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Bilinguisme et orthophonie : enjeux clés

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Bilinguisme et orthophonie : enjeux clés

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Comme son titre l’indique, ce livret s’adresse aux orthophonistes.

Il a pour but non seulement d’informer quant à la complexité du bilinguisme, mais aussi de
sensibiliser à une approche orthophonique transculturelle.

Ce livret a été réalisé dans le cadre d’un mémoire d’Orthophonie à Nantes en 2008, par Flora
Lefebvre sous la direction de Madame Chantal Clouard.

Tous nos remerciements aux personnes ayant contribué de près ou de loin à la réalisation de ce
livret.
Merci à Arno Monin pour l’illustration.
1 - CONCEPTIONS THEORIQUES SUR LE BILINGUISME

Qu’est ce que le bilinguisme ?

D’un point de vue linguistique

Dans le sens commun, le bilinguisme pour les deux langues, en perpétuelle


signifie parler parfaitement deux langues. construction.
Pourtant le bilinguisme parfaitement
équilibré n’existe pas. Tout comme le monolingue, le sujet bilingue
est capable de communiquer dans chacune
Il est difficile de trouver un consensus quant des langues dans toutes les circonstances
à la définition puisqu’il y a autant de en s’adaptant à tous les niveaux (extra-
bilinguismes que de sujets bilingues. verbal, non verbal, verbal)
On le décrit alors sur un continuum allant
d’une compétence minimale à maximale

D’un point de vue culturel

La langue est un fait social. C’est ce qui d’une pratique culturelle différente, une
nous relie à l’autre. autre manière de vivre, de parler, d’entrer
Langue et culture sont indissociables. La en relation avec autrui.
langue est forgée par la culture et reste Elle participe à la construction de
l’outil privilégié d’expression de la culture. l’ identité d’un groupe et à plus forte raison
Apprendre une deuxième langue se de l’identité personnelle.
caractérise donc par l’apprentissage

D’un point de vue psychosocial

L’apprentissage d’une langue, et notamment L’affectif devra d’autant plus être mobilisé
d’une langue étrangère est lié au contexte que le psychomoteur et le cognitif seront
affectif dans lequel il se produit (attitudes sollicités.
d’anxiété, d’ethnocentrisme…).
La motivation pour une langue est en On note une interdépendance des
effet étroitement liée à la valorisation langues sur le plan affectif. Par exemple,
portée par son entourage sur celle-ci. le désir d’intégration de L1 pourra être
réfréné par une peur d’assimilation : la peur
Sympathies et antipathies nationales, que L2 entraîne une perte de la culture et de
religieuses, politiques détermineront la la langue première.
tonalité affective de l’attitude par rapport à
une langue.

Le bilinguisme ne peut être uniquement considéré par son aspect linguistique. La langue ne
constitue que la partie émergée de l’iceberg qui dissimule les facteurs culturels, sociologiques et
psychologiques. Le regard porté sur l’enfant bilingue doit donc être global.
Quels sont les différents types de bilinguismes ?

Selon l’âge d’acquisition

¾ On parle de bilinguisme simultané ¾ Le bilinguisme successif, lui, se


lorsqu’un enfant acquiert deux langues caractérise par l’acquisition d’une
avant l’âge de trois ans dans un milieu seconde langue après le seuil d’environ
bilingue. 3ans.

Selon le style cognitif

L’âge et les circonstances d’acquisition de deux langues peuvent conduire à des fonctionnements
cognitifs différents.
¾ Le bilingue coordonné se comporte ¾ Chez le bilingue composé des
comme un locuteur natif dans les deux équivalents de traduction
langues. Il y a une représentation dans correspondent à des unités cognitives
chaque langue pour le même objet de légèrement différentes. Le bilingue
référence possède alors deux signes pour
représenter un même objet de
référence.

Selon les compétences atteintes dans les deux langues

¾ Une compétence communicative ¾ Dans le cas d’un bilinguisme limité,


bilingue équilibrée et élaborée permet les compétences sont peu élaborées
d’accomplir des tâches cognitivement dans les deux langues, et se réduisent
exigeantes dans les deux langues à des facultés de communication
adaptées à l’âge de l’enfant. On parle interpersonnelle de base. (ex :
alors de bilingualité additive. Cet état « passe-moi le sel » accompagné, s’il
se retrouve surtout lorsque les deux le faut, d’un geste déictique).
langues sont valorisées dans
l’entourage socioculturel de l’enfant. ¾ On décrit enfin la bilingualité
soustractive. Lorsque L2 est valorisée
¾ Un bilingue moins équilibré réussira aux dépens de L1, le développement
des tâches exigeantes dans l’une de général de l’enfant peut-être ralenti. Il y
ses langues mais pas dans l’autre. Il a problème de perte d’identité, de la
saura peut-être lire dans l’une de ses langue maternelle, des repères
langues et sera limité à un usage culturels. L’apprentissage de L2
conversationnel réduit dans l’autre s’appuyant sur la compétence de L1, si
langue. L1 est abandonnée ou négligée,
l’acquisition de L2 sera gravement
menacée.
Selon le contexte d’apprentissage

¾ Soit l’apprentissage est naturel et se


fait dans des conditions informelles
(famille bilingue, immersion en crèche Dans le premier cas, on parle de modalité
bilingue …) d’acquisition proprement dite, dans le
second d’une modalité d’apprentissage.
¾ Soit l’acquisition relève d’une situation
didactique scolaire, formelle.

Selon le contexte d’utilisation

Si deux langues sont présentes dans différentes, elles se verront attribuer des
l’entourage de l’enfant et que chacune valeurs différentes. L’enfant bilingue les
d’elles est utilisée pour remplir des fonctions intériorisera alors à des degrés différents.

Selon l’appartenance culturelle

On parle de bilingue biculturel, lorsque monoculturel et en maintenant l’identité


celui-ci s’identifie positivement aux deux culturelle de son groupe d’appartenance.
groupes culturels auxquels il appartient et
est reconnu par chacun des groupes comme Enfin un sujet bilingue peut être amené à
un des leurs. renoncer à l’identité culturelle de son propre
groupe d’appartenance et à adopter celle du
Un individu peut par ailleurs très bien groupe de L2 : il est alors acculturé à L2.
devenir parfaitement bilingue tout en restant
2 - LE BILINGUISME : UN AVANTAGE OU UN HANDICAP ?

