MAC 2e Chapter18 French
MAC 2e Chapter18 French
au 21ème siècle
Chapitre 18 du manuel « Macroeconomics in Context , 2nd edition »
de N. Goodwin, J. Harris, J. Nelson, B. Roach, et M. Torras, 2014.
Traduit de l’Anglais par Didier Wayoro et Anne-Marie Codur
La production économique mondiale a plus que triplé depuis le début des années 1970.
Davantage de croissance économique est clairement souhaitable dans les pays en
développement afin d'améliorer le bien-être de plus d'un milliard de personnes qui vivent
aujourd'hui dans la pauvreté absolue. La croissance économique soutenue a été un objectif
majeur de politique dans les pays industrialisés.
Mais tandis que le XXIe siècle est dans sa deuxième décennie, nous devons considérer
s'il est possible, ou même souhaitable, de poursuivre la trajectoire de croissance économique
du XXe siècle. La croissance économique a été accompagnée par une augmentation de la
demande pour les ressources naturelles, ainsi que l'augmentation des gaspillages, de la
pollution, et des dommages causés aux écosystèmes. De nombreux écologistes nous
avertissent que le niveau actuel de l'impact humain sur la planète est déjà insoutenable.
1
Pourtant, les conséquences écologiques d'un doublement, d’un quadruplement, voire plus, du
niveau de l'activité économique humaine est une question qui, à ce jour, a reçu peu d'attention
de la part des macroéconomistes.
Dans cette section, nous considérons les implications des questions environnementales
actuelles pour la croissance économique et pour le développement. Nous présentons d’abord
un aperçu de certains des problèmes environnementaux mondiaux les plus urgents. Ensuite,
nous explorons la relation entre la croissance économique et la qualité de l'environnement, et
discutons des politiques visant à promouvoir un développement écologiquement durable.
La population mondiale
La croissance économique et technologique depuis la révolution industrielle a favorisé
une augmentation spectaculaire de la population mondiale. La population mondiale était
d'environ d’un milliard en 1800, atteignant deux milliards vers 1930 et trois milliards en 1960. En
2000, elle a atteint six milliards, et en 2011, a dépassé les sept milliards d'habitants. La
croissance de la population humaine contribue à de nombreuses pressions sur l'environnement,
y compris celles liées à la production alimentaire. Bien que l'intensification de la production
alimentaire ait jusqu'ici suivi le rythme de croissance de la population, elle a conduit à des coûts
importants en termes de dégradation des terres, de pollution par les engrais et les pesticides, et
de surexploitation des réserves d'eau.
Les taux de croissance mondiaux de la population sont actuellement en déclin et de
nombreuses projections indiquent que la population humaine atteindra un pic dans le courant
du XXIe siècle. Une population mondiale stable ou en déclin pourrait éventuellement atténuer
les pressions sur l'environnement, mais une augmentation importante de la population est
encore prévue dans les prochaines décennies. Les projections basses et intermédiaires des
Nations Unies prévoient une population mondiale qui serait entre 7,7 et 9,2 milliards de
personnes en 2050, avec la quasi-totalité de la croissance future de la population se produisant
dans les pays en développement.
2
fracturation hydraulique ou «fracking», peuvent augmenter l'approvisionnement, elles sont
susceptibles d'être plus coûteuses en termes monétaires mais aussi environnementaux. Toutes
ces sources de combustibles contribuent aux émissions de carbone responsables du
changement climatique mondial (examiné en détail ci-dessous). Etant donnée la dépendance
actuelle de l’économie aux combustibles fossiles, les limitations futures de leur utilisation, pour
des raisons économiques ou environnementales, pourraient menacer à la fois la capacité des
pays industrialisés à maintenir leur niveau de vie et celle des pays en développement à réduire
la pauvreté.
La pollution et les déchets
Les dommages dus à la pollution ne sont pas pris en compte dans les comptes nationaux
traditionnels, même s’ils réduisent nettement le bien-être. Les pays industrialisés produisent la
grande majorité de la pollution et des déchets dans le monde. Alors que les pays riches
représentent seulement environ un sixième de la population mondiale, ils génèrent environ deux
tiers des déchets industriels mondiaux en volume. Mais la pollution compromet aussi le
développement économique dans les pays pauvres. Par exemple, une estimation du « PIB
vert » en 2006 pour la Chine a indiqué que les coûts attribuables à la pollution constituaient à
eux seuls entre 3 et 10 pour cent du PIB officiel. Dans certains cas, les déchets toxiques sont
exportés des pays industrialisés vers les pays à faibles revenus qui ont besoin de compensation
pour l'acceptation de ces déchets, mais sont mal équipés pour les recevoir et les traiter. A
l’avenir, la rapidité du développement aura pour conséquence – malgré les efforts de contrôle
au moyen des règlementations environnementales – une augmentation probable de tous ces
problèmes de pollution, de gestion des déchets, qui sont liés à la fois à la production
domestique et aux importations et exportations.
3
substituts sont souvent aussi de moins en moins communs et / ou de qualité inférieure. Les prix
des minéraux ont augmenté de façon significative de 2000 à 2012, et la demande croissante
des pays en développement donne à penser que ces prix peuvent continuer à augmenter sur le
moyen et long terme.
Le cuivre est un exemple d'un minéral important pour lequel la technologie avait semblé
pendant longtemps gagner la course contre l'épuisement. Le plastique a remplacé le cuivre
dans de nombreux usages, tels que la plomberie et les câbles à fibres optiques en plastique
(ainsi que les technologies sans fil) ont remplacé les câbles en cuivre dans la transmission
d'informations à longue distance. Pourtant, la demande mondiale de cuivre continue de croître.
Le cuivre dans le sol reste en quantité raisonnable, mais les ressources restantes sont de
qualité inférieure à celles qui ont déjà été exploitées. Cela a des conséquences économiques et
écologiques importantes parce que lorsque la qualité du minerai diminue, il est généralement
nécessaire d’utiliser plus d’énergie pour l’extraire et le raffiner. Et quand l’intensité énergétique
s’accroît pour l'extraction du minerai, les impacts environnementaux sont en général plus
négatifs (en termes de pollution par exemple).
Un autre exemple important est le phosphore, qui est un intrant essentiel des engrais
chimiques utilisés dans la production de masse de produits alimentaires. Il n'a pas de substituts
connus, et pas de moyens synthétiques de création. Par conséquent, les chercheurs se
penchent sur la mise au point de méthodes de réduction de la dépendance à cet élément, ou
bien cherchent des moyens de le réutiliser. Certains calculs concluent que, au rythme actuel de
consommation, la quantité disponible mondiale de phosphore durera plus de 300 ans, mais
d'autres trouvent que le taux d'extraction commencera à baisser dans 30 ans. Il y a une énorme
quantité de phosphore dans la croûte terrestre, mais il existe à une concentration beaucoup
plus faible que celle qui est considérée comme rentable pour l’extraction. Ce sera un défi
technologique formidable de trouver suffisamment de moyens peu coûteux d'extraction de ce
minéral essentiel. S’il n’est pas possible de le relever, un autre défi serait de trouver des
moyens de conservation ou de recyclage à partir de déchets végétaux et animaux.
Les pénuries de ressources ont tendance à augmenter les prix, et les prix sont un
excellent aiguillon pour l'ingéniosité humaine, qui continue de produire des résultats
encourageants et parfois étonnants. Quelques-unes des nombreuses possibilités, à la frontière
de la possibilité technologique sont répertoriées dans l'encadré 18.1.
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plus gros bateaux et des filets dérivants a précipité le déclin des ressources halieutiques.
Toutefois, la rareté a finalement eu pour conséquence l’augmentation du prix du marché pour la
plupart des poissons capturés à l’état sauvage. Ce changement a généré des incitations à
l’augmentation de l’élevage de poissons d'eau douce comme le tilapia, le silure, ou la truite,
ainsi que l’élevage des poissons dans l'océan comme le saumon. Il a également encouragé
l'élevage des fruits de mer de haute valeur comme les huîtres et les crevettes. Mais il y a aussi
des impacts écologiques négatifs associés à l'aquaculture, en particulier avec l'élevage
d'espèces d'eau salée comme la crevette et le saumon. Cinq kilos de poissons sauvages sont
utilisés dans la production de chaque kilo de saumon d'élevage, tandis que l'élevage de
crevettes est souvent destructeur pour les palétuviers dont les racines servent à la croissance
des alevins.
• Des ingénieurs à Lockheed Martin sont en train de mettre au point une meilleure
façon de dessaler l'eau en utilisant des filtres comportant des feuilles en graphène.
Les filtres comportant le graphène sont 500 fois plus minces que les autres, et donc
nécessitent beaucoup moins d'énergie pour laisser passer l’eau et la dessaler.
