistantes qui protègent le contenu orbitaire.
La face supérieure, ou toit, est constituée par la fosse orbitaire de l'os frontal et en arrière
par la face inférieure de la petite aile du sphénoïde. Elle sépare l'orbite du lobe frontal. La
face inférieure, ou plancher, est constituée par la face orbitaire du maxillaire et à sa partie
postérieure par l'apophyse orbitaire du palatin. Elle est ouverte en arrière par la fissure orbi-
taire inférieure (fente sphénomaxillaire) et est creusée par la gouttière du nerf infraorbitaire.
La face interne comprend, d'arrière en avant, la partie antérieure de la face latérale
du corps du sphénoïde, la face latérale de la masse latérale de l'ethmoïde et l'os
lacrymal. La face externe est formée en avant par la face orbitaire de l'os zygoma-
tique et en arrière par la face orbitaire de la grande aile du sphénoïde.
Nous allons aborder successivement les traumatismes de chaque face du cadre orbi-
taire. Il est primordial d'analyser chaque type de fracture en fenêtrage osseux pour
établir le bilan lésionnel du foyer fracturaire mais également en fenêtrage « parties
molles » pour apprécier le retentissement de la fracture sur le contenu intraorbitaire.
FRACTURE DU PLANCHER
C'est la plus fréquente des fractures du cadre orbitaire. Elle résulte dans la majorité des
cas d'un choc direct sur la margelle orbitaire ou bien elle est secondaire à une hyperpres-
sion intraorbitaire brutale fracturant les parois les plus fragiles de l'orbite : parois médiales
et inférieures (parfois associées). On parle alors de fracture par « blow out » car le contenu
orbitaire est refoulé au travers du site fracturé dans les cavités aériques voisines, entraî-
nant une énophtalmie. Par opposition, les fractures par « blow in » résultent d'une modi-
fication du volume intraorbitaire par un élément compressif extrinsèque créant une
exophtalmie, comme c'est le cas dans les fractures du toit ou de la face externe.
Le diagnostic des fractures du plancher est aisé en TDM grâce aux reconstructions coro-
nales et sagittales, avec solution de continuité de la paroi inférieure de l'orbite (surtout
dans sa portion postéromédiane) (figure 32.2). La présence d'un hémosinus maxillaire
470 Traumatismes du massif facial
Figure 32.2.
Fracture du plancher de l'orbite droit avec fragment osseux intraorbitaire (flèche)
et incarcération graisseuse dans le foyer fracturaire.
Le muscle droit inférieur reste en place, de taille et de morphologie normales.
Figure 32.3.
TDM en coupes axiales : signes indirects de fracture du plancher avec pneumorbitie
(flèche) droit.
Fracture de l'orbite 471
Tableau 32.1.
Complications à rechercher dans une fracture du plancher.
Complications Diagnostic TDM
Diplopie par incarcération du muscle droit Perte de la forme ovalaire du muscle, arrondi
inférieur (plus rarement du muscle oblique et migré vers le bas (figure 32.4). Il peut être
inférieur) plus ou moins trappé dans le foyer fracturaire
signant la rupture du fascia orbitaire inférieur
Énophtalmie Modification du volume intra-orbitaire par
hernie graisseuse à travers les foyers fracturés
entraînant un recul du globe oculaire vers
l'arrière. La ligne bicanthale croise le globe
oculaire en avant de son tiers postérieur
Anesthésie labiojugale par atteinte du nerf Trait de fracture passant par le canal du nerf
infraorbitaire (branche du V2) orbitaire inférieur
Figure 32.4.
Fracture du plancher de l'orbite gauche, avec incarcération du muscle droit inférieur au
sein du foyer fracturaire, d'aspect arrondi et augmenté de volume.
472 Traumatismes du massif facial
FRACTURE DU TOIT
Les fractures du toit de l'orbite appartiennent aux fractures de l'étage antérieur de
la base du crâne ; elles surviennent selon un mécanisme de blow in (figure 32.5). Il
existe fréquemment une incarcération de fragments osseux intraorbitaires poten-
tiellement conflictuels sur les muscles oculomoteurs, les éléments vasculaires ou sur
le nerf optique.
Ces fractures sont rarement isolées, et comportent un risque d'exophtalmie et de
rupture de la dure-mère. Le traitement est fonction des complications et des lésions
associées. En cas de traitement chirurgical, une collaboration entre ophtalmologue
et neurochirurgien est requise compte tenu de la possible coexistence de lésions
intracrâniennes et intraorbitaires.
Figure 32.5.
TDM en coupe coronale.
Fracture de l'os frontal gauche (flèche) irradiant à son processus orbitaire (toit de
l'orbite). Noter la présence d'un pneumorbite par fracture de la lame papyracée associée.
Figure 32.6.
Fracture de la lame papyracée droite avec incarcération graisseuse et musculaire
(droit médial) avec aspect globuleux du muscle (flèche).
Figure 32.7.
Hématome intraoculaire gauche avec déformation de la paroi postérieure du globe
témoignant d'une vraisemblable rupture du globe.
Fracture du complexe naso-ethmoïdo-maxillofronto-orbitaire (CNEMFO) 475
Figure 32.8.
Fracture fronto-ethmoïdo-orbitaire respectant les os nasaux.
476 Traumatismes du massif facial
Tableau 32.2.
Complications à rechercher dans toute fracture de type CNEMFO.
Complications Diagnostic TDM
Télécanthus avec avulsion du ligament Décrire la comminution ou non du processus frontal du
du canthus médial et risque de maxillaire et préciser la distance entre les deux canthus
diplopie et d'énophtalmie interne en reconstruction coronale (normale < 35 mm)
Brèche ostéoméningée avec risque Chercher une pneumencéphalie et une fracture de
de méningite la paroi postérieure du sinus frontal ou de la lame
criblée de l'ethmoïde
Mucocèle frontale par rupture du canal Décrire la comminution ou non de la fracture de
de drainage frontonasal l'ethmoïde
Anosmie Décrire la comminution de la fracture de la lame
criblée et la présence ou non d'une contusion
parenchymateuse intracérébrale adjacente
Lésion du canal lacrymonasal Décrire les atteintes du canal lacrymonasal
avec dacryocystite
FRACTURE DU ZYGOMA
Cette fracture résulte d'un choc direct latéral et violent.
Le zygoma forme la pommette du visage et a un rôle à la fois esthétique et fonction-
nel. Il possède quatre « pieds » :
■ une articulation avec le processus zygomatique de l'os temporal formant
l'arcade zygomatique ;
■ une articulation avec la grande aile du sphénoïde ;
■ une avec le corps du maxillaire ;
■ une dernière avec l'os frontal.
Noter que cet os forme la plus grande partie du plancher et du mur latéral de l'orbite.
Les fractures isolées de l'arcade zygomatique sont fréquentes (figure 32.9) alors que
les fractures isolées du corps ou de la suture frontozygomatique sont rares.
Il existe souvent une association de fractures comme la fracture tripode (figure 32.10)
qui associe :
■ un diastasis de la suture frontozygomatique ;
■ une fracture du corps du zygoma passant par le plancher de l'orbite (chercher
une atteinte du canal du nerf infraorbitaire) et la paroi antérieure du sinus maxillaire ;
■ et une fracture de l'arcade zygomatique.
En cas d'atteinte du processus sphénoïdal, il existe un risque d'énophtalmie ou
d'exophtalmie avec diplopie secondaire, en fonction du degré d'angulation et de
comminution de la suture sphénozygomatique.
En cas de fracture comminutive, il est indispensable de rechercher des séquestres
osseux dans la cavité orbitaire, pouvant être conflictuels essentiellement sur le
muscle droit latéral.
Fracture du zygoma 477
Figure 32.9.
Fracture multifocale et impactée de l'arcade zygomatique droite.
Figure 32.10.
TDM en reconstructions 3D : fracture tripode (têtes de flèche).
Enfin, il faut apprécier le degré d'impaction du malaire en coupes axiales par rapport
au côté controlatéral qui indiquera un traitement chirurgical pour rétablir l'antépro-
jection du zygoma (réduction à ciel ouvert avec fixation par miniplaques).
En l'absence de déplacement (ni par impaction, ni au niveau de la suture sphéno-
zygomatique), le traitement sera conservateur.
478 Traumatismes du massif facial
FRACTURES DE LE FORT
Décrites en 1901 par le René Le Fort, ces fractures résultent d'un choc direct et
consistent en une désunion du maxillaire de la base du crâne. Pour parler de frac-
ture de Le Fort, il faut donc impérativement une séparation entre la partie posté-
rieure des sinus maxillaires et les processus ptérygoïdes. Cependant, une fracture
des processus ptérygoïdes n'est pas synonyme de fracture de Le Fort et peut sur-
venir en continuité d'une fracture de la base du crâne. Les fractures de Le Fort sont
classées en trois stades qui sont illustrés à partir des reconstructions 3D VR dans les
figures 32.11 à 32.13 (respectivement Le Fort I, II et III).
La TDM en coupes axiales, avec l'aide des reconstructions sagittales et surtout coro-
nales, permet de faire un bilan lésionnel précis des différentes pièces osseuses frac-
turées et du nombre et de l'orientation des traits de fracture. Les reconstructions 3D
sont désormais incontournables dans ce type de traumatisme, permettant d'ana-
lyser le déplacement des différents foyers fracturaires et de faire l'état des lieux des
dégâts occasionnés sur l'architecture du massif facial. Cela est devenu indispen-
sable pour nos collègues chirurgiens qui pourront ainsi choisir le type d'interven-
tion et le matériel nécessaire à rétablir une esthétique, mais surtout une fonction
occlusale optimale avec un minimum de séquelles. Les complications de ces
fractures réunissent toutes celles déjà décrites dans les autres fractures du massif
facial, à savoir complications hémorragiques, ophtalmologiques et neuroméningées.
Figure 32.11.
Illustration d'une fracture de Le Fort I (trait noir).
La fracture atteint : l'épine nasale du maxillaire ; la partie basse des sinus maxillaires
(ombré en gris) avec fracture des parois antérieures et postérieures ; elle passe en
dessous des cornets inférieurs juste au-dessus du palais osseux ; fracture du tiers
inférieur des processus ptérygoïdes.
Fractures de Le Fort 479
Figure 32.12.
Illustration d'une fracture de Le Fort II : « fracture pyramidale ».
Elle passe par : la suture frontomaxillaire ; la paroi médiale de l'orbite ; vers le plancher
de l'orbite et le foramen infraorbitaire ; jusqu'à la suture zygomatomaxillaire ; et le tiers
moyen des processus ptérygoïdes. Le zygoma est respecté ; il reste solidaire du crâne.
Figure 32.13.
Illustration d'une fracture de Le Fort III : disjonction crâniofaciale complète.
Elle passe par : la suture frontomaxillaire ; puis la paroi médiale, le plancher et la paroi
latérale de l'orbite selon un axe équatorial ; la suture frontozygomatique ; la racine des
massifs ptérygoïdiens ; et l'arcade zygomatique : le zygoma est complètement détaché
du crâne.
480 Traumatismes du massif facial
FRACTURE DE LA MANDIBULE
C'est une fracture fréquente représentant environ 1/5e de toutes les fractures de la
face. Elle résulte d'un mécanisme en choc direct, sauf pour les fractures du condyle
qui résultent plus souvent d'un mécanisme indirect par choc mentonnier.
La mandibule doit être considérée comme un anneau osseux rigide, les fractures
étant multifocales dans plus de la moitié des cas ; il faut donc systématiquement
rechercher un deuxième trait de fracture.
On distingue (figure 32.14) :
■ la portion dentée de la mandibule comprenant la symphyse (de canine à
canine) et la branche horizontale ;
■ le ramus qui supporte l'apophyse articulaire (condyle) et le coroné.
Condyle Coroné
2
1
Ramus
3
4
5
Angle
6
Corps 8 7
Symphyse
Figure 32.14.
Schéma illustrant l'anatomie de l'hémimandibule droite et les principaux traits
de fracture sur l'hémimandibule gauche.
1 : fracture coronoïde. 2 : fracture condylienne. 3 : fracture sous-condylienne haute.
4 : fracture sous-condylienne basse. 5 : fracture angulaire. 6 : fracture dentaire radiculaire.
7 : fracture parasymphysaire. 8 : fracture symphysaire.
Fracture de la mandibule 481
Figure 32.15.
TDM en reconstruction sagittale oblique.
Fracture de l'angle mandibulaire gauche (flèche noire) passant par le canal du nerf
alvéolaire inférieur (tête de flèche).
482 Traumatismes du massif facial
TRAUMATISMES DENTAIRES
Les traumatismes dentaires résultent en général d'un choc direct. On décrit :
■ des fractures de la couronne avec ou sans expulsion pulpaire ;
■ des fractures radiculaires avec une gravité croissante pour la survie de la dent,
plus le trait est distal ;
■ des luxations alvéolodentaires soit incomplètes (subluxation) avec simple élar-
gissement de l'espace alvéolodentaire, soit complètes avec expulsion de la dent ;
■ des fractures alvéolodentaires (décrites ci-dessus : fracture dentée).
CHAPITRE
33
Traumatisme
de la base du crâne
PLAN DU CHAPITRE
■ RAPPEL ANATOMIQUE
RAPPEL ANATOMIQUE
La base du crâne est classiquement divisée en trois étages (figures 33.1 et 33.2) :
■ l'étage antérieur est limité en arrière par le bord postérieur des petites ailes du
sphénoïde et du jugum sphénoïdal. Il est constitué par l'os frontal (partie orbito-
nasale et sinus frontal), l'os ethmoïdal et une partie du sphénoïde (jugum sphé-
noïdal, processus clinoïdes antérieurs et petites ailes) ;
■ l'étage moyen est un étage sphénotemporal, limité en arrière par le bord supé-
rieur des rochers et la lame quadrilatère du sphénoïde. Le sphénoïde forme le
plancher de la fosse cérébrale moyenne et comporte de nombreux espaces de
communication avec la face qui laissent passer d'importantes structures vasculo-
nerveuses. L'os temporal ne participe à cet étage que par la face antérosupérieure
du rocher ;
■ l'étage postérieur est un étage occipitotemporal, comprenant la face posté-
rosupérieure du rocher (avec conduit auditif interne et aqueduc du vestibule) et
l'écaille, le corps (clivus) et le foramen magnum de l'os occipital.
Les principales difficultés diagnostiques des fractures de la base du crâne
résident dans la complexité des structures osseuses en présence et les princi-
paux pièges, dans le grand nombre de sutures et synchondroses unissant les
différentes pièces osseuses et pouvant être prises à tort comme des traits de
fracture.
ÉTAGE
ANTÉRIEUR
ÉTAGE
ÉTAGE ANTÉRIEUR
MOYEN
ÉTAGE
MOYEN
ÉTAGE
POSTÉRIEUR
ÉTAGE
A POSTÉRIEUR B
Figure 33.1.
Reconstruction VR de la boîte crânienne avec une vue supérieure de l'endocrâne (A) et
en coupe sagittale médiane (B), illustrant la division de la base du crâne en trois étages
avec des limites représentées par deux traits rouges continus.
Fracture de l'étage antérieur 485
Figure 33.2.
Reconstruction VR de la base du crâne en vue endocrânienne supérieure.
Gris : os frontal. Vert : os ethmoïdal. Rouge : os sphénoïde. Jaune : os temporal. Bleu : os
occipital. 1 : lame criblée. 2 : processus orbitonasal du frontal. 3 : jugum ou limbus sphénoïdal.
4 : processus clinoïde antérieur. 5 : selle turcique. 6 : processus clinoïde postérieur et dorsum
sellae. 7 : petite aile du sphénoïde. 8 : grande aile du sphénoïde. 9 : lame quadrilatère. 10 :
massif pétreux ou rocher. 11 : apex pétreux. 12 : bord postérosupérieur du rocher. 13 :
clivus ou processus basilaire de l'os occipital. 14 : crête occipitale interne. 15 : sillon du sinus
transverse. 16 : écaille de l'occipital. Astérisque : foramen magnum.
IMAGE TYPIQUE
Le diagnostic TDM est facile : on visualise un trait de fracture simple ou comminutif,
déplacé ou non, sur une ou plusieurs pièce(s) osseuse(s) de l'étage antérieur. Le dia-
gnostic est souvent orienté par la présence d'un hémosinus ethmoïdal ou frontal.
486 Traumatisme de la base du crâne
A B
Figure 33.3.
TDM en coupes coronale (A), et axiale (B).
Fracture comminutive du toit de l'orbite gauche et de la lame criblée (flèche) droite.
