Métamorphoses syndicales au Maroc
Métamorphoses syndicales au Maroc
syndicale au Maroc
thèse de sciences relations de travail. Les pages qui suivent ne sont que les prémices d’une
politiques, sur l’Entrée en
politique des entrepreneurs
recherche qui s’annonce passionnante : elles appellent en conséquence
au Maroc. Libéralisation contradictions et critiques et annoncent des investigations plus qu’elles n’en
économique et réforme de rendent compte. Il s’agirait, entre autres choses, de déconstruire des écritures
l’ordre politique, soutenue et des discours de la “libéralisation”, tels que la parabole urbaine décrite
le 4/10/1999, à l’Institut
d’études politiques plus haut. De montrer qu’au même titre que les nombreux autres modèles
d’Aix-en-Provence. politiques, elle est le fruit d’une histoire propre, de la rencontre d’acteurs,
de représentations du monde et de contraintes ; autrement dit, de contribuer
à dissiper quelques malentendus autour des articulations entre libéralisations
économique et politique, en deçà de toute hypothèse de démocratisation.
Introduction
« Les savants proclamaient à l’unisson que l’on avait découvert une
science qui ne laissait pas le moindre doute sur les lois qui
gouvernaient le monde des hommes. Ce fut sous l’autorité de ces lois
que la compassion fut ôtée des cœurs et qu’une détermination stoïque
à renoncer à la solidarité humaine au nom du plus grand bonheur du
plus grand nombre acquit la dignité d’une religion séculière. Le
mécanisme du marché s’affirmait et réclamait à grands cris d’être
parachevé : il fallait que le travail des hommes fut une marchandise.
Le paternalisme réactionnaire avait en vain cherché à résister à cette
nécessité. Echappés aux horreurs de Speenhamland, les hommes se ruèrent
aveuglément vers le refuge d’une utopique économie de marché. »
(K. Polanyi, 1944, 144.)
populaires (U.S.F.P.) et l’Istiqlâl) ; exacerbation des tensions entre les « Partis-syndicats : la fin
des alliances ? », le Temps
syndicats, en particulier afin de bénéficier du statut de “syndicat le plus
du Maroc, 27 novembre
représentatif ” lors des rencontres internationales (El Aouani, 1996) ; mais 1998 ; O. El Anouari,
également échec des négociations salariales et multiplication apparente des « La C.D.T. proclame son
conflits sociaux. Si le premier discours du trône de Mohammed VI fait autonomie par rapport au
gouvernement de
explicitement référence au “pacte social”, il est plus question d’un acte l’alternance », la Gazette
d’allégeance (la bay‘a (6)) que d’un quelconque accord contractuel engageant du Maroc, 20 janvier
différentes parties représentant la société. 1999, p. 8 ; H. Benaddi,
« Tensions sociales et
Outre ces contraintes politiques extrêmement déterminantes, l’action pluralisme syndical »,
syndicale au Maroc est frappée de plein fouet par les transformations rapides la Vie économique,
du marché du travail. Sous le couvert de la libéralisation, la “question sociale” 5 février 1999, p. 11-13 ;
A. Lmrabet, « L’O.A.D.P.
évolue, relevant en dernière instance d’une “crise de la société salariale”, et la C.D.T. déterrent la
d’une “remise en cause des régularités associées au mode de développement hache de guerre », le
salarial” (el Aoufi, 1998, 36) ou pour le moins d’une “métamorphose de Journal, 6-12 février
1999.
la société salariale” (Aglietta et Brender, 1984).
La situation syndicale marocaine peut être envisagée à travers (5) Le 18/5/1992
les partis de l’opposition
l’observation des articulations entre la réforme économique entreprise – sa se structurèrent
visée prospective comme les dispositifs sur lesquels elle repose (privatisation officiellement au sein de
des entreprises, dérégulation du marché, libéralisation des échanges, etc.) – la Koutla al dimocratiyya.
Dans les années de crises
les transformations des formes du travail – gestion de la main-d’œuvre, modèles au début de la décennie
de commandement, technicisation des tâches, etc. – et les recompositions 1970, l’Istiqlâl et
du syndicalisme – la reformulation d’une problématique syndicale et la l’U.S.F.P. s’étaient déjà
réunis (avec l’U.M.T.) au
définition de cadres d’action pertinents et légitimes. Les effets de rythme sein de la Koutla
et de résonance entre ces dynamiques, qui ne sont pas nécessairement al wataniyya, le bloc
complémentaires, introduisent des décalages et produisent le sens (ou les national. Sur la création
du Bloc démocratique,
contresens) d’un dialogue social, entamé à la fin des années quatre-vingt- cf. Maghreb-Machrek,
dix, qui monopolise les débats tout en les désamorçant. Les centrales n° 137, juil.-sept. 1992,
syndicales se trouvent apparemment confrontées au dilemme suivant : p. 113-115.
comment (prétendre) protéger les travailleurs et faire valoir leurs intérêts (6) La bay‘a désigne le
dans un contexte de dérégulation et d’augmentation du chômage, tout en serment d’allégeance
(contrat ou soumission
souscrivant au “consensus libéral” qui associe le “marché” à la “démocratie” ?
selon les auteurs) que
Alors que le primat de l’économique semble faire peu de doute chez les renouvelle chaque année
analystes, comme chez les décideurs politiques (7), il me semble intéressant chaque groupe de la
de mettre à l’inverse l’accent sur les dimensions sociales, historiques et surtout khassa vis-à-vis du Roi.
