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S7) Marie El 2

Le poème décrit l'amour perdu d'un poète pour une femme nommée Marie. Il évoque des souvenirs de jeunesse et de danse au village, puis exprime la mélancolie ressentie face au passage du temps et aux changements. Le poète regrette la nature changeante de ses sentiments amoureux.

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S7) Marie El 2

Le poème décrit l'amour perdu d'un poète pour une femme nommée Marie. Il évoque des souvenirs de jeunesse et de danse au village, puis exprime la mélancolie ressentie face au passage du temps et aux changements. Le poète regrette la nature changeante de ses sentiments amoureux.

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S7)

Explication linéaire 2 : « Marie » (14è poème du recueil Alcools)



1 Vous y dansiez petite fille
Y danserez-vous mère-grand
C'est la maclotte qui sautille
Toute les cloches sonneront
5 Quand donc reviendrez-vous Marie

Les masques sont silencieux
Et la musique est si lointaine
Qu'elle semble venir des cieux
Oui je veux vous aimer mais vous aimer à peine
10 Et mon mal est délicieux

Les brebis s'en vont dans la neige
Flocons de laine et ceux d'argent
Des soldats passent et que n'ai-je
Un cœur à moi ce cœur changeant
15 Changeant et puis encor que sais-je

Sais-je où s'en iront tes cheveux
Crépus comme mer qui moutonne
Sais-je où s'en iront tes cheveux
Et tes mains feuilles de l'automne
20 Que jonchent aussi nos aveux

Je passais au bord de la Seine
Un livre ancien sous le bras
Le fleuve est pareil à ma peine
Il s'écoule et ne tarit pas
25 Quand donc finira la semaine


S7) Explication linéaire 2 : « Marie » (14è poème du recueil Alcools)

Introduction
Le poème « Marie » est paru pour la première fois en octobre 1912 dans les Soirées de Paris. Comme le titre
l'indique, « Marie » s'inscrit dans la continuité de la tradition lyrique puisqu'il en traite le thème dominant : l'amour.
L'inspiratrice de ce poème est sans doute le peintre Marie Laurencin, d'autres pensent à Maria Dubés,
qu'Apollinaire aima en 1899 à Stavellet en Wallonie et qu'il chanta dans « Le Guetteur Mélancolique » (La Pleïade
p.514). Quoi qu'il en soit, Marie est un prénom dont parla bien Ronsard au XVIè siècle :
"Marie où voudrait votre nom retourner
Il trouverait aimer : aimez-moi donc, Marie."

ð « Marie » est le poème de l'amour perdu, de l'écoulement du temps et de la musique.



Explication linéaire

Vers 1 à 10 : l’évocation de la femme aimée, thème courant du lyrisme traditionnel.


Le premier quintil : vers 1 à 5
- S’adresse à un « vous » qui semble connu
- Imparfait vers 1 : arrière-plan, habitude
- Mystère du pronom adverbial « y » : lieu indéfini => déjà évoqué ? (cô si le poème commençait ds une
conversation), mais aussi mystère voulu par le poète, flou qui « déréalise » la scène d’emblée, la font aller vers le
conte
- Polyptote vers 1 et 2 : « dansiez » / « danserez » : thème de la danse. Répétition renforce thème de la danse : une
ronde ?
- La danse est le 4e des 23 mots-clés d'Apollinaire et l'évocation est donc provoquée par son importance dans
l'imaginaire du poète.
- Rythme 1ère strophe peut faire penser à des pas de danse
- Champ lexical de la fête de village vers 3 et 4
ð pose un décor – cadre d’une fête de village et temps passé de l’enfance.
- « mère-grand » : terme archaïque (« vieillot ») => accent passéiste du début du poème
ð l'attaque du poème comporte des termes tels que "petite-fille" et "mère-grand", qui dénotent ou connotent
le monde du conte de fées

- Poème sur le souvenir d’un moment passé mais aussi une rêverie
ð Souvenir mêlé à rêverie.
- L’apostrophe vers 1 / la forme interrogative vers 2 (inversion sujet-verbe) + futur => projettent le souvenir dans
l’avenir : avenir teinté d’incertitude (forme interrogative), voire d’inquiétude.
- impression renforcée par des rimes féminines aux sonorités claires et aiguës.
- Le "Y" auréolé de mystère peut :
§ renvoyer à un lieu topique (pré ou salle de bal)
§ relever du vague des rêves.
ð L'image du passé se trouve projetée dans la mémoire du futur : l'avenir va-t-il ressembler au passé ?

- Après le passé et le futur, le présent : désir du poète d'unir le passé et le futur + souvenir vivant ds la mémoire du
poète
ð « maclotte » personnifiée : « qui sautille » => scène vivante et animée
- avant de basculer à nouveau dans le futur dans une perspective triomphante [t] (allitération en : "Toutes les
cloches sonneront". Pourquoi ? Pour un retour, pour un mariage ? un deuil ?
- Vers 5 : rupture ? anacoluthe (= rupture de construction) qui suit traduit bien l'incertitude du poète (renforcée
par « donc ») : au vers 5, soit la subordonnée est temporelle et dans ce cas il évoque une vision de retour soit la
subordonnée est une interrogative et le poète doute de ce retour : avenir indéterminé.

