Mémoire M2
Mémoire M2
MASTER 2 RECHERCHE
ETUDES POLITIQUES
30 JUIN 2010
3
Avertissement
Remerciements
Je remercie également les professeurs qui ont participé à ce projet, tant sur le
plan intellectuel que méthodologique, en particulier M. Diamanti pour son aide
précieuse sur la question du populisme, M. Lambert pour avoir aiguisé ma curiosité
envers sa sémiotique de la croyance, M. Millet pour son influence holiste et
constructiviste et M. Chevallier pour tous ses conseils méthodologiques.
Je tiens enfin à remercier toutes les personnes qui ont influencé ce travail : les
amis à la base de ce projet, Yannick, Hannah, François et Marion, et les personnes qui
m'ont permis d'ouvrir de nouvelles pistes de réflexion.
Ces remerciements sont bien plus qu'une obligation méthodologique. Ils sont la
preuve qu'un mémoire est aussi un travail collectif, issu d'une réflexion à plusieurs
niveaux et de nombreuses discussions.
5
Sommaire
INTRODUCTION GÉNÉRALE
CONCLUSION
7
8
INTRODUCTION GÉNÉRALE
Le 1er décembre 2003, sur France 3, dans l'émission On ne peut pas plaire à
tout le monde, présentée par Marc-Olivier Fogiel, un scandale prend forme lors d'un
sketch d'un humoriste français. Il s'agit de Dieudonné, qui monte sur scène déguisé en
colon sioniste (treillis militaire, cagoule, chapeau orthodoxe juif et fausses papillotes),
et qui enchaîne provocations cyniques et dénonciation des extrémistes israéliens,
finissant son apparition avec un salut nazi et en criant, tel un instructeur militaire, ce
tristement célèbre : « Isra-heil ! »1. Personne alors ne fait mine d'être choqué, même si
l'on sent que l’animateur de l'émission est un peu gêné par la prestation. Les jours qui
suivent voient la consternation et la protestation quasi unanimes de tous les médias, du
monde politique et associatif2, jugeant le dérapage de l'humoriste comme antisémite et
insultant toute la communauté juive. Très vite interdit de salle par les maires de
plusieurs communes, Dieudonné pense voir derrière ces interdictions les pressions
exercées par le « lobby sioniste » en France et décide de s'engager politiquement contre
« cette force obscure ». C'est alors qu'il décide de créer le parti Anti-sioniste en mai
2009, à l'occasion des élections européennes.
La création de ce nouveau parti nous a semblé alors intéressante car, au-delà des
polémiques et des scandales qu'il a engagés, il nous a paru tel un « opni »3, non pas au
sens strict de Martin, mais comme phénomène politique inhabituel, comme nouvelle
porte d'entrée dans le politique, ambivalente et contradictoire, ciblée et hétéroclite à la
fois, scandaleuse mais discrète. S'attacher à l'analyse du PAS s’est très vite avérée
malaisée, par manque d'informations, de renseignements, et de contacts, elle n'en fut pas
moins passionnante, conduisant à une analyse globale d'un petit parti à travers le prisme
1
Mot d'esprit hasardeux et dont la véracité est controversée puisque certains affirment que l'humoriste a
simplement dit « Israël ! » et n'a jamais associé ce pays à un quelconque concept nazi. Il est en effet
difficile de trancher puisque l'animateur de France 3 parle en même temps et qu'on ne peut donc pas
entendre parfaitement les mots de l'humoriste.
2
Le CSA censure le sketch, le président de France télévision, Marc Tessier, et l’animateur de l'émission,
Marc-Olivier Fogiel, présente publiquement des excuses. Les condamnations des hommes politiques
pleuvent, ainsi que celle de nombreuses associations comme la Licra, le CRIF, ou l’UEJF.
3
MARTIN Denis-Constant, Sur la piste des OPNI (Objets Politiques Non Identifiés), éd. Karthala, 2002.
9
Notre travail qui se veut scientifique a pour but d'analyser une structure
particulière, dans le but d'en déceler les principaux enjeux qui lui sont attachés. Ce sont
tous ces enjeux qui gravitent autour du PAS et qui sont notre ligne de mire, notre
objectif. Y parvenir n'est pas tâche facile. Plusieurs difficultés se sont présentées à nous,
principalement due à la jeunesse du mouvement concerné, au peu d'ouvrage concernant
la question, à l'émotion que suscite la question de l'antisémitisme et aux « débats de
sentiment ». D'autres problèmes, plus théoriques, ont élevé le niveau de difficulté,
comme par exemple les multiples définitions et les nombreux débats dans le monde de
la recherche autour de notions telles que « l'extrême droite », les « lobbys », ou encore
le « populisme ». Il est donc malaisé - et certains diront impossible car trop proche de
nous historiquement, de reconnaître la place du PAS dans la sphère politique française.
4
BARTHOLY Marie-Claude, ACOT Pascal, Philisophie - épistémologie, précis de vocabulaire,
Magnard, 1975. Propos retranscrits par PAOLETTI Marion, cours sur les techniques d'enquête, M1
science politique, Université Montesquieu - Bordeaux IV.
5
POPPER Karl, La Logique de la découverte scientifique, Payot, 1978.
11
avec l'apparition de « partis attrape-tout »6 (catch-all party), voire de « partis- cartels »7,
affiliés au pouvoir politique. Si cette proposition de partis « ad hoc », présentée telle
quelle, peut paraître farfelue et utopique, l'idée sous-jacente de « parti-groupe de
pression », menant bataille contre une offre électorale éclatée et qui voit de plus en plus
leurs différences programmatiques diminuées, a été un des vecteurs déterminants de nos
recherches. Il nous semble alors que les quatre critères classiques de définition des
partis politiques tels que les ont exposés La Palombara et Weiner8 sont aujourd'hui trop
restrictifs pour décrire un parti politique tel que le PAS et doivent être dépassés pour
mieux insister sur « le caractère associatif et relationnel d'un parti politique, composé
d'individus et de sous-groupes qui doivent articuler ensemble leur volonté »9. Grâce à
cette définition plus large des partis politiques, nous nous extirpons des carcans exigus
de la théorie classique des partis, ne voyant dans le PAS qu'un simple « rassemblement
partiel et partial, en concurrence effective ou potentielle avec d'autres
rassemblements »10. Cette liberté nous a permis de nous consacrer à ce qui fait
l'originalité du parti antisioniste, ce qu'il appelle la « nouvelle ligne de fracture » et qui
nous amènera à considérer avec intérêt la théorie de Stein Rokkan selon laquelle
l'existence des partis est étroitement liée aux différents conflits centraux dans une
société11. Nous verrons ainsi comment les leaders du PAS interprètent cette idée, en
faisant de l'axe sioniste/antisioniste, à la suite des axes Eglise/Etat, centre/périphérie,
urbain/rural, possédants/travailleurs, occidentaux/orientaux, le nouveau conflit central
de la société française. Dans un monde de plus en plus complexe, où les institutions
politiques, tels que les partis, semblent entrer dans une crise par rapport à la société
civile, il nous semble important de voir comment se situe le PAS et quels sont les
enjeux qu'il croit attacher à cette posture. Comment celui-ci essaye de renouer avec une
tradition partisane classique, montrant un fonctionnalisme certain et bien en vue pour
chaque citoyen. Le PAS, parti atypique, classé par le ministère de l'intérieur à l'extrême
droite, proche dans le discours des communautés noire et arabe, nous devions nous
6
KIRCHHEIMER Otto, « The Transformation of the Western European Party Systems », in Joseph LA
PALOMBRA Joseph et WEINER Myron (sous la direction de), Political Parties and political
development, Princeton (N. J.), Princeton UniversityPress, 1966, p. 177-200.
7
KATZ Richard S. et MAIR Peter, « Changing Models of Party Organization and Party Democracy : the
Emergence of the Cartel Party », Party Politics, 1 (1), 1995, p. 5-28.
8
Une organisation durable, complète, avec pour objectif la conquête du pouvoir, reposant sur un soutien
populaire, PALOMBRA Joseph et WEINER Myron, Ibid.
9
BRECHON Pierre, Les partis politiques, Montchrestien, Clefs/politique, 2001, p.19.
10
GRAWITZ Madeleine et LECA Jean (dir), Traité de Science politique, PUF, 1985, p.443.
11
LIPSET Seymour M., ROKKAN Stein, Party Systems and Voter alignements, Free Press, 1967.
12
pencher sur sa sociologie électorale et sur les enjeux qu'elle implique. Appréhender
cette problématique n'est pas une mince affaire. Nous avons essayé de replacer nos
travaux dans la lignée de ceux, devenus classiques, de Nona Mayer sur « les
comportements politiques » et « les modèles explicatifs du vote »12. Nous avons essayé
de les enrichir d'études plus hétéroclites sur l'impact des médias et de la violence sur le
vote en banlieue, en gardant toujours un œil sur notre problématique des tensions
communautaires.
12
MAYER Nonna et PERRINEAU Pascal, Les comportements politiques, Armand Colin, Cursus, 1992.
MAYER Nonna (ss la direction de), Les modèles explicatifs du vote, L’Harmattan, 1997.
13
Voir notre bibliographie sélective en fin de mémoire, Image et Propagande – Complotisme et mythe.
14
LAMBERT Frédéric, «Images, langages et médias : essai pour une sémiotique de la croyance», in
Médias, information et communication (ss la direction de LETEINTURIER Christine et CHAMPION
Rémy).
13
affirme que « tout enseignement, s'il est partagé, si l'étudiant se l'approprie, profite à la
recherche et à son écriture »15.
15
Idem, p. 262.
16
TAGUIEFF Pierre-André, Le retour du populisme, un défi pour les démocraties européennes,
Encyclopaedia Universalis, 2007.
17
SOUCHARD Maryse (et al.), Le populisme aujourd’hui, Vallet : m-éditer, 2007.
18
ILVO Diamanti, cours « Régimes politiques comparés», Master 2 Études Politiques, université
Panthéon-Assas Paris II, 2010.
19
WISTRICH Robert (éditeur), ouvrage collectif, Anti-Zionism and Antisemitism in the Contemporary
World, New York, New York University Press, 1990.
14
Certains auteurs, tels que Maxime Rodinson20, insisteront par exemple sur « le
problème juif » comme problème politique et culturel. Pour lui, en tant que marxiste
originel, le sionisme est né d'un sentiment impérialiste et colonialiste, suggérant
l'implantation d'un « état parfait » en Palestine : le sionisme n'est autre qu'une politique
de puissance menée par un groupe qui a réussi à s'imposer aux institutions
internationales. Il rappelle, à l'appui de faits historiques, que les différentes
communautés juives composant la diaspora dans le monde entier n'ont jamais établi de
culture commune, ni politique, ni religieuse, ni territoriale, ni linguistique nécessaire à
la légitimation d'une ethnie en tant que telle. Il n'existerait aucun « substratum
permanent » pour soutenir la construction d'un Etat israélien. Pour d'autres en revanche,
le sionisme est directement dépendant du judaïsme et de la terre d'Israël. Après le
malheur enduré par les juifs, « le sionisme redonne la parole à des opprimés en tant
qu’opprimés »21. Ainsi, pour le sionisme, les juifs constitueraient « une entité distincte
qui ne possède pas seulement des attributs religieux mais nationaux »22. Des auteurs
comme l’historien français Georges Bensoussan, plutôt critique face au nationalisme
banal du sionisme, rappelle quand même aux chercheurs avides de connaissance sur la
question que « sans le substrat religieux, le fait national juif demeure abstraitement
vide »23. D'autres vont plus loin dans la fusion entre sionisme et judaïsme, imposant
ainsi la thèse selon laquelle tout antisioniste est antisémite puisque « le judaïsme a
toujours comporté trois composantes : Dieu, la Torah et Israël, transcrites en gros en
tant que foi, pratique et peuple. Et ce Peuple juif a été conçu comme celui vivant dans
le pays juif appelé Israël. On peut prétendre que l’Etat moderne d’Israël a été fondé
aux dépens des Arabes vivant dans la zone géographique connue sous le nom de
Palestine (il n’y a jamais eu de pays ou de nation appelée Palestine) ; mais cela ne
permet en aucune manière de rejeter le fait indiscutable que le sionisme fait partie
intégrale du judaïsme »24.
20
RODINSON Maxime, Peuple juif ou problème juif ?, (1980) , La Découverte, 1997.
21
BENSOUSSAN Georges, « De quoi le sionisme est-il le nom ? Le sionisme, une décolonisation du
sujet », Controverses, n° 11, mai 2009, p.4.
22
BENSOUSSAN Georges, Une histoire intellectuelle et politique du Sionisme, (1860-1940), Fayard,
2002, p. 277.
23
Idem, p. 867.
24
PRAGER Dennis, « Séparer antisionisme et antisémitisme ? », www.desinfos.com, mardi 30 mai 2006.
15
Enfin, comme une cerise sur le gâteau, nous ne pouvions passer à côté d'une
composante essentielle de la stratégie du PAS, à l'origine de sa formation et portée par
son leader charismatique Dieudonné : l'humour. Si nous adhérons à la thèse d'une
période de crise dans nos sociétés (crise démocratique, crise économique, et plus
largement malaise social…), ce que nous ne manquons pas de faire, nous ne trouvons
pas curieux, bien au contraire, que la position du parti antisioniste, dénonciatrice et
radicale, s'accompagne d'un populisme humoristique. Sorte d' « impératif social
généralisé »27 pour essayer de rendre plus heureux le message délivré, le rire et le
politique sont ainsi amalgamés dans le programme de communication du parti. Dans cet
« ère de dérision universelle »28, le comique est devenu omniprésent, dans les médias,
dans l'opinion publique, sur la scène politique. Cette dernière s'est toujours révélée
frileuse à l'utilisation de l'humour en son sein (nous pensons par exemple avec émotion
à la candidature de Coluche lors des élections présidentielles de 1981). Pourtant, la
tentation ne date pas d'hier : « il faut à la fois rire et philosopher ! » proclamait
Montaigne à la suite de Démocrite. Un précepte aujourd'hui entré dans les mœurs
sociales et qui demandait un réexamen approfondi quant à la position de ce « rire » dans
le cadre de la campagne contre l'antisionisme. Des auteurs classiques tels que Bergson
ou Freud seront à la base de notre réflexion pour essayer de dégager les enjeux
personnels, sociaux et politiques qui découlent de cet humour antisioniste. À la fois
ludique et intelligent, nous espérons que ce paragraphe viendra compléter notre
réflexion sur la fonction latente d'exacerbation des tensions entre communautés.
Ne laissons pas plus longtemps la curiosité intellectuelle envahir le fond de notre
travail. Comme nous y précipite notre méthodologie, notre problématique, ainsi que le
bref état des lieux des connaissances que nous venons de faire, le plan de ce mémoire
s'articulera naturellement autour de deux parties.
Nous commençons ainsi notre exposé par une première partie faisant l'analyse de
la transformation structurelle opérée par le PAS et de son implication dans le système
électoral français.
Puis dans une deuxième partie, nous essaierons de comprendre la stratégie
médiatique mise en place à travers un programme-récit antisioniste et radical.
27
LIPOVETSKY Gilles, L'ère du vide : essai sur l'individualisme contemporain, Gallimard, 1989.
28
MINOIS Georges, Histoire du rire et de la dérision, Fayard, 2000.
17
Comme nous l'avons rappelé en introduction, il est très difficile de dégager une
base bibliographique sur laquelle nous nous appuierions pour comprendre les
mécanismes du PAS. Nous avons donc confronté les données idéologiques dégagées
empiriquement avec quelques cadres théoriques. Pour entamer ce travail de recherche,
en ce qui concerne la construction du parti, sa base intellectuelle, nous avons choisi
deux directions principales. La première, beaucoup plus concrète dans son influence sur
le PAS, est celle de la nébuleuse d'idées antisioniste française (Section 1). La deuxième,
beaucoup plus théorique en France, se rapporte à la filiation au mouvement antisioniste
international (Section 2).
§ 1 : L’antisionisme politico-extrémiste.
Nous parlons ainsi d' « extrémismes » au pluriel, puisque cette résurgence des
vieux discours d'extrême droit et d'extrême gauche sont présents tout à la fois dans le
même discours et ne permettent pas, il nous semble, de coller une étiquette convenable à
ce genre de mouvement. Nous allons donc essayer de voir où se situe le PAS dans cette
convergence des idées extrémistes, de droite comme de gauche.
29
TAGUIEFF Pierre-André, op. cit., 2004, p.82.
30
PERRINEAU Pascal, « L'extrême droite en Europe : des crispations face à la `'société ouverte''», in
PERRINEAU Pascal (ed.), Les croisés de la société fermée. L'Europe des extrêmes droites, Editions de
l'Aube, La Tour d'Aigues, 2001, p. 5-10.
19
On retrouve ici une rhétorique simpliste issue de ses années au Front National,
de ce « combat pour la France »32 : dans une tradition dialectique nationaliste, c'est-à-
dire contre le « mondialisme » ou encore le « cosmopolitisme ». Le PAS revendique le
respect des frontières, qu'elles soient physiques ou idéologiques, puisque la
mondialisation serait au service des grandes puissances occidentales et détruirait
l'identité de chacun en la « noyant dans un grand marché inégalitaire »33. En mettant
l'accent sur la mainmise des « sionistes » sur toutes les composantes de l'État, jusqu'à la
plus régalienne, la plus sacro-sainte, c'est-à-dire les forces armées, Alain Soral ajoute à
son discours une dimension encore plus conservatrice et surtout sécuritaire.