Elle consacrerait
politiques de ces recompositions. (d’autant qu’elle est
Notamment, et c’est l’idée de la Grande Transformation (Polanyi, 1944), d’essence coranique) la
il s’agit de considérer le processus de “désocialisation de l’économie”, place centrale du Roi au
sein des institutions
inhérente à la construction d’une économie de marché, comme à la source makhzéniennes (il serait à
d’une série de métamorphoses qui, bouleversant le rapport au travail, appelle la fois dans les
un nouveau type de gestion politique du social. Ces transformations techniques, institutions et au-dessus
d’elles) et sa maîtrise
sociales, etc., qui ont donné naissance ailleurs par exemple aux filets de totale du jeu politique.
l’Etat-providence, s’accompagnent du développement de nouveaux modes
(7) Les réformes qui font
de gouvernement, réflexifs, de nouvelles institutions de régulation et de l’objet du fameux
catégorisation sociale, en termes de structures des opportunités politiques “consensus de
continue de résider dans la modestie de coûts salariaux qu’il s’agit de (20) Voir par exemple
R. El Mossadeq (1998 a,
maintenir bas, et la perspective d’une intégration à une zone de libre-échange
1998 b, 1995).
avec l’Union européenne (à l’horizon 2010 selon l’accord de partenariat
(21) Sur les transitions
signé le 26 février 1996) pèse encore plus sur les salaires (tableau 5). Par “démocratiques” la
ailleurs, l’accent doit être mis sur la prédominance de modes informels de littérature est vaste. Je me
régulation salariale (El Aoufi, 1992 et plus récemment, Belghazi, 1997), réfère à G. O’Donnell,
présenté parfois comme critère de flexibilité. L’idée d’une régulation par Ph. Schmitter and
L. Whitehead (eds.),
l’intérêt individuel s’imposerait. 1986, Przeworski, 1991,
Ph. Schmitter, 1995 et
La pacification du paysage politique : “l’alternance consensuelle” M.G. Burton et J. Higley,
1996, 1998.
La désocialisation de l’économie marocaine serait également le fait de
(22) C’est l’objet d’une
l’exode rural (23) et de la féminisation de l’emploi (El Aynaoui, 1998). Ils
enquête sur les
se traduisent tous deux par une désorganisation des modes d’intégration « configurations sociales
sociale antérieurs et par une précarisation de l’emploi (Salahdine, 1992 et de l’entreprise
Zouiten, 1998). Le problème se pose alors de la gestion de cette insécurité marocaine », lancée par le
Groupe d’Etudes et de
sociale. Or, paradoxalement, l’alternance gouvernementale qu’à connue le Recherches sur les
pays en 1998, suite aux élections législatives de 1997, aurait pu annoncer Ressources Humaines et
une socialisation du politique. Par rapport à des courants de pensée l’Entreprise de
l’Université Mohamed V
considérant que l’on gouverne toujours trop une société civile capable de de Rabat-Agdal et le
s’auto-réguler, l’avènement de ministres socialistes s’accompagnait, à Centre Jaques Berque
l’inverse, de la prise en compte d’impératifs d’égalité et de solidarité, dans d’Etudes en Sciences
Humaines et Sociales de
une perpective comparatiste (Levasseur, 1995, p. 53).
Rabat. Cf. N. El Aoufi
En effet, c’est le secrétaire général de l’Union socialiste des forces (dir.), l’Entreprise côté
populaires, A. Youssoufi, qui arrive au pouvoir. La transformation de usine. Les configurations
l’environnement du travail s’accompagne d’un ajustement des paradigmes sociales de l’entreprise
marocaine, GERRHE,
politiques dominants. Ainsi, la référence à la lutte des classes qui a structuré, coll. “Enquêtes”, 2001.
plusieurs décennies durant, le mouvement ouvrier, semble aujourd’hui mal
(23) Depuis les années
à propos plus qu’impertinente (Catusse, 1998). La nomination de soixante, selon N.
ministres socialistes et nationalistes procède de ce que les observateurs ont Lamrani, la population
appelé “l’alternance consensuelle”. En matière de concertation sociale et urbaine s’est multipliée
par quatre, suivant un
politique cela signifie : d’une part, que les conditions seraient, a priori, taux moyen annuel de
favorables au développement d’un modèle tripartite de négociation 4,12 %. Si en 1960, elle
(Lehmbruch, 1984). D’autre part, cet événement politique attendu et ne représentait que 29 %
de la population totale,
annoncé depuis le début des années quatre-vingt-dix, cristalliserait un accord en 1994, elle en
minimum entre des élites sur les institutions politiques (24) et économiques représente 51,4 %
(la conversion au libéralisme ne fait finalement l’objet que de peu de (N. Lamrani, 1998,
1992). Voir aussi CERED
discussions, sur le fond). Enfin, le décès de Hassan II et l’intronisation de
(1993).
