Liste des membres de la Société d'Oran
Liste des membres de la Société d'Oran
DE.
GEOGRAPHIE
ET
D'ARCHEOLOGIE
DE
LA PROVINCE D'ORANN
FONDEE EN 1878
ORAN
1902
LISTE GENÉRALE des MEMBRES de la SOCIETÉ
au 1 Janvier 1902
PRESIDENT HONORAIRE
M. MoNBRUN,Avocat à Oran.
MEMBRES D'HONNEUR
LE PRÉFET D'ORAN.
MEMBRES HONORAIRES
à Bruxelles.
MONTEIL, id.
MM. René BASSET, Directeur de P'École supérieure des Lettres d'Alger. Augustin BERNARD,
Professeur à l'École supérieure des Lettres d'Alger. CARTON, Médecin-Major au 19° Régiment de
Chasseurs. A.-L. DELATTRE (des Pères Blancs), Correspondant de l'[Link] Carthage.
…………………..
,2
LACROIx, Chef de Bataillon, Chef du Service des Affaires indigènes au Gouvernement Général de
l’Algérie.
MESPLÉ, Professeur à l’Ecole supérieure des Lettres d’Alger, Président de la Société de Géographie
d’Alger.
COMPOSITION DU BUREAU
MM. NESSLER.
POUSSEUR.
RENUCCI.
ROCCHISANI.
TARTAVEZ.
MEMBRES PERPETUELS
Ayant versé une somme de roo francs, conformément à l’art. 4 des Statuts
………….
MEMBRES TITULAIRES
Cuzin, à Oran.
BARTHÉLEMY,Pharmacien, à Oran.
militaire d'Oran.
CABANEL,Huissier, à Mostaganem,
……..
MEMBRES TITULAIRES
Cuzin, à Oran.
BARTHÉLEMY,Pharmacien, à Oran.
militaire d'Oran.
CABANEL,Huissier, à Mostaganem,
DUZAN,Maire de Saint-Leu.
FABRIÈs,Médecin, à Bel-Abbès.
d'Alger.
à Paris.
GAUTscH, Agent de la Compagnie Touache, à Tanger.
GOURLIER,Administrateur, à Nédroma.
à Oran.
militaire, à Oran.
JARSAILLON,Propriétaire, à Oran.
KERMINA,Entrepreneur, à Mostaganem.
LAPAINE,Sous-Préfet de Béthune.
LAURENT,Maire de Perrégaux.
LESCURE,Médecin, à Oran.
MASSA,Avoué, à Mascara.
MONBRUN,Avocat, à Oran.
PELLET,Architecte, à Oran.
A Perrégaux.
POINTEAU,Notaire, à Tlemcen.
A Nemours.
PRAILLY,Notaire, à Aïn-Temouchent.
A Oran.
Tlantique, à Oran
SABATIER,Avocat-défenseur, à Tlemcen.
SANDRAS,Médecin, à Oran.
L’Algérie.
SOCIÉTÉS CORRESPONDANTES
SOCIÉTÉS DE GÉOGRAPHIE
Alger, Bordeaux, Douai, Dunkerque, Le Havre, Lille, Lorient, Lyon, Montpellier, Nancy, Nantes,
Rochefort, Rouen, Saint-Nazaire, Toulouse, Tours.
SOCIÉTÉS DIVERSES
Paris.- Association philothecnique. -Comité des Travaux historiques et scientifiques. – Office colonial.
– Questions diplomatiques et coloniales. – Société des Etudes Maritimes et coloniales. – Société
nationale des Antiquaires de France.
Antiquités.
NOTES MÉTÉOROLOGIQUES
Un phénomène météorologique assez rare a pu êlre observé en janvier dernier sur certaines parties
de l'Quest de notre département.
Dès la matinée du 19 janvier 1902, sur tout le littoral, aux environs de l'embouchure de la Tafna, la
terre et la mer étaient couvertes par un brouillard épais.
La température était douce, le temps calme - pas de vent sensible - et l'atmosphère n'accusait pas un
état hygrométri-que anormal.
Cette sorte de brouillard sec qui nous enveloppait s'est maintenu avec la même intensité et dans des
conditions sensiblement identiques de température et de pression pendant toute la journée du 19, la
nuit entière, et le 20 jusqu'au soir.
Il a commencé à se dissiper à la tombée de la nuit du 20 -la lune n'était alors brouillée que d'un léger
halo - et le 21 au matin, le brouillard avait complètement disparu.
La manifestation anormale de ce phénomène avait fait naitre dans notre esprit quelques doutes sur
sa nature. Ces doutes s'accrurent quand nous pûmes remarquer que certains végé-taux et arbustes
s'étaient chargés, pendant le temps que le brouillard les avait enveloppés, d'une fine et abondante
poussière d'un brun rougeâtre. Cette poussière se trouvait surtout en quantité très appréciable sur
les fenouils et autres grandes herbes semblables, ainsi que sur les feuilles de jeunes pins que nous
avons pu observer plus particulièrement. Le feuillage de ces derniers paraissait comme brùlé et
désséché par un fort siroco. La couche de poussière a subsisté pendant quelque temps. Trois ou
quatre jours après, on pouvait encore l'observer.
On peut affirmer qu'elle n'était pas apportée par le vent, puisque nous n'avons enregistré pendant
toute la durée du phenomène aucune brise sensible et qu'il aurait fallu un vent fort et de quelque
durée pour en soulever une aussi grande quantité.
NOTES MÉTEOROLOGIQUES 11
Il ne parait donc pas douteux que la poussière signalée provenait exclusivement du brouillard et que
ce dernier était entièrement formé de ces poussières en suspension, sans quantités anormales de
vapeur d'eau.
Il aurait été très intéressant de recueillir un échantillon de cette poussière pour la soumettre à un
examen microscopique et à l'analyse. Nous n'avons pù le faire n'ayant pas de labora-toire à notre
portée.
Quoi qu'il en soit, on est en droit de supposer qiue le phéno-mène que nous enregistrons est la
répétition de ceux de 1873 et de 1875 observés dans le Nord de l'Europe et de ceux du 31 mars et 10
avril 1830, du 12 avril 1881 qui se produisirent en Sicile.
Dans ce dernier cas (pluie de Catane), l'analyse des poussières a montré qu'elles étaient presque
entièrement composées de petits fragments de carbonate de fer revêtus d'une légère couche
d'oxyde. Ces fragments étaient de forme irrégulière, tantôt anguleux, tantôt sphériques et dune
grandeur qui variait de 1 à 1/10 de m/m.
Par son aspect, la poussière du brouillard du 19 janvier observée ici, semblait se rapprocher de celle
tombée en Sicile en 1881, ce qui tendrait à faire déduire une similitude d'origine.
Rappelons à ce sujet les hypothèses déjà présenté[Link] uns prétendent qu'il faut attribuer ces
phénomènes à l'action des vents très forts qui soulèvent le sable des déserts et les trans-portent à de
grandes distances à travers les couches supérieures de l'atmosphére (celle de Sicile était
manifestement originaire d'Afrique) ; d'autres, s'appuyant surtout sur l'identité presque complète,
très souvent remarquée, entre la conslitution chimique du sable tombé du ciel et celle des pierres
météori-ques, pensent que les pluies de sable ont une origine cosmique ; d'autres enfin leur
accordent une origine volcanique.
Les éléments nous manquent pour affirmer le bien fondé de l'une de ces hypothèses, aussi nous
bornerons nous à enregis-trer le phénomène, laissant à d'autres le soin d'en rechercher les causes.
PAUL VACHER.
L’occupation de quelques nouveaux postes dans l’Extrème-Sud oranais, à la suite des colonnes
exécutées en 1900 et en 1901, à permis de connaître d’une façon précise une région qui jusqu’alors
n’avait été parcourue que rapidement par quelques explo-rateurs.
Venant d’y passer une année entière, je vais essayer de classer de nombreuses notes prises soit en
colonne, soit en station, afin de décrire le plus exactement possible le territoire nouvellement
conquis ; j’ai lu, en effet,des détails bien fantaisistes dans des journaux se disant bien renseignés ; et,
en présence des importants problèmes qui s’ouvrent maintenant de ce côté, il m’a semblé utile de
dépeindre le pays sous son vrai jour. Ce n’est pas un récit militáire que j’entre-prends, et encore
moins une discussion desdits problèmes, mais un simple exposé géographique.
Je partirai de Duveyrier et conduirai le lecteur qui voudra bien m’y suivre jusqu’à un peu au-delà de
Kerzaz, en ne lui disant que ce que j’ai vu ou pu contrôler suffisamment.
Dans une seconde partie je dirai quelques mots sur la climatologie, la faune, les productions, le
commerce, l’industrie, etc…..
L’occupation de quelques nouveaux postes dans l’Extrème-Sud oranais, à la suite des colonnes
exécutées en 1900 et en 1901, à permis de connaître d’une façon précise une région qui jusqu’alors
n’avait été parcourue que rapidement par quelques explo-rateurs.
Venant d’y passer une année entière, je vais essayer de classer de nombreuses notes prises soit en
colonne, soit en station, afin de décrire le plus exactement possible le territoire nouvellement
conquis ; j’ai lu, en effet,des détails bien fantaisistes dans des journaux se disant bien renseignés ; et,
en présence des importants problèmes qui s’ouvrent maintenant de ce côté, il m’a semblé utile de
dépeindre le pays sous son vrai jour. Ce n’est pas un récit militáire que j’entre-prends, et encore
moins une discussion desdits problèmes, mais un simple exposé géographique.
Je partirai de Duveyrier et conduirai le lecteur qui voudra bien m’y suivre jusqu’à un peu au-delà de
Kerzaz, en ne lui disant que ce que j’ai vu ou pu contrôler suffisamment.
L'itinéraire de Figuig à Taghit est un simple croquis que j'ai relevé en route pour accompagner le
texte; ceux de Taghit à Ksabi ont été effectués sous ma direction par des officiers de notre colonne et
je les ai complétés ou modifiés dans les parties que j'ai été appelé à parcourir plusieurs fois. Ils ne
peuvent être des documents'« géographiques » car nous ne disposions d'aucun moyen pour prendre
les longitudes et les latitudes; on ne peut leur attribuer qu'une valeur « topographique».
PREMIERE PARTIE
DESCRIPTION DU PAYS
14 ZOUSFANA-GUIR- SAOURA
mais on peu espérer que dans un avenir prochain nous bénéficierons tout au moins du « permis de
circuler» que nous accordons généreusement, chez nous, à nos farouches voisins.
Figuig mérit:on effet d'être vue; une occasion exceptionnelle m'a permis de contempler toute l'oasis
du sommet du djebel Taghla,piton situé entre la trouée de la Zousfana et celle de Zenaga, c'est-à-dire
à 1,500 mètres environ à vol d'oiseau, en dominant tout l'ensemble, et je dois avouer n'avoir joui
nulle part, dans le Sud oranais d'un coup d'æil aussi saisissant. Figuig est de beaucoup l'oasis la plus
importante de la province d'Oran comme étendue, population et nombre de palmiers ; les ksour qui
la composent sont épars au milieu des jardins de palmiers, mais ceux-ci ne forment qu'une seule
agglomé-ration dans une plaine à fond de daya montant légèrement vers le Nord; le tout est entouré
de murs flanqués par de hautes tours; en dehors et vers le Nord-Est, on aperçoit l'endroit où se
trouvaient les tentes du douar de Bou-Amama. L'oued Zenaga traverse l'oasis du Sud au Nord en son
milieu, laissant apparaître sa rive gauche plus élevé que l'autre. Entre le pied Nord du djebel Taghla
et l'oasis, s'étend une bande de plaine absolument nué, qui constituerait un dangereux glacis pour
des assaillants. Vouloir nous annexer Figuig serait, paraît-il, ouvrir la question marocaine devenue
internationale ; mais si cette solution semble devoir être encore réservée pour une époque
ultérieure, il est cependant indispensable qu'un accord intervienne pour faire cesser l'attitude
presque hostile des gens de Figuig vis-à-vis de nous.
Oujda au Nord et Figuig au Sud sont des refuges assurés aux bandits après leurs méfaits commis chez
nous ; si nous devons toujours renoncer à les poursuivre jusque-là, il est nécessaire que des relations
diplomatiques sérieuses entre agents consulaires pouvant communiquer rapidement de part et
d'autre de la frontière en face de ces deux points mettent fin à ce régime d'impunité qui, dans la
région, porte une grave atteinte au prestige francais.
Enfin, il est un des ksour de Figuig qui ne peut pas rester marocain, c'est celui des Beni-Younif, qui,
isolé en dehors du cirque du Figuig, se trouve à moins de 3 kilomètres de Djenan-ed-Dar; il y aura
même avantage à transporter là la redoute définitive de Djenan-ed-Dar, autant pour profiter des
ressources
de cette oasis que pour tenir sous le canon, à travers la trouée de Zenaga, le ksar Figuiguien du
même nom qui forme l'extré-mité Ouest de Figuig et passe pour renfermer les gens les plus
irréductibles à l'entretien de bonnes relations avec nous.
Il va sans dire que le tracé de la voie ferrée devra subir une modification analogue à partir de Oued-
el-Haci, point d'eau situé à peu près à mi-chemin de Djenan-ed-Dar et de Duveyrier. La population de
Figuig, ainsi enserrée de près, sera amenée, par la force des choses, à entrer en relations suivies avec
nous et à reconnaître qu'il serait plus avantageux pour elle de vivre en paix avec nous. Si malgré nos
procédés pacifiques et humanitaires la situation actuelle ne se modifie pas, un coup de force, facile
d'ailleurs s'imposera, sinon pour nous emparer de Figuig, du moins pour en extraire les nombreux
bandits arabes et les déserteurs recueillis qui exaspèrent journellement les garnisons de nos postes
voisins.
Pour gagner l'emplacement actuel de Djenan-ed-Dar, la piste créée par la main-d'æuvre militaire
traverse la Zousfana à 7 kilomètres de Djenan-ed-Dar, au point appelé Aïn-Sefra ; ce point est une
oasis ensablée que nous avons dénommée « Aïn-Sefra de Figuig », pour la distinguer de l'autre Aïn-
Sefra.
Le plateau bas sur lequel on a construit Djenan-ed-Dar ést un pauvre terrain semé de cailloux et
présentant une maigre végétation saharienne autour d'un petit groupe de palmiers.
L'alfa n'existe déjà plus depuis Djenien-bou-Rezg, les montagnes sont encore plus pelées que la
plaine et, en fait de verdure, on n'aperçoit que les petits bouquets de palmiers d'Aïn-Sefra de Figuig,
de Djenan-ed-Dar, de Djenan-ben-Hariz, Djenan-el-Dhorf et Beni-Younif. La vallée de la Zousfana
s'élargit considérablement, le lit de la rivière restant indiqué au loin par une ligne de tamarins.
Le spectateur placé à Djenan-ed-Dar, éprouve des impressions toutes différentes suivant qu'il
regarde vers le Nord ou vers le Sud. Au Nord, il a devant lui un cirque de chaînes de montagnes
échelonnées, bordé par les sommets du Djebel Grouz, du Beni-Smir et du Mzi dont l'altitude atteint
2,000 mètres ; la pureté de l'air donne à cette vue les aspects les plus variés, estompés de bleu
violacé; s'il se retourne brusquement vers le Sud, il n'a plus sous les yeux que la monotonie plate et
grise coupée ça et là d'arêtes noires. Le
16 ZOUSFANA-GUIR - SAOURA
voyageur qui doit s'enfoncer pour longtemps dans cette direction ne peut pas s'empêcher
d'éprouver, tout d'abord, une. vague impression de tristesse; aux sensations que produit ce pauvre
paysage, vient s'ajouter lidée qu'on va s'éloigner définitivement du fil télégraphique et de la voie
ferrée c'est-à-dire des moyens de communications rapides avec les affections laissées en arrière.
Toutefois, pour nous soldats, cette impression dure peu, nous avons toujours l'espoir d'un peu de
gloire à conquérir dans de semblables pérégrinations, et,si peu alléchant que semble devoir être le
mystérieux inconnu saharien, nous brûlons néanmoins de le voir.
FENDI.-On dit d'ailleurs du bien dé Fendi, point d'eau qui marque la première étape après Djenan-ed-
Dar; il y à32 kilomètres à franchir póur y arriver, mais chacun renfonce ses tristesses et part
allègrement.
Il n'est plus question de routes, ni même de pistes, à peine peut-on parler des traces laissées par les
convois précédents ou par les cavaliers faisant le service postal de l'Extrême-Sud. Laissant toujours la
Zousfana vers le Sud-Est, on se dirige sur la pointe d'un éperon peu élevé que marque le groupe de
palmiers de Djenan-ed-Dhorf, petite oasis sans habitation où se trouve un puits d'arrosage. De là, ón
peut gagner Fendi soit par le côté Nord-Ouest, soit par le côté Sud-Est du chainon ; si l'on prend la
première direction on devra traverser l'arête un peu plus loin par le Kheneg de Haci-Saïd ou celui de
Tebouda pour retomber sur l'autre route; le terrain à parcourir sera moins bon, mais on gagnera
quel-que peu sur la distance totale. On peut aussi aller passer plus au Nord encore par l'oasis de
Merirès, mais il faudra à l'arrivee descendre le ravin de Fendi qui présente quelques difficultés de
parcours et cache souvent dans l'oasis des malfaiteurs dangereux venus de Figuig.
Fendi est une oasis non entretenue et inhabitée, située dans le fond de la gorge creusée par l'oued
Fendi dans le flanc Ouest de la vallée de la Zousfana; il faut être à l'entrée de la gorge pour
apercevoir les palmiers.
L'oued Fendi a de l'eau en permanence, sinon courante à la surface, du moins sous forme de « rdir»
communiquant entre eux par un courant souterrain; cette eau est très bonne. Dans les trous on
trouve du barbeau très mangeable qui, avec les perdrix de l'oasis, procure aux popotes une ressource
ZOUSFANA-GUIR - SAOURA 17
appréciable. Les gazelles sont nombreuses dans les plaines environnantes, mais ce n'est pas pendant
la marche d'une colonne qu'ont peut songer à les y poursuivre avec chances de succès. De temps en
temps un lièvre levé par les flanqueurs vient maladroitement se jeter dans le convoi; il échappe
rarement aux matraques des sokhar.
On voit encore à Fendi, sur un élargissement de la rive droite de l'oued, les ruines d'un ksar qui a dù
ètre assez important; les palmiers de l'oasis n'étant plus nettoyés, laissent pendre lamentablement
leurs palmes desséchées ; les rejetons envahissent le pied des troncs et la broussaille inutile s'élend
dans les espaces vides qui ont été autrefois des jardins; ce point a toute la mélancolie des lieux
abandonnés où se trou-vent encore des vestiges de vie é[Link] dattiers continuent cependant à
produire et sont récoltés par les gens de la zaouïa de Bou-Aama. Il est à supposer que nous ne
laisserons pas ce coin de verdure dégénérer plus longtemps; ce serait dommage car c'est la dernière
oasis que l'on rencontre jusqu'à Taghit, et elle possède tous les éléments nécessaires pour redevenir
prospère.
En remontant l'oued Fendi de quelques kilomètres on trouve les petites oasis de Sfisefet Bou-Yala.
Fendi marque, au point de vue militaire, la limite Nord des régions sahariennes dans la province
d'Oran.
d'arbres sauvages que le tamarin, puis, plus loin, le tlaïa et, plus loin encore, le gommier.
A Fendi on était encore à l'altitude de 865 mètres, à Ksar-el-Adjouza on n'est plus qu'à 745 mètres,
car on retombe là dans le lit de la Zousfana dont, depuis Djenan-ed-Dar, on a coupé un grand coude
vers l'Est. Gette rivière après avoir traversé les chainons qui bordent la partie Sud du cirque de Figuig,
étend de plus en plus son lit en largeur, au point qu'à Ksar-el-Adjouza, celui-ci à déjà plus de 2
kilomètres; il s'est même divisé en plusieurs branches, courant capricieusement àtravers les dunes
dont il est encombré; le tamarin y pousse très serré et les chameaux y trouvent un excellent pâturage
de « drinn » mêlé aux autres plantes sahariennes qu'il affectionne.
C'est par une pente abrupte que vient mourir à Ksar-el-Adjouza, du côté du Sud, le chaînon détaché
de Fendi; la pointe en est marquée à l'extrémité Est, par les ruines d'un ksar minuscule qui était fort
bien situé car il couronnait un rocher à flancs verticaux, relié à l'escarpement voisin par un
étranglement n'ayant que quelques mètres de largeur et qu il dominait encore de plusieurs mètres.
Ce point a été utilisé dernièrement par un détachement de troupes qui a dù séjourner là pour y
établir des puits. Précédemment les puits .se trouvaient dans le lit même de la rivière, au pied du
vieux ksar, mais chaque colonne ou convoi était dans l'obligation de les ouvrir à nouveau pour avoir
de l'eau, si toutefois on avait la chance de les retrouver, car la moindre crue ou un simple coup de
vent en faisait disparaître toutes traces. Il en était de même d'ailleurs pour tous les puits indigènes
des étapes suivantes, aussi l'autorité militaire a-t elle été amenée à envoyer des détachements qui
ont fait des puits maçonnés recouverts d'une coupole et mis ainsi dans la mesure du possible à l'abri
du comblement par les crues ou par les tempêtes de sable.
A Ksar-el-Adjouza, l'eau est détestable, très chargée de sel et de magnésie, bien que les nouveaux
puits, au nombre de trois, aient été creusés en dehors du lit de l'oued, sur la rive droite. Il a dû y avoir
anciennement une source au pied même et à l'Est du rocher que surmonte le ksar ; il y a là des traces
d'humidité' qui semblent lindiquer. Une oasis a peut être existé en ce point, mais à une époque très
éloignée, car quelques maigres palmiers en sont les seuls vestiges au milieu
ZOUSFANA- GUIR--SAOURA 19
des dunes dans le lit de l'oued ; il est probable qu'une crue formidable a dù amener sa destruction, et
par suite l'abandon des lieux par les quelques habitants qui occupaient le ksar.
Le Sidi-Moumen, dont l'altitude au-dessus de la plaine est de 300 mètres environ a au sommet une
forme ovoïde dont la pointe serait à l'Ouest; les rochers abrupts qui le couronnent ne livrent que peu
de points de passage pour le gravir ; au milieu des pentes Sud, il y a, m'a-t-on dit, une source que
paraissent en effet indiquer quelques arbres, le pied se termine presque brusquement sur la plaine
vers le Sud ; au Nord, il se rattache par un léger seuil aux échelons venant de Fendi ; la crête a
environ 10 kilomètres de longueur.
Au-delà du Sidi-Moumen, vers l'Est-Nord Est, apparaît le djebel Béchar dominant sensiblement
toutes les hauteurs visibles de ce côté.
Jusqu'ici les montagnes que nous avons vues forment des massifs d'où se détachent des chaînons et
qui présentent des formes plus ou moins mamelønnées; à partir de maintenant, la vallée de la
Zousfana commence à prendre la constitution topographique qu'elle gardera jusqu'au bout et qui se
retrouvera encore assez loin dans son prolongement par la Saoura; elle a l'aspect d'un large sillon à
fond presque plat, bordé par des murailles plus ou moins espacées, à pentes raides, déchiquetées,
nues, chaotiques et dont le bord supérieur apparait horizontal. Vers l'Est, ce caractère est d'abord
moins net, mais nous verrons un peu plus loin la muraille couverte de sable transformée en hautes
dunes et raccordée à la plaine par des dunes basses ayant franchi les sommets sous la poussée des
vents du Sud-Est. De part et d'autre, les vallées quí débouchent dans la Zousfana n'ont que peu de
longueur, à l'exception de celle de l'Oued-Guir.
Si à Fendi on monte sur le piton en forme de dent qui domine immédiatement vers le Nord le
débouché du ravin, on aperçoit la muraille ouest, sous la forme de trois becs, le premier à hauteur de
Sidi-Moumen, le second en face de El-Morra, le
20 ZOUSFANA-GUIRSAOURA
troisième à Moungar, puis la ligne disparait avant Taghit, derrière les dunes de l'Erg de la rive gauche.
Ceci m'amène à dire quelques mots au sujet des communications optiques. Nous avons maintes fois
et toujours en vain cherché celles ci entre un point voisin de Taghit sur la hammada et le piton de
Fendi ; connaissant bien maintenant ces deux points, je crois pouvoir affirmer que la communication
n'est pas possible ainsi et qu'il faudrait pour l'obtenir, créer un poste intermé-diaire soit au Sidi-
Moumen, soit en face de Zafrani. T'outefois, l'emploi du fil électrique, ou mieux encore de la
télégraphie sans fil, serait prélérable à tous égards, car la brume coupe souvent les communications
optiques en toutes saisons, même à courtes distances ; cette brume est plus fréquemment formée
par les poussières de l'air que par des vapeurs humides. Jusqu'à ce jour les communications entre
Djenan-ed-Dar et Taghit d'une part, Igli et Beni-Abbès d'autre part, n'ont été assurées que par des
courriers à cheval ; il est certain que c'est insuffisant autant au point de vue militaire que pour le bon
état moral des troupes placées dans des postes aussi éloignés. Il faut avoir vécu là-bas pour
comprendre combien on se sent isolé du monde entier quand on sait qu'un télégramme envoyé
d'Igli, par exemple, mettra 4 joursàatteindre Djenan-ed-Dar par la poste ordinaire pour être ensuite
expédié de là à destination par fil télégraphique. Si on demande une réponse, on ne· l'aura que 5 ou
6 jours plus tard. Au début de l'occupation de ces nouveaux territoires, il était évidemment
impossible de faire mieux; mais maintenant que notre situation prend de l'assiette, il semble que l'on
peut songer à créer des commu-nications moins primitives. A ceia on peut objecter, car c'est exact
que nos adversaires, auparavant respectueux des fils télégraphiques, ne se gênent plus pour les
couper ; mais il faut considérer que ces actes ont seulement pour théâtre la région Duveyrier-Djenan-
ed-Dar, livrée aux exploits des gens de Figuig et ne peuvent être que le fait d'Européens déserteurs
ou de Marocains employés à la construction du chemin de fer. Le'jour, proche espérons-le, où nous
aurons les moyens d'exercer une certaine police sur Figuig, ce vandalisme cessera sùrement en ce
point et il est d'ailleurs d'autant moins à craindre au delà de Djenan-ed-Dar, qu'on s'éloignera plus de
Figuig.
ZOUSFANA -GUIR-SAOURA 21
Adjouza l'aspect du sol devient franchement saharien ; en dehors de quelques rares plantes
communes au Tell et au Sahara, on ne rencontre plus la végétation des Hauts-Plateaux mêlée à celle
du Sahara; on a déjà heurté du pied beaucoup de cailloux, mais ici commence le sol de « reg » tantôt
ferme, tautôt ameubli par une couche de sable fin mêlée aux pierres roulantes, coupantes et
auxquelles le frottement du sable et l'excès calorique ont donné un aspect tout particulier.
HACI-EL-MIR. - L'étape suivante est Haci-el-Mir, de 25 kilo-mètres environ. On peut la franchir par
deux voies différentes : ou bien on traverse de suite et obliquement le lit de la Zousfana au milieu
des dunes et du tamarin pour gagner et suivre ensuite la rive gauche jusqu'à Haci-el-Mir, où bien on
pique droit sur le Sidi-Moumen dont on suit le pied jusqu'à hauteur de Haci-el-Begri, situé à mi-
distance de Haci-el-Mir, pour franchir l'oued perpendiculairement en ce point et rejoindre ainsi la
première direction. Si l'on est en petit nombre et qu'on n'ait qu'un convoi peu important la première
voie sera peut être un peu plus courte, mais dans le cas contraire, il vaudra mieux prendre la
seconde; la piste de la rive gauche n'offre, en effet, jusqu'à Haci-el-Begri, qu'un front restreint par la
proximité immédiate d'un plateau bas, mais rocheux et coupé de ravines; en longeant le Sidi-
Moumen, on reste au contraire dans une plaine large et très praticable, si on observe de ne pas
s'approcher trop de la Zousfana bordée de dunes de ce coté.
Haci-el-Begri n'est qu'un simple puits arabe non protégé et ensablé la plupart du temps, que l'on
trouve sur la rive gauche de la Zousfana. Presque en face de ce point, entre le Sidi-Moumen et la
Hammada qui s'élève plus au Sud, une-petite forteresse marocaine « Aïn-Djedida » avait la
prétention de nous défendre l'accès du djebel Béchar par la trouée qu'elle barre; c'est un simple
rectangle de murailles en terre flanqué de quatre tours, occupé par un gardien et sa famille; un puits
est creusé à l'intérieur.
Les territoires situés à l'Est, c'est-à-dire entre la moyenne Zousfana et le moyen Guir, constituent les
terrains le parcours des Oulad Djerir; au centre se trouvent Béchar, Kenadsa, Ouakda, lieux
d'échanges commerciaux entre le Tafilala et l'Extrême-Sud oranais.
22 ZOUSFANA-GUIR-SAOURA
Haci-el-Mir est marqué actuellement par les vestiges d'une redoute provisoire élevée là par des
puisatiers militaires qui y ont séjourné au printemps dernier. Deux puits maçonnés et un abreuvoir se
trouvent au bas de la redoute, sur le talus de la rive gauche de la Zousfana; l'eau, quoique encore
saumâtre, est déjà bien meilleure qu'à l'étape précédente. Tout le lit de l'oued est couvert de
tamarins, dont la ligne est d'ailleurs continue depuis Ksar-el-Adjouza; en certains points, il y a de tels
amas de souches et de bois mort que le passage est difficile, on y trouve un abondant pâturage à
chameaux et les crues y laissent quelquefois des « rdir » précieux pour les convois de passage. Une
modeste croix élevée au Sud et près de la redoute recouvre les restes d'un malheureux soldat.
Cette redoute, construite au printemps dernier, en briques crues confectionnées sur place, renferme
deux baraques destinées l'une à un poste permanent de goumiers indigènes,` l'autre aux officiers de
passage ; un superbe tlaïa abrite celle-ci, c'est le premier arbre de cette essence que l'on trouve sur la
route du Sud. Le manque total de pierres à proximité a été suppléé par l'emploi, dans la construction
de l'enceinte, de lits de brcussailles interposés dans les briques afin d'obtenir un relief suffisant, un
portail à prétentions monumentales, que nos facétieux « Joyeux » se sont amusés à édifier, marque
l'entrée de la redoute sur la face Nord.
El-Morra se trouvant à peu près à mi-distance de Taghit à Djenan-ed-Dar a été choisi comme point de
relai des courriers dont le service est assuré par des cavaliers indigènes, mogha-zeni ou goumiers (1).
(1) Le moghazeni est un cavalier arabe volontaire, le goumier est au contraire réquísitionné. Ils
conservent le costume et le harnachement indigènes et sont administrés par les bureaux
arabes.
...
ZOUSFANA-GUIR--SAOURA 23
mètres au Nord de la redoute, l'eau est relativement potable, bien que le nom de ce point (El-Morra
signifie l'amertume) ait pour origine le mauvais goût de l'eau des anciens puits arabes: il est à
supposer, ainsi que nous avons pu le constater en maints autres endroits, que l'aménagement en
maçonnerie et un puisage plus fréquent ont amélioré sensiblement la qualité des eaux de la nappe
souterraine de la Zousfana
A El-Morra commence à apparaitre la tlaïa (tamaric articulata) que nous appelons improprement
Takahout, du nom donné quelquefois à la galle qu'il produit, et que les indigènes du Tafilala, utilisent
pour tánner les peaux de chèvres et obtenir le cuir dit « filali » (1).
A mesure qu'on s'approche d'El-Morra, les rives de l'oued sont de moins en moins marquées; le
tamarin devient plus rare, puis disparaît. On est là dans une plaine argileuse, au sol boueux égalisé
par les crues, rapidement durci par le soleil et moucheté de maigres touffes de basse végétation. Le
lit propre-ment dit de l'oued a plus de 2 kilomètres de largeur ; en son milieu, là ou l'eau des crues a
coulé plus longtemps subsistent des sillons longitudinaux de profondeur variable et quelques trous
dont les bords sont marqués par une végétation un peu plus dense.
Si l'on jette un regard sur la hammada de l'Ouest, on aperçoit à son pied, auprès du bec d'El Morra,
puis, plus loin, au fond d'un cirque dont le milieu est occupé par un monticule isolé, des lignes
d'arbres que je crois ètre des gommiers sans pouvoir toutefois l'affirmer, car je n'ai pas eu l'occasion
d'aller jusque là.
Vers le Sud-Est, on commence à apercevoir les premières dunes de l'Erg qui se continue ensuite, sans
interruption, tout le long de la rive gauche de la Zousfana, puis de la Saoura.
Un plateau pierreux, affreusement na, monte en pente douce et nous sépare encore de ces dunes.
C'est un peu au Nord-Est de la redoute que reposent, sous un même tombeau, les huit légionnaires
tombés en 1900 au combat d'El Moungar, où un « rezzon » composé de Doui-Ménia et d'Oalad-Djérir
attaqua notre 4° convoi de ravitaillement.
(1)Voir l'article publié à ce sujet par le même auteur dans le bulletin trimestriel de sentembre 1901
de la Société de Géographie et d'Archéo-logie d'Oran : dans le Bulletin Agricole de l'Algèrie et de la
Tunisie, n° 22, du 15 novembre 1901, et dans la Revue Horticole de l'Algérie, n° 11, de novembre
1901.
A El-Moungar il n'y a pas de puits; un détachement a creusé jusqu'á 17 mètres de profondeur sans
trouver l'eau. On s'arrête généralement au milieu du lit même de la rivière, un peu au nord du bee
d'El-Moungar (El Moungar signifie d'ailleurs « bec » en arabe) parce que l'on y dispose, plusieurs
mois encore apres une crue, d'un « rdir » profond, creusé par les remous de l'eau courante dans
l'épaisse couche d'argile qui constitue le sol en ce point. On trouve alors sur les bords de ce sillon
unesorte dechiendent à feuillesdureset pointues qu'apprécient fort les animaux herbivores et que les
arabes appellent « nejem »; tout le restant du lit de l'oued, large encore de 2 kilomètres, ne
renfermedepuis El-Morra qu'une végétation basse et très clairsemée ; quelques jujubiers siuvages,
déjá bien mutilés par les convois, indiquent de loin l'emplacement du « rdir » marqué aussi par une
enceinte de redoute provisoire qui a servi à loger le détachement de puisatiers à proximité du puits
qu'il a tenté d'ouvrir. A mon sens, il eut été préférable de chercher l'ean auprès de la rive gauche, car
la nappe souterraine, qui existe certainement, doit ètre déviée de ce côté par la barrière argileuse du
lit, sous les dunes qui forment bordure entre El-Morra et El Moungar. Si mes prévisions sont justes,
etsi on trouve l'eau prés de la rive gauche, on obtiendrait au point de vue militaire, le double
avantage de ne pas camper dans un lit d'oued,aux risques d'une crue que rien n'annon-cerait, et de
s'écarter moins de la ligne droite qui joint El Morra a Zafrani.
C'est en face d'Sl-Moungar que s'ouvre dans la hammada, à l'Ouest, la trouée de l'Oued-Sabbah, qui
crée une communi-cation entre la région de l'Oued Guir et celle de la Zousfana, et permet de gagner
les ksours des Doui-Ménia par Oglat-Menouarar, Haci-Aouimi et Oglat-Chelkha; par là aussi, on peut
se porter sur Kenadsa et Béchar en remontant une vallée parallèle a la Zousfana.
ZOUSFANA-GUIR- SAOURA 25
la rive gauche de la Zousfana marquée par les ondulations d'un plateau peu élevé au-delà duquel on
apercoit les basses dunes qui s'étagent ensuite pour former l'Erg. Au bout d'une demi-heure de
marche on traverse le lieu du combat d'El-Moungar.
Un signal en maçonnerie élevé par nos puisatiers au pied de de l'Erg indique le point en face duquel
se trouvent les puits de Zafrani à 1,500 ou 1,600 mètres dans les dunes. Il est regrettable que les
recherches faites pour trouver l'eau en dehors des dunes n'aient donné aucun résultat, car si on
campe auprès du signal on est loin des puits, et si on va s'installer aux puits, on s'éloigne de la route à
suivre, avec l'obligation de traverser un parcours difficile. Il est probable que de nouvelles recherches
seront plus heureuses si on les dirige, soit plus près de la Zousfana, soit à petite distance des dunes,
un peu au Sud de l'emplacement actuel, pour parlager mieux la distance de Taghit à El-Moungar.
Actuellement il existe deux puits maçonnés et couverts, fournissant une eau excellente et assez
abondante. Une tombe voisine recouvre les restes d'un fils de Bou-Amama.
C'est donc à Zafrani que le voyageur touche pour la première fois le pied de l'Erg, masse énorme de
sable fin, jaune orangé, aux formes tourmentées et changeantes, aux crêtes en lame de couteau que
les Arabes appellent à juste titre « siouf» (pluriel du mot « sif » qui signifie sabre). Là, il ne faut plus
chercher l'application des règles topographiques, car le vent y agit en maître, faisant tourner en tous
sens le sable nu de toute végétation; des entonnoirs profonds s'ouvrent souvent sur le flanc d'une
dune élevée, une croupe correspond à une ravine de l'autre côté d'une crête; en un mot, c'est un
chaos sablon-neux dans lequel un voyageur isolé ressent une impression toute nouvelle, de tristesse,
de profonde solitude et d'écrasement devant cette immensité déserte. Comme la mer à laquelle il
ressemble à plusieurs points de vue, l'Erg a ses fureurs; par un vent violent, les siouf des dunes
fument et déferlent comme la crête des vagues ; le sable suivant les coulées ouvertes devant lui, les
remonte jusqu'à la crête suivante qu'il franchit pour continuer plus loin sa course rapide en nappe
trainante.
De loin en loin, un balai de « rtem » ou genêt à fleur blanche apparait en vert tendre sur [Link]
jaune de l'Erg.
TAGHIT. - Pour aller de Zafrani à Taghit (prononcez: Târite), on continue à suivre le plateau situé sur
la rive gauche de la Zousfana en longeant les premières dunes de l'Erg ; on laisse l'oued s'éloigner à
environ trois kilomètres vers l'Ouest, dans la grande boucle qu'il décrit après avoir doublé le bec d'El-
Moungar. Au bout d'une heure de marche, on commence à apercevoir au point où la crête de la
hammada semble couper celles de l'Erg vers le Sud, une construction française; c'est un petit fortin
commencé en 1900 et terminé en 1901, qui, élevé sur un bec de la hammada, domine Taghit à
courte portée de fusil. En s'avançant encore, on découvre un peu plus bas, dans une échancrure à
gauche du fortin, une masse sombre dont la ligne supérieure dentelée indique des habitations ; c'est
en effet le poste de Taghit qui, accolé au ksar, semble au loin former corps avec lui. En se
rapprochant encore, on aperçoit vers la droite, sur le plateau même où l'on chemine, la haute
enceinte carrée du ksar Zaouïa-Foukania qui marque la limite Nord de l'oasis des Beni-Goumi; en
même temps, quelques palmiers émergent le long de la Zousfana dont le lit s'est encaissé.
Avant datteindre Taghit, on longe successivement deux oasis minuscules à moitié ensablées et
presque abandonnées. Après avoir ensuite traversé un plateau (1) de sable et de cailloux légèrement
ondulé on entre dans le défilé de Taghit par un passage resserré entre l'Erg et les jardins de
palmiers ; la piste est envahie par des barres transversales de sable qu'arrêtent à peine les murs des
jardins et elle ne livre un passage convenable qu'à deux ou trois animaux de front.
Là, l'æil lassé par la monotonie du long chemin parcouru pendant les étapes précédentes, se repose
avec plaisir sur la ligne imposante de verdure de l'oasis et sur la bizarrerie du paysage. Celui-ci
présente en effet, par un 'beau soleil du moins, une tonalité si parfaite que l'esprit le moins artiste en
est frappé ; le tableau a pour cadre à gauche, comme en bas, le jaune orangé et lumineux des dunes
avec ses fortes ombres violettes, en haut le bleu d'un ciel rarement troublé, à droite la masse violet-
sombre de la hammada éclairée parfois de taches jaunes de dépôts de sable, ou blanchâtres des
traces d'éboulements ; enfin au centre, le brun des constructions
(1) Sur ce p'ateau, nous avons trouvé un grand nombre de pierres et de silex, taillés, hachis,
pioches, pointes de flèche, etc... (Note de Vauteur).
...
ZOUSFANA- GUIR-SAOURA 27
et la ligne verte des palmiers. I1 y a de quoi tenter les aquarellistes et leur donner toutes
satisfactions. Les photo-graphes y trouvent moins leur compte, car, sous un ciel blanc, ils
n'obtiennent que des tons foncés où l'on ne peut plus reconnaitre les oppositions de teintes dont ta
vivacité constitue précisément le charme du paysage.
Depuis huit jours, on a traversé un pays désert ; en fait de figures nouvelles, on n'a rencontré que
quelques courriers ou des petits convois civils qui sont envoyés de Duveyrier pour ravitailler nos
postes ; en arrivant à Taghit, on se trouve heureux de voir des camarades connus ou non et
d'atteindre enfin un point habité du Sahara. Chaque fois qu'une troupe s'y présente, c'est un
évènement joyeux pour la garnison et elle le marque en hissant les couleurs françaises sur la baraque
du commandant du poste, sur une des tours du ksar et sur le fortin ; en outre, la clique des
détachements lance ses notes les plus gaies au moment ou la colonne entre dans le défilé, les
officiers viennent à cheval au devant des arrivants, on reçoit les invitations des diverses popotes ;
tout cela met au coæur un sentiment joyeux qui contribue encore à augmenter la bonne impression
produite par le paysage.
Taghit n'était auparavant qu'un petit ksar pittoresquement planté sur un rocher qui barre le défilé à
peine large de 200 mètres entre le pied et l'Erg et celui de la hammada ; l'oued coule au milieu de
l'oasis entre le ksar et la hammada. La colonne qui, commandée par le colonel Bertrand, est arrivée la
première au printemps de 1900, avait trouvé là une certaine résistance opposée par les Doui-Ménia
possesseurs du pays; mais la vue de deux canons de 80 de montagne braqués sur le ksar, avait suffit
pour vaincre les veilléités guerrières des quelques défenseurs abrités derrières leurs murailles. La
colonne put passer sans avoir à faire feu et continuer sa marche sur Iglison [Link] d'abord, elle
ne laissa aucune garnison à Taghit, et c'est seulement deux mois après l'occupation d'Igli, qu'un
détachement fut envoyé par la colonne pour s'installer à Taghit et empècher ainsi les Doui-Ménia d'y
barrer la route à nos convois de ravitaillement. Ce détachement commenca à construire une redoute
accolé a ksar, sur la partie de rocher laissée libre entre le ksar et l'Erg, puis un fortin sur la pointe de
hammada située de l'autre côté de l'oued. Le poste est dominé à faible distance: d'un côté, par
la dune, et de l'autre, rar cette pointe de hammada, élevées toutes deux de 90 à 100 mètres ; sa
siluation serait dangereuse sans l'occupation de ses hauteurs d'où l'on peut heureusement battre,
avec un petit nombre de fusils, tous les abords et qui constituent ainsi un sérieux flanquement. Un
poste opfique, placé sur la pointe de la dune la plus rapprochée, assure la communicalion avec Igli;
l'extrême mobilité du sable n'a pas encore fermis de faire là une construction ; la garde du poste
optique se contente pour l'instant d'un retranchement carre de quelques mètres de côté, élevé au
moyen de sacs à distri-bulion remplis de sable.
Le ksar Taghit n'est qu'une agglomération de quelques pauvres habitations enfermées dans une
enceintede3 à4 mètres de hauteur, flanquée de tours carrées. Une mosqué edresse au milieu du ksar
son minaret sans caractère ; la première garnison s'estamusée à l'orner de quelques moulages en
argile en même temps qu'elle a ajouré par le même procédé, le sommet du mur mitoyen du ksar et
de la redoute atin d'enlever aux habitants, en cas de révolte, toute vélléité de se placer là pour tirer
dans lintérieur de la redoute. Ce dernier travail à eu pour résuliat de procurer à la garnison la
distraction de voir souvent des silhouettes féminines, peu gracieuses d'ailleurs, vaquant à leurs
occupations sur les terrasses en bordure. Une seule porte bisse, ouverte sur la lace Sud, donne accès
dins le ksar ; un souterrain permettait de descendre dans l'oasis par la face Ouest, l'autorité militaire
l'a fait fermer afin d'empêcher les entrées clandestines. Un puits profond existe sur la face Nord, à
l'intérieur du ksar.
Toutes les constructions arabes sont faites en « toub » ou mottes d'argile moulées à la main et
séchées au soleil. Ce procédé étant le seal employé dans les oasis du Sahara oranais, je vais le
décrire, une fois pour toute, avec quelques détails ; il est d'ailleurs des plus simples : Un indigène
veut-il
bâtir une maison, un mur à son jardin ? Il cherche dans le lit de l'oued un endroit argileux et y creuse
une fosse rectangu-laire. Au fur et à mesure qu'il en bêche la terre, il mouille celle-ci si elle ne l'est
déjà, lapétrit avec les pieds et fait à-la main des mottes en forme de demi-cylindre de 0m30 de
longueur environ; il pose ces mottes sur le sol sec, la partie plane en dessous, et en aligne ainsi
plusieurs milliers qu'il fabrique très vite. La surface du sol contenant toujours plus ou moins de sable,
ces « toub » ne s'y attachent pas en séchant. Lorsqu'elles sont séchées, on les emploie à construire,
et l'on voit de suite, d'après leur forme, le parti que l'on peut en tirer: une première rangée et posée
à plat sur un lit de mortier frais de même composition, puis, pour faire la deuxième rangée au-
dessus, il sufit de combler le vide entre deux « toub » avec une autre disposée le plat en haut; un peu
de mortier jeté à la poignée bouche les interstices et agglomère le tout.
Quand le mur doit être haut on le fait épais à la base et on y met de gros cailloux mêlés aux « toub »,
principalement dans les jardins où il faut donner plus de consistance aux murs exposés au contact
des eaux d'irrigation ; celles ci, en effet, désagrégeraient trop vite les matériaux s'ils étaient
composés seulement de terre.
Si l'on veut avoir une construction d'un genre un peu difficile, telle que coupole de koubba ou de
mosquée, arceaux dans une cour intérieure, on fait venir des maçons de Tafilala; aussi est-ce
l'exception à cause du prix de revient et encore le travail produit par ces ouvriers spéciaux n'a-t-il
rien d'élégant.
A l'intérieur des habitations, aucun meuble, à peine des nattes en drinn avec ou sans laine, un foyer
et quelques ustensiles de cuisine ; la fumée s'échappe par l'ouverture supérieure pratiquée dans la
terrasse. C'est sur la terrasse que se passe la vie au grand air, le jour en hiver, la nuit en été; on y
accède
30 ZOUSFANA-GUIR- SAOURA
par des échelons taillés dans un tronc de palmier dressé contre l'ouverture; là, se trouve la basse-
cour réduite souvent à une chèvre et à quelques poules de petite espèce ; de ci, de là, on aperçoit un
chat considéré comme animal de luxe et d'utilité aussi, car les souris pullulent dans ces bâtisses en
terre.
La redoute est un véritable tour de force accompli par nos troupes en tant que constructions. Sur un
roc précédemment nu, bosselé, troué, presque à pic vers le Nord, en pente assez raide vers le Sud,
s'élèvent maintenant des baraques pour toute la garnison, celles des officiers sur l'arête, celles de la
troupe sur la pente Sud. Et avec quoi a t-on bâti tout cela ? Avec la pierre même du rocher fouillé en
tous sens, quelques bois fournis par le génie et le surplus en tronc de palmiers, des « djerid » ou
feuilles de palmier, et pour tenir le tout, du mortier fait avec une sorte de tuf très collant recueilli à
proximité. Pour cette besogne, chaque soldat européen ou indigène s'est improvisé maçon, carrier
ou charpentier sous la direction de quelques spécialistes du génie ou du bataillon d'Afrique. On peut
s'imaginer la quantité de travail fourni en calculant le rendement de 250 hommes travaillant en
moyenne 6 heures par jour pendant plus d'un an. C'est là qu'on admire la sagacité des officiers pour
devenir des architectes, le zèle des gradés inférieurs pour devenir des contre-maitres, enfin la
patience, la bonne volonté et l'adresse des soldats pour mener tout à bien ; les hommes du bataillon
d'Afrique, rebut social en tant qu'hommes, sont ici d'admirables ouvriers, débrouil-lards, aptes à
tout, même sans l'avoir appris.
Au Sud de Taghit, s'étend un plateau dominant la rive gauche de la Zousfana et touchant au pied de
l'Erg. En moins de 13 kilomètres on y rencontre les ksar Barrebi, Bakhti et Zaouïa-Tahtania qui avec
Taghit et Zaouïa-Foukania composent l'oasis dite des Beni-Goumi. Les jardins et les plantations de
palmiers se succèdent sans interruption dans le lit de la Zousfana tout le long de ce parcours,
s'élargissant ou se resserrant selon la distance entre les berges ; un passage non cultivé quoique
planté de palmiers est laissé libre pour la traversée des eaux normalement courantes et pour
l'écoulement des crues.
L'ensemble des ksour des Beni-Goumi-comporte environ 1,600 habitants et 80,000 palmiers.
L'histoire de ces pauvres gens est des plus simples, Sédentaires dans la contrée depuis
ZOUSFANA- GUIB--SAOURA 31
une époque très reculée, ils ont été de tous temps les esclaves des peuplades nomades et
belliqueuses qui ont été successi-vement les maitres du pays ; Doui-Ménia,·Ghenanema, Hamyane,
Beraber, et d'autres peut-être ont souvent lutté pour cette possession qui livrait à leurs caravanes la
meilleure route du Touat en même temps qu'elle leur procurait des récoltes de dattes ne leur
coutant rien. En effet, avant notre arrivée à Taghit, les Doui-Ménia, maitres de la plupart des jardins,
se gardaient bien d'y travailler ; leurs khammès -esclaves des Beni-Goumi les cultivaient pour eux et
ils y puisaient à pleines mains, violant sans vergogne le contrat qui les liait à ces malheureux et qui
peut se résumer à ceci : «Le Doui-Ménia est propriétaire de la plupart des jardins ; les khammès ont
le droit de cultiver le sol sous palmiers pour leur propre compte ; ils entretiennent la culture des
palmiers dont la récolte appartient au Doui-Ménia, sauf les dattes dites du vent qui leur sont
abandonnées (on comprend qu'il s'agit des dattes tombées naturellement du palmier) ». Le
khammès cultivait donc dans ces jardins quelques légumes, un peu d'orge et quelques fruits ; mais un
beau jour, le Doui-Ménia venait là en villégiature y apportant sa tente, et faisait bombance avec la
récolte de son fermier. On devine facilement le peu d'ardeur que les khammès mettaient à soigner
leurs cultures.
32 ZOUSFANA-GUIR- SAOURA
moins, se placer sous l'autorițé de la France ; ils ont repris la jouissance de leurs jardins, mais ils ont
dù rénoncer à considérer leurs anciens esclaves des Beni-Goumi autrement que comme des fermiers
et surtout à piller la part que la coutume attribue à ceux-ci dans la récolte des produits. Cette
situation est d'ailleurs celle que les troupes françaises ont toujours trouvée dans la plupart des ksour
appartenant aux nomades ; elle est bien connue et je crois inutile de la détailler plus.
La région des Beni-Goumi présente le long de la vallée, depuis Taghit jusqu'à Zaouïa-Tahtania, de
nombreuses ruines de ksour, celles de Mezaourou et de Tiazit sur le flanc de la hammada, celles de
Bizanne un peu au Nord de Barrebi sur la rive gauche. Ne datant que de 25 à 30 ans, elles sont
encore très visibles ; elles résultent de la dernière lutte entre les Ghenanema, alors possesseurs du
pays, et les Doui-Ménia qui sont les propriétaires actuels.
Des inscriptions qui semblent remonter à une époque très antérieure d'occupation berbère (150 ans
au moins et peut être beaucoup plus), existent sur les parois inférieures des rochers, au pied de la
hammada, entre Taghit et Bakhti (1). Elles représentent des animaux sauvages ou domestiques
existant encore dans la contrée, quelques hommes à pied ou à cheval et des objets; des caractères
qui paraissent être des signes de la langue berbère sont semés ça et là au milieu des dessins. Les
habitants des Beni-Goumi expliquent les inscriptions par une légende. « Il y a très longtemps, disent-
ils, les hommes sont devenus impies, et pour les punir,Dieu a tra isformé leurs âmes en ces animaux,
les,condamnant à rester là jusqu'à leur délivrance. » IH m'a paru possible de rattacher cela à la
répudiation forcée de la religion chrétienne par les peuples berbères sous la pression des Arabes
vainqueurs, mais ce n'est là qu'une simple supposition. Pour l'instant, les inscriptions des Beni-Goumi
sont utilisées comme « croquemitaine » par les habitants; quand un enfant n'est pas sage, on le
menace de l'y conduire et de joindre son âme transformée en animal à celles qui y sont déjà.
(1) Voir la notice de l'auteur publiée, au sujet de ces inscriptions, par la Société de Géographie et
d'Archéologie d'Oran, dans son bulletin de janvier 1902.
..
Avant l'envoi de nos colonnes sur la Zousfana, le groupe des Beni-Goumi n'était autre qu'un fief
appartenant aux Doui-Ménia et par suite indépendant du Maroc; l'autorité du Sultan déjà purement
nominale dans des régions plus septentrionales, ne comptait là pour rien. Dès qu'il a été question de
nous ratta-cher la Zousfana et le Touat, le Sultan s'est empressé d'envoyer son cachet à de soit-
disants caïds dans les cinq ksour des Beni-Goumi : il est permis de supposer que des maneuvres
diplomatiques adverses n'ont pas été étrangères à cet acte. La politique française n'en a pas tenu
compteà juste titre, car ses droits, d'après les traités antérieurs, lui permettaient de venir dans la
Saoura sans violer lintégrité du Maroc, contrairement à ce que nos adversaires voulaient faire croire
au moyen de ces nominations de caïds marocains.
La justice était alors fort simple: un cadi jugeait en premier ressort et généralement les choses
restaient là; dans quelques cas exceptionnels, la partie non satisfaite en appelait à un cadi du Tafilala
qui pouvait casser le jugement el en porter un autre.
Au point de vue religieux, les Beni-Goumi formaient deux 《zaouïa » dirigées par les marabouts de
Zaouïa-Tahtania et de Zaouïa-Foukania ; la première était la plus importante car elle s'étendait sur les
ksour Zaouïa-Tahtania, Bakhti, Barrebi et Tahgit, ne laissant à l'autre que Zaouïa-Foukania. Cette
situation a produit une difficulté lorsque nous avons voulu organiser l'administration de la région.
Nous ne ponvions pas, comme l'avait fait le Sultan, instituer plusieurs caïdats pour une population
totale de 1,500 à 1,600 individus, un seul devait suffire et une nomination s'imposait: celle du
marabout de Zaouïa Tahtania qui nous avait rendu les plus sérieux services. La Zaouïa-Foukania,
tenait d'autre, part à rester indépendante de sa voisine, et il fallut une certaine adresse pour lui faire
accepter l'unité administrative des cinq ksour. La zaouïa de Kenadsa possède à son tour une certaine
autorité sur celles des Beni-Goumi où elle détient des jardins. Depuis un an, gràce à une politique de
pardon et de conciliation, les Doui-Ménia ralliés peu à peu à nous, viennent reprendre la jouissance
de leurs jardins et y dresser leurs tentes comme précédemment. Chaque année, à l'automne, ils se
transportent sur le Guir pour y semer des céréales ; ils occupent alors là-bas les ksour qui leur
appartiennent et les abandonnent après la récolte pour
passer l'été sous l'ombrage des oasis des Beni-Goumi. Ils possèdent des troupeaux de chameaux, des
beufs, des moutons et des chèvres qui trouvent dans les oueds Guir, Bou-Dib et Kheroua, à l'Ouest de
Taghit, les pâturages nécessaires.
Le Doui-Ménia est de race Arabe, guerrier, dominateur et nomade, vivant sous la tente; ses femmes
sont blanches, souvent fines et jolies.
Chez les Beni-Goumi on retrouve le Berbère mêlé à l'Arabe et au Nègre ; une race spéciale s'y est
formée qu'on appele les « Harratine » (au singulier Hartani), elle est demi-Nègre, de taille moyenne,
très robuste, et elle s'occupe surtout des travaux de jardins. Le type local resté blanc, est, au
contraire, chétif, sec, pâle comme tous les ksouriens; il travaille peu et vit du travail de ses khammès,
dans les quelques jardins dont les Doui-Ménia lui ont laissé la propriété.
Je donnerai plus loin quelques détails sur la région comprise entre le Guir et la Zousfana et qui
constitue les terrains de parcours des Doui-Ménia.
ZAOUIA-TAHTANIA. - La face sud du rocher de Taghit tombe sur un plateau uni qui va en s'élargissant
jusqu'à Barrebi et qui est à peu près dépourvu de végétation. Un vaste cimetière s'étend au pied du
ksar en longeant la berge gauche de l'oued ; on y remarque deux « koubba » dont la construction est
assez grossière mais dont les murs peints à la chaux tranchent vivement sur la teinte ocre-rouge
foncé des autres murailles. L'emplacement choisi pour établir une redoute définitive et des casernes,
se trouve à l'extrémité sud de ce cimetière, sur une pointe qui domine l'oued.
Un peu avant d'atteindre Barrebi, on passe à proximité des ruines de Bizane qu'on laisse sur la droite.
En face de Barrebi et au pied de l'Erg, se trouve dans un creux une petite oasis abandonnée et que le
sable envahit peu à peu. Après Barrebi, on continue à suivre en terrain uni de « reg »tantôt dùr,
tantôt mou, la berge de la rive gauche et on atteint Bakhti, ksar construit en contre-bas du plateau.
Un peu plus loin, la dune se rapprochant de l'oued, il faut descendre du platean, et avancer
péniblement en coupant les basses dunes transver-sales qui barrent l'espace très étroit compris
entre l'Erg et Jes jardins. L'étape de Taghit à Zaouia-Tahtania n'est que
ZOUSFANA-GUIR- SAOURA 35
de 14 kilomètres, mais elle est la plus redoutée par les colonnes à cause de ce mauvais passage. En
novembre 1900, nous avons dù la franchir avec un convoi de 4000 chameaux; ceux-ci ne pouvant
avancer qu'en file indienne, on devine quel temps il nous a fallu employer.
Le ksar Zaouïa-Tahtania est construit au pied de la dune dans un grand cirque dont l'oasis profite
pour s'élargir sensiblement; toutefois, ce point finira par être envahi par le sable dans un délai plus
ou moins long
La falaise de la hammada dont une pointe porte un petit fort à hauteur de Taghit, décrit d'abord un
cirque vers l'ouest, puis vient rejoindré la rive droite de l'oued Zousfana un peu au nord de Barrebi et
la suit ensuite exactement jusqu'à Zaouïa-Tahtania en la dominant presque à pic d'une centaine de
mètres ; elle est coupée de quelques ravines et sa pente comporte en certains points des paliers
rocheux et horizontaux qu'un piéton peut suivre facilement. Un promeneur fera une agréable
excursion en cheminant dans le fond de l'oasis depuis Taghit jusqu'à Zaouïa-Tahtania ; il trouvera
quelque mauvais passages, sera harcelé par les chiens sortis des tentes des Doui-Ménia, mais en
revanche il sera constamment sous la forêt de palmiers, sur un sol ferme, et jouira d'une verdure
gaie, variée de tons et ensoleillée; il serait à souhaiter qu'un chemin fut créé sur ce parcours pour
remplacer l'affreuse piste suivie jusqu'ici pour aller à Zaouïa-Tahtania. A la vue des ruines de Tiazit et
de Mezaourou juchées sur la hammada, on se rend compte de l'insécurité qui a dù régner
antérieure-ment dans la région ; c'étaient de hardies constructions élevées sur des rochers à pic, et il
fallu pour les édifier hisser jusque là les matériaux pris dans l'oued.
EL-AoUEDJ. - A Zaouïa-Tahtania se termine brusquement l'oasis des Beni-Goumi, mais les berges de
l'oued, quoique privées de palmiers, continuent à être cultivées en céréales jusqu'à quelques
centaines de mètres plus loin. La Zousfana décrit un coude presque à angle droit et vers l'Ouest
pendant deux kilomètres environ, puis reprend sa direction générale N.-E. S.-O. A ces coudes
correspond un élargissement de la vallée, comblé en partie par des basses dunes. C'est là aussi, à la
courbure la plus occidentale, qu'aboutit une piste venant du Nord à travers la hammada et qu'on
pourrait utiliser pour venir de Taghit; elle suit un vallon parallèle à la Zousfana,
36 ZOUSFANA-GUIR-SAOURA
l'oued Hadeness et ne présente sur la hammada aucune difficulté de parcours; elle est généralement
suivie par les caravanes indigènes qui n'ont pas besoin comme nous, de faire toujours étape aux
points d'eau; il suffirait pour la rendre accessible à nos convois, d'améliorer les rampes d'accès de la
hammada en face de Taghit et au coude dont je viens de parler, puis d'aménager des puits en un
point un peu plus éloigné où se trouve déjà un ancien puits arabe marqué par un palmier isolé dans
le lit de la Zousfana. C'est d'ailleurs par là qu'on sera obligé de dévier la ligne de chemin de fer à
partir de Taghit, si le projet de construction jusqu'à Igli par la Zousfana est maintenu. Il ne faut pas,
en effet, compter lui faire suivre la Zousfana dans le défilé de Taghit où le travail de main-d'æuvre
serait considérable, sans garantie de solidité. Pour gagner El-Aouedj, on continue à suivre le lit de la
Zousfana que l'on avait quitté tout d'abord pour couper le grand coude dont il vient d'être question;
la falaise dominant toujours la rive droite à courte distance, forme souvent des paliers étagés
presque privés de végétation. Dans le fond de la vallée, au contraire, et sur les basses pentes des
dunes, on trouve une végétation assez abondanle; en certains points le tlaïa est
Dix huit kilomètres environ séparent Zaouïa-Tahtania de El-Aouedj. A l'arrivée à l'étape on trouve
une redoute en en pierre sèche et deux puits maçonnés que nous avions construits au
commencement de 1901.L'eau est très bonne mais en quantité insuffisante ; il faudrait des puits plus
profonds ou plus nombreux.
IGLI (redoute). - Il y a 30 kilomètres d'El-Aouedj à la redoute d'Igli. La piste suit toujours la Zousfana,
tantôt sur une rive, tantôt sur l'autre ou même dans le lit où le sable mêlé d'argile est souvent le
moins meuble. La région a le même aspect que dans l'étape précédente; c'est un couloir
suceessivement élargi et rétréci, le sol est très caillouteux, la hammada se dresse noire et dessinant
une crête horizontale dentelée, sur laquelle apparaissent quelquefois des « gour »ou amas de roches
nues en forme de tronc de cône.
La direction de la Zousfana se relève vers l'Ouest jusqu'à 8 kilomètres avant Igli, puis, par un grand
coude, elle s'infléchit vers le Sud avant de confluer avec l'oued Guir.
brusquement interrompue et laisse s'ouvrir une vallée qui met en communication facile la Zousfana
et le Guir; la distance entre les deux rivières n'est alors que de 1,800 mètres. Il est fort probable que
là était primitivement le confluent et que celui-ci a été ensuite reporté un peu plus loin par un
nouveau soulèvement; on trouve en effet sur l'ilot rocheux qui succède à cette coupure des quantités
de cailloux de rivière et des coquillages signes certains du soulèvement d'un lit précédemment
parcouru par les eaux courantes.
Le trajet d'El-Aoued à Igli présente de nombreuses et très grandes touffes de tlaïa qui, si elles étaient
régulièrement exploitées, fourniraient peut être une abondante récolte des précieuses galles à tanin
qu'elles produisent chaque année.
Un peu avant datteindre Igli, on aperçoit quelques beaux gommiers au feuillage vert clair formint
parasol. La redoute d'Igli apparait juchée sur un roc isolé qui se dresse sur un plateau à l'entrée
duquel la hammada se termine brusquement. Le cimetière de la garnison est là, au moment où l'on
quitte la Zousfana pour gagner le plateau ; un sentiment de tristesse est le premier qui vienne au
voyageur, car la pitié qu'évoque en lui la vue des tombes est encore influencée par un sombre
horizon de pierres et de sable barré en son milieu par le rocher noir de la redoute; seules quelques
touffes vertes de tlaïa émergeant de la Zousfana, et des gommiers alignés au pied de la hammada,
jettent une note claire sur le tableau. Abordons néanmoins la redoute en chassant toute idée
défaillante, car dans ces régions il faut garder un excellent moral si l'on veut y vivre. La description de
ce point n'aura dorénavant qu'un intérêt rétrospectif, son abandon venant d'être décidé.
Commencées au printemps de 1900 par la colonne Bertrand, les constructions de la redoute ont été
continuées et terminées par la nouvelle garnison de 1900-1901. Il ne s'agissait, bien entendu, comme
à Taghit, que de constructions provisoires, élevées sans crédit par la main d'æuvre militaire au
moyen des ressources locales. Une enceinte mi-maconnée, mi en pierre sèche, couronne le sommet
du mamelon et renferme, d'un côté, le baraquement des officiers, de l'autre, celui de la troupe et ses
[Link] pierre ne manquait pas; il a sufi de mettre en morceaux les blocs épars semés sur les
pentes du mamelon, et à laide des outils gracieusement prètés par le génie, il a été possible de créer
en un an un ouvrage qui
Un rectangle formé par cinq maisons en brique crue élevées au pied Est de la redoute constitue le
village des mercantis qui n'ont pas craint de pousser jusque-là pour fournir à la garnison les quelques
denrées ou objets qu'elle ne pouvait pas demander à l'administration militaire.
Malgré la somme considérable de travail exigée par les constructions, on ne peut qu'applaudir à la
décision qui ordonne l'abandon de ce poste. Au début des opérations, il a eu la grande utilité d'offrir
une position sùre à la nombreuse colonne du colonel Bertrand pendant l'organisation des divers
services dans la région, mais il n'a jamais eu, comme on l'avait cru tout d'abord, la moindre valeur au
point de vue stratégique contre les incursions venant de l'Ouest. Le Guir et la Zousfana confluent, il
est vrai à Igli, mais ils ne sont nullement des directions obligatoires pour aller du Tafilala à la Saoura
et au Touat. Le Beraber, très mobile, n'ayant comme bagages que ses armes et quelques vivres, peut
éviter Igli sans difficultés en marchant parallèlement à la Saoura àl'Ouest. Il suffira de rappeler à ce
sujet que la harka de 1,050 Beraber partie du Tafilala pour attaquer Timimoun au commencement de
1901, n'a été signalée que par hasard comme venant de passer à Ouggueurt, et cependant, c'était
une bande relati-vement considérable, ayant besoin de s'arrêter aux points d'eau, et laissant sur sa
route des traces marquantes. Des journaux ont répandu alors le bruit qu'aucun rensei-gnement
n'avait été donné sur la marche de cette harka ; je puis alfirmer la fausseté de cette allégation, car j'ai
eu personnellement connaissance de l'avis envoyé d'Igli. En admettant même qu'une approche
semblable passe inaperçue, on ne pourrait en vouloir à personne tant il serait facile de la dérober à
tout service de renseignements dans une contrée aussi coupée et aussi peu habitée. Toutefois, il y a
peu à craindre maintenant que le fait se produise ; des intelligences créées à l'Ouest, des émissaires
envoyés en reconnaissance par les bureaux arabes de Taghit et de Benni-Abbes ne laisseront pas
passer un parti sérieux sans que nos postes en soient informés. Au début, rien de tout cela n'existait
et les garnisons étaient tenues dans un qui-vive continuel par des racontars souvent faux jusqu'à
l'absurde.
ZOUSFANA-GUIR-SAOURA 39
Malgré l'abandon de la redoute actuelle, on laissera une petite garnison près d'un mamelon situé à
proximité du ksar et ou se voient encore les ruines d'un ancien ksar. Ce choix permettra à la troupe
de prèter un secours efficace aux gens d'Igli, en cas d'attaque, ce qu'elle n'aurait guère pu faire en
restant dans l'ancienne redoute, éloignée de plus de5kilomètres du ksar. En outre ce point est plus
gai, à proximité des jardins de l'oasis d'Igli dont nous n'avions que la vue lointaine.
Le confluent topographique des eaux courantes de la Zousfana et du Guir est à 1,800 mètres au Sud
de la redoute actuelle ; la réunion des deux oueds forme l'oued Saoura. Le Guir a de l'ean courante
toute l'année, jusqu'à plusieurs kilomètres en amont du confluent; l'eau est un peu salée, mais en
creusant des puits en dehors du lit on trouve une nappe filtrée dans le sable et relativement potable.
Dans la Zousfana, avant le confluent, des puits creusés au pied de la dune nous procuraient une eau
excellente, mais il fallait franchir une distance de 1,500 mètres pour nous y approvisionner. Des
essais de puits ont été inutilement tentés sur le plateau dans un rayon rapproché de la redoute et
battu par les feux efficaces des défenseurs ; ils ont été toujours arrêtés par la rencontre d'une couche
de roc dur ayant plusieurs mètres d'épaisseur. On trouve auprès d'Igli les éléments nécessaires pour
faire sur place chaux, plâtre et ciment ; seulement cela exige trop de combustible pour être entrepris
sur une vaste échelle. Le bois ne manque pas, certes, mais il faut aller le prendre à plusieurs
kilomètres et les ressources qu'il offre sont justes suffisantes pour alimenter les fours à pain et les
cuisines de la garnison. A 25 kilomètres environ en remontant l'oued Guir, on trouve sur la rive droite
un abondant dépôt d'excellent gypse pur. A 2 kil. 500 au Sud de la redoute, sur les deux rives de la
Saoura, on voit encore d'anciens fours à ciment établis par les indigènes pour la construction d'un
barrage dont il reste quelques vestiges et où l'on retrouve un ciment très solide. Quant à la pierre à
chaux, il n'y a qu'à ramasser sur place, mais elle est dure à la cuisson.
Le mamelon sur lequel s'élève la redoute actuelle d'Ig'i est, comme nous l'avons vu, isolé sur un
plateau bas compris entre les fins de parcours des oueds Guir et Zousfana à l'Est et à l'Ouest, et limité
au Nord par les derniers contreforts de la hammada qui constitue l'orographie de la région entre les
mêmes
40 ZOUSFANA-GUIR SAOURA
oueds. Ge plateau a une longueur de plus de 3 kilomètres sur une largeur maxima de 2 kilomètres ; le
rocher d'Igli en occupe le bord Ouest, au tiers inférieur de sa longueur. La pointe Sud et sa bordure le
long de la Zousfana sont encombrées de dunes dans lesquelles poussent du tamarin commun et de
magnifiques touffes de tlaïa que des ordres sévères ont préservés de la destruction, tant pour le
plaisir des yeux que pour constituer une réserve de bois en cas de nécessité absolue. Ces défenses
s'appliqunient d'ailleurs à toute la végétation située dans un rayon de 5 à 6 kilomètres ; établies dès
le début de l'occupation et rigoureusement observées, elles auraient permis aux alentours de
prendre en quelques années un aspect moins désolé. C'est une mesure très sage, à laquelle on
devrait toujours songer en pareil cas. Le bord du plateau longeant l'oued Guir est au contraire nu,
rocailleux, et déchiqueté par de nombreuses ravines dues à l'action des eaux s'écoulant dans les
boues accumulées là au moment où les deux oueds ont constitué définitivement leur lit. Le Guir a en
ce point une largeur moyenne de 500 mètres ; il est à fond tourmenté, sablonneux et couvert de
tamarin de petite taille ; l'eau y coule en ruisseau traversant quelques vasques plus profondes où.
poussent quelques roseaux ; la rive droite est envahie par des dunes surtout près du confluent.
Au delà des oueds, que voit-on? A l'Est, l'Erg dresse immédiatement ses hautes dunes ; à l'Ouest, un
large plateau nu sépare le Guir d'une hammada constituée par un chaos de « gour » noirs, détachés
d'une crête bornant l'horizon à une douzaine de kilomètres; vers le Sud, dans l'échancrure. de la
Saoura, les jardins où l'on devine, à 5 kilomètres 1/2, le ksar d'Igli, à l'Est d'un mamelon tronconique,
dont la teinte noire tranche vivement sur le reste et qui est voisin de l'emplacement de la nouvelle
redoute; au Nord-Ouest, s'ouvre une large vallée que l'on eroit, tout d'abord, être la continuation du
Guir et que nous avons appelée pour cela le «faux oued Guir»; le Guir décrit en effet en ce point un
coude à angle droit que rien n'indique à un observateur placé sur le plateau de la redoute.
Malgré la tristesse des lieux, on finit par y attacher un intérèt, mélancolique il est vrai, mais qui n'est
pas moins réel, si l'on veut observer la nature des choses que l'on rencontre. Ainsi, lorsqu'on
s'engage dans les vallées tourmentées de l'Ouest ou dans les rides situées au Nord entre Guir et
Zousfana, on peut
…
ZOUSFANA - GUIR-SAOURA 41
Peu à peu on s'habitue, on arrive à se contenter de cela, mais si, reportant sa pensée vers le Nord, on
voit en imagina-tion la vie dans le Tell on en France, on se trouve bien perdu et bien déshérité, et l'on
en arrive à envier même le sort des camarades en garnison sur les Hauts-Plateaux. Ceux qui n'ont pas
vécu pendant au moins un an dans ces régions, nepeuvent guère se figurer la vie qu'y mènent
l'officier et le soldat. Pendant la bonne saison, de novembre à avril, c'est parfait, le ciel est toujours
pur, les matinées sont froides, mais un joyeux soleil ne tarde pas à adoucir la température, la maigre
végétation prend des teintes fraiches, tous les organes du corps fonctionnent bien, on se sent vivre.
Mais, dès qu'arrivent les chaleurs, au commencement de mai, tout change, le moindre travail
corporel ou intellectuel produit une grosse fatigue, l'appétit diminue ou disparait, l'estomac devient
atone, les nerfs se tendent, l'air surchauffé, chargé de sable et d'électricité est lourd à respirer ; les
idées noires ont alors beau jeu pour éclore et envahir le patient; il est heureux que le climat soit sain
malgré sa dureté, car dans de pareilles conditions l'été ferait de nombreuses victimes. Je crois devoir
signaler ici un cas de mort extraordinaire : un soldat français, vigoureux et parfaitement constitué, a
été vivement frappé de la mort d'un de ses camarades ; il devient sombre, perd
42 ZOUSFANA-GUIR-- SAOURA
l'appétit et dit à tous qu'il est destiné à mourir là. Le commandant du poste lui promet de le renvoyer
dans le Tell par le prochain convoi, dans quinze jours ; rien n'y fait, l'idée noire est tenace, et, sans
aucune maladie organique, le malheureux meurt quelques jours après, malgré tous les soins qui lui
sônt prodigués. Des officiers même, au moral solide, sont quelquefois atteints de neurasthénie, s'ils
ne savent pas se créer les distractions de l'esprit à défaut de celles du corps que l'insécurité du pays
et la température rendent difficiles. Certes, nous n'avons pas été les premiers à résider dans le
Sahara, on peut y vivre évidemment, surtout lorsqu'une installation relativement confortable permet
de combattre quelque peu les rigueurs du climat, mais il faut qu'on sache à quelles souffrances
morales et physiques on y est exposé.
Si j'ai indiqué le mal, je dois aussi indiquer le remède. Lorsqu'une nouvelle région saharienne est
occupée, il faut établir au plus tôt les communications rapides avec le Tell, afin de supprimer le
sentiment de l'isolement lointain qui est un grand déprimant moral. Ainsi, on peut s'étonner qu'après
quelques essais tentés en vain pour mettre en communication optique Djenan-ed-Dar et Taghit, on
n'ai rien fait de plus; ne pourrait-on pas prolonger la ligne électrique jusqu'à Taghit qui est relié par la
télégraphie optique avec Igli? Les moyens d'action ne manquent pas, car nos soldats du génie
viennent de montrer, une habileté exceptionnelle, en établissant une ligne télégraphique dans la
province d'Alger jusqu'à Timimoun à travers une contrée beaucoup plus difficile que la Zousfana;
c'est donc une simple question d'argent qui a pu s'opposer au même travail dans le Sahara oranais.
On a dit souvent que l'argent est le nerf de la guerre, on peut en dire autant pour l'expansion
coloniale, même pacifique comme celle que nous venons de faire dans la Saoura. Il faut d'abord
savoir ce que l'on veut et ou l'on va, puis ne pas marchander les crédits nécessaires à l'installation
des nouveaux postes et au bien-être des garnisons. On a assez parlé des millions dépensés en
convois de chameaux. Comment, s'il vous plạit, aurait-on pu, à l'époque, ravitailler plus
économiquement les postes de la Zousfana? Et encore ces convois n'apportaient-ils que le strict
nécessaire, La sollicitude de nos chefs aurait certaineient voulu s'étendre plus loin, elle a dù y
renoncer faute de crédits suffisants.
IGLI (ksar). - Pour aller d'Igli (redoute) au ksar du même nom, on traverse d'abord la Zousfana près de
son confluent avec le Guir, puis un plateau de 2 kilomètres de largeur, à l'extrémité duquel on tombe
dans un grand cirque formé par une boucle de la Saoura. Les jardins de palmiers commen-çent
immédiatement à la descente du plateau, d'abord sous la forme d'une bande mince, puis en
s'élargissant. La piste la plus fréquentée traverse des jardins et des dunes avant d'aboutir au ksar
situé sur la branche opposée du cirque. La lisière Ouest des cultures est séparée de la Sahoura par
une ligne de dunes dans lesquelles apparaissent encore quelques palmiers, puis par une petite plaine
parsemée de monticules terreux où poussent de belles touffes de « baguel », plante grasse qui
donne à ce coin un bel aspect verdoyant. On peut gagner aussi le ksar en passant par là et le chemin
est bien meilleur sans être sensiblement plus long. La lisière Est des jardins est séparée de l'Erg par
un enfoncement qui a été un le plateau uni et que le sable envahit de plus en plus; en parcourant on
retrouve, au pied même de l'Erg, des bouts de ravines encore à découvert et formant trous.