Le second quintil
Vers 6, 7 et 8 :
- Thèmes fête populaire et bal (masques)
- Les "masques" et la musique évoquent la « fête galante » chère à Verlaine (fin XIXè s, Symbolisme) où l'excès
de plaisir se dissout dans la légèreté.
- MAIS les adjectifs mettent fin à l’ambiance joyeuse 1ère strophe :
o « silencieux » accentué par diérèse (silenci/eux) + position à la rime => signe d’une froideur ?
Distance ? incommunication ?
o « masque » : qqch qui se fige (contraire du mouvement indiqué par la danse)
o « lointaine » renforcé par adverbe intensif « si » - Incompréhension poète / femme aimée ?
ð atmosphère mélancolique de la fête galante
ð dégradation : de la joie à la froideur dans un même vers
- enjambement vers 7-8 => proposition subordonnée conjonctive consécutive : élargissement du rythme
- transcende fête au vers 8 : « venir des cieux » : comme un élargissement : mouvement vers le haut
o image poétique de l’être aimé ? Un ange qui tombe des cieux ?

Vers 9 : un vers singulier


- seul vers à ne pas être un octosyllabe mais un alexandrin, vers classique de la poésie lyrique traditionnelle
(Ronsard au XVIè s)
- apparition du « je » du poète, qui s’adresse directement à la femme aimée
- « oui » et « je veux » : impression d’une réponse à une question, donc d’un dialogue
ð déclaration d'amour dans son premier hémistiche
- conjonction adversative « mais » dans le second hémistiche => répétition et nuance surprenante : « à
peine »
- double sens de « à peine » : très peu / avec peine, sens que semble confirmer le vers suivant
ð cô au vers 6, dans un mm vers, élan de joie puis souffrance

Vers 10 :
- antithèse « mal » / « délicieux » : topos (= motif traditionnel) de l’amour dual (dualité)
- affirmation de sa souffrance à la manière des Romantiques (début XIXè)
- mise en valeur de l’adjectif « délicieux » par la diérèse + sa position à la rime, en fin de vers et en fin de
strophe + choix du présent (« est »)
ð la délectation l’emporte pour le poète
ð contradictions aux vers 6 et 10 => plaisir paradoxal, né de l ‘absence de l’être aimé

VERS 11 à 20 : l’action du temps sur la passion : mélange les motifs de l’amour perdu et du temps qui passe.
Le 3è quintil
Vers 11-12 : un cadre pastoral, un paysage état d’âme, à la manière des Romantiques (début XIXè)
- tout passe, tout change : verbes => le paysage s’anime
ð « s’en vont » :
o évoque le rythme des saisons
o état d’âme mélancolique
o thème de la fuite, de la fugue et du temps qui passe, topos du lyrisme élégiaque (plainte), cô dans
« Le Pont Mirabeau »
- paysage de neige lié au regret, à la perte, à l'absence
- vers 12 : métaphore poétique (transfiguration par l’écriture poétique) => atmosphère mélancolique :
éléments froids et durs (neige et métal)

Vers 13, 14 et 15 :
- nouveau groupe : humain cette fois : « Des soldats »
- vb « passer » : confirme le thème du passage
- réapparition du « je » à la fin du vers 13
- 2 thèmes : amour et passage du temps : rime équivoquée : "neige" / "que n'ai-je" => glissement du paysage
extérieur au paysage intérieur
- double occurrence du mot « cœur » : métonymie du sujet amoureux et métaphore de la passion
- regret : forme interrogative et négative : « que n’ai-je »
- regrette même son inconstance : « mon cœur changeant »
- Le poète confronté à la mouvance universelle est envahi par le désarroi : "que n'ai-je" / "Un cœur à moi ce
cœur changeant" / "Changeant et puis encore que sais-je" (vertige du rythme)
ð Vers et strophe se closent sur expression du regret et de l’inquiétude
- Impression d’une ronde dansante (thème 1ère strophe) vers 13-16 :
o concaténation : cœur/cœur, changeant/changeant, sais-je/sais-je
o homophonie créant des jeux d’échos : « neige » / « n’ai-je »
o répétition de conjonction de coordination « et », qui devient « et puis encore » (gradation)
ð le poème devient une ronde, une chanson mélancolique ininterrompue