Outre cette idée, on retrouve dans le discours du PAS cette vieille rengaine d'un
monde manichéen, où lui-même représente le bien, contre l'ennemi sioniste, le mal.
Lorsque l'on se place dans cette perspective, aucun débat n'est possible, seule la
violence à sa place pour résoudre le problème que connaît le pays. On est donc bien en
31
Interview par le centre Zara d’Alain Soral, 9 août 2009.
32
Conférence de presse pour les élections européennes, loc. cit.
33
Idem.
34
Interview par Thierry Ardisson d’Alain Soral, 9 août 2009
20
présence d'un modèle violent où la fin justifie les moyens, et où les leaders de ce parti
peuvent se permettre de pratiquer ce que David Martin-Castelnau appelle le
« haineusement correcte »35 contre les pilleurs de nation, contre l'hégémonie extérieure,
contre l'impérialisme, etc. Les termes employés pour parler dans la sphère politique sont
des termes de « lutte », de « combat », d' « objectif final », d' « éradication », etc.
C'est ainsi que l'on peut voir que toute cette « nébuleuse » d'extrême droite
nationaliste, convergente avec une extrême gauche néo-marxiste, tous deux des courants
traditionnels qui resurgissent grâce à Internet en France et à quelques porteurs d'idées
charismatiques, sont clairement à la base idéologique du PAS. Mais son originalité ne
vient pas de ce nationalisme d’extrême droite arrosé d'une sauce prolétarienne d'extrême
gauche. Elle puisse ses ressources dans un nouveau courant de pensée antimondialistes,
née dans les années 70 avec les événements de mai 69 et la guerre des six jours en
Israël, et qui renaît depuis les années 2000 et la seconde intifada en France. Il s'agit de
l'antisionisme islamiste ou tout du moins propalestinien.
35
MARTIN-CASTELNAU David, les francophobes, Paris, Fayard, 2002, p.135 à 166.
36
Page d'accueil du site Internet : http://www.renouveaufrancais.com/.
37
Page d'accueil du site Internet, en annexe 2 : http://www.egaliteetreconciliation.fr/.
21
Sans plonger tout de suite dans la dénonciation facile des écueils du discours
antisémite de l'extrême droite, nous devons relever avant tout ce qui fait la base du
discours du PAS : l'« anti-atlantisme post seconde guerre mondiale » et ses
répercussions sur l'État d'Israël. Le PAS revendique en effet son idéologie en filiation
directe avec les idées du Général de Gaulle qui, dans un discours fondateur pour le
PAS38, semble selon les cadres du parti expliquer ce qu'est le sionisme et pourquoi
celui-ci deviendra dangereux. C'est là le point de départ de convergence entre la
nébuleuse extrémiste que nous avons dégagée plus haut et l'antisionisme islamiste. Une
convergence d'ailleurs très bien représentée par la présence de Jean-Marie Le Pen,
leader de l'extrême droite française avec le FN, aux divers rassemblements du centre
Zahra France39 dont le « but est de faire connaître le message de l'Islam à travers le
regard du Prophète et de sa famille »40.
38
Discours en vidéo et en texte sur le site du PAS et reproduit en annexe 3.
39
Présence notamment lors de la cérémonie fêtant le 30e anniversaire de la révolution islamique d’Iran
à Paris : http://www.dailymotion.com/video/x8c5s5_la-verite-du-president-le-pen-inter_news .
40
Voir le site Internet http://www.centre-zahra.com/ .
22
On arrive donc sans mal à faire le lien entre les propositions d'extrême droite
nationaliste, protectrice de la nation française contre « l'envahisseur américano-sioniste
», et des groupes d'intérêts islamiques dénonçant les conditions de vie en Palestine et
plus largement le colonialisme ou le ségrégationnisme israélien. D'où ce slogan lancé
par le GUD en 2002 : « à Paris comme à Gaza, intifada ! », repris depuis par plusieurs
organisations que l'on qualifierait plutôt « de gauche » pour organiser des
manifestations partout en France, à l'effigie des drapeaux du Hamas ou du drapeau
palestinien. Il ne s'agit pas ici comme le font certains auteurs de dénigrer cette cause
palestinienne. Bien au contraire, nous sommes conscients de son importance et du rôle
du gouvernement israélien dans le malheur de ce peuple. Ce qui nous intéresse ici est de
savoir comment certaines organisations ont récupéré cette cause pour l'importer en
France et en faire un cheval de bataille « antisioniste absolu », c'est-à-dire « fondée sur
un amalgame polémique entre juifs, Israéliens et sionistes »41.
pour avoir tenu des propos antisémites. Aujourd'hui, elle s'occupe d'une organisation
propalestinienne, farouchement antisioniste, Entre la plume d'enclume, destiné à « taper
sur les sionistes jusqu’à plus soif, à l’endroit, à l’envers, d’en haut, par en dessous, de
travers, en les retournant dans tous les sens »43.
occidentaux dans un pays déjà habité par un peuple, sous prétexte de réparation d'un
dommage causé (la Shoah). De ce principe, jamais appliquée par l'ONU - ou par
quelque autre partenaire influent sur la scène internationale, découle incidemment celui
de « résistance à l'oppression, pensé comme droit fondamental »47. Cette
« palestinophilie néo-gauchiste », comme la nomme Taguieff, est loin d'être une
faiblesse de cœur et se base sur la réalité des faits, mais emporte avec elle quelques
lacunes de compréhension dans un monde aussi complexe. À la suite de l'Abbé Pierre
qui déclarait en 1991 : « je constate qu'après la constitution de leur État, les Juifs, de
victimes, sont devenus bourreaux »48, nombreux furent les hommes de gauche à se saisir
du problème palestinien dans ce qu'il a de plus tragique, en accusant Israël de tous les
maux de l'humanité. Ce discours peut même, à l'extrême, devenir caricatural et desservir
la cause des palestiniens. Magyd Cherfi, le leader du groupe Zebda, rappel ainsi dans
une interview :
s'agit aussi pour la plus éclectique d'entre elles, le Centre Zahra France, d'organiser des
manifestations regroupant tous les lobbys ou les groupes d'intérêts autour de la question
palestinienne, de la défense et de la glorification du régime iranien ou encore de
l'altermondialisme français. Deux exemples de ces organisations, de ces groupes
d'intérêts, tous deux dirigés par un futur fondateur du PAS, Yahia Gouasmi, qui est
devenu aujourd'hui le principal animateur de ces organisations sur Internet. Ce même
Gouasmi qui, en voyage à Téhéran pour fêter le 30e anniversaire de la révolution
islamique d’Iran, déclare dans une interview d'une chaîne télévisée iranienne : « les
occidentaux ne sont pas libres. Ils sont dans une prison. La prison du
sionisme (…) demain, l'Iran sera le symbole de toute l’humanité et Israël la malédiction
»50. Le lendemain, il se rend à Téhéran, sur la place d’Azadi, où a lieu la plus grande
manifestation de soutien au régime et à la révolution islamique, et surenchérit sur la
chaîne de télévision Sahar : « un jour viendra où le monde changera et c'est à partir de
Téhéran que les choses vont changer. Dieu a voulu pour changer le monde nous
ramener cet islam vivant de notre bien-aimé prophète »51.
50
Interview donnée à la chaîne IRINN (Islamic Republic of Iran News Network), 09 février 2009.
51
Yahia Gouasmi, Sahar TV, Téhéran, place d’Azadi, 10 février 2009.
26
52
TAGUIEFF Pierre-André, Prêcheur de haine, op. cit., 2004, p.15.
53
Résolution 3379 de l’Assemblée générale de l’ONU, votée le 10 novembre 1975. Elle sera abrogée le
16 décembre 1991, avec la résolution 46/86, par ces quelques mots : « THE GENERAL ASSEMBLY,
DECIDES to revoke the determination contained in its resolution 3379 of 10 November 1975 ».
54
KOTEK Joël et Dan, Au nom de l'antisionisme : L'image des Juifs et d'Israël dans la caricature depuis
la seconde Intifada, Complexe, 2005.
27
1. L'existence d'un peuple juif, Peuple élu selon les écrits de la Torah.
2. L'incapacité des autres peuples a accepté ce peuple juif parmi eux et
son corollaire, c'est-à-dire l’impossibilité pour les juifs de s'assimiler
avec d'autres populations.
3. La conséquence des deux derniers points : la nécessaire création d'un
État juif, à l'emplacement de la Terre sainte d'où ils ont été exilés :
« tout roule sur la force motrice. Et qu'est cette force? La détresse
des Juifs »55.
Cette théorie se base sur les écrits saints juifs, en apparence du moins, car dès sa
parution, certains intellectuels et religieux juifs orthodoxes s'élèvent contre ce projet,
qu'ils jugent être une utopie laïque en contradiction avec l'esprit des écritures. Deux des
plus célèbres d’entre eux, Rabbi Yoel Teitelbaum56 (1887-1979) et Rabbi Elchonon
Wasserman (1875-1941), furent les premiers à dénoncer toute forme de sionisme en se
basant directement sur une autre interprétation de la Torah. Là où Théodore Herzl croit
55
Herzl Theodore, Der Judenstaat, Herzl Press, 1896, préface.
56
Son livre, Vayoel Moshe, Brooklyn, New York, Jérusalem Book Store, 1985, écrit en 1958, est
considéré comme le texte fondateur de la théorie juive antisioniste.
28
en la volonté de l'homme pour rétablir le peuple juif sur sa terre, les deux rabbins
orthodoxes croient au contraire que la pérennité du peuple juif passe par la volonté de
Dieu et de son messie. Ainsi, on ne peut pas pousser le destin religieux d'un peuple par
de simples politiques humaines. Ils ne remettent pas en cause l'existence du Peuple élu
mais insiste sur le fait que celui-ci peut très bien s'assimiler avec d'autres peuples
puisque c'est Dieu qui les a disséminés dans le monde. Toute tentative de contrecarrer le
projet divin est une offense et doit conduire à la destruction de l'identité juive.
57
RABKIN Yakov M., Au nom de la Torah. Une histoire de l'opposition juive au Sionisme, Presses de
l’Université Laval, Montréal, Canada, 2004, p. XIV.
58
BARNAVI Élie, « Sionismes », in BARNAVI Élie et FRIEDLÄNDER Saul, Les juifs et le XXe siècle -
dictionnaire critique, Calmann-Lévy, Paris, 2000, p.218.
29
musulmans ? Mais contre qui alors ? », Gouasmi répond tout aussi habilement :
« contre le sionisme bien-sûr. Nous avons déjà une alliance, vous pouvez regarder et
vous documentez, une alliance avec les juifs contre le sionisme »62. Le rabbin Borreman
fera même parti de l'affiche de la campagne électorale aux côtés de Dieudonné,
Gouasmi et Soral (voir annexes 5).
C'est cet argument que développera plus tard Dieudonné sur ses scènes de
spectacle et dans ses interviews politiques, notamment à Alger en 2005 (annexes 8) ou
l'humoriste parle « de pornographie mémorielle », reprenant l'expression d’Edith Zertal
dans la version anglaise de son livre65, pour dénoncer tout le tapage fait autour de
l'Holocauste et la manipulation du peuple par ce sentiment de culpabilité. Cette
manipulation serait organisée par le CRIF, « organe d'inquisition », qui contrôle tout ce
que disent les gens. Dieudonné prend ainsi à la fin de l'interview l'exemple de son ami
Djamel, qui le soutient en privé mais pas en public, preuve pour l'humoriste antillais du
bâillonnement dont il fait preuve.
64
FINKELSTEIN Norman, L’industrie de l’holocauste, reflexion sur l’exploitation de la souffrance des
juifs, La Fabrique, Paris, 2001, p.44 et suiv.
65
Idith Zertal, La nation et la mort - La Shoah dans le discours et la politique d'Israël, La Découverte,
2008.
32
essentielle et intrinsèque » (article 4). Enfin, l'article 15 est le plus intéressant en ce qui
nous concerne puisqu'il dispose que « la libération de la Palestine (…) est un devoir
national et vise à repousser l'agression et l'impérialisme sioniste contre le foyer arabe,
et vise à l'élimination du sionisme de la Palestine ». En disposant ainsi, et en insistant
sur le fait que « la partition de la Palestine en 1947 et l'établissement de l'état d'Israël
sont entièrement illégaux » (article 19), l'OLP refuse de reconnaître l'État d'Israël et le
tient pour seul responsable de l'état actuel de la Palestine. L’impérialisme sioniste,
gangrène pour les peuples arabes, doit être éradiqué par tous les moyens, notamment la
violence et la lutte armée. Ce discours structuré dans une charte se retrouve
fréquemment dans le discours du PAS qui s'en sert comme une déclaration de bonne foi
et s'appuie dessus comme un texte primordial dans le droit international.
Le mouvement des Frères Musulmans a été fondé en Egypte dans les années 20.
Après la Guerre des six jours en 1967, elle décide de mener des actions en Palestine,
notamment dans la bande de Gaza. Alimenté par la rage des nationalistes palestiniens
islamistes, bénéficiant de moyens financiers et matériels importants de la part de pays
arabes étrangers (notamment l'Arabie Saoudite), elle s'impose peu à peu dans le paysage
comme « un mouvement sociétal ne visant pas à conquérir le pouvoir, mais à
transformer la société »67. Issu de ce mouvement, le centre islamique de Gaza est crée
en 1973 et dirigées par le cheikh Ahmed Yassine. Après la première intifada de 1987, le
mouvement se radicalise sous l'influence des nationalistes palestiniens et ces derniers
décident de se lancer dans la lutte sans merci contre Israël. Cette période marque l'acte
de naissance du Hamas qui adopte sa charte constitutive68 le 18 août 1988, entérinant
dans le texte sa filiation directe avec le mouvement des Frères Musulmans et ses
objectifs finaux : l'éradication d'Israël et du sionisme sur les terres de la Palestine, puis
la création d'un État palestinien indépendant respectant la loi de la charia. La charte
constitutive du mouvement est de loin la plus radicale contre le sionisme, et fait même
67
FRANÇOIS-PONCET Jean et CERISIER-ben GUIGA Monique, au nom de la commission des affaires
étrangères, rapport d'information du Sénat, n° 630 (2008-2009), 25 septembre 2009, « le Moyen-Orient à
l'heure nucléaire », p.29-30 : http://www.senat.fr/rap/r08-630/r08-63013.html.
68
Charte du Hamas publiée en 1988 (traduction de Jean-François Legrain, chercheur au
CNRS) http://www.gremmo.mom.fr/legrain/voix15.htm
34
parfois preuve d'un antisémitisme avéré, caché sous des considérations historiques ou
religieuses.
On peut lire ainsi à l'article 32 : « le plan sioniste n'a pas de limite ; après la
Palestine, ils ambitionnent de s'étendre du Nil à l'Euphrate. Lorsque ils auront
parachevé l'assimilation des régions jusqu'aux quelles ils seront parvenus, ils
ambitionneront de s'étendre plus loin encore, et ainsi de suite. Leur plan se trouve dans
les Protocoles des Sages de Sion. » L'utilisation de ce faux célèbre censé décrire le plan
d'un complot juif international est le principal document de propagande antijuive du
XXe siècle dans lequel les juifs incarnent l'ennemi absolus, assoiffés de sang et
mystiques, déployant leurs mains agiles sur la planète entière69. Aujourd'hui, cette
conspiration juive internationale s'est peu à peu transformée dans le discours en complot
sioniste mondial. L'article 22 est encore plus révélateur et se rapproche grandement des
déclarations faites par quelque leader du PAS :
69
Pour une explication plus complète, voir Taguieff, Les Protocoles des Sages de Sion: Faux et usages
d'un faux, Fayard, 2004.
35
70
AL-RANTISSI Abdel Aziz, “Which is Worse - Zionism or Nazism?”, in Al-Risala, 21 août 2003.
71
CAPJPO-EuroPalestine, « Le Hamas ne soutient pas le Parti Antisioniste », 2 juin 2009,
http://www.europalestine.com/spip.php?article4154.
36
entre autres avec le chef du Hezbollah, photos de la rencontre à l’appui (voir annexes 7
»). L'Iran, dont l'idéologie antisioniste viendra renforcer la base idéologique du PAS.
Des amitiés très controversées depuis que le président iranien a déclaré en 2005
être tout à fait d'accord avec les propos de l’Ayatollah Khomeiny sur le fait que « Israël
doit être rayé de la carte » et que « bientôt, nous connaîtrons un monde sans Israël et
sans les Etats-Unis (…). La nation musulmane ne permettra pas à son ennemi
historique de vivre en son cœur même »73. Des propos contre Israël que reprendront très
majoritairement les antisionistes de tout poil et qui seront un des leitmotivs du parti
antisioniste. Plus troublant encore, il tiendra des propos ouvertement négationnistes la
même année, peu de temps après la publication des caricatures danoises de Mahomet
qui ont fait scandale. Il va dénoncer notamment le « mythe du massacre des Juifs » et
pose la question du choix du pays où a été créé Israël, cette « tumeur », se demandant si
il n'est pas plus normal, au vu de la culpabilité de l'Europe et du monde occidental dans
l'holocauste, si jamais celui-ci est avéré, que l'État du peuple juif soit créé en Europe,
aux États-Unis, en Allemagne ou au Canada. On est loin ici du discours raisonné ou
polémique autour de l'impact médiatique et culpabilisant de l'Holocauste tel que le peut
72
COGHE Jean-Noël, Le blues du reporter, Le Castor Astral, 2002.
