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Prévention Violence Sahel : Conversations 2018

Ce document décrit une réunion régionale sur la prévention de la violence et la construction de la paix dans la région du Sahel et du Sahara. La réunion a réuni plus de 70 experts de la région pour discuter des causes de la violence, des facteurs de résilience, et des initiatives de prévention. Les participants ont souligné la nécessité d'aborder ces problèmes de manière holistique en se concentrant sur la transformation des causes profondes de la violence.

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Prévention Violence Sahel : Conversations 2018

Ce document décrit une réunion régionale sur la prévention de la violence et la construction de la paix dans la région du Sahel et du Sahara. La réunion a réuni plus de 70 experts de la région pour discuter des causes de la violence, des facteurs de résilience, et des initiatives de prévention. Les participants ont souligné la nécessité d'aborder ces problèmes de manière holistique en se concentrant sur la transformation des causes profondes de la violence.

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Investir dans la paix et la

prévention de la violence au
Sahel-Sahara : Troisièmes
Conversations régionales

SEPTEMBRE 2018

Introduction
Malgré la multiplication des réponses sécuritaires dans l’espace sahélo-
saharien, celles-ci, même si elles sont nécessaires, ont démontré leurs limites,
en partie car elles traitent les symptômes plutôt que les nombreuses causes
endogènes, transnationales ou exogènes qui génèrent et nourrissent la
violence. Les phénomènes de violence et d’extrémisme violent sont
complexes, diffèrent d’une région à une autre et appellent des réponses
spécifiques à chaque contexte. C’est dans la transformation des conditions
propices à la violence par un véritable investissement dans la construction de
Ce séminaire a été co-organisé à
Alger, en Algérie, les 24 et 25 juin
la paix et du vivre-ensemble en paix que repose la clé. C’est en tout cas la
2018 par IPI, le Bureau des Nations conviction qui se conforte depuis le lancement de l’initiative des
Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Conversations régionales pour la prévention de l’extrémisme violent.
Sahel (UNOWAS), le Département Cependant, ces pratiques et facteurs de résistance et de résilience et les
fédéral des affaires étrangères
expériences réussies qui proposent des alternatives concrètes et crédibles à la
(DFAE) de la Suisse et le Centre
africain d’études et de recherche sur
violence restent trop peu étudiés et valorisés sur le continent et au-delà. Et en
le terrorisme (CAERT) de l’Union même temps, globalement, l’extrémisme violent continue de gagner du
africaine, avec le soutien du terrain, au sens propre et figuré : cela doit nous interpeler en termes d’effi-
gouvernement algérien. Ces Conver- cacité des réponses apportées.
sations d’Alger ont fait suite à celles
C’est précisément pour créer un espace d’échange et d’appropriation de
organisées à Dakar en juin 2016 et à
N’Djamena en juin 2017 et l’approche de prévention de la violence dans l’espace sahélo-saharien que
s’inscrivent également dans la l’Institut international pour la paix (IPI), le Bureau des Nations Unies pour
continuité du séminaire précurseur à l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS), le Département fédéral des
Tunis en novembre 2015. affaires étrangères (DFAE) de la Suisse1 et le Centre africain d’études et de
Les préparations substantives de la recherche sur le terrorisme (CAERT) de l’Union africaine ont organisé, avec
rencontre d’Alger furent assumées le soutien du gouvernement algérien, la troisième édition des Conversations
par un comité mis sur pied avec des régionales pour la prévention de l’extrémisme violent.
représentants de chaque partenaire. Ouverte officiellement par le Ministre des affaires étrangères de l’Algérie,
La rédaction de ce rapport de
synthèse fut réalisée par Aïssata
cette rencontre a réuni plus de 70 experts et praticiens venus de l’Afrique du
Athie d’IPI, au nom des partenaires Nord, de l’Ouest et centrale : des représentants des gouvernements et des
et avec leur soutien. Ce rapport forces de défense et de sécurité, des autorités politiques, religieuses et
reflète l’interprétation des discus- traditionnelles, des membres de la société civile, des chercheurs et des
sions par la rapporteuse et ne représentants des médias et d’institutions culturelles, ainsi que des représen-
représente pas nécessairement les tants des organisations régionales et internationales et des partenaires.
opinions de tous les participants.

IPI est reconnaissant envers ses


généreux donateurs et partenaires,
dont le soutien et la collaboration 1 Lequel s’est doté en avril 2016 d’un Plan d’action de politique étrangère pour la prévention de l’extrémisme
rendent possibles les publications violent, fondement de son engagement notamment dans cette initiative des Conversations régionales. Voir
[Link]/dam/eda/fr/documents/publications/SchweizerischeAussenpolitik/Aussenpolitischer-
comme celle-ci. En particulier, IPI Aktionsplan-PVE160404_FR.pdf .
remercie la Confédération Suisse.
2 COMPTE-RENDU DU SÉMINAIRE

Les Conversations régionales ont été initiées en Résumé des


2016 en lien avec le lancement du Plan d’action du
Secrétaire général des Nations Unies pour la recommandations
prévention de l’extrémisme violent qui appelle à la
nécessité « d’adopter une approche plus globale, Les diverses analyses et recommandations issues
qui comprenne non seulement les mesures des deux jours de travaux ont rappelé la complexité
essentielles de lutte contre le terrorisme axées sur la des phénomènes de violence et de l’extrémisme
sécurité mais aussi des mesures de prévention violent et souligné la nécessité d’inscrire les initia-
systématiques qui s’attaquent directement aux tives de prévention dans une approche holistique et
causes de l’extrémisme violent »2. pragmatique axée sur la recherche de résultats
concrets. Les participants ont exprimé leur engage-
A travers sa dimension régionale et sa participa- ment à jouer un rôle actif dans la mise en œuvre des
tion diversifiée, cette initiative propose un espace recommandations pertinentes ci-dessous :
informel d’échanges sur la prévention de
l’extrémisme violent, et construit et renforce des • Investir dans la prévention de la violence, y
passerelles entre acteurs d’horizons professionnels compris l’extrémisme violent, en travaillant à
divers et des initiatives positives régionales qui transformer les causes qui la suscitent ; les parti-
constituent des alternatives concrètes à cipants et les organisateurs des Conversations
l’extrémisme violent. Le dialogue est au cœur de la s’engagent à poursuivre ce plaidoyer.
démarche de cette initiative. • Favoriser tous les espaces de dialogue à travers
Sur la base de la richesse des vécus et des lesquels la cohésion sociale et le lien entre la
pratiques de participants venus de divers horizons société et l’État se renforcent et consolident le
africains, les discussions d’Alger portèrent dans un vivre-ensemble en paix, en particulier dans les
premier temps sur l’analyse des causes de zones marginalisées, qu’elles soient urbaines ou
l’extrémisme violent et des facteurs qui y rurales.
contribuent. Puis elles traitèrent des facteurs de • Favoriser également le dialogue comme outil de
résilience et des facteurs de paix positive, et enfin prévention pour comprendre l’extrémisme
des actions concrètes et multiples de prévention de violent, pour apporter des réponses collectives
la violence engagées par différents acteurs de la aux causes qui le provoquent et là, où possible,
région afin de « renverser la table » et sortir de la pour tendre la main vers les acteurs de cette
spirale de violence. violence.
La nécessité de formuler des recommandations • Favoriser la participation des femmes, des jeunes,
concrètes par et pour les praticiens de la région a des communautés locales et des familles dans le
guidé ces Conversations autour de thématiques développement et la mise en œuvre des initiatives
identifiées comme essentielles lors des précédentes de prévention de la violence, y compris à travers
Conversations : les relations État-citoyen et leur participation à la prise de décision politique.
gouvernants-gouvernés ; la participation politique ; • Reconnaître le rôle central des pouvoirs publics
le dialogue inclusif comme outil de transformation et des acteurs politiques dans la prévention de
de la violence ; les dynamiques socio-économiques l’extrémisme violent et les encourager à engager
et politiques transfrontalières ; la contribution des le dialogue et l’action avec tous les acteurs de la
médias aux efforts de prévention ; celle des forces société pour adresser les causes de l’extrémisme
de défense et de sécurité ; et le potentiel de la violent et à privilégier davantage l’approche
culture, de l’éducation et de la citoyenneté en tant préventive dans leurs stratégies de lutte contre le
qu’outils de prévention. terrorisme et l’extrémisme violent.

