Modélisation des transferts de chaleur dans une
chambre de combustion sphérique à volume
constant : comparaison avec l’expérience et études
numériques
Taïssir KASRAOUI1, Karl JOULAIN2, Rémi BERTOSSI1*, Marc BELLENOUE3,
Bastien BOUST3, Julien SOTTON3
1
DRII, IPSA, 63, Boulevard de Brandebourg, 94200 Ivry-sur-Seine, France
²Institut Pprime, département Fluide, Thermique et Combustion, UPR 3346
ENSIP, Bâtiment de Mécanique B25, 2, rue Pierre Brousse, TSA 41105, F86073 Poitiers Cedex 9
3
Institut Pprime, département Fluide, Thermique et Combustion, UPR 3346
ISAE-ENSMA Téléport 2 – 1 avenue Clément Ader BP 40109 – 86961 Futuroscope Chasseneuil
* (auteur correspondant :[Link]@[Link])
Résumé – L’étude de l’optimisation thermique des performances des moteurs est d’un intérêt majeur
Dans notre travail, nous nous intéressons à la modélisation et à l’évaluation du flux de chaleur échangé
à la paroi en présence de hautes pressions et températures. Pour ce faire, nous adoptons une approche
originale centrée sur la mise en œuvre d’un modèle de transfert thermique basé sur une approche
microscopique en régime raréfié en proche paroi. Ce modèle est implémenté dans un programme
simulant la combustion dans une chambre de combustion sphérique. Une étude paramétrique est ensuite
menée permettant de comparer les résultats simulés aux résultats expérimentaux.
Nomenclature
Cp chaleur massique, [Link]-1.K-1
D diffusivité thermique, m2.s-1 T température, K
h coefficient de convection, W.m-2.K-1 Yfuel fraction massique de carburant dans les
kb constante de Botzmann, J.K-1 gaz frais
∆H chaleur de réaction, J Symboles grecs
m masse, kg λ conductivité thermique, W. m-1.K-1
M masse molaire, [Link]-1 ρ masse volumique, kg.m-3
Pe nombre de Péclet Indices et exposants
R constante des gaz parfaits, [Link]-1.K-1 g gaz
Q flux thermique, W u gaz frais
Sl vitesse de flamme non étirée, m.s-1 w paroi
1. Introduction
Dans le but d’optimiser le rendement des moteurs à combustion interne, les chercheurs et les
industriels sont confrontés à de nombreux défis depuis plusieurs années. Pour contourner
certains problèmes présents à hautes pressions et températures dans les chambres de
combustion tels que l’apparition de points chauds sur les parois des chambres, une bonne
modélisation de la phénoménologie de la physique impliquée est essentielle. Un des problèmes
consiste à trouver un compromis entre l’amélioration du rendement et l’augmentation des pertes
thermiques dont l’évaluation expérimentale ou numérique représente un défi majeur.
Les simulations numériques des pertes thermiques pariétales dans une chambre de
combustion à volume constant doivent tenir compte de l’interaction flamme-paroi et donc de
l’aspect réactif de l’écoulement. Ce phénomène est caractérisé par l’extinction de la flamme en
proche paroi qui génère des pertes au niveau du bilan énergétique et une combustion
incomplète. Ceci est généralement dû aux pertes thermiques cédées à la paroi ainsi qu’à la
présence d’hydrocarbures non brûlés dans le mélange des gaz frais. La maîtrise de ce
phénomène est d’une importance cruciale étant donné son rôle majeur dans l’optimisation et
donc dans la modélisation des processus de combustion dans les procédés industriels.
Pour les travaux présentés ici, le choix a été porté sur la modélisation de la combustion en
régime laminaire dans une chambre de combustion sphérique à volume constant pour un
mélange stœchiométrique méthane-air. Ces conditions sont représentatives des moteurs à
pistons. Le modèle développé décrit un comportement thermique et aérodynamique de
l’interaction flamme-paroi de manière simplifiée.
2. Etat de l’art de la modélisation des pertes thermiques pariétales dans une
chambre de combustion à volume constant
La modélisation de la combustion en régime laminaire est étudiée depuis plusieurs
décennies. L’approche la plus répandue se base sur les lois de conservation de masse et
d’énergie. Parmi les études les plus anciennes, nous pouvons par exemple citer celle de Bradley
et Mitcheson [1] qui se base sur l’approche thermodynamique afin de modéliser la combustion
dans une chambre sphérique à volume constant.