73
Propos retranscrits par NAÏM Mouna, « En voie de radicalisation, l'Iran veut "rayer" Israël de la
carte », Le Monde, 27 octobre 2005.
37
le développer des auteurs comme Finkelstein, puisqu'il s'agit ici d'exprimer « des
doutes sur l'existence de la Shoah »74.
Pourtant, malgré ces déclarations chocs, les leaders du PAS vouent une
admiration sans faille à ce pays et à leurs leaders, comme le prouve cette déclaration
d’Alain Soral :
74
« M. Ahmadinejad qualifie Israël de « tumeur » et doute de la Shoah », Le Monde, 10 décembre 2005.
75
Interview d'Alain Soral au Centre Zahra France, 9 août 2009 :
http://www.dailymotion.com/video/xa5inc_accueil-dalain-soral-au-centre-zahr_news.
38
Après avoir observé ces bases idéologiques antisionistes qui vont alimenter
l'imaginaire des futurs leaders du PAS et qui, nous venons de le voir, sont très
disparates, très hétérogène, très diffuses dans le temps et dans l'espace, nous allons nous
attaquer à la création et à l'organisation proprement dite du parti antisioniste (Chapitre 2
et 3). Toujours en gardant à l'esprit l'objectif principal de ce mémoire, c'est-à-dire
d’essayer d'en tirer une analyse socio-structurelle éclairante quant à sa position dans les
institutions politiques et sociales en France.
76
Conférence de presse de Dieudonné, au théâtre de la Main d’Or, le 28 novembre 2009 :
http://www.dailymotion.com/video/xbbs2o_rencontre-avec-le-preysident-iranie_news?start=294.
39
dire, convertissez-vous comme moi, essayez de vous ressaisir, rejoignez l'axe du bien,
l'axe américano-sioniste (…) Israël ! »77. Condamné en première instance le 26 mai
2004, Dieudonné sera finalement relaxé en appel le 10 décembre 2004 par la cour
d'appel de Nîmes. Cependant, la polémique est lancée. Tous les journaux s'emparent de
l'affaire et cible l'humoriste en essayant de dénicher son antisémitisme derrière son
antisionisme. Certains insisteront d'ailleurs sur le commentaire de la présidente de la
cour d'appel, Laurence Trebucq qui, au moment de rendre le jugement, rappelle avec
colère à Dieudonné que « ce n'est pas parce que la justice ne le sanctionne pas sur une
prévention précise que cela veut dire qu’il a raison dans ce qu'il dit »78. La presse se fait
alors discrète sur la relaxe, les journaux télévisés boycottent l'artiste. Il ne sera plus
jamais invité sur un plateau de télévision pendant de longs mois. En parallèle,
l'humoriste continue à se produire dans son théâtre avec son spectacle Mes excuses !
Peu mécontent du traitement médiatique qui lui est fait, il insiste sur la question du
sionisme, dont le lobby serait le principal acteur de la censure dont il fait l'objet : « Oui,
je recommencerais, puisque c'est mon travail (…) Mon nouveau spectacle reprend en
grande partie les lignes de ce sketch »79. Quelques mois plus tard, le spectacle de
Dieudonné Le Divorce de Patrick, donné à la Bourse du travail de Lyon, est interrompu
par un groupe d'extrême-droite pro-israélien, injuriant l'humoriste : « Dieudo, sale
négro, les juifs auront ta peau ! », et blessant quelques spectateurs avec de l'acide. Les
principaux suspects sont relâchés rapidement après leur garde à vue et aucun média ne
semble vouloir relayer l'incident. Après cet épisode, beaucoup de salles décommandent
son spectacle de peur des dérapages et des représailles.
77
Propos de Dieudonné dans l'émission On ne peut pas plaire à tout le monde, France 3, 1er décembre
2003.
78
Propos retranscrits dans MUKUNA Olivier, Egalité zéro ! : Enquête sur le procès médiatique de
Dieudonné, 2005, p.9.
79
Tout le monde en parle, France 2, 11 décembre 2004.
40
presse, le boycott télévisuel, et surtout l'agression de Lyon qui pour lui est assimilable à
une « action terroriste ». En vain, Dieudonné refuse de donner des excuses et Thierry
Ardisson enchaîne sur les points controversés de l'humoriste. L'entretien ne se finira pas
mieux et sera une des dernières apparitions de Dieudonné sur une chaîne publique
pendant des années. Cette première sortie en tant qu'antisioniste convaincu aux yeux du
public va l'amener à élargir son réseau, notamment en invitant, à l'occasion de
l'hospitalisation de Yasser Arafat, quatre rabbins de Netureï Karta au Théatre de la Main
d’Or, qui exposeront leurs combats pour les palestiniens et contre le sionisme israélien.
Les années qui vont suivre seront déterminantes pour Dieudonné. Allant de
propos controversés en « attentats humoristiques », d'interdiction de salles de spectacles
de plus en plus nombreuses à une agression en Martinique par un groupe extrémiste
pro-israélien, il décide d'intensifier son discours sur le sionisme jusqu'à cette fameuse
conférence d'Alger le 16 février 2005 (annexe 8). Le traitement médiatique qui lui est
alors réservé ne fera qu'écorcher vif encore plus l'artiste qui désormais dans ses
spectacles, commence systématiquement par raconter son histoire, d'abord en se
présentant comme la victime du lobby sioniste, puis en insistant sur le « deux poids
deux mesures » de la mémoire en France. La presse et la télévision étant unanimes sur le
personnage, Dieudonné est désormais montré du doigt comme antisémite : c'est « le
diable, (…) désormais incarnation du nouvel antisémitisme, lâché par ses amis,
conspué par la totalité de la presse et du monde politique 80».
Cette année 2005 est bien l'année charnière pour Dieudonné. Privé d'audience
médiatique, il décide d'organiser des coups médiatiques, des « attentats humoristiques »
qui lui coûteront cher et qui lui feront passer petit à petit la ligne jaune du combat
politique. Il se rapproche par exemple de certains membres du Front National et va
même jusqu'à rencontrer Jean-Marie Le Pen, son ancien ennemi, le 11 novembre 2006 à
la fête des bleus-blancs-rouges du FN. En juillet 2008, Dieudonné ira même jusqu'à
faire croire au baptême de sa fille Plume par l’abbé traditionaliste controversé Philippe
Laguérie, avec pour parrain Jean-Marie Le Pen81. Au-delà des pitreries humoristiques,
Dieudonné opère un rapprochement stratégique avec l'extrême droite, un rapprochement
basé sur un « ras-le-bol du système et de la pensée unique » : « Il y a quelques années
80
ASKOLOVITCH Claude, « Enquête sur un antisémite », Le Nouvel Observateur, 24 février- 2 mars
2005.
81
« Le Pen parrain d'un enfant de Dieudonné », L'express, 16 juillet 2008.
41
nous nous sommes beaucoup battus avec Jean-Marie Le Pen. On ne peut faire la paix
qu’avec ses adversaires. Je pense qu’un jour la périphérie et les extrêmes se
rejoindront contre le centre. Les gens de l’extrême sont très attachés à la justice. Ma
rencontre avec Le Pen est un débat sur le colonialisme, l’indépendance des pays
africains, le nationalisme. Je préfère que les gens débattent et ne soient pas
d’accord »82. Poussée dans ses derniers retranchements par la pression politico-
médiatique, Dieudonné prend de plus en plus des positions d'extrême gauche
propalestinienne et antisioniste radical, avec une « volonté de transgression très forte,
car vouloir éradiquer Israël, démoniser les Juifs, c'est s'attaquer à l'idée même d'une
loi et d'une morale communes »83. Lâcher par tous sauf par son public, il verra de
nombreuses personnalités s'élever contre la censure dont il fait l'objet, dont la plus
importante sera Alain Soral qui explique qu'il s'est rapproché de lui « au moment où il
se faisait lyncher (…), estimant que sa marginalisation, après son sketch que l'on a
appelé « son dérapage » chez Fogiel (…) Était dégueulasse »84.
82
Propos retranscrits sur le site http://lesogres.info/article.php3?id_article=4017.
83
CAMUS Jean-Yves, « Une volonté de transgression très forte », propos recueilli par Pascal Virot,
Libération, 20 décembre 2006.
84
PIGNÈDE Béatrice et CONDEMI Francesco, Sans forme de politesse, regard sur la mouvance
Dieudonné, 2009, 00:02:53.
42
Début 2009, Dieudonné donne une conférence en compagnie de son ami Alain
Soral et lance l'idée « que ces insoumis, que ces gens qui sont attachés profondément et
réellement à la liberté d'expression, la véritable, puisse se retrouver »85. Un mois plus
tard, Dieudonné explique dans une autre conférence de presse quelles sont ses
motivations pour la création d'une liste :
85
Conférence de presse, Théâtre de la main d'or, 4 février 2009.
43
mes cinq enfants. Je n'ai donc pas d'autre choix que d'aller me battre
sur ce terrain-là, jusqu'à Bruxelles s'il le faut »86.
Tous les courants sont mélangés, de l'extrême droit à l'extrême gauche. Chacun a
son passé et son rôle à jouer. Dieudonné, l'ancien « gauchiste » convaincu, doit
représenter « le noir » qui s'élève contre l'oppression sioniste en organisant « un grand
marronnage »88. Gouasmi, religieux chiite et porte-parole du parti, représentera « la
86
Conférence de presse, Théâtre de la main d'or, 21 mars 21 mars 2009.
87
PIGNÈDE Béatrice et CONDEMI Francesco, Sans forme de politesse, regard sur la mouvance
Dieudonné, 2009, 00:51:50.
88
Conférence de presse, Théâtre de la main d'or, 21 mars 2009.
44
Toujours est-il que le PAS reste un parti de personnalités qui, pour exister, doit
s'agiter localement (avec une position anti-système) tout en essayant de garder un
positionnement global et abstrait (en gardant le leitmotiv de l’antisioniste international).
Plus qu'un parti de cadres, le parti antisioniste est un parti de personnalités
charismatiques, iconoclastes et controversés. Il ressemble plus à la définition d'un
89
Pour la liste détaillée, voire http://fr.metapedia.org/wiki/Liste_antisioniste.
90
PIGNÈDE Béatrice et CONDEMI Francesco, Sans forme de politesse, regard sur la mouvance
Dieudonné, 2009, 00:55:40.
45
« parti club » tel que l'envisageait James Q. Wilson91, c'est-à-dire « une structure
d'accueil d'amateurs éclairés, fortement motivée par l'action politique
programmatique ». C'est un « type de partie où le mouvement est probablement
exceptionnel, transitoire et dépendant, du fait notamment des insuffisances de
l'amateurisme pour l'action politique permanente »92.
Pour devenir ce « parti club », ou « parti ad hoc »93, le PAS a dû utiliser des
ressources cognitives et redéfinir le cadre de son action collective, c'est-à-dire construire
un ensemble de croyances orientées vers l'action et qui servent à mobiliser les individus
autour d'une cause légitime. Contrairement aux recommandations du sociologue
Goffman et de sa sociologie interactionniste94, qui montre qu’un groupe d'intérêts doit
faire correspondre son cadre au cadre dominant de la société, le PAS a justement choisi
de se mettre en porte-à-faux par rapport à ce qu'il appelle « la pensée unique ». On
retrouve ainsi dans le discours du PAS les quatre principaux processus de cadrage :
91
WILSON James Q., The Amateur Démocrat, Chicago, The University of Chicago Press, 1962.
92
GRAWITZ Madeleine et LECA Jean (dir), Traité de Science politique, PUF, 1985, p.489.
93
OSTROGORSKI Moisei, La démocratie et les partis politiques, Seuil, 1979. Le politologue russe
proposé de substituer au parti « omnibus », nécessairement manichéens et globaux, des partis plus petits,
concentrée sur un problème précis et sur un unique objectif, plus facile à atteindre.
94
GOFFMAN Erving, Les Cadres de l’expérience, Les Editions de Minuit, 1991.
46
d'action, hybride. Tout d'abord parce qu'il emprunterait des éléments aux deux
répertoires d'action précédents. En ce qui concerne sa politique nationaliste, on est dans
un répertoire de type classique avec des enjeux et soutiens locaux, des actions coup de
poing etc. et en ce qui concerne sa politique contre le sionisme en France, on se trouve
plutôt dans un répertoire de type 2, plus actuel, plus transversale, plus abstrait, en se
greffant à des mouvements plus globaux, notamment dans les manifestations (pro
palestinienne, écologistes, nationalistes d'extrême droite etc.). Mais la limite du modèle
que présente Tilly, c'est-à-dire son ethnocentrisme européen, fait aussi l'originalité du
répertoire d'action du PAS qui, concernant sa politique internationale, s'appuie sur un
répertoire d'action caractérisée par « une logique plus transnationale fondée sur des
valeurs solidaires »98 : participation à des sommets internationaux, voyages à l'étranger
pour rencontrer des personnalités importantes, appel au boycott, importance de l'outil
médiatique et surtout d'Internet…
Pour faire un tour rapide des ressources dont dispose le PAS lors de sa création,
on pourrait dire qu'elles sont quasiment nulles ou en tout cas discrètes. Après
renseignements, il est impossible de savoir d'où vient concrètement la ressource
financière. Avec un nombre peut important d’adhérent, la réponse des intéressés serait
que chacun aurait « participé au projet dans la limite de ses moyens »99. En ce qui
concerne les autres ressources « traditionnelles »100 d'un parti politique, peu sont mises
en place. Il y a peu ou pas d'organisation : faible division hiérarchique, géographique ou
fonctionnelle des tâches. Il n'existe qu'un pôle, celui de Grande-Synthe, qui regroupe la
présidence, le bureau des membres, le secrétariat, le pôle informatique etc. la seule
délocalisation se trouve au Théâtre de la Main d'Or, à Paris, lieu des conférences de
presse pour des raisons évidentes de facilité d'accès aux médias. La ressource de
compétences et d'expertise, si elle existe, et très peu reconnu ou très peu mise en avant,
si ce n'est les « compétences » de décryptage et d'analyse du président Gouasmi sur le
site Internet du parti. La seule ressource complémentaire très utile au PAS et celle du
« recours au scandale »101, notamment le scandale médiatique ou rhétorique (ressources
que nous développons dans la partie 2).
98
MILLET Marc, Cours de sociologie politique, Université Panthéon-Assas Paris II, 2010.
99
Conférence de presse, Théâtre de la main d'or, 21 mars 2009.
100
On prendra comme référence de départ ici : GRAWITZ Madeleine et LECA Jean (dir), Traité de
Science politique, PUF, 1985, p.498 à 505.
101
OFFERLÉ Michel, Sociologie des groupes d'intérêt, LGDJ / Montchrestien, 1998.
48
Ce chapitre nous fait entrer pleinement dans notre réflexion de départ, à savoir le
rôle que joue le PAS dans le système politique et social français, et que Michel
Wieviorka replace dans un « processus de fragmentation culturelle qui, sur fond de
crise sociale, font que des identités culturelles deviennent visibles, voir s'affirment dans
l'espace public »102. En tant que « parti-groupe de pression », il était intéressant de se
pencher sur la sociologie mise en place par le parti à travers deux axes. La première
section reviendra sur l'importance du fonctionnalisme et sur la place qui lui est attribuée
au sein du parti. La deuxième section s'interrogera plus spécifiquement sur l'électorat,
les sympathisants, en quelque sorte « la base » de soutien du PAS, pour essayer d'en
dégager un principe de positionnement systémique. Nous essaierons ainsi d'éclairer
notre hypothèse de départ quant au traitement politique exacerbé de la différence
culturelle.
Comme l'ont montré de nombreux auteurs au fil de leurs recherches sur les partis
politiques, ceux-ci sont souvent amenés à remplir différentes tâches, différentes
fonctions dans l'espace politico-social. Le principal rôle qu'entend jouer le PAS et celui
de critique du système, refuge des déçus et des opprimés, c'est-à-dire remplissant
officiellement une fonction tribunitienne antisystème (section 1). Mais, outre cette
fonction manifeste, le parti offre plusieurs orientations à leurs sympathisants,
notamment un repositionnement autour de l'axe stratégique sioniste/antisioniste (section
2), et surtout la possibilité de créer un lien social, une sorte de grande famille où tous
102
WIEVIORKA Michel et al., Violence en France, Seuil, 1999, p.42.
49
peuvent s'exprimer et être représentés sur la scène politique, ce que Brechon appelle « la
fonction latente de sociabilité »103 (section 3).
Avec son objectif principal, celui de réunir « tous les insoumis » autour d'une
même lutte contre le sionisme et contre le système communautarisé de France, le parti
antisioniste fait partie des « parties extrêmes, qui critiquent le système politique ou qui
parle au nom d'un groupe social qui se sent exclus du nous communautaire, exercent de
manière privilégiée la fonction tribunitienne. Mais en exprimant les malaises sociaux,
ils peuvent contribuer indirectement, de façon latente, à stabiliser le système qu’il
critiquent »104. C'est cette fonction que revendique clairement le parti antisioniste. Se
définissant comme un mouvement de libération pour tous les opprimés, le PAS ne fait
aucune distinction entre les déshérités qu'il est censé représenté : classes sociales les
plus défavorisées, communautés stigmatisées, peuples du monde exploités ou colonisés.
