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Hématuries : Diagnostic et Urgences Médicales

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Haytham Mahdhaoui
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Cours Commun de Résidanat Aout 2020 1

Sujet : Les Hématuries


N° Validation: 0833202041

Cours de Résidanat
Sujet : 33
LES HEMATURIES
Physiopathologie, orientation diagnostique, traitement dans les
situations d'urgence

Objectif n°1 : Définir l’hématurie macroscopique et l’hématurie microscopique

Objectif n°2 : Distinguer une hématurie d’une coloration anormale des urines d’une autre
origine

Objectif n°3 : Enumérer les éléments cliniques et biologiques permettant d’évaluer le


retentissement d’une hématurie ainsi que le degré de sa gravité.

Objectif n°4 : Suspecter l’origine d’une hématurie selon son caractère initial, terminal ou
total lors de la miction.

Objectif n°5 : Distinguer l’origine urologique d’une origine néphrologique d’une hématurie
à partir des données cliniques et biologiques.

Objectif n°6 : Planifier les explorations radiologiques et endoscopiques en cas d’hématurie.

Objectif n°7 : Expliquer l’intérêt de l’exploration du système complémentaire au cours des


hématuries.

Objectif n°8 : Enumérer les néphropathies glomérulaires pouvant être révélées par une
hématurie.

Objectif n°9 : Réunir les arguments anamnestiques, cliniques et paracliniques permettant


de retenir le diagnostic d’une glomérulonéphrite aiguë chez l’enfant.

Objectif n°10 : Poser l’indication d’une ponction biopsie rénale devant une hématurie.

Objectif n°11 : Citer les principales causes d’hématurie d’origine rénale, vésicale et urétro-
prostatique.

Objectif n°12 : Planifier la conduite à tenir en urgence devant une hématurie


macroscopique grave d’origine urologique
Cours Commun de Résidanat Aout 2020 1
Sujet : Les Hématuries
N° Validation: 0833202041

Objectif n°1 : Définir l’hématurie macroscopique et l’hématurie microscopique

L’hématurie est la présence en quantité anormale d’hématies à l’examen cytologique


quantitatif des urines émises lors d’une miction (≥ 10/mm³ ou 10 000/ml). L’hématurie
constitue un signe d'alarme majeur, imposant une enquête clinique, biologique, et
radiologique à la recherche d’une étiologie dominée par les tumeurs rénales ou de la voie
excrétrice, les lithiases et les néphropathies.
On distingue :
- L’hématurie macroscopique visible à l’œil nu (hématies ≥ 500/mm³, ≥
500 000/ml). Lors de saignement actif, l’urine peut être de couleur rose claire, rouge,
marron voir noire avec parfois la présence de caillots sanguins.
- L’hématurie microscopique invisible à l’œil nu (hématies ≥ 10/mm3). Son
diagnostic est évoqué par l’examen à la bandelette urinaire fait lors d’exploration d’une
hypertension artérielle, la présence d’œdèmes ou de néphropathie.
La présence de l’hématurie à l’examen à la bandelette urinaire doit être confirmée par
l’examen cytologique quantitatif des urines. Le compte d’Addis n’est plus réalisé en routine.

- Hématurie physiologique: <10/mm3


L’hématurie macroscopique a la même valeur diagnostique que l’hématurie
microscopique. Il n’y a pas de parallélisme entre l’importance du saignement et la
gravité de la maladie.

Objectif n°2 : Distinguer une hématurie d’une coloration anormale des urines
d’une autre origine

1. Urines sanglantes contaminées : hémorragie de voisinage


Il existe de fausses hématuries lors des hémorragies de voisinage :
- Chez la femme : sang venu des voies génitales (règles, métrorragies)
- Chez l’homme :
Urétrorragie : persistance d’un saignement en dehors des mictions.
hémospermie : présence de sang dans l'éjaculation spermatique.
Le sondage vésical rend toute hématurie microscopique insignifiante et peut
perturber l'interprétation d'une hématurie macroscopique
2. Urines colorées non hématuriques
La bandelette urinaire détecte la présence de sang dans les urines grâce aux propriétés
péroxydasiques de l’hémoglobine. La sensibilité de cet examen est de 90 %. Toutefois, il
existe des faux-positifs : myoglobinurie, hémoglobinurie.

a. Coloration d’origine alimentaire


● Betteraves, mûres, myrtilles, rhubarbe, choux rouge,…
● Colorant alimentaire : rhodamine

b. Coloration liée à une prise médicamenteuse


● Antibiotiques : rifampicine, érythromycine, métronidazole.
● Anti-inflammatoires : acide amino-salicylique, salazopyrine, ibuprofène.
● Vitamines : B12.
● Laxatifs contenant de la phénolphtaléine.

c. Coloration d'origine métabolique


● Hémoglobinurie par hémolyse.
● Myoglobinurie par rhabdomyolyse.
● Urobilinurie, porphyrie.
● Intoxication : plomb, mercure.

