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Le bananier plantain

Enjeux socio-économiques
et techniques

Moïse Kwa et Ludovic Temple,


coordinateurs

Quæ
CTA
Presses
agronomiques
de Gembloux
4. Innovations dans 
les systèmes de culture 
et de production
Les agriculteurs qui cultivent du plantain pratiquent diffé-
rentes combinaisons (association, rotations) de cultures avec
le plantain ; elles sont issues des apprentissages historiques,
des migrations humaines et des contraintes dans lesquelles ils
se situent. Ces combinaisons s’observent à plusieurs échelles :
la parcelle, l’exploitation, l’écosystème (bassin versant, zone
écologique précise). On parle alors de « système de culture » pour
qualifier les dispositifs de plantation et de succession des cultures dans
le temps au sein du même espace.
En relation avec la configuration d’un système de culture, l’agri­
culteur peut utiliser des intrants produits sur l’exploitation (fertilisation
organique,...) ou achetés (pesticide, herbicide, engrais) ainsi que des
équipements techniques. Il mobilise donc du travail et de la terre.
Les intrants et les équipements sont des inputs de la production. On
appelle « système de production » une forme stabilisée et cohérente
d’organisation de la production (intrants, terre, travail) qui qualifie la
nature et le niveau d’usage de différents inputs et du travail. Ces formes
d’organisations sociales de la production structurent ainsi des combi-
naisons de facteurs que l’on peut qualifier de modes de production et
que les économistes étudient avec des fonctions de production. Les
fonctions de production formalisent les modes de gestion de l’entreprise
agricole suivant différentes formes d’agriculture (extensive, intensive,
­biologique, durable, écologique, etc.) pratiquées au sein de l’exploita-
tion. Cette dernière peut être réduite à une parcelle (grande ou petite),
ou couvrir un ensemble de parcelles ou même un territoire. Le système
de production intègre donc les dimensions biologiques, physiques, socio-
économiques, anthropologiques qui génèrent la production agricole. Ce
chapitre analyse les spécificités des systèmes de culture et de production
du bananier plantain et les principales dynamiques d’innovations.

Systèmes de culture
Le système de culture intègre la combinaison des cultures en présence,
leur ordre d’introduction et leur position dans le dispositif de la

79
Le bananier plantain

parcelle, et les techniques culturales mises en œuvre. Les producteurs


ont des gestes techniques qui attestent une certaine logique et la
maîtrise des espèces plantées et des itinéraires culturaux qui leur sont
familiers. Plusieurs systèmes de cultures peuvent se retrouver au sein
d’une exploitation. L’unité d’analyse privilégiée d’un système de culture
est la parcelle (grande ou petite). L’amélioration des connaissances sur
le fonctionnement du bananier, ses particularités, les maladies et rava-
geurs, et les systèmes techniques sont un levier central des processus
d’innovations que peut générer la recherche (scientifique, technique).
Deux principaux systèmes de cultures dominent la gamme des associa-
tions et des rotations culturales dans lesquelles s’insèrent les plantains :
multi-espèces et monoculture.

xxw S
 ystème multi-espèces dans un champ
ou dans une exploitation
Dans la plupart des zones de production paysannes en Afrique de
l’Ouest et du Centre, ces systèmes sont majoritaires. Ils sont caractérisés
par leur complexité : plusieurs cultures associées, des arrangements
spatiaux irréguliers (mais généralement pensés), des cultures incom-
patibles a priori dans le même espace (mais justifiées du point de vue
paysan), des superficies généralement faibles, etc.
Ces systèmes concernent entre 75 et 90 % des agriculteurs. Les champs
couvrent plus souvent entre 0,2 et 1 ha et un agriculteur peut en avoir
deux à quatre.
Le nombre de cultures associées au plantain varie entre 5 et 30. Cette
pratique est courante en Afrique, aux Antilles et en Amérique. Pour
l’illustrer, des exemples au Cameroun, au Congo, au Gabon en Côte
d’Ivoire, aux Antilles et en Guinée sont présentés.

Identification et représentativité des espèces associées


dans différents contextes de production

Cas du Cameroun
Différentes spéculations (> 30) sont associées au plantain dans les
champs. Leur fréquence (entre moins de 10 % et 90 %) dans les
champs varie en fonction des zones agro-écologiques. À l’issue d’une
enquête en 2007, on relève : macabo, présent dans 35 % de champs en
zone monomodale (zone 1) et dans 90 % de champs en zone bimodale
(zone 2) ; cacaoyer, 18 % en zone 1 et 57 % en zone 2 ; manioc, 12 % en

80
4. Innovations dans les systèmes de culture et de production

zone 1 et 45 % en zone 2 (tableau 4.1), etc. Ces variations démontrent


la complexité des approches paysannes en fonction de l’écologie des
zones et de leurs peuplements.
Au Cameroun, chaque combinaison observée sur les parcelles résulte
de l’optimisation par le producteur des moyens disponibles (terre,
disponibilité des rejets, travail, capital), des objectifs de sécurité
alimentaire, de la perception des risques, des connaissances et compé-
tences dans la maîtrise de la culture. On trouve des combinaisons
avec uniquement des cultures vivrières, mais aussi des combinaisons
de cultures vivrières avec des cultures fruitières arborescentes, des
cultures vivrières avec des essences forestières ou d’autres cultures
pérennes comme le cacaoyer et le caféier principalement (agroforêts)
(Kwa et al., 2009).
Dans les périmètres urbains, le plantain est associé avec des cultures
légumières (morelle, amarante, tomate, gombo, aubergine, etc.) ou
avec certaines plantes fruitières (ananas, papayer, etc.). Les produc-
teurs testent dans leur environnement proche tout ce qui peut apporter
un revenu complémentaire aux bananiers. Ainsi, de nouvelles cultures
sont introduites progressivement dans les associations tant qu’elles
présentent un intérêt économique.

Cas du Congo
Au Congo, une vingtaine d’espèces ont été trouvées dans les cultures
associées. Dix-huit d’entre elles sont régulièrement associées au bana-
nier plantain. Comme c’est le cas au Cameroun, ces associations sont
variées et diversifiées. Elles peuvent comporter entre deux et huit
spéculations différentes.
Des travaux en cours évaluent les meilleurs arrangements spatiaux
avec les cultures vivrières ainsi que l’impact de ces associations sur le
rendement du plantain et le contrôle du parasitisme. Certaines plantes
associées au plantain contribuent au contrôle du charançon noir du
bananier. D’autres associations réduisent la nuisance des nématodes
par leur statut de culture non hôte de ce nuisible.