Mohammed VI, s’ils ne modifient pas l’équilibre des tensions (Elias, 1969),
(24) Comme en témoigne
contribuent encore à conforter l’hypothèse d’une pacification du paysage
le référendum sur la
politique. Cependant, les compromis ne peuvent guère s’établir sur une réforme de la
expansion économique. Encore moins sur la croyance en la combinaison Constitution en
du progrès économique et social. Et pourtant, l’idée se développe d’une septembre 1996 : pour la
première fois depuis
solidarité professionnelle et collective, par opposition à la solidarité de classe l’indépendance, les
des syndicats ouvriers, ou à la solidarité familiale et corporatiste des élites formations partisanes
tout en rendant inconfortable leur position sur l’échiquier politique. Ainsi a choisi le leader de la
C.D.T., N. Amaoui, pour
doivent-ils “gérer” l’hypothèque d’une transformation de leur rapport au représenter le
politique (de l’accès à la polity, dirait C. Tilly). Les résistances sont d’autant syndicalisme marocain à
plus importantes que le renouvellement des générations tarde. M. Benseddik la conférence de l’O.I.T.,
dirige l’U.M.T. depuis le 20 mars 1955, N. Amaoui est à la tête de la C.D.T. dans la mesure où le
syndicat a remporté le
depuis fin novembre 1978 et A. Afilal contrôle l’U.G.T.M. depuis 1962. plus de voix aux élections
professionnelles de 1997.
L’héritage Le gouvernement suggère
un système de rotation
Historiquement, le syndicalisme (sous la bannière de la C.G.T. française, entre la C.D.T., l’U.M.T.
puis de l’U.M.T.) a constitué l’un des principaux fers de lance de la lutte et l’U.G.T.M. En juin
contre le protectorat, puis du mouvement nationaliste (Gallissot, 1964 ; 2000, la commission de
vérification des pouvoirs
Ayache, 1982, 1990 et 1993 ; Menouni, 1979 ou Benseddik, 1990). Formé
de l’O.I.T., saisie par
à l’époque coloniale, il s’est nourri, en tant qu’institution d’encadrement l’U.M.T., rédige un
politique du monde du travail, de thèses communistes sur un modèle français, rapport en faveur de ce
puis de l’idéologie arabe (Kadri, 1986). A l’indépendance, le souverain dernier syndicat.
N. Amaoui, fait partie du de représentation des travailleurs : « Une représentation obligatoire à l’intérieur
bureau politique de
l’U.S.F.P. depuis 1989).
des lieux de travail qui n’a pas une fonction revendicative ; une
Actuellement, l’U.M.T. représentation syndicale, volontaire et administrant ses activités en dehors
revendique l’a-politisme. des lieux de travail » (Filali-Meknassi, 1989, 69, c’est moi qui souligne).
Voir par exemple N. El Aoufi, quant à lui, conçoit l’hypothèse salariale actuelle comme
A. Menouni, le
Syndicalisme ouvrier au s’articulant autour de la dialectique entre syndicalisme de proposition (36)
Maroc, Ed. maghrébines, et syndicalisme de revendication (N. El Aoufi, 1978, 66). En tout état de cause,
1979. il s’agit d’observer le comportement de ces groupes syndicaux, face à des
(32) En mars 1965, les opportunités politiques qui évoluent sensiblement (37), et alors que l’action
mouvements lycéens de syndicale s’est construite dans le registre du contre-pouvoir politique.
Casablanca prennent un
caractère insurrectionnel
Enfin, le paradoxe veut que, alors que le patronat était jusqu’alors absent
et sont réprimés dans le de la scène des négociations sociales, c’est lorsqu’il se forme et s’impose en
sang. En 1981, la C.D.T. tant que groupe d’intérêt qui s’institutionnalise, que le discours sur la lutte
appelle à une grève
des classes semble s’estomper (Catusse, 1999).
générale après l’échec de
négociations avec le
gouvernement et suite à la Se compter : les élections de 1997
hausse des prix. Pour la
première fois, le 20 juin
Quoi qu’il en soit, l’accès à la polity pour les syndicats est aujourd’hui
1981, le pays tout entier conditionné par une redéfinition de leurs rapports avec les partis
est paralysé : aux grévistes politiques en particulier et avec leurs partenaires sociaux, ce qui passe par
des secteurs commercial une évaluation des forces respectives. Se compter (se classer, se répertorier
et industriel s’ajoutent les
grévistes du secteur public et s’estimer) devient alors un exercice primordial (38). Les chiffres relatifs
et les petits commerçants. à la représentativité de chacun sont inexistants ou surabondants selon les
Des mouvements de foule cas. Ils sont au cœur de la discorde.
se font dans les quartiers
et les rues de Casablanca.
Lors des négociations relatives au Code du travail, la C.D.T. plaide pour
Ils s’en prennent des critères “simples et objectifs”, tels que les résultats des élections (malgré
essentiellement aux signes les conditions de leur déroulement) dont elle a remporté la majorité des
extérieurs de richesse. Les
forces armées
sièges, le nombre d’adhérents (mais les cartes ne sont pas distribuées ou le
interviennent et sont gratuitement), la capacité de mobilisation (taille des grèves par rapport
répriment le mouvement. à la taille de l’entreprise). Le taux même de salarisation est extrêmement
En 1991, c’est Fès qui difficile à évaluer compte tenu de l’importance du secteur informel
connaît de violentes
manifestations que l’on (N. el Aoufi, 1992, chap. 2 et 4). Bien que le chiffre “existe”, il semble
range parmi les “émeutes confidentiel puisque aucun organisme n’accepte de le fournir.
du pain”, ou “émeutes Compte tenu de ces remarques, les élections de 1997, élections locales,
F.M.I.”.
