Hématuries : Diagnostic et Urgences Médicales
Hématuries : Diagnostic et Urgences Médicales
Cours de Résidanat
Sujet : 33
LES HEMATURIES
Physiopathologie, orientation diagnostique, traitement dans les
situations d'urgence
Objectif n°2 : Distinguer une hématurie d’une coloration anormale des urines d’une autre
origine
Objectif n°4 : Suspecter l’origine d’une hématurie selon son caractère initial, terminal ou
total lors de la miction.
Objectif n°5 : Distinguer l’origine urologique d’une origine néphrologique d’une hématurie
à partir des données cliniques et biologiques.
Objectif n°8 : Enumérer les néphropathies glomérulaires pouvant être révélées par une
hématurie.
Objectif n°10 : Poser l’indication d’une ponction biopsie rénale devant une hématurie.
Objectif n°11 : Citer les principales causes d’hématurie d’origine rénale, vésicale et urétro-
prostatique.
Objectif n°2 : Distinguer une hématurie d’une coloration anormale des urines
d’une autre origine
Objectif n°4 : Suspecter l’origine d’une hématurie selon son caractère initial,
terminal ou total lors de la miction.
La chronologie de l’hématurie sur le temps mictionnel a une valeur localisatrice. Ainsi,
l'hématurie peut être (figure 1):
● initiale (survenant au début de la miction) suggérant une localisation urétro-
prostatique ;
● terminale (en fin de miction) signant une localisation vésicale ;
● totale (sur toute la durée de la miction) pouvant être d’origine rénale ;
Cependant, en cas d’hématurie abondante, la chronologie de l’hématurie n’a plus de valeur
localisatrice (toute hématurie abondante quelque soit son origine est totale)
b. L’uroscanner
C'est un scanner abdomino-pelvien sans et avec injection de produit de contraste iodé couplé
à une acquisition au temps excrétoire ou tardif avec reconstruction. Sa sensibilité pour la
détection des tumeurs et calculs de petite taille est supérieure à celle de l’échographie.
L’acquisition en phase artérielle peut également renseigner sur une anomalie des vaisseaux
rénaux (notamment en cas de traumatisme) ou la présence d’une fistule aorto-urétérale.
L’étude morphologique de l’urètre peut être réalisée en fin d’acquisition par l’association de
clichés radiologiques per-mictionnels.
L’uroscanner est l’examen de référence pour l’étude du parenchyme rénal et des
voies excrétrices urinaires supérieures. Il tend à remplacer l’urographie
intraveineuse (UIV). En cas de contre-indication aux produits de contraste iodés
(insuffisance rénale), il sera remplacé par une uro-IRM.
d. L’artériographie
Ne sera réalisée qu’en cas de forte suspicion d’atteinte vasculaire, notamment lors d’un
traumatisme rénal ou d'une malformation artério-veineuse. Elle aura alors essentiellement
pour but d'objectiver un saignement actif afin de l'assécher par une embolisation.
2 - Examens Endoscopiques:
a. L’urétro-cystoscopie
L’urétro-cystoscopie est réalisée en consultation après vérification de la stérilité des urines ou
l’absence de nitrites à la BU et instillation d’un gel anesthésique local intra-urétral. Cet
examen est effectué le plus souvent avec un cystoscope rigide chez la femme ou souple chez
l'homme. Il permet la détection de lésions tumorales en relief mais également planes moins
facilement visualisées en imagerie.
L'étude de la filière urétrale est indispensable en cas d'hématurie initiale.
Enfin, l'inspection des méats peut également mettre en évidence un éjaculat d'urines
sanglantes urétérales en faveur d'une cause urologique si unilatéral ou néphrologique en cas
de bilatéralité.
La cystoscopie est un examen important du bilan d’hématurie. Elle devient indispensable
chez le patient de plus de 50 ans et/ou présentant des facteurs de risque de tumeurs
urothéliales (tabac, exposition professionnelle…).
b. L’urétéroscopie
L’urétéroscopie est réalisée sous anesthésie au bloc opératoire et permet l’exploration du
haut appareil urinaire. Cet examen n’est réalisé que sur orientation spécifique des examens
précédents (suspicion de tumeur urétérale) et peut s’associer à la réalisation d’une cytologie
ou de biopsies.
L’urétéroscopie est également indiquée chez le patient présentant des facteurs de risque de
tumeur urothéliale avec un bilan morphologique et cystoscopique négatifs.
L’algorithme suivant illustre la démarche diagnostique à réaliser devant une hématurie.
