L’éthique dans l’environnement sanitaire
zone d’indétermination à partir de laquelle se construit éclaire le législateur, non pas pour légiférer plus, mais
un avis consultatif. Le mot « consultatif » est souvent sur la pertinence à légiférer ou à ne pas le faire. Il y
trompeur. Certains pensent que, dès lors qu’un avis du a de nombreuses situations où l’éthique est là pour
Conseil consultatif national d’éthique (CCNE) est donné, renforcer le flou du droit. Par exemple, sur l’importance
mais pas seulement, il y a de nombreuses instances qui à ne pas définir le commencement de la vie, la fin de
donnent des avis (l’Institut de recherche pour le déve- vie, l’embryon, etc. N’oublions pas que trop de lois, et
loppement, par exemple), il doit s’inscrire à la manière surtout leur changement fréquent, crée chez le citoyen
d’une loi dans les faits. Consultatif ne veut pas dire une opacité dans le rapport aux institutions et finit par
législatif. Il éclaire le législateur sans le contraindre. Il signer un déficit démocratique.
Morale, éthique, bioéthique… quelques définitions
La morale quoi elles obligent en conscience. Cependant, « notre
C’est l’ensemble des normes, des règles de conduite, conscience est au-dessus de la loi, et tout ce qui est
propres à une société donnée, souvent même tenues légal n’est pas forcément moral » (Ph. Barbarin)… et
comme universellement valables. Sur un plan plus phi- c’est là que peut intervenir la réflexion éthique.
losophique, c’est l’ensemble des règles qui définissent
comment faire le bien et comment éviter de faire le mal. La bioéthique
La morale est donc impérative, directive, normative, voire « C’est l’étude systématique de la conduite humaine
justicière, car possiblement à l’origine de récompense dans le cadre des sciences de la vie et de la santé,
ou de sanction. examinée à la lumière des valeurs et des principes
Elle est à usage collectif, et du ressort du politique, moraux » (Encyclopedia of Bioethetics).
du religieux et du sociétal. Elle s’est construite petit à petit après les révéla-
tions du procès de Nuremberg (1947) et de pratiques
La déontologie de recherches médico-scientifiques incontrôlées ne
C’est l’ensemble des règles et des devoirs qui régissent répondant pas à la Déclaration des droits de l’homme,
une profession. Elle s’exprime le plus souvent à travers dans les années 60.
un « code professionnel », qui, en médecine, est l’exposé Ainsi, le développement des sciences et de la recherche
des règles de bonne conduite envers les malades, les médicale, appliquées à l’homme, a rapidement imposé
familles, les confrères, les collaborateurs et la société. d’associer rigueur scientifique et règles éthiques, dès
la fin des années 70. La bioéthique est née et s’est
L’éthique encrée sur quatre principes aujourd’hui bien connus :
C’est une réflexion, une recherche sur les valeurs hu- le respect de l’autonomie du sujet (capacité du sujet à
maines : la vie, la mort, le respect de la personne, la décider, consentement), de la bienfaisance (obtention
liberté, la confidentialité… de conséquences favorables), de la non-malfaisance,
Plus que de permettre de discerner entre le bien et et de l’équité.
le mal, elle amène à choisir entre plusieurs formes de Plus récemment a été introduite la notion d’éthique de
bien, voire le moindre mal. Elle repose sur la réflexion, la vulnérabilité (C. Pelluchon) qui, appliquée à l’homme,
les qualités humaines et l’ouverture. Elle fait aussi pro- reprend les principes de la bioéthique et qui, à l’auto-
gresser l’universalité et la sollicitude envers tout autre nomie, ajoute l’altérité (fragilité du corps, responsabilité
que soi (P. Ricœur). donc identité, obligation et devoir sociétal) et la consi-
Elle est le fruit d’une réflexion collective, d’échanges dération, c’est-à-dire le respect de l’homme et de son
Dominique et de débats. C’est une démarche active, qui peut et environnement.
Grimaud doit évoluer dans le temps. En l’absence de « paix dans le monde des concepts »
Praticien hospitalo- Enfin, elle est rarement directive, elle est suggestive qui fournirait à la fois un code de bonne conduite et
universitaire et surtout amène à formuler les questions de manière une grille hiérarchisée des valeurs, la bioéthique doit se
d’anesthésie- à permettre à chacun de trouver la réponse la mieux référer à la fois à une tradition hippocratique plurimillé-
réanimation, adaptée, dans une situation donnée, au respect et au naire et à un large consensus déontologique.
bien-être de l’autre. Ainsi, on peut identifier schématiquement cinq prin-
université de Nice
On perçoit bien la différence entre la loi et l’éthique, cipes essentiels sur lesquels elle repose :
Sophia-Antipolic, la loi civile (ou religieuse dans certains pays) est un ●● la connaissance approfondie des faits,
président de impératif le plus souvent imposé par la collectivité à ●● le respect de la dignité de l’être humain,
l’Espace éthique elle-même dont le non-respect expose à une puni- ●● le respect à la fois de l ’identité et de la différence,
azuréen, membre tion. Les lois positives, qui constituent le droit positif ●● l’obligation de compétence et d’actualisation des
du Haut Conseil de découlent « normalement » du droit naturel, qui repose connaissances scientifiques et techniques,
la santé publique essentiellement sur des exigences de justice ; c’est en ●● l’attention à l’autre. m
adsp n° 77 décembre 2011 13