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Étude de Faisabilité D'Un Fonds Perte D'Emploi (Options Et Coûts)

economi

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République Tunisienne

Tunisie
Étude de faisabilité
d’un fonds perte d’emploi
(options et coûts)

Juin 2019
Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

Copyright © Organisation internationale du Travail 2019


Première édition 2019

Les publications du Bureau international du Travail jouissent de la protection du droit d’auteur en vertu du
protocole no 2, annexe à la Convention universelle pour la protection du droit d’auteur. Toutefois, de courts
passages pourront être reproduits sans autorisation, à la condition que leur source soit dûment mentionnée. Avant-propos
Toute demande d’autorisation de reproduction ou de traduction devra être envoyée à Publications du
BIT (Droits et licences), Bureau international du Travail, CH-1211 Genève 22, Suisse, ou par courriel à
rights@[Link]. Ces demandes seront toujours les bienvenues.

Bibliothèques, institutions et autres utilisateurs enregistrés auprès d’un organisme de gestion des droits Aux termes de l’accord de mise en œuvre du contrat social entre les partenaires tripartites et
de reproduction ne peuvent faire des copies qu’en accord avec les conditions et droits qui leur ont été du Programme Pays pour le Travail Décent (PPTD) pour la Tunisie 2017-2022, les partenaires
octroyés. Consultez le site [Link] afin de trouver l’organisme responsable de la gestion des droits de
tripartites se sont engagés à créer un système d’assurance perte d’emploi permettant d’indemniser
reproduction dans votre pays.
les salariés licenciés pour des raisons échappant à leur volonté.
Titre : Tunisie - Etude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts) Sur la base d’un processus de dialogue tripartite national, et sur les recommandations de l’atelier
tripartite sur l’assurance chômage/perte d’emploi organisé par le BIT en février 2018, un diagnostic
des dispositifs existants dans les domaines de la perte d’emploi, de la recherche d’emploi et de la
ISBN : 978-92-2-133511-5 (imprimé) formation et de l’insertion professionnelle a été amorcé.

Un second atelier tripartite en décembre 2018 a réuni les partenaires tripartites pour obtenir des
scénarios de mise en place d’un régime d’assurance perte d’emploi en Tunisie.

Un voyage d’étude organisé en avril 2019 a également permis aux partenaires tripartites d’être
confrontés au fonctionnement d’un système d’assurance chômage, avec le cas de la France, et
les liens entre plusieurs institutions sociales que sont le Pôle Emploi et l’UNEDIC, ainsi que les
positions des partenaires sociaux et du gouvernement dans la réforme actuelle du système.

L’objectif de ce rapport est de fournir des informations sur les dispositifs qui peuvent être mis
en place pour indemniser les travailleurs qui perdent leur emploi dans certaines conditions, les
sources de financement de ces dispositifs, le nombre de bénéficiaires potentiels et leur viabilité
Les désignations utilisées dans les publications du BIT, qui sont conformes à la pratique des Nations Unies, financière, ainsi que pour la réinsertion des travailleurs licenciés.
et la présentation des données qui y figurent n’impliquent de la part du Bureau international du Travail
aucune prise de position quant au statut juridique de tel ou tel pays, zone ou territoire, ou de ses autorités, Les scénarios présentés dans ce rapport sont relatifs à des exercices d’évaluations actuarielles.
ni quant au tracé de ses frontières. Les paramètres de ces scénarios ont été définis sur la base des consultations avec les partenaires
Les articles, études et autres textes signés n’engagent que leurs auteurs, et leur publication ne signifie pas tripartites. Ce panel de scénarios présente l’intérêt d’estimer différents coûts pour différentes
que le Bureau international du Travail souscrit aux opinions qui y sont exprimées. dispositions. Ces scénarios sont commentés dans le rapport en fonction des dispositions prévues
La mention ou la non-mention de telle ou telle entreprise ou de tel ou tel produit ou procédé commercial dans les normes internationales du travail.
n’implique de la part du Bureau international du Travail aucune appréciation favorable ou défavorable.
Les analyses réalisées font références à la Convention (n° 102) concernant la sécurité sociale
Pour toute information sur les publications et les produits numériques du Bureau international du Travail, (norme minimum), 1952 et la Convention (n° 168) sur la promotion de l’emploi et la protection
consultez notre site Web [Link]/publns. contre le chômage, 1988. Aussi, les travaux du projet du BIT sur la «Promotion et mise en place de
systèmes d’assurance chômage et services de l’emploi dans les pays de l’ANASE» ont été exploités
au cours des différentes phases de ce projet.

Imprimé en Tunisie Le BIT reste à la disposition de ses mandataires tripartites pour fournir toute aide à caractère
technique en protection sociale et encourage toute initiative à caractère tripartite.

2 3
Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

Table des matières

Avant-propos...............................................................................................................................3

Abréviations et acronymes...........................................................................................................9

Remerciements..........................................................................................................................11

Sommaire exécutif.....................................................................................................................13

Introduction...............................................................................................................................19

1- Les dispositifs actuels de protection sociale des travailleurs licenciés en Tunisie.............21


1.1- Des dispositions dictées par la situation économique................................................21
1.2- Des prestations pour les travailleurs licenciés sous forme
de subventions d’œuvres à caractère social..............................................................21
1.3- Un financement non dédié à l’assurance perte d’emploi...........................................22
1.4- Des conditions d’octroi qui relèvent de la libre discrétion
de l’administration et de l’employeur, indépendantes
de la volonté du travailleur victime de la perte d’emploi.............................................22
1.5- Les prémices d’un régime d’assurance chômage......................................................22
1.5.1- Prestations limitées aux cas de défaillance de l’employeur..............................22
1.5.2- Financement par une cotisation détournée de sa vocation..............................23
1.5.3- Un financement de l’aide temporaire par dotation de plus
en plus coûteux sur le budget de la CNSS......................................................23

2- Programmes actifs du marché du travail et d’insertion professionnelle............................27


2.1- De nombreux programmes.......................................................................................27
2.2- Des structures de gestion variées..............................................................................27
2.3- Des programmes orientés vers les primo demandeurs d’emploi.................................27
2.4- Un problème d’efficience des programmes...............................................................28
2.5- Stratégie nationale pour l’emploi...............................................................................28
2.5.1- Objectifs.............................................................................................28
2.5.2- Organisme gestionnaire.........................................................................29
2.5.3- Les programmes principalement axés sur les primo-demandeurs d’emploi....29
2.5.4- Les programmes de réinsertion dédiés aux licenciés
pour des raisons économiques..................................................................... 31

4 5
Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

3- Comparaison internationale........................................................................................33 8- Autres considérations.................................................................................................65


3.1- Raison d’être d’une assurance sociale contre le risque de chômage.....................33 8.1- Licenciements couverts..................................................................................65
3.2- Approches diverses face au risque de perte d’emploi.........................................33 8.1.1- Licenciements individuels.....................................................................65
3.3- C
 omparaison des paramètres des régimes................................................................34 8.1.2- Cumul d’indemnité de perte d’emploi et de revenu à temps partiel...........65
 rganisation institutionnelle............................................................................34
3.3.1- O 8.1.3- Fermeture partielle d’entreprise.............................................................66
3.3.2- F
 inancement.................................................................................................34 8.1.4- Situations particulières de perte d’emploi et démission légitime...............66
3.3.3- Règles d’admissibilité...........................................................................34 8.2- Application du régime au secteur public...........................................................66
3.3.4- Durée d’indemnisation..........................................................................35 8.3- Indemnités de licenciement versées par l’employeur..........................................67
3.3.5- Calcul des allocations...........................................................................35 8.4- Cumul des prestations de perte d’emploi avec d’autres prestations sociales.........67
8.5- Droit de réclamation et d’appel........................................................................67
4- Projection de l’environnement démographique et macroéconomique de la Tunisie............37
8.6- Traitement fiscal des prestations......................................................................68
 opulation générale..................................................................................................37
4.1- P
 arché du travail.....................................................................................................39
4.2- M Conclusion.....................................................................................................................69

 adre macroéconomique..........................................................................................40
4.3- C Annexe 1 : Répartition de la population occupée selon le secteur d’activité (2007-2018)....70
4.3.1- PIB réel, emploi et productivité.............................................................40 Annexe 2 : É
 volution des produits et charges des indemnités de licenciement
4.3.2- Inflation..............................................................................................42 pour raison économique ou technologique (1997-2017)...................................71
4.3.3- Croissance des salaires.........................................................................42 Annexe 3 : É
 volution de l’effectif et des dépenses au titre des travailleurs licenciés
4.3.4- Rendement de la caisse........................................................................43 bénéficiaires des aides sociales (Art 3 et Art 6)................................................72
4.4- Secteurs d’activité....................................................................................................43 Annexe 4 : Retraites anticipées pour licenciement économique..........................................73
4.5- Sommaire des projections................................................................................44 Annexe 5 : É
 volution du SMIG sur la période 1980-2018..................................................74
5- É
 valuation des coûts relatifs au régime........................................................................45 Annexe 6 : Méthodologie d’estimation des coûts...............................................................75
5.1- H
 ypothèses spécifiques au régime...................................................................45 A6.1- Terminologie....................................................................................................75
5.1.1- Taux de chômage..................................................................................45 A6.2- Approche de projection.....................................................................................76
5.1.2- Dépenses administratives......................................................................46
A6.3- Projection des revenus soumis à cotisation.........................................................76
5.1.3- Profil des participants et prestataires......................................................47
A6.4- Projection des prestations.................................................................................76
5.2- Projections démographiques et financières.......................................................47
Annexe 7 : Données sur les licenciements de la Direction générale de l’inspection
5.2.1- Description des scénarios......................................................................47
du travail et de la conciliation (2012-2018)....................................................78
5.2.2- Évaluation des scénarios.......................................................................49
Annexe 8 : Données et hypothèses spécifiques au régime..................................................79
5.2.3- Tests de sensibilité...............................................................................55
A8.1- Sources d’information.......................................................................................79
6- É
 valuation des scénarios au regard des objectifs, principes et les normes
A8.2- Données et hypothèses.....................................................................................79
de l’OIT relatives à la protection contre le chômage et la protection de l’emploi...............57
A8.2.1- Profil des participants................................................................................79
6.1- N
 ormes applicables........................................................................................57
A8.2.2- Distribution des services récents.................................................................80
7- Administration du régime...........................................................................................61
A8.2.3- Distribution des services passés de l’ensemble de la carrière.........................82
7.1- G
 ouvernance tripartite....................................................................................61
A8.2.4- Salaires assurables....................................................................................82
7.2- Structure administrative.................................................................................62
A8.2.5- Répartition des nouveaux bénéficiaires........................................................83
7.3- Problématiques liées à l’utilisation des caisses existantes..................................62
A8.2.6- Distribution de la durée du chômage...........................................................83
7.4- Rôle de la Commission de Contrôle du Licenciement.........................................63
7.5- Suivi des prestataires et réinsertion professionnelle...........................................63

6 7
Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

Abréviations et acronymes

ANETI Agence Nationale pour l’Emploi et le Travail Indépendant


BIT/OIT Bureau International du Travail / Organisation Internationale du Travail
CCL Commission de Contrôle du Licenciement
CNAM Caisse Nationale d’Assurance Maladie
CNRPS Caisse Nationale de Retraite et de Prévoyance Sociale
CNSS Caisse Nationale de Sécurité Sociale
CRES Centre de Recherches et d’Études Sociales
CRVA Contrat de Réinsertion dans la Vie Active
DGITC Direction générale de l’inspection du travail et de la conciliation
EIU Economist Intelligence Unit
FMI Fonds monétaire international
INS Institut National de la Statistique
IPC Indice des prix à la consommation
ISF Indice synthétique de fécondité
MAS Ministère des affaires sociales
OCDE Organisation de Coopération et de Développement Économiques
PIB Produit intérieur brut
RSNA Régime des salariés non agricoles
SMIG Salaire minimum interprofessionnel garanti
TND Dinar tunisien
UGTT Union Générale Tunisienne du Travail
UTICA Union Tunisienne de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat

8 9
Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

Remerciements

Ce rapport a été réalisé sous la supervision de M. Pascal Annycke, Spécialiste de la Protection


sociale au Bureau du BIT au Caire pour l’Afrique du Nord, de M. André Picard, Chef de
l’Unité des Services Actuariels du Département de la protection sociale du BIT, et de Mme
Samia Chouba, Chef du projet Dialogue social, pour la coordination générale du projet. Ce
rapport a aussi bénéficié de l’apport de Mme Christina Behrendt, Cheffe de l’Unité des
politiques sociales, Mr. Kroum Markov Spécialiste en politiques de protection sociale et
Mme Maya Stern Plaza, Fonctionnaire chargée des questions juridiques et normatives en protection
sociale, pour les aspects concernant les politiques, les principes et les normes internationales en
matière de protection sociale.
Le rapport a été produit sous la direction de M. Pierre Plamondon, Actuaire sénior, avec l’aide
conjointe de M. Alexandre Landry, Actuaire au Département de la Protection sociale du BIT,
M. Mounir Cherif, Économiste et expert national en politiques sociales, et M. Michel Bédard,
Actuaire sénior.
Le Directeur du Bureau de l’OIT pour les pays du Maghreb tient à exprimer ses sincères
remerciements aux partenaires tripartites qui ont fourni les intrants nécessaires à la formulation
des scénarios à la base de cette étude. Ses remerciements s’adressent également aux différents
organismes (Institut National de la Statistique, Caisse Nationale de Sécurité Sociale et Direction
générale de l’inspection du travail et de la conciliation) qui ont fourni les données requises pour
l’estimation du coût des différentes options.
L’OIT tient aussi à remercier Monsieur Mohamed Trabelsi, Ministre des affaires sociales, pour son
soutien indéfectible à la réalisation du projet.

10 11
Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

Sommaire exécutif

Aux termes de l’accord de mise en œuvre du contrat social entre les partenaires tripartites et
du Programme Pays pour le Travail Décent (PPTD) pour la Tunisie 2017-2022, les partenaires
tripartites se sont engagés à créer un système d’assurance perte d’emploi permettant d’indemniser
les salariés licenciés pour des raisons échappant à leur volonté.
L’objectif de ce rapport est de fournir des informations sur les dispositifs qui peuvent être mis
en place pour indemniser les travailleurs qui perdent leur emploi dans certaines conditions, les
sources de financement de ces dispositifs, le nombre de bénéficiaires potentiels et leur viabilité
financière.

1. Diagnostic des dispositifs actuels de protection sociale


des travailleurs licenciés en Tunisie
Les dispositifs actuels d’aide aux travailleurs licenciés ont d’importantes lacunes. Les dispositions
des programmes sont dictées par la situation économique, les prestations aux travailleurs licenciés
sont en fait des subventions d’œuvres à caractère social et les conditions d’octroi des prestations
relèvent de la libre discrétion de l’administration et de l’employeur. De plus, le financement des
programmes devrait être revu.
Si la loi 96-101 du 18 novembre 1996 peut représenter les premières bases d’une assurance
perte d’emploi, la nature des prestations versées (en remplacement des indemnités à la charge
de l’employeur défaillant) et les conditions de versement pour la victime (nécessitant l’accord
de l’Inspection du travail) les laissent confinées à leur caractère d’aides sans paramétrage réel
d’une véritable assurance sociale. Il existe une lacune dans la couverture sociale des salariés en
l’absence d’un véritable régime d’assurance perte d’emploi/chômage.

2. Programmes actifs du marché du travail et d’insertion professionnelle


En ce qui concerne la réinsertion professionnelle, il existe de nombreux programmes et des
structures de gestion variées. Les programmes sont principalement orientés vers les primo
demandeurs d’emploi. Il existe aussi un problème d’efficience de ces programmes.
Les pouvoirs publics ont mis en place en 2012 une stratégie nationale pour l’emploi pour la période
2013-2017 qui s’articulait autour de trois axes :
1. Réduire progressivement le chômage par la promotion du travail indépendant (développement
des petites entreprises) ;
2. Améliorer les systèmes de formation professionnelle ;
3. Développer les compétences nécessaires pour les secteurs en pénurie de main-d’œuvre.
L’administration en charge de la mise en œuvre de cette politique active du marché du travail
est l’Agence nationale de l’emploi et du travail indépendant (ANETI). Divers programmes ont été
mis en œuvre, mais la plupart de ceux dédiés à la réinsertion ont été désactivés. Le contrat de
réinsertion dans la vie active (CRVA) est le seul dispositif dédié aux travailleurs licenciés pour des
raisons économiques qui a été réactivé.

12 13
14
par groupe d’âge
et par sexe, 2018
Taux de chômage,
chez les femmes.
15.5 pour cent en 2018.
3. Chômage en Tunisie

0%
5%
10%
15%
20%
25%
30%
35%
40%
45%
Organisation Internationale du Travail

étant des scénarios préconisés par le BIT.


15
-1
9

20
-2
4

25
-2
9

30
-3
4

Hommes
35
-3
9

Femmes
40
-4
4

45

4. Scénarios envisagés pour un régime d’assurance perte d’emploi


-4
9

50
-5
4
Source : Estimations des auteurs, basées sur l’Enquête Nationale sur l’Emploi 2014, INS.

55
-5
9
Le taux de chômage semble s’être stabilisé autour de 15 pour cent depuis 2013. Il est estimé à
du travail tunisien a connu une hausse marquée du chômage après la révolution de 2011.

de scénarios proposés par les partenaires tripartites et qui ne doivent pas être considérés comme
est significativement plus élevé chez les femmes que chez les hommes. En 2018, le taux de
retrouvent chez les moins de 35 ans. De plus, il est possible d’observer que le taux de chômage
Le chômage chez les jeunes est particulièrement élevé. En 2018, environ 57 pour cent des

Les scénarios suivants pour la mise en place d’un régime perte d’emploi ont été analysés. Il s’agit
chômeurs se retrouvent chez les moins de 30 ans, et plus de 75 pour cent des chômeurs se

chômage global chez les hommes est estimé à 12.5 pour cent tandis qu’il est de 22.7 pour cent
Après avoir connu une légère diminution du taux de chômage de 2004 à 2010, le marché

Description des scénarios évalués


Paramètre Scénario de base Scénario A Scénario B Scénario C Scénario D Scénario E
Salariés non agricoles,
Salariés non Salariés non Salariés non
salariés agricoles à revenu
agricoles, salariés agricoles et salariés Salariés non agricoles et salariés
Couverture régulier et salariés des Salariés non agricoles
agricoles à revenu agricoles à revenu agricoles agricoles à revenu
entreprises publiques
régulier régulier régulier
assujetties à la CNRPS
Au moins 2 ans de cotisation
2 trimestres 4 trimestres 5 trimestres de et au moins
1 an de cotisation et au moins
4 trimestres de cotisation de cotisation de cotisation cotisation au cours 2 trimestres
Critère 2 trimestres de cotisation
immédiatement avant la immédiatement immédiatement des 2 années de cotisation
d’admissibilité immédiatement avant la perte
perte d’emploi avant la perte avant la perte précédant immé- immédiatement
d’emploi
d’emploi d’emploi diatement la perte avant la perte
d’emploi d’emploi
Type de contrat CDI et CDD CDI et CDD CDI et CDD CDI CDI CDI et CDD
Basé sur la Basé sur la
Basé sur la moyenne des
moyenne des moyenne
salaires gagnés au cours Basé sur la moyenne des salaires
Salaire de salaires gagnés au des salaires gagnés
des 12 mois précédant la Dernier salaire Dernier salaire gagnés au cours des 12 mois
référence cours des 12 mois au cours des 12
perte d’emploi (maximum précédant la perte d’emploi
précédant la perte mois précédant la
de 6 fois le SMIG)
d’emploi perte d’emploi

70% du salaire de référence Maximum


70% du salaire de 70% du salaire de
70% du salaire de de 2 fois le SMIG pour les travailleurs
70% du salaire de référence, avec référence pour les
référence pendant les ayant accumulés moins de 10 ans de
70% du salaire référence pendant plancher égal à 2/3 6 premiers mois et
Prestation 6 premier mois, 60% service, 2,5 fois le SMIG pour ceux
de référence les 12 premier mois du SMIG et plafond 60% par la suite,
pour les 3 mois suivants ayant accumulé entre 10 et 20 ans de
et 60% par la suite égal à 2,5 fois plafond de 2 fois
et 50% par la suite service et 3 fois le SMIG pour ceux ayant
le SMIG le SMIG
accumulé plus de 20 ans de service

Délai de carence Aucun Aucun 1 mois 1 mois Aucun Aucun


12 mois pour les travailleurs ayant
24 mois, 12 mois,
12 mois, plus 1 mois accumulés moins de 10 ans de service,
Durée maximum plus 1 mois plus 1 mois
supplémentaire par 18 mois pour ceux ayant accumulé
de versement 24 mois supplémentaire supplémentaire 12 mois
tranche de 3 ans de entre 10 et 20 ans de service et 24 mois
des prestations par tranche de 3 par tranche de 3
cotisation pour ceux ayant accumulé plus de 20
ans de cotisation ans de cotisation
Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

15

ans de service
Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

5. Évaluation des scénarios au regard des objectifs, principes et normes Les scénarios A et B sont ceux qui présentent les coûts les plus élevés, atteignant jusqu’à 2,3 pour
internationales en matière de protection sociale cent de la masse salariale. Le scénario de base, le scénario C et le scénario E offrent des prestations
à des coûts relativement similaires, autour de 1,4 pour cent de la masse salariale. Finalement, le
Scénario de base. Ce scénario semble le plus abouti. Néanmoins, l’exigence de 4 trimestres de scénario D présente un coût moins élevé, à environ 1,0 pour cent de la masse salariale.
cotisation continus pourrait s’avérer excessive notamment au regard des critères d’éligibilité de
certaines catégories de travailleurs particulièrement à risque qui pourraient ainsi se retrouver 2.5%
largement exclues dans la pratique (notamment les femmes).
2.0%
Scénario A. La pérennité financière de ce scénario pourrait être mise en danger dans un contexte
d’abus du droit aux prestations.
1.5%
Scénario B. Ce scénario réduit le champ de la couverture tout en doublant la durée des prestations
et en prenant une base de calcul très favorable. De ce point de vue, il entraînerait un coût Évolution du coût par 1.0%
considérable notamment en cas d’abus du droit aux prestations. Par ailleurs, le délai d’attente répartition des prestations,
(1 mois) excède le maximum de 7 jours établi par la Convention No. 102, à moins qu’un autre 2019 - 2028 0.5%
revenu de remplacement soit prévu pendant cette période.
0.0%
Scénario C. Le champ d’application personnel est limité aux salariés non agricoles du secteur privé. 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026 2027 2028
Il exclut par conséquent les salariés agricoles dont la saisonnalité du revenu les expose davantage BASE A B C D E
au risque de chômage. De plus, ce scénario ne couvre pas les CDD. Il en résulterait une incitation
Source : Projections des auteurs, Modèle actuariel d’assurance chômage du BIT.
au recours aux CDD ainsi rendus moins onéreux. En outre, la durée minimale d’affiliation paraît
plus longue que ce qui serait nécessaire pour éviter les abus (comme le requiert la Convention
No. 102). Enfin, le délai d’attente (1 mois) excède le maximum de 7 jours établi par la Convention 7- Taux de cotisation proposés à l’établissement du régime
No. 102, à moins qu’un autre revenu de remplacement soit prévu pendant cette période.
Le rapport présente des tests de sensibilité qui servent à établir une fourchette de taux de cotisation
Scénario D. Ce scénario ne couvre pas les CDD. Il en résulterait une incitation au recours aux CDD possibles. Ces tests s’appuient sur deux ensembles d’hypothèses, l’un optimiste et l’autre pessimiste.
ainsi rendus moins onéreux. En outre, la durée minimale d’affiliation paraît plus longue que ce qui
serait nécessaire pour éviter les abus (comme le requiert la Convention No. 102). Taux de cotisation selon les tests de sensibilité
Hypothèses Hypothèses Hypothèses
Scénario E. Le champ d’application personnel est limité aux salariés non agricoles du secteur privé. Scénario
de base optimistes pessimistes
Il exclut par conséquent les salariés agricoles dont la saisonnalité du revenu les expose davantage
BASE 1.8% 1.2% 3.5%
au risque de chômage. Le type de condition de stage envisagé dans ce scénario, soit 12 mois (une
indication de laps de temps pourrait être ajoutée, par exemple 1 an dans les derniers 3 ou 4 ou A 2.8% 2.1% 5.6%
5 ans), impliquant au minimum 6 mois immédiatement avant l’éventualité, pourrait être envisagé B 2.6% 1.8% 5.3%
dans les autres scénarios dans la mesure où elle permet la prise en compte des activités ne C 1.7% 1.1% 3.3%
présentant pas un caractère régulier, prévalant notamment chez les femmes. D 1.2% 0.8% 2.4%
E 1.8% 1.3% 3.6%
6. Nombre de prestataires et coût du régime
La figure suivante présente l’évolution du nombre de prestataires sur la période de projection pour 8. Administration du régime
chacun des scénarios envisagés par les partenaires tripartites. La vérification du droit aux prestations et le suivi régulier des prestataires devraient être confiés à
une agence spécialisée et autonome. En ce qui concerne la collecte des cotisations, il est opportun
50 000 d’envisager l’utilisation des systèmes existants.
45 000
À cet égard, la CNSS a déjà en place une structure administrative pour la collecte des cotisations.
40 000
Cette structure pourrait être utilisée pour recevoir les cotisations du nouveau régime. Toutefois, la
35 000
CNSS n’a pas réussi jusqu’ici à effectuer une séparation nette des réserves accumulées en vertu
30 000
des différents régimes de sécurité sociale qu’elle administre. Certains régimes et branches gérés
25 000 par la CNSS sont déficitaires alors que d’autres sont en excédent. Le fait qu’il existe un fonds
20 000 unique pour l’ensemble des régimes fait en sorte que les déficits de certains régimes sont en partie
Nombre de prestataires
15 000 compensés par les excédents des autres.
mensuel moyens,
10 000
2019-2028
5 000 Une des solutions consisterait à impliquer trois entités :
0 - La CNSS serait responsable de la collecte des cotisations.
2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026 2027 2028
- La Commission de Contrôle du Licenciement servirait de déclencheur pour statuer sur
BASE A B C D E les licenciements suivant le constat d’une fermeture inopinée d’entreprise (signifiant un
Source : Projections des auteurs, Modèle actuariel d’assurance chômage du BIT. élargissement de son rôle actuel).