Quels sont les avantages apportés par le bilinguisme ?

Au niveau social : l’ouverture aux autres

¾ Meilleure capacité de décentration. La ¾ Facilité d’acquisition du sens du


différence devient accessible voire relatif : le monde peut être observé
familière. selon différentes perspectives.

¾ Meilleure tolérance, et ouverture aux


autres.
Au niveau linguistique

¾ Réseau d’associations et ¾ Facultés métalinguistiques (réflexion


d’automatismes quasiment doublés sur la langue) plus avancées que
par rapport au monolingue : celles de leurs pairs unilingues.
- maîtrise de deux systèmes phonologiques
- un appareil phonatoire performant dans les ¾ Meilleure sensibilité communicative
deux systèmes par la nécessité de déterminer
- un double stock lexical malgré quelques rapidement le choix de langue.
différences qualitatives et quantitatives entre
les deux stocks. Le bilingue a recourt à deux ¾ Plus grande curiosité et attention
systèmes aux références culturelles envers les langues quant à leur
différentes : la réalité est découpée de fonction et leur fonctionnement.
manière différente.
- deux répertoires aux stratégies grammaticales ¾ Plus grande facilité à apprendre une
différentes nouvelle langue grâce aux stratégies
d’apprentissage efficaces et à une
conscience linguistique très
développées.

Au niveau cognitif

Les recherches actuelles tendent à Quant aux enfants chez qui on diagnostique
prouver qu’une supériorité cognitive un bilinguisme limité, ils risquent d’être
existe seulement dans le cas d’un désavantagés dans leur développement
bilinguisme équilibré (quand l’enfant a une cognitif, ce qui se traduit par des résultats
compétence égale dans les deux langues). inférieurs à la moyenne aux tests.

Lors d’un bilinguisme asymétrique, de loin Ces avantages cognitifs observés chez
la forme la plus répandue, les bilingues l’enfant bilingue ont fait l’objet de
présenteraient des performances analogues nombreuses études.
aux unilingues.
On y dégage des styles de pensée ou
stratégies d’apprentissage : ¾ Avantage dans les résolutions de
problèmes qui exigent un haut
¾ Meilleure flexibilité de la pensée niveau d’attention sélective.

¾ Faculté de pensée créative et ¾ Capacité d’abstraction plus grande


ouverte accrues. et acquise plus rapidement.

Le bilinguisme peut-il poser problème ?

Dans les cas de bilinguisme limité, certains comportements linguistiques ont été observés :

¾ Le double semilinguisme : L’enfant Corrigeons tout de suite un malentendu


serait incapable de fonctionner dans possible, en aucun cas le bilinguisme n’est à
les deux langues sur le plan cognitif. l’origine de ces comportements linguistiques
Pour que ce cas extrême se d’ordre social.
présente, deux conditions sont
nécessaires : Tout enfant est capable dans de bonnes
-que la langue maternelle ne soit conditions d’assimiler avec succès deux
pas utilisée pour toutes les fonctions langues et deux cultures.
dans l’entourage
-que la langue maternelle soit peu Le bilinguisme n’est donc pas la cause
valorisée par la société et ensuite de ces difficultés, néanmoins il les
par l’enfant lui même. exacerbe par rapport à une situation
unilingue.
¾ Le bilinguisme soustractif : Il augmente donc les différences
L’acquisition de L2 se fait aux interindividuelles.
dépens de L1. Ce phénomène est
souvent lié au phénomène sociétal La situation socioculturelle défavorable peut
de la perte collective d’une langue être accentuée par une différence
minoritaire. La concentration sur L2 culturelle et un statut précaire de
se fait dans un souci d’intégration certaines catégories de familles
par dévalorisation de L1 dans la d’immigrés.
société d’accueil.

Le bilinguisme précoce ne constitue nullement un risque en soi, et ceci même pour les
classes les plus défavorisées.

Le bilinguisme devient un obstacle lorsqu’on aborde l’aspect culturel et le rapport de la


culture dominante à l’apprentissage.

Déterminer ce qui relève de la migration, du contexte socio-économique, des facteurs personnels,


permet de mieux comprendre certains phénomènes langagiers et affectifs fondamentaux et
permettra aux professionnels d’agir de manière préventive pour favoriser les potentialités
créatrices.
Le multilinguisme est-il une surcharge pour l’enfant ?

L’acquisition de plusieurs langues se


fera naturellement chez l’enfant dans la Plus l’apprentissage d’une langue se fera
mesure où il y trouvera la nécessité de précocement dans un environnement
parler chacune d’elles pour interagir avec favorable, plus l’acquisition de celle-ci se
les personnes de son environnement. fera rapidement et efficacement.
3 - L’ACQUISITION DU LANGAGE CHEZ L’ENFANT BILINGUE

Apprendre une langue précocement favorise-t-il l’acquisition du bilinguisme ?

Actuellement, on se rend compte qu’il y a ¾ Pour la grammaire une acquisition


une période particulièrement favorable à intuitive est encore possible avant 7
l’acquisition du langage : dite période ans à condition que le bain
critique. Néanmoins il semble bien difficile linguistique soit suffisant. Ces
de poser des limites claires. mécanismes ne seraient plus
opérants à l’âge adulte, recourant
En effet, La phonologie, la grammaire et le alors à des stratégies plus générales
lexique auraient des durées de sensibilité du type résolution de problème.
différentes :
¾ Pour le lexique il n’existe pas de
¾ Pour la phonologie, on observe une période critique.
première limite vers 5/7ans., puis
une deuxième à 9/10 ans. Les Jusqu’à 8ans, les enfants demeurent
nouveaux sons de la seconde capables d’apprendre une seconde
langue ont tendance à être assimilés langue à un niveau de compétence égal à
aux catégories de la première celui des locuteurs nés dans la langue
langue. dans des conditions favorables
d’apprentissage.