régionales, législatives et professionnelles peuvent fournir un espace
(33) Les années soixante d’observation du poids de chacun, autant pour l’évaluation qu’elles
et soixante-dix furent des
années noires pour les
permettent que parce qu’elles donnent à certains, les élus, des moyens
mouvements de gauche d’action, donc de peser. Le but de ces consultations, qui se déroulaient au
en général et pour le sein des entreprises et des administrations, était la composition pour la
syndicalisme en
chambre des conseillers, créée lors de la réforme de la Constitution de
particulier. En 1964, le
président de l’Union septembre 1996. Conformément à la loi organique (loi n° 32-97), cette
nationale des étudiants dernière est composée de 270 sièges, répartis entre représentants des
marocains est plusieurs collectivités locales et représentants des collèges professionnels [chambres
fois arrêté ; le 7/7/1967,
arrestation du dirigeant agricoles, chambres de commerce, d’industrie et de service, chambres
de l’U.M.T. ; août 1969, d’artisanat et nouvelles chambres de la pêche maritime et syndicats].
l’attention sur l’usage et A la chambre des conseillers, la “carte syndicale” est la suivante, largement
la production des chiffres
en société, sur leur statut,
favorable à la C.D.T. :
sur leur histoire, qui
sollicitent à la fois une C.D.T. U.M.T. U.G.T.M. Autres syndicats
visée de vérité (par la
mobilisation d’un réseau 11 sièges 8 sièges 3 sièges 5 sièges
cognitif ) et une visée
d’action (au biais d’un
réseau pragmatique). Les frères ennemis
Cf. A. Dérosières (1993).
A la suite de ces consultations et de la nomination de Youssoufi en tant
(39) Selon le
communiqué de la
que Premier ministre, les tensions entre syndicats et entre syndicats et partis
Commission de suivi des politiques sont plus manifestes. La C.D.T. en particulier doit gérer une
élections, dans « la course position inconfortable : l’heure serait, aux yeux de certains, à couper le
aux accréditations. Les
sans appartenance
“cordon ombilical” (ou à lever de gênantes amarres) avec les partis politiques.
politique exclus de la Ainsi, malgré les liens quasi-organiques qui existent entre la C.D.T. et
candidature à la chambre l’U.S.F.P, les leaders du syndicat, menés par A. Amaoui, gardent une attitude
des Conseillers »,
le Quotidien du Maroc,
d’opposants, affirmant haut et fort à la chambre des conseillers, où ils siègent,
1/12/1997. ne pas “être le syndicat du gouvernement” (42). Pour autant, de
(40) S. Mansouri, « Code
nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer dans cette prise de position encore
du travail : Alioua une fois une tactique purement politique (43).
reconduit le projet de Entre rhétorique du marché et dirigisme politique, la gauche marocaine
Haddaoui », le Journal,
ne “ferait plus rêver” (44). L’assertion, pour être juste (et bien banale) mérite
11-17 septembre 1999,
p. 24. plus de commentaires. Conflits de personnes, luttes d’influences, stratégies
(41) La Constitution de
politiques, guerres de positions entre les différentes centrales syndicales
septembre 1996 institue (C.D.T. vs U.M.T. (45)), depuis 1998, la C.D.T. n’a par exemple de cesse
dans les 16 régions de proclamer son autonomie par rapport au gouvernement d’alternance.
marocaines des
Elle engage des grèves dans des secteurs placés sous tutelle de ministres
assemblées, les conseils
régionaux, élus par les appartenant à la coalition de la Koutla, dans le secteur des banques, de la
collèges des conseils santé publique, des télécommunications. Elle provoque, surtout début 1999,
communaux, des une crise en pesant pour le rejet de la loi sur les privatisations par la chambre
assemblées préfectorales
et provinciales, des des conseillers (46). De la même façon, elle reste le syndicat le plus
chambres professionnelles intransigeant à propos de l’adoption du code du travail, dans laquelle
et des représentants des s’investit particulièrement le gouvernement. Par ailleurs, les syndicalistes
salariés.
de la C.D.T. membres de l’O.A.D.P. sont expulsés de la centrale.
(42) Les journaux se sont Il faudrait analyser mieux en détail les ressorts et les enjeux de ces conflits,
fait particulièrement
critiques à l’égard du qui se portent tantôt dans le domaine de l’enseignement (grève générale
leader de la C.D.T. : cf. de décembre 1999), de la santé publique, des phosphates (bastion de la
A. Lmrabet, « Comment C.D.T.), de la pêche, des transports (mouvements sociaux à Royal Air Maroc,
N. Amaoui utilise la
C.D.T. pour régler ses en décembre 1999, qui néanmoins, ont été menés par des associations non-
comptes », le Journal, affiliées à des syndicats), dans les ports du pays (en 1998), à la SODEA
4/5/1998, p. 6 ; F. Yata, (Société de développement agricole) ou dans les banques (printemps 1998,
« Singulier 1er Mai »,
la Nouvelle Tribune, à la Banque populaire et à Bank Al Maghrib et, printemps 1999, à la Banque
30/4/1998, p. 4. commerciale du Maroc). Les frictions sont fortes entre les différentes centrales
(43) Certains vont et le Groupement professionnel des banques marocaines (G.P.B.M.), souvent
jusqu’à comparer le décrit comme une organisation oligarchique, usurière, entretenant des
relations incestueuses avec les pouvoirs publics (Moore, 1987, 256) (47)]. dirigeant syndical
marocain à L. Walesa,
Les entreprises publiques demeurent les principaux supports des rapports
conférant à la C.D.T.,
de force. “syndicat-parti”, le rôle
Les cartes sont brouillées, les alliances complexes et répondant à des de porter les espoirs des
logiques contradictoires, ancrées dans l’histoire sociale et politique du pays. masses : cf. H.H. « Le
syndicat-parti ou
Comment interpréter, par exemple, la présence de D. Basri, alors ministre Solidarnosc en exemple »,
d’Etat chargé de l’Intérieur, accompagné de sept autres ministres, aux assises la Gazette du Maroc,
du congrès de la C.D.T., le 14 mars 1997, à Casablanca ? Comment n° 35, 29/10/1997, p. 6.