A hauteur-d'Igli, la Saoura décrit vers l'Ouest une boucle qui enserre un plateau à l'extrémité duquel
se dressent deux collines isolées, le Djebel Youdhi et le Djebel-el-Kebir; le ksar se trouve sur le bord
Nord de ce plateau, entre ces collines et l'Erg, où s'étend un large espace uni et découvert dont la
partie centrale est occupée par un cimetière.
Le·ksar d'Igli est le plus grand d'un seul tenant de tous ceux de la Zousfana et de la Saoura. Sa forme
générale est celle d'un rectangle que flanquent çà et là des tours carrées. Deux portes s'ouvrent,
l'une très basse, inaccessible aux cavaliers, sur la face Nord, au débouché des jardins ; l'autre,
suffisamment élevée, au milieu de la face Sud. Une mosquée très pauvre existe au milieu des
habitations; en revanche, un puits creusé près de l'entrée de cette mosquée est remar-quable ;
profond de 12 à 13 mètres, il a une section carrée de 1 mètre et tout son revêtement intérieur est
cimenté; il a été construit, parait-il, il y a une quinzaine d'années, par un italien, déserleur de la
Légion étrangère, devenu musulman et qui habiterait dans la région de Bechar. L'eau en serait très
bonne si une mare croupissante et malpropre, créée par l'usage au pourtour du puits dépourvu de
margelle protectrice, ne renvoyait constamment dans celui-ci les souillures qu'elle renferme. Un
lavoir aussi malpropre, quoique peu utilisé, est encore voisin du puits.
Les constructions sont en « toub» et en torchis, sordides, basses et mal tenues. Les ruelles, les cours,
les terrasses même sont souvent encombrées des déjections des animaux qui y vivent pêle-mêle
avec les gens.
Toutefois, là, comme à Taghit, l'autorité militaire a pu déjà obtenir quelques nettoyages,
probablement inconnus précédemment.
Un coin du ksar est réservé aux juifs qui ont accaparé le commerce et fabriquent des bijoux
grossiers ; ces juifs ne sont pas précisément des esclaves, mais ils appartiennent au ksar, qui les a
achetés au Tafilala; ils sont tenus d'y résider, la population les voit 'd'un très bon æil et ne se livre vis-
à-vis d'eux à aucune vexation.
Comme dans la région des Beni-Goumi, nous voyons mêlés aux arabes, des nègres et des « haratine
»employés aux travaux de jardinage.
Les jardins ne méritent, au point de vue des productions, aucune mention spéciale ; quelque peu
abandonnés en 1900 et au commencement de 1901, ils sont d'autant plus remis en activité que les
habitants ont constaté depuis, quels bénéfices ils peuvent en retirer en vendant leurs produits à la
garnison. Le mode de puisage de l'eau pour l'arrosage des jardins est différent de celui employé dans
tous les autres ksour. L'eau, au lieu d'ètre tirée au moyen d'un balancier, est amenée à l'aide de
petits tambours en roséaux formant treuils et ingé-nieusement placés sur un bâti de perches au-
dessus de l'ouverture béante du puits; il y en a généralement deux par puits; le khammès se tient sur
un étroit plancher constitué par de simples perches et juché sur ce perchoir élastique, il tire de l'eau
pendant plusieurs heures sans s'arrêter.
Les Glaoua (singulier Glaoui) ou gens d'Igli ne sont pas comme les Beni Goumi de race soumise ; ils
formaient précé-demment une agglomération indépendante. Les premiers habi-tants de la région
avaient leur ksar sur le piton noir près duquel on veut installer la nouvelle redoute et où l'on voit
encore en effet des ruines de ce ksar. Surtout pillards, ils rançonnaient
ZOUSFANA-GUIR- SAOURA 45
les caravanes assez osées pour cheminer le long de la Saoura dans leur voisinage. Il y a environ 300
ans, une fraction d'une tribu maraboutique, émigrée du pays de Kerzaz, serait venue s'installer
auprès d'eux et aurait construit les premières habita-tions du ksar actuel. La bonne entente, dùe
uniquement au res-pect religieux des Glaoua envers leurs voisins (Oulad-bel-Otman) dura peu; aux
reproches de ceux-ci au sujet de leurs procédés pillards, les Glaoua répondirent par des vexations;
pour en finir, les Ouled-bel-Otman expulsèrent les Glaoua et détrui-sirent leur ksar. Les Glaoua se
réfugièrent alors au Tafilala.
Peu à peu les nouveaux maîtres d'Igli s'augmentèrent d'autres fractions à l'origine desquelles
s'attachent diverses légendes. Les Oulad-ben-Brahim par exemple, auraient pour fondạteur un
garçon abandonné par une caravane du Djebel-Amour; recueilli par les gens d'Igli et qui, plus tard,
fonda une famille en épousant une femme du ksar. Les Oulad-bou-Zian auraient pour origine un juif
du Touat devenu mulsulman et resté à Igli. Comme aux Beni Goumi, un caïdat avait été institué à Igli
par le Sultan du Maroc peu avant l'arrivée des troupes francaises.
Malgé leur origne maraboutique de la zaouïa de Kerzaz; les gens d'Igli reconnaissent une certaine
autorité au marabout de Zaouïa-Tahtania et prennent souvent ses avis.
Les Glaoua sont maintenant pacifiques et vivent en bons lermes avec leurs voisins, sauf les gens de
Beni-Abbès. On ne cite que deux circonstances dans lesquelles ils ont pris les armes. Il y cinquante
ans environ les 《Arib », nomades de la confédération des Beraber étaient venus voler quelques
troupeaux de chèvres auprès d'Igli; les gens du ksar les poursuivirent, échangèrent avec eux quelques
coups de fusils et repirent leur bien. Une entente amiable mit fin aux hostillités. Enfin, il y a cinq ou
six ans un « Glaoui »possesseur de propriétés assez importantes à Beni-Abbès en ayant été dépouillé
sans motif valable, ses compatriotes prirent fait et cause pour lui et livrèrent aux Beni-Abbès un
combat qui ne fournit pas la solution désirée. Le marabout de Kerzaz et le Sultan lui-même
s'interposèrent pour établir les bonnes relations et n'y parvinrent pas ; notre administration militaire
y réussira mieux sans doute bien qu'elle ait fort à faire pour juger des nombreux litiges existants
entre les ksour ou les particuliers dans le territoire nouvellement acquis.
46 ZOUSFANA-GUIR-SAOURA
A Igli on trouve une petite industrie, celle d'objets de vannerie en filaments de feuilles de palmiers,
corbeilles, éventails, paniers, ete...., ornés de quelques dessins bruns et quelquefois de petils ncufs
de laine multicolores.
Dépassons maintenant Igli et enfonçons-nous encore vers le Sud en suivant toujours la Saoura.
MAZZERT. - Après avoir dépássé le plateau du ksar entre le Djebel-el-Kebir et l'Erg, que borde encore
une partie de hammada non recouverte par le sable, on trouve une nouvelle oasis appartenant aux
Glaoua et qui s'étend en longueur sur la rive gauche de la Saoura ; une source abondante y fournit
'avec des puits l'eau nécessaire aux irrigations. On franchit successivement les deux branches d'une
boucle à la suite de laquelle l'oued prend, en fossé, une direction S.-S. O. et on longe le bord du
plateau de la rive gauche. Là, encore, s'étend une nouvelle oasis qui est aussi la propriété des Glaoua.
Au débouché de ce couloir, la vallée s'élargit sensiblement, la piste laisse l'oued s'éloigner vers
l'Ouest et traverse un long plateau entre l'Erg et une ligne de basses dunes semées dans. le lit de la
Saoura. Le pâturage à chameaux y est abondant sur un sol alternativement mou et dur ; un puits
existe dans l'oued au milieu d'un bouquet de palmiers.
Mazzert est à 25 kilomètres d'Igli ; avant d'y arriver on traverse l'oasis par un chemin très-étroit qu'il
serait fort utile
ZOUSFANA-GUIR- SAOURA 47
d'élargir pour faciliter le passage des convois. Au débouché de ce chemin, on se trouve au pied du
ksar Mazzert perché sur l'arête de la hammada de l'est. De l'autre côté de la vallée sur la hammada
de l'Ouest, on aperçoit les ruines d'un ksar qui a du être assez important.
Mazzert est quelque peu sous la dépendance des Glaoua qui possèdent des palmiers dans l'oasis ;
c'est un ksar minuscule et misérable, horriblement sale mais fort bien placé pour se défendre. Trois
sources qui s'ouvrent dans le flanc de la colline donnent une eau excellente et abondante qu'on
regrette de voir si peu utilisée, car le fond de la vallée est de bonne terre facilement irrigable ; à la
rigueur on pourrait encore se servir pour l'arrosage de l'eau des puits et de celle qui coule en certains
points dans le lit de l'oued bien qu'elles soient saumâtres.
Le lit de la rivière est couvert de tamarins bas et se compose de plusieurs bras plus au moins
ensablés.
J'ai eu la curiosité d'escalader la hammada de l'Ouest et de parcourir ensuite quelques kilomètres sur
le plateau; je n'ai vu qu'un terrain légèrement ondulé jusqu'à perte de vue, recouvert de cailloux
multicolores mêlés à du sable et où l'on ne trouve un peu de végétation que dans le fond des
dépressions ; il en est de même sur la hammada de l'Est jusqu'à l'Erg qui s'éloigne du bord à plusieurs
kilomètres.
BENI-ABBÈs. - La distance de Mazzert à Beni-Abbès est de 28 kilomètres environ. La piste suit la rive
gauche de l'oued pendant 6 à 7 kilomètres au fond d'un couloir dans un terrain sablonneux ; là, on
rencontre des emplacements où les gens de Mazzert cultivent de l'orge en utilisant l'eau courante de
la rivière. La vallée s'élargit ensuite considérablement et l'Erg réapparait au bord du flanc Est; au loin
vers le S.-S. E on apercoit des ruines formant deux dents noires et se profilant sur la hammada; elles
indiquent la proximité de « Ouarourourt», ksar qui précède celui de Beni-Abbès. Avant d'arriver à
Ouarourourt, la piste traverse deux barrières de basses dunes qu'il est inutile de chercher à
contourner en se rapprochant de l'oued, car on y trouverait un terrain encore plus difficile ; il faut
avoir soin, au contraire, de les franchir au plus près de l'Erg, car c'est là qu'elles ont la moindre
épaisseur et qu'elles présentent des couloirs d'accès relativement facile. Jusqu'à Ouarourourt on
traverse de beaux pâturages à chameaux.
48 ZOUSFANA-GUIR - SAOURA
Ouarourourt est un petit ksar dépendant de Beni-Abbès et où les khammès cultivent une oasis de
quelques centaines de palmiers, située au fond de la rivière; l'eau est fournie en abondance par une
« foggara » qui, partant de l'Erg, traverse tout le plateau Est; au point où la piste la rencontre perpen-
diculairement on n'a qu'à soulever quelques dalles pour recueillir à la surface du sol une eau
excellente; on trouve encore plus loin d'autres « feguaguir » (pluriel de foggara) abandonnées. Vers
le Sud, la vallée apparait barrée par une pointe de hammada de l'ouest; après avoir franchi 5 à 6 kilo-
mètres de bon terrain on se trouve en face d'une nouvelle barrière de sable qu'il faut traverser près
de sa pointe en se rapprochant de la rivière, en utilisant un couloir assez difficile à trouver si on n'y
est pas déjà passé. On aperçoit au débouché de ces dunes, l'oasis des Beni-Abbès étalée au fond d'un
cirque bordé de hammada. Ce pâté de verdure ressort d'autant plus sur le paysage, qu'il a pour cadre
des rochers noirs et des escarpements déchiquetés ; j'avoue avoir dit en voyant cela pour la première
fois « c'est joli », mais je crois maintenant avoir été indulgent.
A Beni-Abbès il y a deux ksour séparés et presque indé-pendants l'un de l'autre Le plus grand celui
des « Beni-Abbès» proprement dit, n'est pas visible du fond de la vallée, il est construit au milieu
même'de l'oasis et les palmiers bordent immédiatement ses hautes murailles; la porte d'entrée se
trouve sur la face Est ; on y accède par des chemins étroits et sinueux, courant entre les murailles des
jardins. L'autre ksar appelé « El-Graoua », appartient à la tribu des Ghena-nema » (prononcez
Renanema) dont les fractions sont échelonnées dans la vallée de la Saoura depuis Beni-Abbès
jusqu'au delà de Kerzaz et dont les terrains de parcours s'étendent à la fois vers l'Est et vers l'Ouest.
Ce ksar, tout petit, se dresse comme un ergot à l'extrémité de la pointe sud d'un plateau en hanmada
qui domine Beni-Abbès à l'Est.C'est sur le sommet du mème plateau que nous avons construit en
bordure de l'escarpement, à hauteur du grand ksar, la redoute destinée à abriter la garnison. Cetle
position qui domine l'oasis sur un à pic de 40 m. environ d'altitude, est excellente; elle tient les deux
ksour sous son canon et ses fusils à bonne portée et domine en outre suffisamment le plateau domi-
circulaire que l'Erg en s'éloignant laisse entre lui et la redoute. A côté de la
C.D
redoute,un pen an Nord,se dresse une xipllle tour sur laquelle nous avons hissé les couleurs
françaisesTe 2 mats 1901.
La cérémonie de prise de possession de Beni-Abbes laissera dans mes souvenirs des traces
inéffaçables. Notre colonne, arrivée la veille, s'était installée au bivouac au Sud eten dehors de
l'oasis, précédant de 24 heures le général Pesifeurg, commandant la division d'Oran. Le 2, dans la
matine, nous primes les armes pour nous placer en ligne au Nord de l'oasis, sur la direction par
laquelle le général et son escorte devait arriver. Après une revue rapide et un brillant défilé pendant
lesquels une pièce de 80 de montagne, placée près de la tour dominante, fit entendre sa voie
répercutée par lés échos d'alentour, toutes les troupes se massèrent au pied de l'escar-pement et
présentèrent les armes à la sonnerie «aux champs», au moment oû les trois couleurs furent
déployées au sommet de la tour, appuyées par un nouveau coup de canon.
Cette modeste cérémonie accomplie aussi loin de la France, prenait là un caractère grandiose que
comprendront seuls ceux qui se sont trouvés en pareille circonstance. Sur tous les visages alignés et
dont les yeux étaient rivés vers le lambeau d'étoffe représentant la Mère-Patrie, on pouvait lire une
vive émotion, qu'ils fussent français, indigènes ou même étrangers.
L'oasis de Beni-Abbès peut-être considérée comme impor-tante par son étendue et par sa population
; elle est bordée à l'Ouest par l'oued où l'eau est courante toute l'année et oừ la garnison trouve
quelques barbeaux. Malheureusement elle s'ensable-vers le Sud-Ouest et il sera bien difficile de la
protéger de la destruction; de nombreux jardins ont déjà disparu ne laissant plus voir que la tête de
leurs palmiers ; il en est de même pour la petite oasis séparée qui s'étend au pied du ksar El-Graoua.
La merveille de Beni-Abbès, c'est la source qui, amenée de l'Erg par une rigole cimentée, déverse plus
de cent litres à la minute d'une eau claire, limpide et excellente ; la rigole passe au pied du petit ksar
avant d'arriver au grand ; malgré son débit, elle est, parait-il, insuffisante à l'ensemble des besoins. Il
en existe une autre, au Nord de l'oasis, mais elle ne donne que peu d'eau ; il est probable que la
main-d'æuvre française saura augmenter son débit, ce qui permettrait à l'oasis de s'étendre au Nord
où il reste encore une belle surface de terrains disponibles pour la culture.
Beni-Abbès est le siège d'une annexe des affaires indigènes dont le territoire s'étend au-delà de
Kerzaz et embrasse, en outre des ksours de la Saoura, toute la confédération des Ghenanema.
La communication optique qui relie Taghit à Igli n'a pu être prolongée jusqu'à Beni-Abbès ; elle serait
possible cependant, mais à la condition de placer un poste intermédiaire qui serait actuellement «
trop en l'air ».
MERHOUMA. - Si on interroge les indigènes sur la région au-delà de Beni-Abbès, tous vous répondent
que vous allez entrer dans la « ghaba» (forêt). Cela vous fait supposer que la ligne des palmiers est
ininterrompue, mais il faut en rabattre beaucoup; si les oasis se rapprochent en effet quelque peu,
elles sont ensablées en grande partie, abandon nées souvent, et les bandes incultes sont encore en
majorité. Le lecteur va d'ailleurs en juger.
La première étape est Merhouma (17 kilomètres environ) ; la piste suit encore la rive gauche de la
Saoura en traversant une succession de dunes et de collines descendant de l'Erg; dans la vallée, on
trouve du bois et des paturages à chameau. Une dune dominante marque le voisinage de Merhoma
où l'on arrive péniblement dans le sable, si l'on veut y aller directe-ment. Au contraire, en gagnant un
peu plus vers le Sud-Est pour tourner ensuite à l'Ouest, à angle presque droit, on trouve un terrain
très bon, dont l'aspect mérite une mention particulière. C'est un immense fond de daya argileux, uni
et parsemé de monticules terreux ayant souvent5à 6 mètres de hauteur et que surmontent des
touffes de tlaïa. Il devait y avoir là une belle agglomération d'arbres de cette essence, et il est à
supposer qu'une grosse crue de la Saoura a nivelé la plaine en rongeant la partie basse des touifes
qui, déchaussées maintenant, végètent sur leurs perchoirs isolés.
Merhouma n'est pas une oasis proprement dite, c'est seule-ment un emplacement de cultures de
céréales irrigué à l'aide
ZOUSFANA - GUIR-SAOURA 51
de 40 puits dont on voit de loin les hautes colonnes supportant les balanciers; les gens qui y
travaillent habitent des gourbis.
EL-OUATA.- Pour gagner El-Ouata, deux routes se présentent qui se réunissent à En-Nsâra et sont
sensiblement d'égale longueur. L'une continue à suivre la Saoura qui, un peu au Sud de Merhouma,
franchit un kheneg, long de 2 kilo-mètres, et assez praticable; après ce kheneg, qui semble couper la
hammada de l'Est à l'Ouest, la vallée reprend sa direction N.-N.-O. S.-S.-E. ; la piste en suit la rive
gauche, passe à Béchir, petit ksar des Ghenanema, situé sur la rive droite et aboutit à En-Nsâra.
L'autre route suit une contre-vallée en longeant le pied d'un chaînon qui sépare celle-ci de la Saoura.
Lorsqu'on veut aller de Beni-Abbès à El-Ouata sans passer par Merhouma, on a avantage à suivre le
pied de l'Erg, pour couper au court d'abord, puis pour profiter d'un excellent terrain de marche
couvert de beaux pâturages à chameau ; cette dernière piste rejoint l'autre au Nord d'une ligne
transversale de dunes qui barre la contre-vallée à 10 kilomètres environ au Sud de Merhouma. A
hauteur de ce point une seconde coupure s'ouvre dans le chaînon de l'Ouest et permet de rejoindre
la piste de Bechir. Ces coupures sont appelées dans le pays « megsem ». Au delà des dunes qu'on
franchit facilement et qui sont couvertes d'une belle végétation de tlaïa, genêt, drinn etc..., on
retrouve la contre-vallée plane, large, et offrant des ressources en pâturages. Deux autres « megsem
» s'ouvrent encore sur la droite dans la colline, l'un juste en face de Bechir, l'autre un peu plus loin ;
c'est ce dernier, le megsem Tamettert, qu'il faut franchir : Si l'on continuait à suivre la contre-vallée,
après avoir traversé une barrière de petites dunes, on tomberait dans un vaste cul-de sac où les
pâturages sont remarquables ; puis on serait arrêté par l'Erg, qui, décrivant une courbe,vient de
nouveau constituer le flanc gauche de la Saoura.
Un mot seulement sur la colline qui sépare les deux routes : le voyageur n'ayant vu jusqu'ici en
hammada que des falaises déchiquetées est surpris de trouver là un chaînon aux formes arrondies ;
les pentes en sont raides, couvertes de pierres noires et luisantes et elles ne présentent qu'une rare
végétation ; l'altitude est d'une centaine de mètres au dessus de la contre-vallée.
52 ZOUSFANA-GUIR- SAOURA
Le megsem Tamettert s'ouvre au niveau même de la plaine,au pied d'un escarpement rocheux dont
la partie supérieure est couverte de dunes en formation ; son parcours qui,heureusement, n'est que
de 1,500 à 1,600 mètres, est barré par des « siouf» transversaux de sable très meuble. A l'autre
extrémité, on retrouve la vallée de la Saoura encaissée et enserrée de nouveau entre l'Erg à l'Est et la
hammada à l'Ouest. Le pied de l'Erg repose sur un plateau de largeur très variable sur lequel la piste
court en longeant la berge au bas de laquelle s'étend le lit de la rivière.
Nous allons rencontrer maintenant une succession de ksour et d'oasis très rapprochés.
D'abord, ksar « En-Nsâra » (ksar des chrétiens), en ruines, bâti sur un monticule noir, contre la berge
de la rive gauche; Quelques palmiers indiquent encore l'ancienne oasis.
Un peu plus loin les ksour «Es-Srahine » et « Gourdane » voisin l'un de l'autre et dont les oasis se
confondent sous le nom de Tamettert; ils sont le siège d'une importante fraction des Ghenanema. De
nombreux puits à bascule s'élèvent au milieu des jardins qui, vus du plateau au printemps,
apparaissent très-veris et constituent un assez joli coup d'æil. La base de la hammada, de l'autre côté
de l'oued, est formée par des bancs de marne bleue ; ceux-ci éclairés par le soleil prennent des
teintes gorge de pigeon aux tons variés et chatoyants ; la falaise est découpée, ravinée et couverte
d'éboulis dont la nuánce violet foncé fait d'autant plus valoir les couleurs vives qui la précèdent. Au-
dessus de l'escarpement, un ksar en ruines dresse encore ses murailles ébréchées.
A hauteur du ksar Es-Srahine, l'Erg arrive jusqu'à la bergé de l'oued, ne laissant qu'un passage large
de quelques mètres ; si on franchit sa première ligne de dunes, on aperçoit, à un kilomètre environ,
un escarpement de rochers à demi recouverts de sable, vestige de l'ancienne hammada qui, avant
d'être envahie par la dune, formait le bord supérieur de la vallée de ce côté. En poussant plus loin
vers l'Est on trouve, parail-il, des bandes de terrains encore à découvert où les gens vont camper et
faire paître leurs troupeaux. Lors du premier passage de la colonne de la Saoura, en mars 1901. les
habitants, ne sachant pas au juste ce que nous venions y faire, avaient caché leurs troupeaux,
craignant sans doute la razzia ou les impôts ; ayant reconnu ensuite que notre conquête
53
ZOUSFANA-GUIR-SAOURA
était toute pacifique, ils ont perdu cette méfiance, et au second voyage nous avons pu constater que
sans étre riches propriétaires d'animaux, ils n'en étaient pas non plus dépourvus, comme il nous
l'avait semblé tout d'abord.
On pourrait supposer que l'arrivée d'une colonne française consentie par leurs chefs aurait tout au
moins déterminé,chez les gens du pays une certaine curiosité, on se tromperait étrangement, c'est à
peine si quelques nègres et des vieilles femmes se sont montrés. Sans doute d'autres yeux nous
regardaient, mais prudemment, par les lucarnes des maisons ou à l'abri des bordures de terrasses.
A environ 3 kilomètres plus loin que Tamettert, la berge du plateau dessine vers l'Est une grande
concavité au centre de laquelle se trouve le petit ksar « Idir », dont l'oasis est séparée de la
précédente par une bande de vallée nue de végétation et semée de petites dunes. Quand on monte
sur le plateau suivant, on passe tout près d'un ksar en ruines noires coiffant un mamelon rocheux
plus noir encore ; il m'a paru que la roche est consti-tuée en ce point par du minerai de fer. Les
pierres détachées des anciennes constructions ont été taillées, contrairement à ce qu'on voit ailleurs
dans la région. Il serait sans doute intéressant au point de vue archéologique, de rechercher l'histoire
de ce coin, car déjà le nom de « En-Nsâra » du ksar ruiné que nous avons vu précédemment, permet
de croire à une occupation très ancienne ; celle-ci pourrait remonter peut être à l'époque où les
Berbères d'Algérie, chassés par l'invasion Arabe, se sont réfugiés partout où ils ont pu éviter le
contact de l'envahisseur. Ceci serait à rapprocher de la légende et des inscriptions des Beni-Goumi
dont j'ai dit quelques mots plus haut. Toutefois je n'avancerai rien de plus à ce sujet, car il ne m'a pas
été possible de faire les recherches nécessaires.
Après un parcours de 2 kilomètres à peine on arrive au bord d'un grand cirque où apparaît tout
entière l'oasis d'El-Ouata reliée à celle de Idir par une ligne continue de palmiers. Toute la bande de
plateau suivie depuis le megsem Tamettert est couverte de sable mêlé de pierres aux formes
bizarres; celles-ci sont creuses et résonnent comme de la vieille ferraille sous le pied des chevaux. Je
crois pouvoir expliquer leur origine de la manière suivante, car j'en ai vu en formation aux environs
d'Igli: supposons une touffe de végétation basse
et ligneuse; le sable tourbillonnant sous l'action des vents vient adhérer aux branchettes du pied en
couches successives qui finissent par former une croûte épaisse autour de chacune d'elles;
l'agglomérat continue à croitre, bientôt la touffe se trouve encastrée complètement et meurt; le bois
se dessèche et disparait en poussière; il ne reste plus sur le sol qu'une pierre composée de tuyaux
plus ou moins gros réunis par une composition moins résistante qui s'ouvre au premier choc. On en
trouve ainsi qui ressemblent étrangement à des fractions d'os de bras ou de jambes ou à d'autres
objets crenx et cylindriques. La présence de ces pierres prouve qu'il y a eu antérieurement sur ce
plateau une forte végétation (de genêts probablement), que ce phénomène a fait disparaître peu à
peu. A un point de vue bien différent nous avons trouvé dans la
Le bois est très rare dans la contrée, il faut se contenter de palmes sèches ou de vieux troncs de
palmier, quand les indigènes veulent bien en vendre.
El-Ouata, propriété d'une autre fraction des Ghenanema, se compose de huit petits ksour : Bou-
Hadid Chergui,Bou-Hadid Gharbi, El-Ouata, proprement dit, Bou-Khelouf, Oulad-Djerar, Ammès, El
Mâ et El-Maïa; ksour et jardins sont tous entre la rive gauche de la Saoura et l'enveloppe du cirque
bordée à l'Est par l'Erg. De nombreux puits montrent leurs balanciers et leurs hauts poteaux d'appui,
bâtis en briques sèches. Cette agglomération est la plus importante du pays des Ghenanema; l'oasis,
qui est d'un seul tenant, serait riche si elle n'était déjà ensablée, surtout vers le Sud, au point d'en
rendre la traversée difficile.
Il m'a paru qu'il se trouve à Ouata un nombre de nègres relativement considérable en comparaison
de celui des blancs. Là,comme ailleurs, le nègre est le seul qui travaille, il est vigoureux, a des formes
musculeuses et rablées ; le blanc, au contraire, est jauni par les fièvres et il a l'aspect chétif, ce qui ne
l'empêche pas d'être plus orgueilleux que tout autre de son état d'homme libre.
TAFDALT. - Pour dépasser El-Ouata, on est obligé de traverser l'oasis après avoir pénétré entre les
ksour Bou-Hadid; une piste très étroite est ménagée entre les bordures des jardins faits en « djerid »
secs entrelacés (les djerid sont
ZOUSFANA-GUIR-SAOURA 55
les branches de palmier garnies de leurs feuilles); à hauteur du ksar El-Mà, près duquel se trouve une
grande mare, on entre dans des dunes sous palmiers qu'il faut franchir successivement pour
déboucher enfin à El-Maïa sur un plateau bas surmonté d'un autre plus élevé; on monte sur ce
dernier par une rampe faite de main d'homme.
Le ksar suivant, Anefid, est alors à deux kilomètres plus loin, au fond d'un cirque; il est tout petit et
n'a qu'une mince oasis longeant la rive gauche de la Saoura. De là on peut, soit suivre le pied de la
berge, soit monter sur le plateau ; cette deuxième direction est meilleure étant la moins sablonneuse
; ont atteint alors un nouveau cirque renfermant les ksour « Agdal » et « El-Beiada ». A la descente du
plateau faite par une autre rampe aménagée, mais mal tracée et ravinée, on trouve l'eau courante
dans l'oued que l'on traverse deux fois pour gagner l'autre branche du cirque par la rive droite de la
Saoura; on laisse alors vers l'Est les jardins d'Agdal, puis on passe à l'Est du ksar et des palmiers d'El-
Beïada. Le ksar Agdal est enfoui au milieu de l'oasis qui est assez belle. La rivière coule à la surface du
lit jusqu'à El-Beïada et présente des vasques profondes qui renferment du barbeau ; du jonc et du
tamarin, constamment rongés par les chèvres, poussent dans ce fond; l'eau n'est que légèrement
saumatre.
A El-Beïada, une « foggara » venant de l'Erg amène une eau excellente sur la face Sud du ksar; au-
delà, la Saoura encombrée par les dunes ne présente plus qu'une pauvre végétation et il nous faudra
maintenant aller jusqu'à Guerzim pour trouver une nouvelle oasis.
Un plateau de 6 à 7 kilomètres nous sépare encore de Tafdalt; on y voit du genêt en belles touffes
avant d'arriver à l'étape. Tafdalt n'est qu'un point d'eau desservi par 6 à 7 puits creusés au pied de la
dune et où les gens d'Agdal cultivent quelques carrés d'orge.
Des gourbis élevés dans la dune abritent les khammès détachés là pour cette besogne; il y a dans le
fond de la vallée, près des cultures, deux petits bouquets de palmiers. Un plateau large et aride,
recouvert de petites dunes, sépare Tafdalt de la hammada de l'Ouest qui va en s'éloignant.
GUERZIM. -- Guerzim n'est plus qu'à 14 kilomètres. On continue à suivre le lit de la Saoura pendant
deux kilomètres
56 ZOUSFANA-GUIR - SAOURA
environ dans le coude qu'elle fait vers l'Ouest. L'eau est là à une faible profondeur et dans ce terrain
toujours humide, pousse une belle végétation composée principalement de joncs, roseaux et drinn.
On quitte ensuite la vallée par un brusque à auche à travers une ligne de dunes, en profitant d'un
petit couloir que les vents du Sud y entretiennent et qui permet un passage relativement facile
quoique étroit; rien n'indique ce point, pour le trouver il faut avoir un guide ou y être déjà passé. Au
bout de 20' de marche on débouche sur un large plateau souvent sablonneux mais à peu près uni, où
l'on trouve des pâturages au pied de l'Erg. Une ligne de collines basses borde ce plateau le long de la
rive gauche de la Saoura ; lorsqu'on arrive à celle située le plus au Sud on aperçoit à quelques
kilomètres la tête des palmiers de Guerzim.
Guerzim se compose actuellement d'un pauvre village non entouré de murailles et d'une oasis qui a
pu être belle mais qui est maintenant coupée en plusieurs tronçons par des dunes en formation. Les
jardins sont assez mal entrenus; dans l'un d'eux j'ai été assez étonné de trouver un carré de
coriandre ; on s'en sert paraît-il pour cuisiner certains plats. Les habitants ont commencé la
constructin d'un ksar en face du village, l'enceinte seule est à peu près termirée, un puit bien fait
s'ouvre au milieu de l'emplacement des futures habitations. Sept à huit « feguaguir » traversent tout
le plateau Est pour amener à Guerzim l'eau de l'Erg, mais il n'y en a que deux fonctionnant bien. Des
ruines semées ça et là sont encore témoins des déménagements successifs des habitants au fur et à
mesure de l'avancement des sables dans l'oasis.
Depuis que nous avons atteint le plateau de Guerzim au débouché des dunes de Tofdalt, l'apect de la
rive droite de la Saoura s'est modifié très sensiblement ; au lieu de la falaise habituelle, déchiquetée
mais peu échancrée, nous voyons en hammada des chainons aux flancs arrondis, à la crête
mamelonnée, que séparent les vallées tributaines de la Saoura. J'ai pu excursionner sur un des
sommets les plus rapprochés de Guerzim; j'y ai trouvé Taltitude de 190 mètres au dessus de la vallée.
Au-delà, vers P'ouest apparaissent cinq ou six autres chaînons parallèles allant en s'élevant de plus
en plus et qui m'ont paru être séparés par des ravins profonds. Une piste très visible et venant de
Ouggueurt aboutit à la Saouara un peu au Sud de Guerzim.
Toutes ces montagnes sont nues, à l'état d'éboulis, elles abritent m'a-t-on dit de nombreuses bandes
de moufflons que les gens de Kerzaz viennent chasser quelquefois; j'ai vu en effet quelques affuts
amenagés sur la première crète.
Guerzim est le siège d'une zaouïa indépendante, la plus pauvre, je crois, de toutes celles de la
région ; la mosquée n'est qu'une simple chambre bâtie sur une terrasse de maison et seule b'anchie
extérieurement à la chaux. On peut considérer cette oasis comme vouée à la destruction par le sable,
sans qu'on puisse rien faire pour la proléger. L'oued a en ce point 700 à 800 mètres de largeur
coupée par plusieurs bras, il na de l'eau courante qu'en temps de crue. On prétend que les sables
renferment des paillettes d'or.
KERZAZ.- De Guerzim à Kerzaz, il y a encore au moins 37 kilomètres, mais plusieurs points d'eau
intermédiaires permettent de couper la distance au gré du voyageur. Le plus important est celui des
Beni-lkhlef, situé à 8 kilomètres de Guerzim. Pour y arriver, on suit le plateau de la rive gauche à peu
près dans son milieu, afin d'éviter les sables voisins de l'Ouest. Les oasis de Guerzim et des Beni-
lkhlef sont reliées, le long de la rivière, par une mince ligre de palmiers restés au milieu des dunes qui
s'y sont formées, mais à Beni-Ikhlef, on trouve un joli paquet de verdure.
Il y a là trois ksour : El-Kodia, El-Kebir et El-Menasseria, englobés gous le nom de Beni-Ikhlef et qui
formaient, avant notre arrivée, une petite république sous l'autorité du marabout de l'endroit. Il n'y
existe pas de distinction sociale entre le blanc et le nègre, l'un et l'autre sont propriétaires et chacan
travaille pour son propre compte; le marabout lui-même tire l'ean du puits pour arroser ses jardins.
Les jardins sont fort bien entretenus ; on voit qu'on a affaire à des travailleurs libres ne comptant
récolter que ce qu'ils ont produit eux-mêmes pour leurs besoins ; l'eau est dans les puits à 7 ou 8
mètres de profondeur.
Quand notre colonne est arrivée à Guerzim, les gens de Beni-Ikhlef nous ont fait connaître qu'ils
n'acceptaient pas notre domination, et qu'ils useraient de leurs armes si nous voulions pénétrer chez
eux, nous laissant libres toutefois de passer à côté de l'oasis pour continuer notre route vers le Sud.
De telles propositions étaient inacceptables, malgré le caractère tout pacifique de notre
démonstration, aussi, en partant de
Guerzim pour aller vers Beni-Ikhlef, nous préparions - nous à l'éventualité d'un combat. La vue du
carré imposant que nous formions en avançant dans la plaine, et surtout celle de l'artillerie placée
sur la première ligne, donnèrent sans doute à réfléchir aux Beni-lkhlef, car nous les vìmes sortir sans
armes de l'oasis, au nombre de 200 environ et venir offrir leur soumission. Obéissant à un sentiment
chevaleresque qui, nous l'avons su depuis, fut très apprécié par ces fiers guerriers, le commandant de
la colonne les invita à aller prendre leurs armes avant de discuter en plein air les conditions de
soumis-sion. Un long palabre leur fit comprendre que nous respecterions leurs personnes, leur
religion et leurs biens, et les officiers furent admis à pénétrer dans l'oasis avec quelques
détachements de troupe pour en marquer la prise de possession. Ce n'était pas pour nous un
spectacle ordinaire que nous voir défilant dans les ruelles bordées de gens armés, à mines farouches
et qui rongeaient leur frein en silence. L'inspection des lieux nous a permis de constater combien
cette solution pacifique avait été heureuse pour nous, car nous aurions, en cas de conflit armé, perdu
assez de monde pour procéder à une attaque de vive force.
Après un dédale de ruelles étroites, bordées par les murs des jardins, nous aurions trouvé devant
nous un ksar, (El-Kebir) flanqué de hautes murailles, entouré d'un fossé large, profond, rempli d'eau,
et notre artillerie, faute d'une position ayant à la portée voulue des vues de l'extérieur sur le ksar,
n'aurait pas pu le bombarder à la mélinite. Un énergu-mène eut grand soin d'ailleurs de nous crier
bien haut pendant notre visite que si les Beni-Ikhlef avaient renoncé à combattre, c'étit uniquement
à cause de notre supériorité de nombre et de nos canons ; que jusqu'à ce jour personne n'avait pu
prendre leurs ksour, pas même les Beraber, etc... A vrai dire, leur armement, composé de quelques
Remington seulement au millieu des vieux « moukhala », n'avait rien de terrifiant pour un combat en
rase campagne, mais il conservait toute sa valeur pour un combat de jardins, de murailles et de
ruelles dont les entrecroisements nous étaient aussi inconnus que l'emplacement même du ksar à
enlever.
La partie Sud de l'oasis est déjà envahie par le sable; comme à Guerzim, il sera bien difficile, sinon
impossible, de protéger
ZOUSPANA-GUIR- SAOURA 59
la bande qui entoure immédiatement les ksour, la seule qui soit encore intacte.
Pour dépasser Beni-Ikhlef, on marche sur un gros gommier isolé que l'on apercoit distinctement sur
le plateau vers le S.-S.-[Link] laisse à gauche, au pied de l'escarpement servant de base à l'Erg, un
bouquet de 250 à 300 gommiers de belle taille. Un peu plus loin, il faut traverser deux ravines qui
coupent transversalement le plateau et constituent le point désigné sous le nom de Tagherdaït; nous
y avons vu des traces de culture d'orge dans le fond des ravins et à leur débouché dans le lit de la
Saoura; des puits existent, mais sans balancier de puisage et on trouve là quelques palmiers.
Sur le plateau suívant, on traverse un beau terrain de páturage couvert de «rtem » jusqu'à hauteur
du ksar ruiné Bou-Khechba que l'on aperçoit au milieu des dunes qui ont détruit l'oasis du même
nom, et où l'on voit encore, de distance en distance, des groupes de palmiers.
La piste s'éloigne alors de l'oued pour se rapprocher de l'Erg en laissant à l'Ouest la continuation des
terrains de påturage. Après avoir franchi une longue bande sablonneuse, on arrive a Zaouïa-Kebira, à
l'entrée du défilé de Kerzaz.
Les hauteurs quí couronnent la rive droite de la Saoura ont lá un cachet tout particulier, quoique leur
forme générale n'ait pas varié depuis Guerzim ; les strates des pentes Est, relevées presque
verticalement, forment sur chaque croupe des médaillons luisants où les jeux de lumière dessinent
des arabesques capricieuses et changeantes selon la hauteur du soleil. Les chainons inférieurs sont
rattachés comme des pendeloques au chaînon suivant, laissant entre eux et celui-ci, de part et
d'autre du col d'attache, des ravins profonds.
L'Erg lui-même, au lieu de se terminer sur le piateau par des basses dunes comme précédemment,
s'y dresse tout droit, en pains de sucre de 100 mètres en moyenne de hauteur.
Zaouia Kebira, pauvre bourgade sans murailles de défense, se trouve au fond d'un cirque ouvert dans
la berge de la rive gauche de la Saoura ; on y remarque trois « koubba » alignées et blanchies à la
chaux, une petite entre deux grandes, à l'Est des habitations. Une ligne mince de palmiers, venant de
Bou-Khechba le long de l'oued, se continue dans la direction de Kerzaz sans dépasser le lit de la
rivière; le sable s'y est accumulé et a rendu la culture impossible, sauf en deux ou
trois jardins, en même temps qu'il a comblé de nombreux puits dont on voit encore les ouvertures
béantes. Les quelques habitants de Zaouïa-Kebira se disent pauvres mais de race noble ; ils sont à la
dévotion de la zaouïa de Kerzaz.
Peu après Zaouïa-Kebira, l'horizon se rétrécit, la vallée devient tout à coup très étroite, la Saoura
s'encaisse; on entre dans le défilé de Kerzaz en suivant toujours le plateau bas de la rive gauche.
Pendant les 10 kilomètres qui nous séparent encore de la ville sainte, l'oasis est continuée dans la
vallée ; des ruines se dressent sur la berge longée (ruines de Tazgar), puis il faut descendre dans le lit
de la Saoura, le plateau étant lui-même recouvert de dunes qui barrent le passage. L'eau coule à ciel
ouvert dans la Saoura, claire mais saumâtre, sur un fond où pousse du jonc rasé par la dent des
animaux.
A hauteur des ruines de Ed-Douar, un peu avant Kerzaz, la piste nous conduit de nouveau sur le
plateau, et Kerzaz apparaît aux yeux désenchantés ; on s'attendait à voir une ville et c'en est loin !
Un ksar rectangulaire, flanqué de six hautes tours et de murailles élevées, renferme les habitations
de la zaouïa; une mosquée en flèche, très ordinaire, s'élève au milieu. Au Nord et au Sud de ce ksar,
s'étagent sur le bord du plateau, des groupes de maisons sans enceinte de défense, sales, miséra-
bles. L'intérieur du ksar n'a lui-même rien de remarquab'e. Un plateau affreusement nu et couvert de
sable souillé sépare le tout de l'Erg très rapproché.
A Kerzaz, on se sent dans un milieu religieux où le marabout Si Abderhaman est l'objet d'une grande
vénération. L'entourage du marabout se compose de gens convenable-ment vêtus, bien élevés,
intelligents et instruits ; leur tenue est un peu compassée, comme il convient à leur situation, mais
leurs démonstrations d'amitié envers nous, faites posément, semblent plus sincères que celles
beaucoup plus vives des gens rencontrés précédemment. On sait que la zaouïa de Kerzaz a des
serviteurs religieux très éloignés ; le marabout vient presque tous les ans dans le Tell, dans la région
Tlemcen, Marnia, Nemours, et y recueille d'abondantes « ziara » nécessaires à l'entretien de sa
zaouïa. J'ai vu passer à Igli, au mois de juin dernier, un groupe d'indigènes, hommes et femmes,
venus à pied de Nemours, qui s'est rendu à
Kerzaz dans le seul but d'y recevoir la bénédiction du marabout et a fait retour par la même route
aussitôt après.
Nous avons été reçus à bras ouverts à Kerzaz oú nous étions attendus, la venue d'une colonne
française ayant été convenue et acceptée à l'avance. Le bon accueil s'est même étendu un peu loin,
car nous avons pu voir des ombres féminines rôder le soir aux alentours du camp, et les portes des
habitations se sont entr'ouvertes à ceux de nos soldats que n'ont pas rebutés la couleur et la saleté
repous-sante des houris de l'endroit.
En dehors de l'oasis, qui occupe le fond et surtout le flanc gauche de l'oued, il ne faut chercher
aucune verdure aux environs de Kerzaz; ce n'est que sable d'un côté et pierre de l'aulre; les jardins
sont assez bien entretenus, mais ils ne se distinguent en rien de ce que nous avons vu
précédemment. Dans le ksar, quelques familles juives fabriquent des bijoux sans élégance et vendent
quelques denrées d'usage local.
EL-KHEDIM. - Pour sortir de Kerzaz et poursuivre notre voyage, il faut redescendre dans la Saoura, au
Sud des habitations, et suivre le fond de l'oued, qui est libre sur une assez grande largeur. On peut
encore rester sur le plateau de la rive gauche et longer l'Erg, mais la piste y est très sablonneuse et
coupée par quelques ravines ; on passe alors près des ruines de Taourir.
Après avoir franchi 17 kilomètres environ, on atteint El-Khedim. On a rencontré en route quelques «
rdir » renfermant encore de l'eau au mois de mai et qui en ont probablement en permanence, car en
creusant à la mạin en quelques points du lit de la Saoura nous avons trouvé l'eau à Om 70,
légèrement saumâtre mais sans mauvais goût. A l'Ouest, dans la hammada, existent des gisements
de marbre diversement coloré; puis, plus loin, une montagne de sel où les gens de Kerzaz vont
s'approvisionner. Le parcours de Kerzaz à El-Khedim n'offre que de maigres pâturages ; j'y ai
remarqué au passage de nombreuses et belles orobanches ; il y a dans la vallée quelques gommiers
rabougris et, dans la hammada, quelques-uns plus beaux.
El-Khedim n'est plus un point habité ; le ksar, très petit d'ailleurs, est en ruines, l'oasis elle-même est
abandonnée ; il nous a fallu réouvrir les puits pour trouver l'eau nécessaire
62 ZOUSFANA -GUIR-SAOURA
à la colonne ; les palmiers ont été en partie brulés il y a 4 ou 5 ans par des gens, qui m'a-t-on dit,
avaient été envoyés par le sultan pour y accomplir cette mission de vengeance.
Quand on va directement de El-Khedim aux Oulad-ben-Khoder, lieu habité, situé un peu plus bas que
Timmoudi, un chemin s'offre meilleur et relativement plus court en suivant la hammada de la rive
droite ; on n'y rencontre qu'un passage difficile, celui du Kheneg qui s'ouvre un peu au Nord de
Timmoudi et qu'il faut franchir; on laisse alors Timmoudi à l'Est.
La hammada, que depuis Guerzim nous avons vue constituée par des chainons parallèles à la Saoura
et allant en s'étageant vers l'Ouest, reprend maintenant le caractère qu'elle présentait entre Ksar-el-
Adjouza et Guerzim ; c'est un plateau s'arrêtant dans la vallée, à des distances variables du lit de
l'oued, par une falaise à pentes raides et couverte de pierres noires où ça et là le sable amené par le
vent produit des taches jaune orange quelquefois très étendues. Cet aspect dure jusqu'à Foum-el-
Chink ou Foum-el-Kheneg, point qui marque l'entrée de la Saoura dans la région du Touat, à 50
kilomètres environ au Sud de Timmoudi.
Le ksar Timmoudi est construit en bordure de l'escarpement de la rive droite, par exception avec ce
que nous avons vu jusqu'ici, car si le lecteur a bien voulu le remarquer, tous les ksour précédents se
trouvent élevés sur la rive gauche de la Saoura. Ce ksar est de construction récente, il se compose
d'une cinquantaine de maisons, et il domine immédiatement la vallée de 25 à 30 mètres. Une sorte
de bastion avancé situé à l'angle de la face Est défend le passage d'une rampe qui y
(1) Le restant de cet itinéraire jusqu'à Kesbat a été dressé à l'aide des renseignements
communiqués à l'auteur par M. le Lieutenant Marty,du 2° Tiräilleurs, qui avait été chargé de
relever l'itinéraire de la colonne de la Saoura depuis Beni-Abbès,
...
donne accès par l'escarpement. On accède au ksar par une ravine au Sud-Est et la porte d'entrée se
trouve de ce côté.
L'oasis est au contraire en entier sur la rive gauche; elle comprend deux groupes d'une largeur
moyenne de 100 mètres, l'un sur, une longueur de 800 mètres, l'autre s'étend sur 600 mètres. Elle
renferme deux ksour évacués maintenant quoique assez bien conservés. Les puits d'arrossage,
profonds de 5 à 6 mètres, en forme de cône écrasé à l'ouverture, se trouvent surtout sur la lisière
Est. Le sable à déjà limité l'espace de terrain cultivable; c'est lui qui a coupé l'oasis en deux et a sans
doute déterminé les habitants à déménager leurs ksour pour se porter sur la rive droite.
On peut de Timimoun gagner Timmoudi directement par l'Erg. Cet itinéraire vient d'être reconnu par
un détachement de spahis saharien qui, voulantaller de Timimoun à Beni-Abbès en évitant la Saoura,
a dù renoncer à ce projet irréalisable et se rabattre sur Timmoudi.
Les ruines de Sidi-M'Ahmed, de Bouterfaïa et des Beni-Zouggar sur le plateau Est, ainsi que celle du
Djorf sur la hammada en face des Ouled-ben-Khoder, puis de Ammès, Oulad-Bounadji, Mansourah et
Beni-Yayia au milieu même de l'oasis,témoignent de l'importance que cette région a pu avoir
autrefois ou des vicissitudes qu'elle a traversées. Dans les dernières, résident encore quelques
habitants.
L'oasis des Oulad-ben-Khoder, appelée aussi quelquefois Beni-Yahia, s'étend sur une largeur
moyenne de 150 mètres et sur 2 kilomètres environ de longueur le long de la rive gauche de la
Saoura; elle est serrée près de l'Erg, à moins de 80 mètres de sa lisière Est; au Nord et au Sud, elle est
limitée maintenant par des dunes.
Le ksar de forme irrégulière, comprend une trentaine de maisons ; il est étagé sur la pente de la
berge et a son entrée
sur la face Sud; il possède à l'intérieur un réduit carré, bastionné, entouré d'un fossé et pourvu d'un
puits particulier.
L'oasis des Ouled-Raffa, plus importante que la précédenté, ne formait avec elle qu'une seule
agglomération de palmiers; les sables s'accumulant'entre elles les a séparés en deux groupes qui sont
maintenant très distincts le long d'un coude de la Saoura vers l'Est. Aux Oulad-Raffa, les cultures sont
étendues et bien entretenues; il y a de nombreux puits. Le ksar, qui n'a pas cessé d'être habité,
compte cent maisons élevées au pied même de l'Erg sur le plateau ; il a son entrée sur la face Ouest
et il renferme un réduit semblabe à celui des Oulad ben-Khoder.
Un peu au Sud des Oulad-Raffa, s'élève la Koubba de Sidi-Abdallah-hen-Amar, groupe religieux d'une
dizaine de maisons. possédant un petit bosquet de palmiers dans lequel les habitants font quelques
cultures.
Ces deux derniers points, Oulad-Raffa et Koubba Sidi-Abdallah-ben-Amar sont en dehors de la piste
habituellement suivie pour gagner le Touat.
KESBAT (ou KsABI). - Au départ des Oulad-ben-Khoder, cette piste traverse la Saoura, franchit un
éperon de la hammada en terrain relativement facile, repasse sur la rive gauche etsuit, au pied de
l'Erg, un plateau sur lequel se trouve le petit ksar Timghaghit bâti au bord de la berge; là, il n'existe
pas d'oasis mais seulement quelques cultures à découvert, au bas de l'escarpement. Cet
escarpement se continue, sinueux mais sans interruption, jusqu'à proximité de Kesbat où sa descente
est difficile. Ici, l'oued s'encaisse sur une longueur de 1500 mètres entre deux falaises terreuses ne
laissant au lit qu'unè largeur de 150 à 200 mètres ; en même temps, il décrít un nouveau coude vers
l'Est où s'étend l'oasis de Kesbat appelée aussi Ksabi, puis il s'élargit de nouveau et a dejà 1500
mètres à hauteur de l'oasis. Le lit se divise alors en deux bras où l'eau apparaît courante à la surface;
celle-ci est médiocre au goût, quoique potable. Une végétation très serrée, oú le roseau domine
(d'où le nom de Kesbat), fournit en ce point un pâturage excellent, en même temps qu'elle donne as
paysage un aspect agréable. La ligne des palmiers couvre sur la rive gauche une longueur de plus de 3
kilomètres, mais les cultures n'y existent que dans la partie centrale et y sont d'ailleurs peu
nombreuses.
….
ZOUSFANA-GUIR- SAOURA 65
Le ksar, élevé en carré sur la lisière Est, est petit; son entrée est sur la face Nord, et ses abords sont
occupés par de nombreux gourbis. Un ancien ksar, ruiné maintenant, se trouve un peu au Sud de
celui actuel.
AU-DELA DE KESBAT. - D'après les renseignements recueillis sur place, la vallée de la Saoura continue
à présenter les mêmes caractères topographiques jusqu'à Foum-el-Kheneg où, à 17 kilomètres de
Kesbat, elle franchit la hammada rocheuse qui avait jusque là bordé la rive droite. En ce point, le lit
de la rivière n'aurait que 5 à 6 mètres de largeur, dominé de plus de 100 mètres sur la rive droite et,
de 4 à 5 mètres seulement sur la rive gauche. C'est à Kesbat que les troupes de la province d'Oran
ont fait leur jonction avec celles de la province d'Alger amenées là, par le général Servières après sa
longue tournée dans le Touat. Cette jonction a eu pour but de montrer aux Beraber que leurs
incursions habituelles vers le Touat, pourraient bien les y faire prendre entre deux colonnes
françaises au moment où ils s'y attendraient le moins.
Après ce long voyage, nous allons révenir en arrière pour dire quelques mots d'une région encore
peu connue, mais que les pourparlers actuellement en cours vont peut-être nous attribuer; je veux
dire celle comprise entre les cours inférieurs de la Zousfana et de l'oued Guir.
Jusqu'à ce jour, la crête descendant du Bêchar le long de la rive droite de la Zousfana a été
considérée comme la limite de notre action vers l'Ouest. Cependant, la soumission entièrement
volontaire de diverses fractions des Oulad-Djerir et des Doui-Ménia, dont les terrains de parcours
s'étendent des deux côtés de cette ligne exigent le report de celle-ci plus à l'Ouest car si on veut
éviter toutes nouvelles contestations, il faut en finir avec ce vague absolue des terrains de parcours
communs aux deux nations voisines. Si une tribu est à nous, il faut qu'elle soit chez nous, afin que des
garnisons de nos troupes ou des
66 ZOUSFANA - GUIR-SAOURA
maghzen puissent les y maintenir en état de fidélité et à l'abri des chinoiseries diplomatiques de
l'entourage chérifien. Cela ne veut pas dire que nous devions mettre un bornage, ni même convenir
d'une ligne parfaitement déterminée, ce serait dépasser le but et nous rendre plus difficile une
nouvelle extension vers l'Ouest. Ce qu'il nous faut surtout, c'est tenir en mains les points, rares
d'ailleurs, où nos nouvelles tribus ont des possessions habitables ou cultivables du Guir à la la
Zousfana, et pouvoir régler toutes les questions communes au moyen d'argents réciproques établis
sur place de part et d'autre et disposant d'un certain nombre de fusils.
Si on va de Taghit aux ksour que les Doui-Ménia possèdent sur le Guir inférieur, on coupe
perpendiculairement deux oueds principaux qui partagent la distance à peu près en trois parties
égales. Le premier, Oued Kheroua (ricin), n'est qu'une simple vallée de hammada, sans eau et peu
fournie en pâturages, qui vient aboutir au Guir vers El-Berda, à 30 kilomètres environ au N. O. d'Igli.
Le second descend du N.-E. par Ouakda et Bêchar et se perd à Dayet-Tiour, à hauteur de Taghit, point
où il se rencontre avec l'oued Bou-Dib venu de Kenadsa; il offre sur son parcours des points d'eau
assez nombreux: Oglat-Menouarar, Haci-el-Aouïmi Foukania et Tahtamia, Haci-Chebania et Oglat-
Lahdeb. La daya Et-Tiour, où il disparaît, est, paraît-il, un point remarquable par sa végétation
herbeuse et l'étendue des terrains qui y seraient cultivables si on aménageait les moyens d'irrigation.
De nombreuses pistes sillonnent le pays entre Taghit, Oglat-Menouarar et les ksour du Guir; les
principales sont :
3° de Taghit, et de Zaouïa Foukania aux ksour du Guir par Haci-Chebania et rejoignant la précédente
à Oglat-Chelkha ;
4° de Taghit aux ksour du Guir encore, par Dayet-Tiour; Cette piste traverse le Teniet-el-Ketabti
auprès d'un rocher de sel où les Doui-Ménia s'approvisionnent.
5° Enfin, d'Igli aux ksour du Guir par El-Berda que l'on atteint soit en suivant le Guir, soit en le laissant
un peu à l'Est par une piste plus directe à travers la hammada.
Les ksour du Guir se trouvent en un point où la vallée du Guir s'élargit considérablement pour former
une « bahariat » plaine basse sillonnée par de nombreux canaux où l'eau coule
abondamment, en hiver et au printemps et quelque peu dans les autres saisons. Ils sont au nombre
de sept, alignés entre Dayet-Haouar et Garet-Dribina, barrant ainsi la vallée. La redoute élevée en
avril 1870 par la colonne Wimpfen existe encore, assez bien conservée. Par ses ressources en eau, en
terrains de culture irrigables et par ses pâturages abondants, cette région semble susceptible de
devenir le grenier d'abon-dance d'où l'on pourrait tirer l'orge et les animaux de boucherie
nécessaires à l'alimentation sur place de nos garnisons, tant dans le Sud oranais que dans les oasis
sahariennes de la province d'Alger. En faisant affluer ces derniers sur Beni-Abbès, périodiquement on
ravitaillerait le Touat plus facilement et plus vite par la Saoura que par El-Goléa. Les Doui-Ménia
possèdent en outre des troupeaux de chameaux qu'ils ne demandent qu'à employer au service de
nos transports.
Ces tribus sont guerrières, armées en grande partie de fusils Remington, si nous les avons en entier
avec nous et à nous, les Beraber ne seront plus guère tentés de menacer nos postes voisins.
Le triangle compris entre la ligne Taghit-Ksour du Guir par Dayet-Tiour et Igli n'a aucune valeur en
dehors du cours du Guir ; c'est une simple hammada à peu près sans eau et maigre en pâturages. Le
Guir, dans son parcours entre Igli et les ksour des Doui-Ménia est un vaste réservoir où l'eau coule en
permanence à la surface en des points nombreux. La tribu des Idersa, fraction des Doui-Ménia, a ses
campements habituels à El-Berda; elle s'est ralliée presque en entier et a déjà fourni à nos garnisons
de Taghit et d'lgli des chameaux de transport et des animaux de boucherie.
Le système orographique se présente sous la forme de plateaux limités par des escarpements et
surmontés de « gour ) (pluriel de gara) qui, vus de loin, ressemblent à des tours larges et
rectangulaires ; de nombreuses rides y permettent un parcours relativement facile, quoique semé de
pierres et de sable, on y trouve, en certains points des dunes en formation déjà hautes et larges. Des
gommiers et des jujubiers sauvages semés ça et là dans les dépressions et quelquefois sur les
escarpements, sont les seuls arbres que l'on y rencontre (1).
(1) Pour rendre à César ce qui appartient à César, je dois dire que la plupart de ces derniers
renseignements, ainsi que le croquis de cette région, m'ont été communiqués par le
capitaine Dinaux, qui, étant chargé des affaires indigènes à Taghit en 1900-1901, a osé
s'aventurer la à ses risques et périls alors que les Dõui-Menia n'avaiént pas encore
commencé à se sóumettre.
...
DEUXIEME PARTIE
Dans la première partie, je n'ai fait qu'effleurer diverses questions qui, communes à l'ensemble du
pays, m'auraient obligé à des redites pour chaque oasis rencontrée en chemin. Je vais done les
grouper, afin de compléter, autant que possible, la physionomie de ces nouvelles régions que nous
avons à administrer, à protéger et à améliorer.
CLIMATOLOGIE
Igli, placé à peu près au centre de ce quadrilatère, sur l'artère principale, au confluent des deux
oueds les plus importants, semble ètre en bonne situation pour que ses détails climatériques soient
la moyenne de ceux de tout l'ensemble.C'est en me placant à ce point de vue qu'il m'a paru utile de
noter quelques observations pendant une année de garnison saharienne.
Dans les saisons autres que l'été, le Sahara n'influe que peu, ou même pas du tout sur la température
du Tell, car la sienne propre est alors sensiblement la mème que celle des Hauts Plateaux ou des
villes du Tell à une altitude égale (600 à 800 mètres) ; ce serait plutót le climat de ces dernières
régions qui
ZOUSFANA-GUIR-U
69
influerait sur celui du Sahara. Il est à remarquer en effet que les premières chaleurs du Tell
surviennent peu après les premiers coups de sirocco du Sahara, tandis qu'au Sahara, les diminutions
successives de la chaleur, à la fin de l'été, se produisent après les premiers orages du Tell et des
Hauts-Plateaux, sans qu'il soit besoin d'orages locaux.
Dans le Tell oranais, les orages pluvieux viennent générale. ment du Sud-Ouest ; dans le Sahara, ils
viennent le plus souvent du Nord-Ouest; il serait intéressant de rechercher si les hautes montagnes
(5,000 mètres), qui s'élèvent au Sud de Marrakech, ne seraient pas leur centre de formation.
Les altitudes relevées dans les vallées de la Zousfana et de la Saoura vont de 865 mètres (Fendi) á un
peu moins de 400 mètres (au Sud de Kerzaz), mais de part et d'autre il y a des dunes dans l'Erg et des
« gour » dans la hammada plus élevés de 150 à 200 mètres ; il convient donc de prendre pour
altitudes extrêmes 1,200 mètres et 600 mètres au moins. On se figure généralement, dans le public,
que le Sahara oranais est à une faible altitude et présente un terrain plat ; j'ai partagé moi-même
cette illusion, et j'ai été tout étonné d'y trouver au contraire des altitudes et des reliefs aussi
importants. Ces conditions permettent d'expliquer les différences considérables de température qui
s'y présentent, puisqu'il n'y a pas, comme dans le Tell, l'influence des pluies, des eaux courantes et
de la proximité de la mer.
1901
+20,
十 25,
十 10,
十 4,
Janvier.
Février..........
Mars et Avril...............
Juin.....................··
Juillet.........
Août...
tobre.
1900
Novembre et Décembre.....
…
70 ZOUSFANA-GUIR-SAOURA
Le mois le plus froid est par suite janvier, le plus chaud est juillet ; les maxima effectifs vont de + 22 à
+48 et les minima effectifs de -8à + 25. La grosse chaleur a commencé brusquement le 1er juin, puis
après deux fléchissements passagers, s'est maintenue régulièrement jusqu'au dessus de 40° ; c'est le
5 septembre seulement, puis le 12, que la deffervescence est apparue d'une façon appréciable, en
deux sautes brusques, tant sur les maxima que sur les minima.
Vent.-La direction générale des vents est S.-E. - N.-O., parallèle à la Saoura et aux chainons de la
hammada ; ceci nous explique la direction semblabledes crêtes sablonneuses de l'Erg.
En hiver et en automne, la moyenne est éntre E. et S.-E. ; au printemps, elle se rapproche du S.-E. et
en été elle est franchement S.-E. Les vents de l'Ouest et du Nord sont l'exception ; ils indiquent
toujours des perturbations atmosphé-riques à la suite desquelles il se produira un ouragan de sable
et rarement, mais quelquefois, de la pluie.
En été, j'ai pu observer un phénomène qui se réalisait presque mathématiquement pendant les
journées les plus chaudes. Le matin, le vent se levait léger à l'Est ; à midi, il venait plus fort du S.-E.
puis du Sud ; le soir, très fort du S. O. après le coucher du soleil, il revenait alors en bourrasque de
sable, puis le calme s'établissait presque brusquement et quelques heures après le vent revenait
doucement par l'Est ; on eût dit qu'il courait toute la journéeaprès le soleil, puis que, las de sa course,
il revenait le soir à fond de train, furieux de sa déconvenue, pour reprendre position dans l'Est en vue
d'une nouvelle chasse le lendemain. Ceci est à rapprocher des observations faites par M. Angot à la
tour Eiffel, et d'après lesquelles la composante des vents serait N.-S. de minuit à 5 heures du soir et
S.-N. de 5 heures du soir à minuit, pendant la saison chaude. Dans le Sahara, ces composantes
seraient aux mêmes époques S.-E.-N.-O. de minuit à 5 heures du soir et N.-O.-S.-E. de 5 heures du
soir à minuit; c'est-à-dire presque en sens inverses de celles constatées à Paris.
Le vent un peu fort est généralement accompagné de sable fin qui est très aveuglant parce qu'il
arrive horizontalement en rasant le sol. En revanche, quelques gouttes d'eau fixent le sable et la
poussière. Les tourbillons de sable sont extrême-ment fréquents et montent souvent à une très
grande hauteur.
ZOUSFANA-GUIR- SAOURA 71
Etat du ciel. - En hiver et jusqu'au mois de juin, puis à partir d'octobre, le ciel est rarement nuageux; il
y a des périodes de 15 à 20 jours pendant lesquelles on n'aperçoit ni nuage, ni la plus légère brume.
De juin à septembre, au contraire, le ciel est rarement pur, surtout au lever du soleil; dans la soirée, à
partir de 3 heures, le soleil est presque tou-jours masqué et la chaleur devient suffocante. A Igli, deux
décès sont survenus par coup de chaleur pendant l'été 1901, ce fut chaque fois par un temps
semblable; l'heure la plus chaude était alors 5 heures du soir.
A signaler, le 25 janvier 1901, á 8 heures du soir, un ciel rouge intense en même temps qu'un
immense halo entourant la lune.
Barométrie. - Dans le même lieu, le baromètre varie fréquemment en 24 heures sans cause
apparente; une baisse brusque et un peu forte annonce généralement un fort coup de vent Sud,Sud-
Ouest ou Ouest, avec poussière. A Igli, les observations de six mois successifs ont présenté un écart
maximum de 12mm au même point.
D'octobre à mars, il y a eu presque chaque nuit une rosée abondante qui, en jauvier, a donné lieu
plusieurs fois à de fortes gelées blanches.
En dehors de ses rares perturbations l'air reste sec en permanence, sauf aux environs immédiats des
oasis cultivées; à Beni-Abbès, par exemple, la chaleur est souvent humide à cause de l'évaporation du
sol des jardins irriguées.
Régime des cours d'eau, sources et puits.- La Zousfana, le Guir et la Saoura coulent en permanence à
découvert en certains points de leur parcours. Il y a relativement peu de
72 ZOUSFANA --GUIR-SAOURA
différence entre le débit de l'hiver et celui de l'été; toutefois, il est un peu plus fort en hiver. Là où le
lit est à sec, on trouve souvent l'eau à moins de 10 mètres de profondeur.
Les crues se produisent quelquefois sans le secours des pluies locales. A la suite de l'orage du 6-7
janvier 1901 à Taghit, j'ai eu l'occasion de voir une grosse crue de la Zousfana ; l'eau coulait par
dessus bords et la crue a été entretenue pendant dix jours par les eaux venues du Nord ; malgré le
débit considérable passé à Taghit, l'eau courante s'est arrêtée à Igli (62 kilomètres), absorbée en
route par le sable du lit de la rivière. A la même date, le Guir a eu une crue semblable, mais qui a
dépassé Igli, et est allée loin dans la Saoura.
J'ai observé une autre crue du Guir assez intéressante. C'était au mois de juin de la même année, le
27; des orages avaient éclaté sur le Haut-Guir le 20 ou le 21, sans qu'aucune goutte d'eau fut tombée
dans la région d'Igli. Le 27 au matin, j'ai constaté que le Guir était monté notablement sans que sa
limpidité se soit modifiée. Ayant arrêté mon cheval pour le faire boire, j'ai été surpris de voir l'animal
refuser cette eau qui était cependant sa boisson habituelle ; en même temps, je découvrais des
quantités de petites grenouilles et de têtards morts sur les bords de la rivière. Désirant savoir ce que
cela voulait dire, j'ai goûté l'eau ; elle était abominablement salée, bien qu'en temps ordinaire elle ne
le fut que légèrement. L'explication du phénomène est des plus simples : là ou le Guir ne coule pas à
la surface, le lit est recouvert de dépôts de sel ; la nappe souterraine ayant monté, l'eau s'est mise à
couler en ces points et a dissous le sel pour aller le déposer plus loin, et les grenouilles, trop jeunes
ainsi que les têtards, n'ont pas pu supporter ce surcroit de salure. Cette crue n'a donc pas été le
résultat d'eau courante venue du Nord, la nappe s'est contentée de s'élever au-dessus du lit normal
et on comprend alors que la limpidité de l'eau n'ait reçue aucune atteinte.
Comme pour les rivières, le niveau de la nappe des puits et des rares sources varie peu de l'été à
l'hiver. Toutes les sources sans exception, soit directes, soit amenées par les « feguaguir », ainsi que
la grande majorité des puits, se trouvent sur la rive gauche des oueds, à partir du moment où l'on
rencontre l'Erg. De cette particularité, il semble résulter que le débit général des eaux y est
entretenu, ainsi que dans les rivières, par des infiltrations souterraines, l'eau des pluies
ZOUSFANA-GUIR- SAOURA 73
étant manifestement insuffisante pour en fournir autant. En outre, il faut admettre que le grand
réservoir n'est autre que l'Erg, et cela peut se comprendre : la carcasse sur laquelle celui-ci s'est
formé était primitivement une hammada ou succession de plateaux rocheux ridés par des vallées
parallèles à l'oued principal ; le sable a comblé indistinctement le tout, créant des vallées au-dessus
des crêtes et des crêles au-dessus des vallées ; les anciennes vallées barrées ont constitué des
réservoirs naturels, recueillant et gardant à la fois les eaux de pluies et celles venues de l'Atlas par les
grandes artères souterraines. Cette eau, après un filtrage pareil, est d'une pureté merveilleuse quand
on la recueille à la base de l'Erg. Celle des oueds ou des puits voisins de ceux-ci se corrompt au
contraire très vite, parce qu'elle a plus ou moins baigné des racines de tamarin ; elle est légèrement
saumâtre et lourde à digérer.
Electricité. - Bien qu'en temps d'orage l'air soit très chargé d'électricité, les éclairs et surtout le
tonnerre sont rares. Il n'est pas d'ailleurs nécessaire que le ciel soit orageux pour que l'électricité
manifeste sa présence à haute tension. Pendant toutes les journées chaudes de l'été, jai vu, sur des
chevaux non exposés au vent, les crins de la queue et de la crinière onduler et s'écarter sous la seule
influence de la tension électrique ,de l'air. Nous-mêmes, d'ailleurs, sentions nos nerfs vivement
actionnés par le fluide, et c'est là certainement une des causes de la fatigue qu'éprouve l'Européen à
passer un été au Sahara, parce que cette action sur le corps humain est presque constante pendant
quatre mois.
ANIMAUX
La faune est peu variée, et les animaux utiles sont en général peu nombreux.
Oiseauæ.-Parmi les oiseaux sédentaires, nous trouvons seulement : alouette grise, moineau, perdrix,
corbeau, bergeronnette et deux ou trois espèces de petits oiseaux chanteurs qui se tiennent aux
environs des oasis ou des redoutes,
74 ZOUSFANA-GUIR- SAOURA
La perdrix ne dépasse pas les oasis d'Igli, et bien que peu chassée, elle ne fructifie pas. Le moineau a
des couleurs beaucoup plus vives et plus foncées que celui du Tell. Les corbeaux vivent en tribu
autour de nos postes militaires pendant toute l'année ; les chameaux morts, les immondices et les
dattes leur offrent une nourriture plantureuse ; on les voit en plein été, sur le sable chauffé à 60°,
sautiller en tenant le bec entr'ouvert. Parmi les oiseaux chanteurs, il en est un, fort joli, noir taché de
blanc, peu sauvage, qui chante à ravir sur le faite des maisons, avant le lever et après le coucher du
soleil.
Quelques aigles « charognards », faucons et chouettes, constituent la famille des oiseaux de proie.
Les grands passages ont lieu en février-mars et en septembre, les canards de l'espèce dite « tadorne
»nichent et il en est qui restent toute l'année.
Quadrupèdes.- Les quadrupèdes vivant à l'état sauvage sont: chacals, hyène, renard bleu, renard
argenté, renard de sable appelé dans le pays « fenek », gazelle, méha, mouflon, houach, lièvre,
gerboise, hérisson, rat ordinaire et rat musqué, mulots et souris.
Les renards fréquentent particulièrement les rochers qui bordent les oasis ; les gazelles se trouvent
surtout nombreuses dans l'Erg ; en été elles se rapprochent du Guir et de la Saoura aux points où
elles peuvent trouver de l'eau courante et un peu de verdure fraîche, elles dévorent les petites
feuilles du jujubier sauvage dans les vallées voisines, mais n'osent pas pénétrer dans les jardins où,
des indigènes sont installés sous la tente ; on les voit rarement en troupeau de plus de cinq à six ;
entre cuir et chair les pauvres bêtes sont dévorées par d'énormes poux, principalement sur le dos.
Les lièvres
sont petits, leur teinte fauve est plus pâle que chez ceux du Tell; plus on descend dans le Sud, plus
rares ils sont, et après Beni-Abbès, on n'en voit plus trace ; à Igli, il m'est arrivé, en été, d'en
apercevoir un couché sous une touffe, vers 9 heures du matin, jai pu m'approcher de lui et le prendre
à la main gràce à la température qui dépassait déjà 40 degrés.
Si ceux de ces animaux dont la chasse serait une distraction agréable sont en petit nombre, en
revanche, les mulots, les rats et les souris pullulent dans les ksour et déjà dans les redoutes que nous
venons de construire.
Insectes et analogues. - Les mouches ordinaires, les mou-cherons et les moustiques se montrent
surtout au printemps et à l'automne, ces animaux sont alors en grande quantité et rendent la vie
insupportable. En plein été et au cooeur de l'hiver, leur nombre est considérablement réduit mais il
en reste toujours assez pour incommoder les gens. Les moustiques s'attaquent surtout aux chevaux
et les laissent peu se reposer pendant la nuit. Les mouches de cheval et les taons sont, ainsi que les
abeilles, plutôt rares.
Les fourmis ne présentent que peu d'individus, j'en ai remarqué trois espèces : une petite brune, qui
fréquente les cuisines et les salles à manger ; une autre longue, énorme, à marche lente dans les bas
fonds humides ; enfin une troisième, moyenne, au dos argenté, solitaire et courant sur le sable avec
une grande rapidité.
Les coléoptères, les araignées de murailles, les scolopendres et les tarentules ne sont qu'en petite
quantité dans l'Extrême-Sud, ainsi que le scorpion noir ou jaune, mais leur nombre
augmente considérablement dès qu'on s'approche de l'Atlas. J'ai aperçu dans des carcasses de
chameau en décomposition quelques necrophores aux vives couleurs.
La puce n'existe pas du tout et la punaise quoique importée par nous ne se multiple pas; il faut s'en
réjouir, car il est permis de se demander si le sommeil de l'homme déjà empêché par tant d'autres
causes pourrait encore supporter ce dernier assaut. Les quelques papillons que l'on voit ont de
brillantes couleurs ; dans les jardins, existe celui dit « de choux ». En été, il y a une multitude
d'insectes ailés nocturnes dont quelques uns sont fort jolis ; j'en ai remarqué un, en particulier, sorte
de libellule portant en plus de ses ailes, deux longs appendices en forme de plume frisée qu'elle
utilisait comme un balancier; je dois dire que je l'ai vu une fois seulement.
Reptiles.-Comme reptiles, nous voyons quelques espèces de lézards terrestres dont l'un jaune-brun,
très laid, se'meut lourdement sur le sol; puis, le lézard de palmier et le caméléon (rares); la vipère
commune et la vipère à cornes pénètrent assez souvent dans les habitations.
Poissons.- Les poissons ne sont représentés que par deux espèces: quelques barbeaux dans les trous
de la Saoura à Beni-Abbès et à Aguedal; puis, dans le Guir aux environs d'Igli, un tout petit poisson
comme il en existe dans le lac du Kreider.
Partout où il y a de l'eau courante on trouve en grande quantité des crapauds et des grenouilles «
rainettes », que des amateurs ont déclarées excellentes.
Animaux domestiques. - Les animaux domestiques sont: chameaux, chèvres, moutons, bæufs, ânes,
mules, chevaux, chiens, chats et poules.
Les chameaux appartiennent surtout aux Oulad-Djérir et aux Douí-Ménia, quelques uns aux
Ghenanema. Depuis que j'ai été à même d'étudier assez longuement le chameau, j'ai cessé de croire
à la légende de sa sobriété. On se figure généralement, d'après le dicton, que cet animal est capable
de marcher et de porter impunément pendant plusieurs jours sans boire ni manger. Oui, il peut se
passer d'eau pendant trois ou quatre jours, mais à la condition de trouver en chemin des plantes
saha-riennes qui, presque toutes très acqueuses, servent à la fois de nourriture et de boisson.
Essayez d'entretenir un chameau
ZOUSFANA-GUIR-SAOURA 77
exclusivement et pendant le même temps avec des matières sèches telles que des dattes ou de l'orge
et vous le verrez bientôt tomber si l'eau lui manque. D'autre part, examinez l'estomac d'un chameau
mort et vous serez stupéfié en voyant l'énorme paquet d'herbes qu'il renferme.
Nos convois dans l'Extrême-Sud ont perdu beaucoup de chameaux, non pas seulement à cause de la
chaleur, du froid ou du surmenage, mais surtout parce que marchant en carré pour éviter les
surprises, ils les tenaient enfermés dans un espace trop restreint pour qu'ils puissent, tout en
marchant, happer une nourriture suffisante. Nous les chargions habi-tuellement à 120 kilos,
rarement à 140 kilos et seulement pour les denrées s'équilibrant bien, tandis que les indigènes
locaux les chargent à plus de 200 kilos, mais il faut remarquer que les petits convois de ces derniers
marchent toute la journée, tout à leur aise, lentement, broutant en chemin et ne sont pas comme les
nôtres, tenus d'arriver assez tôt à l'étape pour permettre à l'escorte de préparer sa propre
nourriture. Le chamelier indi-gène se contente de quelques dattes et d'une galette qu'il porte sur lui,
tandis qu'une troupe à des besoins beaucoup plus étendus.
Nous marchions habituellement à la vitesse très ralentie de 3 kilom. 500 à l'heure, afin de ne pas
surmener les chameaux par une allure supérieure à celle dont il sont coutumiers; il n'était pas
possible de faire mieux sans danger pour la santé de nos soldats qui, bien qu'allégés, voyaient
augmenter sensible-ment le temps de marche pendant lequel ils avaient à porder leur « barda » et
cela à une allure inusitée et plutôt fatiguante pour eux.
D'autre part, puisque le chameau ne pouvait pas manger en chemin, il fallait bien arriver à l'étape
assez tôt pour qu'ils puissent être envoyés au pâturage avant la nuit. C'est en tenant compte de
toutes ces obligations contraires que la vitesse de marche a dù être fixée au chiffre que je viens
d'indiquer.