Afin de mieux quantifier les pertes thermiques pariétales, une séparation de deux
phénomènes distincts lors de la modélisation est primordiale : l’interaction flamme-paroi et
l’interaction gaz brûlés-paroi. Ces deux phénomènes sont séparés par le phénomène de
coincement caractérisé par l’extinction de la flamme à une distance donnée de la paroi, δq [2].
La physique de l’interaction flamme-paroi fait intervenir d’autres facteurs qui dépendent en
partie de la nature du régime de l’écoulement. Parmi ceux-ci, on peut citer le nombre de Péclet,
Peq, relatif au coincement. Il représente la distance de coincement adimensionnée par
l’épaisseur de flamme laminaire non étirée, δl, ( = ⁄ ). Dans le cas d’un coincement
frontal où l’écoulement est perpendiculaire à la paroi, le nombre de Péclet en régime laminaire
et pour une paroi froide (25°C) est de 3 à 4 selon Huang et al. [3]. Un autre paramètre est le
flux thermique adimensionné φ, il est utilisé pour évaluer le rôle des pertes thermiques
pariétales dans le bilan énergétique. Il représente le rapport entre le flux thermique pariétal Qw
et la puissance thermique de flamme laminaire non étirée Ql avec = ∆ .
L’interaction entre une flamme et une paroi joue un rôle important dans les systèmes de
combustion qui sont fortement influencés par la présence d'une surface murale. Ce phénomène
complexe, abordé dans plusieurs études, fait intervenir la flamme, la paroi et l’écoulement [4].
La limitation géométrique que représente la paroi envers la flamme représente une condition
limite pour la diffusion de chaleur de la flamme vers la paroi. Ce phénomène est bien mis en
évidence en proche paroi lorsque la flamme cède une partie de sa chaleur à celle-ci à travers les
gaz frais bloqués dans cette zone et finit par s’éteindre. L’extinction de la flamme est due,
principalement, aux pertes thermiques pariétales qui lui prennent de l’énergie susceptible de
chauffer la zone de préchauffage et donc de faire avancer le front de flamme. Cette perte
thermique agit aussi sur la vitesse de propagation de la flamme qui tend alors à diminuer.
Pour modéliser la distance de coincement, plusieurs modélisations existent dans la
littérature : nous pouvons, par exemple, citer les travaux de Poinsot et al. [5], de Fergusson et
Keck [6] et de Potter et Berlad [7]. Ces modèles diffèrent selon le régime d’écoulement étudié
et les compositions chimiques mises en jeu. Boust et al. [8] ont développé un modèle
d’interaction flamme-paroi basé sur le bilan énergétique : leur étude consiste à éliminer les
paramètres mal connus au profit des paramètres qui sont mesurés avec une bonne précision ou
qui peuvent être calculés avec un bon niveau de confiance. La formulation analytique finale du
modèle de coincement est exprimée sous les deux formes équivalentes suivantes :
= ⇔ = (1)
Ce modèle n’est valable que dans le cas de faible compression des gaz frais avant l’extinction
de la flamme.
En termes de simulation numérique, les transferts thermiques fluide-paroi sont décrits,
généralement, dans des codes de calcul à l’aide de formulations 0D ou 1D appropriées aux
situations d’écoulements inertes ou réactifs. Les pertes thermiques dans les chambres de
combustion sont généralement conditionnées par les différents modes de transfert de chaleur.
Elles sont représentées classiquement par l’hypothèse de convection qui introduit le coefficient
de Newton h et pour lesquelles le flux de chaleur correspondant est donné par :
= ℎ. ". ∆# (2)
avec ∆# est la différence de température entre le fluide et la surface, A la surface d’échange.
Cette relation linéaire ne peut pas rendre compte de tous les phénomènes rencontrés dans les
écoulements réactifs tels que la présence de couches limites thermiques et cinématiques.