Esquilles osseuses intraorbitaires conflictuelles sur le muscle droit supérieur. Exophtalmie
de grade II à gauche avec face postérieure du globe tangent à la ligne bicanthale.
Fracture de l'étage antérieur 487
BRÈCHES OSTÉOMÉNINGÉES
Les brèches ostéoméningées sont présentes dans 20 % des traumatismes de la base
du crâne ; leur révélation tardive est cause de méningite bactérienne (pneumo-
coque notamment). Le diagnostic est évoqué cliniquement devant une rhinorrhée
ou une otorrhée persistante avec test au glucose ou test à la bêta-transferrine positif.
Radiologiquement, toute fracture faisant communiquer les espaces péricérébraux avec
les espaces aériens (sinus, air ambiant ou oreille moyenne) traduit une brèche ostéomé-
ningée (encadré 33.1). Une pneumencéphalie est un signe indirect du diagnostic.
Le traitement est conservateur dans un premier temps avec alitement complet,
surélévation de la tête du lit et ponctions lombaires déplétives afin de diminuer le
flux au niveau de la brèche, permettant ainsi sa fermeture spontanée, ce qui est la
règle dans la grande majorité des cas. Si la brèche est toujours présente au-delà
de 8 jours, un traitement chirurgical différé par voie endoscopique ou par voie
ouverte est envisageable afin de suturer la brèche et d'éviter les risques ultérieurs
de méningo-encéphalite.
La vaccination antipneumococcique reste de rigueur ainsi qu'un traitement antibio-
tique IV préventif d'emblée.
Le radiologue peut jouer un rôle déterminant pour établir un bilan topographique
préchirurgical précis de la brèche par la réalisation d'une IRM comprenant notam-
ment des séquences T2 CISS en coupes fines.
Encadré 33.1
Fractures à risque de lésion de la dure-mère et de brèche
ostéoméningée
■
Embarrure ouverte
■
Lame criblée de l'ethmoïde
■ Toit de l'orbite
■ Paroi postérieure du sinus frontal
■ Sinus sphénoïdal
■ Tegmen tympani
■ Fracture translabyrinthique
■ Fond du conduit auditif interne
■ Canal osseux de la première portion du facial jusqu'au ganglion géniculé
IMPACT THÉRAPEUTIQUE
Ces fractures ne constituent pas une urgence thérapeutique proprement dite ; leur
pronostic dépend des lésions associées et d'une éventuelle brèche ostéoménin-
gée. Tout fragment osseux conflictuel sur les structures nerveuses (nerf optique, nerf
olfactif ) doit être enlevé pour diminuer les séquelles sensorielles. Le pronostic esthé-
tique est engagé avec possibilité de chirurgie de reconstruction différée.
488 Traumatisme de la base du crâne
Image typique
Les fractures du sphénoïde sont souvent complexes avec de multiples traits de
refend (figure 33.4). Elles concernent surtout les processus ptérygoïdes (en associa-
tion ou non avec une fracture de Le Fort), la grande aile (surface orbitaire +++) et le
corps du sphénoïde (parois du sinus +++).
Figure 33.4.
Fracture complexe du corps et de la grande aile droite du sphénoïde (têtes de flèche)
à trait principal coronal oblique passant par l'articulation temporomandibulaire droite,
le foramen ovale (astérisque), les parois du sinus sphénoïde (S) avec hémosinus.
Fracture de l'étage moyen 489
Impact thérapeutique
Les fractures du sphénoïde n'ont pas d'impact sur la mortalité et pas de traitement
spécifique. En revanche, elles ont un pronostic fonctionnel parfois lourd en fonction
des structures vasculonerveuses lésées. La présence d'une brèche ostéoméningée
doit induire un traitement adéquat. La présence d'une plaie vasculaire nécessite la
mise en place d'une anticoagulation.
Le marteau (ou malléus), l'enclume (ou incus) et l'étrier (ou stapes) forment la chaîne
ossiculaire permettant la transmission des vibrations de la membrane tympanique
à la fenêtre ovale.
Image typique
Les fractures de l'écaille et des processus zygomatique ou styloïde n'ont pas de spé-
cificité ; il s'agit de trait linéaire, déplacé ou pas, plus ou moins comminutif et se pro-
longeant souvent aux structures osseuses adjacentes.
En ce qui concerne les fractures du massif pétreux, il faut les évoquer devant un
comblement des cellules mastoïdiennes.
On distingue deux principaux types de fractures :
■ les fractures longitudinales qui ont un axe parallèle à l'axe du massif pétreux ;
■ les fractures transversales qui ont un axe perpendiculaire à l'axe du massif
pétreux.
Cette description est de moins en moins utilisée, d'une part, parce que les fractures
ne rentrent pas toujours dans un de ces deux cadres et, d'autre part, parce que cette
description est peu pertinente quant au pronostic auditif.
Le principal élément à signaler est d'apprécier le caractère trans- ou extralabyrin-
thique de la fracture qui conditionne le pronostic fonctionnel ultérieur. On considère
qu'une fracture est translabyrinthique si le trait de fracture passe par le labyrinthe
osseux (figure 33.5).
Figure 33.5.
Fracture translabyrinthique (têtes de flèche) du rocher droit.
Association avec un pneumolabyrinthe bien visible au niveau du vestibule
et de la cochlée témoignant d'une fistule périlymphatique.
Fracture de l'étage moyen 491
Tableau 33.1.
Caractéristiques des fractures du rocher.
Type Mécanisme Complications
Longitudinale Choc direct (souvent – Hémotympan et perforation du tympan
(70 à 90 %) prolongement d'une – Lésions de la chaîne ossiculaire : surdité
fracture de l'écaille) de transmission
– 25 % de paralysie faciale par atteinte du ganglion
géniculé ou du canal du facial
– Fracture de la partie tympanique
Transversale Traumatisme sévère – Fracture du labyrinthe avec risque de fistule
(10 à 20 %) sur l'occiput périlymphatique et de lésion du VIII : surdité de
perception
– 50 % de paralysie faciale par atteinte du VII dans son
canal ou dans le conduit auditif interne (CAI)
– Brèche ostéoméningée si atteinte du fond du CAI, du
labyrinthe osseux transfixiante, du canal du facial dans
sa première portion ou du tegmen tympani
– Parfois, lésions vasculaires du foramen jugulaire
Lésions ossiculaires
Les lésions ossiculaires s'observent dans environ un tiers des traumatismes tempo-
raux et peuvent même s'observer en l'absence de fracture temporale.
Les lésions les plus fréquentes sont :
■ la disjonction uncudomalléaire qui représente environ 60 % des lésions ossi-
culaires avec désorganisation du « cornet de glace » (formé par la tête du marteau
qui forme la « boule de glace » et le corps de l'enclume qui forme le « cornet ») en
coupes axiales ;
■ la dislocation de l'enclume qui est l'osselet le plus « labile » pouvant se prolaber
dans l'hypotympan, le conduit auditif externe (CAE) ou même disparaître (expul-
sion extérieure via le CAE) (figure 33.6) ;
■ la disjonction uncudostapédienne, moins fréquente, correspondant à une dis-
jonction entre la tête de l'étrier et la longue apophyse de l'enclume et nécessitant
des reconstructions dans l'axe de l'étrier pour confirmer le diagnostic ;
■ la dislocation du complexe uncudomalléaire sans disjonction, avec dépla-
cement médian ou vers le bas de l'enclume et du marteau dans la caisse
du tympan.
492 Traumatisme de la base du crâne
Figure 33.6.
Fracture extralabyrinthique du rocher gauche avec dislocation de l'enclume qui n'est pas
en position anatomique normale (astérisque) mais luxée dans le conduit auditif externe.
Fistule périlymphatique
La fistule périlymphatique doit être différenciée de la brèche ostéoméningée.
La fistule correspond à une communication anormale entre les liquides péri-
lymphatiques du labyrinthe, et l'oreille moyenne, entraînant une symptomato-
logie aspécifique (hypoacousie de perception ou mixte, vertiges plus ou moins
acouphènes). Elle survient en cas d'atteinte traumatique de la fenêtre ronde
ou ovale, ou en cas de luxation de la platine avec écoulement anormal de péri-
lymphe dans l'oreille moyenne. En imagerie, un pneumolabyrinthe (figure 33.7)
peut être le seul signe évocateur et des reconstructions axiales obliques dans
l'axe de l'étrier sont indispensables afin d'apprécier la morphologie du com-
plexe stapédovestibulaire. Un pneumolabyrinthe signe donc une fracture trans-
labyrinthique. Un pneumolabyrinthe peut aussi exister en l'absence de fracture,
notamment dans les barotraumatismes ou dans les traumatismes de blast,
par lésion de la région des fenêtres qui sont de fines et fragiles membranes
tissulaires.
Fracture de l'étage moyen 493
Figure 33.7.
Fracture transversale du rocher gauche avec luxation uncudomalléaire et pneumolabyrinthe
(flèches) témoignant d'une atteinte traumatique de la région des fenêtres.
Il s'agit donc d'une fracture translabyrinthique.
Brèche ostéoméningée
Pour parler de brèche ostéoméningée, il faut une effraction des enveloppes ménin-
gées et une communication des espaces méningés avec le foyer fracturaire. Une
brèche est suspectée lorsque la fracture traverse un os recouvert de méninges. Au
niveau de l'os temporal, c'est le cas des fractures du tegmen tympani (figure 33.8),
du fond du CAI, du canal du nerf facial dans sa première portion jusqu'au ganglion
géniculé inclus et de la face endocrânienne du rocher. Rechercher une pneumencé-
phalie permet d'asseoir le diagnostic.
Figure 33.8.
Fracture complexe du rocher gauche, extralabyrinthique.
Trait de refend au niveau de l'articulation temporomandibulaire et au niveau du tegmen
tympani (astérisque). Brèche ostéoméningée certaine.
494 Traumatisme de la base du crâne
Impact thérapeutique
Le traitement est chirurgical s'il existe une brèche ostéoméningée compliquée d'une
méningite purulente précoce, s'il existe une paralysie faciale totale ou en cas de frac-
ture du labyrinthe osseux (car pas de consolidation spontanée possible). Il consiste
en une pétrosectomie subtotale avec comblement de la cavité d'évidement par de
la graisse ou du muscle temporal.
En l'absence de ces facteurs de gravité, il n'existe pas de traitement spécifique
en urgence en dehors d'une vaccination systématique et d'une antibioprophy-
laxie en cas de brèche ostéoméningée non compliquée. Le bilan fonctionnel et
morphologique précis est établi ultérieurement (TDM centrée sur les rochers),
après disparition de l'hémotympan et régression des phénomènes œdémateux
éventuels.
Figure 33.9.
Fracture sagittale de l'os occipital (flèche) irradiant en avant au processus basilaire (tête
de flèche) et à l'émergence du canal carotidien (astérisque).
Pas de lésion vasculaire sur l'angioscanner.
Vasculaires
■ Lésion des artères vertébrales dans le foramen magnum ou à proximité des
artères carotides internes dans leur trajet sous-pétreux.
■ Atteinte des sinus veineux transverse ou sigmoïde voire du golfe jugulaire.
496 Traumatisme de la base du crâne
Image typique
Il s'agit de fractures à trait simple ou comminutives, déplacées ou pas. Les reconstructions
dans le plan coronal permettent de bien apprécier le déplacement du fragment détaché.
Deux principales classifications sont admises soit selon le mécanisme (classification
d'Anderson et Montesano, figure 33.10), soit selon le déplacement (classification de
Tuli et al. ; tableau 33.2). La classification de Tuli manque toutefois de critères précis
et objectifs pour classer les lésions dans chaque type et sous-type.
Figure 33.10.
Classification d'Anderson avec en haut des schémas dans le plan coronal et en bas dans
le plan axial.
A, B. Type I, fracture par impaction axiale, comminutive et peu déplacée ; c'est une fracture
stable (instable si bilatérale car atteinte des deux ligaments alaires). C, D. Type II, fracture
par choc direct sur la voûte crânienne avec fracture de la base du crâne s'étendant aux
condyles, c'est une fracture stable (instable si séparation complète du condyle du reste de
l'occiput). E, F. Type III, fracture par flexion-rotation forcée avec fracture-avulsion déplacée
de la face interne du condyle par traction du ligament alaire ; c'est une fracture instable.
Fracture de l'étage postérieur 497
Tableau 33.2.
Classification de Tuli.
Classification Signes d'instabilité TDM
Type 1 – fracture non déplacée
Type 2 – fracture déplacée :
– 2A sans signe d'instabilité
– 2B avec signe d'instabilité – Rotation axiale d'un côté d'une articulation occipito-
(ci-contre, un seul de ces signes atloïdienne > 8
signe l'instabilité) – Distance basion-dent de l'axis > 6 mm
– L'atlas surplombe l'axis de plus de 7 mm
– Rotation axiale d'un côté d'une articulation atloïdo-
axoïdienne > 45°
– Distance atloïdo-odontoïdienne > 4 mm
– Distance bord postérieur de la dent-bord antérieur de l'arc
postérieur de C1 > 13 mm
Il faut rechercher une atteinte du canal du nerf hypoglosse ainsi qu'une atteinte du
foramen jugulaire (nerfs mixtes, etc.). Les lésions nerveuses peuvent apparaître soit
au décours immédiat du traumatisme (migration de fragment osseux et compres-
sion nerveuse), soit à distance (compression nerveuse par un cal exubérant).
Un hématome épidural peut se créer au contact du foyer fracturaire, d'où l'impor-
tance de bien regarder les coupes en fenêtrage « parties molles » pour détecter pré-
cocement ce genre de complication.
Lors des mouvements de rotation de la tête, même si la fracture n'est pas déplacée
initialement, les fragments osseux risquent de se déplacer, justifiant l'immobilisation
systématique pratiquée par certaines équipes. En effet, un éventuel déplacement
peut entraîner une compression bulbaire et/ou médullaire souvent fatale. Le diagnos-
tic lésionnel ligamentaire est difficile à établir même en IRM, car les ligaments incri-
minés sont de petite taille et il existe des remaniements œ démato-hémorragiques
locaux fréquents, gênant l'interprétation. L'IRM reste indiquée essentiellement en
présence de signes neurologiques déficitaires ou en cas de perte d'alignement occi-
put-C1-C2 en TDM signant une instabilité. Elle fait alors le bilan des lésions médul-
laires et bulbaires.
Impact thérapeutique
Le pronostic est bon en l'absence d'atteinte neurologique initiale. Il est lié aux lésions
associées. Plus le fragment condylien détaché est gros et moins il est déplacé, plus
il a de chances de consolider spontanément. Dans ces cas (types I et II d'Anderson),
le traitement est orthopédique avec immobilisation par minerve rigide pendant
3 mois ou HALO traction. Le traitement chirurgical s'impose en cas d'instabilité avec
réalisation d'une arthrodèse occipito-C4 ou en cas d'atteinte médullaire ou bulbaire
par craniectomie postérieure de décompression.
CHAPITRE
34
Traumatismes du rachis
PLAN DU CHAPITRE
■ RACHIS CERVICAL
• Diagnostic
• Rachis cervical supérieur (C1-C2)
• Rachis cervical moyen et inférieur (C3-C7)
■ RACHIS THORACOLOMBAIRE
■ STRATÉGIE DIAGNOSTIQUE
Figure 34.1.
Représentation du rachis en trois colonnes selon Denis.
D'après : Denis F. The three column spine and its significance in the classification of acute thoracolumbar spinal injuries.
Spine 1983 ; 8(8) : 817–31.
RACHIS CERVICAL
Il s'agit des lésions potentiellement les plus graves, avec risque de compression
médullaire haute, et engagement du pronostic vital en cas d'atteinte au-dessus
de C4.
L'atteinte du rachis cervical est particulièrement fréquente chez l'enfant qui présente
une hyperlaxité du fait d'une immaturité osseuse, ligamentaire et musculaire.
Rachis cervical 503
DIAGNOSTIC
Radiographies standard
Les radiographies standard sont le bilan de première intention chez un patient ambu-
latoire. Celui-ci doit comprendre au minimum une incidence de face et de profil de
l'ensemble du rachis cervical ainsi qu'une incidence de face bouche ouverte afin de
dégager la charnière craniocervicale. Outre la visualisation directe des traits de frac-
ture, on recherchera une dysharmonie des alignements vertébraux et un épaississe
ment des parties molles en avant du rachis, témoins indirects d'une fracture non
visible. L'espace des parties molles entre la corticale antérieure vertébrale et les voies
aériennes supérieures doit être inférieur à 7 mm entre C2 et C4 et inférieur à 21 mm
en dessous de C4 (figure 34.2).
Figure 34.2.