• Une brasserie de l'Alaska est en train de réduire sa consommation de carburant et
les coûts en utilisant sa propre drêche comme source de combustible pour une
chaudière à vapeur. Le changement permet aussi d'économiser les ressources qui
étaient utilisées pour sécher et expédier le résidu d’orge vers les acheteurs à
l’extérieur de l'État.
• Rentricity est une société basée à New York qui utilise la pression de l'eau dans les
tuyaux municipaux pour créer de l'électricité. L’utilisation de cette ressource (qui
serait inexploitée autrement) pour créer de l'énergie réduit également les coûts pour
les entreprises de distribution d'eau.
• Le projet d'emballage qui disparait comprend l'impression des informations
directement sur la surface même des produits en utilisant une encre qui s’efface, les
sachets de thé et de détergent détachables (éliminant le besoin d'emballage
extérieur), et un sac à ordures qui a une double fonction en terme d'emballage.
L'objectif est de réduire considérablement les 63 milliards de kilos d'emballages qui
sont rejetés en tant que déchets chaque année aux États-Unis.
3. Le changement climatique
Bien que toutes les questions mentionnées ci-dessus soient importantes, le changement
climatique à l’échelle mondiale a récemment émergé comme le principal défi environnemental
du XXIe siècle. Dans ce qui suit, nous considérons certains des principaux défis auxquels nous
sommes confrontés dans la prise en compte efficace de ce problème.
La recherche au cours des dernières années a pratiquement éliminé tous les doutes
relatifs au fait que les activités humaines aient bien un impact sur le climat. Les émissions de
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différents gaz à effet de serre, en particulier le dioxyde de carbone, piègent la chaleur près de la
surface de la terre, ce qui conduit non seulement à une tendance générale au réchauffement,
mais aussi à l'élévation du niveau de la mer, à des perturbations écologiques, et à une
augmentation du nombre d’événements météorologiques extrêmes tels que les ouragans, les
inondations et les sécheresses.
Les gaz à effet de serre persistent pendant des décennies ou même des siècles dans
l'atmosphère terrestre. En outre, il y a un décalage entre le moment où un gaz est émis et celui
où ses effets sont pleinement ressentis. Ainsi, même si les émissions annuelles de gaz à effet
de serre étaient immédiatement stabilisées aux niveaux actuels, la concentration de ces gaz
dans l'atmosphère continuerait d'augmenter pendant un certain temps. Les émissions
mondiales de gaz à effet de serre devront éventuellement être réduites de manière significative
– jusqu'à 80 ou 90 pour cent de moins que les niveaux actuels d'ici 2050 – si l'on veut éviter les
effets les plus désastreux du changement climatique. Mais au lieu de diminuer, les émissions
des principaux gaz à effet augmentent rapidement, à cause principalement de la croissance
économique basée sur les combustibles fossiles.
Selon l’US Energy Information Administration, les émissions mondiales de dioxyde de
carbone ont augmenté de 35 pour cent entre 2000 et 2011. Les émissions estimées des Etats
Unis ont en fait diminué de 6 pour cent sur la même période, en partie en raison de la récession
de 2007-09, et en partie en raison d’un passage au gaz naturel moins intensif en carbone.
Bien que les émissions des Etats Unis par personne restent bien plus élevées que celles des
pays en développement comme la Chine et l'Inde, la croissance rapide dans ces pays compte
pour une hausse constante des émissions, ce qui devrait se poursuivre dans les années à
venir.
Prédire les effets précis du changement climatique est soumis à une forte incertitude. Le
Groupe d’experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) publie tous les six ans
depuis 1990 un rapport résumant les prédictions des différents modèles de changement
climatique1. Le quatrième rapport de 2007 présente une fourchette d’estimation selon lesquelles
la température moyenne mondiale pourrait augmenter de 1,4 à 5,8 degrés Celsius (2,7 à 10,8
degrés Fahrenheit) en 2100 par rapport aux niveaux préindustriels, comme illustré par la figure
18.1. La projection à moyen terme du GIEC prévoit une augmentation de la température
d'environ 2,8 °C (5,0 ° F). Les effets probables d'une simple augmentation de 2°C de la
température moyenne mondiale comprennent:
• Une diminution de 20 à 30 pour cent des quantités disponibles d’eau dans les régions
déjà vulnérables comme l'Afrique Australe et la Méditerranée;
• Des baisses importantes de rendements des cultures dans les régions tropicales;
• 40 à 60 millions de personnes supplémentaires seront exposées au paludisme en
Afrique;
• Jusqu'à 10 millions de personnes supplémentaires seront touchées par les inondations
côtières chaque année ; les principales régions de basse altitude seront submergées et
les villes côtières menacées;
• 15 à 40 pour cent des espèces vivantes seront en voie de disparition.
De nouvelles données plus récentes ont conduit le GIEC dans son cinquième rapport de
2013 à conclure que le changement climatique va probablement se produire plus tôt qu’il était
prévu il y a quelques années, et que les impacts seront plus sévères.
Un rapport commandité par le gouvernement britannique en 2006 constate que, dans un
scénario «de maintien du statu quo » ou d’inaction, il y aurait au moins 50 pourcent de risque
d’augmentation de la température moyenne de plus de 5 ° C (9 ° F) au début du vingt-deuxième
siècle. Des changements climatiques de cette ampleur pourraient avoir des effets
1
Voir en bibliographie les publications en anglais du GIEC, ou IPCC – Intergovernmental Panel on
Climate Change
6
catastrophiques tels que la fonte irréversible de la calotte glaciaire du Groenland, l'effondrement
de la forêt amazonienne, et les inondations de grandes villes telles que Londres et New York
(encadré 18.2).
Le rapport Britannique de 2006 estime les coûts du changement climatique au XXIe
siècle entre 5 et 20 pour cent du PIB mondial, tandis que les effets les plus graves du
changement climatique pourraient être évités à un coût d'environ 1% du PIB. Ainsi, il apparaît
que les avantages d'une action immédiate pour réduire au minimum le changement climatique
dépasseraient considérablement les coûts de cette action.
Bien que les impacts les plus désastreux du changement climatique ne soient pas
susceptibles de se produire avant plusieurs décennies ou davantage, les mesures prises au
cours des prochaines décennies auront presque certainement un effet profond sur les impacts
ultimes. Retarder l'action, même d’une dizaine d'années conduirait à un plus grand risque
d'effets catastrophiques. En outre, les impacts du changement climatique, y compris les
inondations côtières, les baisses des rendements agricoles, la propagation des maladies
tropicales, et les pénuries d’eau – sont sur le point d’affecter de manière disproportionnée les
pays en développement. Alors que les pays riches pourraient, dans une certaine mesure, être
capables de s'adapter à la plupart des effets du changement climatique, les pays pauvres n'ont
pas les ressources financières et techniques pour le faire. Comme le note le GIEC, le
changement climatique va probablement aggraver les inégalités mondiales et entraver le
développement économique des pays pauvres.
La température moyenne mondiale devrait augmenter entre 1,5 et 6 degrés Celsius en plus en 2100
par rapport aux niveaux préindustriels. (Source: GIEC,2007)
7
Encadré 18.2 Le rapport Stern- L'Economie du Changement Climatique
Etant donné que de nombreux problèmes environnementaux modernes ont une portée
mondiale, ils exigent qu’une réponse internationale coordonnée leur soit apportée. Le défi posé
par le changement climatique illustre à quel point cela peut être difficile dans la pratique. Le
Protocole de Kyoto, rédigé en 1997, engageait les pays industrialisés à réduire leurs émissions
de gaz à effet de serre dans le temps en moyenne de 5 pour cent en dessous de leurs niveaux
de 1990, pour la période allant de 2008 et 2012. Mais ce ne fut qu’en 2005, après que
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suffisamment de pays aient ratifié le traité, qu’il a pu entrer en vigueur. Les Etats-Unis, le plus
grand émetteur mondial de gaz à effet de serre, a refusé de ratifier le traité au motif qu'il nuirait
à son économie, et parce qu'il ne contraint pas les pays en développement à des objectifs
d'émissions. Beaucoup de pays qui ont ratifié le traité, par ailleurs, n'ont pas atteint leurs
objectifs d'émissions.
Les négociations internationales ont tenté d'élaborer une "feuille de route" pour un
nouveau traité qui succédera au Protocole de Kyoto, ce dernier ayant expiré en 2012. Mais bien
que les négociateurs s'entendent généralement pour dire que des «réductions substantielles»
dans les émissions de gaz à effet de serre sont nécessaires, ils n'ont pas réussi à se mettre
d'accord sur des objectifs fermes en termes d’émissions ni à décider la manière de répartir les
responsabilités entre pays en développement et pays industrialisés.