Jardin de case et associations du plantain aux cultures vivrières


dans différents pays
Les systèmes multi-espèces présentent des variantes, surtout dans le
nombre d’espèces associées et les raisons de ces associations. On en
trouve des « fourre-tout », sans organisation précise, et d’autres assez
stratifiés et/ou mieux organisés.

81
Tableau 4.1. Variations de quelques spéculations associées au plantain et fréquences dans deux zones agro-écologiques
au Cameroun. (Kwa et al., Rapport Reparac, 2009)

Zone à pluviométrie monomodale Zone à pluviométrie bimodale


Nombre de Nombre de Nombre de Nombre de
Le bananier plantain

Spéculation Spéculation Spéculation Spéculation


champs (%) champs (%) champs (%) champs (%)
Macabo 35,3 Poivrier 11,8 Macabo 90,0 Haricot 11,0

82
Cacaoyer 17,7 Igname 11,8 Cacaoyer 55,6 Igname 44,4
Piment 11,8 Concombre 56,0 Piment 44,4 Safoutier 11,0
Caféier 17,7 Gombo 6,0 Maïs 44,4 Agrumes 33,0
Manioc 11,8 Avocatier 6,0 Manioc 44,4 Pistache 11,0
Palmier 23,5 Maïs 6,0 Cocotier 11,0 Palmier 22,2
Papayer 11,8 Taro 6,0 Papayer 22,2 Taro 11,0
4. Innovations dans les systèmes de culture et de production

Le jardin de case est installé autour ou à proximité des maisons d’habi-


tation ou des campements. Ses caractéristiques sont liées aux besoins et
aux habitudes alimentaires des populations. C’est l’un des plus anciens
systèmes de production vivrière, c’est aussi le reflet des traditions et
de l’héritage culturel des populations. Par exemple, le jardin créole
est le reflet de la culture créole, mélange d’influences amérindiennes,
européennes, africaines, etc.
Le « jardin de case » est un moyen rapide d’accéder à certains produits
importants d’utilisation quotidienne : plantes aromatiques, plantes
médicinales, variétés de plantes en voie d’extinction et qu’on ne voudrait
pas perdre, produits vivriers de base, arbres fruitiers très appréciés des
enfants et/ou de la famille et essentiels pour la santé, nouveautés obte-
nues auprès de connaissances à tester avant de planter dans un champ
en forêt, etc. Très souvent, les jardins de case bien établis présentent
une très grande diversité. La taille de ces jardins est variable et dépend
de la dynamique des familles et de la disponibilité en surface.
Dans les villages en Afrique et dans les Caraïbes (Boyer et al., 2014)
ainsi que dans les villes, les jardins de case peuvent couvrir : quelques
mètres carrés (30 à 100 m² à l’intérieur de la concession selon l’espace
disponible) ; plusieurs centaines de mètres carrés dans les villages
autour des maisons (150 à 800 m²), ou plus dans des jardins à proximité
des maisons non attenants à la concession (1 000 à 2 000 m²).
Aux Antilles et en Guyane, les jardins créoles, bien que considérés
comme des garde-manger de la famille, couvrent généralement des
superficies de moins de 200 m² (parfois jusqu’à 3 000 m2) et peuvent
contenir plus de 12 espèces végétales herbacées, arbustives et arborées.
Ces jardins sont la plupart du temps entretenus par les femmes.
L’association du plantain à des cultures vivrières est très souvent une
initiative liée à l’activité des femmes au champ. Le plantain est une
spéculation importante, mais les vivriers y sont dominants. La densité
de plantain est donc faible (entre 100 et 800 pieds/ha).
Les principales cultures vivrières associées dépendent des pays, des
habitudes alimentaires (valeurs ethniques), des milieux écologiques
et des bassins de production. Quatre groupes de cultures (vivriers,
fruitiers, cultures de rente et espèces forestières domestiquées) rassem-
blant au total près d’une cinquantaine d’espèces, ont été identifiés dans
les jardins de case et les jardins créoles.
Pour les cultures vivrières : arachide (Arachis hypogea), amarante
(Amaranthus sp.), aubergine (Solanum melongena), banane (Musa sp.),

83
Le bananier plantain

canne à sucre (Saccharum officinarum), concombre (Cucumis


sativus), courges (Cucumis spp.), gingembre (Zingiber officinalis),
gombo (Hibiscus esculentus), haricot (Phaseolus vulgaris), igname
(Dioscorea spp.), macabo (Xanthosoma sagitifolia), maïs (Zea mays),
manioc (Manihot esculenta), melon (Cucumis melo), morelle noire
(Solanum nigrum), niébé (Vigna unguiculata), oignon (Allium cepa)
oseille (Rumex acetosa), patate douce (Ipomea batata), piment
(Capsicum frutescens), pistache (Cucumis marli), poivron (Capsicum
annuum), soja (Glycine max), taro (Colocasia esculenta), tomate
(Solanum licopersicom), voandzou (Voandzeia subterranea), autres
cultures maraîchères, etc.
Pour les fruitiers : avocatier (Persea americana), les agrumes
(Citrus spp.), ananas (Ananas comosus), cocotier (Cocos nucifera),
papayer (Carica papaya), manguier (Mangifera indica).
Pour les cultures de rente : cacaoyer (Theobroma cacao), caféier (Coffea
canephora), palmier (Elaeis guineensis), hévéa (Hevea ­brasiliensis),
poivrier (Piper nigrum).
Pour les espèces forestières domestiquées : safoutier (Dacryodes edulis),
colatiers (Cola acuminata et Cola nitida), etc.
Les variations des choix et des fréquences entre les zones soulignent
l’importance de prendre en compte les valeurs ethniques, ethnobota-
niques et socio-culturelles dans les études des associations culturales.
Au Congo, plus d’une dizaine de cultures vivrières et plusieurs cultures
maraîchères se retrouvent dans les associations. Les combinaisons
inventoriées varient en fonction des départements. Les associations
vivrières ont entre deux et huit spéculations différentes. Les départe-
ments du Kouilou, du Niari et de la Bouenza ont les exploitations les
plus diversifiées (entre six et huit cultures vivrières dans les parcelles).
Au Gabon, au moins 21 cultures différentes ont été inventoriées dans les
plantations ayant des cultures associées. Ce sont (sans ordre d’impor-
tance a priori) : ananas, arachide, arbres fruitiers, aubergine, canne à
sucre, épinard, gombo, igname violette, légumes, maïs, manioc, morelle
noire, oseille, patate douce, piment, piment sauvage, plantain, tabac,
tomate, taro. Les six cultures les plus importantes retenues par les
planteurs gabonais de la province du Woleu Ntem sont par ordre d’im-
portance : 1. manioc, 2. banane, 3. arachide, 4. canne à sucre, 5. maïs,
6. ananas. Les bassins du Woleu Ntem et de la Raimboe développent
la culture de bananier plantain dont certaines parcelles en culture pure.
Dans la majorité des cas, les cultures sont associées et les choix sont