Radiographie du rachis cervical de profil.
En pointillés, d'avant en arrière : ligne spinale antérieure, ligne spinale postérieure,
ligne spinolamaire, ligne des épineuses. Elles doivent être harmonieuses à l'état
physiologique.
504 Traumatismes du rachis
Scanner
Le scanner est indiqué pour préciser des anomalies détectées sur les radiographies
standard ou d'emblée si des critères de haut risque de lésion rachidienne cervicale
sont présents (tableau 34.1).
Une injection intraveineuse de produit de contraste avec acquisition au temps
artériel est utile pour mettre en évidence une éventuelle lésion des troncs supra-
aortiques (TSA).
Tableau 34.1.
Critères indiquant la réalisation d'un scanner cervical en première intention.
IRM
L'IRM est un examen de seconde intention, indiqué en urgence en cas de déficit
neurologique. Les séquences en pondération T1 et surtout T2 sans et avec annu-
lation du signal de la graisse, les plans sagittal (plus ou moins axial) recherchent les
lésions ligamentaires. La recherche d'un saignement intramédullaire peut nécessiter
des séquences axiales T2 en écho de gradient.
A B C
Figure 34.3.
A–C. Classification de Greenspan.
Rachis cervical 505
A B
Figure 34.4.
Scanner cervical en coupe sagittale en constantes osseuses (A) et parties molles (B).
Luxation craniocervicale de Greenspan, avec déplacement antérieur du crâne.
Déplacement du processus odontoïde vers le bas par rapport à la ligne de Chamberlain
qui unit la partie postérieure du palais osseux à la corticale postérieure du foramen
occipital (C), et vers l'arrière par rapport à la ligne de Wackenheim tangente au clivus
(trait plein). Rapport de Powers A/B très augmenté (normale à 0,8). Important hématome
prévertébral (têtes de flèche) et saignement d'origine veineuse (flèches).
Luxation atlanto-odontoïdienne
Cette luxation résulte d'un mécanisme de flexion. L'incidence de profil retrouve une
augmentation de l'espace atlanto-odontoïdien avec un diastasis de plus de 3 mm
chez l'adulte et de plus de 5 mm chez l'enfant de moins de 9 ans.
Elle traduit une rupture des ligaments transverses (certaine au-delà de 5 mm de
diastasis), alaires et de la membrane tectoria (certaine au-delà de 8 mm) (figure 34.5).
Une incidence en flexion, non dénuée de risque de compression médullaire, n'est
pas indiquée en urgence. En cas de doute, l'IRM est l'examen de choix.
Il s'agit d'une lésion instable et la prise en charge dépend du bilan lésionnel ligamentaire.
Figure 34.5.
Radiographie du rachis cervical de profil en flexion 8 jours après un traumatisme,
révélant la luxation atlanto-odontoïdienne (flèche) qui n'était pas visible
sur radiographie statique.
L'incidence de face bouche ouverte est primordiale pour son diagnostic. Au scanner,
on réalise une superposition de deux coupes épaisses passant par C1 et par C2. Par
convention, on décrit le déplacement de C1 par rapport à C2. Quatre types ont été
définis par Fielding et Hawkins (tableau 34.2).
Tableau 34.2.
Classification de Fielding et Hawkins des luxations rotatoires C1-C2.
Type II
– Déplacement antérieur unilatéral de C1
par rapport à C2
– Pivot étant centré sur la masse latérale
controlatérale
– Rupture du ligament transverse avec
diastasis C1-C2 de 3 à 5 mm (type IIa)
– Ou fracture de la dent avec intégrité du
ligament transverse (type IIb)
Lésion instable
Type III
– Déplacement antérieur bilatéral
symétrique des masses latérales de C1
– Diastasis C1-C2 de plus de 5 mm
– Rupture des ligaments transverse
et alaires
Lésion très instable
508 Traumatismes du rachis
Fracture de Jefferson
Ces fractures résultent de forces en compression exercées sur l'atlas entraînant une
fracture préférentielle des arcs antérieur et postérieur de C1, avec typiquement deux
traits verticaux sur chaque arc (figure 34.6).
Les lésions neurologiques sont rares du fait de la divergence des fragments, et la
fracture est habituellement stable.
Cette fracture est considérée comme instable en cas de rupture du ligament trans-
verse, suspectée en présence d'un diastasis atlanto-odontoïdien antérieur, d'un frag-
ment osseux paramédian témoignant de l'arrachement d'un tubercule d'insertion du
ligament transverse sur C2, ou si la somme des déplacements des masses latérales de
C1 est supérieure à 7 mm sur l'incidence de face bouche ouverte (figure 34.7).
Le traitement est le plus souvent orthopédique, et peut être parfois chirurgical en
cas de rupture du ligament transverse.
A B C
Figure 34.6.
Fracture de Jefferson en vue supérieure (A), et antérieure (B).
Coupe axiale TDM montrant les fractures de l'arc antérieur de C1 (têtes de flèche) (C).
A B
Figure 34.7.
Mesure du déplacement des masses latérales de C1 (A), incidence de face bouche
ouverte montrant le déplacement des masses latérales de C1 (B).
Rachis cervical 509
Les pièges diagnostiques sont : l'absence de fusion d'un des cartilages de conju-
gaison (le plus souvent l'arc postérieur), et l'agénésie d'un des trois noyaux
d'ossification (le plus souvent le noyau antérieur).
Figure 34.8.
Coupe sagittale centrée sur l'arc antérieur de C1.
Représentation des forces de traction opposées exercées par la membrane atlanto-
occipitale (1), la membrane atlanto-axoïdienne (2), et le muscle long du cou (3), à
l'origine d'une fracture-séparation de l'arc antérieur de C1.
510 Traumatismes du rachis
A B
Figure 34.9.
Fracture frontale de la masse latérale droite de C1 de profil (A) et de face (B).
On observe en B une représentation de l'incidence C1-C2 bouche ouverte avec du côté
pathologique le signe du recouvrement des interlignes articulaires C0-C1 et C1-C2.
C
Figure 34.10.
Fracture-séparation de la masse latérale gauche de C1 de type sagittal, avec fracture C0
en regard, en coupe frontale (A).
Les coupes axiales révèlent la présence d'une esquille osseuse au sein du foramen
transversaire (B), faisant vérifier l'intégrité de l'artère vertébrale gauche par un
angioscanner des troncs supra-aortiques (C).
512 Traumatismes du rachis
A B
C D
Figure 34.11.
Radiographie du rachis cervical de profil.
A. Normale ; l'espace prévertébral entre C2 et C4 est inférieur à 7 mm puis en dessous
de C4 inférieur à 21 mm. B. Augmentation de l'espace prévertébral faisant évoquer une
fracture du rachis cervical haut. C. Fracture de l'odontoïde de type II de la classification
d'Anderson et Alonzo et type A de la classification de Roy-Camille. On visualise la
perte de l'alignement du mur postérieur de C2. D. Fracture de l'odontoïde de type IIB ;
on visualise la rupture de l'anneau de Harris : jonction entre le corps vertébral et les
pédicules vu de face (flèche). On note dans les deux cas la rupture de l'harmonie de la
ligne occipito-odontoïdienne (ligne pointillée) (C, D).
Rachis cervical 513
Tableau 34.3.
Classification d'Anderson et Alonzo. Vue de face et de profil de l'axis.
Type I
Fracture de l'extrémité
supérieure du processus
odontoïde
Due à une avulsion du
ligament apical de la dent
ou du ligament alaire
Fracture stable
Bon pronostic de
consolidation
Traumatismes du rachis
Type A Type B Type C
Mécanisme d'hyperextension Mécanisme d'hyperflexion Trait horizontal
Trait oblique vers le bas et l'arrière Trait oblique vers le bas et l'avant Risque de déplacement antérieur ou postérieur
Risque de déplacement postérieur Risque de glissement antérieur faible Fracture très instable
Fracture instable Risques neurologiques faibles
Fracture stable
Rachis cervical 515
A B
Figure 34.12.
Fracture de l'odontoïde en coupe TDM sagittale (A) et frontale (B), de type II d'Anderson
et Alonzo, et de type C de Roy-Camille.
A B C
D
Figure 34.13.
A–C. Les différentes localisations anatomiques d'une fracture C2 « du pendu » siégeant au
niveau des isthmes (type A), des surfaces articulaires (type B) ou des pédicules (type C).
D. radiographie standard de profil montrant les fractures des isthmes de C2 (flèche) et la
luxation antérieure de C2 par rapport à C3 (tête de flèche).
516 Traumatismes du rachis
A B
C D
Figure 34.14.
Fracture de C2 du pendu de type II en scanner coupes sagittales (A, C), axiale oblique (B)
et IRM coupe sagittale en pondération T2 (D).
Fracture bi-isthmique (A, B) avec rapports articulaires postérieurs C2-C3 conservés (A).
En IRM, il existe un important hématome prévertébral (astérisque), l'atteinte du LLP et
du disque C2-C3 est confirmée (flèche). On note également une contusion médullaire
secondaire en regard (D).
Rachis cervical 517
Tableau 34.5.
Classification d'Effendi et Laurin modifiée par Levine et Edwards.
Fracture du corps de C2
La fracture « tear drop en extension » de C2 correspond à une avulsion du coin
antéro-inférieur de la vertèbre, de hauteur supérieure ou égale à sa largeur, lar-
geur qui n'excède habituellement pas le tiers du plateau en longueur. La pré-
sence d'un rétrolisthésis et de lésions associées déterminera le pronostic et la
prise en charge thérapeutique. On la différencie de la dislocation de C2 par hype-
rextension extrême, qui présente des lésions discoligamentaires majeures avec
important risque neurologique. Dans les dislocations, le fragment osseux au coin
antéro-inférieur du corps de C2, s'il est présent, présente une largeur supérieure
à la hauteur.
Le plus souvent, c'est une lésion grave, instable, traduisant une interruption
postéro-antérieure étendue du segment mobile rachidien du fait de la flexion,
que la seule visualisation du fragment osseux (la larme antéro-inférieure du
corps vertébral) ne doit pas faire méconnaître (figure 34.15).
A B
Figure 34.15.
Schéma (A) montrant le mécanisme par hyperflexion déchirant les structures ligamentaires
et qui détache un fragment osseux antérieur du corps vertébral en tear drop.
Radiographie de profil (B) ne montrant que la fracture du coin antéro-inférieur
du corps de C5.
A B
C D E
Figure 34.16.
Fracture tear drop de C5.
Scanner en coupes sagittale (A) et axiale (B) montrant le fragment osseux détaché (flèche).
IRM en coupes sagittales T1 (C), T2 (D) montrant l'hématome prérachidien (flèches) et STIR
(E) montrant l'infiltration œdémateuse osseuse en hypersignal en rapport avec la fracture
(flèche antérieure) et l'infiltration œdémateuse des parties molles (flèche postérieure).
Entorse bénigne
L'entorse bénigne résulte classiquement du « coup du lapin » (whiplash injury des
Anglo-Saxons) où se succèdent l'hyperextension, la flexion puis l'hyperextension au
décours d'un choc par l'arrière.
Elle correspond à une élongation des structures ligamentaires sans rupture et en
particulier au niveau du LLP.
Le bilan en imagerie est normal, si ce n'est des signes aspécifiques : raideur rachi-
dienne par contracture musculaire, angulation cyphotique non significative, discret
listhésis.
Rachis cervical 521
Entorse grave
L'entorse grave correspond à des lésions ligamentaires sévères (en particulier rup-
ture du LLP), instables, avec risque neurologique.
Le bilan radiologique initial peut être normal, ou montrer des fractures discrètes :
avulsion du coin antérosupérieur du corps vertébral, tassement cunéiforme, fracture
horizontale d'un processus épineux.
L'étude radiographique dynamique à distance, chez un patient conscient, débute par
une incidence statique qui peut révéler spontanément des signes d'entorse grave. Le
diagnostic est affirmé par la présence d'au moins deux des signes suivants (figure 34.17) :
■ bâillement interépineux ;
■ fracture horizontale d'un processus épineux ;
■ perte de parallélisme des facettes articulaires ;
■ découverture du processus articulaire supérieur > 50 % ;
■ cyphose locale > 11° ;
■ antérolisthésis > 3,5 mm au-dessus de C4, et > 2,5 mm au-dessous de C4.
Il s'agit d'une lésion instable qui, en l'absence de diagnostic, évolue vers la luxation
zygapophysaire bilatérale et la compression médullaire.
L'IRM montre les lésions ligamentaires.
A B
Figure 34.17.
A. Principaux signes d'entorse grave.
B. Radiographie de profil montrant une entorse grave de C4 sur C5. Noter le bâillement
interépineux (flèche double), la découverture du processus articulaire supérieur (tête de
flèche) et l'angulation au niveau de l'étage C4-C5 (ligne pointillée).
522 Traumatismes du rachis
Figure 34.18.
Scanner en coupe sagittale.
Luxation zygapophysaire « perchée ».
Rachis cervical 523
Fracture-luxation
Il s'agit d'une lésion instable intéressant principalement le rachis cervical inférieur
(en particulier C6) qui associe des lésions de compression sur le corps vertébral (du
tassement cunéiforme à la fracture comminutive) à des lésions de traction sur l'arc
postérieur (luxation zygapophysaire, fracture des processus articulaires, des lames
ou des processus épineux).
Mécanisme d'extension
Entorse grave en extension
Le mécanisme en extension est moins fréquent qu'en flexion (figure 34.19).
Les signes évocateurs de tear drop inversée sont :
■ un épaississement des parties molles prévertébrales ;
■ une avulsion d'un fragment osseux corporéal antérieur ;
■ une hyperlordose cervicale ;
■ un bâillement discal antérieur ;
■ un rétrolisthésis avec recul des processus articulaires inférieurs ;
■ une fracture verticale d'un processus épineux.
Figure 34.19.
Schéma montrant le mécanisme d'une entorse grave par extension avec l'arrachement
du coin antéro-inférieur du corps vertébral, les zones de déchirures ligamentaires et la
fracture verticale de l'épineuse par compression sur l'épineuse sous-jacente.
524 Traumatismes du rachis
Mécanisme de rotation
Ces lésions sont souvent associées à des traumatismes des artères vertébrales et un
angioscanner des TSA devra systématiquement être réalisé (figure 34.20).
A B
Figure 34.20.
Angioscanner artériel en coupe axiale (A) et sagittale (B) retrouvant une fracture
du foramen transverse de C7 (flèche) et une dissection de l'artère vertébrale
(tête de flèche).
A B
C
Figure 34.21.
Fracture-luxation zygapophysaire unilatérale.
Scanner en coupe sagittale médiane (A) montrant un antérolisthésis de C6 et un
hématome prévertébral (flèche). Coupe sagittale paramédiane gauche (B) montrant la
fracture luxation C6-C7 gauche, réalisant le signe de la « triple articulaire » en coupe axiale
(C). À noter la conservation des rapports articulaires zygapophysaires du côté droit (C).
526 Traumatismes du rachis
Elles sont considérées comme instables, du fait en particulier d'une atteinte discale
largement suspectée en cas d'antérolisthésis (un complément par IRM peut être utile).
Un des risques des luxations unilatérales est l'atteinte de l'artère vertébrale
homolatérale.
Figure 34.22.
Radiographie du rachis cervical de profil montrant une fracture frontale du processus
épineux témoins d'un mécanisme en hyperextension (flèche).
Rachis thoracolombaire 527
RACHIS THORACOLOMBAIRE
Le risque principal est de méconnaître une lésion rachidienne en cas de polytrau-
matisme.
Les radiographies demeurent l'examen de première intention en dehors du contexte
de polytraumatisme (face et de profil en position couchée). Le scanner est l'examen
de référence et se substitue aux radiographies s'il est réalisé. L'IRM est réservée aux
cas d'atteinte neurologique. Elle permet l'étude de la moelle spinale, des racines ner-
veuses et du segment mobile rachidien.
Les lésions siègent principalement au niveau du segment rachidien le plus mobile,
entre T10 et L3.
La classification de Magerl définit trois types selon le mécanisme principal du
traumatisme (A pour la compression, B pour la traction et C pour la rotation).
Les types, groupes et sous-groupes classent les fractures par ordre de sévérité
croissante.
■ Type A : mécanisme de compression avec atteinte des éléments antérieurs
(corps vertébraux et disques intervertébraux), intégrité des éléments posté-
rieurs de stabilité (articulations zygaphophysaires et ligaments), et absence de
déplacement.
●
A1 : fracture d'un plateau vertébral (supérieur ou inférieur) sans atteinte
du mur postérieur. Il existe un tassement vertébral qui peut être asymétrique,
avec intégrité du mur postérieur, entraînant une déformation cunéiforme
(figures 34.23 et 34.24).