interpréter également la nomination d’Abbas El Fassi, secrétaire général de (44) A. Dilamy, « Une
l’Istiqlâl, à la tête du ministère du Développement social, de la Solidarité, gauche qui ne fait plus
rêver… », le Journal,
de l’Emploi et de la Formation professionnelle d’un gouvernement, remanié 15-21 janvier 2000.
en septembre 2000, toujours dirigé par Youssoufi ?
(45) Depuis la création
En tout état de cause, les conditions de la concertation semblent loin de la C.D.T., l’U.M.T.
d’être réunies, du moins à court terme. Cette remarque est d’importance n’a jamais voulu
pour une réflexion sur la défense d’intérêts dans un contexte de reconnaître l’existence de
cette centrale syndicale
libéralisation : la refonte des relations de travail et de l’activité syndicale, concurrente.
sur un modèle de “concertation” procède des mots d’ordre des institutions
(46) Loi visant la
financières internationales. Le modèle de négociation tripartite est de plus prorogation du délai de la
en plus souvent brandi, par le biais de l’institutionnalisation de sphères de privatisation, présentée
négociation (les accords de “dialogue social”, du 1er août 1996, réaffirmés par le ministre de tutelle,
R. Filali (Istiqlâl) et
bon gré mal gré le 19 moharram 1421 (avril 2000)). Ainsi, Hassan II invitait adoptée à la Chambre des
les partenaires sociaux à s’inspirer du modèle allemand, le 27 juin 1995 représentants.
(48). Une fondation privée allemande, d’inspiration social-démocrate, a (47) Ces arrêts de travail
mis sur pieds, depuis 1996, un programme-pilote avec la C.G.E.M. et les organisés dans les
trois principales centrales syndicales afin « d’accompagner les partenaires principales banques du
pays ont été initiés par la
sociaux marocains dans leurs efforts pour la consolidation de la culture du C.D.T. Pour la
dialogue et en particulier dans le projet de décentralisation du dialogue confédération, il s’agit,
social (49) ». Plus récemment, c’est le cas suédois qui est évoqué (50). d’une part, d’afficher son
implantation dans le plus
Certains auteurs ont soulevé la question des pactes politiques
important bastion du
contractualisés plus ou moins formellement entre les élites, au cours de secteur privé de l’U.M.T.,
transitions politiques (51). Il faudrait dans leur prolongement discuter de d’autre part, d’affirmer sa
l’hypothèse selon laquelle la conversion du syndicalisme au Maghreb repose force vis-à-vis du GPBM
qui se refuse à reconnaître
de fait sur une redéfinition de la structure des élites, de leur attitude, de leur la représentativité du
état cristallisé par des accords globaux ou sectoriels, contractés par les syndicat dans le secteur,
différentes partenaires sociaux et politiques (Gunther et J. Higley, 1992 ; malgré le résultat des
élections professionnelles.
Burton et Higley, 1996, 1998). Considérons que ces pactes renvoient la
stratégie des acteurs à des choix rationnels, mais également à des capacités (48) In « Sa Majesté le
Roi reçoit le bureau de la
cognitives, à des opérations morales, à des finalités en valeurs et à des Confédération générale
représentations plurielles, qu’il convient de déconstruire. Dans une visée des entreprises du
comparatiste, ces “événements” apparaissent comme le fruit d’expériences Maroc », Discours et
interviews de Sa Majesté le
particulières, de legs plus ou moins réappropriés et d’horizons d’attentes Roi (mars 1995-mars
souvent influencés par les effets d’annonces. 1996), p. 148.
C’est dans ce sens qu’il faudrait poser l’hypothèse néo-corporatiste des (49) Quotidien Magazine,
relations professionnelles au Maroc. Mon intention n’est pas de regarder 6/3/1998, p. 34.