Une fonction tribunitienne très large pour pouvoir cibler un public non pas à travers
l'identité de chacun mais à travers un ennemi commun. Cette fonction clairement
affichée a pour objectif de créer « une onde de choc jusqu'à l'Élysée jusqu'à ce qu'elle
s'effondre »105. Il est donc bien question de détruire le système existant, « gangrené par
le sionisme » pour pouvoir reconstruire une République dont tous les citoyens, « blacks
blancs beurs » seront réconciliées. C'est un discours important que l'on retrouve aux
extrêmes de l'échiquier politique français et qui permet à la démocratie de créer du
débat autour de certaines questions. C'est d'ailleurs un des objectifs poursuivis
incidemment par Dieudonné, c'est-à-dire être en agitateur de conscience, imposant de
nouvelles questions, une sorte de « terroriste humoristique » avec pour principale arme
ce qu'il appelle des « saillies drolatiques ».
revendique par ailleurs Dieudonné. Elle permet d'autre part au système de se stabiliser,
puisque l'humoriste et ses compagnons de lutte s'expriment à travers des moyens
d'expression démocratiques, acceptant de répondre aux questions des journalistes,
s'exposant ainsi à la critique. Il est alors plus facile pour le système de combattre ces
positions lorsque celles-ci ne sont pas cachées et lorsqu'elles ne font pas parti d'un
refoulement d'une partie de la population. La liberté d'expression, notamment des
groupes extrémistes, participe donc selon nous à un épanouissement du système.
Lorsqu'une bataille est lancée par un parti ou par groupes d'intérêts, qu'elle a un fort
potentiel de médiatisation (ce qui est le cas du PAS puisqu'il regroupe des personnalités
très controversées) et qu'elle fait l'objet d'une censure par le monde politico-médiatique,
il serait quasiment politiquement irresponsable de ne pas la prendre en compte. Au
contraire, nous rejoignons la réflexion de Frédéric Lambert en estimant que lorsque
deux croyances opposées sont en interaction, il ne sert à rien de baisser les bras et de
décréter le débat impossible. Bien au contraire, c'est bien dans ces situations que
l'expression des divergences devient simultanée et fructifiante pour les acteurs du débat.
Car c'est cette intransigeance, notamment du monde médiatique, qui a fait le jeu calculé
de Dieudonné pendant des années et qui l'a poussé à construire un parti politique alors
que le sionisme aurait pu rester dans le domaine du débat public. Au contraire, en
poussant à la création de ce parti antisioniste, le calcul nous semble mauvais puisqu'il a
permis à une minorité extrémiste n'ont pas de s'exprimer (ce que nous ne reprochons
pas, bien au contraire) mais de s'exprimer dans une sphère particulière qu'est celle du
politique, radicalisant les discours, enfermant les acteurs dans leur propre rôle et
empêchant un débat serein et constructif sur le sujet. Aujourd'hui, c'est bien le système
qui est perdant avec deux camps qui se renvoient la balle.
De plus, il faut bien comprendre que le parti antisioniste a fait le challenge d'être
un groupe complètement en dehors de l'appareil de décisions gouvernementales et de
toute alliance politique. Si on reprend les trois critères de cette intégration proposée par
le politologue américain Samuel J. Eldersveld106, on s'aperçoit :
106
ELDERSVELD Samuel J., « American interest groups : a survey of research and some implications
for theory and methods”, in Henry Ehrmann, Interest groups un on four Continents, Pittsburgh University
Press, p.173-196.
51
- Qu’il y a une combativité hors normes présente chez tous les colistiers
antisionistes. C'est-à-dire une volonté inébranlable, de forts caractères, et une foi en
l'idéologie du parti sans faille. Elle permet ainsi une capacité de résistance aux pressions
et à la poursuite de l'action inouïe.
Comme nous l'avons indiqué en introduction, nous pensons que d'une manière
globale, les partis politiques agissent directement sur les principaux conflits de la
société. En acceptant le PAS dans le champ politique, le système fait donc honneur à sa
nouvelle proposition, c'est-à-dire à la nouvelle ligne de fracture centrale qu’est le
sionisme/antisionisme.
Comme l'indique Pierre Brechon, « les partis expriment et réguler les conflits
centraux d'une société »107. C'est une thèse qui a était développée très tôt par Stein
Rokkan108 et qui nous paraît très éclairante dans ce cas puisque, inconsciemment, les
fondateurs du PAS veulent redonner sa place à un nouveau conflit de société qui selon
eux est central aujourd'hui et détermine toute la politique française. Il y aurait une
nouvelle typologie à mettre en place entre leur parti, antisioniste, et tous les autres partis
de France, dirigés directement par des sionistes ou sous leur influence : « L'antisionisme
sera la grande ligne de fracture qui nous opposera à tous les autres grands partis. Le
107
BRECHON Pierre, Les partis politiques, Montchrestien, Clefs/politique, 2001, p.20.
108
LIPSET Seymour M., ROKKAN Stein, Party Systems and Voter alignements, New York, Free Press,
1967.
52
C'est d'ailleurs la grande question des journalistes aux membres du PAS lors de
la conférence de presse de présentation de la liste. Bloqués sur la question de cette
nouvelle ligne de fracture qui structurait la société, Dieudonné et Alain Soral arrive à
contourner le problème en expliquant que l'antisionisme n'est pas un principe structurant
la société mais une manière d'aborder chaque problème de celle-ci. À la question d'un
journaliste qui demande si au-delà de la polémique du nom du parti le PAS a
véritablement un programme politique, Alain Soral prend le micro pour expliquer qu'ils
ont un véritable programme sur de nombreux sujets qui, dans la manière dont ils sont
traités, « sont aujourd'hui autant de métaphore (…) de cette oligarchie sioniste en
France ». Il nous semble en effet que la tentative d'instaurer une nouvelle dualité en
France est impossible tant que règne un clivage principal. Au contraire, il est plus
judicieux - et les leaders de la liste antisioniste l'ont bien compris, de suivre la voie de
Jean Charlot110 et de caractériser les partis et leur idéologie par le choix qu'il représente
concernant chaque conflit social. Le PAS n'a donc pas de réelle fonction
programmatique d'ensemble et préfère se concentrer sur sa fonction d' « agitateur
d'esprit » antisioniste sur chaque petit sujet qu'engagent les élections européennes.
Dieudonné considère que le fait d'avoir pu se rassembler et présenter une liste aux
élections est déjà une grande victoire sur le sionisme et permettra aux esprits de
« trouver la lumière ». Outre cette fonction tribunitienne très marquée, il nous faut
revenir sur un concept plus discret mais sur lequel comptent beaucoup les antisionistes :
le partage et la socialisation des populations les plus exclus.
À l'instar de Brechon, nous affirmons en effet que le PAS remplit une « fonction
latente de sociabilité »111. Organisant des débats, sortant dans la rue pour rencontrer des
gens, pour tracter, coller des affiches, le mouvement antisioniste essaye de créer du lien
social entre ses dirigeants, ses militants, ses adhérents ou ses simples sympathisants.
Dieudonné, très à l'aise en communication, ne recule devant aucune poignée de main,
aucune discussion chaleureuse, et de nombreuses vidéos sont mises en ligne sur Internet
pour attester de la sociabilité de l'homme ou pour montrer qu'il ne recule devant aucune
provocation, même en pleine rue et malgré les menaces 112. Il essaie toujours d'entretenir
une certaine chaleur entre lui et ses compagnons de route, contrepoids à toute la colère
et le dédain qu'il entretient envers les médias. Le jour de la présentation de la liste par
exemple, il convie tout le monde dans son théâtre, sur scène, pour se présenter et dire
quelques mots sur le combat antisioniste 113. Il traite de la même manière tous ceux qui
l’ont rejoint, les faisant ainsi « sortir de l'anonymat et de l'isolement. Si, comme tout
groupe organisé, les partis contribuent à tisser des liens de sociabilité, reconnaissons
cependant que d'autres organisations sont mieux placées pour cette fonction »114. Ce
constat semble faire mouche dans le cas du PAS puisqu'effectivement nous avons vu
que son « statut sociopolitique », c'est-à-dire les réactions émotives qu’il provoque, ne
joue pas en sa faveur et favorise le conflit. En allant un peu plus loin, on pourrait même
affirmer que cette posture de sociabilité de la part du PAS fait partie intégrante de sa
stratégie de victimisation. En planifiant des sorties tapageuses, avec ce slogan crié dans
les rues : « sionistes, racistes, assassins ! »115, il n'est pas étonnant de voir quelques
mouvements hostiles apparaître au détour des rues.
De plus, les vidéos de « propagande » les mieux réussis sur cette « fonction de
sociabilité » sont tournés à l'occasion de fêtes organisées par le centre Zahra ou en
banlieue parisienne. Cela nous amène à formuler une autre hypothèse, niée naïvement
ou stratégiquement par Dieudonné et les membres du PAS, mais qui nous semble
relativement intéressante, celle du déterminisme social dans le vote antisioniste.
111
BRECHON Pierre, op. cit., p. 77.
112
Sur le marché des Pyrénées (paris 20e). « Dieudonné et Antisionistes VS antifa 2 », dailymotion, 31
mai 2009.
113
Dieudonné, Conférence de presse de présentation de la liste antisioniste, Théâtre de la main d'or, 8 mai
2009.
114
BRECHON Pierre, ibid., p.78.
115
« Dieudonné et Antisionistes VS antifa 2 », loc. cit., 31 mai 2009.
54
Une des questions fondamentales autour de l'analyse d'un parti politique est celle
de son électorat et de sa fidélité. C'est-à-dire d'essayer de comprendre quels sont les
données importantes qui peuvent éclairer un vote. Plusieurs explications théoriques ont
été soulevées au cours du XXe siècle. Pour essayer d'analyser les mobiles de l'électorat
antisioniste, nous ne pourrons échapper aux grands « modèles explicatifs du vote 116»,
qui sont encore aujourd'hui des modèles canoniques en ce qui concerne l'analyse
partisane. Nous tenterons ainsi de mettre en évidence deux composantes dans le choix
électoral du PAS. Un paradigme sociologique certain tout d'abord (§1), bien qu'il soit
généralement renié par les membres du parti. Puis, nous questionneront l'idée de
rationalité chez les électeurs antisionistes (§2).
116
MAYER Nonna (ss la direction de), Les modèles explicatifs du vote, L’Harmattan, 1997.
117
Communiqué de Presse du 09 Juin 2009, liste antisioniste,
http://www.partiantisioniste.com/communications/cp-elections-europeennes-2009-liste-antisioniste-
communique-de-presse-du-09-06-09.html.
55
Deux modèles explicatifs de vote nous paraissent les plus convaincants pour
comprendre ce vote dans les villes de banlieue. Le plus connu d'abord, celui des
déterminants sociaux du vote, développé par Lazarsfeld, Berelson et Gaudet, qui insiste
sur la relation entre une orientation politique, un choix de vote, et le milieu social dans
lequel on vit. Le fait d'appartenir à un groupe social serait une prédisposition
déterminante dans le choix du vote119. Cette théorie appliquée nous semble encore
opérationnelle aujourd'hui, bien qu'il nous faut garder en tête que « ces modèles
sociologiques ou anthropologiques sont qualifiés de déterministes car ils font seulement
apparaître des prédispositions, socialement façonné, a voté de telle ou telle manière.
(…) D'autres variables entrent en ligne de compte, qui tiennent à l'histoire personnelle
de l’électeur et au contexte économique et politique spécifique à chaque élection, qui
font du vote un choix toujours recommencé »120. En effet, les bases idéologique du parti
antisioniste, anti-système, propalestinien, « arabophile », soutenu par un leader
charismatique tel que Dieudonné, correspondent à un vote de banlieues dites
118
MUKUNA Olivier, Dieudonné, Entretien à cœur ouvert, op. cit., p. 47-48.
119
LAZARSFELD Paul, BERELSON Bernard, Gaudet Hazel, The People’s Choice, Columbia University
Press, 1944.
120
MAYER Nonna, ibid., p.16.
56
121
BRACONNIER Céline et DORMAGEN Jean-Yves, La Démocratie de l’abstention, aux origines de la
démobilisation électorale en milieu populaire, Gallimard, 2007, p.158.
122
MICHELAT Guy et SIMON Michel, Classe, religion et comportement politique, Presses de la
Fondation nationale des sciences politiques et Editions sociales, 1977.
57
l'éradication d'Israël et enfin, « contre la domination juive dans le monde » pour les plus
extrêmes.
§2 : Le vote rationnel.
Cette idée de rationalité est centrale dans le programme est dans le discours du
PAS. C'est un des paradigmes revendiqué le plus souvent par Alain Soral, qui s'exprime
souvent en dénigrant la façon « illogique » de penser des autres parties et leur manière
irrationnelle de faire de la politique. Il cherche sans cesse à toucher l'attention et le bon
sens de l'électeur, en lui demandant de se réveiller, de devenir actif et logique. Ce
discours volontariste va dans le sens de la théorie de Vladimer Orlando Key qui montre
que le vote est un véritable choix politiques ou l'électeur est actif face aux candidats qui
lui sont proposés126. Le politologue américain ne croit pas en la soumission ou la
passivité de l'électeur fasse à son milieu social, sa religion, ou son éducation. Dans ce
contexte, le vote est indécis, il se fait en fonction de chaque élection, selon les
problèmes qui sont posés et les enjeux qui en découlent « les électeurs semblent voter
de plus en plus en fonction de leur position sur les enjeux centraux de l'élection »127.
Cette variable est prise en compte par le PAS qui ne laisse pas son discours
flottait dans une campagne abstraite contre le sionisme. C'est pour cela qu'il détaille
avec précision, point par point, quel serait le monde sans le sionisme et quels sont les
avantages à retirer du vote antisioniste : « une Europe plus à l'écoute », « un système
politique plus avantageux pour les déshérités », « un monde sans guerre », etc. Le bilan
126
KEY V. O., The Responsible Electorate: Rationality in Presidential Voting 1936–60, Harvard
University Press, 1966.
127
BRECHON Pierre, op. cit., p.90.
59
coût/avantage opérer par l'électeur se révèle alors alléchant et participe à son choix.
Lorsque l'on regarde de plus près les sympathisants du parti présent lors de la soirée
électorale, on s'aperçoit en effet que nous sommes loin de l'explication sociale
déterministe comme variable lourde. On y rencontre, côtoyant les « vieux briscards de
la politique », de nombreux jeunes, de moins de 30 ans, ayant accompli pour la plupart
des études supérieures et qui ne sont pas tous issus, loin de là, de l’immigration128.
La grande force du parti antisioniste est d'avoir su combiner dans son discours
ces deux attentes, socio-structurelles et conjoncturelles, en opérant une division de ce
travail entre deux piliers du parti : Gouasmi et Soral. Le premier, la sagesse, distille sur
Internet des vidéos où il explique les grands principes qui sont défendus par les
antisionistes. Il y parle de la paix, du partage, de l'importance de la famille, de la
domination d'un clan sur toute une population, etc. De son côté, le deuxième adopte un
comportement plus pragmatique, plus proche du système institutionnel français et
essaye d'en décrypter les failles. S'appuyant sur de nombreux exemples concrets, il
essaye de dénicher et de démontrer la mainmise du sionisme dans tous les problèmes
que connaît aujourd'hui la France. Cette stratégie d'influence électorale, parfaitement
rodée entre les deux hommes est maintenue en lien par un ciment exceptionnel en
matière de communication qu’est l'humoriste Dieudonné. Ils arrivent ainsi à donner
l'impression à l'électeur qu'il n'est « ni prisonnier du carcan des variables
sociologiques, ni ‘’vibrion’’ sans attaches réagissant au gré de la conjoncture 130». Au
contraire, ils appellent à un « grand mouvement de libération » de la « pensée unique »
et à réfléchir sur « les enjeux concrets du vote antisioniste ».
128
Constat rapporté par Yannick, 23 ans, d’origine française, étudiants, issus de la classe moyenne,
sympathisant antisioniste, soirée électorale du 7 juin 2009, Théâtre de la main d'or.
129
HIMMELWEIT Hilde T., HUMPHREYS Patrick, JAEGER Marianne, How voters decide ?, in Open
University Press, 1985.
130
MAYER Nonna et PERRINEAU Pascal, Les comportements politiques, Armand Colin, Cursus, 1992,
p.110.
60
131
BRACONNIER Céline et DORMAGEN Jean-Yves, op. cit., p.120 et 174.
61
Bill Gates a déclaré au début de ce siècle : « maîtriser les images c’est dominer
les esprits ». Prenant ce conseil à bras le corps, le parti antisioniste va dès sa création
mettre en place des stratégies médiatiques pour essayer de dominer le débat d’idées par
la communication. Il s’agit de montrer comment cette communication s’est construite
autour d’un récit antisioniste fabriqué et étendu à l’ensemble de la société, inspiré par
des techniques de propagande « complotiste ». Ce chapitre sera donc axé sur une
analyse de communication, en mélangeant le plus pertinemment possible quelques
analyses classiques et d'autres, plus spécifiques et plus stimulantes dans la
compréhension de la stratégie médiatique du PAS.
Le premier chapitre analysera les mécanismes de propagande qui sont mis en
place par le PAS, et s'attaquera donc à des logiques de création, de construction du
message.
Le deuxième chapitre adoptera une position moins conventionnelle sur la
nouvelle façon dont le PAS et ses leaders organisent la diffusion de leur discours
politique.
La deuxième partie reprendra des thèses plus classiques sur les messages de
propagande politique et sur la construction de ceux-ci dans le cadre de la campagne
électorale de 2009.