2 Assemblée générale des Nations Unies, Plan d’action pour la prévention de l’extrémisme violent — Rapport du Secrétaire général, Doc. ONU A/70/674, 24 décembre
2015.
Investir dans la paix et la prévention de la violence au Sahel-Sahara 3

• Engager le dialogue entre les forces de défense et réponse basée sur une approche holistique et
de sécurité et les communautés, ainsi qu’entre les globale, allant au-delà de l’action militaire. Ce
forces de défense et de sécurité et les responsables d’autant plus que parfois celle-ci est accompagnée
politiques, pour favoriser la confiance et une de comportements abusifs de la part des forces de
meilleure compréhension de leurs rôles respec- sécurité et de défense envers les populations,
tifs, pour (si besoin) corriger les comportements augmentant le fossé entre les États et leurs
abusifs et pour donner un cadre républicain administrés. La réponse militaire sert trop souvent
stimulant le rôle de prévention de ces forces. de « paravent » au manque de volonté des respon-
• Face à cette nouvelle menace, reconnaître la sables politiques de s’engager autant, si ce n’est
nécessité de développer une nouvelle doctrine plus, dans les actions préventives, seules à même de
pour les forces de défense et de sécurité, résoudre les antagonismes sur le long terme.
construite sur les impératifs du service républi- Cette approche multidimensionnelle est
cain, des droits de l’homme, du droit interna- nécessaire au vu de la variété des causes et facteurs
tional humanitaire et de la sécurité humaine, et qui sont à l’origine du phénomène. La religion,
renforcer les capacités dans ces domaines. souvent affichée comme facteur premier, s’avère
• Œuvrer aux côtés des professionnels des médias dans la réalité être un élément parmi d’autres ; les
à une sensibilisation et un renforcement des injustices politiques, sociales et économiques,
capacités sur le rôle central qu’ils peuvent l’impunité, le désir de vengeance, la quête de
assumer en matière de prévention de protection, la pauvreté, le chômage (notamment
l’extrémisme violent, par une information chez les jeunes), la mauvaise gouvernance, la
objective, en relayant des discours de paix et non corruption, la marginalisation et le sentiment
de haine, et en faisant valoir les expériences d’exclusion, la crise d’identité, le changement
réussies de prévention. violent de régime et la résurgence d’anciens conflits
mal résolus sont autant de facteurs à cerner pour
• Placer la culture, la citoyenneté et l’éducation
mieux comprendre et répondre aux causes de ce
(formelle mais également au sein des familles) au
phénomène.
cœur des dispositifs de prévention de
l’extrémisme violent. L’érosion des institutions publiques a aussi été
soulevée, et les conséquences que cela peut avoir
• Face au caractère transnational du phénomène
sur les capacités de ces sociétés à faire face à la
d’extrémisme violent, qui appelle également une
violence. La corruption, la mauvaise gouvernance
réponse régionale, éviter d’avoir de multiples
et le manque de transparence remettent en cause la
stratégies et programmes régionaux institution-
légitimité de l’État et de ses institutions. Par
nels, non seulement en améliorant la coordina-
exemple, les difficultés d’accéder au système de
tion mais aussi en développant de véritables
justice et la remise en cause de son impartialité font
approches intégrées.
que les citoyens perdent confiance dans cette
• A l’instar des Conversations, poursuivre au plan institution. Le secteur de l’éducation, véritable
régional les efforts visant à partager et à appuyer naufragé dans la plupart des pays concernés,
les diverses expériences réussies, afin de illustre également parfaitement en quoi le déficit
renforcer l’approche préventive dans le traite- d’État peut créer des ravages profonds au sein des
ment de l’extrémisme violent. sociétés. La floraison des écoles coraniques
incontrôlées fut abondamment évoquée. A la place
La nécessité d’une réponse d’aller vers ces institutions qui s’occupent des
multidimensionnelle et sources du problème, les ressources publiques sont
souvent concentrées vers le domaine de la sécurité
inclusive fondée sur le pour répondre à la menace à court terme.
dialogue La famille peine à constituer un rempart à
l’endoctrinement et au recrutement des jeunes. Il a
Les réponses militaires et sécuritaires au Sahel- été mentionné une « abdication de la responsabilité
Sahara, bien que parfois nécessaires, ont démontré des parents » dans certains cas et un manque de
leurs limites ; l’extrémisme violent nécessite une surveillance et de suivi, alors même que la famille
4 COMPTE-RENDU DU SÉMINAIRE

devrait fonctionner comme un mécanisme d’alerte contre les populations, cela peut pousser ces
précoce. La famille est le premier lieu de trans- dernières dans les bras des groupes extrémistes
mission et d’acquisition de valeurs sociétales. Que violents. Par ailleurs, l’équilibre des pouvoirs dans
faire lorsque les parents n’encouragent plus leurs ces zones « oubliées » se trouvent de plus en plus
enfants à aller à l’école, car celle-ci offre un service souvent bouleversés par l’émergence de milices
inadéquat (classes d’une centaine d’enfants, pas de d’auto-défense, souvent constituées sur une base
matériel, pas ou peu d’enseignants) ? Que faire communautaire, qui tentent de remplir le vide
lorsque les parents n’ont pas de réponse face aux sécuritaire. Dans ce contexte, la notion de la
questions de leurs enfants sur leur avenir et leur « dignité humaine » est souvent revenue dans les
place dans leur société ? Que faire lorsque ce sont conversations. Lorsque la dignité humaine est
les parents eux-mêmes qui parfois encouragent atteinte par l’État, cela renforce l’attrait des groupes
leurs enfants à « partir au large » (pour s’engager extrémistes violents qui se présentent comme
dans la violence, pour chercher un ailleurs alternatives à l’État pouvant protéger la population
meilleur, etc.) ? des exactions des communautés rivales et de l’État
Le contexte actuel est par ailleurs marqué par et faire justice à peu de frais.
l’érosion des coutumes et pratiques traditionnelles Les périodes de transitions politiques et de
qui ont longtemps constitué un rempart aux changement de régime soudain constituent aussi
discours de haine et violence. Cette érosion a dans des moments propices pour l’émergence de ces
certains cas entraîné une perte d’emprise de ces groupes qui s’emparent du vide politique et institu-
communautés sur la régulation sociale et parfois tionnel pour se poser en alternative et solidifier le
même politique. De surcroît, les mouvements de discours « eux » contre « nous ». Cela a notamment
transhumance et autres déplacements exacerbés été le cas en Libye, où les groupes extrémistes
par les changements climatiques au Sahel-Sahara violents, souvent déjà sous-jacents, ont saisi le
ont favorisé l’émergence de tensions entre moment de la chute du régime de Mouammar
communautés. C’est notamment le cas dans la Kadhafi pour proliférer et créer des alliances
région du centre du Mali et au Niger, où les affron- au-delà des frontières. L’attrait de ces groupes
tements entre éleveurs nomades et agriculteurs extrémistes violents est en effet renforcé lorsque
sédentaires se multiplient. Ces tensions intercom- ceux-ci se « substituent » à l’État en fournissant des
munautaires font en outre l’objet d’instrumentali- services sociaux, de la sécurité, de la justice ou des
sation par les milices, les groupes armés et les États revenus.
eux-mêmes à des fins de contrôle, au point que Face à de tels défis, dont on note bien la diversité,
certains disent « ce ne sont pas les terroristes qui les participants ont ainsi appelé au besoin urgent
nous terrorisent, c’est notre État et les milices ». d’une réponse multidimensionnelle et inclusive de
Cela est ressorti comme l’un des risques majeurs de tous les secteurs de la société. En partant du constat
conflagration. Les participants ont appelé à que les structures et actions étatiques sont
renforcer les communautés locales afin de les aider nécessaires mais insuffisantes, l’engagement de
à résoudre les conflits intercommunautaires de l’ensemble de la société — hommes politiques,
manière pacifique à travers le dialogue et en leaders d’opinion, forces de défense et de sécurité,
impliquant les chefs traditionnels. éducateurs, femmes, jeunes, familles, chefs
La persistance, voire le creusement, de l’écart religieux et traditionnels, communautés, médias,
entre riches et pauvres peut aussi engendrer un société civile, acteurs de la culture et chercheurs —
rejet de l’État et de ses institutions. Ceci est parti- comme acteurs clés de la prévention de
culièrement vrai dans les zones transfrontalières l’extrémisme violent s’avère indispensable. Mais il
éloignées des centres administratifs, où les services fut dit aussi que tout cela doit être présidé par une
étatiques peinent à maintenir une présence et où les volonté politique ferme et affichée qui mise sur la
populations parviennent difficilement à avoir accès richesse de cette diversité et montre le chemin de
aux services de base, surtout aux services de l’inclusion.
sécurité. En effet, lorsque l’État faillit à assurer la Les Conversations d’Alger ont aussi été le révéla-
sécurité de ces populations ou que ses forces teur du besoin profond de dialoguer, à tous les
armées commettent elles-mêmes des exactions niveaux, pour comprendre les causes de
Investir dans la paix et la prévention de la violence au Sahel-Sahara 5