16 17
Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

- Les bureaux d’emploi seraient responsables du versement des prestations (la prestation serait
suspendue si la personne ne se présente pas). Alternativement, le versement des prestations
pourrait être effectué par la CNSS, à condition que l’autorisation du déclenchement du
versement mensuel de prestation relève du bureau d’emploi. Cela impliquerait que la CNSS et
les bureaux d’emploi s’échangent de l’information en temps réel.
Introduction
9. Autres questions
Diverses questions devront faire l’objet de discussions avec les partenaires pour préciser le cadre
du nouveau régime :
-D  éfinition des licenciements couverts Le Contrat Social a été signé le 14 janvier 2013 sous la coupole de l’Assemblée Nationale, par
- Application du régime au secteur public le gouvernement, l’organisation des employeurs (UTICA) et l’organisation des travailleurs (UGTT).
- Interaction avec les indemnités de licenciement versées par l’employeur La section III du Contrat Social, relative aux relations professionnelles et au travail décent, mentionne
ceci à propos de la mise en place d’une caisse d’assurance pour perte d’emploi :
- Cumul des prestations de perte d’emploi avec d’autres prestations sociales
- Maintien des droits sociaux pour les prestataires «Création d’un système d’assurance pour la perte d’emploi dans le cadre d’un fonds indépendant
- Droit de réclamation et d’appel qui couvre les salariés licenciés pour des raisons économiques ou techniques ou ceux qui
ont perdu leur emploi pour des raisons indépendantes de leur volonté suite à la fermeture
- Traitement fiscal des prestations.
inopinée et définitive de l’entreprise. Ce système sera financé de manière tripartite à égalité
entre les employeurs et les travailleurs et au moyen d’un appui financier de l’État : les modalités
de financement, de gestion de ce système et les conditions pour en bénéficier, sa durée et
l’accompagnement en vue de la réintégration des travailleurs dans le circuit économique seront
arrêtés d’un commun accord entre les parties signataires du présent contrat.»
Les pertes d’emploi visées par le nouveau régime s’inscrivent dans le cadre défini ci-dessus.
Comparativement aux mesures actuelles, la présente étude cherche à proposer des options
répondant aux objectifs suivants :
- Offrir une protection aux travailleurs en cas de chômage conforme aux politiques, principes et
normes de l’OIT en matière de protection sociale
- Offrir un niveau décent de prestation aux chômeurs
- Déterminer une durée d’indemnisation prévisible
- Établir des conditions d’admissibilité équilibrées
- Assurer un financement pérenne
- Accompagner les chômeurs dans leur recherche d’emploi et leur rapprochement avec le
marché du travail
- Fournir des formations adaptées aux besoins
- Établir un lien avec les programmes actifs du marché du travail
Ce rapport a retenu pour principe directeur la référence au Contrat Social mentionné ci-dessus
ainsi que les normes internationales sur l’assurance chômage tel que définies dans la Convention
n° 102 sur les normes minimales de sécurité sociale et la convention n° 168 sur la promotion de
l’emploi et la protection contre le chômage, 1988 de l’OIT.
Le rapport est structuré comme suit :
- La Section 1 présente un diagnostic des programmes existants qui s’adressent aux travailleurs
qui sont licenciés à la suite de la fermeture de leur entreprise ;
- La Section 2 décrit les programmes existants d’insertion professionnelle ;
- La Section 3 décrit les normes internationales encadrant les indemnités de perte d’emploi et
présente une évaluation de la compatibilité des scénarios proposés par les partenaires
tripartites avec les critères et principes énoncés dans ces normes ;

18 19
Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

- La Section 4 présente une comparaison internationale des mesures dédiées aux personnes
au chômage ;
- La Section 5 présente une projection des environnements démographiques et économiques
de la Tunisie qui sont à la base de l’estimation des coûts des différents scénarios pour le fonds
perte d’emploi ;
- La description et l’estimation du coût des différents scénarios proposés par les partenaires
1. Les dispositifs actuels de protection sociale
tripartites pour le fonds perte d’emploi sont présentées à la Section 6 ; des travailleurs licenciés en Tunisie
- La Section 7 présente les éléments à considérer pour l’administration du nouveau régime ;
- La Section 8 traite de diverses questions qui devront être précisées avant la mise en place du
régime. Les pouvoirs publics tunisiens avaient fait le pari de miser sur une politique soutenue en faveur
de la création d’emploi. C’est pour cette raison qu’ils n’ont pas intégré le risque de perte d’emploi
dans la couverture sociale instituée dans les années 1960. Leurs craintes se focalisaient à l’époque
sur l’importance des masses financières en jeu qui viendraient alourdir les charges de l’État et des
entreprises, et le risque d’un détournement du système par les employeurs qui seraient enclins à
une vague de licenciements pour se décharger sur le système d’assurance-chômage et fuir ainsi
leurs obligations d’indemnisation prévues par le Code du travail d’assurance chômage. Les risques
sociaux actuellement couverts concernent donc la totalité des branches prévues par la Convention
No. 102 de l’OIT à l’exception de l’assurance chômage.
Les dispositifs actuels de couverture des travailleurs contre le risque perte d’emploi en Tunisie
n’interviennent généralement que pour se substituer à l’employeur défaillant en cas de non de
paiement des indemnités de licenciements auxquels il est astreint en vertu des dispositions du
Code du travail.
Il faut également noter qu’un système de protection des travailleurs face au risque du chômage est
la branche de sécurité sociale de la Convention n°102 de l’OIT la moins répandue dans le monde,
et la mise en place d’un régime relevant de cette branche est un accomplissement social significatif
pour la protection des travailleurs et le bon fonctionnement du marché du travail.

1.1- Des dispositions dictées par la situation économique


Dès le début des années 1980, le marasme économique et les tensions politiques qui sévissaient
en Tunisie ont poussé le gouvernement à réfléchir sur les mesures à prendre pour contrecarrer
les tensions sociales qui commençaient à prendre de l’ampleur face à la fermeture de certaines
entreprises et la réduction de l’effectif des salariés. Cette vague de licenciements et de fermetures
des entreprises a touché de plein fouet, dès le début des années 1990, les entreprises publiques
suite à l’instauration du Plan d’ajustement structurel (PAS).
Afin de préserver le climat social, le gouvernement a décidé de mettre en place des dispositifs
de couverture sociale pour les travailleurs qui ont perdu involontairement leur emploi pour des
raisons économiques ou technologiques ou pour fermeture définitive et inopinée de l’entreprise
sans respect par l’employeur des procédures prévues par le Code du travail.

1.2- Des prestations pour les travailleurs licenciés sous forme


de subventions d’œuvres à caractère social
Les premiers dispositifs de protection sociale de ces travailleurs licenciés ont été institués en Tunisie
dès le début de 1982. Ils sont basés au début sur l’article 5 de la loi n°60-30 du 14 décembre 1960
relative à l’organisation des régimes de sécurité sociale et notamment son alinéa 3 qui prévoit que
la CNSS est habilitée à subventionner des œuvres à caractère social ou d’utilité publique dont les
conditions sont fixées par décret.
Cette protection sociale des travailleurs licenciés, fixée par décrets conformément à la loi suscitée,
a été évolutive. Elle a concerné, au départ, le maintien des allocations familiales, de la majoration

20 21
Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

pour salaire unique et le bénéfice de prestations de soins pour une période d’un trimestre
seulement. Elle a été élargie par la suite pour servir une aide temporaire de trois mensualités, basée Gratification de fin de service
sur le dernier salaire d’activité plafonnée au SMIG1. Enfin, cette même année, un décret a institué
L’article 22 du Code du travail stipule que :
l’ouverture de droit à une rente viagère2 à ces travailleurs licenciés sous condition de jouissance
à l’âge de 50 ans et d’une ancienneté minimale de cotisations à la sécurité sociale d’au moins Tout travailleur lié par un contrat à durée indéterminée, licencié après l’expiration de
20 trimestres. la période d’essai, bénéficie, sauf en cas de faute grave, d’une gratification de fin de
service calculée à raison d’un jour de salaire par mois de service effectif dans la même
1.3- Un financement non dédié à l’assurance perte d’emploi entreprise, sur la base du salaire perçu par le travailleur au moment du licenciement,
Le financement de cette protection est assuré par les ressources du régime d’appartenance de compte tenu de tous les avantages n’ayant pas le caractère de remboursement de
cette catégorie de travailleurs (le régime des salariés non agricoles3, RSNA) pour les allocations frais.
familiales, la couverture des soins de santé et la pension agricoles viagère pour raison économique, Cette gratification ne peut excéder le salaire de trois mois quelle que soit la durée
et par une dotation annuelle puisée sur les excédents des régimes gérés par la CNSS pour l’aide du service effectif, sauf dispositions plus favorables prévues par la loi ou par les
sociale temporaire. Ainsi, aucune cotisation supplémentaire dédiée n’a été envisagée, à ce moment, conventions collectives ou particulières.
pour couvrir le risque perte d’emploi.

1.4- Des conditions d’octroi qui relèvent de la libre discrétion de l’administration Les salariés d’entreprises publiques peuvent recevoir des indemnités du Fonds de restructuration
et de l’employeur, indépendantes de la volonté du travailleur victime de la des entreprises publiques (FREP) sous forme de départ en retraite anticipée, d’indemnités de
perte d’emploi licenciement ou de programmes d’aides sociales. Ce fonds est destiné à la couverture des besoins
d’assainissement des entreprises publiques ainsi que les entreprises dont le capital est entièrement
L’ouverture des droits aux allocations familiales et à l’aide temporaire suite à la perte involontaire
ou partiellement détenu par les entreprises publiques. Les décisions concernant l’utilisation de
d’emploi n’est pas automatique et ne revêt pas le caractère de droit objectif. Les textes réglementaires
ce fonds relèvent de la Commission d’assainissement et de restructuration des entreprises à
soumettent en effet ce droit aux prestations à l’accord préalable du MAS. L’ouverture du droit est
participations publiques (CAREPP).
conditionnée aussi par l’acquittement de l’employeur défaillant des cotisations sociales à sa charge
au titre du travailleur qu’il licencie. Comme il s’agit le plus souvent d’employeurs en difficulté
1.5.2- Financement par une cotisation détournée de sa vocation
financière, il est rare que cet employeur soit en règle avec la CNSS et se trouve souvent en situation
de cessation de paiement des cotisations et des pénalités de retard y afférentes. Cette réparation est financée par les montants éventuellement recouvrés par la CNSS auprès
des entreprises au titre de cette prise en charge des indemnités de licenciements et des droits.
La contribution est fixée à 0,4% de l’assiette assujettie au RSNA4.
1.5- Les prémices d’un régime d’assurance chômage
Si la loi 96-101 du 18 novembre 1996 peut représenter les premières bases d’une assurance L’analyse des données comptables de cette réparation montre que les recettes réalisées depuis
perte d’emploi, la nature des prestations versées (en remplacement des indemnités à la charge sa création (de 1996 jusqu’à fin de 2017) sont beaucoup plus importantes que ses charges.
de l’employeur défaillant) et les conditions de versement pour la victime (nécessitant l’accord de Les excédents dégagés ont cumulé jusqu’à la fin de 2017 une réserve de 622,1 millions de TND.
l’Inspection du travail) les laissent confinées à leur caractère d’aides sans paramétrage réel d’une Ils ne sont malheureusement pas disponibles actuellement puisqu’ils ont été utilisés pour financer
véritable assurance sociale. Cette lacune reste à combler dans la couverture sociale des salariés en le déficit de la branche des pensions (voir Annexe 1).
l’absence d’un véritable régime d’assurance perte d’emploi/chômage.
Quant aux actions sociales temporaires en faveur du travailleur licencié, elles sont financées par
une enveloppe annuelle à prélever sur les réserves de la caisse. Cette dotation est fixée par arrêté
1.5.1- Prestations limitées aux cas de défaillance de l’employeur du Ministre des Affaires sociales après avis du Conseil d’administration de la CNSS. Le montant de
cette enveloppe a atteint 8 millions de TND en 2017 alors qu’il était fixé, au départ par le décret
Il s’agit du paiement des indemnités de licenciement et des droits des travailleurs licenciés qui 82-1029, à un million de TND. L’évolution de ce montant résulte entre autres de l’élargissement
n’ont pas pu bénéficier de cette réparation auprès de leur employeur. La prise en charge de cette de cette aide temporaire aux travailleurs licenciés qui ne répondent pas à la condition d’une
réparation est prévue par la Convention No. 158 de l’OIT sur le licenciement. Les aides sociales ancienneté minimale de 3 années chez le dernier employeur (voir Annexe 2).
temporaires (indemnité de chômage) demeurent financées par une dotation annuelle puisée sur
les excédents des régimes de sécurité sociale que gère la CNSS. 1.5.3- U n financement de l’aide temporaire par dotation de plus en plus coûteux sur le
Les indemnités de licenciement et les droits sont servis sur décision de justice lorsqu’il est établi budget de la CNSS
que le travailleur ne peut recouvrer ses droits en raison de cessation de paiement par l’entreprise. Le montant de l’aide temporaire est passé de trois mensualités en 1982 à six en 20025 et à douze
Le montant des indemnités de licenciement et des droits se composent exclusivement i) mensualités depuis 20066. Le service de cette aide sociale temporaire (indemnité de chômage) est
des salaires et accessoires impayés, ii) des congés payés non réglés, iii) des préavis de licenciement accordé sous certaines conditions:
et iv) du montant de la gratification de fin de service. - Perte involontaire de l’emploi pour raison économique ou technologique ou fermeture inopinée
de l’entreprise sans bénéficier de réparation après accord de l’inspection du travail ;

4 Décret n° 97-1926 du 29 septembre 1997 modifié par le décret 2002-887 du 22 avril 2002
1 Décret n° 82-1029 du 15 juillet 1982 5 Décret n° 2002-886 du 22 avril 2002
2 Décret n° 82-1030 du 15 juillet 1982 6 D
 écret n°97-1925 du 29 septembre 1997 (3 mensualités), modifié par les décrets 2002-886 (6 mensualités) et 2006-1025 (12
3 RSNA institué par la loi 60-30 du 14 décembre 1960. mensualités)

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Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

-A  ncienneté minimale de 3 ans chez le dernier employeur ;


- Reconnaissance par la Direction générale de l’inspection du travail ou la Commission de Contrôle La Commission de Contrôle du Licenciement
du Licenciement du caractère économique ou technologique de la cessation temporaire du
travail ou de la fermeture inopinée de l’entreprise (voir encadré en fin de section); La Commission siège présentement à la Direction générale de l’inspection du travail et de
la conciliation (DGITC). Cette Direction reçoit les demandes des employeurs qui pour des
- J ustifier de la non-reprise d’une activité rémunérée assujettie à un régime de sécurité sociale
raisons économiques ou technologiques optent soit pour un licenciement total du personnel
au cours de la période de cessation du travail ;
(et donc la fermeture de l’entreprise), soit pour une réduction de l’effectif. La demande de
-N  e peut prétendre à une pension de vieillesse ou d’invalidité ; l’employeur doit être accompagnée d’un certain nombre de pièces justificatives. La DGITC
- Inscrit au bureau d’emploi sans trouver un emploi. étudie le dossier et transmet son avis avec les pièces justificatives à la CCL afin qu’elle statue.
Le montant de l’aide temporaire qui devrait être, selon la législation en vigueur, calculé sur la base Selon le Code du Travail, la Commission de Contrôle du Licenciement est présidée par le
du dernier salaire perçu plafonnée au SMIG n’a jamais dépassé 200 TND par mois. Le montant Directeur général de l’inspection du travail. Elle comprend en outre un représentant de
mensuel du SMIG rapporté à 2400 heures par an est de 364 TND en 2018.7 l’organisation syndicale des travailleurs la plus représentative des travailleurs concernés
et un représentant de l’organisation professionnelle des employeurs à laquelle appartient
Pour le bénéfice de ces travailleurs licenciés, les allocations familiales, la majoration pour salaire l’employeur concerné. Lorsqu’il s’agit d’une entreprise publique, le représentant de
unique et les droits aux prestations de soins sont maintenus pour une période de quatre trimestres8 l’organisation professionnelle des employeurs est remplacé par un représentant du ministère
suivant la date de la perte de l’emploi et ils sont financés par le régime d’affiliation. exerçant la tutelle sur l’entreprise.
Pour les travailleurs licenciés pour des raisons économiques9, il est accordé une pension viagère, La Commission examine le dossier du licenciement ou de la mise en chômage, au vu de
après accord de la Commission de Contrôle du Licenciement, avec jouissance à l’âge de 50 ans l’état général de l’activité dont relève l’entreprise et de la situation particulière de celle-ci, et
si la condition d’ancienneté minimale de 60 mois de cotisations est remplie. L’institution de cette propose notamment :
retraite anticipée pour licenciement économique a affecté négativement l’équilibre financier de la
branche des pensions du RSNA puisque 20 pour cent de ses charges sont liées à cette retraite a) le rejet motivé de la demande ;
anticipée (voir Annexe 3). b) la possibilité d’établir un programme de reconversion ou de recyclage des travailleurs ;
A la lecture des textes régissant la protection sociale des travailleurs ayant perdu involontairement c) la possibilité d’orienter l’activité de l’entreprise vers une production nouvelle nécessitée
leur emploi pour les raisons susmentionnées, on constate qu’il s’agit d’une forme embryonnaire par les circonstances ;
d’assurance chômage incluant une configuration multiple de financement et de couverture
d) la suspension provisoire de toute ou d’une partie de l’activité de l’entreprise ;
regroupant :
e) la révision des conditions de travail telle que la réduction du nombre des équipes ou
i) une réparation pour les indemnités de licenciement et les droits légaux non perçus par le travailleur des heures de travail ;
licencié. Cette réparation est censée être à la charge exclusive de l’employeur sans relation aucune
avec la sécurité sociale ; f) la mise à la retraite anticipée des travailleurs qui remplissent les conditions requises ;
g) l’acceptation motivée de la demande de licenciement ou de mise en chômage. Dans
ii) une aide temporaire concrétisée par le service d’une indemnité en espèces dont les ressources ce cas, la commission tient compte des éléments suivants :
proviennent des excédents des régimes gérés par la CNSS ;
- la qualification et la valeur professionnelles des travailleurs concernés ;
iii) une prestation traduite par le maintien des allocations familiales, des soins ainsi que le
service d’une pension viagère financée par les produits du régime RSNA dont le financement est - la situation familiale ;
problématique. - l’ancienneté dans l’entreprise.
En outre, bien qu’un nombre de conditions doivent être remplies pour bénéficier des aides et Au cas où la demande de licenciement est acceptée, la Commission émet son avis sur la
prestations susmentionnées, le financement tel qu’il est assuré par dotation annuelle puisée sur les gratification de fin de service prévue par la législation en vigueur et s’emploie à concilier les
excédents des régimes gérés par la CNSS, relève plutôt de la solidarité entre tous les assujettis à la deux parties concernées sur le montant de cette gratification et à faire procéder au règlement
sécurité sociale du secteur privé, toutes catégories confondues (salariés et non-salariés). immédiat de celle-ci. Elle examine également la possibilité d’emploi des travailleurs licenciés
La protection sociale des travailleurs, dans ses dimensions économique et sociale, représente une dans d’autres entreprises. Si l’employeur ne présente pas correctement son dossier, le
simple réparation limitée dans le temps avec des prestations dérisoires, à l’exception de la rente personnel licencié peut demander à la DGITC d’intervenir auprès de l’employeur afin de
viagère pour les travailleurs licenciés âgés de 50 ans et plus qui demeure le seul salut pour les remédier au licenciement ou pour l’obliger à déposer son dossier pour étude. En cas de
travailleurs ayant perdu involontairement leur emploi. refus, le travailleur licencié peut recourir au tribunal.
La DGITC a mentionné que le délai prescrit de 33 jours prévu pour le traitement des demandes
est respecté dans la quasi-totalité des cas.

7 Annexe 4 tableau évolution du SMIG


8 Loi n°96-101 relatif à la protection sociale des travailleurs
9 Décret n° 82-1030 du 15 juillet 1982

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Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

2- Programmes actifs du marché du travail


et d’insertion professionnelle

2.1- De nombreux programmes


Une panoplie de programmes et mesures visant à améliorer le marché de l’emploi et atténuer les
conséquences néfastes du sous-emploi a été mise en œuvre depuis des décennies. L’objectif visé
est de réduire substantiellement des taux de chômage structurels s’établissant à 2 chiffres variant
de 16,6 pour cent en 1991 à 13 pour cent en 2010 et 15,4 pour cent en 2018.

2.2- Des structures de gestion variées


Ces programmes sont gérés par un ensemble de structures multiples et variées. Ces structures sont
le Fonds National de l’Emploi, le Ministère de la Formation Professionnelle et de l’Emploi, l’Agence
Nationale pour l’Emploi et le Travail Indépendant, le Conseil Supérieur pour le Développement des
Ressources Humaines, la Commission pour la Promotion de l’Emploi, l’Agence Tunisienne pour
la Formation Professionnelle, et des centres de formation des ministères de l’Agriculture et de la
Défense nationale.
Le Ministère de la Formation professionnelle et de l’Emploi a la charge de fixer la stratégie à
suivre par les structures sous sa tutelle en matière de formation professionnelles (les centres de
formation sous sa tutelle) et de politiques actives du marché du travail (appliqués par l’ANETI et
ses bureaux d’emploi). Toutefois, il n’existe pas de réelle coordination avec les centres de formation
des ministères de l’Agriculture et de la Défense nationale.

2.3- Des programmes orientés vers les primo demandeurs d’emploi


Avant 2011, les programmes actifs du marché du travail étaient principalement orientés vers les
primo demandeurs d’emploi. Ils se présentaient comme suit :
a) Programmes d’encouragement à l’emploi des jeunes :
i) CEF (contrat emploi formation) institué en 1987 ;
ii) SIVP-1 (stage d’initiation à la vie professionnelle) institué en 1987 pour les diplômés du
supérieur ;
iii) SIVP-2 institué en 1988 pour les jeunes ayant au moins le niveau de 3ème année
secondaire ;
iv) Exonération des cotisations sociales (patronales 2 ans) institué en 1993.
b) Fonds d’insertion et d’adaptation professionnelle (FIAP) institué en 1990 et financé en partie
par un prêt de la Banque Mondiale.
c) Programmes de promotion de l’emploi indépendant et de la petite entreprise :
i) FONAPRA : fonds national de promotion de l’artisanat et des petits métiers ;
ii) FOPRODI : fonds de promotion et de décentralisation industrielle ;
iii) FOSDA : fonds spécial de développement agricole ;
iv) FOSEP : fonds spécial d’encouragement à la pêche.
d) Les chantiers : chômage des personnes sans qualification, crée dans les années 70.