Le chameau est certainement l'animal porteur le plus délicat parmi ceux que nous employons ici, en
revanche, il est très courageux à la besogne et quand il se laisse tomber, c'est qu'il est réellement à
bout de résistance. A un mulet, à un âne qui tombent ainsi, il suffit souvent d'un repos de quelques
jours pour être remis complètement sur pied; pour le chameau, au contraire, c'est presque toujours
un cas mortel à bref délai,
78 zOUSFANA-GUIR- SAOURA
et si par hasard, il s'en tire, il lui faudra six mois, un an peut-être de bon pâturage sans travail pour se
refaire.
A défaut de pàturages, on peut nourrir suffisamment le chameau, au repos surtout, avec deux ou
trois kilogs d'orge ou de dattes dures, mais il est bon d'y ajouter du drinn, pour augmenter sinon la
nutrition, du moins le volume de la nourriture, et, en ce cas, l'animal doit boire abondamment tous
les jours. Toutefois, il faut lui donner une éducation spéciale pour l'habituer à se nourrir de dattes ;
on lui broie d'abord les noyaux pendant quelque temps, puis il arrive à le faire lui-même.
Au début des opérations dans la Zousfana, l'administration militaire louait chameliers et chameaux à
un prix journalier déterminé et remboursait la valeur des chameaux morts. Les instincts rapaces de
l'arabe n'ont pas tardé à leur suggérer nombre de procédés ingénieux pour obtenir des rembourse-
ments illicites ou seulement avantageux. Par exemple, le chamelier propriétaire ou non des
chameaux qu'il conduisait ne les soignait pas ou même les aidait à mourir s'il y trouvait un bénéfice; il
lui suffisait de les sangler fortement un peu en arrière de la vessie ou de leur donner à la main une
mau-vaise herbe pour atteindre le résultat voulu.
e procédé avait encore l'inconvénient de faciliter la substitution d'animaux fatigués à des animaux
sains tout d'abord acceptés, de nous obliger à une comptabilité des plus embrouillées et d'amener
des contestations interminables. Depuis lors on a coupé court à tout ces abus en passant avec les
caïds des conventions forfaitaires pour les services à fournir et les propriétaires de chameaux n'ont
plus intérèt à envoyer en convoi des animaux déjà usés, et encore moins à laisser négliger et à faire
mourir ceux qui marchent, sachant que la perte ne leur en sera plus remboursée. Les résultats de la
mise en pratique démontrent d'ailleurs l'excellence de ce nouveau mode d'opérer dans lequel les
propriétaires trouvent encore un bénélice suffisamment rémunérateur.
La chèvre de l'Extrème-Sud est semblable à celle du Tell, mais nourrie insuffisamment, elle ne donne
que peu de lait ; j'ai vu là-bas quelques chèvres espagnoles plus productives que les premières.
Il y a deux espèces de moutons, le mouton ordinaire du Tell, puis un autre plus fort, au front très
busque et che
ZOUSFANA-GUIR-SAOURA 79
lequel la laine est remplacée par du poil. La castration des béliers est peu en usage et, si l'animal
n'est pas trop vieux, sa chair ne contracte pas de ce fait un goût très prononcé.
Au contraire des chameaux, c'est dans la hammada que les troupeaux de chèvres et de moutons
trouvent la nourriture sèche qui leur convient, ne craignant pas certaines herbes qui y poussent et
donne la mort au chameau. A Kerzaz, j'ai vu utiliser les graines de gommier comme alimentation de
ces animaux. Nous avons essayé d'employer de même les dattes dures ; la chèvre les mangeait
volontiers en laissant le noyau, mais le mouton ne prenant pas cette dernière précaution mourait
bientôt d'une indigestion.
Le bæuf et la vache n'existent qu'en petit nombre, ceux que nous amenions pour nourrir la troupe
dépérissaient bien plus vite que les moutons si on ne leur donnait pas une ration d'orge de un kilog
au moins.
Les poules, seule volaille du pays, sont petites, toujours maigres et produisent des æufs minuscules,
les indigènes exigent pour ces produits des prix très élevés, 2 francs pour les poules, 0 fr. 10 pour les
ceufs.
On compte facilement les ânes et surtout les mules, car il y en a peu, relativement aux services qu ils
pourraient rendre; cependant depuis que nous sommes arrivés leur nombre s'étend peu à peu, grâce
à l'argent que les indigènes ont déjà tiré de nous en nous vendant leurs produits. Au début, les pièces
de monnaie étaient, pour la plupart de gens, chose inconnue; lors des premiers échanges, ils
n'acceptaient que celles d'argent, mais ils n'ont pas tardé à devenir plus confiants lorsqu'ils ont vu
que nous nous établissions définitivement chez eux et que cela leur procurait des bénéfices
importants. Une assez grande quantité de nos pièces d'argent disparaissaient de la circulatiou en
passant aux creusets des bijoutiers juifs. Le cheval est un animal de luxe que seuls se permettent
quelques personnages des ksour et les guerriers des tribus nomades ; pour le nourrir, il faut de l'orge
et jusqu'ici l'orge coûtait cher.
Les chiens sont plutôt rares dans les ksour, les nomades ont quelques « slougui ».
Quelques chats possédés par les habitants sont insuffisants pour faire la guerre aux bandes de
rongeurs qui infestent les maisons ; on les prise très haut.
80 ZOUSFANA-GUIR- SAOURA
PRODUCTIONS,
La culture se fait principalement dans les jardins de palmiers et parfois dans les terrains nus au fond
des rivières, elle se borne aux produits suivants: Orge, un peu de blé dur, sorgho et maïs, luzerne,
fèves et pois chiches, choux fourragers, navets, carotteslongues, oignons, quelques tomates,
aubergines blanches, concombres, pastèques, citrouilles, melons, piment fort, safran, henné, et un
peu de cotonnier.
L'orge est semée en décembre ou au commencement de janvier et récoltée en avril, son rendement
est faible, le grain est moyen ; cette culture est alors la principale et, comme toutes les autres, elle
comporte l'irrigation.
La luzerne devient haute, elle m'a paru donner un rendement assez abondant aux Beni-Goumi où on
la trouve surtout.
Parmi les légumes, les navets et les oignons sont les meilleurs.
Le melon est très allongé, mesurant parfois jusqu'à 0m 80, sa chair est farineuse, légèrement
musquée et peu sucrée, c'est-à-dire d'un goût médiocre ; les indigènes ont d'ailleurs le tort de
planter côte à côte le melon, la pastèque et la citrouille et ne recueillent ainsi que des graines
dégénérées.
Comme arbres, on trouve dans les jardins, en outre du palmier, le figuier, le pêcher, l'abricotier, le
grenadier, quelques cognassiers, poiriers, oliviers et mùriers; des pieds de vignes à demi-sauvage,
enfin du tlaïa cultivé et taillé de façon à lui faire produire des perches relativement droites et longues
de 5 à 6 mètres. Jai vu aussi un oranger de belle venue, mais non greffé. Les fruits sont en général
petits et ont peu de saveur, car aucun soin n'est donné aux arbres, dont les troncs sont étouffés par
les gourmands.
ZOUSFANA-GUIR-SAOURA 81
de cette nature entrepris par les officiers dans ces régions, car les indigènes, obligés de constater
l'infériorité de leurs cultures amélioreront celles-ci en faisant comme nous. Pour cela, il nous faut les
aider, en leur procurant au début les graines, boutures, greffes, etc..., car ils ne sauraient où
s'adresser pour les obtenir. A Igli, par exemple, nous avons donné à quelques-uns des pommes de
terre à planter, et au mois de mai, il en a été vendu sur le marché installé près de la redoute au prix
très rénumérateur de O fr. 50 le kilog.
Nous avons aussi bouturé diverses essences d'arbres dont les plants nous avaient été envoyés par le
bureau arabe d'Aïn-Sefra et par la garnison du Kheider ; on peut voir maintenant s'élever au milieu
des palmiers de Taghit des jeunes pousses de peupliers, de saule-pleureur, d'olivier de chêne, etc...
L'olivier à l'huile viendrait aussi très bien, car il en existe déjà quelques spécimens sur lesquels jai vu
de belles olives. D'autre part, il est évident qu'on ne pourrait pas impunément accumuler de
nouveaux arbres dans les oasis ou le terrain cultivable est limité ; il faudrait se contenter de
remplacer le médiocre existant par un mieux relatif
De ci, de là, on voit dans les jardins quelques belles touffes de rosiers de mai ; c'est le seul sacrifice
fait à l'agrément.
Comme dans toutes les cultures ksouriennes, les jardins sont séparés par des murs en terre ou par
des palissades élevées au moyen de feuilles de palmier piquées dans le sol. L'eau des irrigations est
prise soit dans des puits, soit aux sources qui, venant de l'Erg, s'ouvrent ou ont été amenées sur la
rive gauche de l'oued. L'aménagement de tout cela mérite une mention particulière car il est le
même dans toutes les oasis, sauf comme nous l'avons vu à Igli, ou existe un modèle de puits tout
spécial. Les puits sont à bascule dite « khettara », composée d'un long et lourd balancier appuyé sur
une traverse qui réunit les sommets de deux piliers en « toub » ou en tronc de palmier, ils ont
généralement un revêtement intérieur en gros cailloux. Il existe presque autant de puits que de
jardins, leur eau tirée au moyen de corbeilles tressées est déversée dans un conduit formé par un
demi-tronc de palmier et dirigée ainsi dans des rigoles à ciel ouvert ou la rapidité du puisage
entretient un écoulement permanent pendant l'arrosage.
En quelques points de la rive gauche, les indigènes ont créé des sources en y amenant l'eau des
nappes qui s'étendent sous
82 ZOUSFANA-GUIR- SAOURA
la dune; c'est le système de la « foggara ». Il comprend un conduit souterrain reliant les fonds d'une
ligne de puits creusés entre l'Erg etl'oued, ces puits sont à une vingtaine de mètres les uns des
autres, ils constituent un énorme travail quand la dune est éloignée de la rivière à plusieurs
kilomètres comme à Guerzim. La plupart du temps il ne s'agit pas alors de capter et d'amener une
source, mais bien de chercher la nappe et de la conduire en plan incliné souterrain jusqu'au point
voulu ; en effet on ne voit que peu de sources jaillir directement au pied de l'Erg, sauf en quelques
points ou celui-ci touche la rive gauche de l'oued principal.
Orea
En dehors des productions artificielles, il y a peu d'autres ressources dans le pays. Les pâturages, là
où il en existe, sont surtout à l'usage des chameaux, sauf, comme je l'ai dit déjà, dans la région du
Guir et de l'oued Bou-Dib où ils permettent aux Doui-Menia d'élever convenablement leurs
troupeaux de chèvres et de moutons. Le chameau trouve dans la Zousfana, dans la Saoura et dans
l'Erg une nourriture sinon abondante, du moins très variée, représentée principalement par les
plantes suivantes, dont j'indique l'apellation locale à défaut du nom scientifique : guetaf, alenda, el
hàtt, rtâ, baguel, damrâne, chira, reums, besbess, bsiabsia, nejem, drim et diss. La plupart sont
privées de feuilles proprement dites; sur une tige ligneuse, sortent des excroissances très aqueuses
qui les font ressembler à des plantes grasses; quelques-unes sont des graminées ; le nejem est un
chiendent à pointes aiguisées qui croit dans les bas-fonds humides et dónt les chevaux sont
particulièrement friants.
ZOUSFANA-GUIR- SAOURA 83
et court ou celui rond et élevé, le jone, le dissplat et un gazon court d'une extrême finesse.
Presque toutes les plantes se présentent en touffes espacées ayant leurs racines enfermées dans un
monticule sablonneux ou terreux.
Dans la classe des arbres ou arbrisseaux, nous ne voyons guère que le tamarin ordinaire et le tlaïa
vivant côte à côte dans une amitié fraternelle et ayant souvent leurs racines mêlées dans le même
monticule, le gommier, le jujubier sauvage, le laurier rose et le caprier.
Il serait facile d'étendre la production du tlaïa par bouturage et celle du gommier par semis ; outre
les galles à tanin et la gomme excellente qu'ils donnent, on en tirerait encore le bois qui manque
totalement en beaucoup d'endroits où les indigènes se contentent de palmes seches ou de palmiers
morts pour faire cuire leurs aliments.
Toutes les plantes sahariennes à l'état sauvage ont une qualité remarquable : leur puissance de
vitalité et une complaisance inouïe à repousser malgré de graves mutilations, à la condition,
toutefois, qu'on nouvre pas trop le tertre protecteur de leurs racines. C'est au printemps surtout que
les plantes se remettent à pousser, mais il en est beaucoup qui continuent à produire leur verdure
même pendant les plus fortes chaleur. Le gommier, qui parait mort pendant les six premiers mois de
l'année, donne ses premières pousses d'un beau vert clair et ses fleurs très odorantes au mois de
juillet seulement; si on l'examine alors, on voit l'écorce des branches ou du tronc bourgeonner en
certains points et, là, se former une poche extérieure qui, sous une enveloppe de gomme durcie au
contact de l'air, renferme de la gomme liquide; des myriades d'insectes ailés, mouches vulgaires,
papillons, mouches à miel, sauterelles, etc.,, bourdonnent dans la frondaison, attirés par le suc des
fleurs. Le tlaïa fleurit à la même époque donnant, comme le tamarin, des fleurs en grappes blanches
tirebouchonnées, à reflets violacés, et dont l'odeur fine rappelle celle de la reine des prés. Le jujubier
sauvage se présente souvent sous forme d'arbres à gros tronc, mais peu élevés.
Les plantes à fleurs sont peu nombreuses; je n'ai rencontré, en outre de celles déjà citées, que
quelques chardons à grandes fleurs d'un beau jaune d'or, des orobanches à fleurs
rouges brun tigré, du a chou sauvage», à fleur mauve odorante, quelques pàquerettes, de la
centaurée et quelques autres de petites dimensions. Gela s'explique d'ailleurs par la rareté des pluies
et par le peu de facilités qu'ont les graines pour germer dans des terrains que le moindre coup de
soleil dessèche très rapidement. Sur quelques « gour » de la hammada on trouve la rose de Jéricho.
Les dattes constituent la production principale des oasis sahariennes de la Zousfana et de la Saoura.
En général, elles sont de qualité très inférieure à celles de la région de Biskra; c'est à peine si l'on
trouve quelques régimes de ces dattes claires, longues et transparentes exportables à l'uságe des
européens, les autres, soit dures, soit demi-molles, sort néanmoins agréables au goùt et de bonne
qualité marchande pour les indigènes. Les premières dattes mùres apparaissent en fin août, mais
cette espèce, très molle, très sucrée, n'est pas transportable, car elle fermente en peu de temps.
C'est en fin septembre qu'à lieu la récolte générale. Les palmiers atteignent souvent une grande
hauteur; à Taghit, j'en ai mesuré un ayant 26 mètres. Nous pourrons petit à petit améliorer la qualité
des dattes en important des dattiers nouveaux.
INDUSTRIE
L'industrie est à l'état le plus rudimentaire, c'est à peine si les habitants arrivent à fabriquer quelques
objets d'utilité première, tels que flidj ustensiles en sparterie, tapis grossiers en laine, plats, marmites
et autres en terres cuites. Les juifs installés dans les ksour fondent l'or, l'argent et l'étain pour
confectionner des bijoux de forme souvent originale, ornés de verroteries de couleur qui contrastent
étrangement avec les haillons sales et sordides ou les chevelures incultes qu'ils ornent. Les
instruments de travail, les armes, les étoffes sont achetés au Tafilala ou aux caravanes qui les
apportent comme objets d'échange.
ZOUSFANA-GUIR-SAOURA 85
COMMERCE
J'ai été en mauvaise situation pour juger de l'importance des relations commerciales à rayon étendu,
à cause du trouble dans lequel nous avons trouvé le pays; les Oulad-Djeria et les Doui-Menia, d'une
part, non soumis encore, indécis sur leur sort futur, et mécontents par suite de nous voir installés sur
une partie de leurs territoires, non seulement ne prenaient aucune part aux échanges, mais encore
faisaient une police destinée à barrer la route à ceux des leurs qui auraient voulu tenter de
commercer avec nos postes. D'autre part, les menaces continuelles des Beraber et l'enlèvement de
quelques petites caravanes sur la Saoura n'étaient pas faits pour encourager les tentatives à grande
distance. Enfin, l'autorité supérieure avait cru devoir aussi supprimer les grandes caravanes annuelles
des Hamyan et des Oulad-Sidi-Cheikh. Le pays souffrait de cet état de choses au point que les
ksouriens ont eu beaucoup de difficultés à se procurer l'orge nécessaire aux semailles de 1900-1901,
bien qu'il possédassent l'argent et les dattes à donner en échange. On pouvait les voir là où nous
avons des postes militaires, venir trier le sable sous les pieds de nos chevaux ou aux emplacements
de nos troupeaux, pour retirer grain à grain l'orge perdue. En paiement d'une charge de bois ou de
drinn rapportée péniblement à dos d'homme ou, pour être plus vrai, à dos de femme pendant
plusieurs kilomètres, ils préféraient une poignée d'orge à une pièce d'argent. Cette situation n'a pas
tardé heureusement à s'améliorer, au fur et à mesure de la soumission de fractions des tribus
récalcitrantes à notre domination. Dès le mois de février 1901, des petites caravanes sont venues de
Kenadsa, puis, un peu plus tard, des ksour du Guir et ont apporté du grain, des étoffes, des
vêtements tissés et tous autres objets ou denrées dont les ksouriens avaient été privés pendant près
d'un an. Je ne fais pas entrer en ligne de compte les convois de marchandises de nos mercantis qui
avaient surtout pour but de commercer avec la troupe; cependant les habitants du pays ont appris à
s'y fournir de diverses marchandises: sucre, café et quelques étoffes qu'ils y trouvent à assez bon
compte
86 ZOUSFANA-GUIR- SAOURA
quoique plus cher que les marchandises analogues venant par le Maroc. Aux caravanes du Tafilala,
nous avons pu acheter des armes assez belles, en particulier des pistolets d'arçon français de
l'époque de Louis XV parfaitement conservés et qu'on peut s'étonner de voir en pareilles mains.
Il est à supposer que l'argent semé par nos garnisons dans le pays, incitera nos nouveaux sujets à se
créer et par suite à satisfaire des besoins inconnus jusqu'à ce jour, mais ne comptons pas trop là
dessus pour établir un courant commercial d'une certaine importance, d'abord à cause du petit
chiffre de sa population (en y comprenant même celle des oasis les plus voisines, du Touat, du
Tidikeld, du Timmi, etc...) puis aussi parce qu'il faudra du temps avant que ces besoins fussent créés.
Lescaravanes habituelles et les boutiquesde nos mercantis suffiront longtemps à satisfaires aux
exigences ; c'est dire que seuls quelques privilégiés, hardis commerçants et fournisseurs des
marchands installés dans nos postes militaires profiteront des quelques bénéfices à retirer.
On a pu s'étonner que l'organisation du port-franc à Aïn-Sefra, pour les marchandises transitées dans
l'Extrème-Sud n'ait pas encore donné les résultats attcndus. Il y a à ce fait deux raisons: 1° Nos
commercants veulent gagner un peu trop; 2° Les produits anglais et allemands continuent à arriver
par Kenadsa et Taghit. Personnellement, j'ai pu acheter à des
….
caravanes du sucre, du thé, etc... à bien meilleur compte qu'à nos mercantis. Il ne faut pas chercher
ailleurs les causes de l'insuccès relatif constaté jusqu'en ces derniers temps et c'est dans ce sens qu'il
faut y remédier, c'est-à-dire en barrant énergiquement l'entrée aux produits d'exportation étrangère,
mais en ne permettantpas à nos marchandsdel'Extrême Sud de réaliser des bénéfices exhorbitants.
J'ai vu à Igli, un fait que je crois devoir citer à l'appui de ma thèse. Le prix courant accepté par
l'autorité militaire pour la vente aux troupes du paquet de cigarettes était de O fr. 30, alors que cet
objet est acheté en gros 0 fr. 08 dans le Tell. Un arabe en ayant apporté quelques charges de
Duveyrier à ses risques et périls à voulu en vendre à 0 fr. 20 sur le marché ; les marchands européens
d'Igli ont prétendu l'obliger à vendre à O fr 30 comme eux et sur son refus, ont failli lui faire un
mauvais parti. J'ai du intervenir pour faire cesser cette odieuse entrave à la concurrence légale. Ils est
évident que ces commerçants venus si loin risquer leur vie et peut-être leur argent, condamnés à
vivre là sans famille et à subir les rigueurs du climat, méritent d'y faire des gains plus élevés que s'ils
étaient instal'és dans des postes moins perdus, mais il est une limite à laquelle nous devons les
arrêter si d'autre part nous les protégeons contre la concurrence étrangère.
87
…
88 ZOUSFANA-GUIR- SAOURA
courant d'achat des ressources du pays, c'est seulement par l'intermédiaire de l'administration
militaire que les habitants prendront confiance, parce qu'ils sauront devoir être payés intégralement
et en bonne monnaie. On habituerait ainsi l'indigène à amener lui-mème ses produits et c'est alors
seulement que des fournisseurs pourraient être appelés à commercer là-dessus pour Ja nourriture
des troupes.
La Saoura est le chemin le plus direct, le plus facile et le mieux fourni en eau, bois et pâturages pour
gagner les oasi3 du Touat et du Timmi, on peut admettre que dans un avenir peu éloigné c'est par là
que se fera la plus grande partie des échanges entre le Tell et ces contrées. J'ai vu déjà passer à Igli,
un convoi de marchandises envoyé d'Aïn-Sefra à un commerçant installé dans une garnison du Timmi
; cette tentative est bien un peu osée dans les circonstances actuelles mais elle prouve que les gens
directement intéressés ont reconnu d'eux-mêmes les avantages qu'offre cette route.
Quant au commerce possible avec nos possessions du centre africain et du Soudan occidental, je me
garderai d'en parler, la question sortant du cadre que j'ai pu étudier. En fait d'objets venus de ces
contrées jusqu'à la Saoura, en dehors des esclaves, je n'ai vu que quelques plumes et ceufs
d'autruche et des plats en bois très dur en forme de demi-sphère.
ETHNOLOGIE
Il nous faut distinguer parmi les habitants, les sédentaires ou ksouriens et les nomades, sans exagérer
toutefois cette distinction, car bien des familles appartenant aux nomades ne bougent presque pas
du ksar ou de l'oasis où elles ont élu [Link] oasistelles que Igli, Beni-Abbès, Beni-Ikhlef et
Kerzaz ne renferment que des sédentaires complètement indépendants de tribus nomades. Au
contraire celles des Beni-Goumi, de Tamettert, El-Ouata, etc.., appartiennent aux Doui-Menia ou aux
Ghenanema qui sont nomades. Néanmoins dans les unes comme dans les autres on trouve trois
races bien différentes, arabe, berbère et nègre. Je crois pouvoir supposer
ZOUSFANA-GUIR- SAOURA 89
que le berbère a été le premier occupant, soit qu'il fut déjà dans le pays avant l'invasion arabe, soit
qu'in ne s'y fut réfugié qu'à cette époque. L'arabe l'y aura poursuivi plus tard, l'en aura chassé en
partie, et aura introduit le nègre venant du Soudan et acheté comme esclave. C'est peut-être du
berbère et du nègre asservis tous deux au début qu'est né le «hartani» au teint bronzé, qu'on trouve
il est vrai dans tous les ksour, mais sur-tout dans ceux placés sous la dépendance des arabes
nomades.
La langue berbère est encore très répandue dans la contrée, concurremment avec la langue arabe;
pour certains mots, elles se sont même fondues aussi bien dans le langage que dans les écrits, ce qui
en rend quelquefois là compréhension difficile aux nouveaux venus ne connaissant que l'arabe. La
plupart des dénominations géographiques sont en berbere c'est cela surtout qui me fait admettre la
priorité de l'occupation berbère.
A ces trois races, s'ajoutent les quelques juifs marocains achetés et implantés dans quelques ksour où
ils représentent l'élément industriel.
Les meurs et les coutumes sont peu différentes de celles que nous connaissons dans les régions
similaires conquises précédemment par la France. Cependant le ksourien, quoique de caractère doux
et pacifique, est resté courageux, habitué qu'il est à défendre son bien contre les pillards du désert,
nous avons pu nous en convaincre en voyant les Beni Ikhlef, au nombre de 200 environ, avoir la
prétention de résister à notre colonne cinq fois plus nombreuse.
Les nomades, qu'ils soient Doui-Ménia, Oulad-Djerir ou Ghenanema ont, comme leurs semblables
des Hauts-Plateaux, des instincts de pillage, de cruauté guerrière et de dissi-mulation, qui ne
demanderaient qu'à se montrer vis-à-vis de nous et dont nous ferons bien de toujours nous méfier.
J'ai pu constater personnellement, en maintes circonstances, combien ces nouveaux sujets malgré
leur soumission, affectent de mépris pour nous et pour nos troupes indigènes ; le lien qui les rattache
à nous est encore peu solide ; il nous faudra une main très ferme, quoique bienveillante, pour
l'empêcher de se rompre à la première occasion.
La question de l'esclavage sera une des plus délicates pour être résolue doucement et dans le sens
humanitaire que nous impose la convention internationale.
Depuis leur arrivee dans la contrée, les arabes possèdent des esclaves, mais ils les traitent
généralement avec douceur, sauf en cas de faute très grave qu'ils répriment par la bastonnade, et
quelquefois, mais rarement, par les mutilations.
La religion musulmane est en général bien observée, mais tout naturellement et sans fanatisme. Les
marabouts locaux sont entourés d'un grand respect, sans que leur influence, du moins sur les
nomades, soit excessive ; néanmoins, notre. politique doit tendre à les avoir toujours pour nous, car
c'est surtout grâce à eux que nous avons pu prolonger pacifiquement et aussi loin, notre domination
vers le Sud oranais.
La femme n'est pas mieux traitée qu'ailleurs ; elle est considérée, là aussi, comme un être inférieur,
bon tout au plus à la matérialité du plaisir des sens ; chargée de la besogne intérieure de la maison
ou de la tente, c'est elle encore qui va chercher l'eau dans des outres en terre cuite beaucoup trop
lourdes pour ses épaules et les charges de bois qui l'écrasent encore plus. Ses vêtements se réduisent
à quelques haillons dont elle drape son corps, et qu'elle recouvre d'une étoffe bleue semblable à
celle qu'a la Vierge sur les tableaux bibliques. Elle a la tête nue et embroussaillée de cheveux teints
au henné. C'est elle aussi qui lave le linge sans savon, à l'aide d'une marne bleuâtre qui en tient lieu.
Les enfants sont à peine vêtus, même par les grands froids du matin ; ils attendent alors le soleil pour
se réchauffer à ses rayons sur les terrasses des maisons.
Dans les cimetières, on voit fréquemment des poteries ébréchées ou entassées en débris sur les
tombes ; c'est une marque qui permet aux vivants de reconnaître les tombes de leurs morts déjà
indiquées comme dans le Tell, par des pierres placées debout à la tête et aux pieds.
MALADIE DU PAYS
Comme toutes les contrées à climat chaud et sec et éloignés de notre civilisation, le Sahara oranais
est très sain. La fièvre paludéenne ne règne que dans les ksour bâtis au centre des oasis, au milieu
des cultures, et la encore, elle ne semble pas
…
ZOUSFANA- GUIR-SAOURA 91
faire de nombreuses victimes. La seule maladie qui fasse des ravages sérieux est la petite vérole,
dont la plupart des ksouriens portent les marques. Nos médecins militaires se sont déjà mis à l'æuvre
pour prévenir les épidémies en vaccinant des enfants encore indemnes, et chose remarquable chez
des peuplades aussi peu au courant de nos moeurs, cette mesure, au lieu de rencontrer des
difficultés, a plutôt été acceptée avec empres-sement; tout en tenant compte des enseignements
que nos soldats indigènes ont pu répandre à cet égard, ce fait semble indiquer nettement combien
est grande la crainte qu'inspire cette maladie.
La teigne faveuse est une affection presque généralisée sur la population mâle; nos médecins s'en
sont aussi occupés et n'ont pas craint de nettoyer eux-mêmes de nombreuses têtes d'enfants à
l'aspect repoussant; si les femmes en sont moins atteintes, c'est sans doute parce que leur chevelure
est plus souvent désinfectée par la teinture au henné.
La syphilis est encore peu répandue, mais elle existe. Les ophtalmies sont fréquentes en été, grâce
aux poussières malpropres qui encombrent les ruelles et les alentours des ksour, au peu de soin de
propreté corporelle des habitants et aux mouches qui propagent le mal surtout sur les enfants.
Telles sont les maladies qui atteignent l'indigène du pays ; sauf la petite vérole, elles sont peu graves,
aussi la mortalité est-elle normale et les cas d'extrème longévité fréquents.
Nous avons eu dans nos troupes quelques cas de fièvre typhoïde spontanée, mais ils n'ont déterminé
la mort que lors-que des complications due à une affection organique antérieure sont survenues. En
revanche, beaucoup d'hommes, européens comme indigènes, ont été atteints d'embarras gastriques
fébriles plus ou moins graves, résultant de la fatigue, de l'extrême chaleur jointe à une nourriture
échauflante et peut-être aussi de la nostalgie. A d'autres points de vue, l'état sanitaire est resté aussi
bon, sinon meilleur que dans le Tell. A Igli, j'ai pu remarquer avec quelle facilité la moindre lésion de
la peau s'envenimait et provoquait dans son voisinage une éruption de furoncles successifs dont on
avait beaucoup de peine à se dé[Link] avons du, l'an dernier, alors que nos soldats se
blessaient assez souvent en construisant les locaux de la redoute, mettre à leur disposition des
solutions de sublimé avec lesquels ils nettoyaient eux mêmes toute écorchure dès
92 ZOUSFANA·-GUIR- SAOURA
qu'elle se produisait. Un malheureux, simplement piqué à un doigt par une pointe de drinn est mort
en quelques jours d'un phlegmon survenu.
Le grand agent désinfectant est le soleil ; c'est certainement gràce à luí que la malpropreté habituelle
des habitants, ne devient pas pour eux un foyer de mort.
Lorsque nous aurons introduit l'usage de la chaux pour blanchir les murailles intérieures et
extérieures des maisons, puis établi la vaccine sur une plus large echelle, nous contri-buerons ainsi
pour notre part à augmenter encore les conditions de salubrité des oasis.
REMARQUES TOPOGRAPHIQUES
Les formes actuelles du terrain dans la région sont le résultaí de deux actions très intenses : 1°
dissication par le soleil qui a mis à nu presque partout la carcasse rocheuse en divisant la couche de
terre en poussière que les vents ont emportée; 20 les vents du Sud-Est qui, amenant le sable de loin,
forment en certains points des dépôts, petits d'abord, puis qui grandissent et deviennent des dunes
plus ou moins serrées et d'altitude variable. L'eau qui tombe si rarement, ne fait sentir son influence
que dans le lit même des grands oueds, par les apports de boue des crues importantes.
En aucune contrée, je crois, on ne peut mieux constater la marche incessante des sables vers l'Ouest,
l'Erg borde immédiatement presque toute la rive gauche du long sillon creusé par la Zousfana et par
la Saoura ; en face, sur la hammada de l'autre rive, on voit déjà, non seulement des taches de sable,
mais même des dunes assez importantes qui continuent à s'étendre tous les jours ; lé sable y a, en de
nombreux points, remplacé la couche primitive de terre, remplissant tout au moins les interstices des
roches et des cailloux épars. La vallée voit donc ses bords se rapprocher peu à peu, malgré les crues
qui de temps à autre nivellent les rides sablonneuses déposées dans son lit. On peut même se
demander si un jour, elle ne sera pas barrée, puis comblée
entièrement par l'avancement continu de l'Erg, car en certain points, tels que : Taghit, Bakhti, Zaouia-
Tahtnina, Tamettert, déflé de Kerzaz, il ne reste plus qu'une faible distance entre l'Erg et la hammada
; cela est d'autant plus à craindre qu'en ces mêmes points, les jardins de palmiers constituent
précisément un obstacle favorable à l'accumulation du sable charrié par le vent.
Jusqu'à ce jour, les indigènes n'ont guère essayé de lutter contre l'envahissement de leurs oasis, ils se
sont contentés d'élever des murs ou des palissades et lorsque les buttes de sable formées à
l'extérieur de ces barrières les ont franchies pour pénétrer par trop dans leurs jardins, ils ont
abandonné ceux-ci pour aller cultiver un peu plus loin des terrains encore indemnes. C'estainsi qu'on
peut expliquer la continuité relative des oasis à partir d'El-Ouata, et non par une ancienne prospérité,
car celle-ci supposerait un nombre de bras et par suite une population qui ne semble d'autre part
avoir jamais été très supérieure au chiffre actuel Dans les jardins de Taghit, les indigènes ont essayé
le procédé suivant qui pourrait donner des résultats s'il était employé partout et suivi avec soin : un
mur de 2 mètres environ de hauteur borde la lisière Est des jardins les plus voisins de l'Erg ; des
ouvertures carrées de Om 30 de côté sont ménagées au pied du mur tous les 2 ou 3 mètres, le sable
au lieu de former une butte continue derrière l'obstacle, entre par ces ouvertures et forme à chaque
débouché intérieur un petit tas facile à enlever de temps en temps. Ce moyen n'est pas évidemment
le rémède radical, mais il permettrait tout au moins de conserver les jardins jusqu'au moment où
l'Erg sera à telle proximité qu'il faudra les abandonner sans espoir. A El-Ouata, ou toute la partie Sud
de l'oasis est déjà envahie par de hautes dunes, les indigènes conservent quelques palmiers en
entretenant un entonnoir à leur pied, ce moyen est, m'a-t-on dit, celui qu'emploient aussi les gens du
Touat dont le principal travail consiste à transporter le sable au dehors au fur et à mesure qu'il vient
combler ces entonnoirs.
En examinant le croquis d'itinéraire, mis à l'appui de la première partie de cette étude, on a sans
doute remarqué que la plupart des oasis de la Saoura se trouvent dans les boucles de la rivière
dirigées vers l'Est. A cela, il y a une première raison majeure, c'est que la Saoura y coule généra-
lement à la surface du lit et que par suite l'eau y est à la moindre profondeur dans les puits voisins du
lit, Il en existe une seconde : l'abri que les plantations y trouvent contre le sable ; si bizarre, en effet,
que cela paraisse, ces cirques plus rapprochés de l'Erg que ceux dont la convexite est tournee vers
l'Ouest, sont moins exposés à l'ensablement sinon direct par l'approche successive de la dune, du
moins par les apports du vent. Il est à supposer que sous l'action des vents violents de l'Est et du Sud-
Est le sable enlevé aux crêtes de l'Erg passe en trajectoire au-dessus du cirque avant de perdre sa
vitesse ; cependant, quand les plantations de palmiers dépassent la branche Sud de la boucle,
comme à Ouata, elles sont les premières à subir l'ensablement, par manque d'un masque protecteur
suffisamment élevé. Au contraire, les oasis situées assez loin de l'Erg, Guerzim, par exemple, sont
les,plus atteintes par le sable que le vent charrie. Le moindre obstacle situé sur le sol, plante touffue
à la base, roc isolé, carcasse de chameau même, est susceptible de former la base d'une dune future;
j'ai pu observer cela même sur des plateaux élevés très balayés par le vent. C'est bien pis encore
quand se trouve au milieu de la vallée une oasis pourvue de grands arbres au pied desquels les
indigènes laissent pousser des rejetons en grosses touffes. Le remède serait peut-être en ces points
de laisser, au contraire, le passage libre au vent, en n'y entretenant que des palmiers bien dégarnis à
la base, à l'exclusion de toute autre culture.
On a pu remarquer aussi que toutes les plantations de palmiers sont sur la rive gauche des oueds,
rarement sur la rive droite; c'est parce que les puits y sont alimentés par la nappe souterraine de
l'Erg tout autant que par celle de la rivière.
Dans l'Erg, les hautes dunes subissent quelques déformations à la suite des ouragans d'une certaine
durée; les sommets se déplacent quelque peu, les « siouf» déplacent leur crête, mais il faut une
longue observation pour constater des modifications sérieuses; le seul phénomène très appréciable
en un an seulement, c'est l'avancement de l'Erg vers l'Ouest.
ZOUSFANA-GUIR- SAOURA 95
ORGANISATION ADMINISTRATIVE
Les oasis de la Zousfana et de la Saoura sont actuellement administrées par deux annexes des
Affaires indigènes, l'une dite de la « Zousfana » comprend les oasis des Beni-Goumi, Igli, Mazzert et
les fractions soumises des Doui-Menia; l'autre dite « de Beni Abbès », comprend toutes les autres
oasis de la Saoura depuis Mazzert jusqu'au Touat.
La tâche des officiers chargés de cette administration est des plus délicates, car les territoires sont
très étendus et les droits acquis par les différentes fractions constituent un obstacle à la fusion
nécessaire à une bonne administration. La propriété par exemple, est très divisée, confuse et sujette
à de nom-breuses contestations soit d'une oasis à l'autre, soit entre indigènes de la même oasis; sa
constitution définitive pour l'établissement des bases de l'impôt demandera un gros travail.
L'autorité militaire a établi des caïds et choisi les notables des djemâa, c'est-à-dire organisé le pays
selon les usages en vigueur en territoire militaire d'Algérie; il reste encore beaucoup à faire
évidemment, mais il n'est nul besoin de se presser; il vaudra mieux même agir avec prudence si nous
voulons voir notre domination acceptée sans contrainte par une progression successive des
obligations imposées.
Je ne dirai rien de l'occupation militaire, dont le régime n'est pas encore définitivement établi et qui
est. d'ailleurs subordonnée aux résultats des pourparlers en cours entre la France et le Maroc.
En quelques mots, je résume l'appréciation générale que je crois pouvoir émettre sur notre nouvelle
acquisition : pays n'offrant par lui-même qu'une valeur médiocre, au point de vue des avantages
commerciaux ou industriels, à moins que
…
nous l'étendions jusqu'au cours du Guir, afin d'entrer en relations directes avec les peuplades
habitant-le versant Sud de l'Atlas marocain. Pour l'instant, il ne constitue qu'une ligne de
communications faciles entre le Tell et les oasis du Touat, du Tidikelt et du Timmi, et cela seul peut
suffire à justifier sa prise de possession, si, d'autre part, les dépenses d'occupation restent en-
dessous des bénéfices supposés. Voilà le coté utilitaire!
On peut en envisager un autre, celui du progrès humani-taire dont la France a toujours été le
champion ; nous venons de faire un grand pas vers les mystérieuses et sauvages régions Sud
marocaines à peine entrevues par quelques hardis explorateurs ; c'est peut-être à nous que
reviendra l'honneur de les conquérir plus tard à la civilisation, tout en préparant pacifiquement notre
accès futur au Tell marocain dont elles constituent la véritable citadelle. Si ce n'est pas tout à fait
«attaquer le taureau par les cornes », ce sera du moins « user les cornes du taureau pour le laisser
sans défense. »
Capitaine DUVAUX.
NECROLOGIE
JUSTIN POUXANNE
L'Algérie vient d'être frappée dans la mort de l'un des fonctionnaires les plus éminents qui aient
contribué à son essor.
Il est certainement bien peu d'hommes qui aient, à l'égal de Justin Pouyanne, consacré à notre belle
colonie une intelligence aussi puissante, une activité aussi longuement soutenue, un tel amour de ce
pays, dont il est devenu l'une des plus belles gloires.
Il faudrait raconter tout au long la vie de ce savant, de cet ingénieur distingué, pour donner une idée
du dévouement qu'il avait consacré à notre France d'Afrique. Il en avait fait sa patrie d'adoption dès
son entrée dans la carrière des mines ét il devait l'illustrer par des travaux impérissables.
Né à Pau, le 5 septembre 1835, Justin Pouyanne entrait à 18 ans à l'Ecole Polytechnique. Il en sortait
dans le corps des mines et demandait une circonscription en Algé[Link] fut nommé en avril 1859 à
Miliana, mais, sur ses instances, il fut transféré à Tlemcen, poste beaucoup plus important à cause de
l'étendue considérable du district minier de cette région, à cause des nombreuses recherches ou
exploitations minières qui y étaient faites à cette époque.
En homme doué d'une sobriété et d'une simplicité réelle-ment admirables, il allait sur sa mule,
accompagné seulement d'un chaouch, passant toute la journée à ses observations stratigraphiques
et couchant le soir sous la tente.
…
NÉCROLOGIE
Il faut avoir connu Justin Pouyanne dans l'intimité pour se faire une idée exacte du dévouement qu'il
a ainsi consacré à la science. Il aimait à raconter les petits détails de sa vie sur le terrain et il le faisait
avec une modestie qui ajoutait encore au mérite de ses explorations.
Je me rappellerai toujours nos longs entretiens sur la région de la Tafna, depuis qu'il m'a été donné
d'entreprendre moi-même des recherches géologiques sur cette'partie de l'Oranie. L'éminent
ingénieur aimait à me renseigner sur tel ou tel point du pays, et il le faisait avec une fidélité de détails
qui excitait mon étonnement.
Si l'on se reporte à l'état du pays à cette époque, de notre occupation, au manque presque absolu de
communications ; si l'on songe, d'autre part, à l'extrême jeunesse des sciences géologiques il y a
quarante ans, on pourra se faire une idée de la difficulté des problèmes qui étaient à résoudre dans
un pays presque vierge encore des investigations du géologue. Aussi faut-il voir dans l'æuvre
scientifique accomplie, en quelques années, par ce savant, un véritable tour de force.
Malgré son importance, cette æuvre a été présentée sous une forme tellement simple et résumée,
qu'il fallait être de la partie et même s'intéresser directement à la géologie de l'Algérie, pour en avoir
connaissance. Justin Pouyanne aimait la science pour elle-même indépendamment des honneurs
qu'elle peut procurer, et sa modestie était telle, qu'il était bien difficile d'essayer devant lui le
moindre éloge de ses découvertes.
Ses travaux sur le bassin de la Tafna resteront, car ils marquent les grandes lignes de la géologie de
ce pays.
En 1876, Pouyanne publia un mémoire sur la région ferrifère des Ouelhassa. Ce mémoire fort
intéressant est accompagné de deux coupes et d'une carte géologique coloriée au 100000. au relevé
topographique de laquelle l'auteur a contribué.
La première partie de ce travail est consacrée à une description géologique des Ouelhassa Cheraga,
L'auteur y distingue :
2· Calcaire liasique ;
3° Crétacé;
5°Pliocène;
6° Quaternaire;
La deuxième partie est réservée à la description des gites de fer manganasé reconnus dans cette
région.
futurs.
Dans un premier chapitre, l'éminent ingénieur donne une classification de la série sédimentaire :
8' Miocène Cartennien qui se représentę avec trois faciès ; zone de la plaine de Marnia, zone des
Traras et zone de la Basse Tafna ;
10° Quaternaire;
11° Alluvions.
Les roches éruptives sont groupées dans un deuxième chapitre; elles sont représentées par des
granites (Nédroma), des roches dioritiques et doléritiques (ophites), des gypses éruptifs, des
porphyres et des basaltes ; ces derniers sont très développés et forment deux grands lambeaux, celui
de Temouchent et celui de la Tafna.
Après un séjour de quinze années à Tlemcen, J. Pouyannei t appelé en 1873 à Alger, où il fut chargé
des provinces 'Alger et d'Oran. En 1878, il fut nommé ingénieur en chef t chevalier de la Légion
d'honneur. En 1879, il fut désigné omme membre de la'Commission du Transsaharien et hargé d'une
mission ayant pour but l'étude de deux tracés e chemin de fer.
Les documents relatifs à cette mission ont été publiés un peu plus tard ; ils renferment des données
géologiques sur la chaine des Ksours et de nombreuses indications sur la géographie du Sahara. Ce
travail témoigne encore de l'esprit de méthode scientifique de ce savant. D'autres voix plus
autorisées que la mienne entretiendront la Société Géographique d'Oran, je l'espère, de l'impulsion
ainsidonnée par Justin Pouyanne à cette question si importante de notre extension dans le Sud
Oranais.l
Sous sa direction, ce service algérien fit paraitre successi-vement trois éditions de la carte générale
au il entre-prit, en outre, la publication des premières feuilles de la carte
détaillée au 50000°
Justin Pouyanne aimait passionnément son service. Je me souviendrai longtemps de la joie qu'il
éprouvait en visitant au Trocadéro, à l'Exposition Universelle de 1900, l'installa tion réservée aux
publications de la carte géologique de l'Algérie. Il voyait avec un légitime orgueil les progrès
considérables réalisés depuis 1889, et c'est avec un certain sentiment de fierté que je songeais moi-
même à la modeste contribution que j'avais pu apporter - à côté de collègues si distingués - à l'æuvre
scientifique de Justin Pouyanne.
Justin Pouyanne laisse une trace ineffaçable dans les annales de l'Algérie et son nom mérite d'être
gravé en lettres d'or dans le Livre du destin de notre France d'Afrique.
LouIs GENTIL.
BIBLIOGRAPHIE
Fez est le titre d'un livre que vient de publier M. Mouliéras. Il s'agit d'un itinéraire, aller-retour, de
Tanger à la capitale du Maroc. Cet itinéraire fut suivi par l'auteur pour accomplir une mission
d'études que lui confia le Ministre de l'Instruction publique fin décembre 1899, à la fois comme
récompense morale et sanction officielle d'un précédent ouvrage considérable: le Maroc inconnu.
Les anglais Drumond-Hay et Richardson, l'allemand Gerhard Rohlfs, l'italien de Amicis, par leurs
voyages et leurs descriptions, avaient fait connaître, dans leurs pays respectifs, soit la topo-graphie,
soit les mæurs et coutumes des diverses tribus indigènes. Certains français aussi; Beaumier, Cotte,
Leclercq, Décugis,Loti, ont fourni des aperçus et des notions de valeur, d'après leurs aptitudes et
leurs dons particuliers d'observation et de style; mais il a manqué à la plupart, sinon à tous, la
connaissance approfondie de la langue arabe. Or, M. Mouliéras a cette connaissance à un degré
éminent, et, gráce à elle, il peut dépouiller les chroniques et récits de voyage écrits par des lettrés
marocains, s'entretenir, sans besoin d'interprète, avec toutes les catégories d'habitants, nomades et
sédentaires, urbains et ruraux, et jusqu'avec les enfants. Cela est un avantage sérieux, bien difficile à
suppléer.
Mais M. Mouliéras ne serait qu'arabisant, fort comme un Sylvestre de Sacy, son voyage aurait pu
consister en quelques renseignements livresques vérifiés sur place, en quelques dialogues bons à
insérer dans un manuel de conversation bi-lingue.
Heureusement pour lui et pour ses lecteurs, M. Mouliéras est paysagiste comme certains de ses
devanciers, justement réputés à cet égard. La nature ambiante envoie à ses sens ses vibrations et ses
images, et son cerveau sait les interpréter au lieu de simplement les reproduire. Les groupements et
les individus humains lui parlent à leur tour, et il les comprend au lieu d'être simplement leur écho.
102 BIBLIOGRAPHIE
De là des croquis, des pastels, des tableaux dont un artiste pourrait s'inspirer pour en fixer les
éléments sur la toile. En voici quelques brefs exemples :
« Si délicieux est son climat, que les Anglais de Gibraltar, officiers, capitalistes,gros négociants, fuyant
les chaleurs torrides de la forteresse britannique, viennent respirer ici, en pleine canicule, les bonnes
brises toujours fraîches que l'Atlantique, ventilateur infatigable, ne cesse de souffler sur la rive
africaine du détroit.
«Le long de la mer, sur la bande résistante des sables, que la marée montante désaltère chaque jour,
la colonie européenne, élégante ou ràpée, règne en maîtresse souveraine. Des diplomates, des
touristes, en habits irréprochables, dernière mode parisienne, caracolent, font la roue,
accompagnant, solidement assises dans leurs cacolets ou sur leurs sellettes à dossier, les femmes de
la haute aristocratie mondaine que suivent des valets marocains chargés de conduire les baudets qui
ont l'honneur de porter de si précieux fardeaux.
« Européanisé lajeunesse dorée d'Israël, cravaches cinglantes, défile au galop vertigineux des petits
chevaux arabes, buveurs d'air et d'espace. »
Cela n'est pas banal, certes; mais où M. Mouliéras me parait prévaloir, c'est dans l'analyse des faits,
la filiation des rapports entre hommes et choses, doctrines et actes moraux ; c'est dans la saine
explication de l'état actuel du Maroc, état déliquescent et en décomposition croissante, dont un
cadavre rongé par les vers, ou,'. si l'on préfère, un moribond gangrené, sont l'exacte symbole. Qu'on
en juge par les extraits suivants pris au hasard de la plume:
«Le lendemain soir, au douar des Oulad Mousa, chez les Beni-Gourfet, vers minuit, une alerte, la
seule que nous ayons eue à l'aller et au retour. Des coups de feu retentissent à cinq cents mètres du
camp; puis des eris d'hommes qui se défendent, qui s'appellent les uns les autres pour repousser les
agresseurs, et tout retombe ensuite dans le silence de la nuit. Ahmed, couché à la porte de ma tente,
avec les hommes de garde, demarde ce que c'est.
« Toujours les Ahal-Srif, ces voleurs de bwufs et d'icoglans, qui ne nous laissent pas dormir
tranquilles!
BIBLIOGRAPHIE 103
« Et la voix qui venait de faire cette réponse se met à jaser indéfiniment sur la pauvreté, les soucis,
les infortunes et les misères de l'agriculteur marocain. Tout à fait éveillés maintenant, les autres
prenaient part à la conversation, chacun gémissant sur la dureté des temps et l'incurie chérifienne.
«Plus perspicace que ses compatriotes. ses séjours en Angleterre et en France l'ayant à moitié
européanisé, Ahmed, railleur impitoyable, leur objecte que s'ils se plaignent c'est parce qu'ils ne
peuvent pas « dormir tranquilles », le sommeil étant pour eux la suprême jouissance de l'existence,
et il conclut :
«Il connaissait bien son Maroc, le grand rifain Ahmed; il le savait incapable d'une réaction salutaire,
enlisé qu'il est à jamais dans les discordes civiles, les intrigues et les querelles des grands, l'hostilité
réciproque des tribus, l'incapacité et la vénalité du Pouvoir chérifien; et il disait que tôt ou tard la
lutte se déchaînerait, irrémissible et implacable, entre le peuple qui souffre et ses éternels
oppresseurs ; puis, finalement, la Grande-Bretagne ou la France - celle qui serait la plus habile -
viendrait mettre le holà à l'anarchie séculaire ; et alors, bridé et sellé, éperonné par la vigoureuse
botte britannique, ou flatté doucement sur l'encolure par la main gantée mais ferme d'un
descendant des bons Gaulois, le dernier empereur indépendant du Magrib, réduit à l'état de
monture nazaréenne, pourrait écrire à ses dociles collègues de Tunis et du Caire:
- « Et que nous importe à nous, dit tout-à-coup un poète joueur de flúte- un malheureux bédouin,
étendu comme les autres à la belle étoile, sur la fertile terre dont les camarades ne recueillaient les
fruits que pour les livrer aux insatiables vautours impériaux -que nous importe que ce soit un juif, un
chrétien ou un musulman qui nous gouverne; pourvu qu'il soit juste, c'est tout ce que nous lui
demandons. Le Prophète de Dieu n'a-t-il pas dit :
-« L'avenir est aux peuples irréligieux, mais justes ; l'Islam tyrannique est marqué du doigt de la mort.
«Par degrés, le feu, que l'on avait rallumé après l'alerte, faiblíssait, s'éteignait, et ses lueurs
mourantes n'éclairaient plus que le joueur de flúte obstiné qui s'était mis à faire redire à son
instrument champêtre les longs espoirs déçus, les gémissements des miséreux attachés à la glèbe, les
ventres creux criant famine, de profundis lugubre de tout un peuple affamé. Puis, tout se tut. Les
hommes fatigués s'étaient tassés les uns contre les autres dans le sommeil et dans la nuit.
104 BIBLIOGRAPHIE
«Seul,je veillais, la citalion lumineuse des paroles du prophète zébrant d'éclairs éblouissants le noir
chaos de l'avenir sur lequel mon àme était penchée.”
Il n'y a qu'un sens sociologique très cultivé et très affiné qui puisse dicter de tels jugements, formuler
de tels pronostics.
Je résume mon impression sur Fez de M. Mouliéras en disant que ce livre m'a rappelé le Voyage en
Égypte et en Syrie du fameux Volney, philosophe, érudit et observateur hors de pair.
Ce livre fut une révélation pour l'Europe éclairée de la fin du XVIII° siècle. Il servit de bréviaire et de
guide à Bonaparte, à ses lieutenants et aux membres de l'Institut d'Égypte. Il concernait deux pays
arabisés, comme l'est le Maroc, et il en donnait la clefà la France.
《Fex » et la suite qu'y donnera M. Mouliéras joueront le mème rôle à légard du Maroc pour nos
explorateurs futurs, pour nos officiers et nos diplomates, bref pour une politique intelligente et
féconde de la part de la France.
PENE-SIEFERT.
Page blanche
Carte
Page blanche
Carte
Page blanche
Carte
Page blanche
Carte
En vous exposant, ainsi que le prescrivent nos statuts, la marche de notre Société pendant l'année
administrative 1901-1902, jaurais garde d'abuser de vos'instants et de votre bienveillante attention ;
je m'efforcerai avant tout d'être bref.
L'effectifde notre Soeiété en membres honoraires ou tilulaires était le 5 mai 1901 de........
313
Les adhésions nouvelles ont été de......... 41
Total........... 354
Ce nombre pourrait être dépassé de beaucoup, et il importe dans lintérêt de la Société, dans celui
même de la Colonie, qu'il s'augmente notablement pour nous permettre par l'accroissement de nos
ressources financières de développer notre action et de mieux faire connaître l'Algérie et en
particulier l'Oranie.
L'effort principal de notre Société pendant l'année courante s'est porté sur le Congrès national des
Sociétés françaises de Geographie; celles ci nous avaient fait l'honneur de choisir Oran pour le siège
de leur XXIII° Sessions dont l'illustre académicien, M. HANoтAUx, a bien voulu accepter la présidence.
-Vingt-six Sociétés françaises de Géographie ou assinilées s'étaient fait inscrire pour prendre part à
cette solennelle assemblée, et vingt d'entre elles y ont pris une part effective.
Trois Sociétés étrangères de Géographie, et quatre Sociétés françaises s'occupant spécialement, soit
des intérêts coloniaux, soit des questions économiques, étaient en outre représentées à notre
Congrès.
Une quarantaine de questions avaient été inscrites au pro-gramme, et vingl-sept ont été
développées en séance publique ; quelques-unes dentre elles ont donné lieu à des discussions des
plus intéressantes et des plus instructives.
Enfin des excursions avaient été organisées par la Société:celle aux ruines de Portus Magnus, au
domaine des Hamyans et aux Salines d'Arzeu, et celle dans le Sud Oranais ont été particulière-ment
suivies ; elles auront laissé à nos aimables visiteurs avec le souvenir de la charmante hospitalité reçue
aux Hamyans et aux Salines, une notion assez nette non seulement de notre Tell Oranais, mais des
Hauts-Plateaux et du versant saharien de notre Oranie.
Dans une sphère d'action plus restreinte, la Société a fait æuvre de vulgarisation auprès de nos
compatriotes oranais eux-mêmes, au moyen de deux Conférences, l'une sur la Chine, donnée par
[Link], professeur à l'école Karguentah, lautre sur l'Indo-Chine due à M. PÈNE-SIÉFERT, ancien
secrétaire de la Ligue de l'Enseignement. Ces conférences ont été suivies par un public aussi
nombreux que choisi, et qui n'a pas ménagé ses applau-dissements aux conférenciers.
Notre Bulletin a publié une série de travaux des plusintéressants: L'Histoire naturelle de notre Sol et
de ses productions y est représentée par l'« Essai sur la faune erpétologique de l'Oranie », de M.
DoUMERGUE, dont la publication est terminée; - par une « Etude sur le Tlaïa », de M. le capitaine
DUvAUx, - par une « note sur le volcan éteint de Tégraou », de M. Kocн.
M. Augustin BERNARD, dans une très attachante étude « En Oranie, nous a fait part de ses
impressions de touriste, mais d'un touriste observateur et initié à toutes les questions économi-qes
et autres qui intéressent notre province, et son étude est parsemée d'aperçus pratiques qui méritent
l'attention des colons comme de nos gouvernants.
Une étude très complète et très intéressante de M. le capitaine Duvaux nous décrit les vallées de la
Zousfana, de l'Oued-Guir et de la Saoura, et toute cette zône récemment soumise à l'influence et à
l'autorité de la France.
[Link]ÉRAs, en nous annonçant l'heureuse exploration des Braber par M. de SEGoNzAc, nous a
donné un avant goût du plaisir que nous avons tous ressenti à entendre l'audacieux et énergique
explorateur nous décrire lui même au Congrès, le a Blad es Siba », et nous raconter les péripéties de
cet aventureux voyage.
M. GASSER, dans sa chronique géographique, nous tient périodi-quement au courant de tous les faits
saillants qui intéressent soit la géographie proprement dite, soit les relations commerciales et les
transformations économiques des différentes parties de notre globe.
Li'Archéologie a été représentée dans notre bulletin par une note de M. DERRIEN sur deux «
Chapitaux Romains » trouvés à Renault, -une note de M. l'abbé FABRE sur les « Statues-menhirs»
découvertes en France, - une notice de M. le capitaine DUvAUx sur les « Inscriptions et les Gravures
rupestres » recueillies par lui à Taghit dans le Sud Oranais; et enfin par une chronique archéologique.
La Météorologie a fait l'objet d'une note de M. Paul VACHER sur a une Pluie de Sable » observée dans
la région de Béni-Saf. M. GUILLAUME nous a en outre fait connaitre les résultats des observations de
la station météorologique de Santa-Cruz durant l'année 1901.
Un certain nombre de notiees bibliographiques nous ont donné l'analyse d'æuvres particulièrement
intéressantes par leur impor-tance ou leur actualité; l'une d'elles a été consacrée par M. GENTIL à
l'æuvre de feu PoUYANNE, dont l'Algérie et les sciences déplorent la perte récente.
Enfin [Link] a bien voulu nous donner chaque année,une statistique très complète des
mouvements de nos ports, un relevé très instructif de [Link] et importations pendant
l'année 1901.
Les Séances du Comité ont été suivies avec ponctualité et toutes les discussions ont, comme il
convient, réuni un nombre très satisfaisant de membres délibérants.
Nous énumérerons, parmi ces décisions, les principales, celles seulement qui, échappant au caractère
d'administration intérieure, présentent un intérêt immédiat :
MM. MouLIÉRAS et Boury ont été désignés par la Municipalité pour faire partie de la Commission
municipale des Fètes du Millénaire.
Le Comité arréte le programme du Concours pour 1901, (ce programme a été inséré au Bulletin).
[Link] René, délégué de la Société au Congrés de Nancy, a fait parvenir à la Société son rapport
sur le Congrès.
M. Boury, secrétaire général, que la maladie empêche d'assister à la réunion, adresse sa démission,
craignant que sa sasté ne lui permette pas d'accomplir la lourde tàche imposée par le Congrès.
M. le PRÉSIDENT rappelle au Comité le dévouement inaltérable avec lequel M Boury a rempli ses
fonctions de secrétaire depuis 1885; il propose au Comité d'exprimer à M. BourY ses vifs regrets,
avec ses souhaits de prompt rétablissement, et de lui décerner le titre de Secrétaire général
honoraire, qui permettraità M. BouTY de nous continuer le précieux concours de son expérience et
de son dévouement. Cette motion est adoptée à l'unanimité.
M. GAUcHEY, instituteur à la Stidia, a fait à Kalàa près de Renault, des fouilles archéologiques du
résultat desquelles il a fait bénéficier la Société. Le Comité lui vote une subvention de 25 francs à
titre de participation à ses recherches archéologiques.
Le Comité désigne une Commission composéede MM. MouLrÉRAS, GASSER,BEL et Goyr, qui sera
chargée de provoquer et d'examiner les offres des imprimeurs oranais au sujet de la publication de la
« Géographie du Maroe » de M. CANAL, et aura pleins pouvoirs pour traiter au besoin avec eux.
M. NESSLER est désigné pour ètre le délégué officiel de notre Société d'Oran au Congrès de 1902.
Après avoir discuté et voté le budget de l'année 1902, le Comité décide que l's bull-tins dout plus de
20 exemplaires restent disponibles entre les maies de la Société pourront être vendus à rai-on de un
franc l'-xemplaire; ceux dont le nombre est inférieur à 2' ne pourront être cédés qu'en vertu d'une
décision spéciale Le Comité se réserve en outre de fixer des prix spéciaux en faveur de membres
coriespondants ou de Sociétés correspondantes.
Le prix de vente de la « Géogruphie du Maroc » de M. CANAL, est fixe à 6 fr. pour le commerce et à 5
fr. pour les sociétaires.
M. MoULIÉRAs est désigné comme délégué officiel de la Société au Congrès national de 1902, en
remplacement de M. NEsSLER et sur la demande de celui-ci, actuellementen voyage à l'étranger.
Le Comité décide que les prix décernés par la Société aux éléves des écoles, doivent l'être seulement
aux élèves des classes supérieures et exclusivement à titre de Prix de Géographie.
M. le Président donne lecture de son rapport sur le concours annuel ouvert par la Société, et le
Comité adopte à l'unanimité ses conclusions relatives au résultat de ce concours.
L'assemblée générale annuelle est fixée au dimanche, 4 mai, à 9 heures et demie du matin.
Tel est, Messieurs et chers Collègúes, le résumé de nos travaux pour lannée écoulée. Il nous semble
encourageant. Et à ceux qui trouveraient ces résultats médiocres, nous demanderions seule-
ment de ns aider à faire mieux, les uns par leur adhésion et leur cotitagron, les autres
par leurs travaux et leur contribution à notre Butletin.
Le Seerétaire général,
FLAHAULT.
M. PocK, trésorier, expose ensuite, ainsi qu'il suit,la situation financière de la Société:
2° RAPPORT DU TRÉSORIER
MESSIEURS,
Par deux délibérations du Comité, il a été décidé que les situa-tions concernant le Congrès et la
Géographie du Maroc,feraient l'objet de comptes particuliers qui seront soumis à votre appro-bation
au moment de la clôture des budgets de ces deux annexes.
Comme je l'avais prévu l'an passé, le montant des cotisations a dépassé les prévisions de 300 francs,
gràce au recrutement de nouveaux Sociétaires, recrutement qui s'est encore accentué à l'occasion du
Congrès de Géographie. Cette augmentation nous a permis d'élever nos prévisions de recettes de
100 francs correspon-dant à une augmentation de dépense de 40 francs pour relèvement du salaire
annuel du gardien du Musée. Cette récompense en faveur de ce'dévoué serviteur, avait été
demandée depuis plusieurs années. Une autre augmentation de dépense qui s'imposait, celle des
frais de correspondance ét de recouvrement, dont le montant dépassait toujours le crédit alloué, a
pu être portée de 200 à 250 fr.
Le détail par articles des recettes et des dépenses sur les deux tableaux ci-joints, ainsi que celui du
budget de 1902-1903, adopté par le Comité dans sa séance du 3 février dernier, vous donneront
mieux que je ne pourrais le faire, tous les renseignements sur notre situation financière qui se solde
cette année par un excédant de plus de 1,200 francs,
RÉSUMÉ
J'ai l'honneur de vous prier de vouloir bien approuver, après examen, le compte que je vous
présente.
RAPPORT DU TRÉSORIER
DETAIL DES DÉPENSES,EFFECTUEES,PREVUES,DIFFERENCE,en plus,en moims,Impression et confection
du bulletin.,
RAPPORT DU TRÉSOPTER
112
Impression du bulletin .,
3.400 《,
3.400 ),
RAPPORT DU TRÉSORIER
3° ALLOCUTION DU PRÉSIDENT
Les annales de notre Société viennent de s'enrichir d'une page glorieuse par suite de la mission qui
nous fut confiée d organiser et de mettre en action le 23° Congrès national des Sociétés françaises de
Géographie.
Si ce Congrès a réussi, nous le devons à plusieurs causes: d'abord, à la haute personnalité de son
éminent président, M. HANOTAUX, puis à sa coïncidence avec le Millénaire de la fondation d'Oran,
aux subventions de généreux donateurs, et enfin à votre dévouée collaboration à tous.
J'aurais voulu ne pas faire de personnalités, mais mon devoir de président est de rendre un public
hommage au dévouement dont vous avez été les premiers à signaler la bienfaisante efficacité.
Je citerai tout d'abord notre aimable trésorier; l'éloge de [Link] n'est plus à faire; je ne peux que le
proclamer à nouveau un trésorier modèle.
Quant à notre nouveau secrétaire général, vous l'avez vu à læuvre; vous l'avez vu au feu du Congrès,
sans repos, sans défaillance, s'efforcer de mériter ou plutôt de justifier son grade d'officier
d'académie; M. FLAHAULT y a pleinement réussi: il a droit à toutes nos félicitations.
Vous m'en voudriez, en cette circonstance, de ne pas mentionner tout particulièrement le précieux
et très apprécié concours du président de la section technique, M. GıLLoT, dont les nombreux
services lui ont valu d'être classé parmi les légionuaires de l'honneur.
A lui et à nos collègues, MM. MouLIÉRAs,GASSER et BouTY,je renouvelle toutes mes félicitations pour
les distinctions que leur a remises M. HANoTAUx. Je profite de cette occasion pour exprimer tous nos
regrets à M. Boury que son état de santé a contraint de donner sa démission de secrétaire général;
nous ne saurions oublier qu'il fut un des fondateurs de la Société et que, pendant 22 ans, il en fut la
cheville ouvrière. Je suis heureux de saluer en lui l'apôtre du transsaharien oranais, et de faire des
væux pour qu'il siège encore longtemps parmi nous comme secrétaire général honoraire, nous
aidant de ses conseils et de son expérience.
qui vient d'illuminer notre Société : il nous suffira pour cela de continuer avec la même vaillance
l'æuvre patriotique que nous poursuivons depuis 24 ans.
Il rappelle que c'est à lúi que l'on doit d'avoir, au Congrès de Paris, obtenu que le Congrès de 1902 ait
lieu à Oran. (Vifs applaudissements).
4° RAPPORT
Des diverses questions mises au concours en 1901, une seule, La Monographie de la commune
indigène de Tiaret-Aflou a été traitée et présentée par M. Fabre, receveur des Contributions diverses
à Tiaret, membre de la Société de Géographie d Oran.
Cette étude, résultat de recherches des plus consciencieuses et d'observations personnelles des plus
judicieuses, comprend, en plus de la description géographique et de l'historique des cercles de Tiaret
et d'Aflou, des considérations très détaillées et du plus haut intérêt, sur les conditions économiques
de cette région. M. Fabre s'est inspiré, à cet effet, de la remarquable étude faite par MM. les Officiers
des affaires indigènes et publiée par ordre de M. Cambon, gouverneur général de l'Algérie, sous le
titre : Le Pays du Mouton.
La commission est d'avis de la récompenser par une médaille de vermeil et par son insertion dans le
Bulletin de la Société de Géographie.
Le Présidlent,
L'-Colonel DERRIEN.
L'élection a lieu au scrutin secret, à la majorité des voix ; elle porte sur douze membres.
G° ELECTION DU BUREAU
Dans sa réunion du 12 mai 1902, le Comité ainsi reconstitué a choisi son Bureau, ainsi qu'il suit :
Trésorier : M. Pocк.
Bibliothécaire-archiviste : M. GUILLAUME.
[Link].
…
CONCOURS OUVERT EN 1902
Comme les années précédentes, le concours portera sur les monographies ou mémoires ayant pour
but de faire connaître notre province, de faire apprécier les ressources industrielles et agricoles de
son sol et de fournir des éléments pour la rédac-tion ultérieure d'une géographie complète du
département d'Oran.
Les principales lacunes restant à combler sont les descriptions géographiques, historiques et
économiques :
Ces travaux deoront être établis d'après un programme déterminé qui sera communiqué aux
intéressés, sur leur demande, par M. Flahault, secrétaipe général de la Société;
Les manuscrits devront être adressés au Président de la Société, avant le 31 mars 1903.
Des médailles de vermeil, d'argent ou de bronze seront décernées aux auteurs des travaux qui en
seront jugés dignes par le Jury. La distribution des récompenses aura lieu à l'Assemblée générale de
mai 1903.
CONGRES NATIONAL
Le xxir Congrès national des Sociétés françaises de Géographie émet le væu que le Ministre de
l'Instruction publique organise d'une manière méthodique l'enseignement de la géographie au
moyen de projections lumineuses dans les établissements d'ensei-gnement secondaire de garçons et
de filles d'après les programmes des différentes classes ; que les appareils et les vues destinées à
propager cet enseignement dans les écoles primaires soient déposés dans les écoles normales
primaires de garçons et de filles ; et qu'on facilite par des subventions et l'extension de la franchise
postale l'action des Sociétés privées qui se consacrent à l'expansion de l'enseignement par l'aspect.
II
Le xxIIIe Congrès déclare s'associer à toute initiative, à tous les efforts tendant à la protection des
sites pittoresques de la France métropolitaine et coloniale, et recommande cette question à toute la
sollicitude des Pouvoirs publics.
III
Le xxIIr° Congrès, appréciant le très grand intérèt qu'il y a pour la France à ce que l'histoire du Maroc
soit une cæuvre française, de même que sa carte est l'æuvre de nos explorateurs, exprime sa
reconnaissance à ceux qui ont poursuivi, pendant ces dernières années, l'étude des questions
marocaines, et en particulier à M. DE CASTRIES, à M. DE SEGONzAc, à M. DoUTTÉ et à M. MoULIÉRAs.
A la suite de lintéressante communication de M. DE CASTRIEs, il émet le væu que toutes les facilités
soient données à cet historien pour mener à bien son grand ouvrage.
IV
Que le projet de loi de MM. DEvILLE et BouDENooT, déjà adopté par la Chambre des Députés, et ainsi
conçu en un seul article :
L'heure légale en Franee et en Algérie est l'heure temps moyen de Paris retardée de 9 minutes et 21
secondes,
Qu'après la consécration par le Sénat de la loi BouDENooT, il soit introduit à la Chambre des Députés
un nouveau projet comportant:
2° L'usage exclusif de l'heure légale, sans aucune altération volontaire, pour toutes les horlog's
destinées à la vue du public, en particulier pour celles des municipalités et des chemins de fer à
lintérieur et à l'extérieur des gares.
Le Congrès recommande de ne pas chercher à joindre ces propositions à la loi BouDENoor, afin de ne
pas retarder le vote de celle-ci.
VI
Le Congrès croit devoir signaler aux Pouvoirs publics l'intérêt scientifique et national qui s'attache à
l'achèvement du système des mesures décimales, æuvre essentiellement française.
Se référant aux væux émis aux Congrès de Lorient et d'Alger, ii émet le væu:
Que le gouvernement prenne telles dispositions qu'il jugera convenables pour rendre officielle la
décimalisation de l'heure et de l'arc de cercle correspondant, dans le plus bref délai possible.
VII
Le Congrès émet en même temps le væu en faveur de la réforme des calendriers dans le sens de leur
unification.
IIIA
Le Congrès émet le væu, déjà formulé dans leurs ouvrages, par [Link],WAILLE MARIAL et
MAURICE WAHL :
Que des recherches soient méthodiquement entreprises pour rendre à la colonisation les immenses
territoires sacrifiés de la Sebkha d'Oran en particulier et des chotts de faible salure en général.
3° Développement sur les terrains salés du bassin et du fond du lac, d'une flore appropriée et
pouvant servir de pâturage au mouton par exemple.
IX
Qu'une carte de la répartition du paludisme en Algérie soit établie et publiée, dans lintérêt de
l'hygiène des colons et des progrès de la colonisation.
1° Que les Pouvoirs publics favorisent lenvoi en Abyssinie de missions spéciales, afin de compléter
l'étude géographique du pays, d'y maintenir la prépondérance du commerce français et de fortifier
nos relations d'amitié avec l'empire du négus Ménélik.
2° Que les Pouvoirs publics prennent toutes les mesures néces-saires pour conserver entre des mains
françaises le chemin de fer de Djibouti à Harrar et à Addis-Ababa, et pour continuer sa construction.
2° COMPTE-RENDU
AVIS
ANNEES ET MOIS,PRESSION
TEMPERATURE,TENSION,HUMIDITE,N,PLUIE,VENTS,NEBULO-,OZONE,NOMBRE,1901,
722,4,6,7,13,9,10,3,6,1,61,6,189,8,151,9,15,S.W.,3,9,6,2,14,5,5,1312,7,
209,9,
40,
33,
L'altitude de la station de Santa-Cruz est de 374 mètres au-dessus, du niveau de la mer. A.G.
OBSERVATIONS METEOROLOGIQUES
121
STATION METÉOROLOGIQUE
DE SANTA-CRUZ D'ORAN
Altitude:374 mètres
EXPOSE SOMMAIRE
des résultats obtenus du 1er décembre 1901 au 1er juin 1902,avec une étude comparative avec les
résultats obtenusàl'hôpital militair e pendant la même période.
Les instrumênts qui servent à faire les observations à l'hôpital militaire sont les mêmes que ceux qui
sont employés à la station de Santa-Cruz qui possède en outre trois enregis-treurs et deux
séisméographes. Dans ces conditions, il est intéressant de comparer les observations fournies par des
instruments identiques placés dans la même ville å des altitudes différentes. Il sera facile de
constater l'influence énorme des vents sur les résultats obtenus. Au point de vue du progrès de la
science météorologique, la station de Santa-Cruz pourra servir à trouver l'explication de certains
phéno-mènes, et être ce que sont à Paris les stations de la tour Saint-Jacques et de la tour Eifel par
rapport aux autres stations placées à des niveaux moins élevés.
Dans cette étude comparative, j'examinerai successivement les différents phénomènes en suivant
l'ordre du registre des observations.
L'étude de l'évaporation dans les deux stations se fait avec l'atmismomètre Piche. La vitesse
d'éyaporation dépend de la différence entre la tension maxima correspondante à la température
ambiante et la tension de la vapeur d'eau réellement existante dans l'air. Elle dépend, en outre, de la
force du vent et de la pression barométrique.- Dans les deux stations, les évaporomètres sont placés
dans les mêmes conditions, à 2 métres 60 au-dessus du sol, sous l'abri régle-mentaire et donnant par
suite l'évaporation à P'ombre. J'ai lu quelque part que l'évaporation diurne constatée avec l'évapo-
…
romètre Piche est notablement plus forte que l'évaporation nocturne. -- Les résullats obtenus aux
deux stations pendant la période décembre 1901 à juin 1902, ne donnent pas raison à cette règle.
Avant d'essayer d'en donner une explication, voici les résultats obtenus :
HOPITAL MILITAIRE
SANTA-CRUZ
Evaporation diurne. 65,1; 48,1; 67,9; 68,5;85,5;116,3 Evaporation noct.. 124,7; 115,7; 139,2; 124,2;
176,1;181,1
Les résultats donnés font d'abord constater qu'à l'hôpital militaire l'évaporation diurne ne l'emporte
pas toujours sur l'évaporatión nocturne et qu'à Santa-Cruz l'évaporation diurne est toujours
inférieure à l'évaporation nocturne. Un résultat aussi intéressant à constater, c'est qu'à Santa-Cruz
l'évapora-tion diurne et nocturne est toujours de beaucoup supérieure à l'évaporation diurne et
nocturne qui s'observe à l'hôpital militaire. Il est déjà certain que ces dernières anomalies
s'expliquent par ce fait que la tension de la vapear d'eau est toujours plus élevée à l'hôpital militaire
qu'à Santa-Cruz, et que c'est l'inverse pour l'intensité du vent. La pression barométrique qui est
différente par suite de la différence de niveau doit aussi avoir son influence.
L'état hygrométrique de l'air ou humidité relative est toujours plus élevé à P'hôpital militaire qu'à
Santa-Cruz. Ces résultats s'expliquent en constatant que la tension ambiante de la vapeur d'eau et
que la température moyenne sont plus élevées en haut qu'en bas de la montagne (d'après les
registres d'observations des deux stations).
Le résultat le plus intéressant mis à jour depuis la création de l'observatoire de Santa-Cruz est celui
qui résulte des observalions ozonométriques
L'état ozonométrique a toujours été de beaucoup supérieur à celui constaté à l'hôpital militaire.
D'ailleurs une étude particulière que j'ai faite dans les différents quartiers de la ville d'Oran, m'a
montré que c'est à l'hòpital militaire où cet étát est le moins élevé.
llõpital militaire..
Celte différence énorme et constante dans les observations, demande dessayer d'en rechercher la
cause. Il est admis actuellement que, sous l'influence de l'électricité, l'oxygène de T'air acquiert des
propriétés particulières qui ont fait donner par M. Schænbein le nom d'ozone à l'oxygène ainsi
modifié. Il a été constaté qu'en temps de choléra, par exemple, l'état ozonométrique est presque nul,
et que dans les endroits souillés par des fumées ou par des gaz délétères, comme aux abords des
usines ou des usines à gaz, la quantité d'ozone formée est insignifante. Ces observations me
conduisent à émettre l'hypothèse suivante, qu'une étude plus approfondie pourrait justifier: sous
l'influence de l'électricité, l'oxygène de l'air se transforme en ozone.
Si cet ozone formé se trouve en contact avec des miasmes ou des gaz délétères il est décomposé
avec dégagement d'oxygène, comme cela se produit lorsque l'ozone se irouve en présence de
matières à l'état pulvérulent. Par suite, un état ozonomé -trique faible serait la preuve que lair est
souillé par des matières nuisibles à la pureté de l'air.
Dans le prochain compte rendu des observations de la station de Santa-Cruz, je ferai une étude
comparative des résultats obtenus aux deux stations sur la nébulosité, lanémologie, la pluie et sur les
différents phénomènes non étudiés aujourd'hui.
