Etude expérimentale de l’évaporation dans un
échangeur tubulaire pour pompe à chaleur
géothermique
Ce travail porte sur une étude expérimentale de l’évaporation du R134a et R407C à l’intérieur de tubes
lisses de diamètre externe 7.94mm. Cet article présente une étude détaillée du dispositif
expérimental ainsi que l’instrumentation de la section d’essais (évaporateur). L’évolution du
coefficient d’échange thermique local et la perte de charge sont mesurées et analysées. Cet
article traite aussi les évolutions locales du flux de chaleur et des températures de paroi du tube
lors de l’évaporation ainsi que l’impact du phénomène d’assèchement intermittent.
1. Introduction
L’amélioration de l’efficacité énergétique des machines thermiques est un point clé
qui permet d’assurer une forte progression dans la résolution des problèmes liés à la
consommation énergétique et à la protection de l’environnement. C’est dans cette
optique, que l’étude de l’évaporation est devenue très essentielle dans les domaines
industriel et résidentiel. La conception d’échangeurs de chaleur compacts et efficaces
pour les pompes à chaleur tout en respectant l’environnement, nécessite une
connaissance des phénomènes de transfert thermique locaux. Cette présente étude
concerne la caractérisation des performances thermiques de l’évaporation à l’intérieur
d’un tube lisse appliqué dans des échangeurs coaxiaux soumis à diverses conditions
expérimentales. Malgré la complexité des phénomènes de transfert de masse et de
chaleur pour les écoulements diphasiques, leur analyse physique permet de mieux
dimensionner les composants et contribuer à un futur plus propre.
Plusieurs études ont été menées sur l’évaporation de divers fluides frigorigènes purs
ou des mélanges. L’évaporation dépend des paramètres physiques tels que le débit
massique du fluide caloporteur, les propriétés du réfrigérant, la géométrie du tube, etc.
Le coefficient d’échange thermique et la perte de charge évoluent avec le titre vapeur
[1]. Des études sur les réfrigérants R134a et R407c [2,3] ont montré qu’il existe une
forte corrélation entre le transfert de chaleur et la perte de charge, en particulier pour
des importants titres de vapeur. Lorsque le taux d’évaporation augmente, le coefficient
d’échange de chaleur et la perte de charge augmentent également pour atteindre leurs
maximums à des titres de vapeur dépendant du débit de réfrigérant, avant de décroître :
c’est le phénomène d’assèchement [3,4].
Dans cet article, nous mettons en évidence la dépendance du coefficient d’échange
thermique et la perte de charge en évaporation. Une comparaison entre l’évaporation du
R134a et le R407c est présentée : le flux échangé ainsi que les températures de surface
sont comparés pour les mêmes conditions expérimentales.
2. Description du banc d’essais expérimental
La figure 1 présente le banc d’essais expérimental mis en place pour étudier
l’évaporation de réfrigérants à l’intérieur de tubes horizontaux lisse ou améliorés. Il est
composé principalement, de l’évaporateur expérimental composé du tube à tester, d’un
condenseur qui permet de condenser la vapeur quitant la section d’essais, une pompe
qui assure la circulation du réfrigérant dans le circuit et d’un préchauffeur qui, combiné
à un refroidisseur, nous permet d’ajuster les caractéristiques thermodynamiques du
fluide en entrée de notre tube de tests. Le débit de réfrigérant est mesuré à l’aide d’un
débitmètre magnétique. Des sondes de pression sont placées à l’entrée et à la sortie du
préchauffeur et de la section d’essais. Un capteur de pression différentielle permet de
mesurer la perte de charge dans la section d’essais. Des voyants sont installés pour
vérifier l’état du fluide en entrée du préchauffeur, de la section de tests, du condenseur
et de la pompe.
L'évaporateur est un échangeur de chaleur coaxial réfrigérant/eau de type classique :
le réfrigérant circule dans le tube intérieur et l'eau dans l'espace annulaire. Le tube
interne est en cuivre de diamètre 7,94 mm et de longueur 1m. L'eau chaude est fournie
en entrée de la section d’essais à température et débit contrôlés. Les circuits réfrigérant
et eau sont entièrement calorifugés. Des thermocouples sont installés à l'entrée et à la
sortie de la section. Les températures de paroi sont également mesurées à l'aide de six
thermocouples de type K : le premier est à 50 mm de l'entrée, de même le dernier
thermocouple est installé à 50mm de la sortie du tube. Quatre thermocouples de type K
sont situés entre ces deux thermocouples et à une distance de 180 mm entre eux. Deux
thermocouples sont utilisés pour la mesure de l'eau à l’entrée et à la sortie, comme
illustré sur la figure 2.
