La déformation des roches
La rhéologie
Rhéologie : Branche de la mécanique qui étudie la résistance des matériaux aux contraintes
et aux déformations.
Le mouvement des plaques lithosphériques entraîne au sein de la croûte terrestre la
déformation des roches. Celles-ci changent de forme et parfois se déplacent. Cette déformation,
qui résulte d'un état de contrainte anisotrope, peut être homogène ou hétérogène, continue
(ductile) ou discontinue (cassante)...
L'état de contrainte anisotrope peut être décomposé, comme tout vecteur, suivant 3 axes :
X: axe de l'allongement maximum,
Y: axe intermédiaire,
Z: axe de raccourcissement maximum.
Ellipsoïde de déformation finie, avec allongement (X) et raccourcissement (Z).
On peut noter, entre l'état initial et l'état final, un changement de forme et une rotation
Différents types de déformations
1
Déformation discontinue ou continue ?
sud nord
Déformation discontinue (cassante):
failles normales dans des turbidites miocènes
El Salto de Lobo, Alméria, Espagne
traits rouges : failles normales
traits magenta, jaunes et orange : stratifications
sud-est nord-ouest
2
Déformation continue (ductile) : plis dans des turbidites du Crétacé supérieur
Sierra de Baragua, chaîne caraïbe, Estado Lara, Venezuela
Déformations et contraintes
Ellipsoïde X, Y, Z de la déformation
La déformation e est l'effet des déplacements internes sur la roche.
e = longueur finale – longueur initiale / longueur initiale
unité : m/m
signe : + pour un allongement et – pour un raccourcissement
Ellipsoïde des contraintes
L'ellipsoïde représente l'état des contraintes sur le matériau, la contrainte
étant l'effet des forces internes sur celui-ci :
s = force perpendiculaire à la surface / surface sur laquelle elle agit 3
Unité : Pa (Pascal) = N/m²
La contrainte étant un vecteur, elle peut se décomposer en σ1, σ2 et σ3,
s1 correspondant à la contrainte maximale.
La déformation cassante (discontinue)
Définitions
Tectonique : étude des structures géologiques liées à la déformation des roches
postérieurement à leur formation.
Faille : fracture de l'écorce terrestre accompagnée d'un déplacement.
Diaclase : fracture sans déplacement entre les parties disjointes.
Diaclases apparaissant dans les roches en distension (A) et en compression (B).
Les flèches indiquent la direction et le sens du tenseur principal (modifiée de Plummer et McGeary, 1996).
est ouest
Diaclases dans des calcaires non déformés 4
Les bancs calcaires horizontaux sont découpés par des diaclases verticales.
Crétacé inférieur, Chos Malal, Neuquen, Argentine
Les failles : déformation cassante avec déplacement:
Terminologie
La faille sépare le volume rocheux en 2
compartiments : le toit correspond au bloc
situé au dessus du plan de faille
(compartiment soulevé), et le mur à
celui au dessous du plan de faille
(compartiment effondré ou affaissé).
Lorsque le plan de faille est poli par le
mouvement, il est appelé miroir. Ce miroir
présente fréquemment des stries, des mur
cannelures … orientées dans le sens du toit
déplacement. Ce sont des marqueurs du
mouvement : les tectoglyphes.
Failles dites conjuguées (même orientation
mais pendage opposé)
sud nord
compartiment
compartiment
compartiment soulevé
effondré
soulevé
Failles normales conjuguées
décalant un banc de grès
Crétacé inférieur,
bassin de Neuquen, Argentine
5
Les failles : déformation cassante avec déplacement:
Terminologie
Le rejet
Le rejet représente l'ampleur du mouvement relatif entre les deux compartiments. Il peut être
décomposé en 3 vecteurs représentant le rejet vertical, le rejet horizontal transversal,
perpendiculaire au plan de faille, et le rejet horizontal latéral, parallèle à ce plan.
nord sud
Rejet de faille apparent, assimilable ici au rejet vertical
Calcaires du Crétacé supérieur de la Pierre Saint-Martin (Pyrénées Atlantiques)
6
Les failles : déformation cassante avec déplacement:
Terminologie
Miroirs et tectoglyphes
ouest est
Miroir de faille
Les miroirs de failles présentent souvent des stries et des
cristallisations (ici de calcite) disposées en gradins. Les
stries indiquent la direction du jeu de la faille
(déplacement des deux compartiments l'un par rapport à
l'autre).
Les failles ne sont ni rectilignes ni continues. Elles sont
décalées dans de multiples endroits. Lorsque les failles
jouent, des vides apparaissent entre les compartiments.