Enfin, la troisième section s'intéressera à l'influence qu'a le mythe moderne du
complot mondial dans le discours et dans les images qui sont proposées par le PAS.
sélectionné un corpus d'images, toutes issues du site Internet du parti, que nous
égrènerons au fil du récit pour illustrer plusieurs hypothèses.
Français/Palestiniens etc., il est donc parfaitement inscrit dans l’idéologie du parti que
nous avons décrite dans la première partie, c'est-à-dire dans le domaine de la lutte anti-
Israël (jusqu’à son éradication), de la compassion pour les victimes palestiniennes et de
son soutien à la résistance, tout en affirmant son
attachement à l’identité française et aux valeurs
républicaines. Ces parallèles ne sont pas anodins
car, comme l’a plusieurs fois soutenu Gouasmi, le
sionisme agit partout dans le monde et fait des
Français des Palestiniens chez eux.
Toute une partie de la communication du PAS est fondée sur des montages
d'images pour pouvoir illustrer les articles publiés sur le site Internet. Ces images,
choisies avec soin, sont le plus souvent empreintes d'un code très particulier de
symboles, icônes célèbres, images conventionnelles, etc., des objets indispensables qui
fabriquent nos imaginaires à travers un certain nombre de stéréotypes. Elles figent
l’histoire de l'humanité dans un seul bloc, celui du mal, Israël, contre le reste du monde.
Le PAS a compris que la puissance de ces images vient du fait que « sensibles, les
icônes ne parleraient jamais à la raison (…) Comme si l'expression graphique brisait la
logique »135.
Bien qu'elles ne correspondent pas au réel, qu'elles soient tout à fait artificielles
sans s'en cacher, ces images racontent grâce à ce symbolisme excessif, mais simple à
comprendre, une histoire. Elles font entrer les « croyants antisionistes » dans un rituel
où chacun redéfinit sa représentation du monde et où tous adhèrent collectivement, par
« déni de langage », à un seul récit. Ici, peu importe ceux qui construisent le message et
si celui-ci est biaisé, fabriqué. Ce qui importe, c'est que le récepteur de cette histoire
croit au monde ainsi recréé, dans le sens où il adhère aux principes, aux lois, aux
engagements qu'elle implique.
« Quand les images n'ont plus d'auteur, elles font autorité »137. Le PAS joue sur
cette ambiguïté de l'origine. Grâce à l’anonymisation des images, un double sens peut
être donné au réel. Tout d'abord, l'image devient une image acheiropoïète, c'est-à-dire
une image « non faite de main d’homme »138, émanant d’un monde inconnu de l'humain,
directement de Dieu, pour nous rappeler une vérité qui nous a pendant longtemps
échappé. De plus, puisqu'aucune institution ne semble vouloir revendiquer la fabrication
de ce récit, celui-ci paraît appartenir à un ensemble d'individus partageant les mêmes
croyances, une « collectivité d'esprit » dont le ciment vient justement de cet anonymat.
Dans le cas de l'antisionisme le plus radical, ce manque de clarté autour d'un spectacle
anti-israélien anonyme désamorce toute critique, empêche le débat, fixe dans le marbre
un récit qui serait déjà inscrit dans les veines de l'humanité et qu'il appartiendrait
aujourd'hui à chacun d'intérioriser.
136
LAMBERT Frédéric, op. cit., p.260.
137
LAMBERT Frédéric, « Images, langages et société : croyances et rituels », op. cit.
138
SCHMITT Jean-Claude, Le Corps des images. Essais sur la culture visuelle au Moyen Âge, Gallimard,
2002.
66
139
« Appel pour l’union des citoyens contre le sionisme », Site Internet du PAS, 13 Avril 2009.
[http://www.partiantisioniste.com/videos/titre/17-appel-pour-l-union-des-citoyens-contre-le-
sionisme.html].
67
Cette vidéo s’adresse donc à une communauté de croyants très large qui voit un
lien, si ténu soit-il, entre tous ces événements, entre tous ces objets. Elle fait appel à
l’imaginaire du complot mondial qui détruit le monde : racisme, superpuissances,
exploitation occidentale, haine « arabophobe », dérèglement climatique, etc. Le lecteur
de cette histoire se retrouve au sein d’un « dispositif », tel que le définit Michel
Foucault, c'est-à-dire un cadre de
représentations mis en place pour diriger ou
influencer les comportements et les pensées.
Grâce à la technique du zapping qui insinue le
rôle originel que joue le récepteur dans la
succession et le choix des images, alors qu’il
s’agit bien d’un montage « hors-volonté ». Par
cette participation imaginaire, le lecteur impuissant devient acteur omnipotent de ce
récit historique.
Ce récit écrit une certaine histoire. Il met en place une fuite en avant d’images
(16 objets en 35 sec.) sans liens entre elles prises séparément, mais qui forment une
causalité forte lorsqu’elles sont déroulées ainsi. Les objets s’enchaînent avec hystérie,
mais avec une logique de causalité : l’origine (image de la Terre ci-dessus), le chaos et
ses vecteurs et ses conséquences désastreuses pour le monde, avec notamment l’image
finale :
Pour que ce récit soit facilement approprié, il faut faire appel à une véritable
mythographie, à une généalogie alimentée par de nombreux symboles connus de tous. Il
faut que le récit soit « médiagénique »140, c'est-à-dire qu’il corresponde à l’image que
l’on se fait d’un récit. L’histoire complexe du monde au début du 21ème siècle doit
140
MARION Philippe, « Narratologie médiatique et médiagénie des récits », in Recherches en
communication. Le récit médiatique, Université catholique de Louvain, n°7, 1997.
69
devenir une évidence incontournable pour celui qui adhère au message. Elles sont aussi
« mnémogéniques » puisque ce sont elles qui fabriqueront la mémoire collective de tous
les adhérents à cette croyance antisioniste. Cette vidéo est truffée de ces objets média- et
mnémo- géniques que l’on nommera plus vulgairement « objets-clichés » porteur de
sens. C'est-à-dire une série d'images « prêt-à-porter », qui vont venir conformer le
mythe antisioniste à la réalité.
Les compagnies de CRS, les flashballs, les voitures en feu, les images de
Nicolas Sarkozy sont les objets indiciels des émeutes de banlieue de 2005 en France.
Les images de Bush, de Katrina, des G.I. en mission, des bombardements au Moyen-
Orient sont des objets-clichés des Etats-Unis comme hyperpuissance colonisatrice et
destructrice. Enfin, les villes arabes bombardées, les réfugiés palestiniens, le mur en
construction en Palestine, raconte une histoire de la destruction de la Palestine par le
sionisme, et plus globalement, en l’associant à l'étoile de David, par les juifs.
On est en présence d’un récit antisioniste radical, faisant la part belle à l’idée du
complot mondial, dominé par l’axe américano-sioniste et ses alliés. Le peuple juif y est
dénoncé à travers Israël comme une grande diaspora secrète et internationale dominant
le monde, écrasant les pays les plus faibles (surtout arabes) et pillant les ressources
mondiales jusqu’à épuisement ou catastrophe. Tout est lié (même les événements non-
directement imputables aux hommes) par cette histoire qui fait sens, d’autant plus
facilement dans le contexte de mondialisation qui, au début du 21ème siècle, s’ouvre de
plus en plus à l’autre et donc se complexifie, se brouille. Le besoin de réponse reste
intact dans un monde où les questions se multiplient. La théorie du complot, et en
particulier celle du complot sioniste mis en avant dans cette vidéo, permet ainsi de se
rassurer en adhérant à une croyance simple mais explicative. Elle participe dans le
même temps à la survivance de la haine anti-juive contemporaine, à travers la
propagande extrémiste qu’elle met en place (Section 2).
Nous avons vu dans la première section que le discours du PAS tentait de faire
adhérer le plus de personnes possibles à la sphère de croyance antisioniste. Il fait ainsi
appel à quelques techniques de propagande mises en avant tout au long du 20ème siècle et
qui, par l’emploi d’euphémisme, de rhétorique ou plus simplement de manipulation
émotionnelle du public, parviennent à produire un message biaisé et purement
propagandiste. En utilisant quelques grilles synthétiques, comme celle de Clyde
141
« Propagande », Centre national de ressources textuelles et lexicales, 2009.
142
LANDRIN Xavier, « Propagande », Encyclopaedia Universalis, 2010 : « un ensemble variable dans le
temps de techniques de diffusion idéologique, de savoirs et de stratégies de pouvoir mis en forme par des
groupes aux prétentions monopolistes ou hégémoniques »
143
CHARLOT Monica, La persuasion politique, Armand Colin, 1970.
144
ELLUL Jacques, Propagandes, Armand Colin, 1962, p. 75-93.
71
tels que les rabbins Cohen et Feldmann. Ceux-ci expliquaient lors d'un sommet
international, peu avant les élections européennes, que « le sionisme était complètement
opposé au judaïsme, son but étant de s'imposer aux populations palestiniennes en les
soumettant et en ignorant leur espoir d'autodétermination »150 car, « les juifs sont en
exil et sont supposés vivre en paix avec les autres nations dans le respect des lois de ces
nations »151. Ces témoignages d'autorité sont exposés pour conforter le phénomène
d’adhésion derrière la cause palestinienne, qui rencontre déjà une large adhésion dans le
monde entier et particulièrement dans le monde arabe.
150
Rabbin Araon Cohen, conférence « Durban 2 », Genève, 20-24 avril 2009.
151
Rabbin David Feldmann, idem.
152
D’ALMEIDA Fabrice, La manipulation, op. cit., p.93.
153
Photos issues du clip « Hommage à la Palestine, victime de la barbarie sioniste », site du PAS
[http://www.partiantisioniste.com/videos/titre/47-hommage-a-la-palestine-victime-de-la-barbarie-
sioniste.html].
73
Il s'agit ici de l’un des principaux angles d'attaque du PAS pour dénoncer Israël.
Une fois la propagande autour du malheur palestinien, et plus globalement du monde
arabe face à la « machine de guerre » de l'État juif mise en place, l'amalgame entre
celui-ci et les pires régimes qu’a connu l’histoire devient facile. Les juifs sont les
nouveaux racistes planétaires qui pratiquent un génocide organisé sur leur territoire,
assassinant femmes et enfants, déportant des millions d'individus, créant de nouvelles
frontières en érigeant des murs... Ils sont les nouveaux parias du monde contemporain, à
l'instar du régime nazi d'Hitler, ou du régime d'apartheid. C'est ce qu'expriment les
intervenants autour de Mahmoud Ahmadinejad lors de la conférence de Durban 2 à
Genève : Israël est un État terroriste et raciste. L'antisionisme est donc un
« antiracisme », « anticolonialiste », « anti-impérialiste », à l'image de la résistance des
peuples européens lors de la seconde guerre mondiale contre l'expansion du troisième
Reich. Cette réductio ad Hitlerum154 permet de disqualifier a priori tous les arguments
de leurs ennemis. Comment en effet ne pas s'ériger contre la barbarie « nazisraël » ?
C'est un cas classique d'amalgame, renforcé par le sentiment de fierté national de la
résistance française : « aujourd'hui, personne ne reproche au résistant Jean Moulin
d'avoir tué ou fait tuer des Allemands avant d'être exécuté. Nous devons soutenir et
respecter autant le combat actuel des palestiniens que celui des résistants français,
hier, contre le nazisme allemand »155.
Outre les mots, le PAS étoffe cette propagande de comparaison entre Israël et
l'Allemagne d'Hitler par les images, notamment avec la diffusion d'un diaporama d'un
154
STRAUSS Leo, Natural Right and History, University Of Chicago Press, 1999.
155
Dieudonné, in MUKUNA Olivier, Dieudonné, Entretien à cœur ouvert, op. cit., p. 40 – 41.
74
montage photo mettant en parallèle des situations qu'ont vécues les juifs pendant la
seconde guerre mondiale et la situation aujourd'hui en Palestine156 :
Ce
parallèle douteux, grâce à une « falsification d'images »157 entre le régime nazi et Israël,
a au moins l'avantage pour les leaders du parti antisioniste d'être un mécanisme de
propagande très efficace, puisqu'il joue sur la corde sensible du récepteur, manipulant
des émotions humaines universelles.
La peur tout d'abord, engendrée par ces images toutes violentes, de guerre, de
destruction, de massacre, de danger, de prison, de répression etc. et qui place le sujet
dans un état d’adhésion à la « croyance » antisioniste, plus facile à atteindre. La
dramatisation du message participe en effet à une meilleure écoute et à son
appropriation passive par le public.
156
Diaporamas, « Le Nazisme d'hier et le Sionisme d'aujourd'hui », Site Internet du PAS.
157
Un des principaux dispositifs de propagande dans une démocratie selon le « modèle de propagande »
de Herman et Chomsky (op. cit.).
75
§2 : Théorie du complot.
158
D’ALMEIDA Fabrice, La manipulation, op. cit., p.77.
159
Dans son étude, A Culture of Conspiracy: Apocalyptic Visions in Contemporary America (University
of California Press, 2003), Barkun dégage trois types de conspirationnisme selon la portée de son
influence dans le monde : événementiel (Event conspiracy theory), systémique (systemic conspiracy
theory) ou total (superconspiracy theory).
160
Voir les nombreux articles publiés sur http://www.partiantisioniste.com/.
76
161
Gouasmi, « Tremblez sionistes on vous aura!!!!! », dailymotion, 27 février 2009.
162
FESTINGER Léon, RIECKEN Hank, SCHACHTER Stanley, L'Échec d'une prophétie, PUF, 1993
(édition originale de 1957).
77
Cela permet ainsi de s'interroger sur la culpabilité des personnes jugées comme
sioniste aujourd'hui en France. Le président de la fédération des chiites de France
déclare ainsi lors d'une conférence :
163
Conférence de presse, Théâtre de la main d'or, 24 avril 2009.
78
que nous croyons. Et c’est ce que nous allons démontrer. Pour nous,
le sionisme, c’est un mal. »164
164
Idem.
165
ARENDT Hannah, Le système totalitaire, Seuil, 2005, page 79.
166
RENARD Jean-Bruno, « Les rumeurs négatrices », 2006, Revue Diogène, PUF, n° 213, 2006, p.74.
167
TAGUIEFF Pierre-André, L’imaginaire du complot mondial. Aspect d’un mythe moderne, Mille et une
nuits, 2006, p.198.
79
Cependant, aux vues des accusations d'antisémitisme dont fait preuve la liste
antisioniste et la controverse qui naît de cette ambiguïté entre antisioniste et antisémite,
il nous faut revenir sur les liens que peuvent avoir la lutte contre « le complot sioniste »
et la lutte contre le vieux « complot juif mondial ».
En 1968, suite à une question sur le sionisme, Martin Luther King aurait
déclaré : « Quand les gens critiquent les Sionistes, ils veulent dire les Juifs ». L'objectif
de ce paragraphe n'est pas de rajouter une pierre aux nombreux débats autour de cette
théorie de l'antisioniste antisémite. Cette querelle d'intellectuels et de chercheurs nous
semble irrésoluble, tout d'abord à cause de la trop grande implication des uns et des
autres en faveur de tel ou tel camp et de l'émotion qu'elle suscite chez eux, ensuite parce
que les théories échafaudées font appel directement ou indirectement à un combat
politique idéologique sans issue (entre une vision néomarxiste anti-impérialiste de
l'histoire, une théorie constructiviste et une vision libérale néoréaliste), et enfin parce
que celles-ci sont mélangées à des visions théologiques ou religieuses contradictoires.
L'objectif de ce paragraphe est d'essayer de resituer les multiples facettes du discours du
PAS à travers le prisme de cette controverse, mais en essayant de ne jamais tomber dans
ce « piège rhétorique et idéologique ».
168
D’ALMEIDA Fabrice, Images et propagande, Casterman, 1995, p.182.
80
Disons en introduction que le lien entre antisioniste et antisémite n'est pas une
vue de l'esprit, imaginé par certains auteurs dont les émotions et la rhétorique couplent
automatiquement l'un avec l'autre (Taguieff, Finkielkraut, Giniewski, Lévy...). Il existe
en effet une théorie radicale et absolue de l'antisionisme antijuif en France, décrite pour
la première fois par les premiers négationnistes français tels que Maurice Bardèche et
Paul Rassinier, et qui assimilait directement le sionisme au judaïsme, en insistant sur le
fait que les juifs, sioniste par nécessité historique, puisaient leurs forces du sentiment de
culpabilité des occidentaux après la Shoah. Leur doctrine ne sera reprise est synthétisée
qu'à partir des années 70, par des hommes comme Serge Thion, Roger Garaudy169 ou
encore le bien connu du parti antisioniste, Robert Faurisson170. Celui-ci envoie en 1978
un papier fondateur du négationnisme à de nombreuses rédactions où il énonce sept
points de dénonciation de la « vision exterminatrice » de l'histoire :
169
Roger Garaudy a été condamné le 27 février 1998 pour contestation de crimes contre l’humanité et
diffamation raciale. À propos de son livre Les Mythes fondateurs de la politique israélienne, le tribunal
souligne que « loin de se borner à une critique du sionisme (…) Roger Garaudy s’est livré à une
contestation virulente et systématique des crimes contre l’humanité commis contre la communauté
juive (…) Bien qu’il s’en défende, il présente sous forme d’une critique politique d’Israël ce qui n’est
qu’une mise en cause de l’ensemble des Juifs ».