A B
Figure 34.23.
A, B. Sous-type A1.
D'après Reinhold M, Audigé L, Schnake KJ, et al. AO spine injury classification system : a revision proposal for the thoracic and lumbar
spine. Eur Spine J 2013 ; 22(10) : 2184–201.
528 Traumatismes du rachis
Figure 34.24.
Sous-type A1.
Fracture du plateau supérieur de la vertèbre T12 avec déformation cunéiforme et
intégrité du mur postérieur et des éléments postérieurs de stabilisation.
●
A2 : fracture-séparation du corps vertébral « en diabolo », quelle que soit
l'orientation du trait. Les deux plateaux vertébraux sont impliqués, sans atteinte
du mur postérieur (figure 34.25).
●
A3 : fracture d'un seul plateau, avec atteinte du mur postérieur, ou « burst
fracture » incomplète. Une fracture verticale d'une lame est possible, du fait
de l'écartement transversal des pédicules. Il existe un risque de rétropul-
sion d'un fragment osseux dans le canal avec compression neurologique
(figures 34.24 à 34.26).
Rachis thoracolombaire 529
A B
Figure 34.25.
A, B. Sous-type A2 (d'après Reinhold et al.).
A B
Figure 34.26.
A, B. Sous-type A3 (d'après Reinhold et al.).
●
A4 : similaire au sous-type A3, mais avec une atteinte des deux plateaux
vertébraux, de type comminutif ou par fracture-séparation, réalisant ainsi une
burst fracture complète. La perte de hauteur et le risque neurologique sont
plus importants que pour le sous-type A3 (figures 34.27 et 34.28).
530 Traumatismes du rachis
A B
C D
E F
Figure 34.27.
A–F. Sous-type A4 (d'après Reinhold et al.).
Rachis thoracolombaire 531
Figure 34.28.
Sous-type A4.
Noter la présence d'un fragment rétropulsé dans le canal spinal (flèche).
A B
C D
Figure 34.29.
A, B. Sous-type B1 (d'après Reinhold et al.).
Radiographie de face (C) et de profil (D) montrant le trait horizontal passant par L2
(flèche).
RACHIS THORACOLOMBAIRE 533
A B
C D
Figure 34.30.
A–D. Sous-type B2 (d'après Reinhold et al.).
A B
Figure 34.31.
A, B. Sous-type B2 au niveau des vertèbres T6-T7 avec décoaptation zygapophysaire (tête
de flèche en A, et fracture du corps vertébral de T6 de sous-type A3 (flèches).
On observe une atteinte du mur postérieur avec perte de hauteur du corps vertébral. On
peut ainsi classer cette lésion T6/T7-B2 (T6-A3).
534 Traumatismes du rachis
Figure 34.32.
Coupe sagittale IRM pondérée en T2 montrant la lésion du ligament interépineux sous-
type B2 (flèche) et du LLP (tête de flèche).
A B
C
Figure 34.33.
A–C. Sous-type C1 (d'après Reinhold et al.) et TDM en coupe sagittale d'une fracture sur
rachis ankylosé par une maladie de Forestier évoluée (flèche).
RACHIS THORACOLOMBAIRE 535
A B
C D
E F
Figure 34.34.
A–F. Sous-type C2 (d'après Reinhold et al.).
Schéma et coupe TDM sagittale et coronale.
536 Traumatismes du rachis
A B
C D
Figure 34.35.
A–D. Sous-type C3 (d'après Reinhold et al.).
STRATÉGIE DIAGNOSTIQUE
Que ce soit au niveau cervical ou thoracolombaire, le scanner est l'examen de réfé-
rence lorsqu'une lésion traumatique du rachis est suspectée. La radiographie stan-
dard n'est suffisante que dans l'analyse de lésions très simples : entorse bénigne du
rachis cervical, fracture de Magerl de type 1A.
Au niveau du rachis cervical, l'intégrité des artères vertébrales doit rester une
préoccupation constante nécessitant au moindre doute la réalisation d'un
angioscanner artériel. Au niveau thoracolombaire, il faut penser à vérifier l'inté-
grité de l'aorte en particulier en cas de fracture de type Magerl C.
Stratégie diagnostique 537
Figure 34.36.
Sous-type C3.
Fracture séparation horizontale du corps vertébral de T9 (flèche), fracture horizontale
de l'arc postérieur de T7 et écartement interépineux C7-C8 (tête de flèche), avec
déplacement craniocaudal.
35
Traumatismes
de la ceinture pelvienne
PLAN DU CHAPITRE
■ RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
RAPPEL ÉPIDÉMIOLOGIQUE
Les fractures de la ceinture pelvienne sont fréquentes mais ne représentent que
2 à 3 % de l'ensemble des fractures au cours des accidents de la voie publique. Le
plus souvent (deux tiers des cas), elles rentrent dans le cadre de polytraumatisme.
Les fractures de l'anneau pelvien peuvent présenter un risque vital par les lésions
vasculaires qu'elles entraînent à l'origine d'hématome sous-péritonéal, alors que les
fractures du cotyle posent le problème de la congruence articulaire et de son pro-
nostic fonctionnel.
Figure 35.1.
A. Complexe ischiopubien. B. Acétabulum. C. Complexe iliosacré.
telles qu'après avoir éliminé une autre interruption de l'anneau pelvien. Les asso-
ciations lésionnelles, homolatérales ou croisées (figure 35.6), sont multiples et fac-
teurs d'instabilité.
Figure 35.2.
Mécanisme en compression antéropostérieure.
Figure 35.3.
Mécanisme en compression latérale.
542 Traumatismes de la ceinture pelvienne
Figure 35.4.
Mécanisme par cisaillement vertical.
Figure 35.5.
Fractures élémentaires de l'anneau pelvien.
A. Fracture isolée de l'aile iliaque. B. Fracture sacroccygienne en dessous de S2.
C. Fracture unilatérale d'une ou des deux branches pubiennes. D. Fracture bilatérale
d'une ou des branches pubiennes.
Mécanismes et lésions élémentaires 543
Figure 35.6.
A–D. Fractures associées de l'anneau pelvien.
Figure 35.7.
Classification de Young et Burgess.
A. Compression antéropostérieure. B. Compression latérale. C. Cisaillement vertical.
544 Traumatismes de la ceinture pelvienne
Tableau 35.1.
Classification de Tile modifiée par l'Association for Osteosynthesis (Tile/AO).
Figure 35.8.
Classification de Denis.
FRACTURES DE L'ACÉTABULUM
Lors des chocs postérieurs du bassin, les forces traumatiques sont transmises à la
tête fémorale qui se comporte comme une « enclume » ; dans les impacts anté-
rieurs transmis à travers le col fémoral, la tête se comporte comme un « butoir ». Le
siège des lésions dépend alors du degré d'abduction et de flexion de la hanche au
moment de l'impact (fractures postérieures), ou de son degré de rotation externe
(fractures antérieures).
546 Traumatismes de la ceinture pelvienne
Figure 35.9.
Fractures de l'acétabulum élémentaires.
A. De la paroi antérieure. B. De la paroi postérieure. C. De la colonne antérieure. D. De la
colonne postérieure. E. Fracture transversale.
Mécanismes et lésions élémentaires 547
Figure 35.10.
Fractures de l'acétabulum associées.
A. Fracture transversale + fracture de la paroi postérieure. B. Fracture des deux colonnes.
C. Fracture en T. D. Fracture de la colonne antérieure + fracture hémitransversale
postérieure. E. Fracture des colonne et paroi postérieures.
Tableau 35.2.
Type de fracture par ordre décroissant de fréquence.
Fractures élémentaires
Paroi postérieure 25 %
Transversale 9 %
Colonne antérieure 5 %
Colonne postérieure 4 %
Paroi antérieure 2 %
(Suite)
548 Traumatismes de la ceinture pelvienne
Tableau 35.2.
Suite.
Fractures associées
Transversale + paroi postérieure 18 %
Bicolonne 20 %
En T 10 %
Paroi antérieure + hémitransversale 5 %
postérieure
Colonne + paroi postérieure 6 %
TECHNIQUES D'IMAGERIE
RADIOGRAPHIES STANDARD
Le bilan radiographique standard repose essentiellement sur les clichés suivants :
■ bassin de face ;
■ oblique alaire (plan oblique à 45°, hanche saine surélevée) qui déroule l'aile
iliaque et explore le bord postérieur de l'os iliaque et le bord antérieur du cotyle ;
■ oblique obturatrice (plan oblique à 45° hanche traumatisée surélevée) qui
étudie le détroit supérieur, le bord postérieur du cotyle et le cadre obturateur.
Deux clichés complémentaires peuvent être réalisés : outlet ou oblique ascen-
dante (rayon ascendant de 40°), inlet ou oblique descendante (rayon descen-
dant de 30°) jugent au mieux les déformations de l'anneau pelvien, en particulier
les lésions symphysaires (sacro-iliaques et symphyse pubienne) (figure 35.11).
Figure 35.11.
A, B. Inlet. C, D. Outlet.
Techniques d'imagerie 549
TOMODENSITOMÉTRIE
C'est la technique d'imagerie la plus sensible. L'acquisition couvre la totalité du bas-
sin en mode hélical avec reconstruction bidimensionnelle et tridimensionnelle. Une
reconstruction tridimensionnelle de l'acétabulum avec extraction de la tête fémo-
rale permet une planification chirurgicale plus aisée. Dans le cadre d'un polytrau-
matisme, une acquisition est réalisée avec injection de produit de contraste avec
acquisition précoce (à la recherche de lésions vasculaires) et tardive (à la recherche
de lésions urinaires).
RADIO-ANATOMIE
Voir les figures 35.12 à 35.14.
B C
Figure 35.12.
Repères radiologiques fondamentaux de l'acétabulum.
A. Bassin de face. B. Trois quart alaire. C. Trois quart obturateur. Bord antérieur de
l'acétabulum (1) ; bord postérieur de l'acétabulum (2) ; toit de l'acétabulum (3) ; « U »
radiologique (4) ; ligne ilio-ischiatique (5) ; ligne innominée (iliopubienne) (6) ; bord
postérieur de l'os iliaque (7) ; aile iliaque (8) ; cadre obturateur (9).
550 Traumatismes de la ceinture pelvienne
Figure 35.13.
Repères anatomiques de l'os iliaque.
1. Colonne postérieure ilio-ischiatique. 2. Colonne antérieure iliopubienne. 3. No man's land.
Figure 35.14.
Fracture de l'acétabulum.
1. Fracture de la paroi postérieure de l'acétabulum. 2. Fracture transversale de
l'acétabulum. 3. Fracture d'une colonne de l'acétabulum.
Résultats de l'imagerie 551
RÉSULTATS DE L'IMAGERIE
LÉSIONS DE L'ANNEAU PELVIEN (HORS ACÉTABULUM)
Fractures stables
Les fractures stables sont les plus fréquentes en général par choc direct avec inter-
ruption de l'anneau pelvien en un seul point. On retrouve :
■ la fracture avulsion d'une insertion tendineuse chez l'enfant ou l'adolescent, le
plus fréquemment au niveau des épines iliaques (muscles sartorius, tenseur du
fascia lata, droit fémoral), ischion (muscles ischiojambiers), branche ischiatique
(muscles adducteurs), crête iliaque (muscles abdominaux) ;
■ fracture isolée de l'aile iliaque ;
■ fracture du sacrum transversale en dessous de S2. En cas de déplacement frac-
turaire, un déficit neurologique peut être associé ;
■ fracture du cadre obturateur uni- ou bilatérale sans lésion associée de l'arc
postérieur. Lors de lésion en cadre (branches ilio- et ischiopubiennes bilatérales),
il faut rechercher des lésions associées de la vessie ou de l'urètre.
Fractures instables
Les fractures instables interrompent l'anneau pelvien en deux points au niveau de
l'arc antérieur et postérieur.
■ Par compression latérale : mécanisme le plus fréquent retrouvé dans 60 à 70 %
des cas de traumatisme de l'anneau pelvien avec rotation médiale de l'hémibas-
sin. Il en résulte des lésions des branches ilio- et ischiopubiennes souvent dépla-
cées en chevauchement avec atteinte de l'arc postérieur (fracture iliaque ou
sacrée ou disjonction sacro-iliaque). Les lésions sont homo- et/ou controlatérales
à la compression (figure 35.15).
■ Par compression antéropostérieure : mécanisme retrouvé dans 15 % des cas avec
rotation latérale de l'hémibassin (en open book). Il en résulte des lésions de l'arc
antérieur : fractures verticales des branches ilio- et ischiopubiennes ou disjonc-
tion de la symphyse pubienne. Un diastasis symphysaire > 2,5 cm est associé à
des lésions des ligaments sacro-épineux et sacrotubéraux avec disjonction sacro-
iliaque antérieure voire postérieure en cas d'instabilité majeure. Des lésions vis-
cérales sous-jacentes sont fréquemment associées (vessie, urètre) par rupture du
plancher pelvien (figure 35.16).
■ Par cisaillement vertical : lors d'un impact vertical avec ascension de l'hémi-
bassin fracturé, disjonction pubienne et sacro-iliaque et nombreuses lésions
viscérales associées (figure 35.17). La fracture sentinelle de l'apophyse trans-
verse de L5 doit faire rechercher une lésion sous-jacente du sacrum par cisaille-
ment vertical.
■ Par mécanisme combiné : engendrant des lésions complexes. Les fractures ver-
ticales du sacrum sont classées en trois zones selon la classification de Denis avec
déficits neurologiques fréquents en zone II transforaminale et surtout III transca-
nalaire (figures 35.18 et voir figure 35.8).
552 Traumatismes de la ceinture pelvienne
Figure 35.15.
Fracture par compression latérale.
Fracture iliaque bilatérale, disjonction sacro-iliaque droite, fracture des branches
pubiennes droites, fracture du col fémoral gauche.
Figure 35.16.
TDM : traumatisme en open book.
A. 3D VR : disjonction sacro-iliaque bilatérale + disjonction pubienne. B. Coupe axiale
en fenêtrage osseux montrant la disjonction sacro-iliaque bilatérale. C. Temps artériel –
absence de saignement actif. D. Temps portal – saignement d'origine veineuse.
Résultats de l'imagerie 553
B C
Figure 35.17.
Fracture par cisaillement vertical.
A. Radiographie du bassin de face (patient 1) : fracture de l'apophyse transverse de L5
et de l'hémisacrum gauche. Fracture des branches pubiennes controlatérales. B, C. TDM,
3D VR (patient 2) : fracture de l'apophyse transverse gauche de L5 + hémisacrum gauche.
Fracture des branches pubiennes homolatérales.
Figure 35.18.
Fracture du sacrum : transforaminale (zone II de Denis).
A. Coupe axiale, fenêtrage osseux : fracture transforaminale bilatérale. B. 3D VR, vue
antérieure. C. 3D VR, vue postérieure. D. Coupe sagittale, fenêtrage osseux. E. 3D VR, vue
antérieure. F. Coupe frontale, fenêtrage osseux.
554 Traumatismes de la ceinture pelvienne
FRACTURES DE L'ACÉTABULUM
La classification de Judet et Letournel distingue cinq fractures élémentaires (voir
figure 35.9) et cinq fractures complexes (voir figure 35.10).
Fractures élémentaires
■ Fracture de la paroi postérieure (figure 35.19) : la plus fréquente des fractures
de l'acétabulum. En raison de son mécanisme de survenue (hanche en flexion au
moment de l'impact), une luxation fémorale postérieure est fréquemment asso-
ciée avec risque de lésion du sciatique.
■ Fracture de la colonne postérieure : comme dans les fractures de la paroi
postérieure, les luxations postérieures de la tête fémorale (figure 35.20) sont fré-
quentes ainsi que les risques de lésion du nerf sciatique.
■ Fracture de la paroi antérieure : la plus rare. Comme les fractures de la colonne
antérieure, cette lésion résulte de forces latérales appliquées sur le grand
trochanter.
Résultats de l'imagerie 555
Figure 35.19.
Fracture de la paroi postérieure de l'acétabulum.
A. 3D VR frontal. B. 3D VR axial. C. Coupe TDM axiale, fenêtrage osseux.
Figure 35.20.
Luxation postérieure de la tête fémorale.
A. Radiographie du bassin de face ; aspect raccourci et rotation du col fémoral évoquant
une luxation. B, D. TDM, coupes axiales : avant réduction (B), après réduction (D).
Confirmation de la luxation postérieure de la tête fémorale avec impaction céphalique.
Fracture de la paroi postérieure. Fragments intra-articulaires. C. Schéma du mécanisme
lésionnel.