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Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

2.4- Un problème d’efficience des programmes 2.5.2- Organisme gestionnaire


Le risque qui en résulte est forcément un manque de coordination entre toutes ces structures, L’administration en charge de la mise en œuvre de cette politique active du marché du travail est
un chevauchement des attributions et, en conséquence, un problème d’efficience quant aux l’Agence nationale de l’emploi et du travail indépendant (ANETI). Elle a pour mission de :
mécanismes mis en place pour l’aide à l’insertion à l’emploi. Cela se traduit par : - Animer le marché de l’emploi ;
- un manque de coordination entre les entreprises, les organisations professionnelles et les - Développer l’information sur l’emploi et les qualifications professionnelles en direction des
organisations de la société civile ; entreprises et des demandeurs d’emploi ;
- une lenteur et une complexité des procédures administratives; - Mettre en œuvre les programmes de promotion de l’emploi et d’insertion des jeunes ;
- un nombre restreint de formateurs qualifiés pour accompagner les candidats ; - Apporter le soutien nécessaire à la promotion des petites entreprises et de l’emploi indépendant  ;
- un manque de capacité d’organisation et de planification et un nombre limité de ressources - Assurer l’information et l’orientation professionnelle des demandeurs de formation en vue de
humaines disponibles ; leur insertion dans la vie active ;
- des difficultés à vérifier que les candidats cherchent activement et efficacement un emploi. - Organiser les opérations de placement de la main-d’œuvre tunisienne à l’étranger et veiller à
leur réalisation.
La révolution du 14 janvier a mis à nu les limites de ces programmes malgré des taux moyens
de croissance économique d’environ 5 pour cent par an sur la période 2001 à 2010. Le modèle L’ANETI dispose d’un réseau de bureaux couvrant tout le territoire national et comptant :
de développement économique n’a pas permis d’endiguer ce fléau puisque la création d’emploi
- 71 bureaux multi-services qui couvrent un ensemble de délégations territoriales qui sont
a toujours été largement inférieure à la demande. Après ce soulèvement populaire, le taux de
chargés de l’animation du marché de l’emploi à travers tous les secteurs d’activité ;
chômage a atteint 15,4 pour cent en 2018, en baisse par rapport au point culminant de 18,3 pour
cent en 2011. - 10 bureaux de l’emploi des cadres, spécialisés dans la gestion de cette catégorie de population  ;
- 7 bureaux sectoriels chargés de l’animation du marché de l’emploi dans un secteur de
production qui caractérise le tissu économique d’une région.
2.5- Stratégie nationale pour l’emploi 
2.5.1- Objectifs 2.5.3- Les programmes principalement axés sur les primo-demandeurs d’emploi
Conscients de ce fléau chômage qui sévissait depuis plus de quatre décennies et pour faire Les programmes d’emploi actuellement en vigueur découlant des décrets susvisés se présentent
face à une demande additionnelle de 80 000 nouveaux postes d’emploi à pourvoir chaque année comme suit :
jusqu’en 20171, les pouvoirs publics ont mis en place en 2012 une Stratégie nationale pour l’emploi - Le stage d’initiation à la vie professionnelle (SIVP) est destiné à aider les bénéficiaires primo-
pour la période 2013-2017 qui s’articulait autour de trois axes : demandeurs d’emploi titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur ou d’un diplôme
- Réduire progressivement le chômage par la promotion du travail indépendant (développement équivalent depuis au moins six mois, à acquérir des compétences professionnelles afin de
des petites entreprises) ; faciliter leur insertion dans la vie active. La durée du stage d’initiation à la vie professionnelle
- Améliorer les systèmes de formation professionnelle ; est d’une année, avec possibilité de prorogation pour une période supplémentaire maximale
- Développer les compétences nécessaires pour les secteurs en pénurie de main-d’œuvre. de six mois au sein de la même entreprise d’accueil, ou pour un deuxième stage au sein d’une
autre entreprise. L’ANETI octroie au stagiaire durant toute la durée du contrat une indemnité
Pour atteindre ces objectifs, les systèmes de formation professionnelle devraient former mensuelle dont le montant est de 150 TND. L’entreprise d’accueil octroie obligatoirement au
des partenariats actifs avec les secteurs de production qui ont besoin de travailleurs qualifiés. stagiaire une indemnité complémentaire mensuelle de 150 TND au minimum et ce durant
Les mesures d’incitation et les subventions seront consacrées à l’établissement d’un nouveau toute la durée du contrat.
modèle d’emploi qui redirigera l’économie vers une économie de la connaissance. - Le contrat d’insertion des diplômés de l’enseignement supérieur (CIDES) permet aux bénéficiaires
La nouvelle politique active du marché du travail a établi deux types de programmes du Fonds d’acquérir des qualifications professionnelles en alternance entre une entreprise privée et
national de l’emploi, de même que les conditions et les modalités de leur bénéfice : une structure de formation publique ou privée, et ce conformément aux exigences d’un poste
d’emploi pour lequel ladite entreprise s’engage à le recruter. Peuvent bénéficier de ce contrat,
- Le premier est consacré à la formation et à l’intégration des demandeurs d’emploi dans la
les demandeurs d’emploi titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur ou d’un diplôme
vie professionnelle et comprend aussi un programme d’intérêt public ciblant les personnes
équivalent et dont la période de chômage excède trois années à compter de la date d’obtention
pauvres et non qualifiées.
du diplôme concerné. Ce contrat est conclu pour une période maximale d’une année sur la
- Le second vise à promouvoir le travail indépendant et les petites entreprises en fournissant des base d’un programme de formation spécifique arrêté à cet effet entre l’entreprise d’accueil,
fonds pour l’entrepreneuriat. le stagiaire et l’ANETI. Le programme de formation spécifique peut être réalisé soit au sein de
Il est à souligner que les programmes d’emploi prévus par le décret n° 2009-349 du 9 février l’entreprise d’accueil ou dans une structure de formation publique ou privée. L’ANETI prend
2009, fixant les programmes du Fonds national de l’emploi, les conditions et les modalités de leur en charge le coût de la formation des stagiaires dans la limite maximale de 400 heures durant
bénéfice, sont encore en vigueur alors qu’ils sont censés être abrogés par le décret n° 2012-2369 toute la durée du contrat, elle octroie au stagiaire, une indemnité mensuelle dont le montant
du 16 octobre 2012 instituant de nouveaux programmes. est de 150 TND majorés d’une indemnité mensuelle de 50 TND si le stagiaire réside hors du
gouvernorat d’implantation de l’entreprise d’accueil. L’entreprise octroie obligatoirement au
stagiaire une indemnité complémentaire mensuelle d’au moins 150 TND. L’entreprise s’engage
1 R
 apport pour la fondation européenne pour la formation ETF 2014 : Les politiques de l’emploi et les PAMT en Tunisie par Sami
également à recruter le bénéficiaire qui a achevé son contrat dans le cadre de ce programme
Zaouari. et bénéficie dans ce cas d’une prime de recrutement d’un montant égal à 1 000 TND.

28 29
Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

Cette prime est servie après une année de travail effectif à compter de la date de recrutement. Le Fonds national de l’emploi peut prendre en charge le coût de sessions d’adaptation au profit
L’entreprise bénéficie également de la prise en charge par le Fonds national de l’emploi de la des personnes désirant promouvoir de petites entreprises, afin de les aider à identifier des idées de
contribution patronale au régime légal de sécurité sociale relative aux salaires versés au titre projets en relation avec leurs compétences et expériences professionnelles et à élaborer les études
des nouveaux recrutements des demandeurs d’emplois parmi les stagiaires dans le cadre des de ces projets et de leurs plans d’affaires, dans la limite maximale de 200 heures.
contrats d’insertion des diplômés de l’enseignement supérieur, et ce durant une période de
sept ans. 2.5.4- Les programmes de réinsertion dédiés aux licenciés pour des raisons économiques
- Le contrat d’adaptation et d’insertion professionnelle (CAIP) permet aux demandeurs Les trois seuls programmes spécifiques dédiés à la réinsertion des travailleurs licenciés pour des
d’emploi non titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur d’acquérir des qualifications raisons économiques ou technologiques ou pour fermeture définitive et inopinée de l’entreprise ont
professionnelles conformes aux exigences d’une offre d’emploi présentée par une entreprise été abrogés par le nouveau décret de 2012. Ils constituaient ensemble un dispositif plus ou moins
privée et qui n’a pas été satisfaite compte tenu de l’indisponibilité de la main-d’œuvre requise consolidé de réinsertion. Seul le Contrat de Réinsertion à la Vie Active (CRVA) reste applicable
sur le marché de l’emploi. L’ANETI prend en charge, conformément à un programme de malgré son abrogation par ledit décret. Ces trois programmes se présentent comme suit :
formation spécifique convenu avec l’entreprise concernée ou avec l’un des organismes
ci-dessus indiqués, le coût de la formation et ce dans une limite maximale de 400 heures. Le contrat de formation aux fins de réinsertion (CFR), promulgué par le décret n° 2001-1722 du
Elle octroie au stagiaire, durant toute la durée du contrat qui ne doit pas dépasser une année, 24 juillet 2001 et abrogé par le décret n° 2009-349, visait les travailleurs ayant perdu leur emploi
une indemnité mensuelle d’un montant de 100 TND. En outre, l’entreprise octroie obligatoire- pour des motifs économiques ou techniques ou suite à la fermeture subite et illégale des entreprises
ment au stagiaire une indemnité complémentaire mensuelle de 50 TND au minimum durant qui les employaient. Il avait pour objet d’aider ces travailleurs par le biais de cycles d’adaptation
toute la durée du contrat. L’entreprise d’accueil s’engage à recruter les bénéficiaires des d’une durée maximale de six mois, au vu d’un bilan de leurs compétences, à se réinsérer dans
contrats d’adaptation et d’insertion professionnelle qui ont achevé la formation mentionnée. un emploi salarié ou à s’installer à leur propre compte. Une allocation mensuelle égale au salaire
- Le chèque d’amélioration de l’employabilité a pour objet de conférer aux demandeurs minimum interprofessionnel garanti (régime de 48 heures) était servie au profit du travailleur
d’emploi des qualifications et des aptitudes pratiques en vue de faciliter leur insertion dans concerné durant toute la période d’adaptation.
la vie professionnelle, et ce à travers la participation à des actions d’accompagnement, de
Le contrat de réinsertion dans la vie professionnelle (CRVP), promulgué par l’article 22 de la loi
formation complémentaire et d’adaptation professionnelle. L’ANETI octroie aux bénéficiaires
n° 2004-90 du 31 décembre 2004 portant Loi de finances pour l’année 2005 et par le décret
de ce programme une indemnité mensuelle de 200 TND pour les titulaires d’un diplôme
n° 2005-158 du 26 janvier 2005 fixant les conditions et les modalités d’application dudit article,
universitaire national ou d’un brevet de technicien supérieur, et de 100 TND pour ceux ayant
vise à encourager les entreprises du secteur privé à recruter les licenciés ayant perdu leur emploi
d’autres niveaux d’enseignement ou de formation, et ce durant les périodes de participation
pour des raisons économiques ou technologiques ou suite à la fermeture définitive ou subite de
aux actions susmentionnées.
l’entreprise. L’entreprise bénéficie de la prise en charge par l’Etat durant une année d’un taux de
- Le chèque d’appui à l’emploi a pour objet d’encourager les entreprises du secteur privé exerçant 50 pour cent du salaire versé à chaque salarié recruté, dans la limite de 200 TND par mois, et de
dans le cadre du code d’incitation aux investissements à recruter les primo-demandeurs la contribution patronale au régime légal de sécurité sociale au titre de salaire versé à la recrue. Le
d’emploi. Le bénéfice de ce programme est subordonné au recrutement du primo-demandeur contenu de ce dispositif est repris par le décret n° 2012-2369 du 16 octobre 2012 sous une autre
d’emploi en vertu d’un contrat de travail à durée déterminée d’une période minimale d’une appellation «le chèque d’appui à l’emploi» pour se détourner des travailleurs licenciés et ne viser
année ou dans le cadre d’un contrat de travail à durée indéterminée, et ce conformément aux que les primo demandeurs d’emploi.
dispositions du Code du travail. La durée de bénéfice de ce programme ne peut dépasser
une année. À titre exceptionnel, il est possible de proroger la durée de bénéfice au sein de la Le contrat de réinsertion dans la vie active (CRVA), promulgué par le décret n° 2009-349 du
même entreprise pour une période supplémentaire maximale d’une année pour les agents qui 9 février 2009, est le seul dispositif dédié aux travailleurs licenciés pour des raisons économiques
ont été recrutés par les entreprises exerçant dans des activités à haute valeur ajoutée et à fort qui a été réactivé. Ce dispositif permet aux travailleurs permanents et non permanents ayant exercé
contenu de savoir. Le bénéfice de ce programme ouvre droit, pour les employeurs concernés, durant une période minimale de trois années au sein de la même entreprise et ayant perdu leur
aux deux avantages suivants : emploi pour des motifs économiques ou technologiques ou suite à la fermeture définitive subite et
- La prise en charge par le Fonds national de l’emploi, durant la période de bénéfice du illégale des entreprises qui les employaient, d’acquérir de nouvelles compétences conformes aux
chèque d’appui à l’emploi, d’une partie du salaire versé à l’agent recruté et dans la limite exigences d’un poste d’emploi préalablement identifié au sein d’une entreprise privée. L’ANETI,
maximale de 50 pour cent ; durant toute la durée du contrat, octroie aux bénéficiaires une indemnité mensuelle de 200 TND
- La prise en charge par le Fonds national de l’emploi, durant la période de bénéfice de ce et l’entreprise d’accueil octroie obligatoirement aux bénéficiaires une indemnité complémentaire
programme, de la contribution patronale au régime légal de sécurité sociale, au titre du mensuelle qui ne doit pas être inférieure à 50 TND.
salaire versé à l’agent recruté. L’entreprise d’accueil s’engage à recruter les bénéficiaires qui ont achevé leurs contrats de
- Le programme d’appui aux promoteurs des petites entreprises : comprend notamment ; réinsertion dans la vie active. L’entreprise qui ne satisfait pas à cette obligation ne peut bénéficier à
- L’aide à l’identification de l’idée du projet, à l’élaboration de l’étude et du plan d’affaires, et nouveau du contrat de réinsertion dans la vie active qu’après écoulement d’au moins deux années
leur accompagnement ; consécutives à compter de la fin du dernier contrat dont elle a bénéficié.
- L’adaptation en matière de gestion des entreprises et dans les domaines techniques
Le Tableau 2.1 présente les données de l’ANETI. Ces données confirment la portée limitée du
nécessaires à la création du projet ;
seul dispositif (CRVA) réactivé pour la réinsertion des travailleurs licenciés. Le nombre réduit de
- La prise en charge partielle par le Fonds national de l’emploi de la contrepartie de services travailleurs licenciés bénéficiaires de ce programme (117 bénéficiaires sur 6 000 licenciés) illustre
rendus par de petites entreprises ; parfaitement la nécessité de lui insuffler un souffle nouveau dans le sens de la vulgarisation, de
- L’aide au financement de la création de petites entreprises. la réadaptation, et de l’information auprès des personnes concernées, mais aussi d’identifier les
sources de blocage limitant l’accès à ce dispositif.

30 31
Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

Tableau 2.1 : Nombre de bénéficiaires des programmes de l’ANETI en 2016 et 2017

Nombre de nouveaux contrats


jusqu’au 3e trimestre de 2017 Évolution entre septembre
Programme
Cumul jusqu’à septembre Cumul jusqu’à septembre 2016 et septembre 2017

SIVP1
2016
43 435
2017
39 230 - 9.7%
3. Comparaison internationale
CIDES 111 65 - 41.4%
CAIP 23 461 27 162 15.8%
CRVA 168 117 - 30.4%
SCV 19 382 16 915 - 12.7% Face aux craintes souvent injustifiées des pouvoirs publics de ne pas pouvoir mobiliser les
FORSATI 0 26 548 - ressources financières nécessaires et l’urgence d’atténuer les tensions sur le marché du travail, il
KARAMA 0 9 999 - est légitime de s’interroger sur le rôle, le fonctionnement et l’efficacité du dispositif d’indemnisation
PAPPE 11 104 10 103 - 9.0% du risque perte d’emploi. Doit-on continuer à le limiter aux cas de défaillances de l’employeur, ou
TOTAL 97 661 130 139 33.3% doit-on l’ériger en un vrai régime de sécurité sociale assurant le risque perte d’emploi ?
Source : ANETI
3.1- Raison d’être d’une assurance sociale contre le risque de chômage
Les dispositifs de placement, d’accompagnement, de formation et de reconversion des travailleurs
ayant perdu involontairement leur emploi pour une réinsertion dans l’appareil de production La justification fondamentale d’une assurance est la présence d’un risque dont la matérialisation
demandent donc à être audités pour améliorer leur efficacité. n’est pas contrôlée par l’individu. Le risque social par excellence est la perte totale ou partielle de
son emploi et la perte en conséquence ou la chute de son seul moyen de subsistance. S’il y a un
évènement pour lequel il est vital de s’assurer compte tenu de son importance dans la vie d’un
individu, c’est bien la survenance de l’aléa perte d’emploi et notamment pour causes économiques
ou technologiques indépendante de sa volonté.
Reste que les mécanismes d’assurance contre ce risque peuvent revêtir plusieurs formes:
l’épargne sur le marché du crédit, la solidarité familiale, l’assurance privée ou l’assurance sociale
dans le cadre d’un régime légal d’assurance chômage. En fait, la prise en charge de ce risque
par une compagnie d’assurance privée est difficile pour deux raisons : la non maîtrise de l’aléa
perte d’emploi par la compagnie d’assurance, dont l’imminence ou la possibilité de survenance
est observable par le seul assuré d’une part, et d’autre part le peu de moyens de contrôle aux
mains de l’assureur de la volonté de l’assuré pour garder son emploi ou pour en rechercher un
nouveau en cas de perte. Quant à l’épargne privée pour assurer ce risque, l’individu n’y recourt
que rarement quand c’est une épargne individuelle volontaire, surtout que l’aléa est imprévisible et
que la mobilisation de l’épargne permettant de sauvegarder son niveau de vie pourrait nécessiter
un effort financier important, affectant les dépenses de consommation des individus et réduisant
les sources de croissance économique si un tel comportement devait être généralisé au niveau
national. Il y a donc une légitimité à l’intervention publique pour assurer le risque de chômage.

3.2- Approches diverses face au risque de perte d’emploi


Il existe diverses approches pour faire face au risque de perte d’emploi. Quelque 80 pays ont adopté
de véritables régimes assurance chômage qui accordent un revenu de remplacement pendant une
période déterminée pour tout travailleur ayant perdu son emploi dans des conditions définies. Une
autre approche, moins fréquente, consiste à verser des prestations d’assistance qui dépendent des
ressources du travailleur en chômage (cf. Australie). Dans certains cas, des indemnités forfaitaires
sont versées en cas de cessation d’emploi. Enfin, quelques pays ont mis en place des régimes
d’épargne en vue du chômage (cf. Jordanie).
Les paramètres varient d’un pays à l’autre et peuvent revêtir plusieurs aspects. Établir toutefois une
assurance sociale perte d’emploi doit se faire en connaissance des principes et des paramètres
au cœur du système d’assurance chômage de chacun des pays : organisation institutionnelle,
financement, conditions d’admissibilité, durée d’indemnisation, mode de calcul des allocations et
taux de remplacement.

32 33
Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

3.3- Comparaison des paramètres des régimes 3.3.3- Règles d’admissibilité


Les principaux paramètres des régimes d’assurance chômage de quelques pays de l’OCDE ont été L’admissibilité à l’assurance chômage est appréciée dans tous les pays selon trois dimensions :
comparés: organisation institutionnelle, financement, règles d’admissibilité, durée d’indemnisation - Les caractéristiques individuelles : condition d’âge inférieur à l’âge légal de départ à la retraite,
et mode de calcul des allocations. Un sommaire apparaît au Tableau 3.1. Les données sont condition d’âge supérieur à un plancher dans certains pays, condition de résidence sur le
extraites des règlementations nationales, de la MISSOC (Commission européenne), de l’Association territoire national ;
Internationale de la Sécurité Sociale (AISS) et du BIT.2
-
Le stage préalable nécessaire pour ouvrir le droit aux prestations (soit une période de
3.3.1- Organisation institutionnelle cotisation, soit une période d’emploi, soit une période de résidence): l’allusion est faite ici
aux travailleurs précaires exclus dans la plupart des législations. Par ailleurs, pour certaines
L’organisation institutionnelle varie selon les pays et fait intervenir les partenaires sociaux à des degrés catégories de travailleurs avec, en particulier, des carrières contributives interrompues, des
divers avec un pouvoir qui peut varier d’un rôle consultatif jusqu’à des fonctions décisionnelles. exigences quant à des périodes de stage longues et continues pourraient empêcher l’accès à
une protection contre le chômage. On peut exiger aussi un délai de carence, mais selon les
Dans plusieurs pays, la branche de l’assurance chômage est gérée par la caisse de sécurité sociale,
normes internationales celui-ci ne devrait pas être supérieur à sept jours ;
comme en Italie. Il existe cependant des pays où la gestion ne relève pas de l’État :
- Une recherche active de l’emploi : personne capable de travailler, disponible pour le travail et
- En France, l’UNEDIC est société de droit privé à statut associatif. L’UNEDIC est chargée par
effectivement en quête d’emploi, ce qui suppose l’inscription auprès d’un bureau d’emploi.
délégation de service public de la gestion de l’assurance chômage en France en coopération
avec Pôle-Emploi. L’État jouait jusqu’à présent un rôle de tutelle, la conception et la gestion
du régime étant intégralement gérées par les syndicats de travailleurs et les employeurs. En 3.3.4- Durée d’indemnisation
raison du déficit à long terme de la caisse d’assurance chômage en France, la réforme actuelle Le calcul de la durée d’indemnisation peut suivre trois modalités différentes :
tend à revoir ce partage des responsabilités tripartites. Les modalités et conditions sont en
- La durée d’indemnisation est proportionnelle à la durée cotisée (ou d’affiliation), avec un taux
principe déterminées par négociation entre les partenaires sociaux, et entérinés par une loi
de conversion donné qui peut varier de 30 % de la période cotisée (Espagne) à 50 % en
subséquente. En pratique, l’État conserve un droit de regard certain sur ces modalités et
Allemagne jusqu’à 100 % en France ;
conditions, il peut intervenir dans les négociations, pouvant refuser de mettre en œuvre tout
accord paritaire qui ne lui convient pas.3 - La durée d’indemnisation est fixée par paliers, la durée minimale de cotisation (pour une filière
donnée) joue alors le rôle de seuil au-delà duquel la durée d’indemnisation est constante, et
-
Au Danemark, la participation à l’assurance chômage est volontaire mais la couverture
en-deçà duquel la durée d’indemnisation est nulle par définition ;
demeure assez élevée parce que le régime est largement subventionné par l’État. Les caisses
sont des associations privées à but non lucratif qui se composent d’organisations de salariés - L’indemnisation est illimitée une fois l’éligibilité acquise.
ou de travailleurs indépendants. Ces caisses ou associations privées sont agréées par l’État et
fonctionnent sous son contrôle. L’employeur ne cotise pas à cette assurance chômage. 3.3.5- Calcul des allocations
- Aux Pays-Bas, la gestion relève d’une association à but non lucratif. L’indemnité d’assurance chômage est calculée en règle générale comme une fraction variant de
50 à 75 % du salaire de référence définie par un taux de remplacement qui peut même aller
En Tunisie, où un consensus semble s’établir à travers le contrat social signé par l’UGTT, l’UTICA
jusqu’à 90 % comme au Danemark ou à 80 % comme en Suède au cours des 9 premiers mois
et l’État, l’organisation institutionnelle est nécessairement tripartite. Plusieurs variantes quant au
d’indemnisation. Les normes internationales minimales et avancées en la matière prévoient une
rôle des partenaires sociaux dont l’avis peut être consultatif ou décisionnel selon qu’il s’agit de
prestation de chômage au minimum égale à respectivement 45 et 50 pour cent des gains antérieurs.
conception ou de gestion.
Quoiqu’il en soit, l’assurance perte d’emploi en Tunisie nécessite encore pour sa faisabilité
3.3.2- Financement technique et financière un ensemble de concertations et d’accords des partenaires sociaux sur les
hypothèses et les paramètres présidant à son institution à plusieurs niveaux : institutionnel pour sa
La configuration la plus commune adoptée par la plupart des pays est un financement par
gestion administrative, financier en efforts de mobilisations de ressources, et paramétrique en ce
cotisation employeur et employé sur la base d’un salaire de référence avec un plafond déterminé.
qui concerne les critères d’admissibilité, le niveau des prestations et leur durée.
Certains pays comme le Royaume Uni ou l’Irlande financent la prestation par l’impôt en allouant
une somme forfaitaire, respectivement de 600 et 800 Euros. En Tunisie, si le financement Il est vrai que la situation économique peu favorable incitera à une prudence qui doit aboutir
par une cotisation patronale et salariale semble dans la logique des prestations de sécurité en définitive à une assurance perte d’emploi, viable, facile d’accès et pérenne financièrement.
sociale à caractère contributif, le rôle de l’État dans le financement reste à déterminer. Sans oublier la nécessaire révision par l’État des programmes de réinsertion professionnelle dans
En fonction des scénarios concernant le montant et la durée des prestations de perte d’emploi, le sens d’une coordination institutionnelle améliorée, d’une incitation à la recherche active des
l’étude actuarielle déterminera des taux de cotisation globaux calculés sur la masse salariale. demandeurs d’emploi et de dispositifs de reconversion adaptés au marché du travail pour une
Il y a lieu de souligner que le contrat social a prévu un appui de l’État dans le financement réinsertion plus rapide.
de ce fonds perte d’emploi.

2 B IT, Comparative review of unemployment and employment insurance experiences in Asia and worldwide (2013)
Voir: [Link]
3 Le déficit de l’assurance chômage en France est financé par la dette, ce qui n’est pas envisageable dans le système Tunisien.