Outre que les centrales, la C.D.T. en tête, organisent des grèves et des arrêts
de travail (à Royal Air Maroc, à l’Office Chérifien des Phosphates), trois
dossiers ne trouvent pas de solution : celui de la promotion interne et de
la titularisation des agents temporaires dans la fonction publique
(notamment dans l’enseignement), celui du code du travail (El Aoufi, 1996),
en préparation depuis des années, mais retiré du Parlement “faute de
consensus” et, dans une moindre mesure, celui de la Caisse nationale de
(57) Le gouvernement en sécurité sociale (57). La C.G.E.M. continue à s’y opposer au nom de la
1996 avait proposé un “flexibilité de l’emploi”. Si bien que le droit du travail au Maroc reste caduc
projet relatif à
l’assurance-maladie et, à cause de sa complexité et de son inadaptation, souvent inappliqué.
obligatoire, où il associait Le gouvernement et son porte-parole (qui fut par ailleurs ministre du
les entreprises privées Développement social, de la Solidarité, de l’Emploi et de la Formation
d’assurances au régime de
couverture médicale. Il professionnelle sous le gouvernement Youssoufi I) mettent la faute sur la
était rejeté par les C.D.T., pourtant a priori son principal allié : « Le retrait d’une séance de
syndicats, C.D.T. et
dialogue social ne constitue nullement une nouveauté. En 1979, à l’époque
U.G.T.M., qui
préconisent une fusion du gouvernement de feu M. Bouabid, la C.D.T. s’est retirée d’une réunion
des diverses mutuelles et de négociations cinq minutes seulement après le début des discussions. La
caisses de couverture
même décision a été prise en 1985 et 1990 (58). » Au-delà des motifs
sociale. Plus récemment,
l’idée d’une “amnistie conjoncturels de ces polémiques, la question se pose des possibilités de la
sociale” est avancée, de la négociation. En effet, que ce soit au sein des réunions officielles comme
même manière que dans
le domaine des bilans
lors des rencontres organisées par la fondation F. Ebert (59), les partenaires
comptables des sociaux semblent dans tous les cas camper de façon intransigeante sur des
entreprises, une amnistie positions qui révèlent des rigidités et des mésententes dogmatiques. Les
“fiscale” a été négociée
entre le patronat et les
signataires de l’accord d’août n’ont pas qu’avalisé une décision politique
pouvoirs publics. qui leur était imposée. Au contraire, leur implication et les stratégies qu’ont
L’amnistie sociale déployées les syndicats ouvriers et patronal donnent la mesure des enjeux
consisterait en une
exemption des dettes
sociaux et politiques d’une telle recomposition, dont le succès (ou plus
pour une série précisément les échecs) repose(nt) sur la concertation et l’accord sur les règles
d’entreprises, dans un but et les normes énoncées (60).
“d’assainissement”, et de
mise à zéro des
Si les préférences qu’ils affichent publiquement vont dans le sens de la
compteurs : la recherche d’un compromis, il semble que les motivations et les convictions
généralisation de de chacun des partenaires, notamment des syndicats, sont plus complexes
l’assurance maladie
passant d’abord par un
et clairement moins univoques (Kuran, 1998). Reste à entreprendre une
apurement des passifs. enquête plus anthropologique sur la question.
(58) Cité dans
A. Khamliche, « USFP-
Métamorphoses de la question sociale ?
CDT : la fracture ? », le Les enjeux de la conversion de l’action syndicale sont apparus avec acuité
Journal, 11-17 décembre
1999, p. 13. avec la signature de l’Accord du 1er août 1996. Cet événement atteste de
(59) La fondation privée
l’ampleur et de la nature des mutations du syndicalisme au Maroc :
allemande a mis sur pied, confrontées à de nouveaux interlocuteurs et à un nouveau système de
depuis 1996, un références, l’efficacité et la légitimité de son action ne peuvent plus reposer
programme-pilote avec la
C.G.E.M. et les trois
seulement sur les justifications et représentations collectives antérieures. Tandis
principales centrales que la réforme de la Constitution en septembre 1996 confortait le principe
rôle de l’Etat doit être Mais les réactions des différents acteurs l’enracinent dans un système de
focalisé sur la veille sur
l’intérêt social supérieur.
représentations complexe.
Par ailleurs, il doit
valoriser les institutions La lente marche du Code du travail vers le Parlement
représentatives des
Les espaces de “zone franche” demeurent et pourraient se développer
travailleurs et des
employeurs pour en faire encore. En effet, ces accords, les dispositions qu’ils prévoient font l’objet
des interlocuteurs de mise en œuvre pour le moins chaotique, sinon vaine. Cette situation
authentiques et favoriser
de non-droit se conforte, d’une part, des taux de chômage qui grèvent tous
la communication entre
eux », quant aux rapports de force, d’autre part, de la faible représentativité des syndicats
syndicats, ils doivent dans les entreprises [et notamment dans l’ensemble des P.M.E./P.M.I. de
« s’abstenir de recourir à moins de 200 employés qui représentent, pour celles qui sont inscrites aux
des actes extrêmes
(grèves) lorsque les patentes, 92 % des unités du secteur privé, qui emploient 66 % de la main-
employeurs manifestent d’œuvre (46 % en milieu urbain) et produisent 38 % du P.I.B. Ce sont
leur volonté de dialoguer elles qui sont le plus touchées par les réformes économiques, la perpective
et de négocier ». A. Afilal,
« Etat, patronat, de l’ouverture des frontières, la suppression des protections, des subventions,
syndicat : les nouveaux etc.]. Mais elle est avant tout le fruit d’une absence et d’une obsolescence
rôles », l’Economiste, du droit. Rappelons que les entreprises de moins de 10 salariés, qui
25/1/1995.
représentent 62 % des unités déclarées du tissu privé, ne sont pas soumises
(61) J. Bunuel, 1991, 12. au code du travail.