84
4. Innovations dans les systèmes de culture et de production

faits selon les préférences régionales. Les cultures fruitières et d’autres


cultures d’intérêts économiques (tomate, hévéa, cacao) sont en cours
d’introduction active dans certains bassins de production.
En Côte d’Ivoire, les cultures vivrières associées au plantain sont géné-
ralement valorisées dans le cadre des rotations culturales, notamment
en tête de rotation. Ces cultures sont : l’arachide, l’igname, les légumes,
le maïs, le riz (tableau 4.2).
Les rotations ici concernent le mode de succession des cultures dans la
même parcelle. Par exemple en pays baoulé, les cultures d’entrée dans
la parcelle sont l’igname et le bananier. Après récolte de l’igname, il ne
reste sur la parcelle que le bananier. Puis, après un certain nombre de
cycles d’exploitation des bananiers, on replante sur la même parcelle
de l’igname. L’association bananier et igname n’est possible que la
première année (en tête de rotation).

Tableau 4.2. Cultures vivrières associées au plantain dans les


rotations en Côte d’Ivoire. (Source : Perrin, 2015)
Cycles de rotations Zone concernée
Igname + bananier // bananier // bananier // bananier //
Pays Baoulé
bananier // igname
Riz + bananier + légumes Pays Dida – Divo
Igname + bananier // banane + cacaoyer //
bananier + cacaoyer // bananier + cacaoyer // Zones cacaoyères
bananier + cacaoyer // cacaoyer
Maïs + bananier // bananier + cacaoyer //
bananier + cacaoyer // bananier + cacaoyer // Zones cacaoyères
bananier + cacaoyer // cacaoyer
Arachide + bananier // bananier + cacaoyer //
bananier + cacaoyer // bananier + cacaoyer // Zones cacaoyères
bananier + cacaoyer // cacaoyer
Riz + bananier // bananier + cacaoyer //
bananier + cacaoyer // bananier + cacaoyer // Zones cacaoyères
bananier + cacaoyer // cacaoyer

En zone cacaoyère ivoirienne, le maïs et le bananier sont introduits


en même temps en 1re année. Après récolte du maïs, on introduit dans
la même parcelle du cacaoyer. Ces deux cultures restent associées
pendant quelques cycles (trois ou quatre), puis le bananier disparaît ;
seul le cacaoyer restera dans la parcelle. Dans ce cas, il y a deux asso-
ciations successives (bananier-maïs, et bananier-cacaoyer), puis la
culture pure du cacaoyer. Les cultures souvent associées au bananier

85
Le bananier plantain

en première année peuvent rester plus longtemps ou y être réintro-


duites tant qu’aucune plante pérenne n’est introduite (voir le cas de la
succession riz – bananier – légumes, tableau 4.2).
Dans l’exemple de la Côte d’Ivoire, les associations avec le bananier
sont possibles à la première mise en valeur de la parcelle, puis au cours
des trois ou quatre ans suivants après introduction des cacaoyers.
En Guinée (Conakry), les principales cultures vivrières associées au
bananier plantain sont : des bananes dessert, des bananes à cuire,
des haricots, du manioc, du riz. Souvent en deuxième année, on peut
introduire de la patate douce dans le dispositif. Ces associations
sont préférentiellement réalisées en Guinée forestière. Toutefois, ces
dernières années, de nouvelles expériences sont conduites notamment
en Guinée maritime avec de nouvelles cultures comme le concombre,
le niébé, la pastèque, le piment.
On note donc une plus grande diversité de cultures vivrières associées
au plantain au Cameroun (au moins 18 cultures) qu’au Gabon et au
Congo (une dizaine), en Côte d’Ivoire (5 spéculations) et en Guinée
(5 ou 6 spéculations). Les systèmes « bananier plantain – cultures
vivrières » sont modulables en fonction des populations, des habitudes
alimentaires, des aspirations économiques, des potentialités naturelles
et du dynamisme des populations locales. La biodiversité dans les
systèmes plantains en association avec des cultures vivrières suit un
gradient décroissant de l’Afrique centrale vers l’Afrique de l’Ouest. Des
échanges scientifiques entre la sous-région Afrique centrale et la sous-
région Afrique de l’Ouest devraient être amplifiés : un certain nombre de
variétés de plantain actuellement utilisés (‘Bâtard’, ‘French’, ‘FHIA 23’,
‘CRBP 39’, différentes bananes à cuire, etc.) ont été introduites en
Afrique de l’Ouest à travers des actions de partenariat entre les Centres
régionaux et internationaux de recherche (CRBP, Carbap, IITA) et les
institutions nationales de recherche de cette sous-région.
On peut constater que beaucoup de producteurs procèdent par des
« essais-erreurs » pour faire évoluer leurs pratiques. Cependant des
essais ont été conduits ces dernières années dans quelques pays sur
des associations binaires de plantain avec du manioc ou du niébé, du
maïs, de la patate douce. Le plantain est chaque fois considéré comme
la culture principale. En Afrique, il a été démontré que les cultures
intercalaires, à l’exception du niébé, ont une action négative sur la
production du plantain. Ce point demeure important, car on note par
exemple qu’une association comme celle du bananier plantain avec du
manioc continue à être pratiquée par beaucoup de planteurs.

86
4. Innovations dans les systèmes de culture et de production

En outre, comme le soulignent par ailleurs Camara et al. (2010), il est


nécessaire de réaliser un diagnostic agronomique précis des systèmes
vivriers en place pour mieux comprendre les cycles de reconstitution
de la fertilité du sol.
Des expérimentations appropriées devraient être conduites afin d’amé-
liorer les connaissances des producteurs.