Un autre modèle proposé par Fergusson & Keck [6] permet de prédire le flux thermique
stationnaire, pour des pressions inférieures à 1 atm, lors du coincement :
% = &#'( − #% *⁄ + (3)
Dans notre approche, nous privilégierons le modèle basé sur l’équation (2). Pour déterminer
le coefficient h, plusieurs modélisations existent. Nous pouvons par exemple citer le modèle de
Nusselt [9]. Il établit une corrélation empirique qui prend en compte la température moyenne
des gaz. Pour prendre en compte l’aérodynamique globale dans la chambre, d’autres modèles
ont été proposés. Citons, par exemple le modèle de Woshni [10] ; il fait appel à une vitesse
caractéristique, aux différentes phases du cycle moteur : compression, combustion, détente. Les
modèles empiriques ont certains inconvénients : ils ne permettent pas de quantifier les pertes
de chaleur dans toute configuration géométrique sans se référer à des mesures expérimentales.
D’autres modèles, comme le modèle de Rivère [11] tiennent compte de la présence de la
couche limite thermique en proche paroi et traite le phénomène de conduction à l’échelle
microscopique. Le flux thermique à la paroi est considéré comme le résultat statistique des
collisions entre les molécules de gaz et la paroi. Le coefficient h de convection est alors établi
comme suit :
1 4⁄5 8 ;
ℎ= , -#, -2⁄π 023 &6 +
-9:
−9 * (4)
:
avec Tg la température des gaz frais au-delà de la couche limite thermique, λ et κ des coefficients
numériques se référant aux propriétés de la paroi et η dépend de l’écoulement. Ce modèle,
même s’il présente bien les résultats des pertes thermiques simulées par rapport aux valeurs
expérimentales est par ailleurs semi-empirique, ce qui lui impose certaines limitations.
La majorité des modèles proposés dans la littérature représentent des limites d’application.
Une nouvelle approche basée sur l’estimation du flux de chaleur pariétal par choc entre
particules de gaz et la paroi en régime balistique est présentée dans la suite de l'article.
3. Modélisation numérique : interaction flamme-paroi et gaz brûlés-paroi
Dans ce travail, une étude numérique est menée afin de simuler les aspects
thermodynamiques dans une chambre de combustion sphérique à volume constant où les
conditions aérothermodynamiques sont simplifiées et maîtrisées. Les principaux résultats du
code de calcul seront ensuite exposés pour les valider en les comparant aux résultats
expérimentaux obtenus dans des conditions bien définies. Enfin, une étude paramétrique portant
notamment sur les pressions dans la chambre de combustion sera menée dans la dernière partie.
Les pertes pariétales sont modélisées grâce à l’équation (2) et le coefficient h est calculé
grâce à l’équation de Botzmann [12] ; on est alors dans le cadre d’un régime balistique entre la
dernière couche de gaz frais (séparée du mur par une distance égale au libre parcours moyen)
et la paroi. Ce coefficient est calculé, pour des systèmes hors équilibre thermodynamique local,
entre deux parois séparées par une distance égale ou inférieure au libre parcours moyen, par :
9: &5<= *>/@
ℎ= (5)
5-AB9:
avec n la densité du gaz en proche paroi (exprimé en m-3), kb la constante de Boltzmann et m
la masse d’une molécule de gaz frais (kg).
Le code de calcul développé sous Fortran a pour but de simuler, par une approche 1D, la
propagation d’une flamme laminaire dans une chambre sphérique à volume constant. Au cours
du temps et après allumage au centre de la chambre, la combustion est simulée par tranches : à
chaque pas de temps, une seule tranche de gaz frais est brulée et N tranches de gaz frais sont
définies à volume constant en gardant une dernière tranche d’épaisseur égale au libre parcours
moyen. On y applique alors le modèle du transfert thermique en régime balistique. Le calcul
passe par plusieurs étapes principales : une combustion isobare, la prise en compte des transferts
thermiques par conduction et rayonnement à travers toutes les tranches de gaz et l’évaluation
des pertes thermiques pariétales; une dilatation isobare et enfin, une recompression
isentropique. Une fois la combustion terminée (selon la valeur de la distance de coincement),
le refroidissement est simulé de la même manière (excepté l’étape de combustion). La
vérification du bilan énergétique au cours du temps est assurée pendant la combustion.