[Link],
Préparateur de physique
DE LA
INTRODUOTION
Par sa situation géographique sur quatre régions marquées, par l'intérêt historique que présente l'oc-
cupation successive de son territoire par des popu-lations variées, par le souvenir des luttes contre
Abd-el-Kader dont elle fut un des principaux théâtres, la commune mixte de la Mina méritait une
monogra-phie spéciale destinée à retracer les détails de sa géographie, de son histoire, de son
administration et de sa colonisation. Rien de ce genre n'avait été fait jusqu'ici. Nous avons essayé de
combler cette lacune en décrivant le plus exactement possible les parties distinctes de cette région,
c'est à-dire les vallées de la Mina et de l'Hillil, les hauteurs de Kalâa, les plaines de l'Habra et de Sirat
et les collines de Mekhalia; en rappelant les rapports amicaux ou hostiles des Français avec les
grandes tribus du territoire telles que les Medjeher, les Ouled Sidi Abd-Allah, les Bordjia et les
incorrigibles Flitta; en citant enfin toutes les particularités propres à mettre en lumière certains faits
ignorés jusqu'ici, à rectifier diverses erreurs.
10
126 INTRODUCTION
Nous souhaitons avoir réussi dans notre tâche : elle a consisté à réunir dans un même groupement
tout ce que nous avons crû devoir intéresser à la fois les personnes désireuses de se renseigner sur
cette région dans un but scientifique, les voyageurs, les colons,les pouvoirs publics eux-mêmes.
Ayant eu l'occasion de parcourir à diverses reprises cette partie du Tell oranais, d'y séjourner même
quelque temps, nous y avons recueilli le plus de renseignements susceptibles de compléter, dans une
certaine mesure, les trop rares détails que nous donnaient sur ces lieux les nombreux ouvrages que
nous avions consultés.
Peut être n'avons nous pas, dans notre travail, répondu exactement à l'idée de ceux qui le consul-
teront plus tard pour y puiser quelques renseigne-ments ; mais si nous n'avons pas réussi à contenter
entièrement nos futurs lecteurs, nous nous faisons au moins un devoir de prétendre que l'intention y
était.
N.-B. - J'ai dù, pour ne pas dépasser les limites d'une publication destinée à être insérée au Bulletin
de la Société de Géographie d'Oran, diminuer au dernier moment le manuscrit de moitié, c'est-à-dire
à éliminer nombre de citations et la majeure partie des annotations. Mais je compte dans un travail
ultérieur utiliser et publier tous ces documents qui, malheureusement, n'ont pu trouver leur place ici.
R.L.
DE LA
PARTIE GÉOGRAPHIQUE
I.-LIMITES
Englobant presqu'entièrement la plaine de l'Habra et celle de Sirat, une partie des territoires baignés
par le Bas-Chélif (rive gauche), toute la vallée de la Basse-Mina, celle de l'Hillil et les premiers
contreforts des Beni-Chougran, la commune mixte de la Mina est limitée, au Nord-Ouest, par le
territoire des Oulad Malef et le Djebel Trik-Touirés (c'est-à-dire les communes de plein exercice de
Blad-Touaria, Aïn-Sidi-Chérif, Rivoli, Noisy-les-Bains), au Nord-Est par le Dahra (communes'mixtes de
Cassaigne et de Renault), à l'Est, par les premiers contreforts de l'Ouarsenis (sur lesquels s'étend la
commune mixte de Zemmora), au Sud, par la plaine de l'Eghris et les Beni-Chougran (c'est-à-dire par
l'arrondissement de Mascara), à l'Ouest, par le territoire de Perrégaux et la plaine dé la Macta.
La région qui nous occupe s'étend donc à la fois sur les territoires de Mostaganem et de Mascara et
sur la vallée inférieure du Chélif.
La plaine de la Mina proprement dite, c'est-à-dire la partie comprise à l'Est du confluent du Chélif et
de la Mina, est exclusivement formée d'alluvions limoneuses.
Entre l'Hillil, Blad-Touaria, Aboukir et le Chélif, le pliocène est semé par places de couches
sahéliennes (miocène supérieur), mais le sahélien se développe surtout dans l'Ouest à partir d'une
ligne Cassaigne-Perrégaux. Vers l'Ouest, les couches de Mostaganem se continuent vers Perrégaux et
Saint-Denis-du-Sig où elles forment, au pourtour de l'Habra, une bande étroite reliant le plateau de
Mostaganem aux couches des environs d'Oran. Sur toute la partie comprise entre Duperré et
Relizane, la plaine du Chélif est bornée au Sud par une ligne continue de collines peu élevées, dont la
composition lithologique est variable, mais qui représente des « facies » différents d'un même étage.
De l'Hillil à Relizane, au Sud de ces deux localités, on remarque une bande de terrains formés
d'alluvions anciennes, c'est-à-dire de même nature que ceux qui se trouvent au Nord-Est de Relizane.
Après quoi, la majeure partie du sol montagneux situé au Sud de l'Hillil appartient au miocène moyen
(helvétien). Il forme une bande large d'environ 10 kilomètres de Perrégaux à l'Hillil ; cette bande fait
ensuite un coude au Sud-Est et va s'épanouir vers Kalâa, s'étendant à l'Est de cette ville et au Sud,
atteignant El-Bordj et effleurant Aïn-Farès, Mascara et Palikao ; au Nord-Est de Kalâa, l'helvé-tien fait
un coude au Sud et va s'élargissant dans la direction des Flitta. Le crétacé inférieur est représenté au
Sud de Kalâa et de Perrégaux, à 14 kilomètres Est environ de Kalâa, et sur la rive droite de la Mina à
une trentaine de kilomètres Sud de Relizane. Le miocène inférieur (cartennien) a sa place dans la
partie Est de Kalâa et au Nord de cette localité, entre l'helvétien et le crétacé inférieur, sur une bande
qui se pro-longe jusqu'à Perrégaux. L'éocène inférieur s'étend largement du côté de la commune
mixte de Palikao. Quant au gypse, il s'en trouve seulement quelques taches à l'Est et au Sud-Est de
Kalâa. En résumé, la constitution géologique de la commune mixte de la Mina est surtout composée :
d'alluvions limoneuses sur la rive droite de la Mina et dans la plaine de Sirat, de pliocène sur les rives
gauches de la Mina et de l'Hillil, d'hel-vétien dans la partie montagneuse Sud. Ces données
géologiques sont le résultat des recherches de cet ordre les plus récentes faites par MM. Pomel et
Ficheur.
L'étage helvétien est donc le caractéristique de toute la partie méridionale de la commune mixte,
entre l'Oued-Malah, l'Hillil, Relizane, Tilliouanet et Kalâa. Il est for né soit de calcaires à mélobésies
couverts de broussailles, soit de marnes argileuses au sommet desquelles on trouve dans des
couches gréseuses des accumulations d'ostrea crassissima qui en est le fossile caractéristique. Cette
région offre donc aux yeux du voyageur des collinesà crêtes blanchâtres ou plutôt gris pâle ; tel est
l'aspect des mamelons de Kalâa, Tilliouanet, El Romri. (communes de Kalâa, Douair, Guerboussa, Sidi-
Sâada et El-Romri). Au Nord de Relizane, la plaine est recouverte de terres fortes brunes ou de
récents dépôts argileux jaunâtres. La partie montagneuse composée de pliocène et de miocène
sahélien (aux Zgaïr et chez les Aïn-el-Guettar) est surtout
…
Remarquons enfin que la région montagneuse Sud, entre Relizane et Kalâa, est assez souvent
ébranlée par des tremble-ments de terre et l'aspect si pittoresque de Kalâa lui-même où les roches
qui s'élèvent en amphithéâtre sont disposées dans le plus parfait désordre et contre toutes les règles
de forma-tions géologiques prouve que le pays dut être autrefois témoin d'éruptions volcaniques ou
tout au moins de bouleversements fréquents occasionnés par les mouvements séismiques.
Les collines de la commune mixte de la Mina peuvent se diviser en deux catégories : 1° celles qui
appartiennent au massif des Beni-Chougran et : 20 celles qui constituent les derniers retranchements
du système du Dahra.
Les sites les plus importants sont, dans la région de la Kalâa: le Djebel Barbar (814 mètres), le Djebel
Tartar ou Ettartar (400 mètres) qui dominent la plaine Semmar dont l'altitude est de 309 mètres, très
fertile et facilement irrigable; le Djebel El-Bab (montagne de la Porte) (414 mètres), le Djebel Er-Rar-
Triki (438 mètres), le Djebel Ang-el-Djemel (le coup de Chameau) (461 mètres). Dans la même région,
on remarque, chez les Messabehia, au Sud de Clinchant, la plaine de Kaourara (203 mètres d'altitude)
et chez les Ouled-bou-Ali la plaine de Touïla (137 mètres d'altitude en moyenne), entourées de
mamelons sans importance pittoresque ou géographique. Les derners contreforts de ce massif
s'étendent jusqu'aux Beni-Reddou et R'oualize (entre l'Hillil, Bouguirat et El-Romri). Au-dessus de El-
Romri s'élève le Djebel Ed-Djir (la montagne de Chaux) qui se partage en quatre monticules de
hauteur décroissante, formés de plâtre brut, d'un aspect assez curieux vu de la plaine, d'autant plus
qu'au haut de chaque sommet est bâtie une kouba où reposent les restes d'un marabout dont la
sainteté doit correspondre à la hauteur du site où il est enterré (le Premier Piton, le plus élevé, est
surmonté du marabout de Sidi Abd-el-Kader, saint très vénéré, également connu sous le nom de Sidi-
Medjahed; auprès se trouvent les
ruines du poste géodésique utilisé pour la triangulation du pays). La crète se continue en s'abaissant
par le Djebel Grabès (255 mètres) et le Djebel Mehariga (la montagne desséchée ou incendiée) (254
mètres) qui domine Bouguirat à gauche, et la petite plaine d'El-Merouane à droite, chez les Roualize.
La tribu des Beni-R'addou (qui fit partie de l'aghalik d'El-Bordj), occupe la petite chaine de montagnes
isolées connues sous le nom de Djebel Ed-Djir vues plus haut et une partie de la plaine de Negma que
le chemin de fer traverse entre Oued-Malah et l'Hillil.
Du sommet du Djebel Ed-Djir on aperçoit, à l'Est les plaines de l'Hillil et de la Mina, à l'Ouest se
déroule la plaine d'El-Romri ou plaine de Karkacha, derrière laquelle s'étend l'immense plaine de
l'Habra où campe la tribu des Borgia. Au loin apparaît la mer (golfe d'Arzeu) et les jours sereins on
peut voir se détacher à l'horizon le profil caractéristique de la Montagne des Lions qui domine Oran
et dont la forme rappelle la Dent du Midi.
Le Djebel Trek et Touirès (339 mètres) qui s'étend parallè-lement à la mer au Sud de Mostaganem à
partir d'Aboukir jusqu'à Aïn-Nouissy où il se termine par le Djebel Chegga (257 mètres) comme un
gigantesque éperon au-dessus de la plaine, se prolonge à l'Est d'Aboukir en collines dont la hauteur
varie de 100 à 280 mètres. Elles forment des mamelons sans nom chez les Oulad Sidi-Abdallah au
Nord de Blad-Touaria, ou se dessinent en sites assez nettement marqués tels que le Djebel Mouzaïa.
(265 mètres), le Djebel Brahl (260 mètres) qui séparent les plaines de Blad-Touaria et de Bouguirat, le
Djebel Milar (152 mètres) entre la plaine de Sirat et celle de Bouguirat.
Les derniers contreforts du Dahra s'étendent jusque dans cette région, c'est-à-dire au Nord de
Relizane, Bel-Hacel, l'Hillil, Bouguirat et Blad-Touaria. Ils se divisent en trois branches principales
parallèles se dirigeant toutes dans la direction Sud-Ouest, Nord-Est. La première ligne de collines se
trouve au Nord-Ouest de Bel-Hacel au bas de laquelle s'étend à droite la plaine du Blad-el-Mehaffia,
elle domine toute la plaine de la Mina; on y remarque le Djebel Mekhalia (450 mètres à l'Aïn-Djilali)
et la montagne de Bel-Hacèl dont les points culminants sont le poste géodésique de la Koudiat
Azreka (la Colline Bleue) (501 mètres) et le poste géodésique du Keloub-Tsour (516 mètres); un
marabout occupe le sommet
de ce mamelon; la route militaire de Mostaganem à Relizane par Sidi-bel-Hacel passe au col d'Aoud
et Talf, non loin et au Sud de Keloub-Tsour.
Parallèlement au Djebel Mekhalia, et séparés de la forèt domaniale par la vallée de la Soif, s'étendent
le Djebel Fernene (Montagne du Liège) (442 mètres) et le Djebel Karrouba (Montagne du Caroubier)
(465 mètres).
La deuxième chaine de collines commence au Djebel Yazzira (376 mètres), se continue par la longue
arête de la forêt domaniale de Lakboube dont la hauteur est en moyenne de 400 mètres, séparée de
la montagne de Bel Hacel par l'Outha (plaine) de Sidi-Abeda et se termine par le Djebel Bou-Assas
(315 mètres) et le Djebel Zegnoun qui surplombent la rive gauche du Chélif non loin de son confluent
avec la Mina.
Quant à la troisième chaîne, elle comprend, du Sud au Nord: le Djebel Béiod (Montagne Blanche)
(382 mètres) et le Djebel Zaïmia (393 mètres) recouverts par la forêt domaniale d'Ennaro; le Djebel
Djezzar (314 mètres) qui comporte également une végétation forestière, et le Djebel Sliman (341
mètres) à gauche du Djebel Bou-Assas. Tel est dans ses grandes lignes le système orographique de la
commune mixte de la Mina, qui n'offre d'ailleurs rien de particulier.
Page blanche
III. -HYDROGRAPHIE
La commune mixte de la Mina est située entre les bassins inférieurs du Chélif et de la Mina et celui
de l'Habra-Macta ; c'est dire que la plus grande partie des rivières et cours d'eau qui se jettent sur la
rive gauche de la Basse-Mina et du Bas-Chélif, ou vont se perdre dans la plaine de l'Habra, traversent
le territoire qui nous occupe ici.
Le Chélif n'arrose qu'une faible partie de la région N.-E. de la commune mixte; aussi serait-il hors de
propos de nous spécialiser dans la description de ce fleuve qu'on trouvera traitée dans maints
ouvrages, Qu'il nous suffise de dire qu'il baigne la limite septentrionale de cette commune mixte
depuis la tribu des Akerma Cheraga jusqu'à son confluent avec la Mina, qu'il pénètre ensuite sur le
territoire et l'arrose par de nombreux méandres jusqu'à son entrée dans la commune de Sour-kel-
Mitou (Bellevue).
La Mina prend sa source au Djebel Akhdar (Montagne Verte), à l'Est de Frenda, passe près de Tiaret
et Tagdempt, tombe de 42 mètres de hauteur à la cascade d'El-Hourara, reçoit l'Oued-el-Abd ou
rivière de la cascade de Tagremaret, plus considérable qu'elle-même, puis, avant d'arriver à Relizane,
quitte la région montagneuse pour entrer dans la grande plaine du Chélif. Elle y est utilisée au moyen
d'un barrage-déversoir pour l'irrigation des environs de Relizane ; elle croise ensuite le chemin de fer
et, continuant à se diriger dans une région Sud-Nord, elle reçoit, à une douzaine de kilomėtres de
Relizane, dans le douar-commune de Zgaïer, la rivière Hillil. Puis elle baigne Sidi-bel-Hacel, et, après
plusieurs replis sur elle-même, elle va se jeter à 15 kilomètres au Nord dans le Chélif, ayant effectué
220 kilomètres de cours dont une cinquantaine dans la commune mixte de la Mina. En résumé: elle
arrose les douars-communes des Oulad-bou-Ali, des Messabehia, le territoire de la commune de
Relizane (où elle coupe la route nationale et le chemin de fer Alger-Oran) les douars-communes de
Mina, Zgaïer, (ou elle reçoit l'Hillil et coupe le chemin de fer de Mostaganem-Tiaret) de Bel-Hacel,
Aïn-el-Guettar et Kiaïba (où elle se jette dans le Chélif).
désignait à la fois, à l'époque romaine, et la rivière et la ville auprès des ruines de laquelle Relizane a
été bâti et qui tirait son nom des eaux qui l'arrosaient.
L'Hillil est bien moins considérable que la Mina; elle a un fond vaseux sur les bords, qui communique
à son eau une saveur détestable; elle est cependant très rapide et roule de gros cailloux qui sont les
mêmes que ceux de la Mina. Elle prend le nom d'Hillil à deux kilomètres au Nord de Kalâa, au
confluent de deux rivières : l'Oued Mesrata et l'Oued Kalâa. Le nom de l'Hillil dont la transeription
avec un h initial n'a aucune raison d'être vient du mot que les Arabes prononcent UnaIllil »,dérivé lui-
même du mot berbère Ilili qui signifie « Lauriers Roses ». C'est une altération des
deux mots ż《Ir'zer n ilili », la rivière du laurier rose; la même signification est
reproduite par l'Arabe älg) «Aine Defla ». L'Hillil descend dans une direction Sud-Nord jusqu'au
village du même nom qu'elle arrose et où elle est répartie pour l'irrigation par un petit barrage. Après
avoir coupé la voie ferrée du chemin de fer Alger-Oran, elle prend une direction Sud-Ouest-Nord-Est
et traverse dans sa partie occidentale la plaine de la Mina où elle est utilisée pour l'arrosage de
diverses cultures. Elle se jette ensuite dans la Mina à environ 5 kilomètres de Bel-Hacel
L'Oued Mesrata et l'Oued-Kalâa forment, ainsi que nous l'avons vu plus haut, l'Oued Hillil. L'Oued
Mesrata prend sa source au doar du même nom à l'Ouest de Debba (petite ville immédiatement au
Sud de Kalâa), il est grossi de l'Oued Bou-Mendjel formé lui-même de plusieurs ruisseaux (Oued El-
Kebich, Oued El-Ars, Oued Tinouatin) qui descendent des alentours d El-Bordj.
L'Oued Kalâa prend ce nom à partir de la ville de Kalâa qu'il arrose. Auparavant, il s'appelle Oued
Abadi et prend sa source dans le Djebel Nadour (811 mètres), l'un des sommets principaux du massif
des Beni-Chougran.
La Mina reçoit, outre l'Hillil, la petite rivière de l'Oued Malah qui prend sa source au Sud-Ouest du
Djebel Nadour et va se jeter dans la Mina à une douzaine de kilomètres au Sud de Relizane. Il recoit
sur la gauche l'Oued Tiliouanet qui descend du Djebel Barbar, montagne qui domine Kalâa à l'Est. Ge
sont les eaux de cette source qu'on a captées pour les
amener jusqu'à Relizane pour l'alimentation. Un autre Oued Malah descend d'Aïn-Farès, coule entre
le Djebel Romla et le Djebel Hamara, et débouche dans la plaine de l'Habra après avoir coupé la ligne
du P.-L.-M. et donné son nom à une station du chemin de fer qui dessert le village d'El-Romri. Ce
torrent a rarement de l'eau et ne coule que lorsqu'il a beaucoup plu et neigé sur le massif des Beni-
Chougran.
Dans le Djebel El-Bab (à l'Ouest de Kalâa) prend sa source l'Oued El-Louz (la Rivière des Amandes) qui
se dirige vers la région montagneuse des Beni-Reddou qu'elle traverse à proximité de la plaine de
Negma après avoir coupé la voie férrée entre l'Hillil et Oued-Malah.
Avant de couper le Djebel El-Djir et le Djebel Grabès, cette rivière prend le nom d'Oued....
Moukhannouf selon les uns, Mekhallouf selon les autres. Elle arrose la plaine de Kerkacha, située
entre El-Romri et Bouguirat; elle est utilisée pour l'irriga-tion par un syndicat composé de délégués
de ces deux villages.
Un barrage primitif construit à l'entrée de la plaine est fréquemment démoli par les indigènes. Les
crues d'hiver font déborder ce cours d'eau qui transforme la partie septentrionale du Blad Kerkacha
en un véritable lac de boue où il est dangereux pour les gens et pour les bêtes de s'aventurer. En
outre, ce trop plein se déverse dans la direction de la plaine de Sirat pour former, concurremment
avec de petites sources sans nom, les marais d'Ahl-el-Haciane qui donnent eux mêmes naissance à
une sorte de marécage mouvant appelé l'Oued-el-Tine. Cette Rivière de Boue atteint pendant l'hiver
les marais de la Macta avec lesquels elle se confond, non sans avoir rendu impropres à la culture les
terrains qu'elle inonde.
….
Le lac le plus important de la région est la sebkha de Bou-Ziane : elle s'étend sur le territoire des
Oulad Addi au Nord et à peu de distance de la voie ferrée (station du chemin de fer des Salines
desservant Ferry). Ce lac salé, qui mesure environ 15 à 1,600 hectares de superficie, est recouvert en
été d'une croûte saline blanchâtre. Les indigènes du pays s'y approvisionnent du sel. (Voir plus loin,
Partie économique.)
Immédiatement au Sud-Ouest de cette sebkha s'en trouve une autre de bien moins grande
importance dont les eaux, en hiver, se déversent dans la Mina par le lit du Derdéza.
Dans la plaine de Sirat le marais d'Ahl-el-Haciane, et surtout celui d'Haciane Menkoub conservent
suffisamment d'eau toute l'année pour permettre aux chasseurs d'y trouver du gibier aquatique en
abondance et, si besoin est, de lui donner la chasse en barque plate. Le second est, le lundi de
Pâques, le rendez-vous habituel des familles de colons des villages environnants, qui viennent y
célébrer la traditionnelle Mouna, la fête par excellence des moyennes classes algériennes et
oranaises.
A signaler aussi un petit lac salé dans la plaine de l'Habra, au Sud des marais de Ahl-el-Haciane. Les
indigènes du pays viennent y faire des provisions de sel en été, car pendant la saison des pluies ces
lieux sont impraticables et on ne saurait s'y aventurer sans courir le risque d'être englouti par les
boues de ce sol aqueux.
Il existe entre Bouguirat et El-Romri un marais assez important qui forma longtemps un petit lac
jusqu'au jour où il fut procédé à des travaux de drainage pour que le trop plein d'eau puisse s'écouler
chaque hiver et être employé à Pirrigation d'une partie de la plaine de Bouguirat et de celle de
Kerkacha (à El-Romri).
Telle est, dans tous ses détails, l'hydrographie de la commune mixte de la Mina : elle répond aux
régions caracté-ristiques qui composent la dite commune mixte, c'est-à-dire 1° le bassin de la Mina et
ceux de ses affluents ; 20 la partie montagneuse de la Mekhalia, de l'Akboube, d'Ennaro sillonnée de
torrents, tous desséchés en été; 3° la partie en plaines où les oueds s'étalent en marécages et
inondent une bonne partie des terrains par cela même incultivables.
IV.-CLIMAT
Le climat de cette région est celui du Tell de la province d'Oran, sauf certaines particularités locales
qui tiennent à l'état du sol, montagneux au Sud et au Nord-Est, en plaine dans l'Ouest. Le poste
d'observation du pays est celui de Relizane, situé à l'hôpital de cette ville (à 70 mètres d'altitude; par
1° 47' de longitude Ouest, et 35° 45' de latitude). Les deux postes pluviométriques sont: 1° celui de
l'École communale de l'Hillil (132 mètres d'altitude); 2° celui de l'École com-munale de Sahouria(40
mètres d'altitude) (1).
TEMPÉRATURE MOYENNE
Janvier.......,十,8° ce,ntigrades,Février.......,十,80,Mars..........,十,120,-,Avril.........,十,140,-,Mai...........,
十,140,-,Juin..........,十,20°,-,Juillet.........,十,250,一,Août..........,十,250,-,Septembre.....,十,220,
一,Octobre.......,十,170,一,Novembre.....,
十,
140,
一,
Décembre..... 十 80
PLUIES MENSUELLES MOYENNES POUR LA RÉGION DE L'HILLIL
Janvier...........········ 60m/m
Fevrier............ -09
Mars.............······· 60-
Avril............······..
60-
Mai..............·······
20-
Juin.............··.···
20-
moins de 20-
Août.................. 20-
Cf. l'ouvrage de M. Thévenet, directeur de l'École des sciences, Essai de climatologie algérienne
(août-1896).
Septembre.................. 20-
Octobre.............·······
20-
Novembre................... 60-
Décembre................ 60-
3m/m
Neige......... Néant.
Vents dont la fréquence est plus grande en hiver qu'en été..... SUD,SUD-OUEST,OUEST
l'été.................··· Nord.
en été....... 7610
Les tableaux météorologiques qui précèdent sont les résultats de plusieurs années d'expérience; la
température et les pluies se reproduisent à chaque saison avec la même uniformité en général.
Cependant, il est à remarquer que, par périodes de 5 ans, les pluies sont plus abondantes au
comnencement de l'hiver et tombent quelquefois avec une telle persistance qu'elles occasionnent
des inondations dangereuses pour les cultures et même pour les êtres vivants. Relizane est renommé
comme étant un des points le plus chaud du Tell oranais. Pendant les mois de juillet et d'août, le
thermomètre marque chaque jour 35 à 40° et ne redescend qu'à une heure avancée de la nuit; c'est
la persistance de cette chaleur qui la rend surtout pénible. A Clinchant, l'Hillil, Bouguirat, El-Romri,
Sahouria, Sirat, Blad-Touaria, Aboukir, la température maxima d'été est uniforme et oscille
ordinairement entre 30 et 35°. A Aïn Sidi-Chérif, à Fornaka, et enfin dans toute la partie Nord de la
plaine de l'Habra, la brise de mer venant de la baie d'Arzeu rafraîchit la contrée pendant les chaleurs
estivales.
PARTIE HISTORIQUE
Strabon désignait sous le nom de Μασσαισυλοι (Massésyliens) ou Numides (les Nomades) les
peuplades qui occupaient, avant l'occupation romaine, les provinces d'Alger et d'Oran d'aujourd'hui
(1).
§II.-PÉRIODE ROMAINE
Les Romains connurent la fertilité des plaines basses de la Mina, de l'Hillil, de l'Habra. Ils créèrent
auprès de l'emplace-ment de Relizane, sur la pente occidentale d'une colline dominant la plaine
alentour, un établissement dont il reste quelques vestiges et près duquel on a trouvé des sous d'or
du Bas Empire. Ces ruines sont situées à 4 kilomètres au Sud de Relizane, dans un site magnifique. On
croit que ce sont celles de la ville romaine Mina relatée par l'itinéraire d'Antonin. Cette conjecture
corroborée par la comparaison des distances réelles
(1) Syphax régna sur les Massésyliens. (2) Dans P'Ouest de la Berbérie, Ptolémée nomme les
Maxouaiot comme occupant la partie Nord de la région Arzeu-Perrégaux, et les Apurraι, les Hλouλioι
(Hillil?) et les Toλwtal comme habitant les terres intérieures du Tell oranais, c'est-à-dire au-dessous
des Téladusiens et des Machusiens
41
…
avec celles que donne le routier romain se confirme surtout par le voisinage de la rivière Mina, qui a
pris son nom de la ville antique si, ce qui est probable, elle ne lui a pas donné le sien. Peut-être
quelques recherches faites sur le terrain pourraient-elles trancher la question en amenant des
décou-vertes épigraphiques décisives. On n'y trouve plus aujourd'hui d'autres traces de l'occupation
romaine que les boursouflures du sol produite par l'amoncellement des décombres et une multitude
de fragments de poterie fine qui ne laissent aucun doute sur leur origine.
Mina figure dans l'Africa Christiana de Morcelli sous la forme Minensis, comme un des 133 évêchés
de la Maurétanie Césarienne. Ses évêques connus sont: 1° Cæcilius, inscrit le quarante-neuvième sur
la liste des évêques de la Maurétanie Césarienne exilés, en 484, par le roi Huméric ; 2° Secundinus,
qui assista au concile de Carthage en 525, sous Boniface, et auquel il souscrivit le premier en ces
termes, après les députés de provinces: Secondinus, évêque du peuple de Mina, de la province de
Maurétanie.
A l'Ouest de la Mina, Ballene Presidium et Castra Nova constituaient les centres les plus importants
du pays. Ces villes, grâce à leur position sur la grande route de l'intérieur parais-saient avoir joui
d'une longue prospérité. On retrouve leur nom dans la liste de Victor de Vite, où il y a un episcopus
Balianensis et un episcopus Castranobensis. Ballene Præsidium doit, selon M. Cat, être cherché près
de l'Hillil où l'on a constaté la présence de ruines antiques d'une certaine impor-tance. [M. Mac
Carthy, dans la Revue Africaine, tome XXX, page 353, estimait que Ballene Præsidium pourrait être El-
Bordj, à 8 kilomètres au Sud-Ouest de Kalâa. D'autres préfèrent Kalâa (cf. Bull. Soc. Géogr.
d'Oran,1882,p.6) M. Demaëght admet la synonomie de l'Hillil (cf. Bull. Soc. Géogr. d'Oran, p. 265). Un
des partisans de la synonomie de de Kalâa est M. de Champleins.] L'itinéraire d'Antonin donne
comme distance de Mina à Ballene Præsidium XVI milles romains, c'est à-dire 23 kilomètres 5, ce qui
est à peu près la Jongueur du chemin entre l'Hillil et les ruines de Relizane. Jl est dit dans le Bulletin
Archéologique du Comité de Travauæ historiques (année 1885, p. 339) : « Dans les fouilles
nécessitées « par divers travaux, dit le colonel Mercier, on a acquis la « preuve que la ville avait été
brùlée trois tois et réédifiée
« chaque fois sur ses ruines. On a découvert des restes de murs « et de portes depuis 1 mètre jusqu'à
6 mètres de profondeur, « en 3 assises, entre chacune desquelles on remarque des lits « de cendres
et de débris d'une épaisseur variant de 1 mètre « àl mètre 50..; on a trouvé dans les fouilles
beaucoup de « jarres, et dans quelques-unes des provisions de blé. » Un colon de Bouguirat possède
une sorte de mortier à pilon en bronze trouvé dans des fouilles faites à l'Hillil. Une croix latine gravée
sur cet ustensile fait présumer qu'il date de l'époque romaine chrétienne. (On peut voir au Musée
d'Oran, dans la section céramique, sous le n° 186, un « dolium » trouvé à l'Hillil, haut de 0 mètre 84,
et mesurant O mètre 77 de diamètre: c'est un don de M. Genty;- et dans la section des bijoux en
métal, sous le no 436, un cæur en bronze, long de 0 mètre 32 : don de M. Raoul Varnier.) Des fouilles
ont également découvert une citerne de 6 mètres de longueur sur 3 mètres de profondeur en parfait
état de conservation. [Link], le regretté pasteur protestant de Mostaganem, y a vu plusieurs
inscriptions qui ont été employées plus tard dans les construc-tionsdel'Hillil. On y remarque encore,
sur un montant de porte, un bas-reliefreprésentant un personnage qui tientles bras levés, et
surmonté d'une inscription entièrement fruste. Outre les «doliums » cités plus haut comme
appartenant au musée d'Oran, il en a été découvert plusieurs autres, parmi lesquels celui que
possède M. Pochard, ex-sous-préfet de Mostaganem, et qui porte des marques de fabrique. Au
moulin Petit, à 2 kilomètres de l'Hillil, sur la route de Kalâa, on peut voir sur une pierre de grès de
Om50 sur 0m50, encastrée dans le mur du moulin, et trouvée autrefois au village même de l'Hillil,
dans la propriété Marquès, l'inscription suivante :
D.M.S
MARCVS TANNONIVS
RISSIMO ANLIMPEN
D(is) M(anibus) S(acrum) MARCUS TANNONIUS MIL(es) LEG(ionis) III AUG(ustæ) Q(uinto) TANNONIO
MINENSI, PATRI GARISSIMO, AN(imo) L(ibenti), IMPENDINUMMIS MEIS FECI-VIX(it) ANNIS 75.
TRADUCTION : Marcus Tannonius, soldat de la III° légion Augustienne, à mon père chéri, Quintus
Tannonius, originaire de Mina, ai élevé ce mausolée de mes propres deniers et de ceur libre.
Il vécut 75 années.
On voit que le père de Q. Marcius Tannonius était originaire de Mina. C'est la première fois que cet
ethnique figure dans une inscription.
A l'époque chrétienne, Ballene Præsidium eut un évêque : Cæcilus. Il figure le 91e parmi les évêques
de la Maurétanie Césarienne, qui s'étend rendus à Carthage, en 484, pour l'Assemblée générale des
Évêques, furent exilés loin de leurs Églises.
Deux voies romaines devaient partir de Mina: la première se dirigeant sur l'Hillil et Perrégaux, la
seconde sur Tirès (Mascara) directement par Kalâa. La première était la route de Mina (Relizane) à
Tasacorra (sur la Mekerra) ; après Ballene Præsidium, on trouvait à XX milles le centre de Castra
Nova, qui est sans nul doute l'emplacement actuel de Perrégaux ou du moins le lieu situé à 2
kilomètres Est de cette ville où l'on peut voir les ruines d'un petit poste militaire, sans doute Castra
Nova. On y remarque les substructions d'un mur d'enceinte, celles de quelques maisons et une
grande citerne.
Près de ces ruines se trouvait un cimetière romain, dans lequel on a trouvé les deux inscriptions
chrétiennes (portant les numéros 47 et 48 du Bulletin des Antiquités africaines, t. I,p.139 et 140.)
Vitalis, évêque de Castra Nova, est inscrit le soixante-seizième sur la liste des évêques exilés, en 484,
par le roi Hunéric.
Les Romains étaient ainsi maîtres de la Basse-Mina et de la Macta. Une des branches de cette
dernière, l'Oued-el-Hammam, s'appelait alors Sira. (C'est peut-être ce qui a donné le nom de Sirat
appliqué à une plaine fertile voisine, dans lequel les Arabes ont voulu voir le mot Cirat qui chez eux
signifie spécialement le sentier ou pont menant au Paradis. Le peuple arabe est d'ailleurs très porté à
unifier deux analogies linguis-tiques en donnant un sens de sa langue propre à une expression
étrangère).
Ballene Præsidium et Castra Nova étaient des villes de garnison, bien qu'on n'ait pas trouvé
d'inscription en ce sens.
Il y avait là une région très remuante et fort difficile à contenir: « Nous ne pouvons oublier que c'est
là que nous « avons rencontré les résistances les plus longues et les plus « acharnées, que c'est le
pays d'Abd-el-Kader.»
Le pays que nous étudions ici faisait partie, à l'époque romaine, de la Maurétanie Césarienne, que
Genséric nomma sous son règne Zengitanie on Consulaire.
Au moment de la première invasion arabe, la province d'Oran était peuplée d'Autochtones comme
les Maxyes (ou bien les Maziques), ancêtres des Berbères, laboureurs et sédentaires dans le Tell ;
d'anciens habitants, comme les Libo-Phéniciens, et de colons et soldats romains. Toutes ces
populations fondues ensemble furent d'abord refoulées vers le Sud à l'arrivée de l'élément
musulman, mais peu à peu, elles quittèrent le désert pour revenir au Nord, de là l'envahis-sement
des provinces Ouest de l'Afrique par des tribus berbères venant de Tunisie et de Tripolitaine.
Il est difficile de bien définir quelles peuplades occupaient exactement le bassin de la Basse-Mina et
la plaine de l'Habra, les deux régions importantes comprises en partie dans la commune mixte de la
Mina. Nous savons seulement, qu'avant l'invasion arabe, on rencontrait des Senhadja jusqu'à
l'embouchure du Chélif; les Beni-Faten faisaient suite aux Senhadja, à l'Ouest, jusqu'à la Moulouïa,
couvrant le littoral et le centre de la province d'Oran. Parmi eux on peut citer : les Mar'ila, sur la rive
droite du Chélif, et les Azdadja ou Ouzdaga aux environs d'Oran. Le pays enclavé entre Mosta-ganem,
Perrégaux, Mascara et Relizane était donc sous la domination des Mediouna (fraction des Beni
Faten).
On sait qu'Okba-ben-Nafà défit les Berbères à Tiaret en se rendant dans le Maghreb-el-Akça. Vers
708, Haçane revint à Kairouan après son expédition jusqu'à l'Océan. Dès lors la religion musulmane
supplantait la religion chrétienne en Berbérie: « Toutes les anciennes Eglises des chrétiens furent «
transformées en mosquées », dit l'auteur du Baïan.
Lors de l'établissement des Beni-Roustem sur le territoire de Tahart (Tiaret), Abou-el-Khottab avait
amené avec lui
diverses tribus du Sud-Est du Maghreb, entre autres, les Houara du Sahara tripolitain et de l'Aurès;
les Zenata, de l'Aurès et des environs de Tripoli; les Matmata de la partie du Sahara comprise entre
Gabès et Nifzaoua.
En 740 les Berbères de cette région prirent part à la révolte générale qui coïncidait à la chute de la
dynastie ommiade et à l'avènement des Abbassides. La partie méridionale et occidentale du
Maghreb central obéissait vers 760 à Abou Korra des Beni-Ifren, chef dés Zenata, résidant à Tlemcen.
Cette tribu s'allia en 792 avec des Berbères d'origine com-mune, les Maghraoua, venus des environs
de Biskra. Ils furent cependant soumis par Edris 1er alors que celui-ci venait d'être promu Kalife.
Révoltés en 814, ils durent faire une nouvelle soumission à Edris II qui fit parcourir à ses troupes la
région avoisinant le Bas-Chélif et la Mina. Son fils Daoud eut en partage cette contrée à la mort de
son père.
En 910 le pays tombait sous la domination des Fatimites qui s'étaient assurés l'alliance de Yala, chef
des Beni-Ifren, à Tlemcen. Cependant, après la mort d'El Mansour cette tribu reconnut la suprématie
ommiade.
Signalons rapidement l'expédition de Djouher, affranchi de El Moëzz, qui écrasa les Beni-lfren en 958,
puis la courte durée du pouvoir sur l'Oranie exercé par les Maghraoua.C'est à ce moment que les
Ouamennou et les Iloumi, parents des mêmes Maghraoua s'établirent sur tout le pays avoisinant la
Basse-Mina et le Bas-Chélif. Vers 1050, les Ouamennou deman-dèrent contre les Iloumi des secours
au chef des Almohades Abd el Moumen; celui-ci prêta son appui à ces solliciteurs. Les Iloumi turent
d'abord défaits ; mais après un combat sur les rives de la Mina près du plateau de Mindas, les
Almohades durent se réfugier avec leurs alliés les Ouamennou dans la région de Sirat. Abd el
Moumen vint à leur secours et les vengea de leur échec en soumettant les Abd el Ouad, alliés des
Iloumi.
Peu après, alors qu'Abd el Moumen revenait de Tunisie vers Tlemcen, un cheikh almohade ayant eu
connaissance d'un complot tramé contre son imaitre, prit ses dispositions por passer la nuit dans la
tente de son chef, et fut tué à sa place. Abd el Moumen le fit enterrer en grande pompe au lieu dit El
Bath'a (rive droite de la Mina, à 4 lieues du Chélif)etfonda une ville dans cette localité.
En 1218 la domination du pays se partageait entre les Abd el Ouad,(descendants des Beni-Cuacin) et
les Arabes Zor'ba, leurs alliés, venant de l'Est.
Carte
Carte des principales tribus arabes ou berbères qui ont contribué au peuplement indigéne du
territoire de la commune-mixte de la Mina et des villes baties par ces mêmes habitants.
Issus de la même tribu-mère, les Mérinides parurent dans les plaines du Maghreb en 1240 et mirent
en-déroute les Arabes Riah' qui voulaient s'opposer à leur passage. Leur puissance devint formidable.
Leur chef Othman le Borgno, fils d'Abd el Hak, soumit à son autorité les Chaouïa, Houara, Fechtala,
Mediouna, Behloula et autres tribus du Maghreb central. Il leur imposa le x Kharadj » (sorte
d'imposition foncière) en sus des impôts ordinaires.
En 1248, Yar'moracen, émir de la tribu des Abd el Ouad, fonda à Tlemeen une nouvelle dynaslie et
étendit son autorité sur tout le pays jusqu'à Mostaganem. Ainsi, par la chute des Almohades, les Abd
el Ouadites ou Zianites se trouvaient maitres de la partie du Maghreb central comprise entre Alger et
la Moulouïa avec Tlemcen pour capitale.
Les derniers restes des Maghraoua, tant de Tripoli que du Maghreb, s'étaient reunis entre Ténès et
l'embouchure d Chélif dans les montagnes des Beni-boul-Saïd. Dans les montagnes de la province
d'Oran et dans les contrées mari-times ou montagneuses situées au Nord de Tlemcen, habitaient des
fractions des Beni-Faten, resserrées à l'Est par les Arabes et au Sud par les Zenatas. Les Toudjine
-occupaient tout le Ouarsenis et certains plateaux environnants; les Abd-el-Ouad et lés Rached
s'étaient fixés autour de Tlemcen avec les débris des anciennes 'tribus (Ournia,' Ifrene, etc.). La
grande tribu arabe des Zor'ba s'était disséminée; le noyau le plus important, celui dés Malek,
occupait les plaines du Maghreb central, dans la partie comprise entre Miliana et la Mina; les Attaf
étaient près de Miliana, les Soueïd et Dialem occupant les plaines du Chélif et de la Mina.
En 1271,les Arabes Zor'ba, les Beni-Rached et les Maghraoua qui occupaieint les plaines de la Mina et
de Sirat répondirent à un appel que fit Yar'moracen de 'Tlemcen à ses tributaires : c'était le dernier
acte de solidarité que devaient montrer ces tribus avant leur démembrement.
Successivement le pays se trouva sous le joug du Mérinide Aboul Hassen, puis du Zianite Abou Saïd
Othman c'est-à-dire des Abd el-Ouadites : cela de 1351 à 1383. Pendant la longue période d'anarchie
entre dynasties musulmanes de l'Afrique du Nord les régions de Mostaganem et de Tiaret eurent à
subir les ravages de la guerre. Certaines villes mises en cendres ne se relevèrent plus; d'autres
comme Kalâa furent plusieurs fois rebâties sur des ruines encore fumantes.
Les peuplades berbères et arabes qui occupèrent successive-ment le territoire qui nous intéresse
furent :
BERBERES
1° Les Marila (branche des Beni-Faten) et les Senhadja, tous berbères, sur les rives droite et gauche
du Bas-Chélif;
(n
Sirat;
ARABES
1° Groupe arabe des Esk'ek'in : les Oulad Sebaîr qui s'épar-pillèrent jusqu'à Tlemcen ;
2° Groupe arabe hilalien (qui se fondirent dans la masse): les Oulad Habra (plaines situées entre Oran
et Mostaga-nem); les Soueïd (qui s'étendirent jusqu'aux plaines de Sirat et de la Mina).
Dès 1515, les Espagnols commençaientà parcourir la province d'Oran. Ils avaient adopté le système
de la « r'azia » et étaient renforcés dans leurs expéditions par des indigènes soumis antérieurement,
dénommés « Moros de paz).
Cependant, à la fin de 1517, Aroudj ayant reçu à Ténès des renforts et de l'artillerie envoyés par son
frère Kheir ed Din, se dirigea vers l'Ouest emmenant avec lui un corps expédi-tionnaire composé de
quinze à seize cents arquebusiers et janissaires, Levantins ou Maures andalous; ils s'augmentèrent
d'ailleurs bientôt d'un certain nombre de vo'ontaires indigènes. Il est probable que sa marche
s'eflectua dans un délai assez bref, sans quoí comment le Gouverneur d'Oran et de la pro-vince de
Tlemcen serait-il resté si longtemps sans intervenir? Aroudj se maintint à une distance raisonnable du
littoral; passant par Kalâa, qu'on appelait alors la Kalàa des Beni-Rached et qui était une ville
exclusivement berbère,il fut fort bien accueilli par les habitants de cette localité. C'était un poste
fortifié par la nature et par la main des hommes; Aroudj se décida à l'occuper pour assurer ses
communications entre Alger et Oran, et enlever plus facilement aux Espagnols les ressources qu'ils
tiraient de cette région. Ishac, frère des deux Barberousses y resta avec 300 soldats levantins, tandis
qu'Aroudj poursuivait sa route en avant. Le commerce de grains de Kalàa était considérable à cette
époque; les habilants de cette place reçurent l'ordre, sous peine de châtiment terrible, d'interrompre
toute relation commerciale ou politique avec les chrétiens d'Oran. Le roi détrôné de Tlemcen, Abou
Hammou III, réfugié à Fez, écrivil aux Espagnols en leur disant : « Vous voyez par vous mêmes la
position critique « où vous vous trouvez depuis qu'un usurpateur aidé de cette « population parjure
est venu me faire descendre du trône de « mes pères, à peine les Turcs ont-ils planté leur étendart
sur « les remparts de mes capitales, que les vivres et les denrées « que Kalàa vous fournissait ont
cessé de vous parvenir. « O vous !pourquoi ne point m'avoir secouru et aider à exter-« miner Aroudj
Raïs? Pourquoi ne m'avoir point envoyé de vos troupes pour me soutenir et de l'or pour assurer ma «
puissance sur ces hordes rebelles ? Votre position n'aurait-« elle pas été à l'abri de toute avanie? Je
crois de mon devoir « de vous en prévenir; réfléchissez aux conséquences terribles « de ces
événements, réfléchissez, car avant peu, peut-être, « le moment en sera éloigné, et ces hommes
envieux de toutes « choses viendront vous attaquer dans vos plus forts retran-« chements!» Ces
paroles ne manquèrent pas d'atteindre le but que se proposait leur auteur. Les Espagnols furent
ébranlés par ces insinuations du roi détrôné, et répondirent à sa missive dans les termes suivants : «
Vous ne nous avez jamais demandé « protection ni secours; jamais aucune communication ne
《nous est parvenue de votre part. Si telle avait été votre « intention et le caractère de vos
démarches, certes nous « n'aurions pas hésité à aider un allié tel que vous; le mal est « fait, il faut
s'efforcer d'y remédier; nous vous offrons notre « concours; ce dont vous aurez besoin, vous l'aurez ;
allez, « volez au devant de l'ennemi, et en l'exterminant, qu'il « se repente d'avoir souillé vos Etats et
osé braver vötre « puissance; nous réitérons l'engagement que nous venons de « prendre; rien de ce
que vous demanderez ne vous sera «rfusé,» Bou Hammou satisfait de la réussite de son message
écrivit aussitôt à ses alliés chrétiens : « Fnvoyez-moi une « somme d'argent assez forte pour assurer
une levée considé-« rable de troupes; avec elles, je reconquerrai mon royaume, « et comme par le
passé, je vous fournirai, en allié fidèle, tous « les grains et vivres dont vous pourrez avoirbesoin. »
Charles-
Quint fit envoyer au prince mulsuman 7,000 ducats d'or et une légion composée de quinze cents
soldats; mais par contre, il fit prendre en ôtage soixante enfants des principaux chefs arabes placés
sous les ordres du roi de Tlemcen. Ce dernier, de son côté, avait réuni, avec les subsides espagnols,
une armée de quinze mille cavaliers indigènes. Il les conduisit à Oran et se joignit aux quinze cents
hommes d'infanterie mis à sa disposi-tion par les chrétiens et commandés par Don Martin d'Argote,
alors colonel.
Le Gouverneur militaire d'Oran, Gomarez, avait fort bien jugé la situation; il résolut d'en'ever d'abord
la Kalâa des Beni-Rached, afin de couper la retraite aux Turcs qui occu-paient Tlemcen et de les
isoler; et sussi pour empêcher l'arrivée des renforts qui ne manqueraient pas d'être envoyés à
Aroudj. Kheir et Din, informé des préparatifs faits en vuede cette expédition, et qui connaissait toute
la faiblesse de la garnison de Kalâa, envoya à son secours une armée sous les ordres du renégat corse
Iskender qui vint se joindre à la petite troupe commandée par Ishac. Abou Haminou, parti le premier,
bloqua, durant quelque temps, les janissaires dans la petite place.
Bientôt après arrivait l'infanterie espagnole qui reconnut vite que la place, vaillamment défendue par
Ishak et Iskender (dont les Yoldachs, gens rompus à tous les genres de guerre et à tous les dangers)
serait difficile à prendre.
On se trouvait alors vers la fin de janvier 1518. Les assié-geants prirent rapidement leurs dispositions
pour entourer la ville d'un réseau de fer et intercepter toutes communications avec l'extérieur. La
garnison était fort inférieure au nombre et ne pouvait avoir recours à un autre moyen de défense
que de se bloquer dans les murs de la place sans tenter de sortie, en attendant que Aroudj vînt la
délivrer. Mais P'arrivée des Espagnols avait exaspéré les Turcs qui tentèrent plusieurs sorties fort
meurtrières de part et d'autre. Les assiégeants subirent des pertes assez considérables, mais ayant
attiré la garnison dans une embuscade, ils lui firent beaucoup de mal avec leurs pièces d'artilierie. Les
Espagnols pratiquèrent éga'ement une mine au moyen de laquelle ils purent renverser une partie des
remparts et ouvrir une brèche.
Affaiblis par la perte d'un grand nombre des leurs et par la désertion de presque tous les habitants de
Kalâa, désespérant
enfin de pouvoir tenir plus longtemps, les Turcs demandèrent et obtinrent une trêve au cours de
laquelle furent entamées des négociations Le résulat fut une capitulation honorable pour les assiégés
qui devaient rendre la place à condition qu'ils sortiraient avec armes et bagages pour aller où bon
leur semblerait. Après six mois de siège et de souffrances, c'était là une issue plutôt favorable. Les
clauses finales étaient celles-ci: les assiégés devaient rendre tous les prisonniers qu'ils avaient faits,
et donneraient pour garants seize d'entre les principaux personnages de la ville. L'accord étant
conclu, la garnison commença à sortir ; mais la capitulation fut indigne-ment violée. Certains des
assiégeants indigènes se mirent en effet à s'emparer violemment des objets que les Turcs
emportaient avec eux et en outre les insultèrent de toutes les manières. Une altercation s'éleva
entre un arabe de l'armée chrétienne et un janissaire; finalement, celui-ci fut tué par l'indigène. La
colère s'empara alors des assiégés, et d'ailleurs, au même instant, comme si ce meurtre n'était qu'un
signal convenu, Espagnols et Arabes entourant les Turcs se mirent en devoir de les massacrer. Le feu
de la guerre se ralluma et un combat acharné s'engagea. Ishak fut tué l'un des premiers. La mort du
chef ralentit nécessairement l'ardeur de ses soldats ; mais son vaillant lieutenant, le rénégat corse
Iskender réussit à rallier les siens ; cependant, malgré les efforts de la petite troupe, l'ennemi dont le
nombre était bien supérieur l'emporta facilement. Les défenseurs de Kalaâ furent tous égorgés, à
part seize turcs que le colonel Martin d'Argote réussit à mettre sous sa sauvegarde. Quant au
lieutenant d'Ishak, il eut le même sort que son maître et périt glorieuse-ment.
Le commandant espagnol remit la ville à Bou-Hammou ; une garnison y fut installée pour maintenir
son autorité, tandis que l'expédition espagnole se portait du côté de Tlemcen...
Le 26 août 1558, le Gouverneur d'Oran, alors très avancé en áge, partit de cette place à la tête de
6,500 hommes. Soit pour éviter le passage de la Macta toujours difficile, soit pour donner le change à
l'ennemi, l'armée se dirigea d'abord vers la plaine de Sirat, laissant le lac salé d'Arzeu à sa gauche,
puis elle se rapprocha de la mer, et arriva le quatrième jour à Mazagran.
quitta la province d'Oran, il laissa le commandement de l'Ouest au bey Bou Khedidja, après lui avoir
confié trente tentes de yaldachs, (1,000 hommes environ); il lui assigna comme résidence la petite
ville de Mazouna, au Nord du Chélif, certain que les Espagnols ne viendraient pas l'y chercher. Cetle
position assurait les communications entre Alger et Mostaganem. Pour donner de la force à son
autorité, le Bey choisit parmi les tribus celles qui offraient le plus de garanties de fidélité, et les
appela auprès de lui. Elles constituère nt une sorte de milice indigène à laquelle de grandes
immunités furent accordées et qui devait prendre les armes toutes les fois qu'elle en recevrait
l'ordre, pour apaiser l'ordre et pour percevoir les contributions. Telle fut l'origine des « Makhzen» qui
jouèrent depuis un rôle si utile dans l'administration du [Link] Caïds furent constitués dans chaque
ville. Tous les trois ans, le Bey dut aller porter lui-même à Alger le tribut appelé « denouche ». Cette
organisation produisit les meilleurs résultats.
De Mazouna, le Bey était prêt à porter secours à Mostaganem età Kalâa des Beni-Rached d'où il
pouvait joindre la «nouba» de Tlemcen.
De Mostaganem à Mascara, comme sur les autres routes, il y avait des gîtes d'étape (_ ;Lié « K'onak
»). Des « Chouaf» ( olà) espions ou vigies, établis dans les endroits propices, tenaient les postes turcs
au courant des nouvelles pouvant les intéresser. De la sorte, les tribus furent organisées non en
familles féodales soumises à l'autorité turque mais comme des feudataires maîtres chez eux, à la
condition de payer le tribut et de coopérer avec leurs goums aux colonnes et expéditions.
Pendant que se déroulaient à Alger les luttes des corsaires contre la chrétienté d'Europe (en 1669),
les provinces d'Oran et de Constantine demeuraient livrées à ellés-mê[Link] différentes tribus
partagaient leur existence entre la paix et l'anarchie et les années s'écoulaient sans qu'aucun
événement méritant d'être relaté ait lieu dans le pays intérieur.
En 1701, Moula Ismaïl, sultan du Maroc, envahit la province d'Oran et la parcourut en maître. Déjà, il
avait atteint la rive gauche du Chélif, ayant fait reconnaître son autorité aux populations de toute la
région qu'il venait de traverser, quand ilrencontra sur les bords de la Djïdiouïa, au lieu dit Hadj-ben-
R'azi, l'armée du dey d'Alger, Hadj Mustapha. Les forces
..
marocaines étaient considérables, du moins les auteurs les évaluent à 50,000 hommes (chiffre
évidemment exagéré). Néanmoins les Turcs attaquèrent leurs ennemis avec courage le 28 avril 1701.
L'action commença à midi par une attaque de la cavalerie a'gérienne, à quatre heures, la bataille se
terminait par la défaite des Marocains dont le Sultan faillit tomber entre les mains des Turcs.
Avant de quitter la province de l'Ouest, le dey Hadj Musta-pha, désigna Mustapha ben Chelar'em
comme bey; c'était un homme actif et énergique qui quitta Mazouna pour aller s'établir à Mascara,
point plus central pour surveiller les environs d'Oran et avoir une action dans le Sud. Il alla ensuite à
Oran; c'est là que son fils Yousef lui succéda. Après celui-ci, gouvernèrent tour à tour: Kaïd Mohamed
el Adjami, Osmane, Mohammed ben Osmane. Ce dernier dompta les Hachem, les Flitta et les Harrar.
Il fit le siège d'Oran et traita avec le roi-d'Espagne qui lui livra la ville. Il l'entoura des tribus Makhzen,
Douaïr Zmala, R'araba, et, plus loin, des Hachem et Bordjia. Ces populations devaient lui fournir en
tout temps 4,000 cavaliers.
Vers 1805, les Derkaoua s'emparèrent de Mascara et parvin-rent à s'allier les bonnes grâces des
tribus « Makhzen » qui les entouraient. Cette révolte des Derkaoua s'étendit de Miliana à Oudja sans
interruption. Cependant, Mohammet el Mekallechi, bey d'Oran, réussit à défaire les révoltés et à
rétablir l'autorité turque dans le pays. Les Bordjia l'aidėrent à rejeter les rebelles au-delà du Sig et à
les contenir au Sud.
Soutenu par les Douaïr et les Zmala, ainsi que par les contin-gents d'autres tribus, Mohammed ben
Kabous, bey d'Oran, vint prendre position sur la Mina pour tenir tête à son maître le dey d'Alger.
Soudain, on apprit qu'une armée algérienne, forte de 9,000 hommes, s'avançait avec rapidité sous le
commandement du renégat grec Omer Agra. Aussitôt, les contingents du bey d'Oran, pris de
panique, lachèrent pied, abandonnant Mohammed ben Kabous qui dut, presqque seul, battre en
retraite vers Oran.
Tels sont, en résumé, les faits saillants qui se succédèrent, pendant la période turque dans la région
que nous avons pris à tâche d'étudier. Nous aurons l'occasion de voir, quand nous traiterons de la
subdivision des provinces en aghaliks,l'histoire particulière de chacune des tribus appelées à
constituer les
aghaliks d'El-Bordj, de Mostaganem, de Mina et ses Medjeher composant une partie du khalifat de
Mascara. Les mêmes sub-divisions organisées par les Turcs ayant été conservées par les Français
durant plusieurs années, il nous semble préférable de réserver pour plus tard une notice spéciale
pour chaque aghalik, chaque tribu même, où le groupe parliculièrement visé sera décrit depuis ses
origines jusqu'à nos jours.
C'est durant la domination turque en Algérie que deux grands voyageurs européens parcoururent les
contrées barba-resques: nous voulons parler de Léon l'Africain et de Shaw. Il nous paraît intéressant
de relater ici quelques-unes des descriptions de ces hardis explorateurs. Le premier, Léon l'Africain,
visita vers 1550 ces contrées ignorées des nations chrétiennes. On peut lire aux pages traitant du
siège de Kalâa par les Espagnols, la description des Beni-Rached et de Kalâa Houara par ce
géographe. Plus loin, il cite les Hurva(les Hououara sans doute) en ces termes : « Les Hurva
possèdent « les confins de Mustaganim, hommes de sauvage nature, « brigands et maladroits. Ils ne
s'éloignent pas souvent du « désert, d'autant qu'ils n'ont ni solde ni possession en « Barbarie ;
toutefois, ils peuvent mettre aux champs une « armée de dix-mille chevaux. » Puis l'auteur décrit la
Mina qu'il appelle Mnia : « Mnia est un fleuve de médiocre étendue, « descendant de certaines
montagnes prochaines de la cité de « Tégdent (Tagdempt, l'ancienne Téhert) et passe par les «
plaines de la cité Betha (auprès du confluent du Chélif); « puis, dressant son cours du côté de
Tramontane, s'en vient « joindre la mer Méditerranée (sic!). » Le voyageur n'a pas su voir que la
Mina se terminait une fois sa jonction avec le Chélif, ou du moins il a confondu le cours de ce dernier
avec la Mina, pensant probablement être en présence du prolonge-ment de celle-ci. Cependant il
semble connaître le cours entier du Chélif, puisqu'il dit: « Selef (Chélif) est un grand 《fleuve qui
sourd aux montagnes de Guanseris(l'Ouarensenis), «et,descendant par les plaines désertes (qui sont
là où le « royaume de Telensin confine avec celui de Tenez) passe « entre, continuant son cours
jusqu'à ce qu'il vient à entrer “ dans la mer Méditerranée, séparant Mazagran d'avec « Mustaganim
(sic !). A la bouche d'icelui, quand il se jette “ dans la mer, se prend bons poissons et de diverses
《espèces.》
156
Shaw visita l'Algérie vers 1640, c'est-à-dire beaucoup plus tard. Voici ce qu'il dit sur le
pays compris entre Mostaganem et Mascara : « A trois lieues au Nord de Musty-gannim,
se « trouve une source d'eau excellente, entourée de [Link] « Arabes appellent ce
lieu &» IS Kull meeta (prononcé à « l'anglaise c'est-à-dire Kel-Mité, ce qui veut dire Tous
morls) « et cela en mémoire d'une bataille qui se donna près de là, « où le partile plus
faible fut tout passé à l'épée. La forme de « ces ruines (qui ne ressemblent pas mal à un
vieux château « d'Anglelerre) et la distance de quatorze milles de Cartenna «(Ténès),
nous feraient croire que ce sont ici les restes du « Lar Castellum de l'Itinéraire d'Antonin.
A trois milles au « Nord-Ouest de Kull meeta, est l'embouchure de la rivière « Scheliff. Ce
nom est une corruption du-mot Chinalaph.
Dès 1833,Mostaganem était occupé par nos troupes. Attaque par Abd-el-Kader, cette
petite ville sut vaillamment se défendre et repousser les indigènes des tribus
environnantes venues à la rescousse en voyant l'émir s'avancer vers la mer. Une période
de calme relatif s'ensuivit dans toute la région et les populations arabes du pays eurent
même une tendance marquée à vivre en état de paix. Déjà vers le mois d'octobre 1833
Sidi-Abdallah, chef de la tribu des Medjeher, avait manifesté ses intentions de vivre en
bonne intelligence avec la garnison de Mostaganem. Il alla même jusqu'à fournir à la
place quelques approvisionnements et des chevaux. L'émir étant intervenu là comme
partout où ses coreligionnaires ne manifestaient pas à notre égard une hostilité
marquée, quel-ques escarmouches malheureuses pour nos troupes décidèrent le
général Desmichels, commandant la place d'Oran, à signer le fameux traité du 26 février
1834 qui assimilait Abd-el-Kader à un chef d'Etat. Les hostilités cessèrent, et notre habile
ennemi en profita pour consolider sa puissance en écrasant celles des tribus qui avaient
refusé de lui obéir.
Trois hommes seulement nous restèrent fidèles : Mustapha ben Ismaël, chef des
Douairs, ancien agha turc, Kaddour ben Morfi, chef des Bordjia et enfin Sidi-el-Aribi, chef
des Ouled Sidi Abd-Allah.
Dès le 12 avril de la même année, Abd-el-Kader était battu par Mustapha ben Ismaël; sous les
instigations du général Desmichels, l'émir, après avoir surpris et écrasé les Bordjia, se torna vers le
Chélif et infligea une sanglante défaite aux Ouled Sidi ben Abd-Allah.....
Cependant, nos gouvernants n'avaient pas tardé à se res-saisir et à comprendre combien était
néfaste pour nous le rôle politique que nous jouions dans nos relations avec Abd-el-Kader. Après le
désastre de la Macta qui put nous édifier sur les sentiments de l'émir à notre égard, le maréchal
Clauzel se rendit lui-même à Oran (22 novembre 1835), pour prendre la direction des opérations
militaires de la province. C'est alors qu'eut lieu l'expédition de Mascara. L'armée en repartit bientôt,
se dirigeant sur Mostaganem, suivie d'une foule de juifs, descendit vers la plaine et, le 12 décembre,
bivouaqua à Mesra, chez les Medjeher. On tirailla quelque peu ce jour-là, mais le 12, l'armée arrivait
à Mostaganem.
Après avoir débloqué Tiemcen, le maréchal Clauzel décida d'utiliser encore les troupes dont il
disposait pour recueillir la soumission des tribus établies sur l'Habra, la Mina et le Bas-Chélif.
Le 14 mars 1836, le général Perrégaux sortait une seconde fois d'Oran avec un bataillon du 11e de
Ligne, un du 66°, un du 17e Léger,quelques escadrons de Chasseurs d'Afrique, trois pièces de
campagne, trois de montagne et lés cavaliers de Mustapha ben Ismaël. Il alla d'abord camper à la
fontaine de Goudiel. Le 15, il marcha sur la Macta, en passant par le Vieil-Arzeu et bivouaqua au-delà
de la rivière. Le 16, il rejoi-gnitlecolonel Combes, commandantlagarnison de Mostaganem, le bey
Ibrahim et El Mezary à qui il avait écrit de se mettre en marche. Cette jonction s'opéra dans un lieu
appelé El Hacian, dans le pays des Abid Chéraga. Le colonel Combes avait amené avec lui 700
hommes du 47e de ligne; Ibrahim et El Mezary n'avaient que 150 fantassins et 50 cavaliers. Au
moment où ce corps de troupes levait le camp pour se rendre dans la direction des Bordjia, il fut
attaqué par une troupe ennemie recrutée parmiles Gharaba, les Hachem, les Hamian, les Abid
Cheraga, les Beni-Chougran et les [Link]-dés par Si ben Fréah ben Khatir, personnage
important d'une tribu des Hachem, lieutenant redouté de l'émir, ces goums rôdaient depuis
quelques jours dans la plaine de l'Habra.
12
Le corps expéditionnaire alla coucher ce jour-là sur la rive droite de l'Habra, en face de la position
que le maréchal Clauzel avait occupée, le 3 décembre précédent, lors de sa marche sur Mascara. La
razzia faite sur l'ennemi nous procura une assez grande quantité de boæufs, de moutons, et une
cinquantaine de cheváux. Le résultat de cette journée fut la soumission de la grande tribu des
Bordjia.
Le 21 mars, le général Perrégaux traversa le gué de l'Habra avec ses troupes, et alla s'établir chez les
Mader après avoir passé par Hacian-R'omri.
Le 22 mars, Perrégaux eut avec le fils de feu Sidi-el-Aribi (caïd de la tribu de ce nom) une entrevue qui
lui assura la soumission de presque toute la vallée du Chélif. Dès ce moment son expédition fut une
promenade pacifique au milieu d'indi-gènes qui, séduits par ses manières affables, vinrent lui faire
leurs protestations d'amitié soit à Madar où le général campa le 23, soit sur l'Oued Hillil et sur la
Mina où il arrivale 26. Les tribus de Sirat, l'Hillil et Bel-Hacel amenèrent des chevaux de soumission
qui furent acceptés par Perrégaux. Ces popu-lations devaient bientôt expier dûrement ces marques
d'hom-mage, et nous eûmes en effet le tort de ne pas leur assurer par la suite une défense contre les
attaques de l'émir prompt à se venger de telles défections.
Le général et ses troupes, précédés de fantasias joyeuses, suivis de nombreux goums campèrent
successivement à Sidi Bel-Hacel, au Toumiet et au gué des Oulad Snoussi. Durant cette promenade
triomphale, toutesles tribusde la rive gauche du Chélif et de la Mina se soumirent à nous. Perrégaux
revint ensuite à Mostaganem d'où il regagna Alger. Il partit donc, laissant cette ceuvre incomplète,
cela à cause du nombre infime de Lroupes que la France accordait au pays pour le défendre. Aussi,
jusqu'au malencontreux traité de la Tafna, les mêmes populations qui s'étaient soumises à
Perrégaux, reprirent les armes contre nous à l'arrivée d'Abd-el-Kader dans la région. Les hostilités
recommencèrent à la fin de 1839,
C'est alors qu'eut lieu le glorieux épisode de Mazagran. Les troupes arabes qui assiégèrent cette
petite ville élaient commandées par Mustapha ben Tami, lieutenant de l'émir. Il avait amené de
Mascara un bataillon de réguliers avec deux bouches à feu et plusieurs cavaliers de la tribu des
Hachem. Kaddour ben Morfi, agha d'El Bordj, lui conduisit ses Bordjia. Peu à peu, les goums des
Medjeher, les cavaliers de l'Hillil et de la Mina, les Flitta, les Sbéah vinrent le rejoindre. La somme de
tous ces hommes armés et pour la plupart montés constituait une multitude impossible à évaluer
approximativement, mais formidable à côté de la petite garnison de Zéphyrs qui gardait Mazagran.
Après l'épisode de Mazagran, le khalifa Ben Tami rentra à Mascara avec ses troupes régulières. Mais
dans toutes les tribus, les marabouts prêchèrent la guerre sainte avec ardeur et préparèrent contre
nous une agression qu'ils voulaient rendre formidable.
Bugeaud ayant fait concentrer des forces de troupes con-sidérables dans Mostaganem, y débarqua
en personne le 15 mai 1841, accompagné du duc de Nemours. Trois jours après, le 18, le corps
expéditionnaire organisé quittait Mosta-ganem. Il emportait tout un matériel de guerre, destiné tant
aux troupes de l'artillerie qu'à celles du génie. Chaque homme avait avec lui pour huit jours de vivres
en réserve; chaque cheval de la cavalerie portait soixante kilogrammes de riz. De plus, un grand
nombre de bêtes de somme chargées de vivres de toutes sortes, accompagnait nos soldats. Cette
lourde colonne qui avait à traverser un pays encore mal connu accomplit ce que l'on a appelé «
l'expédition de Tagdempt ». Le jour de son départ de Mostaganem, elle campa à Mesra (Aboukir) et
le 19 à Sidi-Merd'ad (1), sur l'Hillil. Le 20, elle traversait la Mina et allait prendre position au confluent
de cette rivière avec l'Oued Khelloug.
Après huit jours de marche nos troupes arrivaient devant Tagdempt. Elles détruisirent ce poste
fortifié où l'émir avait organisé tout un arsenal. Bugeaud revint ensuite à Mascara. Il y arriva le 30 et
y laissa une garnison sous les ordres du colonel Tempoure. Au lieu d'effectuer son retour à
Mostaganem par le chemin connu d'El-Bordj, la colonne coupa au plus
court par les montagnes des [Link] elle troua le défilé d'Akbet-Khedda plus pénible à
traverser qu'elle ne pensait. Abd-el-Kader avait en effet placé là ses meilleurs tireurs qui firent des
trouées dans les rangs de notre arrière-garde. L'armée coucha le 2 à Bonguirat où elle arriva sans que
les Arabes, découragés par l'insuccès de leurs attaques de la veille, eussent cherché à l'inquiéter. Le 3
juin, le gouverneur et sa colonne étaient de retour à Mostaganem. Quatre jours plus tard, Bugeaud
se remettait en campagne, emmenant avec lui un énorme convoi d'approvisionnements. Il arriva à
Mascara le 10 après avoir suivi une direction qui le fit passer tout près de la petite ville de Kalâa que
ses habitants avaient abandonnée. IH n'y eut que quelques coups de fusil tirés à l'arrière-garde. Le 25
juin, après être allé moissonner dans la plaine de l'Eghris, le corps expéditionnaire revint par El-Bordj
à Mostaganem. Il y était de retour le 27, n'ayant eu qu'un engagement peu sérieux dans la partie
montagneuse d'El-Bordj.
A cette époque,les Medjeher, tribu alors fort populeuse, continuaient à faire quelque commerce avec
les Français de Mostaganem, Ils venaient à la ville pour y céder à des prix
Pour s'assurer du fait, le général Bugeaud qui venait d'arriver donna ordre de faire avancer quelques
troupes jusqu'à Sour-kel-Mitou, espérant déterminer par cette manisfestation les Medjeher,“à
affirmer définitivement lés sentiments que leur prêtaient leurs émissaires. Dans la nuit du 4 au 5
juillet, le colonel Tempoure quittait Mostaganem et allait prendre posi tion avec 1,600 hommes à
l'endroit indiqué par le Gouverneur. Mais, à peine au bivouac, au lieu des marques de soumission
qu'il attendait, ce furent des coups de fusil qui l'accueillirent. Diverses tribus des environs, entre
autres les Beni-Zeroual,
Etaient venues à la rescousse, et l’émir avait lui-même envoyé un escadron de Khiala. Le colonel
attaqué de toutes parts avec vigueur eut beaucoup de peine à soutenir le choc et à repousser les
assaillants : « Le soir même quelques cheikhs des Medjeher « arrivèrent en secret jusqu’à lui ; mais
tout en lui laissant «entrevoir pour l’avenir une soumission qui ne pouvait pas « être immédiate, ils
lui conseillèrent de décamper sans retard, «parce qu’il aurait le lendemain sur les bras tous les
Kabyles « soulevés depuis Ténès jusqu’à Mostaganem. » Le colonel Tempoure crut sage de suivre cet
avis ; il leva le camp sans bruit pendant la nuit et s’empressa de regagner la ville. C’était un triomphe
pour l’émir qui en profita pour venir chez les Medjeher montrant de bonnes dispositions à notre
égard ; il fit trancher quelques têtes de notables et confisquer les biens de la plupart d’entre eux.
Cette attitude sévère rendit méfiants d’autres chefs de famille qui s’étaient montrés favorables à
notre politique. Du nombre de ces derniers étaient Ben-Carda, cheikh des [Link] craignit pour sa
personne et pour ses biens, parmi lesquels un superbe cheval auquel il tenait beaucoup mais que
l’émir lui enviait ; aussi ce notable vint-il nous offrir sa soumission accompagné des siens. D’autres
fractions des Medjeher ne tardèrent pas à l’imiter. Dès que Bugeaud eut connaissance de ces faits, il
s’empressa de reprendre le chemin de Mosta-ganem afin d’y recevoir en personne les hommages de
ses nouveaux alliés. Il présumait voir s’avancer vers lui des cohortes de fringants cavaliers, mais ses
illusions tombèrent en s’apercevant qu’il n’avait affaire, sauf de rares expressions, qu’à de misérables
laboureurs revêtus de haillons. Il fallut les nourrir, leur fournir des subsides et même des tentes pour
s’abriter. Ces pauvres gens n’abandonnaient la cause d’Abd-el-Kader que sur les instigations de leurs
chefs, seuls en mauvaise intelligence avec l’émir. On se servit d’eux pour organiser une sorte de
mauvaisemilice destinée àgarder un bey de Mascara créé par la fantaisie du Gouverneur. Ce bey était
un certain Hadj Mustapha ould Othman, qui n’avait d’autres mérites que d’ètre le fils d’Othman, ex-
bey d’Oran sous les Turcs, et petit-fils de Mohammed el Kebir. Lamoricière et Bugeaud voulaient
l’oppo-ser comme rival musulman à Abd-el-Kader. Ceci se passait le 9 août 1841. Après quoi, le
gouverneur reprit la route d’Alger.
Le général Bugeaud s'était réservé la présentation officielle du nouveau bey aux populations de
l'intérieur. Il fit embar-quer le 23e de Ligne pour Mostaganem et y arrivait lui-même le 19 septembre
accompagné d'un bataillon de zouaves.
Les résultats attendus par Bugeaud furent loin de répondro à son espoir. Pour donner aux cavaliers
de la tribu des Medjeher le temps de venir rejoindre en foule la colonne en marche, on mit deux
jours à traverser ce territoire qui avait environ huit lieues de largeur ; à la fin de la seconde journée,
on avait fini par recruter à peu près trois cents mécontents.
Du 24 au 28, on campa au bivouac de Sidi Bel-Hacel et on attendit les événements. Personne ne vint.
Le gouverneur commenca à douter de la bonne foi des promesses de soumis-sion qui lui avaient éte
faites. Cela ressemblait fort peu aux acclamations qu’il avait augurées des populations venant saluer
leur nouveau bey. Ie 28, à onze heures du soir, l’armée passa la Mina, marcha durant 7 lieues
environ, et arriva à l’aube dans la région montagneuse où s’étaient retirés les Flitta et les Oulad Sidi
Yahia. Les habitants du Bas-Chélif et de la Mina se souvenaient que l’émir leur avait fait payer trop
cher leur première soumission aux Français ; ils ne savançaient plus avec enthousiasme comme ils
l’avaient fait pour le général Perrégaux en mars 1836. Bugeaud impatienté lança ses troupes sur les
Sidi Yahia ; il y eut quelques tués, trois cents prisonniers et 2,000 têtes de bétail capturées. Après
cette prise, qui était tout au plus un acte de brigandage, la colonne politique n’avait plus de raison
d’être Au lieu de soumission, elle ne trouvait que le vide ou l’hostilité. Le gouverneur revint donc à
Mostaganem où venait de rentrer la colonne de ravitaillement que Lamoricière avait conduite à
Mascara deux jours après le départ de Bugeaud. Après avoir versé 45,000 rations dans Mascara,cette
colonne avait été légèrement harcelée au retour.
Le gouverneur céda ses troupes peu fatiguées à Lamoricière qui se préparait à conduire un nouveau
convoi à Mascara. Avec les hommes de la deuxième division, Bugeaud forma une colonne qui ne
reçut pas cette fois l’appellation de « politique», et, sous prétexte de retourner chez les Flitta, il
commença par aller aire une tournée sur l’Oued Hillil pour faire des études archéologiques sur les
ruines de « Ballene Præsidium).
Le 4 octobre, Lamoricière était parti avec sa colonne de ravitaillement. Quand il arriva au lieu dit
Hacian-el-R’omri, il apprit qu’Abd-el-Kader se trouvait à Aïn-Kebira avec des forces considérables
dans l’intention de lui disputer le passage. ·Quelques officiers étaient d’avis qu’il fallait saisir avec
empressement l’occasion de combattre cet adversaire redouta-ble et jusque là insaisissable, sans
trop se préoccuper du convoi qu’on pouvait facilement parquer et défendre avec quelques troupes
pendant l’action. Mais la question du convoi embarrassait précisément le général qui préféra lui
assurer
une sécurité entière en évitant de se laisser éblouir par l'espoir d'obtenir seul un succès éclatant, à
quelques lieues de son général en chef. Il abandonna le premier chemin qu'il se proposait de suivre
et obliqua à gauche póur rejoindre la division du gouverneur. Ce dernier fit opérer la réunion des
deux colonnes sur l'Oued Hillil, dans la nuit du 6 au 7. Mais on ne put alors compter sur une
rencontre avec l'émir, car ce dernier, en apprenant nos nouvelles opérations, renonça à ses projets
d'attaque.
Bugeaud modifia alors la composition des troupes. La moitié de l'infanterie et toute la cavalerie
formèrent un autre corps dont le gouverneur, ayant le général Lamoriciere immédiate ment sous ses
ordres, se réserva le commandement direct. Le 7 au soir, l'armée arriva à Aïn-Kebira ; lancée à la
poursuite d'Abd-el-Kader, elle le rejoignit le 8 à El-Bordj. La cavalerie régulière de l'émir se battit avec
la plus grande bravoure; enfoncés trois fois, les réguliers revinrent trois fois à la charge; mais ils
durent enfin nous céder le terrain. Le 9, le convoi de ravitaillement arrivait à Mascara.
Ce corpsexpéditionnaire rentra le5 novembre à Mostaganem avec le général Bugeaud après une
campagne chez les Hachem. Avant de partir pour Alger où il était de retour le 10, le gouverneur
distribua les commandements de la province de l'Ouest. Le colonél Tempoure fut appelé à Oran,
Bedeau (alors général) à Mostaganem et Mascara fut réservé au général Lamoricière. Ce dernier, eut
ordre d'y établir sans retard le quartier général de la division avec 6,000 hommes à poste fixe. Il partit
le 27 novembre de Mostaganem, emmenant avec lui huit bataillons, une batterie de, montagne, et
les spahis du lieutenant-colonel Yusuf. Il était accompagné du khalifa Si Brahim. Quant au bey, il
continuait à résider à Mostaganem. Le 1er décembre, Lamoricière arrivait à Mascara.