170
Après le scandale du zénith en 2006 et la montée de Robert Faurisson sur scène aux côtés de
Dieudonné, celui-ci s'était défendu « de ne pas connaître les thèses du négationniste ». Pourtant, quelques
années plus tard, en 2009, le Théâtre de la main d'or accueilli en privé les amis de Robert Faurisson pour
son 60e anniversaire (Maria Poumier, Dieudonné, Ginette Hess-Skandrani, etc.).
81
On peut alors douter des intentions des leaders du PAS qui soutienne
ouvertement des personnes aussi controversées ayant tenu ce genre de propos. Selon
Dieudonné, il ne s'agit que d'un soutien de principe à la liberté d'expression et contre la
loi Gayssot, qu'il tient pour responsable d'un chantage à l'antisémitisme à grande
échelle. Dieudonné renverse même la critique du complot : « Il faut arrêter aussi avec
ce chantage systématique à l’antisémitisme. (…) Moi je déteste cette théorie d’un grand
complot antisémite qui s’organise dans le monde. Je crois qu’il faut sortir de cette
paranoïa absolument ; il faut sortir de cette théorie du complot : il n’y a pas de complot
antisémite sur la planète (…) »172. En effet, si nous laissons de côté ses affinités plus qu'
ambiguës, il est clair que l'humoriste n'a jamais sombré dans la « dénonciation du
complot juif mondial ». Il explique d'ailleurs très clairement qu'il ne s'agit pas d'un
« complot » sioniste, mais d'un « choc frontal avec des individus parfaitement
identifiés : l'extrême droite de la communauté juive, ce groupuscule sioniste, raciste,
pro-Sharon, et en guerre permanente contre quiconque évoque la situation en
Palestine »173.
171
FAURISSON Robert, « Les conclusions des auteurs révisionnistes », 1978.
172
Conférence de presse, Théâtre de la main d'or, 24 avril 2009.
173
MUKUNA Olivier, Dieudonné, Entretien à cœur ouvert, op. cit., p.42.
174
WEILL-RAYNAL Guillaume, Une haine imaginaire. Contre-enquête sur le nouvel antisémitisme,
Armand Colin, 2005.
175
Le nouveau Petit Robert de la langue française, 2009.
82
176
RODINSON Maxime, Peuple juif ou problème juif ?, La Découverte, 1997.
177
Idem, p. 261 à 272.
178
Idem, p.267.
83
tels que Pierre Desproges179 ou encore Coluche180, s'en prend ouvertement mais avec
humour aux juifs. Personne ne peut se soustraire à cet exercice de blessures dans l'ego
national à travers quelques « blagues », qu'elles soient inspirées ou non. Qu'on laisse
l'étonnement, la surprise, et pourquoi pas même le sourire et le rire naïf (et humain !)
d'une personne devant un signe extérieur d'appartenance à la communauté juive telle
que le chapeau à papillotes. Car ces signe « d'hostilité » font heureusement parti de la
nature humaine et permettent à tous de ne pas sentir un écart entre les différentes
communautés, ou un régime de privilèges pour l'une d'entre elles.
179
DESPROGES Pierre, « Les juifs », (disponible sur Internet) : « il est vrai que les Allemands de leur
côté ne cachaient pas une certaine antipathie à l'égard des juifs… Mais enfin ce n'était pas une raison pour
exacerber cette antipathie, en arborant une étoile à sa veste… pour montrer qu'on n'est pas n'importe qui !
Qu'on est le Peuple élu ! ‘’Et pourquoi j’irais pas été au vélodrome d'hiver ?’’, ‘’et qu'est-ce que c'est que
ces wagons sans banquettes !’’, ‘’ et j'irai aux douches si je veux !’’… quelle suffisance ! »
180
COLUCHE, Le jeu de la vérité, présenté par Patrick Sabatier, le 27 septembre 1985 : « il y a quatre
preuves que Jésus-Christ était juif, il y a quatre preuves : d'abord, il a vécu 33 ans avec sa mère (faut être
juif !). il a cru qu'elle était vierge pendant 33 ans (ça aussi faut être juif !). Elle, elle a dit partout que son
fils c’était le Bon-Dieu (ça, faut être juif !) Et il a quand même monté une affaire qui est devenue une
multinationale ! »
181
Dieudonné, Le Journal du Dimanche, 8 février 2004
182
« Appel pour l’union des citoyens contre le sionisme », loc. cit.
84
images, qui s'impriment facilement dans les esprits et viennent se couler dans des
moules préexistants »183.
Prudence est donc bien mère de sûreté lorsqu'il s'agit de dénicher un potentiel
antisémitisme derrière l'antisionisme du PAS. Notre critique antérieure, celle de la
tentation manichéenne, se retrouve à la fois chez les détracteurs de l'antisionisme et
chez ceux qui le prônent. Pour ne pas tomber dans les mêmes travers dans notre analyse,
nous avons essayé de faire la part des choses, en se reposant sur des exemples concrets,
et en essayant de différencier les messages, les images, mais aussi les hommes qui les
portent. Il ne s'agit pas de tirer une conclusion en faveur de l'un ou l'autre des camps,
c'est-à-dire de faire de « l'antisionisme le nouvel antisémitisme » ou au contraire de
légitimer l'antisionisme comme tout à fait sain. Nous avons préféré adopter un point de
vue à plusieurs facettes en montrant qu'un « antisionisme, revendiqué ou masqué, et
éventuellement entachées d'arrière-pensées suspectes, est fort possible, mais nullement
automatique »184. Cependant, en alliant les deux faces de l'antisionisme, celle de la
critique juste du sionisme et celle plus controversée d’une posture antisémite, nous
plongeons avec certitude dans une atmosphère ambiguë qui vient renforcer notre
hypothèse de départ sur l'exacerbation des tensions communautaires. En effet, le parti
de Gouasmi et Dieudonné, en entretenant ce double langage, offre un terreau
exceptionnel à la haine de l'autre. Une aubaine pour tous les extrémistes radicaux,
avides de manipuler ce message, qui opère avec subtilité un « passage de la
propagande à la communication politique »185, une communication politique basée sur
une nouvelle forme de stratégie politique (chapitre 2).
Dès sa création, le PAS va se constituer autour d’un homme, celui par qui le
projet est né : l’humoriste Dieudonné. Interdit de salle, car suspecté de tenir en public
des propos antisémites, il y voit une censure du « lobby sioniste » au plus haut sommet
de l’Etat et décide de rassembler des hommes autour de lui ; des hommes qui
entrevoient comme lui ce « danger pour la liberté d’expression » qu’est le sionisme.
Le PAS fera sa campagne en ne présentant des listes qu’en Ile de France et fera
de bons scores dans certaines villes de banlieue dites « sensibles ». La création du parti
et la campagne électorale qui l’accompagne s’est faite sur une stratégie médiatique
maitrisée, jalonnée d’ « attentats humoristiques » et autres pieds-de-nez au monde
politique.
187
Voir SOUCHARD Maryse (et al.), Le populisme aujourd’hui, Paris, éd. M-éditer, 2007, p.18.
188
DORNA Alexandre, « Faut-il avoir peur du populisme ? », in Le Monde diplomatique, nov. 2003.
189
TAGUIEFF Pierre-André, Le retour du populisme, Paris, Encyclopaedia Universalis, 2004, p.7.
190
TAGUIEFF Pierre-André, L’illusion populiste, Paris, Flammarion, 2007, p.199.
88
C’est ainsi qu’il prend le contrôle d’une nébuleuse anti-système, en utilisant une
rhétorique propre au populisme : contre l’Etat, contre le « deux poids / deux
mesures »193, contre l’exploitation du peuple par ses dirigeants. Il va s’ériger comme la
victime de ce système et décide de prendre les armes pour s’ériger comme unique
191
Un titre reconnu notamment par une génération d’humoriste plus ancienne tel que Jean-Pierre Bacri,
Daniel Prévost ou Guy Bedos, mais aussi par la nouvelle vague tel que Djamel Debbouze, Bruno Solo ou
encore Pascal Eboué.
192
In « Un métisse pas maté », in Le Nouvel Observateur, 6 novembre 1997.
193
L’expression favorite des leaders du PAS pour expliquer leur engagement et que l’on retrouve à
plusieurs reprises dans chaque discours à la presse, notamment 7 fois dans la conférence d’annonce de
création de la liste au Théâtre de la main d’or.
89
homme politique honnête et sérieux, porte-parole des opprimés, véritable guide vers « la
lumière », jouant à la fois sur ses talents d’humoriste et de très bon orateur. Il sera ainsi
le guide contre le mal. Son attitude et son projet sont alors portés par un style
résolument populiste, notamment en contournant les vecteurs de médiatisation
traditionnels.
Dieudonné est un chef charismatique qui ne veut pas s’embarrasser d’un appareil
de parti gigantesque. Il a toujours revendiqué le côté humain de son action politique et
préfère donc travailler dans une structure familiale, à taille humaine. Il décide donc de
s’exprimer et de travailler dans son Théâtre de la Main d’Or à Paris. Toutes ses
conférences de presse, ses débats internes, ses réunions de travail, ses rencontres se
feront à partir de ce lieu.
Dieudonné s’appuie donc sur son charisme médiatique et, à la manière d’un
Berlusconi, va construire « un cadre politique personnalisé, dont il constitue à la fois la
90
« Dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas », voilà la maxime
populaire qui pourrait résumer le projet politique des néopopulistes et de Dieudonné. Ce
que Maryse Souchard dénonce avec justesse dans son ouvrage collectif sous le nom de
« société du micro-trottoir et de la connaissance spontanée »196. Il s’agit ici de sortir des
voies de l’expertise « élitiste et corrompu » pour revenir à la sagesse populaire, au bon-
sens du peuple, depuis trop longtemps bâillonné. Ce chemin populaire, très attractif à
prime abord dans une perspective de démocratie, permet ainsi de manipuler ceux qui se
sentent égarés par la gestion de plus en plus complexe de nos institutions par une élite
administrative ou politique. On en arrive à un relativisme absolu de la pensée où le
peuple reprendrait un pouvoir dans le processus politique, pouvoir que lui aurait
confisqué depuis longtemps ces élites.
194
DIAMANTI Ilvo, in Le retour du populisme, op. cit., p.57
195
MÉNY Yves et SUREL Yves, Par le peuple, pour le peuple, le populisme et les démocraties, Fayard,
2000.
196
Idem, p.21.
197
TAGUIEFF, L’illusion populiste, op. cit., p.189
91
se réfère alors au peuple, mais au peuple au sens de plebs, c'est-à-dire les classes
populaires : les communautés laissées pour compte (noires et arabes de France), les
ouvriers, les chômeurs ou encore les personnes en situation précaires. Tous ceux qui
peuvent avoir se sentiment d’abandon par le pouvoir politique et qui sont donc de bons
sujets à la manipulation anti-système.
198
MASTROPAOLO Alfio, « Populisme du peuple ou populisme des élites », in Le cours de la
recherche, Université de Thurin, 2002.
199
Conférence de presse annonçant la création de la liste antisioniste, 25 mai 2009.
92
médias. Ils les accusent d’être aux mains du lobby sioniste et se pose en victime de ce
système entant que noir : ce sont une « meute de chiens enragés qui ont organisé le
lynchage dont je suis la cible »200. Il accusent notamment « les grands médias d’être
devenus des entreprises de communication à but essentiellement lucratif » et « tout en
affichant une indépendance de façade, d’être des outils qui servent remarquablement
l’appareil politique »201. Il utilise ici la thèse simpliste et incomplète mais très populaire
du journalisme de connivence et de mensonge au peuple, organisé collectivement par
les élites politico-médiatiques. Une critique relayée par le numéro trois du parti, Alain
Soral : « Le niveau de débat [dans les médias] est maintenant misérable. Les
intellectuels ont été remplacés par des guignols. Notre presse est l’une des plus serviles
du monde. (…) Les libéraux atlanto-sionistes ont pris totalement le pouvoir en
France »202.
La deuxième sphère concernée par les attaques de l’humoriste est celle des
hommes politiques. A la question ‘’qu’est-ce qu’un Président de la République
aujourd’hui ?’’, il répond : « ce n’est qu’une marionnette aux mains de la haute finance
et des multinationales »203. Critique qui permet de montrer le lien obscur entre le
politique et l’économique, souvent dénoncé par les classes moyennes et populaires, et
qui fonctionne d’autant plus pendant les périodes de crises financières, comme celle que
vit l’Europe depuis 2008.
200
In MUKUNA Olivier, Dieudonné, Entretien à Cœur ouvert, Anvers, éd. EPO, 2005, p.33.
201
Idem, p.74.
202
Conférence de presse, loc. cit.
203
In MUKUNA Olivier, op. cit., p.89
204
Idem, p.36.
93
mais qui devient « injustice politique » dans la bouche des néopopulistes faisant de l’œil
à des classes populaires souvent en mal avec l’administration judiciaire.
Comme le dit très justement Pascal Perrineau, « à se focaliser sur les filiations,
on risque de passer à côté de ce qui fait l’ampleur et l’originalité d’un phénomène
politique nouveau »206. S’il était donc judicieux de rappeler la filiation évidente du PAS
avec les néopopulismes émergents à la fin du 20ème siècle, il est encore plus stimulant de
voir dans quelle mesure il renouvelle le style, à travers un véritable show autour du
débat sur le « chantage à la Shoah », c’est ce que nous avons appelé le « shopulisme ».
Peter Mair a écrit à propos des changements dans nos démocraties que « le plus
plausible à l’avenir sera le déclin continu de l’engagement et de la participation des
masses en politique et son remplacement progressif par la politique plus incertaine et
assez indifférente du spectacle de masse »207. C’est ce schéma politique du spectacle de
205
HERMET Guy, op. cit., p. 446.
206
PERRINEAU P., in Le retour du populisme, op. cit., p. 28
207
MAIR Peter, “Représentation and Participation in the Changing World of Party Politics”, European
Review, mai 1998, p.173.
94
masse qu’a choisi de privilégier le PAS avec à sa tête un humoriste, Dieudonné, qui va
s’adresser directement au peuple par l’intermédiaire de l’humour et de ses spectacles. A
l’image d’un Berlusconi utilisant tout les instruments du marketing208, « Dieudo » va lui
s’en remettre à toutes les ficelles du milieu du spectacle et surtout, à cette institution en
France qu’est le droit pour les artistes d’user (abuser ?) de leur sacro-sainte Liberté
d’expression. Si depuis quelques mois cette liberté est remise en question de plus en
plus dans les médias (notamment autour d’humoriste tel que S. Guillon ou Dieudonné),
il est encore reconnu que la scène reste un endroit où l’artiste à le droit de s’exprimer
librement puisque toute intervention est alors présupposée être dans le domaine de
l’humour (que l’on soit choqué ou indifférent au propos tenus). Jean-François Copé,
Président du groupe UMP à l’Assemblée Nationale, rappelait par exemple à ce sujet
qu’il ne pouvait y avoir d’autres « limiteurs » que la propre conscience de l’artiste et le
public, qui est le seul à pouvoir donner sa légitimité ou au contraire à sanctionner un
humoriste en allant voir ou non son spectacle209.
Car en effet, qu’il s’agisse de faire venir le politique sur scène, en faisant parler
un négationniste reconnu devant le public211, ou de manier l’humour sur la scène
politique, dans ce qu’il appelle des « attentats humoristiques », Dieudonné fait une
confusion salvatrice entre la critique politique du gouvernement israélien et l’humour
autour d’une communauté de croyant (l’humour contre les juifs). C’est cette confusion
208
DIAMANTI Ilvo, op. cit., p.54 à 56.
209
Emission de télévision, On n’est pas couché, 10 Avril 2010.
210
On peut penser notamment au sketch de P. Desproges, « les juifs » ou encore les scènes où Dieudonné
jouait le noir contre son ami E. Semoun qui jouait la caricature du juif.
211
Le 28 décembre 2008, Dieudonné profite de son dernier spectacle pour faire monter sur la scène du
Zénith Robert Faurisson, négationniste reconnu et plusieurs fois condamné pour contestation de crimes
contre l’humanité dans les années 80.
95
- Une lecture ludique tout d’abord ; celle d’un film ou d’une pièce de théâtre.
L’auteur veut placer son public dans la position d’un spectateur devant une pièce
comique, devant une parodie. Cela promet ainsi de sortir de l’univers ennuyeux de la
politique et provoquer l’étonnement, le sourire (le rire ?), l’envie de partager un bon
moment.
- Une lecture socioreligieuse ensuite. Toutes les communautés sont rassemblées
dans cette liste. C’est la croyance en une République française black-blanc-beur (ou
chrétien-musulman-juif), en la fin du communautarisme qui « gangrène la société », en
une paix possible grâce au rapprochement des peuples. C’est le message ultime de la
tolérance intégratrice : tous sont égaux et unis par un même but.
- Une lecture politique enfin. Le projet unificateur est justement le slogan de
l’affiche et le titre : « Unis contre le sionisme » - le titre du « film », sionisme qui se
niche partout et explique les tensions sociales. L’auteur associe les sionistes aux
spéculateurs : un levier sensible en période de crise financière et une association qui
n’est pas sans rappeler en background le vieux mythe du juif banquier accapareur. Le
sioniste se trouve aussi à l’OTAN qui est vu dans les milieux extrémistes comme le bras
exécutant de l’axe américano-sioniste en Europe. Enfin, la liste se bat contre le sionisme
96
qui exacerberait les tensions communautaristes et qui serait l’institution occulte d’une
nouvelle censure, empêchant la liberté d’expression en France.