Le meilleur espoir pour éviter les pires impacts du changement climatique est de
remplacer les sources d'énergie fossile par des ressources abondantes, moins destructrices de
l'environnement telles que l’énergie éolienne et solaire. Il y a aussi une grande réduction
potentielle de la demande d'énergie grâce à une plus grande efficacité. Actuellement, les
progrès technologiques permettent de réduire la consommation d'énergie par unité de PIB
d'environ 2 pour cent par an aux États-Unis et dans d'autres économies avancées.
Malheureusement, la croissance économique de l'ordre de 3 pour cent par an signifie une
augmentation d'environ 1 pour cent par an dans la consommation d'énergie. Doubler le taux de
gain d'efficacité énergétique se traduirait par une baisse de 1 pour cent de la consommation
d'énergie – permettant beaucoup plus facilement de réaliser les objectifs de réductions des
émissions de carbone.
Les possibilités de réduction des émissions sont décrites dans le rapport annuel 2013
de Perspectives Energétiques de l’US Energy Information Administration. Le cas des politiques
élargies dans le présent rapport montre que les États-Unis pourrait éviter une augmentation des
émissions de gaz à effet de serre entre 2013 et 2040 par l'extension d'un certain nombre de
politiques actuelles, y compris le crédit d'impôt pour la production d'énergie éolienne,
géothermique, bioénergétique et hydroélectrique, et le crédit d'impôt à l'investissement pour
l'énergie solaire; et par la mise à jour et le renforcement d'un certain nombre d'autres politiques,
y compris les normes d'économie de carburant pour les voitures neuves et les normes en
matière d'efficacité des appareils électroménagers. Ces politiques d’extensions et de mises à
jour réduiraient les émissions de gaz à effet de serre d'environ 6 pour cent d’ici 2040.
9
le pétrole, ensuite le gaz naturel – ce dernier étant de moitié moins intensif en production de
carbone que le charbon, mais constituant cependant encore un contributeur dangereux au
changement climatique.
L'inconvénient le plus grave à une taxe sur le carbone est qu'elle pèserait plus
lourdement sur les pauvres. Le Congressional Budget Office estime que le quintile le plus
pauvre des Américains dépense 21,4 pour cent de leur revenu dans le gaz et les services
publics, tandis que les 20 pour cent des plus riches n’y dépensent que 6,8 pour cent. Il y a,
cependant, plusieurs façons de répondre à cela, la plus simple étant un remboursement direct
de certains des impôts aux plus démunis. Les pauvres qui ont reçu de l'argent supplémentaire
pourraient en dépenser une partie dans la consommation d'énergie lorsque cela apparaitrait
comme leur plus grand besoin. Mais une partie pourrait sans aucun doute être utilisée pour
d'autres dépenses prioritaires. C’est également les plus pauvres qui sont généralement les plus
affectés par les catastrophes naturelles telles que les sécheresses, les inondations et les
ouragans. Une partie de l'argent provenant des taxes énergétiques pourraient être utilisé dans
la préparation aux catastrophes et la mise en place des secours.
Les chercheurs du Center for American Progress ont déclaré en Avril 2013, que les
États-Unis ont dépensé 136 milliards de dollars au moins de 2011 à 2013 pour les secours en
cas de catastrophe à travers des projets de loi de crédits et des fonds de secours
supplémentaires. Cela comprend 55 milliards de dollars de l'Agence fédérale de gestion des
urgences concernant l'assistance directe et l'assurance contre les inondations; 27 milliards de
dollars du Département de l'Agriculture pour l'assurance-récolte; et 7 milliards de dollars du
Corps of Engineers de l’Armée Américaine pour le contrôle des inondations. Un co-auteur de
cette étude, Daniel J. Weiss, Chercheur Principal au Center for American Progress, a déclaré:
«Si nous ne savons même pas combien les catastrophes naturelles nous coûtent, alors le
Congrès va continuer à sous-budgétiser les opérations de secours et de réparations .... Et les
législateurs vont finir par faire jouer les déficits budgétaires pour les financer. »
Le changement climatique est déjà considéré par beaucoup comme responsable de la
sécheresse de 2012 dans le Sud et l'Ouest des États-Unis. Selon l’assureur Aon Benfield, la
sécheresse a couté environ 35 milliards de dollars. La même année, l'ouragan Sandy a été
responsable de 65 milliards de dollars au moins en dommages.
Bien qu'il existe des coûts réels pour un abandon à grande échelle des combustibles
fossiles, ils peuvent être assez modestes à l'échelle macroéconomique, doivent être comparés
aux coûts croissants que nous pouvons attendre de conditions météorologiques extrêmes liées
au changement climatique, tels que les pertes de production agricole, les effets possibles de la
famine, les conflits armés, et la migration de masse si de vastes zones sont affectées par
l'élévation du niveau de la mer ou la désertification. Dans le même temps, vues sous l’angle de
l'analyse macroéconomique keynésienne, les politiques et les actions proposées pour prévenir
de nouveaux changements climatiques pourraient engendrer potentiellement d’importants
avantages économiques en termes de création d'emplois.
Questions à débattre
2. Selon vous, quelle devrait être la réponse des Etats-Unis au changement climatique à
l’échelle mondiale? Quelles politiques spécifiques permettraient-elles de réduire les
émissions de carbone sans qu'il en résulte une perturbation importante de l’activité
économique?
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4. La croissance économique et l’environnement
2
Cette hypothèse ne provient pas de Simon Kuznets, mais est similaire à son hypothèse selon laquelle
l'inégalité augmenterait, pour ensuite diminuer avec une richesse nationale de plus en plus croissante.
11
l'environnement naturel pour leur subsistance.
Les politiques qui améliorent l'environnement peuvent donc également servir à réduire la
pauvreté et l'inégalité économique. Nous voyons donc que les objectifs de développement
humain et de protection de l'environnement sont en fait des objectifs interdépendants. La
promotion du développement humain dans les pays pauvres peut améliorer la qualité de
l'environnement alors que les politiques visant à améliorer l'environnement peuvent également
réduire les disparités économiques. Cela suggère la nécessité d'une réponse politique
coordonnée qui tienne compte des liens entre le développement humain et l'environnement.
12
Figure 18.3 Emissions de dioxyde de carbone par rapport au PIB par habitant, 2009
Les émissions de dioxyde de carbone par habitant ont tendance à augmenter avec le niveau de
développement économique d'un pays.
Source: Banque Mondiale, World Development Indicators Database 2013.
13
l'environnement. Elles découragent les activités économiques à forte intensité en énergie
et en matériaux, tout en favorisant la fourniture de services et les industries intensives en
main-d'œuvre. Un exemple d'une taxe verte serait une taxe sur les carburants comme
l'essence et le diesel en proportion des émissions de carbone qu’ils créent. Tous les pays
ont mis en place des taxes environnementales dans une certaine mesure. Comme le
montre la figure 18.4, les taxes environnementales dans les pays industrialisés peuvent
varier de 3,5 pour cent à plus de 10 pour cent des recettes fiscales totales.
• Les écotaxes sont fortement soutenues par la théorie économique comme un moyen
d'internaliser les externalités négatives comme la pollution. Quand une externalité
négative telle que la pollution existe, un marché non règlementé se traduira par une
allocation inefficace. Puisque toutes les taxes, en plus de générer des revenus,
découragent l'activité taxée, elles sont économiquement souhaitables pour décourager
les «maux» tels que la pollution de l'environnement et l'épuisement des ressources
naturelles plutôt que les «biens» et les activités productives positives comme les
investissements.
• On oppose fréquemment deux objections aux écotaxes. Premièrement, les taxes vertes
pèseraient probablement de manière disproportionnée sur les ménages à faibles
revenus. Mais comme indiqué précédemment, un remboursement ou un crédit à ces
ménages pourrait être mis en œuvre pour éviter de rendre une taxe verte régressive.
L'autre critique est que les taxes vertes sont politiquement impopulaires – personne ne
veut des impôts plus élevés. L'augmentation des taxes vertes peut être compensée,
toutefois, par la réduction d’autres taxes (telles que les taxes sur le revenu) de sorte que
le fardeau fiscal sur un ménage type reste inchangé. Et contrairement à l'impôt sur le
revenu, les ménages pourraient choisir de réduire le montant des impôts en taxes vertes
qu'ils paient en prenant des mesures de conservation d’énergie et d'autres pratiques
respectueuses de l'environnement.
• L'élimination des subventions agricoles et énergétiques qui encouragent la
surconsommation d'énergie, des engrais, des pesticides et de l'eau pour l'irrigation. La
politique devrait plutôt encourager des systèmes agricoles plus durables qui s'appuient
sur le recyclage des nutriments, la diversification des cultures et l'utilisation de contrôles
naturels des parasites, la minimisant de l'utilisation de produits chimiques artificiels et des
engrais. Ces systèmes ont aussi tendance à être plus intensifs en main-d'œuvre,
représentant par conséquent un potentiel de stimulation de l'emploi.