Sa présence dans cette ville eat pour principal résultat d'éloigner-un peu Mustapha ben Tami et de
séparer d'Abd-el-Kader les tribus situées entre Mascara, Mostaganem et Oran ; dès lors, ces
dernières abandonnées à elles-mêmes, songèrent à se soumettre.
A ce moment, l'émir quitta sa position de Djediouïa et se dirigea sur Tlemcen, car à ce moment
éclatait la révolte de Mohammed ben Abdallah. Le général Bedeau(1) quitta aussitôt
Mostaganem, pour suivre l'exemple du colonel Tempoure qui était parti d'Oran appuyer le
mouvement insurrectionnel. Quand il arriva à l'Habra, il suspendit sa marche un instant pour écouter
les propositions de paix qui venaient lui apporter les Bordjia de la plaine. Tous offraient de se
soumettre immédiatement: quant à ceux de la montagne, ils hésitaient encore, ou paraissaient
plutôt attendre qu'on se donnât la peine de les attaquer pour se rendre. On satisfit leur désir en leur
envoyant quelques troupes qui n'eurent d'ailleurs pas à combattre: la tribu entière fit sa soumission,
à condition que ses cavaliers prendraient rang, comme les Douair et Zmela à notre solde, parmi les
spahis irréguliers. En outre, les Bordjia sollicitèrent l'autorisation d'aller prendre possession
provisoire du territoire de Mazagran, afin d'être moins en danger de supporter des représailles de la
part des autres tribus, au cas où celles-ci ne voudraient pas suivre leur exemple. Le général satisfit à
leurs désirs et renonça à continuer sa route vers Mohammed ben Abd-Allah. Il conduisit et installa
lui-même les Bordjia dans leurs nouveaux campements. Peu après, les Beni-Chougran, ainsi que
toutes les petites tribus à l'Est de l'Habra firent les mêmes propositions. Les Gharaba, ces Hadjoutes
de la province d'Oran, suivirent bientôt leur exemple en s'adressant directement au général Bugeaud
qui venait d'arriver à Oran avec l'intention de marcher sur Tlemcen.
Ces soumissions successives assuraient pour l'avenir les communications entre Mostaganem et
Mascara. Le général Bedeau en profita pour conduire dans cette dernière ville un grand convoi de
ravitaillement.
Il partit le 25 janvier 1842. La seconde étape fut particulière-ment pénible pour nos troupes. La pluie
qui tombait depuis plusieurs jours avait transformé en torrents les ravines du pays. La plaine de
Kerkacha, à El-Romri, où devait passer le convoi, était en partie snbmergée par l'Oued Mekhalouf
dont le barrage grossier avait été facilement démoli par les eaux accumulées ; le sol n'était plus qu'un
vaste marécage où il était presque matériellement impossible d'avancer. Les hommes pataugeaient
dans cette boue liquide, maculant leurs vêtements, leurs armes et leurs provisions ; les mulets qui
s'enfonçaient jusqu'au poitrail s'abattaient à qui mieux mieux ; c'était un désordre indescriptible,
sous une pluie drue et
incessante. Le convoi tout désorganisé n'avançait qu'avec une extrême lenteur, et les traînards
étaient nombreux. La nuit arriva sur ces entrefaites et la marche n'en devint que plus difficile. Les
juifs qui suivaient la colonne virent leurs ànes et leur pacotille engloutis dans ce cloaque. Un soldat
avec une lanterne allumée, guidait seul tout ce monde en se tenant auprès du général qui marchait
en tête.
Enfin, vers 9 heures 1/2 du soir, les plus vaillants arrivaient aux puits d'El-Romri. Peu à peu, les
compagnies parvinrent à se former et le bivouac fut établi tant bien que mal. Les premières bêtes de
somme déchargées furent utilisées pour aller au secours de ceux qui étaient restés enlizés dans la
plaine. Cette malheureuse étape nous fit perdre un officier et vingt-six hommes, la plupart d'une
fièvre intense contractée dans les marécages où il avait fallu marcher.
La colonne entra le 28 à Mascara et fit son retour à Mosta-ganem sans incident appréciable.
Les généraux d'Arbouville et Lamoricière firentau printemps de la même année une petite expédition
chez les Hachem Cheraga, les Sdama et les Flitta qui avaient des vélléités de s'agiter.
D'Arbouville seconda Bugeaud dans son entreprise consistant à elier militairement la province
d'Alger à celle d'Oran. Sidi Allal Moubarek et Ben Arach venaient d'attaquer Sidi-el-Aribi sur le Chélif
et l'avaient repoussé vers la Mina. Le gouverneur profita de l'occasion. Parti de Mostaganem avec
5,000 hommes le 14 mai, il passait le 18 sur la rive droite du Chélif,mais ne put atteindre dans les
contreforts du Dahra les Beni-Zeroual qu'il voulait châtier. Le 25, il nommait le jeune Sidi-el-Aribi
khalifa de la Mina et du Chélif.
Bugeaud remonta ensuite la vallée du Chélif et infligea une correction méritée à la remuante tribu
des Sbéah. Le 30 au matin, la colonne faisait, au son du canon, sa jonclion avec la division d'Alger
partie de Blida.
Rentré à Mascara le 18 juin, Lamoricière se remit à la pour-suite d'Abd-el Kader qui se déroba, alla
camper chez les Flitta ei menaça les tribus du Bas-Chélif qui avaient reconnu notre autorité. Du 22
juin au5 juillet, Lamoricière fit moissonner les. champs des Flitta. Quant à l'émir, il chercha à attaquer
les Bordjia; mais il en fut empèché par un mouvement que firent sur l'Oued Hillil les troupes de la
garñison de Mostaganem.
De retour de l'expédition du Chélif, le général d'Arbouville put à peine laisser quelques jours de repos
à ses troupes. Le 18 aoùt, il partait de Mostaganem pour opérer une tournée chez les Flitta. Il avait
avec lui deux bataillons du 1er de Ligne, deux bataillons de la Légion étrangère, le 5° bataillon de
Chasseurs, le bataillon Turc du bey, deux escadrons de Chasseurs d'Afrique, et le Goum fourni par
Sidi-el-Aribi. Au début tout alla bien. Le 22, la cavalerie et. le bataillon Turc parvinrent à enlever trois
mille têtes de bétail aux Oulad Sidi-Yahia. Les Flitta qui ne tenaient pas à laisser emmener à
Mostaganem leurs troupeaux après avoir vu leurs récoltes transportées à Mascara sortirent de leur
fatalisme insouciant. Le 30 août, ils attaquèrent avec vigueur notre arrière-garde, et livrèrent à nos
troupes, les 4 et 5 septembre, de violents combats dont l'issue ne fut pas à notre honneur. Obligé de
se replier, et d'ailleurs ayant besoin de se ravitailler, le général d'Arbouville revint à Mostaganem le
7. Il y trouva Bugeaud qui lui reprocha sa conduite, et lui enjoint de se remettre im-médiatement en
campagne. Aussi retourna-t-il chez les Flitta le 16 septembre avec sa colonne renforcée d'un bataillon
dù 15° Léger et de deux escadrons de Spahis que dut lui céder Lamoricière. Pour faire passer sa
mauvaise humeur, d'Arbou-ville ravagea le pays durant quarante jours. Informé par le khalifa des
Oulad Sidi Abd-Allah qu'il était menacé dans la vallée du Chélif, il se rabattit de son côté, en
descendant la vallée de la Djediouia au débouché de laquelle il eut, le 25,un petit engagement de
cavalerie contre les Sbeïh qui avaient de nouveau pris parti pour l'émir. Il revint ensuite sur la Mina
où s'étaient concentrées plusieurs fractions de tribus soumises. Il s'arrêta là quelques jours pour
attendre les approvisionne-ments qu'il avait demandés à Mostaganem.
Pendant ce temps, l'émir voyant le général Lamoricière occupé ailléurs, et d'Arbouville arrêté, se
jetait sur la petite ville d'El-Bordj et l'incendiait pour punir de leur défection les Bordjia dont ce bourg
pouvait être considéré alors comme la capitale.
A la suite de cet évènement, l'épouvante se répandit parmi toutes les tribus soumises. Elles allèrent
supplier le général Lamoricière de les secourir. Mais celui-ci commença par se lancer à la poursuite
d'Abd-el-Kader jusqu'à Taguin, puis battit l'émir dans un engagement près de l'Oued Riou.
Le général Bugeaud, après avoir pacifié le pays des Beni-Ouragh, vint, le 22 décembre de la même
année, visiter Bel-Hacel où on avait construit un pont de bois sur la Mina et élevé une redoute
destinée à protéger cet ouvrage.
Tandis que 'la division d'Alger, sous les ordres de Chan-garnier, s'avançait dans le Dahra, le
gouverneur reprenait le chemin de Mostaganem d'où il repartait pour Alger. Quant au général
d'Arbouville, il fut bientôt remplacé par le général Gentil.
Celui-ci débuta dans son commandement de Mostaganem en conduisant une nouvelle expédition
chez les Flitta. Différentes fractions lui firent leur soumission, entre autres les Beni-Dergoun et les
Amamra. Il était de retour le 28 décembre amenant avec lui un grand nombre de prisonniers et de
troupeaux razziés. Mais l'émir reparaissait bientôt au milieu même des tribus qui avaient reconnu
notre autorité. Après les Beni-Ouragh et le Dahra, les Flitta ne tardèrent pas à faire défection.
Le 9 janvier 1843, le général Gentil repartait. Avec deux cents chasseurs d'Afrique et les goums de
Sidi-el-Aribi qui avaent pu seuls traverser le Chélif, il put débloquer Mazouna assiégée par les
réguliers d'Abd-el-Kader. Il revint ensuite rapidement rejoindre son infanterie qu'il avait laissée sur la
rive gauche du fleuve.
Le 6 mars, le colonel Géry était en train de construire un pont de chevalets sur le Chélif, en amont du
confluent de la Mina, quand les Beni-Zéroual vinrent l'attaquer. Le général Gentil parvint à soumettre
une partie de [Link] ; il revint ensuite sur le Chélif. Le 21 mars, il se trouva chez les Ouled
Khelouf, où le 32e de Ligne, colonel en tête, enleva le marabout Sidi-Lekhal, défendu par une bande
de Cheurfa.
C'est au mois de mai de la même année que notre fidèle ami, Mustapha ben Ismaël, venant de Tiaret,
passa, avec son maghzen, à travers le pays des Flitta. Il se rendait à Oran. Une bande de pillards
l'attaqua entre Mendez et Zemmorah, et il tomba frappé d'une balle dans la poitrine. On fit
l'hommage de sa tête à Abd-el-Kader et son corps, que Kaddour ben Morfi racheta, fut enterré le 29
mai, dans le cimetière musul-man d'Oran, en présence de toute la garnison rangée sous les armes.
quitta Mostaganem le 5 juin et traversa le pays sud de cette ville pour se rendre au khamis des Beni-
Ouragh (Ammi-Moussa) d'où il ramena trois cents misérables familles maures qui craignaient, non
sans raison, qu'Abd-el-Kader n'usât envers elles de représailles pour les châtier de leur soumission à
la France.
Le 3 juillet, Bourjolly reparaissait dans la plaine de la Mina pour corriger une nouvelle fois les Flitta
intraitables. Il avait avec lui deux bataillons du 32e de Ligne, un de Chasseurs à pied, un de la Légion
étrangère, et enfin les Tirailleurs indigènes du commandant Bosquet. Le 4, il remporta sur l'ennemi
une brillante victoire à l'emplacement actuel du village de Zemmorah. Il ne fut de retour à
Mostaganem qu'un mois après, ayant parcouru en tous sens le pays des Flitta. Les mêmes opérations
dirigées contre cette tribu recommen-cèrent du 31 août au 22 octobre de la même année, et du 8
avril au 23 mai 1844.
L'année 1844 se termina par la soumission de presque toutes les tribus situées au sud de
Mostaganem, jusqu'au Djebel Amour. Mais la guerre n'était pas encore terminée.
Après Abd-el-Kader, ce fut Bou Maza, le fameux Moul es Sâa qui se chargea de nous créer des
difficultés. Une nouvelle insurrection éclata, et les Flitta ne furent pas les derniers à répondre à
l'appel du révolté du Dahra. Notre khalifa, Sidi-el-Aribi, se mit aussitôt en campagne avec tous ses
goums. Le 12 avril 1845, le général de Bourjolly partait de Mostaganem, emmenant le 9e bataillon de
Chasseurs, deux bataillons du 32 de Ligne, une compagnie de la Légion étrangère, le bataillon de
Tirailleurs indigenes, deux escadrons de Chasseurs d'Afrique, et deux obusiers de montagne. Il
traversa les régions méridionales du Dahra, poussant jusquà Orléans-ville où il réjoignit les troupes
de Saint-Arnaud. Il revint ensuite désarmer les Cheurfa, les Achacha, et toutes les tribus insurgées de
l'Oued-Riou et de Tiaret. Il poussa jusqu'à El-Oussekh pour poursuivre l'émir, revint à Tiaret, donna
de nouveau la chasse à Bou Maza, chez les Beni-Ouragh, et rentra à Mostaganem le 14 juillet, après
soixante-trois jours d'absence.
Pendant ce temps, notre khalifa Sidi-el-Aribi, dont. la smala avait été attaquée par Bou-Maza, avait
réussi à infliger une sanglante défaite à notre ennemi qui laissa 400 morts, trente
chevaux, sept prisonniers et deux drapeaux sur le champ de [Link] se passait chez les Beni-
Zeroual.
Cependant, l'insurrection faisait des progrès rapides. Bientôt elle s'étendait des Beni-Ouragh aux
frontières du Maroc. La situation était grave. La colonne de Mostaganem reprit la campagne le 16
septembre 1845. Le 19 elle forçait le défilé de Tifour et allait s'établir à Ben Atia, sur la Menesfa. Le
général de Bourjolly avait mandé-un bataillon de la Légion étrangère en garnison à Ammi-Moussa;
craignant l'attaque de ce renfort par les Flitta avant son arrivée à Ben Atia, il quitta son camp le 20,
accompagné de la cavalerie, du bataillon de Tirailleurs et d'un obusier de montagne. Il ne s'était pas
trompé dans ses prévisions. Déjà les Flitta étaient aux prises avec le bataillon de la Légion et
menaçaient de l'écraser. Le général le dégagea non sans peine, ayant dix-sept hommes tués ou
blessés.
Entouré d'une foule d'indigènes aux dispositions peu favo-rables, de Bourjolly décida de se
rapprocher de Bel-Hacel. Il commença à opérer son mouvement de retraite le 22 septembre. Aussitôt
les Beni-Ouragh et les Flitta se précipitèrent sur notre arrière-garde composée de Chasseurs
d'Orléans. Un combat corps à corps s'engagea et les Tirailleurs parvinrent difficilement à repousser
l'ennemi et à dégager l'arrière-garde. La lutte reprit d'ailleurs un peu après plus acharnée que jamais
et dura six heures après lesquelles la colonne put gagner Touiza chez les Beni-Dergoun. Le 23, elle y
séjourna et ne leva le camp que le 24 pour se diriger sur Relizane. Pendant cette marche, des
engagements très vifs eurent lieu à l'arrière-garde. Les insurgés essayaient surtout de la séparer
complète-ment du gros des troupes pour pouvoir l'anéantir ensuite. La colonne arriva enfin sur la
Mina, toujours combattant, escortée par plus de 2,000 Flitta.
Le général dirigea tout de suite ses nombreux blessés sur Bel-Hacel avec les chasseurs d'Afrique
comme escorte. Quant à l'infanterie, elle se retrancha près du barrage de la rivière (1). Les Flitta
usèrent alors d'un nouvel artifice. Ils mirent le feu aux chaumes et aux herbes desséchées de la
[Link] vent développa rapidement l'incendie. Vers 6 heures du soir, les flammes léchaient nos
retranchements d'avant-postes, et nos ennemis, masqués par la fumée, faisaient pleuvoir sur le
camp
une grèle de balles. Pour être prêts à toute éventualité, nos soldats abattirent les tentes,
s'équipèrént comme pour un départ et chargèrent les bêtes de somme. Cependant, des escouades
de travailleurs énergiques parvinrent, après deux heures d'efforts, à se rendre maitre du feu, et à
préserver le camp de l'incendie.
Pendant la nuit, la cavalerie revint de Bel-Hacel, apportant des vivres et des munitions.
Cependant, le colonel Géry qui commandait à Mascara, en apprenant la nouvelle prise d'armes des
Flitta, s'était mis en marche pour aller aider le général de Bourjolly ; attaqué par les insurgés à
Tiliouanet, il les avait battus. Mais sachant que la révolte gagnait ses derrières, il dut revenir sur ses
pas, et concentrer les détachements qu'il avait disséminés pour exécuter des travaux de routes. Il se
dirigea ensuite sur Kalâa qu'il mit à sac pour la punir d'avoir pris les armes en faveur de Bou-Maza. Il
alla également châtier les Khermanza pour le même motif et leur enleva trois de leurs marabouts
fauteurs de désordre.
Pélissier qui succéda au précédent fit, pendant l'année 1846 deux promenades militaires chez les
Flitta, aux mois de juin
On était fort loin de penser à une nouvelle insurrection en Algérie ; aussi avait-on dégarni notre
colonie d'une bonne partie de ses troupes pour les envoyer au Mexique. Cependant, dès 1863,
certains bruits couraient au sujet de la création d'un royaume arabe sous la gérance d'Abd-el-Kader.
Ces bruits, propagés par la malveillance, avaient trouvé non seulement des européens assez stupides
pour les croire, mais encore des indigènes qui y ajoutaient une foi naïve mais dangereuse. Il arriva
même que, certains d'entre eux à qui on avait enlevé des terrains pour la création du village de
Bouguirat (à 28 kilomètres Sud de Mostaganem) crurent facilement à un bruit qui satisfaisait si bien
leurs intérêts ; aussi envahirent-ils avec leurs troupeaux le territoire destiné à la colonisation; ils n'en
voulaient pas sortir disant que telle était la volonté de l'Empereur. Il y eut un léger conflit qui
provoqua 10 arresta-tions.
13
· Des renforts venus d’Oran et des troupes envoyées de France et commandées par le général Roze
arrivèrent bientôt à Relizane. Le 29 mai, le colonel laissait la garde du village à un bataillon du 82me
de Ligne et se remettait en campagne. Sa colonne était forte de 2,500 hommes. Il alla prendre
position surl’Oued-Riou.
Pendant ce temps, l’ennemi s’avançait. Le 30, il vint camper, Si-Lazereg en tête, à Ras-el-Anceur, près
de Zemmorah. Le lendemain, trois cents cavaliers venaient surprendre Relizane.
Les insurgés se présentèrent au Sud de cette localité, mais, apercevant le bataillon du 82 e de Ligne
concentré sur le plateau auquel est adossé le village, ils passèrent la Mina. On tira quelques coups de
canon du fortin, mais la troupe ne s’opposa pas à la marche des ennemis. Bientôt, toute la plaine de
la Mina jusqu’à Clinchant, fut envahie. Les fermes isolées furent pillées et leurs habitants massacrés.
Pour achever leur æuvre de destruction, les Flitta incendièrent les meules de paille et de fourrage et
les récoltes sur pied.
Le général Roze avait quitté Mostaganem le 29 mai. Le 1 er juin, tandis que les révoltés ravageaient la
plaine et assassinaient nos colons, il arrivait tranquillement à Relizane. Il y séjourna le 2. Le 5, il eut
un engagement très vif avee les Flitta sur la Menesfa. La victoire fut pour lui et l’ennemi y perdit son
chef Si-Lazereg,
Le colonel Lapasset revint à Relizane à la fin du mois de juin. Avec le général Deligny, il se rendit le 3
juillet au camp du général Roze où étaient réunies toutes les djemâas des Flitta. Après leur avoir
reproché leur infâme trahison, il leur dicta les conditions de l'« Aman ».
Cet apaisement ne fut pas de longue durée. Si-Lazereg étant mort, son successeur Abd-el-Aziz se
rendit à Zemmorah. Quant à Si Mohammed ould Hamza, il était en fuite. Mais les indigènes avaient
peu foi au calme et ne laissaient pas de se montrer arrogants a Relizane et aux environs de
Mostaganem.
Le voyage de Napoléon III en Algérie suivit de près les insurrections de la province d'Oran. Le 20 mai
1865 il était à Mostaganem et le 24, il daignait honorer de sa visite le centre de Relizane. Nous
tenons à reproduire ici le texte même de Pharaon, l'historiographe de l'Empereur (relatant .les faits
avec la partialité qu'il convenait à un courtisan), quitte à remettre ensuite les choses à leur point
exact.
« Le lendemain, 21 mai, Sa Majesté quittait Mostaganem à « huit heures du matin pour aller visiter le
centre agricole de « Relizane qui fut créé le 24 juillet 1857, et qui, dans le court « espace de huit
années, s'est transformé en une petite ville «florissante.
« Sur tout le parcours, Sa Majesté fut alternativement « acclamé par les colons dont les villages sont
échelonnés « sur la route, et par les Arabes qui étaient venus établir leurs « douars sur le bord du
chemin pour le saluer. Une scène « émouvante attendait l'Empereur aux portes de Relizane ; « au
moment où sa Majesté arrivait, sa voiture fut inopinément
Page blanche
…
« entourée par plus de 10,000 Arabes, qui se ruèrent jusque « sous les roues de la calèche, et la
séparèrent complètement «de sa suite et de l'escorte d'honneur. Une pareille scène ne « peut se
décrire; toute cette population, hommes, femmes, « vieillards, enfants, la tête nue (sic) en signe de
soumission(?) « tendaient les bras vers l'Empereur, et de ces milliers de « poitrines, sortait le même
cri : Grâce(!).
« Cette forte et puissante population arabe était courbée « tout entière devant le souverain, et cette
manifestation qui « restera unique (?) dans l'histoire avait un cachet grandiose « que la plume ne
saurait reproduire. Le premier moment de « tumulte passé, Sa Majesté parvint non sans peine à
savoir « ce que voulaient ces vieillards à barbe blanche, ces femmes « éplorées, ces enfants, ces
robustes guerriers dans l'attitude « de la soumission et de la prière(?)
« C'étaient les membres de la confédération des Flitta, « composée de 19 tribus, qui venaient
implorer la grâce de « leurs frères internés en Corse à la suite de la dernière «insurrection. La scène
était touchante (!). L'Empereur, « entouré seulement de Son Excellence le maréchal de Mac-«Mahon,
du général Fleury, et du général Deligny, se trouvait « complètement isolé au milieu de cette
population en pleurs : « dans leur langage pittoresque de l'Orient, les Arabes protes-« tèrent de leur
dévouement futur, s'offrant comme otages à « la parole donnée.
« L'Empereur visiblement érou par cette scène de désolation, « fit immédiatement appeler Sidi-el-
Aribi, khalifa de cette « puissante confédération, et tint un instant conseil au milieu « du tumulte.
Pendant tout le temps que Sa Majestée mit à « s'éclairer sur la part que ces tribus avaient prise à «
l'insurrection, les Flitta manifestaient comme ils pouvaient « par leurs cris, par leur attitude, par leurs
gestes, leurs « promesses d'éternelle soumission. Rien ne saurait décrire « l'enthousiasme qui se
manifesta, Iorsque les paroles d'oubli « et de pardon tombées des lèvres impériales leur furent «
transmises par leur chef Sidi-el-Aribi ; les Flittas éclatèrent « en actions de grâces (?), les femmes
déchiraient l'air de leurs « toulouil (1) aigus : c'était la débauche de la joie, le délire de
(1) Ce sont les you you » des femmes arabes, cf. l'assonnance de ce mot avec le latin «
hululare».
« l'enthousiasme (1), les uns se prosternaient le front contre « terre, les autres cherchaient à baiser
les pans de vêtements «de l'Empereur et des officiers généraux dont il était accom-« pagné. Ce fut à
grand'peine que le piqueur de Sa Majesté « put ouvrir un passage à la voiture impériale qui fut
obligée « de traverser au petit pas la ville de Relizane.
«Après avoir visité le barrage établi sur la Mina, dont les « eaux ainsi retenues fertilisent vingt-cinq
mille hectares de « cultures industrielles, et s'être fait rendre un compte exact « de l'état de la
colonisation, Sa Majesté reprenait la route de « Mostaganem, où elle arriva à 6 heures du soir, après
« avoir fourni une course de trente-quatre lieues dans sa 《journée.
« Le soir, elle réunissait à sa table les autorités civiles, «militaires et indigènes, et tandis que les
habitants de «Motaganem faisaient éclater leur enthousiasme autour de la « résidence impériale,
des scènes touchantes se passaient sous « les tentes des Flitta. Les familles arabes réunies exaltaient
« la générosité du Sultan, et le nom de Napoléon III volait de « bouche en bouche au milieu des
bénédictions de tous; toute « la nuit, les indigènes se visitèrent les uns les autres pour « se féliciter
de l'heureux évènement, et les seules victimes de « cette joie universelle furent les moutons égorgés
pour « célébrer la magnanimité du souverain.
« Le lendemain matin, à 10 heures, S. M. Napoléon III « s'embarquait pour Alger au milieu des
acclamations de la « population de Mostaganem, et les cris de « Vivel'Empereur!» « qui sortaient des
bouches européennes, avaient un écho « dans tous les coeurs arabes. L'acte de la veille n'avait fait «
que grandir, et les indigènes avaient ajouté au nom de « Napoléon III celui de El Kerim « le
Généreux !》
Ce qui précède est la vérité travestie purement et simple-ment. Le chroniqueur de l'Empereur au lieu
de passer les faits sous silence a cru devoir les transformer en leur donnant une tournure toute à
l'honneur de son maître, dans l'espoir que la postérité, portée à croire facilement aux actes glorieux
du temps passé, accueillerait ce récit avec la même foi que tant d'autres erreurs et mensonges
histortques. En réalité, quand Napoléon III arriva à Relizane, il y trouva près de vingt mille indigènes
hommes, femmes et enfants accourus à la suite des
« l’enthousiasme (1), les uns se prosternaient le front contre « terre, les autres cherchaient à baiser
les pans de vêtements «de l’Empereur et des officiers généraux dont il était accom-« pagné. Ce fut à
grand’peine que le piqueur de Sa Majesté « put ouvrir un passage à la voiture impériale qui fut
obligée « de traverser au petit pas la ville de Relizane.
«Après avoir visité le barrage établi sur la Mina, dont les « eaux ainsi retenues fertilisent vingt-cinq
mille hectares de « cultures industrielles, et s’être fait rendre un compte exact « de l’état de la
colonisation, Sa Majesté reprenait la route de « Mostaganem, où elle arriva à 6 heures du soir, après
« avoir fourni une course de trente-quatre lieues dans sa 《journée.
« Le soir, elle réunissait à sa table les autorités civiles, «militaires et indigènes, et tandis que les
habitants de «Motaganem faisaient éclater leur enthousiasme autour de la « résidence impériale,
des scènes touchantes se passaient sous « les tentes des Flitta. Les familles arabes réunies exaltaient
« la générosité du Sultan, et le nom de Napoléon III volait de « bouche en bouche au milieu des
bénédictions de tous ; toute « la nuit, les indigènes se visitèrent les uns les autres pour « se féliciter
de l’heureux évènement, et les seules victimes de « cette joie universelle furent les moutons égorgés
pour « célébrer la magnanimité du souverain.
« Le lendemain matin, à 10 heures, S. M. Napoléon III « s’embarquait pour Alger au milieu des
acclamations de la « population de Mostaganem, et les cris de « Vivel’Empereur !» « qui sortaient
des bouches européennes, avaient un écho « dans tous les cœurs arabes. L’acte de la veille n’avait
fait « que grandir, et les indigènes avaient ajouté au nom de « Napoléon III celui de El Kerim « le
Généreux !》
Ce qui précède est la vérité travestie purement et simple-ment. Le chroniqueur de l’Empereur au lieu
de passer les faits sous silence a cru devoir les transformer en leur donnant une tournure toute à
l’honneur de son maître, dans l’espoir que la postérité, portée à croire facilement aux actes glorieux
du temps passé, accueillerait ce récit avec la même foi que tant d’autres erreurs et mensonges
histortques. En réalité, quand Napoléon III arriva à Relizane, il y trouva près de vingt mille indigènes
hommes, femmes et enfants accourus à la suite des
….
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Goums commandés par l’autorité militaire. On avait fait à ces derniers d’alléchantes promesses,
probablement l’assurance d’une distribution de subsides ou de grains, s’ils criaient bien fort « Vive
l’Empereur » et s’ils amenaient beaucoup de monde pour acclamer le souverain. Il y avait, en outre,
de nombreux parents et amis d’individus condamnés pendant les récentes insurrections, et qui
comptaient demander la grâce des prisonniers. Enfin, il y avait la tourbe tumultueuse des curieux et
des fauteurs de désordres qui complétait le tout.
Des clameurs discordantes accueillirent Napoléon à son arrivée. Toute cette foule de miséreux
descendus de la montagne, venus d’un peu de tous les points du territoire des Flitta, se massait
autour de la voiture impérialé et de son escorte, les uns hurlant « Bibe l’Amprou ! Bibe
l’Amprou !»(1) d’autres criant des choses incompréhensibles dans leur langage rude, tous cherchant
à se rapprocher de l’Empereur avec des intentions plus ou moins honnêtes. En somme, les goums
étaient insuffisants pour s’opposer à un coup de main, et rien n’empêchait cette masse d’indigènes
de faire prisonnier le souverain et de l’emmener dans leurs montagnes avec son Etat-Major. Je me
suis laissé dire par de vieux arabes que telle était bien l’intention de certains manifestants, et s’ils ne
purent mettre leurs projets à exécution, c’est grâce à la présence d’esprit de l’entourage de
l’empereur. La foule en se bousculant menaçait de déborder la garde de cavaliers et d’envahir la
calèche impériale. Pris de frayeur, Napoléon fit signe à son trésorier particulier qui se trouvait
derrière lui, dans une autre voiture, avec des cassettes contenant une somme assez forte. Aussitôt
pièces d’argent et d’or tombèrent en pluie sur la cohue, jetées à pleine mains par le trésorier et un
des généraux de la suite. Les Arabes se précipitèrent alors sur le sol pour y recueillir la précieuse
aubaine, et c’est sans doute là ce que Pharaon a pris pour des prosternations humiliées. En fait
d’acclamations, il n’y eut surtout que des cris incohérents et « l’attitude soumise » se traduisit par
des gestes de sauvages, des gambades de gens satisfaits de se voir accorder une aumône par le chef
de ceux qui leur avaient pris leurs troupeaux. Au lieu de s’arrêter à la halle aux grains,
transformée en salle de réception, l'Empereur qui n'avait aucune envie de rester dans un lieu où les
marques de sympathie s'affichaient avec un enthousiasme évidemment exagéré, ne se donna pas la
peine de visiter ni barrage ni quoi que ce soit. Il donna ordre de fouetter les chevaux et de s'enfuir à
toute vitesse. Le soir, les douars alentours fêtèrent la venue de «l'Ambrou» avec ses écus et sés louis,
les feux des méchouis éclairèrent la plaine en souvenir du-passage d'un prince qui savait si
généreusement distribuer les fonds de sa casselte secrète ; et, si un sentiment quelconque poussa les
indigènes à se féliciter de la visite de l'Empereur, ce fut la reconnaissance du ventre!
Ici se termine la chronique des événements historiques qui eurent pour champ d'action le territoire
de la commune mixte de la Mina et ses environs immédiats. Il nous reste à voir maintenant l'histoire
de ses divisions administratives jus-qu'aux plus récentes organisations et celle de chaque tribu en
particulier.
Carte
Vers 1600, au moment où la conquête turque venait d’étendre son niveau sur les deux races du pays,
la plupart des massifs montagneux se trouvaient encore au pouvoir des Ber-bères. Les plaines
avaientétéenvahies et dévastées par les Arabes Quant aux villes il en restait très peu : abandonnées
par leurs habitants, presque toutes tombaient en ruines. Peu à peu, les races berbères s’arabisèrent ;
au XVIIe siècle, les Hoouara seuls parlaient la zenatia qu’ils abandonnèrent bientôt pour adopter la
langue arabe. Les villes ruinées qui restaient étaient Cirat, dans la plaine du même nom ;
Taguelmimt, dont les ruines se voient encore non loin de Fornaka ; El-Bet’ha, sur la Mina, à 4 ou 5
lieues de son confluent avec le Chélif ; El-R’edda ou El-R’etcha, dont il reste encore quelques traces
près du centre de Clinchant ; Tahlil, dans la plaine de l’Hillil ; Sidi-Mer’dad, sur l’emplacement du
village de l’Hillil ; Kalâa et quelques bourgs sans importance de la montagne. Il ne reste plus rien
aujourd’hui, à part Kalâa, de ces cités dont quelques-unes furent florissantes, entre autres El-Bet’ha
et El-R’edda. Aïn-es-Sefsif et Ilel, villes éphémères, sont aussi à mentionner.
Les Beni-Rached ayant quitté la région de Kalâa pour aller s’installer aux environs d’Orléansville, les
Hoouara de la région montagneuse formèrent seuls un noyau berbère compact qui resta
relativement assez longtemps à contracter des alliancés sanguines avec les tribus arabes d’alentour.
Nous aurons plus loin l’occasion de signaler les autres tribus renfermant des éléments berbères.
Peu après notre arrivée dans la province d’Oran, nous fournîmes, on le sait, l’occasion à un jeune
agitateur, le fameux Abd-el-Kader, de devenir le souverain musulman de tout le pays. Tout en
formant ses troupes de réguliers, il organisait les subdivisions administratives de ses Etats, suivant
Pour cela dans une certaine mesure les règles déjà adoptées par les Tures consistant à former autant
de circonscriptions qu’il y avait de tribus d’origines différentes.
L’aghalik des Gharaba, celui des Medjeher et celui des Flitta doivent seuls nous intéresser, car seuls
ils ont contribué à la formation de la commune-mixte de la Mina.
Le district des Gharaba devait son nom à la tribu des Gharaba qui était la plus considérable de cette
circonscription territoriale, et la seule qui ait la possibilité de lui fournir des aghas. Il était limité, au
Nord par les possessions françaises (en 1837), la mer et l’aghalik des Medjeher ; à l’Ouest par les Beni
Ameur ; au Sud par les Hachem Cheragha et Gharaba ; à l’Est par les Flitta et l’aghalik du Cherg. Il
comprenait 15 tribus : Les Gharaba, les Abid Cheraga, les Beni-R’eddou, les Sedj’rara, les Beni-
Chougran, les Oulad Sidi Daho, les Oulad Riah’, les .Akerma Gharaba, les Guerboussa, les Sahari, El
Ketarnia, Bathn el Oued, Chareb er Rih’, El Mekan, El Maafit et trois Bourgades : El Bordj, Kalâa,
Tiliouanet.
Les Bordjia faisaient partie de la tribu des Gharaba, ou du moins une certaine partie des tribus qui se
trouvaient sous leur dépendance quand l’émir les dispersa pour avoir suivi Mustapha ben Ismaël lors
de l’expédition du général Perrégaux. Les Bordjia comptaient autrefois parmi les meilleurs soutiens
de la puissance turque et occupaient le pays compris entre les Gharaba, les Abid Cheraga, les Beni-
Gheddou, les Beni-Chougran et El Bordj, c’est-à-dire la plaine de Sirat et une partie de celle de
l’Habra. Ils pouvaient fournir alors plus de mille chevaux et de mille fantassins. Mais dès 1838,
dispersés par Abd-el-Kader, ils se répartirent entre la tribu des Gharaba et celle des Hachem Cheraga,
Deux fractions, celle des Adjouala et celle des Azzara qui leur étaient soumises au temps de leur
puissance firent ensuite partie de la tribu des Gharaba. Un noyau compact de Bordjia est demeuré
dans la région de Ahl el Haciane (Fornaka) et l’occupe encore de nos jours, alors
qu'il est venu s'y implanter depuis quatre siècles déjà, ayant quitté les environs immédiats d'El-Bordj.
On a pu voir antérieurement quelle part a pris cette tribu dans le mouve-ment progressif de la
soumission générale du pays qui suivit les premières luttes faites pour le compte d'Abd-el-Kader. (1)
Les Beni-R'eddou occupaient la région de Haciane el R'omri et la plaine s'étendant depuis le
marabout de Ben Sebna (sur l'Oued Malah) jusqu'à la plaine du Sersour, au Sud du lieu dit Sidi-Cherf.
Cette tribu était d'origine berbère. Elle habita longtemps la ville d'El R'edda ou El R'etcha dont il a été
parlé plus haut, située sur l'emplacement actuel du centre de Clinchant. Elle s'installa esuite sur le
territoire qui forme aujourd'hui les douars-communes de Sidi Sâada et d'El-Romri car les Soueïd (vers
le XIVe siècle) la dépossédèrent de sa ville et de ses terres. Elle bâtit une nouvelle ville à Sidi Mer'dad,
sur l'emplacementactuel du village de l'Hillil. Les Beni R'eddou ont contracté depuis de nombreuses
alliances avec les Arabes des environs ; mais le type bērbère domine chez eux et avec lui, les qualités
et les défauts de cette race. Ils affirment avoir pour auteur commun le grand marabout Sidi Sâada qui
acquit tant de renommée en l'an 1000 de notre ère. Mais cette prétention est sujette à caution et
n'est établie par aucun document. A l'époque d'Abd-el-Kader, tous leurs fantassins étaient enrôlés
dans l'infanterie régulière de l'émir. Ils furent longtemps en guerre avec les Medjeher dont ils
triomphaient souvent. Il y eut une époque où ils furent riches en céréales et en troupeaux, mais ils
ont perdu peu à peu ces signes distinctifs de l'opulence chez les indigènes et sont devenus quelque
peu misérables.
Les Akerma Gharaba possédaient la région s'étendant depuis le pied de la montagne de Kalâa,
jusqu'à la plaine du Sersou et jusqu'auprès de Madar. Ils campaient de préférence sur l'Oued Hillil. Ils
prétendent descendre d'Akeram, issu de l'un des apôtres du prophète, qui vint s'établir dans la
plaine de l'Hillil vers l'année 998. A cette époque, il y avait dans cette même plaine une ville (dont il
reste quelques vestiges) qui avait été fondée par les Maghraoua: c'était Tahlil. Sous la domination
turque, les Akerma Gharaba fournissaient un contingent de 45 cavaliers qui devaient assurer la police
du
184 ON
pays. Ils ont fait leur soumission en 1844 et furent placés à cette époque sous les ordres de l'agha El
Mezary. Ils firent défection quelque temps quand parut Bou Maza, mais revinrent vite à nous quand
on eut réduit an silence l'insurgé du Dahra. Cette tribu se consacre surtout à l'élevage dea troupeaux.
Les Guerboussa dont le nom est resté au douar-commune situé sur le même territoire, occupaient en
1837 la région Sud et Est de Tiliouanet qu'ils occupent encore. Là, se trouve une forèt qui porte leur
nom; on y remarque des thuyas et des chênes. Le sol non forestier estaride, et, partout, les habitants
ne peuvent étre que très pauvres.
Les Sahari occupaient, en temps d'Abd-el-Kader, le pays fertile et bien arrosé situé sur le confluent de
la Mina et de l'Hillil. lls étaient autrefois réunis à la tribu magzen des Mehall et faisaient partie des
Flitta. Les Turcs leur avaient donné pour mission d'assurer les communications avec la province
d'Alger et de contenir les Dahra et les Flitta. Ils allèrent, en 1835, présenter leur soumission au
général Perrégaux. Mais ils furent obligés bientôt de se retourner vers Abd-el-Kader. En 1842, ils se
soumirent au général d'Arbou-ville et restèrent depuis dans le devoir.
La petite tribu d'El-Mekan campait dans la plaine de la Mina, sur les bords de la rivière, près des
Sahari. Elle n'était formée que de deux pauvres douars et ne possédait même pas de troupeaux.
La tribu des Maafit occupait la petite colline appelée Tamakrest, à une lieue et demie au Sud du
confluent du Chélif et de la Mina et à une lieue de la Mina. Elle possédait de nombreux troupeaux.
Kalâa est située à 7 lieues Est de Mascara et à 2 lieues et demie d'El-Bordj, sur le versant Nord d'une
montagne qui se trouve entre les deux sources de l'Oued Hallil. Adossée en gradins sur des roches
qui surplombent l'Oued Kalâa, la porition de cette ville est fort [Link] pour ainsi dire
au flane de la montagne abrupte dite Djebel Berber, elle a été plusieurs fois ruinée par les
tremblements de terre assez fréquents dans la région. Le chaos du site n'en rend que plus originale
cetle bourgade entièrement indigène que la civilisation francaise n'a pas encore envahie. Jadis,cette
petite ville, par suite de sa position inexpugnable, joua un rôle dans
les guerres de tribus sous le nom de Kalâa des Beni Rached. Elle avait été fondée, ainsi que nous
l'avons vu, au 6° siècle de l'hégire par Mohammed ben Ishak de la grande tribu des Hoouara ; c'est
pourquoi elle fut d'abord appelée Kalât Hoouara. Elle tomba, comme le pays sur laquelle elle était
située au pouvoir de la tribu zenatienne des Beni Rached venue du Djebel Amour; puis sous la
domination des rois de Tlemcen, enfin sous celle des Mehal, conduits par Ahmed el Abd. On sait avec
quelle énergie les Tures d'Aroudj suppor-tèrent, en 1517, le siège de Dom Martin d'Argote. Les
Espagnols ne gardèrent pas longtemps la ville qui retomba peu de temps après sous la domination
des beys d'Alger. En 1736,le bey Mustapha bou Chelaghem agrandit Kalâa et y fit construire une
mosquée, qui a d'ailleurs été détruite par le tremblement de terre de 1887 (29 novembre).
Les beys et les hauts fonctionnaires turcs d'Alger qui étaient disgraciés et se sentaient généralement
menacés de ne pas survivre à leur disgrâce, avaient à Kalâa un lieu de refuge tout trouvé ; et
plusieurs migrations de familles turques motivées par l'insécurité vinrent à diverses reprises peupler
la petite ville d'habitants nouveaux. La population issue de ces émigrés et des familles des janissaires
n'a pour ainsi dire pas de sang arabe dans les veines et se trouve être, sauf de très rares exceptions,
de race turque. Il y a lieu d'insister sur ce point, car les femmes d'origine turque ou koulouglie ont
une aptitude spéciale pour le tissage ou la fabrication des tapis. Avant la conquête, la population
entière de Kalâa se livrait à l'agriculture et à l'índustrie. L'agriculture était pratiquée dans la plaine de
Semmar, distante-de 2 à 3 kilomètres de Kalâa. Les industriels fabriquaient du savon mou ou tissaient
des tapis qui rivalisaient avec ceux du Maroc et de l'Orient. Pendant la conquête, Kalâa n'a fait cause
commune ni avec la France, ni avec Abd-el-Kader. Elle a observé la neutralité: ce qui luí a valu
plusieurs attaques de l'émir. Quant aux Arabes qui ont poursuivi les troupes francaises passant
aupres de cette ville, pendant que Mostaganem ravitaillait Mascara,il appartenaient aux réguliers
d'Abd-el-Kader. Vers 1838, cette bourgade, qui n'avait même pas de murs d'enceinte, se composait
de 200 à 250 maisons. Un marché s'y tenait tous les samedis.
tombèrent, ne pouvant rivaliser avec les savonneries françaises. Quant à l'agriculture, il n'y a plus,
dans la p'aine de Semmar, qu'une dizaine de propriétaires qui soient originaires de Kalâa. La ville
fournissant en moyenne une quarantaine de journa-liers à ces fermiers, que peuvent faire les autres
habitants? Ils ne peuvent s'employer chez des Français car il n'y en a ni dans la ville ni dans les
environs ; aussi, plusieurs d'entre eux émigrent-ils vers le Sud et se font colporteurs. On les voit errer
une partie de l'année dans le Sud oranais, jusque près du Gourara, d'où ils reviennent avec un léger
bénéfice. D'autres continuent à se livrer à la fabrication des tapis. Nous aurons l'occasion de reparler
de cette industrie.
On sait que des dictons arabes satyriques,euvre anonyme et collective, circulent de bouche en
bouche parmi les indigènes des provinces d'Oran et d'Alger, et sont attribués à un certain marabout
Ahmed ben Yousef. Son vrai nom est « Sidi Ahmed ben Yousef Mérini el Hoouari er Rachidi (1). » Il
naquit à Kalâa, au 9e siècle de l'hégire. Il appartenait, comme son nom l'indique, à la famille des Beni
Merîn qui faisaient partie de la grande famille berbère des Hoouara. Les biographes lui ont attribué
une noblesse religieuse et lui ont fabriqué une géné-ration, le faisant remonter, par Edris ben Edris,
le fondateur de Fas, à Ali, le gendre du Prophète. La légende raconte que la mère de Sidi Ahmed ben
Yousef le mit au monde pendant un voyage qu'elle effectua avec son mari. Elle abandonna T'enfant
dans une touffe de palmiers-nains, tout près d'une fraction des Oulad Merah'. Une vache qui
appartenait à un nommé Ibn Yousef vint, telle la louve de Romulus et de Remus, allaiter l'élu de Dieu
que les anges avaient enveloppé de soie et d'or et donc le visage resplendissait d'une auréole
céleste. Ibn Yousef recueillit le nouveau-né et l'éleva comme son fils: en souvenir de cet acte de
charité, Ahmed ajouta le nom de son bienfaiteur au sien.L'histoire de sa jeunesse ne présente rien de
vraisemblable, et des légendes sans consistance tiennent le plus souvent la place des faits. De bonne
heure,il dut se faire un nom parmi les saints du pays, probablement en s'élevant contre le
relàchement religieux dont les Zyanites
(1) Cf. l'ouvrage de M. René BAssEr: Dictons satyriques attribués Sidi Ahmed ben Yousef.
...
.de Tlemcen, où régnait alors l'émir Abd-Allah Mohammed, surnommé El Moutaouakkil Billah
(celui qui met sa confiance en Dieu. Il régna de 868 à 880 de l'hégire, c'est-à-dire de 1462 à 175
de J.-C.) donnaient l'exemple. Sidi Ahmed étant venu à Oran, les propos de certains de ses
compagnons mécontentèrent le gouverneur qui signala le marabout à l'émir de Tlemcen. Celui-ci
informé qu'il pouvait y aller de sa liberté ou même de sa vie, s'enfuit à Ras-el-Mâ, près du caïd
des Beni Rached, Ali ben Abou Ghanem, qui, à l'arrivée des ordres d'Abou Abd-Allah, fit partir Sidi
Ahmed. Celui-ci s'éloigna en maudissant ses persécuteurs. Sur mer,les Espagnols anéantirent leur
pouvoir en s'emparant d'Oran (915 de l'hégire - 1509 de J.-C.), et, sur terre, les Turcs mirent fin à
la dynastie zyanite (1155 de J.-C.) Si Ahmed alla jusqu'à Hillil (Ilel des géographes arabes sans
doute), y laissa sa fille Aïcha et partit pour Bougie. Là, il fut définitivement engagé dans le
mouvement de renaissance du monde islamique. Il y suivit les leçons d'Ahmed ez Zeraki qui
l'affilia à l'ordre religieux auquel lui-même appartenait: les Kadrya, branche des Chadelya, dont
une fraction prit le nom de Sidi Ahmed er Rachidi. Il revint ensuite à Ras el-Mà où il fit un second
mariage. Etant à Kalâa, il eut des rapports avec Aroudj et Kheir ed Din qui lui envoya par Aroudj
4,000 dinars. D'après Abou Ras, il mourut en 931 de l'hégire. Une tradition rapporte qu'il confia à
ses fils le soin de propager sa doctrine dans divers pays, et que l'un d'eux s'établit en Egypte :
c'est ainsi qu'un nommé Ibrahim Er Rachidi (un des disciples de Si Ahmed ben Driss, maître d'Es
Snoussi) affirmait descendre du saint de Kalâa.
L'ouvrage de M. René Basset (Dictons satiriques attribués à Si Ahmed ben Youssef) cite tout au
long les dictons relatifs à la région de l'Hillil et Sirat. Un des plus répandus est celui-ci:
Id'a Kanet el djenna fis sema, argueb âla Sirat, Ou Ida hya fil ardh hya Siral.
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Le cheikh Ibrahim ben Mohammed ben Ali et Tazi, bien . connu pour son aménité, est enterré à
Kalâa. Après'avoir étudié à la Mecque puis à Tlemcen auprès d'Ibn Merzouk, ce personnage vint
s'établir à Oran où il succéda à son maître le fameux Mohammed ben Omar el Houari à la
malédiction duquel on prête la cause de la prise 'd'Oran par les Espagnols au IXe siècle. Et Tazi
mourut le dimanche 9 du mois de châbon 866 (le 1er mai4462 de notre ère). On l'enterra d'abord
à Oran; mais après la venue des Espagnols dans cette ville, on exhuma son corps pour le
transporter à Kalâa.
Tels sont les faits et les hommes qui ont illustré cette petite bourgade. Il y avait, en 1830, tout
près de Kalâa, deux villages qui existent encore et qui en sont en quelque sorte les dépendances.
L'un est Debba, situé à 3 kilomètres au Sud de Kalâa, l'autre Mesrata, à 2 kilomètres Ouest de
cette dernière sur la route d'El-Bordj et sur le versant opposé du ravin sur lequel Kalâa est bâti.
Chacun de ces centres com-prend un groupement d'une vingtaine de maisons arabes dont une
mosquée sans minaret. Les habitants y fabriquent égale-ment des tapis qui y ont quelque
renommée.
Tiliouanet est aussi un village d'origine berbère comme son nom l'indique. Sa position est
pittoresque et dans le genre de celle de Kalâa. Il fournissait à l'émir 50 réguliers et produisait des
haïks et des burnous estimés. Trois sources prennent naissance au bas de la ville et forment
l'oued Tiliouanet dont nous aurons l'occasion de parler plus loin ainsi que des gisements
pétrolifères des environs.
Les forces réunies de toutes les tribus et bourgades com-prises dans laghalik des Gharaba
pouvaient être évaluées, d'après un relevé détaillé, à 4,520 tentes, 2,760 cavaliers et 1,090
fantassins. Il est toutefois à remarquer que, malgré ce chiffre relativement élevé, l'agha des
Gharaba ne put jamais procurer à l'émir plus de 800 à 1,200 cavaliers.
L'aghalik des Medjeher était limité à l'Ouest par Mostaganem et la mer; au Sud et à l'Est par
l'aghalik des Gharaba, et au Nord par celui du Cherg. Il avait à peu près la forme d'un carré
allongé, avec une longueur de 12 lieues d'Est en Ouest et de 8 lieux du Nord au Sud.
Un des plus petits et des moins peuplés de la province d'Oran, ce district était un de ceux où la
culture était le mieux entendue et la plus avancée. La tribu des Medjeher qui
s'établit sur ce territoire lors de l'invasion arabe hilalienne, laissa son om au pays, mais se fondit
peu à peu avec les populations arabes et berbères voisines pour former de nouvelles petites
tribus indépendantes dont le groupement reçut le nom officiel de Medjeher, sous les Turcs. Les
descendants des premiers immigrants arabes, les Medjeher proprement dits, ne composèrent
plus que quelques familles qui devinrent les serviteurs des Oulad Sidi Abd Allah dont nous
parlerons plus loin.
L'aghalik des Medjeher se subdivisait en tribus qui étaient réparties sur les deux rives du Chélif.
C'étaient les suivantes : Ayache Talata, Ayache Fouaga, Oulad bou Kamel, Mzarah, les Hachem
Daho, les Cherfa el Hamadia, les Oulad Sidi Abd Allah, les Hachaïchta, les Resguia, les R'oufirat,
les Ashab Nahro,les Oulad Dani, les Oulad Chàfa, les Oulad Sidi Abd-Allah de Bou Djerad, les
Oulad Malef, les Hassainia Ashab Msara, les Oulad Chaker, les Oulad Hamdon, les Oulad Sidi Abd-
Allah Mta'a Sersour.
Les Cherfa el Hamadia occupaient le territoire limité à l'Ouest par le pays des Hachem Dahro, à
l'Est par les Oulad Sidi Abd-Allah de Sour-kel-Mitou, et au Nord par le Chélif et les Oulad Bou-
Kamel. C'était une tribu de marabouts qui se prétendaient descendants du prophète. Elle
cultivait des céréales en abondance et possédait de nombreux troupeaux.
Les Oulad Sidi Abd-Allah Mta'a Sour-kel-Mitou campaient à une demi-lieue du Chélif, autour du
Sour-kel-Mitou; ils ne formaient que trois douars de 30 ou 40 tentes qui s'étaient séparés depuis
longtemps des Oulad Sidi Abd-Allah Mta'a bou Djerad pour cultiver les nombreux vergers qu'ils
possédaient à Sour-kel-Mitou. Ils pouvaient fournir 40 cavaliers à l'émir. Comme les autres Oulad
Sidi Abd-Allah, ils avaient pour origine la célèbre famille des Oulad Sidi ben Abd-Allah, famille de
marabouts par excellence, qui se prétendait issue du prophète lui-même par l'ancêtre chérif
commun Sidi Abou Abd-Allah. Ce marabout avait été chargé, au XVIe siècle, par la zaouïa Saguiet
el Homra de recruter de nouveaux adeptes à Abd-el-Kader el Djilani. Il s'établit pour cela dans la
vallée du Chélif inférieur avec les siens. Il est à supposer qu'ils s'y trouvaient bien puisqu'ils s'y
fixèrent définitivement et par-vinrent même à prendre sous leur tutelle, comme serviteurs
religieux, les derniers représentants des Medjeher venus lors
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de la seconde invasion Arabe. La famille des Tekouk, la plus influente du pays, appartient aux
Oulad Sidi bou Abd-Allah. Nous en reparlerons plus loin.
Les Oulad Hamdan qui occupaient d'abord une partie de la plaine de Sirat, vinrent, après la chute
de la domination turque, s'éloignant des Bordjia leurs voisins, s'établir sur le pays portant le nom
de Blad-oulad-Abid, situé au Sud de Mostaganem et de Mazagran, et qui appartenait autrefois
aux Turcs et aux Koulouglis de ces deux villes. Ce pays fertile, bien arrosé et bien cultivé fut
quelque peu maltraité par ses nouveaux propriétaires habitués à leurs grossiers travaux agricoles
de la plaine de Sirat.
L'aghalik des Medjeher, coupé dans beaucoup de parties par de longues bandes sablonneuses
était par sa nature moins fertile que ses voisins. L'industrie de ses habitants sut y suppléer : leur
caractère sédentaire et leur persévérance contribuèrent beaucoup aux progrès de la culture.
C'est sans doute l'élément berbère qui s'était infiltré dans lé pays et mélangé au sang arabe qui
fut cause de ces habitudes diffé-rentes de celles des tribus voisines. Au moment de notre arrivée
en Algérie, les Medjeher n'allaient pas chercher au loin des pâturages pour Ieurs troupeaux; de la
sorte, ils pouvaient surveiller, été comme hiver, leurs vergers qui, par leurs produits abondants
étaient l'objet de la jalousie des districts d'alentour. Ce fut d'ailleurs la cause première du
rapproche-ment des Medjeher avec les Français, car nos établissements leur fournissaient un
débouché facile pour leurs produits et un encouragement à venir pour leurs travaux agricoles.
Aussi Abd-el-Kader manifesta-t-il de bonne heure une grande anti-pathie pour les Medjeher. A
maintes reprises, il profita de ce que des individus de cette tribu avaient secrètement vendu des
chevaux à des français, pour obliger plusieurs fractions à émigrer plus au Sud.
Outre l'agriculture, les Medjeher pratiquaient en gros la fabrication des pains de figues sèches
dont ils faisaient un commerce considérable. Leurs descéndants les imitent d'ailleurs dans ce
genre d'industrie et écoulent facilement ce produit parmi les populations indigènes voisines.
La totalité des forces réunies de l'aghalik des Medjeher pouvait être évaluée à 2,600 cavaliers et
à 1,600 fantassins ; mais en réalité, ils ne fournissaient à l'émir que 600 cavaliers environ.
L'aghalik des Flitta était borné au Nord par l'aghalik des Gharaba et celui des Medjeher, à l'Est par
celuí du Cherg, au Sud par la portion de l'aghalik des Hachem Cheraga désignée sous le nom de
Kibla; enfin, à l'Ouest, par les Hachem Cheraga proprement dits.
Le chef de district ne prenait, par exception à la règle générale, que le titre de caïd, quoique cette
fonction soit une des plus hautes de la province de Mascara. Au temps des beys, les fils de bey
étaient généralement caïds des Flitta, et succédaient ensuite presque toujours à leur père.
Les Flitta se divisaient en Douaïr-Flitta et en Flitta propre-ment dits. Nous ne parlerons que des
premiers qui, seuls, doivent nous intéresser ici.
1°Les Oulad-bou-Ali qui campaient et campent encore sur la rive gauche de la Mina, à l'endroit
dit Radjiah-el-Bakar.
2° Les Hassasna qui campaient souvent réunis avec les Oulad bou-Ali mais dont le vrai territoire
se trouve autour du marabout Abd-el-Ali et à Matmour-el-Ahmar (Clinchant).
3° Les Douaïr-Flitta proprement dits, situés dans la plaine de Sammar, au Nord-Est de Kalâa.
Formés sous le gouverne-ment turc, ils ne comprenaient au début que quelques tentes pour
constituer les maghzen du caïd des Flitta sur diverses fractions du Râïa. De là leur nom de Douaïr,
ajouté pour les distinguer de celui porté par la Tribu-mère. Ils jouissaient de grandes immunités:
ce qui contribua à leur rapide accroisse-ment. Ils ne cessaient pas de suivre la politique du
Gouverne-ment turc. En 1843, les expéditions que l'émir dirigea contre eux les portèrent à
embrasser notre cause. Cependant, en 1845, ils se révoltèrent contre nous. Et, en 1864, lors de
l'insurrection de Si-Lazereg, ce sont leurs contingents qui dévastèrent la plaine de Relizane,
contingents qui devaient l'année d'après, se livrer, sur le passage de l'empereur, à une
manifestation dont le souverain aurait autant aimé ne pas être le spectateur.
La récapitulation des forces de l'aghalik des Flitta donnait 3,030 tentes,dont 2,390 cavaliers et
685 fantassins que ce district pouvait fournir à Abd-el-Kader.
L'aghalik du Cherg, comprenait, entr'autres tribus situées sur la rive gauche du Chélif: 1° celle des
Mekhalia ou plutôt des Mekah'lia, composée d'éléments fort hétérogènes. Elle fut
Erigée en tribu maghzen par les Turcs. Les hommes de cette tribu accompagnaient le khalifa du
Cherg lorsqu’il faisait la collecte des impôts et se rendaient ensuite avec lui à Alger pour y verser
dans les caisses du Dey le produit de ces impôts. Ces fonctions leur valurent le nom de Mekhalia
(a) c’est-à-dire « d’hommes au fusil ».
2° Celle des Beni-Zeroual, dont les Oulad Sidi-Brahim formaient un des quatre caïdats jusqu’en
1852. Les Beni-Zeroual ont pris part, au VIIe siècle, avec si Okba-ben-Ouanis aux expéditions
d’Afrique et d’Espagne. Au XIe siècle ils reconnaissaient l’autorité des khalifes du Caire. Ils recou-
vrèrent leur indépendance en 1562, mais tombèrent peu de temps après sous la domination des
Turcs. En 1608, ils tentèrent vainement de se soustraire à ce joug. En 1830, profitant de l’arrivée
des Français, ils se déclarèrent indépen-dants. Ils ‘se soumirent pour la première fois en 1842 au
maréchal Bugeaud, firent défection en 1845 sous Bou-Maza et se rallièrent définitivement à
notre cause en 1847.
Quant aux Oulad Sidi-Brahim, qui ne formèrent un tout administratif avec les Beni-Zeroual que
sous la dépendance éphémère d’Abd-el-Kader, leur destinée fut autre. D’origine berbère, ils
furent soumis et convertis à l’Islamisme vers la fin du VIIe siècle ; ils profitèrent de l’anarchie qui
régnait au XIe siècle dans les états musulmans pour se rendre indépen-dants. Vers 1552, les
Turcs les rangèrent définitivement sous leur domination. Ils suivirent le parti d’Abd-el-Kader de
1833 à 1842,se soulevèrent de nouveau en 1845 avec Bou-Maza et entrèrent enfin dans le devoir
en 1847. En 1852, un remaniement administratif dissolut la confédération des Beni-Zeroual dont
faisaient partie les Oulad Sidi-Brahim qui furent rattachés à l’aghalik de la Mina et du Chélif. Cette
tribu est située à une trentaine de kilomètres au Sud-Est de Mostaganem, sur le Chélif qui
traverse son territoire d’Est en Ouest.
Enfin, parmi les autres tribus de la’province d’Oran qui avaient reçu le titre de maghzen étaient
encore les Oulad Ahmed campés sur l’emplacement actuel du douar-commune de Bel-Hacel. Ils
restèrent réunis aux Akerma Cheraga jusqu’en 1858, époque de leur érection en tribu distincte.
Le service des Oulad Ahmed était essentiellement militaire, ce qui leur valut en retour
l’exemption de toute espèce de redevance territoriale. Ils ne payaient que 5 francs par tente
Annuellement à titre de zekkat (le douar Bel-Hacel occupe aujourd’hui la plus grande partie des
Oulad Ahmed).
Dès 1841, la base de la division des circonscriptions administratives en Algérie fut l’aghalik. Le
khalifa du Cherg devint la subdivision de Mascara. Celle-ci fut divisée en plusieurs aghaliks. Celui
de Mostaganem, et ceux des Medjeher, de Mina et Ghélif, et d’El-Bordj, le caïdat des Flitta, se
parta-gèrent les tribus que nous venons de décrire.
L’aghalik se subdivisait en tribus qui, elles-mêmes, compre-naient les ferkas ou fractions, qu’on
décomposait encore en douars. La tribu des Bordjia qui avait alors 7,073 habitants (dont 400
fantassins et 270 cavaliers-goumiers) faisait partie de l’aghalik de Mostaganem. Celui des
Medjeher comprenait, entre autres tribus ; celles des Oulad-Sidi-Abd-Allah (3,285 habitants), des
Oulad-Chafa (1,465 habitants), des Chelafa, des Oulad-Malef (2,279 habitants). L’aghalik de Mina
et Chélif embrassait toute la plaime de la Mina avec les Mekahlia (1,395 habitants), les Sahari
(1,220 habitants), les Akerma-Cheraga (4,410 habitants), les Mehal (1,440 habitants), etc.
L’aghalik d’El-Bordj comprenait les Oulad-Bou-Ali (1,000 habitants), Kalâa (2,225 habitants),
Guerboussa (885 habitants), les Akerma (2,172 habitants) et les Beni-R’eddou (1,730 habitants).
Ces aghaliks et ces tribus furent compris dans la division. Du territoire en deux communes
mixtes : Celle de Mostaganem et celle de Relizane. Enfin, un arrêté du Gouverneur général
réunissait ces deux communes mixtes en 1880 (30 décembre) sous le nom de commune mixte de
l’Hillil. Elle a conservé cette appellation jusqu’au 1 er janvier 1901, époque à partir de laquelle elle
a été officiellement désignée sous le nom de commune mixte de la Mina. Pendant vingt ans, la
résidence des fonctionnaires de la commune mixte a été le village de l’Hillil. Depuis le 1 er janvier
1901, les bureaux ont été transférés au centre, annexe de Clinchant(autrefois «lesSilos»). De la
sorte,la commune-mixte a été affranchie du paiement d’un loyer annuel de 4,000 francs qu’elle
payait à la commune de plein exercice, pour le local des bureaux et le logement de
l’Administrateur et de ses deux adjoints. En outre, le transfert à Clinchant contribuera à assurer
l’avenir de ce centre dont les débuts ont été particulièrement difficiles. La commune mixte n’est
plus subdivisée en tribus, mais en
Superficie : 4,608 hectares. Constitué en douar-commune par décision du 24 avril 1867. (B. O., p.
672). Une partie de ce douar-commune a été prélevée (1,306 hectares) pour la formation du
centre de Nouvion (El-Romri). Le surplus (3,302 hectares) est rattaché à la commune-mixte de la
Mina. Il fait partie du canton judiciaire et de la mahakma de Perrégaux. - Population : 1,480
indigènes ; 15 français ; 4 étrangers.- Djemâa: 12 membres.- Impôts : 15,114 fr. 32.
Superficie : 2,933 hectares. Constitué en douar-commune par décret du 9 novembre 1865. (B. O.,
p. 488). Une partie de ce douar-commune (870 hectares) a été prélevée pour la formation du
centre de Sahouria; le surplus (2,063 hectares) est rattaché à la commune mixte de la Mina. Il
dépend du canton judiciaire etdela mahakma de Perrégaux.-Population: 847 indigènes; 7
français. - Djemâa : 8 membres.'-Impôts: 4,535 fr. 26.
Superficie:8,380 hectares. Constitué en douar-commune par décret du 24 février 1869. (B. O., p.
72). Il dépend du canton judiciaire et de la mahakma de Relizane. - Population: 2,005indigènes.-
Djemâa: 12membres.-Impôts: 24,287 fr.52.
Superficie: 4,590 hectares. Constitué en douar-commune par décret du 9 novembre 1865 (B. O.,
p. 488). Une partie de ce douar-commune (251 hectares) a été prelevée pour agrandir la
commune de plein exercice de Noizy-les-Bains; le surplus est rattaché à la commune mixte de la
Mina. Il dépend du canton judiciaire et de la mahakma de Mostaganem.-Population : 1,223
indigènes; 7 français; 7 étrangers.-Djemâa : 10 membres. - Impôts : 6,095 fr. 69.
5°R'oufirat-oulad-Dani, formé d'une partie du territoire de l'ancienne tribu des R'oufirat qui
dépendait des Medjeher autrefois et comprenait la région située entre Mekhalia,Blad-Touaria et
Aïn-Madar. Il y avait là, au moyen âge, unè ville appelée Aïn-es-Sefsif, dont tout vestige a disparu.
Superficie:2,282 hectares. Il a été constitué en douar-commune par décret du 6 avril 1867. (Cf. B.
O., p.546.) Il dépend du canton judiciaire et de la mahakma de Mosta-ganem. - Population : 409
indigènes; 20 français; 2 maro. cains ; 1 étranger. - Djemâa: 8 meinbres.- Impôts:1,983 fr.
Superficie: 2,777 hectares. Constitué en douar-commune par décret du 6 avril 1867. (Cf. B. O., p.
546). Une partie de ce douar-commune (303 hectares) a été prélevée pour l'agran-dissement de
la commune de plein exercice de Blad-Touaria. Le surplus (2,474 hectares) est rattaché à la
commune-mixte de la Mina. Il dépend du canton judiciaire et de la mahakma de Mostaganem. -
Pópulation : 1,186 indigènes. - Djemâa : 10 membres. - Impôts:7,185 fr.97.
Superficie : 2,356 hectares. Constitué en douar-commune par décret du 1er novembre 1868. (Cf.
B. O. (1869),p.13.) Dépend du canton judiciaire et de la mahakma de Mostaganem. -Population:
1,224 indigènes.- Djemâa:10 membres.-Impôts : 8,424 fr. 74.
Superficie: 10,701 hectares. Constitué en douar-commune par décret du 9 novembre 1867 (B. O.
1868, p. 288). Une partie de ce douar-commune.(3,382 hectares). a été prélevée pour la
formation de la commune de plein exercice
de Bellevue ; le surplus (6,869 hectares) est rattaché à la commune mixte de la Mina. Il dépend
du canton judiciaire et de la mahakma de Mostaganem. -- Population : 1,287 indigè-nes; 11
français.-Djemâa:18 membres.-Impôts : 7,932fr.66.
10° Sfafah, formé d'une partie du territoire de l'ancienne tribu des Bordjia.
Superficie: 3,394 hectares. Constitué en douar-commune par décret du 9 novembre 1865. (Cf. B.
O., p. 488). Une partie de ce douar-commune (970 hectares) a été prélevée pour la formation du
centre de Sahouria. Le surplus (2,964 hectares) est rattaché à la commune mixte de la Mina.
Dépend du canton judiciaire et de la mahakma de Perrégaux. - Population : 1,517 indigènes; 9
français; 1étranger.- Djemâa: 12 membres. -Impôts: 8,831 fr.54.
11° Bel-Hacel, territoire ou plutôt partie du territoire de l'ancienne tribu des Oulad-Ahmed. On a
vu plus haut que l'historique des Oulad-Ahmed se confond avec celui de la tribu des Akerma-
Cheraga, délimitée par décret du 23 novembre 1867 et dont ils firent partie intégrante jusqu'en
1858. Ils en furent alors détachés pour former un commandement distinct. Leur position, au
confluent de la Mina et du Chélif, les avait fait comprendre dans le Maghzen sous la domination
turque. Cette circonstance avait déterminé l'inscription de leurs terres au sommier de
consistance du Domaine, d'où la décision impé-riale du 9 décembre 1865 les fit disparaître. Les
Oulad-Ahmed se divisaient en quatre fractions, auxquelles il convient d'ajouter la Smala du
khalifa Si El Aribi, qu'une décision du Gouverneur général fit passer, avec les 1,639 hectares
qu'elle occupait, des Sahari aux Oulad-Ahmed. Ce furent ces éléments qui formèrent les douars
de Kiaïba, Oulad-Addi,Bel-Hacel.
Ce dernier douar a une superficie de 6,080 hectares. Il a été constitué en douar-commune par
décret du 21 décembre 1867. (Cf. B. O. 1868, p. 481). II dépend du canton judiciaire et de la
mahakma annexe de Relizane. - Population: 826 indigènes. - Djemâa : 8 membres. -
Impôts:10,096 fr. 15.
12° Arn-el-Guetar, formé d'une partie du territoire de l'ancienne tribu des Mekhalia. La
délimitation de cette tribu a soulevé quelques difficultés, de peu d'importance, avec les tribus
limitrophes des .Oulad-Sidi-Abd-Allad, Oulad-Sidi-Brahim, Oulad-Ahmet et Sahari. Ces
contestations, qui por-
taient sur des terres ayant le caractère « arch », ont été réglées par le Général commandant la
province.
13° R'oualize, formé d'une partie du territoire de l'ancienne tribu des Akerma-R'araba.
Superficie : 4,036 hectares. Constitué en douar-commune par décret du 6 juin 1866 (B. O., p.
377). Dépend du canton judiciaire et de la mahakma annexe de Relizane. - Population: 1,849
indigènes.- Djemâa:12 membres. - Impôts : 20,226 fr.36.
14° Guerboussa, formé d'une partie du territoire de l'ancienne tribu des Akerma-R'araba.
Superficie: 2,067 hectares. Constitué en douar-commune par décret du 6 juin 1866 (B. O., p.
377). Dépend du canton judiciaire et de la mahakma annexe de Relizane. - Popu-lation : 1,125
indigènes. - Djemâa : 10 membres. - Impôts: 12,725 fr.32.
16° El-Messabehia, formé par une petite partie du territoire des anciennes tribus des Hassasna et
des Sahari.
Superficie: 3,786 hectares. Constitué en douar-commune par décision du 31 octobre 1866. (Cf. B.
O., p. 802) et 11 juillet [Link] partie de ce douar-commune (731 hectares) a été prélevée pour
la formation du centre de Clinchant ; le surplus (3,055 hectares) est rattaché à la commune mixte
de Ia Mina. Dépend du canton judiciaire et de la mahakma annexe de Relizane. - Population :
1,030 indigènes,Djemaa:10 membres.-Impôts:7,447 fr.25.
17° Mina, formé du territoire d'une partie de l'ancienne tribu des Sahari.
19° Sidi-Saâda, formé du territoire de l'ancienne tribu des Beni R'eddou. (On a vu précédemment
que les Beni R'eddou, d'origine berbère, établis d'abord sur l'emplacement actuel du centre-
annexe de Clinchant, furent dépossédés par les Soueïd et vinrent se fixer plus à l'ouesi, sur la rive
gauche de l'Hillil jusqu'à la plaine de Kerkacha, près de Hacian-el-R'omri. Une tradition rapporte
qu'ils s'appelaient d'abord « Ahl el' Bethod », puis, qu'ayant adressé une plainte au sultan au
sujet des travailleurs de ce dernier qu'ils devaient nourrir, on les renvoya en leur disant : Benou
ou R'eddoug2o,~ c'est-à-dire : « Bâtissez et allez-vous-en », d'où « Benoü ou Beni R'eddou ». Il
est plus probable que leur nom a une origine berbère, la même que celle portée par leur
première ville, désignée sous l'appelation de R'edda (;xè) ou R'etcha (ä-='), selon les dialectes).
Les Beni R'eddou étaient et sont encore très turbulents et passablement fanatiques).
20° Tehamda, formé d'uñe partie du territoire de l'ancienne tribu des Mekhalia.
par décret du 5 décembre 1866. (Cf. B. O. 1867, p. 40). Une partie de ce douar-commune (1,753
hectares) a été prélevée pour la création de Clinchant. Le reste (2,565 hectares) est rattaché à la
commune mixte de la Mina. Dépend du canton judiciaire et de la mahakma annexe de Relizane.-
Popula-tion : 1,479 indigènes. - Djemâa : 10 membres. - Impôts : 10,516 fr.96.
21° Zgaier, formé d'une partie du territoire de l'ancienne tribu des Mekhalia.
Superficie : 7,503 hectares. Constitué en douar-commune par décision du 5 décembre 1866. (Cf. B. O.
1867, p. 40). Dépend du canton judiciaire et de la mahakma annexe de Relizane. - Djemâa:10
membres. -Impôts:10,689 fr.97.
22° Oulad bou-Abça, formé d'une partie du territoire de l'ancienne tribu des Sidi-Abd-Allah.
Superficie : 6,010 hectares. Constitué en douar-commune par décret du 9 novembre 1867. (Cf. B. O.,
p. 208). Une partie de ce douar-commune (2,289 hectares) a été prélevée pour la formation de la
commune de plein exercice de Blad-Touaria (1,774 hectares) et du centre de Sirat (315 hectares), le
surplus (3,701 hectares) est rattaché a la commune mixte de la Mina. Dépend du canton judiciaire et
de la mahakma de Mostaga-nem. - Population : 2,435 indigènes ; 17 français ; 5 étran-gers. -
Djemâa : 12 membres. - Impôts : 9,325 fr. 27.
Superficie : 7,369 hectares. Constitué en douar-commune par décret du 30 octobre 1867. (Cf. B. O.
1868, p. 628). Le territoire de ce douar-commune a été réparti entre les commu-nes ci-après:
49 hectares environ, réunis à la commune de plein exercice de Rivoli, dépendant du canton judiciaire
et de la mahakma de Mostaganem ;
...
Superficie : 9,096 hectares. Constitué en douar-commune par décret du 21 décembre 1867. (Cf. B. O.,
1868, p. 481). Dépend du canton judiciaire et de la mahakma annexe de Relizane.- Population : 1,673
indigènes. – Djemâa :12 mem-bres.-Impôts :13,197 fr.77.
Superficie : 6,790 hectares. Constitué en douar-commune par décret du 21 décembre 1867. (Cf. B. O.,
1868, p. 481). Dépend du canton judiciaire et de la mahakma annexe de Relizane. – Population :
1,776 indigènes ;17 français ; 6 étran-gers. – Djemâa : 12 membres. – Impôts : 16,665 fr.28.
26° Chelafa,territoire de l’ancienne tribu du même nom. On sait que les Chelafa formaient, à 35
kilomètres Est de Mostaganem, une agglomération de fractions, arabes de race, mais sous
communauté d’origine, qui ont successivement appartenu à divers commandements et ne
constituent une tribu distincte que depuis 1852.
Superficie : 10,789 hectares. Constitué en douar-commune par décret du 27 octobre 1869. (Cf. B. O.,
p. 434). Une partie de ce douar-commune (3,281 hectares) a été prélevée pour la formation de la
commune de plein exercice de [Link] surplus (7,508 hectares) est rattaché à la commune mixte
de la Mina. Dépend du canton judiciaire et de la mahakma de Mostaganem. – Population : 2,275
indigènes ; 30 français ; 7 étrangers. – Djemâa : 12 membres. – Impôts : 15,758 fr.80.
27° Beni-Yahi, formé d’une partie du territoire des Bordjia. Dépend de la Justice de paix et de la
mahakma annexe de Perrégaux (circonscription judiciaire de Mascara).
Superficie : 5,993 hectares. – Population : 698 indigènes ; 7 français. – Impôts : 6,420 fr.57.
1° Kadria. - Il y a, dans la commune mixte de la Mina 354 affiliés de tout grade à cet ordre, dont 19
khouans et 7 mokaddems. Le plus influent de ces derniers est le cheikh Belhaouel Abd-el-Kader, chef
de la zaouïa kadirite des Chelafa. Il y a d'autres mokaddems qui représentent l'ordre dans les douars-
communes des Oulad Sidi Yousef, de Sidi Sâada,'des Ouled Addi, des R'oualizé, de la Mina, des Oulad
Sidi Brahim.
2° Chadelya. - Il n'y a aucune zaouïa de cet ordre dans la commune mixte de l'Hillil. Les mokaddems
sont tous morts et n'ont pas été remplacés. Il reste 42 adeptes.
3° Aissaoua. - La Mina ne compte plus que quelques rares adeptes des Aïssaoua, et pas un seul
mokaddem.
4° Taybia. - Il y a actuellement 81 affiliés à cet ordre dans la commune mixte de la Mina (pas de
mokaddems).
5° Zianya. - Il y a actuellement un seul mokaddem de cet ordre et 19 khouans dans la commune mixte
de la Mina.
6° Rahmanya. -Cet ordre fut fondé à la fin du XVIIIe siècle par si Mohammed ben Abd er Rhaman bou
Kobrin el Djerdjeri el Guechtouli ez Zoudoui el Ahzari. On compte, dans la commune mixte de la Mina
330 khouans de cet ordre et 2 mokaddems, qui sont assez influents: Si Larbi Benanis el Arbi ben
Mohammed, et Si Fatmi Si ben Abdallah ould Ahmed, résidant, l'un aux Sidi Sâada, l'autre aux
R'oualize.