34 35
Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

Calcul des allocations

[57% ; 75%] salaire brut

Note : Les taux de cotisation de certains pays peuvent également servir à financer les programmes de réinsertion professionnelle, ce qui peut expliquer des variations importantes d’un pays à l’autre.
salaire net après impôt

Allocation forfaitaire :
60% remplacement

Allocation forfaitaire

80% salaire brut

50% salaire brut


75% salaire brut
75% salaire brut
65% salaire brut

90% salaire brut

70% salaire brut


4. Projection de l’environnement démographique
55% salaire net

432 € /mois
815 € /mois
Après impôt
et macroéconomique de la Tunisie

L’évolution future des produits et charges d’un régime d’indemnité de perte d’emploi sera liée à
Durée d’indemnisation

l’évolution de la taille et de la structure par âge de la population du pays, des niveaux d’emploi, de

Durée min 1,5 mois

Durée max 14 mois


Durée max 38 mois
Durée max 24 mois
Durée max 24 mois

Durée max 24 mois


Durée max 12 mois

Durée min 14 mois


Durée min 24 mois
la croissance économique, de l’évolution des salaires et du taux de rendement des placements.

Durée max 6 mois


Durée max 6 mois
Durée max 6 mois

Durée max 9 mois


Durée max 7 mois

Durée min 6 mois

Durée min 4 mois

Durée min 6 mois


Durée min 4 mois

Durée min 4 mois


Durée min 6 mois

Durée min 5 mois

Durée min 3mois


Pour être en mesure d’estimer la situation financière future de la caisse gestionnaire du régime, il
est donc nécessaire de réaliser au préalable une projection de la population générale et de l’activité
économique. Les projections démographiques permettront d’estimer la taille et la composition du
Illimitée

* Exempté depuis janvier 2019 ; l’Etat prend le relai par le versement d’une partie de la CSG qui doit être équivalente à la part salariale de 2,4%.
marché du travail, alors que la projection du produit intérieur brut (PIB) et la croissance de la
productivité du travail serviront à projeter le nombre de travailleurs et leurs salaires. Les projections
démographiques et économiques sont interreliées ; elles sont donc réalisées en parallèle pour
assurer la cohérence des résultats.
Durée minimum

12 à 24 mois
affiliation

12 mois
12 mois

12 mois
12 mois

12 mois
12 mois

12 mois

6 mois
6 mois

3 mois
6 mois
4 mois

6 mois
4 mois
4 mois

3 mois

9 mois
6 mois

Contrairement aux pensions, les prestations d’assurance chômage sont payables pour une période
Tableau 3.1 : Comparaison internationale des dispositions des régimes d’assurance pour perte d’emploi

limitée (généralement pas plus d’un an) et se caractérisent par une dépense annuelle qui, à court
Conditions d’admissibilité

terme, est moins prévisible que celle d’un régime de pension,4 où le processus de maturation
entraîne généralement une augmentation régulière des coûts sur plusieurs décennies. Les
dépenses d’un régime d’assurance chômage peuvent fluctuer fortement au fil des ans, au rythme
de l’économie, ce qui – à moins de constituer des réserves suffisantes – pourra nécessiter un
Période référence 

ajustement des cotisations. Pour ces raisons, on s’en tient normalement à une période de projection
21 à 42 mois
24 à 48 mois
(selon l’âge)

12 mois
12 mois

12 mois
60 mois

12 mois
24 mois
12 mois
24 mois
12 mois
24 mois
36 mois

72 mois

28 mois
36 mois
12 Mois
24 mois

8 mois

ne dépassant pas 5 à 10 ans. De plus, en raison de l’incertitude des prévisions économiques, toute
projection à long terme des régimes d’assurance chômage serait sans pertinence et trompeuse.
Pour cette évaluation actuarielle, une période de projection de 10 ans a été retenue. Cette section
présente donc les hypothèses démographiques et macro-économiques sur 10 ans de projection.
Les variables démographiques et économiques sont donc projetées de 2019 à 2029.

4.1- Population générale


Contribution sociale

Employeur : 2,91%
Employeur : 2,91%
Employeur : 2,16%
Employeur : 5,50%

Employeur : 4,05%
Employeur : 1,46%

Plafond : 13 508 €

Employeur :1,61%
Financement

Employeur : 1,5%

Plafond : 4331 €
Plafond : 4650 €
Plafond : 6050 €

Plafond : 1000 $
Salarié : ~0,50%
Employeur : 3%

Les facteurs qui déterminent les variations de la population sont la fécondité, la mortalité et la
Plafond 3606 €

Salarié : 2,07%
Salarié : 1,55%
Salarié : 0,87%

Salarié 1,50%
Salarié : 1,5%

migration. Les taux de fécondité déterminent le nombre de naissances, alors que les taux de
Salarié : 3%

mortalité déterminent combien de personnes et à quels âges les personnes vont mourir en
générale
CSG : *

moyenne. La migration nette représente la différence entre le nombre de personnes qui entrent et
Mixte

sortent de Tunisie. La migration représente le facteur le plus volatil des trois facteurs.
La population de départ de 2015 provient de l’institut National de la Statistique (INS). Il s’agit
Administration

de la distribution de population la plus récente qui offre un niveau de détail suffisant pour les
projections. À ce moment, la population totale de Tunisie était estimée à 11 028 290 personnes.
Parapublic
Parapublic
Parapublic

Parapublic
Parapublic

Cette population a été projetée en 2018 en utilisant les données sur l’espérance de vie et les taux
de fécondité de l’INS, puis calibrée pour reproduire la population totale de l’INS pour 2018.
Privé
Privé
Privé

Etat

Etat

Etat
Etat

Les taux de mortalité ont été projetés en utilisant la méthodologie UN World Population Prospects,
2017 Revision. Il en résulte une espérance de vie qui augmente pour les hommes de 74,50 ans
en 2015 à 77,12 ans en 2029, et pour les femmes de 77,80 ans en 2015 à 80,28 ans en 2029.
Royaume uni

L’indice synthétique de fécondité (ISF) a été relativement stable au cours des 10 dernières années,
Allemagne

États Unis
Danemark

Pays Bas
Belgique

mais ce qui est particulier à la Tunisie est qu’il a suivi une tendance à la hausse entre 2006 et
Espagne
Autriche

Irlande
France

Suède
Italie

4 D
 ’après les experts de l’Unedic, l’impact des variations économiques est 4 fois plus important sur l’équilibre financier d’un régime
d’assurance chômage que sur un régime d’assurance vieillesse.

36 37
Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

2014 pour baisser légèrement par la suite. L’ISF est passé de 2,17 en 2004 à 2,42 en 2014 Tableau 4.3 : Population estimée en 2018 et projetée de 2019 à 2029
(voir Tableau 4.1). L’ISF est projeté à 2,3 enfants par femme sur toute la période de projection.
Groupe d’âge
Année Total
Tableau 4.1 : Indice synthétique de fécondité en Tunisie (2005-2016) 15+ 15-59 60+
2018 11 630 567 8 793 600 7 355 067 1 438 533
Année Indice synthétique de fécondité
2019 11 762 874 8 875 933 7 387 820 1 488 113
2005 2.17 2020 11 892 714 8 958 362 7 416 977 1 541 385
2006 2.15 2021 12 019 478 9 041 112 7 443 144 1 597 968
2007 2.20 2022 12 142 619 9 124 189 7 466 347 1 657 842
2023 12 261 683 9 208 937 7 489 231 1 719 706
2008 2.22
2024 12 376 350 9 297 144 7 515 552 1 781 592
2009 2.20
2025 12 486 430 9 389 741 7 547 522 1 842 219
2010 2.22 2026 12 591 867 9 486 524 7 584 831 1 901 693
2011 2.21 2027 12 692 728 9 587 733 7 627 852 1 959 882
2012 2.40 2028 12 789 187 9 691 174 7 674 261 2 016 913
2029 12 881 490 9 793 447 7 720 240 2 073 207
2013 2.40
Source : Projections des auteurs, Modèle actuariel d’assurance chômage du BIT.
2014 2.42
2015 2.30 4.2- Marché du travail
2016 2.31
Une distribution détaillée des taux d’activité et des taux de chômage en Tunisie par groupe d’âge et
Source : Institut National de la Statistique par sexe proviennent d’une enquête de 2014. Les taux d’activité et les taux de chômage par groupe
d’âge et par sexe ont ensuite été projetés à partir des données générales recueillies par l’INS sur la
Des données sur la migration en Tunisie proviennent de l’Enquête emploi (voir Tableau 4.2). population active et le chômage au cours de l’année 2018.
Il apparaît que les années 2011 et suivantes s’écartent de la tendance observée au cours des Les taux de participation au marché du travail par âge et sexe sont supposés constants sur toute la
années précédentes. Tenant compte d’une augmentation des contrôles des deux côtés de la période de projection. Combinés avec l’évolution de la population tunisienne entre 2019 et 2029,
Méditerranée appliquée depuis 2014, il est anticipé que le nombre de migrants reviendra aux ces taux produisent un taux de participation global au marché du travail variant sur la période de
niveaux observés avant 2011. Il a été retenu, aux fins de cette projection, un solde migratoire projection entre 66,3 et 68,3 pour cent pour les hommes et entre 23.9 et 26.6 pour cent pour les
négatif de 15 000 personnes par année. femmes. Le taux d’activité global des hommes et des femmes devrait ainsi demeurer relativement
stable sur la période de projection.
Tableau 4.2 : Solde migratoire en Tunisie (2001-2013)
Suivant l’évolution projetée de la population tunisienne et de sa composition par âge, le taux de
Période Immigrants Émigrants Solde migratoire participation des hommes âgés de 15 à 59 ans est projeté pour atteindre en moyenne 77.1 pour
Mai 2001 - Mai 2002 11 690 29 700 - 18 010 cent sur la période de projection. Le taux de participation des femmes âgées de 15 à 59 ans est
Mai 2005 - Mai 2006 14 860 31 200 - 16 340 projeté pour atteindre en moyenne 30.7 pour cent entre 2019 et 2029.
Mai 2006 - Mai 2007 8 760 23 800 - 15 010 La Figure 4.1 présente les taux de participation au marché du travail par groupe d’âge et par sexe,
Mai 2007 - Mai 2008 10 500 26 600 - 16 100 tels qu’utilisés dans le cadre de cette évaluation.
Mai 2011 - Mai 2012 17 351 50 931 - 33 580 100%
Mai 2012 - Mai 2013 15 000 35 000 - 20 000 90%
80%
Source : Institut National de la Statistique, Enquête emploi
Figure 4.1 : 70%

Taux de participation 60%


Selon les hypothèses décrites précédemment, il est projeté que la population totale de Tunisie au marché du travail, 50%
passera de 11 028 290 personnes en 2015 à 12 881 490 en 2029, soit un taux de croissance par groupe d’âge et par sexe 40%
annuel moyen de 1,1 pour cent par année sur cette période. 30%
20%
Le Tableau 4.3 présente une projection détaillée de la population tunisienne entre 2018 et 2029.
10%
0%

+
-1

-2

-2

-3

-3

-4

-4

-5

-5

-6

-6

-7

-7

80
15

20

25

30

35

40

45

50

55

60

65

70

75
Hommes Femmes
Source : Enquête Nationale sur l’Emploi 2014, INS.

38 39
Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

Après avoir connu une légère diminution du taux de chômage de 2004 à 2010, le marché 5.0%
du travail tunisien a connu une hausse marquée du taux de chômage après la révolution de 2011.
4.0%
Le taux de chômage semble s’être stabilisé autour de 15 pour cent depuis 2013. Le taux de
chômage est estimé à 15.5 pour cent en 2018. 3.0%

2.0%
Le chômage des jeunes est particulièrement élevé. En 2018, environ 57 pour cent des chômeurs Figure 4.3 :
ont moins de 30 ans, et plus de 75 pour cent des chômeurs se retrouvent chez les moins de Taux de croissance historique 1.0%
35 ans. De plus, il est possible d’observer que le taux de chômage est significativement plus et projeté du PIB réel (2010-2029) 5 0.0%
élevé chez les femmes que chez les hommes. En 2018, le taux de chômage global chez les
-1.0%
hommes est estimé à 12.5 pour cent tandis qu’il est évalué à approximativement 22.7 pour cent
chez les femmes. -2.0%

-3.0%
La Figure 4.2 présente les taux de chômage estimés pour 2018, ventilés par groupe d’âge et

2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2018
2019
2020
2021
2022
2023
2024
2025
2026
2027
2028
2029
par sexe.
Source : Projections des auteurs, Modèle actuariel d’assurance chômage du BIT.
45%

40%
Le taux de chômage a significativement augmenté en 2011, suite à la révolution. Par contre,
35%
il est resté relativement stable depuis 2013, variant annuellement entre 15,1 et 15,9 pour cent.
30% Dans le cadre de cette étude, le taux de chômage projeté diminuera graduellement sur la période
25% de projection, atteignant 14,0 pour cent à partir de 2026. Cette hypothèse est cohérente avec
Figure 4.2 :
les prévisions de l’EIU et de l’OCDE. La Figure 4.4 présente les taux de chômage historiques et
Taux de chômage, 20%
projetés pour les années 2010 à 2029.
par groupe d’âge 15%

et par sexe, 2018 10%


20.0%
5%
19.0%
0% 18.0%
9

9
-1

-2

-2

-3

-3

-4

-4

-5

-5
17.0%
15

20

25

30

35

40

45

50

55
Hommes Femmes 16.0%
Source : Estimations des auteurs, basées sur l’Enquête Nationale sur l’Emploi 2014, INS. Figure 4.4 : 15.0%
Taux de chômage historique 14.0%
Le taux de chômage global est appelé à fluctuer sur la période de projection en fonction des et projeté (2010-2029) 6 13.0%
hypothèses de projection économiques décrites à la section 4.3. La distribution des chômeurs par 12.0%
groupe d’âge et sexe est supposée constante sur toute la période de projection. 11.0%
10.0%

2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2018
2019
2020
2021
2022
2023
2024
2025
2026
2027
2028
2029
4.3- Cadre macroéconomique
Source : Projections des auteurs, Modèle actuariel d’assurance chômage du BIT.
4.3.1- PIB réel, emploi et productivité
Selon les statistiques de l’INS, le taux de croissance annuel du PIB réel s’est maintenu à un niveau Le taux de croissance de la productivité du travail varie entre 1,4 et 2,7 pour cent annuellement
moyen de 2,2 pour cent depuis 2011. En 2018, ce taux a atteint 2,5 pour cent. sur la période de projection. Ce niveau découle des hypothèses sous-jacentes de croissance
économique, de chômage et d’emploi. Le taux de croissance annuel de la productivité se situe en
Il est prévu que la croissance de l’économie tunisienne restera inchangée à 2,5 pour cent pour les moyenne à 2,2 pour cent sur la période 2019-2029.
années 2019 et 2020. Par la suite, conformément aux prévisions du Economist Intelligence Unit
(EIU), le taux de croissance annuel du PIB réel projeté augmentera graduellement jusqu’à 3,4 pour Le Tableau 4.4 présente les principaux indicateurs économiques sous-jacents aux hypothèses
cent en 2023, pour ensuite redescendre et se stabiliser à 2,8 pour cent à partir de 2026. économiques présentées plus haut.

La Figure 4.3 présente le taux de croissance historique et projeté du PIB réel sur la période 2010
à 2029 inclusivement.

5 L e taux de croissance du PIB réel entre 2010 et 2018 inclusivement provient de l’INS. Le taux de croissance du PIB réel à partir de
2019 est issu des hypothèses de l’auteur.
6 L e taux de chômage entre 2010 et 2018 inclusivement provient de l’INS. Le taux de chômage à partir de 2019 est issu des
hypothèses des auteurs.

40 41
Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

Tableau 4.4 : Taux de croissance de l’emploi, de la productivité et du PIB réel, 2019-2029 (en pourcentage) 4.3.4- Rendement de la caisse

Taux de croissance Taux de croissance Taux de croissance de Taux de croissance


Il n’existe actuellement aucune caisse d’assurance chômage en Tunisie. Ne connaissant pas à
Année l’avance la politique de placement potentielle de la future caisse d’assurance chômage, il est
de l’emploi de l’emploi (15-59 ans) la productivité du travail du PIB réel
difficile de projeter le taux de rendement réel auquel il faudra s’attendre.
2019 1.0 0.9 1.4 2.5
2020 0.8 0.7 1.6 2.5 Par leur nature court terme, les prestations d’assurance chômage nécessitent de n’être que très
2021 0.3 0.1 2.7 3.0 peu capitalisées comparativement aux régimes de pensions. Ainsi, le rendement effectué par une
caisse d’assurance chômage est généralement faible puisque celle-ci ne s’appuie que sur peu
2022 0.7 0.5 2.5 3.2
de réserve. De plus, il importe de mentionner que le taux de rendement espéré par une caisse
2023 1.2 1.1 2.1 3.4 d’assurance chômage est généralement moindre que celui d’une caisse de pensions puisque les
2024 1.0 0.8 2.2 3.2 investissements se font généralement sur un horizon de temps beaucoup plus court. Dans le cadre
2025 0.7 0.5 2.3 3.0 de cette évaluation, il a été supposé que le taux de rendement espéré sur la caisse d’assurance
2026 0.5 0.4 2.3 2.8 chômage se situera près des taux de court terme offerts par le marché.
2027 0.4 0.3 2.4 2.8 La Banque centrale de Tunisie (BCT) a relevé son taux directeur de 100 points de base en février
2028 0.4 0.3 2.4 2.8 2019, le portant ainsi à 7,75 pour cent par an. Ce taux se compare à un taux d’inflation prévu
2029 0.4 0.3 2.4 2.8 de 7,0 pour cent pour l’année 2019. Dans le contexte où la hausse du taux directeur s’explique
Source : Projections des auteurs, Modèle actuariel d’assurance chômage du BIT. principalement par la poursuite des pressions inflationnistes, il peut être supposé que les taux de
court terme offerts par le marché suivront de façon générale l’évolution du taux d’inflation. Le taux
Étant donné l’incertitude concernant l’évolution future de l’économie en Tunisie, il est important de rendement réel projeté dans le cadre de cette évaluation est de 0,5 pour cent par an (légèrement
de préciser que cette étude présentera un éventail de résultats possibles (et non un seul scénario en-dessous du taux directeur afin de considérer d’éventuels frais de gestion de la caisse).
déterministe).
Le Tableau 4.5 présente les taux d’inflation, les taux de croissance des salaires et les taux de
4.3.2- Inflation rendement de la caisse pour les années 2019 à 2029.
Le taux d’inflation en Tunisie a été de 5,1 pour cent en moyenne sur la période 2010-2018. Tableau 4.5 : Projection du taux d’inflation, du taux de croissance des salaires et du taux de rendement
En 2018, le taux d’inflation a atteint 7,5 pour cent, son plus haut taux depuis 2011. Une légère des caisses (en pourcentage)
baisse du taux d’inflation est toutefois anticipée au cours des prochaines années, compte tenu
de la baisse du prix des produits de base et de la faible demande intérieure. Conformément aux Taux nominal de croissance Taux de
Année Taux d’inflation
prévisions de l’EIU, le taux d’inflation projeté diminuera à court terme pour atteindre 4,7 pour cent des salaires rendement de la caisse
à partir de 2023. 2019 7.0 8.5 7.5
2020 6.0 7.7 6.5
La Figure 4.5 présente les taux d’inflation sur la période 2011-2029. 2021 5.5 8.3 6.0
8.0% 2022 4.9 7.5 5.4
7.0% 2023 4.7 6.9 5.2
6.0% 2024 4.7 7.0 5.2
5.0% 2025 4.7 7.1 5.2
2026 4.7 7.1 5.2
Figure 4.5 : 4.0%
Taux d’inflation historique 2027 4.7 7.2 5.2
3.0%
et projeté (2011-2029)7 2028 4.7 7.2 5.2
2.0%
2029 4.7 7.2 5.2
1.0% Source : Projections des auteurs, Modèle actuariel d’assurance chômage du BIT.
0.0%
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2018
2019
2020
2021
2022
2023
2024
2025
2026
2027
2028
2029

4.4- Secteurs d’activité


Source : Projections des auteurs, Modèle actuariel d’assurance chômage du BIT.
Cette étude analyse en profondeur différents scénarios de couverture des travailleurs tunisiens.
Afin d’évaluer de façon la plus précise possible les différents scénarios soumis par les partenaires
4.3.3- Croissance des salaires
tripartites, les travailleurs ont été distribués et projetés en trois groupes distincts, soit :
Aux fins de projection, l’évolution du salaire réel est comparée à la croissance de la productivité • Les salariés non agricoles;
du travail. Dans des conditions particulières du marché du travail, les salaires peuvent croître à un
• Les salariés agricoles à revenu régulier; et
rythme plus ou moins similaire à la productivité. Pour les fins de cette étude, l’augmentation du
salaire réel est supposée égale à la croissance de la productivité réelle du travail (voir Tableau 4.4). • Les salariés des entreprises publiques.

7 L e taux d’inflation entre 2011 et 2018 inclusivement provient de l’INS. Le taux d’inflation à partir de 2019 est issu des hypothèses
Afin de projeter ces différents groupes de participants, les données recueillies et les hypothèses
des auteurs. démographiques lors de la plus récente évaluation actuarielle couvrant la Caisse Nationale de

42 43
Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

Retraite et de Prévoyance Sociale (CNRPS) et la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) ont
été utilisées afin de projeter la démographie des salariés agricoles à revenu régulier et des salariés
des entreprises publiques. Les données et hypothèses concernant les salariés non agricoles ont
été révisées suite à la transmission de données plus récentes sur les participants au Régime des
salariés non agricoles (RSNA).
Pour les fins de cette étude, il a été supposé que : 5. Évaluation des coûts relatifs au régime
• Les salariés non agricoles continueront de représenter 35.9 pour cent des travailleurs âgés de
15 à 69 ans (taux inchangé par rapport à 2016);
• Les salariés agricoles à revenu régulier continueront de représenter 1.3 pour cent des
travailleurs âgés de 15 à 69 ans (taux inchangé par rapport à 2014); Cette section présente les projections démographiques et financières relatives au régime d’indemnité
• Les salariés des entreprises publiques représenteront 22.1 pour cent des travailleurs âgés de pour perte d’emploi selon les différents paramètres proposés par les partenaires tripartites.
15 à 69 ans en 2018 (taux inchangé par rapport à 2014). Ce taux diminuera graduellement La méthodologie d’évaluation des coûts est décrite à l’Annexe 6.
pour atteindre 21.7 pour cent afin de refléter une stabilisation du nombre de salariés des
entreprises publiques entre 2019 et 2021 inclusivement. 5.1- Hypothèses spécifiques au régime
Dans le contexte où l’âge normal de retraite demeure à 60 ans chez les personnes mentionnées Afin d’évaluer les coûts relatifs au régime d’assurance chômage selon les différents scénarios
ci-dessus, cette étude se concentrera essentiellement sur les travailleurs de moins de 60 ans. convenus, les cotisations et prestations futures ont été calculées en utilisant principalement les
Afin d’éviter les abus (par exemple, en permettant à des chômeurs de percevoir des prestations hypothèses démographiques et macro-économiques présentées à la Section 4. Les données et
du régime d’assurance chômage tandis qu’ils sont éligibles à leur pension de retraite) et assurer hypothèses spécifiques au régime sont détaillées à l’Annexe 8.
que le régime remplisse son objectif premier de fournir des prestations d’assurance chômage (et
non des prestations de pré-retraite), il est en effet suggéré d’interdire le paiement des prestations Étant donné l’incertitude concernant l’évolution future de l’économie en Tunisie, il est important
d’assurance chômage après l’âge de 60 ans. de préciser que cette étude présentera un éventail de résultats possibles (et non un seul scénario
déterministe).
4.5- Sommaire des projections L’évaluation des coûts du régime s’appuie sur des hypothèses additionnelles telles que le taux de
Le Tableau 4.6 présente un sommaire des principales hypothèses démographiques et économiques chômage relatif aux différents groupes de prestataires potentiels et les dépenses administratives à
utilisées dans le cadre de cette étude. prévoir pour le régime à mettre en place.