Il est tout à fait possible d’apprendre une langue à l’âge adulte et d’atteindre une excellente
maîtrise de celle-ci à condition que les méthodes soient adaptées. En effet le seuil critique
favorable pour l’apprentissage d’une seconde langue concerne surtout la phonétique.

Cependant apprendre précocement une langue reste le chemin le plus rapide et le plus
naturel à pour atteindre un bilinguisme équilibré.

L’acquisition précoce d’une autre langue ralentit-elle le processus


d’acquisition des langues ?

A priori le processus d’acquisition de la Comme dans les situations de bilinguisme,


troisième (ou 4ème, 5ème, etc.) langue ne durant les premières années, l’enfant
diffère pas de celui de la deuxième. procède à des mélanges linguistiques le
Cependant le fonctionnement langagier temps de bien intégrer chaque système. Ces
serait plus complexe et son mélanges diminueront vers 4 ans. Ils
développement parfois ralenti. Il s’agit peuvent durer plus longtemps que chez
donc de rassurer les parents. les enfants bilingues puisque l’enfant doit
gérer une langue supplémentaire.
L’acquisition du langage diffère-t-il chez un enfant bilingue par rapport à un enfant
monolingue?

Ce qui est commun à tout enfant

- au niveau réceptif - au niveau expressif

A la naissance : sensibilité exacerbée aux Entre 6 et 9 mois : babillage


contrastes de toutes les langues basée sur Les productions vocales précoces sont
des dispositions universelles universelles.

6 mois : réorganisation au niveau de 10 mois : spécialisation des productions


l’attention perceptive. L’enfant va se vocales précoces avec les caractéristiques
concentrer sur les patterns articulatoires de natives.
sa langue qui va alors entraîner une
assimilation des frontières vocaliques Vers 10-12 mois : premiers pas lexicaux
étrangères et des consonnes à la fin de la
première année. 18-20 mois : explosion de vocabulaire. Les
premiers mots à valeur référentielle sont
Vers 9-10 mois : signes évidents de étroitement liés au contexte.
compréhension de mots.

On note un universel de stratégie d’apprentissage quelles que soient les langues. L’enfant
porte en effet prioritairement son attention à l’invariable linguistique la plus porteuse
d’information (fréquence des mots, transparence sémantique, accentuation, régularités
grammaticales…).

Cela étant, il y a une variabilité dans la chronologie de l’acquisition des langues qui tient
aux propriétés structurelles des langues.

Ce qui est spécifique à l’enfant bilingue simultané.

Jusqu’à ses 2 ans l’enfant bilingue Cependant chez le bilingue simultané le


n’associe pas automatiquement les premier lexique sera composé de mots
signaux acoustiques à une langue et ne des deux langues. Si on évalue
semble pas avoir conscience d’avoir séparément l’une ou l’autre des langues, il
affaire à deux langues. ne correspondra alors pas en nombre à celui
Il n’y a donc pas de résistance à des monolingues.
l’apprentissage d’une nouvelle langue.
Par ailleurs, les premiers mots sont
Les grandes tendances du étroitement liés à la structure de la langue.
développement sont valables pour tous Ainsi, chez l’individu bilingue la nature
les enfants, qu’ils soient monolingues ou des premiers mots de chaque répertoire
bilingues : sera différente selon les langues. Il ne
- 15 mois : premiers mots
- 18-20 mois : 50mots
possédera pas au même moment les Le bain linguistique de l’enfant est
mêmes catégories lexicales dans déterminant dans la constitution des
chacune de ses langues. lexiques. En effet la quantité apportée dans
Les deux langues n’apparaissent pas tout à chaque langue semble influencer la capacité
fait au même moment dans un même état de parler de cette langue. Cependant, tout
de développement. Les deux langues ne « retard » dans une langue pourra être
se développent pas au même rythme. On rattrapé tout au long de sa vie. Par exemple,
parle d’un « effet balancier » : quand le une langue dominée pourra voir son lexique
lexique s’enrichit dans une langue, il semble s’enrichir considérablement lors de
stagner dans l’autre. Ce « retard » est vacances dans le pays par exemple.
souvent rattrapé vers 4/5ans (à l’entrée à
l’école).

Comment un enfant apprend-il une seconde langue après 3ans ?

Pour décrire l’acquisition de L2, on distingue le bilinguisme consécutif précoce (3ans) et tardif
(6/7ans), les stratégies d’apprentissage étant différentes.

LE BILINGUISME PRECOCE CONSECUTIF ( de 3 à 6/7ans)

Dans le cas du bilinguisme précoce Dans cet apprentissage, on note


consécutif, l’enfant naît dans un l’importance de la référence à la langue
environnement linguistique différent de celui première pour l’acquisition de la seconde
dont il va être confronté à l’école. langue. De nombreuses études auraient en
effet démontré que la langue seconde ne
En entrant à l’école, l’enfant quitte le cocon peut s’acquérir convenablement que si
familial pour se retrouver dans un lieu elle s’ancre dans une langue première
inconnu sans repères, où il ne connaît ni déjà bien maîtrisée.
adultes, ni enfants. Cette situation constitue La personnalité est fondamentale dans la
un vrai bouleversement pour celui-ci. La manière d’appréhender ce nouvel
non-maîtrise de la langue vient alors se environnement et donc la nouvelle langue.
surajouter à toutes ces dimensions. Elle déterminera la rapidité de progression

Pour que l’enfant investisse cette nouvelle On décrit 4 étapes successives dans
langue différente de la celle de la maison, il l’acquisition précoce d’une seconde langue :
devra y trouver un intérêt à la parler et
avoir une image suffisamment positive ¾ Dans un premier temps, l’enfant
de celle-ci. découvre que les autres parlent
une langue différente de celle de
Plus l’enfant est jeune, plus la la maison.
communication est tributaire du contexte et
moins il est déconcerté par cette nouvelle ¾ Quand il s’aperçoit qu’il n’est pas
langue. La communication passe alors par le compris, il peut entrer dans une
non verbal. phase mutique. Il n’utilise alors que
 le non verbal (mimiques, gestes)  Vient ensuite la « phase
pour communiquer avec ses pairs. télégraphique » : l’enfant utilise des
L’impression de passivité masque formules pour entrer en contact.
une attitude très active où l’enfant Elles permettent de s’intégrer au
tente de décortiquer la langue pour groupe et de participer aux activités.
y trouver des formules, des Elles donnent confiance dans son
expressions auxquelles il peut apprentissage.
s’accrocher. Cette phase peut être
culpabilisante pour les parents, et  Enfin, la dernière phase est celle de
être vite interprétée comme « retard la production de phrases
de langage » ou difficulté correctes. Les erreurs sont
d’intégration. Pourtant si l’enfant a fréquentes mais normales dans le
arrêté de parler, il n’a pas arrêté de processus d’acquisition de la
communiquer. seconde langue.