556 Traumatismes de la ceinture pelvienne
Figure 35.21.
Fracture de la colonne antérieure de l'acétabulum.
A. 3D VR, vue axiale. B. Coupe TDM axiale, fenêtrage osseux. C. Radiographie standard du
bassin de face.
■ Fracture transversale (figure 35.22) : son trait traverse les colonnes anté-
rieure et postérieure par un seul plan dans l'espace. Il divise l'os iliaque en
deux segments : un segment supérieur, iliaque, rattaché au sacrum et donc
stable, et un segment inférieur, ischiopubien, instable. On distingue trois
types de fractures :
transversale transtectale avec trait passant à travers le toit de l'acétabulum ;
●
partie basse.
Ce plan de clivage passe toujours par le centre de la tête fémorale qui peut venir se
luxer en dedans (luxation centrale).
Sur le cliché de face, toutes les lignes obliques ou verticales en rapport direct avec
l'acétabulum sont rompues (ligne innominée, ligne ilio-ischiatique, bords antérieur
et postérieur de l'acétabulum). Seuls le cadre obturateur et l'aile iliaque sont intacts.
L'oblique obturatrice permet de juger de l'importance de la luxation centrale. En TDM, la
recherche d'une lésion des articulations sacro-iliaques doit être systématique ; en effet,
cette fracture transversale interrompt l'anneau pelvien en un seul point et la disjonction
(même minime) de la sacro-iliaque est constante et réalise le second point de rupture.
Résultats de l'imagerie 557
Figure 35.22.
Fracture transversale juxtatectale de l'acétabulum.
A. 3D VR, vue axiale. B. Coupe TDM axiale, fenêtrage osseux. C. Coupe TDM frontale,
fenêtrage osseux. D. 3D VR, vue sagittale interne. E. Radiographie standard.
Fractures associées
Ces fractures associent au moins deux des formes élémentaires déjà décrites et
divisent l'os iliaque en plus de deux fragments.
■ Fracture transversale + fracture de la paroi postérieure : la plus fréquente des
fractures combinées. Chacune des deux fractures élémentaires peut prédominer
sur l'autre, déterminant le siège (central ou postérieur) de la luxation de la tête
fémorale. Il faut rechercher soigneusement impactions, incarcérations et lésions
associées des sacro-iliaques.
■ Fracture bicolonne : c'est la lésion la plus complexe avec comminution éten-
due, rotation et déplacement des fragments. Les colonnes s'enroulent autour
de la tête fémorale, poussée en butée centrale par un choc trochantérien direct.
Cet enroulement peut assurer une certaine congruence articulaire – la « néo-
congruence » selon Letournel. L'acétabulum est totalement détaché, déplacé en
dedans dans le pelvis. C'est une fracture très instable.
■ Fracture en T : elle peut être assimilée à une fracture transversale (formant la
partie supérieure du « T ») avec un pied vertical qui interrompt l'arrière-fond de
l'acétabulum et la branche ischiopubienne. La tête fémorale est le plus souvent
en luxation centrale. La disjonction sacro-iliaque est quasi constante.
558 Traumatismes de la ceinture pelvienne
36
Traumatismes
de la ceinture scapulaire
et du membre supérieur
PLAN DU CHAPITRE
■ FRACTURES DE LA CLAVICULE
■ DISJONCTIONS ACROMIOCLAVICULAIRES
■ DISJONCTIONS STERNOCLAVICULAIRES
■ FRACTURES DE LA SCAPULA
■ LUXATIONS GLÉNOHUMÉRALES
• Luxation antéro-interne
• Luxation postérieure de la tête humérale
• Luxation inférieure
■ FRACTURES DE L'HUMÉRUS
• Fractures proximales
• Fractures diaphysaires
• Fractures distales
■ LUXATIONS DU COUDE
■ FRACTURES DE L'AVANT-BRAS
FRACTURES DE LA CLAVICULE
Les fractures claviculaires représentent environ 15 % de l'ensemble des fractures, et
surviennent principalement chez l'enfant ou l'adulte jeune. Elles sont le plus sou-
vent secondaires à un choc direct ou à une chute sur le moignon de l'épaule, dans le
cadre d'un accident de la voie publique ou d'un traumatisme sportif.
On distingue les fractures selon leur localisation :
■ les fractures du segment moyen sont les plus fréquentes (80 %). Elles siègent
entre le ligament conoïde et le croisement de la clavicule avec la première côte.
Le déplacement, lorsqu'il existe, intéresse le fragment médial, attiré en haut et en
arrière par le muscle sternocléidomastoïdien. Quant au fragment latéral, il est attiré
en bas et en dedans par le poids du membre supérieur et la tension des muscles
deltoïde, sous-clavier et grand pectoral. L'angulation est le plus souvent posté-
rieure, et le chevauchement très variable dépend de l'importance du traumatisme ;
■ les fractures du tiers latéral représentent environ 15 % des fractures de la cla-
vicule. Elles peuvent être intra- ou extra-articulaires. La classification de Neer
(figures 36.1 et 36.2) repose sur l'état des ligaments coracoclaviculaires dont l'inté-
grité détermine la stabilité de la clavicule et donc la prise en charge thérapeutique ;
■ les fractures du tiers médial sont plus rares (5 % des fractures de la clavicule). Elles
sont souvent peu déplacées en raison des nombreuses insertions ligamentaires.
Bien que les fractures de la clavicule soient généralement isolées, il est impé-
ratif de rechercher une association avec une subluxation de l'articulation acro-
mioclaviculaire, de l'articulation sternoclaviculaire ou encore une fracture de la
première côte.
DISJONCTIONS ACROMIOCLAVICULAIRES
Les disjonctions acromioclaviculaires sont fréquentes (environ 12 % des luxations de
l'épaule). Comme les fractures de la clavicule, elles sont le plus souvent secondaires
à un choc direct ou à une chute sur le moignon de l'épaule.
L'articulation acromioclaviculaire est entourée par une capsule, renforcée par
des ligaments (antérieur, postérieur, supérieur et inférieur). La cohésion entre la
clavicule et le processus coracoïde est réalisée par les ligaments coracoclavicu-
laires conoïde et trapézoïde.
562 Traumatismes de la ceinture scapulaire et du membre supérieur
Figure 36.1.
Classification de Neer.
Type 1 : le trait de fracture siège latéralement par rapport aux ligaments
coracoclaviculaires (conoïdes et trapézoïdes). Le déplacement est alors toujours
minime. Type 2 : le trait de fracture est associé à la rupture d'un (ou des)
ligament(s) coracoclaviculaire(s). La fracture peut se présenter comme une luxation
acromioclaviculaire avec ascension du fragment médial et risque de pseudarthrose.
Type 3 : fracture ostéochondrale de la surface articulaire claviculaire.
Figure 36.2.
Radiographie de face postéro-antérieure.
Fracture du tiers latéral de la clavicule, type 1 de Neer.
Disjonctions acromioclaviculaires 563
Figure 36.3.
Classification de Rockwood.
Type I : entorse bénigne des ligaments acromioclaviculaires (sans rupture franche)
et donc sans déplacement articulaire visible à la radiographie. Type II : rupture des
ligaments acromioclaviculaires avec respect des ligaments coracoclaviculaires. Il
peut y avoir un élargissement de l'interligne articulaire, mais si une subluxation
articulaire existe, elle reste inférieure à 50 % de la hauteur de l'articulation. Type III :
rupture des ligaments acromioclaviculaires et coracoclaviculaires avec luxation entre
50 % et 100 % de l'articulation. Type IV : rupture des ligaments acromio-claviculaires
et coracoclaviculaires avec luxation postérieure de la clavicule sur le cliché de profil.
Type V : rupture des ligaments acromioclaviculaires et coracoclaviculaires avec
luxation supérieure à 100 % de la hauteur articulaire associée à une désinsertion du
trapèze et du deltoïde de la clavicule distale. Type VI : luxation sous-coracoïdienne
de la clavicule.
564 Traumatismes de la ceinture scapulaire et du membre supérieur
Figure 36.4.
Radiographie de face.
Luxation acromioclaviculaire de type 2 de Rockwood (diastasis > 6 mm).
Figure 36.5.
Radiographie de face.
Luxation acromioclaviculaire de type 5 de Rockwood.
DISJONCTIONS STERNOCLAVICULAIRES
Les disjonctions sternoclaviculaires sont rares (2 à 3 % des luxations de l'épaule).
On distingue : les luxations claviculaires antérieures (ou présternales), dans les-
quelles l'extrémité médiale de la clavicule passe en avant du sternum lors d'une
violente rétropulsion de l'épaule ; et les luxations claviculaires postérieures (ou
rétrosternales) où l'extrémité médiale de la clavicule passe en arrière du ster-
num. Cette dernière lésion très rare est consécutive à un violent choc direct sur
la clavicule.
Fractures de la scapula 565
Figure 36.6.
TDM en reconstruction axiale MIP.
Luxation sternoclaviculaire postérieure droite et subluxation postérieure gauche avec
impact direct sur le tronc veineux brachiocéphalique.
FRACTURES DE LA SCAPULA
Les fractures de la scapula sont rares (1 % de l'ensemble des fractures). Elles sur-
viennent fréquemment dans un contexte traumatique violent, par choc direct anté-
ropostérieur ou latéral lors d'une chute sur l'épaule.
On distingue les fractures extra- et intra-articulaires.
■ Les fractures extra-articulaires (60 % des fractures scapulaires) concernent le
corps de la scapula. La fracture isolée de l'épine est exceptionnelle. La burst frac-
ture est une variété particulière dont le bord latéral très déplacé peut embrocher
l'articulation scapulo-humérale.
566 Traumatismes de la ceinture scapulaire et du membre supérieur
Les fractures de la scapula sont fréquemment associées à des lésions graves dans
le cadre d'un traumatisme thoracique sévère qui risquent de les faire méconnaître.
Le bilan standard, difficile à réaliser, est souvent complété par une TDM, qui permet
d'orienter le traitement chirurgical pour les fractures articulaires déplacées ou les
fractures complexes et de rechercher d'éventuelles complications thoraciques (frac-
tures costales associées dans 40 à 50 % des cas, épanchements thoraciques dans
20 à 50 % des cas, emphysème sous-cutané ou contusion pulmonaire).
Figure 36.7.
Classification d'Ideberg des fractures de la glène.
Type I : avulsion antérieure de la berge. Type IIa : fracture transverse avec fragment
inférieur détaché. Type IIb : fracture oblique avec fragment inférieur détaché. Type
III : fracture oblique avec fragment supérieur détaché (souvent associée à une lésion
acromioclaviculaire). Type 4 : fracture horizontale s'étendant jusqu'au bord médial de la
scapula. Type 5 : combinaison des types 2 et 4. Type 6 : fracture comminutive.
Luxations glénohumérales 567
LUXATIONS GLÉNOHUMÉRALES
Du fait de l'instabilité constitutionnelle de l'articulation glénohumérale, les luxations
glénohumérales représentent plus de 50 % des luxations articulaires. On les classifie
en fonction de la position de la tête humérale par rapport à la glène.
LUXATION ANTÉRO-INTERNE
Dans 90 % des luxations, la luxation est antéro-interne avec la tête humérale luxée en
avant de la glène et déplacée vers le bas par rapport à celle-ci. Elle résulte le plus sou-
vent d'une chute sur le moignon de l'épaule ou sur le bras tendu. Cependant, si l'épaule
est très instable, elle peut faire suite à un geste banal (natation, service au tennis, etc.).
Après la réduction, les lésions osseuses à rechercher sont :
■ les lésions de la glène correspondant soit à un simple éculement de son bord
antéro-inférieur, soit à une fracture vraie du rebord antéro-inférieur (lésion de
Bankart osseux) consécutive à une compression ou à un arrachement ostéoliga-
mentaire et évoluant fréquemment vers la pseudarthrose ;
■ les lésions de l'humérus par fracture arrachement du tubercule majeur secon-
daire à la traction des tendons de la coiffe des rotateurs, ou par fracture enfonce-
ment secondaire à l'impaction sur le rebord glénoïdien, de la face postérieure de
la tête humérale (encoche humérale de Malgaigne ou lésion de Hill-Sachs) ;
■ les fractures de la coracoïde sont relativement rares ; elles surviennent princi-
palement après 40 ans ; elles sont souvent méconnues en l'absence de scanner,
et évoluent fréquemment vers une pseudarthrose bien tolérée (figure 36.8).
Figure 36.8.
Luxation antéro-interne de la tête humérale.
A. Radiographie de face. B. Profil de la scapula.
568 Traumatismes de la ceinture scapulaire et du membre supérieur
Figure 36.9.
Luxation postérieure de la tête humérale.
A. Radiographie de face : aspect en ampoule de la tête humérale mais la luxation n'est
pas évidente. B. Profil de la scapula qui confirme la position postérieure de la tête
humérale.
Fractures de l'humérus 569
LUXATION INFÉRIEURE
Dans la luxation inférieure (« luxation erecta »), la tête humérale siège en dessous de
la glène et l'humérus est fixé en abduction.
Le bilan radiographique standard est, dans la majorité des cas, suffisant pour le
diagnostic et le suivi des luxations de l'épaule. Lors de déplacements trauma-
tiques majeurs et lorsque l'intervention chirurgicale est envisagée, la TDM peut
être utile.
Dans tous les cas, la recherche de complications s'impose.
■ Les lésions neurologiques (entre 5 et 15 %) surviennent le plus souvent au
cours des luxations antérieures, le plexus brachial cheminant immédiatement en
avant, en bas et en dedans de l'articulation glénohumérale. La lésion du nerf cir-
conflexe est la plus fréquente.
■ Des lésions de la coiffe des rotateurs peuvent être observées au cours de la
luxation chez les sujets de plus de 40 ans. Elles intéressent essentiellement le ten-
don du muscle supra-épineux (et plus rarement infra-épineux) dans les luxations
antéro-internes, le tendon du muscle subscapulaire et le tendon du long biceps
dans les luxations postérieures.
L'étude des lésions ligamentaires n'entre pas dans le cadre de l'exploration en
urgence de la luxation première. Elle est toutefois essentielle et les lésions ligamen-
taires représentent le substratum anatomique des luxations récidivantes. Le bilan
lésionnel sera effectué par arthro-TDM ou, mieux, arthro-IRM.
FRACTURES DE L'HUMÉRUS
FRACTURES PROXIMALES
Les fractures proximales de l'humérus sont fréquentes chez les sujets âgés, le plus
souvent secondaires à une chute sur le moignon de l'épaule. Elles incluent des frac-
tures de la tête, du col et des tubérosités. Les fractures du col sont les plus fréquentes,
atteignant préférentiellement le col chirurgical (plus que le col anatomique). Les
fractures articulaires et péri-articulaires sont habituellement associées à une luxa-
tion ou une subluxation glénohumérale.
La classification de Neer (figure 36.10) est la plus utilisée. Elle compte le
nombre de fragments déplacés (épiphyse, tubercule majeur, tubercule mineur
et diaphyse). La tête humérale tend à rester dans la glène alors que les autres
fragments tendent à se déplacer en fonction de la traction des muscles qui s'y
insèrent.
Les fractures extra-articulaires du col chirurgical sont les plus fréquentes (figure 36.11).
Elles sont engrenées dans 70 % des cas, surtout chez le sujet âgé. Les complications,
peu fréquentes, peuvent consister en une ostéonécrose de la tête humérale, une
pseudarthrose ou, plus tard, une épaule gelée.
570 Traumatismes de la ceinture scapulaire et du membre supérieur
Figure 36.10.
Classification de Neer.
Fractures de l'humérus 571
Figure 36.11.
Fracture du col chirurgical de l'humérus.
Les fractures parcellaires des tubérosités sont le plus souvent secondaires à un arrache-
ment de l'insertion des muscles de la coiffe des rotateurs :
■ les fractures du tubercule majeur (figure 36.12) sont les plus fréquentes.
Lorsque la fracture n'intéresse que l'insertion du supra-épineux, le fragment
est de petite taille et souvent attiré en haut et en dedans. Lorsque la fracture
intéresse l'insertion du supra- et de l'infra-épineux, le fragment est plus volu-
mineux et déplacé en haut et en arrière. Les fractures intéressant la totalité du
tubercule majeur sont peu déplacées, le plus souvent discrètement attirées en
bas et en arrière ;
■ les fractures du tubercule mineur sont plus rares, avec un déplacement frag-
mentaire en dedans par attraction du tendon du subscapulaire. Elles peuvent se
rencontrer au cours des luxations postérieures.