Malgré l’existence de textes, les conflits sociaux sont très rarement portés
au tribunal. D’autant que jusqu’à présent, s’il existe un arsenal juridique
pour les licenciements individuels, rien ou presque ne concerne le
licenciement collectif. Les entreprises rétribuent leur personnel généralement
en dessous du S.M.I.G. (environ 1 500 Dh/mois, soit 900 francs français).
Par ailleurs, le juge est réputé du “côté des travailleurs”, notamment pour
les affaires de licenciement. Le patronat accuse en conséquence la législation
de décourager l’investissement et plaide pour plus de flexibilité. En réalité,
le tableau 3 décrit une situation plus équilibrée, où les réclamations sont
à moitié satisfaites.
Dès juin 1993, après un rapport de la Banque mondiale mettant l’accent
(62) Rapport sur « Le sur les retards juridiques du Royaume (62), le Roi Hassan II évoquait, dans
développement de une Lettre Royale au Premier ministre, la « nécessité de doter le Maroc d’un
l’industrie privée au
Maroc » rendu public en Etat de droit pour les affaires ». Effectivement, à partir de 1995, une vaste
septembre 1993 réforme est entreprise en matière de législation économique (Catusse, 2000 a).
Tandis que cette normalisation est menée rapidement et ostensiblement,
non sans polémiques et frictions (Catusse, 2000 b), son pendant social
trébuche. La refonte du code du travail (dont la version actuelle date du
protectorat) n’arrive pas à susciter de compromis, et elle met à jour la chimère
d’un “consensus social”.
Le secrétaire général de l’U.M.T. rappelle « qu’on ne légifère pas le social
(63) Cité dans en période de récession (63) ». Aux yeux d’un autre responsable syndical,
A. El Amrani, « le Maroc a certainement besoin d’un coup de torchon libéral. Mais si ce
« Chronique d’un
consensus aux forceps », coup de torchon se double de la revanche historique du patronat persuadé
qu’il peut enfin tout se permettre parce qu’il n’a pas plus peur du grand
soir, des syndicats et des partis progressistes, alors le temps de la haine la Gazette du Maroc,
5 août 1998, p. 6.
reviendra vite (64) ». Dans l’état actuel, la balance effectivement pèse en
faveur des revendications patronales, regroupées autour du thème de la (64) Ibidem.
“flexibilité de l’emploi”. Que le code du travail devrait assurer pour les uns,
limiter pour les autres.
Les points de la discorde à propos du projet de loi n° 65/99 relatif au
code du travail que Khalid Alioua, ex-ministre du Développement social,
de la Solidarité, de l’Emploi et de la Formation professionnelle, propose
aux partenaires sociaux sont nombreux. De façon rapide et synthétique,
ils portent sur la réglementation de la grève ; sur la suppression de
l’autorisation préalable du gouverneur en matière de compression du
personnel et de licenciement collectif ; sur la réduction de la durée du travail
en période de difficulté ; sur la personne qualifiée pour la conciliation et
l’arbitrage (inspection du travail, commissions régionales et nationales de
conciliation) ; sur le développement d’agences privées de recrutement et
d’intérim. Autrement dit, sur des pans entiers de la législation. Quels que
soient les motifs de ces désaccords et résistances, personnelles, stratégiques,
idéologiques, ils illustrent l’ampleur de la métamorphose que synthétiserait
l’adoption d’un code du travail, à la suite de la signature des Accords du
1er août 1996 et parallèlement à la construction d’une économie de marché.
La question de l’élaboration du Code du travail mérite à elle seule une
étude. L’imprécision sur son état d’avancement est significatif de ce qui se
joue. Certains mettent l’accent sur ce qui a été avalisé par les différentes
parties, les autres insistant à l’inverse sur les impasses. Quoi qu’il en soit,
cette législation, qui finira par être votée, procède d’une normalisation dont
on peut s’interroger sur la validité, compte tenu des remarques précédentes
sur l’effectivité du droit. Mais elle émane également d’une conception
marchande des relations salariales, favorisant avant tout la flexibilité de
l’emploi.
Les aléas du code du travail révèlent ainsi ce que R. Castel décrit comme
un « ensemble intégré de conditions sociales inégales, mais interdépendantes »
(Castel, 1995, 278). Les recompositions du syndicalisme se jouent, entre
autres, dans la définition et la réglementation de ces techniques et de ces
mécanismes qui organisent, en dernier ressort, non seulement la régulation
salariale mais, au-delà, un type de gouvernement des hommes et
d’ordonnancement social.
Conclusion
En 1997, une polémique éclatait à la suite de la parution de “chiffres
accablants” sur la pauvreté dans le pays. Analystes, journalistes,
commentateurs, chefs d’entreprises, hommes politiques, semblaient
découvrir l’état social du Royaume à travers ces tableaux produits par le
Centre d’études et de recherches démographiques du ministère de la
Population (65). Selon ces chiffres officiels, un Marocain sur deux vivrait (65) CERED, Enquête
« Populations vulnérables, avec 209 à 501 dirhams par mois (soit 120 à 300 francs français). Un
profil socio-
démographique et
Marocain sur cinq, soit 19 % de la population, vivrait en dessous du seuil
répartition spatiale », de pauvreté (établi à 313 Dh par mois), alors qu’ils n’étaient, selon la direction
1997. de la statistique que 13,1 % en 1990-1991. Et 5,4 % des Marocains seraient
“marginalisés”, avec une dépense inférieure aux deux-tiers du seuil de
pauvreté. Ces “pauvres” sans emploi vivraient pour les deux-tiers en milieu
urbain. Les démographes ont l’habitude de réfléchir sur la production de
(66) Par exemple, le ces chiffres (66). Au-delà des débats qu’ils peuvent susciter, ils recadrent,
nombre des très pauvres, me semble-t-il, brutalement le débat. L’ajustement structurel s’accompagne
c’est-à-dire des personnes
privées de toute de la promotion sociale et politique d’une nouvelle catégorie d’acteurs, les
possibilité d’améliorer entrepreneurs, dont il faut regarder en nuance la formation, contradictoire
leurs conditions de vie est plus qu’univoque. Il s’assortit également sinon de “nouvelles” formes de
de 50 % au Maroc, selon
le Programme des
pauvreté, du moins d’une paupérisation accrue, d’une dégradation
Nations-unies pour le significative des conditions de vie, dont le développement des bidonvilles,
Développement à la périphérie et parfois même au centre des villes, est l’un des symptômes.