Les associations de culture multi-espèces


Deux grands types d’associations multi-espèces avec le bananier peuvent
ainsi être définis : l’association « plantain-cultures alimentaires » et
l’association « plantain-plantes pérennes ». Le premier type présente
une seule modalité, et le deuxième est décliné en cinq variantes.
Association du plantain et des cultures alimentaires
Le plantain est très souvent associé à une gamme très large de plantes
vivrières destinées à l’alimentation des populations. Cette forme
d’association peut contenir des « binômes » compatibles (pas de concur-
rence sur les besoins nutritionnels) ou contenir une grande diversité
d’espèces végétales plantées dans une parcelle sans souci préalable
de compatibilité. Les densités et les modalités d’association sont
également très variées, avec des fonctions très différentes allant de la
complémentarité technique dans les systèmes de culture (gestion de la
fertilité ou de l’ombrage) aux simples bornages de parcelles (riz). Ces
fonctions peuvent aussi concerner l’optimisation des calendriers de
travaux ou alimentaires. Selon le milieu exploité, le plantain se trouve
associé aux racines tubérisées (manioc), aux tubercules (macabo, taro,
patate douce, igname, etc.) aux légumineuses (arachide, voandzou,
haricot, niébé, soja, ‘Ngon’, etc.), à certaines céréales (maïs, riz, etc.),
aux plantes légumières utilisées en cultures maraîchères (amarante,
­aubergine, gombo, morelle, piment, poivron, tomate, etc.).
N.B. Les parcelles destinées à cette forme d’association sont souvent
déjà bien ouvertes avec très peu d’ombrage. Lorsqu’elles sont installées
pour la première fois en zone de forêt, les parcelles concernées sont
généralement nettoyées par le brûlis.

Association du plantain et des cultures pérennes


Ce système peut se décomposer en cinq modes d’association dominants.
Plantain et cultures de rente : cacaoyer, caféier, hévéa, palmier, poivrier
Les cultures de rente considérées ici sont : cacaoyers, caféiers, hévéas,
palmiers, poivriers. La notion de culture de rente renvoie à son rôle

87
Le bananier plantain

principal comme culture générant des ressources monétaires aux


niveaux de l’exploitation ou de l’État. Le plantain dans ces associations
a un rôle complémentaire secondaire. Cette forme d’association est
présente dans toutes les zones de présence de plantain où ces cultures
de rente se sont développées. Une fonction principale du plantain avec
le cacaoyer est souvent de servir d’ombrage aux jeunes plants pendant
deux à trois ans avant de disparaître. Le plantain fournit alors les
revenus permettant d’attendre l’entrée en production de la plantation
principale. Il peut être associé aussi aux jeunes plantations de caféiers,
d’hévéas, de palmiers à huile, de poivriers. Certains dispositifs de plan-
tation (voir écartements plus grands) permettent aussi de maintenir le
bananier plus longtemps dans l’association.
Plantain et cultures fruitières
Le plantain est aussi associé à diverses espèces fruitières pérennes ou
semi-pérennes : ananas, cocotier, papayer, agrumes, avocatier, kola-
tier, manguier, safoutier, et autres (ramboutan, corossolier,…). Les
combinaisons et le système technique sont variables selon les locali-
sations et les agriculteurs. Avec les ananas, les bananiers sont souvent
placés autour d’un carré de monoculture d’ananas. Avec les papayers,
ils sont plutôt placés en intercalaire. Pour tous les autres fruitiers, les
arrangements spatiaux sont variables en fonction du type d’arbres et
de la fonction économique du plantain (revenu de contre-saison) dans
l’association à la culture fruitière (agrumes, ananas, papayer). Le plan-
tain peut ainsi être associé dans des systèmes agroforestiers complexes.
Plantain, cultures de rente et cultures fruitières
Le plantain se retrouve au sein de mélanges d’arbres fruitiers (agrumes,
avocatier, corossolier, kolatier, manguier, etc.) ou de plantes fruitières
(ananas, papayer, etc.) avec des cultures de rente (cacaoyer, caféier,
hévéa, palmier à huile). Dans certaines régions, cette association connaît
un développement rapide ces dernières années, du fait qu’elle offre plus
de possibilités de rentrées financières régulières et plus de flexibilité,
notamment avec les cultures fruitières dont les saisons de production
sont variées (papayer, agrumes, ananas). Les plantains sont plantés soit
en intercalaire, soit en corridor autour des cultures de rente associées
aux cultures fruitières. Ce type d’association a été observé dans plusieurs
zones de production en Afrique de l’Ouest et du Centre.
Par exemple, en Guinée maritime, on a recensé des associations
banane plantain – kolatier – manguier - avocatier – palmier ; en Guinée
forestière, bananier – banane plantain – caféier – cacaoyer – kolatier –
palmier naturel – hévéa.

88
4. Innovations dans les systèmes de culture et de production

Plantain et arbres forestiers


Le plantain a souvent été utilisé comme une des premières plantes
permettant la mise en culture d’une forêt car il peut supporter un
léger ombrage. Pour installer ce type d’association (arbres forestiers
et plantain), le plantain est introduit après abattage sélectif d’arbres
en laissant sur pied différentes essences forestières connues, ayant
des propriétés médicinales et/ou nutritionnelles, des usages culinaires
ou industriels. En cas de faible présence d’essences forestières utiles,
ces dernières peuvent être réintroduites à partir des pépinières de
domestication. Ce type d’agroforesterie permet de réduire les formes
d’exploitations intensives et destructrices de la biodiversité. Ce modèle
d’association joue donc un rôle important dans la conservation des
ressources génétiques d’origine forestière.
Plantain, cultures vivrières et plantes pérennes
En raison de la diminution des espaces exploitables dans les zones de
production, de l’éloignement de certaines terres vierges intéressantes et
de la faible capacité d’investissement des agriculteurs, on constate une
progression significative dans la création des plantations polyvalentes
associant plantain, plantes pérennes et vivrières. En plus des cultures
alimentaires (voir le type d’association plantain-cultures alimentaires),
le planteur exploite des plantes pérennes de rente ou fruitières et/ou des
essences forestières diverses. Les dispositifs de plantation peuvent être
sans logique d’occupation de l’espace, par exemple dans le cas de terrains
litigieux ou en phase de densification rapide en vue d’un bornage. Ils
peuvent être aussi organisés en fonction du niveau de compétence, de la
formation, des informations issues des bases de données reçues par les
planteurs ou du capital social constitué par l’héritage familial.
Ce système présente globalement la plus grande diversité d’espèces. Le
degré de complexité final est atteint après plusieurs années d’introduc-
tions successives. Bien géré, ce système peut être exploité en continu.

xxw Monoculture de plantain


La monoculture de plantain concerne en moyenne 10 % des superficies
de plantain dans différentes zones de production en Afrique centrale
(Kwa et al., 2007 ; 2014).
Les bananeraies de plantain sont rarement monovariétales. Elles
comprennent très souvent entre deux et six variétés, mais elles peuvent dans
certaines situations exceptionnelles associer plus d’une dizaine de variétés
sur une même parcelle (cas de certains planteurs expérimentateurs).