La calcite, dissoute dans l'eau circulant dans le plan de
faille, précipite alors dans les vides.
Si un des compartiments disparaît par érosion, la calcite
Gradins de calcite sur un miroir de faille reste en relief formant des gradins. Ces gradins
normale (voir ci-après). regardent dans le sens de déplacement du 7
Les gradins regardent vers le bas, ce qui compartiment disparu.
signifie que le compartiment manquant
s'est affaissé.
Crétacé supérieur de la Pierre Saint-Martin.
Les failles : déformation cassante avec déplacement:
Terminologie
Crochons de failles
Crochon de faille sur faille inverse (voir page 11)
Un crochon de faille est une torsion de la stratification au contact d'une faille. Cette
torsion s'effectue en sens inverse du déplacement des deux compartiments.
Paléocène, Metlaoui, Tunisie
8
Les failles : déformation cassante avec déplacement:
Terminologie
Brèches de failles
Dans les zones en relief sur le plan de faille, on assiste très fréquemment à une bréchification
de la roche accompagnée de dissolution (en particulier lorsque la roche est carbonatée).
sud-ouest nord-est
Brèches sur miroir de faille
Calcaires, Crétacé supérieur,
Cirque de Pescamou, la Pierre Saint-Martin (Pyrénées-Atlantiques)
ouest est
Brèches (mylonites) dans des micaschistes au contact entre les 9
unités névado-filabrides et alpujarides.
Cordillères bétiques, Sierra de Alhamilla, Alméria, Espagne
Les failles normales
s3
Failles normales conjuguées déterminant l'apparition de horst et de grabens.
À droite, la position dans l'espace des 3 tenseurs. s1 est vertical ;s2 est parallèle à l'orientation
des failles ; s3 est horizontal et perpendiculaire aux failles.
En général, les failles normales apparaissent en contexte d'extension généralisée,
par exemple au cours de périodes de rifting sur les marges passives. Paradoxalement, elles
sont aussi présentent dans les chaînes de montagne (processus gravitaires consécutifs à la
mise en altitude, écroulement sur elle-même de la chaîne...).
sud nord
nord
Calcaires massifs
santoniens
Calcschistes
campaniens
10
Faille normale à la Pierre Saint-Martin. Ici les failles normales apparaissent
en extrados d'un pli de drapage (voir page 21).
Les failles inverses
s1
Failles inverses
À droite, la position dans l'espace des 3 tenseurs. s1 est horizontal et perpendiculaire
à la faille; s2 est parallèle à l'orientation de la faille ; s3 est vertical.
Les failles normales apparaissent en contexte de compression,
dans les zones de subduction ou de collision.
Faille inverse datant de l'orogenèse
pyrénéenne et affectant les terrains
du Crétacé supérieur
Belagua, Navarra, Espagne
Au pied du pic Lakhoura, les
calcaires santoniens (- 86,3 à
- 83,6 Ma), plus anciens, recouvrent
les calcschistes du Maastrichtien
(- 72,1 à - 66,0 Ma), plus récents.
La série stratigraphique est donc
inversée, d’où le nom donné à ce
type de faille. 11
Les chevauchements
Lorsque le rejet horizontal transversal devient important et que le pendage de la faille
tend vers 0°, la faille inverse se transforme en chevauchement. Les chevauchements sont très
fréquents dans les chaînes de montagnes. Ils sont les témoins des raccourcissements très
importants qui affectent la croûte terrestre. Dans le cas des nappes de charriage (terme
ultime des chevauchements), le rejet horizontal peut dépasser plusieurs centaines de kilomètres.
Le chevauchement de Gavarnie (nappe de Gavarnie des anciens auteurs).
Si Gavarnie est connu des touristes pour son cirque glaciaire, il est aussi très connu pour son
chevauchement. C'est en 1902 que Besson décrivit pour la première fois des
recouvrements importants de terrains anciens sur des terrains plus récents.
De bas en haut on observe : un socle paléozoïque formé de terrains métamorphiques 12
(micaschistes et migmatites) recouvert en discordances par des calcaires du Crétacé supérieur.
Cet ensemble dit autochtone (en place) est recouvert au nord par des terrains paléozoïques
(Silurien à Carbonifère) et au sud par du Crétacé supérieur plus déformé que celui de
l'autochtone. Le déplacement de l'allochtone est estimé à une quinzaine de kilomètres.
Les décrochements
Les décrochements traduisent des mouvements coulissants (transcurrents) au sein de l'écorce
terrestre. Ils apparaissent lorsque s1 est très oblique sur le plan de faille. s2, par conséquent,
n'est plus parallèle au miroir.