Le premier enjeu de cette scolarisation est la socialisation, il s’agit surtout pour l’enfant de se faire
une place au sein de ses camarades, son école, son environnement. A ce titre, la compréhension
et l’étude du français peuvent avoir leur place pour permettre une communication réelle avec ses
pairs.

Cependant il est important de préciser aux parents qu’il ne faut pas mettre la pression sur
l’apprentissage des langues, car ils doivent avant tout laisser le temps à l’enfant d’intégrer
ce nouvel environnement, de s’en imprégner.

LE BILINGUISME TARDIF (après 6/7ans)

En plus de toutes les dimensions abordées concepts sous-jacents aux formes


quant à l’immigration, l’enfant se doit linguistiques telles que la possession ou
d’acquérir la langue au plus vite pour encore le pluriel.
rattraper le niveau de ses pairs et donc A partir de cet âge, la capacité d’acquérir
pouvoir suivre un cursus scolaire une langue de manière intuitive diminue :
correspondant à son âge. l’apprentissage se fait moins naturellement.
Le dispositif d’acquisition du langage est
L’enfant est confronté non seulement à alors remplacé par un dispositif cognitif
l’apprentissage de l’utilisation pour toutes les tâches de résolution de
pragmatique de la langue mais aussi à un problème.
apprentissage formel de la langue.
Les enfants qui apprennent une langue
A 6 ans, un enfant possède déjà un bagage tardivement possèdent surtout des
linguistique et cognitif important dans sa avantages sur le plan mnémonique et sur
première langue. Il aura acquis les le plan sémantique.
L’enfant ou l’adulte construit Celles-ci sont alors inévitablement
inconsciemment dans un premier temps génératrices d’interférences à tous les
des hypothèses inspirées par ce qui lui niveaux.
est le plus familier (sa langue maternelle).

On note une grande variabilité dans les performances des personnes qui ont appris une seconde
langue après la puberté. Certaines arrivent à maîtriser parfaitement une langue quasiment
comme un monolingue quand d’autres sont dominées par leur langue maternelle à même durée
d’exposition.

Les compétences seraient déterminées non seulement par l’âge, mais aussi par les
facteurs socio-psychologiques tels que la motivation, la confiance en soi, ou encore par la
méthode d’apprentissage.

Comment s’organisent les langues au niveau cérébral chez le bilingue ?

Chez les bilingues précoces, l’activation des aires de Broca de chaque langue se superposent
(mise en facteur), alors que chez le bilingue tardif, les activations sont séparées.
L’AIRE DE BROCA CHEZ LE L’AIRE DE BROCA CHEZ LE BILINGUE
BILINGUE SIMULTANE
L1
L2
L2 L1
L1 + L2

L’activation de l’aire de Wernicke, elle, régions activées variables selon les


est similaire pour les deux langues quel individus.
que soit l’âge d’acquisition. Les régions impliquées seraient déterminées
non seulement par l’âge, mais aussi par les
Par ailleurs des études ont mis en évidence facteurs socio-psychologiques tels que la
une utilisation plus forte de l’hémisphère motivation, le contexte de l’apprentissage.
droit chez les enfants bilingues Ceci explique la grande variabilité
consécutifs par rapport aux bilingues interindividuelle chez les bilingues tardifs.
simultanés. L’asymétrie droite-gauche serait
moins importante que pour L1 avec des
De quelle manière les langues interagissent-elles entre elles ?

On note un transfert de compétences entre  En revanche, dans le cas d’un


les langues se faisant à chaque étage bilinguisme consécutif, les transferts
(phonologie, lexique, grammaire…; à l’oral se font essentiellement de L1 vers
comme à l’écrit). L2. Le niveau de compétence en
L2 dépend donc du niveau atteint
Les compétences fondamentales des en L1. On note également des
deux langues sont communes. Elles transferts partiels de L2 vers L1.
comprennent les concepts, représentations Cependant si le statut entre les
non verbales, facultés de lire, écrire, langues est trop différent, le transfert
compter… des habiletés de la langue scolaire
vers la langue d’origine sera peu
Le type de transfert de compétences et son probable.
efficacité différeront selon le moment où Plus les compétences du bilinguisme
intervient l’acquisition des deux langues augmenteront et plus les transferts
correspondront aux types de transferts du
 Lors d ‘un bilinguisme simultané, les bilinguisme simultané (de type réflexif).
transferts sont de type réflexif (de
L1 vers L2 et de L2 vers L1) de
manière systématique, d’autant plus
si l’école bilingue établit des
parallèles entre les langues et si
l’enfant estime les deux langues sur
un pied d’égalité.

Selon le principe d’interdépendance, toute acquisition dans une langue se transférera dans l’autre
langue. Plus le bilinguisme sera équilibré et les langues représentées sur un pied d’égalité et plus
les transferts seront de type réflexif.

Est-il possible d’oublier une langue ?

Un enfant peut perdre aussi vite une langue Même si un enfant perd les compétences
qu’il l’a apprise. Pour qu’un enfant dans une langue, tout n’est pas perdu ! On
s’approprie réellement une langue, il est remarque en effet un certain appétit aux
nécessaire que les échanges soit langues chez ces enfants, une « ouverture
suffisamment réguliers et longs. L’enfant de leur oreille », une flexibilité dans leur
passe en effet par une gestion mise en phrases, le maniement des
économique des langues. structures et choix des énoncés, une
aptitude particulière au stockage lexical et à
la sémantisation des mots nouveaux et
tournures idiomatiques
Le mélange des langues est-il une marque d’incompétence du bilinguisme ?