l’extrémisme violent et pour œuvrer au change- disponible à la société civile au motif de la lutte
ment : au sein des familles, au sein des écoles, au contre le terrorisme.
sein des institutions, entre les politiques et les Le dialogue et la coopération entre le gouverne-
militaires, entre les communautés et ceux qui les ment et les citoyens doivent par ailleurs être
administrent ou les sécurisent, et peut-être même renforcés. Les espaces de dialogue entre les deux
avec les extrémistes violents. Mais le dialogue est sont encore trop rares et ne résistent pas toujours
difficile, et il n’est pas mécanique. Il est donc aux crises. Une collaboration transparente,
fondamental de créer les espaces structurés pour le inclusive et participative entre les gouvernants et
dialogue où les expériences et les questions peuvent les gouvernés est pourtant nécessaire et bénéfique à
être partagées, et où l’envie d’aller vers l’autre peut tous. Ces derniers pourraient ainsi être consultés
grandir. lors de l’élaboration et la mise en œuvre de
politiques publiques de prévention. Par exemple, la
Le rôle de la société civile Commission nationale tunisienne de lutte contre le
locale dans la prévention terrorisme veille à intégrer dans ses activités toutes
les composantes de la société civile, perçues comme
Les Conversations ont prêté une attention parti- étant en première ligne pour faire face à, mais aussi
culière au rôle de la société civile locale et à sa pour prévenir, l’extrémisme violent. Il s’agit donc
relation avec l’État. La société civile est aussi pour les institutions publiques et les respon-
polymorphe, elle comprend non seulement des sables politiques de prendre la pleine mesure de la
« organisations de la société civile », mais aussi les richesse que représente l’interaction avec la société
communautés elles-mêmes, leurs leaders, les civile (au sens large) et de la valoriser dans le cadre
villages et autres formes de regroupements de des politiques publiques.
populations locales, les femmes ou les jeunes qui Les participants ont également rappelé l’impor-
s’organisent de diverses manières, de simples tance de l’inclusion politique des femmes et des
individus qui agissent et des structures socio- jeunes, notamment au niveau local. Cela peut se
professionnelles. faire en adoptant des mesures destinées à réduire
La société civile joue un rôle central dans la l’âge minimum de candidature à certains postes
prévention de l’extrémisme violent car ce politiques, à instaurer un quota minimum de
phénomène se manifeste en réponse à des facteurs jeunes et de femmes, à renforcer leurs capacités ou
locaux plutôt qu’à des dynamiques globales, même à éliminer les barrières financières à leur participa-
si ces dernières entrent souvent dans le discours des tion, notamment en zone rurale (frais liés aux
groupes. Les stratégies de développement et projets campagnes, déplacements, etc.). Des officiels
de prévention doivent ainsi être adaptés au algériens ont partagé l’expérience d’un partenariat
contexte local et aux besoins exprimés à ce niveau avec ONU Femmes pour offrir une formation aux
et éviter d’imposer des agendas extérieurs. Comme candidates au parlement. En Tunisie, le plan
exemples de ce risque furent cités les priorités d’action national de mise en œuvre de la Résolution
budgétaires nationales trop influencées par des 1325 du Conseil de sécurité donna lieu à un
bailleurs internationaux et leurs propres agendas, dialogue entre le gouvernement et la société civile
ou encore la Conférence d’entente nationale de avec comme résultat l’adoption d’une loi cadre
mars 2017 au Mali dont la recommandation de pour la protection des femmes et l’appui à la parti-
négocier avec les extrémistes religieux du Nord et cipation des femmes dans les domaines militaires,
du Centre fit long feu en partie sous pression politiques et économiques. En Algérie et au Maroc,
extérieure. Il s’agit plutôt d’appuyer les initiatives des « mourchidates » (femmes musulmanes
qui viennent des communautés elles-mêmes, qui prédicatrices et assistantes religieuses) travaillent
connaissent mieux que quiconque leurs besoins. aux côtés de leurs homologues hommes à
Au niveau financier, cela se traduit aussi par l’appui transmettre les messages de tolérance de l’Islam,
aux programmes qui fonctionnent et le fait d’éviter non seulement dans les mosquées, mais aussi dans
d’inonder la société civile de fonds qu’elle n’a pas la les familles, les maisons de jeunes, les hôpitaux ou
capacité d’absorber. Les gouvernants doivent de les écoles.
surcroît veiller à ne pas restreindre l’espace De manière générale, les États doivent accepter et
6 COMPTE-RENDU DU SÉMINAIRE

favoriser le rôle indispensable de la société civile, médias sur la bonne gouvernance d’Internet et à
tout en assumant sa propre responsabilité dans la travers le décryptage des « fake news » qui peuvent
mise en place de la bonne gouvernance, devenir facteur de recrutement des jeunes. Enfin,
notamment des services sociaux, éducatifs, de santé l’action de sensibilisation des médias peut passer
et de justice. L’objectif est ainsi de valoriser les par le fait de dédier un espace pour promouvoir et
populations vulnérables et de favoriser leur donner de la visibilité aux initiatives positives à la
épanouissement ; mieux ancrées au sein de l’État et prévention qui existent déjà et donner la voix à
de la nation, elles seront d’autant moins tentées par leurs animateurs et animatrices.
les expédients proposés par les groupes extrémistes La contribution des médias aux efforts de
violents. prévention est particulièrement importante au
niveau local. Les radios communautaires qui
Les médias comme outil de revêtent un aspect inclusif — étant auprès des
prévention communautés locales, communiquant dans les
langues locales et se focalisant sur les dynamiques
A l’heure de l’information en continu et des locales — ont notamment été soulignées. Celles-ci
réseaux sociaux, les médias (radios commu- peuvent effectivement contribuer à la prévention et
nautaires, presse écrite, médias en ligne, réseaux au dialogue, comme le montrent, par exemple, la
sociaux, audiovisuel) sont incontournables dans retransmission de cafés politiques (en Tunisie), les
leur capacité d’atteindre les acteurs de tous les échanges entre acteurs politiques et activistes de la
niveaux, depuis les décideurs politiques jusqu’aux société civile diffusés comme podcasts, ou la
communautés locales. L’utilisation croissante des diffusion de messages religieux positifs afin de bâtir
médias et réseaux sociaux par les groupes un discours alternatif à l’argumentaire des groupes
extrémistes violents pour diffuser leur propagande extrémistes (au Sahel et au Nigéria). Des initiatives
révèle la nécessité pour les médias de jouer un rôle œuvrent aussi à désenclaver les zones rurales
plus actif dans la prévention de la violence, en auparavant privées d’accès à l’information.
assurant l’objectivité de l’information qu’ils véhi- Il est important de tenir compte non seulement
culent. Bien que le principe de couverture des médias traditionnels mais aussi du pouvoir
médiatique impartial reste primordial, les partici- que les influenceurs peuvent avoir sur les réseaux
pants ont souligné la nécessité d’empêcher les sociaux (notamment sur les jeunes). Le « dark
groupes extrémistes violents d’utiliser les médias web » est un espace de recrutement important pour
comme outil de propagande, et au contraire les groupes extrémistes, et la non-gouvernance de
d’assurer des espaces pour la diffusion de messages ces espaces leur permet de propager leur doctrine
en faveur de la paix. La question de la liberté librement. La contribution des médias aux efforts
d’expression a aussi été soulevée avec une de prévention nécessite de ce fait une formation des
reconnaissance que cette liberté ne peut être journalistes au phénomène d’extrémisme violent
absolue lorsqu’il s’agit d’appels à la haine et à la afin d’en comprendre les tenants et aboutissants et
violence. de développer une expertise. Ici, le choix de la
Les médias peuvent ainsi jouer un rôle de préven- terminologie prend une place importante, afin
tion à travers l’information, l’éducation et la d’éviter tout amalgame qui pourrait infléchir
sensibilisation à la prévention. Sur ce rôle d’infor- l’action dans un sens négatif. Il a de surcroît été
mation, les médias se doivent d’informer et de mentionné la nécessité d’une formation sur les
disséminer les réalités vécues par les communautés différents types d’extrémisme, non seulement
affectées. Ces témoignages peuvent avoir un effet religieux mais aussi ethnique, nationaliste et
thérapeutique pour les victimes qui voient ainsi misogyne, qui représentent tous un défi à la
leur souffrance être reconnue. Ainsi, des initiatives cohésion sociale et peuvent être sources
ont été créées en Tunisie, au Mali et ailleurs pour potentielles de violence.
diffuser des vidéos web mettant en scène des jeunes Constatant les limites qui peuvent exister à la
s’exprimant sur les problèmes locaux, la violence et contribution des médias aux efforts de prévention
les défis auxquels ils sont confrontés. Les partici- dans le Sahel-Sahara, il a été recommandé la
pants ont aussi évoqué le rôle « d’éducation » des création dans le cadre de cette initiative d’un
Investir dans la paix et la prévention de la violence au Sahel-Sahara 7