3.1. Diffusion thermique dans les gaz
Le transfert conductif est modélisé en régime instationnaire en intégrant l’équation de la
chaleur 1-D en coordonnées sphériques sur toutes les tranches de gaz. La température de la
dernière tranche de gaz frais est déterminée en imposant une égalité des flux : à chaque pas de
temps, le flux conductif issu de la diffusion est égal au flux convectif à la paroi.
Le modèle instationnaire 1D se base sur une approche nodale (Figure 1). L'espace est
discrétisé en N tranches selon des vecteurs de rayon ri[1,N] avec rN = R. Les conductances
thermiques sont définies comme suit :
E.A.;F
CD = ⁄GFHI ⁄GF
, KLM2, N − 1P
E.A.;I
C = ⁄ ⁄GI
, RSTKUVW = 10 E Y (6)
QD
CZ = ℎ. ['B\G
La résolution temporelle et spatiale de l’équation de la chaleur fait appel à la méthode des
différences finies. Le système d’équation obtenu est le suivant :
9I,]^∆] 9I,]
&Y. * = C ,_ − # ,_ *
∆_
9F,]^∆] 9F,]
&Y. *D = CD #D ,_ − #D,_ + CD #D ,_ − #D,_ , KLM2, N − 1P (7)
∆_
a` ∗c:
&9`HI,]^∆] a`HI
*
#Z,_ ∆_ = ,i=N
& d` ⁄d`HI *
La stabilité du schéma numérique nécessite la prise en compte de la condition de Freidrich-
Lewy. Cette condition est nécessaire mais pas suffisante pour la stabilité de la solution. La
condition de stabilité vérifie pour chaque tranche : 0 ≤ f ∆g⁄∆h 5 ≤ 5 .
Figure 1 : modèle de diffusion thermique
3.2. Transfert radiatif à la paroi
Le rayonnement des gaz brûlés pour des mélanges riches est modélisé d’une manière simple
basée sur la loi de Stefan en considérant les gaz brûlés comme un corps gris de température
uniforme Tgb et d’émissivité ε. Seuls les rayonnements de CO2 et de H2O sont pris en compte.
Pour une position donnée du front de flamme r tel que r <R (rayon de la chambre), le flux
surfacique radiatif reçu par la paroi d’absorptivité α est calculé comme suit :
EAG @ E
%G'i &j* = EA1@ f. k. l. &#,\ − #%E * (8)
3.3. Distance de coincement
La relation entre la distance de coincement et le flux thermique pariétal est très importante
pour la détermination numérique ou expérimentale de la distance de coincement dans
l’interaction flamme-paroi. Une modélisation ou une simulation numérique est alors demandée.
La fin de la combustion est caractérisée par le coincement de la flamme. La distance de
coincement est alors choisie comme critère d’arrêt de cette phase. La formulation [13] est alors
adoptée de part sa validité à des hautes pressions (1-40 atm) :
mn [Link]
R,\ = ; = 3.5 (9)
o= ⁄poq rs tuo=
avec Pegb le nombre de Peclet basé sur les gaz brûlés.
4. Validation du modèle balistique des transferts thermiques
Les simulations numériques sont faites pour les mêmes conditions expérimentales citées en
3. avec T0 = 300K. La paroi de la chambre (Ø82mm) est en acier inoxydable et garde sa
température constante à T0. Les résultats expérimentaux proviennent des travaux de Boust [14].
La figure 2 présente l’évolution temporelle du flux de chaleur pariétal et de la pression en
fonction du modèle de pertes thermiques employé. Pour tous les modèles présentés, le flux
simulé indique deux phases majeures de transfert thermique : la phase de combustion et celle
de refroidissement. La combustion, aussi appelée phase d’interaction flamme-paroi, traduit
principalement la compression des gaz frais suite à la propagation du front de flamme. En effet,
les gaz frais cèdent de la chaleur à la paroi principalement par conduction. Pendant la phase de
refroidissement, les pertes thermiques pariétales évacuent la chaleur des gaz brûlés à travers la
couche de gaz frais qui les séparent de la paroi. Ces deux phases sont séparées par le phénomène
de coincement caractérisé par un pic brutal de flux thermique pariétal. En effet, ce pic est
expliqué par le fait que toute la chaleur de combustion destinée à la zone de préchauffage passe
brutalement à la paroi par conduction à travers les gaz frais. Cet accroissement brutal des pertes
thermiques diminue la température des gaz frais plus rapidement que la diffusion de la chaleur
des gaz brûlés vers les gaz frais.
