Commentaire composé: «
Heureux qui comme Ulysse… », EXEMPLE DE PLAN
En classe, nous avons fait le travail préliminaire nécessaire pour construire un commentaire composé. Nous avons
analysé le poème en détail et avons utilisé la forme pour mieux comprendre le sens du texte. Un commentaire
composé consiste à organiser les idées que nous avons dégagées du texte afin de présenter une lecture à la fois fine
et rigoureuse.
INTRODUCTION
1/2. Situation/ Présentation: Joachim Du Bellay a écrit Les Regrets, le recueil dont est extrait « Heureux qui
comme Ulysse… », en 1558 pendant son séjour à Rome, où il rêvait de voir la grandeur de l'Italie et les
souvenirs de l'Antiquité, mais qui s’est révélé un exil difficile.
3. Projet de lecture : [Il s’agit ici de montrer en quoi consiste le texte, les techniques utilisées par le poète et
la/les raison/s pour la/lesquelle/s le poète l'a écrit.] [quoi?] Dans « Heureux qui comme Ulysse… », le
poète exprime sa déception et sa tristesse d’avoir quitté son pays et sa famille tout en célébrant la grandeur
romaine et sa tradition humaniste. [comment?] Le poème oscille donc entre l’Italie et la France et oppose deux
lieux: Rome et Liré [pourquoi?] pour mieux exprimer la nostalgie du pays natal.
Problématique : Comment la tension entre malheur et bonheur fait de ce poème un éloge paradoxal ?
4. Annonce du plan : Nous verrons la façon dont, dans son sonnet, Du Bellay montre son regret d'avoir quitté son
pays natal et célèbre paradoxalement Rome et sa tradition humaniste. Il bâtit son sonnet sur une opposition
entre Rome et Liré, dans le but de montrer combien son village lui manque.
Nous avons donc annoncé le développement suivant:
1. 1er thème : L’admiration ambiguë pour Rome
2. 2ème thème : L’opposition entre Italie/Rome et France/Liré
3. 3ème thème : La nostalgie du pays natal
DÉVELOPPEMENT = ANALYSE DU TEXTE
1. L’admiration ambiguë pour Rome
Mini introduction: Ce sonnet au rythme majestueux écrit en alexandrins rend un hommage à l’Italie un peu
paradoxal car il exprime aussi le regret d'avoir quitté la France. C’est un sonnet qui célèbre l'humanisme et la
grandeur romaine tout en exprimant le regret du pays natal
a. Rome, la magnifique
Les palais, noblesse, permanence du marbre
v.10, diérèse sur audaci-eux : les palais « prennent beaucoup de place » !
Hommage paradoxal car miné par l’impression que grandeur = prétention et marbre = dureté
b. Rome et la tradition humaniste
Jason, Ulysse : le rôle des modèles
Noms de lieux romains (Mont Palatin, Tibre)
Allusions teintées de familiarité caractéristique des humanistes qui connaissent parfaitement les textes antiques
mais ne veulent plus les révérer à l’exclusion de leur propre littérature : L’Odyssée = « un beau voyage », Jason =
« celui-là »
c. L’inscription du poète dans la célébration de Rome
Du Bellay fait sa carrière par le passage à Rome. En même temps que cet exil procure une souffrance, c’est
paradoxalement la beauté de cette souffrance écrite qui lui donne la gloire. C’est par la figure toute-puissante de
Rome qu’il peut se construire par contraste comme un poète à la fois humble et patriotique : « mon petit
village », « ma pauvre maison ».
2. Un poème fondé sur des oppositions : Italie/Rome - France/Liré
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Mini introduction: La structure du sonnet, construite sur l’opposition, établit un contraste formel très fort entre
L’Italie et la France. Elle permet au poète humaniste de mettre face à face la douceur et la simplicité de Liré et la
dureté et la grandeur de Rome.
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a. Oppositions lexicales (vocabulaire) :
ROME LIRÉ
Palais romains / front audacieux Séjour de mes ayeux
Marbre dur Ardoise fine
Le Loire Le Tibre
Le mont Palatin (1 des 7 collines de Rome) Mon petit Liré
L’air marin La douceur angevine
b. Oppositions sonores
Les termes utilisés pour parler de Rome dans les deux tercets sont froids et durs (le front audacieux, le marbre dur, le
Tibre latin, le mont Palatin, l’air marin ALLITÉRATIONS dentales D et T + R) , alors que les termes qui servent
à décrire le village regretté sont extrêmement familiers et chaleureux (me plaît, mes ayeux, l’ardoise fine, mon Loire,
mon petit Liré, la douceur angevine ALLITÉRATIONS liquides L + M, N).
c. Oppositions syntaxique et rimique : la comparaison
Répétitions de la structure comparative, renforçant l’opposition: « Plus….que »
Rimes féminines = douceur : angevine/fine
Rimes masculines plus dures et grandioses = latin/Palatin
3. La nostalgie du pays natal
Mini introduction: Il s’agit bien là d’un hommage paradoxal mais logique dans le parcours d’un Du Bellay qui
non seulement compare son petit village à Rome, mais profite du contraste pour exprimer sa « préférence nationale »
et mettre la nostalgie du pays natal au cœur de son poème. Son petit village est son empire (« une province, et
beaucoup davantage »)
a. Liré, lieu de l’intimité et du bien-être
Deux 1er quatrains = rimes embrassées, effet d’intimité
Intimité, sécurité : « le clos »
Bien-être : « fumer la cheminée »
Termes affectifs + adjectifs possessifs : mon petit village, ma pauvre maison, mon Loire…
b. Le regret : tonalité nostalgique et élégiaque
Exclamation, interrogation
Répétition : « reverrai-je » : doute, inquiétude
« Hélas » à la césure
Anaphore : plus…que, plus…que, plus…, que
CONCLUSION
Du Bellay exprime dans ce sonnet toute sa nostalgie du pays natal. Il oppose à la rime la terre de ses « ayeux » au
« front audacieux » de Rome, et opère ainsi une habile transition pour passer du regret initial à sa préférence
nationale. Son sonnet est emprunt de (est plein de) références à la culture latine et à la grandeur de Rome et il utilise
le contraste pour célébrer la simplicité de son petit village. Le poème touche le lecteur par la beauté et la rigueur de
sa forme et l’expression profonde d’un thème intemporel : la sensation de l’exil.