comité de pilotage chargé de formuler une stratégie d’opérations antiterroristes sont nombreux et
pour la production et la diffusion de contenus en rarement suivis de mise en responsabilité. De plus,
faveur de la prévention de l’extrémisme violent les FDS ne sont pas nécessairement outillées pour
dans les médias et pour la sensibilisation et la affronter les groupes extrémistes violents, et elles
formation des professionnels des médias à cet opèrent souvent sans que les fonctions politiques
égard. Il a également été recommandé la création ou civiles ne soient mises en place pour relayer
d’un guide de bonnes pratiques journalistiques et l’action militaire, ce qui impose à celle-ci de
d’une plateforme de journalistes du Sahel-Sahara perdurer ou d’assumer des rôles qui dépassent leur
pour la paix. Cette plateforme régionale pourrait mandat.
servir à disséminer des expériences positives, servir Il est nécessaire de sensibiliser et renforcer les
de portail de contenus en faveur de la paix, capacités des FDS face à un phénomène relative-
effectuer un travail de sensibilisation des médias, ment nouveau qui diffère des guerres convention-
mener des actions de plaidoyer en direction des nelles pour lesquelles elles sont formées. Les parti-
responsables et servir de banque de données de cipants ont ainsi souligné l’importance de
contacts et de ressources d’expertise. développer une nouvelle doctrine militaire face à
Au vu du caractère transnational et global du l’extrémisme violent afin de répondre aux
phénomène de l’extrémisme violent, il a été méthodes de guerre non-conventionnelles de ces
reconnu que la contribution des médias aux efforts acteurs armés non-étatiques qui se fondent dans la
de prévention nécessite aussi d’impliquer les masse parmi les civils ou opèrent par des actions
médias étrangers et la communauté internationale indiscriminées. Il est également nécessaire que des
sur l’importance de ces espaces de sensibilisation à formations s’adressent tant au niveau du leadership
la paix. stratégique qu’aux éléments de troupes et qu’elles
abordent explicitement les dynamiques de
La contribution des forces l’extrémisme violent afin d’en comprendre les
causes et la nature complexe et évolutive. De telles
de défense et de sécurité à formations doivent en outre se focaliser sur une
la prévention approche de sécurité humaine centrée sur les
personnes, inclure des contenus sur l’éthique
Les forces de défense et de sécurité (FDS) sont au professionnelle et la promotion des droits de
premier plan lorsqu’il s’agit de combattre l’homme et du droit international humanitaire.
l’extrémisme violent, et leur contribution aux Enfin, il a été rappelé que la notion d’armée
efforts de prévention est également essentielle dans républicaine est d’autant plus d’actualité lorsque
le cadre d’une approche holistique3. Si toutefois dans la réalité ; les violences de tous ordres se
leur action n’est pas proportionnelle ou ne respecte mélangent et se nourrissent de lignes de rupture
pas les règles du droit international, l’action des politiques, tribales ou territoriales qui se trouvent
FDS peut être contreproductive. Dans la région, les aussi dans les corps habillés.
abus perçus ou réels des FDS, ainsi que l’impunité
L’expérience démontre que le succès ou l’échec
qui les couvre, sont évoqués comme facteurs
des interventions militaires dépend largement de
motivant les jeunes à rejoindre les groupes
l’interaction avec et de la participation de la
extrémistes violents. Ainsi, dans l’état de Borno, au
population civile. Pour bâtir et renforcer la
nord du Nigéria, les abus des FDS sont cités comme
confiance des citoyens, il est important que les FDS
facteur premier pour lequel les individus rejoignent
ne soient pas perçues comme étant elles-mêmes
les rangs de Boko Haram. Les cas de mauvais traite-
une menace ou des auteurs de violence contre la
ments, violences, arrestations arbitraires, tortures,
population. Cette mise en confiance mutuelle peut
extorsions et exécutions sommaires dans le cadre
passer par l’organisation de programmes de

3 La question de la contribution des FDS à la prévention a déjà été évoquée dans le cadre des Conversations régionales précédentes et lors d’un séminaire satellite
organisé en 2017 à Dakar. Les Conversations d’Alger ont prolongé ce travail et se sont focalisées sur la formulation de recommandations concrètes à l’attention des
FDS pour une action de prévention. Centre des hautes études de défense et de sécurité (CHEDS) du Sénégal et Département fédéral des affaires étrangères (DFAE)
de Suisse, « Séminaire régional : Forces de défense et de sécurité dans la prévention de l’extrémisme violent en Afrique », Dakar, Sénégal, 9 et 10 octobre 2017, voir
[Link]/wp-content/uploads/2018/02/BAT_RAPPORT-[Link] .
8 COMPTE-RENDU DU SÉMINAIRE

sensibilisation et la création d’espaces de dialogue encouragé un travail de documentation, d’analyse


avec les communautés, en particulier les groupes de et de diffusion des expériences existant en la
jeunes, femmes et leaders religieux et traditionnels. matière.
Il s’agit d’inclure les communautés dans l’élabora- Adresser la méfiance entre les FDS et la popula-
tion de stratégies de prévention afin de promouvoir tion civile implique d’améliorer les stratégies de
l’appropriation locale. Il a aussi été recommandé communication des FDS sur les opérations
que les FDS ne recourent pas à une stratégie militaires et les résultats de celles-ci. Il a été
d’engagement uniquement aux fins de renseigne- constaté un manque de communication de la part
ment : cela ne permet pas de construire la confiance des FDS — par négligence ou souci de confiden-
et met parfois même les populations en danger. tialité — ce qui peut renforcer le sentiment de
Une autre suggestion a été celle de mettre en place méfiance envers elles (notamment lorsqu’elles sont
des officiers civilo-militaires dont l’action princi- accusées d’abus). Avec une communication
pale serait dédiée à la fluidité des relations entre effective (dans la mesure du possible), les FDS
civils et militaires. pourraient obtenir le soutien de la population mais
Les polices de proximité ont également un rôle aussi l’intégrer aux efforts de prévention et dans la
important à jouer dans l’instauration d’un lien de gouvernance du secteur de la sécurité. L’utilisation
confiance avec les populations locales. En principe, des médias et réseaux sociaux (par ex. Twitter) à
leur « proximité » devrait permettre une plus cette fin peut être utile, par exemple pour rendre
grande représentativité et donc l’inclusion publiques les poursuites ou sanctions prises à
d’éléments émanant des communautés locales. l’encontre de ceux qui commettent des violations et
L’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali pour mettre fin à la stratégie du « démenti ».
de 2015 prévoit, par exemple, l’établissement d’une Les participants ont également identifié un rôle à
police territoriale et de comités consultatifs locaux jouer pour les FDS, aux côtés des gouvernements et
de sécurité impliquant FDS et populations locales. des organisations de la société civile, dans la réinté-
Dans le contexte actuel et du fait de la nature de la gration et la réhabilitation d’anciens membres de
menace, le corps militaire se retrouve souvent à groupes extrémistes violents. L’expérience du
remplir les fonctions de la police, qui souvent Nigéria a ici été prise en exemple. L’Opération Safe
manque de capacités suffisantes pour accomplir Corridor est un programme mené par 13 agences
son rôle. Il s’agit donc également de renforcer les gouvernementales aux côtés de l’armée nigériane,
capacités de la police locale. qui vise à la déradicalisation, la réhabilitation et la
Restaurer la confiance nécessite par ailleurs pour réintégration d’anciens membres de Boko Haram
les FDS d’assurer une présence constante, la crainte jugés comme présentant un « faible risque ». Ceci
de représailles par les groupes armés empêchant se fait à travers la prise en charge psychologique
souvent les civils de coopérer avec elles. L’absence (par les psychologues et les responsables religieux)
des FDS est d’ailleurs un des facteurs qui a facilité et économique (à travers l’offre de formations
l’émergence de milices d’auto-défense. Ces milices, professionnelles). Des activités sont également
qui ont émergé un peu partout dans la région mises en œuvre pour engager et renouer le dialogue
comme des palliatifs au déficit de protection de la avec les familles de ces ex-combattants. Leur
part des FDS, représentent désormais aux yeux de réinsertion et réintégration dans les communautés
beaucoup une véritable épée de Damoclès. Celles-ci d’accueil représentent toutefois un défi important
se sont souvent constituées sur une base car peu de moyens sont consacrés au dialogue avec
communautaire, tribale ou ethnique et participent ces communautés sur les notions de pardon et de
aujourd’hui au clivage sociétal à l’origine des justice, alors même que celles-ci ont souvent été
violences, ou font l’objet de manipulations victimes des exactions de Boko Haram.
hasardeuses de toutes parts. Viendra le moment où Un élément important à prendre en compte pour
la nouvelle fonction sociale que ses membres se la réintégration porte sur les femmes et compagnes
sont donnée, assortie souvent de dividendes de ces ex-combattants, qui ont soit volontairement
économiques, touchera à son terme. Comment les rejoint les forces ou y ont été contraintes. Le
responsables politiques et les FDS préparent-ils la stigmate social pour ces femmes est considérable et
gestion de cet avenir ? Les participants ont peut les dissuader de témoigner de leur expérience.
Investir dans la paix et la prévention de la violence au Sahel-Sahara 9