Les fractures articulaires (fractures céphalotubérositaires) associent en général une
fracture du col anatomique à une fracture d'une ou des deux tubérosités (fracture
céphalobitubérositaire à quatre fragments). Elles peuvent également être secon-
daires à une luxation l'épaule.
572 Traumatismes de la ceinture scapulaire et du membre supérieur
Figure 36.12.
Fracture du tubercule majeur.
FRACTURES DIAPHYSAIRES
Les fractures diaphysaires humérales intéressent, dans plus d'un cas sur deux, le tiers
moyen de la diaphyse avec des fractures simples bifragmentaires à trait unique (spi-
roïdal, oblique, court transversal), des fractures complexes à plus de deux fragments,
et enfin des fracas avec comminution importante de la diaphyse.
FRACTURES DISTALES
Les fractures distales de l'humérus (figure 36.13) sont classifiées en fonction de leur
relation avec les condyles huméraux. Les radiographies de face et de profil du coude
sont généralement suffisantes pour l'analyse de ces fractures.
On en distingue quatre types : supracondylienne, intercondylienne, condylienne
(qui inclue le capitulum et la trochlée) et épicondylienne.
Les fractures les plus fréquentes sont les fractures supracondyliennes qui surviennent
en général chez les enfants entre 9 et 12 ans, secondaires à une hyperextension. On
les classifie en trois stades selon leur déplacement :
Fractures de l'humérus 573
Figure 36.13.
Les différentes fractures de la palette humérale.
A. Fracture condylienne latérale. B. Fracture condylienne médiale. C. Fracture
sus- et intercondylienne. D. Fracture diacolumnaire intercondylienne. E. Fracture
supracondylienne et épiphysaire.
Figure 36.14.
Fracture intercondylienne en T de stade 3, déplacée avec rotation.
LUXATIONS DU COUDE
Le coude est une articulation très stable et, de ce fait, les luxations sont rares. Celles-ci
sont dues à une chute sur la main en hyperextension. Le plus souvent, chez l'adulte,
la tête radiale et l'ulna proximal se luxent ensemble, alors que chez l'enfant, une luxa-
tion isolée d'un des deux os est fréquente. On les classifie en fonction de la position
de l'ulna par rapport à l'humérus :
■ stade 1 : subluxation postérolatérale de l'ulna par rupture du ligament collaté-
ral ulnaire. Ces lésions ligamentaires peuvent être vues directement en IRM avec
des séquences T2 ;
■ stade 2 : apophyse coronoïde située en dessous de la trochlée ;
■ stade 3 : apophyse coronoïde en positon postérieure par rapport à la trochlée.
Les luxations du coude peuvent être associées à des fractures, en particulier de l'épi-
condyle médial et de l'apophyse coronoïde (60 % des cas). Il faudra toujours recher-
cher une atteinte neurovasculaire (artère brachiale ou nerf ulnaire).
La tête radiale doit être alignée avec le capitulum dans toutes les incidences et toute
interruption de la ligne radiocapitulaire indique une luxation de la tête radiale.
Figure 36.15.
Fracture de la tête radiale.
Déplacement des lignes graisseuses paracorticales.
Les fractures entraînent généralement une hémarthrose qui doit être recher-
chée sur les clichés de profil avec le déplacement des lignes graisseuses décol-
lées de l'humérus (signe de la voile).
FRACTURES DE L'AVANT-BRAS
Le radius et l'ulna forment un anneau fibreux osseux, stable s'il n'est fracturé qu'en
un point. Généralement, le traumatisme responsable est un impact direct sur
l'avant-bras. On appelle « fracture de la matraque » une fracture isolée de l'ulna (le
plus souvent au niveau de sa diaphyse distale). Une fracture isolée d'un des deux os
doit faire rechercher une luxation radio-ulnaire. La fracture-luxation de Monteggia
correspond à une fracture proximale de la diaphyse ulnaire, associée à une luxation
proximale de la tête radiale, alors que la fracture-luxation de Galleazzi correspond à
une fracture de la diaphyse radiale associée à une luxation radio-ulnaire distale.
576 Traumatismes de la ceinture scapulaire et du membre supérieur
Si, en revanche, il existe deux points de fractures, alors la lésion est instable. Le méca-
nisme est généralement un traumatisme indirect lors d'une chute sur le bras en
extension.
Figure 36.16.
Classification de Salter et Harris des fractures du cartilage de croissance de l'enfant et
l'adolescent.
Type I : séparation à travers la physe. Type II : fracture séparation à travers la physe
s'étendant vers la métaphyse. Type III : fracture séparation à travers la physe s'étendant à
travers l'épiphyse dans l'articulation. V : fracture séparation à travers la physe s'étendant vers
la métaphyse et à travers l'épiphyse dans l'articulation. Type V : écrasement de la physe.
Fractures de l'extrémité distale du radius et de l'ulna 577
Figure 36.17.
Fracture de Salter 1.
Chez l'adulte, il s'agit le plus souvent de patients âgés ostéoporotiques qui ont
chuté sur le poignet. Il s'agit de fractures métaphysaires distales du radius, fré-
quemment associées à une fracture du processus styloïde ulnaire (fracture de
Gérard-Marchant).
Ces fractures sont le plus souvent extra-articulaires et orientées de façon trans-
versale. Sur la radiographie de profil, le déplacement antérieur de la bande grais-
seuse antérieure du carré pronateur (témoignant de l'accumulation de sang dans le
muscle) peut être un signe indirect de fracture occulte.
La fracture de Pouteau-Colles (figure 36.18) correspond à une fracture métaphysaire
radiale distale, extra-articulaire, avec une angulation et/ou un déplacement dorsal
du fragment distal.
Figure 36.18.
Fracture de Pouteau-Colles (déplacement dorsal du fragment distal) associée à une
fracture de la styloïde ulnaire.
578 Traumatismes de la ceinture scapulaire et du membre supérieur
Figure 36.19.
Fracture de Goyrand-Smith (déplacement palmaire du fragment distal) associée à une
fracture de la styloïde ulnaire.
FRACTURES DU CARPE
La réalisation de quatre incidences est nécessaire à l'évaluation du carpe incluant
face, profil, obliques et incidence du scaphoïde (poignet en déviation ulnaire maxi-
male avec rayon craniocaudal de 15°).
FRACTURES DU SCAPHOÏDE
Les fractures du scaphoïde (figures 36.20 à 36.22) sont les plus fréquentes (75 %
des fractures du carpe), généralement chez l'adulte jeune sportif. Elles sont dues
à une chute sur le poignet en dorsiflexion qui entraîne une compression du sca-
phoïde sur la styloïde radiale ; 70 % des fractures du scaphoïde sont situées au
niveau du col.
Fractures du carpe 579
La radiographie initiale peut être normale. La TDM peut être une alternative qui
recherche un trait de fracture cortical non déplacé. Une seconde alternative peut
être de répéter les radiographies standard 7 à 10 jours après le traumatisme pour
mieux visualiser la fracture, du fait de la résorption osseuse périfracturaire. L'examen
de référence reste l'IRM qui retrouve l'œdème intra-osseux dans les séquences pon-
dérées en T2.
Figure 36.20.
Incidence de face et incidence du scaphoïde qui déroule l'os dans son grand axe.
Fracture du scaphoïde.
Figure 36.21.
Coupe sagittale TDM.
Fracture du scaphoïde non visible sur la radiographie.
580 Traumatismes de la ceinture scapulaire et du membre supérieur
Figure 36.22.
Coupe coronale IRM pondérée en STIR.
Contusion osseuse du scaphoïde non visible sur la radiographie.
FRACTURES DU TRIQUÉTRUM
Les fractures du triquétrum (figures 36.23 et 36.24) sont les deuxièmes fractures les
plus fréquentes du carpe, secondaires à une hyperextension avec le poignet en
Figure 36.23.
Fracture du triquétrum non visible sur la radiographie de face, bien visible en TDM.
Instabilités du carpe 581
Figure 36.24.
Fracture arrachement du tubercule dorsal du triquétrum.
INSTABILITÉS DU CARPE
Les instabilités du carpe sont le plus souvent secondaires à une chute sur la main en
hyperextension ou en hyperflexion.
DISSOCIATIONS SCAPHOLUNAIRES
Les dissociations scapholunaires (figure 36.25) sont les plus fréquentes. Elles sont
dues à une interruption du ligament intrinsèque scapholunaire.
582 Traumatismes de la ceinture scapulaire et du membre supérieur
Figure 36.25.
Instabilité scapholunaire.
L'espace entre le scaphoïde et le lunatum est augmenté de face et le scaphoïde horizontalisé.
■ Sur les radiographies de face, cette rupture se traduit par un diastasis scapholu-
naires de plus de 3 mm ; le lunatum bascule vers la face dorsale rendant sa corne
antérieure (large) visible en distalité ; quant au scaphoïde, il bascule à l'inverse en
position palmaire, entraînant un aspect en anneau de son pôle distal.
■ Sur la radiographie de profil, les bascules respectives du scaphoïde qui s'hori-
zontalise vers la face palmaire et du lunatum qui se verticalise vers la face dorsale
augmentent l'angle scapholunaire au-delà de 60° (DISI ou dorsal intercalated seg-
ment instability).
DISSOCIATIONS LUNOTRIQUÉTRALES
Les dissociations lunotriquétrales sont secondaires à la rupture du ligament
lunotriquétral.
■ La radiographie de face retrouve un diastasis lunotriquétral de plus de 3 mm.
Le lunatum bascule vers la face palmaire, rendant sa corne postérieure (petite et
pointue) visible en distalité ; de même, le scaphoïde, solidaire du lunatum, bas-
cule en position palmaire, entraînant un aspect en anneau de son pôle distal.
■ Sur la radiographie, la bascule simultanée du scaphoïde et du lunatum vers la
face palmaire diminue l'angle scapholunaire qui devient inférieur à 30° (déforma-
tion en VISI ou volar intercalated segment instability).
LUXATION PÉRILUNAIRE
La majorité des luxations du carpe se situent autour du lunatum à travers le médio-
carpe. La variante la plus commune est la luxation périlunaire quand le lunatum
continue à s'articuler avec le radius. Le déplacement du massif carpien distal se fait
le plus souvent vers l'arrière (luxation rétrolunaire) (figure 36.26).
Fractures métacarpiennes 583
Figure 36.26.
Luxation rétrolunaire du carpe.
LUXATION DU LUNATUM
La luxation du lunatum est la lésion la plus sévère. Le capitatum reste en position
normale d'alignement avec le radius alors que, sur le cliché de profil, le lunatum
est orienté à environ 90° par rapport au radius. Sur la radiographie de face, le
lunatum prend un aspect arrondi en galette, bien différent de son aspect nor-
mal trapézoïdal.
FRACTURES MÉTACARPIENNES
Les fractures des bases métacarpiennes incluent souvent l'articulation carpométa-
carpienne. Les plus communes sont celles de la base du premier rayon. On différen-
cie les fractures de Bennett, dans lesquelles un petit fragment palmaire est détaché
avec habituellement un déplacement proximal modéré du reste du métatarsien, des
fractures de Rolando, dans lesquelles il existe deux fragments (palmaire et dorsal)
détachés (figure 36.27).
Les fractures du col des métacarpiens sont le résultat de traumatismes directs sur
les têtes métacarpiennes. Ces dernières fractures sont généralement instables avec
une angulation et/ou un déplacement palmaire des têtes métacarpiennes. Les
plus fréquentes sont celles du col du 5e métacarpien puis celles du 2e métacarpien
(figures 36.28 et 36.29).
584 Traumatismes de la ceinture scapulaire et du membre supérieur
Figure 36.27.
Fracture de Bennet par abduction forcée de la colonne du pouce.
Figure 36.28. Figure 36.29.
Luxations des bases des 4e et Fracture de la tête du 5e métacarpien.
5e métacarpiens associées à un arrachement
osseux carpien.
Fractures métacarpiennes 585
Figure 36.30.
Effet Stener.
Coupe coronale ulnaire de l'articulation métacarpophalangienne du 1er rayon,
pathologique du côté droit. M1 : 1er métacarpien ; P1 : 1re phalange. Le moignon du
ligament collatéral ulnaire (LCU) est rétracté contre le métatarsien (flèche), luxé en
surface de l'expansion de l'aponévrose de l'adducteur (EAA) qui est plaquée contre
la corticale osseuse. Du côté gauche sain, on visualise le LCU avec en superficie l'EAA
(flèches).
586 Traumatismes de la ceinture scapulaire et du membre supérieur
Figure 36.31. Figure 36.32.
Écrasement de la phalange distale Fracture de la base de P1 du 3e rayon et
arrachement palmaire de la base de P2
du 4e rayon.
Stratégie diagnostique 587
STRATÉGIE DIAGNOSTIQUE
En dehors du contexte d'un polytraumatisé où le scanner sera réalisé en première
intention, la suspicion de fracture du membre supérieur ou de la ceinture scapulaire
nécessite la réalisation de radiographies standard de face et de profil qui sont sou-
vent suffisantes. La tomodensitométrie peut être réalisée en complément en cas de
fracture occulte suspectée cliniquement, lors de fractures complexes, en particulier
lorsqu'elles sont articulaires, ou encore devant la suspicion de lésions vasculaires
associées qui nécessitera l'injection intraveineuse de produit de contraste iodé pour
les détecter.
CHAPITRE
37
Traumatismes du membre
inférieur
PLAN DU CHAPITRE
■ FRACTURE DE L'EXTRÉMITÉ SUPÉRIEURE DU FÉMUR
• Fractures du col fémoral
• Fractures du massif trochantérien
■ LÉSIONS TRAUMATIQUES DU GENOU
■ LUXATIONS DU GENOU
Figure 37.1.
Localisation et traits élémentaires des fractures du col fémoral.
1. Sous-capitale. 2. Transcervicale. 3. Basicervicale.
Fracture de l'extrémité supérieure du fémur 591
Figure 37.2.
Classification de Pauwels.
Type I : trait de fracture à 30° de l'horizontale. Type II : trait de fracture à 50° de
l'horizontale Type III : trait de fracture à 70° de l'horizontale.
Figure 37.3.
Classification de Garden.
Type I : fracture en coxa valga incomplète engrenée. Type II : fracture complète sans
déplacement. Type III : fracture en coxa vara complète déplacée à travées horizontales
à 90°. Type IV : fracture en coxa vara à déplacement total ; les deux fragments sont
désolidarisés, les travées parallèles.
592 Traumatismes du membre inférieur
Figure 37.4.
Localisation et traits élémentaires des fractures trochantériennes.
Cervicotrochantérien (1), pertrochantérien (2), intertrochantérien (3), sous-trochantérien
(4), trochantérodiaphysaire (5).
A B C
Figure 37.5.
Fracture intertrochantérienne.
A. Radiographie standard de face. B. TDM, reconstruction coronale, fenêtre osseuse.
C. TDM, reconstruction axiale, fenêtre osseuse.
Lésions traumatiques du genou 593
Attention à ne pas prendre une patella bipartita dont les bords sont corticalisés
pour une fracture.
Figure 37.6.
Fracture sagittale de la patella.
594 Traumatismes du membre inférieur
Dans le cadre d'une luxation avérée de la patella, une IRM à distance est néces-
saire afin d'éliminer une lésion associée : fracture ostéochondrale fémoropatellaire,
fracture de la berge médiale de la patella, corps étranger intra-articulaire, ou une
rupture du ligament fémoropatellaire médial. Un bilan d'imagerie des membres
inférieurs sera également nécessaire à la recherche de facteurs de risque d'instabi-
lité patellaire.
Figure 37.7.
Classification des fractures de l'extrémité inférieure du fémur.
A. Fracture supracondylienne métaphysaire (simple ou plurifragmentaire). B. Fracture
sus- et intercondylienne. C. Fractures unicondyliennes : fracture condylienne à trait
frontal (Hoffa) (1), fracture condylienne à trait sagittal (Trélat) (2).
Fractures de l'extrémité supérieure du tibia 595
A B D
Figure 37.8.
Fracture sus- et intercondylienne.
A, B. Radiographies standard face et profil. C, D. TDM, reconstructions coronale
et sagittale, fenêtrage osseux.
Figure 37.9.
Classification de Schatzker.
Type I : fracture-séparation pure du plateau tibial latéral. Type II : fracture-séparation-
enfoncement du plateau tibial latéral. Type III : fracture-enfoncement pure du plateau
tibial latéral. Type IV : fracture-séparation du plateau tibial médial. Type V : fracture
bitubérositaire. Type VI : fracture tubérositaire + fracture diaphysaire haute.
Figure 37.10.
Fracture de Segond.
LUXATIONS DU GENOU
Les luxations du genou sont rares.