3. Contamination du récipient par des agents oxydants : Contact avec un antiseptique


: povidone-iodine, eau de Javel.

Objectif n°3 : Enumérer les éléments cliniques et biologiques permettant d’évaluer


le retentissement d’une hématurie ainsi que le degré de sa gravité.
Pour apprécier le retentissement clinique de l’hématurie, il faut :
● Prendre la pression artérielle.
● Mesurer la fréquence cardiaque.
● Rechercher des signes de choc périphérique.
En cas d’hématurie macroscopique massive, une hypovolémie peut se voir associant une
tachycardie, une hypotension artérielle et des marbrures.
Pour apprécier le retentissement biologique de l’hématurie, il faut demander une numération
de la formule sanguine (NFS) pour :
● évaluer l’importance du saignement en phase aiguë (déglobulisation massive).
● évaluer le retentissement en cas de chronicité (anémie).
Par ailleurs, un bilan d’hémostase peut être demandé à la recherche de facteurs favorisants
du saignement, surtout s’il y a une notion de traitement anti-coagulant ou de prise d’anti-
agrégant plaquettaire.
L’évaluation de la fonction rénale par le dosage de l’urée sanguine, la créatinine sanguine et
le calcul de la clairance par la formule de Cockcroft ou MDRD est utile. En effet, il peut
exister une insuffisance rénale d’origine néphrologique ou urologique obstructive (tumeur,
lithiase ou caillotage des voies excrétrices urinaires supérieures ou rétention aiguë d’urine
sur un caillotage urétro-vésical).

Objectif n°4 : Suspecter l’origine d’une hématurie selon son caractère initial,
terminal ou total lors de la miction.
La chronologie de l’hématurie sur le temps mictionnel a une valeur localisatrice. Ainsi,
l'hématurie peut être (figure 1):
● initiale (survenant au début de la miction) suggérant une localisation urétro-
prostatique ;
● terminale (en fin de miction) signant une localisation vésicale ;
● totale (sur toute la durée de la miction) pouvant être d’origine rénale ;
Cependant, en cas d’hématurie abondante, la chronologie de l’hématurie n’a plus de valeur
localisatrice (toute hématurie abondante quelque soit son origine est totale)

Figure 1 : Epreuve des 3 verres

Objectif n°5 : Distinguer l’origine urologique d’une origine néphrologique d’une


hématurie à partir des données cliniques et biologiques.
Les hématuries peuvent intervenir dans deux cadres nosologiques :
● soit dans un cadre urologique. La présence des hématies dans les urines est liée à
une lésion du parenchyme ou de l’arbre urinaire. Celle-ci conduit à l’effraction micro
ou macroscopique de vaisseaux sanguins dont le contenu va se retrouver en contact
avec la lumière de la voie excrétrice urinaire.
● soit dans un cadre néphrologique. L’hématurie est liée au passage des hématies à
travers une membrane basale glomérulaire altérée. Dans ce cas :
- L’absence de caillots lors d’une hématurie macroscopique d’origine
néphrologique est expliquée par l’action fibrinolytique de l’urokinase tubulaire
- La présence de déformations des hématies oriente vers une hématurie
glomérulaire
- La présence de cylindres hématiques est spécifique de l’origine glomérulaire.

Sont en faveur de l'origine urologique:


● Age >50 ans
● Tabagisme
● Origine africaine (bilharziose)
● Exposition toxique (aniline, colorants)
● Présence de caillots
● Fièvre
● Douleurs lombaires unilatérales
● Cystite (signes fonctionnels urinaires)
● Présence d'anomalies radiologiques
● Saignement unilatéral à la cystoscopie
● Absence d'une protéinurie associée

Sont en faveur de l'origine néphrologique:


● Présence de cylindres hématiques
● Présence d'une protéinurie
● Présence d'une HTA
● Présence des œdèmes
● Absence de caillots
● Absence de signes urinaires associés
● Imagerie normale