Le recoupement partiel des pratiques culturelles et langagières qui sont liées au bilinguisme, crée
naturellement des possibilités de passage d’une langue à une autre, et donc engendre une
forme spécifique de parler.

Le code switching ou alternance des codes

L’alternance de codes ne constitue en aux mélanges. Les mélanges resteront alors


aucun cas un pis-aller mais au contraire accidentels ou exceptionnels.
témoigne d’un véritable choix de langues
dans la situation d’interaction. Le mécanisme permettant de centrer son
attention sur l’une ou l’autre des langues est
Le vrai bilingue tient à respecter ses sensible aux différents niveaux de
langues distinctes. Il n’est donc pas enclin tolérance, et aux propres mélanges des
interlocuteurs et des situations.

L’emprunt

Le sujet bilingue peut avoir recours régionaux, les habits, les coutumes,
également à des emprunts qui expriment concepts et comportements particuliers.
des réalités et des concepts absents dans
l’autre langue : pour les aliments, les plats

L’interférence

Ce procédé consiste à tenter de rapprocher Chez les enfants de jeune âge, plusieurs
les deux langues dans une fusion qui se raisons peuvent expliquer ce phénomène
produit à tous les niveaux du traitement observé en dehors d’un système langagier
en utilisant par exemple la syntaxe du unique :
français pour parler allemand.  Par comportement d’imitation de
l’entourage
Elle correspond à une déviance  Par manque de vocabulaire. Cet
acquisitionnelle normale qui diminue emprunt se fait alors dans un
avec le temps. soucis pragmatique de non
rupture de la communication.
 Par confort articulatoire

Les mélanges ne se font jamais au hasard, ils ont toujours une fonction, différente selon les
âges. Dans le jeune âge et dans des conditions d’immersion suffisantes, elles disparaissent
rapidement.
4 - L’ECRIT CHEZ L’ENFANT

Dans quelle langue l’enfant doit-il apprendre à lire ?

Nous n’apprenons à lire qu’une fois, en global. Tout apprentissage est le résultat
associant de l’écrit à du sens. A chaque d’un schéma intégré par le sujet, qui n’est
nouvelle langue apprise à l’écrit, nous plus dépendant de la langue de
transférons les compétences d’une langue à présentation.
l’autre, dont le système graphique est voisin,
en s’adaptant au code spécifique de chaque Souvent la langue choisie est alors la
langue. langue la plus favorable à l’insertion sociale
(langue du pays où vit l’enfant). Le choix
L’acquisition de la lecture est d’abord une pourra se faire également en fonction du
fonction de langage avant d’être fonction de critère de transparence des langues (la
langue . Ainsi la langue dans laquelle langue s’écrit comme elle s’entend) qui
l’enfant aborde l’écrit importe peu, tant facilite l’acquisition de l’écrit.
qu’il a l’oral de son écrit. Le transfert est

Apprendre deux codes écrits favorise-t-il ou défavorise-t-il l’enfant bilingue ?

Les enfants bilingues se situent à un niveau Il se révèle donc que l’acquisition précoce et
en dessous de leurs pairs monolingues dans intensive d’une seconde langue aboutit à
leurs compétences écrites jusqu’en une plus grande maîtrise de la langue
CE2/CM1. L’enfant présente ensuite une maternelle par les analogies conscientes et
avance non significative pour ensuite inconscientes faites entre les deux langues .
dépasser ses pairs monolingues à partir de
12 ans.
Comment favoriser l’apprentissage de l’écrit d’un enfant allophone ?

Les lacunes de la langue orale affectent les illusion, et cacher une non maîtrise des
processus de reconnaissance de mots et de aspects plus abstraits et
compréhension de l’écrit. Il est alors décontextualisés de la langue.
nécessaire avant d’aborder l’écrit de faire
en sorte que l’enfant ait un minimum de Il faut rappeler que l’enfant qui arrive à
bagage oral. l’école n’est pas démuni de toutes
compétences. En effet au travers de ses
Si l’enfant ne parle pas la langue scolaire, il expériences familiales, sociales… l’enfant a
pourra rapidement atteindre un niveau de souvent acquis des compétences
communication simple et sera par communicatives, pré-textuelles, voire même
conséquent vite considéré au même titre cognitives dans sa langue maternelle. Il
que les autres élèves. Mais cette pourra alors transférer ses acquis à la
compétence communicative peut faire nouvelle langue.

L’idéal serait d’intégrer l’enfant allophone dans une école bilingue avec sa langue d’origine.
Cette situation facilite son intégration par l’assurance de parler sa langue d’origine et favorise
l’entrée dans l’écrit par un oral déjà établi dans la langue maternelle. De cette manière l’enfant
acquiert plus rapidement sa seconde langue.
Si ce n’est pas possible, il faut viser un apprentissage précoce et renforcé de la seconde
langue pour compenser L1 souvent peu consolidée. Il est primordial que l’enfant bénéficie
d’un support pédagogique en L2 (classes d’initiation, intervention d’un réseau…) aussi longtemps
que nécessaire pour pouvoir développer toutes les compétences langagières et ainsi pouvoir
entrer dans l’écrit plus aisément.

Le choix de la langue n’est pas l’unique condition à la réussite de l’apprentissage d’une


langue écrite. Les facteurs psycho-affectifs et socio-culturels sont également
déterminants.
5 - TROUBLES DU LANGAGE ET BILINGUISME

Y’a-t-il plus d’échecs scolaires chez les enfants de migrants?