89
Le bananier plantain

N.B. : La plupart des plantations de plantain en monoculture en zone


de forêt ont été installées après brûlis de la parcelle. Cette pratique
constitue une faiblesse pour les monocultures, car elle conduit à un
appauvrissement rapide des sols, surtout en zones de forte pluvio­
métrie. Mais la sensibilisation progressive des agriculteurs sur les
dégâts occasionnés par le brûlis a conduit à une réduction de cette
pratique dans certains bassins de production où les planteurs sont
conseillés sur les approches plus écologiques.
Cette diversité variétale peut être expliquée par le manque de dispo-
nibilité de matériel végétal homogène dans une seule variété aux
moments des plantations. C’est aussi parfois le choix des agriculteurs
en relation avec leurs habitudes alimentaires [en raison des carac-
téristiques organoleptiques et physiques (pulpe ferme ou molle) de
certaines variétés], ou des événements culturels rituels (certaines
variétés sont associées à des rites traditionnels spécifiques). Une autre
cause intentionnelle de cette diversité variétale peut être la gestion
des risques phytosanitaires en relation avec la pression de certaines
maladies, et l’accroissement des instabilités climatiques.
Considéré comme plus productif que le système de cultures associées,
le système de conduite en monoculture a aussi de nombreux inconvé-
nients : forte consommation d’engrais et de pesticides pour maintenir la
production et la productivité, risques de nuisances environnementales à
travers les résidus des pesticides et des pollutions diverses (air, sol, nappe
d’eau, etc.). Souvent conduit sur sol nu, il y a d’importantes pertes de sol
et d’éléments fertilisants pendant les périodes pluvieuses. Toutefois, le
développement de nouvelles techniques utilisant « les plantes de service »
peut permettre de réduire l’impact négatif des pluies sur le sol.
Ce système a une très faible résilience, sa durabilité ayant été presque
toujours maintenue à l’aide de fumures massives et de traitements
phytosanitaires – dont l’absence entraînerait une baisse importante de
la production et l’abandon des parcelles après trois années de culture.

xxw D
 ensités pratiquées dans les systèmes de culture
traditionnels à base de plantain
Globalement, plus de 30 % des producteurs pratiquent un écartement de
3 m × 3 m (tableau 4.3). Dans 67 % de cas cet écartement est le plus utilisé
au Cameroun, au Congo, en République démocratique du Congo, au
Togo. On pratique un écartement de 5 m × 6 m (20 % des cas) au Bénin,
de 3 m × 2 m au Ghana (65 %). Dans l’ensemble des pays, le deuxième
écartement le plus pratiqué est de 4 m × 4 m (13,2 % en moyenne).

90
4. Innovations dans les systèmes de culture et de production

L’écartement standard (3 m × 2 m) recommandé par la recherche couvre


seulement 13 % des parcelles en Afrique de l’Ouest et du Centre.
Toutefois, les planteurs n’appliquent pas rigoureusement les densités
recommandées par la recherche-développement. Des improvisations
raisonnées pourraient donc être à l’origine de ces multiples écarte-
ments et densités qui seraient plus en relation avec le choix des plantes
associées dans les plantations. Également, lorsque les planteurs ont
pris du retard dans la mise en place d’une activité (création de la bana-
neraie par exemple), ils se soucient généralement peu des protocoles
(alignement, espacement, bonne trouaison, etc.). Les unités de mesure
deviennent alors le nombre de pas, le coup d’œil, le feeling, etc.
Tableau 4.3. Densités pratiquées en Afrique de l’Ouest et du Centre
et leur importance relative. (Kwa et al., 2014).
Écartements Densités % Pays
(plants/ha)
Bénin, Cameroun, Congo, Ghana,
3 m × 3 m 1 111 30,2
République démocratique du Congo, Togo
Bénin, Cameroun, Congo, Ghana,
4 m × 4 m 625 13,2
République démocratique du Congo, Togo
3 m × 2 m 1 667 12,8 Bénin, Cameroun, Ghana
Bénin, Cameroun, Congo, Ghana,
2 m × 2 m 2 500 9,4
République démocratique du Congo, Togo
Bénin, Cameroun, Congo, République
2,5 m × 2,5 m 1 600 6,8
démocratique du Congo, Togo
Bénin, Cameroun, Congo, Ghana,
5 m × 5 m 400 6,7
République démocratique du Congo, Togo
Bénin, Cameroun, Congo,
4 m × 3 m 833 5,1
République démocratique du Congo, Togo

Les densités allant de 1 600 à 4 400 pieds/ha seraient plus utilisées


pour les monocultures de plantain, tandis que les densités plus faibles
allant de 100 à 1 100 pieds/ha sont pratiquées dans les systèmes de
cultures associées. En Guinée par exemple, dans les associations
avec les cultures vivrières les densités de plantain sont de 600 à
800 pieds/ha. Lorsque les densités de plantain sont comprises entre
100 et 625 pieds/ha, il peut s’agir plus spécifiquement des asso-
ciations bananiers plantain-cultures vivrières-cultures pérennes ou
des associations plantain-cultures fruitières-cultures de rente ou de
plantain-cultures pérennes. Pour les associations plantain-caféier-
cacaoyer-kolatier-cultures pérennes, on observe généralement des
densités de bananier plantain allant de 100 à 150 plants/ha.

91
Le bananier plantain

Considérant l’ensemble des densités inventoriées au sein des exploi-


tations paysannes et pour avoir une meilleure lisibilité des pratiques,
une typologie à cinq variantes (tableau 4.4) a été définie. Il en ressort
que plus de 62 % des exploitations pratiquent des densités faibles à
moyennes, ce qui limite la productivité du bananier plantain, malgré
de bons régimes produits. Le module de formation sur la conduite de
la bananeraie (choix du terrain, préparation de la parcelle, choix des
variétés, mise en terre, fertilisation, gestion des maladies et des rava-
geurs, etc.) devrait contribuer à l’amélioration des choix de densités en
fonction des objectifs de production.

Tableau 4.4. Typologie des densités et leur représentativité en


Afrique de l’Ouest et du Centre. (Kwa et al., 2014)
Densité Densité Densité Densité Autres
faible : moyenne : standard : élevée : densités
de 69 de 1 000 de 1 600 de 2 500
à 850  à 1 400  à 2 000  à 10 000 
plants/ha plants/ha plants/ha plants/ha
% de champs 27,4 35,5 21,6 10,7 4,8

Avec des densités faibles, ce qui suppose de grands écartements entre


les bananiers, le planteur doit cibler un complément de cultures compa-
tibles avec les bananiers pour valoriser les espaces entre les plantes et
optimiser l’usage de la terre. Associés à une bonne gestion de l’espace,
les apports de la gestion intégrée de la fertilité et des aspects de lutte
intégrée contre les maladies et ravageurs (Integrated Pest Management)
devraient conduire à une amélioration de la productivité des parcelles
concernées. Également, des recherches sur de nouveaux arrangements
des cultures associées optimisant les traits fonctionnels permettront
aussi d’affiner les écartements et les densités dans les associations à
base de plantain.