(PNUD), contre 13 %
pour la Banque mondiale
Les systèmes d’assurance privés ou publics semblent fragiles, et la protection
qui ne mesure la pauvreté sociale ne bénéficie qu’à une part infime de la population (3,5 millions de
qu’à partir du revenu. personnes, officiellement). Les performances sont médiocres en termes de
transferts sociaux : les transferts destinés aux pauvres ne dépasseraient pas
1,5 % du Produit intérieur brut. L’Etat développementaliste (tout comme
les Etats-providence) montre là ses limites. Plus qu’une remise en cause de
compromis sociaux antérieurs, les transformations actuelles du marché du
travail dans un Maroc soumis à l’ajustement structurel et aux impératifs
relatifs à la perspective de l’intégration dans une zone de libre-échange avec
l’Union européenne mettent à jour des contradictions entre des syndicats
centralisés, hyper-politisés et instruments de luttes intestines et l’imminence
de problèmes sociaux et économiques de grande échelle qui appellent
l’invention de formes de régulation. Or, à présent, la mobilisation d’une
solidarité nationale à l’égard de la pauvreté est principalement le fait
d’organismes non gouvernementaux privés, à la tête desquels la Fondation
Mohamed V, institutions placées, au nom de la bienfaisance, voire du
mécénat, sous la protection du souverain lui-même. Là résident les germes
essentiels de la définition d’une nouvelle question sociale. Le rapport au travail
évolue nécessairement dans ce contexte. La définition (et le décompte) d’une
“classe ouvrière” relève d’un travail politique, au carrefour de conditions
objectives et de représentations collectives, savantes ou plus idéologiques.
C’est dans ce contexte, dans son rapport au social, qu’il faut saisir les
principales recompositions du mouvement ouvrier marocain, et
particulièrement du syndicalisme. La désocialisation apparente du marché
du travail ne serait-elle pas le sommet d’une vague dont les creux serait à
l’inverse une politisation accrue de l’économie ?
Références bibliographiques
Annexes
Tableau 1
Evolution des conflits sans grève depuis 1990
(secteurs industriel, commercial, agricole et des services)
Grèves évitées
Années Nombre
d’établissements et Nombre de conflits Effectifs globaux
d’exploitations
1990 510 764 59 720
1991 660 931 68 603
1992 602 853 64 603
1993 719 1 023 71 912
1994 783 1 121 73 760
1995 759 1 144 70 530
1996 817 1 215 81 012
1997 705 1 022 65 570
1998 879 1 454 97 532
1999 893 1 153 97 836
Tableau 2
Evolution des grèves déclenchées depuis 1990
(secteurs industriels, commercial, agricole et des services)
Grèves déclenchées
Tableau 3
Evolution des conflits individuels depuis 1990
(secteurs industriel, commercial, agricole et des services)
Conflits individuels
Année
Nombre de Nombre total Réclamations Ouvriers
conflits de réclamations satisfaites réintégrés
1990 28 806 52 857 36 524 3 785
1991 33 051 61 877 42 997 3 819
1992 35 006 67 219 45 111 3 908
1993 36 499 70 837 44 793 4 373
1994 36 957 71 104 44 705 5 168
1995 37 545 75 158 44 403 4 918
1996 36 686 72 370 45 263 4 452
1997 33 715 65 279 37 932 4 289
1998 39 015 79 402 53 963 5 539
1999 42 048 85 925 48 944 6 112
Tableau 4
Chômage urbain en fonction de l’âge et du niveau
d’instruction pour le 4e trimestre 1997
Niveau du diplôme
Age Sans diplôme Niveau moyen Niveau supérieur (2)
(en %) (1) (%) (en %)
15-24 ans 17,3 39,9 64,9
25-34 ans 13,3 28,8 38,1
35-44 ans 6,0 10,2 5,6
45 ans et plus 3,2 6,1 0,3
Tableau 5
Coûts de main-d’œuvre 1993
(coûts horaires toutes charges comprises)
Agent de
Salaire horaire Cadre ou Ouvrier qualifié
Pays maîtrise ou
minimum équivalent ou équivalent
équivalent
Maroc 5,3 49,0 16,4 10,0
Tunisie 60,0 37,0 18,0 15,0
Hongrie 5,0 35,0 25,0 15,0
Ex-Tchécoslovaquie 3,5 44,0 19,8 11,0
Pologne 2,5 13,0 5,5 5,0