P_Nusselt
4
Qw_Nusselt
3,5
P_Rivère
3
Qw_Rivère
P(MPa)-Qw(MW/m²)
2,5
P_Woshni
2
Qw_Woshni
1,5
P_present model
1
Qw_present model
0,5
P _exp
0
0 10 20 30 40 50 60 Qw_exp
-0,5
Temps(ms)
Figure 2 : Comparaison entre les différents modèles des pertes thermiques- CH4-air, Ф=1, P0=0,4
MPa, Ø = 82mm et comparaison avec l’expérience
Les simulations numériques montrent que tous les modèles reproduisent l’augmentation des
pertes thermiques par compression au début de la combustion. Cependant, le pic de flux au
moment du coincement n’est reproduit avec satisfaction qu’avec les modèles basés sur
l’approche microscopique (notre modèle et celui de Rivère). En effet, le modèle de Woshni [10]
est inadapté en l’absence d’un écoulement réactif fort. Quant au modèle de Nusselt [9], il est
basé sur une approche globale pour déterminer la température des gaz qui la prend égale à la
température moyenne des gaz dans la chambre pondérée entre les gaz frais et les gaz brûlés.
Cette approche reste inappropriée à la détermination du flux thermique local. Cependant, le
modèle de Rivère [11], basé sur une approche locale, reste le plus compétitif en termes de
simulation de l’interaction flamme-paroi. Il rend compte du phénomène de coincement par
conduction thermique. Cependant, le pic de flux est inférieur à celui simulé par le modèle
balistique qui reste le plus proche du pic expérimental. La reproduction des valeurs
expérimentales par le modèle balistique le met en valeur par rapport aux modèles de transfert
diffusif ou convectif classiques qui reproduisent moins bien les valeurs expérimentales (surtout
en termes de pic de flux de chaleur).
5. Résultats : études paramétriques
Dans cette partie, nous nous intéressons à valider notre modèle des pertes thermiques
pariétales dans différentes conditions opératoires en comparant les résultats obtenus avec les
résultats de simulation du modèle de Rivère et des résultats expérimentaux. A ce propos, nous
nous intéressons à l’étude des effets de la pression : nous comparons alors les résultats simulés
aux résultats expérimentaux pour un mélange stœchiométrique méthane-air dans une chambre
sphérique en dural de diamètre égal à 160 mm. Les pressions initiales étudiées varient de 0,1
MPa à 0,6 MPa (cf. Figure 3 - figure 5).
L’allure générale des courbes de flux de chaleur pariétal simulées par le modèle balistique
met en évidence une bonne simulation numérique qui reproduit bien les mesures expérimentales
en termes d’allure et d’amplitude. En effet, pour les trois pressions initiales étudiées, les phases
de combustion et de refroidissement ainsi que le phénomène de coincement sont bien simulés
et ne reproduisent pas les instabilités enregistrées expérimentalement. Pour P0 = 0,1 MPa et P0
= 0,6 MPa, les maxima de flux simulés sont synchrones avec les maxima expérimentaux.
Néanmoins, pour P0 = 0,2 MPa, il existe un faible écart entre le temps de pic simulé et celui
enregistré expérimentalement. Ceci peut s’expliquer par le fait que les courbes expérimentales
sont enregistrées lors d’une combustion qui n’est pas parfaitement sphérique, ce qui traduit le
caractère local des pertes thermiques pariétales. Ceci est bien mis en évidence dans les résultats
obtenus par le modèle de Rivère [11], où la pression est bien simulée alors que le pic de flux
thermique pariétal n’intervient pas au moment du pic expérimental et qu’il reste sous-estimé
dans la plupart des cas étudiés.
