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Rapport Blockchain VF

Cette étude a pour objectif de faire le point sur les applications de la blockchain dans le cadre des chaînes logistiques et des ports. Ce travail prend la forme d’un état des lieux bibliographique. La première partie de ce rapport fournit des éléments de contexte sur la blockchain, son historique, ses grands principes de fonctionnement, les intérêts de cette technologie, mais aussi ses limites. La seconde partie est focalisée sur la chaîne logistique et les ports. Les applications possibles et les avantages de la blockchain sont étudiées, une revue de projets de cas concrets est proposée.

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Rapport Blockchain VF

Cette étude a pour objectif de faire le point sur les applications de la blockchain dans le cadre des chaînes logistiques et des ports. Ce travail prend la forme d’un état des lieux bibliographique. La première partie de ce rapport fournit des éléments de contexte sur la blockchain, son historique, ses grands principes de fonctionnement, les intérêts de cette technologie, mais aussi ses limites. La seconde partie est focalisée sur la chaîne logistique et les ports. Les applications possibles et les avantages de la blockchain sont étudiées, une revue de projets de cas concrets est proposée.

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Cerema Eau, mer et fleuves

Blockchain et chaînes logistiques


Impacts et perspectives
Novembre 2019

1
Direction générale des infrastructures, des transports et de la mer

Blockchain et chaînes logistiques


Impacts et perspectives

Historique des versions du document


Version Date Commentaire

V1 18/11/2019 Version initiale

Affaire suivie par


Jean-Matthieu Farenc - Département Infrastructures et Transports – Division Transports

Tél. : +33 (0) 3 44 92 60 17

Courriel : [email protected]

Site de Margny lès Compiègne : Cerema Eau, mer et fleuves – 134, rue de Beauvais – CS 60 039 – F-60 280 Margny lès Compiègne
Cedex

Références
N° d’affaire : C19FN0006
Maître d'ouvrage : Monsieur Loïc MILLOIS, Chef du bureau de la stratégie et du développement portuaires (PTF 4)
N° de dossier :
Rapport Nom Date

Établi par Jean-Matthieu Farenc 18/11/2019

Avec la participation de

Validé par Céline Chouteau 21/11/2019

Résumé de l'étude :
Cette étude a pour objectif de faire le point sur les applications de la blockchain dans le cadre des chaînes logistiques et des
ports. Ce travail prend la forme d’un état des lieux bibliographique.

La première partie de ce rapport fournit des éléments de contexte sur la blockchain, son historique, ses grands principes de
fonctionnement, les intérêts de cette technologie, mais aussi ses limites. La seconde partie est focalisée sur la chaîne logistique
et les ports. Les applications possibles et les avantages de la blockchain sont étudiées, une revue de projets de cas concrets est
proposée.

2
Table des matières
Introduction ..................................................................................................................................... 4
1. Eléments introductifs relatifs à la blockchain......................................................................... 5
1.1 Historique ......................................................................................................................... 5
1.2 Définition .......................................................................................................................... 6
1.3 Fonctionnement de la blockchain ................................................................................... 6
1.4 Intérêt de la blockchain ................................................................................................... 7
1.5 Limites ............................................................................................................................... 8
1.6 Les questions juridiques................................................................................................... 9
2. Intérêt pour la Supply chain .................................................................................................. 11
2.1 Applications de la blockchain à la supply chain ............................................................ 11
2.2 Avantages de mettre en place une blockchain............................................................. 14
2.3 Couplage avec d’autres technologies ........................................................................... 17
2.4 Projets concrets .............................................................................................................. 17
2.5 Limites ............................................................................................................................. 23
Conclusion...................................................................................................................................... 24
Bibliographie .................................................................................................................................. 25

3
Introduction
Avec l’émergence et l’adoption massive des cryptomonnaies, en particulier le Bitcoin, la
blockchain ou chaîne de blocs connaît un engouement réel depuis quelques années. Elle est
souvent associée à l’annonce d’une « seconde révolution Internet »1.

Pour certains, la blockchain ouvre un nouveau monde des possibles enthousiasmant et


utopique : « le phénomène blockchain porte en lui les germes d’une révolution plus importante
encore que celle liée au web. La révolution qui va permettre à tous ceux qui le souhaitent de
passer à l’action », déclarait Guillaume Buffet, Co-auteur du livre blanc « Comprendre la
blockchain », et Président de U, la plateforme de transformation digitale. Pour d’autres, la
blockchain peut faire peur. « La blockchain peut être mise au service d’une idéologie
libertarienne qui préconise purement et simplement la disparition de l’État, […] avec le risque
de voir déferler une vague de dérégulations sans précédent » écrit Gilles Vauvarin dans
article intitulé : « La blockchain signera-t-elle la fin du capitalisme ? ».

Alors finalement qu’est-ce que la blockchain et quel est son mode de fonctionnement ? Quelles
perspectives ouvre cette technologie de stockage et de transmission d’information ? Quelles
applications pourrait-elle trouver dans le domaine de la logistique et dans le domaine
portuaire ? L’objectif de ce rapport est d’apporter des éléments de réponse à ces questions.

Ce travail se base sur une analyse de la littérature professionnelle, scientifique et


institutionnelle. A ce titre il est intéressant de noter que le Sénat et l’Assemblée Nationale se
sont penchés sur cette technologie. Le rapport d’information, déposé par les députés De la
Raudière et Mis le 12 décembre 2018, est de grande qualité.

Le présent rapport est organisé de la manière suivante : la première partie fournit des éléments
de contexte sur la blockchain, son historique, ses grands principes de fonctionnement, les
intérêts de cette technologie, mais aussi ses limites. La seconde partie est focalisée sur la chaîne
logistique et les ports. Les applications possibles et les avantages de la blockchain sont étudiées,
une revue de projets de cas concrets est proposée.

1
LOIGNON, 2017.

4
1. Eléments introductifs relatifs à la blockchain
1.1 Historique
À l’origine de la blockchain, se trouve la monnaie bitcoin, première monnaie virtuelle
universelle. En 2008, l’énigmatique Natoshi Sakamoto publie « Bitcoin : A Peer-to-Peer
Electronic Cash System ». Il propose une méthode pour résoudre le problème des doubles
dépenses, et permettre à deux agents de réaliser une transaction, sans intermédiaire et en
toute confiance. Le fondateur de Bitcoin a créé la première blockchain.