Objectif n°7 : Expliquer l’intérêt de l’exploration du système complémentaire au
cours des hématuries.
Le système du complément est une composante essentielle de l’immunité innée et un des
effecteurs majeur de l’immunité adaptative. Il est formé de plus d’une trentaine de
protéines solubles dans le plasma et membranaires à la surface cellulaire de l’hôte. La
plupart de ces protéines sont synthétisées au niveau du foie sous forme de précurseurs
inactifs. L’activation du système du complément se fait en cascade par trois voies : la voie
classique, la voie alterne et la voie des lectines qui convergent en une voie unique : la
voie terminale commune aboutissant à la formation du complexe d’attaque membranaire
(CAM). Chaque voie est déclenchée par des stimuli différents et est étroitement régulée par
des protéines plasmatiques et membranaires (Figure 2).
L’activation des différents composés du complément va aboutir à la génération de complexes
protéiques ou de fragments qui vont jouer un rôle important dans l’élimination des
agents
pathogènes, la réaction inflammatoire et le maintien de l’homéostasie de
l’organisme.
Une dérégulation du complément peut se traduire par :
● Un excès d’activation du complément suite à une stimulation continue ou à un
défaut de régulation de l’une de ses voies avec comme conséquence une
consommation des fractions du complément.
● Un défaut d’activation secondaire à un déficit acquis (insuffisance hépato
cellulaire) ou héréditaire de l'une des fractions du complément.
Dans ces deux situations pathologiques, on assiste à une baisse des taux des fractions du
complément dans le sang, une anomalie biologique appelée hypo-complémentémie.
Sur le plan pratique, le bilan standard d’une exploration du complément inclut un dosage du
CH50 et des fractions C3/C4. D’autres dosages sont indiqués selon le profil C3/C4/CH50 ainsi
que le contexte clinique.
L’exploration de système complémentaire est indiquée dans le cadre d’une enquête
étiologique des néphropathies glomérulaires hématuriantes.
Ainsi, une hypo-complémentémie est observée au cours des glomérulonéphrites aigues post
streptococcique, des glomérulonéphrites membrano-prolifératives idiopathiques, des
glomérulonéphrites membrano-prolifératives associées à une cryoglobulinémie et des
néphropathies lupiques.
Un profil normal oriente vers une glomérulonéphrite rapidement progressive, une
glomérulonéphrite à dépôts mésangiaux d’IgA primitive (Maladie de Berger) ou secondaire
un purpura rhumatoïde.
Objectif n°8 : Énumérer les néphropathies glomérulaires pouvant être révélées par
une hématurie.
Les principales causes néphrologiques de l'hématurie sont :
1. Glomérulonéphrites
Elles se présentent sous forme de syndromes néphrotique ou néphritique associant une
protéinurie glomérulaire, des œdèmes et une hématurie.
Le diagnostic est confirmé par la biopsie rénale, on distingue :
a. Glomérulonéphrite aiguë post-infectieuse (Voir objectif n° 9)
La biopsie rénale est systématique chez l’adulte
c. Glomérulonéphrites chroniques
L’hématurie peut être secondaire à une glomérulonéphrite chronique. On distingue :
● La glomérulonéphrite à dépôts mésangiaux d’IgA (maladie de Berger) :
cause la plus fréquente des hématuries macroscopiques glomérulaires
récidivantes, préférentiellement chez les hommes jeunes, survenant au décours
d'une infection ORL. La biopsie confirme le diagnostic en mettant en évidence la
présence de dépôts mésangiaux granuleux d’IgA et une prolifération endo-
capillaire.
● La glomérulonéphrite membrano-proliférative.
● Les glomérulonéphrites lupiques survenant le plus souvent dans les 12 à 24 mois
d'évolution du Lupus Erythémateux Systémique (CF Objectif).
2. Syndrome d’Alport
Le syndrome d’Alport est une maladie héréditaire de transmission variable (liée à l’X,
autosomique dominante ou récessive). Il associe une hématurie macroscopique
récidivante ou microscopique, une surdité de perception bilatérale et une atteinte
ophtalmologique à type de lenticône antérieur (cataracte, atteinte maculaire).
Objectif n°9 : Réunir les arguments anamnestiques, cliniques et paracliniques
permettant de retenir le diagnostic d’une glomérulonéphrite aiguë chez l’enfant.
