Introduction générale
I. LE CONTEXTE ACTUEL
Depuis l’effondrement de l’idéologie communiste en 1989 avec la chute du
mur de Berlin, la doctrine libérale semble sans adversaire. La collectivisation
des propriétés privées n’apparaît plus comme un remède possible aux crises
économiques. Le secteur privé semble le mieux à même de produire efficacement
les biens dont les populations ont besoin. À l’inverse, le secteur public paraît
inefficace, pléthorique et bureaucratique. Cependant, si le communisme n’est
effectivement pas la réponse appropriée aux crises boursières, faut-il pour autant
se fier à l’ordre spontané des marchés ? Le libéralisme serait-il devenu l’ultime
remède aux maux de l’humanité ?
En 1989, l’essayiste Francis Fukuyama l’affi rmait. Selon lui, la démocratie libérale,
comme « point fi nal de l’évolution idéologique de l’humanité » (La fin de l’histoire,
p. 67), fi nirait par se répandre sur « la plus grande partie de l’humanité » (ib.,
p. 13) et un monde constitué de démocraties libérales « devrait donc connaître
beaucoup moins d’occasions de guerre » (ib., p. 31). La diff usion des théories
libérales conformément à ce qu’avaient soutenu en leur temps, Montesquieu ou
Benjamin Constant, devait favoriser la paix.
Si les attentats du 11 septembre 2001 sont venus grandement tempérer cet espoir
de paix, la doctrine libérale elle-même est demeurée sans adversaire, peu inter-
rogée, appliquée dans de nombreux pays et instances internationales (Fonds
monétaire international, Banque mondiale).
II. DÉFINITIONS DU LIBÉRALISME
Mais qu’entend-on par libéralisme ? On distingue le plus souvent deux types de
libéralisme, l’un serait économique alors que l’autre serait politique. Le premier
est défi ni par le dictionnaire Larousse comme une « doctrine économique de
la libre entreprise selon laquelle l’État ne doit pas gêner le libre jeu de la concur-
rence » ; le second comme une « doctrine politique visant à limiter les pouvoirs
de l’État au bénéfice des libertés individuelles ».
L’ordre même des défi nitions est significatif. On a tendance aujourd’hui à penser
que le libéralisme serait d’abord économique avant d’être politique. Dans
cette perspective moderne, la liberté individuelle, en tout cas dans les sociétés
démocratiques, se matérialiserait d’abord par le choix libre d’un métier. Grâce
à l’argent gagné, le travailleur pourrait librement décider de ce qu’il va acheter.
L’entreprise qui l’emploie pourrait fi xer librement les prix des marchandises.
Mais la concurrence entre les entreprises empêcherait une augmentation
disproportionnée des prix. Grâce à cette concurrence, l’acheteur possèderait un
véritable choix au niveau des produits, de la qualité et des prix. C’est la liberté
de la demande. Les entreprises, si personne ne les en empêche, développeraient
librement des produits innovants. C’est la liberté de l’off re.
Suivant cette optique moderne, la liberté individuelle ne resterait pas évanes-
cente ; elle s’incarnerait principalement dans la propriété privée : je peux faire
ce que je veux de ce qui m’appartient en propre (le garder ou le céder, le vendre
ou le donner). Le travailleur déciderait de ce qu’il désire acheter. L’employé,
s’il se sent opprimé par son employeur, pourrait en changer. Il ne lui serait
donc pas soumis. L’entreprise choisirait librement d’investir ses profits dans tel
secteur économique particulier. Par conséquent, toute intervention extérieure
dans le processus de l’échange semble contre-indiquée. Dès que l’État veut
réguler les échanges, il fausse le libre jeu de la concurrence. Par exemple, s’il fi xe
arbitrairement les prix dans un secteur de l’économie, il crée des monopoles et
empêche l’émergence de petites entreprises innovantes créatrices d’emplois.
Aux yeux de la modernité, le libéralisme économique paraît donc impliquer le
libéralisme politique. Il faudrait limiter le pouvoir de l’État afi n de préserver la
liberté individuelle d’entreprendre.