Une autre question mise en avant porte sur le genre FDS ne peuvent endosser seules ce rôle de préven-
et la désignation de « points focaux genre » au sein tion ; cela implique une coopération au sens large,
des FDS afin de faciliter une plus grande respons- à savoir l’encadrement des acteurs politiques au
abilisation et représentativité des femmes dans le plus haut niveau et le soutien des autres parties
domaine de la sécurité, police comme forces prenantes. Les FDS font actuellement face à une
armées. pression importante de la part des acteurs
Le gouvernement d’Algérie a partagé son expéri- politiques mais aussi du public en général en
ence en matière de réintégration d’ex-combattants attente de résultats sécuritaires rapides. Une telle
et le recours à l’amnistie vers la fin de sa « décennie pression ou l’absence d’autres formes de réponses
noire » dans les années 1990. Le modèle suivi par (politiques, sociales, économiques) peuvent nuire
les autorités algériennes et la police nationale fut aux efforts des FDS sur le moyen terme, et les
celui de la réconciliation nationale et la mise en participants ont encouragé un dialogue plus actif
place de politiques de concorde civile avec l’appui auprès des responsables politiques à cet égard.
de la population.
Une question plus difficile à aborder fut celle du
L’éducation, la culture et la
rôle que pourraient jouer de tels combattants citoyenneté comme moyens
désengagés en termes de prévention. Les FDS sont de prévenir la violence
souvent au premier contact avec ceux qui se
rendent ou sont capturés et sont en mesure de Au regard de la nécessité d’une approche globale
recevoir des informations de premières mains non pour prévenir l’extrémisme violent, les participants
seulement sur les stratégies ou modes opératoires ont identifié le potentiel de l’éducation, de la
de l’ennemi, mais aussi sur les parcours de ceux qui culture et de la citoyenneté. Le moment de
sont partis combattre et sont revenus. Qu’advient- l’enfance a été reconnu comme propice pour
il de telles informations ? Peuvent-elles être promouvoir les valeurs de la tolérance et le respect
utilisées pour démystifier et décourager l’attrait de de la diversité, l’inclusion, le dialogue, le pluralisme
cette violence auprès d’autres candidats ? Les et l’égalité. Il a ainsi été recommandé aux États de
intéressés eux-mêmes sont-ils en mesure de porter la région de mettre en place des cursus d’enseigne-
des messages de prévention ? Des témoignages ment prônant ces valeurs dès le plus jeune âge.
rares ont été donnés dans ce sens à Alger et Ceux-ci pourraient offrir un discours alternatif à
amènent à réfléchir sérieusement à cette dimension celui des groupes extrémistes violents et construire
de la prévention encore largement inexplorée. les bases d’une société plus inclusive. La Mauritanie
Qu’en est-il par ailleurs du dialogue avec ceux qui a, par exemple, mis en place des cours obligatoires
combattent toujours dans les rangs des groupes d’instruction morale, civique et religieuse dès le
extrémistes ? Si l’idée même d’un tel « dialogue » cycle secondaire. Cette instruction civique doit
n’est pas rejetée (« il s’agit de nos fils »), elle soulève aussi comprendre des aspects relatifs à la citoyen-
néanmoins de nombreuses questions. Des amorces neté ; il s’agit d’inculquer un sentiment d’apparte-
de tels dialogues existent, souvent dans le cadre nance et d’identité nationale.
d’une démarche humanitaire, mais le passage à un Les participants ont noté l’importance d’inclure
dialogue politique n’a rien d’automatique. Il existe les traditions et coutumes locales dans les cursus
de nombreux canaux informels sur lesquels une d’enseignement afin de préserver et transmettre
amorce de dialogue peut reposer ; il existe aussi des l’histoire nationale mais aussi de revaloriser ces
degrés divers d’implication et de radicalisation au pratiques comme rempart à la violence ; « Il n’y a
sein de groupes armés. Il appartient à l’État d’arti- pas de honte à être fier de son histoire », dira l’un
culer une politique à cet égard ; il peut s’appuyer des participants. Au-delà des lieux d’éducation
sur des relais pour la mise en œuvre. Et cela passe formelle, les participants ont aussi souligné le
aussi par un dialogue avec les communautés besoin de promouvoir les principes du vivre-
d’origine ou celles touchées en premier lieu par la ensemble en paix dans tous les espaces de socialisa-
violence. tion, à commencer par la famille, mais aussi les
Enfin, un consensus a émergé sur le fait que les espaces récréatifs, les espaces associatifs de
10 COMPTE-RENDU DU SÉMINAIRE

quartiers, les lieux de spiritualité et les marchés. et futurs leaders tournés vers la tolérance et
Les États doivent également investir dans les contribuant au développement de leur
politiques de jeunesse et soutenir les initiatives communauté et du pays.
privées, telles que les maisons de jeunesse et radios La place de la religion dans les efforts de préven-
de proximité, ou encore les infrastructures de tion est aussi significative. Les chefs et érudits
sport. Ceux-ci offrent des lieux ou des outils religieux peuvent en particulier offrir des messages
d’interaction sociale et de créativité pour les jeunes, alternatifs à ceux des groupes extrémistes violents
complémentaire à ceux de la famille ou de l’école. en se basant sur les textes religieux. Il a ainsi été
La promotion du volontariat peut également être proposé de créer un collège de chefs et érudits
utile — pour exemple, le scoutisme, mouvement de religieux au Sahel-Sahara afin d’offrir un discours
jeunesse basé sur l’apprentissage des valeurs de la religieux alternatif au niveau régional, à l’exemple
solidarité, de l’entraide et du respect de l’autre. de certaines expériences déjà engagées à cet égard.
L’ensemble de ces initiatives vise à favoriser la Enfin, le rôle de la femme au sein de la famille,
participation et l’activisme des jeunes et à leur faire considérée comme le « socle de l’édifice familial » a
prendre conscience qu’eux aussi peuvent jouer un été abordé lors des discussions ; celles-ci jouent un
rôle positif dans leur société. grand rôle dans les années formatrices des enfants,
De par sa capacité à influencer l’attitude et le notamment au niveau de l’éducation. Ainsi, si elles
comportement des individus, la culture fut aussi sont sensibilisées aux facteurs de risque et ont
reconnue comme moyen de lutte contre conscience des facteurs de résilience, les chances
l’extrémisme violent ; il s’agit de favoriser l’expres- sont grandes que les enfants le soient aussi. Les
sion de la diversité artistique et culturelle au service femmes, et notamment les mères, peuvent aussi
de la paix et de propager des valeurs de tolérance, jouer un rôle important dans la réintégration d’ex-
de respect et de diversité. Ainsi, lorsqu’une série membres de ces groupes et pour faire face à la
télévisée, un documentaire, une musique, un film, rupture affective et sociale. Par exemple, une initia-
une pièce de théâtre ou même une prestation de rue tive au Cameroun associe les mères aux efforts de
mettent en évidence l’importance de « l’unité dans réintégration d’anciens membres de Boko Haram
la diversité », ils délégitiment les logiques d’affron- et à la prévention de nouveaux départs au sein des
tement basées sur la différence. L’activité d’une communautés.
ONG marocaine qui organise la tournée d’une
pièce de théâtre illustrant la réintégration d’anciens Approfondir la coopération
membres de groupes extrémistes violents, dont la
représentation est suivie d’un débat qui permet un
et l’intégration régionale
échange entre d’anciens membres de groupes et de Au vu du caractère transnational et global du
jeunes spectateurs, a par exemple été salué. phénomène de l’extrémisme violent, les
Une recommandation clé fut d’investir dans la Conversations d’Alger ont une nouvelle fois
participation politique, culturelle et économique souligné la nécessité et l’urgence d’une réponse
des jeunes en les accompagnants dans les micro- régionale coordonnée et surtout mieux intégrée. Si
projets et en favorisant l’entreprenariat de la les réponses militaires et sécuritaires se dévelop-
jeunesse. Les quartiers populaires et défavorisés, où pent au niveau régional — telles que la Force
les jeunes sont dépourvus d’opportunités, conjointe du G5 Sahel ou la Force multinationale
constituent une poche importante de recrutement mixte sous l’égide de la Commission du bassin du
pour les groupes extrémistes violents. Ainsi, des lac Tchad — les stratégies et actions régionales de
centres culturels ont été ouverts par des associa- prévention progressent faiblement et continuent de
tions au Maroc et en Tunisie au sein de tels manquer de cohérence. Ainsi, les participants ont
quartiers, afin d’offrir des activités éducatives et appelé les organisations régionales et les
culturelles telles que la musique, le sport, le théâtre partenaires qui les appuient à mettre en œuvre des
et le chant. Il s’agit de donner à ces jeunes un réponses politiques, économiques, développemen-
encadrement et une orientation afin de prévenir tales et humanitaires coordonnées. La Plateforme
leur déviance vers la violence mais aussi de leur ministérielle de coordination des stratégies Sahel,
inculquer les valeurs qui feront d’eux des citoyens par exemple, a été créée à cette fin, mais quatre
Investir dans la paix et la prévention de la violence au Sahel-Sahara 11