Innovations pilotées
par les systèmes de cultures
xxw P
 lantes de services dans les associations
avec des bananiers plantain
Une plante est dite « de service » lorsqu’elle apporte à une culture
principale d’un agrosystème un ou plusieurs services écosystémiques :
contrôle de mauvaises herbes, régulation des bioagresseurs, contribution

92
4. Innovations dans les systèmes de culture et de production

à l’amélioration de la fertilité et de la stabilité des sols par apport de


matière organique et/ou d’éléments fertilisants, etc. Les systèmes de
cultures de bananier plantain d’Afrique sont des agrosystèmes géné-
ralement plurispécifiques qui contiennent donc une forte biodiversité.
Quand le plantain est considéré comme la plante principale, différentes
plantes associées peuvent jouer un rôle de « plante de service » sans
toutefois être reconnues dans ces fonctions. Dans les agrosystèmes
où le plantain est une culture secondaire, il peut lui aussi devenir une
plante de service potentielle auprès de la plante principale.
Ce concept a induit l’étude des traits fonctionnels des cultures en
présence dans les associations (port, surface foliaire, ramification et
profondeur d’enracinement, etc.), mais aussi de leurs besoins nutrition-
nels et de leurs phases critiques, afin de pouvoir comprendre et expliquer
les raisons qui pourraient justifier les associations pratiquées par les
agriculteurs. L’étude des traits fonctionnels des cultures en présence
dans les associations permettra d’identifier leurs services écosystémiques
possibles dans chaque cas ; elle permet aussi de découvrir la logique
des associations pratiquées par les agriculteurs. La hiérarchisation des
services identifiés peut orienter la simplification et l’optimisation de
l’association en tenant compte des contributions réelles et potentielles
des cultures en présence à travers leurs traits fonctionnels.
Les avancées actuelles sur les plantes de service portent essen-
tiellement sur des plantes susceptibles d’être introduites dans les
bananeraies (tableau 4.5). Le nombre de plantes de service identifiées
est faible : Pueraria ­phaseolides, Catharanthus roseus (pervenche de
Madagascar), Stylosantes gracilis, Brachiaria sp., etc. Elles sont géné-
ralement utilisées ou testées dans les monocultures (cas de Brachiaria
testé au Cameroun et au Gabon dans les bananeraies dessert et avec
du plantain). Catharanthus roseus et Pueraria phaseolides semblent plus
utilisés aux Antilles.
Des travaux récents (2012 à 2016) effectués au Cameroun et le suivi des
parcelles d’expérimentation en milieu paysan ont permis d’inventorier
quelques plantes potentielles (Chromolaena odorata, Mimosa invisa,
Asystasia gangetica) et diverses plantes légumières susceptibles d’être
valorisées comme plantes de service. Elles ont été identifiées dans des
bananeraies locales (surtout Chromolaena, Asystasia, quelques plantes
légumières), mais aussi dans les jachères (Chromolaena, Mimosa,
Asystasia, etc.). Quelques traits fonctionnels ont été étudiés (capacité
de couverture du sol, contribution aux apports minéraux et orga-
niques, abondance et fréquence, etc.). Ces plantes font déjà partie des

93
Le bananier plantain

pratiques des agriculteurs qui, après récolte des vivriers, les tolèrent
dans les champs pour leur capacité à améliorer la porosité du sol par
leur système racinaire ainsi que leur contribution à l’enrichissement en
matière organique. En outre, elles empêchent la prolifération d’autres
adventices plus difficiles à contrôler. Elles ne sont pourtant pas consi-
dérées comme des plantes de service, une notion que les agriculteurs
ne connaissent pas a priori. La recherche a donc un intérêt stratégique à
développer aussi des travaux sur les plantes de service dans les systèmes
de cultures de bananiers traditionnels.

Tableau 4.5. Plantes de service utilisées et potentielles. (Chauvin,


2015 ; Chabrier et al., 2005 ; Dammour et al., 2014 ; Rapports
d’essais divers, Coraf-Plantain, 2012-2014, Projet MAB Fertilité des
bananeraies, 2016-2017)
Plantes utilisées Situation Plantes potentielles Situation
En cours Chromolaena
Pueraria phaseolides
de validation odorata
En cours Études partielles
Stylosantes gracilis Mimosa invisa
de validation de traits
En cours fonctionnels dans
Catharanthus roseus Asystasia gangetica les associations
d’utilisation
En cours Plantes légumières
Brachiaria sp.
de validation diverses

xxw La culture du bananier plantain en touffe


C’est une pratique assez répandue dans les systèmes traditionnels
de culture du bananier plantain. Le planteur laisse se développer
plusieurs rejets sur chaque souche. Les touffes semblent plus stables
en comparaison des chutes multiples observées dans les bananeraies
œilletonnées malgré le tuteurage ou le haubanage.
Les densités pratiquées dans les champs sont plus faibles à la plan-
tation (400-500 pieds/ha). Plus tard, elles peuvent atteindre ou
dépasser 3 000 à 4 000 pieds/ha suite au développement des touffes
(Kwa et al., 2007 ; 2014).
Les touffes ont un retour cycle plus rapide, plusieurs rejets-frères
pouvant produire à la suite. De plus, une légère fertilisation permet
d’avoir des régimes normaux, le rendement global par pied étant
assez élevé. En outre, les espacements des touffes permettent les
cultures intercalaires qui contribuent à l’amélioration du rendement

94
4. Innovations dans les systèmes de culture et de production

de la parcelle. Pour le moment, ce système est largement valorisé


dans les jardins de case où les bananiers reçoivent régulièrement
les déchets organiques des ménages ainsi que dans les grandes plan-
tations avec de faibles densités au démarrage, dans une optique de
sécurisation des terres.