Le procédé de fonctionnement de la chaîne des blocs Bitcoin est le suivant : chaque transaction
est inscrite dans un bloc. Chaque nouveau bloc est superposé à la chaîne de blocs existante,
rendant impossible une modification d’un bloc au risque de voir l’ensemble de la chaîne
s’écrouler. Lorsqu’un membre de la communauté souhaite utiliser un bitcoin, la communauté
va vérifier dans la base de donnée qu’il le possède effectivement, en cherchant dans la chaîne
de bloc soit le moment où il a acheté un bitcoin avec une devise physique, soit le moment où
un acteur lui a donné un bitcoin. Une fois que la communauté a vérifié qu’il possède
effectivement ce bitcoin, elle va pouvoir valider la transaction. La construction de la blockchain
Bitcoin permet de certifier que cette monnaie ne peut pas être dupliquée, et qu’elle n’est pas
falsifiable. De plus, les transmissions d’échanges monétaires se font sans avoir recours à un
organe de contrôle extérieur à la communauté Bitcoin.

Figure 1: Illustration du fonctionnement de la blockchain Bitcoin. Source : OPECST.

5
1.2 Définition
Le procédé inventé par Natoshi Sakamoto ne se limite pas à la blockchain Bitcoin. Son principe
de fonctionnement peut s’adapter à d’autres usages. Une blockchain désigne d’une manière
plus générale une chaîne de blocs. Les blocs sont des conteneurs numériques dans lesquels
sont stockés l’information, la somme de tous ces blocs forme une base de donnée.
L’information stockée dans les blocs peut être de toute nature : transactions, contrats, titres
de propriétés, données personnelles, œuvres d’art, actifs financiers, titres de propriété … Cette
base de données n’est pas hébergée par un serveur unique mais par une partie des utilisateurs.
Il n’en existe qu’une seule version.

La blockchain « est une technologie de stockage et de transmission d’informations,


transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle » pour reprendre la
définition de blockchain France.

1.3 Fonctionnement de la blockchain


La blockchain est fondée sur trois propriétés :

- La désintermédiation : la construction de la blockchain est génératrice de la confiance


nécessaire pour que les utilisateurs échangent sans le recours à d’un tiers de confiance.
Pour qu’une transaction soit effectuée, l’ensemble des informations relatives à cette
transaction vont être intégrées à un bloc. Pour que le bloc et donc la transaction soient
validées, plusieurs membres de la communauté, appelés mineurs, vont chercher à
vérifier sa conformité en résolvant un problème cryptographique. La communauté
vérifie que la solution proposée est valide. Si c’est le cas, elle acte la transaction, le bloc
est intégré à la chaîne de blocs. L’ensemble du processus est appelé minage. Ce
consensus par la communauté de la validité de la transaction remplace la validation
centralisée et permet donc de s’affranchir de la nécessité d’un tiers de confiance.
- La sécurité des informations contenues au sein d’une blockchain est garantie par deux
mécanismes : le procédé cryptographique et l’architecture décentralisée de la chaîne
des blocs. Le procédé cryptographique assure que le code de chaque nouveau bloc est
construit sur celui du bloc qui le précède dans la chaîne de blocs. Ainsi, la modification
d’un bloc impliquerait le changement de l’ensemble des blocs de la chaîne, ce qui est
impossible. L’architecture décentralisée permet que l’ensemble de la chaîne des blocs
soit répliqué dans les nœuds du réseau, et non pas dans un serveur unique centralisé.
Ce procédé de stockage des données constitue une défense structurelle face aux
risques de vols.
- L’autonomie : les services en ligne actuels sont supportés par des plateformes qui
traitent les besoins en infrastructures. Dans le cas de la blockchain, la puissance de
calcul et l’espace d’hébergement sont fournis directement par la communauté.
Concernant le stockage, certains membres appelés aussi nœuds de réseau possèdent

6
une copie locale, exhaustive et identique de l’ensemble de la blockchain concernée.
Concernant la résolution des problèmes cryptographiques, les mineurs allouent une
partie de la puissance de calcul de leur machine personnelle. La résolution de
problèmes cryptographiques tout comme le stockage sont des activités rémunérées
dans une monnaie propre à chaque blockchain, le token (ainsi le token de la blockchain
Bitcoin est le Bitcoin, le token de la blockchain Ethereum est l’Ether). Le premier mineur
à valider un bloc remporte des tokens. Cette situation de concurrence pousse les
mineurs à investir dans des machines puissantes et, ainsi, augmenter la puissance de
calcul de la blockchain. L’ensemble de l’infrastructure est détenu par la communauté
elle-même et est rémunérée en tokens. La blockchain est indépendante de services
tiers.

L’Open Data Institute (ODI) a identifié trois types d’informations pouvant être partagées dans
une blockchain : celles qui sont d’accès restreint, celles qui sont ouvertes, en accès libre et
celles qui sont partagées. A ces types d’informations, correspondent trois types de blockchains.
La blockchain privée dont l’accès sera réservé à certains acteurs. La blockchain publique qui
sera ouverte à tous. Et, enfin, le consortium dont l’accès sera soumis à permission. Dans le cas
des consortiums, les conditions d’accès, de fonctionnement, de sécurité, les mécanismes de
reconnaissance juridique des transactions sont déterminés par des règles.

Dans le cas d’une blockchain publique, l’accès est libre aussi bien aux utilisateurs qu’aux
mineurs. Tout le monde peut la consulter et l’utiliser. Le minage sert à valider des transactions
qui sont vérifiées par un certain nombre de membres de la communauté. Il y a un échange de
données très conséquent et très consommateur d’énergie. Plus la communauté est importante
plus la puissance de calcul nécessaire croit. Ainsi, la puissance de calcul de Google correspond
à 2 % de la puissance de calcul de Bitcoin. Bien que la blockchain publique soit accessible à tous,
ce n’est pas pour autant que les données personnelles sont divulguées. La communauté a la
preuve que tel membre de la communauté possède la donnée mais n’a pas pour autant accès
à la donnée.