Décrochement senestre : si l'observateur se place sur le compartiment bleu (figure de gauche),
il observe un déplacement vers la gauche du compartiment vert (senestre).
Décrochement dextre : si il se place sur le compartiment orange (figure de droite),
le compartiment vert se déplace vers la droite (dextre).
Les décrochements sont très nombreux à proximité des frontières lithosphétiques transformantes.
Mais on peut aussi les rencontrer sur les marges passives et dans les chaînes de montagnes).
Bien souvent, les failles ne sont pas perpendiculaires à la compression ou à l'extension.
Il s'ensuit un jeu « mixte » pour celles-ci. En contexte extensif, le régime sera
qualifié de transtensif, tandis qu'en contexte compressif il sera transpressif.
Miroir de faille à stries
sub-horizontales :
l'inclinaison des stries et les
gradins de calcite nous
Indiquent que le mouvement
est senestre.
Calcaires, Crétacé supérieur,
la Pierre Saint-Martin (64)
13
Les décrochements
Quelques marqueurs
ENE WSW
Stries horizontales sur granite
Faille de Bocono, Andes vénézuéliennes, Estado Mérida
sud-ouest nord-est
Grenat déplacé lors du jeu dextre d'une faille parallèle à la faille de Bocono.
14
À droite du grenat, on observe une tache blanche : de la silice a cristallisé
dans le vide laissé à l'arrière du grenat.
Gneiss de la Formation Sierra Nevada, pico Espejo, Andes vénézuéliennes, estado Mérida
Les différents types de failles
15
Récapitulatif
La déformation ductile (continue) superficielle
Les plis : terminologie succincte
Bloc diagramme d'un pli anticlinal et d'un pli synclinal
Le pli anticlinal est concave vers le bas tandis que pour le synclinal la concavité est tournée vers
le haut. En carte, les terrains les plus anciens occupent le cœur de l'anticlinal, les plus récents le
cœur du [Link] plan axial comprend tous les axes du pli.
Crête, creux et charnière
sud nord
16
Anticlinal disymétrique au front de la chaîne des Chotts
Crétacé supérieur, Tamarza, Tozeur, Tunisie
La déformation ductile (continue) superficielle
Les différentes géométries des plis
Quelques types de plis observables dans la partie supérieure de la croûte terrestre.
Ce type de pli est qualifié d'isopaque car l'épaisseur des couches est conservée.
Le taux de raccourcissement augmente en allant du pli droit au pli couché.
sud-ouest nord-est
17
Les plis couchés du pic Moustardé se développent dans les terrains du Dévono-Carbonifère
de la Zone axiale des Pyrénées. Ils sont rapportés à l'orogenèse varisque.
Haut Ossau, Pyrénées Atlantiques
La déformation ductile (continue) superficielle
Plis et failles
Évolution du plissement en fonction du raccourcissement
Pour compenser la différence de rayon de
courbure entre l'extérieur et l'intérieur des plis,
il est indispensable de placer des décollements
en profondeur au sein de la pile sédimentaire.
Sur la figure à gauche, le raccourcissement
augmente en allant du haut vers le bas.
Étape 1 : les formations 2, 3 et 4 se déforment
car elles sont compétentes. La couche 1, dont
la viscosité est faible (elle est incompérente),
flue dans l'anticlinal. Elle permet le
détachement des formations sur un socle plus
rigide.
Étape 2 : Le plissement s'accentue. Si le
décollement est bloqué vers l'avant, il se
propage vers le haut dans la série sédimentaire.
Le palier se transforme en rampe. Un pli dit
« sur propagation de faille » se forme alors et
un deuxième plan axial anticlinal apparaît.
Étape 3 : Retrouvant un niveau incompétent, la
rampe évolue en un nouveau palier (palier
supérieur) et la faille inverse se transforme
en chevauchement plat. Il en résulte un « pli
sur flexure de faille » ou « pli de palier ».
L'épaisseur des formations sédimentaires est
doublée au droit de la structure anticlinale.
ouest est
18
Anticlinal et synclinal (pli sur flexure de faille).
Crétacé inférieur, sierra de Los Reyes, Neuquen, Argentine
La déformation ductile (continue) superficielle
Les duplex
3 2 1
Formation des duplex
Lorsqu'il y a blocage du système vers
l'avant (la partie externe), les rampes
se multiplient délimitant des écailles
tectoniques et forment un duplex.
4 3 2 1
4
3 2 1
19
Duplex formé par 4 écailles successives.