années se sont écoulées depuis sa mise en place et Le déficit de confiance actuel à l’égard de l’État et
son efficacité reste encore à démontrer. Compte des forces de défense et de sécurité démontre
tenu d’autres initiatives institutionnelles lancées qu’une réponse militaire seule ne peut suffire. Le
entretemps, on assiste à une forme d’encombre- dialogue entre les forces de défense et de sécurité et
ment du paysage qui signale que non seulement la les communautés, ainsi qu’avec les responsables
coordination mais aussi l’intégration des stratégies politiques, est nécessaire pour renforcer le climat
et programmes sont plus que jamais nécessaires. de confiance, une meilleure compréhension de
Les participants ont ainsi appelé à ce que les lois leurs rôles respectifs et les bases d’un vivre-
nationales fassent l’objet d’une harmonisation au ensemble en paix auquel tous aspirent. Pour cela,
niveau régional afin de permettre une action plusieurs priorités ont été soulignées. Il s’agit de :
commune allant dans le même sens et intégrant 1. Inscrire les initiatives de prévention dans une
également la dimension de prévention. La question approche holistique et pragmatique axée sur la
de la souveraineté nationale peut toutefois recherche de résultats concrets. Il s’agit de
constituer un frein à cette harmonisation. La multiplier les espaces de dialogue afin de
Commission nationale tunisienne de lutte contre le permettre les échanges entre toutes les parties
terrorisme œuvre précisément dans ce sens pour le prenantes (institutions publiques, responsables
développement d’un réseau international de politiques, jeunes, femmes, société civile,
commissions afin de favoriser cet échange d’expé- médias, forces de défense et de sécurité, acteurs
riences et d’identifier les bonnes pratiques. éducatifs et culturels, chefs religieux et
L’échange d’expériences et bonnes pratiques avec traditionnels, chercheurs, etc.). Ce dialogue doit
des États ayant vécu des expériences similaires a aussi avoir lieu — dans la mesure du possible —
vivement été encouragé, notamment pour mieux avec certains membres de ces groupes
comprendre comment travailler à transformer les extrémistes violents, car comment parler des
causes de l’extrémisme violent. problématiques et causes de l’extrémisme
violent et avoir un impact sans inclure certain de
Conclusion ces membres (et anciens membres) dans les
conversations ? Cela nécessite d’établir une
Après trois séries de Conversations régionales, le stratégie pour engager le dialogue avec les
constat a été fait que les préoccupations des groupes armés les plus radicaux.
populations de la région persistent au lieu de
2. Assurer une appropriation locale des initia-
s’estomper — preuve que la réponse actuelle est
tives et renforcer les initiatives de prévention
inadaptée et insuffisante. La conviction de la
positives déjà existantes. Par ailleurs, il faut
nécessité d’investir dans l’approche de prévention
souligner le rôle premier de l’État dans la mise
de la violence et de construction de la paix se
en œuvre de politiques publiques de prévention,
consolide pourtant patiemment, et émergent des
en particulier dans les zones marginalisées,
pratiques constituant autant d’inspirations pour
urbaines et rurales. Il est essentiel de renforcer le
que cette approche continue à se renforcer. Ce
lien entre la société et l’État et de consolider le
changement de paradigme dans la réponse à
« vivre-ensemble en paix », une initiative algé-
l’extrémisme violent au Sahel-Sahara est d’autant
rienne adoptée par l’Assemblée générale des
plus nécessaire au vu des défis liés au retour et à la
Nations Unies en janvier 2018 et qui vise à
réintégration d’anciens membres des groupes
promouvoir la tolérance, la paix et l’inclusion4.
extrémistes violents. Si les motifs et facteurs ayant
La notion d’appropriation locale s’inscrit dans
poussé ces personnes à basculer dans la violence
l’agenda des Nations Unies sur la pérennisation
sont toujours présents dans leurs communautés
de la paix, selon lequel l’inclusion d’acteurs
de retour, le succès de leur réintégration est
locaux est indispensable à instaurer et maintenir
peu probable, et l’effet dissuasif sur d’autres
une paix durable ; il en va de même pour une
« candidats » ne pourra pas porter ses fruits.
prévention effective de l’extrémisme violent.

4 Résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies (8 décembre 2017), Doc. ONU A/RES/72/130, 15 janvier 2018.
12 COMPTE-RENDU DU SÉMINAIRE

3. Coordonner et intégrer la réponse régionale. Si secrétaire général des Nations Unies, « l’édification
les initiatives de prévention sont nombreuses, de sociétés ouvertes, équitables, inclusives et
l’absence de cohérence et d’intégration au pluralistes fondées sur le plein respect des droits de
niveau régional demeure une limite importante l’homme et offrant des perspectives économiques à
à l’efficacité de la réponse. Dans cette coordina- tous, est le moyen le plus concret et le plus adapté
tion, les autorités devraient privilégier d’échapper à l’extrémisme violent »5. A l’issue des
davantage l’approche préventive, y compris des troisièmes Conversations régionales, les partici-
initiatives non-militaires, dans leurs stratégies pants ont abouti aux mêmes conclusions et ont
nationales et régionales de lutte contre le terro- exprimé leur engagement à jouer un rôle dans la
risme et l’extrémisme violent. mise en œuvre de ces recommandations chacun
Pour reprendre les propos d’António Guterres, dans sa sphère d’activité et d’influence.

5 Programme des Nations Unies pour le développement, « Sur les chemins de l’extrémisme en Afrique », 2017, voir
[Link]/content/dam/rba/docs/[Link] .
13

Programme

Dimanche 24 juin 2018

8 h 45 – 9 h 30 Discours d’ouverture

Mohamed Ibn Chambas, Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies
pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS)
Muriel Berset Kohen, Ambassadeur de Suisse en Algérie
Youssef Mahmoud, Conseiller principal, Institut international pour la paix (IPI)
Larry Gbevlo-Lartey, Représentant spécial de l’Union africaine pour la coopération
antiterroriste et Directeur du Centre africain d’études et de recherche sur le terrorisme
(CAERT), Union africaine

9 h 30 – 9 h 45 Lancement des travaux

Abdelkader Messahel, Ministre des affaires étrangères, Algérie

11 h 00 – 12 h 30 Première session plénière

L’investissement dans la paix et la prévention de la violence : Opportunités et défis ?

Cette session visera à restituer les principales conclusions et l’esprit des conversations
régionales sur la prévention de l’extrémisme violent lancées à Dakar, et à poursuivre et
approfondir la réflexion engagée sur les approches préventives basées sur la participation
politique, l’amélioration des relations État-citoyen/gouvernants-gouvernés et le dialogue
inclusif dans des sociétés et des espaces en recomposition pour éviter de nouveaux cycles de
violence. La question des dynamiques entre acteurs socio-politiques sera en particulier
examinée.

Président de séance
Larry Gbevlo-Lartey, Représentant spécial de l’Union africaine pour la coopération
antiterroriste et Directeur du CAERT, Union africaine

Panélistes
Neila Feki, Vice-présidente de la Commission nationale de lutte contre le terrorisme
(Tunisie)
Muhammad Nuruddeen Lemu, Directeur de recherche et formation, Dawah Institute of
Nigeria, et Secrétaire général adjoint, Islamic Education Trust (IET), Minna (Nigéria)
Mohamed Anacko, Président, Conseil régional d’Agadez (Niger)
Ahmad Mohamed Zaied, Membre, National Council for Liberties and Human Rights
(Libye)
Mhand Berkouk, Professeur, Expert international spécialiste des questions politiques et
sécuritaires internationales (Algérie)

12 h 30 – 13 h 30 Déjeuner
14 COMPTE-RENDU DU SÉMINAIRE

13 h 30 – 15 h 00 Deuxième session plénière

Les manifestations concrètes de l’extrémisme violent dans le Sahel-Sahara : Quel


diagnostic font les acteurs régionaux, nationaux et locaux ?

Cette session cherchera à poursuivre le partage d’expérience sur comment les États, les
citoyens et les organisations de la région perçoivent et définissent la question de
l’extrémisme violent dans le Sahel-Sahara. Des chercheurs et/ou centres de recherches
présenteront leurs travaux menés dans divers pays de la région comme point de départ
pour cette conversation, examinant notamment les dynamiques socio-économiques,
politiques et transfrontalières qui peuvent favoriser la violence.

Président de séance
El Haouès Riache, Ambassadeur conseiller, Contreterrorisme, Cabinet du ministre,
Ministère des affaires étrangères (Algérie)

Panélistes
Lori-Anne Théroux-Bénoni, Directrice, Bureau de Dakar, Institute for Security Studies
(ISS) (Sénégal)
Contre-amiral (r) Kamel Akrout, Conseiller national de sécurité, Présidence de la
République (Tunisie)
Aliyu Gebi, Conseiller spécial principal du Ministre de l’intérieur (Nigéria)
Mustapha Saïdj, Maître de conférences, Directeur de l’École nationale supérieure de
sciences politiques (Algérie)
Omezzine Khélifa, Directrice exécutive, Mobdiun (Tunisie)

15 h 00 – 18 h 00 Groupes de travail thématiques

Echange d’expériences réussies de prévention dans le Sahel-Sahara (en Afrique du


Nord, en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale)

Quatre groupes de travail distincts (avec un président/modérateur et un rapporteur pour


chacun d’eux) discuteront de la prévention de l’extrémisme violent dans la région Sahel-
Sahara en examinant les facteurs associés à des sociétés pacifiques et résilientes, avec une
attention particulière aux relations État-citoyen/gouvernants-gouvernés, et qui une fois
renforcées constituent un rempart à l’éclosion et à la propagation de la violence (plutôt que
de s’intéresser uniquement aux facteurs qui alimentent et soutiennent des actes de
violence). Les participants sont encouragés à donner des exemples de la façon dont les États
et/ou les citoyens et communautés et les organisations cherchent à prévenir l’extrémisme
violent dans les domaines thématiques particuliers à chaque groupe. Les réponses ou les
besoins de réponses transnationales seront également discutés.

Groupe 1 : Comment identifier et renforcer les facteurs de paix qui immunisent les
communautés contre l’extrémisme violent ? Comment réaliser le potentiel de préven-
tion des structures associatives, animées en particulier par des femmes et des jeunes ?

Président du groupe
Gatta Gali N’Gothe, Député, Chef de file de l’opposition parlementaire, Assemblée
nationale (Tchad)
Investir dans la paix et la prévention de la violence au Sahel-Sahara 15

Rapporteuse
Omezzine Khélifa, Directrice exécutive, Mobdiun (Tunisie)

Groupe 2 : Comment faire pour que le traitement médiatique de la violence contribue


à la prévention ?

Président du groupe
Kouider Zerrouk, Chef des communications et de l’information publique, UNOWAS

Rapporteuse
Pauline Bend, Responsable programme Niger, Fondation Hirondelle (Niger)

Groupe 3 : Comment faire pour que les forces de défense et de sécurité contribuent
aux efforts de prévention ?