Figure 2 : Instrumentation de la section de tests
Les tests sont effectués en suivant une procédure expérimentale définie pour chaque
titre donné. Le démarrage des essais débute avec un titre x=0 (100% liquide). Les
caractéristiques du fluide en sortie du tube d’essais sont mesurées (titre, température et
pression) en régime permanent. Les mesures sont ensuite refaites en faisant
correspondre les conditions d’entrée aux valeurs de sortie obtenues précédemment. Les
réglages se font avec le préchauffeur, le refroidisseur et ainsi que les unités de chaleur.
Les expériences sont répétées jusqu’à balayage complet de l’intervalle du titre de 0 à 1.
Cette procédure ne permet pas de déterminer les longueurs hydrauliques et thermiques
de développement de l’écoulement en évaporation car les coefficient locaux sont
moyennés sur des sous sections du tubes. Une modélisation fine est en cours de
développement pour caractériser physiquement l’écoulement.
3. Détermination du coefficient d’échange thermique
La puissance échangée dans l’évaporateur est définie comme suit :
(1)
̇ représente le débit massique d’eau traversant le tube d’essais.
Où 𝑚𝑒𝑎𝑢
Le titre en sortie de la section d’essais xs est définie par :
(2)
On définit ainsi le titre moyen par :
(3)
Le coefficient de transfert côté eau est calculé par
(4)
Le coefficient d’échange thermique interne !!"#$ est donnée par [4]:
Tous les appareils de mesure sont étalonnés dans les intervalles d’essais : les
thermocouples (±0.2°C), débitmètres (±1%, kg/s), capteurs de pression absolues
(<0.2%, Pa) et différentielles (±0.25%, Pa). Les résultats des tests présentés ici ont été
réalisés à plusieurs reprises.
4. Résultats et analyses
4.1. Comparaison avec la littérature
Dans cette section, nous comparons le coefficient de transfert thermique expérimental
et les valeurs de la prédiction de Laohalertdecha et al. [4]. Les résultats sont obtenus
pour le R134a et pour différents débits.
Figure 3 : Comparaison coefficient de transfert thermique expérimental avec la prédiction de
Laohalertdecha et al [4]
Comme le montre la figure 3, la corrélation de Laohalertdecha et al. [4] décrit
moyennement le coefficient de transfert thermique local mesuré. Les prédictions
s’améliorent avec l'augmentation de la qualité de la vapeur, avec des écarts entre -25 et
+ 25% entre 0,40 et 0,85 du titre. La corrélation s’adapte aussi mieux avec un grand
nombre de Reynolds et un débit de réfrigérant important. D’où la nécessité de
développer une corrélation adaptée à nos résultats.
[Link] de transfert thermique et perte de charge en évaporation
Dans cette section, l'évaporation du R134a est étudiée en régime permanent. Le
coefficient d’échange thermique local, la densité de flux thermique et la perte charge
sont présentées pour différents titres moyens. Le débit massique de réfrigérant est de
193 kg/m²-s, pour une pression de saturation de 4,5 bar. La température de l'eau en
entrée de l'évaporateur est fixée à 22 °C et son débit massique à 0,05 kg/s. La figure 4
représente les évolutions du coefficient d’échange thermique local et la densité de flux
thermique en fonction du titre moyen. Une augmentation et une diminution du
coefficient d’échange thermique sont perceptibles à environ 80% du titre ; une valeur
qui dépend du régime d'écoulement. Ces résultats ont été rapportés par des auteurs
comme Kundu et al. [3] et Padovan et al. [5]. Selon le procédé de transport d'énergie, le
coefficient d’échange thermique en évaporation est principalement dominé par la
résistance thermique du film liquide qui diminue avec l'augmentation du titre de la
vapeur.
Figure 4 : Coefficient d’échange thermique et la densité de flux de chaleur locaux pour
l’évaporation du R134a.
La figure 4 montre le coefficient d’échange thermique qui augmente continuellement
avec le titre jusqu'à un assèchement partiel au niveau de certaines zones de la paroi.
Ainsi, une baisse du coefficient d’échange thermique est observée en raison de la faible
conductivité thermique de la vapeur thermique induisant une résistance thermique
élevée dans ces zones sèches. Le transfert de chaleur est par conséquent affaiblit, ce qui
se traduit par la diminution de la densité de flux de chaleur. Dans le cas d'une
évaporation complète dans l'échangeur de chaleur, le coefficient de transfert de chaleur
local est plus faible près de la sortie de canal où la qualité de vapeur est élevée. Ceci
démontre la nécessité d'une bonne conception de l'échangeur de chaleur avec une
longueur utile bien définie.