Tableau 4.6 : Sommaire des principales variables démographiques et économiques (milliers)


5.1.1- Taux de chômage
2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026 2027 2028 2029 Bien qu’il soit possible d’estimer le taux de chômage global dans l’économie, par groupe d’âge et
Population totale 11 763 11 893 12 019 12 143 12 262 12 376 12 486 12 592 12 693 12 789 12 881 par sexe, il reste difficile d’en déduire le taux de chômage précis qui s’appliquerait aux travailleurs
concernés par cette étude. Des données fournies par la Direction générale de l’Inspection du travail
Population (15-59) 7 388 7 417 7 443 7 466 7 489 7 516 7 548 7 585 7 628 7 674 7 720
sur les travailleurs ayant droit à une prestation temporaire pour perte involontaire d’emploi (pour
Population active (15-59) 3 965 3 988 4 008 4 024 4 038 4 051 4 063 4 075 4 088 4 102 4 116 raison économique ou technologique ou fermeture inopinée d’entreprise) entre 2014 et 2018
Taux de participation (15-59) (en %) 53.7 53.8 53.8 53.9 53.9 53.9 53.8 53.7 53.6 53.4 53.3
inclusivement permettent néanmoins de conclure que ces prestataires sont demeurés relativement
peu nombreux en proportion de la population totale de travailleurs (voir Annexe 7).
Nombre de travailleurs (15-59) 3 342 3 365 3 369 3 386 3 423 3 450 3 469 3 483 3 494 3 505 3 518
Il importe d’ailleurs de mentionner que le nombre de chômeurs ayant reçu une prestation de
- Salariés non agricoles (15-59) 1 255 1 265 1 269 1 277 1 293 1 304 1 313 1 319 1 324 1 329 1 334
la CNSS au cours des dernières années est possiblement beaucoup plus faible que le nombre
- Salariés agricoles à revenu régulier (15-59) 45 45 46 46 46 47 47 47 48 48 48 de travailleurs qui auraient autrement été admissibles à une prestation d’assurance chômage
- Salariés des entreprises publiques (15-59) 766 766 766 771 781 788 793 797 800 803 806
traditionnelle. En effet, un certain nombre de conditions doivent être remplies pour bénéficier des
aides et prestations fournies par la CNSS :
Nombre de chômeurs (15-59) 623 623 639 638 616 600 594 592 594 596 599
• D’abord, l’employeur doit avoir déposé une demande à la Commission de Contrôle du
Taux de chômage (15-59) (en %) 15.7 15.6 15.9 15.9 15.2 14.8 14.6 14.5 14.5 14.5 14.5 Licenciement (et être admissible aux prestations selon la décision de la Commission) ;
• Ensuite, les employés doivent respecter certains critères, dont être sous contrat à durée
indéterminée (CDI) et avoir accumulé au moins trois années de service auprès de l’employeur.
Plus concrètement, en moyenne environ 12 500 chômeurs ont reçu des prestations de la
CNSS pour pallier leur perte involontaire d’emploi chaque année depuis 2014 (incluant
les retraites anticipées pour licenciement économique). Ce nombre se compare à environ
1.0 million8 de travailleurs en CDI assurés auprès du RSNA et du RSAA en 2018. Le taux de chômage

8 E
 stimé à partir du nombre projeté de travailleurs dans les régimes RSNA et RSAA en 2018 et du pourcentage estimé de contrat en
CDI dans le secteur formel.

44 45
Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

applicable aux salariés des régimes RSNA et RSAA apparaît donc significativement inférieur au taux Compte tenu de la complexité de l’administration d’un régime d’assurance chômage, et de
de chômage général du pays (selon lequel on aurait pu prévoir 10 à 15 fois plus de prestataires). l’incertitude concernant les coûts administratifs d’un régime à mettre en place, il a été prévu que
Afin de refléter les conditions particulières d’admissibilité à la prestation temporaire de chômage les dépenses administratives représenteraient 0,25 pour cent de la masse salariale assurable et
payée par la CNSS, il est estimé que : que, ayant fixé ce niveau pour le scénario de base, ces coûts varieraient légèrement en fonction de
• Le nombre de travailleurs licenciés que le régime d’assurance perte d’emploi devrait s’attendre à la variation du nombre de prestataires.
indemniser est d’environ 21 pour cent 9 de plus que le nombre de travailleurs indemnisés par la
CNSS dans le cas où les salariés en contrat à durée déterminée (CDD) sont également assurés. 5.1.3- Profil des participants et prestataires
Pour les fins de l’étude, il a été supposé que les CDI et CDD avaient essentiellement les mêmes
caractéristiques (incluant la même probabilité de perdre leur emploi). Plusieurs données étant indisponibles pour préciser le profil des participants et prestataires, cette
• L e nombre de chômeurs admissibles à une prestation serait plus important si le critère évaluation suppose que :
d’admissibilité, plutôt que 3 ans de service continu chez le même employeur, étaient réduits • Le profil des participants et prestataires bénéficiant d’un CDI est le même que ceux bénéficiant
à 2 ou 4 trimestres10 de cotisations précédant immédiatement la période de chômage. En d’un contrat CDD ; et
tenant compte du profil des demandeurs potentiels, il est estimé que le nombre de chômeurs • Le taux de chômage est identique pour les différents types de salariés (les salariés agricoles,
admissibles à une prestation serait 60 pour cent plus élevé comparativement au nombre non agricoles à revenu régulier et ceux des entreprises publiques assujetties à la CNRPS ont
enregistré par la CNSS au cours des dernières années si les critères d’admissibilité en fonction la même probabilité de devenir chômeur).
du nombre de trimestres de service continu étaient éliminés.
• Le nombre de chômeurs percevant une prestation de chômage serait modifié si la durée
maximum de versement des prestations était revue. Selon les dispositions actuelles de 5.2- Projections démographiques et financières
la CNSS, la durée maximum de versement des prestations temporaires de chômage est de
12 mois. Si cette période était augmentée à 24 mois, il est estimé que le nombre de chômeurs 5.2.1- Description des scénarios
recevant une prestation de chômage augmenterait de 59 pour cent.11 Le tableau 5.1 présente les différents scénarios évalués dans le cadre de cette étude de faisabilité.
Ces scénarios ont été transmis par les partenaires tripartites à la suite de l’atelier tripartite sur
Aux fins de cette étude, il est également supposé que la mise en place formelle d’un régime
l’assurance perte d’emploi organisé par le BIT en décembre 2018. Ces scénarios ne peuvent
d’assurance pour perte d’emploi entraînerait une augmentation des chômeurs indemnisés
toutefois pas être interprétés comme des recommandations du BIT.
comparativement à ce qui a été enregistré récemment par la CNSS. La formalisation de
l’indemnisation pour perte d’emploi devrait entraîner une meilleure connaissance et accessibilité
au régime, ce qui entraînerait par le fait même une hausse du nombre de prestataires. Une marge
de 25 pour cent a été ajoutée pour tenir compte de cet effet.
Il est aussi important de mentionner la variabilité annuelle du nombre de prestataires indemnisés
par la CNSS. Bien que le taux de chômage soit resté relativement stable en Tunisie depuis 2014,
le nombre de salariés touchés par un licenciement économique ou technologique ou par une
fermeture inopinée d’entreprise, a grandement varié d’une année à l’autre. Cette étude présentera
donc un éventail de résultats possibles (et non un seul scénario déterministe). Présenter un éventail
de résultats possibles permet également d’adopter une approche prudente dans un contexte de
données limitées à la base de cette étude. L’évaluation du coût d’un régime d’assurance pour
perte d’emploi requiert effectivement des données très spécifiques et une perspective historique
du contexte et du marché du travail qu’il est parfois très difficile d’obtenir avant la mise en place
du régime.

5.1.2- Dépenses administratives


Les prestations d’assurance pour perte d’emploi sont probablement les prestations de sécurité
sociale les plus difficiles à administrer, compte tenu notamment de la nécessité pour le régime
d’effectuer des contrôles réguliers afin d’empêcher le versement simultané d’allocations de chômage
et de revenus de travail. Les demandes de prestations doivent être soigneusement vérifiées et les
demandeurs d’emploi périodiquement contrôlés, ce qui nécessite un service de l’emploi bien doté
en personnel.

9 S
 elon l’INS, les CDI et CDD représenteraient respectivement 83 et 17 pour cent des contrats de travail dans le secteur formel :
21% ≈ (83% + 17%) / 83%.
10 U n trimestre de cotisation signifie qu’au moins une cotisation a été versée durant un trimestre donné.
11 C e nombre provient directement de la distribution supposée des chômeurs par période de chômage continu. Voir Annexe 7.

46 47
Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

Hypothèses additionnelles

de cotisation immédiatement avant la perte

accumulés moins de 10 ans de service, 18


Tous les scénarios évalués dans le cadre de cette étude de faisabilité supposent que :

1 an de cotisation et au moins 2 trimestres

ans de service, 2,5 fois le SMIG pour ceux

ayant accumulé plus de 20 ans de service


* La période de cotisation requise pour être admissible à une prestation d’assurance chômage commence à la date d’entrée en vigueur du nouveau régime. Un trimestre de cotisation signifie qu’au
et 20 ans de service et 24 mois pour ceux
travailleurs ayant accumulés moins de 10
Basé sur la moyenne des salaires gagnés

mois pour ceux ayant accumulé entre 10


service et 3 fois le SMIG pour ceux ayant
au cours des 12 mois précédant la perte

ayant accumulé entre 10 et 20 ans de


1. Les pertes d’emploi admissibles seront celles provoquées par les licenciements pour raison

Maximum de 2 fois le SMIG pour les

accumulé plus de 20 ans de service

12 mois pour les travailleurs ayant


économique ou technologique et les fermetures inopinées et définitives d’entreprises. Les
départs volontaires sont exclus. Sont aussi exclues les mises à pied d’individus n’ayant pas
Scénario E

70% du salaire de référence


ou n’ayant plus le profil souhaité par l’employeur, e.g. compétences, expérience, ou autres.
La mise en œuvre de l’ensemble de ces critères aura un impact majeur sur les demandes
Salariés non agricoles

acceptées ou refusées et devrait donc faire l’objet de discussions.


2. Seuls les assurés n’ayant pas atteint l’âge normal de retraite sont admissibles à recevoir

CDI et CDD
des prestations de perte d’emploi. Par ailleurs, les employés ayant atteint l’âge normal de la

d’emploi
d’emploi

Aucun
retraite n’auront plus à cotiser au régime.
3. Autant ceux bénéficiant de contrat à durée indéterminée (CDI) que ceux bénéficiant d’un
contrat à durée déterminée (CDD) seront couverts (dans la plupart des scénarios).
agricoles et salariés

plafond de 2 fois le
2 ans de cotisation

6 premiers mois et
salaires gagnés au
cours des 12 mois
précédant la perte

70% du salaire de
référence pour les
agricoles à revenu

60% par la suite,


Scénario D

4. Le maintien du versement des prestations sera conditionnel à ce que le prestataire s’enregistre
immédiatement
avant la perte

moyenne des
de cotisation

à un bureau d’emploi dès son licenciement et qu’il s’y rapporte mensuellement pour faire la
Salariés non

2 trimestres
et au moins

Basé sur la

preuve de sa disponibilité et sa capacité à travailler. Il doit accepter tout emploi convenable


d’emploi
d’emploi

12 mois
régulier

Aucun
SMIG
proposé par le bureau d’emploi (la prestation étant suspendue au deuxième refus) ou
CDI

participer aux activités de formation et de réinsertion proposées.


5. Le financement du régime se fera à parts égales entre les employeurs et les travailleurs et au

du SMIG et plafond

supplémentaire par
plancher égal à 2/3
salaires gagnés au
cours des 12 mois
précédant la perte

70% du salaire de
années précédant
immédiatement la

tranche de 3 ans
Scénario C

égal à 2,5 fois le


référence, avec
moyen d’un appui financier de l’Etat tel que prévu par le Contrat Social..
perte d’emploi

moyenne des
trimestres de

de cotisation
cotisation au
Salariés non

cours des 2

plus 1 mois
Au moins 5

6. La période pendant laquelle les prestations sont payables est reconnue comme une période
Basé sur la
agricoles

12 mois,
d’emploi

de cotisation à la sécurité sociale.

1 mois
SMIG
CDI

5.2.2- Évaluation des scénarios


24 mois, plus 1 mois

tranche de 3 ans de
les 12 premier mois
agricoles et salariés

supplémentaire par
et 60% par la suite
référence pendant
70% du salaire de
agricoles à revenu

Les projections présentées dans cette section tiennent compte des hypothèses économiques
Scénario B

immédiatement

Dernier salaire
avant la perte

décrites à la Section 4. La section 5.2.3 présente l’impact qu’auraient des hypothèses optimistes
de cotisation
Salariés non

4 trimestres

CDI et CDD

cotisation ou pessimistes sur les scénarios envisagés.


d’emploi
régulier

1 mois

La Figure 5.1 présente la distribution initiale des salariés, par sexe, par type d’emploi et par type
de contrat.
70% du salaire de
agricoles à revenu

1 000 000
agricoles, salariés
Scénario A

immédiatement

900 000
Dernier salaire

606 198
avant la perte

Hommes
de cotisation
Salariés non

2 trimestres

800 000
CDI et CDD

référence

Femmes
d’emploi

700 000
24 mois

414 229
régulier

Aucun

600 000
moins une cotisation a été versée durant un trimestre donné.

500 000
Figure 5.1 : 400 000
Tableau 5.1 : Description des scénarios évalués

124 161
salariés des entreprises

d’emploi (maximum de

105 726
publiques assujetties à
Salariés non agricoles,

immédiatement avant

au cours des 12 mois

300 000
Scénario de base

84 842
Basé sur la moyenne

12 mois, plus 1 mois


60% pour les 3 mois

Distribution des salariés,

62 672
tranche de 3 ans de
suivants et 50% par

24 827
des salaires gagnés

supplémentaire par
les 6 premier mois,

11 295

21 655
salariés agricoles à

12 836
référence pendant
précédant la perte

70% du salaire de

200 000
revenu régulier et

par sexe, 2019

5 085
2 313
la perte d’emploi

100 000
6 fois le SMIG)
de cotisation
4 trimestres

0
CDI et CDD
la CNRPS

cotisation

Salariés Salariés Salariés des Salariés Salariés Salariés des


la suite

non agricoles entreprises non agricoles entreprises


Aucun

agricoles à revenu publiques agricoles à revenu publiques


régulier assujetties régulier assujetties
à la CNRPS à la CNRPS
CDI CDD
versement des prestations

Source : Estimations des auteurs, basées sur les données du RSNA, du RSAA et de la CNRPS
Critère d’admissibilité *

(entreprises publiques).
Paramètres

Salaire de référence

Durée maximum de
Délai de carence

Il est supposé que la distribution des employés selon l’âge et le sexe demeurera relativement
Type de contrat

stable sur la période de projection. Le taux de croissance des salariés assurés auprès du RSNA
Couverture

Prestation

et du RSAA étant supérieur à celui des salariés des entreprises publiques assujetties à la CNRPS
au cours de la période de projection, il est globalement estimé que le nombre de participants au
régime d’assurance perte d’emploi augmentera annuellement en moyenne de :

48 49
Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

•0
 ,55 pour cent pour le scénario de base (seul scénario où les employés des entreprises À l’exception du scénario A, tous les scénarios mettent au moins une année avant de verser
publiques assujetties à la CNRPS sont couverts) ; et leurs premières prestations. Le scénario D met d’ailleurs deux ans avant de payer ses premières
•0
 ,58 pour cent pour les autres scénarios. prestations : un tel régime requerrait en effet que les chômeurs aient cotisé au moins deux ans au
régime pour percevoir des prestations.
La Figure 5.2 présente le nombre d’assurés moyen sur la période de projection pour chacun des
scénarios envisagés par les partenaires tripartites. Dès la fin de la troisième année d’activité, il est projeté que tous les régimes proposés auront atteint
leur maturité. Autrement dit, dans un contexte de stabilité économique, le nombre de prestataires
1 800 000 mensuels devrait se stabiliser à partir de la troisième année d’activité du régime.
1 600 000 1 526 435 Ratios démographiques
1 400 000 1 320 274 1 275 402 Puisque le nombre de salariés couverts diffère selon le scénario proposé, il est intéressant de
1 200 000
1 058 584 1 095 828 comparer, pour chaque scénario, la projection du nombre de prestataires à celle du nombre de
1 000 000 personnes couvertes. La Figure 5.4 présente le ratio démographique (le nombre de prestataires sur
Figure 5.2 : le nombre d’assurés) pour chacune des années de projection, selon chacun des scénarios envisagés
800 000
Nombre d’assurés moyens, par les partenaires. Le ratio démographique est un premier indicateur menant à l’estimation du
600 000 coût d’un régime : il compare le nombre de personnes licenciées qui reçoivent des prestations à
2019-2028
400 000 celui des personnes qui versent des cotisations au régime.
200 000
4.0%
0
BASE A&B C D E 3.5%
Source : Projections des auteurs, Modèle actuariel d’assurance chômage du BIT. 3.0%

Naturellement, le scénario qui compte le plus d’assurés en moyenne sur la période de projection 2.5%
est le scénario de base puisqu’il couvre tout type de salariés (c.-à-d. les salariés agricoles, non 2.0%
agricoles à revenu régulier et ceux des entreprises publiques assujetties à la CNRPS) peu importe Figure 5.4 :
Ratios démographiques, 1.5%
le type de contrat (CDI et CDD). Le scénario qui compte le moins d’assurés en moyenne sur la
période de projection est le scénario C qui ne couvre que les salariés non agricoles en CDI. 2019-2028 1.0%
0.5%
La Figure 5.3 présente l’évolution du nombre de prestataires sur la période de projection pour
chacun des scénarios suggérés par les partenaires tripartites. 0.0%
2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026 2027 2028
50 000 BASE & E A B C D
45 000 Source : Projections des auteurs, Modèle actuariel d’assurance chômage du BIT.
40 000
35 000 Le scénario A présente des critères d’admissibilité aux prestations peu contraignants, en plus
30 000 d’offrir aux chômeurs admissibles jusqu’à deux années de prestations. Comparativement aux autres
Figure 5.3 :
25 000 scénarios, ce scénario projette davantage de prestataires en proportion du nombre de cotisants.
Nombre de prestataires
20 000 À la maturité du régime, le scénario B présente un ratio démographique comparable au scénario A.
mensuel moyens, 2019-2028
15 000
10 000 Le scénario de base ainsi que le scénario E présentent des ratios démographiques qui se
5 000 chevauchent. Cela s’explique par le fait que parmi les chômeurs potentiels:
0 • Ceux qui ont accumulé deux trimestres de cotisation immédiatement avant une période de
2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026 2027 2028
chômage ont généralement accumulé au moins une année de service; et
BASE A B C D E
• Les assurés ayant accumulé plus de 10 ans de service ont une faible probabilité de perdre
Source : Projections des auteurs, Modèle actuariel d’assurance chômage du BIT.
leur emploi de façon involontaire.

La durée nécessaire pour atteindre la maturité d’un régime d’assurance perte d’emploi dépend Les scénarios les plus contraignants en matière de conditions d’admissibilité (C et D) présentent
principalement des critères d’admissibilité, de la durée maximum de versement des prestations et naturellement les ratios démographiques les plus faibles.
du délai de carence. Puisque le scénario A présente les critères d’admissibilité aux prestations les
Ratios financiers
moins contraignants (seulement deux trimestres de cotisations précédant la période de chômage),
un tel régime commencera à verser des prestations plus tôt que dans le cas des autres scénarios, L’autre composante du coût peut être analysée en comparant le montant des prestations moyennes
soit dès son troisième trimestre d’activité. Le régime ne sera toutefois pas complètement mature découlant de chaque scénario avec les salaires assurables des personnes couvertes. La Figure 5.5
avant sa troisième année d’activité puisque les prestataires peuvent recevoir jusqu’à 24 mois de présente le salaire mensuel moyen des salariés au début de la période de projection, pour chaque
prestation selon ce scénario. scénario évalué.

50 51
Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

2 120 La Figure 5.7 illustre le taux de remplacement moyen des participants admissibles à une prestation
de perte d’emploi, en pourcentage du dernier salaire assurable, pour chacun des scénarios évalués.
2 100 2 096
72.0%
2 080 70.0%
70.0%
2 060 68.2% 68.2%
Figure 5.5 : 2 049 68.0%
Salaire mensuel moyen 66.5%
2 040
66.0%
des assurés, 2019 2 015
2 020 Figure 5.7 : 64.0%
2 000 Taux de remplacement moyen,
62.0% 61.3% 61.5%
en pourcentage du dernier
1 980 salaire assurable 60.0%
1 960
58.0%
Base A, B & D C&E
Source : Estimations des auteurs, basées sur les données du RSNA, du RSAA et de la CNRPS 56.0%
(entreprises publiques). BASE A B C D E

Source : Projections des auteurs, Modèle actuariel d’assurance chômage du BIT.


Les salaires étant plus élevés chez les salariés des entreprises publiques assujetties à la CNRPS, le
scénario de base est celui pour lequel les assurés ont les salaires moyens les plus élevés. Comme Le scénario A est celui qui prévoit le versement de l’indemnité la plus élevée en pourcentage du
les scénarios A, B et D incluent les salariés agricoles à revenu régulier (dont le salaire est faible dernier salaire assurable. Ce scénario prévoit effectivement un taux de remplacement de revenu
comparativement aux salariés non agricoles), ces scénarios présentent les assurés ayant les plus nivelé équivalent à 70 pour cent du dernier salaire assurable.
faibles salaires mensuels moyens parmi les scénarios évalués. Tel que mentionné précédemment,
aucune distinction salariale n’a pu être effectuée entre les salariés bénéficiant d’un CDI et ceux Les scénarios C et E prévoient en moyenne un taux de remplacement du revenu équivalent à
bénéficiant d’un CDD. 68,2 pour cent du dernier salaire assurable. Bien que ces deux scénarios prévoient le remplacement
de 70 pour cent du salaire de référence, la prestation versée est inférieure à ce niveau puisque le
La Figure 5.6 présente le salaire mensuel moyen des nouveaux prestataires au début de la période salaire de référence est basé sur la moyenne des salaires gagnés au cours des 12 mois précédant
de projection en proportion du salaire moyen des assurés, pour chaque scénario évalué. la perte d’emploi. Par ailleurs, il convient de noter que même si le scénario C prévoit un plancher
et un plafond de prestations, ceux-ci n’ont aucun impact tangible sur le taux de remplacement
BASE 100.2% moyen : selon ce scénario, la plupart des prestataires obtiennent une rente supérieure à 2/3 du
SMIG et inférieure à 2,5 fois le SMIG.12
A 92.3%
Coût par répartition
Figure 5.6 : B 98.3% Étant donné que les prestations payables aux personnes licenciées sont financées par les
Salaire mensuel moyen cotisations courantes des participants dans un régime d’assurance perte d’emploi, un des meilleurs
des nouveaux prestataires C 96.0% indicateurs du coût d’un régime est le coût par répartition. Ce coût est obtenu en divisant la somme
en proportion du salaire des prestations versées par la masse salariale des participants assurés sur une période donnée. La
mensuel moyen des assurés D 93.7% Figure 5.8 présente l’évolution du coût par répartition des prestations pour chacun des scénarios
proposés par les partenaires.
E 92.8%
2.5%
88.0% 90.0% 92.0% 94.0% 96.0% 98.0% 100.0% 102.0%
Source : Projections des auteurs, Modèle actuariel d’assurance chômage du BIT. 2.0%

En général, le salaire assurable des prestataires est de 4 à 8 pour cent plus faible que celui des 1.5%
assurés. Cela s’explique par le fait que ceux ayant une plus forte probabilité de perdre leur emploi Figure 5.8 :
sont plus jeunes et ont ainsi un salaire assurable en moyenne plus faible que celui de la moyenne Évolution du coût par répartition 1.0%
des participants. L’écart entre les différents scénarios varie selon les critères d’admissibilité et le des prestations, 2019-2028
délai de carence. 0.5%

L’écart entre le salaire assurable des prestataires et celui des assurés est toutefois atténué dans
le scénario de base et dans le scénario B. Pour devenir admissible au versement d’une prestation 0.0%
2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026 2027 2028
d’assurance perte d’emploi, ces deux scénarios requièrent que l’assuré ait accumulé au moins
quatre trimestres de cotisation immédiatement avant la perte d’emploi. Cette condition réduit BASE A B C D E
nettement l’accessibilité aux prestations chez les jeunes, et les jeunes qui sont admissibles au Source : Projections des auteurs, Modèle actuariel d’assurance chômage du BIT.

versement de la prestation ont en moyenne un salaire assurable plus élevé que celui des assurés 12 D
 es données plus détaillées permettraient de ségréger davantage le profil des prestataires éligibles à recevoir une prestation, et
du même âge. possiblement obtenir des résultats plus précis à ce sujet.