4
Cependant, la théorie économique libérale suppose une situation de concurrence
déjà là, présente ; elle la postule bien plus qu’elle ne la déduit. Or, un système
concurrentiel n’a rien d’évident. Une entreprise, par exemple, peut en acheter
une autre afi n d’éviter justement que celle-ci ne la concurrence. Un acteur
économique puissant peut tenter de corrompre des hommes politiques pour
faire passer une loi en sa faveur. Sans même parler de l’espionnage industriel et
de la contrefaçon. Autrement dit, pourquoi les grands groupes n’écraseraient-ils
pas les petits ? Des relations pacifiques entre agents économiques peuvent-elles
s’établir spontanément ou requièrent-elles à l’inverse une structure politique ?
III. LES DEUX THÈSES EN PRÉSENCE
A. Le libéralisme économique
Certains théoriciens ont affi rmé que le libéralisme économique générait le libéra-
lisme politique. D’après ces penseurs, le développement spontané du commerce
aurait permis l’instauration d’institutions politiques libres. Plus généralement,
les activités humaines généreraient un ordre spontané qui créerait lui-même un
régime politique libre. Cette thèse, comme nous le verrons, remonte à Cicéron
mais Adam Smith (1723-1790), considéré comme le fondateur du libéralisme
économique, lui donne sa première forme moderne. Selon l’auteur de La richesse
des nations, « le travail silencieux et insensible du commerce » (ib., p. 506),
expliquerait la perte du pouvoir des nobles en Angleterre. Avant l’apparition
des manufactures, le seigneur féodal, d’après Adam Smith, pouvait employer
uniquement le surplus économique que la terre lui fournissait à l’entretien de
vassaux qui en retour lui obéissaient. Le développement du commerce intro-
duisit de nouveaux produits de luxe. Selon Adam Smith, le seigneur affecta
alors son surplus économique à l’achat de ces nouvelles marchandises et perdit
ainsi l’influence et l’autorité qu’il pouvait avoir sur ses vassaux. Le commerce,
indépendamment de la Réforme religieuse ou des révolutions politiques, aurait
dépossédé les nobles de leur pouvoir.
On pourrait peut-être croire que cette première conception du libéralisme
économique a été abandonnée par la suite. Il n’en est rien. Hayek (1899-1992),
considéré souvent comme un des plus grands représentants du libéralisme
économique contemporain, soutient dans La route de la servitude la même
position. Le développement du commerce aurait donné naissance selon Hayek
aux libertés individuelles modernes. Chaque individu pourrait décider pour
une part de son destin. Il aurait la possibilité d’expérimenter différents genres
de vie et de choisir entre eux.
5
« La transformation progressive d’un système rigidement hiérarchique en un régime
où l’homme peut au moins essayer de modeler son destin, où il a l’occasion de
connaître plusieurs genres de vie et de choisir entre eux, cette transformation
est étroitement liée au développement du commerce. Partie des cités commer-
ciales de l’Italie du Nord, la nouvelle conception de la vie s’est répandue avec le
commerce vers l’ouest et le nord… » (La route de la servitude, p. 18)
Progressivement, l’évolution sociale, liée au développement du commerce,
aurait contribué à libérer l’individu de sa dépendance envers les pouvoirs locaux
(corporation et servage). Les individus, d’après Hayek, libérés de leur tutelle,
purent développer librement leurs facultés. La science progressa rapidement, et
le niveau de vie s’améliora. Et Hayek concluait :
« Si le mot “capitalisme” signifie un système de concurrence basé sur la libre
disposition de la propriété privée, il faut se rendre compte que seul un tel système
permet la démocratie. Lorsque le régime est dominé par la doctrine collectiviste,
la démocratie fi nit inévitablement par se détruire elle-même. » (ib., p. 56)
Seul, écrivait-il, « un système de concurrence basé sur la libre disposition de la
propriété privée […] permet la démocratie ». Autrement dit, les efforts spontanés
et libres des individus produisent nécessairement une société de concurrence.