Les glomérulonéphrites aiguës (GNA) post-infectieuses sont définies par une inflammation
aiguë non suppurative des capillaires glomérulaires, déclenchée par un grand nombre
d’infections. Le germe le plus fréquemment en cause est le streptococcoque β hémolytique du
groupe A. Elles sont caractérisées par la survenue brutale, le plus souvent après un intervalle
libre, d’un syndrome néphritique aigu associant hématurie, protéinurie, œdèmes, hypertension
artérielle et insuffisance rénale. Sur le plan histologique, la forme typique correspond à une
prolifération endocapillaires. L’évolution est souvent favorable ; cependant, des formes
sévères de pronostic plus réservé peuvent se voir.
1. La symptomatologie clinique
a. Type de description : GNA post-streptococcique
La GNA post-infectieuse touche le grand enfant. Elle est rare avant l’âge de 5 ans et
exceptionnelle avant l’âge de 2 ans. Elle survient une à deux semaines après une angine
streptococcique et trois à six semaines après un impétigo.
Le début est brutal marqué par :
● une hématurie souvent macroscopique avec un aspect bouillon sale ou « coca-cola »
des urines ;
● une protéinurie quasi-constante d’abondance variable ;
● une rétention hydrosodée responsable de prise de poids, d’œdèmes prédominants à
la face et généralement modérés ;
● une hypertension artérielle présente chez 50 % des patients, le plus souvent
modérée pouvant être sévère responsable d’une encéphalopathie hypertensive
nécessitant un traitement urgent ;
● une insuffisance rénale aiguë oligo-anurique est fréquemment associée ;
● une pâleur, une asthénie et des troubles digestifs sont parfois observés.
Dans sa forme typique, le diagnostic est rapidement évoqué. Cependant, il existe des formes
pauci-symptomatiques ou d’emblée sévère inaugurée par une complication rendant parfois le
diagnostic positif difficile.
b. Formes cliniques
● Les formes discrètes ou pauci-symptomatiques sont probablement très
nombreuses et passent souvent inaperçues : hématurie, protéinurie fugace sans
signes
cliniques, parfois une HTA de quelques jours. Le diagnostic est basé sur la baisse
transitoire de la fraction C3 du complément.
● Les formes sévères : La GNA peut être inaugurée par une complication mettant en
jeu le pronostic vital :
- une oligo-anurie ou une anurie se compliquant d'un état de mal convulsif par œdème
cérébral ou d'une insuffisance cardiaque avec un œdème aigu pulmonaire.
- une glomérulonéphrite rapidement progressive en rapport avec une prolifération
extra- capillaire associée qui constitue une urgence diagnostique et thérapeutique
(GNA maligne).
2. Examens para-cliniques
La protéinurie est fréquente. Elle est habituellement modérée < à 500 mg/24 heures. Elle
peut être importante et s’accompagnant dans quelques cas d’un syndrome néphrotique.
L'insuffisance rénale est présente dans 25 % à 83 % des cas.
Une baisse précoce et transitoire de la fraction C3 ainsi que du CH50 avec retour à la
normale après 6 à 8 semaines fortement évocateur du diagnostic.
La preuve d’une infection streptococcique récente est un argument de poids pour le
diagnostic. Les prélèvements bactériologiques sont le plus souvent négatifs. On peut
observer une élévation des anticorps anti-streptococciques (ASLO)>400UI/l. Le taux des
ASLO s'élève 10 à 14 jours après l'infection streptococcique, atteint son max à la 4ème
semaine et se normalise entre 1 et 6 mois après le début. En cas d’absence d’ascension des
ASLO, d'autres tests peuvent être utilisés : antistreptokinase, anti-hyaluronidase,
antidesoxyribonucléase-B,... Dans les infections cutanées, l'élévation des antinucléases B
serait plus sensible.
La ponction biopsie rénale n’est pas indiquée dans les formes typiques de GNA post
streptococcique chez l’enfant, alors qu’elle est systématique chez l’adulte. Elle met en
évidence un aspect de prolifération endo-capillaire exsudative globale et diffuse avec à
l’immunofluorescence, un dépôt endo et extra-membraneux de C3 (correspondants aux
humps) isolé ou associé à l’IgG. Dans les formes sévères, il s’y associe une prolifération
extra-capillaire avec formation de croissants épithéliaux.
Objectif n°10 : Poser l’indication d’une ponction biopsie rénale devant une
hématurie.
En absence de contre indication, la ponction-biopsie rénale est réalisée de façon
systématique chez l’adulte devant une hématurie d’origine néphrologique associée à une
protéinurie, une hypertension artérielle et/ou une insuffisance rénale.