212
TAGUIEFF, Le retour du populisme, op. cit., p.23
213
Un passage d’un racisme anti-juif, de 1880 jusqu’au troisième Reich, à un antiracisme anti-juif, de la
création d’Israël à aujourd’hui, très bien expliqué dans Prêcheurs de haine, de Taguieff, en introduction
p.15-16.
97
C’est avec ce schéma, dans la lignée des théories conspirationnistes, que le PAS
justifie aujourd’hui le malaise qui règnerait en France, notamment dans les institutions
de la République. Car, pour préserver la naïveté du monde envers Israël, le sionisme
214
Conférence de presse, loc. cit.
215
Le Journal du Dimanche, 8 février 2004, p. 27.
98
prendrait appui sur des élites, notamment en France, et inhiberait de l’intérieur toute
critique envers l’Etat juif. Pour ce faire, le PAS relève l’utilisation du sentiment de
culpabilité européen après l’extermination de la seconde guerre mondiale : « chantage à
l’antisémitisme » et « pornographie mémorielle »216 de « l’évènement médiatique de la
Shoah », voilà à travers quoi le sionisme dominerait aujourd’hui la France.
Aujourd’hui, la puissance des médias est telle, qu’elle est devenue la première
instance « relais » entre les politiques et le peuple. On peut remarquer d’autant plus
facilement cette prédominance médiatique si l’on se trouve en période électorale et
pendant laquelle chaque parti ou homme politique essaye d’utiliser au mieux les médias
et les nouvelles techniques de communication et d’information. Cette évolution vers une
fuite en avant effrénée dans les média pour être le plus populaire possible, marque ce
que Taguieff appelle le « télé-populisme » : « le démagogue efficace de la
postmodernité est devenu le tribun télégénique »217. Il s’agit de sortir le politique des
institutions traditionnelles pour le rendre directement audible par le public. Mény et
Surel y voit la relégation du parti au rang d’ « accessoire », au profit d’un lien
médiatique plus direct et surtout qui bénéficie d’une meilleure visibilité et
accessibilité218.
216
Conférence de presse à Alger, Annexe 8.
217
Taguieff utilise pour la première fois le terme dans un article : « Le populisme et la science politique.
Du mirage conceptuel au vrais problèmes », Vingtième siècle. Revue d’histoire, 56, 1997, p.42. Il
développera ensuite ce concept dans tous ses ouvrages traitant du populisme, et en fera une thèse centrale
de ces recherches.
218
MÉNY et SUREL, op. cit., p.123 à 126.
99
219
BALANDIER Georges, Le pouvoir sur scènes, Paris, Balland, 1992.
220
Emission On ne peut pas plaire à tout le monde, France 3, 1er décembre 2003.
221
Conférence de presse, loc. cit.
100
Ce qui est intéressant ici, c’est qu’internet permet une continuité et une stabilité
du populisme dans la pratique car il donne au parti un support visible et actif, mais
surtout dans la rhétorique même du mouvement, qui reste parmi le peuple en continuant
à l’informer et le faire participer à la démocratie. C’est un autre moyen de légitimation :
puisque les médias les oublient, sous la pression des politiques, et puisque ceux-ci ne
veulent pas débattre avec eux et avec les français, alors ils s’engageront dans le cyber-
militantisme qui reste encore le seul moyen d’expression libre et global.
Si Mény et Surel mettent en évidence que ces nouvelles « idoles populistes sont
souvent aussi vite brûlées qu’elles ont été adorés »222, il en va différemment avec
l’utilisation d’internet qui permet, si ce n’est une actualité quotidienne, tout du moins
une survivance jusqu’aux prochaines élections, ou jusqu’au prochain scandale. Elle
permet de passer plus facilement le « creux de la vague» entre chaque échéance et donc
aux différents acteurs du PAS de garder une visibilité et une légitimité.
222
MÉNY et SUREL, op. cit., p.126
223
Loc. cit, p 66.
101
Car le parti anti-sioniste s’il se joue des règles de la démocratie (de son temps
long, de sa rhétorique si particulière, de ses compromis difficiles, de ses principes
constitutionnelles et institutionnelles…) n’est pas pour autant un parti « fascisant »,
puisqu’il respecte ces règles imposées. La vigilance passerait alors plutôt par un
contrôle de ses dérives plébiscitaires que sont l’apologie de la haine envers une
communauté, sous couvert d’un show humoristique rendu aujourd’hui possible par la
tolérance médiatique et populaire envers la liberté d’expression. C’est là tout l’enjeu
des risques liés au PAS et de ce que nous avons appelé le « shopulisme ».
Une approche de son métier qui n'est pas sans rappeler ce qu'a défini Henri
Bergson en 1912 à travers son concept du « mécanique plaqué sur du vivant ». Dans
224
MANIN Bernard, Principes du gouvernement représentatif, Paris, Flammarion, 2008.
225
GRABY François, Humour et comique en publicité : parlez-moi d’humour, EMS / Management et
société, 2001, p.12.
226
COTTA Alain, La Société Ludique. La Vie Envahie Par Le Jeu, Grasset, 1980.
227
MUKUNA, op. cit., p. 61.
102
cette lignée, le rire a pour origine le ridicule, il doit être humiliant pour celui qui en est
l'objet afin qu'il se perfectionne. Cette théorie morale du comique présente une grande
utilité pour comprendre le positionnement comique de dénonciation de Dieudonné (§1).
Mais on ne peut pas s'arrêter à ce simple constat mécanique et il faut essayer de dévoiler
les véritables enjeux de l'humour antisioniste de l'humoriste (§2).
des sources d’inspiration quasiment intarissables. L’objectif est de pouvoir les mettre
en scène, en situation, afin de créer le rire, puis de transmettre une réflexion »230.
Bergson n'est pas le premier à avoir mis en lumière cette fonction morale du rire.
Déjà dans l'Antiquité, Aristote et Platon avait envisagé cette possibilité d’un rire de
moquerie, de dénonciation des travers humains. Hobbes un peu plus tard allait lui aussi
dégager « ce moment inattendu du triomphe narcissique que procure le spectacle des
faiblesses des autres »231. Mais aucun pont solide ne sera tissé entre le comique et la vie
sociale jusqu'à Bergson. Le rire participerait à sa façon à une sorte de système de
contrôle social de toute société, à côté des systèmes de contrôle traditionnel qu'elles
connaissent :
Pour Dieudonné, cet effet comique de socialisation passe par la dénonciation des
individus qui mécanisent la société, la gangrène, sans que les autres individus de la
société s'en rendent compte. Il veut notamment pointer un dysfonctionnement de l'État
français mais aussi de la sphère internationale qui, à cause de l'histoire de la Shoah, se
serait laissé volontairement dominer pour se faire pardonner et effacer un sentiment de
culpabilité après les camps de la mort. Toujours sur un ton humoristique pour amener le
spectateur à rire du ridicule d’une situation :
« Moi j'ai discuté tu sais avec les juifs, mais les juifs tu sais ils
ne voulaient pas s'expliquer non plus hein… Moi je leur disais : mais
pourquoi ? Eux ils disaient ‘’oui mais on est le peuple élu !’’ Ben,
230
MUKUNA, op. cit., p. 61.
231
DEFAYS Jean-Marc, Le comique, seuil, 1996, p. 4.
232
BERGSON Henri, Le rire : essai sur la signification du comique, PUF, 2007, p. 15.
104
mais qu’est-ce-que c’est que ça là… C’est quoi ça le peuple élu et dis-
donc? On n’a pas voté nous !»233.
Il aime jouer sur ce que la société (où ici plus précisément une communauté) a
figé dans le marbre et que tout le monde s’est approprié. C’est ce que Bergson avait
dégagé dans sa théorie du « mécanique plaquée sur du vivant » en l’étendant à une
raideur de la réalité « en général ». Pour se faire, l’humoriste utilise régulièrement les
ficelles reconnu de l’humour tel ce signifié habituel du « peuple élu » qu’il rapporte à
un « signifiant inhabituel » 234, bien connu mais inattendu dans le cas de la communauté
juif : l’élection, le vote, la démocratie, etc.
C’est cet humour décalé et dénonciateur qui fait scandale lorsque Dieudonné
l’utilise comme arme politique et que nous avons expliqué par le terme
« shopulisme »236. Mais derrière cette attitude, cette posture du scandale populaire, quels
sont les véritables enjeux philosophiques et sociétales ? (B)
Il ne s’agit plus ici de comprendre pourquoi nous rions, quelles sont les ressorts
du comique, mais de savoir comment et dans quel but (conscient ou non) nous le
faisons. Quelle est cette fonction du rire qui semble échapper aux détracteurs de
l’humoriste politique ? Pour Bergson, l’humour corrige – et nous venons de voir que
c’est avant tout le but de Dieudonné. Pour d’autre, l’humour défie l’intelligence du
233
DIEUDONNÉ, Pardon Judas, Bonnie production, 2000, 01:03:05.
234
EVRARD Franck, L’humour, Hachette, 1996, p.44.
235
BERGSON, op.cit., p. 66.
236
Partie 2, Chap. 2, Section 1, B1, Un show populaire autour du leader.
105
Mais si toutes ces théories ont un intérêt certain pour comprendre l’humour de
Dieudonné, celle de Freud semble si ce n’est englober les autres, donner un regard plus
étendu sur le rire. Dérivée de la théorie de Spencer qui envisageait le rire comme un
processus de décharge ayant une fonction « homéostatique », il va en tirer sa fameuse
théorie économique du rire.
239
Idem, p. 247-249.
240
BERGSON Henri, Le rire : essai sur la signification du comique, PUF, 2007 (1898), p. 6.
241
Émission de télévision Ce soir ou jamais !, présentée par Frédéric Taddei, 8 mars 2010.
242
SALMON Christian, Storytelling : La machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits, La
Découverte, 2007.
243
RIEFFEL Rémy, « Du pouvoir des médias en démocratie : le cas de l'information politique », in
Médias, information et communication (ss la direction de LETEINTURIER Christine et CHAMPION
Rémy), p.129.
107
menace sioniste ! Les soldats de l’autre connasse de Yahvé qu’on a aux miquettes là
depuis le mois de janvier »247. De la sorte, Dieudonné s'épargne, ainsi qu'à son public,
grâce aux mots d'esprit, comique de répétition, raccourci, amalgames, une dépense de
répression face à l'obstacle extérieur : le respect dû au peuple juif et à leur souffrance.
Comme le dit très bien Olivier Mongin dans son chapitre Le rire ethnique ou
l'art de la métamorphose, « poursuivre Dieudonné dans le contexte de la loi Gayssot est
délicat : le provocateur ne remet pas en cause le crime contre l'humanité en tant que
tel, bien au contraire, il est dans la surenchère et en appelle à la reconnaissance de
tous les crimes contre l'humanité, et pas uniquement de la Shoah. Ce qui le conduit non
pas à nier l’existence du crime contre l'humanité mais l'unicité, le caractère spécifique
de la Shoah qui témoigne selon lui de la volonté juive de s'approprier ce type de
crime »248.
Le premier mobile personnel à relever ici dans ce travail d'analyse, ce sont les
conditions historiques de construction de l'homme, son passé. En effet, Dieudonné
garde des liens très étroits avec son père camerounais et son pays d'origine. Il ne cesse
d'en faire référence à la fois sur scène et dans la sphère politique pour légitimer son
247
DIEUDONNÉ, Mes excuses, Bonnie production, 2004, 00:13:54.
248
MONGIN Olivier, op.cit., p. 109-110.
249
FREUD Sigmund, op.cit., p. 259 à 266.
109
appartenance à la communauté noire, blessé par l'histoire, mais oublié depuis les
événements tragiques touchant la communauté juive.
D'autre part, nous pouvons relever sans trop de difficultés toute la pression et la
nervosité qui touchent les hommes publics, qu'ils soient politiques ou comiques. C'est ce
que Freud appelle l’affection névrotique : en regardant « ces personnes (…) qui sont
connues dans leur milieu comme étant des faiseurs de mots d'esprit fort répandu, on
peut être surpris de découvrir que cette personne spirituelle est une personnalité clivée
prédisposée aux affections nerveuses »250. Une névrose contre les sionistes dont
Dieudonné se sert pour s'imposer comme la personnalité politique qui unifie les beurs et
les noirs de cité contre les juifs qui incarnent la figure de l'élite. « Dans ses diatribes
antijuives, Dieudonné associe désormais noirs et arabes »251, et fait de cette association
le socle de son humour politique.
Enfin, l'humoriste est souvent enclin à obtenir une image publique plus grande, à
toucher le plus de monde possible, sorte de pulsions d'ego que le psychanalyste analyse
comme « une poussée ambitieuse afin de montrer son Esprit, être en présentation, une
pulsion qui s'assimile à l'exhibitionnisme dans le domaine sexuel »252. Dieudonné a
toujours revendiqué son envie d'être le plus médiatisé possible dans un monde qui lui
refuse la publicité. À coups de scandales et d'exhibition ambiguë, il revendique le fait
d'utiliser les médias à leur insu pour obtenir une plus grande couverture :
« J’ai été obligé. Tu sais combien ça coûte une campagne de pub sur TF1 ? Je
n'avais pas les moyens, je suis fini moi… Donc faut être inventif, faut trouver des
astuces. Au départ j'avais pensé simuler une fausse agression, je leur ai fait ça dans le
19e arrondissement juste à côté, les caméras sont déjà sur place… mais j'ai un copain
il m'a dit ne fais surtout pas ça Dieudonné, tu vas te faire démonter la gueule pour pas
un rond. Si c’est toi, les médias ils ne se déplaceront jamais les mecs… Je lui ai dis
‘’non mais j'aurais mis une kippa’’ ! »253.
250
Idem, p. 261.
251
MERCIER Anne-Sophie, La vérité sur Dieudonné, 2005, p.54.
252
Idem, p. 262.
253
DIEUDONNÉ, J'ai fait l'con, Bonnie productions, 2009, 00:05 ans en ont ou :14.
110
Ici, tout le passé politique que s'est construit Dieudonné autour de son image de
défenseur des communautés noire et arabe de banlieue est mise en scène et présentée
devant un large public, pour pouvoir s'attaquer à ce peuple juif qui selon lui
monopolisent le sentiment de victimes en France et dans le monde.
« Nul ne peut se satisfaire d'avoir fait un mot d'esprit pour soi tout seul. Au
travail du mot d'esprit est indissolublement lié le profond besoin de communiquer avec
autrui ». Il faut une tierce personne en bonne condition d'humeur pour retirer tout le
succès d'une plaisanterie : le rire. Il faudra ainsi parfois désamorcer toutes les réticences
potentielles. C'est un travail très difficile pour l'humoriste mais Dieudonné semble
arriver à mettre le récepteur de ses critiques envers le sionisme dans un parfait état de
compréhension et surtout d'approbation. Il arrive à maintenir ce paradoxe qui consiste à
maintenir simultanément l'auditeur captivé, c'est-à-dire capable de décrypter ses jeux de
mots et tous ces sous-entendus, et à la fois inhibé dans sa mobilité, c'est-à-dire laissant
tous ces non-sens et cette stupéfaction l'envahir, comme une sorte d'intériorisation
malgré lui de concept ambigu à travers l'humour. Ce plaisir n'aboutit enfin totalement
qu'après avoir obtenu un « alignement général » grâce au rire de l’auditoire.
Il semble donc que l'humour de Dieudonné a pour base une simple technique de
communication, ce qui lui sera très utile dans sa campagne du PAS. Car avec humour,
tout change. Sans humour, « l'émetteur ne serait qu'un individu grossier et désagréable,
le récepteur qu'une pauvre victime de sarcasmes »254. Encore une fois, l'humour est mis
au service d'une meilleure communication sur des sujets qui ne pourraient pas être
abordés sérieusement en ces termes sans être très controversé ou dénoncés. Dieudonné
s'en sert pour exprimer ce qui aurait été difficile à dire ou entendre dans un cadre plus
politique. Le problème, c'est que plutôt que de rester dans une sphère purement
artistique, il a décidé d'importer cet humour construit de longue date dans une arène
beaucoup plus sceptique et conventionnelle : celle du politique. On peut alors se
demander si tout ce trajet ne dessert pas un projet qui, sous couvert de dénonciation
amusante, flirte dangereusement avec une certaine rhétorique antisémite.
CONCLUSION
Après avoir mis un point final à notre développement, plusieurs conclusions, ou
plutôt plusieurs sens, nous semblaient apparaître pour confirmer ou infirmer notre
hypothèse de départ. Certains points nous semblaient tenir de l'évidence, d'autres,
entretenir l'ambiguïté autour du parti antisioniste et de leur rôle dans la société
française. À la manière d'un Rubik's cube intellectuel, il nous a été très difficile de
reconstruire avec netteté toutes les facettes de ce sujet, chaque proposition venant
bouleverser plus ou moins profondément la précédente où la suivante, chaque
découverte sur une petite « unité » impliquant un remaniement du « tout ». Cependant,
trois points saillants de notre démonstration doivent être mis en exergue pour éclairer ce
travail.