Les radiographies standard suffisent à montrer le sens du déplacement. Il faut sur-
tout s'attacher à rechercher une complication vasculaire (lésion intimale), même si
les pouls réapparaissent, par une angio-TDM en urgence.
Figure 37.11.
Mécanismes lésionnels des fractures bimalléolaires.
A. Fracture infraligamentaire en adduction. B. Fracture supraligamentaire en abduction.
C. Fracture transligamentaire en rotation externe.
Lésions traumatiques de la cheville 599
Figure 37.12.
Classification des fractures bimalléolaires.
A. Fracture fibulaire infrasyndesmotique (infraligamentaire). B. Fracture fibulaire
trans-syndesmotique (transligamentaire). C. Fracture fibulaire suprasyndesmotique
(supraligamentaire).
600 Traumatismes du membre inférieur
Figure 37.13.
Fracture malléole postérieure (flèche) + fracture fibulaire proximale (tête de flèche) +
diastasis tibiofibulaire antéro-inférieur (double flèche).
ENTORSE DE LA CHEVILLE
La réalisation d'une radiographie standard n'est pas systématique si le patient a
entre 18 et 55 ans. Celle-ci sera réalisée en cas de signes cliniques de fracture asso-
ciée (critères d'Ottawa) : impossibilité à faire quelques pas, douleur à la palpation des
six derniers centimètres du tibia ou de la fibula, de la base du 5e métatarsien ou de
l'os naviculaire. Les clichés face, profil et face à 20° de rotation interne recherchent
une fracture-avulsion d'une malléole, une lésion ostéochondrale du dôme talien,
située le plus souvent sur le versant supérolatéral dans le contexte traumatique, une
fracture du tubercule latéral du talus ou de la base du 5e métatarsien, une avulsion
du rétinaculum des fibulaires. Le bilan ligamentaire est réalisé en première intention
par échographie.
Lésions traumatiques du pied 601
Figure 37.14.
Classification des fractures tibiales distales.
A. Fractures extra-articulaires. A1. Métaphysaire simple. A2. Métaphysaire à coin.
A3. Métaphysaire complexe. B. Fractures articulaires partielles. B1. Séparation pure.
B2. Tassement-séparation. B3. Tassement-éclatement. C. Fractures articulaires totales.
C1. Simple. C2. Articulaire simple et métaphysaire complexe. C3. Plurifragmentaire.
Tableau 37.1.
Classification de Berndt et Harty des lésions ostéochondrales du dôme talien.
Les fractures du col du talus sont classées de façon pronostique en trois types
selon la classification de Hawkins (tableau 37.2), avec un risque d'ostéonécrose
qui augmente avec le type de fracture jusqu'à atteindre 100 % pour le type IV
(figure 37.15).
Tableau 37.2.
Classification de Hawkins des fractures du col du talus.
Type Description Risque de nécrose
Type I Fracture du col à trait transversal non ou peu déplacée < 10 %
Type II Fracture du col déplacée avec luxation subtalienne postérieure 40 %
Type III Fracture du col déplacée avec luxation subtalienne postérieure > 90 %
et talocrurale, correspondant à l'énucléation du talus
Type IV Type III associée à une luxation talonaviculaire Presque 100 %
Lésions traumatiques du pied 603
Figure 37.15.
Fracture de type II du col du talus avec luxation subtalienne postérieure.
Figure 37.16.
Luxation talonaviculaire.
La tête du talus est luxée en dedans (têtes de flèche) complétement à distance de la
corticale proximale de l'os naviculaire (flèches).
FRACTURES DU CALCANÉUS
Ce sont les fractures les plus fréquentes du pied (60 %) ; elles représentent à elles seules
2 % de toutes les fractures avec une nette prépondérance masculine ; elles peuvent être
bilatérales. Ces fractures résultent habituellement d'une chute sur les talons, entraînant
un cisaillement du calcanéus sous l'action du poids du corps transmis par le talus et de
la résistance au sol transmise par la grosse tubérosité calcanéenne ; elles peuvent être
associées à une fracture-compression vertébrale lombaire (30 %), une fracture du bassin
ou de l'acétabulum, un enfoncement du plateau tibial du fait du mécanisme identique.
Dans les trois quarts des cas, les fractures du calcanéus sont complexes, atteignant
l'articulation subtalienne. Mal explorées par les clichés standard, elles nécessitent un
bilan TDM qui précise :
■ le siège et l'orientation des traits de fractures ;
■ le nombre et le type de fragments principaux ;
■ le déplacement par rapport au sustentaculum tali ;
■ l'étude du thalamus (congruence articulaire) ;
■ l'étude des corticales ainsi que la recherche d'un trait de refend plantaire ;
■ l'étude des parties molles (recherche d'une incarcération des tendons
fibulaires) ;
■ l'analyse du sinus du tarse (étude du ligament interosseux).
Les fractures thalamiques du calcanéus sont des fractures articulaires qui menacent
la congruence de l'articulation calcanéocuboïdienne ; elles peuvent être arthrogènes
Lésions traumatiques du pied 605
Figure 37.17.
Classification d'Uthéza.
Type I : fracture verticale. Le trait fondamental est médial, il n'existe qu'un unique fragment
thalamique latéral verticalisé. Type II : fracture horizontale. Le trait fondamental est latéral,
il n'existe qu'un unique fragment thalamique médial horizontalisé. Type III : fracture mixte.
Le trait fondamental est le plus souvent médian (deux tiers des cas) ; il existe alors un
fragment thalamique médial horizontalisé et un fragment thalamique latéral verticalisé.
Le trait accessoire est un trait de fracture inconstant, situé en dedans du trait fondamental.
Ces deux traits (fondamental et accessoire) définissent cinq types de fractures thalamiques :
les fractures verticales, les fractures horizontales à un trait, les fractures horizontales à deux
traits, les fractures mixtes à un trait et les fractures mixtes à deux traits. L'atteinte de la grosse
tubérosité est définie comme une variante « propagée » de la classification.
606 Traumatismes du membre inférieur
Figure 37.18.
Fracture de l'os naviculaire secondaire à un traumatisme en inversion forcée de l'avant-pied.
Figure 37.19.
Fractures par insuffisance l'osseuse de l'os naviculaire passant souvent inaperçue sur la
radiographie standard et qui peut nécessiter le recours à la TDM ou l'IRM.
Lésions traumatiques du pied 607
Figure 37.20.
Fracture-luxation de l'articulation de Lisfranc.
La colonne (premier rayon) est déplacée en dedans alors que la spatule (quatre derniers
rayons) est déplacée latéralement.
608 Traumatismes du membre inférieur
Figure 37.21.
Fracture de la base du 5e métatarsien correspondant à un arrachement de l'insertion du
tendon du court fibulaire.
Elle ne doit pas être confondue avec une absence de soudure du noyau d'ossification (la
ligne hyperclaire est alors parallèle à la corticale de la diaphyse métatarsienne).
Figure 37.22.
Fracture de la base de la phalange distale de l'hallux associée à une luxation.
deuxième jour d'évolution ; elle peut être négative dans les deux premiers jours
en raison de l'hyperéchogénicité de l'hématome au stade initial. Elle apprécie le
volume de l'hématome et le degré de gravité de la lésion musculaire (classification
de Peetrons) :
■ stade 0 : contracture ;
■ stade 1 : élongation avec atteinte de quelques fibres musculaires ;
■ stade 2 : claquage avec lésion touchant moins de la moitié de l'épaisseur du
muscle ; les ruptures partielles sont mal visibles (hypoéchogénicité du muscle
normal) et il faut rechercher l'interruption des cloisons conjonctivo-adipeuses
échogènes interfasciculaires qui sont rompues au même niveau que les fibres ;
■ stade 3 : rupture complète avec possible rétraction musculaire. L'aspect en
boule du segment rompu au sein d'une collection séro-hématique constitue
l'image classique en « battant de cloche ». La rupture complète est confirmée
par l'épreuve dynamique qui reproduit sur l'écran les déformations visibles à
l'inspection.
L'IRM est réservée au doute clinique ou échographique pour faire un bilan très précis
des lésions et de leur stade d'évolution cicatricielle ou pour éliminer un processus
tumoral sous-jacent.
TRAUMATISMES TENDINEUX
Les traumatismes tendineux surviennent aussi le plus fréquemment chez le sportif
par choc direct ou surmenage. L'échographie est l'examen de première intention.
■ Lors d'une chute sur le moignon de l'épaule, une lésion de la coiffe des rota-
teurs peut être mise en évidence par un aspect tuméfié, hypoéchogène, hétéro-
gène initial du tendon lésé ou un double épanchement intra-articulaire et au sein
de la bourse sous-acromio-deltoïdienne.
■ L'insertion distale du tendon du biceps est le siège de ruptures-désinser-
tions totales ou, plus fréquemment, partielles. Son analyse échographique
est complexe, facilitée par les manœuvres dynamiques. L'échographie met
en évidence, dans les ruptures complètes, une zone anéchogène et un ten-
don d'amont ondulé, par opposition aux ruptures partielles où le tendon
reste entouré d'une gangue hypoéchogène qui permet de le repérer plus
facilement.
■ Les ruptures de l'appareil extenseur avec déficit de l'extension active du genou
sont classiquement secondaires à une rupture du ligament patellaire chez le
sujet jeune. Le sujet âgé présente plutôt des ruptures du tendon quadricipital,
le plus souvent partielles, du versant profond, avec perte de tension, disparition
du parallélisme des berges et présence d'une zone hypoéchogène au sein de
l'architecture fibrillaire du tendon. L'étude idéale doit être réalisée à 30 degrés de
flexion. Les manœuvres dynamiques permettent la mobilisation et l'appréciation
de l'éventuelle rétraction d'un fragment.
610 Traumatismes du membre inférieur
Dans tous les cas, la radiographie du genou de profil permet de faire le diagnostic en
mesurant la hauteur de la patella comparativement à une radiographie controlatérale.
Dans certains cas de doute diagnostique, l'échographie peut confirmer la rupture.
■ La rupture totale du tendon calcanéen est de loin la plus fréquente et ne
nécessite pas d'imagerie dans la majorité des cas. La sémiologie échographique
est souvent difficile pour quatre raisons principales :
– le siège de la lésion est souvent comblé de débris fibrinonécrotiques ; des
fibres tendineuses résiduelles peuvent être présentes ;
– le plantaire est souvent bien visualisé sur le versant médial du tendon et ne
doit pas être confondu avec une portion de tendon restant ;
– les ruptures de la jonction myoaponévrotique se comportent comme des
désinsertions, avec interposition d'un tissu d'échogénicité intermédiaire diffi-
cile à différencier du muscle soléaire.
■ une encoche de la face superficielle du tendon, des cônes d'ombres aux extrémités
de la lésion sont les meilleurs signes sémiologiques de rupture. L'examen dynamique
confirme le diagnostic et apprécie la réductibilité de la lésion en flexion plantaire.
STRATÉGIE DIAGNOSTIQUE
ET IMPACT THÉRAPEUTIQUE
L'exploration radiographique standard est le plus souvent suffisante pour localiser
un foyer de fracture diaphysaire, en préciser le type et apprécier son déplacement.
Une exploration tomodensitométrique complémentaire avec reformatage 2D
voire 3D doit être réalisée en cas de fracture articulaire : elle analyse les différents
fragments articulaires et leurs déplacements, la congruence articulaire, précise la
présence d'éventuelles esquilles osseuses libres en situation intra-articulaire. En pos-
topératoire, la TDM est également utile pour apprécier le réalignement des frag-
ments osseux, la persistance de fragments intra-articulaires et le positionnement
correct du matériel d'ostéosynthèse.
Stratégie diagnostique et impact thérapeutique 611
38
Particularités du traumatisme
de l'enfant (hors squelette
appendiculaire)
PLAN DU CHAPITRE
■ PARTICULARITÉS DU TRAUMATISME CRÂNIEN ET CERVICAL CHEZ L'ENFANT
• Spécificités de l'enfant par rapport à l'adulte
• Conséquences de ces spécificités sur les lésions traumatiques cérébrales et cervicales
de l'enfant
■ TRAUMATISMES NON ACCIDENTELS
• Mécanismes lésionnels
• Enfant secoué
• Enfant battu
■ TRAUMATISME GRAVE OU POLYTRAUMATISME CHEZ L'ENFANT
• Particularités des traumatismes thoraco-abdominaux chez l'enfant
• Imagerie du traumatisme thoraco-abdominal ou du traumatisme grave
(polytraumatisme)
Dans ce chapitre, nous insisterons sur les particularités du traumatisme crânien chez
l'enfant, nous ferons un focus rapide sur l'enfant secoué et le traumatisme non acci-
dentel, et nous verrons la prise en charge du polytraumatisé pédiatrique sans détail-
ler les lésions. La traumatologie osseuse du squelette appendiculaire est traitée dans
le chapitre suivant.
Figure 38.1.
Radiographie du rachis cervical de profil chez une enfant de 2 ans.
Aspect de pseudoluxation de C2 sur C3 correspondant à un aspect normal pour l'âge en
rapport avec la laxité cervicale et le caractère horizontal des facettes articulaires.
la dure-mère est très adhérente et l'os malléable, donc un HED peut surve-
●
A B
Figure 38.2.
Exemple de traumatisme cervical à radiographie normale avec tétraplégie chez un
enfant de 7 ans (AVP moto passager casqué).
Le scanner ne met pas en évidence de lésion traumatique osseuse (A). L'IRM en séquence
pondérée en T2 (B) montre une rupture du ligament interépineux T1-T2 (flèche), une
rupture du ligament longitudinal antérieur en regard (tête de flèche) et une lésion
médullaire en regard de C2 (astérisque) due au mécanisme de flexion-extension forcée
dans cette lésion de type SCIWORA.
MÉCANISMES LÉSIONNELS
Les mécanismes lésionnels peuvent être multiples, ce qui explique les difficultés
diagnostiques :
■ choc direct : lésions proches d'un contexte accidentel classique ;
■ forces de torsion (membres), d'étirement (membres), de cisaillement
(membres) ou de compression (côtes, rachis) ;
■ en cas d'enfant secoué, les lésions osseuses peuvent être de tous les types,
multiples, d'âges différents en raison de la répétition des agressions ;
■ signes de malnutrition (ostéopénie).
ENFANT SECOUÉ
Le tableau typique est le suivant :
■ enfant de moins de 2 ans (âge moyen 1 an) ;
■ tableau clinique : convulsion, vomissements, comportement inhabituel ;
■ examen de première intention en urgence : scanner cérébral sans IV pour
rechercher des hématomes des convexités (figures 38.3 et 38.4), des pétéchies,
un gonflement cérébral, des fractures de la voûte (rares). Certaines équipes
conseillent de réaliser également une acquisition cérébrale avec IV en cas de sus-
picion de thrombose d'une veine pont car ce type de lésion est quasi pathogno-
monique d'un enfant secoué.
Figure 38.3.
Exemple d'hématome sous-dural (HSD) de la faux et des convexités postérieures
(flèches) prédominant à gauche chez un enfant de 4 mois entré aux urgences pour
malaise avec convulsion.
Ce type de lésion doit faire rechercher une maltraitance (enfant secoué).
620 Particularités du traumatisme de l'enfant (hors squelette appendiculaire)
A B
Figure 38.4.
Autre exemple d'enfant secoué entré pour hypotonie et comportement inhabituel.
Le scanner réalisé en urgence (A) montre un HSD frontal droit (flèche). L'enfant est suivi
et l'IRM à distance (B) montre des séquelles majeures avec atrophie parenchymateuse
comme chez 60 % des enfants secoués.
À froid, on réalise une IRM cérébrale avec séquences en diffusion et séquence SWI
(susceptibility-weighted imaging) pour le diagnostic et le pronostic (plus de 50 % de
séquelles neurologiques).
Il existe peu de lésions ostéoarticulaires dans ce cas. On recherchera des frac-
tures des côtes postérieures (écrasement lors du secouement), des tasse-
ments vertébraux et des fractures des clavicules (par tension sur le muscle
sternocléidomastoïdien)
ENFANT BATTU
Le tableau typique est le suivant :
■ enfant plus grand ;
■ 13 % d'atteinte neurologique (HSD, fractures de la voûte, anoxie, lésions axo-
nales diffuses) ;
■ consultation aux urgences pour douleur et impotence d'un membre sans his-
toire claire de traumatisme ;
■ lésions traumatiques osseuses souvent multiples et d'âges différents ;
■ fractures métaphysaires « en coin » ou en « anse de seau » (figure 38.5).
En urgence, les radiographies à faire ne concernent que la zone douloureuse.