xxw L’innovation culturale par la haute densité


La culture du plantain à haute densité est une innovation qui a émergé
en Colombie à partir des années 1980 dans le cadre de conduite en
monoculture. Le plantain est cultivé en haute densité (≥ 2 500  pieds/ha)
non plus comme une culture pérenne suivie sur plusieurs cycles, mais
comme une culture annuelle sur un cycle unique, suivi d’une replanta-
tion sur la même parcelle. Elle procède par la plantation échelonnée
de blocs homogènes. Largement pratiquée en Amérique latine et dans
les Caraïbes, cette innovation a été diffusée en Afrique de l’Ouest et
du Centre, au cours des années 2000.
Pour le producteur, les avantages de la haute densité sont entre autres :
–– l’augmentation importante du rendement et l’optimisation des
coûts de production pour assurer une meilleure rentabilité ;
–– une production ajustée à la demande grâce à la mise en œuvre
d’une gamme de mesures allant de l’échelonnement de la plantation à
la récolte du produit pendant les périodes de très forte demande et/ou
de prix de vente élevé sur le marché ;
–– un revenu complémentaire tiré du plus grand nombre de rejets
disponibles utilisables en tant que matériel de plantation d’excellente
qualité ;
–– la réduction de l’incidence et de la sévérité de la maladie des raies
noires et des parasites des racines et du sol, en raison de la modifica-
tion de certaines conditions micro-environnementales (humidité et
température) ;
–– la réduction des risques de destruction des plantations (vent, tem-
pête, inondation, etc.) grâce à l’échelonnement de la plantation ;
–– un système de production intégrant les concepts de l’agriculture
durable ou de l’agro-écologie à ceux de la production intensive tout
en rationalisant les intrants.

Choix de la densité de plantation et cultivars


La haute densité est de l’ordre de ≥ 2 500 pieds/ha quelle que soit la
variété de plantain. Le plafonnement est à 4 000 pieds/ha.

95
Le bananier plantain

Le poids des régimes est très proche de celui obtenu en système tradi-
tionnel, l’avantage étant que le tonnage obtenu avec la haute densité
est largement supérieur par unité de surface.
D’après les essais, pour les grands cultivars, les meilleures densités sont
entre 2 500 et 3 300 pieds/ha, selon la luminosité.
Pour les petits cultivars, les densités de culture peuvent être plus
élevées que pour les grands cultivars : 4 000 plants/ha en bonnes condi-
tions de lumière (zone caribéenne).
En zone moins lumineuse d’Amérique centrale et du Sud, il ne faut pas
dépasser 3 200 plants/ha plantés en double sillon.
Les cultivars nains sont moins tolérants aux conditions défavorables
et produisent les fruits plus petits que les grands cultivars, il leur faut
donc de bonnes conditions de sol, de climat et de gestion.

Densités et arrangements spatiaux


En haute densité, il existe de multiples combinaisons d’arrangements
spatiaux en simple sillon ou double sillon. Les densités peuvent être
adaptées selon les besoins et les préférences de chacun (tableau 4.6).

Photo 4.2.
Plantation de plantain en haute densité : 2 500 pieds/ha. © M. Kwa

96
4. Innovations dans les systèmes de culture et de production

Tableau 4.6. Densités et arrangements spatiaux pour haute densité.


(D’après Rosales et al., 2010).
Densité de
Surface Arrangement
Écartements plantation
par plant (m²) spatial
(plants/ha)
2,0 m × 2,0 m 4,00 Simple sillon 2 500
2,5 m × 1,6 m 4,00 Simple sillon 2 500
2,75 m × 1,25 m 3,44 Simple sillon 2 909
2,5 m × 1,30 m 3,25 Simple sillon 3 077
3,0 m × 1,0 m 3,00 Simple sillon 3 333
3,0 m × 2,0 m × 1,6 m 4,00 Double sillon 2 500
3,0 m × 2,0 m × 1,4 m 3,50 Double sillon 2 857
4,0 m × 1,0 m × 1,25 m 3,10 Double sillon 3 200
3,0 m × 2,0 m × 1,2 m 3,00 Double sillon 3 333
3,0 m × 2,0 m × 1,0 m 2,50 Double sillon 4 000

Innovations dans les systèmes de production


Les processus d’innovations techniques peuvent se définir comme
des changements des itinéraires techniques et de mode de produc-
tion. Ils résultent de la mobilisation complémentaire des capacités
de formation, d’informations, d’apprentissages, d’expérimentation,
de recherche et d’action collective (Faure et al., 2018). Ils résultent
aussi de l’élaboration de nouveaux intrants (variétés, engrais), équi-
pements (transport, mécanisation, numérisation). Ainsi par exemple,
les résultats de recherches participatives ont permis, par des expéri-
mentations localisées, de définir des normes d’usages pour optimiser
l’utilisation de ressources locales pour la fertilisation du bananier
plantain (tableau 4.7).
On observe chez les paysans des pratiques de valorisation de la matière
organique de sources diverses, à une échelle de proximité. En règle
générale, les quantités utilisées sont faibles. Les agriculteurs peuvent
se servir des innovations suivantes pour améliorer leurs performances
grâce à une meilleure valorisation de la matière organique dans leurs
exploitations. Elles ont été développées grâce au tandem chercheurs-
agriculteurs, entre 2010 et 2014 dans différents bassins de production
du plantain des pays suivants : Togo, Ghana, Bénin, Cameroun, Congo,
République démocratique du Congo.

97
Le bananier plantain

Tableau 4.7. Innovations performantes pour améliorer les pratiques


de gestion de la fertilité. (Source : Kwa et al., 2014)
Conditions de valorisation Caractéristiques
de ressources locales pour
fertiliser le bananier plantain
1 La fiente de poule combinée 5 kg fiente de poule dans le trou + engrais
à l’engrais minéral minéral (65 N+45 P+180 K+60 S)
appliqué en surface/plant/cycle
2 La fiente de poule 1,5 à 10 kg fiente de poule /plant,
en 3 apports
3 La crotte de chèvre 10 kg crotte de chèvre /plant en 3 apports
4 Les déjections de porcs 10 kg déjections de porcs /plant en 3 apports
5 Association arachide – plantain Fanes d’arachides récoltées sur 6 m²
+ enfouissement des fanes enfouies autour du bananier
après récolte de l’arachide
6 Association niébé – plantain Fanes de niébé récoltées sur 6 m²
+ enfouissement des fanes enfouies autour du bananier,
après récolte du niébé soit 300 g/pied
7 Les émondes 5 kg d’émondes non enfouies étalées autour
de Glyricidia sepium du pied de bananier en 3 apports
8 Les émondes d’Acacia 10 kg d’émondes enfouies autour du pied
auriculiformis de bananier en 1 fois
9 La parche de café 10 kg de parche de café dans le trou/plant
au planting en 1 apport
10 Association 5 lignes de niébé semées (50 × 50 cm)
niébé – plantain entre deux lignes de plantain (3 × 2 m)
11 Association Cajanus cajan 5 lignes de C. cajan semées (1×1 m)
– plantain entre deux lignes de plantain (3×2 m)
12 La cabosse de cacao 10 kg de cabosse de cacao décomposée
décomposée dans le trou/plant à la plantation
13 Les feuilles vertes 8 kg de feuilles enfouies autour du plant
de Tithonia diversifolia en 4 apports
14 Les feuilles de Tithonia 2 kg de feuilles enfouies autour du plant
+ insecticide (Terbuphos) + 30 g d’insecticide
15 Les feuilles de 2 kg de feuilles enfouies autour du plant
Tithonia+ engrais minéral + 100 g NPK