Le 4è quintil
Vers 16, 17, 18 :
- retour de la femme aimée à travers la métonymie : « tes cheveux » : rappelle le blason (forme traditionnelle
depuis le XVIè s qui célèbre la femme aimée à travers une partie de son corps).
- Passage du « vous » au « tu » : idée d’un intimité (passée ?)
- « crépus » : participe passé à valeur d’adjectif : écho avec « La Chevelure » de Baudelaire (1857, Les Fleurs du
mal) : "O Toison, moutonnant jusque sur l'encolure."
- comparaison vers17 associe les cheveux au mouvement de la mer et fait lien avec « Les brebis » de la
strophe précédente par métaphore « qui moutonne » pour qualifier la mer
ð effet onirique (de l’ordre du rêve) et sensuel
- vers 16 : vb au présent d’énonciation et au futur + forme interrogative : confirme le doute et l’inquiétude,
voire le désarroi, avec la reprise de "sais-je". Le futur annonce la disparition des êtres et des choses : le
même verbe, « s’en aller », est repris cette fois au futur (au présent ds la strophe précédente).
ð Nous assistons au spectacle désolant de la désagrégation d'un être aimé, défait : ds la strophe précédente,
c’était le cœur du poète qui « change[ait] », ici c’est la femme aimée elle-même qui lui échappe et disparaît.
- Forme interrogative « que sais-je » fait lien entre les strophes 3 (« que n’ai-je ») et 4
ð Continuité du rythme
ð Proximité du poème avec la chanson
- Répétition vers 16 et 18 : un refrain ?
o Amour source de musicalité
o Musicalité lancinante, répétitive : n’avance pas ?
o Répétition qui exprime donc aussi l’incertitude due à l’absence de l’être aimé

Vers 19 et 20 :
- Blason de nouveau : cette fois, « tes mains » :
o exposées au temps par la conjonction « Et » mise en valeur en début de vers : suggère que les mains
aussi « s’en iront »
o métaphore des « feuilles de l’automne » : femme aimée associée à l’automne
o métaphore utilisée également dans "Signe" (Alcools) :
"Mon automne éternel, ô ma saison mentale
Les mains des amants d'antan jonchent ton sol"
ð impression d’une disparition, d’un effacement du corps de l’être aimé, cô l’amour
ð Depuis la strophe trois, toute vie s'évanouit -> mort de la nature, mort des hommes, mort de l'amour, mort
de l'identité du poète ("que sais-je" / "à moi ce cœur changeant") -> désagrégation de l 'être aimé dans le
futur -> les cheveux associés à l'eau = motif de la noyade (cf. le mort d'amour et la Lorelei par exemple), les
mains et l'automne = motif du dépérissement (mort) et de la disparition.
- Fin de la strophe : déterminant « nos » vient réunir le poète et la femme aimée
- Ambiguïté : « aveux » : d’amour ou de désamour ?
- Les aveux « jonchent », càd couvrent les mains ? Image d’un amour caché, perdu ?
ð Topos selon lequel le temps annihile tout : saison, image femme aimée, amants, amour lui-même.

Vers 21-25 : une méditation poétique sur le temps qui passe… et une victoire du poème ?
5è et dernier quintil
- Nouveau cadre : le « bord de la Seine » : déjà vue dans « le pont Mirabeau »
- « Seine » = métonymie de Paris (fleuve qui la traverse)
Vers 21 – 22 :
- à la fois narratifs et descriptifs : mise en scène du poète « Je » => écriture poétique = écriture de soi chez
Apollinaire
- « livre ancien sous le bras » : référence au quotidien du poète ET à l’écriture
- imparfait : « passais » : retour du thème du passage
- « livre ancien » : pourrait désigner le recueil lui-même => « ancien » suggère une distance avec la douleur
liée à l’écriture => distance permise par l’écriture ? douleur devenue une « histoire ancienne » ?
ð sublimation et dépassement du passé par l’écriture : le passé est devenu poème, matière poétique, « livre »
ð le poète signifie ici que l’artiste fait de la mort de l’amour (voire de la mort) une création : la douleur donne
naissance au poème.

Vers 23 - 24 : les 3 derniers vers du poème :
- comparaison fleuve et douleur du poète => ouvre à une méditation plus vaste sur le temps
- image du fleuve, motif lyrique associé à la fuite du temps
- champ lexical du passage + vb au présent d’habitude voire de vérité générale, intemporelle : le poète
« sort » de sa douleur, la dépasse, pour élever le poème à une méditation : il fait un geste de créateur
- « ne tarit pas » : rappelle le « je demeure » du « Pont Mirabeau »
- fin paradoxale sur qqch qui ne finit pas : « Quand donc finira »

Vers 25 :
- « donc » : valeur de conséquence et d’insistance
- écho avec le vers 5 (« Quand donc reviendrez-vous Marie ») => le poème se clôt sur un effet de boucle
- Marie a cependant ici totalement disparu
- Une interrogative ou une exclamative ? Ici le poète pose moins une question qu’il n’exprime ses émotions :
impatience ? désir ? Intérêt de l’absence de ponctuation, qui ouvre à deux interprétations possibles
ð Suggère une revanche du poète sur le temps : la perte de l’amour est source de création poétique pour le
poète. Il faut que tout meure pour que la poésie apparaisse.
ð Finalement, peut-être le poète désire-t-il que le temps passe.

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