• Les politiques visant à promouvoir un plus grand recyclage des matériaux et
l'utilisation des énergies renouvelables. Grâce à des subventions de recherche et
développement, et d’autres subventions et des allégements fiscaux, les gouvernements
peuvent soutenir le développement de l'énergie solaire, éolienne et géothermique.
L'investissement public stratégique dans les nouvelles technologies telles que les piles à
combustibles et les systèmes industriels à haut rendement peut éventuellement rendre
ces technologies compétitives en termes de coûts.
• Les systèmes de permis négociables qui fixent une limite globale de pollution en
offrant un nombre limité de permis qui permettent à leurs détenteurs d'émettre des
quantités et des types de pollution spécifiques. Ces objectifs sont basés sur le principe
selon lequel un processus de réduction de la pollution peut être plus efficacement atteint
en permettant aux entreprises de choisir entre deux options: soit trouver les moyens
économiques pour réduire leurs émissions ; soit payer pour acheter des permis. Une fois
les permis distribués aux entreprises, elles peuvent les acheter à d'autres entreprises ou
les leur vendre. La réduction de la pollution se produira d'abord là où elle peut être faite le
plus économiquement.
• Cette caractéristique d’efficacité rend les systèmes de permis négociables populaires
parmi les économistes. Bien que les écologistes aient parfois rejeté, par principe, l’idée
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d’un gouvernement délivrant des «permis à polluer», il est reconnu que les permis
négociables ont été utilisés avec succès dans plusieurs cas, notamment en réduisant les
émissions de dioxyde de soufre aux États-Unis. De tels permis peuvent également être
achetés par des groupes environnementaux ou des particuliers afin de limiter leur usage
et de réduire ainsi le niveau global de pollution.
• Les politiques visant à promouvoir des systèmes de transport efficaces qui
remplacent le transport automobile à forte intensité énergétique avec des trains à grande
vitesse, le transport en commun, une plus grande utilisation de la bicyclette, et la
reconception des villes et des banlieues pour minimiser les besoins de transport. Dans
des pays comme les Etats-Unis, où les systèmes centrés sur l’usage de l'automobile sont
déjà largement développés, l'utilisation des voitures très économes en carburant serait
importante; dans certains pays en développement, la dépendance à l'automobile pourrait
être évitée complètement.
• Les accords d’échange dette-nature où la dette des pays en développement serait
annulée s’ils acceptent de protéger les réserves naturelles ou de poursuivre des
politiques respectueuses de l'environnement. Par exemple, en 2002 les États-Unis ont
annulé 5,5 millions de dollars la dette due par le Pérou en échange de son engagement à
conserver dix zones de forêt tropicales couvrant plus de 27,5 millions d'acres. Cette
nouvelle forme de politique budgétaire Internationale a été autorisée par le Tropical
Forest Conservation Act de 1998.
Figure 18.4 taxes environnementales en proportion des recettes fiscales totales, pour
certains pays industrialisés, 2006
Les taxes
environnementales
représentent
environ 10 pour
cent des recettes
fiscales totales au
Danemark et aux
Pays-Bas, mais
seulement environ 3
pour cent pour les
États-Unis. (Source:
Organisation de
coopération et de
développement
économiques,
OECD /EEE Base
de données
Instruments 2007)
15
supportées, par l'humanité dans son ensemble, sans conséquences environnementales
destructrices. Notons que la deuxième question comporte deux problèmes importants et
différents: les types de consommation et les quantités globales consommées.
Alan Durning, l’auteur de l’ouvrage intitulé How Much Is Enough: The Consumer Society
and the Future of the Earth (Combien faut-il: La société de consommation et l'avenir de la
Terre), a proposé de diviser la population mondiale en trois groupes classés selon leur niveau
de consommation et leurs impacts environnementaux. Le tableau 18.1 présente un classement
similaire à l'aide des données actualisées. Nous voyons que la consommation d'énergie, les
émissions de carbone, et l'utilisation des véhicules pour ceux appartenant à la catégorie à faible
revenu sont tous beaucoup plus faibles que pour les deux autres catégories. Bien que ces
ménages soient souvent obligés d’entreprendre des mesures écologiquement non durables
simplement pour survivre, leurs impacts sur les problèmes environnementaux mondiaux sont
relativement mineurs.
La «classe moyenne» mondiale utilise plus de ressources que les pauvres, mais leur
mode de vie est encore relativement respectueux de l'environnement. Ils se servent
principalement de vélos et de transports en commun, se nourrissent à base de céréales, et
utilisent une quantité modérée d'énergie. Durning suggère que l'ensemble de la population
mondiale pourrait vivre à ce niveau d’affluence sans dépasser la capacité de charge écologique
de la planète. La classe mondiale à revenu supérieur utilise des véhicules privés et le transport
aérien, se nourrit de viandes quotidiennement, et utilise une quantité significativement plus
importante d'énergie que les autres classes. Le reste du monde ne pourrait pas imiter leur style
de vie sans dépasser la capacité de l'environnement mondial.
Tableau 18.1 Classification de la population mondiale selon le revenu et les impacts sur
l'environnement en 2005
Source: Petit livre vert de données de la Banque Mondiale de 2006. Classification basée sur Durning, How Much
Is Enough: The Consumer Society and the Future of the Earth.
Chacun des trois groupes définis ici doit appréhender la durabilité de l'environnement avec des objectifs différents.
- Pour le groupe à faible revenu, l'accent doit être mis sur l'amélioration du niveau de vie matériel et
l’élargissement des options tout en profitant des technologies respectueuses de l'environnement.
- Le défi pour le groupe à revenu moyen est de maintenir les impacts environnementaux globaux par habitant
relativement stables par la poursuite d'une voie de développement qui permette d'éviter une dépendance
aux combustibles fossiles, aux produits jetables, et des niveaux toujours croissants de consommation
matérielle.
Enfin, le groupe à revenu élevé doit trouver un moyen de réduire les impacts environnementaux par habitant grâce à
des améliorations de la technologie, des politiques conçues intelligemment, et des changements dans les aspirations
de vie.
16
Le problème peut ne pas être aussi insoluble qu'il paraît. En plus de la question de
savoir ce qui est possible – c'est à dire, écologiquement durable – nous devons nous demander
ce qui est souhaitable. Dans les pays riches, il est devenu de plus en plus important de
reconnaître que «trop» peut être autant un problème que «trop peu». L’augmentation de la
consommation peut être pire pour les personnes qui peuvent souffrir de mauvaise santé due à
la suralimentation, de troubles psychologiques dus à certains types d’hyperstimulation, et
(comme beaucoup le disent) de malaise spirituel dû à l'attention exclusive ou excessive aux
choses matérielles. À des niveaux de revenus élevés, d'autres dimensions du développement
humain peuvent être plus importants que l’accès à plus de biens et services marchands –
notamment la sécurité et la protection de toute forme de violence, l’harmonie familiale et au sein
de la communauté dans laquelle on vit, les investissements dans les capacités de production et
de création pour la prochaine génération, ou la possibilité d'avoir une vie active satisfaisante
(rémunérée ou pas). Dans la mesure où nous sommes prêts à diminuer la consommation
matérielle pour obtenir ces autres objectifs, le développement durable devient moins un défi.
En outre, une grande partie du bien-être social et individuel de chaque pays dépend du
maintien en bonne santé des familles et de l’entretien du patrimoine dans lequel on demeure –
ceci comprend toutes les activités de soins apportés aux malades et aux personnes âgées,
ainsi que d'autres activités productives qui se passent dans les maisons et les communautés,
activités qui ne donnent pas lieu à un échange sur les marchés formels.
Beaucoup d'adultes aujourd'hui se sentent coincés entre les exigences classiques de
quarante heures (ou plus) par semaine pour un emploi rémunéré, et le temps qu’ils doivent
passer avec leurs familles. L'emploi à plein temps en Europe nécessite l'équivalent de cinq
semaines de moins de travail par an, en moyenne, que l'emploi à plein temps aux États-Unis.
Les Européens ont en effet choisi de traduire une partie de leur productivité accrue du travail
dans l'accroissement des loisirs, au lieu de l’utiliser entièrement à accroître les revenus et la
consommation. Comme le montre la figure 18.5, il existe un arbitrage entre le temps de loisirs et
l'argent gagné, l’un étant le coût d'opportunité de l'autre; la position d’un pays sur la « frontière
des possibilités de consommation » dépend de la culture et des attitudes qui prévalent dans la
population vis-à-vis du travail.