Aucun propriétaire ne peut imposer ses prix sur le marché puisqu’un concurrent
peut toujours vendre le même produit moins cher. Même un monopole privé « est
très rarement de longue durée et ne peut négliger la concurrence potentielle »
(ib., p. 143). Par conséquent, les puissances économiques sont nécessairement
multiples. Aucune d’elles ne peut imposer ses vues à tous. Le pouvoir étant
disséminé en divers pôles, ne peut façonner l’opinion publique. Le débat contra-
dictoire est donc possible, la démocratie véritable peut s’instaurer.
Selon ce modèle théorique, l’économie prime sur la politique. Le libéralisme
économique établirait des relations politiques d’égalité entre les individus et
favoriserait, en plus, par l’interdépendance qu’il génère entre les pays, la paix
internationale.
B. Le libéralisme politique
D’autres théoriciens ont soutenu au contraire que le libéralisme politique avait
généré le libéralisme économique. Montesquieu (1689-1755), considéré avec
Locke comme le père spirituel de cette école de pensée, donne la formulation la
plus claire du libéralisme politique :
« La liberté politique ne se trouve que dans les gouvernements modérés. […]
Elle n’y est que lorsqu’on n’abuse pas du pouvoir : mais c’est une expérience
éternelle, que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ; il va jusqu’à
6
ce qu’il trouve des limites. […] Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut
que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. Une constitution
peut être telle, que personne ne sera contraint de faire des choses auxquelles la
loi ne l’oblige pas, et à ne point faire celles que la loi lui permet. » (De l’Esprit
des lois, livre 11, chapitre 4, p. 293)
Le libéralisme politique est donc un système de contrebalancement des pouvoirs.
Chaque pouvoir limite les autres. Si un pouvoir veut dominer les autres et
devenir absolu, les autres pouvoirs se ligueront contre lui et l’en empêcheront.
Comme nous tenterons de le mett re en évidence, Montesquieu s’inspire ici des
penseurs grecs.
Si, en politique, le pouvoir doit arrêter le pouvoir, c’est la même chose en économie
selon Montesquieu. Les classes dirigeantes, la noblesse en monarchie ou l’aris-
tocratie marchande dans les républiques commerçantes, ne doivent pas faire de
monopoles. Cela ne pourrait conduire qu’à des abus et à une révolte populaire. Si
la classe dirigeante réunit à la fois le pouvoir politique et le pouvoir économique,
elle se servira du premier pour augmenter les bénéfices du second (par exemple,
en emprisonnant ou en tuant un concurrent). Seul le contrebalancement politique
des autorités, un régime politique tempéré dans les termes de Montesquieu, peut
créer et maintenir un système économique de libre concurrence, notamment en
établissant des lois contre les monopoles commerciaux.
Cette conception du libéralisme politique héritée de Montesquieu reste d’actualité
aujourd’hui encore. Elle inspirera les penseurs libéraux modernes. En France,
par exemple, Raymond Aron (1905-1983) s’en réclamera. Ce qui caractérise la
démocratie libérale selon ce penseur, c’est moins la souveraineté du peuple ou
le suff rage universel que l’organisation réglée d’une compétition (Essai sur les
libertés, p. 82). Les partis politiques débattent entre eux des principales concep-
tions du bien commun (ib., p. 170) et les présentent au public sous une forme
synthétique. Or, cette compétition pour le pouvoir, si elle permet d’argumenter
et de contre-argumenter, peut aussi dégénérer en guerre civile. Il est tentant,
précise Aron, pour les gouvernants élus, comme c’est malheureusement le cas
dans certains pays, de s’accrocher au pouvoir (falsification des élections, achats
des voix des électeurs…), et, pour les perdants, de recourir à des moyens illégaux
de prise de pouvoir (émeutes, coup d’État…, ib., p. 82). La rivalité des partis doit
donc être encadrée par une constitution qui défi nit le mode de désignation des
détenteurs du pouvoir.