Dans le cas d’une blockchain privée, le degré d’ouverture est alors limité. L’accès est restreint
aux utilisateurs et aux mineurs définis au préalable. L’ensemble des acteurs d’une blockchain
privée doit valider la demande d’entrée dans la blockchain d’un nouvel acteur pour que celui-
ci ait accès aux données. Dans le cas de chaînes privés, les membres de la communauté se
connaissent, les besoins en énergie et en puissance de calcul sont beaucoup moins importants.

1.4 Intérêt de la blockchain


La blockchain plusieurs atouts, régulièrement cités :
- La blockchain est une technologie décentralisée, ce qui la rend de ce fait plus sécurisée
que s’il existait une unique autorité centrale en charge du réseau. Porter atteinte à
l’intégrité de la blockchain est difficile, dans la mesure où, il suffit que quelques nœuds

7
subsistent pour que le réseau continue de fonctionner normalement. Pour qu’une
transaction soit validée par le système, le consensus doit être atteint au sein des nœuds,
ce qui rend le système particulièrement résistant aux attaques informatiques ciblées.
- Le deuxième atout est la réduction des coûts de transactions2, en éliminant du travail
humain qui peut être réalisé avec une meilleure sécurité et à un coût plus faible par les
algorithmes. Par exemple, avec l’utilisation d’une blockchain, le transfert d’argent d’un
pays à un autre verrait son coût divisé par dix et prendrait dix minutes pour être certifié,
au lieu de quelques jours actuellement
- La blockchain présente également la caractéristique d’être transparente, dans le sens
où toutes les transactions et les soldes des utilisateurs sont publics (ce qui n’empêche
pas que leur identité soit protégée car il est très difficile de relier une adresse publique
à une identité réelle). Il est tout à fait possible pour des participants de dévoiler leur clé
publique, et à partir de ce moment, la transparence devient totale.
- Une autre caractéristique importante de la blockchain est la relative rapidité d’exécution
des transactions. A titre dans le cas du Bitcoin, une transaction met entre 10 minutes et
1 heure pour être validée par le réseau. Ce délai peut être comparé à celui aujourd’hui
nécessaire à l’envoi d’un virement international qui peut prendre plusieurs jours et
jusqu’à une dizaine de jours. La blockchain présente aussi l’avantage de fonctionner
tous les jours à toutes heures, alors qu’une partie du système financier fonctionne
quant à elle seulement les jours ouvrés.
- La blockchain est une technologie open source. Le code source de cette technologie est
à disposition des développeurs.

1.5 Limites
La blockchain a aussi ses limites, on peut en relever quelques-unes :

- La sécurité de la blockchain a un coût : la puissance de calcul nécessaire au minage et


donc la consommation énergétique associée. Les algorithmes de consensus utilisés dans
la blockchain, en particulier le PoW (Proof Of Work) 3, sont très gourmands en termes
de calculs et donc en consommation énergétique. L’impact écologique de la blockchain
est régulièrement pointé du doigt. La mesure de cette consommation énergétique au
niveau mondial est particulièrement délicate. Plusieurs estimations sont largement
reprises : la consommation électrique utilisée pour la seule blockchain Bitcoin serait
d’au moins 24 TWh/an, et pourrait atteindre les 40 TWh/an. Pour donner un ordre

2
CASEAU, SOUDOPLATOFF, 2016.
3
Une blockchain utilisant la Proof of Work fait appel à des mineurs pour vérifier les données entrantes sur le
registre, valider l’authenticité des transactions et créer de nouveaux blocs. Les règles du consensus de Proof of
Work permettent de désigner un mineur auquel on accorde un droit d’écriture pour prolonger la chaîne de blocs.
Concrètement, la preuve de travail consiste à demander aux mineurs de résoudre un problème mathématique
complexe nécessitant une puissance de calcul informatique importante. Le premier à pouvoir résoudre ce
problème sera également le prochain à créer un bloc sur la blockchain. Le mineur applique un algorithme de
hachage à un même groupe de données jusqu’à trouver le résultat cherché. L’objectif de ce protocole est de
dissuader les éventuels utilisateurs malveillants pour protéger l’intégrité de la chaîne.

8
d’idée, le Danemark, dans son ensemble, a consommé environ 25 TWh d’électricité
pendant l’année 20174. Cependant, d’une part, d’autres algorithmes de consensus
moins énergivores existent, et d’autre part, la plupart des blockchains qui se
développent aujourd’hui sont privatives, et ne demandent donc pas de validation par
preuve de travail.
- Si la blockchain peut permettre de réduire significativement le temps de transmission
d’une information, cette transmission n’est pas instantanée, un temps est nécessaire
pour la prise en compte effective d’une transaction. Un temps qui peut aller jusqu’à
plusieurs heures par exemple sur la plateforme Bitcoin à cause de la taille du réseau.
Avec la contrainte supplémentaire que plus une chaine de bloc s’allonge, plus le temps
nécessaire à l’inscription d’une nouvelle transaction s’allonge également. Des solutions
pourrait permettre de limiter ce délai (Caro et al., 2018), telles que l’algorithme de
consensus PoET (Proof of Elapsed Time), l’un des plus rapides en termes de ressources.
- La blockchain n’est pas inviolable, comme l’a prouvé une attaque dont a été victime en
mai 2016 une organisation décentralisée qui fonctionnait sur la blockchain d’Ethereum.
Sans une intervention centralisée de cette dernière pour stopper la fraude à temps, de
l’argent aurait pu être dérobé, ce qui pose la question de la gouvernance de tels réseaux
s’ils étaient réellement et totalement décentralisés, en cas de crise. De plus, des
mineurs, qui sont pour certains déjà organisés en coopératives pour cumuler leur
puissance de calcul et réduire leurs coûts de fonctionnement, pourraient décider de
s’allier pour truquer le système. Il leur suffirait pour cela de représenter 51 % des
mineurs d’une même chaîne.
- Enfin, la blockchain est un changement complet de paradigme, elle signifie le passage
d’un réseau centralisé à un réseau décentralisé. Ceci pourra entraîner des problèmes
d’adoption et d’intégration de cette technologie par les clients dans les écosystèmes
existants.