7° Derkaoua. -- Cet ordre est celui qui nous est le plus hostile après celui des senoussya. Il est
représenté, dans la commune mixte de la Mina, par une seule zaouïa, celle des Amarnia (chez les
Douaïr Flitta). Fondée vers 1860 par Hammam Hadj Mohammed ben Ahmed ben Hadj Mohammed
ben Hammar, cheikh de l'ordre, elle a été fermée le 19 mars 1893, date du décès de ce dernier. Il
était issu d'une famille maraboutique. De son vivant, la zaouïa des Amarnia était fréquentée par 6 ou
8 élèves. Son fils Ahmed sort à peine de l'adolescence ; on ignore s'il compte prendre la succession
paternelle à la zaouïa. Les 4 mokaddems de cet ordre résidaient aux Oulad Sidi Brahim, à El-Romri,
aux Sidi Sâada et aux Oulad Addi. Le seul influent est Mazouz bou Taleb.
8° Madania. - Il n'y a qu'un seul affilié à cet ordre, fondé en Tripolitaine par un derkaoui.
9°Senoussya.-Cet ordre fut fondé en 1250-1251 de l'hégire (1835 de notre ère) en Tripolitaine par le
chérif algérien Si Mohammed ben Ali ben Es Senoussi el Khettabi el Hassani el Idrissi, né en 1206 de
l'hégire (1791) au douar T'orch, de la fraction des Oulad Sidi Yousef, de la tribu des Oulad Sidi Abd
Allah, de l'aghalik des Medjeher. Sa famille, comme ses alliés les Ben Latroch, les Tekouk, comme
toutes celles enfin des Oulad Sidi Abd-Allah, se disait d'origine chérifienne et prétendait descendre
du Prophète par Hassan, fils de Fatma, puis par' Idris Ier, fondateur de la dynastie Edricide. Aussi,
dans ses écrits, le cheikh Snoussi joint-il à son nom les qualificatifs d'El Hassani, El Idrissi, et même El
Medjeheri, bien que les Oulad Sidi Abd-Allah aient une origine totalement différente de celle des
Medjeher et se considèrent plus nobles qu'eux; mais on sait que les Arabes ne regardent pas à un
titre près et semblent chercher à augmenter leur nom patronymique du plus grand nombre
d'épithètes possibles.
Les descendants du cheikh Senoussi, les Ben Latroch, habitent de nos jours aux Ouled Sidi-Yousef. Ils
comptent de nombreux parents et amis sur le territoire des Medjeher, c'est-à-dire chez les Oulad
Bou Abça, les Oulad Chafa, les Sfissifa, les Oulad Dani, les Oulad Malef, les Chelafa. L'honneur de
représenter dans la région même où était né son auteur P'ordre des Senoussya ne pouvait être
dévolu qu'à des proches parents de Senoussi: ce furent les Tekouk. Le premier cheikh, Charef ould
Djilali ould Abd-Allah ben Tekouk, né en 1794, fit bâtir aux Oulad Chafa une zaouïa de cette secte qui
devait être la seule de l'Algérie. Il était de famille maraboutique, et déjà son père avait eu une grande
influence dans le pays. C'est en 1859 que fut construit ce couvent, au-dessus d'Aïn-Madar. Pendant
30 ans, le cheikh Ben Tekouk fut à la tête de cet établissement.
Il avait fait ses premières études chez Bel Guendouz, mokkadem des Derkaoua, qui avait été
également le professeur du cheikh Senoussi. Le savoir et la sainteté de ce mokkadem acquirent une
renommée qui porta ombrage aux Turcs; aussi, le bey Hassan le fit arrêter et mettre à mort à
Mazouna en 1829. Tekouk qui avait, dès lors le droit d'être prudent,
Partit pour le Maroc et ne remit les pieds en Algérie que lorsque les Français eurent définitivement
occupé la province d’Oran. Il eut le tort, au début, de parler avec une trop grande liberté et de
permettre à ses adhérents de le considérer comme un futur révolté contre l’autorité des Chrétiens.
Aussi, fut-il surveillé par l’autorité. L’injonction lui ayant été faite de se présenter à Ammi-Moussa
pour avoir à répondre sur les doutes qu’on formulait à l’égard de ses intentions pour la France,
Tekouk n’obéit pas ; aussi, fut-il peu après enlevé par des cavaliers à notre solde. On l’interna
quelques années à Ammi-Moussa, puis on le relâcha. Il revint dans son pays d’origine, et c’est alors
qu’il fonda la zaouïa des Ouled Chafa. Ce fut d’abord une école modeste, qui, par Ia suite, reçut le
Nom de zaouïa.
Cependant, l’entourage du marabout était loin d’avoir les qualités du’maître. Son gendre, El Boudali,
et son parent, Abd-el-Kader ben Gara, se servirent souvent de son nom pour’ exploiter la crédulité
des indigènes en exigeant d’eux des dons en argent et en nature. Ces personnages remuants et
animés
D’intentions peu bienveillantes envers les Européens, abusant de l’âge de Tekouk, géraient, sous son
couvert, de fructueuses ziara, notamment en 1880, lors de l’insurrection du Sud oranais, durant
laquelle la zaouïa resta encore dans l’ordre. Ce même entourage, agissant toujours en vue de
bénéficier pécunièrement de l’influence du marabout, conseillait à Tekouk d’envoyer une de ses filles
en pélérinage à la Mecque, avec ordre de s’arrêter, à son retour, à Djar’boub, chez le madhi qui
devait l’épouser. Le vieillard se conforma à ces désirs et fit partir sa fille ; mais par suite de
circonstances diverses, le mariage n’eut pas lieu, et celle qui devait être l’épouse du chef des
Senoussistes revint aux Oulad Chafa où on la maria à un modeste propriétaire qui avait été caïd
autrefois.
En 1888, c’est-à-dire sur ses vieux jours, ses intimes toujours avides de ziara, dont les autorités de la
commune mixte de l’Hillil, gênaient tant soit peu la perception, décidè-rent, pour obvier à cet
inconvénient, de marier Tekouk alors impotent : d’où quêtes nombreuses, dons de visites, qui
améliorèrent le budget de la zaouïa. Sur ces entrefaites, le fils du marabout, Ahmed, quitta la zaouïa
et se réfugia à Djar’boub, auprès de son parent, cheikh El Mahdhi. Il avait hâte, depuis quelque
temps, d’échapper à la tutelle de son beau-frère dont l’influence sur le vieux cheikh lui avait assuré la
haute direction de la zaouïa. Peu de temps après son mariage, pour ainsi dire in extremis, le
marabout s’éteignit (5 août 1890). Ses funérailles attirèrent des milliers d’arabes qui se disputèrent
pour porter le cercueil quelques instants. Il en résulta quelque désordre qui eùt été rapidement
dissipé sans l’intervention de certaines autorités administratives qui voulurent rétablir le calme à
coups de matraque et en reçurent elles-mêmes de la part de ceux qu’elles venaient déranger. En
mourant, Tekouk laissait sa succession temporelle et spirituelle à son fils Ahmed.
Le crédit du défunt était grand, même chez les colons européens de Blad-Touaria, Aïn-Tédelès,
Aboukir, Sirat et Bouguirat qui, lorsqu’ils étaient victimes de vols, réclamaient son intervention
parfois suivie de bons résultats. Les enfants de ces villages, lorsqu’ils jouaient avec les petits arabes,
invo-quąient son nom, et on les entendait jurer par la foi de cheikh Tekouk :s<_ Hel’li
cheilih Tehouk.
Deux ans et demi après la mort de son père, le 23 février 1893, son fils Si Ahmed, qui venait de
passer cing ans à Djar’boub, revenait aux Oulad Chafa et rouvrait la zaouïa. Peu de temps après, le
Gouverneur général le faisait interner dans la commune mixte de Cassaigne. Bientôt, malgré ses
protesta-tions, il était dirigé en Corse, soupçonné probablement de tramer, de concert avec la
Tripolitaine, des complets qui pouvaient compromettre la sécurité de nos possessions françaises
d’Afrique. On finit cependant par se demander si le crime d’être allé passer sans autorisation des
autorités locales, cinq années à Djar’boub méritait une punition aussi sévère ; et on pensa qu’il était
plus logique de libérer le jeune marabout : ce qu’on fit quelques mois après. Le retour de Sidi Ahmed
provoqua une satisfaction générale chez les indigènes et les colons du pays. La fête annuelle de Sidi
Cherf se célèbra cette année là avec beaucoup d’éclat. Depuis cette époque, Si Ahmed vit retiré, plein
de déférence pour l’administration. Dans son entourage, seul le fameux Ben Gara que nous avons
déjà cité mérite quelque surveillance.
Le marabout Ben Tekouk a aujourd’hui une quarantaine d’années. Son harem comprend trois
femmes et cinq enfants dont deux en bas âge.
Située dans un lieu assez pittoresque, la zaouïa domine la vallée d’Aïn-Madar et de Kitchoua et celle
de Sirat. Elle est formée de bâtiments construits à mesure que la place manquait ; il en résulte un
amoncellement de cours, de dédales et de pièces de toutes formes, ainsi que cela a lieu dans toutes
les demeures musulmanes. Un peu au dessus, dans un petit bois d’oliviers, s’élève une coquette
kouba où un certain luxe n’a pas été épargné. De construction récente (1899) cette chapelle contient
les restes du cheikh Tekouk d’abord inhumés dans un tombeau à coupole très simple. Elle est
surmontée d’un dôme allongé assez élevé qui, à l’intérieur, est plafonné d’azur semé d’étoiles
dorées, dont une plus grosse que les autres dans la direction de la Mecque, avec les colonnades
intérieures et le balcon circulaire qui les surmonte, cette décoration ne manque pas d’une certaine
originalité.
Si Ahmed a d’ailleurs continué les traditions de son père. Il est hospitalier et charitable. S’il reçoit de
nombreux dons en nature et en argent de ceux qui viennent le visiter, il en fait une large part aux
indigents et aux infirmes qui viennent lui
45
Demander secours. Sa zaouïa est en somme un centre d’assis-tance privée qu’il est politique de
tolérer sans ré[Link] colons ont à se louer autant du fils que du père, et, comme les indigènes, ils
jurent maintenant, dans leurs rapports avec ceux-ci, par Sidi Ahmed : Jsl Saw g heek’ Sidi Ahmed.
L’intervention du marabout a eu souvent de très heureux résultats, dans les affaires de vols comme
dans les contestations entre propriétaires limitrophes. Tout européen qui se présente à la zaouïa est
assuré, comme chez nos trappistes, du souper et du gite.
Le personnel de Ben Tekouk comprend son entourage intime, une maisonnée de serviteurs, et une
sorte de garde de 6 ou 8 nègres qu’il a ramenés de Tripolitaine.
Il ne se déplace que pour se rendre à Mostaganem (où il a un pied à terre), à Bouguirat pour ses
aflaires, et enfin il va camper chaque année pendant huit jours aux abords de la mosquée de Sidi-
Cherf, entre Bouguirat et El-Romri : là ont lieu au mois d’août ou au mois de septembre des fêtes qui
durent une semaine environ. Le grand’père du marabout, Sidi Cherf Tekouk (1) est enterré dans cette
mosquée qui est la plus grande de la région ; mais rien dans son architecture très simple ne mérite
d’être relaté.
Chaque année, les tribus du pays viennent s’installer au camp volant autour du lieu saint : ce
groupement important de tentes et de gourbis prend un aspect fort pittoresque. On peut évaluer à
dix ou quinze mille le nombre d’indigènes qui affluent vers Sidi-Cherf les années d’abondance, six
mille les années de disette. Il est cependant à noter que depuis quelque temps l’ardeur religieuse
s’est sensiblement refroidie, d’où diminution de pélerins lors des fêtes annuelles.
Malgré tout, il viênt là des représentants d’un peu partout : de Mostaganem, de Renault, Inkermann,
Arzeu, Relizane, Mascara, Perrégaux, le Sig, Tiaret même ; et il va sans dire que les tribus restées les
plus fanatiques jusqu’ici par suite de leur isolement loin de tout centre de colonisation européen : les
Bení R’eddou et les Bordjia, fournissent à ces réjouissances le plus nombreux contingent d’assistants.
Le souvenir de leurs anciennes hostilités s’y révèle à la facon dont ils s’intéressent aux jeux du rah’ba
où les lutteurs appartiennent à l’une ou
(1) « Tekouk , en berbère et en arabe parlé algérien désigne cette sorte de’moucherons qui
mettent en été le désarroi parmi les troupeaux.
…
L’autre de ces tribus. La surexcitation est quelquefois poussée si loin que les autorités sont obligées
d’intervenir pour prévenir une mêlée générale.
En somme, à part quelques rixes sans importance, quelques disputes nées dans les cantines que des
Européens éprouvent le besoin de venir installer aux alentours, les fêtes se passent avec calme
etordre ; aussi, sans les encourager, l’administration les tolère-t-elle et se borne à exercer une
certaine surveillance sur les gens et sur les choses. Elles sont l’occasion d’un afflux assez considérable
de colons des environs et de plusieurs personnes de Mostaganem, grands amateurs du rah’ba, et les
caïds en profitent pour faire des politesses en organisant des diffas monstres auxquelles ils convient
les roumis de leur connaissance et les fonctionnaires de l’administration.
Finissons avec Sidi Ahmed, en disant que son influence est tout aussi grande, si ce n’est plus, que
celle de son père, et tant que son genre d’existence et ses procédés continueront à suivre le cours
qu’il a su leur donner, il sera politique de le ménager dans ses susceptibilités et de ne pas chercher à
lui susciter des embarras quelconques. On n’a eu qu’à se louer de la facon dont il s’est conduit
jusqu’ici ; et, il y a deux ans, au moment où la France qui semblait craindre des difficultés
diplomatiques, prenait ses dispositions pour augmenter son eflectif de guerre, le marabout envoyait
dans les douars de Sfissifa et des Oulad Sidi Abd-Allah, des émissaires chargés d’encourager les
célibataires pauvres et sans travail, à s’enga-ger aux tirailleurs de Mostaganem, ou l’autorité militaire
état en train de former un nouveau bataillon. Le résultat ne se fit pas attendre, et bientôt le nombre
d’engagés volontaires qui se présentaient à la caserne, dépassa celui qui avait été prévu.
Il y avait, en 1880, 256 partisans du Senoussisme dans la commune mixte de l’Hillil. Aujourd’hui, la
commune mixte de la Mina en compte environ 600, dont 4 Mokaddems impor-tants chez les Oulad
Chafa, les Chelafa, les Oulad bou Abça et les Heçaïvnia. La conduite religieuse ou politique de tous
ces Khouan n’a rien présenté jusqu’ici qui dùt produire l’inter. Vention de l’administration.
Sidi Ahmed est,nous l’avons dit plus haut, un homme d’une quarantaine d’années, de petite taille,
mais bien proportionné quoique d’aspect délicat. Sa figure, très blanche est encadrée d’une barbe
noire abondante qui lui
Donne une certaine ressemblance avec la physionomie de l’émir Abd-el-Kader. Ses mains fines et
soignées, son type sémitique pur, son air calme et froid, plutôt triste, dénotent l’arabe de grande
tente, le marabout de race. Nous avons eu maintes fois l’occasion d’avoir des rapports avec Sidi
Ahnied, ils ont toujours été très cordiaux et sa façon d’accueillir les Européens qui viennent le visiter,
surtout quand ceux-ci sont déjà connus de lui et ont su gagner sa confiance, est on ne peut plus
satisfaisante. Le marabout ignore totalement le français, ou du moins il prétend n’en pas connaître
un seul mot : il connaît un peu le berbère employé dans le Djebel Nefousa. Sa façon de s’exprimer en
arabe est d’une correction absolue, il sait toujours trouver les expressions justes, sans jamais
employer ces locutions emphatiques qui dénotent une éducation et une culture médiocres de ceux
qui en font usage. Malgré la gravité de son caractère et de ses allures, Ben Tekouk ne déteste pas la
plaisanterie, et c’est toujours d’une manière très habile qu’il ajoute son grain de sel à la conversation.
Chapitre III. – DÉMOGRAPHIE
La commune mixte de la Mina comprenait, lors du dernier recensement, 44,452 indigènes et 935
habitants européens, en tout 45,387 habitants. Les européens sont pour la plupart des colons
français habitant les centres-annexes ou des fermes isolées, et des espagnols à la tête d’entreprises
de jardinage. Parmi les indigènes, il en est qui sont propriétaires agricoles, d’autres khammès,
d’autres enfin qui louent leurs bras aux colons français et européens. Le plus pelit nombre exerce
diverses industries ou essaye de vivre de rapines exercées au préjudice de ses coreligionnaires ou des
villages voisins.
Arabes ou berbères arabisés, les indigènes de la commune mixte parlent tous arabe : c’est l’idiome
généralement répandu dans la province d’Oran (1), cependant, nous avons noté sur
(1) Le département d’Oran est celui où l’idiome berbère est le moins répándu. II y est encore
parlé par les populations des A’chacha (dans le Dahra),celles de Frendah et de Cacherou ; les
Bot’iona, tribu marocaine qui s’est établie à Sainl-Leu (aux environs d’Arzeu) il y a pres d’un
síécle ont aussi un dialecte à eux. Il en est de même des habitant,des kçours du Sud. Tous ces
indigénes parlent également arabe et ne se servent de la langue maternelle qu’entre eux, et
surtout quand ils se trouvent sur les marchés quand ils combinent une spéculation
quelconque et parlent devant un arabe ou un européen.
Les lieux des expressions qui paraissent locales et d’autres employées dans des contrées fort
éloignées comme la Tunisie ou la région de Biskra, et qui prouvent les émigrations succes-sives des
tribus après l’invasion arabe et les changements de contrées qu’elles opérèrent, emportant dans les
nouvelles contrées qu’elles allaient occuper des locutions employées seulement dans le premier pays
qu’elles abandonnaient. Voici la liste de ces mots et expressions dliverses :
Sgw sioua : excepté (employé ailleurs en arabe écrit) ;-&naw » tesmira :fer à cheval ;-5<JL, baleli
(littéralement, prends garde) : peut-être ;-älL>,÷, tchoutchoumala :cham-pignon ;-(mè k’is !jette !-
551) dag et 551 tedag : se disputer ; - LöLall L, ia lâga : ô un tel !(Ex. :an≤LäLzJlL ia lâga Moh’ammed
ah : ô M. un tel,- pour appeler) ;-Lw ou gw, sag ou isoug : conduire (des bêtes) ;-aJLamg festala :
bouton (d’habit) ; - rah’a äal : non ! pas du tout ! - )L» mer’ad : après-demain ; -afsS’licheggou :l’autre
après-demain ; - J<_<1 , s2,La’l el faïdat oul h’ocel : j’ai fini de parler avec toi ; - 8,bs ≤< j d’ik khåt’ra :
l’autre fois ;-,Lallssis d’ak en nehar : l’autre jour ;-“al bennia : c’est bien ! c’est entendu !-y,o
meraoula :der-rière ! en arrière !- na liyia : chose : S>Lo el, ouin radi ?: où vas-tu ? -äwLi namousia : lit
en fer ;-äoLé gabila :aiguière ; - 5 nouar : cotonnade à dessins ; -äaLS kacha et äala ferrachia :
couverture de lit ;--äal ? ferracha : paillasse ou sommier ; - = L, ia h’aoudji ! Ah !tiens !(étonnement) ;
- 5Clo âlik ! prends garde ! fais attention à toi ! – rL, iéh ! tiens ! (étonnement) ;-,Lhaou ! parbleu !- s1,
sl aiouah ! c’est ça ! tu y es ;-ùo ôch ! au trot! (à un cheval); - 5<_儿 ma lek? qu'as-tu donc ?(aulieu
de s5 ( l, ouach bik) ;S),L, ia houdi ! done !(Ex. S lSwl askout ia houdi ! tais-toi donc !) ; -(wl ess ! tais-
toi ! – cedd ! va-t-en ! - -Lo,5 kraâ : pied (au lieu de Jas redjel qui est inconnu) ;-1sStsL,ia khelada !
Oh ! (étonnement) ;55L hak ! tiens ! prends !ainsi ! comme ca ! -iak ! ah ! (étonnement) ; (9)-»
mereg : sortir ;-nechaá :tirer (au lieu de ) ;-,» Lua chta houa et Lxà chta : qu’est-ce que c’est ? quoi ? –
xL, Lxà chta iah ?
…
210 MONOGRAPIIIE GÉOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE
Qu’y a-t il done ? – hoig ouimta ? quand ? (au lieu de ùLté, ouel’tach) ; - gb-s si bou djetlou : tout
petit ; --“-9gisg bou lihenoufa :pore ;- LSj, bou zeggar’ : puceron rouge (du berbère yLSj) azeggar’ :
rouge) ;-agsgi bou choulea : courge ;-3s khebarek :comment vas-tu ?-dag La ma ichka che : ce n’est
pas la peine de… ;-alls Wouala : affaires, marchandises ; -« “-‘ beset (appeler en faisant : ssss/) ; -
Lil,Lo haouana : c’est moi quil – “ug°g bou âouïna : « caput mentulae » ; - “xis-° ‘ oumm nouina : «
pudendum muliebre» ;-s bou’ keroun etlb t’anich : mari trompé ; - yL g bou chareb : bec de lièvre ;
-_sglsg bou mekhlouf ; poussée d’orges par places ;-nell dass cheh’mat el áin : paupière inférieure ;-
äL baguia : tour de l’oæil ; - &xs khengat el ied : poignet : zl eu ceba’ el ma’djer : médium (doigt) ; -
baxs d ;abat : nombril ; -yibťafar : derrière (subst.) ; -as,5,5 kerkouba : «volva» ; - _LS, reuggab et(o,b
b t’ertouch :« crista vulvaria» ;-」è 8,2ò (ce qu’on appelle vulgairement chez nous «vesse
») ;-y-10 55) Li chta rak dair ; qu’est-ce que tu fais ? -as Lia ki dair : comme il agit ! quel drôle de type !
55aw don lsl akhla kheimat sidek (littéralement : que Dieu vide la tente de votre père. Cette
expression qui fut d’abord imprécatoire est devenue une formule d’étonnement prononcée à tout
bout de champ.) ; -eLo hara ! voyons ! allons ! – da suè La :qu’est-ce que ca me fait ?
S° Ls ma themma che : pas bon, mauvais (veut dire à Tunis : ‘il n’y a pas).
Les expressions suivantes sont également usitées à Tunis où nous avons eu l’occasion de les entendre
maintes fois :abl bou riat’a : oiseau :-äola djabia : bassin ;-« _S> hakka : ainsi ;-_S>Lò radi : là-bas ; -
allg nouala :gourbi ;-8)l- chara : cible ;sL_g k’ad aor. Jg-j ikoud : conduire (cheval) ; -« bounia : coup
de poing ; -8≤ meh’ebra : encrier ; äsl,s kherrafa : fable, histoire ; - 8,Lao âmara : musette ;cssrouch’ :
partir ;- _slb tafaor,_9ghs itouf : parcourir ; - a=l, ,’, oualou oual’ed : pas un seul ;- gu h’esen ;raser.
Les noms berbères restés à certains lieux comme Tiliouanet, Tamakroust, et à certaines tribus,
comme les Beni R’eddou, prouvent suffisamment que cette race autochtone a largement contribué à
la population du pays. M. Carette évaluait à 10,900 arabes la population des Flitta ; à 11,900 arabes
celle des Medjeher. ; à 26,200 habitants, dont 15,000 berbéres,celle de l’aghalik de Mina et Chélif. En
réalité, seuls les Flitta sont d’origine arabe sans qu’il y ait trop de mélanges, mais les Medjeher ne
formaient plus, en 1850, de tribu distincte : c’était un nom de district donné à un amalgame de
petites tribus hétérogènes, les unes berbères, les autres arabes, vivant avec assez d’intelligence pour
qu’on pût les considérer comme un tout politique.
Nous verrons plus loin de quelle façon est répartie la popu-lation agricole dans la commune mixte en
général et dans les centres annexes.
Agriculture, Industrie
La commune mixte de la Mina présente des régions très fertiles ; les plus importantes sont : la plaine
de Sirat, les terres basses des Oulad bou Abça, la piaine de l’Hillil et celle de la Mina sur certaines
parties, la région de Mekhalia.
Chez les Oulad bou Ali, les Douair Flitta et les Guerboussa, seules quelques petites plaines offrent un
champ à la culture et ont un assez joli rapport ; mais le reste qui se compose de collines érodées et
nues ne produit à peu près rien.
Au nord de Kalâa et de Tiliouanet s’étend la fertile plaine de Sammar, salubre, bien située, facilement
arrosable, cette plaine semblait faite exprès pour l’établissement d’un centre francais de
colonisation. Des tentatives furent faites pour persuader aux indigènes de céder leurs terres par voie
aale. Mais ceux-ci opposèrent un refus systématique à
L’administration. Pour vaincre leur résistance, on aurait pu prononcer l’expropriation avec prise de
possession du sol d’urgence pour cause d’utilité publiqué ; mais des considéra. Tions d’ordre
politique empéchèrent l’autorité supérieure d’avoir recours à ce moyen extrême. Le centre de
Sammar aurait pu être installé dans des conditions excellentes. Le sol convient aux cultures les plus
variées et l’eau, de qualité excellente, y est très abondante ; on compte en effet, dans un rayon de
moins de trois kilomètres cinq sources d’eaux vives donnant en toute saison un débit considérable.
Cependant, depuis quelques années, des mutations nombreuses se sont produites dans la possession
du sol. Une partie des terres de Sammar appartient aujourd’hui à des européens qui ont créé là deux
exploitations agricoles. On peut donc présumer, sans être taxé d’exagération, que dans un avenir
assez rapproché, la plaine de Sammar, déjà entamée par la colonisation libre, sera tout entière entre
les mains des européens
Chez les Sidi Saâda, c’est-à-dire sur le·territoire des Beni R’eddou, là qualité des terrains est
médiocre. Les indigènes, anciens berbères, cultivent peu les céréales et vivent maigre-ment des
produits de leurs troupeaux.
Les douars-commune de El-Romri, Sfafa et Sahouria embrassent des régions de plaines en partie
irriguées, par l’Oued Mekhallouf et les eaux du marais de Bouguirat pour le premier, les eaux de
l’Oued Malah et de l’Oued Fergoug pour les deux derniers. Malgré cela, les terres qui sont salées sur
plusieurs points et pauvres en général comme toutes celles quí sont situées dans la plaine del’Habra,
n’ont rien que de très ordinaire comme- rapport. Les’Beni Yah’i sont sillonnés de canaux de drainage,
et, de même que le douar-commune L’Ahl el Hessiane, ont la plupart de leurs terrains inondés en
hiver, et par suite incultivab’es, seuls les mamelons sont labourés et ont un rendement suffisant en
céréales.
Le douar-commune des Hassainia sítué dans la plaine de Sirat produit d’abondantes récoltes pour
peu que l’année soit pluvieuse, mais souvent il arrive que l’orge et le blé verts sèchent sur place faute
d’eau : c’est le cas qui se présente dans presque toute la plaine du Chélif.
Les Oulad bou Abea renferment des terres excellentes, notamment aux environs de Bouguirat el de
Blad Touaria. Les terrains y sont riches en général et ne sont cédés par les
Indigènes qu’à des prix rappelant ceux des propriétés de la Mitidja. Toutes les cultures y peuvent
être expérimentées avec succès. Il est regrettable que cette région ne soit pas’ plus abondante en
eaux vives : ce qui permettrait des irriga-tions favorables au développement de la production.
Plusieurs indigènes se sont mis, à l’instar des colons voisins, à planter de la vigne qui donne de très
beaux résultats.
Grâce à lincurie, à l’imprévoyance et à l’apathie tradition-nelle des indigènes des Sficifa, Ghoualize et
Oulad Chafa, les sables poursuivent-leur marche envahissante sur plusieurs points de ces douars-
communes. Dans cette région, de superbes jardins de figuiers ont été complètement recouverts par
de petites dunes qui se déplacent sous l’action violente des vents du sud et du sud-ouest (1). C’est à
peine si l’on voit émerger au-dessus du rouge brun des sables le sommet de ces arbres qui périssent
peu à peu étouffés.
D’autres terres cultivées en céréales ont également été envahies et rendues impropres à toute
[Link] situation déplorạble est la conséquence du déboisement inconsidéré effectué par les
indigènes qui, non contents d’arracher el de détruire les arbres et arbustes, s’attaquent aujourd’hui
aux genêts, et, en général, à toute végétation, ignorant l’immense avantage qu’il y a pour eux à
conserver la végétation dont les racines maintiennent les sables et s’opposent à leur dépla-cement.
Le meilleur moyen de prévenir l’envahissement des sables consiste dans l’établissement, de distance
en distance, de haies de genêts ou de roseaux. Ces haies présentent le double avantage d’opposer un
obstacle à la violence des vents et d’empêcher le glissement des terres. Les roseaux ne peuvent
cependant être employés que dans les lieux relativement humides et peuvent être avantageusement
remplacés par les tamarins ou pins maritimes qui trouvent, dans un terrain sabloneux, leur élément
favori et n’exigent d’autre entretien que la surveillance active des troupeaux que l’on doit natu-
rellement éviter de faire passer dans les pépinières de jeunes pousses d’arbres.
(1)L’existence première de ce sable provient de la qualité du sol superficiel qui contient des matieres
ferrugineuses desagregees par les pluies, les vents violents et les pas des troupeaux.
Chez les R’oufirat oulad Doni, le sol est de qualité médiocre et ne donne de récoltes satislaisantes
que dans les années pluvieuses.
Le territoire des Oulad Sidi Yousef est presqu’exclusivement occupé par des régions montagneuses et
forestières, entr’autres la forêt domaniale, celles d’Ennaro et de l’Akrboube. Aussi, les habitants de
ce douar-commune se livrent-ils presqu’exclusi-vement à l’élevage des troupeaux et à la fabrication
du charbon et du goudron.
Les Ouled Addi, Kiaïba et Bel Hacel composent l’ex-terri-toire des Ouled Ahmed. La qualité du sol
cultivable, c’est à-dire de la parlie-plaine, est moins qu’ordinaire ; le rapport est satisfaisant si l’année
est très pluvieuse, et la situation favorable de cette région à la jonction de deux grands cours d’eau
(le Chélif et la Mina) n’est pas en rapport avec la richesse des terrains.
Les trois douars-communes d’Aïn el-Guettar, Zgaïr et Tahamda, situés sur l’ancien emplacement de la
tribu des Mekhalia, possèdent un sol également fertile : il y a là un grand nombre de jardins et de
vergers de figuicrs. La culture des céréales et la production du miel y sont les principales ressources.
Le territoire des Chelafa, d’une grande fertilité, est traversé par le Chélif et son affluent de gauche,
l’Oued-el-Kebir,dont les eaux sont utilisées pour l’irrigation des terrains ; il ren-ferme des plantations
de figuiers bien entretenues, et son voisinage des centres d’Aïn-Tédelès et de Souk-el-Mitou assure
aux cultivateurs indigènes un écoul ment facile de leurs produits. Le sol est possédé à titre « melk » ;
la tribu ne renferme ni terrains collectifs de culture, ni terres de parcours.
Chez les Oulad Sidi Brahim, le pays est montagneux et en partie formé par les contreforts du Dahra ;
les terres, bien que de bonne qualité, ne donnent de belles récoltes que dans les années pluvieuses.
Parmi les sources, en petit nombre, deux sont thermales, à la température de 46 », mais sans
importance au point de vue médical.
Le douar-commune de Mina, arrosé par la Mina et l’Oued Hillil, irrigué par des travaux de
colonisation est généralement fertile, et, au contraire des contrées voisines, n’a de beaux rapports
que par les années pluvieuses moyennes. Il est faci-lement inondé à la moindre crue des eaux et
n’offre plus
Qu’an vaste lac de boue et d’argile. Dès lors, toute culture devient impossible et les douars sont
obligés de se retirer pour aller camper sur les hauteurs. G’est la partie de la commune mixte qui a le
plus à souffrir des inondations ou des périodes de pluies prolongées. Les parties basses du douar-
commune d’El Messabehia présentent la même fertilité que le sol des territoires de Clinchant et
Relizane.
En résumé, les régions de la commune mixte de la Mina au point de vue agricole peuvent se ramener
à ceci : Collines sablonneuses au nord ; terrains médiocres au centre ; terres excellentes dans les
régions de Kalaâ, Oulad bou Abça et Mekhalia ; terres fortes dans les plaines avoisinant Perrégaux.
EUROPÉENS
Population agricole : 230 hommes ; 180 femmes ; 223 enfants. -Total : 635 habitants.
Bestiaux : 197 chevaux ; 75 mulets ; 15 ânes ; 669 bæufs ; 1,011 moutons ; 232 chèvres ; 146 porcs.
-Total :2,245.
Matériel agricole : 332 charrues ;121 herses, semoirs, etc… ; 196 chariots ; 124 faucheuses ; 5
machines à battre ; 30 tarares ; 18 égrappoirs. – Total : 726. – Valeur : 180,830 francs).
Constructions : 206 maisons ; 5 moulins ; 48 tentes ou gourbis ; 124 puits et norias. – Valeur totale :
636,830 francs.
Arbres : Fruitiers à feuilles caduques, 9,935 ; bananiers, citronniers, orangers, 2,650 ; oliviers greffés,
11,832 ; múriers, 1,451 ; divers : 9,672. –Total :34,540.
Vignes : 107 hectares de jeunes plants ; 574 hectares de cépages noirs ;8 hectares de cépages blancs.
– Total : 689 hectares. – Rapport :4,170 hectolitres de vins rouges et 198 hecto-litres de vins blancs.
Céréales :Blés tendres (644 hect.=2,151 quint.) ;blés durs (498 hect.= 561 quint.) ; orges (1294 hect.
=3,040 quint.) ; divers (200 hect.==600 quint.)
INDIGENES
Population agricole : 10,646 hommes ; 10,940 femmes ;22,432 entants, - Total : 43,788 habitants.
Bestiaux : 2,971 chevaux ; 174 mulets ; 4,625 ânes ; 78 chameaux ; 14,047 beufs :62,241 moutons ;
36,046 chèvres.-Total :119,972.
Matériel agricole : Charrues de toutes formes, 2.198 ; chariots et charrettes, 19. – Valeur totale :
31,825 francs.
Constructions :1,325 maisons ; 7.420 tentes ou gourbis ; 2moulins ; 397 puits ou norias.- Valeur
totale : 1,484,050 fr.
Arbres : Fruitiers à feuilles caduques, 125,000 ; bananiers, orangers, citronniers, 200 ; oliviers greffés,
1,800 ; divers, un millier.
Vignes : 28 hectares.
Céréales : Blé tendre (4,100 hect. =36,284 quint.) ; blé dur, (5,346hect.=64,493 quint.) ;orges,(21,000
hect.=230,724 quint.) ; divers, 600 hect. = 3,000 quint.)
La production moyenne annuelle des animaux domestiques dans la commune mixte est la suivante :
303 chevaux et juments ; 63 mules et mulets ; 413 ânes et ânesses ; 9,927 moutons, béliers et
brebis ; 6,785 boucs et chèvres.
Tous les chiffres qui précèdent proviennent des statistiques établies pour Pannée 1899-1900, année
particulièrement meurtrière pour les races bovine, ovine et caprine.
Comme on l’a vu ci-dessus, les-céréales, la vigne, les arbres fruitiers (orangers, bananiers, pêchers,
abricotiers, figuiers, citronniers, poiriers, etc.) sont les seules cultures importantes du pays. On peut y
ajouter celle des légumes qui n’occupe que quelques Européens ; celle du tabac, du lin et de la
garance, fort restreintes, que pratiquent quelques indigènes.
L’introduction du cotonnier dans le pays remonte à l’invasion arabe. Plusieurs siècles, cette culture se
maintint dans le département d’Oran. Elle fut reprise pendant la guerre de sécession où elle donna
des résultats rémunérateurs. En 1889, le coton occupait 3,000 hectares dans la région du Sig, de
L’Habra et de Relizane. Les prix de cette année furent désastreux et la récolte fut médiocre. En
l’absence d’un cours régulier du prix, les achats devinrent le monopole de 2 ou 3 maisons qui
abusèrent de la situation et s’enrichirent en ruinant de nom-breux cultivateurs pressés de réaliser. A
partir de 1870, cette culture fut peu à peu abandonnée. En 1874, elle ne dépassait pas 592 hectares
dans tout le départemént d’Oran (produisant 278.800 kilos de coton net égrené – variété longue soie
-). Elle dut cesser finalement à cause de la concurrence et n’a pas été reprise depuis.
L’élevage du ver à soie a été et est en pratique sur une trop petite échelle pour qu’il vaille la peine de
s’y arrêter. Ce genre d’industrie mériterait cependant qu’on s’en occupe d’une façon toute spéciale,
en raison de l’extrême facilité avec laquelle viennent les mûriers sur certains points de la commune
mixte.
Les irrigations des terrains de la commune mixte de la Mina sont loin d’être réglementées d’une
façon satisfaisante. Nous verrons plus loin, aux monographies des centres de Relizane et de l’Hillil les
améliorations qu’il conviendrait de faire pour le bien de l’agriculture en général et la colonisation en
particulier.
En dehors de la Mina et de l’Oued Hillil, les ruisseaux et torrents de la région n’ont été l’objet
d’aucuns travaux ayant quelque importance. L’Oued Tiliouanet est tout à fait en dehors du territoire
de colonisation. Une partie de ses eaux est dérivée pour l’alimentation en eau potable de la ville de
Relizane. Le reste est utilisée par les indigènes pour arroser leurs jardins.
Les indigènes riverains de l’Oued Kalâa ont la libre jouissance des eaux en vertu de l’article 2 de
l’arrêté de régle-mentation du 14 mai 1868. Article ainsi conçu :« Les eaux de « l’Oued Kalâa, jusqu’à
son confluent avec l’Oued Mesrata, « sont attribuées aux indigènes de la vallée de Kalâa qui «
pourront en user en tout temps comme bon leur semblera, « sauf réglementation ultérieure s’il y a
lieu ». Dans la nouvelle rég’ementation des eaux de l’Hillil les concessionnaires n’em-ploient que le
volume qui leur est nécessaire tant pour leur alimentation que pour l’arrosage de leurs jardins. Le
surplus serait attribué aux usagers d’aval.
Le ruisseau de Mesrata a un débit de 80 litres à la seconde sur lequel les indigènes voisins des
sources sont autorisés à
Les sources de l'Oued el Kheir et d'Aïn-Hallouf (monts de Mekhalia) seront utilisées lorsque l'on se
décidera de construire àcet endroit le village d'Aïn-Hallouf dont la créationn est projetée depuis très
longtemps.
On a dégagé et réglementé les sources de Sidi-Moussa et Sidi-Ameur qui sourdent de la berge droite
de l'Oued Hillil pour en faire jouir les habitants du village de ce nom.
Les sources de la plaine de Sammar sont nombreuses et fournissent de l'eau excellente. Les
principales sont:
TOTAL........ 15 lit.00
Toutes les sources sont utilisées soit par les indigènes qui s'en prétendent propriétaires en vertu de
titres émanant de la domination turque, soit par les colons européens qui s'y sont établis. Quoiqu'il
en soit, on pourrait toujours prélever sur les dites sources la quantité d'eau nécessaire pour
l'alimenta-tion d'un village au cas où on finirait par en créer un sur ce point.
L'Oued Malah, l'Oued Addad et l'Oued Mekhalouf qui ont des bassins hydrographiques très étendus
sont complètement à sec en temps ordinaire ; mais lorsqu'il pleut dans les régions montagneuses oú
ils prennent naissance, ils débitent un volume d'eau considérable qui va se perdre dans la plaine de
l'Habra, fort mal réglementé par des travaux d'irrigations rudimen-taires, parmi lesquels le barrage
del'Oued Mekhalouf, dont nous aurons l'occasion de parler à propos du centre de Nouvion (El-
Romri).
On a proposé d'établir des barrages de dérivation pour l'utilisation des petites crues de l'Oued Addad
et des deux autres, Le barrage de l'Oued Malah permettrait d'arroser une partie des territoires des
douars-commune de Sahouria,El
Romri, Beni Yahi, soit une superficie d’environ 1,000 hectares. Il coûterait 200,000 francs à établir.
La commune mixte de la Mina ne contient pas de minerais. Il existe aux Oulad Addi un lac salé dit des
Akerma Cheraga ou de Sidi bou Zian, dont la superficie atteint 1,720 hectares et que nous avons cité
au chapitre de l’hydrographie. Il est exploité par des industriels qui l’ont reliéàla station de l’Oued
Djemâa (P.-L.-M.) par une voie Decauville. Il produit une quantité annuelle d’environ 3,600 tonnes de
sel.
On a fait beaucoup de bruit ces temps derniers autour des fameux gisements pétrolifères de
Tiliouanet appelés plus communément « sources de pétroles de Relizane ». Des indi-gènes ayant
signalé il y a quelques mois la présence d’eaux «sentant mauvais », des ingénieurs se rendirent sur
les lieux et, après avoir sondé le terrain, trouvèrent le moyen d’extraire une certaine quantité de
pétrole d’excellente qualité. Mais une fois ces premières poches épuisées assez rapidement, les
recherches ne donnèrent plus ce qu’on aurait pu présumer. Déjà on avait fondé grand espoir sur
cette nouvelle ressource du pays, on parlait de créer un chemin de fer Decauville pour emporter les
quantités considérables de pétrole extrait, on évaluait les fortunes qui allaient se gagner, en un mot,
la fable de Pérette se renouvelait une fois de plus, mais malheu-reusement les résultats obtenus ne
répondirent pas aux espérances enthousiastes de ceux qui avaient fait les premiers sondages et en
avaient été si bien récompensés.
Depuis plus d’un an, Relizane est dotée de quatre compagnies ayant pour but de trouver le pétrole
en question. [Link] installé leurs chantiers à Tiliouanet, et cette installation leur a coûté plus d’un
million. La « Compagnie française des Mines de Pétrole », dont l’ingénieur et les sondeurs sont
Polonais, a fait venir son matériel très perfectionné de Galicie, où se trouvent, on le sait, de
nombreuses exploitations de gisements pétrolifères. Ces compagnies ont déjà creusé des puits allant
jusqu’à 500 mètres de profondeur sans avoir jusqu’à ce jour obtenu des résultats satisfaisants. On
n’a pas encore pu déterminer exactement quelle est l’orientation des couches où l’on suppose qu’il y
a du pétrole ; et on est encore à se demander si on se trouve soit en présence de nappes souter-
raines, soit de poches, soit de filons. Dans certains puits, les suintements sont, parait-il, abondants, et
le pétrole qu’on en
…
220 MONOGRAPHIE GÉOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE
Retire est de qualité supérieure : aussi les ingénieurs ont-ils encore quelque espoir. La difficulté est
de tomber juste, que ce soit nappe, filon ou poche, et de longs mois peut-être s’écouleront avant
d’arriver à une solution quelconque. Jusqu’à ce jour, ce sont les indigènes qui ont retiré le plus clair
bénéfice de l’arrivée de ces compagnies. Des terrains incultes, absolument dénudés, qui n’avaient
auparavant aucune valeur, se sont vendus jusqu’à sept et huit cents francs l’hectare.
Incontestablement, et toutes les personnes compétentes qui ont visité la région sont unanimes à le
reconnaître, il existe du pétrole dans les environs de Tiliouanet, douaïr Flitta, Kalâa et Oulad bou Ali.
La nature du sol et les nombreux suintements constatés ne laissent aucun doute à ce sujet.
Malheureusement, il est pour ainsi dire impossible de déter-miner exactement la direction et la
profondeur de la nappe pétrolifère. Ce n’est qu’à force de multiplier les sondages qu’on arrivera
peut-être à être fixé sur ce point.
Une source sulfureuse appelée « Aïn-Mekeberta » par les arabes du pays coule chez les Hassaïnia, sur
le versant est du djebel Milar. Elle est fort appréciée des indigènes et des colons qui l’ont utilisée
pour se traiter, mais son éloignement de tout chemin de grande communication s’opposera long-
temps à ce qu’elle soit l’objet d’une exploitation quelconque.
La commune mixte de la Mina est, de tout l’arrondissement, la commune où l’on fabrique le plus de
tissus. Outre les objets nécessaires à la consommation locale, on y contectionne, surtout dans la ville
de Kalâa, une assez grande quantité de tapis destinés à la vente. Cependant, pour arriver à livrer la
marchandise plus rapidement et à y cónsacrer le plus capital possible, les femmes ont dù se mettre à
tisser des tapis tout à fait inférieurs aux anciens. La teinture végétale, très tendre mais chère, a été
remplacée par la teinture minérale qu’elles achètent à vil prix, mais qui se fane rapidement. Dans ces
conditions, l’industrie « tapissiére » est tombée à un degré bien inférieur à ce qu’elle était avant.
Il y a quelques années, M. Missier, instituteur français, fut nommé à Kalâa. Sa femme, prévoyant la
disparition prochaine de l’industrie qui faisait vivre la bourgade, essaya de la sauver dans la mesure
de ses [Link]ès plusieurs mois d’essai pendant lesquels elle n’usa que de ses ressources
particulières, elle arriva presqu’au but qu’elle s’était proposé. Aujourd’hui,
Elle tient une sorte d’ouvroir-atelier où, sous sa direction, quelques femmes de la ville font des tapis
plus soignés que ceux tissés par les autres professionnels de Kalâa. Malheureu-sement, Mme Missier
a, parait-il, épuisé ses économies dans son æuvre de régénération professionnelle, et elle pourrait
bien être obligée de fermer un jour son ouvroir. Le Gouver-nement français a pour devoir de ne pas
laisser périr cette industrie et de lui rendre, dans la mesure du possible, sa prospérité ancienne.
Il y a en ce moment à Kalâa de 4 à 500 métiers à tapis, et leurs ouvrières ne gagnent guère plus de 50
centimes en moyenne par jour. On juge donc quelle marge de développe-ment il y a là comme main-
d’æuvre, comme salaires et comme industrie. Les habitants de Kalâa, laborieux, paisibles et pauvres,
ont droit à la sollicitude spéciale du Gouvernement. Ils sont industrieux. Ils envoient leurs enfants à
l’écoie qui compte six classes et n’ont jamais pris part à une insurrection quelconque, sauf de très
rares exceptions.
La concurrence que font aux tapis de Kalâa les produits similaires de Tiaret et du Maroc auxquels les
indigènes aisés donnent la préférence, semble également avoir contribué à la décadence de
l’industrie tapissière de Kalâa. Pour la relever, le Gouvernement général ferait bien d’accorder à
Mme Missier, directrice de l’ouvroir, une subvention annuelle de 50 francs au minimum. Il
conviendrait aussi d’accorder des primes aux produits fabriqués exclusivement à l’aide de couleurs
végéta. Les et d’ouvrir un concours pour faire ressortir la valeur des tapis tissés par les ouvrières de
cette localité. (1)
On y fabrique aussi des burnous, des babouches ; des tanneurs et des meuniers indigènes y sont en
assez grand nombre.
L’ancien territoire des Medjeher fournit à la consommation des tribus environnantes une grande
quantité de pains de figues.
(1) Certains de ces produits sont de fabrication très fine et peuvent rivaliser pour la beauté de
dessin et d’exécution avec les plus jolis tapis de Smyrne et de Syrie.
16
Opérés sur les marchés des communes de plein exercice de Bouguirat, l’Hillil, Blad Touaria, Aboukir
et surtout Relizane, sur les places des centres de colonisation tels que Sirat, Nouvion, Clinchant,
Sahouria et de Kalâa (dont le marché a lieu l9 samedi).
Les voies de communication importantes qui sillonnent le territoire sont : la route nationale d’Alger à
Oran n° 4 (portion comprise entre Aboukir et Ferry) ; la route nationale n° 7 de Relizane au Maroc
(terminée de Relizane à Tiliouanet, en piste de cette localité à El Bordj, après avoir passé par Kalâa, et
reprenant un peu avant El Bordj) ; route départe-mentale n° 6 du Sig à Bouguirat (portion comprise
entre cette localité et Perrégaux) ; chemin n° 59 de Mostaganem à Nouvion (portion comprise entre
ce centre et Aïn sidi Chérif) ; route départementale de l’Hillil à Cacherou (portion comprise entre
l’Hillil à El Bordj).
Le territoire de la commune mixte est en outre desservi par 17 chemins vicinaux classés de 1 à 17,
parmi lesquels la route de l’Hillilà Kalâa, l’ancienne route de Bel Hacel à Mostaganem, la route de
l’Hillil à Bel Hacel, de l’Hillil à Madar, etc.
1° Ligne d’Alger à Oran, P.-L.-M., portion comprise entre Ferry et Perrégaux qui passe à la station des
Salines, à Relizane (arrêt de 10 minutes), Clinchant, l’Hillil, Oued-Malah et Sahouria. Le chemin de fer
franchit la Mina, l’Hillil et l’oued Malah ; il est en droite ligne et en plaine de Relizane à l’Hillil, et
n’offre quelques courbures et pentes assez raides, qu’entre celte dernière station et Oued-Malah ;
Oued-el-Kheir. On aperçoit, sur la droite, de grands bois d'oliviers, des broussailles, des pins, des
lentisques, des tuyas couvrant d'immenses ravins.
Les deux premières sont l'objet d'une active surveillance de l'administration forestière, et il ne s'y
produit pour ainsi dire jamais d'incendies, si fréquents dans d'autres régions.
On pourra voir dans le dit tableau les heureux effets de la Caisse de Prévoyance indigène. Depuis sa
création, elle a contribué, dans une large mesure, à atténuer les funestes effets de l'usure.
Complètement réorganisée en 1896 par les soins de M. Briquez, administrateur, elle est en pleine
prospérité aujourd'hui.
SITUATION
COMMUNE
DESIGNATION,S,SOLDE,RECETTES,TOTAL,DÉPENSES,SOLDES,OBSERVATIONS,IITIIH.T,
1897,
107.439 65,
488.875 75,
596.315 40,
406.718 05,
189.597 35,
Le solde disponible en caisse s'élève actuellement à 180,000 fr en chiffres ronds. Son actif augmente
chaque année de 10.000 fr. Cette augmentation provient: 1° des cotisations versées par les
Sociétaires ; 2' des intérèts des prèts consentis, soit en argent, soit en nature, au taux de 5 0/0 par
an; 3° des intérèts des fonds placés au Trésor.
Les dépenses annuelles se composent du traitement du Secrétaire, des remises du Trésorier et des
frais de bureau et d'imprimés. Ces dépenses ne dépassent pas la somme de 2,000 fr.
La Société est done en pleine voie de prospérité et est appelée à rendre de réels services aux
indigènes nécessiteux.
FINANOIRRI
TRESOR
72,723 33,
109.171 81,
5.328 50,
3.205 52,
1.81》,
119.520 83,
Les sommes mentionnées ci-dessus concernant les impòts arabes, les patentes et l’impót foncier,
représentent la part du Trésor seulement, déduction faite des centimes communaux ou autres, ainsi
que des produits departementaux.
Comme toutes les tribus de l'Algérie, celles de la commune mixte de la Mina ont dans leurs douars
des « t'aleb» ou « d'errar », qui se chargent, moyennant une maigre rétribution, d'enseigner aux
enfants les rudiments de la lecture et de l'écriture de la langue coranique. Les gardiens de koubbas,
quelques membres de famille maraboutiques enseignent, en outre, quelques éléments de la religion
et de la loi musulmanes. Là, se borne l'instruction d'un certain nombre (assez restreint) d'indigènes
des douars-communes répartis sur le territoire. Le reste est d'une ignorance absolue et n'a
commencé à gravir aucun des degrés de la civilisation. Seules la ville et la région de Kalâa sont
pourvues d'une école arabe-française, cù le zèle de M. Missier, directeur de cette école depuis
plusieurs années, a su grouper un grand nombre de jeunes indigènes qui sont répartis en six classes.
Plusieurs adjoints aident le directeur dans sa tâche, et nourrissent les élèves d'une certaine culture
intellectuelle et professionnelle, qui donnera, sans nul doute, des résultats fort appréciables ; la
conséquence en sera, nous l'espérons, la création de nouvelles écoles sur les autres parties du
territoire où les principes les plus élémentaires de l'éducation et de l'instruction font défaut.
Parmi les familles indigènes importantes et nobles d'origine habitant dans la commune mixte, il
convient de citer celle des Boumédine, issue des Mehal, tribu originaire de la Mecque, qui soumit à
sa domination, vers le XIIme siècle de notre ère, la plus grande partie du département d'Oran. Deux
membres de cette famille des Boumédine occupent aujourd'hui des fonctions publiques : «
Boumédine » Abd-el-Kader ould Habib, adjoint indigène du douar Mekhalia, et « Boumédine » Abd-
el-Kader Seghir ould Ahmed, adjoint indigène du douar Guerboussa.
Viennent ensuite les familles des Mihoub et des Mesbah repré-sentées actuellement : la première,
par « Mihoub» Boualem, adjoint indigène de Sidi-Sâada ; la seconde, par « Mesbah» Mohammed
ould el Djilali, adjoint indigène du douar des Oulad-Bou-Ali.
Malgré le niveau peu relevé de l'état intellectuel des indigènes du pays, la situation de la commune
mixte au double point de vue de la sécurité et de la tranquillité est relativement très bonne. Pendant
les 5 dernières années, on n'a à relater qu'un
Seul attentat dirigé contre les Européens ; une moyenne de 6 meurtres ou tentatives de meurtres
entre indigènes ; environ 100 à 150 cas de simple police ; pas de vols à main armée, ni « nefras», ni
attentats à la pudeur.
Depuis plus de 15 ans, aucun indigène de la commune mixte n’a été condamné à la peine capitale.
Il est de fait que rien ne vaut en territoire civil le régime de police assuré par l’administration des
communes mixtes. Les centres de plein exercice situés dans la même région sont moins bien
partagés sous le rapport de la sécurité.
La commune mixte de la Mina compte quatre centres de colonisation. Ils ont été dotés de tous les
éléments propres à assurer leur avenir. Clinchant, aujourd’hui chef-lieu’de circonscription, a fait
depuis sa création l’objet d’un agrandis-sement. Des travaux d’assainissement ont également été
effectués dans la plaine de Relizane. Sahouria et Nouvion ont, en outre, été dotés des travaux d’eau
dont l’exécution a permis P’irrigation de surfaces assez étendues. Il serait trop long et fastidieux
d’énunérer ici les améliorations et les travaux d’utilité publique ou communale accomplis ou
exécutés depuis la création de la commune. Ces améliorations sont l’æuvre des divers
administrateurs qui se sont succédés. A la tête de la circonscription et qui ont contribué ainsi, chacun
selon les moyens d’action dont il disposait, au développement de la colonisation dans le pays.
CLINCHANT
Ce centre fut créé en 1878 sous le gouvernement de [Link] Grévy. Son territoire est limité par la
commune de Relizane, à l’Est ; celle de l’Hillil, à l’Ouest ; le douar-commune de Tahanda, au Nord, et,
celui d’El-Messabehia, an Sud. Le village fut édifié auprès de l’ancienne ville berbère d’El-R’etcha,
habitée auparavant par les Beni R’eddou et dont on peut voir encore quelques ruines. Ce lieu était
appelé par les indigènes du pays El-Mel’amir yølb ! c’est à-dire Les Silos,
En raison sans doute du nombre considérable de silos creusés sur une assez vaste étendue dans le tuf
qui forme la majeure partie du sous-sol. Ces sous-sols ont, en général, une très grande capacité.
Faute d’autre détermination, ce centre fut donc appelé d’abord Les Silos, avant de recevoir le nom
du général Clinchant qui fut colonel de zouaves lors de l’expédi-tion du Mexique.
Son territoire fut agrandi en 1892 sous le gouvernement de M. Jules Cambon. Depuis le ter janvier
1900,Clinchant est chef-lieu de la circonscription administrative de la Mina. Les bureaux de la.
Commune mixte y ont été transportés récemment, et l’administrateur et ses aljoints n’ont pris
possession de leurs nouveaux appartements qu’à partir du 1 er janvier 1900. Nous avons vu plus haut
les causes du trans-fert du siege de la commune mixte dans ce centre. Il en résulle une économie
pour le budget et une cause d’améliora-tion pour Clinchant, au point de vue agricole et commercial.
Ce village n’a pas d’histoire propre, son territoire ayant été prélevé sur les douars Messabehía et
Tahanda, c’est-à-dire l’ancienne tribu des Sahari. Les Beni R’addou, quí sont d’origine berbére, ont
occupé pendant longtemps les environs ou ils fondèrent la ville citée pius haut et dont il reste
quelques vestiges.
Il y a à Clinchant : 40 feux, 214 habitants (58 indigènes, 114 français et 42 étrangers ;, et 50 électeurs.
L’étendue totale du territoire est de 1,884 hectares, dont 1,490 cultivables en céréales, 44 de vignes,
et 350 incultes. La derniére récolte a donné 5,102 qnintaux de céréales, 150 hectolitres de vin rouge
et 8 hectolitres de blanc.
D’orge 14-
D’avoine 16-
De raisin 30-
L’alimentation du village en eau potable est assurée actuel-lement par un certain nombre de puits
publics ou particuliers. Un projet d’adduction des eaux de l’Aïn-el-Guettar (région de de Tiliouanet :
35 litres à la minute à l’étiage) a été élaboré. Il sera sous peu mis à exécation. Les irrigations d’une
partie du territoire dépendent actuellement du syndicat des eaux de Relizane. Elles sont d’ailleurs
insuflisantes.
Clinchant f’a pas de budget propre. Il relève de l’autorité de l’administrateur de la comune mixte de
la Mina. Ce centre ne compte qu’une école mixte qui reçoit un grand nombre d’élèves des deux
sexes. Le dédoublement de cette école s’impose à bref délai, dans l’intérêt de l’institutrice et des
enfants.
1° Construction d’une gare de chemin de fer sur la ligne P.-L.-M. Alger-Oran qui y passe ;
2° Établissement d’un barrage sur la Mina en avant de Relizane pour agrandir le cercle d’irrigation ou
bien un barrage de dérivation sur l’Oued Hillil, dont la construction s’élèverait à 150,000 francs
environ ;
3° Établissement de canivaux pavés en bordure de la route nationale qui traverse le village pour
prévenir une inonda-tion des maisons en cas d’une crue des eaux ou d’une période de pluies
prolongées ;
4° L’adduction des eaux d’Aïn-el-Guettar. Cette dernière ques-tion a une importance capitale, car
l’alimentation de Clinchant en eau potable est actuellement insuffisante.
Lorsque ce centre aura été doté des améliorations dont il vient d’être question, son avenir sera
assuré, et Clinchant pourra au bout de quelques années, prendre rang parmi les localités prospères
du département d’Oran.
(EL-ROMRI)NOUVION
Ce centre fut créé en 1876, sous le gouvernement du général Chanzy, au lieu dit Hacian-el-Romri en
raison du grand nombre de puits qui s’y trouvaient pour le ravitaillement de cette halte située sur le
chemin de Mostaganem à Mascara. Son territoire est limité par celui de la commune de Bouguirat au
Nord, par le douar-commune d’El-Romri au Sud el à l’Est, par le douar-commune de Hassaïnia à
l’Ouest. Appelé d’abord de la dénomination arabe du lieu, il porla ce nom jusqu’à l’année 1900.
Depuis, il a reçu l’appellation de Nouvion, pour rendre hommage à M. Nouvion, ancien préfet d’Oran,
qui donna autrefois une grande impulsion à la colonisation dans le département.
La gare de Nouvion se trouve à 4 kilomètres plus loin, à Oued-Malah, petit hameau de quelques
fermes (ligne P.-L.-M. Alger-Oran).
Le territoire de ce village était autrefois habité par des membres de la tribu des Bordjia. Là vivait,
parmi les familles nobles du pays, celle des Ben Hadda dont les membres furent caïds de la région
sous les Turcs et même sous Abd el Kader. C’est encore un Ben Hadda qui est aujourd’hui caïd du
douar-commune d’El-Romri.
Il y a à Nouvion 183 habitants (50 indigènes, 130 français et 3 israélites), 30 feux et 50 électeurs.
L’étendue totale du territoire du centre de Nouvion et de 1,305 hectares, dont 1000 hectares
cultivables en céréales, 78 de vignes et une dizaine d’hectares incultes. Cent hectares sont irrigables
avec les eaux du marais de Bouguirat et celles du Mekhalouf. (Oued cité plus haut).
La qualité du sol est médiocre et ne peut être améliorée que par des engrais et des arrosages.
D’orge 6-
D’avoine 8-
De raisin 20-
Les vignobles réunis de Nouvion ont donné, en 1900, 632 hectolitres de vin roge et 8 hectolitres de
vin blanc. Les colons cultivent, outre la vigne et les céréales, le millet à balais, ustensiles dont ils
fabriquent une grande quantité et qu’ils écoulent facilement dans l’arrondissement.
L'alimentation du village en eau potable n'est assurée que par des puits, publics ou particuliers.
L'irrigation des terrains, sur une étendue d'ailleurs limitée à une centaine d'hectares, se fait par un
canal à ciel ouvert qui amène les eaux du marais de Bouguirat. Le débit varie entre 30 litres à la
seconde et 12 litres à la minute. Un barrage provisoire est établi sur l'Oued Mekhallouf au moment
où, quittant les collines entre lesquelles il serpente, il débouche dans la plaine de Kerkacha. Mais les
indigènes et les crues des eaux démolissent facilement les murailles de branchages et de boue qui
retiennent le torrent, et le plus souvent, les eaux destinées à l'arrosage vont se gaspiller dans des
terrains incultes ou inondent la partie comprise entre Nouvion et le 4me kilomètre sur la route de
Bouguirat. Il serait à souhaiter qu'on consfruisît une digue cimentée permettant d'emmagasiner un
liquide si précieux à nos cultures et dont le résultat serait l'irrigation de 600 hec-tares sur le territoire
de Nouvion. '
L'état sanitaire du village est assez bon. Quelques cas de fièvre intermittente se produisent chaque
année mais ne rappellent que de fort loin les terribles épidémies de fièvre qui sévissaient sur nos
troupes quand elles campaient en ce lieu, avant la création du centre et les plantations d'eucalyptus
qui ont beaucoup contribué à son assainissement.
Comme Clinchant, le village n'a rien à désirer au point de vue de la sécurité individuelle. Depuis fort
longtemps il ne s'y est pas commis d'assassinat, ni d'attentat quelconque contre les personnes. Seuls
des vols de bestiaux ou de grains sont à signaler. Les douars dont on a le plus à se plaindre à ce sujet,
c'est-à-dire ceux qui fournissent le plus de maraudeurs, appartiennent au douar-commune d'El-
Romri; ce sont ceux de El-Hadara et Oulad-Hadda.
Le budget de Nouvion se confond avec celui de la commune mixte de la Mina. Par lui-même, ce
centre est très pauvre, à cause de la fréquence des mauvaises récoltes.
L'école est fréquentée par 25 élèves (20 français, 3 musul-mans) filles et garçons.
1° Création d'un barrage déversoir sur le Mekhalouf. (Dépenses prévues : 30,000 francs environ…
2° Agrandissement du centre dont le champ de colonisation est trop restreint en raison du peu de
fertilité du sol.
3° Transformation des fossés d’irrigation du marais de Bou-guirat en canaux cimentés pour éviter les
pertes d’eau et faciliter le curage.
En somme, la commune-annexe de Nouvion est très pauvre par suite des mauvaises années qui se
succèdent et qui ne trouvent pas leur compensation dans une récolte abondante. Cependant, le
bétail élevé par les colons donne de fort beaux produits, et des efforts pourraient être tentés dans la
voie de l’élevage à condition que de prompts travaux d’irrigation permettent de transformer la plaine
de Kerkacha en un vaste pâturage.
SAHOURIA
La création de ce centre date de 1878 (gouvernement du général Chanzy). Son territoire empiète sur
les douars-com-mune Sahouria et Sfafa. Le village est situé sur le chemin de fer (P.-L.-M. Alger-Oran)
à 5 kilom. De Perrégaux. Ce centre est limité au Nord par le douar-commune des Beni-Yahi, à l’Ouest
par la commune de Perrégaux, au Sud par le douar-commune de Sahouria, à l’Est par le douar-
commune des Sfafa. Ces lieux étaient occupés par la tribu des Bordjia ainsi que la plaine de l’Habra et
celle de Sirat. La famille des « Smaïn » est une de celles établies depuis très longtemps dans le pays.
La quantité approximative de céréales produites par les terres de ce centre a été de 5,500 quintaux.
Les vignes ont donné 1,120 hectos(1).
D’orge -6
D’avoine 8-
De raisin 20-
Les colons s’adonnent à la culture maraichère qu’ils écoulent facilement aux marchés de Perrégaux
et de Bouguirat et sur leur propre marché qui a lieu le samedi.
L’eau potable est fournie par des puits. L’eau courante pour l’irrigation est amenée par un canal de
dérivation provenant de l’Oued Fergoug (barrage de Perrégaux).
L’état sanitaire du village est très bon, et seules quelques fièvres d’été sont à signaler : la
température varie entre 10°(janvier) et 38° (juillet).
La sécurité n’est pas aussi bonne que dans les deux centres précédents. Les douars-commune de
Sfafa et Sahouria sont le repaire de chenapans indigènes qui ont la spécialité d’échapper avec une
grande facilité à toute poursuite et de joucr toutes les ruses combinées pour les surprendre. C’est
ainsi qu’il s’est produit, durant l’année 1900, plusieurs attentats contre les personnes et plusieurs
vols dans les habitations du village sans qu’on ait pu découvrir les [Link] les rapports des
colons avec les douars environnants sont-ils moins que cor-diaux.
On remarquera l’absence marquée des enfants de colons franç[Link] sont cependant en majorité
dans le village.
Il y a à Sahouria deux domaines viticoles comprenant 320 hectares de vignes que nous n’avons pas
compris dans le nombre total des vignobles appartenant aux petits colons, car ils s’étendent au-delà
des limites du centre-annexe. Ces domaines appartiennent à deux compagnies.
2° Un barrage-réservoir sur l’Oued Malah (dont nous avons déjà cité les avantages et le prix
d’exécution qui est de 200,000 fr.) et un barrage de dérivation sur l’Oued Addad (30,000 fr. environ)
pour l’irrigation du territoire ;
4° Création des pâturages communaux vastes et rapprochés du village pour augmenter le troupeau
des colons qui ne
234
Comme tous les centres de la région, Sahouria n’atteindra un degré de prospérité relatif que lorsque
ses plaines seront irrguées. Là, comme partout ailleurs, la question d’arrosage des terres est celle qui
prime toutes les autres. Tant que des améliorations dans ce sens n’auront pas été faites, la coloni-
sation végétera, si elle ne dépérit pas, au milieu de terres qui, avec les Tells algérien, constantinois et
tunisien, furent tour à tour les greniers de Rome, de lEspaġne musulmane, de l’Espagne chrétienne,
et enfin de la France du xvire siècle.
SIRAT
Ce centre fut créé en 1874 dans la plaine du même nom, renommée autrefois pour sa fertilité, à 20
kilomètres au Sud de Mostaganem. Son territoire est limité au Nord par la commune d’Aboukir, à
l’Est par le douar-commune des Oulad Bou Abça, au Sud et à l’Ouest par le douar-commune des
Hassaïnia.
Les Bordjia, qui occupaient toute la plaine, vivaient autrefois dans ces parages ; il en était de même
des Oulad Hamdan qui allèrent, lors de la conquête française, occuper plus au Nord la région
s’étendant immédiatement derrière Mostaganem.
Ilyaà Sirat 151 habitants (91 français,45 indigèns 15 étrangers). L’étendue totale du territoire est de
515 hectares (dont 198 de vignes).
L’alimentation en eau potable du village n’est assurée que par des puits.
L’état sanitaire est bon en général. Les fièvres d’été sont seules à redouter par les fortes chaleurs qui
s’élèvent jusqu’à une température maxima de 40° continuelle pendant les mois de juillet et d’août (la
température minima étant de 10° en hiver).
Le voisinage de la commune de plein exercice d’Aboukir dont les douars sont peuplés de malfaiteurs
n’assure à Sirat
Qu’une sécurité imparfaite. La route de ce centre à Aboukir est sillonnée pendant l’été d’indigènes
en quête de charretiers à dévaliser ou de voitures de colons à arrêter. La police exercée sur les lieux
ne rappelle que de fort loin celle exercée de la commune mixte, et l’inefficacité des moyens
employés jusqu’à ce jour invite les délinquants à persévérer dans leurs fonctions de voleurs de
grands chemins.
Ce centre ne semble pas appelé à une grande prospérité, dépourvu qu’il est de tous moyens
d’irrigation présents ou avenir. Il est à souhaiter que pour les centres de colonisation placés dans de
pareilles conditions une culture spéciale aux terrains non irrigables soit adoptée, de façon à ce que
les colons trouvent dans leur travail un résultat sinon rémunéra-teur du moins encourageant.
CONOLUSION
De même que toutes les communes mixtes, celle de la Mina est appelée à disparaître pour faire place
à un certain nombre de communes de plein exercice. Mais cette éventualité ne semble pas
rapprochée et il s’écou-lera certainement un assez grand nombre d’années avant sa réalisation.
Les centres de Sirat, Sahouria et El-Romri(Nouvion) seront sans doute les premiers appelés à la vie
muni-cipale, puis viendra le tour de Clinchant. Mais, en dehors de la difficulté d’assurer aux futures
com-munes le moyen de se suffire à elles-mêmes, c’est-à-dire d’équilibrer leur budget, des
considérations d’ordre et de sécurité opposeront pendant longtemps encore un obstacle
difficilement surmontable aux créations de l’espèce.
On n’ignore pas, en effet, que les maires absorbés le plus souvent par leurs occupations municipales
et leurs intérêts privés, et ne participant d’ailleurs à aucune indemnité de déplacement, se
déchargent entiè-rement de la police et de lasurveillancedes populations indigènes sur le caïd ou le
garde champêtre arabe qui leur est adjoint. Or, ce dernier ne touche lui-même qu’un traitement
absolument dérisoire, et est tout naturellement prédisposé à commettre des actes de vénalité. Il
s’ensuit que des faits graves sur lesquels l’autorité aurait tout intérêt à être renseignée sont passés
sous silence. Grâce à cette situation, la plupart des communes de plein exercice qui comprennent sur
leur territoire des douars ou fractions de douars non livrés à la colonisation, deviennent le refuge des
malandrins indigènes de toute espèce trop inquiétés par la police des communes mixtes ; ces
malfaiteurs mal surveillés peuvent dès lors exercer pour ainsi dire impunément leur coupable
industrie, soit dans la commune même, soit dans les communes voisines.
RENÉ-LECLERC.
de Bulla Regia
J'ai signalé brièvement dans le Bulletin archéologique (1) une grossière sculpture, située dans les
environs immédiats de Bulla Regia.
Elle était à l'extrémité orientale d'une colline placée elle-même à 300 mètres environ à l'est des
ruines de la ville antique dont la sépare une nécropole romaine des deux premiers siècles. Vers la
pointe occidentale de cette éminence, j'ai découvert plusieurs sépultures puniques dont l'une était
un véritable caveau renfermant un mobilier de 74 pièces.
En pratiquant les sondages pour trouver d'autres sépultures de la même époque, j'ai découvert au
milieu d'un impénétrabe fourré de faux jujubiers le document dont il va être question.
C'était un rocher isolé, à la face supérieure un peu arrondie, mesurant 1m80 de hauteur sur 4 mètres
de longueur et environ 1 mètre d'épaisseur. Il était entièrement brut, à l'exception de l'une de ses
faces, tournée vers l'est et présentant une niche dans laquelle apparaissait un buste, un peu plus
grand que de nature, exécuté on ne peut plus sommairement. La tête est ronde, et des trous
également circulaires ou ovales indiquent les yeux et la bouche. Le cou est presque cylindrique et les
épaules représentées par deux lignes légèrement [Link] est possible que les oreilles aient été
indiquées, mais l'état de la pierre ne permet pas de l'affirmer.
Il est facile, en examinant la surface du monument, de se rendre compte que cette sculpture a été
obtenue 'avec un instrument à pointe mousse. On a ainsi fait sauter des éclats irréguliers et c'est en
répétant cette opération un nombre de fois plus ou moins grand qu'on a pu obtenir une certaine
profondeur.
J'ai fouillé tout autour de ce rocher pour voir s'il n'y avait point quelque tombe ou les restes d'un
sanctuaire en plein air, comme ceux que les indigèñes consacraient, primitivement, à
(1) Bull. arch., 1892. Rapport sur les fouilles faites à Bulla Regia en 1890,p.75.
17
…
leurs divinités; je n'ai absolument rien trouvé. Mais, à quelques mètres de là, au pied de la colline, j'ai
rencontré une stèle évidemment votive, portant l'emblème triangulaire dit de Tanit. Il est donc
probable que cette colline a porté quelque champ d'ex-votos plantés en terre au milieu desquels
était placée la sculpture.
On doit considérer comme une indication confirmant cette manière de voir le fait que cette grossière
figure regardait à l'est.
J'ai montré que le temple de Saturne, à Dougga, qui avait été précédé par un primitif sanctuaire de
Baal, était aussi tourné de ce côté et que pour lui donner cette orientation, il avait fallu entailler la
montagne à grands frais.
Enfin, dans le voisinage immédiat de la colline qui portait la sculpture, on trouve les 'vestiges de
nombreuses tombes. mégalithiques dont les dalles ont presque toutes été brisées à ras du sol,
probablement lors de l'occupation romaine, pour servir de matériaux de construction.
Il est donc certain qu'à une époque reculée les habitants de Bulla Regia avaient élevé en ce point des
monuments, funé raires et autres, pour lesquels ils avaient une vénération particulière.
Mais ce qui me paraît mériter surtout l'attention c'est la situation de cette sculpture sur une surface
rocheuse et les. détails d'exécution qu'elle présente.
Elle est bien, en effet, sur un rocher dont les dimensions sont à vrai dire restreintes, mais auquel on a
intentionnellement laissé sa forme primitive, à l'exception de la face qui porte une représentation
humaine.
Je serais presque tenté de donner le nom de rupestre à cette dernière, si ce nom n'était pas, en
général, réservé à des monuments ayant un caraclère bien spécial. Néanmoins, jusqu'à un certain
point, et même en tenant compte de cette signification, ce qualificatif ne serait pas ici complètement
déplacé, car le bas-relief présente une autre ressemblance avec les dessins des rochers du Sous, du
Fezzan, du Sud-Oranais, de l'Oued Itel, etc. C'est la manière dont il a été obtenu par des coups
donnés avec une pointe peu aiguë et qui enlevait des éclats irréguliers de pierre.
Je dois ajouter que là se borne l'analogie, car si, sur les rupestres proprement dits, l'instrument a agi
en surface
Seulement, ici le sculpteur a dù revenir à plusieurs reprises sur un même endroit pour obtenir non
une simple ligne, mais des creux assez prononcés.
Cette différence s’explique d’ailleurs, mais par des caractères dont l’origine doit être cherchée
ailleurs. Le relief açcentúé, l’exécution sommaire de cette figure et jusqu’à la niche où elle se trouve
rappellent d’une manière asséz frappante ces nombreux monuments, d’époque romaine pour la
plupart, mais que l’on considère comme dus à une inspiration toute sporadique, comme la
manifestation rudimentaire de ce qu’on a convenu d’appeler l’« art indigène ».
Sur les stèles funéraires, si abondantes dans la région, qui offrent ces caractères, on voit en effet
souvent le buste d’un personnagë à l’attitude rigide dont les vêtements sont indiqués par quelques
traits. Dont la tête, les yeux et la bouche sont plus ou moins circulaires, le tout encadré par une niche
ou par le portique d’un temple prostyle.
Ces analogies m’avaient tellement frappé qu’à un-premier examen j’avais pensé être en présence de
l’ébauche d’un monument de ce genre. Mais outré qu’on n’á pas trouvé, à Bulla Regia même, de
stèles dues à l’art indigène, il est évident qu’on devait tailler celles-ci, leur donner la forme
prismatique óu conique qu’elles ont toujours avant d’y graver les sculptures. De plus, le procédé
employé pour y obtenir les représentations est moins sommaire. D’un côté on s’est servi d’un
poinçon ou d’un burin à pointe assez fine, les traits sont continus et forment des lignes, de l’autre
côté au contraire on s’est borné à enlever avec un instrument grossier une certaine quantité d’éclats
plus ou moins gros.
La tête de Bulla Regia est encore susceptible d’un autre rapprochement. Il existe toute une série de
sculptures afri caines remarquables, comme celle-ci, par leur exécution très sommaire. Telles sont
une idole du musée de Cherchell(1) dont la tête est tout à fait comparable à celle-ci et une autre
figure analogue, mais plus fruste, du musée d’Alger (2).
Les hétyles surtout, que l’on a trouvés à Carthage, ressem-blent beaucoup à la figure de Bulla Regia
(3). Le [Link]
(3)Mem, des antiq., 1894 Delattre. La nécropole punique de Douï-mès, p, 287. Gauckler. Musée
Alaoui, pl. XI, n°~1.
croit que la forme ronde de cette figure indique qu'on a voulu représenter Tanit. Tissot a fait la
même réflexion à propos d'une représentation rupestre qui se trouve sur la rive septentrionale du
chott Djerid (1) et qui doit également être rapprochée de celle-ci.
Mais le monument qui me parait avoir le plus de ressem-blance sinon par-3a forme extérieure, du
moins pár la manière dont les détails du visage ont été indiqués, est celui que M. de la. Martinière a
trouvé dans les ruines de Lixus (2). Les trous circulaires qui représentent les yeux et la bouche sont
tout à fait les mêmes des deux côtés.
La sculpture de Bulla Regia offre donc des caractères qui tiennent à la fois des sculptures rupestres,
des stèles, portant ou non des caractères libyques ou romains, dues à l'art indigène, et de certaines
sculptures grossières paraissant avoir représenté dés divinités africaines.
Sa situation près de nécropoles mégalithiques et puniques, s'accorde bien, d'ailleurs, avec ces
caractères. Et si les rapprochements faits par le P. Delattre et Tissot sont exacts, quoiqu'on n'ait pas
ici trouvé de croissant surmontant la représentation, on peut croire qu'on se trouve en présence de
l'image grossière de l'une de ces divinités.