17
Les pratiques économiques qui rendent les gens «riches» en tant que consommateurs, mais
«pauvres» dans leurs relations familiales et communautaires ne sont pas compatibles avec
l'objectif de développement humain qui est la liberté de mener une vie satisfaisante. Il s'avère
qu’elles ne sont pas écologiquement durables dans le long terme, du moins si chaque être
humain aspire au niveau de richesse atteint par les Américains moyens. Heureusement, il est
de plus en plus évident qu’une réduction de la consommation matérielle est non seulement
bonne pour l'environnement naturel, mais aussi, à partir du moment où un certain niveau de
revenu a été atteint, cette réduction peut-elle améliorer notre bien-être.
Des politiques industrielles ont été utilisées avec succès par le passé, pour faire passer
l’économie d’un stade à un autre. Les États-Unis n'auraient pas pu se développer d'une
économie essentiellement agraire à une économie industrielle sans l'aide du gouvernement, en
particulier dans le développement de systèmes de transports et de communications. Le
gouvernement japonais a soigneusement sélectionné une série d'industries à soutenir, allant de
celles à faible technologie et intensive en main-d'œuvre jusqu’à celles intensives en haute
technologie et en information. Toutes les économies Européennes, Asiatiques et Nord-
Américaines ont dépendu de l'appui essentiel des investissements nationaux dans l'éducation
et la santé publique. Beaucoup de ces investissements sont des «biens publics» parce que,
bien qu'ils offrent de multiples avantages, il est difficile de prélever des contributions auprès des
personnes qui en bénéficient; par conséquent, pour être produits, ils doivent être soutenus par
une action nationale.
Un ensemble similaire d'investissements stratégiques, axés sur des domaines tels que
les transports en commun et les énergies alternatives, pourraient amener les nations vers une
économie plus respectueuse de l'environnement. De tels investissements contribueraient à un
développement économique et environnemental positif, mais ne pourraient pas offrir le genre
de rendement qui pourrait encourager les entreprises privées à les entreprendre. Pourtant, une
fois ces investissements stratégiques en place, le secteur privé pourrait être ensuite mobilisé
pour développer la deuxième phase d’investissement – tout comme dans le passé, le
gouvernement des Etats-Unis a construit des autoroutes, tandis que le secteur privé a en même
temps produit des voitures et des camions.
Il est également important de garder à l’esprit que les « investissements » devraient aller
18
au-delà des usines et des équipements. La politique environnementale se préoccupe de la
protection de écosystèmes, afin d'éviter un désinvestissement dans les biens publics globaux
tels que les océans, l'atmosphère, les réserves mondiales d’espèces vivantes, et d'autres
aspects du capital naturel et social qui influent grandement sur les possibilités et la qualité de
vie pour les générations présentes et futures.
Ce type d'investissement à long terme nécessite une perspective plus tournée vers
l'avenir que c’est le cas pour la plupart des investissements d’affaires. L'utilisation de taux
d'actualisation de marché (voir l'encadré 18.3) tend à limiter les horizons de planification de la
plupart des entreprises et des particuliers à environ vingt à trente ans. Mais la viabilité à long
terme exige une perspective générationnelle, puisque la plupart des effets les plus graves des
problèmes tels que le changement climatique prendra des décennies, voire des siècles, avant
de se produire.
Taux d'actualisation social: un taux d'actualisation qui reflète l'évaluation sociale plutôt que
celle donnée par le marché, des coûts et bénéfices futurs; ce taux est généralement plus faible
que le taux d'actualisation du marché.
La démocratisation de la propriété:
Il y a maintenant environ 130 millions d'Américains – 40 pour cent de la population – qui
sont membres d'une certaine forme de coopérative ou le principe d'une personne, un vote, est
établi. Certaines sont assez larges, certaines dans les industries de haute technologie ou
manufacturière, et varient de modes de fonctionnement «très» à « pas très » participatif et
démocratique. Un programme qui a été lancé par le gouvernement fédéral dans les années
1980 a donné lieu à environ onze mille ESOP (Employee Stock Ownership Plans), impliquant
10,3 millions de personnes, dans pratiquement tous les secteurs, dont certains très larges et
sophistiqués. Le nombre de personnes impliquées dans ce genre d’entreprises détenues par
les travailleurs sont plus nombreuses que le nombre de syndiqués dans le secteur privé (3
millions de plus dans le premier groupe).
Il y a aussi des milliers d’ «entreprises sociales » basée sur les principes de la
démocratisation de la propriété, et qui font des profits avec lesquels elles peuvent atteindre un
objectif social plus large. L'entreprise sociale la plus commune est la traditionnelle Community
Development Corporation (Société de développement communautaire) ou CDC. Près de cinq
mille CDC sont depuis longtemps en opération dans presque toutes les villes des États-Unis.
Pour la plupart les CDC servent à construire des logements pour les individus à faibles revenus
et d'incubateurs pour les petites entreprises.
Une autre forme de propriété démocratisée consiste en « land trusts » ou encore
«fiducie foncières» – essentiellement des sociétés sans but lucratif qui possèdent des
logements et d'autres propriétés de cherchent à éviter les processus de ‘gentrification’ – où la
spéculation immobilière chasse graduellement les plus pauvres au profit des plus aisés. Ces
fiducies foncières utilisent leurs bénéfices pour investir dans des constructions de logements
pour les individus à revenus faibles ou modestes. Des centaines d’efforts semblables existent
désormais, et de nouvelles fiducies foncières sont maintenant établies dans plusieurs villes à
3
Bon nombre d’exemples cités sont tirés de Gar Alperovitz, What Then Must We Do? (White River
Junction, Vermont: Chelsea Green Publishing, 2013).
19
travers les Etats-Unis.
La propriété démocratisée prend aussi la forme de services et entreprises gérées
publiquement par les communautés locales dans chaque Etat des Etats-Unis. Il y a plus de
deux mille entreprises publiques d'électricité qui fonctionnent sur ce modèle; beaucoup ont
démontré leur capacité à fournir de l'électricité à moindre coût pour les consommateurs, et la
provision en au haut-débit est moins coûteuse et plus accessible. En effet, 25 pour cent de
l'électricité aux Etats Unis est supplée par des services publics locaux et des coopératives.
20
en une communauté urbaine durable. L'effort inclut des rénovations d'écoles, l'étanchéisation,
la formation professionnelle et des programmes de placement, le développement de l'entreprise
(initialement visant à améliorer l'efficacité énergétique), les programmes d'énergies
renouvelables et de conservation d’eau, l'installation d'un réseau électrique intelligent par
Kansas City Power and Light, et de nouveaux programmes pour construire des logements sur
des terrains abandonnés.
À Austin, au Texas, une autre initiative verte de développement municipal s'emploie à
bâtir une économie régionale qui met l'accent sur le leadership dans l'entreprise verte, les
technologies propres, de nouveaux emplois, et l’élargissement des opportunités. La ville
soutient les entreprises locales qui «verdissent» leurs opérations, et a pour objectif de rendre le
fonctionnement de la ville totalement neutre en carbone d'ici 2020 – y compris la réduction des
émissions de gaz à effet de serre par le passage à l'énergie renouvelable, le remplacement de
l'éclairage inefficace, et les parcs automobiles, ainsi que des programmes de conservation pour
l'eau, la qualité de l'air, la réduction des déchets et le recyclage, et le jardinage biologique.
Ces exemples suggèrent que nous vivons le début d'une période importante
d’innovation et d'expérimentation de nouveaux modèles économiques, qui peuvent servir de
base à des systèmes économiques durables au niveau local comprenant à la fois des objectifs
sociaux et environnementaux.
Questions à Débattre
1. Compte tenu des problèmes environnementaux abordés dans cette section, de quelles
façons les intérêts des personnes vivant dans les pays riches et celles vivant dans les
pays pauvres entrent-ils en conflit? Y a-t-il aussi des domaines d'intérêt commun qui
pourraient justifier et motiver une action concertée sur les problèmes
environnementaux?
2. Comment vos propres impacts environnementaux se comparent-ils avec ceux d’une
personne moyenne dans le monde?
3. Réduire les impacts environnementaux exige-t-il des sacrifices, ou peut-on y parvenir de
façon à accroître le bien-être général?
21
Encadré 18.3 : L’actualisation du futur
Dans la théorie économique, les coûts et les bénéfices futurs sont souvent évalués à
l’aide d’une technique appelée actualisation. La théorie derrière l'actualisation est qu'un dollar
aujourd'hui vaut plus qu'un dollar dans le futur, même après correction de l'inflation. Le taux
d'actualisation, parfois appelé le «taux d'actualisation temporel», est le taux annuel auquel les
valeurs en dollars sont supposées changer. L'utilisation d'un taux d'actualisation dépend
souvent de l'hypothèse selon laquelle les personnes vivant dans le futur seront mieux loties
que celles vivant aujourd'hui, et que, par conséquent, un dollar vaut plus pour nous
maintenant qu’il ne le sera pour nos petits-enfants, même après la prise en compte d'une
éventuelle inflation. Pour la plupart des calculs commerciaux et financiers, l'utilisation d'un
taux d'actualisation est sensée. Toutefois, son application aux coûts et bénéfices sociaux et
environnementaux est plus compliquée.