1.6 Les questions juridiques


Comme l’indique le professeur Lasmoles5, l’étude des blockchains soulève un nombre de
questions juridique complexes.

La première est celle des tiers de confiance. Dans un système classique, un tiers de confiance
est garant de la fiabilité des informations, de leur protection, de leur datation. Cette personne
physique ou morale peut être le notaire, le banquier, l’assureur, l’Etat … Dans le cadre de la
blockchain, le rôle du tiers de confiance est confié à une pluralité d’acteurs.

La seconde question est celle de la responsabilité. Comment identifier la personne responsable


des actes illégaux sur une blockchain ? La réponse diffère en fonction de la blockchain. Dans le
cas d’une blockchain privée, il faudra se référer aux règles mises en place par le gestionnaire

4
DE LA RAUDIÈRE, MIS, 2018.
5
LASMOLES, 2018.

9
du système. Ce qui équivaut à réintroduire le tiers de confiance. En revanche, dans le cas d’une
blockchain publique, la difficulté est tout autre. A fortiori quand on sait qu’il n’y a pas, dans une
telle blockchain, de tiers de confiance. Et comment pouvons-nous mettre fin à ces transactions
contestées ? Quelle juridiction sera compétente ? Seules des pistes de réflexion existent
aujourd’hui. Elles s’orientent actuellement vers les choix faits lors du développement
d’internet. Ainsi, afin de définir les règles de compétence, il serait possible de prendre en
compte le lieu de connexion ou la localisation de l’hébergeur.

Les questions qui pose le professeur Lasmoles sont les suivantes : les blockchains doivent être
régulées ? Si c’est effectivement le cas, doit-on mettre en place une réglementation spécifique
aux blockchains ou une législation adaptée aux secteurs touchés par cette technologie ?

Les réponses dépendront en partie des fonctions attribuées aux blockchains. En effet les
problématiques et les enjeux ne seront pas les mêmes si la blockchain est utilisée en tant que
technologie alternative à la transmission de titres, en tant qu’instrument de preuve, ou comme
instrument de transfert de propriété.

10
2. Intérêt pour la Supply chain
Une chaîne logistique a pu être définie comme étant « un réseau d’installations qui assure les
fonctions d’approvisionnement en matières premières, le transport de ces matières premières,
la transformation de ces matières premières en composants puis en produits finis, la
distribution du produit fini chez le client »6.

Le rapport de l’Assemblée Nationale sur le sujet indique : « la technologie des blockchains


présente à l’évidence deux intérêts : d’une part, assurer une traçabilité des produits, ainsi que
la mémoire des interventions des différents intervenants d’une chaîne de production et de
distribution ; d’autre part, alléger des formalités et créer les conditions d’une coopération entre
les acteurs d’une filière, notamment du point de vue de l’échange d’informations »7.

2.1 Applications de la blockchain à la supply chain


La traçabilité
La traçabilité peut être définie comme étant « la capacité à tracer l’historique, ou la localisation
d’un objet. Le terme objet désigne tout ce qui est tangible ou intangible, comme un produit, un
processus, un service, une personne, un système, une organisation ou une ressource. La
traçabilité d’un produit ou un service peut inclure également l’enregistrement des traitements,
la distribution et la localisation après la livraison »8.

La gestion et l’amélioration d’une chaîne logistique nécessite d’avoir accès au maximum


possible aux données de traçabilité. Ces données doivent être de qualité, c’est-à-dire : exactes,
à jour, précises, fiables, crédibles, complètes et pertinentes9. Une fois que les données ont été
collectées, nettoyées, consolidées et archivées, elles peuvent servir pour prendre des décisions
: opérationnelles, tactiques ou stratégiques.

L’architecture classique des systèmes de traçabilité dans les chaînes logistiques est souvent
basée sur la collecte des informations essentiellement via un échange EDI et parfois via des
appels web services. Ces échanges et ces appels se font avec les systèmes d’information des
transporteurs qui sont la principale ou parfois l’unique source de toutes les informations de
traçabilité. Il arrive même parfois que ces informations soient collectées par des emails, des
appels téléphoniques ou bien même des textos.

Les principales limites de ces systèmes sont les suivantes10 :

- L’impossibilité d’avoir des informations de traçabilité en temps réel, car il faut à chaque
fois que l’information soit collectée, saisie et mise à disposition par le système

6
HASSAN, 2006.
7
DE LA RAUDIÈRE, MIS, 2018.
8
WATTANAKUL, HENRY, BENTAHA, et al, 2018.
9
WANG, STRONG, 1996.
10
MOHAMED, TACONET, LEMINE, 2019.

11
d’information du transporteur, afin qu’elle puisse être récupérée par les autres
intervenants de la chaîne logistique.
- La centralisation de l’information de traçabilité côté transporteur est un grand risque
pour la disponibilité et la fiabilité de ces informations. La méthode de collecte et de
transmission des informations par le transporteur influence fortement la qualité des
données fournies par son système d’information.
- Le retard dans l’obtention des informations qui ne permet pas de remédier à
d’éventuelles défauts dans la chaîne de transport. Même dans le cas de la disponibilité
de services web, le système d’information de l’opérateur logistique doit aller chercher
l’information ce qui implique des délais avant d’être informé d’incidents ou de
problèmes dans la chaîne de transports.

La technologie blockchain permet, dans ce contexte, d’offrir un système dans lequel chaque
étape de la chaîne logistique peut être cartographiée en temps réel et enregistrée de manière
sécurisée et immuable. Tout au long du cycle de vie d’un produit, les acteurs de la chaine
logistique renseignent dans la blockchain les informations qui le concerne. Ainsi tous les acteurs
de la filière peuvent connaître le parcours de ce produits et l’implication de chacun de leurs
partenaires. En fin de cycle, le consommateur peut retrouver l’ensemble des informations.

Figure 2 : procédure simplifiée de suivi des produits en utilisant la blockchain. Source : Capgemini Research Institute.