De nombreuses études ont montré qu’il y avait plus d’échecs scolaires chez les enfants de
migrants. Il s’agit donc de comprendre l’origine de cette prévalence :

La situation de migration

La migration est un phénomène L’impact de la migration est difficilement


sociologique qui s’inscrit dans un contexte mesurable puisqu’elle est vécue très
historique et politique. différemment selon les personnes et peut
avoir des répercussions longtemps après.
Cette expérience est vécue comme un
véritable bouleversement dans la famille. Les ruptures dans le temps, les
Tout en préservant les éléments constitutifs fragmentations familiales, les non dits liés à
de leur culture d’origine, les membres de la la migration entravent la mise en place des
famille vont devoir incorporer une nouvelle repères fondamentaux de l’enfant si bien
façon de parler, penser, de nouvelles que l’on observe souvent chez ces enfants
valeurs, coutumes qui vont les amener à des retards dans l’acquisition des
modifier l’organisation familiale et surtout concepts spatiaux-temporels, du schéma
leur identité. corporel, de la structuration du récit….

L’enfant, la migration et les apprentissages

La situation transculturelle diminue le degré potentialise des difficultés ou des retards


de prévisibilité du monde extérieur, car ce d’apprentissage.
monde est mal connu des parents. Le plus
souvent l’enfant de migrants intègre les lois Cependant certains enfants trouvent le
de fonctionnement du pays d’accueil sans moyen de rétablir l’équilibre en
les comprendre. Il ne peut donc pas les s’appuyant sur des potentialités
anticiper devenant alors facteur d’anxiété. créatrices. Dans ce cas, la migration est
un véritable facteur positif.
Toute activité d’apprentissage présuppose
deux temps : Si la relation à la culture d’origine est
 Un premier temps de insuffisante, chaque élément d’acculturation
déséquilibre, pourra devenir une remise en question
 Puis un deuxième de fondamentale de l’identité première. Partagé
rétablissement de l’équilibre grâce entre ces deux cultures, parfois aux
à des supports apportés par références contradictoires, l’enfant ne sait
l’environnement. plus qui il est. Il s’épuise alors dans des
conflits qui lui ferment l’accès aux
Or la situation de migration favorise les apprentissages. Dans ce cadre, le blocage
moments de déséquilibre, et quand la langagier manifeste une souffrance de
seconde phase vient à manquer, elle l’enfant.
 Un symptôme très fréquent des mais il ne s’autorise pas à réussir.
enfants de migrants est le Dans la situation de migration, on
mutisme extrafamilial. Ils observe une inversion des rôles
suspendent leur parole dès qu’ils entre les générations dans la
quittent la maison familiale, seul maîtrise de la langue et des codes
lieu où ils se sentent en sécurité. sociaux. Quand réussite signifie
disqualification de l’image
parentale, l’enfant peut se
confronter à un sentiment de
déloyauté envers ses origines. On
 Parfois l’enfant présente de parle alors de « conflit de
bonnes capacités intellectuelles loyauté »

Dans le cadre d’un trouble du langage chez un enfant de migrants, l’enjeu ne se trouve pas
dans la normalisation de la seconde langue, mais dans la prise en compte du contexte
global de celui-ci.

Il faut créer le désir de découvrir et d’apprendre cette nouvelle langue et nouvelle culture.

L’orthophoniste pourra alors se reposer sur des outils thérapeutiques dans le champ de la
prévention:

- En adoptant une attitude d’ouverture acceptant des positions parentales différentes liées à
une culture différente. L’orthophoniste valorisera les compétences parentales en rappelant
l’importance de conserver la langue et la culture d’origine, véritables richesses pour l’enfant.

- En formant l’enfant à la langue et à la culture française comme complément et non comme


une nécessité absolue à leur bonne intégration

- Par la valorisation des langues essentielle dans la confiance en soi et le désir


d’apprendre.

- Par une mise en lien entre les deux langues et cultures pour diminuer le clivage entre les
deux et rendre ces deux mondes compatibles dans l’esprit de l’enfant. Cela pourra passer par
différents jeux d’origines culturelles différentes, la lecture de contes amenés par les parents, des
analogies linguistiques …A chacun de créer ses stratégies basées sur ce principe de liens.
Manipuler deux langues aggrave-t-il les difficultés d’un enfant
ayant un trouble spécifique des apprentissages ?

Le peu d’études actuelles ne semblent pas leurs difficultés initiales de traitement.


trouver de compromis quant à l’impact du Certaines études argumentent alors le fait
bilinguisme lors d’un trouble spécifique du que le bilinguisme est un facteur aggravant
langage. pour ces enfants alors que d’autres
revendiquent le contraire.
Il convient que pour des enfants ayant des Une chose cependant reste sûre, rien ne
troubles structurels du langage, être prouve que le bilinguisme soit à l’origine de
confronté à deux langues se surajoute à la pathologie.

La question qui se pose est alors : L’enfant doit-il continuer à parler les deux langues ?

Pour répondre à cette question la prise en compte doit être globale. Le degré de sévérité du
trouble ne doit en aucun cas être l’unique facteur de décision. Le contexte linguistique de l’enfant,
la personnalité de l’enfant, la motivation des parents sont des facteurs tout aussi importants.

La décision de faire apprendre une seconde langue à un enfant doit être mûrement
réfléchie puisqu’elle demande un réel investissement et des efforts de la part de tous.
Si les enfants sentent que leurs parents ne soutiennent pas le bilinguisme, la propre motivation
de l’enfant sera altérée et d’autant plus si l’enfant présente des troubles du langage.
On peut alors s’interroger sur différents points :

- Croient-ils au bilinguisme parce qu’eux mêmes sont bilingues ?


- La famille a-t-elle besoin d’apprendre une seconde langue pour maintenir les relations
sociales ?
- La famille appartient-elle à une communauté immigrante qui maintient l’héritage linguistique au
travers des générations ?
- La famille anticipe-t-elle un déménagement dans un autre pays ?
Supprimer une des langues aura un fort impact dans les relations affectives familiales. Ce sont
les langues d’interactions entre les parents et l’enfant qui sont en jeu.

La réflexion peut alors se porter non pas sur l’abandon d’une des langues mais sur le
niveau que l’on exiger de l’enfant. Selon ses capacités, on pourra alors susciter
- Un bilinguisme à l’oral, ou à l’écrit avec des adaptations spécifiques ;
- Un bilinguisme passif (compréhension de la seconde langue) ou actif (compréhension et
expression dans la seconde langue)…
L’orthophoniste insistera auprès des parents sur :

- la pratique « une langue, une personne », car elle garantit au mieux la qualité des matériaux
linguistiques à percevoir

- Le plus possible de matériaux linguistiques prononcés avec une application toute


particulière dans les deux langues , du type motherese pour faciliter la communication.