Pour illustrer l'impact des calculs du taux d'actualisation, à un taux d'actualisation de 8
10
pour cent, 1$ aujourd'hui aura une valeur de 1,08 $ l'an prochain et (1 $) (1,08 =) 2,16$ d'ici
10
dix ans. De même, 1$ devant être reçu dans dix ans vaut seulement (1 $) / (1,08 =) $ 0,46
aujourd'hui.
Pour des périodes plus longues, l'impact de l'actualisation devient beaucoup plus crucial.
La valeur actuelle de 1000$ dans cinquante ans est seulement de 87,20$ à un taux
d'actualisation de 5 pour cent, et la valeur de 1000 $ dans une centaine d'années est
seulement de 7,60$. À un taux d'actualisation de 10 pour cent, la valeur de 1000$ dans une
centaine d'années à partir de maintenant est seulement de 7 cents! Cela signifierait que, en
appliquant un taux d’actualisation de 10 pour cent, il ne vaut la peine de dépenser plus de 7
cents aujourd'hui pour éviter des dommages de 1000 $ dans cent ans. Cela conduit à une
critique sérieuse de l'approche de l'actualisation. Comment pouvons-nous justifier une
technique qui pourrait implicitement considérer de graves dommages aux générations futures
moins importants que des coûts modérés aujourd'hui?
L'actualisation est essentielle si nous considérons par exemple le cas consistant à
prendre un prêt hypothécaire pour acheter une maison ou un prêt pour financer un
investissement d’affaires. Les avantages qu’offrent la possession d’une maison dans laquelle
on puisse vivre à partir d'aujourd'hui pourraient bien l'emporter sur les coûts futurs
consistants à payer des intérêts sur l'hypothèque au cours des vingt prochaines années. De
même, les revenus générés par l'investissement d’affaire peuvent être comparés à des
paiements annuels sur le prêt – si le taux de rendement sur l'investissement dépasse le taux
d'actualisation, cet investissement rapporte des avantages nets.
Dans de tels cas, il est logique d'utiliser le taux de d’actualisation commercial, déterminé
dans les marchés courants, pour comparer les coûts et les avantages actuels et futurs. Mais
peut-on dire qu'un gain de PIB aujourd'hui, ou dans un avenir proche, l'emporte sur un plus
grand dommage dans la prochaine génération? Comment devrions-nous évaluer les impacts
environnementaux plus généraux qui se poursuivront sur de longues périodes de temps?
Nous pouvons essayer de résoudre le problème en définissant un taux d'actualisation
social – un taux qui tente de refléter l'évaluation sociale appropriée du futur. Les estimations
des taux d'actualisation sociaux varient, mais sont généralement beaucoup plus faibles que
les taux d’actualisations commerciaux, et incluent un taux d’actualisation zéro. Mais bien
entendu, les acteurs privés du marché tels que les sociétés vont fonder leurs décisions sur le
taux d'intérêt du marché à l’heure actuelle, pas sur un taux d'actualisation social. Les
investissements publics, en revanche, peuvent être basés sur le jugement que le taux
d'actualisation social approprié est inférieur – ce qui signifie que le futur doive recevoir plus de
poids. Cela pourrait justifier, par exemple, davantage d'investissements dans l'efficacité
énergétique et les sources d'énergie sans carbone aujourd'hui, pour éviter les dommages
causés par le changement climatique qui sont susceptibles de se produire dans les
prochaines décennies.
22
5. Y a-t-il conflit entre durabilité et stabilisation?
Un des aspects importants étudiés par la Macroéconomie est la question de la demande
agrégée – et la nécessité de la maintenir à un niveau élevé afin de soutenir un niveau de
production élevé, permettant de garder les revenus à un niveau élevé et d’avoir un faible niveau
de chômage. Cet objectif est-il en conflit avec celui de durabilité environnementale? En un sens,
il apparaitrait que oui, étant donné les éléments de preuves que nous avons passés en revue,
montrant que les problèmes environnementaux s’accroissent avec les niveaux de
consommation de plus en plus élevés. Mais il existe peut-être des moyens de réconcilier les
objectifs de qualité de vie élevée, de plein-emploi, et de durabilité environnementale. Pour y
parvenir nous devons réexaminer certaines de nos hypothèses concernant la croissance
économique.
Si l’on prend les modèles macroéconomiques à la lettre, il semblerait que les objectifs de
stabilisation, en particulier celui de faible taux de chômage, soit en conflit direct avec celui de
durabilité écologique. Il semble que la stabilisation exige de maintenir un taux rapide
d’accroissement des « flux physiques intrants-sortants» – c’est-à-dire de conversion des
ressources matérielles et énergétiques en biens et services pour la consommation, telle qu’elle
est mesurée par le PIB. La consommation, l’investissement, les dépenses gouvernementales,
et les exportations nettes, doivent tous rester élevés, selon ces modèles, afin de générer un
niveau de demande agrégée qui permettent d’atteindre et de maintenir le plein-emploi.
La durabilité écologique au contraire, est menacée par les débits élevés de flux physiques
intrants-sortants qui épuisent les ressources non renouvelables (ou seulement faiblement
renouvelables) et entrainent d’autres problèmes tels que le changement climatique mondial et
l’extinction des espèces. Il devient de plus en plus clair que toute transition sérieuse vers la
durabilité écologique exigera de consommer moins de certaines des choses auxquelles nous
sommes habitués, en particulier les ressources énergétiques fossiles.
Mais l’objectif d’une économie durable signifie-t-il donc que l’on doive se résigner à accepter
une récession de grande ampleur, accompagnée d’une perte de revenus et d’une augmentation
du chômage?
Une grande part de ce conflit apparent provident d’hypothèses trop simplifies qui sont faites
dans les modèles macroéconomiques. Dans la mesure où ces hypothèses ne soient pas vraies,
il se peut que le conflit ne soit pas aussi important qu’on le dise. Les modèles
macroéconomiques standard supposent en général que :
• Créer plus d’emploi est toujours une bonne chose, parce qu’ils permettent aux gens de
gagner des revenus, et parce que le chômage est un fléau social, générant stress et
dépression. On doit maintenir des niveaux de production élevés pour garder un niveau
d’emploi suffisamment haut.
• On ne se préoccupe que des niveaux de consommation, d’investissement, de dépenses
gouvernementales et d’exportations nettes. La composition de ces dépenses en termes de
types de biens et services, ou en termes de méthodes de production utilisées pour
générer du PIB, n’est pas prise en compte.
Examinons de plus près ces hypothèses.
Il n’y a aucun doute que chercher un emploi et ne pas pouvoir en trouver un est une expérience
extrêmement pénible pour toutes les personnes au chômage. De plus, le manque de revenus –
23
qui entraîne des difficultés nombreuses et la pauvreté pour un travailleur au chômage et sa
famille – peut avoir aussi des répercussions psychologiques graves. Les chômeurs se sentent
souvent démoralisés et déprimés quand ils font l’expérience renouvelée de ne pas se sentir
utiles et d’être rejetés par les entreprises dans leur candidature. Les études sociologiques des
effets des cycles économiques sur la santé et la mortalité montrent de manière très claire que
les taux de suicides augmentent pendant les périodes de récession économique. Il est donc
évident que la quête d’une société plus humaine voudra éviter ce genre de souffrance au
maximum, autant que faire se peut.
Mais plutôt que de raisonner seulement en termes d’emploi et de chômage, les
macroéconomistes devraient peut-être prêter plus d’attention aux types, à la qualité, et à
l’intensité des emplois offerts par l’économie, et à la manière dont ces facteurs affectent en bien
ou en mal le bien-être des personnes. Le fait d’être entièrement et absolument exclu du
système salarial est un grand traumatisme pour tous les chômeurs involontaires, et le fait d’être
privé d’un revenu suffisant est très dur pour les plus pauvres. Mais la solution à ce grave
problème n’est peut-être pas que tout le monde doive travailler quarante heures par semaine ou
plus afin de produire le plus de biens et de services possibles, en utilisant au passage de
grandes quantités d’énergie et de matériaux dans ces processus de production.
Les gens tirent aussi des avantages du temps passé à des activités autres que l’emploi
rémunéré; ce temps libre permets de s’adonner à du travail non rémunéré, qui inclut les soins
de ses proches, ainsi que des activités de loisir. Il est peut-être possible de garder des niveaux
d’emploi élevés tout en réduisant le flux physique de matériel qui traverse l’économie, si nous
sommes capables, en tant que société, de concevoir créativement quelles sortes d’emploi nous
voulons vraiment et dans quelle quantité.