La lutte contre la fraude et la contrefaçon


Le commerce illicite11 est la première manifestation de criminalité mondiale, avec un « chiffre
d’affaires » de l’ordre de 1 000 milliards de dollars. Toutes les industries sont concernées, du
médicament aux pièces détachées automobiles, du lait pour enfants aux sachets de parmesan,
des téléphones portables aux batteries, des jouets au vin et aux huîtres. La traçabilité des
produits et des biens est devenue un enjeu global de santé et de sécurité publique. Les
médicaments contrefaits tuent 700 000 personnes dans le monde chaque année (par

11
Contrefaçon et « marché gris ».

12
comparaison, le SIDA a fait 1,1 million de victimes en 2015)12. Près de 60 % des médicaments
achetés en ligne étant contrefaits, selon l’Institut international de recherche anti-contrefaçon
de médicaments.

Cette situation s’aggrave rapidement, les contrefaçons et les marchés illicites ont connu une
croissance d’un facteur 10 au cours des 10 dernières années. Plusieurs éléments expliquent
cette situation13 :

- l’essor du e-commerce et des places de marché facilite l’écoulement des produits


détournés ou falsifiés et génère une forte demande d’approvisionnement en amont ;
- cet appel d’air a favorisé la structuration d’une véritable chaîne d’approvisionnement
illicite à l’échelle globale, couvrant les matières premières, la fabrication, la vente en
gros, les transports ou la logistique ;
- ces supply chains illicites sont massivement interconnectées aux supply chains
légitimes, échangeant, mélangeant, substituant des produits à tous les niveaux et à
toutes les étapes.

Des dispositifs de marquage physique des produits et des biens se sont développés, mais alors
que les supply chains se sont globalisées, les informations issues de ces dispositifs de marquage
restent confinées à chaque intervenant.

La blockchain peut être une solution. Ainsi, la start-up britannique Everledger a développé un
réseau numérique de certification et de suivi des diamants fondé sur la technologie blockchain
d’IBM. 40 attributs par diamant sont recensés (taille, pureté, lieu d’extraction…), qui
constituent 40 métadonnées à partir desquelles un numéro de série unique est créé, puis gravé
microscopiquement sur la pierre et ajouté à la blockchain. Toutes les données et le numéro de
série sont cryptés et répliqués sur chacun des serveurs du réseau Everledger, protégeant ainsi
le registre contre toute attaque. Des certificats papier existent, mais Everledger promet un
registre inaltérable, mis à jour continuellement et accessible partout. De quoi séduire les
distributeurs, notamment Amazon et EBay.

L’échange et stockage de documents de transport avec les autres partenaires de la chaine


Les chaînes logistiques reposent encore aujourd’hui souvent sur des documents papiers. Le
nombre d’acteurs intervenant dans les processus de vérification augmentant les risques de
pertes ou d’erreurs. S’il manque un document papier lors d’une étape du processus, les
marchandises peuvent être bloquées. Le transport peut alors être retardé de plusieurs jours.

Les chaînes logistiques sont appelées à devenir de plus en plus numérisées. L’EDI (Échange de
Données Informatisées), majoritairement utilisé par les entreprises, a atteint son degré
maximal de maturité. La blockchain peut constituer, demain, l’infrastructure dominante des
chaînes logistiques numériques.

12
OCDE, Trade in Counterfeit and Pirated Goods: Mapping the Economic Impact, 2016.
13
HUG, 2017.

13
Figure 3 : partages des documents de transport au sein d’une chaîne logistique grâce à la blockchain.
Source : Capgemini Research Institute.

Concrètement, le système pourrait fonctionner ainsi : lorsqu’un des acteurs de la chaîne


logistique signe un document associé à un conteneur donné, une version numérique du
document serait créée. Une empreinte numérique, unique et cryptée, associée à ce document
serait alors inscrite sur une blockchain accessible à toutes les autres parties prenantes (à noter
qu’il est aussi envisageable de stocker directement les données en clair sur une blockchain
privée). En cas de litige a posteriori, chacun pourrait relire le registre et s’assurer que personne
ne l’a modifié entre temps. L’utilisation de différents capteurs et de puces NFC ou RFID
faciliterait la collecte de données sur la position de la cargaison, sur son état, et sur ses
conditions de transport, et d’inscrire ces données automatiquement sur la blockchain utilisée.

2.2 Avantages de mettre en place une blockchain


Parmi les avantages de la blockchain régulièrement mis en avant, on trouve : la suppression du
besoin de tiers de confiance pour réaliser les transactions, la transparence et l’immuabilité des
données à travers le registre partagé, ou la qualité des données de la blockchain.

Le rapport réalisé par Capgemini analyse les motivations des entreprises de la chaine logistique
qui investissent dans la blockchain. La réduction des coûts, l’optimisation de la traçabilité et
l’amélioration de la transparence sont les trois avantages supposés pointés principalement.

14
Figure 4 : motivations des entreprises pour investir dans des blockchains. Source : Capgemini Research Institute.

Une réduction des délais et des coûts conséquents


9 marchandises sur 10 transportées dans le monde le sont par voie maritime. Les coûts de
traitement et d’administration de la documentation commerciale représentent près d’un
cinquième des coûts du fret maritime. Une expédition internationale de marchandises
nécessite aujourd’hui d’être inspectée en moyenne par près de 30 organismes durant son
trajet, ce qui, mis bout à bout, représente un coût non négligeable14. Les processus reposent
encore grandement sur des vérifications papier et manuelles qui sont sources d’erreurs et de
pertes de temps.

La mise en place d’une blockchain devrait permettre de rationaliser les processus métier
(automatisation de facturation via des contrats intelligents), réduire les retards dans les
procédures de déclaration, simplifier les opérations d’inspection, supprimer quelques tiers de
confiance, et ainsi finalement réduire les délais de transit et d’expédition. Comme le suggère
l’entreprise BLOC15, la blockchain permettrait, par exemple, au secteur maritime d’être
systématiquement en conformité avec la procédure annuelle de surveillance, de déclaration et
de vérification (MRV) imposée par l’UE.

La digitalisation du transport maritime international via la blockchain pourrait faire économiser


jusqu’à 20% de son coût total d’après l’étude réalisée par Blockchain Partner16.

D’après Lasmoles, IBM estime que la blockchain appliquée aux procédures administratives
permettrait d’économiser 300$ par conteneur17. Ce qui, dans le cas d’un navire de 18 000
conteneurs, permettrait une économie de 5,4 millions $.