La biopsie rénale est rarement proposée si l'hématurie reste strictement isolée.
Objectif n°11 : Citer les principales causes d’hématurie d’origine rénale, vésicale
et urétro-prostatique.
L’hématurie micro- ou macroscopique est un symptôme fréquent qui nécessite toujours une
enquête étiologique. La démarche diagnostique doit rechercher les causes les plus
fréquentes ou présentant un caractère de gravité :
● tumeurs urothéliales +++ (vessie, voie excrétrice supérieure) ;
● tumeurs rénales ;
● infections urinaires ++ ;
● lithiases ;
● néphropathies.
Lors d’une hématurie macroscopique isolée, le bilan doit éliminer une origine urologique
avant de s’orienter vers une cause néphrologique.
Une hématurie survenant au cours d'un traitement anti-coagulant doit faire rechercher un
surdosage, mais sera, tout de même, explorée de la même manière que celle survenant chez
un malade ne recevant pas de traitement anticoagulant.
1. Causes Urologiques
a. Tumeurs urothéliales
● Tumeurs vésicales: (TV)
- Premier cancer urologique en Tunisie
- Facteurs de risque fréquemment associés : âge ≥ 50 ans, sexe masculin, tabac,
exposition professionnelle (amines aromatiques…).
- L'hématurie constitue le maitre symptôme (typiquement terminale).
- Le diagnostic repose sur l'imagerie (échographie), la cytologie urinaire, mais la
cystoscopie constitue l'examen diagnostique de référence.
- Si le traitement est dans la plupart des cas conservateur (résection +- instillations
endo- vésicales) dans les TVNIM, il est radical (cystectomie) dans les TVIM.
● Tumeurs urétrales
- Hématurie initiale
b. Tumeurs rénales
● Une tumeur du rein est un cancer du rein jusqu'à preuve du contraire.
● Troisième cancer urologique en Tunisie (après celui de la vessie et celui de la prostate).
● Peuvent être révélées par une hématurie microscopique ou macroscopique totale.
● De nature bénigne (angiomyolipome) ou le plus fréquemment maligne (le plus
souvent adénocarcinome).
● Souvent asymptomatiques (50% des cas) ou associées à une douleur lombaire
chronique, objectivées alors fortuitement sur un examen d'imagerie (échographie).
● L'examen de référence pour le diagnostic positif et la caractérisation tumorale est
l'uroscanner.
● Lorsqu'elle existe, cette hématurie est totale, indolore et capricieuse.
f. Origine Traumatique
- Les organes touchés peuvent être une fracture du parenchyme rénal, une atteinte du
pédicule vasculaire ou encore une plaie vésicale.
- L'examen de référence pour établir le bilan lésionnel d'un traumatisme rénal est
l'uroscanner.
h. Origine Iatrogène
L’hématurie peut être secondaire à un sondage, à la pose d’un cathéter sus-pubien, à une
résection endoscopique (« chute d’escarres »). Elle peut survenir en Post-lithotritie
extracorporelle ou post biopsie rénale.
2. Causes Néphrologiques
Elles sont le plus souvent glomérulaires mais d’autres causes parenchymateuses peuvent se
voir comme la néphrite interstitielle aiguë.
● Nécrose papillaire
- Souvent associée à un diabète, une drépanocytose, une prise d’AINS ou
d'analgésiques au long cours ou au cours de certaines pyélonéphrites graves.
- Elle se présente de façon aigue par une colique néphrétique (par migration des
fragments papillaires dans l’uretère), possiblement associée à une hyperthermie et/ou
insuffisance rénale transitoire.
- L’imagerie injectée (uroscanner ou UIV) ne met pas en évidence de lithiase mais une
amputation calicielle en rapport avec une destruction de la région papillaire.
- Le fragment papillaire nécrosé peut migrer le long de l'uretère et être mis en
évidence dans les urines par tamisage.
● Infarctus rénal
- Notion de terrain à risque : post-traumatique, drépanocytose, maladie à potentiel
thrombo-embolique (ACFA).
- Se manifeste par une hématurie associée à un tableau de douleur lombaire brutale
difficilement calmée par les antalgiques.
- Le diagnostic est réalisé par un scanner abdomino-pelvien injecté, une angio-IRM ou
une échographie-Doppler.
- La prise en charge doit se faire en urgence (dans les 6 heures) avec
reperméabilisation de l’artère rénale par voie radio-interventionnelle (stent) ou
chirurgicale (thrombectomie) sous peine d’ischémie définitive.