Remarque : L’insuffisance rénale peut être associée à l’hématurie d’origine


urologique ou néphrologique.
Objectif n°6 : Planifier les explorations radiologiques et endoscopiques en cas
d’hématurie.
1- Examens Morphologiques
a. L’échographie vésico-rénale
L’échographie est, de par son innocuité et son accessibilité, un examen de 1ère
intention. Cependant, sa sensibilité est limitée pour les lésions de petites tailles et sa
négativité ne dispense pas d’une imagerie plus sensible.
Elle permet de rechercher des lithiases, des tumeurs du parenchyme rénal, des cavités
pyélo- calicielles ou vésicales et des kystes rénaux. Elle peut également mettre en évidence
des signes indirects (urétéro-hydronéphrose, caillotage…)
Une étude des vaisseaux rénaux au doppler peut révéler une thrombose veineuse.

b. L’uroscanner
C'est un scanner abdomino-pelvien sans et avec injection de produit de contraste iodé couplé
à une acquisition au temps excrétoire ou tardif avec reconstruction. Sa sensibilité pour la
détection des tumeurs et calculs de petite taille est supérieure à celle de l’échographie.
L’acquisition en phase artérielle peut également renseigner sur une anomalie des vaisseaux
rénaux (notamment en cas de traumatisme) ou la présence d’une fistule aorto-urétérale.
L’étude morphologique de l’urètre peut être réalisée en fin d’acquisition par l’association de
clichés radiologiques per-mictionnels.
L’uroscanner est l’examen de référence pour l’étude du parenchyme rénal et des
voies excrétrices urinaires supérieures. Il tend à remplacer l’urographie
intraveineuse (UIV). En cas de contre-indication aux produits de contraste iodés
(insuffisance rénale), il sera remplacé par une uro-IRM.

c. L’arbre urinaire sans préparation


Il est facile d’accès, il est souvent réalisé (couplé à l’échographie) pour la recherche d’une
image lithiasique lors d’une colique néphrétique. Sa sensibilité est cependant inférieure au
scanner, ce qui n’en fait plus un examen de première intention lors d’un bilan d’hématurie.

d. L’artériographie
Ne sera réalisée qu’en cas de forte suspicion d’atteinte vasculaire, notamment lors d’un
traumatisme rénal ou d'une malformation artério-veineuse. Elle aura alors essentiellement
pour but d'objectiver un saignement actif afin de l'assécher par une embolisation.
2 - Examens Endoscopiques:
a. L’urétro-cystoscopie
L’urétro-cystoscopie est réalisée en consultation après vérification de la stérilité des urines ou
l’absence de nitrites à la BU et instillation d’un gel anesthésique local intra-urétral. Cet
examen est effectué le plus souvent avec un cystoscope rigide chez la femme ou souple chez
l'homme. Il permet la détection de lésions tumorales en relief mais également planes moins
facilement visualisées en imagerie.
L'étude de la filière urétrale est indispensable en cas d'hématurie initiale.
Enfin, l'inspection des méats peut également mettre en évidence un éjaculat d'urines
sanglantes urétérales en faveur d'une cause urologique si unilatéral ou néphrologique en cas
de bilatéralité.
La cystoscopie est un examen important du bilan d’hématurie. Elle devient indispensable
chez le patient de plus de 50 ans et/ou présentant des facteurs de risque de tumeurs
urothéliales (tabac, exposition professionnelle…).

b. L’urétéroscopie
L’urétéroscopie est réalisée sous anesthésie au bloc opératoire et permet l’exploration du
haut appareil urinaire. Cet examen n’est réalisé que sur orientation spécifique des examens
précédents (suspicion de tumeur urétérale) et peut s’associer à la réalisation d’une cytologie
ou de biopsies.
L’urétéroscopie est également indiquée chez le patient présentant des facteurs de risque de
tumeur urothéliale avec un bilan morphologique et cystoscopique négatifs.
L’algorithme suivant illustre la démarche diagnostique à réaliser devant une hématurie.
Objectif n°7 : Expliquer l’intérêt de l’exploration du système complémentaire au
cours des hématuries.
Le système du complément est une composante essentielle de l’immunité innée et un des
effecteurs majeur de l’immunité adaptative. Il est formé de plus d’une trentaine de
protéines solubles dans le plasma et membranaires à la surface cellulaire de l’hôte. La
plupart de ces protéines sont synthétisées au niveau du foie sous forme de précurseurs
inactifs. L’activation du système du complément se fait en cascade par trois voies : la voie
classique, la voie alterne et la voie des lectines qui convergent en une voie unique : la
voie terminale commune aboutissant à la formation du complexe d’attaque membranaire
(CAM). Chaque voie est déclenchée par des stimuli différents et est étroitement régulée par
des protéines plasmatiques et membranaires (Figure 2).
L’activation des différents composés du complément va aboutir à la génération de complexes
protéiques ou de fragments qui vont jouer un rôle important dans l’élimination des
agents
pathogènes, la réaction inflammatoire et le maintien de l’homéostasie de
l’organisme.
Une dérégulation du complément peut se traduire par :
● Un excès d’activation du complément suite à une stimulation continue ou à un
défaut de régulation de l’une de ses voies avec comme conséquence une
consommation des fractions du complément.
● Un défaut d’activation secondaire à un déficit acquis (insuffisance hépato
cellulaire) ou héréditaire de l'une des fractions du complément.
Dans ces deux situations pathologiques, on assiste à une baisse des taux des fractions du
complément dans le sang, une anomalie biologique appelée hypo-complémentémie.