52 53
Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

Les scénarios A et B sont ceux qui présentent les coûts les plus élevés, atteignant 2,3 et 2,2 pour cotisation dès la première ou la deuxième année afin de s’aligner sur les données d’expérience qui
cent de la masse salariale. Le scénario de base, le scénario C et le scénario E offrent des prestations deviendront disponibles.
à des coûts relativement similaires, autour de 1,4 pour cent de la masse salariale. Finalement, le
scénario D présente le coût le moins élevé, à environ 1,0 pour cent de la masse salariale. Finalement, le mécanisme de fixation du taux de cotisation devra aussi s’adapter aux dispositions
finales qui seront retenues ainsi qu’à la population effectivement couverte. Par exemple, un régime
Il convient de noter que pour l’ensemble des scénarios, à l’exception du scénario A, le coût des couvrant exclusivement une population de travailleurs dont les emplois sont davantage susceptibles
prestations est nul lors de la première année d’activité du régime. Pour le scénario D, le coût des d’être affectés lors d’un ralentissement économique devrait prévoir une réserve de stabilisation
prestations est nul lors des deux premières années d’activité. Ces observations corroborent les supérieure à celle requise par un régime couvrant exclusivement des salariés du gouvernement et
constats effectués précédemment (voir figure 5.3). La période pendant laquelle le régime ne paiera d’entreprises publiques.
aucune prestation devra être utilisée pour accumuler une réserve de stabilisation permettant au
régime de fonctionner pleinement dès le début du versement des prestations, même si un choc 5.2.3- Tests de sensibilité
économique devait survenir. Afin d’évaluer la volatilité potentielle du coût des scénarios proposés par les partenaires tripartites,
Taux de cotisation des tests de sensibilité reflétant un ensemble d’hypothèses optimistes et pessimistes ont été produits.
Le tableau 5.2 présente les différents ensembles d’hypothèses testés. Aux fins de comparaison,
Afin de proposer un taux de cotisation adéquat pour chacun des scénarios, le mécanisme suivant l’ensemble des hypothèses de base sont également présentées.
a été utilisé pour fixer le taux de cotisation initial :
L’ensemble d’hypothèses optimistes reflète des conditions économiques favorables, sans abus à
Accumulation graduelle d’une réserve de stabilisation sur une période de 10 ans équivalant l’intérieur du système par les personnes en pré-retraite. Cet ensemble d’hypothèses ne prévoit
à au moins deux fois les dépenses totales (prestations et frais d’administration) de la dixième aucune augmentation des réclamations à la suite de la formalisation du régime d’indemnisation
année de fonctionnement du régime. Le mécanisme utilisé prévoit par ailleurs qu’au cours pour perte d’emploi comparativement à ce qu’enregistre actuellement la CNSS sur base régulière.
de la période de projection de 10 ans, le ratio de la réserve sur les dépenses annuelles ne sera Cet ensemble d’hypothèses suppose des frais d’administration de 0,15 pour cent de la masse
jamais inférieur à 1.0.13 salariale assurable (comparativement à 0,25 pour cent pour le scénario de base).
Le taux de cotisation proposé pour chacun des scénarios évalués est présenté à la Figure 5.9. L’ensemble d’hypothèses pessimistes prévoit une correction boursière et une récession économique
Ce taux de cotisation considère les dépenses administratives prévues et les revenus d’investis- en 2022, avec un retour graduel à des conditions économiques plus favorables à la fin de la
sement projetés. période de projection de 10 ans. Cet ensemble d’hypothèses prévoit également qu’un nombre
élevé de personnes de 55 ans et plus se serviront de l’assurance chômage pour cesser de
3.5%
travailler et continuer d’accumuler du service dans leur régime de sécurité sociale. Finalement,
3.0% cet ensemble d’hypothèses anticipe une augmentation de 100 pour cent des réclamations de
2.8%
2.6% chômage à la suite de la formalisation de l’indemnisation pour perte d’emploi comparativement
Figure 5.9 : 2.5% à ce qu’enregistre actuellement la CNSS sur base régulière. Cet ensemble d’hypothèses suppose
Taux de cotisation proposés des frais d’administration de 0,35 pour cent de la masse salariale assurable (comparativement à
2.0% 0,25 pour cent pour le scénario de base).
à l’établissement du régime 1.8% 1.7%
1.8%

1.5%
1.2% Tableau 5.2 : Description des hypothèses économiques de base, optimistes et pessimistes
1.0% Ensemble d’hypothèses Ensemble d’hypothèses Ensemble d’hypothèses
de base optimistes pessimistes
0.5%
15,5% en 2019 stable
15,5% en 2019 15,5% en 2019
0.0% jusqu’en 2021, atteignant
Taux de chômage relativement stable relativement stable
BASE A B C D E 20,0% en 2022 suite à
général dans l’économie jusqu’en 2022 et diminuant jusqu’en 2022 et diminuant
un choc économique puis
(18-59 ans) graduellement par la suite graduellement par la suite
Source : Projections des auteurs, Modèle actuariel d’assurance chômage du BIT. diminuant graduellement
à 14,0% en 2028 à 10,0% en 2028
à 16,0% en 2028
Le taux de cotisation requis pour assurer le bon fonctionnement du régime d’assurance Rendement réel 0,5% jusqu’en 2021, -15,0%
0,5% 1,5%
perte d’emploi se situerait entre 1,2 pour cent et 2,8 pour cent de la masse salariale, selon le de la caisse en 2022 puis 0% par la suite
scénario choisi. Défini selon le profil Défini selon le profil des
Défini selon le profil
des participants et les participants et les statistiques
Il faut mentionner l’importance dans un régime d’assurance perte d’emploi de revoir périodiquement des participants et les
statistiques générales de générales de chômage par âge
le taux de cotisation (idéalement à chaque année, ou tout au moins à chaque deux ou trois ans). Profil des chômeurs statistiques générales
chômage par âge dans dans l’économie, avec dix fois
de chômage par âge
Le coût du régime déviera nécessairement des estimations présentées ici. Lors de l’établissement dans l’économie
l’économie, sans chômeurs plus de chômeurs âgés de plus
d’un régime d’assurance chômage, le taux de cotisation initial est généralement calculé selon une âgé de plus de 55 ans. de 55 ans.
approche similaire à celle utilisée ici. Cependant, comme les données disponibles sur le profil des Effet de la formalisation Augmentation de 25% Aucune augmentation Augmentation de 100%
participants et prestataires potentiels ne sont pas suffisamment détaillées avant l’établissement de l’assurance chômage des réclamations des réclamations des réclamations
formel du régime d’assurance perte d’emploi, le régime devrait idéalement réviser le taux de 0,25% des salaires 0,15% des salaires
Frais d’administration 0,35% des salaires assurables
assurables assurables
13 C
 e mécanisme de fixation du taux de cotisation est appliqué à chacun des scénarios afin de comparer plus objectivement le coût
des différents scénarios. Source : Hypothèses des auteurs.

54 55
Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

Le tableau 5.3 présente le taux de cotisation initial requis en utilisant les ensembles d’hypothèses
présentées au Tableau 5.2, pour chacun des scénarios proposés par les partenaires. Aux fins de
comparaison, les taux de cotisation déterminés en fonction des hypothèses de base sont également
présentés.

Tableau 5.3 : Taux de cotisation selon les tests de sensibilité (en pourcentage de la masse salariale assurable) 6. Évaluation des scénarios au regard des objectifs,
Hypothèses Hypothèses Hypothèses dES principes et des normes de l’OIT relatives
Scénario
de base optimistes pessimistes à la protection contre le chômage
BASE 1.8 1.2 3.5
et la protection de l’emploi14
A 2.8 2.1 5.6
B 2.6 1.8 5.3
C 1.7 1.1 3.3
D 1.2 0.8 2.4 6.1- Normes applicables
E 1.8 1.3 3.6 Les indemnités en cas de perte d’emploi sont visées par la Convention (n° 102) concernant
Source : Projections des auteurs, Modèle actuariel d’assurance chômage du BIT. la sécurité sociale (norme minimum), et la Convention (n° 168) sur la promotion de l’emploi
et la protection contre le chômage ainsi que sur la Recommandation (no 176) sur la promotion
La Figure 5.10 présente graphiquement la variation du taux de cotisation initial en fonction de de l’emploi et la protection contre le chômage, 1988, qui l’accompagne, et la Recommandation
l’ensemble d’hypothèses retenues afin d’évaluer le coût du régime. (n° 202) sur les socles de protection sociale, 2012.
6.0% La convention (nº 102) sur la sécurité sociale (norme minimum) est la convention phare de l’OIT
sur la sécurité sociale. Elle couvre les neuf branches de la sécurité sociale au rang desquelles
6.0% figure la protection contre le chômage et détermine la configuration minimale des paramètres
en ce qui concerne la définition de l’éventualité couverte, les personnes protégées, le niveau des
6.0% indemnités de chômage, la durée requise pour le service des indemnités, ainsi que la période
initiale de carence durant laquelle les prestations peuvent ne pas être fournies. La Convention
Figure 5.10 : 6.0% no 168 sur la promotion de l’emploi et la protection contre le chômage et sa recommandation
Taux de cotisation initial n° 176 reflètent la nouvelle façon de penser qui va au-delà du système de sécurité sociale pour
selon les différents ensembles 6.0% l’environnement socio-économique externe dans lequel la sécurité sociale interagit avec le marché
d’hypothèses du travail, développement des ressources humaines et de l’économie en général.
6.0%
La convention no 168 et la recommandation no 176 fixent des normes avancées en matière des
systèmes de protection contre le chômage et introduisent des dispositions relatives à la promotion
6.0%
BASE A B C D E de l’emploi qui mettent l’accent sur importance de la coordination entre la sécurité sociale et la
politique de l’emploi. Les politiques de l’emploi et la protection contre le chômage doivent désormais
Source : Projections des auteurs, Modèle actuariel d’assurance chômage du BIT.
être envisagées dans une relation dynamique et dialectique.

Bien que significativement optimiste ou pessimiste, ces scénarios permettent tout de même Le Tableau 6.1 présente les paramètres principaux contenus dans ces normes.15
d’estimer l’étendue possible de la variation du taux de cotisation du régime d’assurance perte La protection du chômage et la promotion de l’emploi sont devenues une priorité après la crise
d’emploi, pour chacun des scénarios proposés par les partenaires tripartites. Ces ensembles économique de 1972. L’idée sous-jacente était que la croissance économique était la meilleure
d’hypothèses permettent de dresser les constats généraux suivants : solution pour combattre le chômage car cela conduit à la création et à la promotion de l’emploi.
- Il est peu probable que le coût du scénario D excède 2 pour cent de la masse salariale assurable ; En conséquence, la norme avancée qu’est la convention n° 168 a un double objectif: la promotion
de l’emploi et la protection des travailleurs contre le chômage.
- Il est peu probable que le coût du scénario de base, du scénario C et de scénario E excède 3 pour
cent de la masse salariale assurable ; et Les mesures de sécurité sociale sont considérées comme un moyen d’atteindre ces objectifs. Il
- Il est peu probable que le coût des scénarios A et B excède 4.5 à 5.0 pour cent de la masse faut aussi prévoir la coordination et la consolidation des mécanismes de conseil en emploi et de
salariale assurable. soutien du revenu, qui serviront l’objectif ultime de la promotion de l’emploi. Ainsi, l’objectif de
protection des travailleurs et de leurs familles contre la perte d’emploi ou de gains englobe un
double objectif: d’une part, assurer la sécurité du revenu pour protéger les travailleurs sans emploi

14 S
 ource: ILO, Unemployment protection: A good practices guide and training package (2017): [Link]
public/---asia/---ro-bangkok/documents/publication/wcms_571465.pdf
15 S
 ource: BIT, Construire des systèmes de protection sociale: Normes internationales et instruments relatifs aux droits humains
(2018).

56 57
Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

et leurs familles contre la pauvreté (par le biais des allocations de chômage); et d’autre part, Tableau 6.1 : Paramètres principaux : Normes de l’OIT relatives à la sécurité sociale – Indemnités de chômage
améliorer l’employabilité par la formation et le recyclage, et faciliter le retour à la vie active le plus Norme minimale Normes avancées Protection de base
tôt possible (par le biais de politiques actives du marché du travail (PAMT)). Convention No. 102 Convention No. 168 et Recommandation No. 176 Recommandation No. 202

Par conséquent, outre le soutien financier, les mesures de protection du chômage devraient prévoir C.168 : Perte du gain due à l’impossibilité d’obtenir
un emploi convenable pour une personne
une assistance qui aidera les personnes à (re)trouver un emploi par le biais de conseils en matière Suspension du gain due à capable de travailler, disponible pour un travail
de carrière, d’emploi, de formation professionnelle, entre autres. La facilitation d’un retour rapide l’impossibilité d’obtenir un et effectivement en quête d’emploi. La protection Sécurité élémentaire de
au travail présente le double avantage de maintenir la main-d’œuvre active et productive et à limiter Quelle emploi convenable dans devrait être étendue à la perte du gain due au revenu pour les personnes se
les dépenses de caisse d’assurance chômage. éventualité doit le cas d’une personne chômage partiel, à la suspension ou réduction du trouvant dans l’incapacité de
être couverte? capable de travailler et gain due à une suspension temporaire de travail gagner un revenu suffisant en
disponible pour et aux travailleurs à temps partiel effectivement en cas de chômage.
L’approche des normes de l’OIT en matière de protection du chômage couvre par conséquent le travail. quête d’emploi à temps plein.
une protection sociale complète assurant la sécurité ou le remplacement du revenu moyennant R.176 : Donne des orientations pour évaluer si
des prestations périodiques et prévisibles; la promotion de l’emploi, y compris moyennant des l’emploi potentiel est convenable.
politiques actives de l’emploi, destinées à aider les demandeurs d’emploi ainsi que les employeurs ;
l’établissement de services de facilitation de la recherche active de travail en la liant à d’autres C.168 : Au moins 85 % des salariés, y compris les
agents de la fonction publique et les apprentis; ou
politiques publiques ; et, la coordination étroite entre la protection contre le chômage et les politiques l’ensemble des résidents dont les ressources sont
de promotion de l’emploi. Cette approche est considérée comme offrant la meilleure protection en Au moins:
inférieures au seuil prescrit. La couverture devrait
· 5 0 % de tous les
cas de chômage et / ou de sous-emploi, car elle contribue à garantir le droit des travailleurs à la salariés; ou
être étendue aux personnes en quête d’emploi qui
Au moins tous les résidents
Qui doit être n’ont jamais été (ou ont cessé d’être) reconnues
sécurité du revenu et à l’accès à un emploi. couvert?
· tous les résidents comme chômeuses ou couvertes par un régime
en âge actif sous réserve des
dont les ressources sont obligations internationales
de protection contre le chômage.
A l’image de nombreuses politiques réussies de lutte contre le chômage, la convention n ° 168 élargit inférieures
R.176 : La couverture devrait s’étendre
au seuil prescrit.
la gamme de prestations de sécurité sociale et de services sociaux, mais elle prend également en progressivement à l’ensemble des salariés ainsi
compte les cas particuliers et groupes défavorisés. Elle couvre ainsi les demandeurs en fin de droits qu’aux travailleurs éprouvant des difficultés au
cours du délai d’attente.
ou encore les personnes qui n’ont jamais eu de travail mais souhaitent en trouver un. En outre,
elle régit les cas de suspension temporaire du travail et de travail à temps partiel. Elle souligne la Des prestations en espèces
nécessité de développer des programmes spéciaux pour promouvoir de nouvelles opportunités C.168 : Paiements périodiques: au moins 50 %
ou en nature à un niveau
du salaire de référence; ou les prestations totales
d’emploi et assistance-emploi pour certaines catégories de personnes souvent défavorisées que doivent garantir au bénéficiaire des conditions
garantissant au minimum
une sécurité élémentaire
ce soit les femmes, les jeunes, les personnes handicapées, les travailleurs âgés, les chômeurs de En quoi doit Paiements périodiques; au
d’existence saines et convenables.
de revenu afin d’assurer un
longue durée, les travailleurs migrants et les travailleurs touchés par des changements structurels. R.176 : Pour le travail à temps partiel: le total des
consister moins 45 % du accès effectif aux biens et
indemnités et des gains provenant de leur emploi
la prestation? salaire de référence. services nécessaires, prévenir
à temps partiel devraient atteindre le montant
ou réduire la pauvreté, la
du gain antérieur provenant d’un emploi à plein
vulnérabilité et l’exclusion
temps et le montant d’une prestation de chômage
sociale, et permettre à la
complète.
personne de vivre dignement

Pendant toute la durée


du chômage; toutefois,
possibilité de limiter la
durée.
Les régimes protégeant les C.168 : Pendant toute la durée de chômage;
salariés: Au moins possibilité de limiter la durée initiale de versement
13 semaines de des indemnités à 26 semaines en cas de chômage
Quelle doit être prestations au cours ou de 39 semaines au cours de toute période de Tant que la personne se
la durée de d’une période de 12 mois. 24 mois; un délai d’attente maximum sept jours trouve dans l’incapacité de
la prestation? Les régimes soumis à R.176 : La durée de la prestation devrait être gagner un revenu suffisant
conditions des ressources étendue jusqu’à l’âge de la retraite pour les
(non-contributifs): Au personnes au chômage qui ont atteint un âge
moins 26 semaines au prescrit.
cours d’une période de 12
mois.
Un délai d’attente:
maximum sept jours
Devraient être définies au
niveau national et prescrites
Quelles
par la loi, en appliquant
conditions C.168: Une période de stage peut être prescrite si
les principes de non-
peuvent être Une période de stage peut nécessaire pour éviter les abus.
discrimination, de prise
prescrites pour être prescrite si nécessaire R.176: La période de stage devrait être adaptée
en compte des besoins
l’attribution pour éviter les abus. ou supprimée pour les nouveaux demandeurs
spécifiques et d’inclusion
d’une d’emploi.
sociale, et garantissant
prestation?
les droits et la dignité des
personnes

58 59
Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

Tableau 6.2 : Évaluation de chacun des scénarios au vu des objectifs, principes et normes internationales en
protection sociale

Considérations
du BIT au regard
Scénario de base Scénario A Scénario B Scénario C Scénario D Scénario E
des scénarios
envisagés 7. Administration du régime
Ce scénario La pérennité Ce scénario Les scénarios Les scénarios Dans ce scénario,
semble le financière de réduit le C et D posent C et D posent le champ
plus abouti. ce scénario champ de la problème problème d’application
Néanmoins, pourrait être couverture quant à quant à est restreint au
l’exigence de mise en tout en leur champ leur champ seul secteur
4 trimestres danger dans doublant la d’application d’application privé et exclut L’assurance pour perte d’emploi est probablement le régime de sécurité sociale le plus difficile à
de cotisations un contexte durée des restreint et restreint et par conséquent
continus d’abus prestations et du fait qu’il du fait qu’il les salariés administrer compte tenu de la nécessité d’empêcher qu’une personne reçoive en même temps des
pourrait s’avérer possible du en prenant en résulterait en résulterait agricoles dont prestations du régime et des gains de travail et aussi de la nécessité de s’assurer que les bénéficiaires
excessive droit aux une base de une incitation une incitation la saisonnalité poursuivent une recherche active et constante d’emploi. Les demandes de prestations doivent être
notamment prestations. calcul très au recours au recours du revenu les
au regard favorable. aux CDD ainsi aux CDD expose davantage vérifiées attentivement et les efforts des chercheurs d’emploi doivent être étroitement surveillés, ce
des critères De ce point rendus moins ainsi rendus au risque de qui nécessite un réseau de bureaux d’emploi dotés de personnel en nombre suffisant.
d’éligibilité de vue, il onéreux. moins chômage.
de certaines entrainerait onéreux. Les principales tâches administratives requises pour le fonctionnement d’un régime pour perte
catégories de un coût Qui plus est, Le type de d’emploi sont :
travailleurs considérable au niveau condition de
particulièrement notamment paramétrique, stage envisagé 1. Enregistrement des travailleurs et des employeurs ;
à risque qui en cas d’abus le délai de En outre, ici, soit 12 mois
pourraient ainsi du droit aux carence la durée (une indication 2. Collecte des cotisations ;
se retrouver prestations. retenu (1 mimimale de laps de temps 3. Enregistrement des cotisations et des gains assurables ;
largement mois) excède d’affiliation pourrait être
exclues dans Qui plus est, le maximum paraît plus ajoutée – par 4. Enregistrement des demandeurs de prestations ;
la pratique au niveau de 7 jours longue que exemple 1 an
(notamment les paramétrique, de carence ce qui serait dans les derniers
5. Vérification que les demandeurs sont en chômage involontaire, qu’ils sont disponibles pour le
femmes) le délai de établi par la nécessaire 3 ou 4 ou 5 ans), travail et qu’ils cherchent activement du travail ; vérifier que cela continue d’être le cas aussi
carence convention en vue impliquant au longtemps que les prestations sont versées ;
retenu (1 N°102. d’éviter minimum 6 mois
mois) excède les abus immédiatement 6. Traitement des demandes de prestations, vérification que les conditions d’admissibilité sont
le maximum En outre, (comme le avant satisfaites, calcul et versement des prestations.
de 7 jours la durée requiert la l’éventualité,
de carence mimimale C102). pourrait être Les tâches 1, 2 et 3 n’entraîneront pas de travail additionnel pour une institution de sécurité sociale
établi par la d’affiliation envisagé dans les
convention paraît plus autres scénarios
qui administre déjà d’autres branches de sécurité sociale, à condition que les personnes couvertes
N°102. longue que dans la mesure par le régime de perte d’emploi ainsi que la définition des gains assurables soient identiques à ceux
ce qui serait où il permet la des régimes existants. L’institution de sécurité sociale aura déjà en place des systèmes de collecte
nécessaire en prise en compte de cotisation et de versement des prestations.
vue d’éviter des activités ne
les abus présentant pas
(comme le un caractère
L’institution de sécurité sociale sera aussi en bonne position pour vérifier si une personne recevant
requiert la régulier, prévalant des indemnités de perte d’emploi cherche également à recevoir des prestations de maladie, de
C102). notamment chez maternité ou d’accident de travail pour la même période.
les femmes.
Pour vérifier que la personne est effectivement en chômage et qu’elle est toujours admissible aux
prestations, il est nécessaire de mettre en place un mécanisme qui implique l’institution de sécurité
sociale et des bureaux d’emploi indépendants. Bien que l’institution de sécurité sociale puisse
jouer un certain rôle à cet égard, le bureau d’emploi est mieux équipé pour vérifier la capacité et
la disponibilité à travailler, de même que pour assister le travailleur en chômage à se retrouver du
travail.
La vérification du droit aux prestations et le suivi régulier des prestataires devraient donc être
confiés à une agence spécialisée et autonome. En ce qui concerne la collecte des cotisations, il est
opportun d’envisager l’utilisation des systèmes existants.