Président du groupe
Pierre Buyoya, Haut représentant de l’Union africaine pour le Mali et le Sahel et Chef de
la MISAHEL, Union africaine

Rapporteur
Festus Aubyn, Chercheur à la Faculté des affaires académiques et de la recherche (FAAR),
Centre international Kofi Annan de formation au maintien de la paix (KAIPTC) (Ghana)

Groupe 4 : Culture, citoyenneté, éducation : quelles contributions à la prévention de


l’extrémisme violent ?

Présidente du groupe
Hafidha Benchehida, Sénatrice, Conseil de la nation (Algérie)

Rapporteur
Christian Pout, Président, Centre africain d’études internationales, diplomatiques,
économiques et stratégiques (CEIDES) (Cameroun)

Lundi 25 juin 2018

9 h 00 – 10 h 00 Suite des travaux en groupe

10 h 15 – 11 h 45 Troisième session plénière

Présentation des résultats des groupes de travail

Modérateur
Youssef Mahmoud, Conseiller principal, Institut international pour la paix (IPI)

11 h 45 – 13 h 30 Déjeuner avec projection du film « Voices of Kasserine »

Précédée d’une présentation par Romain Darbellay au nom de Olfa Lamloum, Directrice,
International Alert (Tunisie)
16 COMPTE-RENDU DU SÉMINAIRE

13 h 30 – 15 h 00 Quatrième session plénière

Vers une approche régionale de la prévention de l’extrémisme violent

Sur la base des conclusions des quatre groupes de travail, les participants examineront les
moyens dont les citoyens et les États, et leurs partenaires régionaux et internationaux,
pourraient plus efficacement aborder la question de la prévention de l’extrémisme violent,
y compris à travers une approche régionale dépassant les frontières et qui prendrait en
compte les défis et les opportunités que présente le contexte régional. L’objectif sera de
formuler des recommandations qui peuvent être mises en œuvre par les praticiens de la
région, au sein des États et à travers des ensembles sous régionaux formels ou informels,
dans certains cas avec le soutien de l’ONU et des autres partenaires, y compris un soutien
aux mécanismes, processus et initiatives, nouveaux ou déjà existants, au niveau local,
national et régional.

Président du groupe
Eric Overvest, Coordonnateur résident du Système des Nations Unies et Représentant
résident du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) en Algérie

Panélistes
Pierre Buyoya, Haut représentant de l’Union africaine pour le Mali et le Sahel et Chef de
la MISAHEL, Union africaine
Ibrahima Dia, Conseiller spécial du Représentant spécial du Secrétaire général des Nations
Unies au Mali, MINUSMA
Zainab Kotoko, Coordinatrice, Unité de fusion et de liaison des pays du Sahel (UFL)
Yvan Guichaoua, Maître de conference d’analyse des conflits internationaux, Brussels
School of International Studies, University of Kent (France)
Giordano Segneri, Conseiller paix et développement, Bureau du Coordinateur résident du
Système des Nations Unies en Tunisie

15 h 30 – 16 h 15 Synthèse générale et remarques de clôture

El Haouès Riache, Ambassadeur conseiller, Contreterrorisme, Cabinet du ministre,


Ministère des affaires étrangères (Algérie)
Mohamed Ibn Chambas, Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies
pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS)
Stéphane Rey, Chef du domaine politique de paix et Chef adjoint de la Division sécurité
humaine, Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) de la Suisse
Jake Sherman, Directeur, Brian Urquhart Center for Peace Operations, Institut interna-
tional pour la paix (IPI)
Idriss Lallali, Directeur adjoint du CAERT, Union africaine
17

Participants

Aboubacar Abdoulaye Ali Pauline Bend


Président, Conseil des éleveurs Nord Tillabéri, Responsable programme Niger, Fondation
Niger Hirondelle, Niger

Col. Othmane Adjali Mhand Berkouk


Point focal du CAERT sur la prévention et la lutte Professeur, Expert international spécialiste des
contre le terrorisme et l’extrémisme violent, questions politiques et sécuritaires internationales,
Algérie Algérie

Beatrice T. Agyarkoh Muriel Berset-Kohen


Coordinatrice d'événements principale, IPI, Ambassadeur, Ambassade de Suisse en Algérie
États-Unis
Jean-Daniel Bieler
Contre-amiral Kamel Akrout Conseiller spécial, Division sécurité humaine,
Conseiller national de sécurité, Présidence de la Département fédéral des affaires étrangères, Suisse
République, Tunisie
Hatem Boukesra
Mohamed Anacko Mass’art pour une culture alternative, Tunisie
Président, Conseil régional d’Agadez, Niger
Arthur Boutellis
Aïssata Athie Conseiller non résident principal, IPI, États-Unis
Adjointe aux programmes, IPI, États-Unis
Audu Bulama Bukarti
Festus Kofi Aubyn Analyste Afrique subsaharienne, Tony Blair
Chercheur, Centre international Kofi Annan de Institute for Global Change, Nigéria
formation au maintien de la paix, Ghana
Pierre Buyoya
Michael Ayari Haut représentant de l’Union africaine pour le
Analyste principal, International Crisis Group, Mali et le Sahel, Union africaine
Tunisie
Cheikh Kamel Chekkat
Dougoukolo Alpha Oumar Ba-Konaré Membre fondateur, Ligue des oulémas, prêcheurs
Président, Observatoire Kisal, Mali et imams des pays du Sahel, Algérie

Dida Badi Ag Khammadine Amadou Coulibaly


Maître de recherches, Centre national de Directeur des services extérieurs, Présidence de la
recherches préhistoriques, anthropologiques et République, Côte d’Ivoire
historiques, Algérie
Daniel Da Hien
Godefroy Barandagiye Journaliste, Réseau Afrique jeunesse, Burkina Faso
Assistant spécial du Haut représentant de l’Union
africaine pour le Mali et Sahel, Union africaine Romain Darbellay
Directeur de coopération, Division coopération
Hafidha Benchehida internationale, Ambassade de Suisse en Tunisie
Sénatrice, Conseil de la Nation, Algérie
18 COMPTE-RENDU DU SÉMINAIRE

Brema Ely Dicko Aliyu Gebi


Chef du département socio-anthropologie, Conseiller spécial principal au Ministre de
Faculté des sciences humaines et des sciences de l’intérieur, Nigéria
l’éducation, Université de Bamako, Mali
Samia Gettouche
Kyle Dietrich Membre du Haut conseil islamique, Algérie
Chef de consolidation de la paix et l’extrémisme
violent, Equal Access, États-Unis Anne Grobet
Responsable de programme Afrique du Nord,
Ibrahima Dia Division sécurité humaine, Département fédéral
Conseiller spécial du Représentant spécial du des affaires étrangères, Suisse
Secrétaire général des Nations Unies au Mali,
MINUSMA Yvan Guichaoua
Maître de conference d’analyse des conflits
Abdoulaye Diop internationaux, Brussels School of International
Point focal sur la prévention et la lutte contre le Studies, University of Kent, France
terrorisme et l’extrémisme violent, CAERT,
Mauritanie Pascal Holliger
Conseiller politique, Ambassade de Suisse au
Abdelkader Dridi Nigéria
Journaliste à l’APS et Professeur à l’École
nationale supérieure de journalisme et des Melinda Holmes
sciences de l’information, Algérie Conseillère principale et Directrice des
programmes, Women’s Alliance for Security
Larbi El-Hadj Ali Leadership, International Civil Society Action
Chargé d’études et de synthèse, Ministère des Network, États-Unis
affaires étrangères, Algérie
Mohamed Ibn Chambas
Abdel Nasser Ethmane Représentant spécial du Secrétaire général des
Conseiller politique, Bureau de liaison de l’Union Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le
africaine en Côte d’Ivoire, Union africaine Sahel, UNOWAS

Zoumana Fane Mounia Ioualalen Bengougam


Chargé de programme, Institut malien de Sous-directrice des questions de sécurité
recherche-action pour la paix, Mali internationale, Direction générale des affaires
politiques et de sécurité internationales, Ministère
Neila Feki des affaires étrangères, Algérie
Vice-présidente, Commission nationale de lutte
contre le terrorisme, Tunisie Yassine Isbouia
Coordinateur général, Mediterranean Forum for
Gatta Gali N’Gothe Youth, Maroc
Député et Chef de file de l’opposition parle-
mentaire, Assemblée nationale, Tchad Omezzine Khélifa
Directrice exécutive, Mobdiun, Tunisie
Larry Gbevlo-Lartey
Représentant spécial de l’Union africaine pour la Arlette Thérèse Kono Abe
coopération antiterroriste et Directeur du CAERT, Sous-directrice, Point focal du CAERT sur la
Union africaine prévention et la lutte contre le terrorisme et
l’extrémisme violent, Ministère des affaires
étrangères, Cameroun
Investir dans la paix et la prévention de la violence au Sahel-Sahara 19

Zainab Kotoko Carol Mottet


Coordinatrice, Unité de fusion et de liaison des Conseillère principale, Division sécurité humaine,
pays du Sahel Département fédéral des affaires étrangères, Suisse

Séverin Kouamé Colonel Christian Emmanuel Mouaya Pouyi


Enseignant-chercheur, Université Alassane Responsable de formation, CAERT, Union
Ouattara, Bouaké, et Président de l’association africaine
Indigo, Côte d’Ivoire
Aimeric Erwin Koswinde Nanema
Ahmed Labnouj Point focal sur la prévention et la lutte contre le
Directeur des programmes MENA, Interpeace, terrorisme et l’extrémisme violent, CAERT,
Maroc Burkina Faso