Figure 5 : Perte de charge locale pour l’évaporation du R134a.
La figure 5 montre l’évolution de la perte de charge locale mesurée pour les mêmes
conditions expérimentales. La perte de charge augmente avec le titre en raison de
l’accélération de l’écoulement de la vapeur induisant une augmentation des contraintes
de cisaillement interfaciales et par conséquent des forces de frottement. Pour une qualité
de vapeur importante (> 80%), le film liquide en contact avec la surface du tube se
dessèche et le régime d'écoulement tend vers l'écoulement de brouillard contenant des
microgouttelettes qui vont être évaporées pour former un écoulement à une seule phase.
La chute de pression mesurée dans cette zone, décroît comme le coefficient de transfert
de chaleur.
4.3. Comparaison entre l’évaporation du R134a et du R407C
On s’est intéressé à l’étude des performances thermiques lors de l’évaporation du
R134a et du R407C. Les tests sont effectués dans le même tube de diamètre extérieur
7,94 mm. L’eau est fournie à l’évaporateur à 22°C et 0,05 kg/s. Le débit du réfrigérant
est de 193 kg/m²-s pour les deux fluides. La pression de saturation est fixée
respectivement à 4,5 et 7,8 bar pour le R134a et le R407c. Ces deux pressions ont été
choisies pour les températures de saturation qui sont équivalentes en moyenne.
La figure 6 montre l’évolution de la densité de flux thermique en fonction du titre
pour les deux fluides testés. Les écoulements observés [6,7] ont été représentés et la
limite xia entre l’écoulement intermittent et l’écoulement annulaire a été précisée pour
les deux fluides. Pour le R134a, l’augmentation du titre s’accompagne de
l’intensification des transferts alors que pour le R407C, nous constatons que la densité
de flux de chaleur diminue. Le réfrigérant R407C étant un mélange de réfrigérants
(R134a (52%), R125 (25%) et R32 (23%)) avec des volatilités différentes, lors de son
évaporation, ses composants s’évaporent à des vitesses différentes. Ainsi à cause de sa
composition, l’évaporation n’est pas la même qu’avec le R407c (le R134a étant le
composant le moins volatile du R407c) : glissement température et apparition de
l’assèchement partiel dans certaines zones de la paroi à cause de la modification de la
composition lors de l’évaporation. Les vitesses liquide et vapeur étant plus faibles pour
le R407c, les transitions dans la stratification de l’écoulement sont plus lentes. Ces
phénomènes contribuent à la dégradation des échanges thermiques [3].
On a observé ainsi une augmentation de la température d’évaporation mais aussi
l’apparition de l’assèchement à un stade plus avancé qu’avec le R134a.
Figure 6 : Comparaison R134a et R407C : évolution de la densité du flux de chaleur.
Figure 7 : Température d’eau de chauffage, de parois et de saturation – R134a (Psat = 4.5
bar) et R407C (Psat = 7.8bar) – G = 193 kg/m²-s.
La figure 7 montre les températures d’eau de chauffage, la température moyenne de
paroi et la température de saturation (en entrée de la section de tests). Pour le fluide pur
(R134a), l’évaporation s’accompagne de la diminution de la température de paroi
jusqu’à l’assèchement de cette dernière. Lorsque l’assèchement intervient, sur certaines
zones, on note l’augmentation de la température de paroi synonyme du faible échange
thermique. Contrairement au R407C, la température de paroi augmente avec celle de
saturation.
5. Conclusion
Le dimensionnement d’un échangeur chaleur requiert la bonne connaissance des
phénomènes qui se déroulent pendant le processus d’évaporation. Ce document présente
le phénomène d’assèchement pour deux fluides : un fluide pur (R134a) et un mélange
(R407c). Les températures de paroi et la température d’évaporation ont été présentées.
Nous constatons que le flux de chaleur diminue en début d’évaporation pour le R407c
alors que pour le R134a, il a la même évolution que la perte de charge et le coefficient
de transfert thermique local. Ces données sont essentielles pour la connaissance de la
longueur utile d’évaporation en fonction du réfrigérant.
Une large étude est ainsi menée pour le dimensionnement des évaporateurs dans
plusieurs aspects : compacité, économique et écologique.
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