- Une durée d’exposition suffisante dans les deux langues.

- L’introduction des deux langues dès que possible pour aider l’enfant à établir les bases de
la communication avant d’entrer à l’école.

Abandonner une langue ne résoudra pas le problème à l’origine. Il s’agit donc de réfléchir de
manière écologique sur ce qui convient le mieux à l’enfant (personnalité, compétences, contexte
familial…) selon son contexte familial et environnemental et d’adapter alors la pédagogie et la
prise en charge de l’enfant.
L’enfant pourra alors bénéficier de toute la richesse du bilinguisme tant au niveau social, culturel,
que cognitif.

Le bilinguisme peut-il être à l’origine du bégaiement ?

On a noté une légère prévalence du Pour des enfants bilingues qui développent
bégaiement chez les enfants bilingues par un bégaiement, supprimer une langue
rapport aux enfants monolingues. Les temporairement peut être une approche
auteurs ne semblent pas se mettre d’accord thérapeutique indirecte. Si ce n’est pas
sur le lien à établir entre les deux. Certaines possible, appliquer le principe de
études soutiennent l’idée du bilinguisme grammont « une langue, une personne »
comme facteur favorisant, d’autres comme soulagera l’enfant.
facteur déclenchant.
La décision ne se fera qu’après avoir étudié
le contexte familial de l’enfant, sa
personnalité, en anticipant les
répercussions affectives que la décision
pourrait avoir sur l’enfant et la famille.
6 - GUIDANCE PARENTALE

Les parents doivent-ils abandonner la langue maternelle même s’ils ne la maîtrisent pas pour
favoriser le développement de la seconde langue chez l’enfant ?

L’acquisition d’une seconde langue ne  Sur le plan linguistique, plus le


signifie en aucun cas l’arrêt de la niveau en L1 sera élevé plus les
première langue. Le risque est de se transferts à L2 seront grands.
concentrer uniquement sur le français dans C’est en conservant la place entière
un souci d’intégration et/ou de réussite de la langue d’origine que l’enfant
scolaire et de tomber alors dans le « tout pourra s’autoriser des passages
français ». La langue familiale est alors en vers la seconde langue. Plus la
situation de fragilité. langue d’origine sera solide et
Pourtant il est essentiel que la langue intégrée, moins elle ne pourra
maternelle soit conservée pour plusieurs craindre d’intrusion.
raisons :
 On note un avantage cognitif à
 Elle constitue l’identité culturelle parler deux langues.
de l’enfant, Elle permet de garder
un lien avec la famille (grands- Pour que L1 soit reconnue comme langue à
parents, cousins..), de se sentir part entière, il est essentiel qu’elle ne soit
appartenir à un groupe. C’est un pas utilisée uniquement pour les usages
héritage familial qui se transmet de habituels du quotidien (« range ta
génération en génération chambre… ») mais qu’elle soit utilisée aussi
lors de moments de détente et de complicité
 C’est la langue de l’affectif, celle (lecture d’un livre….).
qui permet les échanges avec les
parents.
Quels conseils donner aux parents ?

L’orthophoniste se doit d’apporter des conseils aux parents pour favoriser le développement des
langues et les déculpabiliser. C’est un travail préventif essentiel.

 Insister sur toute la richesse qu’apporte le bilinguisme (au niveau social,


linguistique, cognitif, culturel…). Les parents, notamment vivant une situation de
migration, ont tendance à occulter cette notion, privilégiant l’apprentissage du français. Le
bilinguisme apporte tant d’avantages qu’il mérite qu’on relève ce défi.

 Rassurer les parents quant aux mélanges des langues, aux périodes où l’enfant refuse
de parler l’une ou l’autre des langues , aux interférences… Ce sont des étapes normales
du développement bilingue.

 Insister sur l’importance de conserver la langue maternelle

 Souligner la nécessité de fournir un bain de langage suffisant dans les deux


langues en multipliant les contacts avec chaque langue (sport, crèche, école, famille…)

 valoriser les deux langues pour un engagement affectif dans l’apprentissage des deux
langues

 Préconiser le principe « une langue, une personne » surtout lorsque l’enfant est en
difficulté langagière pour favoriser la distinction des langues (modèle exact et précis).

 Ne pas forcer l’enfant à parler dans une langue précise. Le laisser choisir la langue
dans laquelle il veut s’exprimer.

 Lire des histoires dans chaque langue


7 - L’EVALUATION DU LANGAGE D’UN ENFANT BILINGUE

• ANAMNESE :

Mieux cerner l’environnement de l’enfant, son histoire, ainsi que son rapport aux langues
permettra de mieux comprendre le développement de chacune des langues de l’enfant.

Voici quelques questions pour mieux comprendre son bilinguisme. Elles permettent de déterminer
le degré d’équilibre entre les maîtrises des deux langues ainsi que leur degré d’autonomie
mutuelle.

 Quelles sont les langues parlées à la maison

 Quelles sont les langues parlées à l’extérieur de la maison (école, loisirs…) ?

 A quel âge a-t-il appris chacune de ses langues ?

 Dans quelle langue l’enfant communique-t-il :


 avec sa mère ?
 avec son père ?
 avec ses frères et sœurs ?
 avec ses camarades ?

 Dans quelle langue rêve-t-il, ou compte-t-il ?

 Quelle langue lui demande le plus d’efforts ?

 Quelle langue comprend-il le mieux ?

 Quelle langue préfère-t-il parler ? pourquoi ?

Parallèlement on aura à l’esprit les questions suivantes :

 Quelle est l’histoire de la migration ? Quel impact a-t-elle eu sur la dynamique familiale ?
 Quel est le rapport entre les deux langues ? Y’a-t-il une identification culturelle dans
chaque langue ? Peuvent-elles coexister ? Y’a-t-il une langue ou culture dominante ?
 Y a-t-il des enjeux affectifs dans l’apprentissage de chacune des langues ?