14
PARTENER, 2017.
15
Blockchain Labs for Open Collaboration.
16
PARTENER, 2017.
17
LASMOLES, 2018.

15
Transparence
Le manque de transparence nuit aux différents acteurs de la supply chain. Les notions de
transparence et de confiance sont de plus en plus importantes pour les consommateurs,
l’entreprise doit pouvoir garantir l’origine des marchandises qu’elle vend. D’autre part, une
bonne vision sur sa supply chain permet à une entreprise de savoir si elle est victime de vol ou
de perte.

L’application Thing Chain permet aux acheteurs de connaitre l’historique des produits achetés.
Une autre application, Blockverify, permet de lutter contre la contrefaçon en fournissant des
informations sur la provenance, l’emplacement de stockage, l’authenticité ou le certificat de
propriété des biens achetés.

Gestion des stocks


La blockchain pourrait permettre d’améliorer la gestion des stocks, les produits seraient inscrits
et les données suivantes renseignées : historique, stockage, origine, véracité, certificat de
propriété. Toutes les données seraient répertoriées au même endroit et facilement accessibles.

Echanges d’informations
Les différents partenaires d’une chaîne logistique ont souvent des versions différentes des
documents d’achats, de ventes ou de paiements. La blockchain est une solution de
standardisation et d’homogénéisation des informations et des documents, évitant ainsi une
perte de temps pour les parties engagées.

Automatisation et fluidification du processus d’achat


Sur la blockchain, des « contrats intelligents » (smart-contracts) peuvent être construits. Un
contrat intelligent n’est pas strictement un contrat mais la codification d’un contrat, de ses
clauses. Il s’agit d’un programme autonome qui exécute automatiquement des conditions
prédéfinies sans intervention humaine. Lorsque les conditions choisies par les différentes
parties sont remplies, ces contrats « intelligents » exécutent automatiquement leurs termes et
conditions pour des facturations, livraisons, validations de paiement…

Sécurisation des données


Les données d’une blockchain sont en principe infalsifiables. La certification des données pour
les marchandises transportées est un enjeu croissant pour tout transporteur, qu’il s’agisse
d’importer ou d’exporter.

Transfert de propriété
Grâce aux « contrats intelligents » le transfert de propriété pourrait suivre la même logique
d’automatisation que les processus d’achat. La propriété du bien est déterminée par la
connaissance de sa clé privée. Le transfert de la clé permet le transfert de propriété.

16
2.3 Couplage avec d’autres technologies
D’après certains auteurs, l’association des technologies blockchain et de l’Internet des Objets
(IoT) via des capteurs sensoriels est particulièrement cruciale, si ce n’est indispensable, pour
tirer pleinement partie des atouts de la blockchain pour la chaîne logistique. L’utilisation de
différents capteurs et de puces NFC (communication en champ proche, permettant d’échanger
des données sans contact à courte portée entre 2 appareils) ou RFID (technologie phare pour
les opérations de traçabilité) permettraient de faciliter la collecte de données sur la position de
la cargaison, sur son état, et sur ses conditions de transport, et d’inscrire ces données
automatiquement sur une blockchain18.

2.4 Projets concrets


Le Capgemini Research Institute indique dans son rapport19 que le recours à la blockchain dans
les chaînes logistiques devrait se démocratiser d’ici 2025, au moment où les entreprises se
transformeront et intégreront la technologie pour la mise en place de politiques de
confidentialité et de gestion des données.

Agroalimentaire, luxe, industrie pharmaceutique, distribution, industrie lourde…les secteurs à


priori concernés sont multiples. Aujourd’hui, seulement 3% des organisations qui exploitent
déjà la blockchain l’utilisent à grande échelle, 10% disposent d’un programme pilote et 87% en
sont encore aux phases expérimentales de cette technologie.

En Europe, le Royaume-Uni (22%) et la France (17%) sont les pays les plus avancés pour les
déploiements pilotes ou à grande échelle de la blockchain, tandis qu’en termes
d’investissements, les Etats-Unis (18%) arrivent en tête.

Carrefour
Carrefour a commencé à déployer une blockchain dans la filière poulet. Le distributeur a
ensuite rejoint la plate-forme collaborative IBM Food Trust qui fédère plusieurs industriels et
distributeurs américains tels par exemple Dole Food Company ou Walmart. Cette action
s’inscrit dans un programme d’actions visant à assurer aux clients de l’enseigne une traçabilité
sûre et fiable des produits vendus.

L’objectif de la plateforme d’IBM consiste à aboutir à un standard mondial de traçabilité


alimentaire entre tous les maillons de la chaine depuis le producteur jusqu’aux canaux de vente
grâce à la blockchain. Les enjeux de cette plate-forme collaborative entre industriels et
distributeurs portent sur le partage de l’information de traçabilité sur l’origine et la qualité des
produits, et aussi sur la composition nutritionnelle des produits et potentiellement la présence
d’allergènes et de substances controversées. La création d’une chaîne permet de gagner du
temps en cas de rappels produits, en cas de défaut sanitaire ou de non-respect d’un cahier des

18
MOHAMED, TACONET, LEMINE, 2019.
19
PAI, SEVILLA, BUVAT, et al, 2018.

17
charges ou d’un label. Une faille est identifiée en quelques minutes avec la blockchain contre
des heures voire des jours avec le système actuel qui repose essentiellement sur du papier.

Walmart
En 2016, Walmart a créé une blockchain privée pour le marché de la viande de porc chinoise,
afin de répondre à des objectifs de transparence et de traçabilité. Dans le cadre de cette
expérimentation, chaque porc reçoit une identité qui permet ensuite de tracer et enregistrer
toutes les informations importantes au cours du processus (naissance, fermes où le porc a été
élevé, usines de transformation, informations logistiques). Walmart a annoncé en juin 2017
que les premiers résultats sont « très encourageants » : la blockchain a permis de réduire de
plusieurs jours à quelques minutes le temps nécessaire pour retracer l’origine des produits,
permettant de réagir plus rapidement au cas où des produits contaminés seraient découverts.

Avec une logique similaire, Walmart a testé le cheminement de mangues aux Etats-Unis. Lors
d’un exercice de traçabilité, Walmart n’a mis que 2,2 secondes pour remonter la chaîne
logistique contre plusieurs jours auparavant.