1,4
P(MPa)_balistique
P(MPa)-Qw(MW/m²)
1,2
Qw(MW/m2)_balistique
1
0,8 P(Mpa)-Rivère
0,6 P (MPa)_exp
0,4 Qw(MW/m²)_exp
0,2 QW(MW/m²)-Rivère
0
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 temps(ms)
Figure 3 : Pression et flux thermique pariétal - CH4-air, Ф=1, P0=0,1 MPa, Ø = 160 mm
3
P(MPa)_balistique
2,5
Qw(MW/m2)_balisti
P(MPa)-Qw(MW/m²)
2 que
Qw(MW/m²)_Rivère
1,5
P(Mpa)_Rivère
1
P (MPa)_exp
0,5
0
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 temps(ms)
Figure 4 : Pression et flux thermique pariétal - CH4-air, Ф=1, P0=0,2 MPa, Ø = 160 mm
8
P(MPa)_balistique
7
Qw(MW/m2)_balistique
6
P(MPa)-Qw(MW/m²)
P (MPa)_exp
5
4 Qw (MW/m²)_exp
3 Qw(MW/m²)_Rivère
2 P(Mpa)_Rivère
1
0
0 20 40 60 80 100 120 140 temps(ms)
Figure 5 : Pression et flux thermique pariétal - CH4-air, Ф=1, P0=0,6 MPa, Ø = 160 mm
Concernant la pression, la courbe de la pression simulée par le modèle balistique et en
prenant en compte la diffusion de chaleur dans les tranches de gaz frais ne correspond pas
parfaitement à la courbe expérimentale. En effet, au début du processus de combustion, la
variation de la pression en fonction du temps est négligeable, alors qu’en s’approchant de la
paroi, une différence est observée (notamment au niveau du pic de pression). Cette différence
peut être expliquée par les effets de l’expansion thermique dans les gaz frais après la diffusion
qui s’accentuent en s’approchant de la paroi. Cette interprétation s’accorde avec les résultats de
Luijten et al [15], pour la combustion de l’isooctane dans une chambre sphérique à volume
constant, qui ont mis en évidence l’effet du transfert thermique sur l’évolution de la pression et
sur la valeur de la pression maximale.
6. Conclusion
La comparaison entre les courbes expérimentales et simulées de flux thermique pariétal met
en évidence l’efficacité du modèle de diffusion thermique adopté dans la simulation des pertes
thermiques pariétales dans les deux phases de combustion. Ce code de calcul
monodimensionnel a été validé pour différentes conditions initiales de pression et d’échelle (Ø
= 82 mm et Ø = 160 mm) pour des prémélanges stœchiométriques méthane-air dans une
enceinte sphérique. Il représente, ainsi, un outil précieux car il fournit une prédiction du
phénomène de coincement : flux thermique et distance de coincement. Pour le futur,
l’implémentation d’écoulements plus complexes pourraient contribuer à améliorer le modèle,
notamment au niveau des simulations de pressions.
Références
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Mitcheson, Combustion and flame, 26 (1976), 201-217.
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distance in a closed vessel, [Link]. and Fluid Sc., 27 (2003), 323-331.
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the Combustion Institute (Pittsburgh, 1986), 1853-1860.
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flamme turbulente prémélangée-paroi, Thèse de l’École Centrale Paris (1996).
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[8] Boust B., Sotton J., Labuda S.A., Bellenoue M., A thermal formulation for single-wall quenching
of transient laminar flames”, Combustion and Flame, 149 (2007), 286-294.
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(1923).
[10] Woshni G., A universally applicable equation for the instantaneous heat transfer coefficient in the
internal combustion engine, SAE Technical Paper 670931 (1967).
[11] Rivère J.P., Mechkor M., Modélisation des échanges thermiques sur la paroi de la chamber de
combustion, Rapport RENAULT (2005).
[12] Carminati R., Transport en milieux dilués, ch 2 dans Micro et nanothermique, édité par S. Volz,
Editions du CNRS, Paris, France (2007).
[13] Westbrook C.K., Adamczyk A.A., Lavoie G.A., 1981, “A numerical study of laminar flame wall
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[14] Boust B., Etude expérimentale et modélisation des pertes thermiques pariétales lors de l’interaction
flamme-paroi instationnaire. Thèse de doctorat de l’université de Poitiers, 2006.
[15] Luijten C.C.M., Doosje E., Van Oijen J.A., De Goey L.P.H., Impact of dissociation and end
pressure on determination of laminar burning velocities in constant volume combustion, Int. J.
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