Figure 2 : Voies d’activation du complément

Sur le plan pratique, le bilan standard d’une exploration du complément inclut un dosage du
CH50 et des fractions C3/C4. D’autres dosages sont indiqués selon le profil C3/C4/CH50 ainsi
que le contexte clinique.
L’exploration de système complémentaire est indiquée dans le cadre d’une enquête
étiologique des néphropathies glomérulaires hématuriantes.
Ainsi, une hypo-complémentémie est observée au cours des glomérulonéphrites aigues post
streptococcique, des glomérulonéphrites membrano-prolifératives idiopathiques, des
glomérulonéphrites membrano-prolifératives associées à une cryoglobulinémie et des
néphropathies lupiques.
Un profil normal oriente vers une glomérulonéphrite rapidement progressive, une
glomérulonéphrite à dépôts mésangiaux d’IgA primitive (Maladie de Berger) ou secondaire
un purpura rhumatoïde.
Objectif n°8 : Énumérer les néphropathies glomérulaires pouvant être révélées par
une hématurie.
Les principales causes néphrologiques de l'hématurie sont :
1. Glomérulonéphrites
Elles se présentent sous forme de syndromes néphrotique ou néphritique associant une
protéinurie glomérulaire, des œdèmes et une hématurie.
Le diagnostic est confirmé par la biopsie rénale, on distingue :
a. Glomérulonéphrite aiguë post-infectieuse (Voir objectif n° 9)
La biopsie rénale est systématique chez l’adulte

b. Glomérulonéphrite rapidement progressive (GNRP)


Marquée par une dégradation de la fonction rénale en quelques semaines. C’est une urgence
diagnostique et thérapeutique. Elle est souvent secondaire à
● une vascularite à ANCA ;
● un syndrome pneumo-rénal de Good-pasture caractérisé par la présence
d’anticorps anti-membrane basale glomérulaire ;
● une glomérulonéphrite chronique à complexes immuns secondaire à une
endocardite, un purpura rhumatoïde et un lupus

c. Glomérulonéphrites chroniques
L’hématurie peut être secondaire à une glomérulonéphrite chronique. On distingue :
● La glomérulonéphrite à dépôts mésangiaux d’IgA (maladie de Berger) :
cause la plus fréquente des hématuries macroscopiques glomérulaires
récidivantes, préférentiellement chez les hommes jeunes, survenant au décours
d'une infection ORL. La biopsie confirme le diagnostic en mettant en évidence la
présence de dépôts mésangiaux granuleux d’IgA et une prolifération endo-
capillaire.
● La glomérulonéphrite membrano-proliférative.
● Les glomérulonéphrites lupiques survenant le plus souvent dans les 12 à 24 mois
d'évolution du Lupus Erythémateux Systémique (CF Objectif).