De plus, afi n d’éviter que les vainqueurs d’une élection confisquent tous les
pouvoirs, la constitution libérale prévoit de séparer les différents pouvoirs. Le
pouvoir exécutif diff ère du pouvoir législatif, et le second est lui-même limité
par une autre autorité (Cour suprême aux États-Unis, et conseil constitutionnel
7
en France). Par exemple, à l’issue d’une élection, le pouvoir exécutif appartient
nécessairement à un parti, mais les partis adverses peuvent se faire entendre à
l’assemblée ou au Sénat.
Selon les partisans du libéralisme politique, le contrebalancement des pouvoirs
(politique, économique, religieux) a permis dans le passé d’établir un régime
politique libre et est toujours, aujourd’hui, ce qui garantit les libertés individuelles
(liberté d’expression, de culte, ou même liberté d’entreprendre).
IV. LES ENJEUX
A. Problématique
Quel est le rapport entre le libéralisme économique et le libéralisme politique ?
L’un implique-t-il l’autre ? L’un des deux permet-il de garantir encore aujourd’hui
les libertés individuelles ?
Afi n de répondre à ces questions, nous allons entreprendre une véritable généalogie
du libéralisme. D’où provient le modèle libéral ? L’un des libéralismes ne naîtrait-il
pas de l’autre (problème historique) ? Mais, plus profondément, indépendamment
de l’époque de leur conception, l’un n’est-il pas encore aujourd’hui, et peut-être
pour l’avenir, la condition de possibilité de l’autre (problème philosophique et
politique) et ce qui nous permet de préserver nos libertés fondamentales ?
Comment la doctrine libérale est-elle née ? Quels ont été ses contempteurs ?
Pourquoi semble-t-elle aujourd’hui sans adversaire ? Le libéralisme est censé
défendre et préserver les libertés fondamentales de l’être humain, comment
ces libertés (politique, religieuse, économique) s’établissent-elles et comment
pouvons-nous les préserver ?
B. Question de méthode
Dans cet essai, nous étudierons les grands moments d’une histoire de la liberté.
Nous adopterons la méthode d’investigation historique élaborée par Paul Ricœur
dans son ouvrage Temps et récit. Selon ce philosophe, « la distance temporelle
qui nous sépare du passé n’est pas un intervalle mort, mais une transmission
génératrice de sens » (ib., tome III, p. 399 et 400). Le passé n’est ni simplement
révolu ou aboli, ni, encore moins, toujours présent, il est ce qui nous précède, nous
est transmis par une tradition d’interprétation et ce dont nous héritons. Dans
notre perspective, les différents moments historiques que nous examinerons ne
représentent pas des types de liberté obsolètes, archaïques, ni même ébauchés.
8
Au contraire, ces formes de liberté animent encore les interrogations modernes
sur le libéralisme. Chaque période lègue à la suivante ses connaissances et ses
problèmes. Cet héritage est à chaque fois interrogé, modifié, puis transmis à
nouveau. Les époques de la liberté non seulement se superposent en couches
temporelles mais elles s’impliquent. Tout comme les couches géologiques se
sédimentent et interagissent, de même, les couches temporelles s’interpénètrent
et ne sont pas étanches. Ce qui a commencé à une époque peut se prolonger
dans une autre, ou entrer en sommeil pendant une longue durée, mais être
réveillé ensuite. La liberté politique gréco-romaine peut certes être recouverte et
enfouie pendant le Moyen Âge, la transmission des textes grecs et latins permet
néanmoins de la réanimer à la Renaissance. Les régimes totalitaires du XXe siècle
peuvent la déclarer dépassée, les démocraties se batt ront pour la rétablir. Nous
interrogeons aujourd’hui la liberté car nos démocraties sont censées la défendre,
mais aussi parce que nous espérons qu’elles continueront à le faire dans le futur.