Afin de documenter les conditions d’une intensification durable


des systèmes de production paysans, il est nécessaire d’analyser les
conditions d’adoption des innovations et de leur impact. Ces études
permettent de cibler les besoins de formation pour renforcer les

98
4. Innovations dans les systèmes de culture et de production

capacités d’expérimentation des agriculteurs et de mettre à leur dispo-


sition les ressources nécessaires pour faciliter leur appropriation des
nouvelles technologies.
L’intensification des systèmes de production du plantain résulte de la
convergence entre l’évolution des contraintes socio-économiques et
techniques que rencontrent les agriculteurs (variables selon les localisa-
tions), les incitations créées par les politiques publiques, les entreprises
et les propositions des institutions de recherche.

xxw Des systèmes de production dominants extensifs


Une partie de la production de plantain est produite sur les fronts
pionniers (culture du sous-étage forestier ou pour ombrage des jeunes
plantations de cacaoyers). Les systèmes de production dominants y
sont encore très « extensifs » au regard de la faible utilisation d’intrants
de synthèse (pesticides, engrais) et d’une faible intensité du travail à
l’hectare. En prenant pour indicateur une parcelle de monoculture, les
référentiels technico-économiques montrent des rendements moyens
de 4 à 7 t/ha dans les bassins de production en Afrique et dans les
Caraïbes (Temple, 1995 ; 2015). Pourtant, les limites techniques de
production se situent en station de recherche autour de 30 à 45 t/ha
voire plus (Kwa et al., 2003). Une explication à ce caractère extensif
est la « bonne » productivité économique du travail (par comparaison
avec les systèmes intensifs) dans des itinéraires techniques fondés sur
la valorisation des ressources naturelles (fertilité, absence de parasites).
Dans un contexte de petite agriculture familiale, de faible pression
démographique, de faible recours aux financements (faiblesse des
revenus et inexistence du crédit rural) pour acquérir des intrants, les
agriculteurs valorisent le facteur de production le plus disponible (par
rapport au capital), c’est-à-dire le travail. La faiblesse des rendements
peut s’expliquer selon les situations par différentes raisons :
–– choix de variétés à faibles rendements mais recherchées pour leurs
qualités organoleptiques spécifiques, leur importance culturelle ;
–– faibles densités dans les parcelles en monoculture récemment mises
en valeur en forêt, où le sol est encombré suite à l’abattage des arbres ;
ou bien cacaoyères arrivant à maturité où le plantain devient résiduel ;
–– impacts des maladies, du parasitisme tellurique, et importance des
pertes au champ liées à des chutes provoquées surtout par le vent ;
–– faible usage d’intrants chimiques (engrais, pesticides,...) dans
des petites structures de production familiales soumises à de fortes
contraintes de trésorerie.

99
Le bananier plantain

Encadré 4.1 Mode de plantation dans le sud-Cameroun

Dans le sud du Cameroun, les systèmes de cultures vivriers sont regroupés


sous l’appellation « Afub bibi » ou le « champ de nourriture » ou le système
« esep », c’est-à-dire « une parcelle de front pionnier ». C’est donc un champ de
défriche brûlis dans une forêt primaire ou une jachère très âgée. Le plantain
sert de culture de mise en valeur de la forêt. Sa culture après défriche est
justifiée par la facilité de mise en place (simple trouaison, ne nécessitant
pas un grand travail du sol avant la plantation). Par ailleurs, le bananier
supporte bien un léger ombrage qui bloque le développement d’adventices.
Le bananier est planté six mois après le brûlis en association parfois avec
du ngon (une cucurbitacée encore appelée « pistache »). La pratique du
brûlis diminue les temps de désherbage et de débroussaillage nécessaires
à la future plantation potentielle de cacaoyer. Dans certains cas, à la fin du
cycle de ce champ (trois ans), on plante de l’arachide et on « abandonne »
progressivement la bananeraie qui sert de lieu de prélèvement des rejets
(pépinière naturelle).

xxw T
 rajectoire d’intensification de la fonction de production
Lorsque la contrainte foncière (pression démographique, concentra-
tion des terres) augmente, les durées de jachères deviennent inférieures
à quatre ou cinq ans et les performances économiques des systèmes
extensifs diminuent. Les conditions pour une intensification peuvent
se décliner en plusieurs trajectoires.
Une intensification écologique en travail. Elle se réalise alors par des
adaptations techniques (gestion des jachères, buttage, tuteurage des
bananiers), des rotations et des associations culturales nouvelles. Ces
améliorations techniques maintiennent la productivité du travail (par
rapport au système extensif) malgré la diminution de la fertilité initiale
des sols. Dans cette intensification souvent gérée par les femmes, le
système de culture se complexifie avec d’autres productions vivrières
sans recours à des pesticides ou engrais chimiques. La densité de
bananiers peut diminuer au bénéfice d’autres productions alimentaires.
Une trajectoire d’intensification par la monoculture. Les rendements
augmentent par accroissement des densités de plantation, ou grâce
à une meilleure technicité dans la conduite spécialisée du bananier.
Malheureusement, cette intensification se traduit aussi par un accrois-
sement des pressions phytosanitaires : maladies des raies noires,
nématodes et charançons, ce qui conduit à l’usage croissant de pesti-
cides et d’engrais chimiques si on veut pérenniser la culture sur les

100
4. Innovations dans les systèmes de culture et de production

mêmes terres. Cette trajectoire favorise également l’évolution vers des


plantations monospécifiques (une seule variété) qui standardisent et
optimisent le recours croissant aux intrants chimiques. Elle est perfor-
mante sur le plan productif mais génère de nombreuses controverses
liées aux externalités environnementales et sociales.
Entre ces deux trajectoires, la mise au point de nouveaux matériels
de plantation (vivoplants, vitroplants), de nouveaux bio-pesticides et
de biofertilisants, valorisant des ressources locales (parche, rafles de
palmiers, fientes de poules, cabosses séchées de cacao, etc.), de nouvelles
variétés et des associations culturales, pourra générer des situations
d’intensification intermédiaires qu’il convient d ­ ’expérimenter, et de
valider à partir des conditions locales de production.

101

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