Alibaba
En mars 2017, le géant du e-commerce chinois Alibaba a annoncé le début d’une
expérimentation destinée à améliorer la traçabilité des produits alimentaires vendus sur la
plateforme. Le projet pilote implique dans un premier temps des producteurs australiens et
néo-zélandais.

Maersk
L’armateur danois Maersk et IBM ont développé conjointement la plate-forme TradeLens,
fondée sur la technologie blockchain Hyperledger Fabric. Selon les deux partenaires,
« TradeLens est conçue pour promouvoir un commerce mondial plus efficace et sécurisé
rassemblant diverses parties de la chaîne logistique pour soutenir le partage d’informations, la
transparence et stimuler l’innovation ».

Sur ce principe, dès 2018, près d’une centaine d’entreprises et organisations professionnelles
ont commencé à utiliser la plateforme encore en cours de développement. Parmis ces acteurs
partenaires, on compte une vingtaine d’opérateurs portuaires à l’image de PSA, APM Terminals
ou des ports de Rotterdam et de Bilbao. Côté compagnies maritimes, Maersk Line a été rejointe
par Pacific International Line (PIL) et Hamburg Süd. Plusieurs autorités douanières apparaissent
aussi parmi les partenaires de TradeLens, dont celles des Pays-Bas, d'Arabie Saoudite, de
Singapour, d'Australie et du Pérou en plus de courtiers en douane. S'ajoutent des chargeurs
tels que Camposol et Umit Bisiklet ainsi que des commissionnaires à l’instar d’Agility Logistics,
Ceva, Damco ou Kotachi. Adossée à la technologie IBM, TradeLens est une solution ouverte.

18
Figure 5 : partenaires de la chaine logistique concernés par la plateforme TradeLens. Source : IBM.

La solution est disponible sur le marché depuis le début de l’année 2019 sur la base d’API
ouverts. CMA CGM et MS ont annoncé en mai 2019 rejoindre la plateforme TradeLens. Au
Québec, le Port de Montréal, principal terminal portuaire de l'est du Canada, a choisi d’adopter
TradeLens. Le port estime que la solution va lui permettre d’améliorer la précision des
différentes opérations de chargement et de déchargement, d’augmenter la fluidité du trafic et
de perfectionner la coordination avec les transports terrestres. Plusieurs terminaux européens
se sont engagés dans le déploiement mais aucun en France pour le moment.

Figure 6 carte des ports et terminaux où l’application est déployée. Source : site internet TradeLens.

19
Intel
Intel a présenté un prototype pour la traçabilité de poissons utilisant la blockchain. Une fois les
poissons pêchés, un capteur connecté est attaché physiquement au lot de poissons. Durant le
transport de ces derniers, le capteur transmet automatiquement les données de localisation,
température, humidité, mouvements et chocs, et les enregistre sur une blockchain. La
plateforme d’Intel s’occupe de faciliter et de tracer les changements de possession des
poissons tout au long de la chaîne logistique. L’acheteur final peut avoir accès à l’historique du
parcours du poisson.

Figure 7 : Processus pour assurer la traçabilité du thon. Source : Capgemini Research Institute.

Axe Rhône-Saône
La Délégation Interministérielle au développement de l’axe portuaire et logistique
Méditerranée-Rhône-Saône, porte un projet de démonstrateur pilote visant à améliorer la
compétitivité de l’axe logistique. La sécurisation de la chaîne de transport digitale doit
permettre d’augmenter la fluidité, la sureté et la compétitivité de la chaîne logistique et de
l’acheminement intermodal de marchandises.

L’objectif est de construire une chaîne de documents virtuels et sécurisés, rendant possible le
partage de données entre entités sans superstructure grâce à la technologie de la blockchain
qui interface de façon certifiée des acteurs nombreux sans besoin de tiers de confiance. Les
chargeurs et les transporteurs ont accès aux informations sur les statuts physiques et
administratifs, tout au long du parcours de la marchandise.

Le projet est soutenu et accompagné financièrement par la Banque des Territoires (Caisse des
Dépôts), Voies navigables de France (VNF), la Compagnie Nationale du Rhône (CNR) et le Grand
Port Maritime de Marseille (GPMM).

La réalisation de l’expérimentation a été confiée à trois entreprises :

20
- Marseille Gyptis International (MGI), éditeur de logiciels spécialisés dans le suivi de
marchandises dans les ports maritimes et les aéroports, apporte ses connaissances sur
la collaboration portuaire ;
- BuyCo, plateforme collaborative pour les importateurs et exportateurs, simplifie les
processus opérationnels du transport en conteneur ;
- KeeeX, propose un procédé permettant d’ajouter à un fichier des métadonnées de
confiance et d’exploitation créant ainsi des originaux numériques inviolables sans
infrastructure, et une solution pour créer des séquences inviolables de documents,
événements et données ainsi augmentés et protégés.

Les trois sociétés ont testé un prototype, en partenariat avec les sociétés Danone Water,
KemOne, Alteo, Transcausse, ainsi que des entreprises de transport routier et fluvial. La
dématérialisation de processus export complets entre Lyon et le GPMM, grâce à l'utilisation de
la technologie blockchain s’est avérée concluante. Le partage de documents, de photographies
authentifiées, d'événements caractéristiques et d'informations prévisionnelles offre la
possibilité d'optimiser les processus logistiques, tout en faisant le lien avec des besoins de
traçabilité pour la logistique urbaine du dernier kilomètre.

SmartLog
Le projet SmartLog est un projet de recherche et développement financé par la commission
européenne pour la mise en place d’une plateforme de suivi des conteneurs basée sur
l’utilisation de la blockchain et financé dans le cadre du programme Interreg Central Baltic. Le
projet a débuté en septembre 2016, pour une durée de 3 ans. Les parties prenantes sont :

- Kouvola Innovation Oy, Finland


- Region Örebro county, Sweden
- Transport and Telecommunication Institute, Latvia
- Valga County Development Agency, Estonia
- Sensei LCC, Estonia
- Tallinn University of Technology, Estonia

La première phase de travail a consisté à mobiliser les entreprises de logistique de la région


baltique autour du projet et à développer une application. La seconde phase a été une phase
d’analyse des données générées par les entreprises à l’aide de l’application blockchain.
L’objectif était de déterminer les effets de l’utilisation de la blockchain sur les temps de
transport, ainsi que sur d’autres indicateurs de performance. La troisième phase avait pour
objectif d’améliorer la blockchain et l’application associée ainsi que le dispositif de localisation.
Ce projet n’utilise pas les informations en provenance de l’IoT.