De la Blanchère, à qui j'avais montré ce monument, avait compris tout l'intérêt qu'il présentait, car il
prescrivit immé-diatement au chef de chantier qu'il avait mis à ma disposition pour les fouilles ue je
dirigeais, d'en faire un moulage. Cetté opération n'ayant pas réussi, il fit briser le rocher et en
détacher une dalle portant la sculpture, qui se trouve actuellement en deux fragments, dans un
magasin du Musée du Bardo.
Ce document mériterait, à mon avis, de sortir du coin où il a été relégué et d'être placé près des
stèles et des bas-reliefs libyques qui ornent l'escalier du Musée, et dónt il [Link] par plus d'un
trait.
Docteur CARTON,
Médecin militaire.
(2) De la Marlinière: Bull. archéol. 1890. Recherches. sur l'empla-cement de la ville de Licus, p.141.
Carte
Page blanche
CHRONIQUE GEOGRAPHIQUE
UROPE
Un canal transeuropéen. – Dù à l’initiative de Guillaume II, ce canal, reliant Stettin, sur l’Oder, au port
de Fiume, situé dans le golfe de Quarnero, sur l’Adriatique, couperait l’Europe en deux par une ligne
à direction sensiblement N.-S. Son développement serait de 2,400 kilomètres, ce qui en ferait le plus
grand canal du monde.
En réalité, il n’y aurait à creuser que 485 kilomètres, les voies navigables actuellement existantes
pouvant être utilisées. De Stettin à Kosel, en Silésie, et même jusqu’à Oderberg, on utiliserait le cours
de l’Oder. Puis, le canal serait percé de façon à aboutir à Komond, sur le Danube, suivrait la Save, de
Hokovar à Sissek, et la Kalpa jusqu’à Karlstad. De ce dernier point au port de Fiume, la nouvelle voie
serait très facile à établir, sauf pour la courte traversée des Alpes Juliennes. (Bull. Soc. De Géogr. De
Dunkerque).
Autrefois, la traversée du Mont-Cenis était la voie la plus courte entre Paris et Milan, avec 944
kilomètres. Actuellement, la voie par le Saint-Gothard ramène cette distance à 897 kilo-mètres. L’an
prochain, après le percement du Simplon, la voie la plus courte sera celle de Paris-Pontarlier-
Vallorbes-Lausanne, avec 847 kilomètres. C’est à cette ligne du Simplon que se raccorderait celle de
la Faucille de Paris à Genève par Lons-le-Saulnier, Saint-Claude et Crozet.
France. – Émigration aux colonies. – Le nombre des passages accordés par l’État s’est élevé en 1901 à
394 contre 327 en 1900. Par contre, le chiffre des capitaux déclarés n’est que de 721,000 francs au
lieu de 816,000 en 1900.
C’est I’Indo-Chine (170), puis Madagascar (107), qui ont eu les faveurs des imigrants.
Ces chiffres ne comprennent pas la totalité de l’émigration, mais seulement les passages gratuits
délivrés par l’État.
18
La longueur totale approchera de 15,000 kilomètres ; le prix total est évalué à 45 millions de francs ;
l’exploitation pourra être commencée à la fin de 1902.
ASIE
Le chemin de fer de Bagdad. – Jadis, c’est par la vallée de l’Euphrate que la Phénicie et la Judée,
recevaient les aromates des Indes, les perles du Golfe Persique et l’or d’Ophir. Les immenses
provinces de la Mésopotamie qui, dès l’époque des plus lointains souvenirs de l’humanité furentle
centre d’une civilisation puissante, rivale de celle de l’Egypte, vont renaître à la vie et reprendre un
développement qu’elles n’ont plus vu depuis l’époque si florissante des Khalifes. Un accord est
intervenu entre la Deutsch Bank et le gouvernement Ottoman pour l’exécution de la voie ferrée qui
doit conduire de Bagdad à Koweit par Bassorah.
Cet arrangement nous touche de près, puisque la concession de cette ligne, qui n’aura pas moins de
2,500 kilomètres de développement, réserve aux capitalistes français une part de 40% dans les frais
et les profits de cette colossale entreprise.
Quand le chemin de fer de Bagdad aura été livré à l’exploi-tation, la durée du voyage entre l’Europe
et les Indes sera notablement raccourcie. Actuellement, la traversée de Brindisi à Bombay est de
treize jours ; elle ne serait plus que de huit jours.
En outre, les avantages économiques dûs à la nouvelle ligne sont évidents. C’est d’abord la
renaissance agricolé de la Mésopotamie dont le sol est fort riche et produit surtout le blé, l’orge, le
coton, le riz, le maïs, le sésame, les dattes. Plus en grand se ferait l’élevage du bétail, qui,
actuellement, ne peut s’exporter que par la route longue et périlleuse du désert, et seulement au
printemps quand les troupeaux trouvent de quoi brouter sur la route de Bagdad à Alexandrette.
Cette région fournit dés maintenant au commerce extérieur annuel 10,000 balles de peaux et 40,000
balles de laines.
Le sous-sol de l’Irak-Arabi pourrait enfin être exploité, car il est riche en houille, en bitume, en
naphte.
Ce serait aussi l’établissement possible d’industries euro-péennes dans l’Irak Arabi oi il n’existe que
quelques métiers rudimentaires qui tissent des étoffes de soie, de laine, de coton, à l’usage exclusif
des Arabes. C’est de Bagdad que vont en Europe les cuirs, les laines, le coton, et les matières
premières sont réexpédiées d’Europe à des prix décuplés.
A Bagdad, il n’y a pas une seule maison de commerce européenne.
On voit donc l’importance pour l’Europe de ce pays où tout l’outillage économique est à créer.
Le point de vue stratégique n’est pas à négliger : on se rappellera que les troupes du 6 » corps
d’armée n’arrivèrent, en 1877, à la frontière turco-russe qu’après deux mois de marches forcées,
qu’après avoir perdu en cours de route une partie de léurs effectifs, et trop tard pour prendre part
utile-ment à la lutte.
En un mot, l’ouverture de la ligne Bagdad-Koweit amènera de nouveau la prospérité dans une région
délaissée, créera une voie nouvelle et plus rapide aux échanges avec l’Extrême-Orient, contribuera à
enlever aux Anglais une suprématie menaçante non seulement dans le Golfe Persique, mais dans
toutes les régions avoisinantes qu’ils convoitent depuis de si longues années.
Pour le port de Tsin-Tao, qui sera le foyer principal d’action de l’Allemagne asiatique, on a dépensé
officiellement, depuis 1898, 49 millions de francs. On bâtit là un arsenal maritime, un port militaire et
un entrepôt commercial, une vraie capitale, reliée àl’intérieur par le chemin de fer de Tsin-Tao à Tsi-
Nan, long de 450 kilomètres, dont plus de 100 sont déjà faits, et voisine d’un bassin houiller
important qui permettra de constituer des dépôts de charbon dans l’empire colonial allemand du
Pacifique.
Les progrès économiques de l’Allemagne en Chine se font surtout aux dépens de l’[Link]
des victoires les plus importantes qu’elle ait remportées estl’accord qu’elle a conclu en 1900 avec
l’Angleterre pour le maintien de l’intégrité territoriale et de la porte ouverte en Chine. Cette entente,
en
Apparence dirigée contre les projets des Russes en Mandchourie, s’est en définitive retournée contre
les intérêts britanniques. Elle a permis d’importantes concessions à Chang-Haï, où les Allemands ont
placé une forte garnison et construit sur 1 kilomètre de front des chantiers, des quais, des docks, des
ateliers de réparations allemands. Elle a rendu possible, sans opposition, l’entrée de la concurrence
allemande sur le Yang-Tsen, que les Anglais commençaient à regarder comme leur propriété
exclusive. Une action combinée des compagnies Norddeutscher Lloyd et Hamburg-Amérika a abouti
à la création d’un service allemand sur le grand fleuve jusqu’à Tschong-King. L’Allemagne prélève
déjà 20 p. 100 du trafic du Yang-Tsen. De nouvelles lignes maritimes se créent, on assiste au rachat,
par les deux puissantes compagnies, d’an-ciennes lignes anglaises. Enfin dans tout le Sud de la Chine,
jusqu’au Siam, le cabotage allemand prend une prédominance incontestée.
(Annales de Géographie).
AFRIQUE
Voyage de Dodson, de Tripoli à Mourzouk. – M. Dodson vient de parcourir la route conduisant de
Tripoli à Mourzouk, la capitale du Fezzan, qui n’avait plus été visitée par une expédition scientifique
depuis les explorations de Barth, de von Beurmann, de Rholfs et de Nachtegal.
L’expédition de M. Dodson quitta Tripoli et suivit la route de Nachtegal dans la direction Sud-Est.
Après huit jours de marche, elle atteignit le désert où elle souffrit de la chaleur et du manque d’eau :
on ne trouvait de l’eau que toutes les dix ou douze heures. Deux semaines après avoir quitté Tripoli,
l’explorateur arriva à Uadi-Sofedchin, d’où il fit une excursion à un ancien réservoir d’eau romain,
magnifique monument de maçonnerie, bien conservé, dont le ciment, qui subsiste encore, a
conservé son étanchéité.
M. Dodson se dirigea vers Sokna, dans l’oasis Boudchem et constata que les habitants n’avaient pour
se nourrir que des escargots et du jus de dattier. Quelques constructions de l’oasis remontent à
l’époque romaine et font contraste avec les misérables habitations des indigènes : l’une d’elle, dont
les murs ont quatre mètres d’épaisseur, couvre une superficie de 3,500 mètres carrés. Sokna est une
petite oasis de 2,000 habitantsqui possède une garnison turque de 200 hommes.
L’expédition arriva enfin à Mourzouk, à 450 kilomètres de Sokna, après avoir traversé notamment
une grande forèt pétrifiée, dont les trones d’arbres, tous penchés,sont couverts de coquillages
jusqu’à deux mètres de hauteur, ce qui semble démontrer que la mer a pénétré autrefois jusque là.
Presqu’ile des Somalis. – Deux expéditions francaises travaillent en ce moment dans la presqu’ile des
Somalis. L’une, dirigée par M. Duchesne, sous les auspices du Gouvernement et de la Société de
Géographie de Paris, a étudié la géologie de Djibouti et de la baie de Tadschoura et la géographie et
l’ethnographie du pays des Somalis, en traversant le désert près de Lassarat et de Addagalla, pour
gagner ensuite Addis-Abeba par Gurgura ; l’autre, conduite parle vicomte Du Bourg, reçut de
l’Empereur Ménélik lautorisation de traverser les provinces équatoriales, et se dirigea vers le Harrar.
En quittant ce pays, l’expédition prit au Sud, explora la vallée du Webi Schebeli, où elle courut de
grands dangers à cause du manque d’eau, s’enfonça dans la vallée du Dagato, pour pénétrer dans la
région d’Ogaden où le gibier abonde. Elle arriva au confluent du Burka et du Webi Schebeli qu’elle
descendit jusqu’à Imi en explorant le pays de Scheik-Hupein. Se dirigeant ensuite vers l’Ouest, elle
visita les vallées du Webi supérieur (affluent du Djuba) et Maneb, où elle attendit la fin de la saison
des pluies.
Protectorat de la côte des Somalis- Commerce en 1901. – D’après le rapport du consul anglais, le
commerce total du protectorat de la côte des Somalis a été en 1901 de beaucoup inférieur à celui
des deux années précédentes. La diminution est dùe, à Zeila, aux avantages offerts par le chemin de
fer français de Djibouti à Harrar, tandis qu’à Berbera et à Bulhar, elle est attribuable aux troubles de
la partie orientale du protectorat, qui eurent pour effet de fermer les marchés importants d’Orgaden
et du Sud-Est du Dolbahanti. Selon le rapport précité, ce fléchissement n’est que momentané ; il fait
observer que Zeila a été, ces dernières années, le point de départ principal du commerce vers le
Harrar et que, de tout temps, elle a été l’endroit d’où partent les caravanes vers l’intérieur.
II y a lieu de penser que les espérances du consul anglais ne sont pas fondées. Tandis que son
gouvernement se contentait d’assurer la sécurité des routes de caravane, la France, abandonnant
résolument la position défavorable d’Obock, fondait Djibouti qui est devenu une station importante
et la tête de ligne du premier tronçon de chemin de fer de Harrar.
Maroc. – Les Intérêts Allemands, -- Dans le ressort du consulatde Tanger, seize maisons allemandes
font le commerce d’importation, d’exportation et de commission, surtout avec l’Allemagne et
l’Angleterre. Dans quatre ports, le pavillon allemand possède la prééminence. Il vient presque au
premier rang pour les exportations. Dans le commerce d’importation, les Allemands sont fortement
distancés pour le sucre et les cotonnades qui viennent d’Angleterre ; mais pour d’autres
marchandises, le thé, par exemple, Hambourg et Brême pourraient sans peine rivaliser avec Londres.
Au total, si l’on tient compte des maisons industrielles représentées au Maroc et des compagnies
d’assurances, la valeur des intérêts-de l’Allemagne au Maroc se monte à 8 ou 10 millions de marks.
AMERIQUE
La première va d’un point situé sur la mer de Maracaibo à Carora dans l’état de Lara. A voie unique,
d’un écartement de 1m 07, elle devra être terminée en sept ans, et pourra être prolongée jusqu’à
Barquisimeto.
La deuxième va de Barranquitos aux plaines de San Ignacio dans le district de Perija à la frontière
colombienne. Cette ligne répond à la première. Elle se divisera à partir de San Ignacio. Une des
branches se dirigera vers le Sud, l’autre vers le Nord, vers Maracaibo, via Rosario.
Les Mines d’or du Klondyke. –‘Le professeur Miers a donné dernièrement, à la Royal Institution de
Londres, le résultat d’une récen’e visite aux mines d’or du Klondyke. Les mines se trouvent le long de
la rivière Klondyke, à 13 milles de Dawson City. On y arrive maintenant par des routes ; aupara-vant il
n’y avait que des sentiers à travers les forêts. La surface aurifère est de 30 milles carrés ; les cours
d’eau qui l’arrosent rayonnent autour d’une montagne centrale appelée la Dome. Tous contiennent
de l’or. Au Klondyke, on extrait l’or du gravier qui se trouve dans le fond de la vallée ou dans le
flanc ;de la colline. Le gravier provient probablement des
Rochers de la surface, et comme les cailloux ne sont pas fort arrondis, ils n’ont pas pu venir de loin.
Le dépôt du flanc de la colline, connue sous le nom de « White Chaund » est très singulier et ne se
rencontre vraisemblablement pas ailleurs. Il est situé à 400 pieds environ au-dessus du fond de la
vallée et est exploité au moyen de tunnels creusés horizontalement, dans un sol gelé qui n’exige pas
de boisage ni d’autres soutiens.
Dans la vallée, le gravier aurifère est recouvert de 10à15 pieds de tourbe gelée qu’il faut. Fondre au-
préalable -·pierres brúlantes projetées dans des trous que l’on agrandit peu à peu, - feux de bois, -
jets de vapeur à haute pression que l’on introduit dans le sol par des tuyaux. La difficulté est accrue
de ce que les parties riches en or ne sont pas continues, mais apparaissent tantôt à l’un, tantôt à
l’autre côté de la vallée.
POLES
Expéditions en cours. – Treize expéditions vers les pôles se sont mises en route en 1901. Y participent
le Canada, les États-Unis, l’Allemagne,’ l’Angleterre, l’Italie, la Hollande, la Norwège, la Suède et la
Russie.
-Quant au Pôle-Sud, toujours plus délaissé, parce que moins accessible, il recevra néanmoins la visite
des Anglais, des Allemands, des Australiens et des Hollandais.
Les deux plus importantes expéditions sont celles du Gauss, . dont l’empereur Guillaume II a soldé
une partie des frais, et celle du Discovery, sous les ordres du commandant Scott, de la marine royale
britannique.
DrJ.G.
STATION THERMO-MINÉRALE
D’HAMMAM-SELAMA
Dans le numéro xx, fascicule LXXXIv, du Bulletin de la Société de Géographie et d’Archéologie d’Oran,
j’ai publié divers renseignements minéralogiques et hydrologiques inté-ressant le département
d’Oran, accompagnés d’une carte indicatrice. Cette publication était le résumé sommaire de divers
travaux exécutés dans cet ordre d’idées, par le Service des Mines de la province.
Dans la partie hydrologique, notamment, j’avais exposé le relevé des sources thermales et minérales,
qui ont été plus ou moins l’objet de travaux importants de captage et d’aména-gement. Quelques-
unes sont assez fréquentées. Il n’existait pas alors, dans le département, d’autres sources de cette
nature pouvant intéresser le public.
Un nouvel établissement thermo-minéral vient d’être créé récemment, c’est celui d’Hammam-
Selama ; il est situé près le village de Port-aux-Poules, dans le voisinage de l’embouchure de la Macta,
c’est-à-dire, sur les bords de la mer, et étant desservi, en même temps, par la voie ferrée d’Arzew à
Aïn-Sefra ; il est dirigé par M. Roger Duzan.
C’est en forant un puits artésien que M. Armitage, ingénieur minéralogiste, a vu jaillir cette source
minérale, laquellə répandait, à son émission, une odeur sulfureuse caractéris-tique. La température
de l’eau accuse 22 degrès ; son débit quotidien est de 55 mètres cubes environ ; elle émerge d’une
nappe située à 225 mètres de profondeur à peu près. Nous pensons donner, plus tard, après une
visite sérieuse de la situation, notre sentiment géologique, sur les causes et les circonstances de cette
découverte.
Nous n’avons pas pu nous le procurer, mais voici e résullat de l’analyse chimique des eaux, faite par
le docteur Rouchet
Malgré l’odeur sulfureuse dégagée par cette eau, elle ne contient pas, paraît-il, de l’hydrogène
sulfuré, ou du moins, l’analyse chimique n’en a pas accusé ; de nouvelles épreuves fourniront, sans
doute, des éclaircissements à cette égard.
L’organisation, d’Hammam-Selama est encore rudimentaire ; mais un avenir plus encourageant, plus
développé, lui paraît réservé : 1° à raison de la nature sulfureuse de ses eaux ; 2° du voisinage de la
mer ; 3° des centres de colonisation qui l’environnent, et 4° de la proximité de la voie ferrée.
[Link].
BIBLIOGRAPHIE
Les Archioes de Médecine et de Pharmacie militaires ont publié deux notes sur l'histoire naturelle du
Sahara oranais: l'une, de M. G. Delluc, pharmacien aide-major de 1r° classe, sur l'hydrologie de
l'Eætrême-Sud oranais, de Duveyrier à Beni-Abbès (1); l'autre, de M. le docteur Romary, médecin
aide-major de 1r° classe, sur la nature du sol, la faune, la flore de la région d'Igli (2).
Le même recueil a publié aussi úne troisième note, [Link], pharmacién-major de 2° classe,
sur la mare d'Aïn-Taïba. Ce travail concerne l'hydrologie de la vallée l'Igarghar (3).
**
Dans son travail, M. Delluc s'est proposé de faire connaitre la nature et la qualité des eaux de la
vallée de la Zousfana, c'est-à-dire de toutes celles que ros soldats peuvent avoir à consommer sur la
ligne qui s'étend de Duveyrier à Beni-Abbès.
Après un aperçu sur «l'aspect général du pays » et « l'origine des eaux » l'auteur donne l'analyse des
eaux de Duveyrier, Djenan-ed-Dar, Djenan-el-Harris, Nakelat-bel-Brahim, Fendi, Ksar-el-Adzoug, Haci-
el-Mir, El-Morra, Zaouïa-Foukania, Taghit, Igli, Beni-Abbès.
Ne pouvant donner ici les tableaux d'analyses, nous nous bornerons à reproduire les conclusions du
savant officier:
« Sauf à Duveyrier, où même les meilleures eaux sont de médiocre qualité, les eaux de tous nos
postes de l'Extrême-Sud : Djenan-. ed-Dar, Taghit, Igli (Zousfana) et Beni-Abbès, sont de bonne
qualité et peuvent ètre consommées sans inconvénient. Quant aux diverses stations intermédiaires,
l'eau est le plus souvent de qualité suffisante et peut être utilisée par les troupes en cours de route.
Toutefois, cel'e de Ksar-el-Adzoug devrait être mise de còté.
BIBLIOGRAPHIE 251
«En ce qui concerne la composition de ces eaux, on peut constater qu il y a presque toujours, et dans
des proportions bien différentes, un excès de chlore ou de magnésie. Il y a grand excès de chlorures
dans les eaux de Duveyrier, Nakhelat-bel-Brahim, Ksar-el-Adzoug, El-Morra et Igli (oued Guir).
«Les azotates existent rarement M. Breteau a déjà constaté le fait; il les signale surtout dans les eaux
des postes où il y a agglomération de troupes (Duveyrier, Igli, Beni-Abbès), et il attribue leur présence
à'la contamination. On peut, en effet, constater que l'eau de Djenan-ed-Dar, analysée avant la
création du poste, n'en renfermait pas de traces; une nouvelle analyse, faite au bout de plusieurs-
mois d occupation, en signale 3-milli-grammes par litre.
« La présence de l'hydrogène sulfuré, même dans les eaux de bonne qualité, est assez fréquente. Il
résulterait des renseigne-ments recueillis que, à l'origine, ces eaux n'en contiendraient pas. Il se
formerait en cours de route et au bout d'un certain temps par réduction des sulfates. Il ne faut done
pas y attacher trop dimportance.
«Pour ce qui est de la matière organique et de l'azote albumi-noïde, très souvent l analyse n'a pu être
faite, par suite du manque d'échantillon. Si parfois les proportions trouvées en sont trop fortes il
importe de considérer que l'eau arrive au laboratoire après de longs jours de voyage et dans des
flicons plus ou moins bouchés. On ne doit donc pas en tenir trop grand compte, d'autant plus que les
puits étant plus ou moins protégés, leur présence doit ètre due, le plus souvent, à des souillures
extérieures.»
Dans son travail,'M. Lahache rend compte des études qu'il a faites sur les eaux de la mare d'Aïn-
Taïba. Cette mare est située sur la route d'Ouargla à El-Biodh. « C'est le seul point d'eau à ciel ouvert
connu dans le massif des dunes de l'Erg. »
La mare qui est alimentée par une source « se présente sous la forime d'un petit lac circulaire de 100
mètres de diamètre, situé au fond d'un entonnoir conique de 30 mètres de profondeur ..... L'eau a
une profondeur de 7 mètres, »
Comme le point d'eau le plus rapproché, celui d'El-Biodh, est à 180 kilomètres au sud, il en résulte
que le lac d'Aïn-Taïba
252 BIBLIOGRAPHIE
Est un gite d’étape pour les caravanes qui suivent le lit de l’Igarghar.
Malheureusement l’eau du lac, salie par toutes sortes de détritus, est impotable. Les voyageurs sont
obligés de creuser des trous sur le chemin de ronde du cône pour obtenir de l’eau [Link] eau
est relativement bonné ; mais sa composition minéralogique parait varier. Depuis 1880 elle s’est
modifiée. La dernière analyse faite tout récemment par M. Lahache a donné la composition
suivante :
Chlore………….··.··…. 0,057
Silice…………………. 0 025
Soude……………..·.··· 0,107
Magnésie……………..·. 0,034
Chaux…….·.. 0,083
Fer,alumine………….. Traces
Nitrates…………….· Neant
« La répartition des éléments entre les différents sels présente le tableau suivant :
Silicate de soude…………0,051
« Il est tout naturel, dit M. Lahache, que là où se trouvent des gisements considerables de nitrates,
les eaux de diffusion et les eaux profondes en soient chargées,au point quaucune confusion ne puisse
étre établie avec les nitrates provenant des matières azotées accidentelles.»
BIBLIOGRAPHIE 253
Or, chose curieuse, l’analyse de l’eau d’Aïn-Taïba n’a donné aucune trace de nitrates.
M. Lahache conclut :
«Ainsi done, nous n’avons pas trouvé de nitrates en quantité dosable dans les eaux de la région
d’Aïn-Taïba. Comme notre examen a porté sur des échantillons recueillis au fond d’une des grandes
dépressions de l’Erg, dans un des gassis ou défilés oú l’Igarghar allongeait ses ramifications ; que là,
par conséquent, s’accumulent les eaux issues du plateau de Tadmaydt, de celui du Tinghert, nous
croyons qu’il faut renoncer à chercher dans ces régions les gisements de nitrates exploitables. »
Dans son travail, M. le docteur Romary traite de la géologie, de la faune et de la flore de la vallée de
la Zousfana et particuliè-rement des environs d’Igli. Ayant séjourné pendant plus d’une année à Igli
même, il a pu faire d’importantes recherches, recueillir de nombreuses observations et rapporter de
précieux matériaux. Son travail est divisé en trois parties que nous allons essayer de résumer :
[Link] du sol. – Au point de vue géologique, les bassins inférieurs de la Zousfana et de l’oued Guir
paraissent n’être constitués que par la base du carboniférien inférieur, le quaternaire alluvionnaire et
les dunes.
On sait que c’est grâce aux quelques échantillons recueillis par M. le commandant Barthal et M. le
sous-lieutenant Barthélemy, que M. Ficheur a pu signaler la présence du carboniférien inférieur dans
la région d’Igli.
C’est grâce aux nombreux échantillons rapportés par M. le D Romary, que la classification du terrain
a pu ètre confirmée.
M. le docteur Romary énumère les espèces qu’il a recueillies et que M. Ficheur a pu déterminer.
C’est une liste précieuse qui sera complétée plus tard.
Sur notre amicale invitation, M. le docteur Romary a bien voulu offrir ses riches récoltes au service
géologique de l’Algérie : les types sont à Alger, les doubles au service des Mines, à Oran. Nous ne
saurions trop remercier une fois de plus le généreux donateur.
M. le docteur Romary signale la direction du plongement des assises. Ce plongement est très
accentué vers l’ouest. C’est là une indication importante, elle montre que si les dernières assises du
carboniférien inférieur et, avec lui, le terrain houiller existent dans l’Extrême-Sud oranais, c’est à
l’ouest de la ligne de
254 BIBLIOGRAPHIE
Poued Zousfana qu’on pourra plus tard rechercher la partie occidentale du bassin houiller (1).
II. Faune. – M. le docteur Romary cite d’abord les animaux domestiques ; il donne ensuite une assez
longue liste des animaux sauvages : Mammiferes, oiseauæ, reptiles, amphibiens, poissons. Il
accompagne cette énumération de quelques courtes notes sur les mæurs de certaines espèces. Ces
notes prises sur le vif témoignent chez l’auteur d’un sérieux esprit d’observation.
L’énumération des invertébrés est assez longue mais plutòt générique que spécifique. Seuls quelques
coléoptères ont été déterminés par notre collègue, M. Tournier.
III. Flore. – Les connaissances spéciales de M. le docteur Romary lui ont permis d’étudier avec plus de
profit la flore d’Igli. L’énumération des familles et des espèces étudiées ou entrevues est assez
longue et très intéressante. Le jeune et savant docteur signale deux espèces nouvelles ; l’une qu’il
appelle provisoirement Fritillaria Igliensis, l’autre Primula paroiflora.
La présence d’une primevère sur les bords de la Zousfana est bien curieuse.
On voit par les résultats que nous venons de signaler que les trois notes de MM. Delluc, Lahache et
Romary, présentent un grand intérêt ; elles font le plus grand honneur à leurs savants auteurs. Elles
sont les prémisses de travaux plus importants.
Ces notes nous plaisent surtout par un côté ; elles témoignent une fois de plus de l’esprit scientifique
qui ne cesse d’animer [Link] officiers du corps de Santé militaire ; les jeunes suivent les traces de
leurs anciens ; ils continuent à grossir la liste des travailleurs qui ont honoré et honorent encore ce
corps d’élite. Dans la solitude des déserts, ils restent des laborieux, ils savent chasser l’ennui en
consacrant leurs loisirs à des recherches scien-tifiques. Pionniers de la science, ils plantent, au milieu
des dunes, des jalons qui guideront leurs successeurs.
[Link].
(1) Des découvertes et des étades nouvelles de [Link] et Flamand ne laissent aucun doute sur la
présence dans le Sahara algérien des dernières assises du Culm (carhoniférien inferieur). Tout fait
supposer que le terrain houiller doit continuer quelque part la série des assises carbonifériennes.
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MONOGRAPIIE
CARACTERES GENÉRAUX
Dans les communes algériennes régies par la loi municipale du 5 avril 1884, les franchises et les
libertés municipales sont absolument identiques à celles dont jouissent les habitants de la France
continentale. Les légères exceptions prévues par la loi ont pour objet de tenir compte des besoins
locau et de donner aux populations indigènes le droit de désigner des représentants au sein du
Conseil municipal pour soutenir et défendre leurs intérêts.
Il est évident qu'il ne sáurait en être de même dans les territoires qui composent les communes
indigènes.
Situées au Sud de l'Algérie, comportant de vastes espaces habités par des tribus généralement noma-
des, l'organisation municipale de ces communes ne
19
pouvait être la même que pour leurs voisines du Tell. Il était indispensable que le pouvoir cèntral
puisse faire sentir son action et exercer sá surveillance sur des populations naguère hostiles,
ignorantes des libertés communales et peu en mesure de gérer convenablement elles-mêmes les
intérêts multiples de la collectivité.
Il fallait donc créer une administration paternelle, mais puissante pour maintenir dans le devoir et
l'obéissance les sujets sous sés ordres.
C'est dans ce but que l'arrêté du 13 novembre 1873, qui a créé les communes indigènes, a confié à
l'autorité militaire la direction, la gestion et la surveillance de ces unités administratives.
A la tête de la commune se trouve le Commandant supérieur qui remplit les fonctions de Maire et en
exerce toutes les attributions. Sous ses ordres, au point de vue communal, sont placés les chefs des
bureaux arabes chargés de la police des populations indigènes, de l'expédition des ordres, de leur
mise à exécution, de la police des marchés, de la situation politique et administrative du pays, de la
recherche des crimes et délits, etc.
Une Commission municipale, composée du com-mandant supérieur, du ou des capitaines, chefs des
bureaux arabes, et des caïds est appelée par ses délibérations à se prononcer sur toutes les matières
soumises aux conseils municipaux des communes de plein exercice. (Art. 11 de l'arrêté du 20 mai
1868.)
« Tandis que les communes mixtes civiles ou « militaires offrent les caractères d'une transition «
progressive vers le régime du droit commun, le « trait essentiel des communes indigènes, est, ainsi «
que l'exprime d'ailleurs l'arrêté du 13 novembre 1874, « en son article 3, d'être soumises au régime
du « commandement. Mais elles ont d'ailleurs, aussi « biên que les communes mixtes et de plein
exercice,
Il résulte des principes énoncés ci-dessus que les communes indigènes en tant qu’unités. Territoriales
ont un budget personnel, qu’elles peuvent posséder, vendre et acheter ; mais que leurs habitants,
euro-péens ou indigènes, n’ont aucune action à exercer, par la voie du vote, sur la composition de lá
commis-sion administrative et la désignation des magistrats chargés d’en diriger les destinées.
Il n’existe donc pas en commune indigène des compétitions pour l’obtention des fonctions. Muni-
cipales. On n’y voit pas de luttes locales ni des çofs se disputer le pouvoir ; l’exercice de ce dernier est
entièrement entre les mains de l’autorité militaire qui peut ainsi diriger les populations sous ses
ordres, les surveiller, les instruire et mener à bonne fin les travaux destinés à assurer le
développement écono-mique et industriel de ces régions, afin qu’elles puissent, dans un avenir plus
ou moins éloigné, être appelées à jouir des bienfaits d’une organisation plus complète et comportant
une plus grande liberté.
(1) Le régime municipal en Algérie, par René Tilloy, art. 198, p.111.
MONOGRAPHIE
DE LA
La commune indigène de Tiaret-Aflou a été créée par arrêté gouvernemental du 13 novembre 1874
et a commencé à fonctionner à partir du 1 er janvier 1875.
La commune indigène de Tiaret-Aflou, par application du principe qui précède, est donc divisée en
deux cercles qui constituent l’unité communale représentée par un comman-dant supérieur en
résidence à Tiaret.
Le siège de la commune indigène de Tiaret, comme celui de la commune mixie civile, se trouve donc
situé hors de ses limites, sur le territoire de la commune de plein exercice de Tiaret.
II en résulte cette anomalie, que les ordonnateurs des communes indigène et mixte civile, chargés
des intérèts d’unités territoriales très importantes, sont eux-mêmes administrés, en tant que simples
citoyens et relèvent en cette qualité et comme contribuables, de l’arrondissement d’Oran dont fait
partie la commune de plein exercice de Tiaret.
Cette immense bande de terre se développe donc du Sahara à la limite Sud du Tell et comporte des
zônes distinctes déter-minées par les reliefs du sol qui la divisent en trois parties :
1° Le versant Nord qui envoie par le Chéliff et ses affluents, ses eaux à la Méditerranée;
2° La région des Chotts, sorte de dépression intermédiaire où les eaux s'accumulent en daias et lacs ;
3° Enfin le versant Sud qui rejette vers les sables du désert les rivières nées des soúrces qui jaillissent
des flancs méri-dionaux du djebel Amour.
L'ensemble des plaines a une altitude moyenne de 900 à 1,200 mètres; au-dessus s'élèvent les
massifs du Nador (1,412), et du djebel Amour au Sud (1,907 mètres au ras Touïlet Makna).
Carte
Ces considérations générales achevées, nous passerons à l'examen plus détaillé de chaque cercle en
reproduisant en grande partie la remarquable étude géographique faite par MM. les officiers des
affaires indigènes et publiée par ordre de M. Cambon, gouverneur général de l'Algérie, sous le titre :
Le Pays du Mouton.
CERCLE DE TIARET
Le cercle de Tiaret (1) forme un -grand quadrilatère, sorte de rectangle irrégulier, dont le grand axe
est dirigé sensiblement suivant la ligne des chotts, c'est-à-dire S.-O.-N.-E., il commence au-delà de la
ville de Tiaret, un peu au Sud des cascades de la Mina et finit en avant des premières rides du djebel
Amour. Très montagneuse dans sa partie septentrionale, à l'exception d'une faible étendue des hauts
plateaux du Sersou, ses limites, à l'Est, suivent une ligne rasant les sources de Taguin et venant se
terminer au Daïa- Mta-Radjela et le djebel Guebeur-el-Achi ; à l'Ouest, elles commencent sur le
versant méridional de Chelka-Toual-el-Beïla, coupent le chott Ech-Chergui et se prolongent jusques
un peu au-dessous de Daïa-ech-Chelib, enfermant ainsi une zône très vaste de la région vraiment
typique des Hauts-Plateaux. Au Sud, il s'arrête en son point le plus oriental, au djebel El-Achi et est
alors jalonné par une série de plis montagneux, le djebel Archa, le djebel Si-Lhassen, le djebel Zreïga,
auxquels succèdent des dépressions, des daïas ou sources : Oum-el-Guetouta, El-Aliat, Daïa-Fréha ; il
atteint ainsi Ferast-el-Leben, ravin qui le sépare de l'annexe de Saïda.
Sa Jimite Nord, à partir des r'dirs de Farat-el-Hassan, s'enfonce en une ligne capricieuse, à travers les
massifs montagneux du Tell: le djebel Kermess, Hassina, le djebel Lakdar, dont elle suit le flanc
oriental, puis monte au Nord, près des cascades de la Mina, et là, plus régulière, comprend le djebel
Si-Habed, passe par l'Aïn-Timetlaket pour se couder brusquementàquelques kilomètres au nord de
l'oued Sousselem.
Dans son ensemble, le cercle de Tiaret se divise naturellement
en deux zônes: la région tellienne montagneuse, au Nord et áu Nord-Ouest ; au Sud, les Hauts-
Plateaux comprenant le chott Ech-Chergui, et auxquels il faut rapporter physiquement la faible
portion du plateau du Sersou, que le cercle comprend dans sa limi'e Nord oriental.
Dans le Nord, les terrains secondaires (jurassiques très étendus,et une mince bande de couches
crétacées) s'étendent sous forme d'une barrière plus ou moins compacte, plus ou moins régulière
depuis la Chebka-Toual à l'Ouest (annexe de Saïda), jusqu'auprès de Ben-Hamade à l'Est (annexe de
Chellala). Coupés de plaines, présentant même ça et là de simples alignements montagneux,
séparant de grandes dépressions, dans la région orientale (djebel Chemakr, djebel Krosni, djebel
Ferratis), ces terrains sont au contraire très accidentés avec des reliefs puissants et de profonds
ravins, dans la partie orientale. C'est là que prennent naissance de nombreuses sources, origines de
cours d'eau, qui forment des oueds importants : P'oued Mina, l'oued Anasseur (Sousselem) et de
quelques affluents : l'oued Kerbout, l'oued Bou-Akerout, pour la partie septentrionale ; pour les
régions basses et de grandes plaines de ces mèmes formations: l'Aïn Saïd ; enfin l'Aïn-Ousseurkhr qui,
sur la limite des terrains jurassiques et quaternaires, se continue par l'oued Ben-Hadja, affluent de
l'oued Touil lequel va plus bas, dans le département d'Alger, former l'oued Chéliff.
Parmi ces oueds, les uns sont tributaires du bassin méditer-ranéen : la Mina et le Nahr-Ouassel,
affluents du Chéliff, l'oued Anasseur (Sousselem), l'oued Ben-Hadja; les autres: oued Kerbout, oued
Bou-Akerouf déversent leurs eaux dans le bassin des chotts.
Les sources dispersées dans cette grande aire sont relative-ment nombreuses et importantes;
pourtant cette richesse s'affaiblitdans l'Est et particulièrement pour les régions voisines de l'oued
Ben-Hadja.
Mais la partie déshéritée, sous le rapport des eaux, tant sources vives que puits et r'dirs, s'étend
surtout au Sud de l'oued Bou-Hadja et d'une ligne passant par El-Ousseurkhr et la pointe orientale du
chott Ech-Chergui, Aïn-el-Guetouta; elle comprend en outre une portion de la plaine d'El-Melab; c'est
comme on le voit, plus de la moitié de la superficie totale du cercle,
'On se trouve là en présence de terrains quaternaires anciens d'une puissance considérable, déposés
sous l'influence de phénomènes clysmiens d'une grande énergie et d'une longue durée, ces
formations pouyant atteindre trois cents mètres de profondeur et peut être même davantage.
Dans le Sud-Est, aux limites extrèmes du cercle, s'étend un réseau de plaines et de chaînons
montagneux alternants : le djebel. Aïcha, le djebel Si-Lhassen, le djebel Alleg, le djebel Zreïga; ce sont
des sortes d'alignements réguliers qui vont de l'Ouest à l'Est, en s'échelonnant pour former les
premiers reliefs du djebel Amour.
C'est dans la vaste région décrite ci-dessus et dont l'étendue s'élève à 1,155,000 hectares, que les
seize tribus dont se com-pose la population indigène du cercle, se livrent à l'élevage dés troupeaux,
des chameaux, bæufs, moutons et chèvres dont la vente constitue la principale ressource.
Ces seize tribus peuvent toutes être classées dans la catégorie de celles qui se déplacent sur leur
propre territoire, à des époques fixes. Elles forment trois groupes bien distincts, qui ont chacun des
terrains de parcours et des campements. d'hiver et d'été communs aux collectivités qui en font
partie.
1° Les Harrar-Cheraga, de beaucoup le plus important et qui comprend: les Ouled Sidi-Khaled-
Cheraga, les Oulad Zouaï, les Oulad Bou-Affif, les Kâabra, les Chaouïa, les Oulad Bel-Hoceïn;
20 Les Harrar-Gharaba, groupe formé des : Oulad Zian-Cherraga, Oulad Zian-Gharaba, Oulad Haddou,
Dehalsa, M'Rabtin Gharaba ;
3° Les Oulad Khelif, constitués par: les Oulad Bou-Renan, les Oulad Kharoubi, les Sahari-Cheraga, les
Guenadza.
Le territoire de chacun de ces groupes forme une bande longitudinale orientée du Nord au Sud, elle
comprend: 1° pour l'été, des lieux de campements avec les terrains de culture et les pâturages
nécessaires; 2° pour l'hiver, les mêmes installations et les mêmes parcours.
Aussi la distribution des points d'eau et des pàturages entre les tribus du groupe n'a-l-elle rien
d'absolu.
Les trois groupes de tribus effectuent donc, chacune dans son secteur, deux migrations annuelles :
aux mois d'octobre-novembre ils prennent leur campement d'hiver dans la partie du cercle située au
Sud d'El-Óusseurkhr; aux mois d'avril-mai, ils reviennent dans le Sersou ou la partie des Hauts-
Plateaux, située au Nord d'Et Ousseurkhr.
D'une manière générale, les troupeaux exécutent les mêmes migrations en même temps que les
tribus.
2.700,2.030,87.400,4.500,7,448,811,97.896,15.380,
9.390,
458.450,
39.920,
81,
2.838,
5.078,
531.137,
264
Ces chiffres ne peuvent ètre considérés que comme moyenne, car ils sont évidemment sujets à
auginentation ou diminution annuelles, suivant que les rigueurs de l'hiver ou les sécheresses de l'été,
ont plus ou moins contribué à la mortalité des bestiaux.
Il en sera de même jusqu'au jour où les indigènes, abandonnant leur indolence habituelle,
s'efforceront de construire des abris approvisionnés de fourrages, pour protéger leurs troupeaux de
la faim et des grands froids de l'hiver.
L'absence totale [Link] précautions, léur fáit subir des pertes considérables. Pendant l'hiver 1888-
1889, plus de 207,000 moutons périrent de faim et de soif; en 1890-1891, plus de 80,000 moururent
dans les mêmes conditions.
Comme nous venons de le dire, ces désastres pourraient être sinon évités, tout au moins très
atténués, [Link] indigènes plus soucieux de l'avenir, utilisaient leurs longs loisirs d'été en construisant
des baraquements rustiques pour la mauvaise saison et à proximité desquels ils réuniraient les
approvision-nements de fourrages nécessaires pour la nourriture de leurs troupeaux.
Il convient de reconnáître que l'administration supériéure s'est déjà préoccupée de cette question,
que des conseils sages et éclairés ont été donnés aux intéressés, mais il ne parait pas que jusqu'à ce
jour, ils aient été suivis.
Aux rigueurs de l'hiver, viennent s'ajouter, comme cause de mortalité excessive, les sécheresses des
étés ; là encore, le travail des indigènes pourrait suppléer au moins en partie, à l'inclémence des
saisons, par l'aménagement plus rationnel des points d'eau et la création en hiver de nouveaux r'dirs
destinés à conserver et à retenir une partie des pluies qui vont grossir sans utilité les oueds du pays.
Mais la paresse des indigènes est si grande, leur insouciance si absolue, qu'il est à craindre que de
longlemps encore on ne les voie se livrer à de semblables travaux. Il faudra probablement avoir
recours à la main-d'æuvre européenne, payée sur les fonds publics, si on veut les exécuter d'une
facon convenable et rationnelle.
A ces causes purement physiques, il est nécessaire d'ajouter l'ignorance et l'indiférence des indigènes
au sujet de la reproduction, Cette dernière s'opère sans soins, sans méthode;
On peut évaluer à 287,0 '0 hectares, l'ensemble des pâturages sur lesquels vivent les troupeaux
appartenant aux indigènes du cercle de Tiaret. Dans ce chiffre, les cantonnements d'été figurent pour
122,000 hectares et ceux d'hiver pour 165,000 hectares. Les plantes fourragères que l'on y rencontre
le plus souvent,sont:
1° Le chih (artenisia herba alba), herbe blanche, armoise, recherchée des moutons et des chameaux ;
employée comme vermifuge par les indigènes ;
2° Le sennagh (lygéum spartum), lygée sparte, sparte albardine, plante textile et fourragère ;
4° Le drinn, graminée ; bon fourrage ; graminée très précieuse dans le Sahara, venant dans les sables.
(La graine de cette plante est désignée sous le nom de loul) ;
9° Le bou-lahia (poa bullosa), graminée constituant de fins gazons recherchés des moutons ;
11° L'alfa, fourrage médiocre, très abondant dans la région voisine de celle de Saïda et exploité par la
Cie Franco-Algérienne ou ses fermiers.
En dehors de l'élevage du bétail, les indigènes du cercle de Tiaret se livrent à la culture des céréales.
Comme le démontre le tableau ci-après, cette culțure est relativement peu importante et ne suffit
pas à l'alimentation des tribus qui sont obligées d'acheter le surplus qui leur est nécessaire sur les
marchés de Tiaret, Vialar, Trézel et Chellala, au moyen du produit de la vente de lours bestiaux.
Cette façon de procéder remonte à des temps très reculés. Nous verrons dans le résumé historique,
les Harrar et les Oulad Krelif, malgré leurs caractères belliqueux, se soumettre sans combat aux Turcs
et aux Français, pour pouvoir conserver la libre pratique des marchés de céréales du Tell et
notamment de la plaine d’Egris.
Od Sidi-Khald Cheragas.,
Quintanr,quintaur,Charrues culti-,
12.260,
24,050,
…
Comme on le voit, c'est en chiffres ronds 36,000 quintaux de céréales, composés de 1/3 de blé et 2/3
d'orge, que les indigènes du cercle de Tiaret tirent des 14 700 heclares estimés labou-rables sur
l'ensemble de leur territoire. Il estincontestable que cette surface avec un peu d'initiative et de
travail pourrait ètre considérablement augmentée - le développement du centre européen de Trézel
en est la preuve. - Mais il ne faut pas espérer une amélioration sérieuse sur ce point. L'Arabe aime la
viecontemplative, le travail est pour lui un signe d'infériorité et même d'esclavage. Ce n'est pas après
une longue suite de siècles passés dans le repos qu'il secouera son indifférence pour faire produire à
la terre les grains dont il a besoin pour se nourrir. Il assistera impassible et indifférent à la mise en
valeur par les européens de ces terres restées incultes depuis la chute des Romains; il se servira des
routes qui seront tracées, utilisera les chemins de fer, si on en crée, mais loin d'être excité et
encouragé par l'exemple, il conservera pieusement les traditions de ses ancêtres et restera
spectateur impassible des efforts tentés autour de lui. Cela est si vrai que dans la région du djebel
Amour, hábitée autrefois par une peuplade berbère,les Beni-Rached, les Arabes conquérants ont
préféré presque partout abandonner les ksars construits par leurs anciens propriétaires, plutôt que
de se donner la peine de les entretenir.
[Link] la Blanchère dans son voyage d'études (1) a tracé de l'Arabe du Sud, le portrait ci-après qui
nous parait d'une fidélité remarquable : « C'est comme vrais Arabes, vrais « musulmans, que les
Ouled Sidi-Cheikh, les Trafi, les Harar « excitent chez leurs voisins du Nord un sentiment mêlé «
d'admiration, de respect, surtout de terreur. L'homme du « Sud est un vrai Arabe, très pieux, ce qui
ne coûte guère « dans une religion où la morale consiste en préceptes de « politesse et en
règlements domèstiques. Il est brutal et son « idée de l'autorité est primitive : la supériorité sociale
se « manifeste par le droit d'appeler chien et de battre celui qui « est à l'échelon au-dessous. Il est
rusé, car, ne faisant rien et « n'étant pas gêné par mille idées qui croisent dans le cerveau « d'un
Européen, les calculs de l'intérèt personnel, il passera « sa vie à ressasser et murir silencieusement
un seul plan,
a jusqu'au jour où il l'exécute. Il est profondément persuadé « de sa supériorité légitime sur tout ce
qui n'est pas de sa race et « ne mène pas son genre de vie; et comme cette vie dure l'a « rendu plus
cavalier et plus guerrier que les aatres, il les en a persuade à coups de sabre. »
L'Administration supérieure, dans l'espoir de modifier et d'améliorer les caractéres généraux des
Harrars et des Oulad Kreliff a créé 3 écoles nomades primaires qui suivent les tribus dans leurs
migrations périodiques. Cet essai ne parait pas ètre absolument négatifcar quelques « grandes
familles »ont permisà leurs garçons de suivre les cours de ces écoles. Toutefois il convient d'ajouter
que les résultats oblenus sont loin de corres-pondre aux dépenses et aux efforts tentés dans ce but.
Malgré toutes les recommandations officielles, c'est à peine si chaque école voit ses cours suivis par
une trentaine d'élèves et cela n'a rien d'étonnant, car ces tribus ne sentent pas l'utilité et la nécessițé
de l'instruction. Les quelques « Derrers» ignorants qui, avant l'installation des écoles nomades,
appre-naient dans les douars à lire et à écrire aux enfants, suffisaient amplement à la conception
dont les Harrars et les Oulad Kreliff(1) se font de l'instruction. Les écoles nomades avec leurs
programmes variés quoique très simples, sont à leurs yeux un enseignement supérieur, inutile et
encombrant, aussí est ce avec beaucoup de difficultés que le recrutement de la justice musulmane
est assuré dans ces confédérations.
Mais si les instituteurs ne tiennent qu'une place bien minime dans l'esprit des indigènes du cercle de
Tiaret il n'en est pas de même des marabouts et autres chefs religieux. En vrais descendants du
prophète, les. Harrar et les Oulad Kreliff respectent et vénèrent tout ce qui de près ou de loin touche
à la religion de Mohammed. Ils sont presque tous serviteurs de Moulay Taïeb(". Cet ordre a son siège
au Maroc et son principal mokkadem est le marakout de Besnèss, Si El-Allouï, dont la famille a
toujours été dévouée à la France en haine de l'ex-émir El-Hadj Abdelkader qui était serviteur de
Moulay Abdelkader.
(1) Il existe une école du 2° degré chez les Oulad Kharroubi, connue sous le nom de Zaouïa de Si Taïeb
bel Fodhil qui est peu impor'ante et suivie par une quinzaine d'élèves environ.
(2)Sauf le douar des hamaid des Guenadza, qui suit les doetris e Sidi-Abderrahmane.
La superficie totale du cercle de Tiaret est de 1,155,000 hect. Qui se subdivisent en 14,700 hectares
reconnus cultivables par les indigènes eux-mêmes ; 287,000hectares de pâturages ;76,500 hectares
de forêts et 776,800 hectares actuellement inutilisés. C’est, comme on le voit, une surface
considérable ; un peu plus petite que la Picardie 1,269,000 hectares, que l’Angoumois 1,178,000
hectares, mais plus grande que le Limousin 1,007,000 hectares, le Maine 1,004,000 hectares, l’Anjou
894,000 hectares, la Corse 875,000 hectares, le Bourbonnais 789,000 hectares, la Savoie 1,100,000
hectares, etc., etc.
Sur cette aire sont dispersés 22,198 indigènes vivant sous la tente,559 européens dont 526 résident à
Trézel et 33 à El-Ousseurkr, 21 soldats chargés de la défense de ce poste militaire, 56 mozabites
commerçants en résidence à Trézel et 14 à El-Ousseukhr. Cela forme un total général de 22,848
âmes, et donne comme densité de la population le faible chiffre de 0,0198
Les 76,500 hectares de forêts couvrent les flancs du Nador et du djebel Chebka, elles sont composées
principalement de lentisques, de chênes-verts et de pins ; on y rencontre la perdrix, la palombe, le
chacal, la hyène, le sanglier et excep-tionnellement la panthère. Dans les plaines d’El-Ousseukhr
vivent de nombreux troupeaux de gazelles.
Les richesses minières que peut renfermer le sol si vaste du cercle de Tiaret sont peu ou point
connues. Les seules indica-tions que l’on possède à ce sujet se résument à l’existence de carrières à
plâtre très abondantes au Djebel Sidi Labeb, d’une mine d’antimoine dans le djebel Nador et la
présence de la terre à foulon aux environs de Sidi-Sâad.
Les carrières de plâtre sont exploitées par les européens depuis le construction de la ville de Tiaret ;
la mine d’antimoine estutilisée par lesindigènes qui en retirent, une certaine quantité de minerai
pour leur usage personnel ; ils ont donné au col où se trouve cette mine, le nom de Téniet-el-Koheul,
quant à la terre à foulon, ils s’en servent comme savon naturel qu’ils désignent sous le nom de sal-
sal.
Sur les bords Nord du Chott-esch-Chergui, dans le pays des Harrar se trouve une source d’eau-
chaude, très abondante, nommée Aïn-Sekhouna (source chaude). Le degré de chaleur n’est pas très
élevé 20° au maximum.
Industrie ; tout ce qui leur est nécessaire aux bescins de la vie est acheté au dehors. Ils se borment à
utiliser et transformer pour leurs usages personnels la laine et le poil provenant de la tonte de leurs
troupeaux pour fabriquer des tapis (frachs), des couvertures de cheval (djel/als), des sacs de laine
(lellis), des coussins (oussadahs) à usages multiples. Dans quelques douars se trouvent en très petit
nombre des forgerons et des selliers qui ne travaillent que pour les besoins de leurs tribus
seulement.
Le territoire’du cercle n’est trayersé que par une seule route : celle de Tiaret à Aflou. Bien ouverte et
entretenue jusqu’à 15 kilomètres au-delà de Trézel elle se conlinue en piste irrégulière pour le
surplus du parcours. Des sommes considérables ont été dépensées par la commune indigène pour la
création de cette voie. Mais la tâche entreprise est trop lourde pour les ressources financières dont
elle peut disposer ; aussi Aflou ne sera-t il sérieusement relié au Tell que le jour ou l’Etat et le
département combineront leurs efforts avec ceux faits jusqu’à ce jour par la commune indigène.
En dehors de cette voie, des sentiers muletiers en montagne, permettent aux indigènes de se diriger
vers les marchés et pays avoisinants. En plaine, le sol est si uni qu’un « Horri » prétend toujours
marcher en ligne droite vers le point où il veut aboutir. Il n’a donc pas besoin de route ; de ci, de là,
une colline dans [Link] lui suffit pour s’orienter ; et si parfois il consent à dévier de la ligne la plus
courte, c’est qu’il désire atteindre un point d’eau qui lui permettra d’étancher sa soif.
CENTRE DE TREZEL
La commune indigène de Tiaret a perdu depuis quelques années, dans sa partie extrême Nord, le
caractère de territoire de commandement pour se rapprocher de l’organisation mixte. Une surface
de 6,000 hectares environ, prélevée sur les terres des tribus du cercle a été allotie et a servi à la
création d’un centre de colonisation important : Trézel.
Après les reconnaissances et études nécessaires, les premiers colons furent installés dans leurs
concessions le 25 février 1895 ; à part 4 ou 5 familles venues de France, ces colons furent choisis
parmi des familles acclimatées en Algérie par un long
20
Séjour et pouvant autant que possible justifier d’états de services militaires dans la colonie.
Comme partout, les débuts furent pénibles, mais la sollicitúde éclairée de l’administration militaire
(1) d’une part, l’opiniâtreté au travail des nouveaux concessionnaires d’autre part, eurent raison des
obstacles de toute nature. Trézel est actuellement un des centres les plus coquets et l’un des plus
importants du Sersou. Situé dans une plaine fertile, entouré de plantations vigoureuses, doté de tous
les édifices publics nécessaires au fonctionnement de la vie communale, il ne tardera pas, dans un
avenir très prochain, à se détacher de sa tutrice pour constituer une commune de plein exercice
indépendante.
Peu de villages en Algérie ont acquis, en un délai aussi court, un développement aussi considérable.
En 1894,il n’existait sur son emplacement que la propriété de la famille des Sahraoui, composée de
terres en friches utilisées par les indigènes comme terrains de parcours. Ginq ans après, Trézel
comptait 125 familles comportant une population de 582 habitants, possédant 250 hectares de
vignes et 6.000 hectares de terres labourables.
A l’origine, Trézel était deșliné à devenir un centre purement agricole ; mais sa situation
géographique sur la route d’Aflou, à mi-chemin de Tiaret et d’El-Ousseurkhr et le voisinage des riches
tribus composant une partie du cercle de Tiaret, modifièrent les vues primitives de l’autorité militaire
et l’amenèrent à y créer un marché hebdomadaire destiné à favoriser les transactions entre
européens et indigènes et développer ainsi le commerce local.
Cette tentative a pleinement réussi ; d’année en année, le marché de Trézel prend une importance
de plus en plus grande, et ce n’est pas sans une certaine crainte, doublée d’un peu de jalousie, que
les habitants de Tiaret constatent le développement d’un marché rival qui, en diminuant
Le marché de Trézel, comme tous ceux de la région, atteint son maximum annuel d’affaires en été,
pour diminuer progressivement jusqu’à l’hiver, époque ou l’inclémence de la saison rend les
transactions impossibles ou presque nulles. Il se tient le samedi de chaque semaine.
Ge sont les moutons qui donnent lieu aux opérations les plus importantes, en été, pendant certains
marchés, il y a été amené et vendu de 15,000 à 18,000 de ces ovins. Les chevaux, les bæufs, les
chèvres, y tiennent une place importante ; enfin, on y trouve tous les produits destinés à
l’alimentation et aux besoins des indigènes : épicerie, tabacs, sucre, café, savon, cotonnades, tapis,
fligs, oussadah, etc., etc.
Li culture des céréales, et principalement du blé tendre, a donné lieu de la part des colons à de
sérieux et louables efforts ; malheureusement, durant les premières années et jusqu’en 1900, de
nombreux õrages de gréle sont venus quelques jours avant les récoltes, anéantir en peu d’instants,
les espérances des cultivateurs. Il est à désirer que l’avenir soit plus clément que le passé pour les
travailleurs des champs ; du reste, l’année agricole 1900-1901 leur a été favorable ; sans atteindre un
rendement excessif, le produit de la récolte a été suffisant pour rendre espoir aux cultivateurs et
faire disparaître un découragement qui menaçait d’arrêter le bel essor pris par le centre de Trézel
depuis sa création. Sans doute des déceptions nouvelles attendent encore les colons, mais leur
persévérance surmontera les futures épreuves, si elle sait utiliser les nouvelles données de la science.
Les effets de la grêle peuvent être atténués par l’installation de stations de canons destinés à dissiper
les nuages dévastateurs. Les expériences tentées en France et en Italie, depuis plusieurs années, ont
donné, parait-il, des résultats satisfaisants. On pourrait donc, dans la région de Trézel, installer
plusieurs batteries, ayant pour but de supprimer, si possible, le retour de ce fléau.
Avec le développement progressif du centre, les colons pourront utiliser les belles prairies situées
dans le périmètre de colonisation, en se livrant à l’élevage du bétail et en effectuant des cullures
d’été dont le produit appportera un sérieux appoint aux bénéfices réalisés par la vente des céréales,
La région où se trouve situé le centre de Trézel est donc appelée, au double point de vue agricole et
commercial, à devenir aussi importante qu’il y a 15 siècles. M. de la Blanchère, qui a visité toute cette
région en 1882, y a constaté la présence de nombreuses villes ou villages ruinés, éloignés de moins
de deux lieues les uns des autres. C’est d’abord Tamordjant, sur l’emplacement même de Trézel, puis
Aïn-Methenan, le Farcha de Si El-Habet, El-Oulhassi, Beboulit, Remelia, etc.,etc. Toute cette région a
été jadis très florissante, et ne demande qu’à le redevenir depuis que les Français y ont apporté
l’ordre et la sécurité.
Un peu plus loin, vers le Sud, sur la route d’Aflou, à 41 kilomètres de Trézel, se trouve le village d’El-
Ousseurkhr. C’est plutôt un poste militaire, tels qu’en avaient établis les Romains aux confins de leurs
frontières, qu’un village de colonisation et de repeuplement européen.
Ce poste est une des étapes principales de la route d’Aflou ; il occupe un point stratégique qui
commande les différents passages par lesquels s’effectuent les migrations périodiques des tribus
allant du Sud au Nord et vice-versa.
Actuellement, la garnison est réduite à sa plus simple expression en raison des événements du Touat
et de Chine ; 21 hommes de troupes, commandés par un sous-officier,y représentent la force
militaire française. Un médecin militaire y réside en permanence pour donner ses sóins à la ‘petite
garnison et au détachement de disciplinaires qu’elle a mission de surveiller et de garder.
Autour du bordj se sont groupés quelques constructions civiles, habitées par cinq ou six « mercantis
», presque tous d’origine juive. Ces « négociants » vendent la « goutte » aux militaires, fontle
commerce avec les indigènes, leur fournissent des tissus, bougies et autres menus objets et leur
achètent en échange la laine de leurs troupeaux à l’époque de la tonte. Leur nombre, y compris
femmes et enfants, est de 33.
Entre Trézel et El-Ousseuk, la route est jalonnée par le bordj d’Aïn-Saïd alimenté en eau potable par
une source importante. Ce bordj sert d’étape aux troupes qui se rendent ou reviennent d’Aflou.
Il nous paraît donc logique, pour cette étude, d’étendre à la région géographique proprement dite
l’examen des principaux faits historiques dont elle a été le théâtre.
Le Sersou et les massifs montagneux qui le bornent au Sud et au Nord, font partie du Maghreb
central dont l’Ouarensenis est le point culminant. Cette région très montagneuse dans sa partie
Nord, est coupée par de profondes vallées, arrosées par de nombreux oueds et se prête
admirablement à toutes les cultures. Elle offre dans sa partie Sud de vastes pâturages pour l’élevage
d’innombrables troupeaux.
Il n’est donc pas étonnant que cette contrée privilégiée ait été constamment l’objet des convoitises
des différents peuples qui tour à tour se disputèrent la possession de l’Afrique du Nord.
Les silex taillés que l’on trouve un peu partout et notamment à Bénia du Nador démontrent la
présence de l’homme aux temps préhistoriques. Les dolmens, les menhirs, les pierres dites « de
sacrifice » témoignent de l’existence d’une race possédant un certain degré de civilisation au
moment o les Romains vinrent s’emparer du pays. Ces derniers occupèrent cette contrée et y
élevèrent de nombreux ouvrages défensils dont la ville de Tiaret, probablement Tingartia fut le
principal boulevard.
se greffant sur la première devint nécessaire pour abriter les défenseurs de Tingartia (?).
Il est probable que c'est vers cette époque que fut édifiée la forteresse de Bénia, située au fond d'une
riche vallée du djebel Nador et dontl'objectif était de garder le pays et la voie romaine du Sud, qui se
dirigeait de l'Ouest à l'Est, par les stations militaires de Numérus Syrorum(Lalla-Marnia),
Pomaria(Tlem-cen), Altava (Lamoricière), Cahors-Brencorum (Tagremaret), Bénia, Téniet-el-Hâad,
etc., etc. (1).
La forteresse de Bénia avait 32 à 35 mètres de côté. Le mur d'enceinte, construit en grand appareil se
terminait par une cor-niche fort simple, deux bastions carrés en défendaient l'entrée.
En ce qui concerne plus spécialement le territoire de la commune indigène, aucun doute ne saurait
s'élever sur sa prospérité au moment de l'occupation romaine.
M. de la Blanchère, dans son voyage d'étude donne l'énumé-ration suivante des ruines qu'il a pu
visiter :
AïN-EL KBoUR (la source des tombeaux)au Sud du djebel Ladjdar. AïN-MouTER, près de l'oued
Tafraoua, au Sud de Ternaten; deux ruines.
EL-ABIAR,
AïN-MELAKOU,
EL-FARCHA,
AïN-METHENAN,
vallée.
...
Aucune de ces ruines n’a été sérieusement fouillée. Elles renferment probablement des inscriptions
qui pourraient être des plus utiles à l’histoire de l’occupation romaine, mais pour se livrer à des
recherches sérieuses et fructueuses, il faudrait posséder l’argent et le temps nécessaires pour un tel
travail. Seul l’Etat peut l’entreprendre et en attendant qu’il s’y décide, on ne doit attendre que du
hasard seul, la découverte de documents épigraphiques de quelque importance.
Un fait se dégage de cette abondance de ruines ; c’est que la colonisation romaine, plus étendue que
la nôtre, s’était avancée vers le Sud du Sersou, avait,escaladé les massifs montagneux du Nador et ne
s’était arrêtée que devant les steppes des chotts. Cette ‘colonisation et la civilisation qui en était la
conséquence disparurent devant l’invasion vandale, et la région de Tiaret, comme lé reste de
l’Afrique du Nord, fut l’apanage des barbares venus de la Sarmatie (428-533).
Cs fut la sanglante victoire de Tricamara qui ouvrit aux Grecs byzantins les portes de l’Ifrikia. Le roi
Gélimer vaincu, dut s’enfuir devant les Grecs. Il fut poursuivi sans trêve ni relàche, pendant plus de 5
jours, par Jean l’Arménien qui fut tué fortuitement par un de ses officiers ivre. Cette mort suspendit
momentanément la poursuite, et le roi vandale put atteindre le mont Pappua, dans le Nador (1). Les
Grecs l’y suivirent, le cernèrent et l’obligèrent à se rendre.
Après avoir complété leur victoire par la prise de Césarée et de Ceuta, ils organisèrent le pays
conquis, et c’est proba-blement à cette époque que, reprenant les traditions romaines, ils élevèrent
la 3e enceinte fortifiée qui défendait Tiaret( ?).
(1) D’après uņe inscription rupestre déchiffrée par M. Papier, le mont Pappua de Procòpe serait un
des sommets du Nador, et non l’Edough près de Bône. Ainsi qu’on l’a cru, jusqu’à la découverte de
l’inscription.-Histoire de l’Algérie, par E. Cat, tome 1, page 125.
(2) M. de la Blanchère n’admet pas que les Grecs byzantins aient poussé leur domination jusqu’à
Tiaret. Nous pensons que les textes arabes sont suffisammment forinels pour croire à cette oc
upation. En-Noveiri, Ibn-El-Athin, Ibn-Kaldoun, sont unanimes sur ce point. Les deux premiers citent
textuellement les Grecs comme chefs de la région du Sersou. Ces chefs devaient même être très
puissants, puisque d’après En-Noveiri, Okba, sentant le péril où se trouvait son armée par suite de
l’importance des forces qui lui étaient opposées, crut devoir haranguer ses troupes avant d’engager
la bataille. Il’n’en eut pas été de même s’il n’avait eu devant lui qu’un rassemblement d’anciens
colons romains mal armés et sans cohésion. Il est cependant utile de faire remarquer que le terme «
Nador » est fréquemment employé par les indigènes, et que plusieurs montagnes de l’Algérie
portent ce nom.
Pendant cette période troublée, les persécutions religieuses reprirent avec plus de violence que
jamais ; les exigences dú fisc, les excursions des soldats mutinés contre leurs chefs, les révoltes des
berbères, amenèrent progressivement la ruine et la désolation dans le Sersou et les pays avoisinants.
La domination grecque, si éphémère, devait nécessairement s’écrouler devant le premier
envahisseur qui se présenterait.
Okba, le célèbre conquérant, après avoir défait les Bysantins dans l’Est et fondé Cairouan, s’avança
vers Tiaret. Tous les Berbères de la région, alliés aux Grecs, l’attendaient sous les murs de la ville. La
bataille fut acharné et se termina par la défaite des Byzantins qui furent obligés d’évacuer la ville,
pendant qu’Okba poursuivait ses conquêtes jusqu’à l’Océan Atlantique(‘). (673 de J.-C.)
Les Berbères qui avaient apporté le secours de leurs armes aux Grecs [Link] Tiaret contre
Okba-Ibn-Nafé, appartenaient sans doute à la race des Maghraoua et des Beni-Ifren(2).
Les Romains, au moment de leur domination, leur avaient imposé la religion chrétienne et un certain
degré d’obéissance ; ils payaient l’impôt aux époques fixes et prenaient part à leurs expéditions
militairès ; quant aux autres obligations, dit Ibn-Kaldoun, ils y montraient une résistance très vive.
Après la défaite de Tiaret, les Berbères, obligés de se réfugier dans les montagnes, furent remplacés
dans le cercle militaire de Tiaret par une fraction des Louata, les Beni-Toudjin. Ces derniers, d’origine
berbère, avaient dès l’invasion arabe, abjuré la religion catholique et s’étaient mis au service des
Arabes envahisseurs. Pour les récompenser des services rendus à la cause musulmanne, un
gouverneur arabe de Cairouan les autorisa à habiter le Sersou(3), et naturellement les montagnes du
Nador.
Pendant près d’un siècle, ils furent fidèles à leurs suzerains ; mais en 761, quand Abderrahmann Ibn-
Rostein fonda Tagdempt comme capitale des Kharedjistes Eïbadistes, ils s’empressérent, comme la
plupart des Berbères, d’adhérer au schime nouveau, prêché par leur puissant et redoutable voisin.
religieuses ou de race qui ensanglantèrent le Maghreb central à cette époque. En 947, ils apportent
le concours de leurs armes à Hamid-Ibn-Yesel, gouverneur de Tiaret, qui s'était révolté contre le 3e
calife Fatemide « El-Mansour ». Ce dernier étouffa la révolte, obligea son adversaire à fuir en
Espagne et, tournant ses armes contre les Louata, les vainquit et les refoula dans le désert.
C'est pendant cette expédition qu'il constata la présence des djedar sur les contreforts du djebel
Ladjdar et que lui fut donnée l'interprétation d'une inscription relative à une expédi-tion de Salomon,
général de Justinien contre les Berbères révoltés(1).
Les djedar sont au nombre de 9 et sont situés sur le territoire des Khelafa sur la limite de la commune
indigène de Tiaret. Ce sont des constructions massives ayant la forme de prismes quadrangulaires
surmontés d'une pyramide tronquée; vus de de loin, les djedar rappellent le Madracen et le
Tombeau de la Chrétienne, mais paraissent en être de mauvaises copies. Leur forme est moins
correcte et leurs dimensions plus modestes. Le plus grand a 45 mètres de côté et 34 mètres de
hauteur.
M. de la Blanchère et d'autres savants les ont visités et ont cherché à déterminer l'origine de ces
monuments et leur affectation. M. Dastugne, capitaine du bureau arabe de Tiaret aurait retrouvé un
fragment de l'inscription relatée par Ibn-Kaldoun et sur lequel il ne restait plus que les deux mots:
Salomo et Strátégos(2).
Cette découverte semblerait justifier l'opinion de M. le Cat, qui admet la version d'Ibn-Kaldoun alors
que M de la Blanchère conjecture que les djedar « sont les tombeaux d'une dynastie « indigène
catholique, puissante dans la Mauritanie césarienne, 《 vers le V et VI siècle »(3).
(1) « Je suis Soleiman le Serdéghos, les habitants de cette ville s'étant « révoltés, le roi m'envoya
contre eux et Dieu m'ayant permis de les « vaincre, j'ai fait élever ce monument pour éterniser môn
souvenir ». Ibn-Kaldóun, tome I, page 244.
qui leur avait concédé. Ibn Kaldoun dans son histoire des Berbères donne une deuxième version de
leur abandon du territoire de Tiaret.
« Les Louata Beni-Toudjin avaient pour voisin à Mindas « (Mendez), une tribu Zenatienne appelée les
Beni-Oudjedidjen. « La vallée de Minas (la Mina) et Tehert (Tiaret) séparaient les « deux peuples. Une
guerre éclata entre eux à cause d'une « femme des Oudjedidjen qui avait épousé un des Louata. «
Comme ceux-ci lui reprochèrent sa pauvreté, elle écrivit à « sa famille pour se plaindre d'eux. Les
Oudjedidjen qui « eurent alors pour chef un nommé Einan, se concertèrent « ensemble et
demandèrent l'appui des Zenata qui vivaient « derrière eux; ils reçurent un corps de renfort que leur
« expédia Yala ibn-Mohammed et Ifrein, pendant que d'un « autre côté, ils virent arriver à leur
secours la tribu de « Matmata commandée par l'émir Garana. Alors ils marchèrent « tous contre les
Louata et, après plusieurs conflits dans un « desquels Eiman perdit la vie.(1), ils expulsèrent leurs «
adversaires de la partie occidentale du Seresson et les « rejetèrent dans la montagne située au midi
de Tehert et qui « s'appelle Gueriguera jusqu'à cejour. Ies Louata y trouvèrent « une peuplade
Maghraouïène, qui, au mépris des devoirs de « l'hospitalité, rassembla ses forces et finit par les
chasser du « territoire qui leur restait encore, du côté de l'Orient, à Mont « Yaoud. Par suite de ces
revers ils allèrent se fixer sur là « Montagne appelée Derrag (Téniet-el-Hâad) d'où ils étendirent
«leurs établissements vers l'intérieur du Tell et jusqu'à la «montagne qui domine la ville de Mitidja
(Blidah)(2). 》
La fuite des Beni-Toudjin eut lieu en 947; la tribu Maghra-ouïème qui avait complété l'æuvre du Kalif
fatemide Mansour en leur refusant l'hospitalité fut, elle-même, chassée du terri-toire du cercle de
Tiaret par Bologguin qui avait reçu d'El-Moëz, dernier sultan fatemide de l'Ifrikia, l'ordre de détruire
la puissance des Zenata dans tout le Maghreb. En 971,24 ans aprés la fuite des Beni-Toudjin, les
Maghraouas s'enfuyaient vers le Maroc, où, après avoir été rejoints, ils furent taillés en pièce et
dispersés (3).
(1) Einan fut tué près de Mellakou, actuellement Palat, l'un des centres de la cemmune mixte de
Tiaret.
Mais El-Moëz ne devait pas conserver pendant longtemps sa souveraineté sur cette région. Ayant
répudié la souveraineté des Fatémides et fait proclamer dans ses états la suprématie du kalife de
Bagdad, le gouvernement fatémide se vengea de lui en lançant contre l’Afrique septentrionale une
horde d’arabes nomades qui se répandit dans toutes les parties de ce pays en y portant le ravage et
la dévastation (1054)(1).
Les arabes envahisseurs formaient quatre grandes tribus, toutes issues de Hillal-Ibn-Amer, savoir :
Zoghba, Riah, El-Athbedj et Corra(2).
Ce fut diverses fractions de la première de ces tribus, les Souëid Beni-Yazid, les Beni-Ahmer, les
Sahari, les Chaouïa, ies Beni-Lent et les Akerma qui vinrent occuper le territoire actuel de Tiaret et
chasser les derniers Berbères qui l’occupaient.
Depuis leur entrée en Afrique, ils avaient lutté contre la puissance des Zenata et donné de
nombreuses. Preuves de fidélité et de dévouement aux adversaires des Berbères. Addonnés depuis
longtemps à la vie nomade, le territoire du cèrcle de Tiaret leur parut propice pour une occupation
‘définitive. Leur chef Ouenzemmar obtint d’Abou-Eïman, qui venait de s’emparer de Tlemcen (1331-
1332), l’autorisation de s’installer dans le Sersou et dans le pays habité précédemment par les
Toudjin. Quelques années après Ouenzemmar renonça au commandement pour se retirer sur les
bords de la Moulouya où il se rendit célèbre par son ardente dévotion. Il fut remplacé comme chef
des tribus nomades par ses frères Abou Bekr et Mohammed(3).
Pendant que Ouenzemmar se faisait remarquer par sa sainteté sur les bords de la Moulouya, un chef
Edrissite, Khaled ben Abdelkrin, après avoir étudié le coran à Tlemcen, venait habiter le djebel
Amour, dans une grotte dite Terf-Sidi-Okba ; puis, après s’être distingué de ses contemporains par sa
foi religieuse, il alla s’installer dans le Sersou avec ses serviteurs. Ce furent ses descendants qui
constituèrent plus tard les, Oulad Sidi-Khaled et servirent de souche à l’ensemble de la confédération
des Harrar(‘).
(2) Ibn-Kadoun, tome I, p. 100. (4) La Kouba où fut enterré l’ancètre des Oulcd Sidi-Khaled se
trouve à Taourzout au Sud de Frendah.
DU CERCLE DE TIARET
LES HARRAR(1)
Après avoir chassé les derniers berbères qui habitaient encore le Sersou, les tribus arabes unies
devant l’ennemi commun, ne tardèrent pas à se diviser et se quereller pour la possession des points
les plus favorisés du cercle. Une guerre éclata entre elles. Les Chaouïas et les Akermas furent vaincus
et obligés de fuir, les premiers vers l’Est, les seconds vers le Nord. Il ne resta donc plus dans le pays,
que les Saharis qui en occupaient qu’une faible porlion et les Ouled Sidi-Khaled possesseurs de tout
le reste.
Attirées par l’espace, par la richesse du terrain, chassées de chez elles par des discussions ou des faits
particuliers, des tentes parties de différents points de l’Ouest, surtout d’au-delà du pays occupé par
les Djaffra, vinrent par fractions, par familles, quelquefois par tentes isolées, demander aux Oulad
Sidi-Khaled, la faveur de s’installer chez eux. Ceux-ci, trop peu nombreux pour le pays resté en leur
pouvoir, trop affaiblis pour résister aux attaques qu’on aurait pu tenter contre eux, accueillirent ces
auxiliaires, en leur ouvrant le pays. Ce fut là le noyau d’une nouvelle tribu. A ces premières
émigrations, vinrent s’en ajouter de nouvelles qu’on accueillait toujõurs bien, auxquelles on donnait
de l’espace. Le bruit de cette hospitalité, de cette générosité se répandit bientôt et la confé-dération
qui se forma ainsi reçu le nom de Mgareuba, parce qu’elle répondait à tous les nouveaux arrivants
(Gareub, approche).
Ce ne fut que plus tard, en 1708, que ce nom fut changé en celui de Harrar, et voici à quelle
occasion : Après la défaite de Moulay-Ismaël dans le bois qui porte son nom, les débris de son armée
en fuite se répandirent de tous côtés. Un certain
(1)Les renseignements qui suivent sont dus à la bienveillante ob’igeance de [Link] capitaine chef
du’burean arabe de Tiaret, M. Delahaut qui a bien voulu nous autoriser à prendre connaissance des
documents historiques en sa possession.
nombre de fuyards arrivèrent ainsi chez les Mgareuba, qui, au lieu de leur piller le peu qu'il leur
restait, ou de leur faire subir de durs traitements, comme cela arriva partout ailleurs, chez les Beni-
Ahmer surtout, leur donnèrent l'hospitalité et pourvurent à tous leurs" besoins jusqu'au moment de
leur départ. Lorsqu'on raconta cela à Moulay-Ismaël, il dit que des gens qui avaient agi ainsi devaient
être « Harrar » (Horri, homme de bonne naissance). Dès lors, le nom de Harrar remplaça celui de
Mgareuba.