2. Syndrome d’Alport
Le syndrome d’Alport est une maladie héréditaire de transmission variable (liée à l’X,
autosomique dominante ou récessive). Il associe une hématurie macroscopique
récidivante ou microscopique, une surdité de perception bilatérale et une atteinte
ophtalmologique à type de lenticône antérieur (cataracte, atteinte maculaire).
Objectif n°9 : Réunir les arguments anamnestiques, cliniques et paracliniques
permettant de retenir le diagnostic d’une glomérulonéphrite aiguë chez l’enfant.
Les glomérulonéphrites aiguës (GNA) post-infectieuses sont définies par une inflammation
aiguë non suppurative des capillaires glomérulaires, déclenchée par un grand nombre
d’infections. Le germe le plus fréquemment en cause est le streptococcoque β hémolytique du
groupe A. Elles sont caractérisées par la survenue brutale, le plus souvent après un intervalle
libre, d’un syndrome néphritique aigu associant hématurie, protéinurie, œdèmes, hypertension
artérielle et insuffisance rénale. Sur le plan histologique, la forme typique correspond à une
prolifération endocapillaires. L’évolution est souvent favorable ; cependant, des formes
sévères de pronostic plus réservé peuvent se voir.
1. La symptomatologie clinique
a. Type de description : GNA post-streptococcique
La GNA post-infectieuse touche le grand enfant. Elle est rare avant l’âge de 5 ans et
exceptionnelle avant l’âge de 2 ans. Elle survient une à deux semaines après une angine
streptococcique et trois à six semaines après un impétigo.
Le début est brutal marqué par :
● une hématurie souvent macroscopique avec un aspect bouillon sale ou « coca-cola »
des urines ;
● une protéinurie quasi-constante d’abondance variable ;
● une rétention hydrosodée responsable de prise de poids, d’œdèmes prédominants à
la face et généralement modérés ;
● une hypertension artérielle présente chez 50 % des patients, le plus souvent
modérée pouvant être sévère responsable d’une encéphalopathie hypertensive
nécessitant un traitement urgent ;
● une insuffisance rénale aiguë oligo-anurique est fréquemment associée ;
● une pâleur, une asthénie et des troubles digestifs sont parfois observés.
Dans sa forme typique, le diagnostic est rapidement évoqué. Cependant, il existe des formes
pauci-symptomatiques ou d’emblée sévère inaugurée par une complication rendant parfois le
diagnostic positif difficile.

b. Formes cliniques
● Les formes discrètes ou pauci-symptomatiques sont probablement très
nombreuses et passent souvent inaperçues : hématurie, protéinurie fugace sans
signes
cliniques, parfois une HTA de quelques jours. Le diagnostic est basé sur la baisse
transitoire de la fraction C3 du complément.
● Les formes sévères : La GNA peut être inaugurée par une complication mettant en
jeu le pronostic vital :
- une oligo-anurie ou une anurie se compliquant d'un état de mal convulsif par œdème
cérébral ou d'une insuffisance cardiaque avec un œdème aigu pulmonaire.
- une glomérulonéphrite rapidement progressive en rapport avec une prolifération
extra- capillaire associée qui constitue une urgence diagnostique et thérapeutique
(GNA maligne).

2. Examens para-cliniques
La protéinurie est fréquente. Elle est habituellement modérée < à 500 mg/24 heures. Elle
peut être importante et s’accompagnant dans quelques cas d’un syndrome néphrotique.
L'insuffisance rénale est présente dans 25 % à 83 % des cas.
Une baisse précoce et transitoire de la fraction C3 ainsi que du CH50 avec retour à la
normale après 6 à 8 semaines fortement évocateur du diagnostic.
La preuve d’une infection streptococcique récente est un argument de poids pour le
diagnostic. Les prélèvements bactériologiques sont le plus souvent négatifs. On peut
observer une élévation des anticorps anti-streptococciques (ASLO)>400UI/l. Le taux des
ASLO s'élève 10 à 14 jours après l'infection streptococcique, atteint son max à la 4ème
semaine et se normalise entre 1 et 6 mois après le début. En cas d’absence d’ascension des
ASLO, d'autres tests peuvent être utilisés : antistreptokinase, anti-hyaluronidase,
antidesoxyribonucléase-B,... Dans les infections cutanées, l'élévation des antinucléases B
serait plus sensible.
La ponction biopsie rénale n’est pas indiquée dans les formes typiques de GNA post
streptococcique chez l’enfant, alors qu’elle est systématique chez l’adulte. Elle met en
évidence un aspect de prolifération endo-capillaire exsudative globale et diffuse avec à
l’immunofluorescence, un dépôt endo et extra-membraneux de C3 (correspondants aux
humps) isolé ou associé à l’IgG. Dans les formes sévères, il s’y associe une prolifération
extra-capillaire avec formation de croissants épithéliaux.

Objectif n°10 : Poser l’indication d’une ponction biopsie rénale devant une
hématurie.
En absence de contre indication, la ponction-biopsie rénale est réalisée de façon
systématique chez l’adulte devant une hématurie d’origine néphrologique associée à une
protéinurie, une hypertension artérielle et/ou une insuffisance rénale.
La biopsie rénale est rarement proposée si l'hématurie reste strictement isolée.