La construction d’une vie commune libre reste notre projet. Le passé est donc
aussi questionné en vue de l’avenir. Par conséquent, il ne s’agit pas seulement
de renouer les fi ls parfois interrompus d’une tradition libérale, mais aussi de
découvrir des potentialités jamais actualisées auparavant. Comme l’écrit Paul
Ricœur, « le choc en retour de nos attentes relatives à l’avenir sur la réinterpré-
tation du passé peut avoir pour effet majeur d’ouvrir dans le passé réputé révolu
des possibilités oubliées, des potentialités avortées, des tentatives réprimées »
(ib., tome III, p. 411).
Si, par exemple, un certain libéralisme politique a été défendu par les Girondins
pendant la révolution française et étouffé par les Jacobins, ce n’est peut-être pas
pour autant que cette potentialité, jamais actualisée à l’époque, ne peut pas l’être
un jour. Notre modernité, notamment l’hégémonie du modèle économique
libéral, nous permet d’interroger notre histoire autrement et de mett re à jour
dans le passé des moments que les époques antérieures n’ont pas perçus.
La liberté politique, comme équilibre dynamique des pouvoirs, née et théorisée
dans l’Antiquité, n’est donc toujours pas révolue aujourd’hui, elle s’est certes
transformée dans nos démocraties représentatives (inconnues des anciens), mais
elle continue d’interpeller notre libéralisme moderne. Faire en sorte qu’aucun
groupe n’en domine un autre, éviter à la fois la tyrannie de la majorité et la
tyrannie d’une minorité, reste aujourd’hui comme par le passé, un des enjeux
majeurs de la vie en commun.
9
C. Plan et questionnement
1. La démocratie athénienne et la Rome antique
a) Les sources grecques du libéralisme
Les textes que les Grecs nous ont légués constituent la première grande origine
du libéralisme. Pour être libre, selon certains penseurs grecs, il faut éviter à la fois
la tyrannie de la minorité (oligarchie) et la tyrannie de la majorité (ochlocratie
ou gouvernement de la foule). La liberté politique apparaît uniquement lorsque
personne ne peut abuser de son pouvoir. Mais est-ce possible ? La réponse donnée
par les Grecs à l’époque ne pourrait-elle pas inspirer notre questionnement
contemporain sur le libéralisme ?
b) L’origine romaine de courants libéraux opposés
L’histoire de la Rome républicaine inspirera divers courants libéraux. Polybe
(-208 à -126), historien grec de la République romaine, applique le modèle
grec du contrebalancement des pouvoirs à l’histoire romaine. Le confl it entre
plébéiens et patriciens a engendré selon lui la grandeur et la liberté de Rome.
D’après Cicéron (-106 à -43), au contraire, c’est en évitant les confl its internes et
par un développement spontané que la constitution romaine a progressivement
atteint sa perfection.
La grandeur de la République romaine provient-elle des confl its sociaux comme
le soutient Polybe ou d’une longue tradition d’hommes vertueux comme le pense
Cicéron ? Plus généralement, dans la Rome antique comme dans notre monde
contemporain, la puissance d’une République découle-t-elle des agitations
sociales (Polybe) ou de la tranquillité civile (Cicéron) ?
Les théoriciens modernes du libéralisme politique (de Montesquieu à Raymond
Aron) se réclameront d’Aristote et de Polybe alors que les théoriciens du libéra-
lisme économique (d’Adam Smith à Friedrich Hayek) se référeront à Cicéron.
c) La Rome chrétienne
ou la source d’une séparation entre l’Église et l’État
Augustin (354-430), après une lecture attentive de l’œuvre de Cicéron, distingue
la Rome historique (la cité terrestre) de la Jérusalem céleste (la cité céleste). Cett e
séparation de la cité céleste (représentée par l’autorité religieuse de l’Église)
et de la cité terrestre (incarnée par le pouvoir civil) déclenche au Moyen Âge
la querelle des deux glaives. À certaines périodes, le glaive spirituel (l’autorité
religieuse du pape) prétend dominer le glaive temporel (l’empereur ou le roi) ; à
d’autres, c’est l’inverse (le monarque veut nommer les évêques de son royaume).
L’autorité religieuse et le pouvoir civil se contrebalancent mutuellement. Cette
distinction entre la cité terrestre et la cité céleste que l’on doit à Augustin servira
10