7.1- Gouvernance tripartite


La bonne administration du régime doit permettre de prendre les décisions nécessaires pour rendre
des services efficaces aux bénéficiaires de l’assurance perte d’emploi. En tant que branche de la

60 61
Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

sécurité sociale, la protection contre le chômage ou perte d’emploi relève de la responsabilité de a utilisé dans le passé une partie des cotisations qu’elle collecte au nom de la CNAM pour financer
l’État (Convention No. 102, article 72). Néanmoins, les normes internationales du travail appellent ses besoins de trésorerie.
à une participation des partenaires sociaux dans la gestion des régimes de sécurité sociale, en
particulier pour les régimes d’assurance chômage. Par ailleurs, les problèmes de recouvrement (couverture incomplète des travailleurs et sous-
déclaration des salaires) privent la CNSS d’un montant significatif de cotisations chaque année. Le
En tant que représentants des employés et des entreprises cotisant au régime, les partenaires recouvrement des cotisations doit donc être renforcé. La CNSS est consciente qu’il faut améliorer
sociaux doivent aussi être impliqués dans les décisions concernant le régime, notamment les la gouvernance, se doter de systèmes plus efficaces, effectuer une meilleure gestion des risques
principaux paramètres du régime (présentés dans les scénarios du chapitre 6). La gestion à et renforcer les contrôles. Il est donc nécessaire de mieux appliquer les sanctions et de réduire
caractère tripartite se justifie d’autant plus qu’il est envisagé, en Tunisie, un cofinancement du la sous-déclaration. Les créances ont augmenté de façon importante au cours des dernières
régime par des cotisations salariales et patronales, ainsi qu’une participation de l’État. années en raison de la crise économique et de la situation précaire de plusieurs entreprises.
Il est nécessaire d’établir un plan de communication avec, en parallèle, des mesures répressives.
Plusieurs cas de figures sont envisagés par la Conventions No. 102 (article 72) et la Convention Il serait aussi nécessaire d’établir un partage de données entre la CNSS et les autorités fiscales
No.168 (article 29). En l’occurrence, lorsque l’administration est directement assurée par un pour faciliter le recouvrement. De telles pratiques permettant de croiser les fichiers administratifs
service de l’État responsable devant un parlement, les partenaires sociaux doivent être associés de différentes organisations ont été instaurées dans certains pays.
aux décisions à titre consultatif. En l’absence d’un tel service, les représentants tripartites peuvent
être associés à l’administration du régime. De son côté, la CNRPS est en déficit chronique et fonctionne grâce à des avances de l’État et à des
cotisations qu’elle prélève au nom de la CNAM. Depuis 2011, pour être en mesure de verser les
Sur la base des pratiques du dialogue social en Tunisie, le cadre légal et institutionnel du régime pensions à échéance, la CNRPS fait appel au Trésor qui lui fait des avances remboursables. Pour
devra apporter des capacités administratives, humaines et financières adéquates pour le bon être en mesure de rembourser ces avances, la CNRPS utilise (1) les cotisations de l’État à titre
fonctionnement du régime. Aussi, ce cadre doit définir le rôle et les responsabilités des partenaires d’employeur (qui ne sont donc pas versées par l’État à la CNSS) et (2) une partie des cotisations
tripartites dans la conception des règles et leur révision périodique. perçues pour la CNAM et non reversées à cette dernière. Les problèmes de liquidité de la CNRPS
sont aussi liés au fait que certaines entreprises publiques sont en difficulté financière, notamment
7.2- Structure administrative dans le secteur du transport, et ne versent pas leurs cotisations à la caisse.
L’UGTT a suggéré que la caisse d’assurance perte d’emploi soit administrée par un organisme
indépendant de la CNSS dont le fonctionnement serait tripartite. 7.4- Rôle de la Commission de Contrôle du Licenciement
De son côté, l’UTICA a déjà suggéré un montage administratif du nouveau régime d’assurance Il faudra mettre en œuvre un processus intégré et autonome pour l’administration des demandes
perte d’emploi impliquant trois entités : de prestations en cas de perte d’emploi. La Commission de Contrôle du Licenciement pourrait
devoir exercer un rôle clé à cet égard. Toutefois, elle ne peut statuer actuellement que sur les
- L a CNSS serait responsable de la collecte des cotisations.
dossiers d’entreprises qui lui sont soumis. Son mandat de conciliation est large et ses avis peuvent
- La Commission de Contrôle du Licenciement servirait de déclencheur pour statuer sur prendre plusieurs formes.
les licenciements suivant le constat d’une fermeture inopinée d’entreprise (signifiant un
élargissement de son rôle actuel). Il existe sans doute plusieurs mises à pied qui se font de gré à gré et qui échappent donc à
- Les bureaux d’emploi seraient responsables du versement des prestations (la prestation serait l’analyse de la CCL, y compris des mises à pied qui peuvent être abusives au sens de la Loi mais
suspendue si la personne ne se présente pas). pour lesquelles les travailleurs n’ont ni les ressources, ni les connaissances pour recourir au
tribunal. De tels recours sont souvent longs ou coûteux.
Pour qu’un tel arrangement soit applicable, il faut absolument que la CCL s’engage à remplir cette
fonction promptement, i.e. en environ 3 semaines, pour permettre l’émission du premier versement Ces questions devront être analysées en profondeur afin de déterminer quelle entité sera responsable
lorsque dû, soit un mois après le début de la période de prestations. Faute d’un tel engagement, il de déterminer les licenciements admissibles aux prestations, incluant les licenciements individuels.
faudrait revoir les procédures en place. De plus, étant donné la couverture élargie du nouveau régime, il faudra s’assurer que la CCL
L’UTICA s’est par ailleurs montrée ouverte au versement des prestations par la CNSS, à condition (ou tout autre organisme habilité à statuer sur les licenciements admissibles) sera en mesure
que l’autorisation du déclenchement du versement mensuel de prestation relève du bureau de traiter les dossiers dans un délai raisonnable et qu’elle pourra disposer, pour ce faire,
d’emploi. Cela impliquerait que la CNSS et les bureaux d’emploi s’échangent de l’information en de ressources suffisantes au sein de la Direction générale de l’inspection du travail et de la
temps réel. conciliation.
Par ailleurs, les critères que l’organisme utilisera pour approuver les cas de travailleurs licenciés
7.3- Problématiques liées à l’utilisation des caisses existantes ayant droit aux indemnités devront être définis très précisément, d’une part pour atteindre les
La CNSS a déjà en place une structure administrative pour la collecte des cotisations. Cette structure objectifs d’indemnisation poursuivis par le nouveau régime et, d’autre part, pour s’assurer que les
pourrait être utilisée pour recevoir les cotisations du nouveau régime. coûts du régime seront contenus à l’intérieur du cadre financier anticipé.

Toutefois, la CNSS n’a pas réussi jusqu’ici à effectuer une séparation nette des réserves accumulées 7.5- Suivi des prestataires et réinsertion professionnelle
en vertu des différents régimes de sécurité sociale qu’elle administre. Certains régimes et branches
gérés par la CNSS sont déficitaires alors que d’autres sont en excédent. Le fait qu’il existe un fonds Loin d’un chômage frictionnel ou conjoncturel, la Tunisie doit faire face à un chômage structurel,
unique pour l’ensemble des régimes fait en sorte que les déficits de certains régimes sont en partie qui se traduit par un déséquilibre profond et durable du marché du travail, souvent dû à une
compensés par les excédents des autres. De plus, la CNSS a une dette envers la CNAM puisqu’elle inadéquation des qualifications des demandeurs d’emploi vis-à-vis des besoins des entreprises.

62 63
Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

Aussi, un des rôles essentiels d’une agence pour l’emploi certifiant que les demandeurs sont
admissibles à une indemnité de perte d’emploi est l’appariement des postes vacants avec les
travailleurs qualifiés. Un tel service peut aider les employeurs à trouver rapidement des travailleurs
ayant les compétences requises et à réduire la durée pendant laquelle les travailleurs ayant des
compétences particulières se trouvent sans emploi.
Cette même agence pour l’emploi aura aussi pour objectif de proposer des formations permettant 8. Autres considérations
la reconversion des chômeurs (mais aussi des salariés) et leur adaptation à de futurs emplois.
Comme précisé à la section 2.5.3, l’ANETI est en charge d’animer le marché de l’emploi et de
faire le lien entre l’offre et la demande de travail. L’ANETI propose un certain nombre de dispositifs
destinés aux nouveaux entrants sur le marché du travail, aux licenciés économiques et aux Plusieurs éléments devront être précisés en vue de la mise en place du nouveau régime d’assurance
personnes souhaitant créer leurs propres entreprises. pour perte d’emploi.

En plus des fonctions actuelles de l’ANETI, le suivi des prestataires, mais aussi des chômeurs
non indemnisés, requiert de couvrir d’autres fonctions. En la matière, le nombre de conseillers 8.1- Licenciements couverts
chargés du suivi des chômeurs doit probablement croître afin d’assurer un suivi régulier et adapté. La notion de «salariés licenciés pour des raisons économiques ou techniques ou ceux qui
A titre de comparaison, en France il existe environ 25 000 agents de Pôle Emploi au contact des ont perdu leur emploi pour des raisons indépendantes de leur volonté suite à la fermeture
chômeurs répartis sur tout le territoire, soit environ un agent pour 230 demandeurs d’emploi. inopinée et définitive de l’entreprise » devra être clairement définie. Cette question sera centrale
L’administration publique tunisienne pourrait fixer des objectifs en termes de nombre de chômeurs au fonctionnement du nouveau régime. Actuellement, la raison économique ou technologique
suivis par conseiller de l’ANETI, ce qui demanderait le déploiement de moyens supplémentaires suppose la présentation d’un dossier complet comportant un certain nombre de pièces justifiant
auprès de l’ANETI. le licenciement d’une partie ou de la totalité du personnel. Parmi ces pièces, on retrouve les états
financiers des trois dernières années, la situation économique du secteur dans lequel l’entreprise
Aussi, une agence pour l’emploi doit non seulement suivre les demandeurs d’emploi, mais aussi
opère, les problèmes d’approvisionnements en matières premières et/ou des biens de production,
réaliser un travail de veille concernant les besoins des entreprises. Il s’agit d’un rôle important dans
la difficulté d’écouler les produits sur le marché national ou international, etc.). De son côté, la
l’identification des postes de travail vacants. Pour les petites et moyennes entreprises, Pôle Emploi
fermeture inopinée et définitive concerne les situations où l’entreprise cesse ses activités sans
en France a constaté que sa fonction de veille des besoins de recrutement s’assimile au travail d’un
respect des procédures en vigueur, sans aviser la DGITC et parfois même sans informer le personnel
service de ressources humaines dans une grande entreprise.
de l’entreprise. La mise en place du nouveau régime nécessitera que ces notions soient très bien
Enfin, il est aussi nécessaire d’évaluer l’efficacité des dispositifs d’insertion proposés aux encadrées.
demandeurs d’emploi. Dans l’éventail des services de réinsertion, on trouve notamment les
catégories suivantes : 16 8.1.1- Licenciements individuels
- Formation technique et professionnelle, telle que l’apprentissage La mise en place du nouveau régime nécessitera que certains licenciements individuels soient
- Aide à la création d’entreprise couverts. Il faut mentionner qu’en Tunisie, les salariés sous contrat régulier sont bien protégés
contre les licenciements individuels. Il est quasiment impossible de licencier un salarié pour des
- Service d’aide à la recherche d’emploi
motifs autres qu’économiques ou pour faute grave.17
- Programmes de travaux publics
- Subventions aux entreprises pour la création d’emploi et le maintien dans l’emploi Les licenciements individuels devraient être pris en charge par le nouveau régime. Cela devrait
inclure le salarié licencié pour faute grave qui devrait conserver son droit aux prestations de perte
Dans l’évaluation de ces dispositifs, dont certains relèvent de l’ANETI, on peut se demander dans d’emploi.
quelle mesure ces programmes permettent aux demandeurs d’emploi d’évoluer vers des emplois
à temps complet à durée indéterminée. 8.1.2- Cumul d’indemnités de perte d’emploi et de revenu à temps partiel
Un certain nombre de pays permettent le cumul des prestations d’assurance perte d’emploi et d’un
emploi à temps partiel, alors que ces bénéficiaires continuent à chercher un travail à temps plein.
Le travail partagé (par exemple en Allemagne, en Californie ou au Canada) permet aux entreprises
de réduire leurs activités de façon temporaire sans mise à pied. Les travailleurs suivent alors des
horaires de travail réduits, leur manque à gagner étant en partie compensé par des prestations
d’assurance perte d’emploi.18
Ces dispositifs ont plusieurs objectifs :
- Encourager les bénéficiaires à rester engagés sur le marché du travail, améliorer leur expérience
professionnelle et éventuellement faciliter leur passage d’un travail à temps partiel vers un
travail à temps plein ;
17 O
 CDE, Investir dans la jeunesse en Tunisie – Renforcer l’employabilité des jeunes pendant la transition vers une économie verte
16 BIT, Unemployment protection: A good practices guide and training package (2017) (2015).
Voir : [Link] 18 Voir : [Link]

64 65
Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

- Remplir des besoins des entreprises même lorsqu’il s’agit de tâches mineures ne justifiant pas de cotisations à la CNRPS) est livrée à elle-même, d’où l’importance d’une assurance sociale pour
un emploi à temps complet ; perte d’emploi visant à assurer une couverture minimale contre ce risque.
- Faciliter le maintien d’un revenu et d’un niveau de vie décent entre des périodes d’emploi à
Idéalement, le régime national de perte d’emploi devrait couvrir le plus grand nombre de travailleurs
temps complet.
possible, incluant les travailleurs du secteur public et des entreprises publiques n’ayant pas la
Ces dispositifs sont en général exploités dans les phases de crise économique. Les entreprises garantie d’emploi à vie, pour mettre en œuvre une large solidarité, permettre un régime généreux à
peuvent continuer de bénéficier de travailleurs productifs même si leurs besoins en main-d’œuvre taux de cotisation abordable, ainsi que pour ne pas segmenter le marché du travail artificiellement.
sont temporairement réduits. Cela permet aussi d’éviter un processus coûteux et dommageable
pour les entreprises les forçant à licencier, puis à réembaucher plus tard. 8.3- Indemnités de licenciement versées par l’employeur
8.1.3- Fermeture partielle d’entreprise Dans le cas où le travailleur licencié reçoit une indemnité de licenciement de son employeur
(prévue en vertu d’une convention collective), il y a lieu de se questionner à savoir si les indemnités
En plus des fermetures inopinées et définitives d’entreprises, il y a lieu de se questionner à savoir du régime perte d’emploi devraient être réduites du montant de l’indemnité de licenciement reçue
si le nouveau régime devrait aussi couvrir la fermeture d’une unité distincte ou de la filiale d’une de l’employeur.
entreprise, ou la fermeture temporaire d’une entreprise pour une durée déterminée.
L’article 22 de la Convention No. 168 précise qu’il est possible de retarder le début du versement
8.1.4- Situations particulières de perte d’emploi et démission légitime de l’indemnité de perte d’emploi de la période correspondant à l’équivalent de l’indemnité de
licenciement. Il est aussi envisageable de réduire l’indemnité de licenciement en fonction des
Il sera nécessaire de préciser toutes les situations qui mèneront à une indemnisation par le
droits acquis à l’assurance perte d’emploi (e.g. convertis en montant unique). Certains pays ont
nouveau régime. On peut penser au cas d’un entrepreneur qui choisit de prendre sa retraite,
élargi les dispositifs entrant dans ce calcul, tel que la prise en compte du nombre de jour de congés
de fermer boutique et de disposer de ses actifs et bâtiments (décision personnelle de
payés retardant le début du paiement des prestations de perte d’emploi.
l’entrepreneur). Même si l’employeur a l’obligation de réparer les dommages subis par ses travailleurs
par le versement d’indemnités de licenciement et de droits légaux prévus par la réglementation
en vigueur, le travailleur ainsi licencié devrait être admissible à une indemnité du régime de perte 8.4- Cumul des prestations de perte d’emploi avec d’autres prestations sociales
d’emploi. La question du cumul des prestations de perte d’emploi se pose, à savoir avec quelles autres
Il faudra aussi prévoir la situation d’un employé (ou un groupe d’employés) qui est mis à pied parce prestations peut-on les cumuler. Plusieurs paramètres peuvent être pris en compte. La Convention
que ne satisfaisant plus aux besoins de l’employeur pour diverses raisons, même si l’entreprise est No. 168 de l’OIT prévoit que les bénéficiaires des indemnités de chômage et les personnes à leur
par ailleurs florissante. Ici, plusieurs conditions devront être vérifiées. Mais en tout état de cause, le charge continuent d’être admissibles à l’assurance maladie, et que leurs périodes d’indemnisation
travailleur est considéré licencié. Il doit donc bénéficier d’une réparation et devrait être admissible de perte d’emploi doivent être prises en compte pour l’acquisition du droit aux prestations de sécurité
à l’indemnité de perte d’emploi. sociale, notamment pour les prestations de maternité, de maladie, de prestations familiales et,
le cas échéant, pour le calcul des prestations d’invalidité, de vieillesse et de survivants (Articles 5,
Par ailleurs, dans le but de protéger le revenu des personnes ayant perdu leur emploi, certains 23 et 24 de la Convention). La loi doit prévoir des mécanismes permettant de recouvrer l’équivalent
pays ont étendu les cas d’admissibilité à la prestation de chômage aux cas de démission légitime. des cotisations correspondant à ces périodes de chômage qui seront reconnues comme des
En France, l’accord d’application du régime d’assurance chômage prévoit une liste de cas périodes de cotisation au régime de sécurité sociale. L’objectif de ce dispositif est d’éviter la perte
d’indemnisation lorsqu’un salarié a été contraint de démissionner (en cas de harcèlement, de non- de droits sociaux.
paiement du salaire, de mutation du conjoint, de reconversion professionnelle, etc.). Si de tels cas
étaient reconnus par le régime de perte d’emploi, la Direction générale de l’inspection du travail A l’exception des prestations familiales et de santé, la Convention No. 168 exclut le cumul de
pourrait être une instance intervenant dans la reconnaissance de ces droits. la prestation d’assurance perte d’emploi avec d’autres prestations de maintien du revenu, sous
réserve que les prestations de perte d’emploi soient inférieures à l’autre prestation. Dans le cadre
de ces autres prestations, la règle de non cumul est à définir au cas par cas, en fonction de
8.2- Application du régime au secteur public l’application du Code du travail tunisien.
Le poids des entreprises publiques dans l’économie tunisienne est important. Aujourd’hui,
le secteur est constitué de 102 entreprises publiques (dont 46 sont des sociétés anonymes), 8.5- Droit de réclamation et d’appel
73 Établissements publics à caractère non administratif (EPNA), dont les ressources sont propres
et ne sont pas en principe imputées au budget de l’État et 24 Établissements publics de santé Le nouveau régime devra prévoir un droit d’appel pour ceux à qui les indemnités auront été
(EPS), pour un total de 199 entreprises. refusées, suspendues ou réduites. Présentement, en cas de licenciement abusif, le travailleur
licencié doit recourir au tribunal avec tout ce que cela implique en termes de coûts et de délais.
Les entreprises publiques jouent ainsi un rôle significatif dans l’économie. En 2014, la contribution
économique de ces entreprises représentait 9,5 pour cent du PIB. Elles employaient 4 pour cent Dans le cadre du nouveau régime, une requête doit pouvoir être déposée auprès de l’organisme de
de la population active occupée et couvraient près de 12 pour cent de la masse salariale totale. gestion des prestations. En cas de désaccord, un autre recours doit pouvoir être entrepris auprès
Toutefois, la taille de ces entreprises est très hétérogène : une vingtaine d’entre elles représentent d’une instance indépendante des deux parties. Dans le cas de la Tunisie, ces litiges devraient être
près de 80 pour cent du secteur, aussi bien en termes de chiffre d’affaires que d’effectifs. présentés au juge de la sécurité sociale, au même titre que les litiges impliquant les organismes
qui dispensent les prestations sociales et les pensions prévues par les régimes légaux de sécurité
Bien qu’une partie des travailleurs licenciés des entreprises publiques restructurées et assainies sociale (Article 7 de la loi 2003-15 du 15 février 2003). Par ailleurs, les jugements rendus par
puisse bénéficier d’une pension en remplacement du revenu et des prestations accessoires (telles le juge de la sécurité sociale peuvent aller en appel devant le tribunal de première instance. Les
que les soins de santé), l’autre partie dont l’âge est inférieur à 50 ans (ou ayant moins de 15 années jugements rendus par le juge de la sécurité sociale sont exécutoires nonobstant l’appel (article 17).

66 67
Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

La juridiction d’appel et la cour de cassation statuent sur les recours selon les règles qui leur
sont applicables dans la mesure où elles ne dérogent pas aux dispositions de la loi (article 24,
dernier alinéa).

8.6- Traitement fiscal des prestations


Les prestations pour perte d’emploi sont des prestations versées sur une base contributive. Leur Conclusion
traitement fiscal entre en général dans la même catégorie que les autres revenus de remplacement
versés en vertu des régimes d’assurance sociale obligatoire.

Cette étude de faisabilité permet de conclure qu’un régime perte d’emploi peut être mis en place
en Tunisie à un coût raisonnable. Sur la base de scénarios permettant un taux de remplacement
décent, le taux de cotisation requis pour assurer le bon fonctionnement du régime d’assurance
perte d’emploi se situerait entre 1,2 pour cent et 2,8 pour cent de la masse salariale, selon le
scénario choisi. Néanmoins, les différents scénarios étudiés dans ce rapport ont été conçus sur
la base des suggestions faites par les différentes parties prenantes et ne sont par conséquent
pas nécessairement toujours en accord avec les normes de l’OIT et les politiques promues par le
BIT en la matière. Le BIT demeure néanmoins prêt, sur la base des discussions réalisées dans le
cadre du présent rapport, à proposer des scénarios pleinement compatibles et conformes à ces
dernières avec le double objectif de promouvoir l’emploi et d’assurer une protection efficace contre
le chômage.
Tout en ayant pour objectif d’assurer un équilibre entre les cotisations et les prestations d’un
nouveau régime d’assurance perte d’emploi, le pilotage du régime se fera aussi à partir d’une
collecte régulière d’information.
L’administration du régime sera un élément clé à définir pour que les objectifs visés par le nouveau
régime (en termes d’indemnisation des travailleurs licenciés) soient atteints, et que les taux de
cotisation suggérés s’avèrent suffisants. Il faut s’assurer que le fonds perte d’emploi soit indépendant
des autres programmes quant à son financement et qu’il établisse les liens nécessaires avec
les bureaux d’emploi pour s’assurer que les personnes qui reçoivent des prestations soient en
recherche active d’emploi et qu’elles soient disponibles.
Les consultations avec les partenaires tripartites ont permis d’identifier un certain nombre
de dispositifs adéquats pour un régime d’assurance perte d’emploi. Il est envisageable, voire
recommandable, de bâtir le nouveau régime sur la base d’institutions existantes telles que la CNSS,
la Direction générale de l’inspection du travail et l’ANETI.

68 69
Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

Annexe 1 : Répartition de la population occupée Annexe 2 : Évolution des produits et charges des indemnités de licenciement
selon le secteur d’activité (2007-2018) pour raison économique ou technologique (1997-2017)
Milliers Milliers de TND
T1 T2 T3 T4 T1 T2 T3 Produits Charges
  2017 2017 2017 2017 2018 2018 2018 Réserves
Année Action Résultat
Cotisa- Produits Autres Frais de Autres accumulées
Agriculture et pêche 518,7 509,9 495,2 502,8 513,2 506,7 497,5 Total Prestations sanitaire Total
tions financiers produits gestion charges
et sociale
Industries manufacturières 632,0 632,8 633,9 644,4 636,0 646,5 654,9
1997 11 398 165 45 11 608 3 699 556 112 59 4 426 7 182
Les industries agroalimentaires 89,7 92,0 92,7 94,7 95,2 96,2 98,5
1998 11 584 526 56 12 166 615 438 108 140 1 301 10 865 18 047
Les matériaux de constructions,
40,0 38,8 37,9 39,8 37,3 39,8 38,7
céramiques et verre 1999 12 648 933 65 13 646 477 487 80 374 1 418 12 228 30 275
Les industries mécaniques et électriques 150,4 153,6 154,3 156,0 152,0 153,6 156,7 2000 14 240 1 451 81 15 772 111 519 83 322 1 035 14 737 45 012
Les industries chimiques 30,1 27,7 28,8 29,7 27,5 30,5 31,8 2001 15 763 2 214 82 18 059 175 618 75 439 1 307 16 752 61 764
Le textile, l’habillement et des 2002 16 484 3 653 86 20 223 181 601 88 472 1 342 18 881 80 645
234,4 232,5 235,2 237,0 239,4 242,1 245,7
chaussures
2003 17 197 3 686 92 20 975 1 649 666 108 404 2 827 18 148 98 793
Autres industries manufacturières 87,4 88,2 85,0 87,2 84,6 84,3 83,5
2004 18 168 4 091 92 22 351 1 046 676 104 599 2 425 19 926 118 719
Industries non manufacturières 508,8 513,2 525,2 526,1 519,1 525,4 532,4
2005 18 792 5 138 145 24 075 1 862 668 114 685 3 329 20 746 139 465
Mines et énergie 39,1 37,6 38,7 35,3 34,6 36,9 38,4
2006 20 772 5 399 163 26 334 938 759 169 691 2 557 23 777 163 242
Construction et travaux publics 469,7 475,6 486,5 490,8 484,5 488,5 494,0
2007 22 918 7 071 67 30 056 1 852 711 175 511 3 249 26 807 190 049
Services 1787,4 1786,6 1812,4 1804,0 1817,0 1815,2 1815,9
2008 25 488 8 256 93 33 837 2 638 789 180 656 4 263 29 574 219 623
Commerce 463,8 457,4 465,3 461,2 469,1 462,1 456,9
2009 28 707 8 481 132 37 320 2 999 816 343 559 4 717 32 603 252 226
Transport et télécommunication 191,2 187,1 193,6 188,1 189,9 189,9 193,0
2010 31 038 7 918 343 39 299 1 475 768 305 503 3 051 36 248 288 474
Hôtel et restauration 119,3 128,0 133,7 130,9 135,2 139,8 145,5
2011 34 114 8 880 208 43 202 5 833 825 257 1 294 8 209 34 993 323 467
Banques et assurances 34,8 35,0 34,3 36,9 35,8 34,6 29,9
2012 37 798 8 825 124 46 747 4 936 955 191 1 094 7 176 39 571 363 038
Services de réparation et de l’immobilier
175,4 174,1 175,9 176,8 177,3 178,6 182,0
et autres services aux institutions 2013 42 094 9 878 153 52 125 3 933 1 059 230 1 256 6 478 45 647 408 685
Services sociaux et culturels 140,7 145,2 147,7 146,3 146,2 148,6 148,2 2014 44 073 11 007 142 55 222 2 025 1 065 456 1 057 4 603 50 619 459 303
Services de l’éducation, la santé 2015 46 896 8 492 174 55 562 1 457 1 119 214 2 268 5 058 50 504 509 807
662,2 659,9 661,9 663,8 663,5 661,6 660,4
et administratives
2016 50 795 3 623 195 54 613 2 740 1 208 322 1 441 5 711 48 902 558 709
Non déclaré 4,6 15,5 5,5 2,7 6,6 3,9 2,0
2017 56 433 12 558 194 69 185 2 808 1 315 269 1 364 5 756 63 429 622 139
Total 3451,5 3458,1 3472,2 3480,0 3491,9 3497,7 3502,7
Source : CNSS, États financiers
* La période de collecte de données pour la série annuelle concerne les mois avril, mai et juin de chaque année.
Source : Institut National de la Statistique (INS), Enquête Nationale sur la Population et l’Emploi.