Les Néerlandais, par exemple, ont répondu à une vague de récession dans les années 80 en
stabilisant les salaires et en permettant une plus grande souplesse dans le nombre d’heures au
travail afin de réduire le taux de chômage. Ils ont commencé à employer plus de fonctionnaires
à hauteur de quatre jours par semaine au lieu de cinq. D’autres secteurs ont suivi et peu de
temps après même les employés des banques néerlandaises sont passés à la semaine de
quatre jours. En Juillet 2000, le pays a voté la Loi d’Ajustement des Heures au Travail, une
législation qui a transformé le paysage social et économique des Pays-Bas en garantissant aux
employés le droit à la réduction de leurs heures hebdomadaires (même au-dessous des 80%
dans la plupart des cas) sans perdre leur emploi ni subir une réduction du taux de salaire
horaire ni de leurs bénéfices en matière de sécurité sociale.4
La même année, le gouvernement français a réduit la semaine de travail standard de 39 à 35
heures. Les politiques néerlandaises et françaises étaient toutes les deux principalement
motivées par un désir de réduire le taux de chômage, mais aussi par l’amélioration de la qualité
de vie des employés, en leur offrant la possibilité de plus de temps libre. Parce que plus de
temps libre et moins de revenu conduit en général à moins de consommation (et donc moins de
flux physiques en matériaux et en énergie), ces deux mesures sont des exemples de
politiques macroéconomiques innovantes qui tiennent compte à la fois des impératifs de
stabilisation économique et de durabilité écologique.
4
Juliet Schor, posted on http://blogs.worldwatch.org/sustainableprosperity/the-80-percent-solution.
24
énergétiques. Manger des produits frais de l’agriculture locale, faire une balade à vélo avec des
amis, ou télécharger une chanson sur Internet, par exemple, font partie de ces activités qui
n’imposent pratiquement aucun stress sur l’environnement. D’autres activités au contraire, telles
que chauffer de très grandes maisons l’hiver, les climatiser l’été, entretenir son gazon à coup
d’engrais chimiques, et conduire des milliers de kilomètres par an dans des véhicules 4x4, ont
bien sûr plus d’impacts négatifs. Si l’on parvenait à remplacer de plus en plus la production de
biens et services qui sont les plus dommageables à l’environnement par des biens et services
qui sont moins destructeurs – ou qui sont mêmes bénéfiques – on pourrait maintenir des
niveaux élevés de consommation, d’investissement et d’emploi avec un impact négatif diminué
sur l’environnement.
Un des facteurs essentiels pour la durabilité future serait que la population mondiale se
stabilise. Mais ce phénomène démographique de stabilisation s’accompagne d’un vieillissement
de la population. Les Etats-Unis et d’autres pays industrialisés font déjà l’expérience d’un
vieillissement, le ratio de la population âgée rapportée à la population active augmentant.
Beaucoup de personnes âgées ont besoin de davantage de soin médical et de soins à domicile.
Cela a des conséquences pour la composition du travail. Alors que l’économie devra diminuer
le nombre d’emplois dans les domaines à forts flux physiques matériels et énergétiques, pour
des raisons environnementales, il y aura également une offre de travail plus faible, et une
demande d’emploi plus forte dans les secteurs de la santé. Si ces changements
démographiques sont bien gérés, les transformations de l’économie à des fins écologiques
peuvent ne pas résulter dans un chômage croissant (par exemple le secteur de la santé, parmi
d’autres, pourra absorber plus d’emplois).
De la même manière, alors que certaines opportunités d’investissement n’auront plus leur
place dans une économie écologiquement durable, d’autres verront le jour et s’épanouiront. Les
investissements dans les infrastructures économes en énergie dans le domaine des transports,
l’aménagement des zones humides, la conversion d’immeubles résidentiels ou commerciaux
selon des standards environnementaux plus responsables en matière économique et chimique,
par exemple, créerait plus d’emplois au lieu d’en faire disparaitre.
Les problèmes posés par la transition vers une macroéconomie durable ne doivent pas être
minimisés. On ne peut pas du jour au lendemain transformer des secteurs d’activité et des
employés fabricant des véhicules 4x4 par exemple en fabricants de panneaux solaires. Les
changements doivent d’abord intervenir dans la composition du capital manufacturé et du
capital humain. Mais ces défis ne doivent pas non plus apparaître comme insurmontables. Les
progrès scientifiques et technologiques ont montré que la question de la transition vers des
formes de productions beaucoup plus économes en énergie ne se pose plus, elle est
physiquement possible mais il s’agit de savoir quand et comment elle aura lieu. Et plus on perd
de temps à la mettre en œuvre, plus elle sera difficile à réaliser.
25
investissements du gouvernement dans des projets préservant et enrichissant le capital naturel,
ou pour stimuler des investissements privés de la même nature, en offrant des rabattements
fiscaux ou en subventionnant les taux d’intérêt. Un grand nombre de mesures de politique
économique de ce type pourraient effectivement stimuler l’innovation et les gains de
productivité. Certaines politiques économiques destinées à la promotion de la durabilité
pourraient de fait représenter un retour à des politiques Keynésiennes bien connues, mais
revisitées sous l’angle de l’écologie – avec un effort particulier sur les investissements
gouvernementaux et privés en matière de technologies vertes, et une structure fiscale qui allège
le poids des impôts sur les revenus, le travail et le capital, pour les faire porter davantage sur
l’usage des combustibles fossiles et autres ressources naturelle.
Le programme de stimulus proposé par l’Administration Obama en 2009 et adopté par le
Congrès des Etats-Unis présente un cas classique de politique expansionniste keynésienne.
Environ 10% de ce programme était destiné spécifiquement à des objectifs environnementaux
(voir encadré 18.4).
Les économistes à orientation écologique ont proposé d’envisager qu’au lieu de croître
indéfiniment selon une trajectoire exponentielle – le PIB augmentant de 4% par an par exemple
– les systèmes économiques nationaux et le système global suivent une courbe logistique dans
laquelle la croissance se limite elle-même, au moins en termes de consommation de
ressources. Cette trajectoire mènerait à un état d’économie stationnaire dans laquelle la
population et la production totale sont stabilisées (voir Figure 18.6).
26
Figure 18.6: La croissance fait place à un état stationnaire
Un modèle de transition vers une économie stationnaire a été présenté par l’économiste
canadien Peter Victor. Le modèle qu’il utilise, appelé « LOWGROW » a été appliqué à
l’économie canadienne afin de modéliser des trajectoires « socio-éco-environnementales » qui
offrent des résultats souhaitables d’un point de vue social et environnemental, sans nécessiter
de croissance économique. Dans le scénario présenté à la Figure 18.7, on suppose que le
gouvernement canadien introduit une taxe carbone sur les émissions de gaz à effet de serre,
créant des incitations économiques visant à abandonner les énergies à fort taux d’émissions et
de les remplacer par des énergies à taux faible ou nul, cette taxe rendant l’énergie plus chère et
encourageant la conservation et l’efficacité. Les revenus de cette taxe carbone sont utilisés
pour réduire d’autres taxes, afin que l’effet net sur les revenus des ménages soit nul.
Dans ce scenario, le PIB par tête se stabilise après 2025, et les émissions de gaz à effets de
serre décroissent de 22% à l’horizon 2035.Les niveaux de pauvreté ainsi que le chômage
décroissent de manière significative, et l’équilibre discal est atteint, alors que le ratio de la dette
rapportée au PIB ne cesse de diminuer. Une semaine de travail plus courte permet le plein
emploi, avec une croissance moins grande dans la consommation matérielle mais plus de
dépenses pour la santé et l’éducation. De tels modèles montrent qu’une croissance de plus en
plus lente et qui finit par s’annuler peut être compatible avec le plein emploi, l’élimination de la
pauvreté, davantage de loisirs, et une réduction considérable des émissions de gaz à effets de
serre, tout en maintenant l’équilibre fiscal.
27
FIGURE 18.7. Un scénario de développement sans croissance pour l’économie
canadienne
Bien que les projections de PIB par habitant s’arrêtent de croître dans ce modèle
macroéconomique, le bien-être continue d’augmenter, et le chômage, la pauvreté et la
dette sont en diminution, alors que les conditions environnementales s’améliorent.
Source: Adapted from Peter Victor (2008) p.182
Questions à débattre
1. Réduire la longueur de la semaine standard de travail à plein-temps pourrait représenter
un moyen de maintenir les emplois tout en diminuant le “flux physique” des matériaux et
de l’énergie. Pouvez-vous trouver d’autres moyens politiques qui puissent avoir le même
effet?
2. Pensez-vous qu’un système économique puisse prospérer sans croissance? Peut-on
faire une distinction entre croissance du PIB, croissance de l’emploi, et croissance du
bien-être? Dans quelle mesure ces trois grandeurs vont-elles nécessairement ensemble
et dans quelle mesure les améliorations de l’emploi et du bien-être divergent-elles de la
croissance du PIB?