À froid, une fois l'enfant hospitalisé, il faudra réaliser des radiographies du squelette
en totalité, segment par segment, de grande qualité.
TRAUMATISMES NON ACCIDENTELS 621
A B
+10 j
+10 j
C D
Figure 38.5.
Bilan radiologique complet dans le cadre d'un enfant suspect de maltraitance devant
des ecchymoses cutanées.
Aspect de fracture métaphysaire en « anse de seau » de l'extrémité distale du tibia droit
(A, B, flèches). Un contrôle radiologique à 10 jours confirme qu'il s'agit bien d'une lésion
traumatique devant l'apparition d'appositions périostées correspondant au cal osseux
(C, D).
622 Particularités du traumatisme de l'enfant (hors squelette appendiculaire)
Traumatismes thoraciques
■ Les côtes sont élastiques, ce qui explique la rareté des fractures et la possibilité
de contusions sans fracture (50 %) car l'énergie du traumatisme est moins absor-
bée que chez l'adulte.
■ Les lésions médiastinales sont exceptionnelles (rupture de l'isthme).
■ Le pronostic global des traumatismes thoraciques chez l'enfant est meilleur
que chez l'adulte avec moins de surinfection, moins de syndrome de détresse
respiratoire aiguë (SDRA) et une meilleure récupération.
Traumatismes abdominaux
■ La cage thoracique est moins développée et la paroi musculaire est faible, ce
qui entraîne plus de chocs directs des organes pleins (foie, rate).
■ Le faible développement des muscles abdominaux explique aussi la fréquence
plus élevée de traumatismes duodénopancréatiques par compression directe du
pancréas sur le billot vertébral lors des chocs épigastriques (guidon de vélo).
■ Le bassin présente une plasticité importante et les fractures sont donc rares.
Traumatisme grave ou polytraumatismechez l'enfant 623
Il s'agit principalement de traumatismes fermés (98 %) par chutes (surtout chez l'en-
fant de moins de 6 ans) ou par AVP chez l'enfant plus grand. Les atteintes touchent
principalement le pôle céphalique (80 %), le thorax (25 %) et l'abdomen (25 %).
Échographie et Doppler
C'est l'examen de première intention dans tout traumatisme abdominal de l'en-
fant. Comme chez l'adulte, on recherchera l'hémopéritoine et les lésions viscérales
sont souvent sous-estimées. En cas de traumatisme abdominal isolé avec un enfant
stable, l'échographie devra être complète avec vérification de la bonne vasculari-
sation des organes pleins en Doppler couleur et sera le seul examen si celle-ci est
normale. S'il s'agit d'un traumatisme grave instable, l'échographie sera faite au lit de
type FAST echo avant le scanner corps entier.
En cas de traumatisme grave ou d'échographie pathologique (hémopéritoine +++),
l'examen sera complété par un scanner.
Certaines équipes intègrent l'échographie de contraste dans leur arsenal dia-
gnostique soit pour préciser une lésion lors de l'échographie initiale, soit pour le
suivi échographique d'un traumatisme grave après un scanner initial pour limiter
l'irradiation.
Tomodensitométrie
La tomodensitométrie (TDM) est réservée aux traumatismes graves ou en complé-
ment d'une échographie abdominale pathologique.
Des protocoles scanner dédiés à la pédiatrie avec des paramètres adaptés au poids
de l'enfant doivent être présents dans les machines dédiées aux urgences.
Les doses recommandées sont les suivantes :
■ < 10 kg : CTDIvol (mGy) : 4 (± 2) ;
■ entre 10 et 20 kg : CTDIvol (mGy) : 5 (± 3) ;
■ entre 20 et 35 kg : CTDIvol (mGy) : 6 (± 3).
Concernant la quantité de produit de contraste :
■ < 25 kg : 2 ml de produit de contraste iodé par kg ;
■ entre 25 et 50 kg : 1,5 ml de produit de contraste iodé par kg ;
■ > 50 kg : quantité équivalente à l'adulte.
Le protocole scanner corps entier est le suivant :
■ scanner cérébral et massif facial sans injection ;
■ pas d'acquisition abdominale sans IV ;
■ acquisition unique du vertex à la racine de la cuisse avec injection de produit
de contraste iodé :
enfant de moins de 25 kg : départ de l'hélice à 50 secondes, ce qui permet
●
39
Traumatologie
ostéoarticulaire du squelette
appendiculaire de l'enfant
PLAN DU CHAPITRE
■ GÉNÉRALITÉS
■ RECOMMANDATIONS GÉNÉRALES
■ POIGNET
■ MAIN
■ COUDE
■ CHEVILLE
■ GENOU
■ PIED
GÉNÉRALITÉS
La traumatologie ostéo-articulaire pédiatrique est très fréquente.
L'os pédiatrique est un os en croissance avec des spécificités à connaître :
■ os en croissance plus souple et déformable avec possibilité de fractures non
visibles ou incomplètes ;
■ ligaments plus solides que leur insertion ostéochondrale, donc tant que les
cartilages de croissance ne sont pas fusionnés il n'y a pas d'« entorse » mais des
fractures plus ou moins complètes ;
■ cartilage de croissance, donc variation de l'aspect normal avec l'âge et
risque sur le potentiel de croissance en cas de lésion touchant le cartilage de
croissance ;
■ fractures spécifiques (classification de Salter et Harris) ;
■ meilleure consolidation que chez l'adulte.
RECOMMANDATIONS GÉNÉRALES
Les règles dans ce type d'indication sont simples :
■ importance de la clinique : type de mécanisme, localisation de la douleur ;
■ en première intention, réalisation de radiographies standard de qualité avec
deux incidences orthogonales (face/profil) (figure 39.1). Dans la grande majorité
des cas, ce sera la seule exploration nécessaire ;
■ jamais d'échographie sans radiographie. L'échographie peut être utile en com-
plément dans certains cas ;
■ pas de cliché comparatif :
●
cela double la dose d'exposition aux rayons X ;
●
l'ossification et la maturation osseuse peuvent être asymétriques ;
●
il faut connaître l'aspect normal, les variantes et les pièges, et s'aider si
besoin de livres de référence.
■ le scanner est réservé au bilan préopératoire des fractures complexes (massif
facial, rachis, fractures complexes avec traits de refend multiples) ;
■ l'IRM a quelques indications à distance essentiellement en cas de douleur per-
sistante à radiographie normale (genou, poignet).
A B
Figure 39.1.
Radiographie de l'avant-bras, avec deux incidences montrant une fracture en bois vert
de la diaphyse ulnaire.
Cet exemple illustre le caractère indispensable de réaliser deux incidences orthogonales
en cas de traumatisme car la fracture n'est pas visible sur le profil (A), alors qu'elle est
évidente sur la face (B, flèche).
A B C
D E
Figure 39.2.
Illustrations des différentes fractures incomplètes spécifiques de l'enfant.
A. Fracture plastique de l'ulna : déformation sans rupture corticale. B. Fracture en bois
vert : rupture unicorticale (flèche). C, D. Fracture en motte de beurre ou en tore du
radius : impaction du spongieux métaphysaire. Cette fracture très fréquente est souvent
ratée. Il faut bien analyser la corticale du radius qui doit rester concave et présente une
petite déformation convexe en cas de fracture (C, flèche). Ce type de fracture se voit
toujours mieux sur le cliché de profil, sur la face palmaire, sous la forme d'une petite
marche d'escalier (D, flèche). E. Fracture en cheveu, spiroïde (têtes de flèche).
Poignet 631
POIGNET
C'est une zone très fréquemment traumatisée avec environ un tiers des radiogra-
phies pathologiques.
L'analyse de la radiographie devra porter sur la régularité des corticales du radius et
de l'ulna (qui doivent être convexes et harmonieuses).
La fracture la plus fréquente touche la métaphyse radiale (fracture en motte de
beurre ou en tore) et se voit mieux sur la face dorsale du radius sur le cliché de profil
(figure 39.2C). En cas de fracture du radius, il faudra toujours rechercher une atteinte
de la styloïde ulnaire associée (figure 39.3).
A B
Figure 39.3.
Fracture « motte de beurre » de la métaphyse distale du radius (A, B, flèches), mieux
visible sur le cliché de profil.
Il faut toujours rechercher un arrachement de la styloïde radiale associé, présent dans
ce cas sous la forme d'une petite image linéaire dense (A, tête de flèche) car, à cet âge,
la styloïde est en grande partie cartilagineuse et, en s'arrachant, elle emporte une petite
partie de corticale ossifiée.
632 Traumatologie ostéoarticulaire du squelette appendiculaire de l'enfant
MAIN
C'est une demande très fréquente de radiographie dans le cadre traumatique. Il faut
réaliser une radiographie de la main de face et du ou des doigts concernés de profil
strict.
Il existe deux situations principales :
■ petit enfant : « doigt de porte » → recherche de fracture de phalange par
écrasement ;
■ grand enfant : traumatisme du doigt en torsion dans le cadre ludique ou
sportif (sport de ballon) → fractures métaphysaires discrètes de type Salter II
(figure 39.4).
A B
Figure 39.4.
Deux exemples de lésions Salter II des doigts chez des grands enfants.
Les lésions de ce type sont la conséquence de torsions des doigts. Elles peuvent être
évidentes (A, flèches) ou beaucoup plus subtiles (B, flèche).
Coude 633
COUDE
Les fractures de cette région sont fréquentes (un tiers des explorations environ) avec
des conséquences fonctionnelles parfois sévères si le diagnostic est raté.
L'analyse de la radiographie du coude face et profil est fondée sur :
■ la recherche d'un épanchement qui, dans le cadre d'un traumatisme du coude
de l'enfant, est très en faveur d'une fracture, même si celle-ci n'est pas visible. Pour
cela, il faudra regarder les liserés graisseux situés de part et d'autre de la palette
humérale (figure 39.5) ;
■ les rapports articulaires : la tête radiale doit toujours être en face de son condyle ;
même en cas d'incidence non stricte, une ligne verticale tracée le long de la face
antérieure de la palette humérale coupe le condyle à sa partie moyenne.
La fracture la plus fréquente est la fracture supracondylienne (figure 39.6). Les frac-
tures de la tête radiale et les fractures du condyle externe (figure 39.7) sont plus rares
mais peuvent entraîner des limitations de l'articulation si elles ne sont pas diagnosti-
quées et traitées correctement. En cas de fracture complexe, il est parfois nécessaire
de compléter par un scanner préopératoire.
A B
Figure 39.5.
A. Coude de profil normal avec liseré graisseux antérieur au contact de la palette
humérale (astérisque), bon alignement entre la tête radiale et son condyle, la ligne
passant par le bord antérieur de la palette humérale coupe le condyle dans son tiers
moyen. B. Coude de profil avec épanchement intra-articulaire abondant entraînant un
refoulement du liseré graisseux antérieur en haut et en avant (flèches) et l'apparition
du liseré graisseux postérieur (têtes de flèche). Il s'agit dans ce cas d'une fracture
supracondylienne non déplacée.
634 Traumatologie ostéoarticulaire du squelette appendiculaire de l'enfant
A B
Figure 39.6.
Fracture supracondylienne du coude (A, flèche) chez une enfant de 5 ans avec bascule
de la palette humérale : la ligne passant par le bord antérieur de la palette ne coupe pas
le milieu du condyle.
Noter le signe qui doit alerter : épanchement intra-articulaire avec visibilité du liseré
graisseux postérieur (B, astérisque).
A B
Figure 39.7.
Fracture du condyle externe avec épanchement intra-articulaire chez un enfant de 5 ans.
Ce type de fracture est chirurgical.
Cheville 635
CHEVILLE
Les fractures sont rares (moins de 5 % des radiographies) et souvent ratées du fait
de leur rareté. Il n'y a pas d'entorse avant la quasi-fermeture des cartilages de crois-
sance, mais des lésions ostéochondrales (Salter I) souvent non visibles sur le cliché
simple (tuméfaction des tissus mous en regard du cartilage fibulaire inférieur).
L'analyse des radiographies s'attachera à rechercher un épanchement articulaire
sur le cliché de profil qui refoulera en avant les liserés graisseux avec le signe de la
« goutte » (figure 39.8). Contrairement au coude, la présence d'un épanchement
ne signifie pas la présence d'une fracture, mais cela reste un signe de gravité du
traumatisme et doit faire redoubler d'attention au moment de l'interprétation.
A B
Figure 39.8.
A. Cheville de profil normale sans épanchement : triangle graisseux en regard de
l'interligne antérieure tibiotalienne bien visible (astérisque). B. Cheville de profil avec
épanchement intra-articulaire : l'épanchement dense apparaît sous la forme d'une image
en « goutte » antérieure qui refoule le liseré graisseux (tête de flèche).
Les fractures, rares, sont souvent bi- ou triplanes (figure 39.10) et, en cas de fracture
triplane (Salter IV), un scanner préopératoire peut être nécessaire pour la planifica-
tion du geste chirurgical. Ces fractures étant rares (moins de 5 % des radiographies
de cheville), elles sont souvent ratées. La présence d'un épanchement intra-articu-
laire doit être un signe d'alerte pour une analyse minutieuse des clichés.
636 Traumatologie ostéoarticulaire du squelette appendiculaire de l'enfant
A B
Figure 39.9.
Variantes et pièges de la cheville.
La malléole interne peut être fragmentée et c'est un aspect normal (A), alors que la
malléole externe n'est pas fragmentée de façon normale et, si c'est le cas, il s'agit d'un
arrachement récent ou ancien (B).
A B
Figure 39.10.
Fracture triplane de la cheville (Salter IV).
Les trois plans sont toujours les mêmes : fracture dans un plan coronal de la métaphyse
du tibia (visible sur le profil, flèche blanche), fracture transverse de la physe (visible sous
la forme d'un bâillement : A et B, têtes de flèche), fracture sagittale de l'épiphyse (visible
sur la face, flèche noire). Ce type de fracture est chirurgical et peut nécessiter un scanner
préopératoire pour apprécier les diastasis et l'orientation exacte des traits de fracture.
Genou 637
GENOU
Les fractures visibles en radiographie sont rares (moins de 5 %). Comme pour la che-
ville, il faudra traquer l'épanchement intra-articulaire sur le cliché de profil sous la
forme d'une opacité fusible remplaçant la graisse au sein du récessus sous-quadri-
cipital (figure 39.11B).
Les principales fractures de l'enfant, rares, sont des fractures ostéochondrales à
l'insertion des tendons-ligaments. Par exemple, un mécanisme de torsion pourra
entraîner un arrachement du massif intercondylien en regard de l'insertion du liga-
ment croisé antérieur.
En cas d'absence de lésion osseuse, mais de présence d'un épanchement abondant,
un suivi rapproché est souhaitable avec réalisation d'une IRM en semi-urgence si
les douleurs persistent à la recherche de contusions osseuses, très fréquentes chez
l'enfant (figure 39.11). Les entorses et lésions méniscales ne concernent que le grand
enfant après la fusion des cartilages de croissance.
Variante de la normale
■ La tubérosité tibiale antérieure (TTA) est cartilagineuse chez le petit enfant
puis s'ossifie progressivement et se fusionne (figure 39.12).
■ L'absence d'épaississement des tissus mous en regard est la règle en l'ab-
A B
C D
Figure 39.11.
Traumatisme du genou.
La radiographie standard (A, B) ne met pas en évidence de fracture. En revanche, il y a un
épanchement abondant sous la forme d'une opacité dans le récessus sous-quadricipital
sur le cliché de profil (B, astérisque). Devant la persistance des douleurs, une IRM est
réalisée à J3 (C, D) montrant une contusion du condyle fémoral interne en hypersignal
sur ces séquences en densité de proton avec saturation de la graisse.
Pied 639
A B
Figure 39.12.
Piège : tubérosité tibiale antérieure (TTA).
Aspect normal de la TTA avec image radioclaire en « virgule » sur le cliché de face
(A, flèche) et irrégularité corticale sur le profil (B, flèche) sans aucun épaississement
des tissus mous en regard.
PIED
Les lésions traumatiques du pied chez l'enfant sont principalement des lésions par
écrasement direct des phalanges avec un aspect proche des lésions des doigts.
A B
C D
Figure 39.13.
Piège : noyau d'ossification de la base du 5e métatarsien (MTT).
Deux exemples d'aspect normal du noyau d'ossification du 5e MTT avec un début
d'ossification sous la forme d'une petite languette à distance de la corticale (A, tête de
flèche), puis une ossification progressive (B) avec un cartilage toujours dans l'axe du MTT.
Deux exemples de fractures (C, D) avec un trait de fracture toujours perpendiculaire à
l'axe du 5e MTT (flèches).