70 71
Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

Annexe 3 : Évolution de l’effectif et des dépenses au titre des travailleurs Annexe 4 : Retraites anticipées pour licenciement économique
licenciés bénéficiaires des aides sociales (Art 3 et Art 6)
Milliers de TND
Aides normales Aides exceptionnelles Total Bénéficiaires Montants
Année Nbre Nbre Nbre Nbre
Montant Montant Montant % de la population % du montant
entreprises travailleurs entreprises travailleurs Année Nombre Montant
des retraités des pensions
1999 98 3 639 812 34 2 484 211 1 023
2000 128 4 987 1 170 47 2 735 225 1 396 Stock 49 182 11,78% 297 004 19,91%
2012
2001 106 3 696 939 92 4 582 495 1 434 Flux 1 970 10,61% 7 248 13,07%

2002 79 3 728 2 128 63 2 564 450 2 578 Stock 51 361 11,77% 318 375 19,55%
2013
2003 129 5 235 2 548 63 2 607 482 3 030 Flux 1 729 10,88% 8 110 13,23%

2004 138 6 298 2 747 85 1 619 289 3 036 Stock 53 981 11,74% 350 179 19,21%
2014
2005 124 5 401 3 332 64 1 908 468 3 800 Flux 1 823 10,44% 12 112 15,45%

2006 136 6 089 4 396 92 1 885 363 4 759 Stock 48 162 10,51% 356 460 18,54%
2015
2007 163 5 651 4 115 48 476 171 4 286 Flux 2 380 11,21% 9 764 13,12%

2008 113 5 673 3 476 37 1 301 364 3 841 Stock 50 393 10,92% 375 972 18,81%
2016
2009 157 5 947 4 960 71 1 342 366 5 326 Flux 3 119 11,51% 13 913 13,71%
Source : CNSS, Direction des Etudes et du Contrôle de Gestion
2010            
2011            
2012            
2013            
2014   7 223 8 640   11 711 1 039 9 679
2015   4 921 4 085   13 311 1 292 5 377
2016   5 269 4 958   10 444 1 314 6 272
2017   3 461 3 096   1 121 255 3 352
Source : CNSS, Direction des Prestations

72 73
Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

Annexe 5 : Évolution du SMIG sur la période 1980-2018 Annexe 6 : Méthodologie d’estimation des coûts

Taux horaire SMIG mensuel Le modèle d’assurance chômage du BIT s’appuie sur une méthodologie complète mise au point
Date d’effet SMIG mensuel par les Services actuariels du Département de la protection sociale (SOCPRO) du BIT.
SMIG 48 h rap à 200 H
1er février 0,23896 49,704 47,792
1980
1 mai
er
0,263 54,704 52,600 A6.1- Terminologie
1981 1er avril 0,311 64,688 62,200
1982 1er février 0,409 85,072 81,800 Pour expliquer la méthodologie utilisée pour projeter le revenu de cotisation et les avantages
1983 1 janvier
er
0,457 95,056 91,400
dépenses, il est nécessaire de présenter les termes suivants :
1984 - 0,457 95,056 91,400 - Travailleur assuré : Travailleur assuré au titre de l’assurance chômage
1985 - 0,457 95,056 91,400 - Demandeur : Un chômeur qui était un ancien travailleur assuré au cours de sa dernière
1986 1 juillet
er
0,481 100,048 96,200 période d’emploi et dont le profil est identique à celle d’un demandeur ordinaire.
1987 1er novembre 0,505 105,040 101,000 - Demandeur admissible : Un demandeur qui répond aux critères d’éligibilité nécessaires pour
1988 1er avril 0,529 110,032 105,800 bénéficier de l’indemnité de chômage.
1989 1 août
er
0,529 110,032 105,800 - Bénéficiaire : Un demandeur admissible qui reçoit une indemnité de chômage en compensation
1990 1er janvier 0,577 120,016 115,400 dans une période donnée.
1991 1 août
er
0,577 120,016 115,400 - Demandeur admissible non-indemnisé : Un demandeur éligible qui n’est pas en train de
1992
1er mai 0,639 132,912 127,800 recevoir une indemnité de chômage au cours d’une période donnée (c’est-à-dire la période
1 août
er
0,649 134,992 129,800 d’attente n’a pas expiré, ou la période maximale pendant laquelle l’indemnité de chômage est
1er mai 0,687 142,896 137,400 payable a été atteint).
1993
1 août
er
0,697 144,976 139,400 - Demandeur non admissible Un demandeur qui ne répond pas aux critères d’admissibilité
1994 1er août 0,707 147,056 141,400 nécessaires pour bénéficier de l’indemnité de chômage.
1995 1 mai
er
0,741 154,128 148,200 - Demandeur standard : Un travailleur assuré par l’assurance chômage, et possède un profil
1er mai 0,77 160,160 154,000 semblable au bénéficiaire moyen pour une période donnée (par exemple, âge, salaire,
1996
1er septembre 0,78 162,240 156,000 service, etc.).
20 juillet 0,79 164,320 158,000
1997
07 novembre 0,811 168,688 162,200
Travailleurs assurés Demandeur standard
1998 20 août 0,831 172,848 166,200
1er mai 0,86 178,880 172,000
1999
19 août 0,87 180,960 174,000
Perte d’emploi
2000 1er mai 0,899 186,992 179,800
2001 1er juillet 0,94 195,520 188,000
2002 1er juillet 0,974 202,592 194,800 Demandeur
2003 1 juillet
er
1,015 211,120 203,000
2004 1er juillet 1,049 218,192 209,800
2005 1er septembre 1,078 224,224 215,600 Demandeur Demandeur non
2006 1 juillet
er
1,112 231,296 222,400 admissible admissible
Travailleurs licenciés
2007 1er juillet 1,153 239,824 230,600
2008 1er juillet 1,211 251,888 242,200
2009 1er août 1,253 260,624 250,600 Demandeur Demandeur
2010 1 juillet
er
1,31 272,480 262,000 admissible admissible
2011 1er mai 1,375 286,000 275,000 indemnisé Non-indemnisé
2012 1 juillet
er
1,451 301,808 290,200
2013 - 1,451 301,808 290,200
2014 1er mai 1,538 319,904 307,600 Les termes suivants concernent les paramètres du système :
2015 1 mai
er
1,625 338,000 325,000 - Conditions d’admissibilité : Les exigences statutaires auxquelles doivent satisfaire un
2016 1er août 1,717 357,136 343,400 demandeur à prétendre à une indemnité de chômage, en fonction de son profil (par exemple,
2017 - 1,717 357,136 343,400 âge, salaire, service, droit, etc.) à la fin de sa dernière période d’emploi.
2018 1er mai 1,82 378,560 364,000 - Délai de carence : La période précédant immédiatement la réception de l’indemnité de
Source : données Notes de services CNSS pour le SMIG de 200 heures et les différents décrets pour les taux horaires du SMIG et le SMIG mensuel. chômage d’un demandeur éligible.

74 75
Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

- Durée maximale de versement de l’indemnité : La période maximale d’indemnisation payable directement lié à la population cible des travailleurs assurés et ne devrait pas prendre en compte
à un demandeur admissible. ceux qui ne cotisent pas au régime, y compris ceux qui cherchent un emploi pour la première
- Taux de prestation : Ratio du montant de prestation par rapport à la rémunération assurable. fois. Des incohérences peuvent survenir entre le premier taux de chômage supposé au début de
la période de projection et le taux de chômage qui s’appliquerait théoriquement aux travailleurs
Les termes suivants concernent les paramètres du modèle : assurés à la date d’évaluation. De telles incohérences peuvent être expliquées par divers facteurs,
notamment :
- Taux de compensation : Ratio du nombre de bénéficiaires sur le nombre de demandeurs dans
une période donnée. - L’absence de statistiques fiables sur le marché du travail ou de statistiques de l’emploi qui
concernent les secteurs d’emploi couverts par le régime. Les statistiques de l’emploi qui
- Facteur d’ajustement du taux de chômage : un facteur d’ajustement appliqué au taux de
se rapportent aux secteurs d’emploi des travailleurs assurés peuvent également englober
chômage de sorte que le nombre estimé de bénéficiaires du modèle correspond au nombre
des travailleurs non assurés lorsque le taux de couverture du régime est inférieur à 100%.
réel de bénéficiaires du régime à la date d’évaluation.
- Le décalage entre la date de l’étude du marché du travail et la date d’évaluation du régime.
A6.2- Approche de projection
En raison de la complexité d’évaluer le taux de chômage exact qui s’applique à l’assuré à la date
Les régimes d’assurance chômage sont normalement projetés sur de courtes périodes. Étant donné d’évaluation, le modèle estime le taux de chômage théorique à partir du taux de chômage initial
que peu de changements significatifs surviennent dans la répartition des travailleurs assurés et des retenu. Le processus d’évaluation du taux de chômage théorique à la date d’évaluation est le
demandeurs standards du régime sur une courte période, le modèle suppose que la distribution suivant :
du nombre de travailleurs assurés et de demandeurs standards restera inchangée au cours de la
période de projection. 1. Les distributions de demandeurs et de bénéficiaires sont estimés et le taux de compensation
est calculé ;
Puisque les profils du travailleur assuré moyen et du demandeur standard peuvent être différents
(par exemple, le demandeur standard peut avoir un revenu assurable inférieur à celui de l’assuré), 2. Le nombre actuel de bénéficiaires à la date d’évaluation et le taux de compensation estimé
les demandeurs standards peuvent avoir tendance à occuper des emplois moins stables). Le sont utilisés pour déterminer un facteur d’ajustement à appliquer au taux de chômage initial
modèle est axé sur les principales caractéristiques des travailleurs assurés et des demandeurs (le facteur d’ajustement du taux de chômage). Le facteur d’ajustement du taux de chômage
standards pour projeter les recettes et les dépenses du régime. est calculé de sorte que le nombre de bénéficiaires produits par le modèle correspond au
nombre actuel de bénéficiaires à la date d’évaluation.
- Les travailleurs assurés désignent tous les travailleurs assurés au titre de la du régime perte
d’emploi. Le modèle suppose que le flux de nouveaux demandeurs est resté constant pour chaque mois
- Les demandeurs standards désignent tous les travailleurs assurés ayant un profil similaire précédant la date d’évaluation. Par conséquent, la fonction de survie des demandeurs selon la
(par exemple : âge, salaire, service, droit, etc.) à ceux des bénéficiaires. durée de chômage peut être utilisée pour estimer la distribution initiale des demandeurs par durée
de chômage.
La répartition par âge des travailleurs assurés et leurs gains assurables sont utilisés pour définir le
profil moyen du travailleur assuré. La répartition par âge des demandeurs standards, leurs revenus
assurables, les droits antérieurs et les distributions de services sont utilisés pour définir le profil du
demandeur standard.

A6.3- Projection des revenus soumis à cotisation


Le salaire assurable moyen du travailleur assuré est ajusté mensuellement pour tenir compte
des taux de croissance éventuels des salaires sur la période de projection. Le nombre projeté
de travailleurs assurés, combiné avec le taux de cotisation à appliquer sur les gains assurables,
permet de projeter les revenus de cotisation du régime sur la période de projection.

A6.4- Projection des prestations


La répartition des demandeurs selon la durée de chômage est régie par la fonction de survie
d’une distribution de Weibull avec les paramètres Alpha (échelle) et Beta (forme). Les paramètres
Alpha et Beta sont définis de manière à ce que la fonction de survie de la distribution de Weibull
reproduise autant que possible la répartition des demandeurs selon la durée du chômage à la date
d’évaluation.
Une relation serait normalement établie entre le nombre de demandeurs et le nombre de chômeurs
pour déterminer un taux qui s’applique aux travailleurs assurés à un moment donné. En fait, les
taux de chômage supposés dans le modèle devraient refléter autant que possible les taux de
chômage qui s’appliquent théoriquement aux travailleurs assurés. En effet, il est raisonnable de
penser que le taux de chômage des travailleurs du secteur privé diffère de celui des travailleurs
du secteur public. De même, il est raisonnable de penser que le taux de chômage de ces groupes
de travailleurs va évoluer différemment avec le temps. Le taux de chômage initial devrait être

76 77
Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

Annexe 7 : Données sur les licenciements de la Direction générale de l’inspection Annexe 8 : Données et hypothèses spécifiques au régime
du travail et de la conciliation (2012-2018)

2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 Outre les données et hypothèses démographiques et économiques présentées à la Section 4,
la projection financière du régime d’assurance perte d’emploi nécessite des données et hypothèses
Nombre d’entreprises ayant
déposé une demande
101 247 288 333 254 155 supplémentaires spécifiques au régime (par exemple les caractéristiques des assurés et prestataires
potentiels) ainsi que d’autres hypothèses actuarielles spécifiques.
Effectif des salariés employés
16 983 23 077 40 574 33 354 36 055 23 573 La sélection des hypothèses tient compte des données recueillies et de l’expérience prévue pour
dans les entreprises
le régime d’assurance perte d’emploi à mettre en place. Dans le contexte où il s’agit d’une étude
CCL Nombre d’entreprises retenues 101 178 185 253 225 138 de faisabilité et où aucun régime ne détient toutes les informations requises afin de projeter le coût
du régime de la façon la plus précise possible, une certaine prudence a été considérée dans la
< 50 ans 466 1 289 1 688 2 049 1 759 386 sélection des hypothèses. La Section 5 présente également des tests de sensibilité sur les résultats
Salariés licenciés
Commission de
de l’étude : ces tests permettent de mieux présenter la variation possible des coûts du régime au
licenciement RALE (1) 865 1 864 1 829 2 389 1 551 1 128 cours de la période de projection.
Non
disponible
Nombre d’entreprises fermées 134 119 167 168 153 119 A8.1- Sources d’information
Il est important de noter que la projection des coûts relatifs aux salariés non agricoles, aux salariés
Effectif des salariés employés agricoles à revenu régulier et aux salariés des entreprises publiques s’appuie sur les données
Hors CCL 5 983 4 044 10 209 6 981 6 833 9 919
dans les entreprises
(fermeture obtenues auprès du RSNA, du RSAA et de la CNRPS. Les données suivantes composent la base
inopinée) Nombre retenu d’entreprises des projections :
127 104 122 143 112 103
fermées
• Données du RSNA pour l’année financière 2016 ; et
Salariés ayant perdu leur emploi 5 303 2 827 5 155 4 751 3 446 2 331 •  onnées recueillies lors de l’évaluation actuarielle des régimes tunisiens de pensions au
D
31 décembre 2014 pour le RSAA et la CNRPS.
Total 6 634 5 980 8 672 9 189 6 756 3 845
(1)
RALE : retraite anticipée pour licenciement économique : bénéfice d’une pension viagère. A8.2- Données et hypothèses

A8.2.1- Profil des participants


La distribution des salariés non agricoles au 31 décembre 2018 a été estimée à partir des données
(*) 2014 2015 2016 2017 2018 obtenues du RSNA au 31 décembre 2016, projetées au 31 décembre 2018 de façon cohérente
Chômage temporaire technique 4 306 6 379 5 782 3 679 7 737
avec l’expérience récente du régime. La distribution des participants au 31 décembre 2018 reflète
également l’évolution de l’économie tunisienne depuis le 31 décembre 2016.
Réduction horaires du travail 593 3 280 1 243 1 792 778
La distribution des salariés agricoles à revenu régulier et celle des salariés des entreprises publiques
(*) Données non prises en compte dans les statistiques ci-dessus mentionnées. assujetties a été estimée à partir des données provenant du RSAA et de la CNRPS au 31 décembre
2014. La distribution des salariés au 31 décembre 2018 a été estimée à partir de la distribution
des participants actifs au 31 décembre 2014, projetée en tenant compte des hypothèses
démographiques présentées dans l’évaluation actuarielle des régimes tunisiens de pensions au
31 décembre 2014. La distribution des salariés au 31 décembre 2018 reflète également l’évolution
de l’économie tunisienne entre le 1er janvier 2015 et le 31 décembre 2018.
Le tableau A7.1 présente la distribution des salariés, par groupe d’âge, sexe et groupe de travailleurs
au 31 décembre 2018.

78 79
Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

Tableau A8.1 : Distribution des salariés, par groupe de travailleurs, 31 Décembre 2018 Tableau A8.2 : Distribution des salariés non agricoles ayant été à l’emploi au moins
1, 2, 3 ou 4 trimestres consécutifs au 31 décembre 2018 (en pourcentage)
Salariés Salariés agricoles Salariés des
non agricoles à revenu régulier entreprises publiques Hommes Femmes
Âge Hommes Femmes Hommes Femmes Hommes Femmes Âge 1 trim. 2 trim. 3 trim. 4 trim. 1 trim. 2 trim. 3 trim. 4 trim.
18-19 4 463 3 660 306 82 515 36 18-19 67.5 43.6 26.6 18.3 80.3 56.7 42.5 32.7
20-24 50 996 45 402 1 707 767 4 409 843 20-24 72.6 57.9 46.4 38.5 79.8 66.5 57.4 51.3
25-29 98 025 91 580 2 952 1 710 12 074 3 892 25-29 82.4 73.1 65.8 59.5 83.7 75.3 69.5 64.4
30-34 130 155 106 600 3 623 1 865 17 075 9 540 30-34 87.3 81.9 77.5 73.6 87.1 81.6 77.9 74.5
35-39 126 280 89 942 4 071 1 785 18 898 14 983 35-39 89.2 84.6 81.2 78.1 88.8 84.0 80.9 77.9
40-44 105 995 67 634 4 577 1 989 20 922 15 459 40-44 90.1 86.1 83.1 80.2 90.0 85.6 82.7 79.8
45-49 87 352 49 029 4 455 2 052 21 517 13 357 45-49 91.0 87.4 84.8 82.3 90.4 86.3 83.8 81.1
50-54 74 165 29 714 4 487 1 993 18 870 10 552 50-54 90.7 87.0 84.7 82.4 88.3 83.9 81.6 79.5
55-59 52 928 15 510 3 735 1 364 13 101 6 847 55+ 88.5 84.9 82.6 80.6 88.6 85.0 83.0 81.1
60-64 9 522 2 463 755 290 2 634 1 236 Total 87.1 81.3 77.0 73.2 86.6 79.9 75.5 71.8
65-70 212 86 1 1 54 11

Total 740 093 501 620 30 669 13 899 130 070 76 755 Tableau A8.3 : Distribution des salariés agricoles à revenu régulier ayant été à l’emploi au moins
1, 2, 3 ou 4 trimestres consécutifs au 31 décembre 2018 (en pourcentage)

A8.2.2- Distribution des services récents Hommes Femmes

La distribution des participants admissibles à une prestation d’assurance perte d’emploi varie selon Âge 1 trim. 2 trim. 3 trim. 4 trim. 1 trim. 2 trim. 3 trim. 4 trim.
le critère d’admissibilité. L’admissibilité varie entre autres en fonction de la période de service 18-19 60.9 36.2 20.6 14.4 45.0 21.7 15.3 11.5
précédant immédiatement le licenciement.
20-24 66.4 42.8 34.3 28.0 61.4 36.0 27.3 22.6
- La distribution des salariés non agricoles ayant été à l’emploi au moins 1, 2, 3 ou 4 trimestres
consécutifs au 31 décembre 2018 a été estimée à partir des données au 31 décembre 2016. 25-29 76.5 57.2 50.8 45.3 68.3 46.5 38.3 33.5

- La distribution des salariés agricoles à revenu régulier ayant été à l’emploi au moins 1, 2, 30-34 80.8 66.4 61.2 56.6 73.2 54.0 47.5 42.3
3 ou 4 trimestres consécutifs au 31 décembre 2018 a été estimée à partir des données au
35-39 82.2 71.2 66.3 62.7 73.4 54.9 46.9 41.0
31 décembre 2014.
- La distribution des salariés des entreprises publiques ayant été à l’emploi au moins 1, 2, 3 40-44 83.2 73.5 68.4 64.0 72.9 55.8 48.0 41.5
ou 4 trimestres consécutifs au 31 décembre 2018 a été estimée à partir des données au 45-49 80.9 71.7 67.2 64.3 72.8 58.2 50.6 43.4
31 décembre 2016 chez les salariés non agricoles. Cette distribution a ensuite été ajustée
pour refléter la densité de cotisation plus élevée au sein des salariés des entreprises publiques 50-54 79.9 70.5 65.7 63.0 74.7 60.3 52.9 46.0
(travail permanent et continu de cette population). 55+ 81.9 74.5 70.3 67.4 77.8 63.6 56.0 47.7
Les tableaux A7.2 à A7.4 présentent la distribution estimée des salariés ayant été à l’emploi au Total 79.6 67.3 61.9 58.0 71.0 52.6 44.9 38.8
moins 1, 2, 3 ou 4 trimestres consécutifs au 31 décembre 2018, par groupe d’âge, sexe et groupe
de travailleurs au 31 décembre 2018.

80 81
Organisation Internationale du Travail Étude de faisabilité d’un fonds perte d’emploi (options et coûts)

Tableau A8.4 : Distribution des salariés des entreprises publiques ayant été à l’emploi au moins A8.2.5 : Répartition des nouveaux bénéficiaires
1, 2, 3 ou 4 trimestres consécutifs au 31 décembre 2018 (en pourcentage)
La répartition des nouveaux bénéficiaires varie selon le groupe de travailleurs et s’appuie sur :
Hommes Femmes
- La distribution des chômeurs par âge et par sexe dans l’économie (présentée à la section 4.2) ;
Âge 1 trim. 2 trim. 3 trim. 4 trim. 1 trim. 2 trim. 3 trim. 4 trim.
- La distribution des salariés couverts par âge, par sexe et par groupe (présentée précédemment)  ;
18-19 92.5 86.9 83.0 81.1 95.4 89.9 86.6 84.3 et
20-24 93.7 90.3 87.6 85.8 95.3 92.2 90.1 88.7
- Les critères d’admissibilité au régime d’assurance perte d’emploi (période de service requise
25-29 95.9 93.8 92.1 90.6 96.2 94.2 92.9 91.7 précédant immédiatement le licenciement). Ces critères varient selon le scénario évalué.
30-34 97.1 95.8 94.8 93.9 97.0 95.7 94.8 94.1
35-39 97.5 96.4 95.7 94.9 97.4 96.3 95.5 94.9 A8.2.6 : Distribution de la durée du chômage
40-44 97.7 96.8 96.1 95.4 97.7 96.6 96.0 95.3 La distribution de la durée de versement des prestations des futurs prestataires du régime
45-49 97.9 97.1 96.5 95.9 97.8 96.8 96.2 95.6 d’assurance perte d’emploi a été estimée à partir de la durée des périodes de chômage observées
dans l’économie. Les données provenant de l’INS ont ensuite été extrapolées à partir d’une
50-54 97.8 97.0 96.5 95.9 97.3 96.3 95.7 95.2
distribution de Weibull.
55+ 97.3 96.5 96.0 95.5 97.3 96.5 96.1 95.6
Total 97.0 95.7 94.7 93.8 96.9 95.3 94.3 93.4
La distribution de la durée des périodes de chômage est illustrée à la Figure A7.1. La fonction de
survivant relative aux chômeurs par durée de chômage est présentée à la Figure A7.2.

A8.2.3- Distribution des services passés de l’ensemble de la carrière


60%
La distribution des services passés par âge, sexe et groupe de travailleurs est tirée de l’évaluation Données provenant de l’INS
actuarielle des régimes tunisiens de pensions au 31 décembre 2014. Aucun changement n’a été 50% Hypothèse retenue
apporté pour la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2018.
Figure A8.1: 40%
A8.2.4- Salaires assurables
Densité des chômeurs
La distribution des salaires assurables au 31 décembre 2018 a été estimée à partir des données selon la durée de chômage 30%
obtenues du RSNA au 31 décembre 2016 et celles de la RSAA et de la CNRPS au 31 décembre (en année)
2014. Pour les fins de l’étude, les salaires moyens sont supposés avoir augmenté au même rythme 20%
que l’inflation entre le 1er janvier 2015 et le 31 décembre 2018.
10%
Le tableau A7.5 présente les salaires mensuels moyens des salariés travaillant à temps plein,
par groupe d’âge, sexe et groupe de travailleurs au 31 décembre 2018. 0%
1 2 3 4 5
Tableau A8.5 : Salaires mensuels moyens (temps plein), 2018
Salariés Salariés agricoles Salariés des
non agricoles à revenu régulier entreprises publiques
100%
Âge Hommes Femmes Hommes Femmes Hommes Femmes Données provenant de l’INS
90%
Hypothèse retenue
18-19 423 443 341 312 1 027 974 80%

20-24 584 534 414 387 1 162 1 196 Figure A8.2 : 70%
Fonction de survivant 60%
25-29 951 763 575 515 1 297 1 409
relative aux chômeurs 50%
30-34 1 301 956 687 585 1 430 1 500 par durée de chômage
40%
(en mois)
35-39 1 457 1 018 686 545 1 523 1 552 30%

40-44 1 468 1 000 673 499 1 552 1 524 20%


10%
45-49 1 539 1 057 673 476 1 575 1 486
0%
50-54 1 666 1 214 644 454 1 579 1 517

0
3
6
9
12
15
18
21
24
27
30
33
36
39
42
45
48
51
54
57
60
55+ 1 785 1 419 644 439 1 618 1 544

Total 1 350 935 641 495 1 506 1 511

82 83
Organisation Internationale du Travail

Tunis - Tunisia
E-mail : [Link]@[Link]

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