6. Pour conclure
A travers le 20ème siècle, l’objectif principal de la macroéconomie a été d’assurer une croissance
économique forte et soutenue. Les défis à relever au 21ème siècle montrent que la
macroéconomie elle-même a besoin d’être entièrement renouvelée. L’emploi, la stabilité des
prix, et la croissance du PIB continueront à demeurer des sujets de grande importance – non
pas comme des fins en elles-mêmes mais comme des moyens pour parvenir aux objectifs plus
larges de développement humain et de durabilité écologique. Gardant le cap sur ces objectifs
de bien-être, la macroéconomie doit aller au-delà de son expérience passée, et oser se lancer
courageusement sur la piste des questions nouvelles posées par le 21ème siècle.
Une de ces questions fondamentales est d’envisager comment la majorité de la population
mondiale, vivant aujourd’hui avec des niveaux de vie très bas, pourra améliorer son bien-être.
Y répondre impliquera de développer des modèles qui combinent des approches
traditionnelles de la croissance économique avec de nouvelles approches qui sont plus
28
orientées vers la résolution de questions de pauvreté, d’iniquité et de durabilité écologique.
Beaucoup d’efforts doivent être faits dans les décennies qui viennent pour développer les
technologies qui peuvent fournir de l’énergie et des matériaux pour la consommation humaine
qui soient bien moins destructeurs pour l’environnement. Un immense effort est également
nécessaire afin de réparer tous les dommages passés. Et il faut aussi travailler à la prévention
de pratiques destructives – provoquant par exemple la surpêche, la surexploitation des forêts et
autres écosystèmes, etc…
Un autre ensemble de questions concernent la macroéconomie elle-même et comment peut-
on la réformer pour tenir compte des problèmes de l’avenir. Une première étape dans cette
direction consiste à reconnaître qu’il existe des domaines importants où il est inapproprié de
dévaluer l’avenir selon les méthodes d’actualisation. Quand nos arrière-arrière-petits enfants
vivront, leurs vies et leurs bien-être sera aussi important à leurs yeux que le sont les nôtres à
nos yeux (cette perspective, bien que négligée par l’économie, n’est pas nouvelle, et John
Maynard Keynes en a souligné l’importance dans les années 30 – voir l’encadré 18.5.)
Une macroéconomie qui choisit de ne pas actualiser ni de dévaluer le futur lorsque des
risques graves sont en jeu à l’avenir comme conséquences d’actions actuelles, sera fondée sur
des calculs de risques et de rentabilité complètement différents quand il s’agit d’effectuer des
investissements sociaux. Selon la théorie des externalités, on ne peut pas s’en remettre
entièrement aux marchés pour générer le genre d’investissements sociaux et stratégiques
nécessaires pour traiter des externalités négatives à l’échelle macro. Pour cela, on doit regarder
du côté des gouvernements et d’autres acteurs motivés par des considérations sociales. Un
grand nombre de chercheurs et de décideurs politiques sont convaincus que des dommages
environnementaux irréparables auront lieu à une échelle très large à moins que l’on agisse
immédiatement et de manière drastique. Ils pensent que l’on a besoin d’une mobilisation
nationale et internationale d’ampleur inégalée, afin que les pays répondent à la menace
environnementale de la même manière qu’ils le feraient en cas de menace d’invasion militaire.
La macroéconomie du 21ème siècle doit devenir véritablement mondiale. Les problèmes
sociaux de réduction de la pauvreté, ainsi que les problèmes environnementaux majeurs tels
que le changement climatique mondial, peuvent être traités partiellement au niveau national,
mais c’est au niveau international qu’ils doivent être appréhendés et le rôle des institutions
internationales et du commerce international y est crucial. Les analyses du revenu national, des
politiques fiscales et monétaires, du chômage et de l’inflation, etc…, restent pertinentes mais
doivent être replacées dans le contexte des défis du développement et de l’environnement.
Avec ces sortes de question à l’esprit, on peut reconsidérer l’ensemble de ce que nous
apprend la macroéconomie traditionnelle, et se poser une grande quantité de questions à
travers le regard de la recherche de bien-être et de durabilité écologique. Outre les questions
que nous avons soulevées plus haut, voici quelques autres questions supplémentaires en
attente de réponses : Quelles sortes d’institutions et de politiques fiscales et monétaires
peuvent le mieux servir l’objectif du développement socialement et écologiquement viable et
durable ? Quelles trajectoires de développements économiques aux échelles locale, nationale
et internationale pourront aller dans cette direction ?
Ces questions sont encore sans réponse – et il est urgent d’agir en la matière. En ayant une
connaissance solide du passé et des outils économiques qui ont eu leur utilité, et en regardant
droit dans les yeux les problèmes du présent et de l’avenir, peut-être pourrez-vous vous aussi
contribuer à apporter des solutions à ces questions.
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Encadré 18.5 Possibilités économiques pour nos petits-enfants
...Nous atteindrons éventuellement un stade, et peut-être plus tôt que nous le pensons, où
ces besoins seront satisfaits de sorte que nous préfèrerons consacrer notre énergie à des
objectifs non économiques…. Je tire cette conclusion que, dans l’hypothèse où il n’y ait pas
de guerre majeure ni d’augmentation trop importante de la population, le problème
économique pourra être résolu ou au moins sa solution pourra-t-elle être à portée de main
d’ici un siècle… Ce qui veut dire que le problème économique n’est pas – si l’on considère le
long terme – le problème permanent de la race humaine.
Ainsi pour la première fois depuis sa création, l’homme fera face à son véritable problème
éternel – celui de savoir comment user de sa liberté au-delà des impératifs de survie
économique, comment occuper son temps libre, qui lui auront été gagnés à la fois par la
science et par les intérêts composés, afin de bien vivre sa vie, agréablement et sagement.
Quand l’accumulation de la richesse n’aura plus une grande importance sociale, il y aura un
grand changement dans les codes de la morale… le désir d’argent comme possession – à
distinguer du désir d’argent comme moyen de jouir de la vie – sera reconnu pour ce qu’il est,
une sorte de morbidité dégoutante, relevant à moitié du crime et à moitié de la pathologie, et
qui doit être traité par les spécialistes de la santé mentale.
Bien sûr il y aura toujours des gens qui souffriront d’un intense manque de raison d’être qui
ne peut être satisfait que par une poursuite aveugle de richesse – à moins qu’on ne puisse
leur trouver un substitut plausible. Mais tous les autres, c’est-à-dire la plupart d’entre nous,
ne seront plus dans l’obligation ni de les applaudir ni de les encourager.
Source: Extraits de l’essai “Economic Possibilities for our Grandchildren,” John Maynard
Keynes, 1930.
Questions à débattre
1. Etes-vous optimistes ou pessimistes quant à la capacité à réduire les inégalités mondiales
dans l’avenir? Croyez-vous que le monde sera plus ou moins inégal dans cinquante ans?
Qu’en est-il des problèmes environnementaux— pensez-vous qu’au cours de votre vie ils
seront pire ou bien s’amélioreront-ils?
2. Etes-vous d’accord avec Keynes lorsqu’il exprime sa croyance que les nations
industrialisées atteindront bientôt un stade où les besoins seront “satisfaits de sorte que
nous préfèrerons consacrer notre énergie à des objectifs non économiques”? Pensez-vous
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que nous nous sommes rapprochés de ce point depuis que Keynes a écrit son essai en
1930? Observez-vous des signes que cela a commencé à se produire ?
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Bibliographie
World Bank and State Environmental Protection Agency, People’s Republic of China, Cost of Pollution in
China. Washington D.C.: World Bank, 2007.
Food and Agriculture Organization of the United Nations (FAO), Review of the State of World Marine
Fishery Resources. Rome, Italy: FAO, 2012.
Intergovernmental Panel on Climate Change, Climate Change 2007: The Physical Science Basis.
Cambridge, UK, and New York: Cambridge University Press, 2007.
Intergovernmental Panel on Climate Change, Climate Change 2007: Impacts, Adaptation, and
Vulnerability. Cambridge, UK, and New York: Cambridge University Press, 2007.
Samuel Brown, William G. Gale, and Fernando Saltiel, Carbon taxes as Part of the Fiscal Solution.
Urban Institute and Brookings Institution Tax Policy Center http://taxpolicycenter.org/
Alan Durning, How Much Is Enough: The Consumer Society and the Future of the Earth. New York:
Norton, 1992.
See http://blogs.worldwatch.org/sustainableprosperity/the-80-percent-solution/
Peter Victor, Managing Without Growth: Slower by Design, not Disaster. Northampton, MA: Edward
Elgar, 2008.
Nous encourageons tous vos commentaires et vous en remercions par avance. Vous pouvez nous
joindre soit par email soit en contactant directement les auteurs, ou en écrivant à GDAE:
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