Les tentes isolées ou groupes de toutes sortes qui vinrent, ainsi que nous l'avons dit précédemment,
s'établir auprès des Mgareuba, donnèrent naissance à des fractions qui prirent généralement pour
nom celui de leur chef ou premier venu d'entre eux. Lorsqu'une nouvelle tenle arrivait, elle s'éta-
blissait dans telle ou telle fraction déjà. formée, suivant qu'elle y avait des relations antérieures ou
qu'elle y trouvait à vivre. Elle était souvent elle-même la souche d'une nouvelle fraction alliée de la
première. Les différentes fractións ainsi alliées entre elles,formaient dès lors des groupes qui sont
l'origine des 9 tribus actuelles.
Les premiers venus furent les Oulad Bou-Affif. Recon-naissants de l'accueil que leur avaient fait les
Oulad Sidi-Kraled, les Harrar considérèrent ces derniers comme leurs marabouts, et dans toutes les
circonstances les respectèrent et écoutèrent leurs conseils. C'est ainsi que les Oulad Sidi-Kraled firent
partie de la confédération et devinrent Harrar.
Dans les premiers temps, leur richesse ne se composait que de troupeaux ; ils achetaient leurs grains
dans la plaine d'Elgris, payant aux Hachem le hag El-Tenia et même recevant pour leurs chefs,
l'investiture des grands de cette contrée.
Les premiers temps furent paisibles, mais bientôt, le nombre augmentant, la tribu devint forte, et les
Harrar, à l'exemple de leurs voisins, commencèrent aussi à s'en remettre au sort des armes du soin
de décider les difficultés qui pouvaient s'élever entre eux et les tribus limitrophes ; c'est ainsi qu'il
défont les Angad à Sedjira, près du chott, et les chassent du pays pour agrandir le leur.
En ce moment, ils avaient pour voisins : à l'Ouest, plusieurs fractions des Beni-Ahmer, dont le centre
du pays était le djebel Chebka; au Sud, les Oulad Chaïb occupant le Ksel;
Bientôt, guidés par le désir de s’emparer de leur pays plutôt que de leur venir réellement en aide, les
Harrar firent alliance avec les Laghouat du Ksel qui étaient inquiétés par les Oulad Chaïb et les Beni-
Ahmer. En. Récompense des secours prêtés, les Laghouat du Ksel, au nombre de 7 fractions,
promettent aux Harrar de leur donner tous les ans 7 nègres ou négresses ou bien leur valeur. Ce
tribut existat encore de nos jours.
C’est là l’origine des relations intimes établies entre les Laghouat du Ksel et les Harrar actuels et qui
leur a fait demander d’être rattachés à cette tribu.
Les Beni-Ahmer repoussés s’enfuirent vers-l’Ouest, les Oulạd Chaïb fuirent aussi et s’établirent dans
le pays ou nous les trouvons aujourd’hui.
Les Sahari seuls conservèrent leur pays et vécurent en paix avec les Harrar, possesseurs sans rivaux
du pays qu’ils ont encore aujourd’hui.
Depuis longtemps les Turcs avaient fait la conquêle de l’Afrique que leur domination ne s’était pas
étendue sur les Harrar. Mais enfin les Hachem, battus par les Tures, furent contraints de faire leur
soumission ; ne pas se soumettre aussi était pour les Harrar s’exposer à voir fermer pour eux les
greniers de la plaine d’El-Gris où ils s’appro-visionnaient ; ils se soumirent donc aux Turcs, mais sans
combat.
Il fut convenu qu’ils payeraient tous les ans un tribut fixe. Pour éviter des discussions, les Turcs eux-
mêmes, répartirent en 7 parts ce tribut entre les différentes fractions, savoir :
Les Oulad Zian.. ……. 1 part ·Kâabra et Dehalsa. …….1-Ghouadi. …………1-Chaouia et Hassinat…….1
Oulad Azziz………..1-Oulad Zouaï et Oulad Bel-Hoceïn.1-Oulad Bou-Affif ………1-
Total,….. 7 parts
Les Harrar voulurent et obtinrent que leurs Siads, les Oulad Sidi-Kraled, en fussent exempts. C’est de
cette division que vint aux Harrar la dénomination de Harrar Sebâa.
Après leur soumission, les Harrat restèrent longtemps en paix, sans prendre part à aucune guerre ni
révolte. Mais en 1803, ils prètèrent l’oreille aux émissaires [Link]-Chérif et finirent par le suivre.
Celui-ci pour les décider vint même chez les Oulad Zian. En ce momént un grand nombre des
indigènes des Harrar se firent Derkaoua.
Les Harrar partagèrent la fortune de Ben-Chérif, le secondant de tóutes leurs forces. Ben-Chérif
battu, la dívision se mit parmi les Harrar, les uns espérant dans sa cause, les autres voulant
l’abandonner ; d’où des guerres intestines qui ne finirent qu’à la mort de Ben-Chérif et qui eurent
cemme résultat final la scission des Harrar en deux parties : Harrar-Cheraga et Harrar-Gharaba,
division qui subsiste encore aujourd’hui. Après ce partage, les uns et-les autres se soumirent de
nouveau aux Turcs, mais ils ne restèrent plus :en paix comme par le passé et nombre de fois, pour les
mettre d’accord, les Turcs se virent dans l’obligation de les raser, sous les plus légers prétextes.
Les Harrar étaient encore agités par ces dissensions inté-rieures lorsque leur arriva la nouvelle de la
prise d’Alger par les Français. Aussitôt qu’Abd-el-Kader leva le drapeau, ils se déclárèrent pour lui et
combattirent sous ses ordres jusqu’à la prise de Tagdempt où périrent un grand nombre des leurs.
Le pouvoir d’Abd-el-Kader abattu, le Tell soumis, le même besoin d’approvisionnement fit soumettre
les Harrar aux Français, comme ils s’étaient soumis aux Turcs. Les Harrar-Cheraga furent les derniers
à demander l’aman.
Pendant trois ans, période pendant laquelle fut bâti le poste de Tiaret, du commandement duquel ils
relevèrent, aucun fait ne vint troubler l’état de paix. Mais en 1845, Bou-Maza leva l’étendard de la
révolte ; aussitôt les Harrar indécis se retirèrent dans le Sud, attendant les événements.
Abd-el-Kader, venu de l’Ouest après ses succès de Sidi-Brahim et d’Aïn-Temouchent, vint camper au
milieu d’eux, leur déclarant, pour vaincre leurs scrupules, qu’il allait faire venir sa deïra au milieu
d’eux.
Alors, les Harrar lui fournirent un goum qui l’accompagna jusque dans la Mitijda, aux portes d’Alger
et jusqu’à
Bouçaada, dans l’Est. Vaincu, Abd-el-Kader ne put empècher les siens de se débander ; le goum des
Harrar rentra dans son pays et la confédération fut forcée de deinander l’aman que lui accorda le
général de Lamoricière, sous condition de payer une amende de 900,000 francs.
Depuis cette époque jusqu’en 1864, les Harrar Cheraga nous sont restés soumis, observant la parole
qu’ils nous avaient donnée, exécutant nos ordres, fournissant des goums et des convois à nos
colonnes.
En 1864, après le combat du 8 avril à Aïn-bou-Beker, tous les lHarrar indécis depuis les complications
inattendues dans le cercle de Géryville, entrèrent franchement dans les rangs de Si-Seliman ben
Hamza. Ils prennent ensuite une part active à tous les coups de main tentés sur nos colonnes par les
Oulad Sidi-Cheik, et cela jusqu’áu 25 décembre de la même année, époque à laquelle leur soumission
est acceptée par M. le général Deligny qui, à son retour du djebel Amour, les convoqua tous à Aïn-
Kcheb pour être reconstitués et réorganisés. A cette date, presque tous les Harrar, ayant à leur tète
Hadj-Kaddour ben Sahraoui, ont fait leur soumission ; il ne reste plus dans les rangs des insurgés
qu’une centaine de tentes, sous les ordres de l’ex-caïd Safi ould Mohammed-bel-Aroussi.
Mais quelque temps après, le succès obtenu le 4 du mois de mai 1865, à Benout, sur les fractions qui
n’avaient pas encore abandonné la cause de Si-Mohammed ben Hamza, la mort du marabout et
l’attitude prise par El-Hadj Kaddour ben Sahraoui à l’égard des révoltés, produisirent une grande
impression sur les tribus du Sud ; dès lors les Harrar, dont les dispositions nous avaient été
sourdement hostiles, se déclarent ouvertement les ennemis des tribus qu’ils avaient suivies en
défection.
Depuis, les Harrar sont restés fidèles à la France. Lors de l’insurrection de Bou Amama en 1881, après
avoir placé en sécurité leurs femmes et leurs enfants sous les murs de la place de Tiaret, ils prirent
part aux expéditions de nos colonnes contre les Oulad Sidi-Cheik révoltés, L’insurrection vaincue, ils
rentrèrent dans leur pays pour s’y livrer à leurs habitudes pastorales. Ils ne l’ont plus quitté.
…
OULAD KRELIF
On comprend aujourd’hui sous la désignation générale d’Ouled Krelif, les quatres tribus suivantes :
1° Les Oulad Kharoubis ; 2° les Oulad Bou-Renane ; 3° les Sahari Cheraga ; 4° les Guenadza.
Les Oulad Khelif sont Cheurfa, c’est-à-dire descendants du Prophète. Ils sont venus dans le pays avec
la deuxième invasion arabe, vers l’an 750 de l’hégire (1350) de l’ère chrétienne.
A cette époque, les trois tribus actuelles des Oulad Krelif : les Oulad El-Kharroubi,les Oulad Bou-
Renane et les Sahari-Cheraga, ne formaient qu’un tout composé des fractions suivantes. : 1° les
Oulad Ahsen ; 2° les Oulad Allouï ; 3° les Oulad Sidi-Saad (marabouts et leurs serviteurs nommés
Rohob) ; 4° les Oulad Salem ; 5° El-Imen ; 6° les Oulad Sidi-Mohammed ben Yacoub·(marabouts et
leurs serviteurs nommés Rohob).
Ces fractions qui ont donné leurs noms aux douars ‘actuels, avaient pour chef unique un certain Yaya
ben Rached. Elles occupaient le pays qui s’étend au Sud de Frendah. Taourzout était leur point
central d’occupation. Comme marabout, elles avaient Sidi Mansour-el-Kebrit dont les descendants
forment aujourd’hui la fraction la plus forte des Oulad Bou-Renane, les Oulad Sidi-Mansour. La kouba
de ce marabout se trouve à Aïn-edh-Dheheb ou Aïn-Sidi-Mansour, au Sud de Taourzout. Leur nom
d’Oulad Krelif leur vient d’un nommé Krelif qui, dit la légende, était originaire des Chafa.
Cet indigène vint dans le pays de Taourzout à la suite d’un meurtre qu’il avait commis sur l’un des
siens. Bien accueilli dans sa patrie d’adoption, il s’y livra à l’étude des textes reli-gieux et devint un
des plus fervents serviteurs du marabout Sidi Mansour dont il capta à tel point la confiance que ce
dernier le chargea de l’éducation de son fils ainé Si-Ali ben Sidi-Manso ir, surnommé Ben Afia, du
nom de sa nourrice.
Des idées ambitieuses ne tardèrent pas à germer dans l’esprit de Krelif, il réussit à s’allier à Yaya ben
Rached qui lui donna sa fille en mariage, bientôt il trouva un prétexte pour se brouiller avec son
beau-père, Il leva donc l’étendard de la révolte avec un petit nombre de partisans qui s’étaient ralliés
21
A sa cause. Mais ses débuts ne furent pas heureux, car, ‘dit la chronique, Yaya ben Rached le razza 7
fois dans le même été. Après avoir subit ces échecs successifs Krelif alla implorer l’appui de son élève
Sidi-Ali ben Afia.
Celui-ci lui dit : « Monte à cheval, rends toi sur la monta-« gne, de là, tu verras les gens de Yaya ben
Rached qui « décampent et se dirigent vers l’Est, tu appelleras alors les « serviteurs de Sidi-Ali ben
Afia et tu verras aussitôt surgir de « tous les côtés, autant de cavaliers que tu voudras ».
A la tête de ses cavaliers Krelif poursuivit les gens de Yaya ben Rached, les razza complètement, leur
tua 100 cavaliers parmi lesquels leur chef et s’établit avec les siens dans le pays où noustrouvons
aujourd’hui les Oulad Krelif, ses descendants.
De ce jour, toutes les fractions citées plus haut lui furent soumises et le reconnurent pour chef, lui et
ses descendants.
Son fils, Ben Chohra, qui lui succéda dans son commande-ment, eût deux enfants : El-Kharoubi et
Taïeb.
L’aîné, El-Kharoubi, commanda seul pendant quelque temps à toute la confédération, non sans être
inquiété par son frère Taïeb qui voulait, lui aussi, sa part de commandement.
Un événement bizarre devait bientôt, en scellant la discorde entre les deux frères, diviser les Oulad
Krelif en deux fractions bien distinctes, l’une partisante de Kharoubi, l’autre de Taïeb..
Un certain jour (en l’année 1700), un marabout de Laghouat, nommé Si-el Hadj-Aïssa, vint trouver El-
Kharoubi et lui dit «Donne-moi un chameau avec son palanquin et tous ses « ornements, plus une
guetifa avec tous les habits et tous les « bijoux de tes femmes ». El-Kharoubi refusa en disant qu’il
n’avait rien de tout cela.
Taïeb, au contraire, sans attendre que la même demande lui fut faite, apporta au marabout tout ce
que son frère venait de lui refuser. Le marabout jeta alors sa malédiction sur El-Kharoubi et sa
postérité, tandis qu’il comblait Taïeb de ses bénédictions.
Cest à la suite de cet événement qu’une partie des Oulad Krelif abandonna la cause d’El Kharoubi
pour suivre la fortune de Taïeb.
Les partisans de Taïeb furent : 1° Les Oulad Salem ;2° El-Imen ; les Oulad Sidi Mohammed ben Yacoub
et leur Rohob.
Ceux au contraire qui restèrent fidèles à El-Kharoubi,furent : 1°Les Oulad Ahsen ; 2° Les Oulad Allouï :
3° les Oulad Sidi-Sàad.
De cette époque date la division des Oulad Krelif en deux grandes fractions bien distinctes, qui plus
tard sont désignées sous les noms de Sahari-Cheraga et Sahari-Gharaba.
A partir de ce moment, l’histoire des Oulad Krelif jusqu’à la domination turque n’est qu’une
succession continue de guerres intestines entre les deux fractions sus-désignées et à la suite
desquelles on voit tout les Oulad Krelif reconnaitre pour chef, tantôt un descendant d’El-Kharoubi,
tantõt un descendant de Taïeb, chef de la branche cadette. Nous ne saurions donc entrer daus tous
ces détails, car ce qui se passe chez les Oulad Krelif, se passe également dans toutes les tribus de
l’Algérie.
Les Turcs à leur arrivée en Algérie, trouvent les Oulad Krelif dans le même état d’indivision et de
guerres intestines. Ils consacrent les faits antérieurement accomplis en confirmant comme caïd des
Sahari-Gharaba le petit-fils d’El-Kharoubi et comme chef des Sahari-Cheraga Is descendant de Taïeb.
Etrangers à toutes leurs luttes, ils se contentent d’exiger de chacun d’eux, le versement d’un impôt
annuel.
A la nouvelle de la prise d’Alger et de la première apparition des Français à Tiaret, les Oulad Krelif
s’enfuirent dans le Sud plutôt que de se soumettre. Lorsque l’émir El-Hadj Abd-el-Kader leva
l’étendard de la révolte, ils se déclarèrent pour lui et combattirent sous ses drapeaux. Lors de la prise
de la smala de l’émir à Tagguin, les Oulad Krelif firent leur soumission au général de Lamoricière.
Celui-ci ne changea rien à leur organisation et se contenta de leur imposer, comme aux Harrar, une
forte contribution de guerre.
A l’époque de l’insurrection de Bou-Maza, les Oulad Krelif prennent part au mouvement et s’enfuient
dans le Sud avec leur agha. Peu de temps après ils demandaient l’Aman. En 1864, ils restent avec
nous et combatlent dans nos rangs contre les Oulad Sidi-Cheik et les Harrar révoltés. Une seule de
leur fraction prend fait et cause contre nous, c’est celle des Oulad [Link] fraction
composée en entier de marabouts farouches, à la nouvelle du désastre de la colonne du colonel
Beauprête, tua deux cavaliers de remonte et vola trois étalons de la station de Krosni. C’est cette
même fraction qui favorisa
Par des menées occultes l’attaque de Si-Mohammed ben Hamza contre l’agha Eddin, razzé
complètement à Tagguin.
Enfin, au mois d’aoùt 1864, ces mêmes Oulad Sidi-Mansour, cernés sur un pic du Nador, par le
mouvement combiné des colonnes Pécho et Martineau, font vainement une résistance désespérée.
Tous ses guerriers succombent, la fraction est anéantie, tous ses troupeaux sont razzés et les femmes
et les enfants, seuls survivants, sont amenés prisonniers à Tiaret.
La destruction des Oulad Sidi-Mansour eut comme exemple, un résultat immense, elle eut pour effet
de ramener complète-ment à nous tous les Oulad Krelif mal disposés depuis le dernier succès de Si-
Mohammed ben Hamza et qui n’attendaient peut-être qu’une occasion favorable, pour prendre part
à l’insur-rection.
Les Oulad Krelif réorganisés au mois d’avril 1865, ont pris depuis, partà toutes les colonnes qui ont
été jusqu’à ce jour organisées en vue de nos opérations dans le Sud. En 1881, au moment de
l’insurrection de Bou-Amama, leurs goums ont combattu avec nous, pendant que les vieillards, les
femmes et les enfants se réfugiaient sous les murs de la place de Tiaret.
GUENADZA
Les Guenadza sont originaires de l’Est. Ils tirent leur nom d’un certain Ahıneur ben El-Guendouz. Bien
avant l’arrivée des Oulad Krelif, ils occupaient le territoire où nous les trouvons installés aujourd’hui.
Vaincus par les Oulad Krelif, ils devinrent leurs serviteurs.
A l’origine, les Guenadza étaient très nombreux, ce qui leur permit de chasser de Goudjila les Oulad
Kherouf qui avaient, dit-on,bâti ce ksar dont la, construction (d’après la légende), est contemporaine
de la fondation d’Alger1).
Aujourd’hui, cette population est bien déchue ; elle ne compte que deux douars : El Hamaïd et El-
Behiat. Ces douars, qui ne renferment en tout qu’une population de 170 habitants,
(1). Alger musulmane fut batie en 972 de l’ère chrétienne (362 de l’hégire), par Bologgin-Youçof, fils
de Ziri. Elle fut appelée par son fondateur Djézaïr-beni-Mezghana (Les iles des enfants de Mezghana).
Miliana et Médéa datent de la même époque et ont également été fondées par Bologgin. (Ibn-
Kaldoun, tome II, ‘page 6).
…
represente les descendants des quatre grandes fractions qui autrefois, composaient la tribu des
Guenadza : les Rehahla, les Aour, les Behilat,les Hamaid.
Les Guenadza, serviteurs des Oulad Krelif, les ont suivis dans leur fortune. Leur histoire politique et
militaire est donc la mème que celle de leurs conquérants.
CERCLE D'AFLOU
L'annexe d'Aflou(2) est le prolongement vers le Sud, du cercle de Tiaret. C'est une sorte de vaste
triangle que limite dans sa région orientale, la province d'Alger (cercles de Djelfa et de Laghouat). La
base de ce triangle, vers le Nord, passe par le djebel Sidi-Lbassen et le pied Sud du djebel Zreïga, dans
un pays de Hautş-Plateaux proprement dits.
A l'Ouest, depuis les Oulad Sidi-en-Naceur, sa limite suit. une ligne toute conventionnelle et cela,
jusqu'auprès du djebel Azrag, un peu avant d'El-Macta ; puis, à partir de ce point, après avoir
contourné le djebel Beklef, elle accompagne l'oued Melah à travers le Kheneg, le dépasse et atteint
Tadjerouna. De là, l'annexe se continue en un prolongement à travers le Sahara, suivant l'oued
Zergoun ; resserrée étroi tement depuis Tajerouna jusqu'à Besbessa, elle forme un long ouloir où sa
largeur atteint moins de huit kilomètres, elle prend, un peu en aval de ce dernier point, une forme
lancéolée et vient en pointe aiguë, enclavée entre le dépar-tement d'Alger et le cercle de Géryville,
se terminer à Oumma-el-Hadjadj, à la perte de l'oued Zergoun.'
(2) Le djebel Amour a fait l'objet d'une étude très intéressante et très approfondie de la part de M. le
lieutenant-colonel Derrien. Cette étude a paru dans le Bulletin de la Société de Géographie, tome XV,
pages 183 á 207. Elle contient des descriptions et des renseignements très intéressants et plus
complets que ceux contenus dans le présent travail. - Extrait de la publication gouvernementale : Le
Pays du Mouton.
La région septentrionale, peu étendue, composée de larges plaines que rompent des alignements
secondaires, se présente dans des conditions en tout semblables à celles rencontrées dans la partie
méridionale du cercle de Tiaret.
La région saharienne, également très restreinte, est une contrée d’une stérilité absolue en été ; c’est
à peine s’y l’on y rencontre quelques r’dirs.
Quant au massif principal, qui embrasse à lui seul les 9/10 de la superficie de l’annexe, il présente au
double point de vue de l’hydrographie et de l’orographie, un intérêt capital. Le djebel Amour peut
être considéré, en quelque sorte, comme le noyau central des larges chaînes montagneuses qui,
depuis le Maroc vers Figuig, opposent une dernière ‘barrière au Sahara, tout le long du Sud algérien
et, au-delà dans la Tunisie. Cette immense zône orientée sensiblement S.-O., N.-E.,prend, suivant les
pays qu’elle traverse, des noms différents : Monta-gnes des Ksours, dans les cercles d’Aïn-Sefra et de
Géryville ; djebel Amour entre Géryville et Laghouat, etc., etc.
Peu homogène, ledjebel Amour se compose de 3 parties :les masses montagneuses, lés plateaux et
une subdivision de ceux-ci les 《 Gada».Loin de constituer une masse compacte, il est formé par une
série d’échelons, de plans superposés, entou-rant de nouvelles montagnes qui, une fois gravies,
présentent encore d’autres steppes et cela jusqu’aux altitudes de 1,300 mètres ; puis, dispersés sur
ces plateaux successifs, des alignements culminants s’étalent, tels que le djebel Gouzou (1,700
inėtres), ledjebel Sidi-Okba (1,642 mètres),ledjebel Ougal, le Kef de Si Slimane, etc., etc.
Les plaines du djebel Amour ne sont autres choses que de larges couloirs compris entre ces
montagnes ; elles sont toutes à des altitudes élevées, mais très variables (bordj d’Aflou 1,350 mètres
póur descendre à 945 mètres, à El-Maïa à 873 mètres, à Tadjerouna à la limite du désert, et se
confondre insensible-ment dans la partie orientale, chez les Oulad Sidi-en-Naceur et les Ouiad Sidi-
Brahim avec les Hauts-Plateaux du Sud du cercle de Tiaret (900 mètres). On peut donc les comparer à
un escalier gigantesque.
Même du djebel Amour ; constituées par de vastes plateaux formés de couches gréseuses peu
inclinées, elles sont découpées brsquement par de nombreux ravins qui les entaillent pro-
fondément ; on en compte trois principales : Gada d’Enfous, Gada d’El Groun, Gada Matena ; sur
leurs flancs se montrent ordinairement des forêts remarquables, et, lorsque les dépres-sions qui les
pénétrent s’élargissent, quelques cultures dans les bas-fonds. Les rivières qui sillonnent ce vaste
ensemble sont nombreuses et leurs eaux abondantes, elles coulent cons-tamment ; divisées en deux
bassins bien distincts, les unes sont tributaires de la Méditerranée,les autres s’écoulent vers le Sud
où elles descendent dans le Sahara pour disparaitre bientôt sous les sables.
A l’Ouest de l’annexe. L’oued Brida et l’oued Tamellaket se réunissent pour former l’oued Berkane,
qui, se joignant à l’oued Sebgagne, devient l’oued Touïl ; ce dernier, au-delà de Tagguin prend le nom
de Cheliff qu’il conserve jusqu’à la mer.
Dans la partie centrale naissent plusieurs ruisseaux qui recueillent les eaux des Gada et des Hauts-
Plateaux avoisinant Aflou, pour constituer les oued Ouaren, oued El-Richa, etc., etc. Tout ce réseau
vient aboutir au Nord de Tadjemout ; c’est l’origine de l’oued Mzi.
Au Sud, l’oued Taouïala, l’oued Hammouaïda, l’oued Malah, draîne les eaux du pays de Bou-Alem et
de Taouïala et forment à Tajeronna, l’oued Zergoun.
A partir de ce point l’eau cesse d’ordinaire d’apparaître à la surface dans le lit de l’oued. Des fonçages
poussés jusqu’à 3õ mètres n’ont donné aucun résultat. Les nappes d’infiltra-tion paraissent donc
assez profondes.
La vallée n’en continue pas moins vers le Sud, plus ou moins régulièrement, pour s’arrter à Oumma-
el-Hadjadj où sa trace se perd complètement.
La nature des sols que l’on rencontre dans l’annexe d’Aflou est peu variée et se réduit à deux
catégories de dépôts : les terrains quaternaires et les terrains secondaires. Les premiers fornient la
totalité des plaines du Nord, des Oulad Sidi-Ahmed ben Saïd et des Oulad Sidi-Brahim ; ils s’étendent
depuis l’oued Touïl, entre le Sidi-Lhassen et le djebel El-Alleg, longent au Nord l’extrémité du djebel
Debich et du djebel Tikialin. Ce sont les couches puissantes d’atterris. Sements des Hauts-Plateaux,
Tout à fait au Sud, vers El-
En général,ces grès, avec des mélanges de marnes rouges, violacées, vertes, intercalées, sont des
bancs plus ou moins durs, plus ou moins friables, parfois constituant de véritables poudingues à
cailloux roulés de quartz très fortement colorés par des oxydes de fer ; ils sont doués d'une grande
perméabi-lité; aussi se développe-t-il à leur surface des forêts étendues de cédres, de pins, de
thuyas. Du Sud au Nord, de l'Est à l'Ouest, ils se développent,continuant ces cháînes du Sud, jusqu'à
la frontière du Maroc.
Çà et là, surtout vers l'Ouest, d'autres terrains (çénomanien et turonien), reposent sur ces grès, vers
l'oued Berkana, par exemple; d'autre part, les fortes dépressions qui sillonnent tout ce massif ont été
quelque peu comblées par les apports successifs des éléments arrachés aux sommets par les
érosions; on rencontre donc à des altitudes variables, comblant les vallées,des alluvions anciennes
qui ont formé de petites plaines et de larges passages où réussissent quelques cultures.
Grâce aux sources nombreuses et abondantes qui prennent naissance sur les plateaux les p'us élevés
du djebel Amour et en raison de sa disposition toute spéciale en gradins, de nombreux pâturages se
rencontrent à diverses altitudes. Leur valeur varie suivant qu'ils sont silués dans l'une ou l'autre des
zônes indiquées plus haut.
La première, celle qui limite au Sud la chaine du djebel Amour (Sidi-Bouzid, djebel Tighenter, Okba,
Sidi-S'iman,
Guern-Arif), se composent de vastes plaines, légèrement ondulées, avec de nombreuses daias. Toute
cette partie, généralement couverte d'alfa, fournit la nourriture en abon-dance aux troupeaux, qui y
trouvent également l'eau qui leur est nécessaire.
La deuxième, la zone montagneuse qui s'arrête au Sud, au Kef el-Guebli, contient le moins de
resssources en pâturages ; les terrains de rapport, situés dans le fond des vallées,étant presque tous
mis en culture.
Comprise entre le Kef-el-Guebli au Nord, l'oued Zergoun à l'Ouest, l'oued Mahaïguen à l'Est, la zone
saharienne renferme de bons parcours, surtout quand les pluies sont tombées en abondance. Mais
l'eau d'alimentation、y est rare et les troupeaux des Ouled Yacoub qui y vivent sont parfois obligés
d'aller s'abreuver aux sources d'El-Maïa, cercle de Géryville.
L'annexe d'Aflou a conservé de nos jours l'organisation des premiers temps de la conquête,
puisqu'elle constitue un des rares aghaliks de la province d'Oran.
Les quatorze tribus du cercle sont, en effet, placées sous les ordres de l'agha Si-Hamza ben Bou-
Bekeur, chef religieux des Oulad Sidi-Cheik, qui sert d'intermédiaire entre le pouvoir effectif,
représenté par le capitaine, chef du bureau arabe, et les caïds, agents d'exécution.
Aux débuts de la conquête, les fonctions d'agha comportaient des attributions importantes qui
diminuèrent au fur et à mesure qu'augmentait notre autorité. En principe, ce fut un véritable vice-roi
indigène, chargé de remplacer le dey aux yeux des populations arabes. (Arrêté gouvernemental du
18 février 1831.) Ce fut ensuite un fonctionnaire supérieur ayant mission de recevoir les plaintes, de
punir les crimes et délits arabes, de nommer les caïds et les cheiks, etc. Puis ses attributions
diminuèrent de plus en plus pour devenir une function honorifique très élevée à laquelle sont
attachés un traitement important et une certaine part d'impôt arabe, prélevée sur celle attribuée aux
caïds sous ses ordres.
En échange de ces faveurs, l'agha prète à la France le concours de son influence religieise ou militaire
sur les
Populations indigènes qu’il a mission d’administrer sous le contrôle direct de MM. Les Officiers des
affaires indi-gènes.
Si-Hamza ben Bou Bekeur, exerce donc son autorité sur les tribus ci-après, dont la richesse en
bestiaux peut être évaluée aux chiffres suivants :
35,
245,
1.6 ?0,
1.500,
3.400,
Ainsi que nous l’avons fait remarquer pour le cercle de Tiaret, les chiffres qui précèdent doivent être
considérés comme moyenne, car l’effectif varie d’année en année suivant que les conditions
climatériques ont influencé en bien ou en mal l’existence des bestiaux.
Depuis deux ans, le troupeau, en ce qui concerne les cha. Meaux, a été considérablement réduit à la
suite des fatigues excessives supportées par ces animaux pendant l’expédition du Touat. Deux tiers
environ sont morts et le prix en a élé payé aux propriétaires sur une moyenne de cent francs par
tête.
Ce remboursement a provoqué chez les indigènes un bien être inattendu qui leur a permis de
supporter sans beaucoup de regrets les pertes subies par eux ; mais il est à craindre que les sommes
touchées soient gaspillées en menus achats et que la reconstitution du troupeau subisse un retard
consi-dérable, qui diminuera dans de sensibles proportions, la situation prospère des indigènes de la
région en les privant d’un des éléments les plus essentiels à leur existence pastorale.
La richesse en bétail, des indigènes de l’annexe d’Aflou, est de beaucoup inférieure à celle de leurs
correligionnaires du cercle de Tiaret. On constate en effet un écart de plus de 285,000 têtes entre les
troupeaux des deux cercles. Cette différence est due à l’insuffisance relative des pâturages de
l’annexe, dont on évalue à 10,000 hectares seulement la surface réellement utilisable. Ces pâturagés
sont composés des mêmes plantes que ceux du cercle de Tiaret ; une description spéciale, en est
donc inutile.
Il est facile de remarquer, par l’examen du tableau ci-après, que la production des céréales de
l’annexe d’Aflou est égale-ment plus faible que celle du cercle de Tiaret. La principale eiusede cette
infériorité est due engrande partie à l’importance du massif montagneux qui occupe les 9/10 de la
surface totale du cercle et à l’aridité absolue de la région désertique qui s’étend vers le Sud.
quintaux,quintaux,4.270,
9.761,
Ce sont là, on en conviendra, des chiffres bien modestes, surtout si l'on songe que la surface totale
du cercle ne comporte pas moins de 947,500 hecțares, sur lesquels vit une population totale de
18,436 habitants (1).
Les richesses que peut renfermer le sol au point de vue minéralogique sont peu comnues. Le pays n'a
pas eneore été étudié sur ce point spécial, et, l'aurait-il élé, qu'en l'état
(1)Recensement de 1901.
Actuel des voies de communication, les minerais que l’on pourrait y découvrir, ne pourraient être
exploités en raison des énormes frais de transport dont ils seraient grevés avant d’atteindre un port
d’embarquement (1).
G’est à Aflou que sont concentrés les services administratifs chargés de la gestion des affaires du
cercle. Une petite garnison, composée d’une demi-compagnie, est chargée de défendre ce poste
contre un soulèvement éventuel des populations indigènes.
Aflou, en 1886, comptait à peine 5 ou 6 maisons européennes. Actuellement, on peut éváluer à une
centaine les conslructions qui composent le villàge. Dans ce chiffre, ne sont pas compris les édifices
où sont installés le bureaú arabe, le bureau de poste, lês casernes, la station de monte, la maison des
hôtes, [Link],pour la plupart, ont été élevés au moyen des deniers communaux.
La température est généralement froide et très supportable ; néanmoins, en été, les vents du Sud y
soufflent avec violence en soulevant des nuages de poussière impalpable, qui pénètre dans les
habitations les mieux closes. L’autorité militaire a essayé de parer à cet inconvénient, en entourant
Aflou de superbes plantations destinées à briser l’effort des courants atmosphériques.
La population est entièrement composée de commercants français, juifs, mozabites et m’garbis, dont
les revenus sont constitués par les bénéfices réalisés sur les transactions effectuées avec les
indigènes de la région. On y voit, en outre, une colonie assez nombreuse de femmes appartenant soit
à la tribu des Oulad Naïls, soit aux ksars avoisinants, qui pratiquent une hospitalité intéressée, dont le
produit est destiné à constituer une dot après retour dans le pays d’origine.
Le lundi de chaque semaine se tient à Aflou un marché assez important fréquenté par les gens de
Chellala, de Zénina et de Boghari. C’est en été, après la tonte des moutons et la levée des récoltes,
que le marché atteint son maximum
(1) On a découvert, près d’El-Ghicha, un gite de lignite compact aux veines très pures. Co
minerai pourrait étre appelé à de grands emplois, .sí, malheureusement, il n’était imprégné
de pyrite ferrugineuse, comma l’a démontré M, le docteur Jovillard dans l’analyse qu’il en fit
en 1877.. (Le Djebel Amour, page 200, par M. le lleutenant-cólonel Derrien).
Ge marché fut créé en 1886, sur l’initiative de M. le capitaine de Bannière, chef du bureau arabe.
Après le départ de cet officier, le marché périclita jusqu’en 1897, époque à Iaquelle M. le capitaine de
la Gardette, reprenant les traditions de M. de Bannière, encouragea de tous ses pouvoirs les
indigènes à fréquenter le marché d’Aflou et réussit à rendre à ce dernier sa prospérité des anciens
jours.
Les indigènes du cercle se livrent à la fabrication de tapiss qui ont acquis une certaine renommée
sous le nom de tapis du djebel Amour. Ces tapis sont habituellement plus longs que larges, en raison
de la forme du métier qui, généralement, ne dépasse pas deux mètres. Le lavage de la laine est
effectué par les femmes dans les oueds du pays. C’est par elles également que le filage et le tissage
sont exécutés. Pour cette dernière opération, elles sont guidées par des ouvriers spécia-listes appelés
《 Ragem», qui dirigent le travail pour obtenir les différents déssins qui ornent le tapis. Chaque
Ragem conserve précieusement le secret de ses combinaisons, qui est transmis oralement de père en
fils.
Après le lavage, les laines sont colorées par des teinturiers juifs, qui se font payer leurs débours et
leur travail en nature. L’unité de paiement est le mouton.
Les substances colorantes les plus employées sont : l’indigo, la cochenille et les écorces de grenade,
qui donnent les trois couleurs dominantes que l’on rencontre dans les tapis du djebel Amour ; le bleu
foncé, le rouge et le jaune. Le fixage des couleurs est obtenu par l’emploi de l’acide sulfurique.
Ces substances ne sont malheureusement pas les seules qu’emploient les teinturiers pour l’exécution
de leurs travaux. La chimie moderne en mettant à leur disposition les couleurs d’aniline porte un
véritable préjudice aux indigènes en les incitant à se servir de colorants bon marché mais fugaces et
de peu de durée.
L’industrie des tapis devrait être encouragée par l’autorité supérieure, car elle apporterait aux
indigènes de la région un bien être appréciable en leur permettant d’utiliser les ressour-. Ces
provenant de l’élevage des ovins. La laine du pays,
C'est ainsi que les laines algériennes sont arrivées à ne donner qu'un rendement net de 35 à 40 0/0
alors qu'avec celles d'Australie ou de l'Amérique du Sud le résultat obtenu est de 70 à 75 0/0. Aussi
en est-il résulté que nos gros manufacturiers français ont à peu près abandonné le marché algérien
pour faire venir à grand frais des laines de l'étranger,
Il parait à peu près impossible de revenir sur cette situation créée par la mauvaise foi des
producteurs et des intermédiaires; mais on pourrait tenter de faire utiliser sur place, par les
indigènes eux-mêmes, les laines de la région. Pour cela, il faudrait d'abord améliorer le travail primitif
des femmes indigènes, les guider, leur procurer des métiers moins rudi-mentaires, leur indiquer des
méthodes plus pratiques et trouver ensuite des débouchés aux tapis obtenus. Certes ça ne sera pas
sans difficultés que ces résultats pourront être atteints; mais avec de la persévérance il semble qu'on
pourrait arriver à faire comprendre aux indigènes qu'il y a pour eux un intérêt supérieur à suivre les
indications et les conseils donnés' dans ce sens.
En dehors des tapis, la laine sert à fabriquer des djellels (couvertures de chevaux), des oussádahs
(coussins à usages divers), des amaras (musettes pour chevaux), des burnous et enfin, mélangée à
des poils de chèvres et de chameaux, des ligs (longues bandes qui servent à confectionner des tentes
pour les nomades).
Le massif montagneux du djebel Amour est couvert en partie de forêts constituées par des cèdres,
des thuyas, des chênes-verts, des génévriers et des pistachiers. Dans la contrée d'Enfous existe une
grande forêt de pins et de sapins qui est utilisée par les indigènes pour la construction de leurs
gourbis.
Dans ces forêts ainsi que dans les vallées qui descendent des hauteurs, l'on trouve en grande
quantité : le lièvre, la
Les animaux carnassiers y sont nombreux; jadis les pen-thères y vivaient en assez grand nombre,
mais elles ont été à peu près détruites. Cependant de loin en loin il arrive qu'un de ces fauves est tué
par des indigènes et sa dépouille portée à Aflou pour y être vendue.
Le sanglier était jadis très répandu; jusqu'en 1885, il était facile d'en tuer, mais des battues trop
fréquentos ont fait émigrer ces animaux vers le Nord, dans les forêts de pins' qui couvrent au Sud le
territoire de Frendah.
La hyène, le chacal, le lynx, le chat sauvage, le renard habitent également toute la région. Dans les
plaines d'El-Ousseuh et de Tadjerouna on rencontre de nombreux trou-peaux de gazelles se
nourrissant des herbages qui croissent dans la région des chotts. En montagne, on trouve également
des gazelles, mais d'une espèce plus robuste et plus grande. Enfin dans la région montagneuse située
entre El-Mahdi et El-Gaïcha on peut atteindre le mouflon dont la chasse est des plus difficiles en
raison des lieux escarpés dans lesquels il se tient. Les indigènes prétendent que lorsque le mouflon
est poursuivi et serré de trop près, il n'hésite pas à 'se jeter, la tête la première, du haut des rochers
dans les ravins et que, tombant sur ses énormes cornes, il ne se fait aucun mal.
Dans les cours d'eau on trouve quelques loutres se nourris-sant de barbeaux, seule espèce de
poissons connue dans la région.
Jusqu'à ce jour la culture des céréales est restée entièrement entre les mains des indigènes; lés
européens sé sont bornés à exercer les commerces susceptibles d'une certaine prospérité.
Cependant il serait possible de livrer à leur activité et à leur initiative de nombreuses et excellentes
terres, actuellement incultes ou à peu près, qui forment le fond des vallées de la région. Parmi les
plus iimportantes il faut citer: l'oued Medsous qui s'étend d'Assi-Marouf jusqu'aux Oulad-Sidi-
Abdallah; la vallée de l'oued Sebbagg qui renferme des prairies naturelles arrosées par plus de cent
sources abondantes, la
Vallée de Bridah attribuée à l’agha Si-Hamza pour y installer sa smala ; la vallée de l’oued Ksob sur les
limites des cercles d’Aflou et de Géryville ; enfin les vallées de l’oued Morra et de l’Aïn-Beïda qui
produisent des fourrages et des pommes de terre.
Toutes ces vallées présentent assez de surfaces cultivables pour créer des fermes et des hameaux
européens. Les produits du sol serviraient à l’alimentation des garnisons de la région saharienne et
l’administration de la guerre ne se verrait pas obligée de faire venir à grands frais, grevées de
transports couteux, les farines et les orges destinées à l’alimentation des hommes et des chevaux.
Le centre d’Aflou est relié aux postes voisins par des sentiers muletiers décorés parfois du nom de
route. La plus importante de ces routes ? est celle de Tiaret à Aflou, qui se déroule sur une longueur
de 173 kilomètres. Par les beaux jours elle est carrossable et tant bien que mal on peut. La parcourir
en voiture ; elle passe, en partant d’Aflou, par Guelta-Sidi-Sâad (bordj affecté aux passagers), Hacian-
el-Dib récemment créé et qui a remplacé le gîte d’étape d’Oum-el-Guetóuta ; Moudjehaf bordj
d’étape où l’eau est magnésienne. La route pénètre alors sur le cercle de Tiaret en desservant El-
Ousseurkh, Sidi-Saïd et Trézel, pour arriver à Tiaret, résidence du commandant supérieur.
D’Aflou à Laghouat, on compte 120 kilomètres, la route passe par El-Gaïcha, ksar entouré de jardins ;
Aïn-Mahdi où l’on remarque une école indigène dirigée par un instituteur français. A 8 kilomètres
plus loin au lieu dit Gordan, se trouve l’habitation du célèbre marabout Ould Tidjini, marié avec une
française originaire de Bordeaux. Les voyageurs européens ou indigènes recoivent à Gordan une
hospitalité large. Et bien-veillante dans un superbe domaine, meublé de tout le confort et le luxe
moderne et entouré de magnifiques jardins.
La route passe ensuite à Tadjemout où se trouvent une école et un bureau télégraphique. Ce dernier
a pour mission de prévenir les populations de Laghouat des crues de l’oued M’zi, dont les
débordements subits provoquent parfois des accidents et de graves dégats. On arrive enfin à
Laghouat, poste militaire important de la province d’Alger.
Le village d’Aflou est également relié à Géryville par une piste qui se développe sur une longueur de
130 kilomètres en
22
passant par le ksar de Taouïala(1, l'oued Sidi-Sliman, Boualem, Timerdert (où se trouve une ferme
très importante appartenant à l'agha Si-Eddin ould Si-Hamza). La piste passe ensuite à proximité d'un
modeste monument élevé à la mémoire des soldats de la colonne Beauprête, massacrés par surprise
pendant l'insurrection de 1864, laisse Stitten, gros village indigène, et atteint Géryville, chef-lieu de la
commune mixte militaire de ce nom.
Enfin, une quatrième voie relie Aflou à Chellala en passant par Zenina. Elle a 130 kilomètres de
longueur et passe auprès de Taguin, où fut capturée, en 1843, la smala d'Abd-el Kader. Une colonne
commémorative, au sommet d'une faible colline, rappelle au voyageur ce fait d'armes qui coûta la
vie à vingt-neuf chasseurs d'Afrique ou spahis enlisés dans les marais et fondrières au moment de la
charge audacieuse qui décida du succès de cette héroïque journée.
Aux artères principales que nous venons d'énumérer, viennent se souder des lignes secondaires
utilisées par les indigènes pour se rendre de douar à douar, de région à région. L'ensemble forme un
réseau primitif, mal entretenu, accessible quelquefois aux voitures en été, mais utilisé pendant toute
l'année par les caravanes, les cavaliers et les piétons.
fortifiée.
«remarquable.
« Les mars ont un mètre d'épaisseur à leur faite et sont soutenus par
« des contre-forts au-dessus desquels court une banquette à 1m60 âu-
« dessous de la crête.
« Ce flanquement est donné sur les faces Est, Sud et Ouest par des
« encore complétée par une tour semblable à celle des angles et cons-
La face Nord, longue de 262 mètres, n'est pas droite comme les
« deux autres; le terrain s'y est opposé, c'est simplement une ligne
« 94 mètres.
« Deux portes dounent accès dans le ksar, l'une pratiquée sous la tour
Le territoire du cercle d’Aflou a été habité aux temps préhistoriques. Aucun doute ne peut exister sur
ce point depuis que M. le médecin-major Delmas, après de patientes recherches, a découvert de
nombreux abris sous roches aux alentours d’Aflou.
Les fouilles pratiquées sur ses indications ont mis à décou-vert divers foyers superposés, des
ossements, des silex et une hache en jade. Malheureusement ces fouilles ont été inter-rompues par
son départ pour Lyon et il est à souhaiter qu’elles soient reprises au plus tôt dans l’intérêt de la
science. Et de l’Algérie.
Avant de quitter Aflou, le docteur Delmas a eu soin d’estamper divers dessins rupestres gravés sur les
importantes assises de grés de la région. Ces dessins, au nombre de quatre ou cinq, sont séparés les
uns des autres par des distances qui varient entre 25 et 40 kilomètres. Le plus important est situé à
une trentaine de kilomètres au Sud-Est d’Aflou ; il repré-sente une chasse aux éléphants, faite par
des guerriers à demi-nus, coiffés de bonnets pointus et armés de flèches et de lances.
« autour duquel est la rue du rempart. Une seule ruelle à ciel ouvert
De galeries couvertes.
« loin la campagne.
« qui lui permit de tenir tête jadis aux beys d’Oran et de résister aux
G'est sans doute aux descendants de la race qui grava sur le roc ces dessins primitifs, qu'il faut
attribuer les travaux d'adduction d'eau, depuis des siècles ruinés, que l'on trouve dans le bassin de
l'oued M'zi, ainsi que la fondation des nombreux ksours dont les ruines abondent dans toute la
région.
Les renseignements manquent sur cette race disparue depuis de nombreux siècles et c'est à peine si
la légende en a conservé le souvenir.
« Le sultan des Berbères du ksar d'El-Mahia, dont malheu-« reusement le nom a péri, dit M. de la
Blanchère, avait un « cheval d'une beauté inouïe, mais si ardent, qu'il fallait deux « nègres pour le
conduire à la rivière. C'est sous une forme « Iocale, le souvenir de la puissance et de la richesse des «
anciens habitants. Presque tous les endroits propices pour « l'établissement d'un centre d'habitation
avaient été reconnus « et choisis par ces populations avisées. Tedimema, par « exemple, dans un des
plus beaux sites du djebel Amour, « avec une abondante et bonne source; Aflou où l'on a « établi le
commandement de l'annexe, dans l'endroit le plus « fertile de tous, montrent les ruines de leurs
bourgades. « Sur ces points, choisis avec raison, la population a dù « rester de longs siècles pendant
lesquels les catastrophes « ordinaires ne lui auront pas manqué; mais les ksours «duraient toujours.
»
La région d'Aflou ne semble pas avoir été occupée d'une façon permanente par les Romains (2). On
n'y rencontre aucune trace d'habitation que l'on puisse leur attribuer avec certitude. Il est possible,
tort probable même, que les tribus
(1) Ces dessins ont été signalés dans le travail de M. le U-Colonel DERRIEN,sur le Djebel Amour,
(Bulletin de la Société de Géographie d'Oran, t. VX, p."201,)
(2) Cependant les ruines romaines ont été signalées à Guchara, au Sud du Hadna, au sommet du Bou-
Kahil et à Messad près de Laghouat. (Le Djebel Amour, par le colonel Derrien).
Berbères qui l’occupaient à cette époque furent alliées aux conquérants, mais elles durent avoir
souvent des démelés avec eux.
Des expéditions militaires durent ètre dirigées contre elles, ainsi que l’atteste la pierre votive, avec
double inscription, rencontrée en 1880 sur les bords de l’oued Ksob, par la colonne du général Cérez,
à 60 kilomètres au Nord-Ouest d’Aflou.
L’invasion Vandale et la conquête Bysantine ne paraissent pas avoir exercé une influence quelconque
sur cette région, protégée des envahisseurs par son éloignement du Tell et l’immense surface
désolée qui s’étend des derniers contreforts méridionaux du Nador aux premiers escarpements du
massif saharien.
Les berbères de l’époque, les Beni-Rached, purent donc, pendant de longs siècles, jouir d’une paix
profonde, pendant laquelle ils édifièrent les nombreux ksours dont les ruines attestent encore leur
puissance.
Ces Beni-Rached appartenaient à la grande famille des Zenata par leur ancêtre Rached (‘), la
montagne qui était le centre de leur domaine, s’appelait le Mont-Rached et était entourée d’une
suite de villages et de bourgades, dont les environs, dit Ibn-Kaldoun(2) « sont couverts de dattiers, de
champs cultivés et d’eau courante. »
A l’apogée de leur puissance, vers le commencement de l’ère musulmane, ils organiserent diverses
expéditions a Nord de leur pays et pénétrèrent dans le Maghreb. Leurs contingents victorieux
parvinrent à s’emparer des plaines fertiles situées au Sud de Tlemcen et au pied du Thessalah ;ils en
chassèrent les habitants, les Beni-Ournid et les Médiouna, qui furent obligés de s’enfuir dans les
montagnes voisines(3). ·Mêlés ensuite aux divisions qui troublèrent d’une façon si profonde le Nord
de l’Afrique, on les voit partisans des Beni-Abd-el-Ouad, prendre part aux expéditions contre les
Beni-Toudjin et les Beni-Merin et parlager la fortune et les revers du peuple dont ils avaient
embrassé la cause.
Les guerres entreprises par les Beni-Rached avaient affaibli leur puissance militaire ; aussi, lors de la
2° invasion arabe,
voyons-nous les Amour, confédération arabe relativement peu imprlante, s'emparer de lour pays et
s'en rendre les maitres absolus.
Les Amour, faisaient partie d'une des branches de la tribu de Hilal. Peu nombreux, divisés en
plusieurs fractions enne-mies, ils ne purent comme les autres tribus envahir le Tell et se contentèrent
de conquérir le vaste pays qui s'étend du Sud de l'Aurès, au Sud du Ksel.
Les Oulad-Chokr qui les commandaient s'installèrent. au Mont-Rached qui perdit son nom pour
prendre celui de djebel Amour(1).
Les Oulad Chokr se divisaient en deux grandes familles issues du même ancêtre : les Oulad Mihya et
les Oulad Zekrir(2).
Après leur installation dans le djebel Amour, la division ne tarda pas à se produire entre ces deux
fractions.
Après plusieurs combats meurtriers, les Oulad Zekrir furent chassés de la région et obligés d'aller
s'établir dans l'Ouest, sur les montagnes du ksel. Ils y trouvèrent les Beni-Ahmer avec qui ils
contractèrent alliance afin de pouvoir revendi-quer aux Oulad Mihya, les territoires dont ils avaient
été dépouillés.
Les Oulad Mihya, de leur còté, s'étaient assurés le concours de la tribu de Soueid, branche des
Zoghba, et avaient formé, avec ces derniers, une confédération ayant pour but principal la défense
de leur nouvelle patrie.
Entre les deux fractions rivales, un troisième groupe, les Noder, composé de pillards, prêtait
alternativement son appui à l'une ou l'autre des tribus et tirait parti de cette discorde qu'il
entretenait soigneusement(3).
On devine, sans peine, les résuitats malheureux d'une semblable situation. Les ksours, fondés par les
Beni-Rached, furent détruits,les jardins ravagés, et toute la contrée, jadis si florissante, ne fut plus, au
bout de quelques années, qu'un amas de décombres et de ruines.
Ce fâcheux état de choses dura bien près de trois siècles (de 1055 à 1350).
«Rentré au milieu de son peuple, Amer en convertit « la plus grande partie aux opinions qu'il venait
d'adopter. «Il fit alors la guerre aux Noder, cette population nomade « qui infestait le pays, et il ne
leur donna aucun répit, jusqu'à « ce qu'un certain jour, étant à la chasse, il tomba dans une «
embuscade tendue par ses ennemis et y perdit la vie.(1)»
L'expulsion des Noder ramena le calme dans la région. Les vieilles rancunes, n'étant plus excitées par
des tiers intéressés à les exploiter, s'apaisèrent peu à peu. Des mariages entre les descendants des
deux tribus rivales ramenèrent la paix,sinon l'amitié d'autrefois, enfin la nécessité de se prêter un
mutuel appui pour repousser les empiètements des tribus voisines, finirent par créer entre les
diverses fractions, une sorte de confédération qui depuis ne s'est jamais désagrégée (2).
Le groupe principal de cette confédération est constitué par les Oulad Mimoun et les Oulad Sidi-
Hamza qui occupent la partie la plus fertile du djebel Amour, les sources de l'oued Sebague et le
plateau d'Aflou.
Ces deux tribus ont pour ancêtres les premiers conquérants arabes qui, vers le milieu du VII° siècle,
chassèrent les Beni-Rached de leur pays. Ils sont les héritiers des Oulad Mihya et, en cette qualité, ils
ont toujours exercé une prépondérance marquée sur lés autres groupes. Leur nombre, d'après le
dernier dénombrement, s'élève à 4,718 âmes, dont 3,668 pour les Oulad Mimoun et 1,050 pour les
Oulad Sidi-Hamza.
« Diverses populations d'origines diverses sont venues se « joindre aux Oulad-Mimoun, ce sont(3):
« 1° Les Oulad Sidi ben Abdallah formant 2 douars: les « Oulad Sidi ben Abdallah et les Oulad Sidi
Khaled;
«6° Kesaoura ;
“9° Les Chekkala, anciens posseseurs des terres du Haut-« Sebgagne. La beauté de ce territoire excita
la jalousie des
«10° Les Sidi Bou-Zid, qui ont leurs ancêtres enterrés à « El-Hamra et sont frères des Bou-Zid de la
province de
« Depuis 1867, les Oulad Mimoun ont régné en maîtres sur « le djebel Amour. Ils furent soumis aux
Turks et reconnurent « l’autorité d’Abd-el-Kader. Ils firent acte de soumission « en 1843.
« Le premier agha fut Yelloul ben Yahia ben Daoud, mort « en 1854 ; son frère, Ed-Din ben Yahia lui
succéda.
« En 1864, surpris par l’insurection qui l’avait entraîné, il « est venu, le premier de tous les chefs
indigènes, faire sa « soumission au mois de juin. En juillet, il laissa ses tribus « entraînées de nouveau
et se retira à Taguine où il perdit « toute sa fortune. Il se réfugia à Laghouat au milieu de la colonne
Yusuf. On dit qu’il sauva les cavaliers de remonte « en les faisant habiller en femmes et qu’il les fit
partir sur « des palanquins.
« Les Oulad Sidi Hamza ont les mêmes ancêtres que les « Oulad Sidi Hamela de M’sila. Ils se
subdivisent en Oulad «Bou-Chemial, Kherazza, Hadjadj et Droura ».
Le deuxième groupe est également d’origine arabe, il a pour ancêtre un nommé El-Adjel, ce qui a
valu aux indigènes qui en font partie, le surnom d’Adjalates. Héritiers des Oulad Zekrir, ils sont aussi
anciens, dans le pays, que les Amour, mais plus faibles que ces derniers, ils ont dù se résigner à subir
leur influence. Leur nombre, d’après le dernier dénom-brement, s’élève à 3,382 habitants.
« Avant Parrivée des Français, les Adjalates étaient com-mandés par une djemâa. Lors de
leursoumission, en 1842, on leur donna un caïd. En 1847, ils formaient trois caïdats(1) :
« Les Oulad Sidi Ahmed ben Said sont les descendants « directs d’El-Adjel. Ils sont répartis en 7
douars.
« En 1864 le caïd Si Mohammed ben Mouaz resta fidèle avec « le douar Sidi El-Adeb ; il rejoignit avec
ses cavaliers la « colonne du général Yusuf.
« En 1867, lors de l’annonce de l’approche de Sidi Kaddour « ben Hamza, ils s’enfuirent sur le
territoire des Harrar.
« ainsi nommés parce qu’ils ont quitté les Adjalates, après une « discussion, pour aller habiter un
autre pays (1).
«Les Oulad En-Nasser ont fait défection en 1864. En 1867, «ils s’enfuirent d’El-Beïda à Boghar et ne
rentrèrent chez eux « qu’après le combat d’El-Mahdi.
« Les’Oulad Sidi Brahim ont leurs quatre douars dans la « vallée de l’oued Berkana : ce sont les Oulad
Sidi Abd-el-Kader, « lesOulad Merabtine, les Oulad Bòucherit et les Oulad Mezzien. « Une fraction du
douar Merabtine vient de Tadjerouna.
« En 1864, ils ont fait défection, mais Si HHamza les abandonna « parce qu’ils n’avaient que des
bœufs comme moyens de 《transport.
« En 1867, ils furent razziés sur l’oued Sebbague, près de « la kouba de Si-Belkassem, par Kaddour
ould Hamza. Ils se « sauvèrent alors dans le kef de Sidi Zid et de là à Taguine. »
Un troisième groupe, celui-ci d’origine berbère, comporte une population de 1,845 âmes. Il est
composé des successeurs des Beni Rached, les Demmer. Leur berceau est une monta-gne de la
provincé de Tripoli, formant l’extrémité occidentale de la chaine quí s’étend au Sud de cette ville,
jusqu’aux environs de Cabes, On appelle les habitants de cette montagne Ait Demmer ou Aïd
Deunner (Ibn-Kaldoun, t. I, p. 80).
23
«Les descendants des Demmer sont les Ghementa, les Oulad « Ali ben Ameur et une partie des Oulad
Yacoub-el-Ghaba (1).
« Les Ghementa, 543 âmes, habitaient autrefois à l'Est de al'oued Morra; à larrivée des Arabes dans
le pays, ils « cherchèrent asile dans les forêts et les terrains accidentés « qui avoisinent le Haut-Mezi.
« Les Oulad Ali ben Ameur, 802 âmes, ont quatre douars « dans l'annexe d'Aflou, dans la région du
djebel Gourou; « les autres dépendent de Laghouat et de Djelfa.
《 Les Oulad Yacoub-el-Ghaba, 1,549 âmes, habitent El-« Ghicha et Enfous. Les premiers habitants
d'El-Ghicha furent « les Mouissat qui ont tous disparus. Les Oulad Riah des « Amour ont occupé le
ksar après eux et en ont vendu les « propriétés à des indigènes de provenances diverses qui ont 《
formé la tribu actuelle des Oulad Yacoub-el-Ghaba.
« Ils comprennent quatre douars : les Oulad Serour, les « Bellâa, les Khoualids (formés de Harrar) et
les Mekabi.
« En 1864, les Oulad Sidi-Cheikh vinrent détruire les « jardins d'El-Ghicha. Les Oulad Yakoub-el-Ghaba
pactisèrent « avec eux, mais ne sortirent pas du pays.»
Enfin, en dehors des groupes que nous venons d'indiquer, la population de l'annexe d'Aflou
comporte également deux tribus étrangères détachées en 1872 du cercle de Géryville. Ce sont les
Oulad Sidi,En-Nasseur (1,448 âmes) et les Oulad Yacoub Zerara qui se divisent en Gharabas (1,928
âmes) et Cheraga (1,495 âmes).
《 Les Oulad Sidi En-Nasseur se disent Cheurfa et descen-« dent d'un marabout originaire de
Mazouna qui vint, sous « les Tures, se fixer sur l'oued qui a depuis porté son nom. “Ses descendants
ont toujours été tributaires des Amour « pour les terres de culture qu'ils leur louent. Les Oulad
Yacoub Zerara sont issus des Hilal ui
TADJEROUNA ET EL-MAA. - a Le ksar de Tadjerouna « fut fondé en l'année 1006 de l'hégire par un
nomtmé Si El-« Mihoub ben Mohammed ben Youssef, qui est l'ancètre des «Oulad Sidi-Youssef,
habitants actuels du ksar (751 ámes).
«Ils gardent les grains des Ou'ad Yacoub Zerara et ont « quelques troupeaux.
« En 1864, ils sont restés fidèles. Ils comprenaient les « quatre douars des Oulad ben Aïssa, Oulal Sidi-
Chenaff, «-Oulad Sidi-el-Milhoub et Medabih, d'El-Maïa.
« Ee ksar d'El-Maia appartenait jadis aux Ahl-el-Haoud «(Laghouat de Stitten). Si ben Haméida céda le
terrain aux « Oulad El-Gharbi, qui construisirent le ksar; battus par les 《Makena, ils se réfugièrent à
Kadra. Le ksar fut repeuplé « avec les Oulad Sidi-Youssef et les Medabih.
« En 1864, ils firent défection et se retirèrent au M'zab. 《La colonne du général Deligny détruisit le
ksar en 1865. »
de Frendah.. 280,676
d'Aflou... 947,500
Même réduite à 2,540,858 hectares, la surface d'une com-mune paraît singulièrement élendue si on
la compare à ses scæurs du Tell ou de la métropole.
Comparée aux anciennes provinces de France, elle viendrait comme súrface, immédiatement après la
Bourgogne(2,600,000) et avant la Lorraine (2,224,000).
Ses dimensions sont devenues il est vrai plus modestes, mais elles sont encore respectables, car avec
les 2,102,500 hec-tares qui lui restent elle peut presque se mesurer avec`la Provence et dépasse
l’Orléannais et le Poitou.
Nous avons vu que depuis sa création elle avait donné naissance à deux communes mixtes civiles
lesquelles sont elle-mêmes appelées à se subdiviser en communes de plein exercice au fur et à
mesure de la mise en valeur du sol.
L’euvre. De transformation pacifique continue tous les jours, - Trézel et son territoire ne tarderont
pas à être rattachés au régime civil – puis ce sera le Nador entier livré à la colonisation et plus tard,
dans un avenir encore lointain, le djebel Amour, avec son territoire fertile, sera lui-même colonisé.
Les communes indigènes, en général, et surtout celle de Tiaret-Aflou, doivent donc être considérées
comme d’immenses réserves territoriales appelées à répondre au développement progressif de la
colonisation.
Elles disparaitront un jour, mais elles auront joué un rôle considérable dans l’histoire algérienne en
habituant les popu-lations indigènes au respect de l’autorité, en assurant la sécurité, en préparant
l’avenir et en rendant, ainsi possible, P’euvre de cívilisation entreprise par la France en Algérie.
FABRE.
Carte
Page blanche
…
Par,CAMILLE FIDEL
PREFACE DE L'AUTEUR
La question d'Occident, autrement dit la question de l'avenir du Maroc, a pris dans ces dernières
années pour les puissances de l'Europe occidentale, et en particulier pour la France, une importance
de plus en plus grande, un intérèt d'actualité de plus en plus immédiat : à l'heure présente la solution
en paraît certes moins éloignée que celle de la question d'Orient. En ce qui concerne la France, on
peut dire qu'aujour-' d'hui la solution de la première question l'intéresse beaucoup plus que celle de
la seconde. En effet, l'axe de notre politique méditerranéenne parallèlement à celui de notre
politique africaine, s'est déplacé de l'Est à l'Ouest. La France a eu pendant longtemps une influence
prépondérante dans l'empire Ottoman et en Egypte; mais aujourd'hui l'Egypte est une possession
anglaise de fait, en attendant l'annexion officielle, et dans l'empire Ottoman, l'influence française
lutte de
(1) Cette remarquable Etude commerciale paraitra dans deux numéros successifs de notre Bulletin. E
le sera précédée d'une préfaee de M. Mou-liéras, qui sera publiée dans les exemplaires du tirage à
part commandé par l'auteur. (Note du Comité de Rédaction).
24
Plus en plus difficilement contre les progrès des autres nations. Mais si nous n’avons plus dans
l’ensemblé du bassin de la Méditerranée la situation privilégiée que neus y occupions il y a moins
d’un demi siècle, du’ moins notre prépondérance tend à s’affirmer de plus en plus dans le
bassimoccidental de cette mer. D’autre part la consolidation de la domination française en Algérie,
l’occupation de la Tunisie, la conquête du Touat, la jonction établie à travers le Sahara entre nos
possessions méditerranéennes et nos colonies ‘de l’Afrique occidentale, nos territoires du Niger, du
Tchad et du Congo, ont eu pour résultat la formation d’un immense bloc compact, l’Afrique
française. Du Nord-Ouest, qui ne présente de solution de continuité que dans la région côtière où se
trouve un certain nombre d’enclaves d’inégale importance dont lá plus considérable est le Maroc. Ce
pays, complément naturel de nos possessions méditerranéennes avec lesquelles il forme un seul
ensemble géographique, est à cause de sa valeur économique et des avantages de sa situa-tion au
point de vue des communications entre l’Atlan-tique et la Méditerranée un objet de convoitise de la
part de plusieurs grandes puissances européennes, notam-ment la France, l’Espagne, l’Angleterre et
l’Allemagne. Le récent accord franco-italien relatif à la Tripolitaine… et peut-être au Maroc, est une
preuve que notre diplo-matie ne perd point de vue la question d’Occident,et nous ne serions point
surpris si des accords analogues venaient à être conclus par la France avec l’Espagne, l’Angleterre et
l’Allemagne, puissances dont les inté-rêts au Maroc sont infiniment plus considérables que ceux de
l’Italie, mais qui pourraient être amenées à la reconnaissance formelle de la situation prépondérante
de la France par des concessions faites soit au Maroc même, en ce qui concerne l’Espagne et
l’Allemagne, s sueb tiosdu globe, en ce qui concerne l’Angleterre.
Solution de la question d’Occident, la situation actuelle et l’avenir politique du Maroc ayant fait
l’objet, surtout dans ces derniers temps, d’ouvrages et d’articles aussi nombreux que compétents.
Mais le côté économique de la question, le plus important à notre avis, nous a paru avoir été laissé
quelque peu dans l’ombre et nous nous sommes proposé de combler cette lacune. Nous avons pensé
qu’à un moment où l’avenir du Maroc donne lieu dans notre pays à de légitimes et sérieuses
préoccupations, il pouvait y avoir intérêt à faire con-naitre la situation que la France y occupe au
point de vue éçonomique et les perspectives de développement des relations commerciales franco-
marocaines. Notre étude sur le commerce du Maroc est basée sur les résultats de l’année 1900, les
plus récents que nous ayons pu nous procurer au complet. Nos renseigne-ments sont éxtraits de
rapports consulaires français, anglais, allemands, etc , de statistiques officielles, d’ouvrages
d’explorateurs et de géographes, d’articles de revues et de journaux, de brochures spéciales, de
projets, etc. Un voyage que nous avons entrepris en juillet 1902 dans l’Oranie et sur la frontière
marocaine, nous a permis de compléter ces données sur certains points intéressant particulièrement
le commerce fran-çais. Nous remplirons le plus agréable des devoirs en adressant l’expression de
notre profonde gratitude à toutes les personnes qui tant en France qu’en Algérie, aux colonies et à
l’étranger, ont bien voulu nous aider de leurs conseils et de leur expérience, et dont le pré-cieux
concours nous a permis de mener à bonne fin notre travail, en facilitant des recherches souvent
pénibles et ingrates.
15 septembre 1902.
[Link].
INTRODUOTION
Actuellement le Maroc tient bien peu de place dans le concert des nations, et lorsque la presse
s'occupe de ce pays, ce n'est, la plupart du temps, que pour signaler soit une -nsurrection, soit
quelque acte de brigandage ou quelque crime dont un étranger y a été victime, fait qui entraîne
presque toujours une demande de réparation de la part de la puissance à laquelle appartient cet
étranger. Aussi le Maroc jouit-il d'une réputation détestable, justifiée peut-être jusqu'à un certain
point, mais qui a eu pour conséquence de faire naitre sur ce pays des idées fausses et préconçues.
Bien que situé à la porte de l'Europe, le Maroc est resté jusqu'à ces derniers temps un des pays les
moins connus du monde entier, et l'on se fait fréquemment illusion sur sa valeur économique : le
plus souvent on le considère comme un pays aride, peu fertile et peu habité ; parfois au contraire, on
exagère ses richesses naturelles et sa productivité. La vérité est entre ces deux extrêmes, et les
nombreuses explorations dont le Maroc a été le théâtre au cours de ces dernières années
(explorations auxquelles les Francais ont pris la plus large part) ont eu pour résultat de fixer les idées
sur sa valeur réelle.
La partie occidentale de l'Afrique Mineure est désignée par les Marocains sous le nom de El R'arb→xl
(l'Occident). Ils se donnent à eux-mêmes le nom de Mr'arba i,Les (Occi-dentaux), au singulier Mr'arbi
Slae. En arabe littéral,le Maroc est appelé El Mar'rib ou El Mag'rib ,all, et non El Mar'reb ou El
Mag'reb, qui signifie l'heure du coucher du soleil O). Quant à l'appellation française de Maroc (en
anglais
‘M. Fischer et d’autres explorateurs, une des régions les plus riches qui existent.
On a prétendu qu’aux produits des régions tempérées, le Maroc joignait ceux des pays tropicaux, tels
que la canne à sucre,le café,le coton : c’est là évidemment une exagération. « L’Afrique Mineure tout
entière, dit en effet M. Doutté, offre « ce caractère exceptionnel d’être un pays chaud où il ne « pleut
que l’hiver, ce qui est le contraire de presque tous les « autres climats chauds ; il ne faut donc pas
espérer y trans-« planter des végétaux tropicaux et équatoriaux dont la culture « se fait dans des
conditions climatériques opposées.»(1) Mais il n’en est pas moins vrai que les productions végétales
du Maroc sont extrêmement variées. Dans les régions agrico-les, le sol à peine gratté par la charrue
produit d’excellentes récoltes de toutes espèces de grains et de légumes à cosse. Dans d’autres
régions la vigne est florissante, bien qu’elle soit cultivée de la manière la plus primitive (‘). Les
grandes plaines de la zone des cultures, surtout entre le Sbou et le Tensift, produisent des céréales
de toutes sortes : blé, orge, maïs, etc. L’exportation du froment et de l’orge ayant été longtemps
interdite, la culture de ces céréales n’a pris aucune extension ; mais la superfcie des champs où l’on
cultive le maïs, les pois, les haricots, les lentilles, tous grains dont l’exportation est autorisée, ne
cesse de s’accroître (3). Malgré les procédés rudimentaires de culture en-usage au Maroc, le rapport
de la terre est extraordinaire ; malheureusement, le pays est fréquemment affligé comme l’Algérie et
la Tunisie, par le fléau des sauterelles. Les agglomérations urbaines sont entourées de riches jardins
produisant des fruits et des légumes d’une diversité infinie. Les pentes de l’Atlas sont partiellement
couvertes de vastes forêts, le déboisement étant moins avancé ‘au Maroc qu’en Algérie ; mais là
aussi les pâtres ont l’habi-tude d’incendier les bois afin de renouveler la végétation des
(1) E. Doutté. Rapport sommaire sur une mission d’étuces au Maroc. Supplément au Bulletin du
Comite de l’Afrique francaise de décembre 1901. (2) Rapport de M. Maclean, consul
britannique. Foreign Office-Annual
Series n° 2323.
Pâturages(1) ; d’autre part, l’exploitation de ces forêts est entravée par le manque de voies de
communications, et le débit irrégulier des fleuves qui ne permet pas le flottage des bois (2). Ces
forêts se composent de noyers, d’amanliers, d’oliviers, de pins, de cèdres, etc. Elles pourraient
fournir une grande quantité de bois de construction. On trouve également des chênes-lièges dans le
Nord de l’Atlas ; mais il ne semble exister au Maroc de forêts sérieuses de cette essence qu’à la lisière
méridionale du Rif, d’après M. de Segonzac. Une espèce particulière au Maroc est l’arganier, dont le
fruit renferme un noyau qui donne une huile dont l’avenir industriel est au moins incertain : à part
celte exception, le Maroc produit à peu près les mêmes espèces que l’Algérie et la Tunisie. Quant aux
oasis du versant méridional de l’Atlas, el’es renferment’des quantités considérables de pal-miers et
de dattiers ; les dattes du Tafilelt sont particulièrement recherchées.
L’élevage est, avec l’agriculture, la seconde grande ressource du Maroc, à cause de la grande
étendue de la zone des pâturages. O. Lenz donne l’évaluation approximative suivante des animaux
domestiques dans ce pays : moutons, 40,000,000 ; chèvres,11,000,000 ;beufs,5,500,000 ; ânes et
mulets, 4,000,000 ; chevaux,500,000 ; chameaux,500,000. Les moutons et les chèvres sont
particulièrement nombreux dans le Sud, les beufs dans le centre. M. Doutté estime que l’élevage des
bæufs et des moutons, des premiers surtout, fournit la source de richesse la plus abondante à celle
des puissances européennes qui chercherait à mettre en valeur le Maroc (3). La race bovine est
petite, mais agile, vigoureuse, sobre et docile ; elle se prête à tous les travaux et à toutes les
transformations et sert à la fois au trait et à la boucherie (4). L’exportation des animaux vivants est
interdite, sauf de rares exceptions en ce qui concerne les bœufs ; elle existe, il est vrai, sur la
frontière algérienne. La laine, les peauc de
moutons et de chèvres, font l'objet d'un commerce important. Quant à l'industrie pastorale, elle est
pour ainsi dire dans l'enfance, et les épizooties sont fréquentes. Les pêcheries,sur les côtes du Maroc,
sont aussi une importante source de richesse(1).
La richesse du sous-sol ne le cède en rien à celle de la surface ; mais les recherches et l'exploitation
minières étant rigoureusement interdites, on se trouve encore à ce sujet, dans le domaine des
conjectures. M. Fischer signale la ressem-blance qui exisle, au point de vue de la constitution
géologique entre le Vorland, c'est-à dire la région comprise entre l'Atlas et l'Atlantique, et le haut
plateau de la Péninsule ibérique, lequel est très riche en minerais de toutes sortes-et notam-ment en
houille (Puertollano, Belurez, Asturies). Le plus connu des gisements de minerai de fer au Maroc est
le Djebel Hadid, à 22 kilomètres au Nord-Est de Mogador où l'on trouve des traces d'exploitations
très anciennes, mais dont on n'extrait plus de minerai depuis longtemps ; ce minerai est très riche : il
contient 58 % de fer, d'après l'examen auquel il a été procédé sur des échantillons envoyé à Marseille
par l'ancien consul français Beaumier. Mais la région la plus riche du Maroc au point de vue minier
est sans contredit le Sous, qui renferme du minerai de fer et probablement aussi des gisements
d'argent et d'or ; le minerai de cuivre y est particulièrement abondant. M. Fischer se demande
cependant si les minerais du Sous peuvent encore être exploités avec avantage(2).
L'Atlas et le Rif sont également riches en minerais : fer, cuivre, plomb,·antimoine, étain, nickel, argent
et [Link] affleurements de houille auraient été découverts dons le voisi-nage de la rivière Martil
(près de Tétouan). Sur la côte on trouve un grand nombre de lacs salés (lac Sima, dans la pro-vince de
Ahmar, à 78 kilomètres de Saffi); les rivières salées sont également nombreuses (Oum-er-Rbia) ; enfin
les dépôts
(1) Voir G. Wolfrnn. Le Marac. Etude commerciale et agricole,p.. (2) Th-Fischer « Dic Bodenschaetse
Marokkos »,Zeitschrift für Praklische Geologie, avril 19J0.
De sel gemme y sont très communs (environs de Fez). Dans les enviröns de Marrakech se trouvent
desgisements de marbre. Actuellement il ne peut être question de l’exploitation de ces richesses
minières, car non seulement elle est interdite, mais encore elle est rendue impossible par l’absence
complète de toute industrie appropriée et de tout moyen de transport. Pour le cas seulement où le
Maroc passerait sous la domination d’une ou de plusieurs puissances européennes, la mise en valeur
des richesses minières de ce pays mériterait d’être sérieusement envisagée.
Pour le moment il n’y.a lieu de se préoccuper que de celles de ses ressources dont les indigènes
tirent parti et qui sont susceptibles d’un développement plus immédiat, la culture et l’élevage. Quelle
que soit la fertilité du sol, la situation actuelle du fellah marocain est des plus misérables, non
seulement dans le blad-es-siba, ou pays insoumis, à cause des luttes continuelles que les tribus
iudépendantes se livrent entre elles ou soutiennent contre les soldats du Sultan, mais encore dans le
blad-el-Makhzen ou pays du gouvernement, où le malheureux cultivateur, après avoir acquitté des
taxes écra-santes, est encore obligé de disputer sa récolte et ses bestiaux à l’audace des maraudeurs
et à la rapacité des caïds. (1) Aussi ne produit-il que ce qui est strictement nécessaire à ses besoins et
à ceux de sa famille, et la plus grande étendue des terrains est en friche. Si l’on ajoute à cela les
entraves de toute sorte, d’ordre fiscal ou douanier, apportées à la liberté des échanges, l’absence
presque complète de moyens de transports modernes, l’insécurité d’une grande partie du pays,
l’impossibilité pour les Européens de se rendre dans certaines régions qui comptent souvent parmi
les plus riches, l’opposition que ren-contrent ces derniers de la part du gouvernement marocain a
l’acquisition de la propriété et à la création de n’importe quel genre d’entreprises, on conviendra
qu’on se trouve en présence d’un ensemble de circonstances singulièrement défa-vorables au
développement économique du pays. Cet état de
Choses qui existe depuis des siècles pourrait durer indéfini-ment si le Maroc, quelque réfractaire qu’il
soit à toute tentative de pénétration, ne commençait pas à ressentir l’action de la civilisation
européenne qui resserre de plus en plus étroitement le cercle dont elle l’entoure. A une époque où
toutes les nations civilisées, trop à l’étroit à l’intérieur de leurs frontières, se répandent au dehors
pour trouver un aliment à l’activité de leurs nationaux et de nouveaux débouchés à leur production
sans cesse grandissante, il est inadmissible qu’un pays riche et peuplé (1), situé à la porte de l’Europe
et jouissant d’une position géographique indispensable sur deux mers et sur un des passages les plus
importants du commerce maritime international, s’obstine à rester fermé aux tentatives d’expan-
sion économique des pays voisins. Nous assisterons donc, semble-t-il, dans un avenir plus ou moins
rapproché, à une transformation radicale de ce dernier rempart de l’Islam, sous la pression
irrésistible d’