Idriss Mounir Lallali Colonel Hypolithe Jean Ndougou


Directeur adjoint, CAERT, Union africaine Conseiller militaire auprès du Secrétaire exécutif,
Commission du bassin du lac Tchad
Muhammad Nuruddeen Lemu
Directeur de recherche et formation, Dawah Eric Overvest
Institute of Nigeria, et Secrétaire général adjoint, Coordonnateur résident du Système des Nations
Islamic Education Trust (IET), Minna, Nigéria Unies en Algérie, Représentant résident du PNUD
en Algérie
Mehdi Mabrouk
Directeur, Centre arabe des recherches et de Christian Pout
l’étude des politiques, Tunisie Président, Centre africain d’études internationales,
diplomatiques, économiques et stratégiques,
Lisa Magnollay Cameroun
Chargée de programme, Division Afrique australe,
Afrique de l’Est et du Nord, Territoire palestinien Mohammed Abdel Wahab Rafiki
occupé, Direction du développement et de la Cheik, Maroc
coopération suisse
Aissa Rahimi
Youssef Mahmoud Commissaire principal de police, Algérie
Conseiller principal, IPI, États-Unis
Toufik Rata
Abdoulaye Maïga Attaché de cabinet, Ministère des affaires
Direction de l’Alerte Précoce, Communauté des étrangères, Algérie
États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO)
Stéphane Rey
Boubker Mazoz Chef du domaine politique de paix et chef adjoint
Directeur, Centre culturel Sidi Moumen, Maroc de la Division sécurité humaine, Département
fédéral des affaires étrangères, Suisse
Madeleine Memb
Présidente, MediaWomen4Peace, Cameroun El Haouès Riache
Ambassadeur conseiller, Contreterrorisme,
Abdelkader Messahel Cabinet du ministre, Ministère des affaires
Ministre des affaires étrangères, Algérie étrangères, Algérie

Wissem Missaoui Salwa Sahloul


Directeur des programmes, Search for Common Chargée de mission, experte en femme, paix et
Ground, Tunisie sécurité et médiation, Ministère de la femme, de la
famille et de l’enfance, Tunisie
20 COMPTE-RENDU DU SÉMINAIRE

Mustapha Saidj Vassiriki Traoré


Maître de conférences, Directeur de l’École Coordinateur national du renseignement, Cabinet
nationale supérieure de sciences politiques de la Présidence de la République, Côte d’Ivoire
Algérie
Ahmat Yacoub Dabio
Giordano Segneri Président, Centre d’étude pour le développement
Conseiller paix et développement, Bureau du et la prévention de l’extrémisme violent, Tchad
Coordinateur résident du Système des Nations
Unies en Tunisie Zara Yacoub
Directrice Tchad, Equal Access, Tchad
Major-Général Bamidele Matthew Shafa
Coordinateur, Operation Safe Corridor, Defence Ahmad Mohamed Zaied
Headquarters of the Nigeria Armed Forces, Membre, National Council for Liberties and
Nigéria Human Rights, Libye

Jake Sherman Kouider Zerrouk


Directeur, Brian Urquhart Center for Peace Chef des communications et de l’information
Operations, IPI, États-Unis publique, UNOWAS

Lori-Anne Théroux-Bénoni
Directrice, Bureau de Dakarm, Institute for
Security Studies, Sénégal
21

L’initiative des conversations régionales

L’initiative des Conversations régionales pour la prévention de l’extrémisme violent a été lancée en 2016 par
l’IPI, le Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS) et le Département fédéral
des affaires étrangères (DFAE) de la Suisse. La première édition a eu lieu à Dakar (Sénégal) en juin 2016, et la
deuxième à N’Djamena (Tchad) en juin 2017. Divers autres rencontres thématiques ou sous-régionales ont
également eu lieu à Dakar, Yaoundé (Cameroun), Abidjan (Côte d'Ivoire) et Maroua (Cameroun), et des tables
rondes de restitution ont eu lieu à New York, Genève et Dakar. En ces diverses occasions, d’autres partenaires
ont rejoint les initiateurs : le Centre des hautes études de défense et de sécurité (CHEDS) du Sénégal, le Centre
africain d’études internationales diplomatiques économiques et stratégiques (CEIDES), le Conseil de l’entente,
le Bureau de Dakar de l’Institut d’études de sécurité (ISS) et le Centre africain d’études et de recherche sur le
terrorisme de l’Union africaine (CAERT).
Cet espace a rassemblé près de 500 personnalités d’horizons professionnels divers d’Afrique du Nord,
d’Afrique de l’Ouest, du Sahel et d’Afrique centrale, ainsi que quelques experts extérieurs et organisations
régionales ou internationales actives dans ces régions. De nature volontairement informelle, ces échanges ont
permis d’aborder, dans un espace et un climat d’ouverture, les dimensions sensibles et difficiles à saisir de cette
approche de prévention de l’extrémise violent (y compris sa dimension politique). L’objectif est à la fois de
proposer un tel espace d’échange et de dialogue sur l’approche de prévention, de renforcer les passerelles entre
acteurs d’horizons divers et de mettre en exergue et de renforcer les initiatives positives représentant des
alternatives concrètes à l’extrémisme violent qui sont portées par des acteurs de ces régions.

Documents pertinents

• Premières Conversations régionales « Investir dans la paix et la prévention de la violence en Afrique de


l’Ouest et dans le Sahel : Conversations sur le Plan d’action du Secrétaire général de l’ONU pour la
prévention de l’extrémisme violent » Dakar, 27 et 28 juin 2016
Français : [Link]/wp-content/uploads/2016/09/1609_Investing-[Link]
Anglais : [Link]/wp-content/uploads/2016/09/1609_Investing-[Link]

• Table ronde « Inclusion: An Essential First Step in Preventing Violent Extremism », New York, 27
septembre 2016
Anglais : [Link]/2016/09/violence-prevention-west-africa-sahel#1

• Deuxièmes Conversations régionales « Investir dans la paix et la prévention de la violence au Sahel-


Sahara : Deuxièmes Conversations régionales sur le Plan d’action du Secrétaire général de l’ONU pour la
prévention de l’extrémisme violent », N’Djamena, 31 mai et 1er juin 2017
Français : [Link]/wp-content/uploads/2017/08/[Link]
Anglais : [Link]/wp-content/uploads/2017/08/[Link]

• Séminaire régional sur le rôle des journalistes et des médias dans la prévention de la violence, en parti-
culier l’extrémisme violent, en Afrique de l’Ouest et au Sahel, Dakar, 12 et 14 juin 2017
Rapport disponible sur demande.

• Table ronde « Investing in Peace and Prevention in the Sahel-Sahara », New York, 22 septembre 2017
Programme (français et anglais) :
[Link]
Synthèse (anglais) : [Link]/2017/09/investing-in-peace-and-prevention-in-the-sahel-sahara
22 COMPTE-RENDU DU SÉMINAIRE

• Séminaire régional « Forces de défense et de sécurité dans la prévention de l’extrémisme violent en


Afrique », Dakar, 9 et 10 octobre 2017
Français : [Link]/wp-content/uploads/2018/02/BAT_RAPPORT-[Link]

• Table ronde « Investir dans la paix pour la prévention de l’extrémisme violent en Afrique » organisée dans
le cadre du Forum international pour la paix et la sécurité en Afrique, Dakar, 14 novembre 2017
Rapport disponible sur demande

• Séminaire régional sur la prévention de l’extrémisme violent en Afrique centrale et dans le bassin du lac
Tchad, Yaoundé, 27 et 28 novembre 2017
Français : [Link]/newsletter/Rapport%20final%[Link]

• Table ronde « Investir dans la paix et la prévention face à l’extrémisme violent », Genève, 25 janvier 2018
Programme (français et anglais) : [Link]/investir-prevention-lextremisme/
Synthèse (anglais) : [Link]/2018/02/investing-prevention-extremism/

• Atelier technique sous régional d’échange d’expériences et d’analyses sur la prévention de l’extrémisme
violent (PEV) dans les pays du Conseil de l’entente, Abidjan, 24 et 25 mai 2018

• Dialogue participatif pour la prévention de l’extrémisme violent dans l’extrême-nord du Cameroun et


son pourtour, Maroua, 24 et 25 juillet 2018
L’INTERNATIONAL PEACE INSTITUTE (IPI) est un groupe de réflexion
international et indépendant à but non lucratif qui se consacre à la
gestion des risques et au renforcement des capacités d’endurance et de
rebond des collectivités humaines en vue de promouvoir la paix, la
sécurité et le développement durable. Pour remplir sa vocation, l’IPI
conjugue recherche sur les politiques, analyse stratégique, publication de
travaux et organisation de réunions. Réunissant une équipe pluridisci-
plinaire venue de plus de 20 pays, l’IPI a des bureaux en face du siège des
Nations Unies à New York ainsi qu’à Vienne (Autriche) et à Manama
(Bahreïn).

777 United Nations Plaza, New York, NY 10017-3521, USA


TEL +1-212-687-4300 FAX +1-212-983-8246

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P.O. Box 1467, Manama, Bahrain

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