Nous avons tout d'abord utilisé au mieux les cadres de la théorie sur les partis
politiques pour mettre en avant les spécificités intrinsèques du PAS. Conscient qu'aucun
idéaltype n'est absolument présent en réalité, nous nous appuyons comme Weber255 sur
une définition large du parti politique, permettant ainsi d'envisager sereinement les
modes d'action, les fonctions, les objectifs etc. Le PAS est donc bien selon notre
conception un parti politique puisqu’ il offre une étiquette sous laquelle peuvent se
présenter des candidats. Mais l'originalité de ce parti, c'est l'origine et l'hétérogénéité de
ces candidats. Son personnel politique très hétéroclite, issus de différentes mouvances, a
réussi à s'agréger autour d'un même projet, donnant une nouvelle visibilité à un
« système de croyance » jusqu'ici confiné à une existence discrète, voire secrète en
France. La nébuleuse antisioniste préexistante s'est donc transformée, sous l'impulsion
d'entrepreneurs de mobilisation engagés, tels que Dieudonné, Gouasmi et Soral, dans ce
que nous appelons un « parti-groupe d'intérêts », capable de mobiliser son électorat sur
une question spécifique jusqu'à ce que celle-ci soit résolue. Si l'on suit la sociologie
constructiviste de Millet, on ne pouvait s'arrêter à cette conclusion sans voire en toile de
fond les transformations politiques et sociales de notre société qui ont favorisé cette
émergence. Cette « transhumance » de l'antisionisme, des pâturages ignorés de la
société civile à la constitution d'un groupe atteignant les sommets de la lutte électorale
255
« Associations reposant sur un engagement (formellement) libre ayant pour but de procurer à leurs
chefs le pouvoir au sein d'un groupement et à leurs militants actifs des chances - idéales ou matérielles -
de poursuivre des buts objectifs, d'obtenir des avantages personnels, ou de réaliser les deux ensemble »,
(WEBER Max, Économie et société, tome 1, p. 371 – 376).
113
et de la visibilité politico-médiatique, prend en effet selon nous, et c'est bien ici notre
hypothèse qui s’en trouve confortée, un appui déterminant sur l'état de notre société et
sur les tensions qui la traversent.
Car, c'est là notre troisième direction, le point de chute de notre analyse sur la
place du PAS dans notre univers d'adhésion politique : en basant sa légitimité électorale
sur un nouveau débat en France, il entre parfaitement dans un système de « querelles
stériles autour du nouvel antisémitisme, de la souffrance noire, du racisme anti-blanc,
de la mémoire coloniale etc. qui ont pour premier effet de dresser les gens et les
communautés les uns contre les autres »258. En effet, nous l'avons vu, l'antisionisme du
parti de Dieudonné, s'il a pour principal qualité de nous rappeler les ravages causés par
256
RIEFFEL Rémy, « Du pouvoir des médias en démocratie : le cas de l'information politique », in
LETEINTURIER Christine et CHAMPION Rémy, op. cit., p. 123.
257
LATOUR Bruno, Sur le culte moderne des dieux faitiches, La découverte, 2009, p. 139.
114
Ce travail n'avait pas pour objectif de jeter une nouvelle pierre dans ce marécage
de querelles stériles, d'entretenir certains mythes ou certaines croyances, de dénicher le
vrai du faux, la vérité de la réalité. Adhérant certainement à « l'idée que la vérité
n'existe pas (…), qu’elle est perpétuellement provisoire et qu'elle sera falsifiée
demain »259, ce mémoire à au contraire essayé de déconstruire un courant minoritaire, de
désamorcer l'amplification de croyances, qu'elles soient sionistes ou antisionistes, tout
en n’occultant pas les implications qu'elles ont dans notre imaginaire collectif. Nous
sommes alors en total accord avec cette proposition de Wieviorka : « plutôt que
d'opposer l'universalisme de la république de la nation et le particularisme des
identités culturelles (…), il est possible, non seulement de chercher à les concilier
théoriquement, mais aussi à les articuler concrètement, dans la pratique. Le traitement
démocratique de la différence n'est pas incompatible avec l'affirmation des principes de
la République et la reconnaissance des différences culturelles n'est pas nécessairement
258
WEILL-RAYNAL Guillaume, à propos de son livre Les nouveaux désinformateurs, entretien publié
sur le site de Palestine-Solidarité.
259
VEYNE Paul, Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ?, Seuil, 1983, p. 125.
115
« Sortir des fantasmes »261 et « ne pas croire que l'autre croit »262 : deux préceptes
qui ont nourrit notre réflexion tout au long de ce travail et qui semble être des clefs
déterminantes pour apaiser cette situation. Deux propositions, idéalistes très
certainement, rejetées par les manipulateurs de cette « histoire intercommunautaire »,
trop présente encore dans notre quotidien pour être doucement évacué, mais trop
émotionnelle et subjective selon nous pour être politique. Nous espérons pourtant, sans
trop y croire, au vu de l'activisme des mouvements exacerbant ces tensions, tel que le
PAS, que celles-ci quitteront le domaine politique pour revenir dans les domaines
historique ou discursif, plus libres et apaisés.
260
WIEVIORKA Michel et al., op. cit., p. 337.
261
WEILL-RAYNAL Guillaume, op. cit., p. 236.
262
LAMBERT Frédéric, cours « Images, langages et société : croyances et rituels », op. cit.
116
117
[Source : http://www.upjf.org/detail.do?
noArticle=9188&noCat=127&id_key=127 ]
119
« L’établissement, entre les deux guerres mondiales, car il faut remonter jusque là, l’établissement d’un
foyer sioniste en Palestine et puis, après la deuxième guerre mondiale, l’établissement d’un Etat d’Israël,
soulevaient, à l’époque, un certain nombre d’appréhensions. On pouvait se demander, en effet, et on se
demandait même chez beaucoup de juifs, si l’implantation de cette communauté sur des terres qui avaient
été acquises dans des conditions plus ou moins justifiables et au milieu des peuples arabes qui lui sont
foncièrement hostiles, n’allait pas entraîner d’incessants, d’interminables frictions et conflits. Certains
même redoutaient que les juifs, jusqu’alors dispersés, qui étaient restés ce qu’ils avaient été de tout temps,
un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur, n’en viennent, une fois qu’ils seraient rassemblés dans
le site de leur ancienne grandeur, à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très
émouvants qu’ils formaient depuis dix-neuf siècles : l’an prochain à Jérusalem.
Cependant, en dépit du flot tantôt montant tantôt descendant des malveillances qu’ils
provoquaient, qu’ils suscitaient plus exactement, dans certains pays et à certaines époques, un capital
considérable d’intérêt et même de sympathie s’était accumulé en leur faveur, surtout, il faut bien le dire,
dans la chrétienté ; un capital qui était issu de l’immense souvenir du Testament, nourri par toutes les
source d’une magnifique liturgie, entretenu par la commisération qu’inspirait leur antique malheur et que
poétisait chez nous la légende du Juif errant, accru par les abominables persécutions qu’ils avaient subies
pendant la deuxième guerre mondiale, et grossi depuis qu’ils avaient retrouvé une patrie, par leurs travaux
constructifs et le courage de leurs soldats. C’est pourquoi, indépendamment des vastes concours en
argent, en influence, en propagande, que les Israéliens recevaient des milieux juifs d’Amérique et
d’Europe, beaucoup de pays, dont la France, voyaient avec satisfaction l’établissement de leur Etat sur le
territoire que leur avaient reconnu les Puissances, tout en désirant qu’ils parviennent, en usant d’un peu de
modestie, à trouver avec leurs voisins un modus vivendi pacifique.
Il faut dire que ces données psychologiques avaient quelque peu changé depuis 1956, à la faveur
de l’expédition franco-britannique de Suez on avait vu apparaître en effet, un Etat d’Israël guerrier et
résolu à s’agrandir. Ensuite, l’action qu’il menait pour doubler sa population par l’immigration de
nouveaux éléments, donnait à penser que le territoire qu’il avait acquis ne lui suffirait pas longtemps et
qu’il serait porté, pour l’agrandir, à saisir toute occasion qui se présenterait. (…)
Israël, ayant attaqué, s’est emparé, en six jours de combat, des objectifs qu’il voulait atteindre.
Maintenant, il organise sur les territoires qu’il a pris l’occupation qui ne peut aller sans oppression,
répression, expulsions, et il s’y manifeste contre lui une résistance, qu’à son tour il qualifie de terrorisme.
(…)
[SOURCE : http://www.partiantisioniste.com/sionisme ]
121
(…)
Le sionisme - idéologie fondatrice de l'Etat d'Israël et qui en est le soutien actuel, est issu du
colonialisme européen et s'est diffusé à la suite du génocide nazi. Le sionisme s'est nourri des épisodes les
plus violents et oppressifs de l'histoire du dix neuvième siècle, marginalisant ainsi l'engagement de
nombreux Juifs dans les mouvements de libération. Pour retrouver une place au sein des vibrants
mouvements populaires actuels, il faut mettre fin au sionisme sous toutes ses formes
C'est la priorité des priorités, en raison des conséquences du sionisme sur les Palestiniens et les
peuples de l'ensemble de la région; en raison aussi du fait que le sionisme porte préjudice à la mémoire de
la persécution et du génocide des Juifs d'Europe en l'exploitant pour justifier et perpétuer le racisme
européen et le colonialisme.
(…)
Le sionisme est raciste. Il exige l'allégeance à un ordre politique, juridique et économique qui
privilégie et valorise les Juifs ainsi que les Européens et leurs cultures par rapport aux peuples
autochtones et à leurs cultures. Le sionisme n'est pas seulement raciste, il est aussi antisémite. Il reprend à
son compte l'imagerie européenne et antisémite du "Juif de la diaspora" efféminé, cupide et faible, et y
lui oppose celle d'un "Nouveau Juif", violent, militariste et sexiste, un Juif qui est l'auteur d'une violence
raciale plutôt que d'en être une victime.
(…)
Le sionisme perpétue l'exception juive. Pour justifier ses crimes, le sionisme présente une
version de l'histoire juive déconnectée de l'histoire et de l'expérience d'autres peuples. Il promeut un
narratif selon lequel l'holocauste nazi est exceptionnel dans l'histoire de l'humanité. Il place les Juifs à
part, par rapport aux victimes et aux survivants d'autres génocides, au lieu de nous unir à eux.
Israël fait cause commune avec des Chrétiens fondamentalistes et d'autres qui appellent à la
destruction des Juifs, sur la base d'une islamophobie partagée et d'une volonté de contrôler le Moyen
Orient et plus largement l'Asie occidentale. Ensemble, ils appellent à la persécution des Musulmans. Cette
promotion commune de l'islamophobie a pour but de diaboliser la résistance opposée à la domination
économique et militaire occidentale. Elle s'inscrit dans une longue histoire de collusion du sionisme avec
des régimes répressifs et violents, de l'Allemagne nazie au régime d'apartheid d'Afrique du Sud jusqu'aux
dictatures réactionnaires d'Amérique du Sud.
(…)
Dès l'instant où le mouvement sioniste a décidé de bâtir un état juif en Palestine, il est devenu un
mouvement de conquête. A l'instar de tous les mouvements de conquête et des idéologies colonialistes en
Amérique ou en Afrique, le sionisme s'appuie sur la ségrégation entre les peuples ; par la confiscation de
la terre, il s'engage dans le nettoyage ethnique qui repose sur une violence militaire implacable.
122
(…)
Israël, qui a été en son temps l'outil favori des Britanniques et des Français contre l'unité arabe et
l'indépendance, est devenu le plus jeune associé de l'alliance US pour le contrôle militaire, économique et
politique au niveau mondial, qui vise plus particulièrement la domination de la région stratégique du
Moyen Orient/Asie du Sud-ouest. Le danger d'une guerre nucléaire représenté par une attaque israélo-
américaine sur l'Iran nous rappelle qu'Israël est une bombe atomique qui devrait faire l'objet d'un
démantèlement urgent, en vue de sauver les vies de toutes ses victimes actuelles et potentielles.
Non content de donner forme à l'Etat d'Israël, le sionisme a fondé sa politique internationale de
domination militaire et d'hostilité envers ses voisins et a instauré un réseau mondial complexe
d'organisations, de lobbys politiques, d'entreprises de relations publiques, de clubs universitaires, et
d'écoles pour appuyer et propager les idées sionistes au sein des communautés juives et dans l'opinion
publique de façon générale.
Un flot de milliards de dollars américains abreuve Israël année après année, pour soutenir
l'occupation et la brutalité de son armée hyper moderne. La machine de guerre qu'ils financent fait partie
intégrante de l'industrie mondiale de l'armement qui, à elle seule, draine les ressources dont manque une
humanité désespérément privée d'eau, de nourriture, de soins sanitaires, de logement et d'éducation.
Pendant ce temps-là, L'Europe, le Canada et les Etats-Unis soutiennent l'infrastructure d'occupation
israélienne sous couvert d'aide humanitaire au peuple palestinien. Ensemble, les Etats-Unis et leurs alliés
coopèrent au renforcement de la domination de la région et à l'écrasement des mouvements populaires.
(…)
Nous soutenons sans équivoque le Droit au Retour des Palestiniens sur leur terre.
(…)
Nous sommes partenaires des grands mouvements de résistance populaire de notre époque qui
défendent et chérissent les vies de tous les peuples et de toute la planète, conduits par ceux qui souffrent
le plus de la conquête impériale, de l'occupation, du racisme et de la domination mondiale, de
l'exploitation des hommes et des ressources. Nous sommes pour la protection de la nature. Nous
défendons les droits des peuples indigènes sur leur sol et pour leur souveraineté. Nous défendons les
droits des migrants et des réfugiés pour qu'ils puissent se déplacer librement et en toute sécurité à travers
les frontières.
(…)
[SOURCE : http://www.ijsn.net/atranslation/234 ]
123
[SOURCE : http://www.medea.be/?page=2&lang=fr&doc=805 ]
125
« J'ai simplement besoin, ne serait-ce que par rapport à mes enfants aujourd'hui,
de leur expliquer : voilà, donc tes ancêtres n'étaient pas forcément gaulois, tu es
descendants d'esclaves, voilà comment les choses se sont passées. Ça, ça nous est
confisqué par ce lobby sioniste qui cultive l'unicité de la souffrance… Il n'y a qu’eux
qui ont souffert sur cette planète. La souffrance des noirs c'est de la merde, ça n'existe
pas… des Arabes j'en parle même pas ! Parce que bon, en plus de ça aujourd'hui, ils
sont… Entre les communautés il y a une vraie tension qui n'a pas de sens puisque les
valeurs de la république a priori devraient nous préserver de ça. Mais il y a le CRIF, cet
organe aujourd'hui… d'inquisition, qui est là et qui donne… là il y avait 17 ministres de
la République, Raffarin en personne qui était au CRIF le week-end dernier qui m'accuse
maintenant (parce que le CRIF il faut toujours paraître… Toujours leur lécher le cul à
cette équipe de malfrats, cette mafia qui est en train de… d'entraîner la république
française dans la guerre civile s'il continue à faire ça !
(…)
Encore une fois, quatre cents ans d'esclavage et je ne vous parle même pas de la
colonisation... Et on essaie de nous faire pleurer. Soyons raisonnables. Soit on partage
tous ensemble... On dit, c'est la souffrance de l'humanité, et chaque fois qu'il y a un
problème, on en parle. Mais qu'on n’essaie pas de cette façon-là, de manière aussi...
Moi, je parle aujourd'hui de pornographie mémorielle. Ça devient insupportable. Ça
devient... (Une journaliste suggère le mot ‘’overdose’’), overdose, oui, et puis ça
devient malsain …vraiment malsain ! Bon, je crois que cette parole-là, au sein d'une
république et d'une démocratie, elle a le droit d'exister. Je comprends que certains ont
vécu ça dans leur chair et ont du mal à entendre ça. Mais ils doivent comprendre que
moi aussi, c'est dans ma chair. Et nous, si on doit remonter, c'est encore plus ancien…
Et puis, il y a du ‘’violé’’. C'est-à-dire que la population antillaise, elle est né du fruit du
viol sur quatre cents ans, je ne sais pas si vous imaginez ? Chacun le porte encore, c'est
extrêmement présent. Donc je crois qu'il n'y a pas de leçons de morale à donner.
[source : http://www.dailymotion.com/video/x12u2x_dieudonne-a-alger_news ]
127
[Source : http://chriqui.blog.lemonde.fr/2009/06/09/listes-anti-sionistes-les-villes-
malades-de-l%E2%80%99antisemitisme-des-banlieues/ ]
128
Bibliographie sélective
Générale / Théorie des sciences politiques.
Populisme.
Antisionisme –Antisémitisme.
Autres sources.
Ressources vidéo.
Sitographie
http://blogs.nouvelobs.com/
http://claudeguillon.internetdown.org/
http://dieudonne.over-blog.com
http://fr.wikipedia.org/wiki
www.cairn.info
www.cevipof.msh-paris.fr
www.clap36.net
www.cnrtl.fr
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www.ldh-toulon.net
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www.lexpress.fr
www.liberation.fr
www.listeantisioniste.com
www.monde-diplomatique.fr
www.marianne2.fr
www.nkusa.org
www.palestine-solidarite.org
www.partiantisioniste.com
www.persee.fr
www.plumenclume.net
www.renouveaufrancais.com
138
Avertissement.............................................................3
Remerciements...........................................................4
Sommaire...................................................................6
INTRODUCTION générale...................................................8
Présentation du sujet et hypothèse de départ.........................................8
État des connaissances, méthodologie et structure. ..............................9
CONCLUSION...........................................................112
139
Bibliographie sélective.............................................128
Générale / Théorie des sciences politiques..........................................128
Populisme............................................................................................129
Art de l’humour et politique.................................................................130
Antisionisme –Antisémitisme...............................................................131
Image et Propagande – Complotisme et mythe...................................132
Sur les acteurs du PAS.........................................................................133
Autres sources.....................................................................................133
Ressources vidéo.....................................................136
Sitographie.............................................................137