Objectif n°11 : Citer les principales causes d’hématurie d’origine rénale, vésicale
et urétro-prostatique.
L’hématurie micro- ou macroscopique est un symptôme fréquent qui nécessite toujours une
enquête étiologique. La démarche diagnostique doit rechercher les causes les plus
fréquentes ou présentant un caractère de gravité :
● tumeurs urothéliales +++ (vessie, voie excrétrice supérieure) ;
● tumeurs rénales ;
● infections urinaires ++ ;
● lithiases ;
● néphropathies.
Lors d’une hématurie macroscopique isolée, le bilan doit éliminer une origine urologique
avant de s’orienter vers une cause néphrologique.
Une hématurie survenant au cours d'un traitement anti-coagulant doit faire rechercher un
surdosage, mais sera, tout de même, explorée de la même manière que celle survenant chez
un malade ne recevant pas de traitement anticoagulant.

1. Causes Urologiques
a. Tumeurs urothéliales
● Tumeurs vésicales: (TV)
- Premier cancer urologique en Tunisie
- Facteurs de risque fréquemment associés : âge ≥ 50 ans, sexe masculin, tabac,
exposition professionnelle (amines aromatiques…).
- L'hématurie constitue le maitre symptôme (typiquement terminale).
- Le diagnostic repose sur l'imagerie (échographie), la cytologie urinaire, mais la
cystoscopie constitue l'examen diagnostique de référence.
- Si le traitement est dans la plupart des cas conservateur (résection +- instillations
endo- vésicales) dans les TVNIM, il est radical (cystectomie) dans les TVIM.

● Tumeurs des voies urinaires excrétrices supérieures (TVEUS)


- Rares, parfois associées à une TV mais peuvent être isolées
- Peuvent concerner les calices, le pyélon et les uretères
- Le diagnostic repose sur l'uroscanner. Dans les cas douteux, l'urétérorénoscopie, avec
éventuellement biopsie, peut aider au diagnostic
- Le traitement de référence reste la néphro-urétérectomie totale, mais un traitement
conservateur peut se concevoir dans certaines conditions.

● Tumeurs urétrales
- Hématurie initiale

b. Tumeurs rénales
● Une tumeur du rein est un cancer du rein jusqu'à preuve du contraire.
● Troisième cancer urologique en Tunisie (après celui de la vessie et celui de la prostate).
● Peuvent être révélées par une hématurie microscopique ou macroscopique totale.
● De nature bénigne (angiomyolipome) ou le plus fréquemment maligne (le plus
souvent adénocarcinome).
● Souvent asymptomatiques (50% des cas) ou associées à une douleur lombaire
chronique, objectivées alors fortuitement sur un examen d'imagerie (échographie).
● L'examen de référence pour le diagnostic positif et la caractérisation tumorale est
l'uroscanner.
● Lorsqu'elle existe, cette hématurie est totale, indolore et capricieuse.

c. Infections urinaires à germes usuels


● Cause la plus fréquente
● sera accompagnée d’un tableau clinique évocateur (brûlures mictionnelles,
pollakiurie, douleurs lombaires…).
● Diagnostic confirmé par la réalisation d’un ECBU, ou d’une bandelette urinaire.
● Atteinte possible de tout l’arbre urinaire : cystite +++ (hématurie macroscopique),
pyélonéphrite (hématurie le plus souvent microscopique), prostatite.
● Germes habituels (Escherichia coli, entérobactéries…)

d. Infections urinaires à germes spécifiques


● Tuberculose urinaire
Le diagnostic de tuberculose est évoqué devant : une immunodépression, une localisation
pulmonaire, une leucocyturie aseptique et des calcifications des parois vésicales ou
urétérales (aspect de vessie porcelaine).
● Bilharziose
Le diagnostic de bilharziose est évoqué devant : une zone d’endémie (Afrique du Nord:
bassin du nil, péninsule arabique) et une hyperéosinophilie.
Le diagnostic est confirmé par un examen direct des urines à la recherche d’un oeuf, 3 jours
de suite (sensibilité faible) ou au mieux lors d’un prélèvement de muqueuse vésicale (et
rectale) par voie endoscopique.

e. Lithiases urinaires (Cf. Objectif 50)