• BILAN :

Pour pouvoir établir la compétence dans chacune des langues parlées par l’enfant, il faudrait
disposer de bilans étalonnés dans chacune d’elle. Mais il est difficile voire impossible
actuellement de posséder ces bilans dans toutes les langues. L’évaluation s’établira donc
principalement sur du qualitatif, et pour cela il est nécessaire de connaître quelques notions
théoriques fondamentales à l’interprétation du fonctionnement linguistique bilingue.

 Même si le développement simultané de deux langues respecte les grandes étapes du


développement du langage, il n’est pas aussi linéaire que le développement d’un
enfant monolingue. L’enfant progresse dans chacune des langues selon un effet
balancier. Vers 4/5ans, il rattrape le niveau de maturité verbale de ses pairs monolingues.
L’évaluation standardisée du langage sur des bases monolingues est donc à relativiser
au niveau lexical et syntaxique jusqu’à 4/5ans (entrée à l’école).

 Les enfants bilingues présentant des pathologies du langage ont des difficultés aussi
bien dans la langue maternelle que dans la seconde langue. En effet c’est la faculté
de langage qui est touchée et non la langue elle même.

 Chaque langue présente ses propres complexités : au niveau phonologique, lexical,


morphosyntaxique… Si l’enfant présente un trouble du langage, ses altérations ne
porteront donc pas forcément sur les mêmes modalités dans les deux langues.

 Enfin certaines fautes articulatoires, lexicales ou syntaxiques pourront s’expliquer par


interférence de la première langue, étape normale du développement du langage chez le
sujet bilingue. C’est en s’intéressant au fonctionnement de chaque langue que
l’orthophoniste pourra alors comprendre le fonctionnement linguistique de l’enfant
bilingue.

Le bilinguisme ne peut être évalué selon des normes monolingues puisqu’il correspond à un
état particulier de compétence langagière. Il doit être considéré comme un acte particulier de
création langagière.

Il est nécessaire de prendre en compte l’enfant dans son environnement socioculturel,


historique et linguistique pour comprendre ses opérations linguistiques.
GLOSSAIRE

Acculturation : intégration à une culture étrangère, inséparable de la déculturation par rapport à


la culture d’origine. C’est donc le passage d’une culture à une autre, par différents transferts
d’usages culturels : linguistique….

Allophone : Personne sont la langue maternelle est une langue étrangère, dans la communauté
où elle se trouve

Assimilation : mécanisme par lequel un individu ou un groupe devient semblable à un groupe


différent en perdant ses caractéristiques ethnolinguistiques particulières y compris sa langue
maternelle.

Bilingualité : état psychologique de l’individu qui a accès à plus d’un code linguistique. Le degré
d’accès varie selon lui sur un certain nombre de dimensions d’ordre psychologique, cognitif,
psycholinguistique, sociolinguistique, linguistique

Bilinguisme actif : une personne qui comprend et parle deux langues

Bilinguisme passif : une personne qui comprend et parle une langue et comprend une
deuxième langue, sans la parler

Diglossie : bilinguisme fonctionnel, par lequel un individu, ou un groupe, emploie en permanence


deux ou plusieurs langues dans des situations familiales ou sociales propres.

Langage : est un processus inné de tous les êtres humains qui recouvre les fonctions de
comprendre et d’exprimer des concepts et des états .

Langue : est un fait social, naturel de l’être humain qui permet aux hommes d’une même
communauté de se comprendre malgré les variations individuelles des énoncés (la parole).

SITES INTERNET

www.cplol.org/fra/6mars.htm : Journée européenne de l’orthophonie, mars 2006, le


développement du langage oral de 0 à 3 ans et la prévention des troubles précoces du
langage à l’usage des parents en 8 langues.

www.enfantsbilingues.com : site référençant des liens intéressants (associations pour les familles
bilingues, matériel bilingue, méthodes pour apprentissage du français…), forum pour les parents

www.hanen.org : site d’une organisation canadienne spécialisée dans les troubles du langage et
de la communication

www.orthomalin.com : site dédié aux orthophonistes dont le forum consacre un dossier au


bilinguisme
POUR MIEUX COMPRENDRE LES LANGUES

• Systèmes phonétiques de toutes les langues

www.lexilogos.fr

• Caractéristiques des langues

fr.encarta.msn.com

• Classification selon les formes grammaticales des langues

1. Les langues isolantes :

Elles possèdent en général des mots indépendants et isolés, sans préfixes ni suffixes.
En Vietnamien, par exemple, le nombre de mots correspond de façon assez exacte au nombre
de morphèmes.

2. Les langues agglutinantes :

Les mots sont composés de racines ou d’éléments de base, et d’un ou plusieurs morphèmes de
sens différents.
En Turc, par exemple, äv signifie « la maison » ; ävda « dans la maison » ; ävlär « les
maisons » et ävlärda « dans les maisons ». Les morphèmes sont simplement accolés les uns aux
autres et conservent leur identité morphologique dans les mots. Ils sont donc facilement
repérables.

3. Les langues flexionnelles

Ce sont des langues dans lesquelles les lemmes (mots), changent de forme selon leur rapport
grammatical a d’autres lemmes. Dans ces langues, tous les mots ne sont pas invariables :
certains modifient leur forme (sonore ou visuelle) .La flexion nominale est souvent nommée
déclinaison tandis que celle du verbe est la conjugaison.
Ex allemand : Das Mädchen zieht den Hund. = La fille tire le chien.
Der Hund zieht das Mädchen.= Le chien tire la fille.

4. Les langues incorporantes

Les compléments d’objet directs, indirects et les autres éléments de la phrase sont incorporés
dans le verbe.
En swahili, par exemple, le mot « hatukuviwanunulia », signifie « nous ne les avons pas acheté
pour eux ». Les composants de ce mot sont :
Ha = négation Vi= les
Tu= nous Wa= eux
Ku= indication du passé Nunulia= acheter
POUR EN SAVOIR PLUS

OUVRAGES

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ARTICLES

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