United Parcel Service


En partenariat avec Inxeption un éditeur de solutions pour l'e-commerce, l’entreprise postale
UPS a développé une blockchain pour la gestion du suivi, depuis la prise en compte du colis

21
jusqu’à la livraison et au paiement. Nommé Zippy20, cet outil permet d’organiser, vendre et
expédier plus simplement les produits depuis différents canaux en ligne.

Figure 8 : schéma explicatif du fonctionnement de Zippy. Source : site internet Inxeption.

Port de Rotterdam
En partenariat avec la ville de Rotterdam, l’autorité portuaire a lancé en 2017 BlockLab, un
centre de recherche dédié à la Blockchain et orienté vers la recherche appliquée. Le centre est
tourné vers l’efficacité logistique et la transition énergétique.

Concernant la partie logistique, en octobre 2018, et en partenariat avec Exact et ABN AMRO
bank, Blocklab a lancé un projet pilote. L’objectif est de connaître durant toutes les étapes de
la chaîne logistique, l’emplacement de la marchandise et l’entité propriétaire. Le premier
intérêt est d’avoir des informations validées et garanties. Le second interêt est de permettre
de partager des informations stratégiques entre des partenaires qui ne se font pas confiance,
les données de transaction étant enregistrées de manière sécurisée sur un grand nombre
d’ordinateurs.

Concernant la transition énergétique, Blocklab a aussi identifié des applications qui pourrait
être utiles pour le port. Traditionnellement, le port est approvisionné en énergie par quelques
grands fournisseurs, on peut parler de réseau énergétique centralisé. Avec le développement
des énergies renouvelables (éoliennes, panneaux solaires …), le réseau devient de plus en plus
décentralisé. En collaboration avec S&P Global Platts, Blocklab construit une plateforme qui
coordonne l’offre et la demande d’énergie.

20
https://www.inxeption.com/zippy

22
2.5 Limites
Différents freins sont encore à lever pour les solutions blockchain se démocratise dans les
chaînes logistiques21.

Le premier frein est humain. Mettre d’accord tous les acteurs de la chaîne présents autour de
la table est un vrai challenge. L’accompagnement au changement des équipes sera nécessaire,
notamment dans l’utilisation de cette technologie. Quelle blockchain utiliser ? Comment ? À
qui donner les droits ? Toutes ces questions doivent être étudiées en amont d’un déploiement.

Un autre frein se trouve du côté de la technologie. Aujourd’hui, la technologie blockchain n’est


pas assez mature pour traiter des volumes conséquents de transactions, comme ceux des
cartes bancaires par exemple, et pourrait donc apparaître comme lente dans le domaine de la
supply chain. De plus, la sécurité des transactions peut aussi être un obstacle à l’adoption des
applications blockchain par les partenaires d’après 80% des entreprises pionnières de ces
technologies interrogées par le Capgemini Research Institute 22. Ce résultat remet en question
l’image de technologie sécurisée qui est généralement associée à la blockchain.

Enfin, le dernier frein est financier. Durant les dernières années, les industriels ont dû engager
des dépenses liées à des exigences de traçabilité, notamment au travers des normes imposées
par les cahiers des charges IFS (International Featured Standard) et BRC (British Retail
Consortium) et sont réticents à investir à nouveau dans une évolution de leur supply chain.
Pour 92% des entreprises interrogées par le Capgemini Research Institute, une difficulté
importante se pose pour déterminer le retour sur investissement de la mise en place d’une
blockchain. Cette inconnue représente le principal frein à l’adoption de la solution
technologique.

21
Mathieu Lesueur. Blockchain et supply chain, l’avenir de la traçabilité [Tribune].
22
PAI, SEVILLA, BUVAT, et al, 2018.

23
Conclusion
Malgré un engouement très fort des promoteurs de la blockchain, cette technologie émergente
devrait mettre encore quelques années à se stabiliser. Dans certains domaines, les protocoles
présentent encore les signes d’une relative immaturité et bien des questionnements peuvent
subsister face à un certain nombre de projets qui peinent à franchir le stade du concept.
Cependant, comme le fait remarquer le rapport des députés De La Raudière et Mis, le relatif
manque de maturité de la blockchain ne doit en aucun cas remettre en cause son « potentiel
fondamentalement disruptif », et le fait qu’elle mérite « un investissement sur l’avenir qui
suppose la mobilisation de ressources nationales dans un cadre juridique pertinent ».

Dans le contexte de la logistique et des ports, plusieurs critères d’adoption sont vérifiés, et ce
d’autant plus que l’impact de la blockchain pourrait être amplifié grâce au croisement avec
d’autres innovations tels l’internet des objets. De nombreux projets sont en cours pour
appliquer la technologie à la logistique mondiale. Pour passer de l’ère actuelle de la
démonstration des concepts aux déploiements de solutions productives à l’échelle, il faudra
poursuivre le développement technologique, la transformation organisationnelle et, surtout, la
collaboration entre tous les intervenants.

Pour que ces freins puissent être levés, plusieurs acteurs et chercheurs demandent une
implication plus forte de l’État sur la question. Plusieurs leviers existent. L’Etat peut impulser
des dynamiques en incitant à la mise en place de solutions via des appels à projets et le soutien
des projets de recherche et d’innovation. Les députés De La Raudière et Mis demandent à ce
que soit étudié « l’intérêt de consacrer dans la loi le statut de tiers de confiance numérique
chargé d’assurer la protection de l’identité ; des documents, des transactions et en mesure
d’auditer et de certifier les protocoles blockchains ». Autre levier : l’Etat a la capacité de mettre
toutes les parties prenantes d’une filière autour d’une table, en limitant les jeux de pouvoir
entre les différents acteurs, il a donc un rôle à jouer dans la structuration de l’écosystème et
dans son animation, et dans l’émergence de normes et de standards.

24
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