- Concernent 5 à 15 % de la population.
- Peut être pauci-symptomatique ou révélée par un épisode de colique néphrétique.
- Intérêt du scanner abdomino-pelvien (AUSP couplé à l’échographie) lors d’un épisode
douloureux ou de l’uroscanner en dehors d’une phase aiguë.

f. Origine Traumatique
- Les organes touchés peuvent être une fracture du parenchyme rénal, une atteinte du
pédicule vasculaire ou encore une plaie vésicale.
- L'examen de référence pour établir le bilan lésionnel d'un traumatisme rénal est
l'uroscanner.

g. Origine Prostatique (Cf. Objectif 73)


- Signe rarement révélateur de cancer de prostate, elle est le plus souvent associée à
une prostatite ou une hypertrophie bénigne de la prostate.

h. Origine Iatrogène
L’hématurie peut être secondaire à un sondage, à la pose d’un cathéter sus-pubien, à une
résection endoscopique (« chute d’escarres »). Elle peut survenir en Post-lithotritie
extracorporelle ou post biopsie rénale.

i. Origine malformative: Anomalie de la jonction pyélo-urétérale

2. Causes Néphrologiques
Elles sont le plus souvent glomérulaires mais d’autres causes parenchymateuses peuvent se
voir comme la néphrite interstitielle aiguë.

a. Néphropathies glomérulaires (voir objectif 8)

b. Néphrite interstitielle aiguë

- Elle le plus souvent immuno-allergique d’origine médicamenteuse, elle peut être


associée à d’autres signes allergiques (rash cutané, cytolyse hépatique…). Elle se voit
lors d’une prise médicamenteuse : sulfamides, pénicillines…
- Elle peut être infectieuse, infiltrative, immunologique
c. Néphropathies vasculaires

● Nécrose papillaire
- Souvent associée à un diabète, une drépanocytose, une prise d’AINS ou
d'analgésiques au long cours ou au cours de certaines pyélonéphrites graves.
- Elle se présente de façon aigue par une colique néphrétique (par migration des
fragments papillaires dans l’uretère), possiblement associée à une hyperthermie et/ou
insuffisance rénale transitoire.
- L’imagerie injectée (uroscanner ou UIV) ne met pas en évidence de lithiase mais une
amputation calicielle en rapport avec une destruction de la région papillaire.
- Le fragment papillaire nécrosé peut migrer le long de l'uretère et être mis en
évidence dans les urines par tamisage.
● Infarctus rénal
- Notion de terrain à risque : post-traumatique, drépanocytose, maladie à potentiel
thrombo-embolique (ACFA).
- Se manifeste par une hématurie associée à un tableau de douleur lombaire brutale
difficilement calmée par les antalgiques.
- Le diagnostic est réalisé par un scanner abdomino-pelvien injecté, une angio-IRM ou
une échographie-Doppler.
- La prise en charge doit se faire en urgence (dans les 6 heures) avec
reperméabilisation de l’artère rénale par voie radio-interventionnelle (stent) ou
chirurgicale (thrombectomie) sous peine d’ischémie définitive.

d. Polykystose rénale autosomique dominante (PKRD)


- C’est une maladie héréditaire à transmission autosomique dominante et à révélation
tardive entre 30 et 50 ans.
- C’est la plus fréquente des néphropathies héréditaires de l’adulte.
- Elle est caractérisée par l’envahissement bilatéral et asymétrique du parenchyme
rénal par d’innombrables kystes aboutissant après de nombreuses années d’évolution
à l’insuffisance rénale chronique.
- Son diagnostic est rendu aisé par l’échographie.
- L’hématurie est expliquée par la rupture des vaisseaux de la paroi au niveau de la
voie excrétrice.
3. Autres étiologies
a. Les hématuries d’effort surviennent après une activité physique prolongée. Le plus
souvent microscopiques (80 % des cas). Le mécanisme de ces hématuries est mixte
associant des microtraumatismes rénaux ou vésicaux (en rapport avec l’exercice) et
une perméabilité glomérulaire accrue pendant l’effort. Elles nécessitent une
réévaluation après quelques jours de repos. La persistance d’une hématurie micro- ou
macroscopique a distance de l’effort nécessite un bilan endoscopique et par imagerie
afin de ne pas méconnaitre une cause organique.

b. Traitement anticoagulant: une hématurie survenant au cours d'un traitement


anticoagulant doit faire rechercher un surdosage, mais sera, tout de même, explorée
de la même manière que celle survenant chez un malade ne recevant pas de
traitement anticoagulant

c. Cystite toxique (cyclophosphamide)

d. Hématurie secondaire à un problème vasculaire:


● Hémangiomes: rénal, vésical, urétral
● Télangiectasies de la vessie (cystite radique)
● Fistule artério-veineuse post traumatique ou post opératoire (néphrectomie
partielle)
● Syndrome de Klippel Trenaunay
● Syndrome de Protée
● Syndrome de la casse noisette (nut cracker syndrom)
- Hématurie macroscopique récidivante gauche
- Compression de la veine rénale gauche par la pince aorto-mésentérique
- Intérêt de l'écho-doppler
● Thrombose des veines rénales
- Evoquée devant un terrain de thrombophilie, des douleurs lombaires, une hématurie,
une anurie et une insuffisance rénale aigue.
- Le diagnostic est confirmé par l'échodoppler et ou l'angioscanner
e. Maladie générale
● Troubles de la coagulation : maladie de Willebrand
● Drépanocytose hétérozygote : Nécrose papillaire avec GR falciformes au culot
● Leucémies, lymphomes
4. Enquête étiologique négative
Un faible pourcentage d'hématuries transitoires ne feront jamais la preuve de leur étiologie
Il s'agit le plus souvent d'une hématurie microscopique chez un malade qui n'a aucun
antécédent uro-néphrologique et dont l'examen clinique est normal, la protéinurie est nulle,
les urines sont stériles, les RBK sont négatives, l'électrophorèse de l'hémoglobine est
normale et les examens d'imagerie sont normaux.
La gravité des cancers de la vessie conduit à proposer une cystoscopie avec biopsies de la
vessie à partir de 45-50 ans, voire plus tôt s'il existe des facteurs de risque.
La biopsie rénale est rarement proposée si l'hématurie reste strictement isolée
En pratique : en cas de récidive de l’hématurie macroscopique, l’endoscopie vésicale est un
examen à faire en urgence, en période hématurique, pour préciser l’origine du saignement.
L’examen de l’urètre, de la vessie et des méats urétéraux permettra alors de préciser
l’origine urétrale, vésicale ou haute uni ou bilatérale (rein, uretère et voies excrétrices
supérieures) du saignement. L’exploration complémentaire sera adaptée à la constatation
endoscopique ou radiologique initiale. L'unilatéralité évoque une lésion de la voie excrétrice,
la bilatéralité une atteinte glomérulaire. Enfin, elle permet de prélever séparément l'urine
provenant de chaque uretère et de pratiquer ainsi l'examen cytologique des urines du haut
appareil droit et gauche.

Objectif n°12 : Planifier la conduite à tenir en urgence devant une hématurie


macroscopique grave d’origine urologique
En cas d’hématurie macroscopique importante avec caillotage et/ou rétention aiguë d’urine:
- mise en place d’une sonde vésicale à double courant avec mesures d’asepsie, en
système clos.
- Réalisation d’un ECBU lors de la pose ;
- Mise en place d’irrigations/lavages en continu associés à des décaillotages à la
seringue si nécessaire.
- Surveillance des volumes d’« entrées/sorties ».
Parfois, et malgré les lavages, le décaillotage manuel s'avère non possible témoignant d'un
caillot vésical organisé généralement de gros volume, et nécessitant un décaillotage au bloc
opératoire lors d'une cystoscopie avec éventuellement une électrocoagulation hémostatique.
Une hématurie abondante déglobulisante peut se voir dans un cadre d'urgence et relève
principalement d'un traumatisme rénal (contexte évocateur), d'une tumeur rénale rompue
(angiomyolipome+++) ou d'une malformation artério-veineuse rénale.
Dans le cas d'un traumatisme fermé du rein, le traitement reste conservateur basé sur les
transfusions et la surveillance en milieu de soins intensifs en dehors des traumatismes
pédiculaires qui nécessitent une intervention en urgence.
Dans le cas d'un angiomyolipome ou d'une malformation artério-veineuse , le tarissement du
saignement peut être obtenu par une embolisation réalisée au décours d'une artériographie.
Il va de soi qu'une hématurie importante nécessite des transfusions, et parfois même des
traitements de l'étiologie une fois celle ci est élucidée.
Devant un sondage difficile ou parfois impossible, il ne faut pas oublier qu'une hématurie
peut avoir comme origine une tumeur vésicale qui constitue une contre indication
absolue à la pose d'un cathéter sus pubien (pouvant aggraver le stade d’une éventuelle
lésion en réalisant une dissémination le long de son trajet).

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