Les chiffres 1, 2 et 3 renvoient à la figure précédente.
Calcaires et calcschistes du Crétacé supérieur, Utzigagna, Pyrénées Atlantiques.
La déformation ductile (continue) superficielle
Les diapirs
Diapir théorique en zone nord-pyrénéenne avant la compression pyrénéenne.
Les échelles donnent une idée du volume pouvant atteindre un diapir.
Le Trias germanique lagunaire contient des accumulations d'évaporites non négligeables. Celles-ci
ont une densité moyenne inférieure à celle des autres roches sédimentaires. De plus lorsque
l'anhydrite (sulfate de calcium) se trouve en présence d'eau, elle se transforme en gypse en
augmentant de volume. Au cours du Mésozoïque, le Trias remonte donc lentement vers la surface
en déformant les couches sédimentaires le recouvrant. Au droit du diapir les épaisseurs seront
moindre que de part et d'autre. Lors des compressions ultérieures le pli diapirique sera exacerbé et
sera très souvent le départ de failles inverses ou chevauchantes.
20
La déformation ductile (continue) superficielle
Pli de drapage
Modèle numérique de
terrain et carte
géologique du passage
entre la Zone axiale
(au sud) et la Zone
nord-pyrénéenne (au
nord). Vallée d'Aspe,
Pyrénées Atlantiques.
La couverture d'âge
crétacé supérieur de la
Zone axiale est ployée
et forme une tête
anticlinale.
Ci-dessous coupe
interprétative
Les plis de drapage sont liés à des
mouvements verticaux du socle. La
couverture sédimentaire absorbe le
décalage vertical. Quelque soit la
cause du phénomène (extension ou
compression), des failles normales
apparaissent par étirement des terrains
sur le compartiment soulevé.
Genèse d'un pli de drapage, sur faille normale (à gauche) et sur faille inverse (à droite)
d’après J.W. Cosgrove et M.S. Ameen, 2000, modifiée.
Les failles normales sont indiquées en rouge et les failles inverses en magenta. 21
La déformation ductile (continue) profonde
Notion de schistosité
La schistosité est un feuilletage qui apparaît lorsque pression et température augmentent. Celle-ci
doit être supérieure à 300 °C. Dans un premier temps, la schistosité, dite de fracture, se dispose
en éventail dans les plis.
Rapports géométriques entre la stratification (S 0) et la schistosité (S1).
Sur les flancs à l'endroit, le plongement de S 1 est supérieur au plongement de S0. 22
Sur les flancs à l'envers, le plongement de S 0 est supérieur à celui de S1.
Turbidites de l'Éocène inférieur, pic d'Orhy, Pyrénées Atlantiques
La déformation ductile (continue) profonde
Notion de schistosité
WNW ESE
Éventail de schistosité dans la charnière des plis.
La schistosité de fracture se dispose en éventail dans les charnières de plis. Ici le
phénomène est amplifié par la réfraction de S1 dans les bancs compétents où elle a 23
tendance à se perpendiculariser aux épontes des strates.
Turbidites de l'Éocène inférieur, Los Balcones, Navarra, Espagne.
La déformation ductile (continue) profonde
Notion de schistosité
Lorsque la température et la pression augmente, la roche devient plus ductile. Le plissement
s'accompagne de dissolution et de recristallisation. Il y a étirement des flancs qui se
parallélisent (pli isoclinal) pouvant aller jusqu'à une fragmentation de ceux-ci (boudinage). La
matière migre dans la charnière qui s'épaissit. Le pli est qualifié d'anisopaque.
Pli anisopaque accompagné de microplis dans une série métamorphisée.
La linéation est un élément linéaire caractéristique des roches métamorphiques. Elle se
dispose en lignes parallèles. Ici la linéation de crénulation correspond à l'intersection entre la
crête des microplis et la stratification.
NW SE
24
Boudinage dans un série faiblement métamorphique.
Crétacé supérieur, Sierra de Baragua, chaîne caraïbe, Estado Lara, Venezuela
La déformation ductile (continue) profonde
Notion de schistosité
Déformation dans les micaschistes et les gneiss.
Dans les termes ultimes du métamorphisme, la roche flue, s'étire ce qui engendre une linéation
d'étirement qui peut être accompagnée par une linéation minérale déterminée par la croissance
des minéraux suivant l'allongement. Les plis acquièrent des axes courbes ce qui entraînent une
géométrie en doigts de gant (plis en fourreau).
Plis dans les gneiss du pico Espejo.
Précambrien, Formation Sierra Nevada,
Andes vénézuéliennes
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